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Section 3 : Les conséquences

a) Modification générale du cycle hydraulique urbain


L'urbanisation se traduit principalement par l'imperméabilisation
des surfaces (toitures, voiries bitumées, cours d'habitations
bétonnées) au détriment des espaces de végétation et de sol nu.
Cette modification anthropique supprime deux mécanismes
régulateurs fondamentaux du cycle hydrologique : l'infiltration de
l'eau dans le sol et l'évapotranspiration.
En ingénierie de l'eau et en aménagement urbain, la
quantification des débits de crue générés par un bassin versant est
modélisée par la méthode rationnelle. Cette formulation permet
de mettre en évidence la corrélation directe entre le taux
d'imperméabilisation et l'augmentation des volumes d'eau
ruisselée :

Q=C×I×A
Où :
Q : représente le débit de pointe à l'exutoire du bassin versant
(m³/s) ;
C : correspond au coefficient de ruissellement (sans unité),
traduisant le rapport entre le volume d'eau ruisselée et le volume
d'eau précipitée ;
I : est l'intensité de la pluie critique pour une durée égale au temps
de concentration (mm/h) ;
A : est la superficie du bassin versant considérer (m²).

En milieu naturel congolais (savane ou zone arborée), le


coefficient C se situe généralement entre 0,1 et 0,2, ce qui signifie
que 80 à 90 % des eaux pluviales s'infiltrent ou s'évaporent. En
milieu urbain dense non planifié, ce coefficient s'élève de manière
critique pour atteindre des valeurs de 0,8 à 0,9. Le volume d'eau
se déversant en surface est ainsi multiplié de façon exponentielle.
Parallèlement, la rugosité des surfaces étant fortement diminuée
par les revêtements urbains, le temps de concentration du bassin
versant — c'est-à-dire le temps nécessaire pour qu'une goutte
d'eau tombée sur le point le plus éloigné atteigne l'exutoire — est
drastiquement réduit. L'eau se concentre en un temps record vers
les points bas, provoquant des ondes de crue soudaines et
violentes.

b) Les inondations urbaines par saturation et défaillance de


réseau

Les inondations constituent la manifestation la


plus récurrente et pénalisante de la modification
des écoulements de surface. Dans le contexte
géographique du Congo, ces inondations se
scindent en deux catégories distinctes :

c) Inondations par débordement de cours d'eau (Zones de


plaine)
Ce phénomène affecte principalement les quartiers situés dans
les plaines
alluviales et les
bas-fonds
topographiques.
À Brazzaville,
les zones de
Poto-Poto, Moungali, Talangï et Madibou sont en première
ligne, tout comme les quartiers de Tié-Tié et Mpaka à Pointe-
Noire. Les collecteurs naturels et rivières urbaines (la Tsiémé,
la Mfoa, la Madoukoutéké) collectent les eaux de
ruissellement des zones collinaires amont. Submergés par des
débits de pointe largement supérieurs à leur capacité
historique, et étranglés par un ensablement chronique, ces
cours d'eau sortent instantanément de leur lit mineur lors des
événements pluvieux équatoriaux, submergeant des parcelles
entières pendant plusieurs jours.

d) Inondations par stagnation de surface (Défaut d'exutoire)


Ce second type d'inondation découle directement des carences
en infrastructures de drainage. Dans les zones d'urbanisation
spontanée, les caniveaux sont soit totalement absents, soit sous-
dimensionnés. De surcroît, l'insuffisance du système de gestion
des déchets solides urbains entraîne l'utilisation des ouvrages
d'assainissement comme décharges à ciel ouvert. Lors d'une
averse, les ordures et les sédiments colmatent les grilles et les
sections des collecteurs. L'eau pluviale, privée d'exutoire vers le
réseau principal, stagne sur la chaussée, transformant les artères
routières en torrents et s'infiltrant par surélévation
topographique au sein des habitations.

e) Érosions régressives et ravinements (les canyons urbains)


L'érosion des sols est sans conteste le phénomène le plus
destructeur et le plus spectaculaire touchant les zones collinaires
de Brazzaville (Ngamakosso, Kombo, Mfilou, Kinsoundi,
Talangaï) ainsi que certaines périphéries de Pointe-Noire
(Tchiali).

La vulnérabilité géotechnique de ces territoires repose sur la


nature même de leur matrice géologique : les sables du Kalahari.
Ce sont des formations meubles, de granulométrie fine à
moyenne, caractérisées par une absence totale de cohésion
intrinsèque en l'absence de racines végétales.

Le processus érosif suit une cinétique dite régressive :

1. Concentration des flux :


L'eau de ruissellement collectée par les toitures et les voies
amont se concentre en un exutoire unique non aménagé en crête
de talus.

2. Arrachement particulaire :
L'énergie cinétique de l'eau en pente emporte les grains de sable
superficiels, créant une incision initiale (rigole).

3. Creusement et déstabilisation :
À chaque pluie, le débit augmente au sein de la rigole, qui devient
une ravine, puis un Gull (ravin profond). L'écoulement
tourbillonnaire sape la base des parois du ravin.

4. Effondrement de voûte :
Privées de leur soutènement inférieur, les parois sableuses
s'effondrent verticalement sous l'effet de la gravité. Le front de
rupture progresse ainsi vers l'amont (il "remonte" la colline).
Ces ravins se transforment rapidement en véritables canyons
urbains, mesurant parfois plus de 20 à 30 mètres de profondeur et
50 mètres de largeur, détruisant de manière irréversible le tissu
urbain et engloutissant des habitations entières.

f) LES GLISSEMENTS DE TERRAIN PAR SATURATION


INTERSTITIELLE
Bien que se produisant souvent dans les mêmes zones collinaires que
le ravinement, les glissements de terrain relèvent d'un mécanisme
mécanique et hydraulique distinct. Il ne s'agit plus d'un arrachement
de surface par l'énergie cinétique des eaux, mais d'une rupture de
masse liée à la modification des pressions internes du sol.

L'absence de réseaux de drainage pluvial contraint l'eau de


ruissellement à s'infiltrer massivement et de manière localisée dans
les versants instables. En pénétrant le sol sableux, cette eau sature les
pores de la matrice terreuse. Sur le plan de la mécanique des sols,
cette saturation engendre deux conséquences critiques :
❖ Une augmentation drastique du poids volumique du sol
saturé, ce qui accroît la force motrice (le poids) tendant à
faire glisser la masse de terre vers le bas ;
❖ Une augmentation de la pression interstitielle de l'eau
contenue dans les pores, ce qui réduit la contrainte effective
entre les grains de sable et annule la résistance au
cisaillement du sol selon le critère de rupture de Mohr-
Coulomb.

Lorsque l'équilibre limite est dépassé, un pan entier de colline


décroche de manière brutale et imprévisible. Ce phénomène
engendre des coulées de boue hautement destructrices pour les
habitations implantées en contrebas des versants et présente un bilan
humain souvent tragique en raison de sa soudaineté.

g) L'ENSABLEMENT DES RIVIÈRES URBAINES


L'ensablement des cours d'eau constitue la phase ultime du
processus hydro-sédimentaire, illustrant le principe physique du
transfert de masse à l'échelle du bassin versant. Le sable arraché
en amont par les érosions régressives et les glissements de terrain
est transporté par la force des eaux de ruissellement vers les
exutoires bas de la ville.
Lorsque le flux hydraulique quitte les fortes pentes collinaires
pour atteindre les plaines de faible déclivité, la vitesse
d'écoulement chute en deçà de la vitesse critique de
sédimentation. N'ayant plus l'énergie cinétique

Nécessaire pour maintenir les particules de sable en suspension,


l'eau dépose sa charge solide au fond du lit mineur des rivières.

❖ Conséquence majeure : L'exhaussement continu du lit des


rivières efface progressivement leur section hydraulique
utile. Une rivière dont la profondeur initiale permettait
d'évacuer les crues majeures se retrouve comblée par des
bancs de sable, provoquant des débordements
systématiques à la moindre ondée et bloquant le débouché
des ouvrages d'art (ponts et buses).
h. SYNTHÈSE DES DOMMAGES AUX INFRASTRUCTURES
Combiné de ces désordres hydrauliques engendre une dégradation
accélérée des investissements structurels majeurs de l'État et des
infrastructures de services de base. Le tableau ci-dessous
synthétise les typologies de dommages observées sur le territoire
congolais :
INFRASTRUCTURE MECANISME DE Impact fonctionnel et
AFFECTEE DEGRADATION socio-économique
Réseau Routier et voiries Affolement des Rupture des liaisons
(ex : RN1) couches de fondation économiques ;
par infiltration sous- Isolation complet de
jacent ; quartiers ; accidents
sectionnement net graves.
par progression de
ravines érosives.
Réseau d’eau potable Mise en biseau et Interruption
(LCDE / ex-SNDE) suspensions dans le prolongée de
vide des conduites l’approvisionnement
principales suite aux en eau potable ;
effondrements de amplification du
terrain, entrainant recours aux puits de
leur rupture surfaces insalubres.
mécanique.
Réseau électrique (E2C/ Erosion des sols de Chute de lignes ; de
ex-SNE) fondation des lestement et black-out
supports et pylônes prolonges ; risques
haute/moyenne d’électrocution de
tension implantes sur masse en zone inonde
les crêtes et versants
Ouvrage d’art (ponts, Affolement des lignes Effondrement
Dalots, Buses) d’appui (piles et structurel des points ;
culées) par des, flux création d’un effet
turbulents ; barrage en amont
colmatage total par provoquant des
sédimentation inondations par
sableuse et déchets refoulement.
solides.
Bâtiments publics et Remontées Corrosion des
prives capillaires armatures en acier du
permanentes issues béton arme ;
des eaux de fissuration majeure
stagnation des maçonneries.

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