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Maya Chaabouni 2021-2022

CONSCIENCE

La conscience est l’appréhension directe par un sujet de ce qui se passe en lui et hors de
lui-même. Ainsi, être conscient de soi, c’est avoir la faculté de comprendre ses pensées, ses
actes, mais également de percevoir et comprendre le monde qui nous entoure.

Introduction à la notion de conscience

Conscience vient du latin cum scientia. Cum signifie « avec » et scientia « savoir ».
Étymologiquement, le mot signifie donc « accompagné de savoir ». La conscience n'est
pas uniquement spontanée.

Le terme conscience désigne trois réalités distinctes :


- La conscience morale (être conscient de ses actes)
- la conscience comme éveil (être présent à la réalité) ;
- la conscience comme savoir (par opposition à l'ignorance).

I- À quoi sert la conscience


La conscience est, d'abord, la faculté psychologique qui nous permet de nous rendre
compte immédiatement de ce qui se passe autour de nous : avoir conscience de telle ou
telle chose, c'est la percevoir par les sens et se la représenter dans son esprit... Mais est-ce
pour autant la connaître ?

Argument 1) La prise de conscience est la première étape du savoir

Si l'être humain se caractérise par son intelligence et sa capacité à penser, cela ne


signifie pas qu'il a toujours conscience d'avoir conscience : il faut encore qu'il s'en
rende compte, c'est-à-dire qu'il « prenne conscience » de ce qu'il faisait jusqu'ici
sans s'en apercevoir.

La conscience est un acte de la pensée en me rendant compte que je pense, je fais


l'expérience de la conscience

Référence L’expérience du cogito

Descartes fait ainsi, dans les Méditations métaphysiques, du doute et de la prise de conscience, la
première étape dans la recherche de la vérité.
La conscience de soi est le premier fondement inébranlable du savoir car on peut tout remettre
en question, mais pas le fait de penser.

Pour Descartes, la conscience de soi permet à l’être humain de réaliser qu’il existe. La
conscience de soi est la certitude première, l’être humain en fait l’expérience avec le cogito.
Descartes met en évidence la capacité de l’homme à se saisir comme être pensant à travers
l’expérience de pensée du cogito. Il décide de mettre en doute tout ce qui existe : c’est
l’expérience du doute généralisée. Le monde, le corps, tout n’est peut-être qu’illusion,
qu’hallucinations.
Maya Chaabouni 2021-2022

Descartes va jusqu’à douter de sa propre existence, et réalise alors qu’il sait qu’il est en train de
douter, car le doute est une pensée. Pour lui, c’est un signe : cette pensée est la preuve qu’il
existe. Il en vient à dire que pour penser, il faut être cogito ergo sum autrement dit « je
pense, donc je suis. »

Argument 2) La conscience n’est jamais pure conscience de soi, mais toujours conscience de qlq chose

La conscience ne désigne ni l'état de quelqu'un ni une partie de lui (ex. : un organe), mais un acte
qu'il accomplit pour se représenter le monde tel qu'il est et lui-même.
La conscience est toujours dirigée vers les choses parce que c'est elle qui les constitue, qui les
fait exister pour moi.

Référence Edmund Husserl utilise le terme d’intentionnalité pour définir le fait que “toute conscience est
conscience de quelque chose”. En effet, c’est toujours un objet que la conscience vise, son
intention est de saisir l’extérieur, de saisir ce qu’il y a autour de soi.

Ex : Si j’observe un oiseau, c’est moi qui regarde l’oiseau. Mais je ne peux pas m’observer moi-
même en regardant l’oiseau, car je ne peux pas sortir de ma conscience. L’oiseau est à l’extérieur
de moi, c’est ma conscience qui cherche à saisir ce qu’est cet oiseau, de saisir ce qu’il y a autour
de moi.

→ Pour Husserl, la conscience n’est pas conscience d’elle-même, elle est toujours
consciente d’autre chose d’extérieur. L’objet visé par la conscience n’est pas forcément un
objet que l’on peut toucher, un objet que l’on voit. Cet objet peut-être soi-même, mais aussi un
sentiment, quelque chose d’immatériel (amour, espoir, croyance...).

Argument 3) La conscience est liberté

Un acte machinal est accompli sans conscience. La conscience, c’est donc se représenter
l'acte dans son déroulement. Ainsi, la conscience est clarté, prévoyance, lucidité.

Ex: Pour un somnambule, inconscient de ce qu'il fait, il suffit d'un obstacle à son mouvement pour
que sa conscience s'éveille. Il est libéré de l'automatisme dont il n'était que l'esclave aveugle.
Prendre conscience revient à faire l'expérience d'une première forme de liberté. Le sujet réalise
que, devenant conscient, il s'ouvre sur la possibilité de réfléchir, de choisir et de décider.
Maya Chaabouni 2021-2022

II- Peut-on se connaître soi-même


La conscience est aussi réflexion, quand nous approfondissons notre état
de conscience, pour mieux nous connaître intérieurement : on parle alors de
« conscience réflexive ». N'est-ce pas ce que signifiait l'injonction de Socrate
« Connais-toi toi-même » ? Mais la conscience donne-t-elle accès au « Moi » ?

Argument 1) La conscience face à autrui

L’homme a besoin du rapport à autrui pour prendre conscience de lui-même.


La confrontation à autrui est nécessaire à la constitution de la conscience de soi.

Référence Pour Hegel, l’existence d’autrui est indispensable à l’existence de soi, on ne peut y accéder
que si autrui nous reconnaît. C’est ce qu’il développe dans la dialectique du maître et de
l’esclave.

Le premier devient le maître, le second l’esclave. Le maître accède à la conscience de lui-même


uniquement parce que l’autre la reconnaît.
L’esclave, quant à lui, a pris conscience de lui-même en ressentant la fragilité de son
existence et la possibilité de sa mort. Dans les deux cas, la conscience de soi nécessite la
reconnaissance d’autrui.

→ Pour avoir réellement conscience et connaissance de lui-même, l’homme à besoin du


rapport à autrui : il prend conscience de lui à travers le regard et la reconnaissance des
autres.

2) L’influence de la société sur la conscience de soi

Si le monde extérieur est déterminant dans la construction de la conscience de


soi, le fait que l’homme vive au milieu d’autres hommes est probablement un
fait tout aussi déterminant.

Référence Marx explique ainsi que l’être humain ne peut avoir pleinement conscience de lui-même que s’il a
conscience de l’influence de la société dans laquelle il évolue, de la place qu’il y occupe.

→ Marx considère que le système de pensée de chacun est conditionné par ses
conditions matérielles d’existence qui vont déterminer sa façon de penser et de se représenter
sa vie et son monde.
Ainsi, pour que l’individu parvienne à une conscience complète et transparente de lui-même, il faut
qu’il ait conscience de l’influence du milieu social et historique dans lequel il évolue.
Maya Chaabouni 2021-2022

III- La conscience morale

La conscience est, enfin, une instance morale : on a « bonne » ou « mauvaise »


conscience. Plus que par les grands discours, en effet, la morale parle en nous sous la
forme d'une voix intérieure qui non seulement s'érige en juge de nos différentes actions,
mais aussi nous dicte même ce que nous devons faire ou ne pas faire.

Référence 1) La conscience morale comme instinct

La conscience morale est définie comme étant naturelle ou innée en l’être


humain, elle serait comme un instinct pour Rousseau.
Rousseau défend l’idée qu’il existe un sens naturel de la morale, c'est-à-dire une capacité innée à
saisir ce que sont le bien et le mal, les humains sont capables de sens moral. Il définit la
conscience comme un instinct divin : c’est un moyen immédiat et infaillible de reconnaître le bien et le
mal.

Référence 2) L’universalité de la conscience morale

La conscience morale ne dépend pas d’un principe extérieur, ni de la connaissance du Bien et du


Mal, mais de la bonne volonté: la volonté bonne est celle qui manifeste la loi morale suivant Kant.

Pour Kant, avant d’agir, il faut toujours se demander s’il serait souhaitable que tout le monde
agisse en fonction du même principe → Impératif catégorique

Ex : Si l’on s’apprête à mentir, il faut se demander s’il est possible de souhaiter


que le mensonge devienne une règle universelle. Pour le mensonge, on voit
bien qu’on ne peut pas souhaiter que le mensonge devienne une règle générale
des relations humaines : aucune confiance ne serait alors possible.

Référence Dans la Généalogie de la morale, Nietzsche est plus radical : la conscience morale,
qu'il appelle « mauvaise conscience », est une morale que l'individu retourne contre lui-même,
s'interdisant d'accomplir ses désirs au nom d'une morale abstraite qui lui est nuisible. C'est un
complet retournement des valeurs !

La conscience morale se présente en nous sous la forme d'une voix intérieure qui non
seulement nous informe de ce que nous faisons, mais aussi juge nos actes selon qu'ils sont
bons ou mauvais. Toutefois, l'origine exacte de cette voix fait l'objet de controverses entre
les philosophes….

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