Introduction
Qu’est-ce que le droit à la protection sociale ?
Le droit de la protection sociale est constitué de l’ensemble des règles
juridiques destinées à protéger les personnes contre la survenance et/ou
les conséquences d’un ensemble d’événements et de risques sociaux.
La protection sociale assure le versement de prestations destinées
à compenser les dépenses (honoraires médicaux, hospitaliers…)
ou la baisse de revenus (rente d’incapacité, indemnités journalières,
allocation chômage…) générées à la suite de la survenance de ces
risques sociaux.
Ce droit de la protection sociale est l’une des deux parties, avec le droit
du travail, du droit social. Le droit de la protection sociale constitue lui-
même une partie du droit de l’emploi. Discipline plus récente, le droit
de l’emploi, dont l’existence a été reconnue au début des années 2000,
correspond à l’ensemble des initiatives publiques destinées à créer et
préserver l’emploi. Enfin, le droit de l’emploi est l’une des composantes
des politiques sociales, qui comprennent également l’aide sociale,
l’assurance chômage…
Cette description en forme d’enchevêtrement gigogne est bien
évidemment contestable et imparfaite. Les limites entre disciplines
sont particulièrement poreuses et artificielles. Par exemple, l’exécution
du contrat de travail va générer le versement d’une indemnité (droit du
travail) soumise à cotisations (droit de la Sécurité sociale) qui entre dans
le calcul des indemnités d’assurance chômage (politiques sociales).
Qu’est-ce que le risque social ?
Il s’agit d’un risque (événement dont la survenance est incertaine,
susceptible de causer un dommage aux personnes et/ou aux biens),
13
LA PROTECTION SOCIALE EN 200 QUESTIONS
social (partagé par un ensemble d’individus) qui va porter atteinte à
la sécurité financière des personnes, soit en empêchant l’accès au
revenu (maladie, invalidité, vieillesse, chômage…), soit en entraînant
des dépenses particulières (santé, charges familiales…). Ces risques
ont ainsi pour conséquence de diminuer le revenu d’un ménage ou de
diminuer la capacité de travail d’un individu ou de la priver d’effet.
Les risques sociaux peuvent être d’origine professionnelle (accident
du travail et maladie professionnelle) ou non professionnelle (maladie,
maternité, vieillesse, invalidité, incapacité, décès, accident du travail,
chômage). Il est également possible d’élargir la notion de risque social à
l’intégralité des risques pris en charge par les politiques d’aide sociale :
pauvreté, perte du logement…
Comment la Sécurité sociale est-elle née ?
Fondée sur le principe de solidarité nationale, la Sécurité sociale
garantit les salariés ainsi que leur famille contre les risques de toutes
natures, susceptibles de réduire ou supprimer leur revenu et/ou la
capacité d’accéder à un revenu. Cette garantie prend sa source dans
l’affiliation des personnes et le rattachement de leurs ayants droit à (au
moins) un régime obligatoire de Sécurité sociale.
Au cours du XIXe siècle, on assiste au développement :
• d’une part, des sociétés de secours mutuels, qui ont succédé aux
corporations de l’Ancien Régime abolies en 1791, fondées sur la
prévoyance collective volontaire et dont l’action restait malgré tout
limitée. Elles ont été reconnues légalement en 1835 et leur statut a
été développé par la loi du 1er avril 1898 ;
• d’autre part, de l’aide sociale dont l’attribution est subordonnée
à la décision d’une commission composée en partie d’élus locaux
qui examine les conditions de ressources de l’individu ou de sa
famille. À noter que les prestations, en nature ou en espèces, sont
récupérables sur les débiteurs alimentaires et les successions, ou
les revenus de l’assisté en cas de retour à la solvabilité. Quelques
exemples peuvent être trouvés dans la loi du 15 juillet 1893 qui
instaure l’assistance médicale gratuite, celle du 27 juin 1904 qui crée
le service départemental d’aide sociale à l’enfance et celle du 14
juillet 1905 qui met en place l’assistance aux vieillards infirmes et
incurables.
Il faut attendre la loi du 9 avril 1898 pour voir apparaître les prémices
d’une protection sociale moderne : cette loi crée la responsabilité
14
INTRODUCTION
automatique de l’employeur en cas d’accident de travail. Il s’agit
néanmoins d’une avancée sociale modeste dans la mesure où elle
n’ouvre à la victime que le bénéfice d’une réparation forfaitaire, sauf
faute caractérisée de l’employeur qui est quasiment impossible à
prouver en pratique.
La Sécurité sociale dans sa forme contemporaine naît à travers
l’ordonnance du 4 octobre 1945, issue des travaux du Conseil national
de la Résistance et du plan de Sécurité sociale présenté par Michel
Laroque.
L’ordonnance du 4 octobre 1945 définissait les objectifs de la Sécurité
sociale de la manière suivante : « La Sécurité sociale est la garantie
donnée à chacun qu’en toutes circonstances il disposera des moyens
nécessaires pour assurer sa subsistance et celle de sa famille dans
des conditions décentes. Trouvant sa justification dans un souci
élémentaire de justice sociale, elle répond à la préoccupation de
débarrasser les travailleurs de l’incertitude du lendemain, de cette
incertitude constante qui crée chez eux un sentiment d’infériorité et
qui est la base réelle et profonde de la distinction des classes entre les
possédants sûrs d’eux-mêmes et de leur avenir et les travailleurs sur
qui pèse, à tout moment, la menace de la misère. »
L’assurance obligatoire de certains risques sociaux apparaît
progressivement au début du XXe siècle :
-- en matière d’assurance vieillesse, la loi du 5 avril 1910, dont
l’application a été limitée, institue un régime d’assurance obligatoire
pour les salariés du commerce et de l’industrie ;
-- en matière de maladie, maternité, invalidité, vieillesse et décès,
les lois du 5 avril 1928 et du 30 avril 1930 instituent pour les salariés
titulaires d’un contrat de travail une assurance contre ces risques et
la loi du 30 avril 1928 institue un régime spécial pour les agriculteurs.
Par ailleurs, la loi du 11 mars 1932 prévoit des allocations couvrant les
charges familiales financées par des versements patronaux.
L’ordonnance du 4 octobre 1945 poursuit un triple objectif : unité
administrative de la Sécurité sociale, universalité du système avec
une extension de la couverture des risques au plus grand nombre, et
uniformité des prestations, à travers la double influence des systèmes
britannique (beveridgien) et allemand (bismarckien).
15
LA PROTECTION SOCIALE EN 200 QUESTIONS
L’ordonnance avait institué un réseau de caisses locales se substituant
à une multitude d’organismes pour parvenir à une unité administrative
mais le régime agricole, les régimes spéciaux (fonctionnaires, marins,
cheminots, mineurs…) ont finalement perduré. De même, la loi du 22
mai 1946 pose le principe de la généralisation de la Sécurité sociale
à l’ensemble de la population mais les professions non salariées non
agricoles s’y opposeront.
Plusieurs textes ont ensuite complété le dispositif existant :
-- l’ordonnance du 19 octobre 1945 a permis la prise en charge des
risques maladie, maternité, invalidité, vieillesse, décès ;
-- la loi du 22 août 1946 a étendu les allocations familiales à la quasi-
totalité de la population ;
-- la loi du 30 octobre 1946 a permis la réparation des accidents du
travail par la Sécurité sociale.
L’extension progressive de la couverture à l’ensemble de la population
est également passée par les étapes suivantes :
• convention collective interprofessionnelle du 14 mars 1947 :
institution du régime de retraire complémentaire des cadres ;
• loi du 9 avril 1947 : extension de la couverture des risques aux
fonctionnaires ;
• loi du 17 janvier 1948 : instauration des régimes d’assurance
vieillesse des professions non salariées non agricoles (artisans,
professions industrielles et commerciales, professions libérales) ;
• loi du 10 juillet 1952 : création d’un régime d’assurance vieillesse
obligatoire des exploitants agricoles, géré par la mutualité sociale
agricole (MSA) ;
• loi du 25 janvier 1961 : création d’un régime d’assurance maladie
obligatoire des exploitants agricoles ;
• loi du 12 juillet 1966 : création du régime autonome d’assurance
maladie maternité pour les non-salariés non agricoles, géré par la
CANAM (caisse nationale d’assurance maladie des professions
indépendantes) ;
• loi du 22 décembre 1966 : création d’un régime complémentaire
obligatoire des exploitants agricoles contre les accidents du travail,
maladies professionnelles et accidents de la vie privée ;
• loi du 25 octobre 1972 : institutionnalisation de la protection des
salariés agricoles contre les accidents du travail ;
• loi du 4 juillet 1975 : généralisation à l’ensemble de la population
active de l’assurance vieillesse obligatoire ;
16
INTRODUCTION
• loi du 28 juillet 1999 : institution d’une couverture maladie
universelle.
L’ordonnance du 21 août 1967 a institué les trois caisses nationales
(CNAMTS, CNAVTS, CNAF) et l’ACOSS. Par ailleurs, la loi du 17
décembre 1982 et l’ordonnance du 24 avril 1996 ont institué notamment
des conseils de surveillance auprès des caisses nationales et des
unions régionales de caisses d’assurance maladie.
La réforme de l’assurance maladie, amorcée en 2004 (Loi n°2004 - 810
du 13 août 2004 – JO du 17 août) vise à sauvegarder le régime
d’assurance maladie tout en préservant et en consolidant ses principes
fondamentaux : l’égalité d’accès aux soins, la qualité des soins et la
solidarité. Cette réforme a donné à l’Assurance Maladie de nouvelles
responsabilités en matière de régulation du système de soins et a
entraîné une réorganisation institutionnelle de la protection sociale
française : responsabilités étendues des CNMATS, création de l’Union
nationale des caisses d’assurance maladie (Uncam) regroupant les
trois principaux régimes d’assurance maladie : le régime général, le
régime agricole (MSA) et le régime social des indépendants (RSI)…
Quels sont les différents modèles de Sécurité sociale ?
Il existe tout d’abord plusieurs techniques de protection contre les
risques sociaux :
• l’épargne (individuelle et collective), dont l’impact est limité par la
capacité individuelle d’épargne et le contexte économique ;
• l’assistance, dont la principale manifestation collective date
de l’Ancien Régime, qui rejoint la charité (et ses limites) et plus
spécifiquement l’aide sociale telle qu’elle existe actuellement ;
• la responsabilité civile, qui permet une réparation de préjudice
imputé à un tiers (si tant est qu’il existe et qu’il soit solvable) ;
• la prévoyance collective : deux procédés sont traditionnellement
attachés à cette notion : l’assurance (paiement d’une prime) et la
mutualité (paiement d’une cotisation) qui mènent au versement
d’une indemnité en cas de réalisation du risque. Ces deux procédés
consistent ainsi en la répartition du risque entre les membres d’une
communauté qui « s’assurent » les uns les autres en contrepartie du
paiement d’une prime/cotisation. Ce mécanisme est proche de celui
des assurances sociales actuelles.
17
LA PROTECTION SOCIALE EN 200 QUESTIONS
Si l’on examine l’influence des mécanismes étrangers sur notre
système de Sécurité sociale, on retiendra plus particulièrement deux
d’entre eux :
Le système bismarckien : du nom de Bismarck, chancelier allemand
qui a créé les premières assurances sociales à la fin du XIXe siècle. Ce
système est caractérisé par plusieurs aspects :
-- un caractère obligatoire : pour les populations aux revenus les plus
modestes (plafond d’affiliation) ;
-- le partage des cotisations entre le travailleur et son employeur ;
-- la relation directe entre le montant des cotisations et le montant des
salaires versés : le montant des cotisations assises sur les salaires
n’est plus déterminé en fonction de la vulnérabilité des travailleurs à
certains risques mais en fonction du montant des salaires ;
-- une gestion du système par les salariés et les employeurs eux-
mêmes, à travers un conseil d’administration composé d’employeurs
et de salariés.
Le système beveridgien : du nom de Beveridge, économiste anglais,
qui a remis en 1942 un rapport rédigé à la demande du gouvernement
anglais qui lui demandait d’analyser le système de couverture sociale
pour l’améliorer. Beveridge a proposé une réforme d’ensemble basée
sur la « doctrine des trois U » : universalité, unité, uniformité :
-- l’universalité signifie que le système doit couvrir l’ensemble des
citoyens, sans limite de ressources ni de plafond, et une gamme très
large de risques sociaux ;
-- l’unité implique la création d’un système unique sous l’autorité du
ministère de la Sécurité sociale. Un service national de santé, financé
par l’imposition et un service national d’assurances sociales, financé
par les cotisations, se complètent. Par ailleurs, les individus versent
une contribution unique complétée par une contribution de l’employeur
et de l’État ;
-- l’uniformité se traduit par une égalité des droits et obligations des
personnes face à la Sécurité sociale. Les prestations versées sont
forfaitaires, quel que soit le revenu antérieur.
18
INTRODUCTION
L’essentiel
Le droit de la protection sociale est constitué de l’ensemble
des règles juridiques destinées à protéger les personnes
contre la survenance et/ou les conséquences d’un ensemble
d’événements et de risques sociaux.
Le risque social est un risque (événement dont la survenance est
incertaine, susceptible de causer un dommage aux personnes
et/ou aux biens), social (partagé par un ensemble d’individus)
qui va porter atteinte à la sécurité financière des personnes, soit
en empêchant l’accès au revenu (maladie, invalidité, vieillesse,
chômage…), soit en entraînant des dépenses particulières
(santé, charges familiales…).
Le système contemporain de Sécurité sociale est né avec
l’ordonnance du 4 octobre 1945 qui poursuivait un triple
objectif : unité administrative de la Sécurité sociale, universalité
du système avec une extension de la couverture des risques au
plus grand nombre, et uniformité des prestations.
Un régime de Sécurité sociale est un ensemble de droits et
obligations réciproques des bénéficiaires, des employeurs et
de la Sécurité sociale.
Il existe trois régimes principaux (régime général, régime
agricole, régime des travailleurs non salariés non agricoles)
ainsi qu’une multitude de régimes spéciaux.
19
Chapitre 1
L’organisation du régime général de la
Sécurité sociale
Le régime général de la Sécurité sociale comprend plusieurs branches :
Famille, Maladie/Accident de Travail/Maladie Professionnelle, Vieillesse
et Recouvrement. Le bénéfice du régime général a été progressivement
élargi tant en termes de risques que de population couverte.
Comment le régime général de la Sécurité sociale est-il
organisé ?
Le régime général est constitué de la manière suivante :
Structure Structure Structure
Branche DOM-TOM
nationale régionale départementale
Famille CNAF 102 CAF
Maladie-AT MP CNAMTS 15 CARSAT + 1 101 CPAM
5 CGSS
CRAM
Vieillesse CNAVTS
Recouvrement ACOSS 3 URSSAF 71 URSSAF
Lors de la création de la Sécurité sociale, il existait une caisse
nationale unique pour les branches Vieillesse, Famille et Maladie. Les
ordonnances de 1967 ont créé une caisse pour chacune d’elles :
• la caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés
(CNAMTS ou CNAM) qui gère les branches Maladie et Accidents du
Travail/Maladies Professionnelles ;
21
LA PROTECTION SOCIALE EN 200 QUESTIONS
• la caisse nationale des allocations familiales (CNAF) qui gère la
branche Famille ;
• la caisse nationale de l’assurance vieillesse des travailleurs salariés
(CNAVTS ou CNAV) qui gère la branche Vieillesse ;
• l’agence centrale des organismes de Sécurité sociale (ACOSS)
créée pour coordonner les organismes de la branche Recouvrement
et assurer la gestion centralisée et commune de la trésorerie du
régime général.
Les structures nationales sont des entreprises de droit public. Certains
de leurs employés ont le statut de fonctionnaire. Les structures
départementales sont des entreprises de droit privé. Aucun de leurs
employés n’a le statut de fonctionnaire (CCNT de 1957 pour les
employés et cadres, de 1968 pour les agents de direction).
Depuis le 1er juillet 2010, les caisses régionales d’assurance maladie
(CRAM) ont changé d’identité et sont devenues des Carsat (Caisse
d’assurance retraite et santé au travail) - à l’exception de la CRAM
Ile-de-France.
Ce changement intervient à la suite de la création des agences
régionales de santé (ARS) à qui sont transférées les missions
auparavant exercées par les CRAM en matière de politique sanitaire et
médico-sociale. Il s’agit d’une des mesures phares de la loi du 21 juillet
2009, dite loi « hôpital, patients, santé et territoires » (Loi n° 2009-879,
JO du 22 juillet).
En outre, l’ACOSS est un réseau en pleine mutation : ont ainsi été
créées trois URSSAF au niveau régional en 2012, qui ne se substituent
pas aux unions départementales.
Qu’est-ce qu’un régime de Sécurité sociale ?
Un régime est un ensemble de droits et obligations réciproques des
bénéficiaires, des employeurs et de la Sécurité sociale.
• Le régime général : couvre les salariés de l’industrie, du commerce
et des services - sauf ceux relevant de régimes spéciaux - ainsi
que certaines catégories de travailleurs assimilés à des salariés. Le
régime général regroupe de fait 80 % de la population française.
22
L’ORGANISATION DU RÉGIME GÉNÉRAL DE LA SÉCURITÉ SOCIALE
• Le régime agricole : couvre l’ensemble des salariés agricoles et
des exploitants.
• Le régime des travailleurs non salariés non agricoles : dit régime
des « non-non », il couvre comme son nom l’indique, les travailleurs
non salariés des professions non agricoles (artisans, commerçants,
industriels et professions libérales).
• Les régimes spéciaux : couvrent les salariés d’entreprises publiques
ou exerçant des activités spécifiques. Ces régimes peu vent couvrir
totalement (SNCF, RATP, mines, marine, banque de France…) ou non
(EDF-GDF, Assemblée nationale, Sénat, fonctionnaires de l’État et des
collectivités publiques, étudiants, clercs et employés de notaires…)
l’intégralité des risques ; dans le dernier cas, le régime général prend
le relais pour couvrir les risques non couverts.
Depuis le 1er juillet 2006, les régimes de retraite des commerçants (ex-
ORGANIC), de retraite des artisans (ex-CANCAVA), maladie des non-
salariés non agricoles (ex-CANAM) ont été fusionnés au sein du régime
social des indépendants (RSI). Depuis le 1er janvier 2008, le RSI est
devenu l’ISU (Interlocuteur Social Unique) pour la protection sociale
des artisans, des industriels et des commerçants.
Instance créée par la loi de réforme de l’Assurance Maladie d’août
2004, l’Union nationale des caisses d’assurance maladie (Uncam)
regroupe les trois principaux régimes d’assurance maladie : le régime
général, le régime agricole (MSA) et le régime social des indépendants
(RSI). Le rôle de l’Uncam est de conduire la politique conventionnelle,
de définir le champ des prestations admises au remboursement et fixer
le taux de prise en charge des soins. Le directeur général de l’Uncam
est le directeur général de la Cnamts.
Qu’est-ce qu’une caisse de Sécurité sociale ?
La caisse est un organisme financier de droit privé (arrêt du Conseil
d’État 1938 : « Caisse primaire Aide et protection »), chargée d’une
mission de service public.
23
LA PROTECTION SOCIALE EN 200 QUESTIONS
Comment s’effectuent immatriculation et affiliation ?
La volonté de généraliser le bénéfice de la Sécurité sociale a conduit
à imposer aux individus une obligation d’adhésion et de paiement
(sauf exception) des cotisations correspondantes. Chaque personne
bénéficiant des prestations de la Sécurité sociale se voit attribuer un
numéro d’immatriculation, dit « numéro de Sécurité sociale », encore
appelé « code INSEE » ou « numéro d’inscription au répertoire » (NIR).
Les ayants droit éventuels (conjoint, enfants…) sont repérés sous le
même code. La date de naissance et le rang gémellaire sont utilisés
pour différencier les différents bénéficiaires.
On parle traditionnellement :
-- d’assuré social dans la branche Maladie ;
-- d’allocataire dans la branche Famille ;
-- de pensionné dans la branche Vieillesse ;
-- de cotisant dans la branche Recouvrement.
Il reste qu’en pratique les distinctions ne sont parfois pas aussi
rigoureusement respectées.
Par ailleurs, sont affiliées obligatoirement aux assurances sociales du
régime général, quels que soient leur âge et leur nationalité et même
si elles sont titulaires d’une pension, toutes les personnes, de l’un ou
l’autre sexe, salariées ou travaillant en quelque lieu que ce soit, pour un
ou plusieurs employeurs du secteur privé de l’industrie et du commerce,
de l’artisanat, des professions libérales et des gens de maison, et quels
que soient le montant et la nature de leur rémunération, la forme, la
nature ou la validité de leur contrat.
En quoi consiste la tutelle administrative et financière ?
L’État exerce un droit de regard sur la gestion des organismes
nationaux, de plusieurs natures :
• La tutelle sur les actes : les décisions prises par les organismes,
par exemple les délibérations des conseils d’administration ou
les décisions des administrateurs des caisses dans le cadre des
commissions de recours amiable (CRA) font l’objet d’un contrôle
24
L’ORGANISATION DU RÉGIME GÉNÉRAL DE LA SÉCURITÉ SOCIALE
par la mission nationale de contrôle et d’audit des organismes de
sécurité sociale (MNC).
• La tutelle sur les personnes : l’inscription sur liste d’aptitude pour
les emplois de direction fait l’objet d’un examen par la MNC ou au
sein de la commission de la liste d’aptitude ;
• La tutelle financière : les caisses nationales notifient le crédit de
référence (enveloppe fermée de dépenses), les dotations budgétaires
et approuvent les budgets des organismes locaux. Elles font
certifier leurs comptes par la Cour des comptes. Les comptes des
organismes locaux doivent faire l’objet d’une validation annuelle, soit
par le biais d’un contrôle sur place, soit par un contrôle sur pièces. La
mission d’évaluation et de contrôle de la Sécurité sociale (MECSS)
joue également un rôle important dans l’évaluation et le contrôle des
dépenses des organismes en matière budgétaire ou de prestations
puisque la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) fixe un
objectif de dépenses pour chaque exercice budgétaire.
La tutelle s’exerce notamment au travers des COG à travers la
détermination d’objectifs fixés à chaque branche ou régime de Sécurité
sociale.
Qu’est-ce qu’une convention d’objectifs et de gestion (COG) ?
Instituées par l’ordonnance n° 344 du 24 avril 1996, les conventions
d’objectifs et de gestion (COG) sont conclues entre l’État et les caisses
nationales des principaux régimes de Sécurité sociale. Identiques dans
leurs principes généraux, les COG diffèrent selon chaque branche ou
régime en fonction des axes stratégiques qui lui sont propres.
Les COG formalisent dans un document contractuel la délégation
de gestion du service public de la Sécurité sociale aux organismes
gestionnaires. Elles précisent, dans le respect des lois de financement
de la Sécurité sociale, les objectifs de gestion et les actions sur
lesquelles s’engagent les signataires. Ces conventions sont signées
pour une durée de quatre ans par le président et le directeur de la
caisse concernée ainsi que par les ministres de tutelle. Elles sont
ensuite déclinées en contrats pluriannuels de gestion (CPG) entre la
caisse nationale et les caisses locales.
25
LA PROTECTION SOCIALE EN 200 QUESTIONS
La réalisation des engagements contenus dans les COG fait l’objet
d’un suivi régulier et d’une évaluation périodique par les autorités de
tutelle, en cours ou en fin de convention. La COG est pluriannuelle,
celle qui est en cours concerne la période (2010 à 2013).
La convention nationale est prolongée dans chaque organisme par
un contrat pluriannuel de gestion liant la branche nationale et chacun
des organismes régionaux et locaux. Ce contrat établi, en référence au
cadre national, marque les engagements et la démarche de progrès
de l’organisation dans son contexte et ses réalités, en particulier sur la
qualité du service et les politiques d’action sociale.
Quel est le rôle du conseil de surveillance ?
Un conseil de surveillance existe auprès de chaque caisse nationale
de Sécurité sociale du régime général des salariés. Le conseil de
surveillance est chargé d’examiner les conditions de mise en œuvre
des conventions d’objectifs et de gestion signées entre l’État et chaque
caisse nationale et peut émettre des recommandations. Le président
du conseil de surveillance remet un avis au Parlement sur la mise en
œuvre des COG.
Quel est le rôle du conseil d’administration ?
Le conseil d’administration est une assemblée délibérante qui fixe les
orientations de la politique de la branche concernée. Son président signe
pour le compte de la caisse nationale, conjointement avec le directeur, la
convention d’objectifs et de gestion (COG) conclue avec l’État ainsi que
chaque contrat pluriannuel de gestion (CPG) passé avec chaque organisme
régional et avec les CGSS, ainsi que les avenants dont ils font l’objet.
Le conseil d’administration veille également à la bonne application des
dispositions législatives et réglementaires applicables à la branche
concernée. Il vote les budgets et arrête les comptes annuels de la
branche, l’action du directeur s’exerçant sous son contrôle. Il oriente,
anime et coordonne la gestion de la politique de la branche.
26
L’ORGANISATION DU RÉGIME GÉNÉRAL DE LA SÉCURITÉ SOCIALE
Le conseil d’administration est géré paritairement par :
-- des représentants des assurés sociaux, désignés par les organisations
syndicales interprofessionnelles de salariés, représentatives au plan
national ;
-- des représentants des employeurs désignés par les organisations
professionnelles nationales d’employeurs représentatives.
Participent également des personnalités qualifiées dans le domaine
d’activité concerné. Pour l’organisation de ses travaux, le conseil peut
se faire aider de commissions.
Quelles sont les spécificités des régimes spéciaux de la
Sécurité sociale ?
Les régimes spéciaux prennent en charge actuellement une population
de près de 5 millions de personnes. Ils concernent des secteurs dans
lesquels l’État a cherché à s’attacher un personnel qualifié, soumis
à de fortes contraintes professionnelles. À ce titre, ont été créés des
régimes de protection sociale spécifiques à certains secteurs d’activité,
alors même que l’organisation actuelle de la Sécurité sociale n’était
pas encore née. Quelques exemples : marins du commerce et de la
pêche (1709), Banque de France (1806), Comédie Française (1812),
fonctionnaires civils (1853), chemins de fer (1855), mines (1894).
Lors de la création du régime général des assurances sociales en 1930
puis du régime général de Sécurité sociale en 1945, les ressortissants
des régimes spéciaux choisirent pour la plupart de rester protégés par
leurs propres régimes. L’ordonnance du 4 octobre 1945 a donc posé le
principe du maintien d’un certain nombre de régimes spéciaux dont la
liste figure dans un décret du 8 juin 1946.
L’organisation et le fonctionnement des régimes spéciaux diffèrent
selon les régimes :
• certains régimes assurent l’intégralité de la protection sociale de
leurs membres (par exemple : marins, SNCF, Banque de France,
mines, RATP, chambre de commerce et d’industrie de Paris, clercs et
employés de notaires) ;
• d’autres régimes ne couvrent qu’une partie des risques, leurs
assurés étant couverts par ailleurs pour les autres risques (par
exemple, fonctionnaires locaux, Opéra de Paris, militaires…).
27
LA PROTECTION SOCIALE EN 200 QUESTIONS
Qu’est-ce que l’UCANSS ?
L’UCANSS (union des caisses nationales de Sécurité sociale) est un
organisme de droit privé qui :
-- exerce des fonctions communes pour le compte des caisses
nationales et de l’ACOSS ;
-- exerce des fonctions mutualisées de gestion des ressources
humaines pour le régime général de Sécurité sociale, par exemple :
négociation et conclusion des conventions collectives nationales du
personnel, suivi de la gestion prévisionnelle de l’emploi, des effectifs,
de la masse salariale, de la formation professionnelle, de la sécurité et
de la santé au travail ;
-- effectue des missions pour le compte de l’État, des caisses
nationales et de l’ACOSS (concernant le personnel, le fonctionnement
des organismes…).
L’UCANSS est gérée par un comité exécutif de directeurs et un conseil
d’orientation.
Le comité exécutif des directeurs est composé des directeurs de la
CNAM, de la CNAF, de la CNAV, de l’ACOSS et de quatre directeurs
d’organismes régionaux ou locaux de Sécurité sociale du régime
général désignés par les « comités de branche » (Maladie, Vieillesse,
Famille et Recouvrement) placés auprès du directeur de chaque caisse
nationale. À ces membres, peuvent s’ajouter deux personnes qualifiées.
Le comité a notamment pour rôle :
-- d’assurer la gestion administrative et de définir le budget ;
-- d’élaborer le programme de la négociation collective proposé au
conseil d’orientation ;
-- de donner mandat à son directeur pour négocier et conclure des
accords collectifs nationaux.
-- Les décisions et accords négociés par l’UCANSS :
-- s’appliquent de plein droit dès lors qu’ils sont d’application
automatique d’un accord collectif national ;
-- sont soumis à l’agrément de l’autorité compétente de l’État dans les
autres cas.
Le conseil d’orientation comporte 24 membres. Il est composé :
-- de représentants des assurés sociaux en nombre égal. Ces
représentants sont désignés par les organisations syndicales
28
L’ORGANISATION DU RÉGIME GÉNÉRAL DE LA SÉCURITÉ SOCIALE
représentatives de salariés et par les organisations professionnelles
nationales d’employeurs représentatives ;
-- du président ou du vice-président des caisses nationales et de
l’ACOSS, qui ne peuvent appartenir au même collège.
Il a pour rôle d’arrêter le programme de la négociation collective sur
proposition du comité exécutif des directeurs.
Qu’est-ce que l’ACOSS ?
L’ACOSS (agence centrale des organismes de Sécurité sociale) est la
caisse nationale de la branche du Recouvrement du régime général de
la Sécurité sociale. Elle fédère 74 URSSAF (union de recouvrement des
cotisations de Sécurité sociale et d’allocations familiales) sur le territoire
métropolitain, dont 3 unions régionales depuis le 1er janvier 2012 ;
5 CGSS (caisses générales de Sécurité sociale) dans les départements
d’outre-mer et 7 centres informatiques. Elle a pour principale mission
de gérer la trésorerie de la Sécurité sociale. Elle constitue avec les
URSSAF la branche du Recouvrement qui est responsable de la collecte
et de la répartition aux attributaires des cotisations et contributions
essentiellement destinées au paiement des prestations de Sécurité
sociale.
L’ACOSS joue également un rôle actif dans le contrôle et la lutte contre
le travail illégal, la gestion des dispositifs d’allégement des cotisations
sociales, la production et l’analyse de données économiques de
référence…
La création des Urssaf régionales et le maintien des sites
départementaux marque une évolution forte du réseau des Urssaf : il
est prévu 22 URSSAF régionales au 1er janvier 2014.
L’ACOSS a également en charge des prélèvements pour le compte de
plus de 800 organismes tiers : en particuliers des collectivités locales
et depuis 2011, l’Unédic et Pôle emploi.
29
LA PROTECTION SOCIALE EN 200 QUESTIONS
L’essentiel
Le régime général de la Sécurité sociale comprend les branches
Famille, Maladie/Accident de Travail/Maladie Professionnelle,
vieillesse. À ces branches s’ajoute la partie recouvrement des
cotisations sociales.
La caisse de Sécurité sociale est un organisme financier de
droit chargé d’une mission de service public.
Chaque personne bénéficiant des prestations de la Sécurité
sociale se voit attribuer un numéro d’immatriculation.
Sont affiliées obligatoirement aux assurances sociales du
régime général, toutes les personnes, salariées ou travaillant
pour un ou plusieurs employeurs du secteur privé de l’industrie
et du commerce, de l’artisanat, des professions libérales et des
gens de maison.
L’État exerce un droit de regard sur la gestion des organismes
nationaux à travers une tutelle sur les actes des personnes et
les finances.
Des conventions d’objectifs et de gestion (COG) sont conclues
entre l’État et les caisses nationales des principaux régimes
de Sécurité sociale. Ces conventions sont signées pour une
durée de quatre ans par le président et le directeur de la caisse
concernée ainsi que par les ministres de tutelle. Elles précisent,
dans le respect des lois de financement de la Sécurité sociale,
les objectifs de gestion et les actions sur lesquelles s’engagent
les signataires.
30