*1.
Introduction*
Depuis une trentaine d’années, les villes des pays en développement explosent. Et souvent, ça va très
vite, sans vraiment de plan derrière. Résultat : les infrastructures saturent, les services peinent à suivre,
et l’espace urbain devient difficile à gérer. C’est encore plus visible en Afrique et en Asie, où les quartiers
informels s’étendent, la planification manque, et les inégalités se creusent dans la ville [ONU-Habitat,
2020].
Face à ça, bien penser les projets urbains devient indispensable si on veut des villes plus durables et qui
profitent à tout le monde. Sauf que les modèles d’urbanisme qu’on applique encore aujourd’hui
viennent souvent du Nord. Et ils collent mal à la réalité des pays du Sud. Du coup la vraie question c’est :
comment on fait pour concevoir des projets urbains qui tiennent compte du terrain, des habitudes, des
contraintes locales ?
Plusieurs chercheurs se sont déjà penchés dessus. Certains défendent une planification très cadrée par
l’État, d’autres misent sur des démarches participatives avec les habitants [Healey, 1997 ; UN-Habitat,
2015]. Ces travaux nous aident à mieux comprendre comment les villes évoluent. Mais ils butent encore
sur un point : le contexte socio-économique et institutionnel de ces pays n’est pas toujours pris en
compte à fond.
C’est exactement ce que ce mémoire va essayer de faire. On va dresser un état des lieux de la recherche
sur la conception des projets urbains dans les pays en développement. L’idée, c’est de voir où en sont
les connaissances, quelles sont les grandes approches qui reviennent, et surtout ce qui bloque encore.
Pour ne pas rester dans la théorie, on s’appuiera aussi sur des cas concrets en Afrique et en Asie.
*2. Revue de la littérature*
*2.1. L’approche planifiée, ou « top-down »*
Le principe de l’approche planifiée est assez simple : tout vient d’en haut. Ce sont l’État, les urbanistes et
les experts qui décident de la forme que va prendre la ville. Cette façon de faire vient directement de
l’urbanisme moderne européen du XXe siècle. Le Corbusier en est l’un des grands noms. Il défendait une
ville très organisée, rationnelle, presque comme une machine [Le Corbusier, 1925].
Après les indépendances, beaucoup de pays en développement se sont inspirés de ce modèle. Ils ont
lancé des plans directeurs pour essayer de cadrer l’expansion des villes. L’idée de base était logique : si
on planifie tout à l’avance, on évite le désordre et on peut prévoir les routes, l’eau, les équipements.
[Hall][2002]
Sauf que sur le terrain, ça ne marche pas toujours. En Afrique et en Asie, plusieurs travaux ont montré
les failles de cette méthode. D’abord parce que ces plans ignorent souvent ce qui se passe vraiment : les
quartiers informels qui poussent, les besoins concrets des habitants. Ensuite, parce que les institutions
locales manquent de moyens, d’argent et parfois de pouvoir pour appliquer ces grands projets sur
papier.[Watson][2009]
Au final, ce qu’on retient des études actuelles, c’est que l’approche top-down a son utilité. Elle permet
de donner une structure à la ville, c’est vrai. Mais elle ne suffit pas. À elle seule, elle ne répond pas aux
problèmes des villes du Sud. Il faut forcément la combiner avec d’autres démarches, plus proches du
terrain et des gens qui vivent là.
*2.3. Urbanisme durable et résilient*
Ces dernières années, la question environnementale a pris beaucoup de place. Inondations, canicules,
pénurie d’eau... Du coup, une autre façon de penser la ville s’est imposée : l’urbanisme durable et
résilient. L’idée de base est claire. Il faut arriver à faire grandir la ville, protéger l’environnement, et en
même temps améliorer le quotidien des gens. C’est exactement ce que posait déjà le rapport
Brundtland en 1987 [WCED].[1987]
Dans les pays en développement, ça se traduit surtout par trois choses : mieux gérer l’eau, la terre et
l’énergie, réduire les risques de catastrophe, et s’adapter au climat qui change. Plusieurs auteurs
insistent sur le fait qu’une ville doit pouvoir "encaisser les chocs". Qu’il s’agisse d’une inondation, d’une
sécheresse ou d’une crise urbaine, elle doit continuer de fonctionner.[Ahern][2011]
Et ça marche. Quand on intègre vraiment la durabilité dans un projet urbain, on voit des effets concrets :
meilleur accès à l’eau, à l’électricité, et des espaces publics où il fait bon vivre [UN-Habitat, 2020]. En
Asie, certaines villes sont même allées loin avec des stratégies assez malines pour le climat. En Afrique,
ça commence aussi, mais plus doucement, avec des initiatives qui émergent petit à petit.
Le problème, c’est le passage à l’acte. Sur le papier, tout le monde est pour. Dans la réalité, c’est plus
compliqué. Il manque souvent l’argent, les compétences techniques, et parfois la volonté politique pour
aller au bout. Et puis il faut être honnête : quand une ville doit gérer en urgence le logement, le
chômage ou l’accès à l’eau potable, le climat passe souvent après.[Bulkeley][2013]
Donc, aujourd’hui, on sait que l’urbanisme durable est incontournable si on pense aux villes de demain.
Mais dans les pays du Sud, son application reste encore incomplète et très inégale d’un endroit à l’autre.
*2.4. Urbanisme informel et adaptation*
Dans beaucoup de pays en développement, la ville ne grandit pas vraiment "comme prévu". Une grande
partie des quartiers se construit en dehors des plans, sans permis, sans passage par la mairie. C’est ce
qu’on appelle l’urbanisme informel. Et au lieu de le voir comme une erreur, plusieurs chercheurs le
prennent maintenant au sérieux. Pour eux, ces quartiers sont des formes d’organisation urbaine à part
entière, pas juste des zones à raser.[Roy][2005]
L’informalité, ce n’est pas que du désordre. C’est aussi une façon pour les gens, surtout les plus pauvres,
de se loger et de se débrouiller. De Soto parlait déjà de ça il y a longtemps : les habitants inventent des
solutions pour avoir un toit, un petit commerce, un accès aux réseaux [De Soto, 2000]. Sur le terrain, on
voit des systèmes D partout. Des raccordements d’eau négociés entre voisins, des maisons qui évoluent
au fur et à mesure, des rues qui s’organisent sans architecte.
En Afrique comme en Asie, ces quartiers pèsent lourd dans la ville. Et ils tiennent. Simone a bien montré
que derrière l’apparence "non officielle", il y a souvent des réseaux sociaux et économiques très solides.
Du coup, de plus en plus de chercheurs disent la même chose : au lieu de tout détruire, il vaudrait mieux
accompagner, régulariser petit à petit, et intégrer ces quartiers dans la ville.[Simone][2004]
Mais il ne faut pas idéaliser non plus. Vivre en zone informelle, c’est souvent vivre avec peu d’eau, peu
d’égouts, des risques d’incendie ou d’inondation. Et sans cadre clair, l’insécurité foncière revient tout le
temps. Une personne peut se faire expulser du jour au lendemain, et la ville finit par être mal organisée
[UN-Habitat, 2003].
Bilan des études aujourd’hui : on ne peut plus faire comme si l’informel n’existait pas. C’est une réalité
majeure des villes du Sud. La bonne piste, ce serait donc des approches plus souples. Reconnaître ces
quartiers, améliorer concrètement les conditions de vie, et les intégrer progressivement dans la
planification. Ni laisser-faire total, ni bulldozer.
*3. Études de cas : Afrique et Asie*
*3.1. Mumbai, Inde : le cas de Dharavi*
Mumbai, c’est une ville qui pousse très vite. Trop vite même. Et comme dans beaucoup de métropoles
du Sud, une grande partie de cette croissance se fait dans les bidonvilles. Le plus connu, c’est Dharavi.
On le présente souvent comme l’un des plus grands d’Asie.
Face à ça, la ville a lancé plusieurs projets : réhabilitation, relogement, amélioration des logements.
Certains venaient d’en haut, pilotés par l’État et les urbanistes. D’autres ont essayé de faire autrement,
en associant directement les habitants.[Patel & Arputham][2007]
Et sur le terrain, la différence se voit. Quand les gens sont impliqués dès le départ, les projets tiennent
mieux et passent mieux aussi. Le problème, c’est que d’autres opérations ont complètement raté.
Pourquoi? Parce qu’elles ont ignoré la réalité économique du quartier. À Dharavi, l’informel, ce n’est pas
anecdotique. C’est le travail de milliers de personnes. Le détruire sans proposer d’alternative, c’est
couper leurs revenus.[Dupont][2008]
Au final, Mumbai montre bien les limites d’une planification 100% technique. Le plus efficace, ça semble
être un mix : garder un cadre, mais laisser de la place à la participation et à l’adaptation locale.
[Insérer ici une image : quartier de Dharavi à Mumbai]
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*3.2. Nairobi, Kenya : le cas de Kibera*
À Nairobi, c’est un peu le même scénario. La ville s’étend très vite, et Kibera est devenu le symbole des
quartiers informels au Kenya. C’est immense, dense, et largement invisible dans les plans officiels.
Pour répondre à ça, il y a eu plusieurs programmes d’amélioration des bidonvilles, appelés "slum
upgrading". ONU-Habitat a beaucoup soutenu ces initiatives. L’objectif était clair : améliorer les routes,
l’eau, les toilettes, et la qualité des logements.[UN-Habitat][2015]
Ce qui ressort des évaluations, c’est assez logique. Les projets qui ont marché sont ceux où les habitants
ont eu leur mot à dire, et où on a tenu compte des réseaux qui existent déjà dans le quartier. Mais ça
reste difficile. Il y a toujours des blocages côté gouvernance, des trous dans le financement, et des
acteurs qui ne se coordonnent pas.[Lines & Makau][2017]
Le cas de Nairobi montre donc une chose : en Afrique, on ne peut pas appliquer des recettes toutes
faites. Il faut des projets plus souples, plus inclusifs, et qui partent de la réalité du terrain.
[Insérer ici une image : quartier de Kibera à Nairobi]
*4. Discussion*
Quand on met toutes ces approches côte à côte, on voit vite qu’aucune n’est parfaite toute seule.
Chacune apporte quelque chose, mais elle a aussi ses failles.
L’approche planifiée, le "top-down", a l’avantage de donner un cadre. Elle permet de structurer la ville,
de prévoir les grands équipements. Le problème, c’est que dès qu’elle ignore le terrain, ça coince. Les
quartiers informels ne disparaissent pas parce qu’ils ne sont pas sur le plan. Ils continuent de grandir à
côté.[Watson][2009]
À l’inverse, l’approche participative, le "bottom-up", part des habitants. Et ça change tout : les projets
sont plus justes, plus adaptés. Sauf que dans la pratique, ce n’est pas toujours simple. Quand les
inégalités sont fortes et que les institutions sont faibles, faire participer tout le monde devient
compliqué.[Cooke & Kothari][2001]
L’urbanisme durable, lui, répond à l’urgence climatique. C’est clairement une piste d’avenir. Mais encore
une fois, dans les pays en développement, il bute sur l’argent et les moyens techniques. C’est difficile de
penser "ville verte" quand l’urgence, c’est d’abord l’eau et le logement.[Bulkeley][2013]
Quant à l’informel, il montre surtout une chose : les habitants savent s’adapter. Ils construisent,
s’organisent, créent des réseaux. Mais cette débrouille a un coût. Précarité, risques sanitaires, absence
de droits fonciers... On ne peut pas s’en contenter.[Roy][2005]
Les cas de Mumbai et Nairobi vont dans le même sens. Les projets qui marchent le mieux ne sont pas
ceux qui appliquent une seule méthode. Ce sont ceux qui mélangent : un minimum de planification pour
structurer, une vraie participation pour coller aux besoins, et une prise en compte de l’informel pour ne
pas casser ce qui fonctionne déjà.[UN-Habitat][2015]
Au final, ce que dit la littérature est assez clair. Les approches toutes seules ne suffisent plus. Si on veut
des villes qui tiennent dans les pays du Sud, il faut des stratégies hybrides. Des approches faites sur
mesure, selon le contexte de chaque ville.
[Insérer ici une image : schéma comparatif des approches top-down vs bottom-up]
*5. Conclusion*
Au terme de cette revue, une chose est claire : concevoir des projets urbains dans les pays en
développement, ce n’est pas simple. Les villes changent vite, les situations sont très différentes d’un
pays à l’autre, et il n’existe pas une seule bonne méthode.
Les plans directeurs classiques ont servi à mettre de l’ordre. Ils restent utiles pour structurer. Mais dès
qu’on les applique tels quels, ils se heurtent à la réalité : croissance rapide, manque de moyens, et une
grande part de la ville qui vit dans l’informel.[Hall][2002]
De leur côté, les approches participatives, durables ou centrées sur l’informel apportent autre chose.
Elles partent des gens, du climat, des pratiques locales. Ça rend les projets plus justes et plus ancrés.
Mais là encore, prises seules, elles ne suffisent pas. Elles ont leurs propres limites.
Les exemples de Mumbai et Nairobi le montrent bien. Ce qui fonctionne, ce n’est pas une recette
unique. Ce sont les projets qui arrivent à faire le lien entre le cadre institutionnel, ce que vivent les
habitants au quotidien, et ce que le budget permet de faire.[UN-Habitat][2015]
Aujourd’hui, on va donc de plus en plus vers des modèles hybrides. Plus souples, plus adaptés au
contexte. Reste que sur le terrain, il faut encore progresser. Mieux gouverner la ville, renforcer les
équipes locales, et surtout passer de l’intention à la mise en œuvre.
Pour la suite, un axe de recherche intéressant serait de croiser deux choses : les innovations techniques,
comme le numérique ou les matériaux, et les savoir-faire locaux. C’est peut-être à cette intersection
qu’on trouvera des villes plus inclusives, plus durables, et plus capables de résister aux chocs.
[Insérer ici une image : vision future d’une ville durable en Afrique ou en Asie]
Références bibliographiques (format APA)
Arnstein, S. R. (1969). A ladder of citizen participation. Journal of the American Institute of Planners,
35(4), 216–224.
Bulkeley, H. (2013). Cities and climate change. Routledge.
Hall, P. (2002). Cities of tomorrow: An intellectual history of urban planning and design in the twentieth
century (3rd ed.). Blackwell Publishing.
Roy, A. (2005). Urban informality: Toward an epistemology of planning. Journal of the American
Planning Association, 71(2), 147–158.
UN-Habitat. (2015). Slum upgrading programme. United Nations Human Settlements Programme.
Watson, V. (2009). Seeing from the South: Refocusing urban planning on the globe’s central urban
issues. Urban Studies, 46(11), 2259–2275.