La Protection Des Enfants Pendant Les Conflits Armés: Étude Comparative Entre Le Droit International Et Le Droit Libyen
La Protection Des Enfants Pendant Les Conflits Armés: Étude Comparative Entre Le Droit International Et Le Droit Libyen
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UNIVERSITE DE TOULON
ÉCOLE DOCTORALE n° 509
« CIVILISATIONS ET SOCIÉTÉS EURO-MÉDITERRANÉENNES ET COMPARÉES »
FACULTÉ DE DROIT DE TOULON
Par
Osama KALIFA
Jury
1
REMERCIEMENTS
2
DEDICACES
Je dédie aussi ce travail à toutes les personnes qui luttent sans relâche
pour la promotion et la défense des droits de l'enfant partout dans le
monde.
3
TABLE DES ABREVIATIONS, SIGLES ET ACRONYMES
4
RESUME
5
SUMMARY OF THE THESIS IN ENGLISH
Children are a vulnerable group in society and as such they require special
protection, especially in times of armed conflict where their rights may be
violated, whether they belong to the civilian population or they are militarily
involved in armed conflict.
Such protection is a recent problem and remains more than ever present. It
raises the question of what is the purpose of this specificity to the extent that
there is already a general protection of civilians. Must we then understand that the
latter is insufficient to protect children in war situations? Also, does this
protection, both general and specific, applied to children, vary according to
whether the armed conflict is international or non-international?
The other issue raised in this study is the responsibility of the State, the
group, the individual, who recruits children for use in armed conflict, despite
their commitment not to do so. The case of Libya appears here the most
indicated; indeed, the country has dealt with these issues in its legislation with
however flaws that we highlight, especially since in that state broke out in
February 2011 a war where are recruited and used children.
6
SOMMAIRE
INTRODUCTION
Section 2 : La protection des enfants dans les conflits armés internationaux : une
protection en expansion
Section 1 : Une protection à renforcer contre les effets des guerres sur les enfants
Section 2 : Une protection déficiente contre les violences sexuelles faites aux
enfants
Section 3 : L’éducation et les soins médicaux : des droits requis pour les enfants
durant les conflits armés
Section 4 : Une protection inadéquate pour les enfants réfugiés lors de conflits
armés
7
PARTIE II : LA PROTECTION DES ENFANTS SOLDATS EN TEMPS DE
CONFLITS ARMES
CONCLUSION GENERALE
8
« Les enfants ne sont pas des personnes de demain, mais
des personnes d’aujourd’hui, il faut se mettre sur la
pointe des pieds pour se hisser à leur hauteur »1
INTRODUCTION
1
Citation de KORCZAK (J.) (1878-1942, Pologne) qui a été, dans le contexte de son époque, un
inlassable défenseur des enfants, luttant contre les discriminations. Consulté sur le site www.réseau-
[Link].
9
enfants bénéficiaient déjà de par les règles du droit international humanitaire et du
droit international des droits de l’Homme, dans la mesure où ils font partie intégrante
de la population civile. Nous avons remarqué, dans diverses parties du monde où
sévissent des conflits armés, combien ces derniers agissent sur les enfants. Notre
étude se focalisera sur ce sujet.
La protection des droits des enfants n'est pas dissociée, sur sa forme générale,
de celle des droits de l'Homme. Elle entre dans les étapes sensibles de la vie, car
l'enfant en tant qu’être humain mérite cette protection qui en fait lui est due de la part
de sa famille et dans le même temps de l'État dont il ressort. Ainsi cette protection des
droits des enfants anticipe l'avenir de l'humanité, au motif que cet avenir y est
fortement lié.
2
DAVID (E.), et VAN ASSCHE (C.), Code de droit international public, éd., 5, Bruylant, Bruxelles,
2011, p. 219.
3
Ibid., p. 256.
4
Ibid., p. 275.
5
DAVID (E.), TULKENS (F.), et VANDERMEERSCH (D.), Code de droit international humanitaire ,
éd., Bruylant, Bruxelles, 2016, pp. 185, 198, 208, 240.
6
Ibid., p. 310, 316.
7
Le droit international humanitaire s’applique uniquement dans les situations de conflits armés alors
que le droit international des droits de l'Homme, ou du moins certains de ces droits, protège l'individu
en toute circonstance, en temps de paix comme en temps de guerre. Cf. DIOP (M.F.), Droit
international des droits de l'Homme et droit international humanitaire , éd., l'Harmattan, paris, 2015,
p.26, 27.
10
Si l’on reconnaît dans certains cas à ces enfants, une forme de responsabilité,
celle-ci devrait être traitée par d'autres moyens que l’emprisonnement et la mise en
procès. Cela pour les aider à réfléchir sur les actes qu’ils ont commis, sous la
contrainte ou de par leur libre arbitre. Egalement, chercher des alternatives qui
prennent en compte l'intérêt supérieur de l’enfant en vue de sa réintégration dans la
société et avant tout au sein de sa famille. En d’autres termes, il s’avère nécessaire de
réserver des jugements appropriés aux adultes qui portent, en l’occurrence, la plus
grande responsabilité au regard de ces crimes commis par des enfants.
De ces efforts internationaux sont nés par la suite la Convention relative aux
droits de l’enfant de 198910, le Protocole facultatif de 2000 concernant l’implication
d’enfants dans les conflits armés11, comme ont été créés les Tribunaux pénaux
internationaux12. En ce qui concerne la Déclaration de 1959, elle a interdit l'utilisation
des enfants au travail avant un âge minimum approprié et l'autorisation même qui leur
en serait donnée d'exercer un emploi ou une quelconque activité qui nuise à leur santé,
à leur éducation, qui entrave leur développement physique, mental ou moral.
8
Déclaration de Genève sur les droits de l'enfant, 1924, texte disponible sur le site: www. Humanium.
org/fr.
9
Déclaration des droits de l’enfant du 20 novembre 1959, texte disponible sur le site: www.
[Link]/fr.
10
Convention relative aux droits de l’enfant, 1989, Code de droit international public , op. cit., p. 300.
11
Protocole facultatif de 2000 concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés , Code de droit
international public, op. cit., p. 316.
12
On cite, à titre d’exemple, le Tribunal pénal international pour le Rwanda, création 1994 ; le Statut de
Rome de la Cour pénale internationale de 1998 et le Tribunal spécial pour la Sierra Leone, création
2002.
11
comme à un être humain digne de protection, sans envisager que des adultes puissent
s’en servir comme un moyen de nuire en toute circonstance ou une machine de guerre
en période de conflit armé13.
La Convention relative aux droits de l'enfant de 1989 tient lieu, quant à elle, de
droit international pour l'enfant et se montre plus précise que les deux Déclarations
précitées sur le même sujet en ce qui concerne la protection de l’enfant. La
Convention de 1989 a fixé à 18 ans la fin de l’état d’enfance. Avant cet âge, selon les
articles 37 et 40 de ladite Convention, l’enfant est exempté de la peine capitale et de
l'emprisonnement à vie. Il peut toutefois être poursuivi pénalement et, durant son
procès, avoir le droit d'accéder à l’assistance juridique et contester la légalité de sa
privation de liberté, et ce jusqu’à ce qu’une décision soit prise à son niveau. Cette
dernière Convention a traité dans son article 3814, le cas de la protection de l’enfant en
temps de conflit armé.
13
Principe 8 de la Déclaration des droits de l’enfant de 1959, sur le site: [Link]/fr
14
Ce traitement est résumé à l'article 38 de la Convention relative aux droits de l'enfant de 1989, article
qui fait à son tour référence aux dispositions du droit international humanitaire sur les conflits armés :
« Les Etats parties s’engagent à respecter et à faire respecter les règles du droi t humanitaire
international qui leur sont applicables en cas de conflit armé et dont la protection s’étend aux
enfants... », Code de droit international public , op. cit., p. 300.
12
de moins de 15 ans dans les forces armées nationales ou de les faire participer
activement à des hostilités »15.
Nous avons ajouté à notre réflexion l’exemple concret du droit libyen en nous
référant à la protection mise en place dans la guerre civile qui se déroule en Libye
depuis 2011. Cependant, l’analyse des textes du droit libyen et le constat de ce qui se
déroule actuellement sur ce territoire montre qu’il y a une grande distance entre la
théorie et la pratique non seulement dans ce droit mais aussi entre ce dernier et le droit
international. En effet, les évènements de 2011 ont pris la dimension de catastrophe
pour les civils dont les enfants, au motif que la loi libyenne connaît un vide au niveau
de la protection de cette catégorie particulièrement vulnérable de la population lors de
conflits armés. Ainsi, ce type de protection doit s’inscrire urgemment dans la
législation libyenne.
15
Art. 8, paragraphe 2, alinéa b, xxvi du Statut de Rome de la Cour pénale internationale de 1998,
Code de droit international humanitaire , op. cit., p. 528.
16
CPI, Le Procureur c. Thomas Lubanga Dyilo , Affaire n°: ICC-01/04-01/06, Jugement, Chambre de
Première Instance I, 14 mars 2012, paragraphe, 1358.
17
MAYSTRE (M.), Les enfants soldats en droit international : problématiques contemporaines au
regard du droit international humanitaire et du droit international pénal , éd., Pedone, paris, 2010,
p.101.
13
Par ailleurs, dans la mesure où il est prouvé que la guerre produit un réel
impact sur les enfants soldats, il faut alors examiner les textes du droit international
qui prennent en compte une telle situation. Et aussi, dans le même cadre, les textes
de la loi libyenne et particulièrement la façon dont cet État tient son engagement de
ne pas recruter ni utiliser des enfants dans des opérations militaires.
Dans le cas où un État ne tiendrait pas cet engagement, quelles seraient pour
lui les conséquences juridiques de la participation d’enfants aux hostilités ? Dans le
même ordre, les enfants capturés par l'ennemi obtiendraient-ils ou non le statut de
prisonniers de guerre et, sur un autre plan, seraient-ils poursuivis pénalement en cas
de commission de crimes de guerre ? La question se pose également au sujet de la
responsabilité du recruteur qui violerait les dispositions du droit portant sur la
protection des enfants, en particulier celles relatives à leur utilisation et leur
participation effective à des hostilités.
18
Le droit international humanitaire est sous-tendu par des principes fondamentaux. Parmi ces
principes, on relève les principes d’humanité, de proportionnalité, de nécessité militaire et de
distinction. Cf. Manuel droit des conflits armés, ministère français de la défense, éd. 2012. p. 10.
14
principes ressort celui de la distinction entre civils et combattants. En d’autres termes,
la protection varie selon que l’individu est un civil ou devient un combattant. Au
motif que notre étude repose sur cette distinction, ce principe important sera exposé
dans le point (III).
L'enfant est désigné par plusieurs termes selon qu’il s’agisse d’un domaine
psychologique, sociologique, juridique... Le droit entre dans les sciences sociales qui
étudient les phénomènes de société et les analysent ensuite de manière à permettre au
législateur de mettre en place des dispositions pour traiter ces phénomènes. Dans le
paragraphe suivant sera exposée la question du concept de l'enfance du point de vue
des psychologues (A) ; du point de vue des sociologues (B) ; et d’un point de vue
juridique (C).
19
KORCZAK (J.), Le droit de l'enfant au respect, éd., Fabert, 2009.
20
Enfant, dictionnaire pratique du droit humanitaire, consultable sur le site :[Link]
[Link].
15
Le concept de l’enfance a longtemps suscité l’intérêt des psychologues comme
des spécialistes de l'éducation et du comportement humain. En effet, même si la phase
d'étude de la croissance d’un être humain, à travers les différentes étapes de sa vie,
sont importantes et utiles pour la compréhension de cet être complexe, la
connaissance et l'étude des caractéristiques de l'enfance et de l'adolescence sont
primordiales, parce qu’il s’agit là d’une phase décisive dans la formation de l'individu
aux plans physique et émotionnel21.
D’après cette répartition des phases de l'enfance donnée par les psychologues
et d'autres chercheurs, on comprend que dans l’ensemble ils sont d'accord sur la
définition de l'enfance, rejoignant en cela la définition lexicale23. Cependant les
classifications de ces chercheurs varient des uns aux autres en fonction de leurs points
de vue.
21
OKACHA (F.), La psychologie évolutive : l’enfance et l’adolescence, 2003, p. 392.
22
Dictionnaire de sociologie, revu par MADKOUR (I), Institut égyptien public du livre, Egypte, 2008,
p. 369.
23
Le dictionnaire LAROUSSE, éd. 2009 aborde ce thème selon plusieurs angles dont : Enfance : nom
féminin ; enfant : qui signifie qui ne parle pas. Ou encore : enfance : période de la vie humaine qui va
de la naissance à l'adolescence. Le dictionnaire juridique, quant à lui, donne une double définition de
l’enfant : c’est une Personne mineure et en d’autres cas un Descendant au premier degré, quel que soit
son âge. Cf. Définition de l’enfant, Dictionnaire du vocabulaire juridique, 6 ème éd., LexisNexis, Paris,
2015, p. 219.
16
Les sociologues ne se sont pas davantage entendus sur la définition de
l'enfance, toutefois nous pouvons relever chez eux trois tendances principales : la
première avance que le concept de l'enfance est tributaire d'un âge bien déterminé
qui commence à la naissance et va jusqu’à l’âge de 12 ans ; pour les adeptes de la
deuxième tendance, l’enfance est la première étape dans la formation de la
personnalité, elle commence dès la naissance et se termine à la puberté. La troisième
tendance, parle de l’enfance comme d’une période de la vie qui commence à la
naissance et dure jusqu'à la majorité, la date de cette dernière différant d’une culture
à une autre24.
Ainsi, contrairement aux psychologues, ils n’ont pas tenu compte de la vie du
fœtus dans cette période de l'enfance. Cela tient, à notre avis, au fait que les
psychologues se sont intéressés au cadre génétique de la vie des êtres humains, c’est-
à-dire de la vie qui précède la naissance. Et pour ce qui est de la plupart des juristes,
ils n’ont pas davantage inclus la vie du fœtus dans la détermination de la période de
l’enfance.
Dans les textes juridiques, ressortent fréquemment des interférences, voire des
confusions, entre les concepts d’« enfant », d’« adolescent », de « mineur ». Pour
éviter le risque d’amalgame, nous considèrerons dans ce travail de recherche que
l’enfance est une période s’étendant entre la naissance et le moment où l’être humain
n’a plus besoin de protection en raison de son âge. En réalité, cette interférence
sémantique trouve son origine dans les différences culturelles entre les pays et les
peuples et la question se pose alors de savoir à partir de quand un enfant peut ne plus
être pris comme tel.
24
Zidane (A.), La famille et l’enfance. Dar Al Nahdha Al Arabiya, Le Caire, Egypte, 2003, p. 117.
17
En principe, l’enfance part de la naissance et se termine à la majorité. A ce
sujet pourtant, dans certaines sociétés, se pose la question de définir l’enfant en
fonction du moment de sa puberté, ce qui revient à dire que la détermination du terme
enfant peut prendre une consonance culturelle plutôt que juridique. Le droit libyen
diffère du droit international quant à sa définition de l'enfant ; ainsi, nous traiterons
cette question sous deux angles : le concept de l'enfant dans les textes internationaux
(1) et ce même concept dans les textes du droit libyen (2).
Les termes d’« enfant » et d’« enfance » figurent dans plusieurs textes du droit
international, mais la plupart de ces textes ne précisent pas la signification exacte de
ces termes, non plus que l’âge légal qui leur est associé25. Ces lacunes posent un
problème quant à la protection des enfants et créent également confusion sur les cas
concrets. C’est à ce titre que l’intérêt de la communauté internationale s’est focalisé
avant tout sur la nécessité de la protection de l’enfant, prenant ainsi en compte que la
délimitation de la période de l’enfance relevait d’une question subsidiaire.
25
Parmi ces documents, on peut citer la Déclaration des droits de l’enfant, 1959, le Pacte international
relatif aux droits civils et politiques, 1966, le Pacte international relatif aux droits économiques,
sociaux et culturels, 1966, Code de droit international public , op. cit., pp. 256, 275.
26
BAWADI (H.M.), Les droits de l’enfant entre la législation islamique et le droit international. 1ère
éd., Dar al Fikr al Jamei, Le Caire, Egypte, 2005. p. 27.
18
Aussi, on peut dire que cette Convention a fait planer une ombre sur les
dispositions des deux Protocoles additionnels de 1977 - le premier concernant la
protection des victimes des conflits armés internationaux, le second cette protection
dans les conflits armés non-internationaux -, au motif qu’on n’y trouve pas davantage
de définition de l'enfant ; en outre, lorsque le concept de l'enfant y est abordé, c’est
pour faire fluctuer son âge entre15 et 18 ans27.
27
Protocole I et II additionnels de 1977, Code de droit international humanitaire, op. cit ., pp. 270, 320.
28
Art. 1 de la Convention relative aux droits de l’enfant de 1989, Code de droit international public ,
op. cit., p. 300.
29
Charte Africaine des droits et du bien-être de l'enfant, texte disponible sur le site: [Link]/fr.
30
ZIDANE (F.), Le statut de l’enfant dans le droit public international, Thèse de doctorat, Université
d’Alexandrie, Egypte, 2004, p.10.
19
Au départ, la loi civile libyenne de 195331 avait fixé l’âge de la majorité à 21
ans. Toutefois, eu égard à l’évolution de la société, la majorité a été portée à 18 ans32
à travers la loi n°17 de 1992 relative aux mineurs33 qui dispose dans son article 9 :
« l’âge de la ma jorité est fixé à 18 ans … ». Cependant, une loi ultérieure a été
adoptée en 1998, à propos de la protection des enfants, qui prévoit dans son premier
article que l’enfant est : « le jeune qui n’a pas encore atteint l’âge de 16 ans ». Cette
loi précise encore qu'« est inclus dans cette catégorie, le fœtus dans le ventre de sa
mère »34. Ainsi, à partir d’un texte spécifique plus récent qui prévaut sur les textes
antérieurs, .le législateur libyen a fixé un nouvel âge limite (16 ans) pour qu’un enfant
soit considéré comme tel, âge inférieur à celui instauré précédemment (18 ans).
31
Le droit civil libyen, J.O.L, 1954.
32
CHIHEB (A.), Les fondements du doit et de la vérité. Université de Garyounes, 2ème éd., Benghazi,
1994, p. 266. Et aussi, ABOUDA (A.), Les fondements du droit positif libyen . Publications du centre
national des recherches et des études scientifiques, 2ème éd., Tripoli, 1998, vol II. p. 143.
33
Loi n°17 de 1992 relative aux mineurs. J.O.L, n° 36, 30ème année, 1992.
34
La Libye a effectivement considéré le fœtus comme un enfant afin de le protéger, chose que les
accords et conventions internationaux ont omis de noter. Cf. la loi n°5 de1998 sur la protection des
enfants, J.O.L, n° 3, année 36, 1998.
20
enfant par la législation d’un pays et ne pas l’être par l’autre. Le texte de l’article
susmentionné a peut-être voulu tenir compte de l'importance des traditions et valeurs
culturelles de chaque peuple dans la protection et le développement harmonieux de
l’enfant. A notre sens, cet article aurait dû définir l’enfant comme un être humain
n’ayant pas atteint l’âge de 18 ans sans lier cela à l’âge de la majorité fixé par une loi
nationale.
La règle du droit international humanitaire prévoit que les enfants touchés par
les conflits armés doivent particulièrement bénéficier d'un respect et d'une protection
spécifique, qu’il s’agisse d’un conflit international ou non international, cette règle
venant s’ajouter à celle déjà existante depuis les quatre Conventions de Genève de
1949 et leurs deux Protocoles additionnels de 1977 qui énonce que l'enfant bénéficie
de la protection générale accordée aux civils pendant les conflits armés.
35
BOUKONGOU (J.D), « Le système africain de protection des droits de l’enfant : Exigences
universelles et prétentions africaines », C.R.D.F., n° 5, 2006, p. 98.
36
Cf. Commission Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples, sur le site: [Link]/fr.
21
définir la notion de conflit armé et ensuite de connaître si les règles du droit
international s’appliquent de la même façon à tous les types de conflits armés. Aussi,
pour compléter ce sujet, nous présentons dans ce paragraphe un aperçu de la notion de
protection adaptée aux enfants (A) et également nous ferons un point sur la notion de
conflits armés et leurs différents types (B) ; ce travail ayant pour but de mieux cerner
les composantes essentielles de notre étude.
La protection, dans cette étude, est un concept général utilisé pour décrire les
efforts et les réalisations qui protègent les enfants de pratiques et de situations pouvant
influer négativement sur eux, que ce soit de façon directe ou indirecte ; cette
définition est conforme à celle donnée par l’UNICEF selon laquelle protéger
signifie : «… Prévenir et répondre à la violence, l’exploitation et les abus envers les
enfants … »37.
Dans le cas des conflits armés, la protection des enfants a pour objectif de les
épargner des effets de ces conflits et notamment quand ils se trouvent aux mains de
l’ennemi, en les défendant et les aidant à s’en sortir. Enfin cette protection signifie
lutter contre les actes de violence, la privation de leurs droits fondamentaux et toute
atteinte à leur sécurité comme à leur dignité38.
37
Manuel 1: Notions de base de la protection de l’enfance, Boîte à outils de FHI 360 pour la protection
de l’enfance, p. 3
38
MOHAMED (I.), La protection des femmes dans les conflits armés , Dar Al Nahdha Al Arabiya, Le
Caire, Egypte, 2012, p. 30.
22
pour la mise en œuvre de la protection des enfants. On relève également dans le sens
de cette protection, le contrôle international sous ses différents aspects comme
s’enquérir de la vérité, récolter des informations, mener une enquête internationale ou
rédiger des rapports et les publier en se référant aux documents internationaux et aux
règles qui organisent ces instances39.
La protection directe des enfants pendant les conflits armés agit à travers
l’instauration d’un ensemble de règles internationales propres à protéger l’enfant et
qui sont inviolables ; il s’agit là de l’aspect objectif de la protection40. Cette dernière
se manifeste également dans le rôle important joué par la Cour pénale internationale
de 1998, qui exerce sa compétence dans les cas où les violations commises contre des
enfants constituent des infractions à son Statut.
Mais nous notons que cette protection ne concerne en premier lieu que les
États parties au Statut de cette Cour, faisant que celle-ci ne peut exercer sa
compétence sur des États non parties41. Ce qui est une exigence traditionnelle de la
compétence internationale face aux États42. Toutefois, la Cour peut étendre sa
protection aux enfants contre les crimes commis à leur encontre dans des États non
parties ayant cependant accepté cette compétence sans la ratifier43.
39
KHALIL (S.), La protection internationale des droits de l'Homme dans des circonstances
exceptionnelles, Thèse de doctorat, Université d'Alexandrie, Egypte, 2003, p. 7.
40
JUVIGNY (P.), « La protection juridique des droits de l'Homme sur le plan international », R.I.S.S,
Revue trimestrielle publiée par l'Unesco, Vol. 18, 1966, p. 68.
41
Art. 13 paragraphe a, du Statut de Rome de la Cour pénale internationale de 1998, op. cit., p. 528.
42
BOURDON (W.) et DUVERGER (E.), La Cour pénale internationale (le Statut de Rome) , éd., Le
Seuil, Paris, 2000, p. 90.
43
Art. 13, paragraphe c, du Statut de la Cour pénale internationale de 1998, op. cit., p. 528. Voir aussi
DAVID (E.), « la Cour pénale internationale », R.C.A.D.I, vol. 313, 2005-II, pp. 325-454.
44
Le 26 février 2011, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté la résolution 1970 pour saisir
« ... le Procureur de la Cour pénale internationale de la situation en Jamahiriya arabe libyenne depuis
le 15 février 2011 et soulignant que les auteurs d’attaques, y compris aériennes et navales, dirigées
contre la population civile, ou leurs complices doivent répondre de leurs actes…».Cf. Résolution 1973
/2011/Adoptée par le Conseil de sécurité lors de sa 6498 ème séance, le 17 mars 2011.
23
parties en cas de déféré qui lui sera fait par le Conseil de sécurité. Et ce, premièrement
dans l’objectif d’étendre la protection exercée par la Cour à tous les crimes perpétrés
sur des enfants et deuxièmement pour mettre en évidence le rôle du Conseil de
sécurité dans la protection des enfants.
Ce Comité, créé en 1863, a édicté des règles aux fins de protéger les victimes de
la guerre et fournit une assistance humanitaire aux personnes subissant les violences
45
Parmi les Résolutions adoptées par le Conseil de sécurité figurent les Résolutions : 1261/1999, 1314
/2000, 1379 /2001, 1460/2003, 1612 /2005, 1769/2007 et 2143 /2014.
24
générées par un conflit armé. Le mandat de cette Institution neutre et indépendante,
découle essentiellement des Conventions de Genève de 1949. Le Comité international
de la Croix-Rouge est financé principalement par des dons récoltés par des
gouvernements et des sociétés nationales46.
Ledit Comité intervient en priorité pour protéger les droits de l’Homme, dont
font partie les droits de l’enfant, lors de conflits armés internationaux ; cette
intervention se fonde juridiquement sur l’article 9 des : première, deuxième et
troisième Conventions de Genève de 1949, et sur l’article 10 de la quatrième desdites
Convention, ainsi que sur l’article 81 du Protocole I additionnel de 197747 .
Le Comité en question est également présent dans les conflits armés non
internationaux conformément à l’article 3 commun aux quatre Conventions de
Genève de 1949 et qui dispose : « Les blessés et malades seront recueillis et soignés.
Un organisme humanitaire impartial, tel que le Comité international de la Croix-
Rouge, pourra offrir ses services aux Parties au conflit...»49.
Notons également que le Comité exerce aussi, sur le plan juridique, un rôle de
promotion des droits des enfants et de leur protection. Ainsi, il a contribué activement
à la création de la Convention internationale relative aux droits de l’enfant de 1989,
46
MERCIER (M.), Le Comité international de la Croix-Rouge, 1ère éd., 2004, le savoir suisse, p. 15-31.
47
Droits de l'Homme et droit humanitaire, C.I.C.R, Genève, février 1979, p. 3-27.
48
Les quatre Conventions de Genève de 1949, Code de droit international humanitaire, op. cit ., pp.
185, 198, 208, 240.
49
Ibid.
50
Revue de l'humanitaire, au printemps 2003, n° 24, p. 31-32.
25
tout comme de la Convention d'Ottawa sur l'interdiction des mines antipersonnel, de
199751 ainsi que du Statut de Rome de la Cour pénale internationale de 1998.
51
Convention d’Ottawa, Code de droit international humanitaire, op. cit ., p. 133.
52
Travaux de l'ONU dans le domaine des droits de l'Homme, premier et second volumes,
l'Organisation des Nations Unies, New York, 1990, p. 589.
53
Ibid.
54
« Les enfants et les conflits dans un monde en mutation », UNICEF, avril 2009, p. 93.
55
Voir cette conférence sur le site : [Link]
56
UN. Doc. A/62/228. 2007, p. 8.
26
victimes de conflits armés et leur réintégration dans leurs familles et dans leur pays
d’origine, le Tchad. Selon le présent protocole, les deux parties associées aux forces
armées tchadiennes se sont engagées à œuvrer ensemble pour assurer la protection des
enfants. De même, l'UNICEF a contribué à l'Opération des Nations Unies lancée en
février 2004 en Côte d'Ivoire57 où a été instauré un programme national de
désarmement, de démobilisation et de réinsertion et ce, en coopération avec les
milices de Côte d'Ivoire58.
En Libye aussi, l'UNICEF répond depuis 2011 aux besoins des enfants en
matière de vaccination ; ainsi, plus de 1,3 million d'enfants ont été vaccinés contre la
poliomyélite. Et tout récemment, selon la déclaration du directeur régional de
l'UNICEF, Khairat KABALARI, en août 2017 plus de 550. 000 enfants avaient
besoin d'aide en raison de l'instabilité politique et des conflits sévissant sur ce
territoire, de même que plus de 80. 000 enfants ont été déplacés ou maltraités et
exploités, y compris dans les camps de regroupement59.
57
S/2007/515. 2007, p. 9.
58
Cette Opération s’est achevée avec succès le 30 juin 2017. Voir Rapport final du Secrétaire général
au sujet de cette Opération, sur Doc.S/2017/89.
59
Déclaration du directeur régional de l'UNICEF, Khairat KABALARI, après sa première visite au
pays. Voir cette déclaration sur le site : [Link]/arabic.
60
Voir plus d’informations le site: [Link].
27
B) La notion de conflit armé
Ainsi les conflits armés sont des phénomènes chroniques qui se déroulent
périodiquement au plan international ou interne et produisent des effets très lourds sur
la vie des individus, sur l’économie des pays, effets auxquels s’ajoute le vandalisme
perpétré sur les biens civils. Nous pouvons ainsi dire que les conflits armés sont une
maladie qui menace en permanence l'humanité.
La guerre selon le concept traditionnel est une opération qui surgit entre deux
ou plusieurs membres de la communauté internationale après avoir suivi une série de
formalités. Ainsi, nous pouvons considérer que nous sommes en présence d'un état de
guerre quand cette dernière est « proclamée » officiellement par les deux factions
opposées, même s’il n’y a pas eu recours aux armes. En revanche, on peut assister à
une situation où un État utilise d’une façon unilatérale la force armée contre un autre
État, sans qu’on puisse qualifier cette situation d’état de guerre63.
61
MICHEL (D.), Le Droit dans la guerre . Gualino, Paris, 2009, p. 20–21.
62
Ibid., p. 36-37.
63
AL BALTAGI (S.), La protection des civils en temps de conflits armés , Dar Al Nahdha al Arabiya,
le Caire, Egypte, 2009, p. 3.
28
vue comme des conflits qui relèvent exclusivement de la souveraineté de l’État.
Néanmoins, la reconnaissance par le droit international des rebelles en tant que
combattants a permis ipso facto d’appliquer les dispositions qui relèvent du droit de la
guerre à ce type de conflits considéré désormais comme des guerres civiles et non pas
comme de simples conflits armés64.
64
AMER (S.), Introduction à l’étude du droit des conflits armés, 1ère éd., Le Caire, Egypte, 2004, p. 89.
65
AL GHENIMI (M.T.), Les dispositions générales dans le droit international , éd., Institut al Maaref
Alexandrie, Egypte, 1971, p. 130.
66
AMER (S.), Introduction à l’étude du droit des conflits armés, op. cit., p. 71.
67
AL BALTAGI (S.), La protection des civils en temps de conflits armés, op. cit ., p. 5.
29
l’abolition du droit absolu des États de déclarer la guerre, en évoquant le principe de
sécurité collective. De ce fait, la guerre a perdu son aspect légal et le mot fut remplacé
par l’expression « conflit armé ». C’est par exemple le terme qui a été utilisé par la
Cour Permanente de Justice Internationale à propos de l’affaire « Vapeur de
Wimbledon », lors de la guerre qui a opposé la Russie et la Pologne, en 192368.
68
Rapport annuel de la Cour permanente de Justice internationale, 1er janvier 1922 – 15 juin 1925,
Série E, n°1, pp. 159-163.
69
Voir ces conventions sur le site : [Link].
70
AMER (S.), Introduction à l’étude du droit des conflits armés, op. cit., p. 94.
71
TPIY, Affaire Tadic, Arrêt relatif à l'appel de la défense concernant l'exception préjudicielle
d'incompétence, 2 octobre 1995, paragraphe, 70. Voir aussi : TPIY, Affaire Mucic et al. (Celibici
Camp), Jugement du 16 novembre 1998, paragraphe. 184 : « le recours à la force armée entre États
suffit en soi à déclencher l'application du droit international humanitaire ». Cette définition a depuis
lors été reprise par d'autres organismes internationaux. Voir par exemple: Commission of Inquiry on
Lebanon, Report pursuant to Human Rights Council resolution S-2/1, A/HRC/3/2, 23 November 2006,
paragraphe, 51.
30
conflits ne se limite plus aux confrontations interétatiques, mais inclut également les
guerres de libération nationale72. L’article 1, Paragraphe 4 de ce Protocole définit
lesdites guerres comme des « conflits dans lesquels les peuples luttent contre la
domination coloniale et l’occupation étrangère et contre les régimes racistes dans
l’exercice du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes »73.
72
KANE (A. F.), La protection des droits de l'enfant pendant les conflits armés en droit international ,
Thèse, Université de Lorraine, 2014. p 13.
73
Art. 1 Paragraphe 4 du Protocole I additionnel de 1977, Code de droit international humanitaire, op.
cit., p. 271.
74
TPIY, Procureur c/ Dusko Tadic , Affaire n° IT-94-1-A, Arrêt, Chambre d’appel, 15 juillet 1999,
paragraphe 137.
31
s’opposent aux forces organisées d’un ou de plusieurs groupes dissidents ou
rebelles à l’intérieur des frontières étatiques ou dans lequel de tels groupes,
échappant au contrôle gouvernemental, s’affrontent »75. En effet, l’ambiguïté de
cette notion a conduit à l’émergence de deux tendances : l’une plutôt large qui
considère que cette notion regroupe toutes les formes de rebellions contre un
gouvernement en place et l’autre plus restrictive qui exclut les insurrections du
champ sémantique de ce terme76.
Aussi, il serait préférable de laisser le soin de définir cette notion aux membres
de la communauté internationale sous réserve de mises à jour permanentes. Ces
membres devront alors tenir compte, lors de cette opération, des raisons humanitaires
75
SALMON (J.), Dictionnaire de droit international public , Bruxelles, Bruylant, 2001, p. 234.
76
AMER (S.), Introduction à l’étude du droit des conflits armés, op. cit., p. 95.
77
Pour une description détaillée, voir, TICEHURST (R.), « La clause de Martens et le droit des conflits
armés », CICR, 1997, p. 824. KALSHOVEN (F.), « Restrictions à la conduite de la guerre », Genève,
CICR, 1987, p. 15. Cour internationale de Justice, Licéité de la menace ou de l'emploi d'armes
nucléaires, avis consultatif du 8 juillet 1996.
78
La clause de Martens concerne Frédéric Fromhold de Martens, diplomate et juriste russe. Il a proposé
cette base juridique en 1899 dans la Convention de Genève relative aux règlements de la guerre
terrestre. Ces règlements ont été confirmés en 1907 par la Convention de La Haye sur la guerre
terrestre. Pour une description détaillée de la vie et des travaux de Martens, voir POUSTOGAROV
(V.), « Un humaniste des temps modernes (1845-1909) », R.I.C.R, n° 819, mai-juin 1996, pp. 322-338.
32
et non des raisons de guerre. A ce sujet, en 1965, Pinto79 déclare dans un commentaire
à propos de la tentative de la commission des experts de 1962 d’adopter une définition
pour le conflit armé : « C ’est tout conflit qui acquiert un caractère collectif et une
organisation sans considération de la durée du conflit. Il faut aussi que les rebelles
aient contrôlé une partie du territoire, ainsi on peut considérer que la signification du
conflit armé est plus large que le sens de guerre civile »80.
Nous remarquons donc que la guerre civile n’est qu’un aspect des différentes
formes de conflits armés non-internationaux. Il est vrai que la guerre civile peut être
classée parmi les conflits armés les plus violents, car elle peut causer la dislocation de
l’unité nationale, sous prétexte que l’une des parties vise l’accession au pouvoir ou
met en avant des revendications politiques et sociales. Elle peut aussi être motivée par
une volonté de séparation de l’État en place et la création d’un nouvel État83.
79
PINTO (R.), Les règles du droit international concernant la guerre civile , 114 Collected Courses,
Vol.1, 1965, p. 477.
80
AWACHERIYA (R.), La protection des civils et des biens matériels lors des conflits armés non
internationaux. Thèse de doctorat, Université d’Ain Chams, Egypte, 2001, p.12-13.
81
TPIY, Procureur c/ Dusko Tadic , Affaire N° IT-94-1-A, op. cit., paragraphe, 96.
82
AMER (S.), La résistance populaire armée et le droit international, Le Caire, Egypte, 2007, p. 55-
56.
83
PINTO (R.), Les règles du droit international concernant la guerre civile, op. cit ., p. 477.
33
Il devrait donc y avoir une distinction entre les guerres civiles et les guerres de
libération nationale, car ces dernières ont été considérées durant une longue période
comme des guerres civiles et ce, jusqu'à l'internationalisation de ces conflits dans le
cadre du Protocole I additionnel de 1977 aux quatre Conventions de Genève de 1949,
relatives à la protection des victimes des conflits armés internationaux, protocole qui
leur a donné un caractère international dans l'application conséquente des dispositions
du droit international humanitaire. Pour ce qui est de la guerre civile, il s’agit d’une
des formes de conflits armés non-internationaux qui sont soumis uniquement aux
dispositions de l’article 3 commun aux quatre Conventions de Genève de 1949 et du
Protocole II additionnel de 197784.
Après avoir brossé le tableau des diverses notions de conflit armé - où nous
avons mis en relief que la protection des civils, en général, et des enfants, en
particulier, diffère suivant le type de conflit armé -, nous étudierons dans la section
suivante l’évolution historique des droits de l’enfant concernant sa protection durant
ces conflits.
84
KANE (A. F.), La protection des droits de l'enfant pendant les conflits armés en droit international ,
op. cit., p. 22-23.
85
SALMON (J.), Dictionnaire de droit international public, op. cit . p. 234.
86
TPIY, Procureur c/ Dusko Tadic, op. cit., p a r a g ra p h e ,126.
34
II. L'évolution des droits de l’enfant à travers l’Histoire
Dans les changements de tous ordres qui ont marqué l’histoire du Monde,
ressort l'évolution des règles juridiques relatives à la protection des enfants pendant
les conflits armés. En d’autres termes, ces règles visant la protection accordée aux
enfants d'aujourd'hui ne sont pas nées du néant, elles résultent d’un long cheminement
historique. Il apparait alors nécessaire d'examiner ces changements afin d’observer la
façon par laquelle les règles juridiques ont traité les droits des enfants dans les
situations de guerre.
87
BRETT (A.), The Oxford Handbook of the History of International Law, sur le site:
[Link].
88
AWACHRIYA (R.), La protection des civils et des biens matériels lors des conflits armés non
internationaux, op. cit., p. 118.
35
jurisprudence n’a cessé de développer ces principes, tel que celui qui interdit de nuire
à la population civile pacifique et qui s'installera plus tard comme une règle juridique.
Ce qui précède permet de constater que les juristes et les penseurs en question
ont participé activement à la mise en place de principes et de règles qui garantissent la
protection des civils dans leur globalité, en sous-entendant les enfants. Depuis, les
juristes n’ont pas cessé de renforcer ces principes, jusqu’à ce que les réglementations
se transforment en traités venant encadrer l’action des adversaires dans les moments
de guerre. Ce point sera examiné dans le paragraphe suivant, et consacré au rôle tenu
89
ROUSSEAU (J.-J.) Du contrat social ou principes du droit politique , chez Cazin, Paris, 1791, p. 14-
15.
90
AL GHENIMI (M.T.), Les dispositions générales dans le droit international , op. cit.,p. 866.
36
par la communauté internationale dans l’établissement des règles juridiques en faveur
de la protection des enfants durant les conflits armés.
Les lignes qui suivent analyseront en deux points l’intérêt porté aux enfants
par la communauté internationale ainsi que par l’État libyen, en particulier. Le
premier point mettra en exergue les dispositions qui ont été les prémices de la
préoccupation internationale à l’égard des enfants (A), le second étudiera l’amorce
des règles juridiques libyennes concernant la protection des enfants (B).
Sur le plan international, on peut dire que l'une des réalisations les plus
importantes de notre époque est l'intérêt croissant manifesté pour les droits de l'enfant.
Cela apparaît clairement à travers des déclarations et conventions internationales qui
ont suivi ce qui n'était que principes intellectuels dans des règles humanitaires déjà
instituées92.
Cet intérêt s’est manifesté par étapes successives, dans lesquelles l’attention
portée à l’enfant s’est faite de plus en plus intense : la première étape est celle de la
Société des Nations (1), la deuxième, l'attention soutenue des Nations Unies à l’égard
de l'enfant (2), la troisième, la plus aboutie, est celle relative à l’adoption de la
Convention internationale de 1989 relative aux droits de l’enfant (3).
91
AL GHENIMI (M.T.), Les dispositions générales dans le droit international, op. cit., p. 866.
92
ZIDANE (F.), Le statut de l’enfant dans le droit public international, op. cit., p. 25.
37
1- L’intérêt porté à l’enfant par la Société des Nations
Dès 1919, la Société des Nations s’est montrée attentive aux soins de l’enfant.
En effet, l’article 23 du Pacte de cette Organisation prévoit que « ... les membres de la
Société : a) s'efforceront d'assurer et de maintenir des conditions de travail équitables
et humaines pour l'homme, la femme et l'enfant sur leurs propres territoires, ainsi que
dans tous pays auxquels s'étendent leurs relations de commerce et d'industrie, et,
dans ce but, d'établir et d'entretenir les organisations internationales nécessaires »93.
93
Pacte de la Société des Nations de 1919 (Traité de Versailles), texte disponible sur le site : [Link]-
[Link].
94
Convention internationale pour la suppression de la traite des femmes et des enfants. Conclue à
Genève le 30 septembre 1921. Texte disponible sur le site : www. [Link].
95
Ibid.
96
Déclaration de Genève du 26 septembre 1924, texte consultable sur le site : [Link].
97
FORTIN (J.), Children’s rights and the developing law, Butterworth’s, London Edinburgh, Dublin,
1998, p. 33.
38
différence entre enfants ou adultes étaient encore présents dans les esprits. En effet,
les rédacteurs de la Charte des Nations Unies de 1945 se sont fortement intéressés à
tout ce qui garantit le confort, la paix et la sécurité dans le monde. Le texte de cette
Charte insiste sur l’importance du respect de l’individu dans la nouvelle société à
bâtir, sans distinction de race, de sexe ou d’âge98.
En 1946, l’UNICEF à été créée, sous le nom de « Fonds des Nations Unies
pour le secours de l’enfant »99. Ce fonds avait pour mission de protéger des millions
d’enfants dans 14 États en situation de guerre. En 1959, cette Organisation a pris le
nom d’« Organisation des Nations Unies pour les enfants ». C’est à partir de là que
l’intérêt pour les enfants dans les instances internationales a commencé à prendre de
l’ampleur100.
98
Extrait du préambule de la Charte des Nations Unies (San Francisco, 26 juin 1945), op. cit., p. 5.
99
Que signifie l’acronyme UNICEF ? Texte consultable sur le site : [Link].
100
Ibid.
101
Art. 2 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948, op. cit., p. 219.
102
Ibid., art. 25 et 26.
103
Département des affaires économiques et sociales, « Rapport sur l’enfance » Nations Unies, New
York, 1971, p.1. Et MONGEARD (F.), « Corporate civil liability for violations of international
humanitarian law », op. cit., p. 3.
39
Encore, dans l’optique de protéger à travers les Droits de l’Homme, les droits
spécifiques de l’enfant, le 16 septembre 1966 l’Assemblée générale des Nations Unies
a adopté deux pactes contenant des règlements détaillés sur les droits de l’Homme et
les libertés fondamentales et incluant les droits de l’enfant. Il s’agit en particulier du
Pacte international relatif aux droits civils et politiques et du Pacte international relatif
aux droits économiques, sociaux et culturels. Ces deux documents obligent leurs
signataires à respecter les Droits de l’Homme tout en garantissant la protection
internationale des droits fondamentaux de l’homme104.
104
AL GHENIMI (M.T.), Les dispositions générales dans le droit international, op. cit., p. 867.
105
« Les droits de l'enfant », Dossier préparé par l'Unicef sur le site : [Link].
40
3- La Convention de 1989 affermit les droits de l’enfant
106
Sommet mondial pour les enfants Nations Unies, New York, 29-30 septembre 1990, texte
disponible sur le site: [Link]
41
Toutefois, l’intérêt porté à la protection de l’enfant n’est pas resté l’apanage
des instances internationales. En effet, plusieurs organisations régionales dans les
continents, américain, européen et africain, mais aussi des organisations régionales
spécifiques comme la Ligue des pays arabes, ont adhéré à des conventions de
protection de l’enfance. A titre d’exemple, en 1983, la Ligue a adopté Le Pacte des
droits de l'enfant arabe de 1983 107
et en 1990 l’Organisation de l’Unité africaine a
promulgué la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant. Par ailleurs, il ne
faut pas occulter le rôle des Organisations humanitaires dans la protection de
l’enfance et parmi elles on cite : l’ONU, les agences internationales spécialisées et les
organisations régionales, notamment celles non gouvernementales.
1- Au plan constitutionnel
107
Pacte des droits de l'enfant arabe de 1983, texte disponible sur le site: [Link]. La ligue des
Pays arabes a, d’autre part, adopté en 2001 un accord-cadre pour les droits de l’enfant. Voir ZIDANE
(F.), Le statut de l’enfant dans le droit public international, op. cit., p.177.
42
les droits de l’enfant à travers un dispositif relatif à la famille qui encadre et promeut
le mariage et confère un intérêt particulier à l'éducation de l’enfant. L'article 28 de la
Constitution dispose ainsi que « le droit à l'éducation est un droit universel, et l'Etat
est tenu de respecter ce droit à travers la création d’écoles publiques ... »108.
La Constitution de 1951 eut une vie brève car en 1969, sur un coup d’État le
colonel Kadhafi prit le pouvoir et régna jusqu’à la révolution libyenne de 2011. Ainsi,
la monarchie fut abolie et le Conseil révolutionnaire de commandement qui suivit
adopta, le 12 novembre 1969, une Déclaration constitutionnelle considérée à l’époque
comme une Constitution provisoire. En dépit de la gravité de la situation politique de
cette période, la Déclaration constitutionnelle n'a pas négligé l'importance de l'enfance
et de la cellule familiale, d’où l'article 3 qui prévoit que «... la famille est la base de la
société ...» 110. Ensuite, en 1977 a eu lieu la passation du pouvoir législatif des mains
du Conseil révolutionnaire de commandement à celles des représentants du peuple.
108
Encyclopédie de la législation libyenne : l’ensemble des législations relatives à l’autorité de l’États
et au mode de gouvernance. Dar al Maaref, Egypte, 1965.
109
Ibid.
110
J.O.L, Numéro spécial, année 7, 1969.
111
J.O.L, Numéro spécial, année 1991.
43
protection des enfants orphelins. Il prévoit que la société est le substitut des parents
pour ceux qui n’ont pas de parents : « Tout citoyen a le droit à la protection et à
l’assurance sociales, car la société est le parent de ceux qui n’en ont pas, elle protège
les démunis, les invalides et les orphelins »112.
Parmi les pays qui ont ratifié la Convention internationale de 1989, la Libye a
promulgué pour la première fois une loi spécifique aux droits de l’enfant : la loi n° 5
112
A cette époque, ce type de documents passait au titre de document constitutionnel jouissant d’une
autorité obligatoire pour le législateur et pour les compétences juridiques. Ainsi, tous les textes de lois
qui ne sont pas compatibles avec ces principes deviennent de ce fait caducs.
113
Déclaration constitutionnelle libyenne de 2011, disponible sur le site : https: //www. Constitute
project .org/ constitution/Libya pdf.
44
de 1998114. Cette loi a œuvré en vue de regrouper en un seul texte toutes les bases
juridiques relatives à la protection de l’enfant. Le résultat s’est néanmoins avéré peu
concluant ; notamment l’article 1 qui définit l’enfant comme « le petit qui a atteint
l’âge de 16 ans », est considéré abusif. Après examen, il est ressorti que le contenu de
cette loi n’est qu’une reprise de lois anciennes. A ce sujet, on cite la similitude entre
l’article 3 de la loi n° 5 et l’article 17 de la loi pénitentiaire de 1973 concernant
l’application de la sanction infligée à la femme enceinte.
Après avoir mis en évidence les concepts liés à la protection des enfants dans
les conflits armés et l’évolution historique de leurs droits, nous devons remarquer que
ces droits s’appliquent différemment suivant que l’enfant revêt le statut de civil ou de
soldat. Il faut donc analyser ci-après le principe de distinction entre civils et
combattants115, principe qui fondera la principale subdivision de notre thèse.
114
J.O.L, n° 173, année 1998.
115
Le droit international humanitaire est sous-tendu par des principes fondamentaux. Parmi ces
principes, on relève les principes d’humanité, de proportionnalité, de nécessité militaire et de
distinction. Cf. Manuel droit des conflits armés, ministère français de la défense, éd., 2012. p. 10.
45
des points forts qui ont marqué l'évolution des règles du droit international
humanitaire116.
§ 1 : Le principe de distinction
116
AIVO (G.), Le statut de combattant dans les conflits armés non internationaux, Bruylant, Bruxelles,
Belgique, 2013, p.135.
117
« Dans les conflits armés non-internationaux, les forces armées gouvernementales officielles sont
opposées à des groupes dissidents des forces armées nationales ou à d’autres groupes armés non
étatiques. Le statut de ces groupes armés non étatiques n’est pas reconnu par les États ni par le droit
des conflits armés non-internationaux. Les membres de ces groupes armés ont donc un statut hybride.
Ils sont considérés par le droit national comme des civils criminels du fait de leur usage de la force. Le
droit international humanitaire quant à lui est silencieux sur leur statut. Il les assimile pour l’instant
par défaut à des civils qui participent aux hostilités ». Cf. Dictionnaire pratique du droit humanitaire.
Sur le site [Link]. Et aussi ROUSSEAU (C.), Droit international public ,
5éme éd., Dalloz, Paris, 1970, pp. 333-334.
118
AIVO (G.), Le statut de combattant dans les conflits armés non internationaux, op. cit., p.139.
119
ROUSSEAU (J.-J.), Du contrat social ou principes du droit politique , op. cit., p. 106.
46
se faire dans la paix le plus de bien, et dans la guerre le moins de mal qu'il est
possible … »120.
120
MONTESQUIEU, L'esprit des lois, tome 1, éd., Stéréotype, Paris, p. 72.
121
Convention de La Haye (IV) concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre. La Haye, 18
octobre 1907. Code de droit international public, op. cit. , p. 585. .
122
Règlements 25, 26, 27 de La Haye de 1907, op. cit., p. 585.
123
Nous constatons que les textes internationaux précédant les quatre Conventions de Genève de 1949,
ne contiennent pas de message clair relatif au principe de distinction entre combattants et civils, mais
ils laissent entendre les résultats et les effets de ce principe, tel que, par exemple, la déclaration de
Saint-Pétersbourg de 1868 qui énonce que « le seul but légitime que les États devraient viser pendant
la guerre est l'affaiblissement des forces militaires de l'ennemi ».
47
l’obligation permanente pour les parties belligérantes de dissocier les combattants des
civils124.
124
Résolution VIII « Proclamation des Principes fondamentaux de la Croix-Rouge », XXe Conférence
Internationale de la Croix-Rouge, Compte-rendu, Vienne 2-9 octobre 1965, Autriche, pp. 101-102.
125
Résolution adoptée par l'Institut de Droit international à la session d'Edimbourg du 9 septembre
1969. Cette résolution a pour but d'énoncer les règles existantes du droit international. Elle fut adoptée
par 60 voix pour, une voix contre et deux abstentions ; pour plus d'information voir le site
[Link] .
126
Art. 48 du Protocole I additionnel de 1977, op. cit., p. 271.
48
que l’ambiguïté née de l’utilisation des armes et techniques modernes dans les
combats (B).
127
Un autre exemple de participation indirecte constituerait « le soutien logistique, la fourniture d'abri,
de nourriture, de renseignements aux belligérants, ou la participation à des marches pacifiques de
soutien, la distribution de tracts et tous autres soutiens non armés et non violents ». Cf. AIVO (G.), Le
statut de combattant dans les conflits armés non-internationaux, op. cit., p. 73.
128
UNOZURIK, Protection des victimes des conflits armés, ou les dimensions internationales du droit
humanitaire, Institut Henry Dunant, Unesco, Pedone, Paris, 1986, p. 220.
49
méthodes utilisés tels que les gaz asphyxiants129, les armes de destruction massive130
et les mines antipersonnel131 dans les conflits armés internationaux et non
internationaux, ont conduit à l'ambiguïté de ce principe de distinction.
Concernant la protection des enfants soldats, elle passera par une analyse
des textes du droit international et du droit libyen face à l’interdiction de recruter
des enfants en vue de les faire participer à des hostilités. Cette analyse portera sur
le statut de prisonnier de guerre de ces enfants s’ils sont capturés par l’ennemi.
Puis, nous examinerons la responsabilité pénale des enfants qui commettent des
crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité et, dans le même esprit, la
responsabilité pénale de leurs recruteurs qui violent leur engagement à ne pas
recruter d’enfants (Partie II).
129
Les dispositions du Protocole de Genève de 1925 concernant la prohibition, au cours des guerres,
d'emploi de gaz asphyxiants, toxiques ou similaires et de moyens bactériologiques, se limitent
uniquement aux conflits armés internationaux. Il est donc possible de maintenir l'utilisation de ces
armes lors de conflits armés non-internationaux sans restriction ni interdiction. Pour plus
d’informations sur ce Protocole consulter le site : [Link]/fr.
130
L’avis consultatif de la Cour internationale de Justice, du 8 juillet 1996, sur la licéité de l'emploi
d'armes nucléaires, ne s’est pas prononcé de façon formelle au sujet de l'utilisation ou de la non-
utilisation des armes nucléaires. Cet avis ne s’est pas davantage montré catégorique sur la légalité ou
l'illégalité de l’utilisation des armes nucléaires ; il a précisé « 2- néanmoins, la Cour n'est pas en
mesure d'établir avec certitude si l'emploi d'armes nucléaires est contraire, en toute circonstance, au
droit international humanitaire. Il existe au demeurant un droit de l'État à la survie, le droit à la
légitime défense, ainsi qu'une politique de dissuasion à laquelle une partie de la communauté
internationale adhère depuis des années ... ». Cf. le site internet : [Link].
131
Des initiatives humanitaires visant à réduire les armes nucléaires ont abouti à des conventions telles
que l'interdiction des mines anti-personnelles, il s’agit du traité de 1997 et de la Convention sur les
armes à sous-munitions de 2008. Cependant, notons que ces conventions doivent encore obtenir
l’adhésion des États-Unis, de la Russie, de la Chine et d'autres pays, qui à ce jour, ne les ont pas
ratifiées.
50
PARTIE I
La question de la protection des enfants dans les conflits armés a occupé une
position privilégiée au sein du droit international humanitaire et du droit international
des droits de l'Homme et ce, en vertu de l'objectif commun que ces derniers visent à
atteindre, à savoir la protection des individus et le respect de leur dignité. Ainsi, le
droit international humanitaire peut être considéré comme une loi d'urgence
applicable dans les conflits armés, vise à atteindre des objectifs plus restrictifs et plus
spécifiques, tandis que la législation sur les droits de l'Homme fournit des règles plus
générales et plus globales en situation de paix comme en situation de conflits armés.
En vue des conséquences directes des conflits armés sur les enfants, le droit
international a prévu une panoplie de mesures garantissant la protection de cette
catégorie vulnérable de la population, à travers l’applicabilité des règles générales de
la protection des civils en temps de guerre. A cela s’ajoutent les règles de droit
132
SINGER (S.), Protection des enfants dans les situations de conflits armés , étude en droit
international humanitaire, 1ère éd., 2000, p.144.
51
établies spécifiquement pour les enfants dans le droit international humanitaire et le
droit international des droits de l’Homme dans lequel s’inscrit la Convention relative
aux droits de l'enfant de 1989.
Pour tenter de répondre à ces questions, nous allons analyser, dans un premier
chapitre, ces deux types de protection. Le chapitre 1 se focalisera sur la protection
générale issue des textes relatifs aux droits de l’Homme et au droit humanitaire, alors
que le chapitre 2 soulèvera la question de la protection spécifique contenue dans les
textes consacrés aux droits de l’enfant.
52
CHAPITRE 1
Par ailleurs, quelques uns des traités relatifs aux droits de l’Homme permettent
aux gouvernements de déroger à certains droits dans des cas exceptionnels présentant
un danger public, tandis que le droit international humanitaire ne tolère aucune
dérogation au motif qu'il a été essentiellement conçu pour s’appliquer dans des
situations d'urgence telles que les conflits armés133.
133
DIOP (M.F.), Droit international des droits de l'Homme et droit international humanitaire , op. cit.,
p. 24.
53
notamment à ceux dont la transgression constituerait une violation caractérisée et un
crime contre l’humanité qui relèverait alors des compétences des Tribunaux pénaux
internationaux. Lesdites mesures traitent en effet d’une protection mettant au premier
plan la consolidation des principes directeurs de bonne conduite des États au cours de
conflits armés.
S’il s’avère que le droit international a établi une protection pour les civils en
temps de conflit armé, il importe en premier lieu de savoir en quels termes ce droit a
signifié le mot « civil ». En effet, une protection adéquate de ce type de population
résulte de la définition claire de ce terme. Il apparaît donc nécessaire de se pencher sur
la définition que le droit international donne de ce terme (Section 1).
La protection des civils en temps de conflit armé repose sur une règle
fondamentale du droit international, à savoir que les civils ne doivent faire l'objet
d'aucune attaque, mais être au contraire préservés et protégés134. Le terme
« protection » comprend ici des mesures mises en place par le droit international
humanitaire et le droit international des droits de l'Homme, visant à garantir le respect
de cette règle. La question se pose alors de savoir qui est le « civil » auquel le droit
international apporte une protection pendant les conflits armés internationaux et non
internationaux.
Le droit international n’a commencé à se soucier des civils, dont les enfants, et
de leur protection lors de conflits armés qu’à partir de 1949 dans la quatrième
Convention de Genève et le titre IV du Protocole I additionnel de 1977. La quatrième
134
DIOP (M.F.), Droit international des droits de l'Homme et droit international humanitaire , op. cit.,
p. 27.
54
Convention de Genève, dans son article 4, définit les civils comme « les personnes
qui, à un moment quelconque et de quelque manière que ce soit, se trouvent, en cas de
conflit ou d’occupation, au pouvoir d’une Partie au conflit ou d’une Puissance
135
occupante dont elles ne sont pas ressortissantes... » . A travers cet article, on peut
constater que des personnes civiles ne sont pas concernées par cette protection, tels
que les ressortissants d’un État non signataire de la présente Convention, les
ressortissants d’un État neutre qui se trouvent sur le territoire d'un État en guerre.
Aussi, ne sont pas considérés comme civils - et donc pas couverts par la
protection prévue dans la Convention - les ressortissants d’un État qui coopère avec
l’État belligérant aussi longtemps que l'État de ces ressortissants a une représentation
politique normale dans le pays en question.
Egalement, ne sont pas personnes civiles celles déjà protégées par la première
Convention de Genève relative à l’amélioration du sort des blessés et des malades
dans les forces armées en opération à terre, de même que celles protégées par la
deuxième Convention sur l'amélioration du devenir des malades, naufragés et blessés
en mer des forces navales. Tout comme celles protégées par la troisième Convention
qui concerne le traitement des prisonniers de guerre136.
135
La quatrième Convention de Genève de 1949, voir cette Convention sur le site [Link].
136
UHLER (O.), « Commentaire de l’article 4 de la Convention IV de Genève de 1949, relative à la
protection des personnes civiles en temps de guerre », C.I.C.R, 1952, p. 53.
55
armées qui ont déposé les armes et les personnes qui ont été mises hors de combat
par maladie, blessure, détention, ou pour toute autre cause, seront, en toutes
circonstances, traitées avec humanité, sans aucune distinction de caractère
défavorable basée sur la race, la couleur, la religion ou la croyance, le sexe, la
naissance ou la fortune, ou tout autre critère analogue ...»137.
C'est dans ce sens que le Statut de la Cour pénale internationale de 1998 qualifie
de crime de guerre dans les conflits armés ne présentant pas un caractère international
« le fait de diriger des attaques contre la population civile en tant que telle ou contre
des personnes civiles qui ne participent pas directement aux hostilités »140. Ici,
l'interprétation de la participation directe aux hostilités se veut restrictive et n'inclut
137
Art. 3, commun aux quatre Conventions de Genève de 1949, op. cit., p. 185.
138
AIVO (G.), Le statut des combattants dans les conflits armés non internationaux, [Link]., p. 160.
139
ARRASSEN (M.), Conduite des hostilités, droit des conflits armés et désarmement , Bruylant,
Bruxelles, 1986, p. 140. Et aussi Third Expert Meeting on the Notion of Direct Participation in
Hostilities, Co-organized by the International Committee of the Red Cross and the TMC Asser
Institute, Geneva, 23–25 October 2005, p.108.
140
Art. 8, Paragraphe 2, c de la Cour pénale internationale de 1998, op. cit., p. 528.
56
pas les personnes civiles participant indirectement au conflit ; ces dernières
conservent leur statut de civils et la protection s’y afférant141.
141
AIVO (G.), Le statut des combattants dans les conflits armés non internationaux, [Link]., p. 166.
142
PALWANKAR (U.), « Mesures auxquelles peuvent recourir les États pour remplir leur obligation
de faire respecter le droit international humanitaire », R.I.C.R, Vol. 805, 1994, p.11
143
Art. 50 du Protocole I additionnel de 1977, op. cit., p. 271.
144
Ibid., art. 13.
57
Ce dernier a en effet tenté, lors de la préparation du projet du Protocole II, de
fournir une définition précise de la population civile à travers le texte de l'article 25145,
intitulé « la définition de civils ». Il apparaît clairement que cet article a adopté une
définition plutôt négative du civil, le critère étant l’appartenance ou la non-
appartenance d’un individu aux forces armées. L'article 25 est allé plus loin que
l’article 13, et d'autres précautions ont été prises pour la protection des civils eu égard
aux méthodes utilisées par les combattants dans ces conflits où l’on distingue
difficilement sur des lieux de combat, les combattants de la population civile. Il a
donc été décidé que la présence de personnes qui répondent à la description de
combattants parmi la population civile n’enlève pas à cette dernière son statut de civil,
parce que les lieux de combats, dans ce cas, sont les rues et les places publiques.
145
Art. 25 du projet de Protocole II énonce : « 1- Est considérée comme civile toute personne qui n'est
pas membre des forces armées ou d'un groupe armé organisé. 2- La population civile comprend toutes
les personnes civiles. 3- La présence au sein de la population civile de personnes isolées ne répondant
pas à la définition de personnes civiles ne prive pas cette population de sa qualité civile. 4- En cas de
doute sur le point de savoir si une personne est un civil, la dite personne sera considérée comme telle
» ; voir, Third Expert Meeting, [Link]., p. 29.
146
Ce critère figure dans l’art. 50 du Protocole I additionnel de 1977, op. cit., p. 270.
147
Art. 13 du Protocole II additionnel de 1977, op. cit., p. 320.
58
A partir de ce qui précède, il ressort que le terme « civil » désigne aussi la
personne de moins de 18 ans qui ne participe pas directement aux hostilités, tel que le
prévoient à cet égard les Conventions et les Protocoles additionnels de Genève. Cette
désignation peut s’avérer inadéquate, ainsi en situation de doute la priorité doit être
donnée au statut de civil conféré à une telle personne148.
La protection des enfants contre les actes de guerre les ciblant et susceptibles
de les atteindre physiquement ou psychologiquement, est devenue un thème récurrent
dans les relations internationales. A titre d’exemple, entre 1945 et 1992, 149 conflits
internationaux se sont déroulés dans le monde causant la mort de 23 millions de
personnes dont 2 millions d’enfants, selon les statistiques de l’UNICEF149. On compte
aussi, dans la même période, entre 4 et 5 millions de handicapés, 12 millions de
déplacés et 1 million d’enfants séparés de leurs parents150.
Il est important de noter que la protection juridique des enfants contre les
effets des opérations armées était l'une des premières préoccupations du droit
international, notamment dans son volet relatif aux droits de l’enfant.
148
AIVO (G.), Le statut des combattants dans les conflits armés non internationaux, [Link]., p. 168.
149
Harvard program on Humanitarian policy and conflict Research Children Facing Insecurity: New
Strategies for Survival in a Global Era, Policy paper produced for the Canadian Department of Foreign
Affairs and International Trade, 2001, May, p.14.
150
Ibid.
59
civile, en exigeant que les États parties s’engagent, selon l'article 46, à respecter
l’honneur et les droits de la famille ainsi que la vie des individus151.
Parmi les conclusions qui ont résulté de cette réflexion, est ressortie la prise de
conscience qu’un travail sur l’enfance, notamment sur sa protection face aux atrocités
de la guerre, serait la meilleure façon de garantir les générations futures de la violence
sous toutes ses formes152. Un travail dans ce sens a été fait sur deux plans juridiques :
celui du Droit International humanitaire (§1) et celui des Droits de l’Homme (§2).
151
Convention de La Haye de 1907, Section III, De l'autorité militaire sur le territoire de l’État ennemi,
consultable sur le site: [Link].
152
ZIDANE (F.), Le statut de l’enfant dans le droit public international, op. cit., p. 11.
153
BUGNION (F.), « Les Enfants Soldats, Le Droit International Humanitaire et la Charte Africaine
des Droits et du Bien-être de L'Enfant ». R.A.D.I.C, n° 2, Vol. 12, juin 2000, p. 266.
154
DELBRÜCK (J.), « Max Huber’s Sociological Approach to International Law Revisited », EJIL,
vol. 18, n. 1, 2007, pp. 97-113.
60
également adopté par de nombreux spécialistes du droit humanitaire, devenant
aujourd'hui le terme officiellement utilisé au niveau international155.
À cet égard, le droit humanitaire fournit une protection générale aux enfants en
tant que personnes ne participant pas aux hostilités, et en raison de la vulnérabilité de
cette catégorie de population156. Le paragraphe (A) suivant traitera de cette protection
dans le cadre de la quatrième Convention de Genève de 1949 ; puis, cette même
protection sera abordée à partir du Protocole I additionnel de 1977 (B).
155
BURETTE (P.) et LAGRANGE (P.), Le droit international humanitaire , éd., La Découverte, Paris,
2008, p. 4.
156
« La situation des enfants au moment des conflits armés au regard du droit international
humanitaire ». Revue de l’Enfance et du développement, n° 9, Vol. 3, hiver 2003, pp. 111-129.
61
note que les personnes protégées jouissent, en toutes circonstances, du plein droit au
respect de leur personne, de leur dignité, de leurs droits familiaux, de leurs coutumes
et traditions, de leurs croyances religieuses ainsi que de la pratique de leurs
religions157.
Ladite Convention contient au surplus que les personnes civiles doivent être
traitées avec humanité et protégées contre tout acte de violence ou d’intimidation,
d’humiliations et d'exposition de leur corps en public ; toute forme de coercition
physique ou morale contre les civils y est bannie notamment si l’objectif en est de leur
soutirer des informations158.
De même les États parties aux conflits armés ne doivent pas prendre de
mesures qui pourraient causer des souffrances physiques ou l’extermination des
personnes protégées vivant sur le territoire. Cette interdiction ne vise pas uniquement
la torture, les châtiments corporels, les mutilations et les expériences scientifiques
pratiqués sur une personne concernée par la protection, elle inclut aussi toute autre
forme d’atrocités commises contre elle par des civils ou des militaires159.
Dans le même esprit, il est aussi interdit aux États parties dans un conflit
international de sanctionner une personne civile pour un délit commis par une autre
personne, de procéder à des punitions collectives qui toucheraient toutes les personnes
civiles sans distinction et de menacer des civils ou de perpétrer des actes de terrorisme
contre eux160. Enfin, l’une de ces dispositions précise qu’interdiction est faite aux
parties belligérantes de prendre en otage des civils en raison des conséquences
physiques et/ou psychologiques néfastes qui pourraient en résulter.
Puisqu’il est établi que l’enfant fait partie intégrante de la population civile, il
bénéficiera au premier chef de toutes ces dispositions. Cependant la Convention
précitée ne s’est pas montrée suffisamment claire dans ses articles au sujet de
l’étendue de cette protection en direction des enfants. En effet, on remarque dans ces
textes l'absence d’une réelle protection pour eux en temps de conflits armés, ce qui a
conduit la communauté internationale à élaborer de nouvelles règles juridiques visant
157
Art. 27 de la quatrième Convention de Genève de 1949, code de droit international humanitaire, op.
cit., p .240.
158
Art. 31 de la quatrième Convention de Genève de 1949, op. cit., p .240.
159
Ibid., art. 32.
160
Ibid., art. 33.
62
à palier ce vide. Notamment, ces efforts ont été dirigés vers l’élaboration du Protocole
I additionnel de 1977 relatif aux conflits armés internationaux.
161
Art 51, Paragraphe 2 du Protocole I additionnel de 1977, op. cit., p .271.
162
Ibid., Paragraphe 3.
163
Ibid., Paragraphe 4.
164
Ibid., Paragraphe 7.
63
de caractère civil... »165. En second lieu, toute partie se trouvant dans une telle
situation a le devoir de « ... prendre toutes les précautions pratiquement possibles
quant au choix des moyens et méthodes d'attaque en vue d'éviter et, en tout cas, de
réduire au minimum les pertes en vies humaines dans la population civile, les
blessures aux personnes civiles...».
Eu égard aux engagements antérieurs, cet article a cité une seule exception
pour une partie au conflit se trouvant dans l’obligation de défendre son territoire
contre un envahisseur ; à savoir : « ... des dérogations aux interdictions prévues au
paragraphe 2 sont permises à une Partie au conflit sur un tel territoire se trouvant
sous son contrôle si des nécessités militaires impérieuses l'exigent ... » et si la partie
en question juge que ce type d’opérations entre dans une démarche de défense de
guerre. Cette exception semble aller à l’encontre des types de protection établis et
165
Il peut s’agir, par exemple, d’un lieu classé par l’UNESCO ; cependant, la mort de civils au cours
d’opérations militaires ne peut malheureusement pas toujours être évitée, car comme l’énonce le dicton
: « On n'obtient rien sans faire un minimum de sacrifices, sans prendre quelques risques inévitables ».
166
Il n'y a pas de pays qui reconnaisse officiellement le ciblage délibéré des civils, et peu de groupes
armés admettent leur responsabilité dans le ciblage des civils durant les conflits armés.
64
ouvre la voie aux parties belligérantes pour justifier la violation des règles dudit
Protocole167.
En citant que des abus continuent d'être commis contre les enfants, ce rapport
révèle que de nombreuses écoles de plusieurs régions du monde sont la cible de forces
armées régulières ou de groupes armés. Il donne pour exemple une violation flagrante
des dispositions du présent Protocole et de celles du droit humanitaire international
faite notamment en Irak par une organisation dénommée Al-Qaïda qui utilise des
enfants portant sur eux, à leur insu, des bombes dans l’objectif de les faire exploser à
distance, opération au cours de laquelle ils perdent la vie ; le groupe appelle ces
enfants « Oiseaux de paradis ».
167
La politique de la terre brûlée pratiquée par une Puissance occupante qui se retire d’un territoire
occupé, a été jugée licite s’il existe d’impérieuses raisons militaires de la pratiquer. Commentaire des
Protocole additionnel aux Conventions de Genève de 1949 éd., Comité international de la Croix-
Rouge, p. 677.
168
Rapport n°A/55/820-S/2011/250, du Secrétaire général des Nations Unies sur « Le sort des enfants
en temps de conflit armé », paragraphe 97, p. 25-26.
169
Art. 1 de la Convention relative aux droits de l'enfant de 1989, op. cit., p. 300.
65
adultes sera fonction des lois et traditions nationales et du choix des Parties au
conflit... »170.
Ainsi, bien qu’en temps de conflits armés, ce Protocole ait prévu la protection
des civils en général, dont les enfants, ce texte ne contient pas de norme explicite
visant à protéger ces derniers dont l’âge se situe entre 15 et 18 ans, la question de leur
protection étant confiée, dans ce cas, aux lois nationales ou aux choix des parties au
conflit. Et Claude PILLOUD cite : « Nous admettrons comme lui [le rapporteur] que,
pour cette dernière catégorie, il y aura lieu de se conformer aux habitudes et à la
pratique suivie dans les lieux de détention ou de rassemblement des pays intéressés.
En cas d'incertitude, c'est l'intérêt des jeunes qui devra primer …»171. Aussi, la
protection de cette catégorie fragile de la population, énoncée dans le Protocole I, peut
sembler moins efficace que celle contenue dans les dispositions du droit international
des droits de l'Homme. Ce point sera développé dans le paragraphe suivant.
170
Paragraphe 63.10 Actes XV, CDDH/407/Revue.1, p. 485.
171
PILLOUD (C.), Commentaire des Protocoles additionnels aux Conventions de Genève de 1949 ,
Comité international de la Croix-Rouge, Genève, p.927.
172
KOLB (R.), Théorie du droit international, 2éme éd., Bruylant, Bruxelles, 2013, p. 85. Et aussi
KOHEN (M.), Les perspectives de droit international au 21 éme siècle, éd., Leiden, Boston, 2012, p. 55.
173
« Droit international humanitaire et droit international des droits de l'Homme Similitudes et
différences » services consultatifs en droit international humanitaire, CICR, p.1.
66
des conflits armés en raison de la situation exceptionnelle qui menace les États
belligérants. De même, les droits de l’enfant font partie intégrante des droits de
l’Homme, c’est pour cela que les documents internationaux relatifs aux droits des
enfants sont souvent fondés sur les traités généraux des droits de l’Homme.
174
Les droits de l’Homme, un ensemble de documents internationaux, Nations Unies, New York, 1983,
1ère partie, p. 232-235.
175
Ibid.
67
L'Assemblée générale appelle les États à s’engager au respect d’un ensemble
de principes, dont quelques uns sont déjà en vigueur. Nous rappelons en particulier
l'interdiction de lancer des bombes contre les civils, ce qui génère des souffrances
incalculables, surtout parmi les femmes et les enfants ; et aussi que l’utilisation des
armes chimiques et bactériologiques au cours des opérations militaires est une
violation du Protocole de Genève de 1925176, des quatre Conventions de Genève de
1949 et des principes du droit international humanitaire, au motif que ce type d’armes
inflige de lourdes pertes à la population civile et parmi elle, les enfants ; le respect
total des obligations internationales relatives à la protection des enfants pendant les
conflits armés, obligations contenues dans le droit international des droits de
l’Homme ainsi que dans les textes des quatre Conventions de Genève de 1949.
Parmi les principes rappelés par l’Assemblée générale figure celui selon lequel
les États participants à des conflits armés ou à des opérations militaires dans des
territoires étrangers ou dans des territoires sous domination coloniale doivent
s’engager à faire tout leur possible afin d’épargner aux enfants toute forme de
souffrance consécutive à la guerre et prendre toutes les mesures nécessaires pour
empêcher les persécutions, la torture, les traitements dégradants et la violence, en
particulier à l’encontre des enfants.
176
Ce Protocole concerne la prohibition d’emploi à la guerre de gaz asphyxiants, toxiques ou similaires
et de moyens bactériologiques. Consultable sur le site : [Link]/fr.
68
nous le rappelions plus haut, le premier article de cette Convention dispose que
« l’enfant est tout être humain âgé de moins de dix-huit ans... »177.
Or, une contradiction apparaît entre cet article premier et l’article 38 de cette
même Convention, article qui traite de la protection des enfants dans les conflits
armés, en énonçant que l’âge légal minimum pour participer directement à un acte de
guerre est de 15 ans. Ce qui autorise le recrutement et l’utilisation d’enfants dans les
conflits armés quand ils atteignent cet âge178. A notre avis, il eut été préférable que la
Convention interdise catégoriquement l’utilisation des enfants dans les conflits armés
car les enfants doivent bénéficier de la protection la plus étendue dans un contexte où
leurs droits sont exposés à davantage de violations.
177
Art. 1 de la Convention de 1989, Code de droit international public , p. 300.
178
KALSKOVEN (F.), « Child soldiers », A.J.I.L., October 1995, Vol. 89, p. 850.
179
Art. 38 de la Convention de 1989, Code de droit international public , p. 300.
180
Le rôle des Protocoles facultatifs est de renforcer l’évolution du droit international en donnant la
possibilité aux États volontaires d’adopter des critères plus restrictifs. Cf. UN. Doc. A / 55 / 41 ,2000
,P.7,E/CN.4/1998/2.
69
Ce Protocole, publié en 2000, et relatif à l’implication des enfants dans les
conflits armés181 est considéré comme la plus grande avancée des droits de l’enfant
dans ce domaine depuis la publication de la Convention des droits de l’enfant de
1989. En effet, ledit Protocole a fixé à 18 ans l’âge minimum pour la participation à
des actes de guerre, de même qu’il représente l’aboutissement de tous les efforts
fournis jusqu’à présent dans la protection des enfants touchés par les conflits armés.
On peut ajouter que l’article est formulé d'une manière qui laisse peu de doute
sur l’interdiction faite aux États d’enrôler des enfants dans les conflits armés internes ;
181
L’Assemblée générale a adopté, le 25 mai 2000, le Protocole facultatif, par décision 54/263 et il est
entré en vigueur le 21 février 2002.
182
Cf. UN. Doc. A/RES/54/263, 2000.
183
Art. 1 du Protocole facultatif de 2000, op. cit., p. 316.
184
Ibid., art. 3, Paragraphe 5.
185
Ibid., Art. 4.
70
cependant, l'expression « ne devraient pas », utilisée dans cet article 4 ne nous semble
pas suffisamment convaincante pour prendre valeur d’interdiction, car elle est laissée
au libre arbitre de chacun. Cela semble plutôt s’imposer comme un devoir moral et
non comme une obligation légale du droit international.
Cependant, ledit Protocole a admis dans cet article qu'il n'excluait pas la
protection générale des enfants contenue dans les dispositions du droit international
humanitaire. Ce qui soulève la question de la portée de la protection spécifique prévue
186
Art. 6 et 7 du Protocole facultatif de 2000, op. cit.,p. 316.
187
La déclaration universelle pour la protection et le développement de l’enfant de 1990 insiste sur la
nécessité de la protection des droits de l’enfant en temps de conflits armés, et ce dans son paragraphe 4
la déclaration disponible in [Link].
71
pour les enfants par ce Protocole, comparée à la protection générale du droit
humanitaire qui semble offrir une meilleure protection aux enfants.
L'Afrique est la région du monde qui compte le plus grand nombre d'enfants
touchés par les conflits armés. Dans ce contexte, les pays africains ont préparé dès
juillet 1979 un ensemble de textes juridiques visant à protéger les enfants dans ces
conflits. A ce sujet, la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant « apparaît
comme une manifestation de la place croissante qu’occupe la protection des droits de
l’enfant dans les préoccupations des Etats africains »188. Cette volonté a d’ailleurs
conduit, en 1990, à l’adoption de la Charte africaine des droits et du bien-être de
l’enfant, qui a fixé à 18 ans l’âge où s’arrête la période de l'enfance189 et ce, par son
article 2 qui énonce : « est considéré comme enfant toute personne n’ayant pas atteint
l’âge de 18 ans »190.
Dans son contenu, la Charte consacre les mêmes principes généraux que la
Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant, de 1989. Ces principes
touchent entre autres les droits fondamentaux tels le principe de non-discrimination, le
respect de l’intérêt supérieur de l’enfant, le droit à la survie et au développement qui
interdit en même temps le prononcé de la peine de mort, l’interdiction des mauvais
traitements191.
188
BOUKONGOU (J.D), « Le système africain de protection des droits de l’enfant : Exigences
universelles et prétentions africaines », op. cit., p. 98.
189
ZANI (M.), La Convention internationale des droits de l’enfant : portées et limites, Publisud,
Annexe 7, Paris, 1996, p.175.
190
BOUKONGOU (J.D), « Le système africain de protection des droits de l’enfant : Exigences
universelles et prétentions africaines », op. cit., p. 98.
191
Art. 2 de la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant de 1990, texte disponible sur le
site: [Link]/fr.
72
En ce qui concerne la protection des enfants civils qui ne participent pas aux
hostilités, l’article 22 constitue une avancée par rapport à la Convention de 1989 en ce
sens qu’il rappelle : « … Les Etats parties à la présente Charte doivent,
conformément aux obligations qui leur incombent en vertu du Droit International
Humanitaire, protéger la population civile en cas de conflit armé et prendre toutes les
mesures possibles pour assurer la protection et le soin des enfants qui sont affectés
par un conflit armé. Ces dispositions s'appliquent aussi aux enfants dans des
situations de conflits armés internes, de tensions ou de troubles civils »192.
Les deux premières concernent la protection des droits humains pour toutes les
catégories de population ; il s’agit de la Résolution 237/1967 dans laquelle le Conseil
de sécurité considère « … que les droits de l'homme essentiels et inaliénables doivent
être respectés même dans les vicissitudes de la guerre … »193. Et aussi dans la
Résolution 941/1994 où le même Conseil souligne que le « nettoyage ethnique » est
192
Art. 22 de la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant de 1990.
193
Résolution 237/1967 / adoptée par le Conseil de sécurité lors de sa 1361ème séance, le 14 juin 1967.
73
« une violation flagrante du droit international humanitaire et fait peser une lourde
menace sur l’effort de paix ...» 194.
À cette fin, le Conseil n’a cessé de prendre des décisions en vue de protéger
les enfants en période de conflit armé ; ces décisions se focalisent sur l’impact négatif
et immédiat des conflits armés sur les enfants (1), et contiennent des dispositions
propres à assurer la protection des enfants contre les conséquences de la guerre (2).
194
Résolution 941/1994/ adoptée par le Conseil de sécurité lors de sa 3428ème séance, le 23 septembre
1994.
195
Résolution 1261/1999/ adoptée par le Conseil de sécurité lors de sa 4037 ème séance, le 25 août 1999.
196
Ibid. Paragraphe 17, aliéna A.
197
Résolution 1314 /2000 adoptée par le Conseil de sécurité lors de sa 4185 ème séance, le 11 août 2000.
74
impact sur la population civile, et notamment sur les enfants, « … à cet égard,
réaffirme qu’il est prêt à examiner de telles situations et, au besoin, à adopter les
mesures appropriées…»198 .
198
Résolution 1314 /2000 du Conseil de sécurité, op. cit., paragraphe 9.
199
Résolution 1379 /2001/adoptée par le Conseil de sécurité lors de sa 4423ème séance, le 20 novembre
2001.
200
Paragraphe 8, aliéna a de la Résolution 1379 /2001, op. cit., p. 3.
201
Ibid., Paragraphe 8, alinéa b, c.
75
En outre cette Résolution demande aux parties de remplir les engagements pris
devant le Représentant spécial du Secrétaire général pour les enfants et les conflits
armés, ainsi que les engagements envers les autres organes de l’Organisation des
Nations Unies en ce qui concerne la protection des enfants dans les situations de
conflits armés202 ; la Résolution en question fait aussi demande aux États membres
« d’envisager, le cas échéant, les mesures susceptibles de décourager les entreprises
relevant de leur juridiction d’entretenir des relations commerciales avec les parties à
un conflit armé dont il est lui-même saisi, lorsque ces parties violent les normes
juridiques internationales applicables à la protection des enfants dans les conflits
armés …» 203.
Dans cette Résolution, le Conseil de sécurité exhorte encore les États membres
à mettre fin au phénomène d’impunité en poursuivant les responsables de crimes de
génocide, de crimes contre l’humanité et de tous les autres crimes odieux perpétrés
contre des enfants. Le Conseil prie de même le Secrétaire général : « a) De prendre en
compte la protection des enfants dans les plans de maintien de la paix qu’il soumet au
Conseil de sécurité, notamment en incorporant au besoin des spécialistes de la
protection des enfants dans les opérations de maintien de la paix …»204.
Sans compter que la Charte des Nations Unies dispose que « Les Membres de
l'Organisation conviennent d'accepter et d'appliquer les décisions du Conseil de
sécurité conformément à la présente Charte »205. Le Secrétaire général de
l'Organisation des Nations Unies s’est intéressé à ce problème ainsi qu’à la mise en
202
Paragraphe 8, aliéna d de la Résolution 1379 /2001, op. cit., p. 3.
203
Ibid., Paragraphe 9 alinéa c.
204
Paragraphe 10, alinéa A de la Résolution 1379 /2001, op. cit., p. 3.
205
Art. 25 de la Charte des Nations Unies de 1945, op. cit., p. 5.
76
œuvre des résolutions du Conseil de sécurité mentionnées ci-dessus, en rédigeant des
rapports dans ce sens, notamment celui intitulé « Les enfants et les conflits armés »,
qui a été présenté au Conseil en application de l’alinéa 20 de sa Résolution
1261/1999206.
206
Résolution 1261/1999/ adoptée par le Conseil de sécurité lors de sa 4037 ème séance, le 25 août 1999.
77
moitié des décès dans le monde. Une tragédie humaine qui a connu son apogée au
Rwanda en 1994, pays ravagé par la guerre civile qui a fait environ 250. 000 victimes
parmi les enfants, massacrés lors de ce génocide, et a causé la mort de près d’un
million de personnes en quelques semaines207.
L'article 3 commun aux quatre Conventions de Genève de 1949 est l'un des
articles les plus importants traitant des conflits armés non-internationaux. Cet article a
tenté d’établir un ensemble de critères permettant de déterminer le concept de conflit
non-international.
207
The state of the world’s children, UNICEF 2000, pp. 26-30.
208
CASSESE (A.), « La guerre civile et le droit international », Tome 90, R.G.D.I.P., 1986, p. 558.
209
Affaire du Détroit de Corfou, fond, arrêt, C I J. Recueil 1949, p. 23, in Affaire des Activités
militaires et paramilitaires au Nicaragua et contre celui-ci, fond, arrêt, C I J. Recueil 1986, p. 115.
78
d'application actuelles, s'applique à tous les conflits armés ... qui se déroulent sur le
territoire d'une Haute Partie contractante entre ses forces armées et des forces
armées dissidentes ou des groupes armés organisés qui, sous la conduite d'un
commandement responsable, exercent sur une partie de son territoire un contrôle tel
qu'il leur permette de mener des opérations militaires continues et concertées et
d'appliquer le présent Protocole …»210.
210
Art. 1 du Protocole II additionnel de 1977, code de droit international humanitaire , p.310.
211
PLATINER (D.). « La protection de l’enfant dans le droit international », R.I.C.R, 66ème année, n°
747, mai-juin 1984, p. 150.
79
conflit. Ce qui représente une exception, contrairement aux guerres internationales
régies par les lois et coutumes établies par le droit international humanitaire.
En effet, dans les guerres internationales les victimes jouissent de tous les
systèmes de protection mis en place par le droit précité. Et ce, au motif que ce type de
guerre se déroule entre des « personnes morales » du droit international. Ce point de
vue traditionnel a fixé des limites artificielles entre les concepts et ne repose sur
aucune logique juridique permettant de différencier entre guerres internationales et la
guerre civile.
212
ORAISON (A.), « La doctrine des publicistes les plus qualifiés des différentes nations », Revue
belge de droit international, éd., Bruylant, Bruxelles, 1991, p. 507.
213
Traités signés en 1648 à Münster en Allemagne, entre l’Empereur Ferdinand III, la France, la Suède
et leurs Alliés respectifs, pour mettre fin à la Guerre de Trente ans.
80
considérées auparavant comme des questions relevant des affaires intérieures des
pays, bien que cette distinction n’ait pas emporté l’adhésion de toutes les doctrines.
En effet, certaines d’entre elles estiment que le droit international traditionnel a
effectivement débuté avec la signature des traités de Westphalie pour s’étendre
jusqu’en 1936, début de la guerre civile espagnole214.
Dans le domaine, le juriste GROTIUS a voulu établir une distinction entre les
guerres conventionnelles entre deux pays et les guerres au sein d’un même pays en
qualifiant la guerre civile de « guerre hybride » ou « guerre mixte » , considérant que
ce type de guerre combine les caractéristiques d’une guerre conventionnelle avec
celles d’une guerre spécifique entre les citoyens d’un seul et même pays215.
214
La Guerre civile espagnole a duré de 1936 à 1939. Cf. CASSESE (A.), « La guerre civile et le droit
international », op. cit., p. 558.
215
GROTIUS (H.), Le droit de la guerre et de la paix, Vol. 1, librairie de Guillaumin, Paris, 1867, pp.
261-265.
216
DE VATTEL (E.), Le droit des gens ou Principes de la loi naturelle appliqués à la conduite et aux
affaires des nations et des souverains, Tome II, Institut Henry Dunant Genève, Suisse, 1983, p. 265.
217
ABI-SAAB (R.), Droit humanitaire et conflits internes , éd., Pedone, Paris, 1986, p.18.
81
tous les avantages attendus en matière de protection des victimes de guerre et
notamment des enfants.
Cette reconnaissance est considérée comme l’un des points les plus influents
ayant permis de mettre au centre des débats internationaux la question de guerre civile
jusqu’à la situer au même rang que les autres guerres conventionnelles et donc
soumise au droit international relatif aux guerres. En effet, sans la reconnaissance de
la notion de « combattant », ce type de conflit serait resté en dehors du champ
d’application du droit international et à la merci des interprétations souvent
fallacieuses des législations internes des États. Aussi, qu'entend-on par « concept de
reconnaissance du statut de combattant » et quelles en sont les implications ?
218
CASSESE (A.), « La guerre civile et le droit international », [Link]., p. 559.
219
AMER (S.), Introduction à l’étude du droit international public, 2ème éd., Egypte, 1995, p. 611.
220
On distingue la reconnaissance des États, des gouvernements, mais aussi celle des mouvements de
libération nationale.
82
Il est à remarquer que les cas de rébellion et d’insurrection se situent d’une
manière générale en dehors du cadre du droit international, excepté pour le cas des
« guerres civiles » dont les rebelles sont reconnus comme des « combattants » par
l’État sur le territoire duquel se déroule l’insurrection. Car, au regard du droit
international, les guerres éclatent en principe entre deux ou plusieurs États, membres à
part entière de la communauté internationale et jouissant d’une souveraineté, ce qui
leur donne le droit de déclarer la guerre contre un autre État afin de se défendre ou de
défendre ses intérêts.
Or, cette caractérisation n’existe pas dans le cas des guerres civiles où les
protagonistes sont généralement, d’un côté des groupes armés et de l’autre, un
gouvernement. Et puisque les premiers ne jouissent pas du statut de personne
juridique, contrairement au second, la loi autorise un gouvernement à mater toute
forme d’insurrection, dans la mesure où elle la considère comme un fait interne qui
relève de la souveraineté de l’État. Ainsi, les gouvernements ont le droit d’utiliser la
force contre les rebelles et de les soumettre aux juridictions locales, comme de les
traiter au titre de vulgaires criminels, de traitres ou de simples hors la loi.
221
WILHELM (R.-J.), « Problème relatif à la protection de la personne humaine par le droit
international dans les conflits armés ne présentant pas un caractère international », R.C.A.D.I. Tome
137, 1972, p. 326.
222
Ibid., p. 328.
83
a) Les effets de la reconnaissance sur l’État concerné par la guerre civile
Ces conventions obligent les gouvernements en place ainsi que les rebelles à
respecter les accords en vigueur au moment du conflit. Cela signifie que les
combattants faits prisonniers des deux côtés – y compris les enfants - doivent être
traités humainement, comme tous prisonniers de guerre et conformément à la
Convention de Genève de 1929223 qui interdit toute forme de maltraitance qui touche
l’intégrité physique ou psychologique des prisonniers de guerre et qui incite les
parties belligérantes à protéger les prisonniers et à les traiter avec humanité.
223
La Convention de Genève est la première Convention de droit international humanitaire, relatif à la
protection des prisonniers de guerre.
84
blessés sur le front, de leur fournir les soins médicaux nécessaires et de protéger le
personnel médical et les religieux qui les accompagnent224.
Selon ces Conventions, les parties au conflit sont dans l’obligation de respecter
tous les traités internationaux relatifs au déroulement des opérations, aux techniques
de guerre et aux armes utilisées pendant les conflits, ainsi que de respecter tous les
principes coutumiers qui ont été ajoutés à la Convention de La Haye, notamment la
clause de Martens225, celle de l’obligation de traitement humain mais aussi du principe
de proportionnalité qui exige l’existence d’un commandement garantissant un
ensemble de points, comme interdire d’ordonner ou de planifier des mesures ayant
pour but de ne laisser aucun ennemi en vie ; éviter les attaques aléatoires dirigées vers
des cibles militaires non définies avec précision ; ne pas commettre d’attaques
dissuasives ou de représailles contre la population civile, dont les enfants, y compris
les biens civils ; veiller à diriger toutes les opérations militaires ainsi que les armes à
feu à disposition contre des cibles exclusivement militaires226. A toutes ces
dispositions s’ajoute l’application de la déclaration de Bruxelles du 27 août 1874,
relative à la distinction entre combattants et non-combattants227.
En règle générale, tout État est responsable de ses actes ainsi que des actions
de ses citoyens en cas de dommages infligés aux États étrangers ou aux ressortissants
de ces États. Cette responsabilité court aussi dans le cas de rébellion ou de guerre
civile, tant que l’État en question n’a pas reconnu aux rebelles leur statut de
224
ZAMMELI (A.), Entrée au droit international humanitaire , Publications de l’institut arabe des
droits de l’Homme, Comité international de la Croix-Rouge, Tunis, Tunisie, 1997, p. 17.
225
La clause de Martens est une base juridique entrée en 1899 dans la Convention de Genève relative
aux règlements de la guerre terrestre. Ces règlements ont été confirmés en 1907 par la Convention de
La Haye sur la guerre terrestre, dans son préambule qui dispose : « ... dans les cas non compris dans les
dispositions réglementaires adoptées par Elles, les populations et les belligérants restent sous la
sauvegarde et sous l'empire des principes du droit des gens, tels qu'ils résultent des usages établis
entre nations civilisées, des lois de l'humanité et des exigences de la conscience publique ».
POUSTOGAROV (V.), « Un humaniste des temps modernes (1845-1909) », op. cit., pp. 322-338.
226
ATLAM (C.), Règles et comportements en temps de guerre. Conférences en droit international
humanitaire. Comité international de la Croix-Rouge, 6ème éd., pp. 115-116.
227
Nous avons déjà exposé le principe de distinction entre combattants et civils dans l’Introduction, p.
45.
85
combattants228. En revanche, si cette reconnaissance a eu lieu, l’États s’exonère de
toute responsabilité en cas d’exactions commises par lesdits rebelles comme de
négligence volontaire de leur part ayant entrainé des dommages à la population ou aux
biens civils. En fait, la reconnaissance du statut de combattant attribue aux rebelles
une personnalité morale temporaire et les rend automatiquement responsables de leurs
actes et des conséquences de ces actes.
86
b) Les effets d’une reconnaissance émise par un pays tiers
232
WILHELM (R.-J.), « Problème relatif à la protection de la personne humaine par le droit
international dans les conflits armés ne présentant pas un caractère international », [Link]., p. 330.
233
Ibid., p. 333.
234
AWACHRIYA (R.), La protection des civils et des biens matériels lors des conflits armés non
internationaux, op. cit., p. 87.
87
aux victimes et réduire par le fait les dégâts de la guerre tant au plan humain qu’à
celui des biens civils.
Ces efforts ont abouti à d’importants résultats dont celui de considérer les
mouvements de libération nationale comme des conflits internationaux ainsi qu’à la
création d’un organisme international ayant la vocation de s’occuper exclusivement
des conflits armés non internationaux, conformément à l’article 3 commun aux quatre
Conventions de Genève de 1949 et à leur Protocole II additionnel de 1977. Ces
résultats ont permis de lever toutes les confusions qui empêchaient auparavant
l’application des dispositions du droit international relatives à l’état de guerre.
235
Paragraphe 1 de l'article 3 commun aux quatre Conventions de Genève de 1949, op. cit., p. 185.
88
personnes mises hors de combats à cause d’une maladie, d’une blessure ou de toute
autre raison.
Selon l’article 3 commun, toutes ces personnes sont protégées. En effet, elles
bénéficient toutes et sans aucune distinction du droit au traitement humanitaire,
comme l’indique le principe général énoncé dans le premier paragraphe dudit article
et qui prévoit qu’il faut : « les traiter avec humanité et sans aucune distinction de
caractère défavorable basée sur la race, la couleur de peau, la religion ou la
croyance, le sexe, la naissance, la fortune ou tout autre critère analogue... »236.
Néanmoins, cet article a passé sous silence le cas d’une catégorie vulnérable
lors des guerres, à savoir les prisonniers de guerre qui comptent parmi eux des
enfants. Car le combattant rebelle – qu’il soit adulte ou enfant – ne jouit pas en cas de
capture par les forces gouvernementales du statut de prisonnier de guerre comme c’est
le cas dans les conflits internationaux. D’ailleurs, la personne capturée est même
susceptible d’être présentée devant un tribunal national sous l’inculpation de violation
des lois du pays, voire même de haute trahison237.
Toutefois, un détail mérite d’être relevé dans cet article, puisqu’il prendra une
importance majeure dans l’évolution du droit international humanitaire : il s’agit de
l’utilisation de l’expression « ... des Parties au conflit... », qui donne à ce conflit un
caractère humain dans la mesure où les rebelles sont, pour la première fois, considérés
comme une partie à part entière dans le conflit au même rang que les forces armées
gouvernementales.
236
Paragraphe 1 de l'article 3 commun aux quatre Conventions de Genève de 1949, op. cit., p. 185.
237
JUNOD (S.) PICTET (J.), Commentaire du protocole additionnel aux conventions de Genève du 12
août 1949 relatif à la protection des victimes des conflits armés non internationaux (Protocole II), éd.,
C.I.C.R, Genève, 1986, p.1349.
238
Art. 3, commun aux quatre Conventions de Genève de 1949, op. cit., p. 185.
89
traitements cruels et de tortures ; la prise d’otages ; les atteintes à la dignité des
personnes, tels que les traitements humiliants et dégradants ; les condamnations
arbitraires et sommaires, les exécutions sans jugement préalable rendu par un tribunal
régulier et assorti des garanties judiciaires reconnues par la communauté
internationale.
Mais la chose étrange dans cet article reste l’absence totale des termes
« respect et protection » souvent utilisés dans les quatre Conventions de Genève de
1949 au sujet de la protection prévue par le droit international humanitaire aux
victimes des conflits armés internationaux. Le terme « traitement humain » figure
dans cet article qui s’est contenté d’évoquer le cas des blessés et des malades sur le
champ de bataille sans aborder la position juridique des enfants ou d’autres personnes
cités exhaustivement dans les traités relatifs aux conflits armés internationaux239.
239
KALSHOGEN (F.), TSIEGFIELD (E.), Les normes qui régissent la guerre. Entrée au droit
international humanitaire . Le Comité International de la Croix-Rouge, 1ère éd., 2004, p. 81.
240
MAIA (C.), SCALIA (D.), KOLB (R.), La protection des prisonniers de guerre en droit
international humanitaire , 1ère éd., Bruylant, Bruxelles, 2015, p. 204.
90
non du conflit241 constituent les reproches les plus marquants. Car, l’absence de
précision et d’outil de contrôle ont laissé l’application de cet article à la discrétion de
l’État victime de rébellion qui hésite souvent à qualifier de rébellion les
revendications de la population. Ainsi, estimant que cet article ne réussit pas toujours
à résoudre des situations juridiquement inextricables, la communauté internationale a
tenté de le faire évoluer, notamment par le biais du Protocole II additionnel de 1977
relatif aux conflits armés non-internationaux.
241
DAY-TAN NGUYEN (J.), Les droits des conflits armés non internationaux, droit international
bilan et perspectives, Tome 2, éd., Pedone, Paris, 1992, p. 852.
242
ABI SAAB (G.), Conflits armes non internationaux, in les dimensions internationales du droit
humanitaire, institut Henry, Dunant, UNESCO, éd., Pedone, Paris, 1986. p. 262.
243
AWACHRYA (R.), La protection des civils et des biens matériels lors des conflits armés non
internationaux, op. cit., p. 104.
91
a) Le domaine personnel dans le Protocole II additionnel
Après les discussions, il est cependant ressorti que le texte final a différé du
texte initial, à travers le remplacement de l’expression « militaires combattants, civils
ou militaires non-combattants » par celle de : « à toutes les personnes affectées par un
conflit armé»244, ce qui à notre avis représente une évolution considérable, dans la
mesure où l’on peut inclure dans cette expression toute personne combattante ou non ;
toutefois, le Protocole II semble en légère régression par rapport au Protocole I quant
à la reconnaissance de ce dernier du statut de combattants pour quelques catégories de
personnes non spécifiées dans le Protocole II, ce qui induit automatiquement qu’il faut
leur accorder un minimum de protection internationale.
244
ABI SAAB (R. M), Droit humanitaire et conflit internes, éd., Pedone, Paris, 1986, p. 153.
245
KALSHOGEN (F.), TSIEGFIELD (E.), « Les normes qui régissent la guerre. Entrée au droit
international humanitaire », op. cit., p.159.
92
procédures politiques, à savoir la signature, l’adhésion, l’enregistrement et l’entrée en
vigueur du Protocole en question.
Les titres de ce Protocole qui touchent le plus étroitement ce sujet sont les
titres 2, 3 et 4 qui contiennent une série de dispositions objectives relatives à la
protection garantie aux victimes des conflits armés non-internationaux. Ainsi, le titre
2 intitulé « Le traitement humain » prévoit dans ses articles 4 et 6, - et plus
particulièrement le paragraphe 1 de l’article 4 - que « Toutes les personnes qui ne
participent pas directement ou ne participent plus aux hostilités, qu'elles soient ou
non privées de liberté, ont droit au respect de leur personne, de leur honneur, de leurs
convictions et de leurs pratiques religieuses. Elles seront en toutes circonstances
traitées avec humanité, sans aucune distinction ».
Le paragraphe 3 de l’article précité énonce quant à lui qu’il faut assurer les
soins et l’aide aux enfants en se focalisant plus particulièrement sur la nécessité
d’assurer l’éducation de l’enfant et celle de prendre les mesures qui s’imposent pour
faciliter les procédures de regroupement familial. De même ce paragraphe interdit
l’enrôlement d’enfants de moins de 15 ans en vue de les faire participer directement
ou indirectement aux hostilités, que ce soit par la force ou de par leur propre volonté.
246
Art. 4 du Protocole II additionnel de 1977, op. cit., p. 310.
93
armés internationaux et dans ceux non-internationaux. En effet, des traités entiers ont
été consacrés aux prisonniers de guerre dans les conflits armés internationaux alors
que la même question, dans le second type de conflits, a été uniquement et
précipitamment réglée par l’article 5, lequel contient quelques règles générales qu’il
faut respecter face aux personnes privées de leur liberté ou dont celle-ci est gravement
restreinte.
247
KALSHOGEN (F.), TSIEGFIELD (E.), « Les normes qui régissent la guerre. Entrée au droit
international humanitaire », op. cit., p. 159.
94
l’article 3 commun qui englobe en outre tout conflit entre deux parties belligérantes
sans que l’une des deux ne soit nécessairement le gouvernement en place, d’autant
plus que l’application de cet article ne nécessite pas de conditions spécifiques en la
matière.
248
ATLAM (C.), Signification, évolution historique et champ d’application du droit international.
Publications du Comité International de la Croix-Rouge, Egypte, 6ème éd., 2006, p. 42.
95
Omar SAADALLAH prête à de telles situations le sens « de confrontations à caractère
collectif - durables ou temporaires – dont les effets continus ou discontinus touchent
en partie ou en totalité le territoire national. Ces confrontations peuvent revêtir un
caractère religieux, ethnique, politique ou autre »249.
Les tensions internes sont moins graves, au demeurant, que les troubles
internes ; elles se caractérisent par des contestations venant du peuple, d’ordre
politique, religieux, ethnique, social ou économique. Elles sont généralement de
nature anticipatoires, car elles précèdent souvent des situations de conflit. Ces
moments de tensions se caractérisent par :
249
SAADALLAH (O.), Le droit humanitaire international, des documents et des opinions . Dar al
Majdalawi, 1ère éd., Amman, Jordanie, 2002. p. 208.
250
BOUCHET-SAULNIER (F.), Dictionnaire pratique du droit humanitaire, éd., la découverte-
médecins sans frontières, Paris, 2013, p.120.
251
AWACHRIYA (R.), La protection des civils et des biens matériels lors des conflits armés non
internationaux, op. cit., p. 40.
96
Comité définit les troubles internes comme : « les situations, qui sans être qualifiées
de conflits armés au sens strict du mot, comportent des affrontements d’une gravité
extrême, une continuité dans la durée, et des actes de violences spontanés qui
accompagnent l’éclatement d’une révolution, ou prémédités de la part de groupes
armés organisés, dont certains peuvent appartenir aux forces gouvernementales.
Dans les situations qui n’aboutissent pas à un conflit ouvert, les autorités en place
font généralement appel aux forces de police ou à l’armée pour rétablir l’ordre252, ce
qui peut faire de nombreuses victimes et par conséquent nécessite la mise en place
d’un minimum de mesures humanitaires »253.
Bien que les discussions sur cette question se soient poursuivies au cours de la
Conférence pour la confirmation et l’évolution du droit international humanitaire, qui
s’est tenue à Genève de 1974 à 1977, les participants ne sont pas parvenus à trouver
une définition commune déterminant les conflits armés non-internationaux. Et ce,
pour plusieurs raisons, principalement parce que les pays en voie de développement
voulaient préserver leur souveraineté régionale et empêcher les puissances
internationales de s’immiscer dans ces conflits, fréquents sur leurs territoires254.
252
Pour illustrer ces dires, citons en exemple le gouvernement libyen qui, en mars 2011, a fait appel à
l’armée pour tenter de mettre fin aux troubles consécutifs à la révolution qui a éclaté en février 2011.
253
ATLAM (C.), Signification, évolution historique et champ d’application du droit international, op.
cit., p. 209.
254
SAAD ALLAH (O.), Le droit humanitaire international, des documents et des opinions, op. cit., p.
209.
97
L’exclusion des cas de troubles et de tensions internes du champ de la
protection accordée par le droit international humanitaire ne signifie pas que les
victimes de ce genre de conflit – qui concerne également les enfants - sont exemptes
de toute protection internationale.
Ainsi, nous pouvons affirmer que les droits humains, et bien évidemment les
droits de l’enfant, demeurent protégés et en vigueur dans les situations de troubles et
de tensions internes et ce, en vertu des Conventions des droits de l’Homme256, dont
les plus importantes dans ce domaine sont la Déclaration universelle des droits de
l’Homme, de 1948 ; la Convention des Nations Unies sur la prévention et la
répression du crime de génocide, de 1948 ; la Convention européenne pour la
protection des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, de 1950 ; la
Convention des Nations Unies pour la prévention de toutes les formes de ségrégation
raciale, de 1965 ; le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, de 1966 ;
le Pacte international relatif aux droits sociaux, économiques et culturels, de 1966 et
la Convention américaine relative aux droits de l'Homme, de 1969.
Par ailleurs, bien que ces Conventions internationales et régionales obligent les
États qui les ont ratifiées à les respecter en appliquant toutes les dispositions relatives
aux droits de l’Homme au cours de circonstances normales ; mais, dans les situations
exceptionnelles, ces mêmes États peuvent se soustraire à l’application de cette clause
contraignante en ayant recours à un article qui leur permet d’y échapper dans
l’objectif de préserver l’ordre public, article qui figure dans ces mêmes conventions,
tel que : l’article 4 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques ; l’article
255
ASBSJON (E.), Troubles et tensions intérieurs in les dimensions internationales du droit
humanitaire, Institut Henry Dunant, Pedone, Paris, 1986, p. 282.
256
Ibid.
98
4 du Pacte international relatif aux droits sociaux, économiques et culturels ; l’article
5, Paragraphe 1 de la Convention européenne pour la protection des droits de
l’Homme ; l’article 27 de la Convention américaine des droits de l’Homme. Toutes
ces Conventions confèrent aux États le droit de se soustraire à l’application de leurs
obligations internationales en matière de droits de l’Homme, droit qui reste
néanmoins soumis à deux conditions :
257
FARHAT (M.), Histoire du droit humanitaire international et le droit international pour les Droits
de l’Homme, 1ère éd., Dar al Mustakbal, le Caire, Egypte, 2000, pp. 88-89.
99
leur Protocole II additionnel de 1977, qui permettent d’assurer un degré minimum de
protection aux victimes de ces guerres.
Toutefois, la protection générale appliquée aux victimes et qui touche aussi les
enfants en tant que catégorie la plus fragile dans ce genre de situations, reste
insuffisante surtout à la lumière de la prolifération des guerres et des conflits armés
sur l’ensemble de la planète. Cette situation est devenue insoutenable et les
spécialistes se sont penchés sur la question pour établir une protection plus adaptée à
cette catégorie de personnes, que sont les enfants.
100
CHAPITRE II
258
Art. 24 de la quatrième Convention de Genève de 1949 , op. cit, p. 240.
259
Art. 77, Paragraphe 1, du Protocole I additionnel de 1977, op. cit, p. 271.
260
Art. 4, Paragraphe 3, du Protocole II additionnel de 1977, op. cit,. p. 310.
101
hostilités, l’évacuation des enfants des zones assiégées et veille à faire respecter les
points du droit des réfugiés spécifiquement tourné vers les enfants261.
Cela a été confirmé par le droit international des droits de l’Homme à travers
l'adoption de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant de 1989 et de
son Protocole facultatif relatif aux droits de l'enfant, concernant l'implication d'enfants
dans les conflits armés, de 2000, et d'autres documents relatifs aux droits de l'Homme.
261
Cf. Résolutions 1261, 1265 de 1999 ; 1314, 1296 de 2000 ; 1379 de 2001 du Conseil de sécurité.
262
Paragraphe 2 de la Résolution 1261 /1999, op. cit., p. 1.
263
SINGER (S.), « La protection de l'enfant dans le droit international », R.I.C.R, 68ème année, n° 759,
mai juin, 1986, p. 145.
102
spécifiques et dispose : « Les Parties au conflit prendront les mesures nécessaires
pour…les enfants de moins de quinze ans… »264. Et elle a été renforcée par le
Protocole I additionnel de 1977265 relatif aux conflits armés internationaux qui
reconnait une protection spéciale envers les enfants victimes des opérations militaires,
en ces termes : « Les enfants doivent faire l’objet d’un respect particulier et doivent
être protégés contre toute forme d’attentat à la pudeur. Les Parties au conflit leur
apporteront les soins et l’aide dont ils ont besoin du fait de leur âge ou pour tou te
autre raison »266.
La protection spécifique doit également être assurée lors des conflits non-
internationaux et ce, conformément au Protocole II additionnel de 1977 qui a été
rajouté aux quatre Conventions de Genève et dont l’article 4 au paragraphe 3 prévoit
que « Les enfants recevront les soins et l’aide dont ils ont besoin …»267.
Le droit international humanitaire s’est aussi penché sur le statut des enfants
en prenant des mesures spécifiques pour les protéger en temps de guerre, et en mettant
notamment en place des programmes d’assistance, d’évacuation des zones
dangereuses et de regroupement de familles dispersées à cause des hostilités. Ces
mesures veulent palier les effets, immédiats ou sur le long terme, de la guerre contre
les civils en général et les enfants en particulier. Il est fait ici allusion à la menace que
représentent, entre autres dangers, les mines antipersonnel dont l’activité persiste
longtemps après la fin des opérations militaires.
Aussi, vont être examinées, les mesures spécifiques visant à protéger les
enfants contre les effets des guerres et la protection des enfants civils contre la
menace des mines antipersonnel. Quant au droit humanitaire international qui a
reconnu la nécessité de prendre des mesures en matière d’assistance urgente aux
enfants (§ 1), il n’a pas manqué de se pencher sur la dimension sociale des préjudices
occasionnés par la guerre. D’où l’importance que ce droit a accordée au regroupement
des familles séparées en raison des hostilités (§ 2), ainsi qu’à leur évacuation des
264
Art. 24 de la quatrième Convention de Genève de 1949, op. cit., p. 240.
265
La protection des civils fut citée dans le titre II de la quatrième Convention de Genève de 1949 et
elle a été modifiée dans le titre IV du Protocole I additionnel de 1977. Cf. BORY (F.), « Genèse et
développement du droit international humanitaire », Comité international de la Croix-Rouge, 1982, p.
11.
266
Art. 77, Paragraphe 1, du Protocole I additionnel de 1977, op. cit., p. 271.
267
Ibid., art. 4, Paragraphe 3.
103
zones assiégées (§ 3). De même le droit humanitaire international a prévu une
protection des enfants contre les effets des mines antipersonnel (§ 4).
L'un des devoirs des parties au conflit envers le droit international humanitaire
est de garantir l’assistance aux civils. Cependant ce droit qui accorde une protection à
l’ensemble des civils a prévu des dispositions spécifiques pour les enfants dans les
situations de guerre. A cet égard la quatrième Convention de Genève de 1949 a
spécifié : « chaque partie contractante accordera le libre passage de tout envoi de
médicaments et de matériel sanitaire .... destinés uniquement à la population civile ...
même ennemie ... Elle autorisera également le libre passage de tout envoi de vivres
indispensables, de vêtements et de fortifiants réservés aux enfants de moins de quinze
ans, aux femmes enceintes ou en couches »268. La Convention a prévu entre autres
que : « … Les femmes enceintes et en couches et les enfants âgés de moins de quinze
ans recevront des suppléments de nourriture proportionnés à leurs besoins
physiologiques »269.
268
Art. 23 de la quatrième Convention de Genève de 1949, op. cit., p. 240.
269
Ibid., art. 89.
104
Le Protocole I additionnel de 1977 aux quatre Conventions de Genève
souligne lui aussi que lors de la distribution d’actions de secours de caractère
humanitaire, la priorité doit être donnée aux enfants et aux femmes enceintes270. Ces
dispositions reflètent l’importance que les auteurs du Protocole ont conférée à
l’enfance, lors de situations de guerre.
270
Art. 70, Paragraphe 1 du Protocole I additionnel de 1977, op. cit., p. 271.
271
RUSSBACH (R.), « Protection de la santé pendant les conflits armés », R.I.C.R, Vol 73, 1991, pp,
487-496.
272
Le texte de la déclaration est consultable sur le site: [Link].
273
L’adoption de cette déclaration a été faite suite à la recommandation du Conseil économique et
social qui a demandé à l’Assemblée générale d’examiner la possibilité de rédiger une déclaration sur la
protection des femmes et des enfants en période de conflit armé et qui est publiée sous le n° 3318 de
1974 ; les droits de l’Homme, un ensemble de documents internationaux, Nations Unies, New York,
1983, 1ère partie, p. 232-235.
105
y compris en empêchant intentionnellement l’envoi des secours prévus par les
Conventions de Genève »274.
Cependant, cette assistance aux enfants ne signifie pas que le CICR fasse une
distinction parmi les victimes de la population civile, ce qui serait incompatible avec
l'un de ses principes fondamentaux, à savoir le principe d'impartialité. Le CICR
travaille pour toutes les victimes de la guerre en fonction de leurs besoins sans aucune
discrimination, mais il n’en reste pas moins vrai que les besoins des enfants diffèrent
sensiblement de ceux des adultes. Cette spécificité ressort dans les rapports établis par
le Comité sur les conflits qui sévissent dans les différentes régions du monde276.
Il s’agit là d’un aspect tragique qui accompagne souvent les conflits armés, un
drame récurrent reconnu par le droit international et la pire souffrance qui peut être
infligée à un enfant, à savoir celle d’être séparé de sa famille. C’est pour cette raison
que, dans de nombreuses conventions internationales, le droit international
humanitaire reconnaît l’importance de la famille et cherche à maintenir son unité
pendant les périodes de guerre. L’importance que revêt le regroupement des familles
entre dans la protection générale du droit international, protection qui diffère suivant
le type de conflit. Notamment dans le conflit armé international, le Protocole I
274
Art. 8 Paragraphe 2 alinéa b/xxv du Statut de Rome de la Cour pénale internationale de 1998, op.
cit., p. 528.
275
BUIRETTE (P.), LAGRANGE (P.), Le droit international humanitaire , éd., La Découverte, Paris,
2008, p. 64.
276
SANDOZ (Y.), « Le Comité international de la Croix-Rouge : gardien du droit international
humanitaire », CICR, Genève, 1998, p .35 .
106
additionnel de 1977 prévoit que « l’activité… des Parties au conflit et des
organisations humanitaires internationales mentionnées dans les Conventions et dans
le présent Protocole est motivée au premier chef par le droit qu’ont les familles de
connaître le sort de leurs membres »277.
Or, le Protocole I additionnel de 1977 développe cette idée dans l’article 75,
paragraphe 5 qui énonce : « … Toutefois, si des familles sont arrêtées, détenues ou
internées, l’unité de ces familles sera préservée autant que possible pour leur
logement », en incitant les parties en guerre à fournir les efforts nécessaires pour
faciliter le regroupement des familles séparées par des conflits internationaux.
277
Art. 32 du Protocole I additionnel de 1977, op. cit., p. 271.
278
Art. 26 de la quatrième Convention de Genève de 1949, op. cit., p. 240.
279
Art. 4 Paragraphe 3, b, du Protocole II additionnel de 1977, op. cit., p. 310.
107
protection spécifique relative au regroupement des familles n’apporte aucun élément
complémentaire à la protection générale déjà établie sur le même sujet.
En raison des effets que les guerres provoquent sur les enfants le droit
international humanitaire a adopté des dispositions spéciales pour renforcer leur
protection. Ces dispositions comportent notamment l'évacuation des enfants des zones
de conflit et l’interdiction de les prendre comme cible de guerre. Dans ce sens, la
quatrième Convention de Genève de 1949 a considéré la question de l’évacuation des
enfants des zones assiégées, pendant les conflits armés, comme une garantie
essentielle pour leur protection contre les dangers de la guerre. Elle dispose que « les
Parties au conflit s'efforceront de conclure des arrangements locaux pour
l'évacuation d'une zone assiégée ou encerclée, des blessés, des malades, des infirmes,
des vieillards, des enfants et des femmes en couches ... »281.
Nous relevons ici des précisions de taille, à savoir que l’évacuation doit être
une mesure d’exception et non systématique et que sa réalisation doit être conforme
au contenu dudit Protocole, et en outre soumise à deux conditions : la première
280
Documents imprimés par le CICR sous le titre de « consolider les liens familiaux », Genève 1997.
281
Art. 17 de la quatrième Convention de Genève de 1949, op. cit., p. 240.
282
Art. 78 du Protocole I additionnel de 1977, op. cit., p. 271.
108
concerne l’état de santé de l'enfant qui doit justifier son évacuation. Il faut
comprendre par là que les soins médicaux nécessaires à l’enfant, à ce moment précis,
ne peuvent être fournis dans son environnement immédiat. En effet, tout transfert est
souvent suivi d’effets psychologiques néfastes et durables.
Cette carte doit contenir toutes les informations disponibles sur l’identité de
l’enfant, sur sa santé, sa famille, sa langue, sa religion et son adresse dans son pays
d’origine ainsi que dans le pays vers lequel il a été évacué, tout en évitant d’y
mentionner une quelconque information susceptible de nuire à l’enfant. Toutes les
données que doit contenir cette carte sont détaillées de façon exhaustive dans le texte
du Protocole I additionnel285.
283
Art. 11, Paragraphe 2, de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant de 1989, op.
cit., p. 300.
284
STEIGER (S.), La protection des enfants pendant les conflits armés, études de droit humanitaire
international, 2000, p. 149.
285
Art. 78, Paragraphe 3 du Protocole I additionnel de 1977, op. cit., p. 271.
109
sa valeur juridique contraignante, mais doit aussi être prise comme une obligation
morale et faire l’objet d’un respect particulier notamment lors de situations
conflictuelles286 qui utilisent des mines dont les victimes sont des civils non impliqués
dans les conflits.
§ 4 : Une protection des enfants contre les effets des mines antipersonnel
De ce fait, la sécurité des enfants et des civils en général est mise en péril à
chaque instant tant que ces mines restent enfouies sous terre. On compte actuellement
environ 100 millions de mines enterrées dans le sol de 62 pays différents289. C’est l'un
des effets graves des conflits armés, qu'ils soient internes ou internationaux ; ainsi
l'objectif militaire de ces mines antipersonnel présente peu d'avantages, comparé à
l’utilisation d’autres armes, eu égard aux pertes humaines que les premières
occasionnent sur le long terme.
286
PLATTNER (D.), « La protection de l'enfant dans le droit international humanitaire », R.I.C.R, Vol.
66, mai-juin 1984, pp. 148-161.
287
WALLACE (R.), International Human Rights Text and Materials , ed., Sweet & Maxwell, London,
1997, p. 224.
288
Revue l’Humanitaire, Documents imprimés par I.C.R.C n° 16, mai-juillet 2001, p. 16.
289
Land-mines and Children: Materials Available at the Reference Center Geneva: UNICEF, May
1994, pp.1-19.
110
Et sur la base de cette considération, les gouvernements et la communauté
internationale devraient, lors de l’élaboration de leurs dispositions, donner la priorité à
l'interdiction des mines antipersonnel. Dans ce sens, les dispositions du droit
international qui interdisent l’utilisation des mines antipersonnel dans les conflits
armés seront abordées dans le point (A) ; puis suivra la position de la Libye face à ce
phénomène (B).
290
ABOU AL WAFA (A.), La responsabilité internationale, op. cit., p. 10.
291
Préambule du traité d’interdiction des mines terrestres, Ottawa 1997, op. cit., p. 133.
111
plusieurs mesures ont été prises par ce droit afin de réglementer et réduire au
maximum le recours aux mines antipersonnel292.
Ces mesures ont conduit en 1980 à la signature d’un traité général sur
l’interdiction d’une certaine catégorie d’armes, traité renforcé en 1996 par le
Protocole II réglementant l’utilisation des mines terrestres et des pièges293. Le CICR a
aussi participé à cet effort, en collaboration avec les organisations internationales294 et
non gouvernementales, dans le but de parvenir à une interdiction totale des mines
antipersonnel et de garantir une assistance à leurs victimes295.
De même, l’Assemblée générale des Nations Unies a appelé tous les États à
trouver un accord international efficace et juridiquement contraignant qui interdise
l’utilisation, le stockage et le transfert des mines antipersonnel296. Cet appel s’est
soldé par la signature à Ottawa, en 1997297, de la Convention sur l’interdiction de
l’emploi, du stockage, de la production et du transfert des mines antipersonnel ainsi
que sur leur destruction.
L’engagement des États parties requis par cette Convention était libellé de la
façon suivante : « 1. Chaque Etat partie s'engage à ne jamais, en aucune circonstance
: a) employer de mines antipersonnel; b) mettre au point, produire, acquérir de
quelque autre manière, stocker, conserver ou transférer à quiconque, directement ou
indirectement, des mines antipersonnel; c) assister, encourager ou inciter, de quelque
manière, quiconque à s'engager dans toute activité interdite à un Etat partie en vertu
de la présente Convention. 2. Chaque État partie s'engage à détruire toutes les mines
292
On peut citer à ce propos la Convention de 1980 relative à une catégorie spécifique d’armes
conventionnelles, en particulier son 2ème Protocole amendé en mai 1996. JUDY (W.), « Les mines
antipersonnel et les mesures prises pour le déminage », op. cit., p. 288.
293
Ces dispositions qui interdisent l’utilisation d’une catégorie spécifique d’armes conventionnelles
apparaissent dans la Convention de 1980 et ses 5 protocoles. Les trois premiers protocoles ont été
adoptés en 1980 et les deux autres en 1995 et 2003. Le texte de la Convention et de ses Protocoles est
consultable sur le site : [Link].
294
Guide de lutte contre les mines. Centre international de Genève pour les œuvres humanitaires, 2005,
p. 39.
295
Annual Report, I.C.R.C, 1997, p. 296.
296
Décision de l’Assemblée générale, n° 45 (d 51), datée du 10 décembre 1996. Consultable sur le site :
[Link]/french.
297
Cette Convention a été signée à Ottawa (Canada) les 3 et 4 décembre 1997 et elle est entrée en
vigueur en mars 1999. C’était la première fois qu’en vertu du droit international humanitaire une
convention empêchait l’utilisation d’une arme aussi largement répandue. Cette Convention est
rapidement entrée en application si on la compare à toutes les autres conventions multilatérales. Le
texte de la Convention d’Ottawa est consultable dans la revue R.I.C.R, n° 58, novembre/décembre
1997, pp. 708-725.
112
antipersonnel, ou à veiller à leur destruction, conformément aux dispositions de la
présente Convention »298.
Mais cela compte sur le comportement des États ayant adopté les dispositions
de cette Convention dans le but de protéger les civils, et particulièrement les enfants.
On note cependant à ce sujet, que des États et des groupes armés continuent, jusqu’à
ce jour, d’utiliser des mines antipersonnel. C’est l'un des principaux problèmes
auxquels est confrontée la Convention d'Ottawa. Il faut néanmoins ajouter que
certains Etats300 ont refusé de ratifier ladite Convention bien qu’elle soit depuis
longtemps en vigueur.
298
Art. 1 de la Convention d’Ottawa de 1997, op. cit., p. 133.
299
À cet égard, nous nous référons au traité signé entre la Libye et l'Italie le 30 août 2008, dans lequel
cette dernière a reconnu sa responsabilité morale dans les dommages subis par le peuple libyen pendant
la période de la colonisation italienne. Le Traité prévoit entre autres, l'engagement de l'Italie à la
construction d'hôpitaux pour s’occuper des victimes des mines terrestres depuis cette période. L’Italie a
également promis de coopérer dans l’effort de déminage en Libye. Voir le texte de ce traité sur le site:
[Link].
300
Ces pays, comme indiqué sur son site par le Comité international de la Croix-Rouge dans son
rapport du 15 août 2007 au sujet de la Convention d'Ottawa, sont: la Finlande, la Pologne, Cuba, les
États-Unis d'Amérique, l'Egypte, la Libye, le Maroc et la Somalie.
301
Arts. 7 et 8 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale de 1998, op. cit, p. 528.
113
l’intégrité physique ou à la santé physique ou mentale ». Concernant les crimes de
guerre, l'article 8 du même Statut énonce : « Le fait d’employer les armes, projectiles,
matières et méthodes de guerre de nature à causer des maux superflus ou des
souffrances inutiles ou à frapper sans discrimination en violation du droit
international des conflits armés ... ».
Une question se pose cependant à propos des États ou des groupes armés qui
utilisent de telles armes en violation du droit international. Cette utilisation provient
essentiellement de pays qui n'ont pas signé la Convention d'Ottawa de 1997 sur
l'interdiction des mines antipersonnel. La Libye fait partie de ces pays non-signataires,
de même qu’elle n’a pas adhéré au Statut de la Cour pénale internationale de 1998.
En 2007, la Libye fut l'un des 18 pays à s’abstenir de voter la Résolution 62/41
de l'Assemblée générale des Nations Unies, qui a mis en œuvre la Convention
d'Ottawa sur l'interdiction des mines antipersonnel303. Au cours de cette Assemblée la
Libye a présenté un rapport dans lequel elle déclarait qu'elle n'avait ni produit ni
exporté de mines antipersonnel et qu'elle n’en possédait pas de stock304.
302
Rapport 2007 de l'Observatoire des Mines : Vers un monde sans mines, Comité de pilotage de
l’Observatoire des mines, p. 917.
303
Résolution adoptée par l’Assemblée générale lors de sa 68 ème séance, le 5 décembre 2007.
304
Rapport 2007 de l'Observatoire des Mines : op. cit., p. 918.
114
l'opposition et les civils ont pu accéder à d'énormes entrepôts d'armes contenant entre
autres des centaines de milliers de mines antipersonnel305.
Dans tout conflit armé, les parties impliquées sont soumises aux lois de la
guerre en vue de protéger les civils, et la violation de ces lois constitue un crime de
guerre. Aussi, en Libye, des individus peuvent être poursuivis par la Cour pénale
internationale à partir de la Résolution 1970 du Conseil de sécurité des Nations Unies,
pour des crimes de guerre qu’ils ont commis sur le territoire libyen depuis le 15
février 2011.
305
La preuve de la nouvelle utilisation des mines terrestres en Libye, Rapport de Human Rights Watch
Sur le site: [Link].
306
Résolution 2174/2014/ adoptée par le Conseil de sécurité lors de sa 7251ème séance, le 27 août 2014.
307
Ibid.
115
la décision du Conseil de sécurité à travers sa Résolution 1970/2011 concernant la
situation de guerre en Libye.
Si l'utilisation des mines est l'un des effets les plus graves des conflits armés
sur les civils en général et les enfants en particulier, un autre effet tout aussi grave du
conflit se manifeste par des violences sexuelles perpétrées par les parties au conflit
contre les civils, dont des enfants. Aussi, le droit international a-t-il renforcé la
protection des enfants dans les textes de plusieurs conventions internationales,
considérant notamment que les violences sexuelles contre des enfants entraient dans le
chapitre des crimes de guerre, qu'elles soient commises lors de conflits internationaux
ou non-internationaux.
La violence sexuelle exercée sur des enfants n’est plus, depuis quelques temps,
un problème d’individu isolé touchant une minorité de pervers. En effet, le
phénomène se mondialise, les victimes sont de plus en plus nombreuses, notamment
durant les conflits armés. Bien que de nombreux textes de loi interdisent, de façon
générale et en toute occasion, la violence sexuelle sur des adultes et a fortiori sur des
enfants, ce phénomène perdure.
308
OUANDAOGO (A.W), La protection des civils contre les violences sexuelles en période de conflit
armé en Afrique, Thèse de doctorat, Université de Rouen Normandie, 2016, p. 140.
116
§ 1 : Les dispositions du droit international et leur degré d’efficacité contre la
violence sexuelle sur des enfants en temps de guerre
La violence sexuelle perpétrée sur des enfants dans les conflits armés est un
sujet entrant dans les textes des Conventions internationales. La première convention
proposée par l'ONU le 2 décembre 1949, approuvée par l’Assemblée générale dans sa
Résolution 317 (IV), est entrée en vigueur le 25 juillet 1951. Cette Convention interdit
la traite des êtres humains et l'exploitation de la prostitution d'autrui et considère
l’incitation à la prostitution comme une forme de traite des êtres humains en vue de la
prostitution309.
Depuis cette date, les textes du droit international allant dans ce sens se sont
multipliés appelant les États à réagir contre ce phénomène tout en précisant les
mesures qui visent à l'interdire et à punir les responsables. Parmi ces instruments
juridiques qui traitent de la violence sexuelle faite sur des enfants, figurent en priorité
les règles du droit international humanitaire (A), suivies des règles du droit
international sur les droits de l’enfant (B). Et en troisième lieu viennent les efforts
fournis par les Tribunaux pénaux internationaux pour lutter contre les violences
sexuelles perpétrées sur des enfants (C).
Le viol et les autres formes de violence sexuelle commis contre des civils en
général et des enfants en particulier, sont considérés comme une violation du droit
international humanitaire310 s’ils se déroulent dans le cadre d'un conflit armé
international ou non-international. Ils sont aussi considérés comme crime de guerre et
crimes contre l'humanité selon les tribunaux pénaux internationaux311. Au cours de
tels conflits, les enfants peuvent être victimes du climat d'anarchie qui y règne. Etant
309
Cette Convention énonce dans son article 20 : « Les Parties à la présente Convention s'engagent… à
prendre les mesures nécessaires pour exercer une surveillance..., en vue d'éviter que les personnes qui
cherchent un emploi, particulièrement les femmes et les enfants, ne soient exposées au danger de la
prostitution », Convention consultable sur le site: [Link]/fr.
310
LA ROSA (A.), La protection de l’enfant en droit international pénal : état des lieux, Mémoire,
Université de Lille 2, 2003, p. 35.
311
Il s’agit de l’article 5 du statut du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, de 1993 ; de
l’article 3 du statut du Tribunal pénal international pour le Rwanda, de 1994 ; et de l'article 7 du Statut
de Rome de la Cour pénale internationale de 1998.
117
plus vulnérables, ils sont exposés notamment aux agressions sexuelles des
combattants, quel que soit leur grade312.
Le viol d'enfants, habituellement perpétré sur des filles s’est étendu aux
garçons. En raison de cela, le droit international humanitaire incite toutes les parties
aux conflits armés à adhérer à la répression de la violence sexuelle commise contre
des enfants et à poursuivre les auteurs.
Dans le cadre des conflits armés internationaux, à savoir, comme nous l’avons
vu dans les lignes qui précèdent, les conflits dans lesquels s’opposent deux ou
plusieurs États parties aux Conventions de Genève de 1949, ainsi que les cas
d’occupation militaire de tout ou partie du territoire d’un État signataire de ces
Conventions et également les guerres de libération nationale313, l'article 14 de la
troisième Convention de Genève de 1949 dispose que « ... les femmes doivent être
traitées avec tous les égards dus à leur sexe et bénéficier en tous cas d'un traitement
aussi favorable que celui qui est accordé aux hommes ... »314.
Il apparaît que les termes « tous les égards dus », s’adressent aux femmes en
raison de leur nature, du respect de leur honneur, de leur pudeur et de leur état
éventuel de grossesse comme de leur propension à donner la vie. L'article 27 de la
quatrième Convention de Genève de 1949 vient en effet confirmer cette interprétation
de l’article 14 précité, en prévoyant que « … les femmes seront spécialement
312
« Enfant victime de la violence sexuelle », Rapport sur la situation des enfants dans le monde,
UNICEF, 2005. p. 45.
313
Art. 2, commun aux quatre Convention de Genève de 1949, op. cit., pp. 185, 198, 208, 240.
314
Art. 14 de la troisième Convention de Genève de 1949, op. cit., p. 208.
118
protégées contre toute atteinte à leur honneur, et notamment contre le viol, la
contrainte à la prostitution et tout attentat à leur pudeur …»315.
315
Art. 27 de la quatrième Convention de Genève de 1949, op. cit., p. 240.
316
Art. 75, Paragraphe 2 alinéa b, du Protocole I additionnel de 1977, op. cit., p. 271.
317
Art. 3, commun aux quatre Convention de Genève de 1949, op. cit., pp. 185, 198, 208, 240.
119
Ce Protocole, dans son article 4, a mis l'accent sur « les atteintes à la dignité
de la personne, notamment les traitements humiliants et dégradants, le viol, la
contrainte à la prostitution et tout attentat à la pudeur …»318. On relève une grande
similitude de termes entre ce dernier article et l’article 75 du Protocole I additionnel
relatif à la protection des victimes des conflits armés internationaux.
318
Art. 4, Paragraphe 2 alinéa e, du Protocole II additionnel de 1977, op. cit., p. 310.
319
Rapport du Secrétaire Général sur la violence sexuelle liée aux conflits, 14 mars 2013, A/67/792 –
S/2013/149, paragraphe 6 et 10.
320
OUANDAOGO (A.W), La protection des civils contre les violences sexuelles en période de conflit
armé en Afrique, op. cit., p.4.
321
Ce phénomène a déjà été signalé par le Secrétaire général de l’ONU dans son rapport n° A/67/792-
S/2013/149, sur les violences sexuelles liées aux conflits.
120
Par ailleurs, si l'enfant en tant que personne civile bénéficie de la protection
contre les violences sexuelles faites à son encontre, prévue par les règles du droit
international humanitaire, il apparaît nécessaire de mettre en place une protection plus
apte à traiter les violences sexuelles perpétrées sur des enfants. Cette protection
devrait s’inscrire dans les règles du droit international sur les droits de l'enfant, dont la
Convention de 1989 relative aux droits de l'enfant et le Protocole facultatif de 2000
concernant la vente et la prostitution des enfants.
322
Arts. 7 Paragraphe 1 alinéa g et article 8 Paragraphe b alinéa xxii, e/vi, du Statut de Rome de la
Cour pénale internationale de 1998, op. cit., p. 528.
323
Résolution 1882/2009/ adoptée par le Conseil de sécurité lors de sa 6176ème séance, le 04 août 2009.
324
Les droits de l’Homme, un florilège de textes internationaux. Vol., I, ONU, New York, 1993, p.
237.
121
Cette Convention a souligné la nécessité de la prévention et de la protection
des enfants contre la violence et les abus sexuels, même si l'enfant est encore à la
charge des parents ou des représentants légaux325.
325
Arts. 2/2, 17/d, 19, 32, 34, 35, 36, 39, de la Convention relative aux droits de l’enfant de 1989, op.
cit., p. 300.
326
Ibid., Art. 19.
327
Quelques États, dont la législation contient des mesures répressives contre l’exploitation sexuelle
des enfants sont pourtant classés comme des États où la pédopornographie est très répandue ; c’est le
cas du Costa-Rica. Cf. « Cinq ans après la déclaration de Stockholm » ECPAT, pp. 58-59.
122
La Convention ne s'est pas contentée de dissuader les États membres d'être
laxistes contre ce genre de crimes, mais elle les a fortement encouragés à prendre les
mesures appropriées en vue de faciliter la réadaptation physique et psychologique
ainsi que la réinsertion sociale d'un enfant victime d'exploitation sexuelle328.
328
Art. 39 de la Convention relative aux droits de l’enfant de 1989, op. cit., p. 300.
329
Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l'enfant concernant la vente et la
prostitution des enfants de 2000, op. cit., p. 321.
123
l’échelle internationale, que ce soit individuellement ou en réseau organisé330. Ces
actes se vulgarisent de plus en plus prenant une forme organisée et transfrontalière et
ce, grâce au progrès technologique qui permet d’éviter des poursuites à l’échelle
nationale et/ou internationale.
L’article 3 du Protocole incite « … tout État Partie [à prendre], s'il y a lieu, les
mesures qui s'imposent, afin d'établir la responsabilité des personnes morales pour
les infractions visées au paragraphe 1 du présent article. Selon les principes
juridiques de l'État Partie, cette responsabilité peut être pénale, civile ou
administrative »331. Ce texte indique que derrière ces crimes commis de façon
organisée et transfrontalière peuvent se cacher des organisations mafieuses lesquelles
doivent être poursuivies au plan pénal et administratif.
Ainsi les crimes de traite et de prostitution d’enfants sont suivis d’effets qui
peuvent dépasser les frontières de l’État en touchant la communauté internationale. Ce
caractère international a donné le droit à tout État qui arrête sur son sol un criminel
impliqué dans ce genre de trafic de se considérer comme le porte-parole de toute la
communauté internationale, ayant en cette qualité autorité à le poursuivre et le
punir332.
Pour poursuivre les auteurs des crimes énoncés dans le Protocole facultatif une
coopération internationale s’avère nécessaire, voire obligatoire. À ce propos, l’article
10 du Protocole encourage les États à prendre les mesures qui s’imposent en termes
de coopération internationale pour prévenir ce mal, ainsi que pour détecter et punir les
responsables de la traite et de la prostitution des enfants333.
Après l’avoir étudié, il nous apparaît que, nonobstant son importance, ledit
Protocole n’est pas suffisamment précis sur le traitement de la violence sexuelle à
l’encontre des enfants. En outre, l’appellation de « Protocole additionnel »334 à la
Convention internationale relative aux droits de l'enfant serait plus adaptée que celle
en vigueur de « Protocole facultatif », afin, dans un premier temps, de faire peser une
330
Art. 3 du Protocole facultatif de 2000, op. cit., p. 321.
331
Ibid., art. 4, Paragraphe 3.
332
DONNEDIEU DE VABRES (H.), Traité élémentaire de droit criminel et de législation pénale
comparée, 3éme éd., Recueil Sirey, Paris, 1947, p. 968.
333
Art. 10 du Protocole facultatif de 2000, op. cit., p. 321.
334
En référence aux Protocoles additionnels I et II aux quatre Conventions de Genève de 1949,
124
forme d’obligation sur les États membres et en second lieu de renforcer la protection
de l'enfant contre ce type de crime.
Le viol a été jugé pour la première fois au titre de crime contre l'humanité par
le Tribunal pénal international pour le Rwanda de 1994. L'article 3 du statut de ce
Tribunal énonce : « Le Tribunal international pour le Rwanda est habilité à juger les
personnes présumées responsables des crimes suivants ... g) Viol ». Jean-Paul
AKAYESU a été le premier des douze bourgmestres (maires) de Taba, au Rwanda, à
être condamné à la prison à perpétuité en 2001 pour crime de génocide et crimes
contre l'humanité incluant le viol335.
335
Génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité : recueil thématique de la jurisprudence du
tribunal pénal international pour le Rwanda, p. 19. Voir KAYISHEMA et RUZINDANA, (chambre de
première instance), 21 mai 1999, paragraphe. 108 ; MUSEMA, (chambre de première instance), 27
janvier, 2000, paragraphe. 156.
336
Art. 7 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale de 1998, op. cit., p. 528.
337
Ibid., art. 8.
125
de 2002338, a déclaré : « Le Tribunal spécial est habilité à poursuivre les personnes
accusées d’avoir commis les crimes ci-après dans le cadre d’une attaque généralisée
et systématique dirigée contre les populations civiles : g) Viol, esclavage sexuel,
prostitution forcée, grossesse forcée et toute autre forme de violence sexuell e…»
C’est conformément à cet article que Charles TAYLOR a été inculpé pour
avoir soutenu des groupes rebelles sierra-léonais pendant le conflit armé qui a sévi
dans ce pays339. Cet acte d’accusation concerne le viol et l’esclavage sexuel en tant
que crimes de guerre et crimes contre l’humanité340. Le Tribunal a en effet estimé que
Charles Taylor était coupable d’avoir encouragé le viol et l’esclavage sexuel de filles
et de femmes commis pendant ce conflit et aussi d’avoir aidé à perpétrer ces crimes.
De ce qui précède, nous pouvons dire que les crimes de violences sexuelles
contre les enfants constituent une violation grave des dispositions du droit
international et, en conséquence, ils sont jugés crimes de guerre et crimes contre
l’humanité par la Cour pénale internationale. De nombreuses législations nationales,
dont la législation libyenne, ont traité le sujet de ces crimes en prévoyant des
sanctions contre ceux qui les commettent sur leurs citoyens, y compris les enfants.
338
Accord entre l'Organisation des Nations Unies et le Gouvernement de la Sierra Leone et Statut du
Tribunal spécial pour la Sierra Leone, 16 janvier 2002, qui a rendu un verdict de culpabilité contre l'ex-
président du Liberia, Charles Taylor, lequel a prêté assistance et a incité à commettre des crimes de
guerre, y compris assassiner et violer pendant la guerre civile en Sierra Leone entre 1991 et 2002 ;
pour plus d’informations, consulter le site : [Link] .
339
Human Rights Watch, Charles Taylor: Questions et réponses sur l’affaire du procureur contre
Charles Taylor au Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL), 26 avril 2012, [Link].
340
Tribunal Spécial pour la Sierra Leone (T.S.S.L.), Le Procureur contre Issa Hassan Sesay, Morris
Kallon, Augustine Gbao, SCSL-2004-15-PT, 13 mai 2004, paragraphe 34.
341
OUANDAOGO (A.W), La protection des civils contre les violences sexuelles en période de conflit
armé en Afrique, op. cit., p.154, 155.
126
§ 2 : Des lois libyennes peu claires sur la question des violences sexuelles faites à
des enfants en temps de guerre
Le cas de la Libye apparaît ici comme le plus indiqué, car c'est dans cet Etat
qu’a éclaté, en février 2011, une guerre civile où l’on dénombre des actes de violences
sexuelles contre des civils dont des enfants. Il faut noter que si plusieurs pays ont
adopté des législations au sujet de la protection des enfants contre les violences
sexuelles durant les conflits armés, la protection des enfants contre ces actes, mise en
place par le législateur libyen est différente. Elle sera abordée ici sous deux angles,
d'abord celui du texte juridique général qui accorde une protection aux adultes comme
aux enfants (A), ensuite celui des textes spécifiques s’appliquant aux enfants en
matière de protection contre de tels actes (B).
Ainsi, la protection contenue dans ce Code, et qui traite les crimes de violence
sexuelle perpétrés sur des enfants, touche trois catégories de crimes : le viol (1),
l’atteinte à l’honneur (2) et la prostitution forcée (3).
342
Département de Droit, Encyclopédie de la législation libyenne élaborée par le Comité populaire
général de la Justice et de la Sécurité publique, 1ère partie, pénalités, Tripoli, Libye, 1994.
127
fille à un acte sexuel doit être punie d’emprisonnement pour une durée pouvant
s’étendre à dix ans. Si l'auteur du crime est un membre de sa famille, une personne
chargée de son éducation ou de sa protection, une personne ayant autorité sur elle,
ou une personne employée chez elle ou chez l’un des adultes dont il est question plus
haut, cet auteur est passible de la réclusion criminelle à perpétuité »343.
Dans l’article 408 du même Code, le législateur cite deux formes de crime
d’atteinte à l’honneur, la première étant l’agression avec utilisation de la force ou de
la menace, la seconde, l’agression sans l’usage de la force ou de la menace.
343
Encyclopédie de la législation libyenne.
128
le père adoptif de la victime ou un membre de la famille de l’auteur ou de la famille
de son conjoint »344.
Dans les lignes qui précèdent, nous avons exposé l’ensemble des articles du
Code pénal libyen relatifs à la lutte contre les violences sexuelles perpétrées sur des
enfants. Cependant, il faut souligner que ce Code a été promulgué en 1953 après
l'indépendance de la Libye. Aussi, à notre avis, l’État libyen aurait dû réexaminer les
textes de ces articles quant aux mesures de protection des enfants qu’ils contiennent,
en créant notamment un dispositif spécifique plus détaillé, d’autant que la Libye a
signé et ratifié la Convention internationale de 1989 relative aux droits de
l’enfant345. Dans ce même cadre, le pays a ensuite promulgué la loi n° 5 de 1998
visant à protéger spécifiquement les enfants.
344
Encyclopédie de la législation libyenne.
345
J.O.L, N° 173, année 1998.
346
Cette question a déjà été abordée dans l’introduction de la thèse, pp. 43 et 44.
347
La Libye a présenté quatre rapports au Comité des droits de l’enfant. Le commentaire du rapport sur
les conflits armés était que « l’article 64 de la Convention sur les droits de l’enfant de 1989, relatif à
la protection des enfants pendant les conflits armés, ne s’applique pas à la Libye au seul motif qu’il n’y
a pas de conflit armé sur son territoire » Cf. le rapport CRC/C/93/Add.1 du 19 septembre 2005, p. 105.
348
Cinquième rapport du procureur de la Cour pénale internationale au Conseil de sécurité de l’ONU
en application de la Résolution 1970 (2011), rapport disponible sur le site : [Link]
[Link]/iccdocs/otp/[Link], p.5.
349
Projet de loi de protection des femmes battues ou violées, sur le site: [Link].
129
Cette loi – qui n’a pas encore été adoptée à ce jour – aurait permis d’éliminer
un grand nombre de tabous, de briser la barrière du silence sur le viol et d’aider les
victimes à guérir et à se reconstruire en recevant les aides nécessaires (médicaments,
logement, éducation, formation). Les dispositions de cette loi présentent le défaut de
porter exclusivement sur l’année 2011, première année de la guerre en Libye. Elles ne
comprennent donc pas les cas de violences sexuelles commises par des groupes armés
depuis cette date et jusqu’à aujourd’hui.
Alors que les enfants sont soumis en temps de guerre aux crimes de violence
sexuelle, ils sont par ailleurs exposés à d'autres effets tout aussi graves, notamment au
manque d'accès aux soins de santé en ne recevant pas de médicaments ni de vaccins
essentiels en une telle situation. Un autre effet du conflit armé est de priver les enfants
de l'éducation scolaire consacrée par le droit international humanitaire. La question est
ici de savoir comment promouvoir ces droits à l’éducation et à la santé des enfants
confrontés à la guerre.
Projet de loi de protection des femmes battues ou violées, sur le site: [Link].
350
351
L’Observation n° 14 (2000) du Conseil économique et social des Nations Unies sur le droit au
meilleur état de santé susceptible d’être atteint, 22ème session, mai 2000, p. 2.
130
Le droit des enfants à l’accès aux soins médicaux comporte des priorités et des
garanties ; pour exemple, l'une des priorités de ce droit est de fournir des
médicaments, et la première de ses garanties est de ne pas soumettre l'enfant capturé
par l’ennemi à des expériences médicales. Mais si ce droit, dans sa globalité, est établi
pour profiter à l'enfant dans les conflits armés, il est encore loin d’être appliqué dans
certaines régions du monde en violation flagrante, à cet égard, des règles du droit
international.
Et, sur le droit des enfants à l’accès à l'éducation en période de conflit armé,
Kristin BARSTAD, conseillère au CICR pour la protection de l'enfant, a déclaré : « …
le droit d'accès à l'éducation n'est pas annulé à cause d'un conflit armé. L'éducation
joue un rôle essentiel dans la réponse que l'on peut apporter pour couvrir les besoins
des enfants et faire respecter leurs droits lors de situations de conflit et d'après-conflit
– à la fois en termes de prévention et de réadaptation ... les écoles peuvent aussi aider
les enfants à acquérir les compétences nécessaires dans la vie courante,
particulièrement vitales dans les situations de conflit armé... »352.
Conscient de l’importance de ces droits pour les civils en général et les enfants
en particulier, le droit international a accordé une attention particulière aux soins
352
BARSTAD (K.), Protéger les enfants dans les conflits armés , entretien du 6 décembre 2007, comité
international de la Croix-Rouge, consultable sur le site :[Link]/ fre/resources/documents/
interview.
353
Ibid.
354
Rapport du Comité international de la Croix-Rouge, du 17 novembre 2009, pour célébrer le
vingtième anniversaire de la Convention relative aux droits de l'enfant de 1989 et le soixantième
anniversaire des Conventions de Genève de 1949, rapport consultable sur le site: [Link].
131
médicaux et à l’éducation à donner aux enfants, et ce à travers plusieurs documents
internationaux, notamment ceux relatifs aux conflits armés pendant lesquels les
enfants sont, plus que d’autres, des êtres vulnérables355.
A l’instar des civils touchés lors des conflits armés par la pénurie de
médicaments et de matériel médical, les enfants plus particulièrement en tant que
personnes à risque, peuvent mourir ou attraper des maladies graves en raison de la
guerre s’ils ne reçoivent pas en temps voulu les soins et les vaccinations nécessaires à
la préservation de leur vie. Aussi, nous examinerons ce que prévoit le droit
international pour traiter ce sujet (A), et, dans le même cadre, le droit libyen (B).
Malgré l’absence d’une règle coutumière explicite sur le droit des enfants à
recevoir des soins médicaux pendant les conflits armés, les pratiques internationales
en la matière, considèrent les enfants comme des « zones de paix » qui ne doivent pas
faire partie de la stratégie de guerre des belligérants. Cette pratique qui n’entre pas
dans les recommandations officielles du droit international, continue à se montrer
utile et efficace dans la préservation de vies innocentes lors de conflits armés.
355
Ces documents se réfèrent notamment à l'article 12 du Pacte international relatif aux droits
économiques, sociaux et culturels de 1966, à l'article 5 de la Convention internationale sur l'élimination
de toutes les formes de discrimination raciale de 1965 et à l'article 24 de la Convention international
relative aux droits de l'enfant de 1989.
132
devenir356. En effet, le droit coutumier est difficile à cerner au motif qu’il ne fait pas
l’objet d’un code écrit357. Cependant, la plupart des auteurs s’accordent à définir la
« règle coutumière » comme une règle qui reflète l’agissement des États et dont la
communauté internationale reconnaît l’utilité et la nécessité358.
Si, les enfants peuvent être victimes de violations directes et graves du droit
international humanitaire, comme notamment de meurtres, de mutilations, de
violences sexuelles et de recrutement forcé, ils peuvent aussi souffrir des effets
indirects de la guerre, tels que l'insuffisance de soins médicaux, de nourriture et d'eau
potable. Cela peut tout autant causer la mort d’enfants que les effets directs des armes.
Aussi, une attention doit être portée au droit de l'enfant aux soins médicaux.
Ainsi se pose souvent la question de l’application de ce droit par rapport à d’autres
droits violés durant les conflits armés. Le droit aux soins médicaux en de telles
circonstances ne sera donc efficace que s’il ne se limite pas à la fourniture de
médicaments comme le cas est banal en temps de paix.
Tous groupes participant à une action de guerre, et les États en particulier, sont
tenus à tout moment de respecter ce droit à travers les règles qu’il contient, à savoir
maintenir l'égalité dans l'accès de tous aux services de santé. Entre en jeu ici le rôle
que doivent tenir les organismes et les organes compétents des Nations Unies, tels que
l'OMS et l'UNICEF, dans le but de renforcer le droit à la santé pour les individus dont
les enfants, aux plans régional et international, en particulier pendant les guerres.
Le droit des enfants à la santé sera examiné dans les deux points suivants : en
premier lieu, nous considèrerons ce droit à travers les textes internationaux adoptés en
faveur des enfants (1) ; il nous apparaît ensuite nécessaire d’aborder le rôle joué par
les organismes et organes compétents des Nations Unies pour promouvoir ce droit (2).
356
HENCKAERTS (J.-M.), « Le droit coutumier international humanitaire », R.I.C.R, Vol. 89, n° 866,
juin 2007, p. 147.
357
BUGNION (F.), « Droit international humanitaire coutumier », R.S.I.E, 17 ème année, 2007, pp. 165-
214.
358
DAILLIER (P), PELLET (A), Droit international public , L.G.D.J, 7ème éd., paris, 2002. [Link]
aussi, DUPUY (P.M.), Droit international public , éd., 4ème, Dalloz, paris, 2010. p. 257-271.
133
Pour ce qui est des textes internationaux il faudra attendre deux évènements
majeurs dans l’Histoire de l’humanité, à savoir les Deux Guerres mondiales, pour
aboutir à l’adoption de l’article 23 de la quatrième Convention de Genève de 1949 qui
garantit « ... le libre passage de tout envoi de médicaments et de matériel sanitaire...
destinés uniquement à la population civile... le libre passage de tout envoi de vivres
indispensables, de vêtements et de fortifiants réservés aux enfants de moins de quinze
ans... »359.
359
Art. 23 de la quatrième Convention de Genève de 1949, op. cit., p. 240.
360
Art. 15 du Protocole I additionnel de 1977, op. cit., p. 271.
361
Ibid., art. 69.
362
Art. 11 du Protocole II additionnel de 1977, op. cit., p. 310.
134
connexes et de procéder à l’évacuation sanitaire des personnes gravement malades et
des blessés, conformément au droit international applicable »363.
363
Résolution 2401/2018 adoptée par le Conseil de sécurité lors de sa 8188 ème séance, le 24 février
2018, p. 2.
364
C’est pour cela que le Conseil de sécurité a adopté la Résolution 1261 de 1999 à propos des enfants
en temps de conflits armés et à travers laquelle il exige de toutes les parties aux conflits d’assurer le
passage des personnels humanitaires et de faciliter l’accès aux soins à tous les enfants victimes de ces
conflits. Résolution 1261/1999/ adoptée par le Conseil de sécurité lors de sa 4037 ème séance, le 25 août
1999.
365
Art. 24, Paragraphe 1, de la Convention relative aux droits de l’enfant de 1989, [Link]., p. 300.
366
Ibid.
367
On a compté 159 participants à ce Sommet, parmi lesquels des chefs d’État et de gouvernement, des
organisations internationales et non-gouvernementales ; pour plus d’information à propos de ce
Sommet, voir le site: [Link]/french.
368
Nous citons ici qu’à la demande de la Mission des Nations Unies en Libye à Benghazi, les parties au
conflit du cessez-le-feu ont ouvert des couloirs de sécurité pour les civils pris sur l'emplacement des
affrontements. Pour plus d'informations voir le site : [Link]. Consulté le 13/03/2016.
135
Ces objectifs comprennent entre autre un meilleur accès aux services en
matière de santé. En 2000, le Conseil économique et social des Nations Unies a émis
son Observation générale n° 14 sur le droit au meilleur état de santé susceptible d’être
atteint. Cette Observation énonce : « la notion de santé a considérablement évolué et
s'est également élargie ... La définition élargie de la santé intègre en outre certaines
considérations à caractère social, telles que la violence et les conflits armés... biens et
services en matière de santé doivent être physiquement accessibles sans danger pour
tous les groupes de la population, en particulier les groupes vulnérables ... tels que ...
les femmes, les enfants... »369.
De ce qui précède, nous remarquons que, comme tous les textes juridiques,
celui portant sur le droit des enfants à la santé reste avant tout théorique. Il s’avère
donc nécessaire que des organismes internationaux œuvrent, notamment en période de
conflit armé, pour que cette théorie se transforme réellement en pratique sur le terrain.
369
L’Observation n° 14 (2000) du Conseil économique et social des Nations Unies sur Le droit au
meilleur état de santé susceptible d’être atteint, [Link]., p. 3-4.
370
[Link].A/58/546-S/2003/1053,10 novembre 2003, p.20.
136
campagnes de vaccination, ce qui a permis l’accès à des enfants jusque-là reclus dans
des zones inaccessibles. Ainsi, de nombreuses campagnes sanitaires de masse ont eu
lieu dans plusieurs zones de conflit, notamment en Afghanistan, en Angola, en
République démocratique du Congo et au Soudan371.
Afin d’illustrer l’importance que les périodes d’accalmie au cours des conflits
prennent pour la survie des enfants et leur accès aux soins médicaux, citons que
depuis 1995, le gouvernement du Sri Lanka et les Tigres de libération de "Îlam
tamoul" respectent chaque année une trêve de plusieurs jours, et cela grâce aux efforts
de l’Organisation Mondiale de la Santé et de l'UNICEF et à l’issue de longues
négociations que ces deux organisations ont menées avec les principales parties au
conflit372.
371
Rapport sur la situation des enfants dans le monde, UNICEF, 2005, p.57.
372
[Link]. A/S-27/3, [Link]., p.129.
373
Ibid.
374
Il s’agit de l’Organisation népalaise des enfants travailleurs, Institut des droits et de la
communication du Népal et du Fonds Norvégien de la Protection de l’enfance. Cf. Les enfants comme
zone de paix, p 1, sur le site : [Link]/netpal/background.
137
base comprenant l'éducation, la santé, le logement, la nourriture ; l’autre défi de cette
campagne était de protéger les enfants contre les effets des conflits armés, de même
que d’assurer la protection des hôpitaux et des centres de santé et de vaccination pour
les enfants375.
En dehors des mesures prises au plan international pour optimiser l’accès des
enfants à la santé, la question se pose de savoir quel est, au plan national, l'intérêt
porté à ce sujet par le législateur libyen. D’autant qu’il faut à nouveau préciser que la
Libye a ratifié la plupart des conventions internationales à cet égard, dont la
Convention de 1989 sur la protection de l’enfant.
En ce qui concerne la Libye, nous remarquons que le droit à la santé est en tête
de liste des droits dont bénéficie l’enfant et qui sont garantis par les législations
nationales comme par les conventions internationales. Nous pouvons citer à ce propos
le texte de loi n° 106 de 1973 relatif à la santé publique, qui dispose dans son article
3 : « Le ministère de la santé fournit aux jeunes tous les services de santé préventive
375
Les enfants comme zone de paix, p 1, sur le site : [Link]/netpal/background.
376
UN. Doc.A/S-27/3, [Link]., p. 127.
138
et les traitements afin d’assurer la sécurité des générations physiquement,
mentalement et psychologiquement »377.
Concernant les soins de santé, le principe qui prévalait en Libye était celui de
la gratuité totale, d’où la déclaration du Conseil des ministres du 9 juin 1975 relative
au traitement médical et qui prévoit dans son article 1 « le droit à un traitement
médical gratuit à tous les citoyens, sur un pied d ’égalité» 379. En vertu de cette
déclaration, les enfants deviennent bénéficiaires de tous soins dont divers types de
vaccins.
377
J.O.L, n° 28, année 24, 1986.
378
Ibid.
379
J.O.L, n° 19, année 114, 1972.
380
A titre d’exemple, quelques cliniques privées et pharmacies donnent leurs soins moyennant
paiement, et ce qu’il faut savoir c’est que les citoyens libyens ne bénéficient pas d’assurance maladie.
139
ait une loi à cet effet adoptée par l’autorité législative du pays représentée à l’époque
par l’Assemblée Générale du Peuple (le Parlement libyen durant cette période).
De ce qui précède, nous pouvons dire que le droit de l'enfant à recevoir des
soins médicaux fait partie intégrante des droits de l'Homme, de même que préserver
ce droit constitue l’un des objectifs prioritaires de la communauté internationale
comme de celle nationale. L’harmonisation de la reconnaissance de ce droit entre les
deux communautés, revêt une grande importance au motif que l’enfant pour bien
vivre nécessite, en toute circonstance, cet accès à la santé au risque de se voir exposé
dans le cas contraire à la maladie, voire à la mort.
§ 2 : Accéder à l’éducation : un droit pour les enfants pendant les conflits armés
Parmi les services publics les plus susceptibles d’être touchés en temps de
conflits armés, ressort celui de l’éducation. Ce service est d’autant plus vulnérable
qu’à cause du danger de la guerre et par mesure de sécurité les premières décisions
prises par le gouvernement dans ces situations à haut risque sont de fermer les
établissements scolaires.
A cela s’ajoute le fait que les enseignants quittent les lieux de combats, que les
bâtiments scolaires sont réquisitionnés voire détruits par les combattants, ou tout
simplement la crainte des parents d’envoyer leurs enfants à l’école. Nous citons pour
exemple qu’en Indonésie, en mai 2005 dès les quatre premiers jours de la reprise des
381
J.O.L, n° 6, année 12, 1973.
140
hostilités dans la province d’Aceh, 280 écoles ont été incendiées ou détruites,
déscolarisant ainsi environ 60.000 élèves382.
Selon ce qui précède la question qui se pose alors est de savoir si le droit à
l'éducation doit être suspendu pendant les conflits armés. La réponse à cette question
est non, car le droit des enfants à l'éducation doit rester en vigueur durant les conflits
armés. En effet, l'éducation joue un rôle crucial pour les enfants dans les conflits
armés et même après, car elle est un gage de protection contre le recrutement forcé383.
382
Rapport sur les activités du CICR en Indonésie : de 2005 sur le site: [Link]
383
BARSTAD (K.), Protéger les enfants dans les conflits armés , entretien du 6 décembre 2007, comité
international de la Croix-Rouge, consultable sur le site :[Link]/ fre/resources/documents/
interview.
141
rôle de consolidation des conférences internationales sur le droit de l’enfant à
l'éducation pendant les conflits armés (3).
384
Art. 24, Paragraphe 1 de la quatrième Convention de Genève de 1949, op. cit., p. 240.
385
La déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948, op. cit., p. 219.
142
éducation et de son orientation; cette responsabilité incombe en priorité à ses parents
»386.
Nous notons que dans le premier alinéa dudit principe le droit international a
fait de l’éducation un « droit inaliénable de l’enfant » et un « devoir de la
communauté » et ce, afin de responsabiliser les membres de la société sur
l’importance de la question. Cet alinéa précise que l’éducation doit être obligatoire et
gratuite en insistant sur la corrélation entre les deux aspects, dans la mesure où
l’obligation de la scolarisation ne peut être appliquée que si la scolarisation elle-même
est gratuite.
Au motif que tous les droits coutumiers considèrent que la famille est le
premier responsable de l’éducation de l’enfant, le texte du principe en question a
décidé que la scolarisation, au titre de volet de l’éducation, ne doit pas déroger à cette
règle et doit dépendre avant tout des vœux de la famille.
Ce droit a été confirmé, mais de façon beaucoup plus explicite, par l’article 13
du Pacte international sur les droits économiques, sociaux et culturels de 1966. En
effet, ledit Pacte ne s’est pas uniquement contenté de laisser le choix de la nature de
l’éducation aux parents mais il leur a également donné celui de l’établissement
scolaire que leur enfant devra fréquenter, soit public soit privé. En revanche, les États
ont prévu certaines contraintes à ce droit, notamment en le limitant par des normes
d’éducation imposées et approuvées par les gouvernements en place.
386
7ème principe de la Déclaration des droits de l’enfant de 1959; sur le site : [Link]/fr
387
A propos de la facilité d’accès à Internet pour les enfants et surtout les adolescents, nous
remarquons que cela n’est pas sans susciter quelques réticences dans la mesure où des aspects négatifs
143
2- Les dispositions transférables en temps de guerre de la Convention
de 1989 sur le droit de l’enfant à l'éducation
On voit bien que ledit article établit le droit à l’éducation de tous les enfants
sans discrimination aucune et que la Convention de 1989, d’une manière générale, ne
s’est pas contentée de confirmer ce droit mais qu’elle a également identifié dans
l’article 29 un ensemble d’objectifs pour l’éducation de l'enfant, à savoir permettre le
développement de ses capacités intellectuelles, artistiques et physiques, lui inculquer
ont été relevés en raison même de cette facilité, notamment en l’absence de contrôle d’adultes. En effet,
Internet est devenu un moyen d’embrigadement des enfants par des réseaux terroristes mais aussi un
outil qui facilite leur exploitation à des fins pornographiques. Il faudrait donc instaurer un accès
davantage restreint et surveillé à ce niveau.
388
Il faut noter ici les tentatives d’application de la convention dans les situations de colonisation,
comme l’évoque une jurisprudence de la Cour pénale internationale en 2004 à propos des effets
juridiques de la construction du mur de séparation entre Palestiniens et Israéliens. La Cour a conclu que
« la convention relative aux droits de l’enfant est aussi applicable dans le territoire palestinien
occupé ». Cf. : [Link]/docket/files/131/[Link], p.10.
389
Art. 28 de la Convention internationale relative aux droits de l’enfant de 1989, op. cit., p. 300.
144
les principes de tolérance et de paix, d’égalité entre les sexes, et promouvoir une
approche équilibrée de l’éducation afin qu’il grandisse d’une manière saine et qu’il
intègre des valeurs telles que celles du dialogue entre les êtres et du respect de l’autre.
Dans la même Convention nous pouvons citer quatre autres articles qui
viennent consolider le contenu des articles 28 et 29 et qui insistent sur certains des
principes juridiques en rapport avec le droit de l’enfant à bénéficier d’une bonne
éducation, dont le droit d’exprimer son avis et que lui soit appliqué le principe de non-
discrimination390.
390
Art. 2, 3, 6,13, viennent en support aux articles 28 et 29.
391
Cet engagement a été confirmé par le président de la Banque mondiale James D. Wolfensohn en
fonction de 1995 à 2005, quand il a énoncé : « Tout le monde est d'accord que l'éducation est un
élément fondamental et le plus important pour le développement et l'éradication de la pauvreté ».
Consulter à ce sujet le Journal ‘‘la tribune du puissant’’, 6 eme année, n° 41, mai 2003, p. 12.
145
rigoureuse et contraignante visant à abolir les situations de discrimination déjà
existantes et ce, en prévenant d’éventuelles situations similaires392.
Enfin ces textes internationaux qui mettent l'accent sur le droit de l'enfant à
l'éducation, figurent à la fois dans le droit international des droits de l'Homme et dans
la Convention relative aux droits de l'enfant de 1989. Bien que la question de
l'éducation abordée dans ces textes traite plus spécialement les situations en temps de
paix, ces textes internationaux peuvent également s’appliquer en temps de guerre. Car
le droit de l’enfant à l'éducation est un droit inaliénable et non renonçable et qu’en
conséquence ce droit doit être garanti en toutes circonstances et en toutes situations, y
compris pendant les conflits armés.
Le forum mondial sur l’éducation tenu à Dakar au Sénégal en avril 2000, s’est
penché sur les progrès faits dans la période de dix ans ayant suivi l’adoption du Cadre
d’action de Dakar, lequel est venu confirmer la Déclaration universelle citée plus
392
Le texte de la Convention est consultable sur le site : [Link]
393
Répondre aux besoins éducatifs fondamentaux, Jomtien, Thaïlande, 5-9 mars 1990 ; pour plus
d'information consulter le site : [Link] .
146
haut, adoptée à Jomtien sur le droit à l’éducation. Ce cadre représentait un
engagement collectif de fournir l’éducation pour tous au terme de l’année 2015 et ce,
conformément aux six objectifs fixés dans le domaine de l’enseignement et de
l’alphabétisation. S’y est inclus la question de l'éducation des enfants pendant les
conflits armés394.
394
Forum mondial sur l'éducation, Dakar, Sénégal, 26-28 avril 2000, Commentaire élargi sur le Cadre
d'action de Dakar, consultable sur le site : [Link]
395
« La situation des enfants dans le monde », [Link]., p. 52.
396
Rapport de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes, Pékin, 4-15 septembre 1995, Nations
Unies, New York, 1996, paragraphe 27, p. 4.
147
exemple la Libye depuis 2011. Pour cela, il faut nécessairement examiner dans le
point suivant la façon dont la loi libyenne règlemente en temps de guerre le droit de
l’enfant à l'éducation et les garanties que cet État offre pour ce faire.
Les textes du droit libyen, comme ceux du droit international traitent du droit à
l’éducation. En droit libyen, on cite dans ce domaine la loi n° 95 sur l’éducation
primaire et secondaire promulguée en 1975 et qui dispose que la scolarisation397 est
obligatoire pour tous les enfants, garçons et filles398, et c’est le parent ou le tuteur
légal399 qui endosse la responsabilité en cas de manquement à ce devoir. La
scolarisation peut se faire dans les établissements publics mais aussi dans les
établissements privés agréés par l’État à condition que les cours qui y sont dispensés
soient équivalents en qualité aux cours dispensés par les établissements publics400.
En revanche, l’article 6 de ladite loi prévoit que les enfants handicapés sont
exemptés de l’obligation scolaire si leur handicap physique ou mental les empêche de
suivre une scolarisation normale401.
397
J.O.L, n° 59, année 13, 1975.
398
Art. 1 de la loi libyenne de 1975 sur l'éducation.
399
Ibid., art. 3.
400
Ibid., art. 4.
401
Pour les enfants handicapés, le législateur libyen a promulgué la loi n°5 de 1987 dont l'article 14
prévoit que « l'éducation est un droit et un devoir pour les enfants handicapés en âge d’entrer à
l’école ». L'article 15 prévoit que « les handicapés doivent recevoir leur enseignement dans des
instituts spécialisés ou à l’école publique dans des classes adaptées ». Tandis que l'article 16 énonce
que « les handicapés qui ont terminé l'enseignement primaire avec succès ont le droit de poursuivre
leur éducation ». J.O.L, n° 16, année 25, 1987.
148
prêts bancaires ; b) ne pas obtenir un quelconque permis (de conduire, de
construire...) ni même son renouvellement ; c) ou encore, se voir refuser un visa pour
voyager à l’étranger... ».
Nous mettons à nouveau l’accent sur le fait que toutes ces mesures et
dispositions juridiques relatives au droit à l'éducation et aux soins médicaux de
l'enfant, qu’elles soient nationales ou internationales, ne concernent que les temps de
paix. En effet, peu de dispositions spécifiques en la matière ont été prévues pour les
temps de guerre, où l’on doit recourir aux textes des conventions générales. Il eut été
souhaitable que la Convention de 1989 relative aux droits de l'enfant traite ces
questions en les creusant davantage rendant les articles plus contraignants pour les
États signataires ; ou pour le moins qu’un protocole annexe y ait été consacré insistant
sur l'importance et la nécessité de scolariser les enfants et de leur apporter les soins
médicaux nécessaires et appropriés en temps de guerre.
402
Art. 9 de la loi n° 5 de 1998 sur la protection des enfants en Libye.
149
plan national, que le législateur libyen revienne sur le texte de cette loi afin de prévoir
une protection spécifique adaptée aux enfants en toutes circonstances.
Avec la prolifération des conflits armés un peu partout dans le monde, les
problèmes d’exil et de déplacement forcé sont devenus une préoccupation majeure de
la communauté internationale. Rappelons que les victimes de ces fléaux,
principalement des civils et le plus souvent des femmes et des enfants, sont
généralement démunies devant la complexité des situations dans lesquelles elles se
retrouvent. Nous avons choisi de traiter la question de la protection des enfants
réfugiés en raison de l’importance qu’elle revêt pour cette tranche de la population403.
Pour ce faire, nous nous pencherons sur la façon dont s’opère la protection des
réfugiés, et particulièrement des enfants, qui ont été victimes pour une raison ou une
autre de déplacements ou de persécutions suite à un conflit armé. Ici se présente le cas
de la Libye où sévit depuis ces dernières années une guerre dans laquelle souffrent des
milliers de civils déplacés à l’intérieur ou à l’extérieur du pays, ou encore qui
sollicitent, auprès d’autres pays, le statut de réfugiés. Aussi, seront exposés les
LANTERO (C.), Le droit des réfugiés entre droit l'homme et gestion des migrants , éd., Bruylant,
403
150
difficultés que rencontrent les personnes déplacées ou réfugiées (§ 1), puis les
dispositions internationales et nationales traitant le cas des réfugiés (§ 2).
Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés a été créé en 1950
et en 1951 a été adoptée la Convention des Nations Unies sur le statut des réfugiés.
Ensemble, conformément aux normes internationales, ils ont constitué un cadre
juridique destiné à la protection de ces groupes humains. Au vu de cette Convention,
la responsabilité de protéger et d’aider les réfugiés incombe en priorité aux États
contractants. Le rôle du HCR est d’inciter ces États à se conformer aux dispositions de
ladite Convention, notamment en les aidant à appuyer leurs efforts dans ce sens et à
les soutenir et en leur proposant des solutions logistiques pour ce faire407.
404
Convention de 1951 relative au statut des réfugiés (Genève, 28 juillet 1951), op. cit., p. 223.
405
TEITGEN-COLLY (C.), « Un droit d’asile pour les lanceurs d’alerte ». La revue des Droits de
l'Homme, n° 10, 2016, consultable sur le site : [Link].
406
TÜRK (V.) et NICHOLSON (F.), La protection des réfugiés en droit international, perspective
globale, éd., Larcier, Bruxelles, 2008, p. 28.
407
FITZPATRICK (J.) et Rafael BONOAN (R.), La cessation de la protection de refugié, éd., Larcier,
Bruxelles, 2008, p. 551.
151
la Deuxième Guerre mondiale 400 mille réfugiés ou déplacés ont été enregistrés par
cette organisation, en 2007 ce nombre a carrément explosé puisque le HCR a compté
cette année-là 30 millions de réfugiés, sachant qu’à ses débuts l’organisation opérait
uniquement sur le continent européen, alors qu’en 2007 elle était opérationnelle en
plusieurs points du monde et a ouvert depuis 125 bureaux sur les cinq continents408.
408
Cf. Rapport du Haut Commissariat, disponible sur le site : [Link]
409
L’article 1, paragraphe 3 du Protocole de 1967 relatif au statut des réfugiés, dispose : « Le présent
Protocole sera appliqué par les Etats qui y sont parties sans aucune limitation géographique... ».
410
Statut du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, adopté par l'Assemblée générale
des Nations Unies dans sa Résolution 428-5 en date du 14 décembre 1950.
152
Le nombre de programmes actifs visant à protéger et aider les réfugiés et les
déplacés a augmenté de manière significative, de sorte que l’action du HCR se trouve
soutenue par plusieurs organismes internationaux tels le Comité international de la
Croix-Rouge, les forces du maintien de la paix des Nations Unies, les organisations de
défense des droits de l’Homme, des organisations régionales et une multitude
d’organisations non-gouvernementales411.
411
TÜRK (V.) et NICHOLSON (F.), La protection des réfugiés en droit international, perspective
globale, op. cit., p. 34.
412
Cf. Rapport de 2015 de Human Rights Watch , disponible sur le site: [Link].
413
Cf. Rapport de 2018 de l’organisme des Nations Unies chargé des migrations, disponible sur le site:
[Link]/fr.
153
droits de l'Homme414 ainsi que le droit national, en l’occurrence celui de la Libye. Les
dispositions de ces trois droits ont pour objectif commun d’assurer la plus grande
protection aux personnes qui, dans de telles conditions, peuvent être déplacées à
l'intérieur du pays ou vers d'autres zones extérieures.
Il ressort, dans les diverses formes de protection apportée aux réfugiés, que
viennent en premier lieu celles contenues dans les dispositions du droit international
humanitaire lequel adopte une approche globale en termes de protection des réfugiés
(A) ; le second point exposera les mesures prises par le droit international des droits
de l'Homme pour les réfugiés, et notamment les enfants, mesures qui se sont montrées
plus larges en la matière que celles mises en place par le droit international
humanitaire (B) ; au niveau national et concernant la protection des réfugiés adultes et
enfants, le dernier point portera sur les mesures tièdes prises par la Libye (C).
414
SOMMARUGA (S), Droits de l'Homme et droit international humanitaire , bulletin des droits de
l'Homme, Genève, Suisse, septembre 1992, p. 63.
415
Cette question a été traitée au début du premier chapitre de cette étude. Supra p. 94.
154
En l’absence de relations diplomatiques entre l’État d’accueil et les États
belligérants, les réfugiés ressortissants d’un des deux États bénéficient également de
la protection prévue par la quatrième Convention de Genève de 1949.
Dans le cas d’occupation d’un territoire par une armée d’un autre État, et
toujours selon ladite Convention, le réfugié qui se trouve sous l’autorité de l’occupant
jouit d’une protection spécifique, à ce titre il est interdit à l’occupant de l’arrêter, de le
juger et de l’expulser des territoires occupés416.
Si à l’intérieur de leur propre pays des personnes sont forcées de quitter leur
région d’origine en raison d’un conflit armé sévissant sur l’ensemble ou sur une partie
du territoire, elles seront protégées selon les dispositions du droit international
humanitaire. Concernant le déplacement qui résulte d’un conflit armé international,
les personnes déplacées font également l’objet - en tant que civils - d’une protection
particulière contre les effets des hostilités engagées. Les personnes déplacées en
raison d’un conflit interne continuent de bénéficier de la protection prévue pour les
réfugiés des conflits internationaux si ledit conflit qui a occasionné leur déplacement
s’internationalise417.
416
BRETT (R.), LESTER (E.), « Le droit des réfugiés et le droit international humanitaire », R.I.C.R,
2001, p. 159.
417
CYR (M.), WEMBOU (D.), FALL (D.), Droit international humanitaire : Théorie générale et
réalités africaines, l’Harmattan, Paris, 2000, p.105.
155
mesures possibles seront prises pour que la population civile soit accueillie dans des
conditions satisfaisantes de logement, de salubrité, d'hygiène, de sécurité et
d'alimentation »418.
418
Art. 17 du Protocole II additionnel de 1977, op. cit., p. 310.
419
Art. 7 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale de 1998, op. cit., p. 528.
420
FITZPATRICK (J.) et BONOAN (R.), La cessation de la protection de refugié, op. cit., p. 589.
421
BIAD (A.), Droit international humanitaire , 2ème éd., Ellipses, Collection“ Mise au point “, Paris,
août 2006, p.77.
422
SINGER (S.), Protection des enfants dans les situations de conflit armé, études en droit
international humanitaire , op. cit., p.147.
156
sens, la communauté internationale est appelée à coopérer avec les organismes
concernés afin d’épargner aux civils davantage de souffrances et de faire face aux
causes premières de ces tragédies comme la propagation du terrorisme et les guerres
civiles. La communauté internationale doit donc soutenir les organisations
internationales et les ONG qui œuvrent dans ce domaine et venir en aide aux États qui
accueillent des réfugiés.
Ce qui précède a fait état des moyens de protection internationale des réfugiés
que comprennent les dispositions du droit international humanitaire et du rôle du
Comité international de la Croix-Rouge, à cet égard. Il reste à considérer les mesures
prises par le droit international des droits de l’Homme pour la protection des réfugiés
y compris des enfants.
423
TÜRK (V.) et NICHOLSON (F.), La protection des réfugiés en droit international, perspective
globale, op. cit., p. 55.
157
concerne la liberté de pratiquer leur religion et en ce qui concerne la liberté
d’instruction religieuse de leurs enfants »424.
Le statut de réfugié peut aussi être attribué aux enfants enrôlés de force dans
les guérillas, de même qu’aux enfants et aux femmes ayant quitté leurs pays où sévit
un conflit armé. Cependant, à notre avis, cette attribution ne relève pas de la
Convention de 1951 mais de la Convention de l'OUA de 1969 qui donne une
définition plus large de ce statut dans son article 1, lequel dispose : « Le terme
‘‘réfugié’’ s'applique également à toute personne qui, du fait d'une agression, d'une
occupation extérieure, d'une domination étrangère ou d'événements troublant
gravement ... »428.
158
dirigées vers la prise en charge des enfants réfugiés; mais nous pensons qu’ils sont
couverts implicitement par ses dispositions dont tous les droits énoncés s’appliquent
aux personnes n’ayant pas encore atteint l’âge de 18 ans sans aucune forme de
discrimination.
Ladite Convention, ratifiée par la majorité des pays du monde, est importante
car elle énonce des normes couvrant la plupart des droits de l’enfant et par voie de
conséquence de l’enfant réfugié. La Convention de 1989 sert de cadre de référence à
la politique du HCR concernant cette catégorie d’enfants d’autant qu’il s’agit d’une
Convention émanant des Nations Unies et que l'un de ses principes est de prendre en
compte l'intérêt supérieur de l'enfant. Le terme « enfant » de la Convention de 1989
inclut donc implicitement l'enfant réfugié et à ce titre le HCR exhorte tous les États,
les organismes internationaux et les organisations non gouvernementales à respecter
les normes prônées par la Convention en question.
Pour cela, les sommets mondiaux organisés sur le statut des enfants429 ont
adopté des dispositions qui insèrent la catégorie d’enfants réfugiés dans la rubrique
des « enfants en extrême précarité ». Et dans ce cadre, ont été mises en place des
procédures spécifiques prioritaires pour les enfants réfugiés. Le droit a été donné à
l’enfant réfugié de conserver sa culture et de pratiquer sa religion au sein de sa
communauté.
Ces dernières décennies plus de 190 États ont signé les Conventions de
Genève de 1949, environ 147 ont adhéré à la Convention de 1951 et à son Protocole
de 1967 sur le statut des réfugiés, et 196 ont signé la Convention relative aux droits de
l’enfant de 1989430. Bien que ces chiffres indiquent une tendance internationale
croissante à l'adhésion aux conventions touchant à la cause humaine, ils ne suffisent
pas à assurer l'application effective de ces Conventions, l’adhésion se fondant
davantage sur les principes et les règles en vigueur dans les États adhérents, que sur
des obligations contractuelles réelles.
429
Pour exemple, la Conférence de Berlin du 28 octobre 2014, dont des représentants de plus de 40
pays se sont réunis pour discuter de la crise des réfugiés au Moyen-Orient et la Conférence de Sharjah
du 15 au 16 octobre 2014, organisée par les Emirats Arabes Unis en collaboration avec le Haut
Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, intitulée Investir dans l'avenir: la protection des
enfants réfugiés. Pour plus d’informations, consulter le site : //[Link]-franç[Link].
430
Pour plus d'informations sur les réserves et la ratification des conventions internationales
humanitaires voir le site : [Link]
159
La décision d'adhérer aux conventions internationales sur la protection des
réfugiés reflète la volonté des États de coopérer avec la communauté internationale
pour trouver des solutions à la question des réfugiés, y compris des enfants.
Cependant, il faut préciser que la Libye n'a pas adhéré à la Convention de 1951 sur le
statut des réfugiés ni au Protocole de 1967 ayant traité du même domaine ; aussi la
législation de cet État connaît-elle un vide au motif qu’elle n’a pas réglementé la
question.
C) Des mesures tièdes prises par la Libye envers la protection des enfants
réfugiés
Tout d’abord et afin de clarifier cette question, nous devons distinguer entre
les trois concepts qui se rapportent à ces déplacements, à ce jour, en Libye. Le
premier concerne le réfugié : il s’agit d’une personne menacée dans son propre État,
au nom de raisons politiques, religieuses ou ethniques et qui s’enfuit vers un autre
431
Pour une chronologie exhaustive des évènements, des réactions asociales, Amnesty International «
La Libye et l'Italie dans le domaine de l'asile », 2005, SF 05R, 17, P.5.
160
État. Le second concept s’adresse à la personne déplacée, celle qui mute par
obligation à l’intérieur des frontières de l'État laissant sa maison contre son gré. Le
troisième concept touche l'émigré, personne qui traverse volontairement les frontières
de son État pour se rendre dans un autre État avec l’intention d’y résider432.
L'organisation Human Rights Watch a encore notifié dans son rapport que la
violence attribuable à la guerre civile de 2011 n’a cessé d’augmenter dans le pays
depuis cette date, atteignant un pic à partir de 2014 et entraînant le déplacement d'au
432
Les statistiques sur la migration en Libye, consultable sur le site: [Link]
433
LANTERO (C.), Le droit des réfugiés entre droit l'homme et gestion des migrants , op. cit., p. 465.
434
Rapport sur la situation des droits de l'Homme en Libye, novembre 2015, Mission d'appui des
Nations Unies en Libye, le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'Homme, p. 32.
161
moins 60.000 Libyens, et notamment de la population de villes entières comme celle
de Tawergha435.
A l'ouest de la Libye, la plupart des déplacements internes de ceux qui ont fui
Tripoli et sa banlieue Orishvanh à cause des violents combats qui s’y sont déroulés
n'ont pu retourner chez eux dans la période comprise entre juillet et novembre 2014,
au motif que leurs biens étaient détruits et qu’ils craignaient pour leur vie ; de plus,
l'impasse politique que connaît le pays n’apporte aucun espoir immédiat
d’amélioration à cette situation437.
En ce qui concerne les réfugiés en général, la Libye n’a pas établi de loi qui
reconnaît ce statut, en revanche, le pays accorde l'asile politique. La Libye n'est pas un
État partie à la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés, de ce fait elle ne
coopère pas officiellement avec le HCR, sauf à un niveau très étroit. Ainsi nous
pouvons dire qu'il n'y a pas de protection efficace des réfugiés, lesquels sont arrêtés et
renvoyés manu militari dans leur pays et ce en application de la loi n° 19 de 2010 sur
l'immigration clandestine. Selon le rapport de 2006 du HCR438, le gouvernement
libyen a intercepté et refoulé entre 2003 et 2005 près de 145. 000 réfugiés, pour la
majorité en provenance d'Afrique subsaharienne.
435
Rapport d'Amnesty International, « Interdit de rentrer chez soi », les Tawarghas et d’autres
communautés continuent d’être déplacés de force et persécutés en Libye, octobre 2013,
[Link]
436
Rapport sur la situation des droits de l'Homme en Libye, novembre, 2015, [Link]. p.33.
437
Ibid., p.34.
438
« Les violations du droit international contre les migrants, les demandeurs d'asile et les réfugiés en
Libye », Human Rights Watch , 12 septembre 2006, consultable sur le site: [Link].
162
2- La loi libyenne incompétente et par le fait inopérante
La nécessité se fait jour de promulguer une loi qui traite la question des
réfugiés et des personnes déplacées en Libye, ce pays n'ayant pas promulgué de loi
réglementant les procédures d'asile, particulièrement si l'on considère sa position
géographique face à l'Europe. Le pays a toujours connu des vagues de migration
transfrontalière illégale depuis son territoire via l'Europe, cependant certains migrants
se sont installés sur son sol renonçant à leur projet de franchir la Méditerranée.
Bien que la Libye ait adhéré à la Convention de l'OUA de 1969 régissant les
aspects propres aux problèmes de réfugiés en Afrique, qui prévoit que « Les Etats
membres de l'OUA s'engagent à faire tout ce qui est en leur pouvoir, dans le cadre de
leurs législations respectives, pour accueillir les réfugiés, et assurer l'établissement
de ceux d'entre eux qui, pour des raisons sérieuses, ne peuvent ou ne veulent pas
retourner dans leurs pays d'origine ou dans celui dont ils ont la nationalité »440, et
que ce pays ait ratifié la Charte africaine des droits de l’Homme de 1990, qui dispose
que « Toute personne a le droit, en cas de persécution, de rechercher et de recevoir
asile en territoire étranger, conformément à la loi de chaque pays et aux conventions
439
Rapport présenté par la Libye au Comité des droits de l’enfant, CRC/C/93/Add.1, le 19/09/2002, p.
99.
440
Art. 2, paragraphe 1 de la Convention de l'OUA de 1969 régissant les aspects propres aux problèmes
de réfugiés en Afrique, texte disponible sur le site : [Link].
163
internationales »441, la même Libye n’a encore promulgué ni loi, ni mécanisme formel
en vue de protéger les personnes fuyant la persécution.
Il faut cependant noter que si la Libye n'a pas signé la Convention de 1951 et
le Protocole de 1967, elle n’en est pas moins un État partie au Pacte international
relatif aux droits civils et politiques de 1966, qui dispose dans l'article 13 qu’« Un
étranger qui se trouve légalement sur le territoire d'un Etat partie au présent Pacte ne
peut en être expulsé qu'en exécution d'une décision prise conformément à la loi et, à
moins que des raisons impérieuses de sécurité nationale ne s'y opposent, il doit avoir
la possibilité de faire valoir les raisons qui militent contre son expulsion et de faire
examiner son cas par l'autorité compétente, ou par une ou plusieurs personnes
spécialement désignées par ladite autorité, en se faisant représenter à cette fin ».
441
Art. 12, paragraphe 3 de la Charte africaine des droits de l'Homme, de 1990, texte disponible sur le
site: [Link]/fr.
442
J.O.L, Numéro spécial, année 7, 1969.
443
J.O.L, Numéro spécial, 1991.
444
LANTERO (C.), Le droit des réfugiés entre droit l'homme et gestion des migrants , op. cit., p. 468-
469.
164
par le biais de plusieurs échanges épistolaires avec le gouvernement libyen.
Cependant, nous devons préciser qu’à ce jour, la loi en question n'a toujours pas été
promulguée en dépit des promesses faites par le gouvernement de l’époque.
445
Selon les termes du rapport présenté en septembre 2002 par la Libye au Comité des droits de
l’enfant, ce pays a cité que la Convention de 1951 ne vise que les réfugiés politiques, alors que la
Convention de l’OUA de 1969 s’étend aux réfugiés se trouvant dans des situations d’urgence
humanitaire et/ou de catastrophes naturelles. op. cit. p. 98.
165
Conclusion de la première partie
166
PARTIE II
Les civils entrent pour une grande part dans le nombre de victimes lors d'un
conflit armé, et dans ce cadre les enfants ne sont pas exemptés comme nous l'avons
exposé dans la première partie de cette étude. Les enfants sont également victimes
d'autres types de risques, à savoir qu’ils sont souvent séparés de leur famille ou
déracinés de leur lieu de vie et de leur communauté, comme ils sont des proies faciles
pour toutes formes d'exploitation.
Parmi les risques auxquels les enfants sont confrontés en temps de conflits
armés, en particulier non-internationaux, ressort leur recrutement en tant que soldats.
En effet, depuis quelques décennies cette pratique s’est répandue un peu partout dans
le monde et les auteurs de ce genre de trafic ne sont pas uniquement des groupes
armés ou des individus mais aussi des États qui utilisent les enfants à la collecte
d’informations dans le camp ennemi, à transporter du matériel de guerre ou encore à
participer activement aux opérations militaires et ce, en échange de logement,
d’habillement et de nourriture.
446
« Le sort des enfants en temps de conflit armé », Rapport du Secrétaire général, Assemblée
générale, Soixante et onzième session, Dou A/72/361–S/2017/821, p.2.
167
aux enfants, et je demande aux parties au conflit, au Conseil de sécurité et aux États
Membres de prendre immédiatement des mesures pour empêcher la commission de
ces violations contre les enfants »447.
Dans le même esprit, la situation de guerre que connaît la Libye depuis 2011 a
conduit au recrutement d'enfants par des groupes armés non-étatiques qui s’affrontent
entre eux. De même que leur utilisation dans cette guerre, toujours en cours à ce jour,
est en violation flagrante des dispositions du droit international humanitaire qui
interdisent le recrutement et la participation des enfants dans les conflits armés, cette
utilisation illicite d’enfants se produit en violation des dispositions du droit libyen.
447
« Le sort des enfants en temps de conflit armé », Rapport du Secrétaire général, Assemblée
générale, Soixante et onzième session, op. cit., p. 8.
448
En mai 1998, Amnesty International s’est jointe à d’autres ONG dans le but de fonder une coalition
pour mettre fin à l’utilisation d’enfants soldats. Pour plus d'informations voir Index AI : IOR
80/001/2003 sur le site : [Link].
168
les plus graves à traiter impérativement et dans l’urgence dans le cadre du droit
international humanitaire.
Il faut noter à cet égard que, bien que le phénomène du recrutement d’enfants
et leur participation à des opérations militaires se soit déjà produit pendant la Seconde
Guerre mondiale, les rédacteurs de la quatrième Convention de Genève de 1949
avaient omis d’inclure une disposition pour faire face à ce phénomène449. Cela a
conduit par la suite à une aggravation de la situation en raison de la reconnaissance en
1960 par la communauté internationale de la légitimité des guerres de libération
nationale ainsi que de toute forme de résistance armée dans un but
d’autodétermination et d’obtention de l’indépendance450.
Les événements ayant accompagné cette période constituent l’un des facteurs
importants qui ont participé à l’évolution des règles du droit international humanitaire
relatives à la protection des civils en général et des enfants en particulier.
Les efforts fournis dans ce sens par le Comité international de la Croix Rouge
et du forum diplomatique qui s’est déroulé en 1974, ont porté leurs fruits en 1977 par
le biais de la rédaction des Protocoles additionnels aux quatre Conventions de Genève
de 1949 qui avaient pour objet la « réglementation » de la participation des enfants
dans les opérations militaires. D’autres efforts ont été par la suite déployés par les
États et les organisations internationales compétentes en vue d’élaborer des règles de
conduite susceptibles d’assurer un maximum de protection contre le recrutement des
enfants et leur participation aux conflits armés451.
On note deux types de recrutement des enfants soldats : un premier type qui
paraît être volontaire et délibéré de la part de ces enfants, forme de recrutement au
demeurant fondée sur la force de conviction des recruteurs et de ce qu’on a qualifié
449
Il existe de nombreux documents et déclarations internationaux traitant des droits de l'enfant, tels
que la Déclaration universelle des droits de l'Homme de 1948, la Déclaration des droits de l’enfant de
1959, les deux pactes internationaux de 1966 ; ces documents ont souligné le besoin de soins et
d'attention particulière à porter aux enfants sans toutefois donner une définition claire de l'enfant ni
considérer le phénomène de l'enfant soldat.
450
La Résolution 1514/D-15 de l’Assemblée générale des Nations Unies du 14 décembre 1960, sous le
titre « Déclaration sur l'octroi de l'indépendance aux pays et aux peuples coloniaux », a conduit à
l'acquisition du mouvement de libération nationale de la personnalité juridique internationale. Voir
VIRALLY (M), Le droit international en devenir : Essais écrits au fil des ans , Publications de l'Institut
universitaire des hautes études internationales, Genève, Suisse, 1990, pp. 309-310.
451
« Quel est le rôle du CICR dans le respect du droit humanitaire ? », sur le site : [Link].
Consulté le 18/02/2018.
169
plus haut de lavage de cerveau ; et un second type dénommé enrôlement forcé où les
victimes n’ont pas d’autre choix que de faire ce que les groupes armés exigent d’elles.
Ces groupes utilisent des méthodes innommables et inhumaines, forçant les enfants à
tuer d’autres enfants, voire des membres de leur propre famille et ce, en les
embrigadant, ces enfants trouvant en effet dans l’obéissance aveugle le seul moyen
d’assurer leur survie.
Bien que ces instruments visent à protéger les enfants contre leur recrutement
et leur participation aux hostilités, cette tranche de la population souffre encore d’un
tel phénomène dans de nombreuses régions du monde, témoignant ainsi du fait que la
communauté internationale n’a pas réussi jusqu’à ce jour à fournir une protection
effective aux enfants lors des conflits armés. A ce titre, nous tenterons d’analyser les
textes du droit international et du droit libyen face à l’interdiction de recruter des
enfants en vue de les faire participer à des hostilités (chapitre I).
Alors que le droit international et le droit national libyen interdisent dans leurs
dispositions la participation des enfants aux hostilités, la réalité prouve que cette
interdiction est violée dans la mesure où des enfants sont toujours très souvent
impliqués dans des guerres. Dans ce sens, la question se pose de savoir quelles seront
les conséquences juridiques de la participation des enfants à des hostilités. En d'autres
termes, si les enfants capturés par l'ennemi obtiendront le statut de prisonniers de
guerre et s’ils seront poursuivis pénalement en cas de commission de crimes de guerre
(chapitre II).
170
Si le droit international prévoit une protection pour les enfants qui participent
aux conflits armés, la question se pose de savoir, au sujet des recruteurs – États,
groupes armés, individus - qui enrôlent des enfants et les utilisent dans de tels conflits,
quel est le degré de leur responsabilité au motif qu’ils violent les dispositions de ce
droit et quelles sanctions ils encourent (chapitre III).
171
CHAPITRE I
Pour mieux cerner le contenu et les limites de l’interdiction faite aux États
parties, cette question sera examinée sous quatre aspects : le premier abordera le
concept d’enfant soldat et les méthodes utilisées par les recruteurs d’enfants dans les
conflits armés (Section 1) ; le second, les dispositions du droit international
humanitaire quant à l’interdiction de recruter des enfants (Section 2) ; le troisième,
celles du droit international des droits de l’Homme face à ce phénomène (Section 3) ;
enfin le quatrième, les dispositions du droit libyen allant dans le sens de l’interdiction
d’un tel recrutement (Section 4).
452
Dans ce cadre, on peut citer les quatre Conventions de Genève de 1949 et leurs Protocoles
additionnels de 1977, la Convention de 1989 relative aux droits de l’enfant, la Charte africaine des
droits et du bien-être de l’enfant de 1990 et le Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de
l’enfant concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés, de 2000.
172
Section 1 : Le concept d’enfant soldat et les méthodes de
recrutement et d’utilisation d’enfants dans les conflits armés
Tout au long de l’Histoire on note que les enfants ont été impliqués dans des
guerres, mais au fil du temps leur participation a différé. Pour exemple, dans la Grèce
antique « Sparte » 453, les enfants de 7 à 9 ans recevaient une formation militaire. S’ils
ne participaient pas encore activement aux combats, ils remplissaient diverses tâches
au service des combattants. Dans ce contexte essentiellement régi par la force et les
prouesses physiques, « … la robustesse de l'enfant est mise à l'épreuve [dès sa
naissance, et] il n'aura le droit de vivre que si l'Etat l'en juge digne… »454.
Depuis les dernières décennies du XXe siècle l’utilisation des enfants dans les
combats a connu une recrudescence dans différentes parties du monde à chaque fois
que des conflits non-internationaux ont surgi. Et l’on constate que seuls les procédés
ont changé avec le temps et les circonstances, en effet, des enfants sont aujourd’hui
enlevés chez eux, dans la rue, à l’école et enrôlés de force dans des armées régulières
ou des groupes armés ; quand ils n’ont pas sollicité d’eux-mêmes ce recrutement en
raison de leur pauvreté et de besoins vitaux à satisfaire457.
453
Cf. [Link]/educatio/[Link].
454
Ibid.
455
Les écoles militaires françaises, consultable sur le site [Link]. Consulté le 9/04/2018.
456
KANE (A. F.), La protection des droits de l'enfant pendant les conflits armés en droit international ,
op. cit., p. 76.
457
Rapport annuel de la Représentante spéciale du Secrétaire général pour le sort des enfants en temps
de conflit armé, Assemblée générale des Nations Unies, A/HRC/21/38, p. 11.
173
Dans ces situations, les enfants devenus soldats par la force des choses
remplissent diverses fonctions dans le déroulement des opérations de guerre, allant de
la participation directe aux hostilités à l’aide indirecte apportée sous diverses formes
aux combattants se trouvant au front. Pour cela, le traitement de cette question
importante sera scindé en trois paragraphes : le concept d’enfant soldat (§ 1) ; les
différents types de recrutement des enfants dans les conflits armés (§ 2) ; les diverses
formes d’utilisation des enfants au cours d’hostilités (§ 3).
458
Le Protocole I additionnel de 1977, dans son article 43, a élargi les concepts de « combattants » et
de « membres des forces armées » tels que définis par l’article 4 de la troisième Convention de Genève
de 1949, afin de prendre en compte l'évolution des conflits armés et la diversité des méthodes de
guerre.
459
Dictionnaire pratique de droit humanitaire, sur le site : [Link].
460
MAIA (C.), SCALIA (D.), KOLB (R.), La protection des prisonniers de guerre en droit
international humanitaire , 1ère éd., Bruylant, Bruxelles, 2015, p. 12.
174
Quant au concept d'enfant soldat, il n'est défini dans aucun des documents du
droit international humanitaire ou du droit international des droits de l'Homme. Les
textes de ces documents limitent néanmoins à 15 ans l'âge du recrutement et de la
participation d'enfants aux hostilités. On peut comprendre de cela que l'enfant soldat
revêt le statut de tout combattant adulte lorsque les conditions posées par le droit
international s'appliquent.
461
Dans le cadre de l’effort visant à faire face au problème des enfants enrôlés dans les forces armées,
le Groupe de travail des ONG sur la Convention relative aux droits de l’enfant de 1989 et l’UNICEF
ont organisé un symposium qui s’est déroulé au Cap (Afrique du Sud) du 27 au 30 avril 1997. Les
« Principes du Cap » toujours bafoués, par [Link], publié le 05/02/2007.
462
« Coalition contre l'utilisation d'enfants soldats », éd., Unicef, new York, mai 2004, p. 12.
175
Ainsi on peut noter que l’expression « enfant soldat » ne désigne pas
uniquement un enfant qui porte les armes. La définition est large de façon à étendre la
protection à tous les enfants se trouvant au sein de conflits armés, quelle que soit la
fonction qui leur a été confiée.
A notre avis, établir une définition de l'enfant soldat est essentiel au motif qu’il
existe une nette distinction entre l’enfant soldat et l’enfant civil, de même qu’une
distinction s’impose entre leurs obligations respectives465. Les soldats sont tenus par le
droit des conflits armés de respecter des obligations spécifiques. En contrepartie ce
droit les protège, notamment s'ils sont faits prisonniers de guerre. Dans ce sens, il faut
que toute ambiguïté soit enlevée dans la définition de l'enfant soldat afin que ce
dernier reçoive une protection adéquate à sa situation.
§ 2 : Les différents types de recrutement des enfants dans les conflits armés
463
Principes et lignes directrices sur les enfants associés aux forces armées ou aux groupes armés,
appelés « Les Principes de Paris » , Février 2007, principe 2.1 sur les définitions. Texte consultable sur
le site: [Link].
464
KALONJI (A.), « La protection des enfants au cœur des premières poursuites intentées devant la
Cour pénale internationale et le tribunal spécial pour la Sierra Leone », Revue pluridisciplinaire de
recherche, n° 6, automne 2008. Aussi, HUET (A.) et KOERING-JOULAIN (R.), Droit pénal
international, PUF, 2005, p. 28-31.
465
Selon le Dictionnaire pratique de droit humanitaire, «les dispositions du droit humanitaire reposent
sur la distinction entre les civils et les combattants. Ces derniers doivent respecter des obligations
précises pendant le combat et sont protégés, entre autres, par le statut de prisonnier de guerre ».
Consultable sur le site : [Link].
176
Indépendamment de la manière employée pour les enrôler ou de leur rôle dans
le conflit armé, les conséquences physiques et psychologiques sur les enfants soldats
sont multiples et indélébiles. Ils sont souvent soumis à des traitements cruels de la part
de leurs chefs, peuvent être blessés sur le champ de bataille et la plupart d’entre eux
sont victimes de violences sexuelles ou contraints de commettre des massacres, autant
d’actes qui leur laissent de graves séquelles psychologiques agissant à court ou à long
terme, ce qui complexifie davantage le processus de leur réintégration lorsqu’ils
sortent des combats466.
D’après notre analyse, deux types différents de recrutement des enfants soldats
apparaissent dans les conflits armés : le recrutement forcé mené par des forces
régulières ou des groupes armés (A), et l'enrôlement volontaire des enfants (B).
Le recrutement forcé des enfants n’est pas, comme nous serions tentés de le
croire, le seul apanage des groupes armés non gouvernementaux car plusieurs pays
confrontés à la guerre civile ont alimenté leurs armées régulières à l’aide d’enfants
n’ayant pas encore atteint l’âge de 18 ans et ce, pour compenser leurs pertes en
effectif dues aux décès ou aux désertions467.
Nous pouvons ici donner en exemple la Libye où une guerre sévit depuis 2011,
dans laquelle des enfants de moins de 18 ans peuvent être recrutés. Un rapport de
466
« Prévenir le recrutement des enfants : l’approche du CICR ». Sur le site: [Link]. Consulté le
13/03/2016.
467
La crise cachée : les conflits armés et l'éducation : rapport mondial de suivi, éd. de l'Unesco, 2011,
p. 163.
177
l'UNICEF de 2018 sur les enfants en Libye a cité à ce sujet : « Ils ont un besoin urgent
de protection et de soins dans toute la Libye, où ils risquent des abus, des violences et
des violations des droits humanitaires et des droits de l'Homme, ainsi que leur
recrutement par des groupes armés »468. En conséquence de cela, nous examinerons
dans un premier temps la position du droit international sur le recrutement forcé des
enfants (1), et dans un second temps, la position du droit libyen sur ce même sujet (2).
Tandis que la Convention de 1989 relative aux droits de l’enfant dispose dans
son premier article qu’un enfant « s’entend de tout être humain âgé de moins de dix-
huit ans... ». Or, nous pensons que ce texte se contredit quand il déclare dans son
article 38 relatif à la protection des enfants dans les conflits armés, que l’âge
minimum pour participer directement à une activité de guerre est de 15 ans. Aussi,
pour remédier à cela, le Protocole facultatif à la Convention précitée, publié en 2000
et relatif aux droits de l’enfant concernant l’implication d’enfants dans les conflits
armés, précise que l’âge minimum légal pour la participation des enfants à ce type
d’action est de 18 ans. Dans son article 3, ce Protocole dispose « Les États Parties
relèvent l’âge minimum de l’engagement volontaire dans leurs forces armées
468
Rapport de l'UNICEF sur les enfants en Libye, 2018, sur le site : [Link], consulté le
28/02/ 2018.
178
nationales par rapport à celui qui est fixé au paragraphe 3 de l’article 38 de la
Convention relative aux droits de l’enfant ... »469.
Dans des pays où sévissent des conflits armés, on assiste à une prolifération
d’armes légères telles que les fusils automatiques et les mitrailleuses dont l’utilisation
est relativement accessible aux enfants de moins de 18 ans. Ainsi, pour les parties en
469
Art. 3, paragraphe 1 du Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l’enfant,
concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés de 2000, op. cit., p. 316.
470
Art. 35 de la Convention relative aux droits de l’enfant de 1989, op. cit., p. 300.
471
« Enfants recrutés par des forces armées ou des groupes armés », Rapport de l'UNICEF, sur le site :
[Link] consulté le 28/08/ 2017.
179
conflit, former les combattants au maniement des armes ne pose pas de problèmes
majeurs et leur effectif augmente selon leur gré et à peu de frais472.
b) La durée du conflit
La fragilité des enfants rend la tâche des recruteurs plus facile quant à les
transformer en machines de guerre. Il est en effet plus simple de convaincre un jeune
sans expérience de la vie de commettre des massacres sous le couvert de
considérations religieuses, ethniques ou politiques, que de réussir à persuader des
adultes susceptibles d’opposer une certaine résistance intellectuelle et de se montrer
plus solides au plan psychologique face aux intimidations des recruteurs.
Par ailleurs, il faut noter que dans nombre de pays où l’âge minimum légal du
recrutement des soldats est fixé à 18 ans, nous ne trouvons pas une panoplie suffisante
de dispositions propres à garantir l’application de ce droit et à protéger efficacement
les enfants. En outre, la gestion démographique dans ces pays est parfois fondée sur
des registres officiels et des documents de naissance aisément falsifiables. De ce fait,
les recruteurs se fient souvent à l’aspect physique des jeunes, ou même à leur parole,
pour estimer leur âge, ce qui augmente considérablement la marge d’erreur en termes
de respect du recrutement légal473.
472
Rapport du Secrétaire général sur l'impact des conflits armés sur les enfants », Rapport « Graça
Machel », doc. ONU A/51/306, 26 août 1996, paragraphe, 27.
473
The use of children as soldiers in Africa, report in le site [Link] consulté le
25/12/2016.
180
Si toutes les raisons précédemment exposées conduisent au recrutement forcé
d'enfants dans les conflits armés, elles s’appliquent notablement au cas libyen actuel,
renforcées par l'existence d’un énorme arsenal d'armes tombé entre les mains de
n’importe quel individu. Dans ce contexte, la question est de savoir de quelle façon le
droit libyen règlemente le recrutement des enfants.
En ce qui concerne les lois nationales, la majorité des États prévoit un service
militaire obligatoire qui détermine à 18 ans l’âge de conscription. En temps de paix, la
Libye a respecté cette tranche d’âge pour la conscription en s’appuyant sur la loi n° 9
de 1987 relative au service militaire474. En cela, le pays se trouve en conformité avec
les conventions internationales qu’il a signées et ratifiées.
Cependant, en cas de conflit armé nous remarquons que cette loi n° 9 n’est pas
appliquée mais remplacée par la loi n° 21 de mobilisation générale de 1991 qui
autorise l’exploitation de toutes les ressources humaines et matérielles libyennes au
profit de l’effort de guerre et de la défense de la patrie475. Nous en déduisons que
serait accepté le recrutement d’enfants de moins de 18 ans, mettant ainsi le pays en
contradiction avec le Protocole facultatif de 2000, à la Convention relative aux droits
de l’enfant concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés, qu’il a pourtant
signé et ratifié.
Dans le cas où la Libye recruterait des enfants de moins de 15 ans, elle serait
en outre en contradiction avec les dispositions de l’article 38 de la Convention relative
aux droits de l’enfant de 1989, qu’elle a aussi signée et ratifiée. La question qui se
pose ici est de savoir le degré de compatibilité ou d’incompatibilité des lois nationales
avec les dispositions du droit international quant au Protocole et à la Convention
susmentionnés, puisque comme nous venons de l’exposer la loi libyenne n° 21 de
mobilisation générale de 1991 ferme les yeux, en la matière, sur des actes contraires
au droit international. Eu égard à ce qui précède, la question du recrutement d’enfants
de moins de 18 ans aurait due, à notre avis, être organisée par la loi n° 5 de 1998 sur
474
J.O.L, n° 9, année 7, 1987.
475
J.O.L, n° 5, année 13, 1991.
181
la protection des enfants ; or, cette dernière connaît un vide à ce niveau dans la mesure
où elle n’aborde pas du tout le sujet.
La question se pose alors de savoir pourquoi une telle différence apparaît entre
les législations des États qui autorisent l'enrôlement volontaire. On peut peut-être
penser que les États qui recrutent des enfants à partir de 15 ans se conforment aux
dispositions de la Convention relative aux droits de l’enfant de 1989 qui, dans son
article 38, dispose : « Les Etats parties s’abstiennent d’enrôler dans leurs forces
armées toute personne n’ayant pas atteint l’âge de quinze ans. Lorsqu’ils incorporent
des personnes de plus de quinze ans mais de moins de dix-huit ans, les Etats parties
s’efforcent d’enrôler en priorité les plus âgées »478.
Quant aux États qui recrutent les enfants à partir de 18 ans, ils se conforment
au Protocole facultatif de 2000 relatif à l’implication des enfants dans les conflits
armés qui énonce dans son article 3 « Les États Parties relèvent l’âge minimum de
l’engagement volontaire dans leurs forces armées nationales par rapport à celui qui
est fixé au paragraphe 3 de l’article 38 de la Convention relative aux droits de
476
Rapport de la Représentante spéciale du Secrétaire général pour le sort des enfants en temps de
conflit armé, Nations Unies, 2012, A/67/256, p. 13.
477
Les pays concernés par cette législation interne sont la Sierra Leone et la Somalie, voir « attention
enfants soldats », Amnesty international, 2012, p. 15-17.
478
Art. 38 de la Convention relative aux droits de l'enfant de 1989, op. cit., p. 300.
182
l’enfant ... »479. Le problème se pose dans son entier pour les États dont la législation
autorise l'enrôlement volontaire avant même l’âge de 15 ans480, ce qui est contraire à
la Convention internationale sur les droits de l’enfant de 1989 ainsi qu’à son Protocole
facultatif de 2000.
Outre les raisons que nous avons relevées plus haut et qui poussent ces enfants
soldats « volontaires » à rejoindre les rangs des groupes armés, peuvent être mises en
avant d’autres motivations, dont le fait que des enfants (filles ou garçons) soient
victimes, dans le civil, de tortures ou d’agressions sexuelles, les incitant à intégrer un
groupe armé dans le but de se protéger et/ou pour se venger ou venger leur famille ou
leur ethnie.
De plus, il faut remarquer que des enfants originaires de familles pauvres n’ont
pas toujours les moyens de s’échapper des zones de conflit, ce qui les expose
directement à la tentation d’un enrôlement qui leur garantira le minimum nécessaire
en termes de protection et de moyens de survie pour eux comme pour leurs familles.
Ces enfants ne conçoivent plus leur vie en dehors du cadre de la zone de combats, ils
ont grandi dans cet univers guerrier et n’ont pas la capacité intellectuelle qui leur
permet de se projeter dans un avenir de paix et dans une société pacifiée. Vivre dans
la peau d’un enfant-soldat est donc pour eux la seule solution en même temps qu’une
évidence.
479
Art. 3 du Protocole facultatif de 2000, concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés, op.
cit., p. 316.
480
Par exemple, la loi ougandaise permet le recrutement d'enfants après l'âge de 13 ans sus réserve de
l'obtention du consentement parental, « attention enfants soldats » Amnesty international, 2012, p. 17.
481
MAYSTRE (M.), Les enfants soldats en droit international, éd. Pedone, Paris, 2010, p. 26.
482
« Les enfants dans la guerre », CICR, janvier 2003, consultable sur le site: [Link].
183
les recruteurs diffusent des messages à l’adresse d’enfants, messages dont la teneur
religieuse ne peut que plaire à des victimes en quête de repères et de protection.
La question de « volonté » ou d’« obligation » chez ces jeunes nous paraît être
un faux problème, dans la mesure où les dispositions du droit international
humanitaire interdisent formellement le recrutement forcé ou volontaire d'enfants de
moins de 15 ans dans des opérations militaires. En outre, le droit international des
droits de l'Homme a fixé à 18 ans l'âge du recrutement d'enfants dans les hostilités.
483
« Les enfants face à l’État Islamique », consultable sur le site : [Link].
484
Rapport annuel de la Représentante spéciale du Secrétaire général pour le sort des enfants en temps
de conflit armé, Assemblée générale des Nations Unies, op. cit., p. 8.
184
En dépit de cela et jusqu’à ce jour, des groupes armés utilisent délibérément
des enfants à diverses tâches en dehors de celle de combattre. Pour le droit
international humanitaire une telle utilisation est équivalente au crime de recrutement
d’enfants dans les conflits armés.
Il s’agit de l’une des pires actions imposée à des enfants car en rejoignant les
rangs des groupes armés ils sont forcés de commettre des atrocités contre leurs
propres communautés ou de participer aux combats sur le front.
L’utilisation des enfants à divers titres dans des hostilités et leur participation
aux combats sont des phénomènes de plus en plus communs liés à l’émergence de
nouveaux modèles de conflits armés non-internationaux où les armées régulières se
trouvent souvent confrontées à des groupes rebelles. Or, au sein de ces groupes, les
485
Rapport du Secrétaire général sur l'impact des conflits armés sur les enfants », op. cit., paragraphe,
25.
185
enfants après avoir longtemps été considérés comme des victimes passives de la
guerre, sont devenus actifs et bourreaux à leur tour486.
Cette exploitation des enfants à des fins politiques et militaires les prive de
leur droit de vivre en paix au sein de leurs familles. Il arriver aussi que ces enfants
perdent leurs familles et restent seuls face aux aléas de la vie. Lors des opérations de
guerre, qu’ils soient ou non participants, ils peuvent être victimes de mutilations
diverses les laissant handicapés, et souvent parce qu’ils ne sont pas en capacité, en
raison de leur âge ou du fait qu’ils considèrent la guerre comme un jeu, de mesurer le
degré de dangerosité des missions que les chefs de guerre leur confient488. Certains
chefs de guerre habituent les enfants à la consommation de stupéfiants en vue de les
rendre dépendants et de les contraindre à exécuter aveuglément leurs ordres.
Bien que les chefs de guerre et les groupes armés dans les pays en situation de
conflit armé n’ignorent pas les droits des enfants - dont leur droit à la vie, à l'existence
au sein d'une famille, à la santé et à d'autres droits associés tous ratifiés par la
communauté internationale, la Convention de 1989 relative aux droits de l'enfant et
486
Rapport du Secrétaire général sur l'impact des conflits armés sur les enfants », op. cit. paragraphe,
27.
487
Rapport de la Représentante spéciale du Secrétaire général pour le sort des enfants en temps de
conflit armé, Nations Unies, 2013, A/HRC/25/46, p. 5.
488
Ibid.
489
Art. 19 de la Convention relative aux droits de l'enfant de 1989, op. cit., p. 300.
186
son Protocole facultatif de 2000 concernant l’implication d’enfants dans les conflits
armés -, ces responsables passent outre en embrigadant les enfants dans des hostilités.
De tels manquements nécessitent, de la part de la communauté internationale,
davantage de fermeté et la prise de mesures strictes pour punir les contrevenants et les
obliger à se conformer aux règles du droit international qui interdit également
l'utilisation indirecte des enfants dans les hostilités.
Dès qu’ils rejoignent le rang des groupes armés les enfants sont traités comme
des adultes. Ils remplissent les mêmes fonctions et ont les mêmes responsabilités que
les soldats ordinaires. Au début de leur pseudo carrière militaire les enfants sont
chargés d’accomplir des missions en tout genre, allant de la surveillance à la
participation aux combats. Nous examinerons dans un premier temps le phénomène
de l’utilisation des enfants dans diverses tâches de protection (1) ; puis l’utilisation,
par les recruteurs, des enfants dans d’autres activités (2).
Les enfants sont appelés à servir de garde rapprochée auprès des chefs d’armée
régulière490 ou des chefs de groupes armés. Ils peuvent aussi être appelés à garder des
prisonniers de guerre. Il est certain que ces tâches peuvent coûter la vie à ces enfants,
car les prisonniers en question sont généralement des adultes voire des soldats
aguerris qui peuvent facilement avoir le dessus face à des enfants inexpérimentés. Il
arrive aussi que les prisonniers tentent de s’évader, ce qui pousse les enfants à les
abattre, conformément aux ordres de leurs chefs qui parfois les forcent même à
exécuter des prisonniers choisis au hasard dans le but de mettre à l’épreuve leur
loyauté.
490
A ce propos nous pouvons citer l’exemple d’un enfant de 14 ans au Soudan qui a été utilisé comme
garde du corps du porte-parole de « l’armée de libération populaire », Cf. Rapport du Secrétaire général
sur les enfants et le conflit armé au Soudan. [Link].S/2006/662. p. 8.
187
Il faut noter ici que lorsque le conflit armé se prolonge entre les parties,
engendrant une pénurie de matériel militaire et de nourriture, cela peut expliquer que
l’armée régulière du pays ou les groupes armés aient recours à l'utilisation des enfants
pour la poursuite des opérations, en qualité de gardes sur les sites militaires ou les
régions riches en sources d'énergie tels que les champs de pétrole, par exemple, dont
le bénéfice revient indifféremment aux deux parties. Dans de telles situations et sur de
tels sites les enfants sont évidemment exposés à tous les dangers.
En outre, les enfants peuvent être utilisés pour le transfert, d’un site à un autre,
de matériel militaire dont des armes et des munitions, ainsi que pour la
communication d’informations et le soutien logistique aux soldats. Toutefois les
tâches qui leur sont généralement attribuées sont celles en rapport avec
l’approvisionnement en eau et en nourriture, ou avec la récupération d’armes ou de
tout matériel abandonnés sur le champ de bataille, voire de véhicules militaires.
En accomplissant ces tâches les enfants s’exposent à de grands risques car non
seulement les tâches qu’on leur confie sont des tâches habituellement réservées aux
adultes et qui nécessitent une force physique que les enfants n’ont pas (transport de
marchandises lourdes, manipulation de matériel de guerre lourd et volumineux). Dans
un autre registre, il arrive que les enfants soient suspectés de trahison en servant
l’ennemi ce qui les rend passible de peine de mort, sans qu’ils n’aient la possibilité de
se défendre491.
491
[Link].S/2008/409, 23 June, 2008, p. 3.
492
Art. 77, Paragraphe 2 du Protocole I additionnel de 1977, op. cit., p. 270.
188
personnes de plus de quinze ans mais de moins de dix-huit ans... s’efforceront de
donner la priorité aux plus âgées »493.
Nous constatons que l’article 77, paragraphe 2, ne contient pas pour les Parties
au conflit une obligation absolue de ne pas recruter les enfants de moins de 15 ans,
mais plutôt une incitation suffisamment claire dans ce sens.
Dans un cadre similaire, le travail forcé des enfants a été considéré comme une
forme de torture et ce, à la lumière de la Convention n°182 de 1999 sur les pires
formes de travail des enfants, qui dispose : « Aux fins de la présente convention,
l'expression les pires formes de travail des enfants comprend : (d) les travaux qui, par
leur nature ou les conditions dans lesquelles ils s'exercent, sont susceptibles de nuire
à la santé, à la sécurité ou à la moralité de l'enfant... »494.
Les enfants sont aussi utilisés comme espions, parce qu’ils sont en mesure
d’infiltrer les troupes ennemies sans éveiller de soupçons, jouant ainsi un rôle
d’informateurs auprès des leurs en les aidant par là-même à situer et cibler les
positions de l’ennemi. Des missions diverses leur sont en outre confiées, allant du
déminage à l’assouvissement des désirs sexuels de leurs chefs voire de simples
soldats.
Parmi les aspects les plus importants de l'exploitation des enfants dans les
conflits armés ressort le phénomène de leur recrutement et de leur utilisation. Devant
493
Art. 77, Paragraphe 2 du Protocole I additionnel de 1977, op. cit., p. 270.
494
Art. 3 de la Convention n°182 sur les pires formes de travail des enfants, de 1999, in : [Link].
189
la gravité de cette situation et des dangers qu’encourent les enfants dans les zones de
conflits à travers le monde, la communauté internationale s’est alarmée et mobilisée
afin de mettre une limite à ce phénomène inhumain vis-à-vis des enfants.
Toutefois, même si ladite Convention n’a pas fixé de limites d’âge dans
l'article susmentionné, elle constitue un obstacle juridique à l’utilisation des enfants
dans un conflit armé, qu’ils soient contraints ou volontaires. Nous pensons cependant
qu’il aurait été judicieux de noter explicitement l’interdiction totale de l’utilisation des
enfants en qualité de soldats, tout en considérant que les dispositions de cette
Convention représentent un pas important et indispensable sur le chemin parcouru
progressivement dans la lutte pour la protection des enfants soldats.
495
Ce principe est historiquement issu des Conventions de La Haye de 1899.
190
et a commencé à agir, grâce essentiellement aux efforts fournis par des organisations
non gouvernementales telles que le CICR et l’UNICEF. Et ce n’est qu’en 1977, avec
les deux Protocoles additionnels aux quatre Conventions de Genève que la
participation des enfants aux combats a été formellement interdite, tout au moins pour
les enfants de moins de 15 ans.
Lors des discussions qui ont accompagné la Conférence diplomatique qui s’est
tenue à Genève sur quatre sessions, de 1974 à 1977497 et dont les objectifs étaient de
réviser et d’amender les dispositions du droit international humanitaire en vigueur au
moment des conflits armés, le rapport établi par le CICR ainsi que plusieurs autres
rapports émanant d’ONG ont été pris en compte lors de la formulation des deux
Protocoles additionnels aux quatre Conventions de Genève.
496
Rapport sur les travaux de la Conférence d'experts gouvernementaux sur la réaffirmation et le
développement du droit international humanitaire applicable dans les conflits armés, Genève, 1971,
Vol. I.
497
SANDOZ (Y.), SWINIARSKI (C.), ZIMMERMANN (B.), Commentaire des Protocoles
additionnels de 1977 , éd., Le Comité international de la Croix-Rouge, Genève, 1986, p. 1551.
191
notamment en s'abstenant de les recruter dans leurs forces armées. Lorsqu'elles
incorporent des personnes de plus de quinze ans mais de moins de dix-huit ans, les
Parties au conflit s'efforceront de donner la priorité aux plus âgées . ». Selon ce
paragraphe, chaque État partie est donc tenu de respecter deux engagements :
Le premier consiste à prendre toutes les mesures possibles pour éviter que des
enfants de moins de 15 ans soient impliqués d’une manière directe dans des actes de
guerre. Nous remarquons, par ailleurs, que le texte est modéré dans les obligations
qu’il impose aux États, dans la mesure où il a utilisé l’expression « toutes mesures
possibles » au lieu de « toutes mesures nécessaires » qui a été employé dans la
formulation du deuxième paragraphe de l’article 62 du projet de Protocole I
additionnel et qui montre davantage de force de dissuasion. Cette « souplesse » dans
la formulation « toutes mesures possibles » est due en réalité au refus de quelques
États membres de s’engager d’une manière absolue sur la question du recrutement et
de l’utilisation des enfants pendant les conflits armés498.
A travers ce qui précède nous constatons une contradiction de fond entre les
deux textes. En effet, le premier engagement oblige les États à prendre « toutes les
mesures possibles » afin d’éviter le recrutement d’enfants de moins de 15 ans. Alors
que dans le deuxième, l’État s’engage à ne pas utiliser d’enfants de moins de 15 ans
dans les combats. Il s’agit là d’un engagement sur le résultat et non pas sur l’intention
de faire un effort, comme c’est le cas dans le premier engagement. Ainsi, le cas
échéant, l’État est tenu responsable légalement lors d’un recrutement d’enfants de
moins de 15 ans mais il ne l’est pas en les utilisant dans les combats, puisqu’il peut
498
DUTLI (M. –T.), « Enfants combattants prisonniers », R.I.C.R, sep–oct. 1990, 72ème année, p. 459.
499
MANN (H.), « International law and the child soldier », I.C.L.Q, Jan, 1987, p. 32.
192
arguer qu’il a « pris toutes les mesures possibles » pour éviter d’utiliser des enfants
dans des opérations militaires, mais qu’il n’y a pas réussi.
Mais la question qui se pose ici est de savoir si cette ambiguïté liée au fait de
ne pas recruter ou utiliser des enfants dans les conflits armés internationaux apparaît
également dans le cas des conflits armés non-internationaux traités dans le Protocole
II additionnel de 1977, ou si ce dernier a abordé clairement cette question.
La question qui se pose alors est de savoir si les deux Protocoles additionnels
de 1977 ont réussi à traiter le phénomène du recrutement des enfants, et dans
l’affirmative, de quelle façon ils y ont procédé.
Contrairement à ce qui était attendu, après la signature par les États des deux
Protocoles additionnels de 1977 - à savoir réduire le recrutement d'enfants dans les
conflits armés -, ce phénomène s’est répandu en différentes régions du monde et cela
a été confirmé par le Comité international de la Croix-Rouge chargé de s’assurer de
l'application du droit international humanitaire.
500
Art. 4, paragraphe 3, alinéa (c), du Protocole II additionnel de 1977, op. cit., p. 320.
501
Le Protocole I additionnel de 1977 énonce dans son article 77 : « Les Parties au conflit prendront
toutes les mesures possibles dans la pratique pour que les enfants de moins de quinze ans ne
participent pas directement aux hostilités …», op. cit., p. 270.
193
Sept années après la signature des deux Protocoles additionnels, ce comité a
signalé dans ses rapports de 1984 que des enfants âgés de 11 et 12 ans participaient
aux combats dans de nombreuses régions du monde telles qu’en Asie et en Afrique -
et le fait s’était notamment avéré dans la première guerre du Golfe en 1980 -, et ce en
violation de toutes les dispositions du droit international humanitaire502. En 1986, les
rapports de l'UNICEF ont avancé que plus de 20 pays faisaient participer aux
hostilités et à des activités informelles liées aux guerres civiles, des enfants âgés de 10
à 18 ans. Ce phénomène se révélant exacerbé dans les zones de conflits en Afrique, en
Asie et en Amérique latine503.
Cette situation désastreuse pour les enfants ayant perduré après l’application
des deux Protocoles additionnels aux Conventions de Genève de 1977, la
communauté internationale s’est mobilisée en incluant de nombreux documents
internationaux dans les règles du droit international des droits de l'Homme. L’objectif
visé en priorité par les dispositions de ces documents étant de relever à 18 ans l'âge du
recrutement et de l’utilisation des enfants, en vue d’éradiquer ce phénomène.
Dans son livre « Ils se battent comme des soldats, ils meurent comme des
enfants », Romeo DALLAIRE, ancien général chargé du commandement de la mission
des Nations Unies au Rwanda après la guerre civile qui a sévi dans cette région du
monde, décrit les enfants comme « la meilleure arme de la guerre », à travers ces
mots : « ... Il faut dire que les enfants sont des soldats extraordinaires : ils exigent une
technologie limitée ainsi que des frais de subsistance minimes. Ils sont légers et
faciles à déplacer sans attirer l’attention. Puisqu’ils n’ont pas un niveau de
conscience suffisamment élevé pour remettre en question leurs propres agissements,
ils peuvent faire preuve d’une barbarie étonnante. Grâce aux avancées
technologiques du complexe militaro-industriel, les armes modernes sont légères et
peuvent facilement être manipulées par des enfants. Vulnérables et faciles à attraper,
502
SANDOZ (Y.), « Le Comité international de la Croix-Rouge, appel dans le cadre du conflit entre
l'Iran et l'Irak » l'Annuaire français de droit international, 1983, pp. 161-173. Et du même auteur,
« Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge », C.I.C.R, vol. 24, n° 3, Septembre 1987.
503
« Children in situations of armed conflicts », united nation (1986), <[Link]
temp/doc-repository/doc/[Link]>.
194
les garçons sont voués à devenir des combattants tandis que les filles, encore plus
utiles, peuvent non seulement faire ce que les garçons font, mais en plus, elles peuvent
organiser les campements, prép arer les repas, s’occuper des plus jeunes et servir
comme esclaves sexuelles... »504.
504
DALLAIRE (R.), Ils se battent comme des soldats, ils meurent comme des enfants, pour en finir
avec le recours aux enfants soldats, éd., libre expression, Montréal, 2010, p. 17.
505
MUMBALA ABELUNGU (J.), « Le droit international humanitaire et la protection des enfants en
situation de conflits armés en République démocratique du Congo », Revue internationale
interdisciplinaire, n° 64, 2012, p. 207.
195
§ 1 : La Convention de 1989 : sa faiblesse quant à l’interdiction de recruter ou
d'utiliser des enfants dans les conflits armés
506
Art. 1 de la Convention relative aux droits de l'enfant de 1989, op. cit., p. 300.
507
Ibid., art. 38.
508
Art. 4, paragraphe 3, alinéa (c), du Protocole II additionnel de 1977, op. cit., p. 320.
196
En effet, cet alinéa interdit formellement toute participation des enfants de
moins de 15 ans aux hostilités que ce soit d’une façon directe ou indirecte, alors que
l’article 38 de la Convention de 1989 n’interdit que la participation directe aux
hostilités509. Ici, nous partageons l’opinion d’Ameth Fadel KANE lorsqu’il écrit qu’
« … il est possible d’affirmer que l’article 38 de la CDE constitue un recul par
rapport au droit positif. Il impose une obligation de moyens là où le deuxième
Protocole additionnel instituait une obligation contraignante…»510.
Par ailleurs, dans le souci de protéger les enfants dans un contexte de guerre, le
paragraphe 3 dudit article prévoit qu’en cas de recrutement de personnes ayant plus de
15 ans et moins de 18 ans, il est conseillé aux recruteurs de privilégier l’enrôlement
des personnes les plus âgées parmi le groupe de recrues. C’est d’ailleurs pour mieux
appliquer cette disposition que la Convention incite à l’enregistrement systématique
des nouveaux nés dans les registres d’état civil de même qu’elle dispose dans son
article 7 que « L’enfant est enregistré aussitôt sa naissance et a dès celle-ci le droit à
509
KRILL (F.), « Convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant, article 38 sur les enfants
dans les conflits armés, contesté », I.C.R.C, n° 12, août 1989, p. 11.
510
KANE (A. F.), La protection des droits de l'enfant pendant les conflits armés en droit international,
op. cit., p. 149.
511
Art. 38, paragraphe, 3 de la Convention relative aux droits de l'enfant de 1989, op. cit., p. 300.
197
un nom, le droit d’acquérir une nationalité et, dans la mesure du possible, le droit de
connaître ses parents et d’être élevé par eux... »512.
512
Ibid., art. 7, paragraphe, 1.
513
KANE (A. F.), La protection des droits de l'enfant pendant les conflits armés en droit international,
op. cit., p. 150.
198
Ethiopie, a été adoptée la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant et ce,
moins d'un an après l'adoption de la Convention relative aux droits de l'enfant de
1989. La Charte est entrée en vigueur le 29 novembre 1999 ; il s’agit de l’un des
premiers documents régionaux complets concernant les droits de l'enfant.
514
KARIMZADEH MEIBODY (A.), Les enfants soldats. Aspects de droit international humanitaire et
de droit comparé. Thèse de doctorat , Université de Strasbourg, 2014, p. 71.
515
CHARRIERE (F.), La charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant, réflexions sur son
contexte d’élaboration, mémoire, Institut universitaire Kurt Bösch, Fribourg, janvier 2014. p. 38.
199
internationale dans ce domaine, et cela en raison des efforts considérables déployés
par l'Organisation de l'unité africaine516.
516
La Conférence d'Addis-Abeba a approuvé, le 22 mai 1963, la Charte de l'Organisation de l'Unité
africaine qui deviendra, le 9 juillet 2002, l'Union africaine.
517
Art. 2 de la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant de 1990, sur : [Link].
518
Art. 22 de la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant de 1990, sur : [Link].
519
KANE (A. F.), La protection des droits de l'enfant pendant les conflits armés en droit international ,
op. cit., p. 164.
520
MAYSTRE (M.), Les enfants soldats en droit international, problématique contemporaine au
regard du droit international humanitaire et du droit international pénal , éd., Pedone, Paris, 2010, p.
64.
200
Par ailleurs, selon une apparente spécificité africaine, il apparaît qu’en dehors
des deux points précités mis en place par la Charte africaine et qui prévalent sur la
Convention internationale de 1989, la première est similaire en bien des points à la
seconde, dans la mesure où elle reprend l'essentiel de ses articles, alors qu'il aurait
fallu, à notre avis, que la Charte africaine se focalise davantage sur des questions
touchant au plus près les faiblesses du continent africain, telles que la santé,
l'éducation et l’exploitation sous toutes ses formes.
En effet, l'OIT a adopté en juillet 1999 la Convention n° 182 sur les pires
formes de travail des enfants521 dont, en particulier, le recrutement forcé d'enfants en
vue de les utiliser dans les conflits armés. Cette Convention est considérée par les
observateurs comme la Convention la plus importante figurant dans le droit
international du travail en termes de protection des enfants dans les conflits armés.
Elle a textuellement reconnu le recrutement forcé et l'utilisation d'enfants dans des
conflits comme l'une des pires formes de travail des enfants, et a ainsi fixé à 18 ans
l'âge minimum pour ce genre de recrutement, ce qui représente pour le droit
international un pas en avant dans le processus de la protection des enfants.
521
Convention n° 182 sur les pires formes de travail des enfants, 1999, sur le site: [Link].
201
conventions qui l'ont précédée et qui se sont occupé essentiellement des enfants civils
et accessoirement des enfants soldats, celle-ci, plus spécifique, cible la catégorie
d'enfants enrôlés dans les armées régulières et les groupes armés et qui ne sont pas
protégés par les conventions antérieures.
Par ailleurs l'article 3 précise que l'expression « les pires formes de travail des
enfants », dans l’esprit de cette Convention, comprend toutes les formes « d'esclavage
ou pratiques analogues, telles que la vente et la traite des enfants, la servitude pour
dettes et le servage ainsi que le travail forcé ou obligatoire, y compris le recrutement
forcé ou obligatoire des enfants en vue de leur utilisation dans des conflits armés »523.
522
Art. 1 Convention n° 182 sur les pires formes de travail des enfants, 1999, sur le site: [Link].
523
Ibid., art. 3.
524
A ce jour, 181 pays ont ratifié la Convention n° 182. Consultable sur le site : [Link].
202
qui concerne l’implication d’enfants dans les conflits armés et que nous
développons dans le paragraphe 4 suivant, est venu compenser cette lacune.
Les Protocoles facultatifs sont souvent annexés aux Conventions en tant que
mesures juridiques complémentaires, et peuvent ainsi traiter de tout sujet relevant de
la Convention originale, aborder un nouveau sujet important ou ajouter des
explications détaillées sur la Convention. Toutefois, la ratification par les États de la
Convention originale ne signifie pas que ces États adhéreront automatiquement aux
dispositions du Protocole, d’où son appellation de « facultatif ».
C'est le 25 mai 2000 que l'Assemblée générale des Nations Unies a adopté le
Protocole facultatif dont la contribution principale a été de relever de 15 à 18 ans l'âge
minimum légal du recrutement des enfants dans les conflits armés525. Ce Protocole
trouve sa raison d’être dans la volonté de la Communauté internationale de combler
les lacunes de la Convention de 1989 et de permettre une avancée des droits de
l’enfant.
525
HELLE (D.), « Optional Protocol on the involvement of children in armed conflict to the
Convention on the Rights of the Child », I.R.R.C, 2000, n° 839, p. 797.
526
Commission des droits de l'homme, Rapport du groupe de travail chargé d'élaborer un projet de
protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l'enfant, concernant l'implication d'enfants
dans les conflits armés, doc. UN E/CN.4/2000/74, 27 mars 2000, paragraphe 27.
203
formes de travail des enfants et l’action immédiate en vue de leur élimination, qui
interdit l’enrôlement forcé ou obligatoire des enfants en vue de leur utilisation dans
des conflits armés ».
Sur ce point, le Protocole de 2000 ne représente pas une avancée sur le thème
du recrutement des enfants dans les conflits armés, par rapport à l’article 77 du
Protocole I additionnel de 1977 et à l’article 38 de la Convention internationale de
1989 qui ont traité le même sujet. Ce Protocole contient plusieurs dispositions à
527
Le Préambule du Protocole de 2000, concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés, op.
cit., p. 316.
528
Commission des droits de l'Homme, Rapport du groupe de travail chargé d'élaborer un projet de
protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l'enfant, concernant l'implication d'enfants
dans les conflits armés, doc. UN E/CN.4/2000/74, 27 mars 2000, paragraphe, 27, p. 8.
204
l’égard des États parties qui procèdent au recrutement forcé d’enfants dans les
hostilités (1), et de même des dispositions concernant ces mêmes États qui procèdent
à l’enrôlement volontaire d’enfants dans leurs armées régulières (2).
Pour ce qui est de ces dispositions, l'article 1 du Protocole prévoit que « Les
États Parties prennent toutes les mesures possibles pour veiller à ce que les membres
de leurs forces armées qui n’ont pas atteint l’âge de 18 ans ne participent pas
directement aux hostilités »529. Or, on a souvent reproché à cette disposition un certain
flou quant au sens de l'engagement pris par les États, car dans la formulation du texte
c'est l'expression « mesures possibles » qui interroge.
529
Art. 1 du Protocole de 2000, concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés, op. cit., p.
316.
530
Commission des droits de l'Homme, Rapport du groupe de travail chargé d'élaborer un projet de
protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l'enfant, concernant l'implication d'enfants
dans les conflits armés, doc. E/CN.4/1998/102, 23 mars 1998, paragraphe, 27, p. 6.
205
Le Protocole contient en outre des dispositions relatives au recrutement
volontaire et au recrutement forcé dans les armées régulières, de la part des États
signataires. Concernant le recrutement forcé, l’article 2 prévoit que « Les États
Parties veillent à ce que les personnes n’ayant pas atteint l’âge de 18 ans ne fassent
pas l’objet d’un enrôlement obligatoire dans leurs forces armées »531.
Ce qui signifie que l'âge minimum légal du recrutement n'est plus de 15 ans
comme le prévoyait le paragraphe 2 de l'article 77 du Protocole I additionnel de 1977
qui disposait : « Les Parties au conflit prendront toutes les mesures possibles dans la
pratique pour que les enfants de moins de quinze ans ne participent pas directement
aux hostilités, notamment en s'abstenant de les recruter dans leurs forces armées
...»532, et comme énoncé dans le paragraphe 3 de l'article 38 de la Convention de
1989 : « Les États parties s’abstiennent d’enrôler dans leurs forces armées toute
personne n’ayant pas atteint l’âge de quinze ans »533. Il ressort donc du Protocole
facultatif de 2000 à la Convention relative aux droits de l’enfant que l’âge minimum
du recrutement est fixé à 18 ans.
Pour ce qui est de l’enrôlement volontaire des enfants dans les forces armées
des États Parties, le paragraphe 1 de l’article 3 de ce même Protocole a inclus une
disposition dont le texte énonce que « Les États Parties relèvent l’âge minimum de
l’engagement volontaire dans leurs forces armées nationales par rapport à celui qui
est fixé au paragraphe 3 de l’article 38 de la Convention relative aux droits de
l’enfant...»534.
531
Art. 2 du Protocole, 2000, concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés, op. cit., p. 316.
532
Art. 77 du Protocole I additionnel de 1977, op. cit., p. 270.
533
Art. 38, paragraphe 3 de la Convention relative aux droits de l'enfant de 1989, op. cit., p. 300.
534
Art. 2 du Protocole, 2000, concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés, [Link]., p. 316.
535
« Adolescent volunteering for armed forces or armed groups », I.R.R.C, December, 2003, Vol. 85,
n°852, p. 859.
206
selon cet article, les États qui autorisent l’enrôlement volontaire de personnes n'ayant
pas atteint l'âge de 18 ans sont tenus de mettre en place des mesures garantissant que
l'engagement s'est réellement fait sur la base du volontariat, que les personnes
concernées sont pleinement informées des devoirs associés au service militaire, que
ces personnes fournissent une preuve fiable de leur âge avant d'être admises dans
l’armée536.
Il faut souligner que malgré l'adoption de ces dispositions par les États parties,
il sera très difficile de surveiller leur application et en premier lieu de contrôler avec
certitude la véracité des informations avancées par les parties en vue de l’engagement
d’enfants sur la base du volontariat. Une remarque s’impose néanmoins au sujet du
contenu de cet article 3 où semble apparaître une contradiction. En effet, le
paragraphe 1 de l’article demande aux États parties de relever de 15 à 18 ans l’âge
minimum de l’enrôlement volontaire des enfants ; alors que le paragraphe 3 du même
article aborde, comme étant envisageable, le cas des États qui autorisent cet
enrôlement avant 18 ans, leur imposant toutefois certaines conditions, comme indiqué
ci-dessus.
536
Ces garanties figurent au paragraphe 3 de l'art. 3 du Protocole facultatif de 2000, concernant
l’implication d’enfants dans les conflits armés, op. cit., p. 316.
207
B) Des dispositions précises destinées aux groupes armés dans les conflits
armés non-internationaux
En outre, le paragraphe 2 du même article dispose que les États parties doivent
prendre « ... toutes les mesures possibles pour empêcher l’enrôlement et l’utilisation
de ces personnes, notamment les mesures d’ordre juridique nécessaires pour interdire
et sanctionner pénalement ces pratiques »539. Cet article 4 a été principalement conçu
pour surmonter le phénomène croissant de recrutement et d'utilisation d'enfants par
des groupes armés540.
537
Le premier article du Protocole II additionnel aux quatre Conventions de Genève de 1977 détermine
les groupes armés comme « …des forces armées dissidentes ou des groupes armés organisés qui, sous
la conduite d’un commandement responsable, exercent sur une partie de son territoire un contrôle tel
qu’il leur permette de mener des opérations militaires continues et concertées et d’appliquer le présent
Protocole » op. cit., p. 320.
538
Art. 4, paragraphe 1, du Protocole facultatif de 2000, concernant l’implication d’enfants dans les
conflits armés, op. cit., p. 316.
539
Art. 4, paragraphe 2, du Protocole facultatif de 2000, concernant l’implication d’enfants dans les
conflits armés, op. cit., p. 316.
540
Nous notons à cet égard le rapport du représentant spécial du Secrétaire général pour les enfants et
les conflits armés, présenté au Conseil des droits de l'Homme en février 2007. Ce rapport a inclus des
pays en proie à des conflits internes tels que Burundi, Côte d'Ivoire, République démocratique du
Congo, Somalie, Soudan, Myanmar, Tchad, Népal, Philippines, Sri Lanka et Ouganda, où des enfants
ont été recrutés par des groupes armés et appelés à participer aux hostilités. Documents des Nations
Unies, A/HRC/4/45, p. 6-8.
208
Toutefois dans la crainte que ce texte puisse être détourné pour conférer à
certains de ces groupes un statut juridique dont ils ne jouissent pas jusqu'à présent, les
rédacteurs du Protocole ont inclus dans cet article le paragraphe 3 qui précise :
« L'application du présent article est sans effet sur le statut juridique de toute partie à
un conflit armé »541. En d'autres termes cette disposition applicable aux groupes armés
ne peut en aucun cas conduire à leur accorder un statut juridique quelconque dans leur
relation avec une autre partie du même conflit armé, qu’il s’agisse d’armée régulière
ou d’un autre groupe armé.
Eu égard à ce qui précède nous pouvons dire que si la Convention relative aux
droits de l'enfant de 1989 a fixé à 15 ans l'âge légal du recrutement des enfants, la
Charte africaine sur les droits et le bien-être des enfants, de 1990, représente une
avancée indéniable dans le domaine de la protection des enfants pendant les conflits
armés, en particulier lorsqu'elle a obligé les belligérants à relever l'âge du recrutement
à 18 ans et interdit toute participation directe des enfants aux opérations militaires.
Cela a été confirmé par la Convention n° 182 de 1999 sur les pires formes de
travail des enfants. A cet égard le Protocole facultatif de 2000 à la Convention relative
aux droits de l'enfant concernant l'implication d'enfants dans les conflits armés reste –
en dépit de son qualificatif « facultatif » - l'avancée la plus importante dans ce
domaine, car il a relevé à 18 ans l'âge de participation et de recrutement. Ce document
est en effet considéré comme un point focal des instruments juridiques internationaux
en termes de droits humains. Il s'agit du cadre juridique le plus efficace pour
empêcher l'utilisation des enfants comme instrument de guerre surtout s'il est
accompagné de procédures judiciaires sur le terrain
541
Art. 4, paragraphe 3, du Protocole facultatif de 2000, concernant l’implication d’enfants dans les
conflits armés, op. cit., p. 316.
209
Section 4 : Une protection ambivalente du droit libyen face à
l’interdiction de recruter des enfants
Par ailleurs l'article 5 de cette même loi prévoit : « Le temps de paix retarde le
recrutement des étudiants des écoles, instituts et universités jusqu'à l'obtention du
diplôme ... »543. Il ressort de cet article que le législateur libyen, en cas de guerre,
permet le recrutement des catégories des personnes précitées. Ceci est explicitement
énoncé dans la loi n° 21 de mobilisation générale de 1991, qui autorisait l'exploitation
de toutes les ressources humaines et matérielles libyennes au profit de l'effort de
guerre et de la défense de la patrie544.
542
J.O.L, n°9, année 7, 1987.
543
Ibid.
544
J.O.L, n°9, année 7, 1987.
545
Art. 1 du Protocole facultatif de 2000, concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés, op.
cit., p. 316.
546
Art. 38, paragraphe 2 de la Convention relative aux droits de l'enfant de 1989, op. cit., p. 300.
210
Relativement à un autre type de recrutement de personnes, y compris
d’enfants, accompli par des individus ou des groupes contre un État étranger ou par
des actes d'agression contre lui, on note que l'article 168 du Code pénal libyen le
criminalise spécifiquement en disposant : « quiconque, sans la permission du
Gouvernement, convoquera un soldat contre un État étranger ou effectuera d'autres
actes d'agression qui mettraient en danger la Jamahiriya arabe libyenne seront punis
d'emprisonnement »547.
Il convient de noter, concernant ce pays, que plusieurs rapports ont été établis
par l’UNICEF sur le recrutement d'enfants qui s’y produit depuis 2011, date à laquelle
la guerre a été déclenchée. L’un de ces rapports datant de 2015 souligne que 40% des
enfants libyens ont été victimes de violences de toutes sortes dont leur utilisation dans
le conflit et que 217 000 enfants dans les seules villes de Tripoli et Benghazi
nécessitent un soutien psychologique et l’aide sociale548.
547
Département de Droit, Encyclopédie de la législation libyenne élaborée par le Comité populaire
général de la Justice et de la Sécurité publique, 1ère partie, pénalités, Tripoli, Libye, 1994.
548
Rapport de l'UNICEF sur la situation des enfants en Libye, consulté le 25 mars 2017, sur le site:
[Link].
549
Communiqué de presse du Représentant de l'UNICEF en Libye, consulté le 25 mars 2017, sur le
site: [Link].
211
degré de responsabilité s’ils commettaient des crimes de guerre. La question sera
débattue dans le Chapitre II suivant.
212
CHAPITRE II
550
« Des enfants, pas des soldats », Rapport de la Représentante spéciale du Secrétaire général pour le
sort des enfants en temps de conflit armé. Le 25 juillet 2016. Documents des Nations Unies, A/71/205,
p. 10-11.
213
(Section 1). Dans la seconde nous aborderons la responsabilité pénale de ces enfants
soldats dans le cas où ils auraient violé les règles du droit international humanitaire
(Section 2).
551
MAIA (C.), SCALIA (D.), KOLB (R.), La protection des prisonniers de guerre en droit
international humanitaire , op. cit., p. 17.
552
Art. 1 du Règlement de La Haye concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre, 1907, op. cit.,
p. 3.
553
Art. 4, paragraphe 1 et 2 de la troisième Convention de Genève de 1949 . op. cit., p. 208.
214
Dans le même esprit, le Protocole I additionnel de 1977 relatif à la protection
des victimes des conflits armés internationaux a ajouté, dans son article 43, une autre
catégorie de combattants bénéficiant du statut de prisonnier de guerre. L’article 43, au
paragraphe 1 précise que la qualité de « forces armées » qui permet aux soldats de
jouir du statut de prisonniers de guerre s’applique à « toutes les forces, tous les
groupes et toutes les unités armés et organisés qui sont placés sous un
commandement responsable de la conduite de ses subordonnés devant cette Partie,
même si celle-ci est représentée par un gouvernement ou une autorité non reconnus
par une Partie adverse. Ces forces armées doivent être soumises à un régime de
discipline interne qui assure, notamment, le respect des règles du droit international
applicable dans les conflits armés… »554.
De ce qui précède, il faut noter que le droit international humanitaire n'a pas
donné une définition du prisonnier de guerre, mais il a déterminé les catégories de ce
type de personnes adoptées par les différentes conventions susvisées, en spécifiant
toutefois que les prisonniers de guerre devaient être traités avec humanité par la partie
adverse556.
554
Art. 43 du Protocole I additionnel de 1977, op. cit., p. 270.
555
Art. 1 du Protocole II additionnel de 1977, op. cit., p. 320.
556
MAIA (C.), SCALIA (D.), KOLB (R.), La protection des prisonniers de guerre en droit
international humanitaire , op. cit., p. 82.
215
qui les a recrutés et du contexte qui les a conduits à participer aux hostilités557. De ce
fait, ces enfants, s’ils participent à des opérations militaires et tombent sous le pouvoir
de l'ennemi, ils jouiront du statut de prisonniers de guerre et bénéficieront de toutes
les garanties et protections allouées par les règles du droit international humanitaire à
cette catégorie de prisonniers558.
216
recruter ou utiliser des enfants dans les hostilités. A ce titre, les enfants capturés par
l’ennemi se verront accorder une protection spécifique.
561
PLATTNER (D.), « La protection de l'enfant dans le droit international humanitaire », R.I.C.R, n°
747, Vol. 66, mai-juin 1984, pp. 148-161.
562
Art. 77, paragraphe 3 du Protocole I additionnel de 1977, op. cit., p. 270.
217
responsabilité des dommages causés par ces enfants incombe à la partie combattante
qui les a recrutés563.
A ce titre, conformément à leur droit pénal, les États peuvent donc poursuivre
les enfants impliqués dans des conflits armés non-internationaux, même s'ils n’ont pas
encore participé effectivement au combat. Toutefois, dans une telle situation, ces États
doivent respecter des conditions et garanties juridiques. Nonobstant le droit des États
563
[Link].E/CN,4/1993/67, pp. 29-30.
564
Art. 1 du Protocole II additionnel de 1977, op. cit., p. 320.
565
MAIA (C.), SCALIA (D.), KOLB (R.), La protection des prisonniers de guerre en droit
international humanitaire , op. cit., p. 86.
566
« Prisonniers de guerre et détenus dans les conflits armés », Annales du droit international
humanitaire, n° 6, p. 6.
218
en question à poursuivre et à sanctionner ces enfants, ils doivent obligatoirement les
soumettre à un procès équitable.
567
Art. 4, paragraphe 3, alinéa d du Protocole II additionnel de 1977, op. cit., p. 320.
568
« Prisonniers de guerre et détenus dans les conflits armés », op. cit., p. 7.
569
Art. 37 de la Convention relative aux droits de l'enfant de 1989, op. cit., p. 300.
219
§ 2 : Le traitement des enfants bénéficiant du statut de prisonniers de guerre
570
Art. 13 de la troisième Convention de Genève de 1949, op. cit., p. 208.
571
MAIA (C.), SCALIA (D.), KOLB (R.), La protection des prisonniers de guerre en droit
international humanitaire , op. cit., p. 98.
572
Art. 77, paragraphe 4 du Protocole I additionnel de 1977, op. cit., p. 270.
220
A notre avis, le traitement spécial pour les enfants contenu dans le Protocole I
additionnel devrait également inclure – entre autres choses - le fait de fournir des
soins de santé, de leur dispenser un enseignement qui convienne à leur culture et ce,
comme le prévoit le Protocole II additionnel de 1977 dans le paragraphe 3 de son
article 4 : « Les enfants recevront les soins et l'aide dont ils ont besoin et, notamment :
a) ils devront recevoir une éducation, y compris une éducation religieuse et morale …
»573. Il faut rappeler cependant que le Protocole II concerne les conflits armés non-
internationaux et n’accorde pas le statut de prisonniers de guerre aux enfants
soldats574.
Après avoir déterminé dans cette section le statut juridique des enfants soldats
qui leur permet, selon la situation, de bénéficier du traitement humain consacré aux
prisonniers de guerre, nous allons tenter de répondre à la question posée plus haut et
qui concerne la responsabilité pénale de ces enfants quant aux crimes qu'ils auraient
commis avant d’être capturés par l’ennemi.
La question qui se pose alors est de savoir les critères qui détermineront la
responsabilité pénale des enfants soldats ayant commis des violations graves des
règles du droit international lors de leur participation à des opérations militaires, et en
cas de responsabilité reconnue, les sanctions qu’ils encourent.
573
Art. 4 du Protocole II additionnel de 1977, op. cit., p. 320.
574
MAIA (C.), SCALIA (D.), KOLB (R.), La protection des prisonniers de guerre en droit
international humanitaire , op. cit., p. 377.
221
En effet, la responsabilité pénale des enfants soldats ayant commis des crimes
contre le droit international reste une question controversée quant au traitement qui
doit leur être réservé. Entre leur statut d'enfant et la gravité des faits qui leur sont
reprochés, le dilemme réside dans le critère devant être privilégié. Un tel dilemme
vient de l’ambiguïté de la notion d’enfant soldat, car « de par leur essence même, les
enfants soldats … se situent dans une position … qui défie les dichotomies établies
entre civil et soldat, victime et criminel, initiateur et initié, protégé et protecteur,
créateur et destructeur. Par les multiples positions interstitielles, leur appartenance
simultanée à plusieurs catégories d’existence et leurs identités à multiples facettes, les
enfants soldats illustrent l’idée de l’éphémère et du transitoire … »575.
Les enfants soldats sont amenés à commettre des crimes internationaux, ce qui
induit des conséquences au plan juridique. Quelle sera alors la responsabilité pénale
de ces enfants vis-à-vis des dispositions du droit international en la matière ?
575
MAYSTRE (M.), Les enfants soldats en droit international : problématiques contemporaines au
regard du droit international humanitaire et du droit international pénal , op. cit., p. 101.
576
Art. 26 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale de 1998, op. cit., p. 528.
222
générale en droit international relative à la responsabilité pénale pour des crimes
commis pendant les conflits armés ne s'applique pas sur les enfants de moins de 18
ans.
Pour une autre part, le problème soulevé par la responsabilité pénale des
enfants réside dans la question de connaître le degré de discernement et de conscience
des actes qu’ils ont commis. C’est le rôle du juge, au sein de la Cour pénale
internationale, de décider que les actes ont été commis en connaissance de cause et
avec la volonté d'agir, autant de conditions nécessaires pour acter un crime tel que le
génocide, le crime de guerre ou le crime contre l'humanité.
Cela a été confirmé par l'article 30 du Statut de Rome qui a institué la Cour
pénale internationale de 1998, qui exige la présence de l'intention et de la
connaissance en plus de l'élément matériel pour juger une personne pénalement
responsable de l'un des crimes relevant de la compétence de la Cour. Le paragraphe 2
577
Art. 40 paragraphe 1 de la Convention relative aux droits de l'enfant de 1989 , op. cit., p. 300.
578
Ibid., paragraphe 2.
223
de cet article souligne que l'intention est avérée lorsque l'accusé a voulu commettre
délibérément un crime en sachant à l’avance ce qu’il adviendra si aucun évènement ne
survient pour l’empêcher d’aboutir579.
La question est alors de savoir quel sera le sort réservé aux enfants qui n'ont
pas atteint l'âge de 15 ans – voire même de ceux dont l’âge se situe entre 15 et 18 ans
et qui ont commis de tels crimes au cours de conflits armés. Et de même si l’on peut
affirmer qu'ils sont dotés à cet âge du discernement apte à les rendre responsables de
leurs actes.
579
FERNANDEZ (J.) et PACREAU (X.), Le Statut de Rome de la Cour pénale internationale
commentaire article par article, Tom, 1, éd., Pedone, Paris, 2012, p. 650.
580
Art. 1 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale de 1998, op. cit., p. 528.
224
On note que la loi libyenne n° 5 de 1998 sur la protection des enfants, dans son
article 1 dispose qu’un enfant est celui «... qui n'a pas atteint l'âge de 16 ans... ».
Ainsi, cette loi excluait la catégorie d’enfants âgés de 16 à 18 ans les considérant
comme des adultes et en conséquence, selon cet article la responsabilité pénale leur
incombait en totalité. Cependant, en pratique et concernant la responsabilité pénale
des enfants, la justice libyenne a repris les dispositions du Code pénal qui considère
que l’âge de l’enfant s’étend jusqu’à 18 ans négligeant en cela celles de la loi n° 5 sur
la protection des enfants. Cela nous conduit à nous demander si les tribunaux pénaux
internationaux ont appliqué les mêmes dispositions relatives à la responsabilité pénale
des enfants.
Les enfants qui ont commis des crimes internationaux dépendent des autorités
judiciaires des États et de leur législation interne. On note cependant que la question
de la responsabilité pénale des enfants soldats n'a pas été tranchée de manière
définitive au plan international. Si, comme nous l’avons cité plus haut, la compétence
de la Cour pénale internationale de 1998 ne s’applique pas sur les personnes âgées de
moins de 18 ans ayant commis des crimes de guerre, cette compétence a été exercée
par le Tribunal international pour le Rwanda de 1994 chargé de juger les personnes
responsables d’actes de génocide ou d’autres violations graves du droit international
humanitaire (A) et par le Tribunal spécial pour la Sierra-Leone de 2002 qui a jugé les
personnes ayant commis des crimes contre l’humanité (B).
581
BOSLY(H.D) et VANDERMEERSCH (D.), Génocide, crimes contre l’humanité et crimes de
guerre face à la justice - Les juridictions internationales et les tribunaux nationaux, éd., Bruylant,
Bruxelles, 2010.
225
Au cours de ces opérations, le Conseil de sécurité a émis, en mars 1994, la
Résolution 935582 dont l’objectif était de constituer d'urgence une commission
impartiale d'experts, lesquels dépêchés sur le territoire du Rwanda devaient enquêter
sur les violations graves du droit humanitaire qui s’y déroulaient. Cette commission a
fait ensuite ressortir dans son rapport l’horreur des crimes commis dans le pays contre
des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants.
Ledit rapport a été présenté en octobre 1994 au Secrétaire général des Nations
Unies. A l’issue, et en raison du contenu de ce rapport, le Conseil de sécurité a adopté,
en novembre 1994, la Résolution 955 qui incluait la création du Tribunal pénal
international pour le Rwanda. Cette Résolution a décidé : «...suite à la demande qu’il
a reçue du Gouvernement rwandais (S/1994/1115), de créer un tribunal international
chargé uniquement de juger les personnes présumées responsables d’actes de
génocide ou d’autres violations graves du droit international humanitaire commis sur
le territoire du Rwanda et les citoyens rwandais présumés responsables de tels actes
ou violations commis sur le territoire d’États voisins, entre le 1er janvier et le 31
décembre 1994, et d’adopter à cette fin le Statut du Tribunal criminel international
pour le Rwanda annexé à la présente résolution »583.
582
Résolution 935/1994/ adoptée par le Conseil de sécurité lors de sa 3400 ème séance, le 1er juillet 1994.
583
Résolution 955/1994/ adoptée par le Conseil de sécurité lors de sa 3453 ème séance, le 8 novembre
1994.
584
Le gouvernement rwandais a rétabli en 2005 les juridictions populaires traditionnelles dites
« Gacaca ». Dans ces juridictions, les juges étaient élus au niveau local par la communauté pour juger
les suspects de tous les crimes de génocide à l'exception de leur planification. Les jugements Gacaca
servaient également à encourager la réconciliation en permettant aux victimes d'apprendre la vérité sur
la mort de leurs proches. Ils donnaient aussi aux coupables l'occasion d'avouer leurs crimes, de déclarer
leurs remords et de demander pardon devant la communauté. Les tribunaux Gacaca ont officiellement
achevé leur mandat le 4 mai 2012. ILLA MAIKASSOUA (R.), La Commission africaine des droits de
l'homme et des peuples, Karthala, Paris, 2013, p. 351.
226
Le Gacaca prévoyait des garanties pour les enfants accusés des crimes
mentionnés plus haut, garanties qui comprenaient la réduction de la peine pour les
enfants âgés de moins de 14 ans au moment des faits, et leur réhabilitation dans des
centres spécialisés. Le Gacaca a également, dans le cadre de ces garanties, repris la
procédure d’aveu et de plaidoyer de culpabilité que la loi de 1996 avait instituée.
Cette procédure est énoncée à l’article 54 de la loi organique n° 40/2000 qui dispose
que « toute personne ayant commis les infractions visées à l’article premier de la
présente loi organique a le droit de recourir à la procédure d’aveu et de plaidoyer de
culpabilité »585. Deux formes ont été adoptées pour l’aveu qui devait être fait, soit par
écrit soit à l’oral, devant le ministère public ou la juridiction Gacaca concernée.
585
La loi organique n°40/2000 du 26/01/2001, portant création des juridictions Gacaca et organisation
des poursuites des infractions constitutives de crimes de génocide ou de crimes contre l’humanité,
commis entre le 1er octobre 1990 et le 30 décembre 1994.
586
KANE (A. F.), La protection des droits de l’enfant pendant les conflits armés en droit international,
op. cit., p. 315.
587
Ibid., art. 74.
588
Concernant ces normes internationales, on cite la Convention relative aux droits de l’enfant de 1989,
dans son article 37 qui énonce que « les Etats parties veillent à ce que nul enfant ne soit soumis à la
torture, ni à des peines ou traitements cruels... ni à la peine capitale... », op. cit., p. 300.
227
placement dans des centres de rééducation. La fixation de l’âge de la responsabilité
pénale s’appuie sur une exigence internationale ; en ce sens, l’article 40 de la
Convention internationale relative aux droits de l'enfant de 1989 demande aux États
parties « d'établir un âge minimum au-dessous duquel les enfants seront présumés
n'avoir pas la capacité d'enfreindre la loi pénale »589.
Il faut noter qu’en dépit de l’intérêt des garanties contenues dans le Gacaca en
faveur des enfants, la loi organique n° 40/2000 a ignoré de nombreuses mesures
spéciales du droit international prévues pour les enfants. Il ressort néanmoins de tout
ce qui précède que, selon le droit rwandais, la responsabilité pénale des enfants
commence réellement à partir de l’âge de 14 ans.
Nous remarquons que la Résolution 1315 s'est penchée sur la question avec
davantage de précision peut être à cause du fait que le phénomène de recrutement
d'enfants est l'un des plus marquants du conflit qui a agité ce pays comparé à d'autres
conflits armés qui se sont déroulés dans la région ou dans une autre partie du monde.
En effet, la question de la responsabilité pénale des enfants soldats, dans ce cas précis,
a été l'un des points les plus importants soulevé par le Secrétaire général de
589
Art. 40 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant de 1989, op. cit., p. 300.
590
Résolution 1315 adoptée le 14 août 2000 par le Conseil de sécurité lors de sa 4186 ème séance.
591
Art. 1 de l’Accord pour le Statut du Tribunal spécial pour la Sierra Leone, 16 janvier 2002. Texte
consultable sur le site : [Link].
228
l'Organisation des Nations Unies dans son rapport sur la création du Tribunal spécial
pour la Sierra Leone592.
La deuxième suggère que les enfants âgés de 15 à 18 ans, ainsi que certaines
de leurs victimes, soient présentés devant la commission d'enquête et de réconciliation
ou devant d'autres comités semblables afin d’être entendus. La troisième évoque le
renvoi de ces enfants aux autorités judiciaires pour interrogatoire mais sans envisager
une quelconque action contre eux. L'interrogatoire doit se faire devant une cour qui
présente les garanties reconnues au plan international.
592
Rapport du Secrétaire général sur l’établissement d’un Tribunal spécial pour la Sierra Leone, le 4
octobre 2000, Doc. S/2000/915.
593
Rapport du Secrétaire général sur l’établissement d’un Tribunal spécial pour la Sierra Leone, op.
cit., paragraphe 29.
594
Ibid., paragraphe 31.
229
ultérieure dans la société, conformément aux normes internationales relatives aux
droits de l’Homme et particulièrement aux droits de l’enfant595.
Dans ce contexte, nous devons souligner que le Tribunal spécial pour la Sierra
Leone est le seul de la liste internationale des tribunaux pénaux dont les chambres
comprennent des juges nationaux nommés par le Gouvernement sierra léonais et des
juges internationaux désignés par le Secrétaire général des Nations Unies, ce qui peut
le classer au rang de tribunal mixte598.
De ce qui précède, on déduit que le Tribunal pénal pour la Sierra Leone n'a pas
compétence à juger des enfants de moins de 15 ans. De plus, si ce Tribunal donne
théoriquement la possibilité de poursuivre des enfants soldats ayant commis des
crimes de guerre, des crimes contre l’humanité ou le crime de génocide, le procureur
général de ce tribunal a plusieurs fois déclaré que, dans les faits, ces enfants ne seront
en aucun cas poursuivis, les efforts du procureur se focaliseront plutôt sur la poursuite
des recruteurs et des donneurs d'ordre.
Ainsi, on remarque que la seule instance qui a mentionné dans son statut
l'éventualité d'une poursuite pénale des enfants soldats a été le tribunal spécial pour la
595
Art. 7 de l’Accord pour le Statut du Tribunal spécial pour la Sierra Leone.
596
Art. 15, paragraphe 5 de l’Accord pour le Statut du Tribunal spécial pour la Sierra Leone
597
ARZOUMANIAN (N.) et PIZZUTELLI (F.), Victimes et bourreaux : questions de responsabilité
liées à la problématique des enfants-soldats en Afrique , R.I.C.R, Décembre 2003, Vol. 85, n° 852, p.
854.
598
La Chambre préliminaire I, par exemple, comprend trois juges, le premier nommé par le
Gouvernement de la Sierra Leone et les deux autres nommés par le Secrétaire général des Nations
Unies.
230
Sierra Leone. Même si ledit tribunal tend à considérer ces enfants coupables de crimes
contre l'humanité, il les considère davantage comme des victimes que comme des
criminels, ces derniers étant plutôt ceux qui ont poussé ces enfants à commettre de tels
crimes.
599
ARZOUMANIAN (N.), PIZZUTELLI (F.), « Victimes et bourreaux : questions de responsabilité
liées à la problématique des enfants-soldats en Afrique », op. cit., p. 852. Il a été précisé dans l'article
15 du Statut de la Cour pénale de Sierra Leone : le procureur, au moment de plaider contre les mineurs
doit s'assurer que les programmes de réadaptation ne sont pas menacés, et le cas échéant il faut recourir
aux mécanismes alternatifs de la commission d'enquête et de réconciliation lorsque ces mécanismes
sont viables.
231
CHAPITRE III
Mais si un État n’a pas signé les conventions internationales en question - cet
État n’ayant de ce fait aucune obligation contractuelle -, et qu’il viole les règles du
droit international, selon le projet d’articles présentés par la commission de droit
international sur la responsabilité des États601, il ressort que même en l’absence de
600
Art. 26 de la Convention de Vienne sur le droit des traités.
601
Projet d’articles portant sur la responsabilité de l’État pour fait internationalement illicite, texte
présenté en 2001 par la Commission de droit international à sa 53 ème session et adopté par la Résolution
56/83 de l’Assemblée générale des Nations Unies lors de sa 56ème session, le 28 janvier 2002.
232
signature, le manquement à une obligation internationale par un État constitue un acte
illicite et entraîne la responsabilité internationale dudit État 602.
Comme nous l’avons déjà expliqué la violation par un État d’un engagement
qu’il a pris engendre directement sa responsabilité juridique. Bien que les règles du
droit international humanitaire soient parmi les rares règles du droit international qui
attribuent la responsabilité pénale aux personnes physiques, ces règles attribuent
également la responsabilité de leurs violations aux États, lesquels doivent donc
supporter les conséquences de leurs actes de même qu’il doivent tout mettre en œuvre
pour que lesdites violations603 cessent et ensuite indemnisent les victimes604.
602
Art. 1 et 2 du Projet d’articles sur la responsabilité de l’État pour fait internationalement illicite, de
2001.
603
SASSOLI (M.), « State responsibility for violation of international humanitarian law », I.R.R.C,
June 2002, vol. 84, n° 846, p. 529.
604
MONGELARD (E.), « Corporate civil liability for violations of international humanitarian law »,
I.R.R.C, September 2006, vol. 88, n° 863, p. 665.
605
SASSOLI (M.), « State responsibility for violation of international humanitarian law », op. cit,
p.404.
233
De ce fait, nous pouvons affirmer que dans le cadre des règles relatives à
l’attribution d'actes illicites à un État, ce dernier peut être tenu responsable de
violation de son engagement à ne pas recruter ni utiliser des enfants dans des conflits
armés, si cette violation a été commise par des membres de ses forces armées (A) ou
par des individus appartenant à des groupes armés sous son contrôle (B).
L'État est responsable des actes commis par des membres de ses forces armées
si ces actes violent les règles du droit international humanitaire relatives au non-
recrutement et à l’utilisation d'enfants dans les hostilités.
606
Art. 91 du Protocole I additionnel de 1977, op. cit., p. 270.
607
Art. 7 du projet d'articles sur la responsabilité de l’État pour fait internationalement illicite, op. cit.,
p. 389.
608
SASSOLI (M.), « State responsibility for violation of international humanitarian law », [Link],
p.406.
234
groupe de personnes est considéré comme un fait de l’Etat d’après le droit
international si cette personne ou ce groupe de personnes, en adoptant ce
comportement, agit en fait sur les instructions ou les directives ou sous le contrôle de
cet Etat »609. Cela était déjà confirmé judiciairement par le Tribunal pénal
international pour l'ex-Yougoslavie dans l’affaire « Tadic », où l'État a été considéré
responsable des actions de toutes les organisations ou groupes militaires aussi
longtemps qu’il a exercé un quelconque contrôle sur ces organisations610.
Dans ce cadre aussi, l'État peut être tenu responsable de violation de son
engagement, s’il est avéré qu’il n’a pas pris les mesures nécessaires pour empêcher
qu’un groupe ou une organisation commette une violation des règles du droit
international humanitaire ou des règles internationales des droits de l’Homme, ou les
mesures nécessaires pour les punir.
Bien qu’ils n’aient pas contesté l’obligation d’indemniser les victimes de toute
violation des règles du droit international humanitaire, plusieurs tribunaux locaux ont
rejeté le droit des victimes à demander puis obtenir une indemnisation à la suite d’une
telle violation. Nous citons à ce propos l’exemple de la Bosnie-Herzégovine contre la
Serbie-et-Monténégro611.
609
Art. 8 du projet d'articles sur la responsabilité de l’État pour fait internationalement illicite, op. cit.,
p. 390.
610
Décision prise par la Chambre d'appel, le 15 juillet 1999, pour l'accusé Tadic dans le document :
Case n°: IT-94-1-A, para.144 and 145.
611
L'application de la Convention sur le génocide et la répression (La question de la Bosnie-
Herzégovine c. Serbie-et-Monténégro) décision de la Cour internationale de Justice, rapports de 2007,
p. 43.
235
internationale. La Charte des Nations Unies a conféré au Conseil de sécurité la
mission de traiter les cas de violations flagrantes du droit international lors de conflits
armés sévissant en diverses régions du monde. La question se pose alors de savoir les
mesures prises par le Conseil quant à l’interdiction faite aux États et aux groupes
armés de recruter et d'utiliser des enfants dans les opérations militaires.
Parmi les Résolutions adoptées par le Conseil pour protéger les enfants du
recrutement et de l'utilisation dans les hostilités ressortent celles relatives à la
responsabilité des États et des groupes armés. Les premières Résolutions sur ce sujet,
émises avant l’entrée en vigueur du Statut de Rome de 1998 et celle du Protocole
facultatif de 2000 concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés ne
contenaient pas d'éléments contraignants à l’encontre des États et des groupes armés
(A).
236
A) Des Résolutions peu contraignantes du Conseil à l’encontre des États
et des groupes armés
612
Résolution 1261/1999/ Adoptée par le Conseil de sécurité lors de sa 4037 ème séance, le 25 août
1999.
613
Ibid., paragraphe 13
614
Résolution 1314/2000/ Adoptée par le Conseil de sécurité lors de sa 4185ème séance, le 11 août
2000.
237
contre la paix et la sécurité internationales. Le Conseil a réaffirmé sa prise de
conscience du phénomène en question impliquant tous les acteurs, y compris les
enfants, et la nécessité d’y mettre fin. Cependant cette volonté n’a pas été suivie
d’effets, les mesures prises à la suite s’étant avérées peu convaincantes615.
615
Résolution 1314/2000, paragraphe 9.
616
Résolution 1379/2001/Adoptée par le Conseil de sécurité lors de sa 4423 ème séance, le 20 novembre
2001.
617
Ibid., Paragraphe 8.
618
Rapport du Secrétaire général sur les enfants et les conflits armés qui établit la liste des parties
prenantes à ces conflits armés comprise dans l’annexe de son rapport, cf. annexe S/2002/1299.
238
B) Des Résolutions plus affirmées du Conseil à l’encontre des États et des
groupes armés
En d’autres mots, le Conseil a demandé à toutes les parties d’un conflit armé
qui recrutent ou utilisent des enfants dans des opérations militaires de cesser
immédiatement ces actions. Dans le paragraphe 5 de ladite Résolution, il est indiqué
que les parties aux conflits armés, en particulier celles qui figurent sur la liste établie
par le représentant spécial du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés,
doivent fournir des informations précises sur les mesures prises pour mettre fin au
recrutement d’enfants dans leurs forces armées ou dans les territoires qu’elles
contrôlent, ce recrutement venant en violation de leurs obligations internationales.
Nous notons que la Résolution 1612 publiée le 26 juillet 2005620 a été un cap
pour la lutte contre cette pratique qu’elle a fermement condamnée, la considérant
comme une violation flagrante des obligations internationales en vigueur, en y
ajoutant d'autres abus et actes de violence commis contre des enfants dans des
situations de conflits armés.
619
Résolution 1460/2003/Adoptée par le Conseil de sécurité lors de sa 4695ème séance, le 30 janvier
2003.
620
Résolution 1612/2005/ Adoptée par le Conseil de sécurité lors de sa 5235 ème séance, le 26 juillet
2005.
621
Ibid., paragraphe 2.
239
Le Conseil a demandé au Secrétaire général de soumettre au mois de
novembre 2006 au plus tard, un rapport sur la mise en œuvre de la présente
Résolution ainsi que sur les Résolutions 1379, 1460, 1539. Ledit rapport doit
comporter des informations sur le degré de conformité des parties vis-à-vis de leur
engagement à mettre un terme au recrutement des enfants soldats et sur d'autres
violations éventuellement commises contre des enfants en période de conflits
armés622.
622
Paragraphe 20, alinéa a de la Résolution 1612/2005.
623
Résolution 2143 /2014/ adoptée par le Conseil de sécurité lors de sa 7129 ème séance, le 7 mars 2014.
624
Ibid., paragraphe 1
625
La campagne « Des enfants, pas des soldats » ; cette initiative lancée en mars 2014 par la
Représentante spéciale du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés et par l'UNICEF, vise
à mobiliser le soutien nécessaire pour mettre fin et prévenir le recrutement et l'utilisation d'enfants par
les forces nationales durant des conflits armés. Voir le site: [Link]
Consulté le 26/07/2017.
626
Nous voulons noter qu’entre 2014 et 2016 et au-delà, le Conseil de sécurité n’a pas pris, d’autre
résolution concernant le recrutement des enfants en temps de conflits armés bien que ce type
d’opérations ait perduré durant cette période et perdure toujours en divers points du monde.
240
Les enfants n’entrent pas dans le cadre des plans de paix internationaux, bien
qu'ils souffrent des effets des conflits armés. Aussi, le Représentant spécial du
Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés a-t-il été invité à inclure les
questions relatives à la protection des enfants dans les plans et les opérations de
maintien de la paix entre les pays. A cet effet, le Conseil de sécurité a exhorté les
parties au conflit à prendre en compte les droits des enfants lors de pourparlers de
paix627.
Nous remarquons que parmi les moyens modernes utilisés par les Nations
Unies pour la protection des droits de l'Homme, ressortent les opérations de maintien
de la paix. Ainsi le Conseil de sécurité a adopté délibérément dans ses Résolutions la
protection des enfants contre les effets des conflits armés. Pour ce faire, il a également
proposé la nomination de conseillers chargés de soutenir la mission en question.
627
UN. Doc. A/55/442. 2000.
628
Ibid.
241
l’utilisation des enfants dans les Forces et groupes armés ainsi que dans la
Police... »629.
En juillet 2007, le Conseil a émis la Résolution 1769 pour établir une mission
conjointe de maintien de la paix entre l'Union africaine et les Nations Unies au
Darfour. Cette Résolution reflète bien la nécessité d'inclure la protection des enfants
dans la mise en œuvre d’opérations de maintien de la paix631 car elle « engage toutes
les parties concernées à veiller à ce que la protection des enfants fasse partie
intégrante de la mise en œuvre de l’Accord de paix pour le Darfour, et prie le
Secrétaire général de suivre en permanence la situation des enfants, de faire rapport
sur cette situation et de poursuivre ses contacts avec les parties au conflit pour
qu’elles préparent des plans d’action assortis d’échéances visant à mettre fin au
recrutement et à l’emploi d’enfants soldats et autres violations dont les enfants sont
les victimes » 632
629
Annexe I. Loi n° 09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant ([Link], journal
officiel-numéro spécial-25 mai 2009.
630
Cf. A/62/609-S/2007/757, 21 décembre 2007, paragraphe 146.
631
Résolution1769/2007/adoptée par le Conseil de sécurité lors de sa 5727ème séance, le 31 juillet 2007.
632
Ibid., paragraphe 17.
633
Cf. Conseil de sécurité, sur le site : www. [Link].
242
Section 2 : La responsabilité des individus et des groupes armés
634
Nous citons à ce sujet le Tribunal du Rwanda qui a été créé le 8 novembre 1994 par la Résolution
955 du Conseil de sécurité ; Résolution qui n’est que la réaction des instances internationales à ce qui
se passe sur le territoire Rwandais des actes de génocide ou d’autres violations graves du droit
international humanitaire.
635
L’accord de Londres du 8 août 1945 institue le tribunal militaire international qui siégera à
Nuremberg, chargé de juger les principaux criminels de guerre des pays de l’Axe. Consultable sur le
site [Link]. Le procès de Nuremberg a ouvert celui de Tokyo pour les mêmes inculpations
de dirigeants nippons en accord avec l’Axe. Source : Atlas de la Seconde Guerre mondiale, Isabelle
Bournier et Marc Pottier. Casterman, 2006.
636
BERKOVICZ (G.), La place de la Cour pénale internationale dans la société des États,
L’Harmattan, Paris, 2005, pp. 36-39.
243
gravement ses dispositions637, en l’occurrence les actes qui constituent des crimes de
guerre dont les auteurs doivent être jugés à tout moment et en tout lieu, ces crimes
étant imprescriptibles.
Depuis cette période, les crimes contre l'humanité et les génocides se sont
pourtant multipliés bien que sous des formes différentes, comme par exemple recruter
des enfants pour les faire participer à des opérations militaires. Plus tard, cette
mutation s’est reflétée dans les traités instituant certaines juridictions pénales qui ont
considéré, à partir de ce moment, que de tels actes s’apparentent à des crimes de
guerre relevant de la compétence des tribunaux précités et plus tard confirmé par la
Cour pénale internationale de 1998 et le Tribunal spécial pour la Sierra Leone de
2002.
637
GRADITZKY (T.), « La responsabilité pénale individuelle pour violation du droit international
humanitaire applicable en situation de conflit armé non international », R.I.C.R, n°829, mars 1998,
p.29-58.
638
ARZOUMANIAN (N.), PIZZUTELLI (F.), « Victimes et bourreaux : questions de responsabilité
liées à la problématique des enfants-soldats en Afrique », op. cit, p. 838.
244
§ 1 : La Cour pénale internationale : son rôle dans la détermination de la
responsabilité pénale individuelle
Les tribunaux pénaux internationaux ont été créés dans le but de punir les
auteurs de violations graves du droit international. Parmi ces tribunaux, la Cour
pénale internationale dont la compétence est permanente, joue un rôle important dans
la lutte contre les crimes internationaux, y compris, le recrutement et l'utilisation
d’enfants pendant les conflits armés. Ces crimes ne sont pas des phénomènes
temporaires mais continus, en conséquence, ils exigent l'imposition de sanctions sur
leurs auteurs afin de prévenir le plus possible leur commission à l’avenir.
Aussi, nous examinerons en premier lieu les motifs ayant suscité la création
de la Cour pénale internationale (A) ; en second lieu, nous étudierons les compétences
spécifiques de cette Cour concernant le recrutement d’enfants pendant les conflits
armés (B) ; enfin, la mise en œuvre de la criminalisation du recrutement et de
l’utilisation d’enfants durant les hostilités (C).
Malgré les efforts déployés par la communauté internationale pour protéger les
civils en général et les enfants en particulier pendant les conflits armés, un besoin
urgent s’est fait sentir d'établir une Cour pénale internationale permanente pour punir
les auteurs de crimes contre l’humanité, et spécifiquement en temps de guerre. Aussi,
suite à la demande de l'Assemblée générale des Nations Unies tenue en 1989639, la
Commission du droit international a engagé, lors de sa quarante-deuxième session en
1990, une étude sur la question de la mise en place d'une Cour pénale internationale
permanente liée à l'Organisation des Nations Unies. Et de 1992 à 1997 les réunions et
les préparatifs se sont poursuivis pour aboutir à un texte instaurant la Cour pénale
internationale dans sa version actuelle.
Décision 44/39 de l’Assemblée générale de l’ONU, décembre 1989, consultable sur le site:
639
[Link].
245
pénale internationale »640. Cette Cour a pour spécialité d'enquêter et de poursuivre
des individus qui commettent des crimes graves641 tels que le crime de génocide, les
crimes contre l'humanité et les crimes de guerre auxquels s’ajoute « le crime
d’agression »642.
La compétence de ladite Cour n’est pas rétroactive, elle ne concerne que les
crimes commis à partir de l’entrée en vigueur du Statut643. D’autre part ce dernier a
élargi la portée des crimes internationaux commis en temps de guerre. Par exemple,
dans son article 8 relatif aux crimes de guerre, nous constatons que le concept
traditionnel de « crimes de guerre » a évolué, la preuve en est que la liste d’actes
qualifiés de crimes contre l’humanité contenue dans cet article est plus longue que
celle qu’expose l'article 6 de l’accord du tribunal de Nuremberg de 1945644. Une
comparaison plus exhaustive entre les deux listes montre que les divers actes définis
comme crimes de guerre ont grandement évolué et ont été traités avec davantage de
précision dans le Statut de Rome.
640
La Cour pénale internationale dont le siège est à La Haye aux Pays bas a commencé officiellement
d’exercer sa compétence le jeudi 11/04/2002.
641
ALOUEN (M.Y.), « La Cour pénale internationale », R.S.D, année 10, n° 1, janvier 2002, p. 25.
642
Art. 5 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale de 1998, op. cit., p. 528.
643
Ibid., art. 11.
644
Le Tribunal de Nuremberg de 1945, consultable sur le site : [Link].
246
Il ressort de ce qui précède que la Cour pénale internationale était le chaînon
manquant dans le système du droit international au plan de la responsabilité
individuelle, quand la Cour internationale de justice s’est toujours plutôt occupée des
affaires concernant les États. Aucune juridiction pénale internationale ne pouvait alors
faire face à la responsabilité individuelle, et de ce fait des violations graves des droits
de l'Homme, y compris de l’enfant, sont souvent restées impunies. Depuis sa création,
le système judiciaire de la Cour pénale internationale s’applique uniquement aux
individus ; aussi, le Statut de la Cour dispose que sa compétence s’étend aux
personnes physiques qui commettent des crimes et en seront tenues responsables en
tant que personnes, faisant que « La Cour est compétente à l'égard des personnes
physiques en vertu du présent Statut… ». A ce titre, celles-ci feront l'objet de
sanctions émises par la Cour645.
645
Art. 25 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale de 1998, op. cit., p. 528.
646
Ibid., art. 8, paragraphe 2, alinéa b/XXVI.
247
présentent pas, dans ce cas, un caractère international au regard du droit
international647.
Ainsi, relativement à cet article, nous pouvons dire que son texte criminalise
explicitement et sans réserve le recrutement des enfants de moins de 15 ans soit dans
les forces armées nationales soit dans les groupes armés, étendant la responsabilité
pénale de ce recrutement à l’individu qui y procède ou au groupe tout entier.
Partant de ce qui précède, pour que le crime soit reconnu comme un crime de
guerre et qu’il entre dans le champ de compétence de la Cour pénale internationale il
faut que l’auteur recrute en connaissance de cause et de leur âge une ou plusieurs
personnes ayant moins de 15 ans dans les forces armées nationales ou les groupes
armés et qu’il les utilise de façon active et effective dans le cadre d’hostilités. Il est
exigé en outre que ces actes soient commis dans un contexte de conflit armé à
caractère international connu de l’auteur du crime648. Toutefois, à notre avis, cette
exigence de la Cour pénale internationale peut être contournée par la bonne ou la
mauvaise foi d’un recruteur qui soutient avoir été trompé sur l’âge de la personne
qu’il a recrutée.
Eu égard aux pouvoirs qu’elle détient, la Cour pénale internationale peut aussi
jouer un rôle déterminant dans la protection des enfants contre les effets de la guerre,
puisqu’elle permet sans équivoque possible d’engager, pendant les conflits armés, la
responsabilité pénale des individus en cas de violations du droit international
humanitaire et du droit international des droits de l'Homme. En conséquence, elle
représente une force de dissuasion et peut poursuivre de manière très efficace les
contrevenants aux droits de l’Homme et de l’enfant.
Cependant, nous voulons relever que référence est faite ici aux contrevenants
qui commettent des violations contre le droit international et mentionner que ce type
de violations a été perpétré par des individus et des groupes armés dans la région du
Darfour, à l'ouest du Soudan, violations concernant notamment le recrutement et
l'utilisation d'enfants dans les conflits armés sévissant sur ce territoire.
647
Doc. A/Conf.183/2/Add.1. p. 22, note 12.
648
MASDI (A.), La Cour pénale internationale , Dar Al Nahdha Al Arabiya, Le Caire, Egypte, 1ère éd.,
2002, pp. 161-162.
248
Bien que le Soudan n’ait pas ratifié le Statut de Rome de la Cour pénale
internationale de 1998, la Cour a émis en mars 2009649 un mandat d'arrêt contre le
président soudanais pour son implication dans des crimes de guerre, des crimes contre
l'humanité et également dans des actes de génocide. Cependant, on constate qu'à ce
jour, le président en question n'a été ni arrêté ni traduit en justice650.
Dans le même registre, il faut rappeler que l’Union africaine avait refusé
d’appliquer le mandat d’arrêt émis par la Cour à l’encontre du guide libyen,
Mouammar KADHAFI, lequel avait apporté son soutien au Président soudanais
inculpé par la Cour, pour les motifs précisés précédemment. Par ailleurs, le 26 mai
2013, l’UA avait adopté une autre résolution visant à soustraire le président kenyan du
jugement de la Cour pénale internationale. Ce second refus a constitué une nouvelle
remise en cause de l’obligation de l’UA de coopérer avec la Cour pénale
internationale651.
Nous avons démontré dans le point précédent que le texte du Statut de Rome
considère le recrutement d'enfants de moins de 15 ans et leur utilisation active dans
les hostilités au titre de comportement criminel. La question se pose alors de savoir si,
en dehors de son aspect théorique ce texte a été mis en application afin de sanctionner
les personnes impliquées dans le recrutement d’enfants lors de conflits armés.
649
Intervention de la Cour pénale internationale à l’issue de la Résolution 1593 adoptée le 31 mars
2005 par le Conseil de sécurité lors de sa 5158 ème séance. Doc. S/RES/1593 (2005).
650
KANE (A. F.), La protection des droits de l’enfant pendant les conflits a rmés en droit international,
op. cit., p. 398.
651
Chambre préliminaire I. Cour pénale internationale, affaire n° : ICC-02/05-01/09, mandat d’arrêt.
249
En effet, le procureur de la Cour pénale internationale a lancé un mandat
d’arrêt contre des personnes responsables au plan hiérarchique et inculpées de
recrutement et d’utilisation active d'enfants de moins de 15 ans dans des forces
armées régulières ou des groupes armés, au cours d’opérations de guerre. Quatre cas
importants ont justifié un mandat d’arrêt de la part de la Cour :
L'étude effectuée par la Cour a convaincu les juges que l'accusé exerçait un
pouvoir effectif en tant que président de l’UPC et du FPLC652 ; ils en ont conclu, en se
basant sur les faits indiqués par le procureur, que toutes les preuves étaient
rassemblées pour considérer le dénommé Thomas LUBANGA DYILO pénalement
responsable en vertu du paragraphe 3, alinéa a, de l'article 25 du Statut de la Cour, qui
dispose : « Aux termes du présent Statut, une personne est pénalement responsable et
peut être punie pour un crime relevant de la compétence de la Cour si : a) Elle
commet un tel crime, que ce soit individuellement, conjointement avec une autre
personne ou par l'intermédiaire d'une autre personne, que cette autre personne soit
ou non pénalement responsable ... » et ce, pour les charges suivantes qui ont été
retenues contre lui :
652
UPC : Union des Patriotes Congolais, FPLC : Forces Patriotiques pour la Libération du Congo.
250
Sur la base de cette inculpation et des charges mentionnées ci-dessus, la Cour
a considéré qu’en vertu du paragraphe 1, alinéa b de l'article 58 du Statut de Rome,
l'arrestation de Thomas LUBANGA DYILO apparaît nécessaire pour garantir que la
personne en question comparaîtra bien devant la Cour et qu’elle ne fera pas obstacle à
l'enquête ou à la procédure engagée, ni n'en compromettra le déroulement653. Sur une
décision du 10 juillet 2012, il a été condamné à une peine de 14 années
d’emprisonnement654.
653
Doc. n° ICC-01-04-01/06 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale de 1998.
654
Décision relative à la peine rendue en application de l’article 76 du Statut, 10 juillet 2012,
paragraphe 107, n° ICC-01-04-01/06.
655
Doc. n° ICC-01-04-01/07 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale de 1998.
656
Ibid.
657
Doc. n° ICC-02-04-01/05 du même Statut.
251
délivré contre Okot ODHIAMBO mais celui-ci avait pris la fuite jusqu’au 27 octobre
2013, date à laquelle il a été tué en République Centrafricaine658.
Le Tribunal spécial pour la Sierra Leone a été établi comme une réponse au
conflit se déroulant sur ce territoire. Il avait pour rôle de poursuivre les criminels et
d’assurer que des crimes tels que ceux venant en violation du droit humanitaire
international ne pouvaient tomber dans l’oubli, et a fortiori rester impunis.
658
Pour plus d’informations voir le site : [Link].
659
Doc. n° ICC-01-04-02/07 du même Statut.
660
Résolution 1315/2000 adoptée par le Conseil de sécurité lors de sa 4186 ème séance, le 14 août 2000.
252
international et de la loi de Sierra Leone, commises en Sierra Leone depuis le 30
novembre 1996 »661.
L'accord entre les Nations Unies et le gouvernement sierra léonais a été signé
en janvier 2002. Nous nous intéresserons particulièrement au sujet de cet accord à la
responsabilité pénale individuelle des personnes ayant participé de près ou de loin au
recrutement d’enfants, point qui a fait l’objet du paragraphe C de l'article 4 du Statut
du Tribunal spécial pour la Sierra Leone.
661
ADENUGA (M.) « Amnistie sans amnésie : Le dispositif d’amnistie de l’accord de Lomé et ses
effets sur le Tribunal Spécial pour la Sierra Leone », Colloque sur la justice internationale, Revue
Mouvements 1/2008, n° 53, paris, 6 déc. 2007.
662
Accord entre l’Organisation des Nations Unies et le gouvernement sierra léonais. Texte consultable
sur le site : www. [Link].
663
Art. 8 de l’accord pour le statut du Tribunal spécial pour la Sierra Leone.
253
Dans le paragraphe C précité, le Tribunal a considéré tout « ... recrutement et
enrôlement d’enfants âgés de moins de 15 ans dans des forces ou groupes armés en
vue de les faire participer activement aux hostilités »664, comme une violation grave
des règles du droit international humanitaire. Ce paragraphe a donné au Tribunal le
pouvoir de poursuivre et de juger pénalement les auteurs de tels actes.
Pour une autre part, dans le projet de l'article 4 dudit Statut présenté par le
Secrétaire général des Nations Unies dans son rapport sur la création du Tribunal
spécial pour la Sierra Leone, nous constatons qu’il était seulement question de la
criminalisation du recrutement « forcé » d'enfants de moins de 15 ans, et que le
recrutement dit « volontaire » avait été omis dans le texte665.
664
Art. 4, paragraphe c, de l’accord pour le statut du Tribunal spécial pour la Sierra Leone.
665
Rapport du Secrétaire général sur l’établissement d’un Tribunal spécial pour la Sierra Leone, le 4
octobre 2000, Doc. S/2000/915, p. 4.
666
Ibid., Paragraphe 17.
254
comparable aux dispositions pertinentes du Statut de Rome de la Cour pénale
internationale de 1998.
Le rapport en question ajoute que les éléments du crime dans le cadre du projet
de règlement de ce Tribunal spécial se présentent sous trois formes : la première étant
l'enlèvement qui, dans le cas des enfants de Sierra Leone, constitue un crime en soi et
ce, selon l'article 3 commun aux quatre Conventions de Genève de 1949 ; la deuxième
concerne de façon générale le recrutement forcé d'enfants ; et la troisième est relative
à la transformation et l’utilisation de l’enfant, entre autres traitements dégradants, en
tant qu’« enfant combattant »667.
667
Paragraphe 18 du Rapport du Secrétaire général sur l’établissement d’un Tribunal spécial pour la
Sierra Leone, op. cit. p. 5.
668
Ces États sont : la Chine, l’Inde, les États-Unis, la Russie.
669
PERRIELLO (T.), WIERDA (M.), « The Special Court for Sierra Leone under Scrutiny »
[Link]/instree/SCSL/[Link]. p. 12.
670
Lettre datée du 22 décembre 2000, adressée au secrétaire général des Nations Unies par le Président
du Conseil de sécurité, Doc. S /2000/1234.
255
Ainsi ces textes présentent une garantie importante pour la protection des
enfants contre le risque de recrutement et de participation effective aux opérations
militaires et sont en outre des outils de dissuasion contre toute personne impliquée
dans ce type d’actes. Tout cela a été à nouveau confirmé par la pratique à travers les
actes d'accusations émis plus tard par le procureur du Tribunal spécial pour la Sierra
Leone.
Sur ce point, nous nous attacherons aux crimes commis en Sierra Leone et
pour l’examen desquels un Tribunal spécial a été formé. Parmi les accusations portées
par le procureur de ce Tribunal contre l'ancien président libérien Charles TAYLOR,
ressort celle relative à l'utilisation d’enfants et à leur participation active à des
opérations militaires menées par l’armée régulière ou par des groupes armés. L'acte
d'accusation relève que le « AFRC » et le « RUF »671 ont effectué de manière
répétitive, dans la période s’étendant entre le 30 novembre 1996 et le 18 janvier 2002,
des recrutements d’enfants des deux sexes âgés de moins de 15 ans sur un mode
obligatoire ou avec leur consentement. Ces enfants ont été entraînés dans les camps de
l’AFRC et du RUF situés en des lieux différents, puis utilisés activement en tant que
combattants. Les membres dirigeants de l’AFRC , Alex Tamba Brima, Brima Bazzy
Kamara et Santigie Borbor Kanu, ont été condamnés le 19 juillet 2007 à des peines
d’emprisonnement variant entre 45 et 50 ans. Quant aux membres du RUF , Issa
Hassan Sesay, Morris Kallon et Augustine Gbao, ils ont, eux, été condamnés le 29
octobre 2009 à des peines respectives de 52, 40 et 25 ans de prison672.
671
AFRC : Armées Forces Révolutionnaires Conseil, RUF: Front Uni Révolutionnaire.
672
Tribunal spécial pour la Sierra Leone, Procureur contre Issa Hassan Sesay, Morris Kallon et
Augustine Gbao, cas n° SCSL-2004-15-A. Sentence du jugement, 29 octobre 2009, p. 479.
256
de l'article 4 du Statut du Tribunal673. A ce sujet, la Chambre de première instance du
Tribunal de Sierra Leone a rendu, le 26 avril 2012, son verdict contre Charles
TAYLOR. Le 30 mai suivant il a été condamné à une peine de 50 ans de prison674.
Néanmoins, nous pensons que tous les efforts mis en œuvre par les deux
Statuts auraient été plus efficaces s’ils avaient été accompagnés de mesures du
Conseil de sécurité des Nations Unies pour empêcher la perpétration de violations
graves contre les enfants pendant les conflits armés, et interdire la vente d’armes aux
pays exposés à ce type de conflits.
673
Tribunal spécial pour la Sierra Leone, Procureur contre Charles TAYLOR, cas n°SCSL-2003-01-T.
Sentence du jugement, 30 mai 2012, p. 40.
674
Ibid.
257
Conclusion de la deuxième partie
En temps de conflits armés, les enfants peuvent être recrutés comme soldats et
utilisés directement ou indirectement dans les opérations. En une telle situation et
dans le cas où ils sont capturés par la partie adverse, le droit international leur garantit
une protection en leur accordant le statut de prisonnier de guerre. On remarque
néanmoins que cette protection est incomplète au motif que ce statut ne leur est
conféré que lors de conflits armés internationaux.
258
CONCLUSION GENERALE
Tout au long de cette étude, nous avons observé que la protection dont
jouissent les enfants en temps de conflit armé présente deux aspects : le premier
englobe les enfants civils qui ne participent pas aux opérations militaires et le second
est relatif aux enfants directement ou indirectement impliqués dans ces opérations.
259
que les dispositions du droit international des droits de l’Homme énoncent que l’âge
de l'enfant court jusqu’à 18 ans, conformément à l'article premier de la Convention
internationale relative aux droits de l'enfant de 1989 qui définit l'enfant comme « …
tout être humain âgé de moins de dix-huit ans … » 675.
675
Art. 1 de la Convention internationale relative aux droits de l’enfant de 1989, op. cit., p. 300.
260
pénal international pour le Rwanda de 1994, l’article 7 du Statut de Rome de la Cour
pénale internationale de 1998 et l’article 2 du statut du Tribunal spécial pour la Sierra
Leone de 2002 ; et comme des crimes de guerre selon l’article 8 du Statut de Rome.
Ainsi, nous pouvons dire que la protection spécifique accordée aux enfants
civils pendant les conflits armés ne s’est pas montrée, au plan de l’efficacité et à bien
des égards, différente de la protection générale.
Nous voulons mettre ici en exergue l’ambiguïté existant dans les textes du
droit international sur le recrutement et l'utilisation des enfants. Nous estimons qu’un
manque de concordance ressort de l’étude des Protocoles I et II de 1977 additionnels
aux Conventions de Genève et du Protocole facultatif de 2000 à la Convention
relative aux droits de l’enfant de 1989. Les trois Protocoles prennent en effet des
dispositions différentes sur le même sujet du recrutement des enfants.
261
Ces dispositions concernant le recrutement des enfants figurent dans l’article
77 du Protocole I additionnel qui a incité les États parties à prendre toutes les mesures
possibles pour ne pas recruter des enfants de moins de 15 ans. Tandis que le Protocole
II additionnel dans son article 4 a mis plus fermement en garde les États contre le
recrutement de ces mêmes enfants, et que l’article 1 du Protocole facultatif de 2000 a
interdit le recrutement forcé d'enfants de moins de 18 ans.
262
Quant à la responsabilité des individus et des groupes armés qui ont enfreint
les règles du droit international en recrutant des enfants, nous avons constaté qu’ils
ont été jugés par la Cour pénale internationale de 1998 et le Tribunal spécial pour la
Sierra Leone de 2002. Ces tribunaux ont effectivement exercé leur compétence et
émis des mandats d'arrêt contre de nombreux individus et des groupes armés accusés
de recrutement et d’utilisation d’enfants dans les hostilités.
Nous avons cependant noté que cette protection spécifique s’est montrée
imparfaite. Enfin et toujours en matière de protection spécifique, le législateur libyen
n'a pas légiféré en faveur des enfants réfugiés et pas davantage ratifié les traités
internationaux à cet égard.
Il faut noter que le législateur libyen en voulant accorder aux enfants une
protection adéquate a promulgué la loi n° 5 de 1998. Cependant, cette loi a œuvré en
vue de regrouper toutes les bases juridiques contenues dans le droit libyen relatives à
la protection de l’enfant ; de plus, elle s’est montrée trompeuse car son article 1
énonce que les dispositions de cette loi s’appliquent à l'enfant qui n’a pas atteint l'âge
de 16 ans, violant en cela les dispositions du droit international et national.
En traitant le sujet de la protection des enfants pendant les conflits armés, nous
avons conclu que si cette protection, en de telles circonstances, s’est avérée inefficace,
263
la cause en revient principalement à un pêle-mêle de textes juridiques répartis entre le
droit international humanitaire et le droit international des droits de l'Homme.
Il ne fait aucun doute que le respect du droit international requiert avant toute
chose la coopération des États, premiers responsables dans ce domaine, et qui ont
l'obligation fondamentale de protéger les enfants. Une protection qui se manifeste à
deux niveaux, le premier international, dans la mesure où les États doivent ratifier les
conventions internationales et coopérer avec les organisations compétentes dans le but
de garantir une protection efficace sur le terrain.
Pour ce qui est du niveau national, les États doivent adopter une législation en
conformité avec les instruments internationaux qui concrétisent la protection et
l'appliquer ; comme ils ont pour mission expresse de poursuivre sur leur sol les
auteurs de violations des règles juridiques internationales et nationales relatives à la
protection des enfants en temps de conflit armé.
264
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290
ANNEXES
Annexe (1)
Cette convention doit être appliquée à tous les enfants sans aucune discrimination :
1. Pour toutes les décisions qui te concernent, ton intérêt doit être pris en compte.
2. Les pays doivent te protéger et assurer ton bien-être si tes parents ne peuvent pas le
faire pour toi.
3. Les pays doit veiller à ce que toutes les institutions chargées de ton bien-être (école,
police,…) t’aident et te protègent efficacement.
Les pays doivent mettre en place toutes les mesures nécessaires pour te permettre
d’exercer tous les droits qui te sont reconnus par cette Convention.
291
Les pays doivent respecter le droit et le devoir de tes parents de te guider et de te
conseiller dans l’exercice de tes droits et le développement de tes capacités.
2. Les pays doivent veiller à ta survie et à ton bon développement en t’apportant tout
ce dont tu as besoin pour ton développement.
2. Si tu n’as pas de nationalité, les pays doivent quand même respecter ton droit
d’avoir un nom, un prénom et de vivre avec tes parents.
1. Les pays doivent protéger ton identité. Ils doivent t’aider à ne pas perdre ton nom,
ton prénom, ta nationalité et tes relations avec tes parents.
1. Tu as le droit de vivre avec tes parents, sauf si c’est contraire à ton intérêt et ton
bien-être (si tu es victime de maltraitance, de négligence, etc.)
2. Si tes parents se séparent, tu as le droit de donner ton avis pour les décisions te
concernant lors de leur séparation.
292
4. Tu as le droit de savoir où sont tes parents, (s’ils sont en prison, par exemple), sauf
si c’est contraire à ton intérêt et ton bien-être.
2. Si tu habites dans un autre pays que tes parents, tu as le droit de les rejoindre.
1. Les pays doivent te protéger contre les risques d’enlèvement et de déplacement vers
un autre pays.
2. En cas d’enlèvement, pour assurer ton retour auprès de tes parents, les pays doivent
coopérer et travailler ensemble.
1. Dès que tu es en âge d'avoir ta propre opinion, tu as le droit de donner ton avis sur
toutes les décisions qui te concernent. Les adultes ont le devoir de prendre en compte
ton opinion.
2. Les pays doivent veiller à ce que ton opinion soit prise en compte pour toutes les
décisions importantes te concernant (décision devant le juge, …).
293
1. Tu as droit à la liberté de pensée et de conscience, et tu peux pratiquer une religion.
3. Ta liberté de pratiquer une religion et d’exprimer tes convictions (ce que tu penses)
a des limites :
1. Personne n’a le droit d’intervenir, sans raison légale, dans ta vie privée, c'est-à-dire
ta vie avec tes parents et ton intimité. Ta maison, ton courrier ainsi que ton honneur et
ta réputation font partie de ta vie privée et sont également protégés.
2. Les pays doivent créer des lois qui protégeront tout ces aspects de ta vie privée.
a. Les pays doivent veiller à ce que les médias (radios, télévisions, journaux..)
transmettent aux enfants des informations utiles ;
294
c. Ils doivent encourager la production de livres pour les enfants ;
e. Les pays doivent te protéger contre les informations qui pourraient être
contraires à ton intérêt et ton bien-être.
2. Les pays doivent aider tes parents dans cette mission en créant des institutions et
des services chargés de veiller à ton intérêt et ton bien-être.
3. Si tes deux parents travaillent, les pays doivent les aider à assurer cette
responsabilité.
1. Les pays doivent te protéger contre toutes les formes de mauvais traitements, que tu
sois sous la garde de tes parents ou de toute autre personne. Tu as le droit d’être
protégé contre la violence, l’abandon, la négligence, l’exploitation et la violence
sexuelle.
2. Les pays doivent veiller à ce que tu ne souffres jamais de mauvais traitements. Mais
si ca devait t’arriver, les pays devront prendre soin de toi.
1. Si tu n'as plus de famille, ton pays doit te protéger et veiller sur toi.
295
a. Elle doit être acceptée et autorisée par les personnes qui veillent sur toi.
b. Tu peux être adopté dans un autre pays que le tien, si c'est la meilleure
solution pour toi.
c. Si tu es adopté dans un autre pays, tu devras avoir les mêmes droits que si tu
avais été adopté dans ton pays d'origine.
d. Ton adoption ne devra pas être une occasion de faire gagner de l’argent aux
personnes qui t’adoptent.
e. Les pays travailleront ensemble pour que ton adoption soit encadrée par des
institutions compétentes et responsables.
2. Les pays et les organisations internationales devront t'aider et veiller sur toi. Ils
devront t'aider à retrouver tes parents et ta famille. Si ta famille n’est pas retrouvée, tu
auras une protection de remplacement pour que tu ne sois pas seul.
2. Les pays doivent reconnaître le droit des enfants handicapés de bénéficier de soins
spéciaux et essentiels à leur bien-être.
3. Les pays doivent donc apporter une aide supplémentaire à tes parents. Cette aide
sera, si nécessaire, gratuite afin de t'assurer le droit à l'éducation, à la formation, à la
santé, à la rééducation, à l'emploi, aux loisirs, à l'intégration sociale, ainsi qu'à
l'épanouissement personnel.
296
4. Les pays travailleront ensemble et échangeront toutes les informations utiles pour
aider les enfants handicapés. Les pays en développement seront plus particulièrement
aidés.
1. Les pays doivent te permettre d’être en bonne santé en mettant à ta disposition tous
les soins de santé dont tu as besoin.
3. Les pays supprimeront les pratiques traditionnelles qui sont dangereuses pour la
santé des enfants.
Si ton pays t’a placé dans un centre pour recevoir des soins, tu as le droit que ta
situation soit régulièrement réévaluée pour savoir si tu as toujours besoin de ces soins.
297
2. Les pays doivent t’aider en fonction de ta situation et de celle des personnes
responsables de toi.
3. Si nécessaire, les pays devront aider tes parents, surtout pour te nourrir, t’habiller et
te loger.
4. Si tu as une pension alimentaire, les pays veillent à ce que tu la reçoives. Les pays
s'organiseront pour t'assurer ce droit, où que tu sois.
1. Les pays te reconnaissent le droit à l'éducation, comme à tous les autres enfants :
298
Ton éducation a pour objectif :
(*) Les populations autochtones sont des personnes qui habitent dans une région
depuis des temps ancestraux et qui vivent en harmonie avec la nature.
1. Tu as le droit au repos, aux loisirs, aux jeux, et aux activités récréatives. Tu as aussi
le droit de participer aux activités artistiques et culturelles de ton âge.
2. Les pays doivent protéger ton droit aux loisirs et favoriser le développement de ce
droit.
2. Les pays doivent prendre toutes les mesures pour te protéger de l’exploitation :
299
b. Fixer des règlements concernant les heures et les conditions de travail ;
Les pays doivent prendre les mesures nécessaires pour te protéger de toutes les
drogues. Ils doivent aussi empêcher que tu sois utilisé(e) et mêlé(e) à la production et
le trafic de drogue.
Les pays doivent te protéger contre toutes les formes d'exploitation ou de violences
sexuelles.
Les pays travailleront ensemble pour établir les mesures nécessaires pour empêcher :
Les pays doivent te protéger contre toutes les autres formes d'exploitation qui sont
mauvaises pour ton bien-être.
300
a. Que tu ne sois pas soumis à la torture ou à toute autre peine cruelle et
dégradante. Tu ne peux pas être condamné(e) à la peine de mort ou être
emprisonné à vie.
b. Que tu ne sois pas arrêté(e) arbitrairement, c'est-à-dire sans raison juste. Ton
arrestation et ta détention doivent être les dernières solutions possibles.
1. En cas de conflits armés, les pays doivent te protéger en respectant les règles du
droit humanitaire international (droit qui règlementent les conflits armés).
3. Si tu as moins de 15 ans, tu ne peux pas être recruté(e) dans une armée. Entre 15 et
18 ans, les pays peuvent t’intégrer dans une armée, mais ils doivent choisir en priorité
les plus âgés.
301
1. Si tu es suspecté(e) ou reconnu(e) coupable d'avoir commis un délit ou un crime,
les pays doivent respecter tes droits fondamentaux. Ton âge doit être pris en compte,
et tout doit être fait pour que tu puisses réintégrer la société dans de bonnes
conditions.
3. Les pays doivent adopter des lois qui sont adaptées à ton âge :
a. Ils doivent définir l'âge en dessous duquel on ne pourra pas considérer que
tu enfreins la loi,
b. Ils doivent prendre, le plus que possible, des mesures pour s'occuper de toi,
sans devoir passer par la voie de la justice.
302
4. Les pays doivent organiser un système d'encadrement et d'éducation pour assurer
ton bien-être, en fonction de ta situation et de l'infraction que tu as commise.
Si la loi dans les pays t'est plus favorable que ce que prévoit cette Convention, c'est la
loi des pays qui doit être appliquée.
Les pays doivent faire connaître le texte de cette Convention aussi bien aux adultes
qu'aux enfants.
303
Annexe (2)
Article 1
Les dispositions de cette loi s’appliquent à l’enfant qui n'a pas atteint l'âge de
16 ans et également au fœtus dans le ventre de la mère.
Article 2
Les contrats de mariage sont conclus après confirmation que le couple n’est
pas porteur de maladies génétiques et infectieuses causées par la consanguinité,
maladies qui auront une incidence sur la santé physique et mentale des enfants à venir.
Ces maladies sont répertoriées et visées par une décision du Comité général du
peuple678.
Article 3
Article 4
677
En Libye, le Congrès général du peuple a représenté le pouvoir législatif de 1977 à 2011.
678
Entre 1977 et 2011, le Comité général du peuple représentait le gouvernement en Libye.
304
Les divers centres de santé procèderont à des examens médicaux sur le
nouveau-né afin de prévenir toute déficience génétique dont il serait affecté et le
dirigeront vers un centre spécialisé immédiatement après l’éventuelle découverte
d’une maladie à risque ou d’une invalidité.
Article 5
Article 6
Dans l'application des dispositions de la présente loi, au nom de leur statut, les
agents de la police judiciaire sont autorisés à poursuivre les individus qui maltraitent
des enfants, que ces mauvais traitements soient infligés de quelque manière que ce
soit par leurs parents ou d'autres personnes étrangères. Ces enfants recevront, à la
suite, les soins que leur situation nécessite.
Article 7
Article 8
L’état civil des enfants nés sous X, donc de parents inconnus, doit être établi à
partir de trois noms ; ces enfants ont le droit de posséder une carte d'identité, un
passeport et un livret de famille même si ce dernier ne comportera pas les noms de
ses véritables parents.
Article 9
L'éducation est un droit garanti par la société pour tous les enfants qu’ils soient
normaux ou handicapés. Ce droit est obligatoire et l’enfant ne peut en être privé sous
peine de sanction prévue dans le Code pénal au nom du crime de maltraitance envers
mineur.
305
Article 10
Article 11
Tout plan d’urbanisme doit prévoir des crèches et des garderies proches des
lieux de travail des femmes, de même que des centres de loisirs, des parcs et des
terrains de jeux pour les enfants normaux et/ou handicapés afin de leur permettre de
se développer en leur assurant les meilleures conditions d’hygiène et de sécurité.
Article 12
Article 13
L'État doit prévoir un budget annuel pour couvrir les activités énoncées dans la
présente loi, et aussi le développement culturel de l'enfant en encourageant les
publications destinées au jeune âge, les séances récréatives dans les théâtres et les
bibliothèques afin de développer leur esprit dans les meilleures conditions.
Article 14
Article 15
Les dispositions de la présente loi ne sont pas figées dans le cas où une autre
loi proposerait de meilleures prestations pour les enfants.
306
Article 16
Article 17
Cette loi sera publiée au Journal officiel et par le biais des différents médias et
entrera en vigueur à sa date de publication au Journal officiel.
307
TABLE DES MATIERES
REMERCIEMENTS ……………………………………………………………….. 2
DEDICACES ………………………………………………………………….......... 3
RESUME ................................................................................................................... 5
SOMMAIRE …………………………………………………………………......... 7
INTRODUCTION ………………………………………………….......................... 9
308
II : L’évolution des droits de l’enfant à travers l’Histoire ………....................... 35
§ 1 : Le principe de distinction................................................................................. 46
309
§ 1 : L’expression « participation directe aux hostilités », une définition du terme
« civil »........................................................................................................................ 55
Section 2 : La protection des enfants dans les conflits armés internationaux : une
protection en expansion ………..…......................................................................... 59
310
§1 : L’ambivalence du statut juridique de la guerre civile avant les quatre
Conventions de Genève de 1949 ………..………………………............................ 79
311
b) Définition des troubles et des tensions internes selon le Comité
international de la Croix-Rouge …………………………….... 96
c) L’importance de garantir un minimum de protection dans les
situations de troubles et de tensions internes ………………... 97
Section 1 : Une protection à renforcer contre les effets des guerres sur les enfants
……………………………………………………………………........................... 102
§ 4 : Une protection des enfants contre les effets des mines antipersonnel….... 110
Section 2 : Une protection déficiente contre les violences sexuelles faites aux
enfants …………………………………………………………………………….. 116
312
1- Une protection vague des enfants en cas de conflit armé
international ……………………………………………………... 118
2- Une protection lacunaire des enfants dans les conflits armés non-
internationaux ……………………………………….................... 119
§ 2: Des lois libyennes peu claires sur la question des violences sexuelles faites à
des enfants en temps de guerre …………………………………………………. 127
1- Le viol ………………………………………………………………….127
B) Une protection spécifique mais inefficace en faveur des enfants ........... 129
Section 3 : L’éducation et les soins médicaux : des droits requis pour les enfants
durant les conflits armés …………........................................................................ 130
313
A) L'importance de recevoir des soins pendant les conflits armés au
regard du droit international ……………………………………….. 132
1- Le droit aux soins médicaux dans les textes internationaux adoptés
en faveur des enfants ...................................................................... 134
2- Le rôle joué par les organismes et organes compétents des Nations
Unies pour promouvoir ce droit..................................................... 136
B) Le droit libyen et l'importance pour les enfants de recevoir les soins
médicaux………………………………………………......................... 138
§ 2 : Accéder à l’éducation : un droit pour les enfants pendant les conflits armés
……………………………………………………………………………………... 140
Section 4 : Une protection inadéquate pour les enfants réfugiés lors de conflits
armés ………………………………….....................................................................150
314
C) Des mesures tièdes prises par la Libye envers la protection des enfants
réfugiés......................................................................................................... 160
1- L’afflux massif de migrants sur le sol libyen et le déplacement
interne des nationaux...................................................................... 160
2- La loi libyenne incompétente et par le fait inopérante................. 163
§ 3 : L’utilisation à divers titres des enfants dans les conflits armés.................. 185
315
1- L’utilisation des enfants dans diverses tâches de
protection....................................................................... 187
2- L’utilisation des enfants dans d’autres activités......... 188
316
B) Des dispositions précises destinées aux groupes armés dans les conflits
armés non-internationaux …………………………………………... 208
317
§ 1 : La responsabilité internationale d’un État en cas d’actes illicites de sa part
……………………………..………………............................................................. 233
318
CONCLUSION GENERALE …………………………………………………... 259
319