UNIVERSITÉ GASTON BERGER DE SAINT-LOUIS
UFR DE SCIENCES JURIDIQUES ET POLITIQUES
DEPARTEMENT DROIT PRIVE
LICENCE 3
DROIT COMMUN DES SOCIETES
THEME : LE FONCTIONNEMENT DE LA SOCIETE COMMERCIALE
SEANCE 03 : L’ASSOCIE ET SES DROITS
TAF : CAS PRATIQUE
Présentée par :
KHADY SALL P331584
SEYE NGOM P343737
INTRODUCTION
La société, une fois immatriculée, est apte à être titulaire de droits. Cependant, elle ne peut
exercer ses droits que par l’intermédiaire d’un organe de direction, le plus souvent une
personne physique, un dirigeant, lequel joue un rôle majeur dans le fonctionnement de la
société.
Les associés jouent également un rôle important. Ils ne sont pas seulement informés sur la
gestion de la société, ils participent à la vie sociale et en subissent les aléas.
En effet, dès que la société se constitue valablement elle acquiert la personnalité juridique et
confère un ensemble de droits aux associés qui la composent. Ces derniers bénéficient d’un
droit de vote qui s’exprime en principe au moyen des assemblées générales. Une assemblée
générale extraordinaire s’impose pour toute modification statutaire, toute autre décision
relève d’une assemblée générale ordinaire. Les associés ont aussi un droit de communication
qui porte notamment sur le bilan, le compte social de résultat de l’inventaire et enfin un droit
pécuniaire qui donne à tout associé un droit à la répartition des bénéfices distribuables en
fonction de ses droits dans la société ainsi qu’au remboursement de son apport et au boni de
liquidation lors de la dissolution de la société. Ce droit est consacré par l’article 53 de l’acte
uniforme relatif aux sociétés commerciales et groupements d’intérêt économique à son alinéa
1 ère qui dispose : « les titres sociaux conférèrent à leurs titulaires un droit sur les bénéfices
réalisés par la société lorsque leur distribution a été décidé »
En l’espèce, les associés d’une société à responsabilité limitée ont des désaccords sur le
fonctionnement de leur société. En effet, Awa, Daniel, et Christine ont décidés de mettre tous
les bénéfices dans les réserves statutaires alors que Charles n’est pas d’accord. Ce dernier a
aussi attendu un moment pour manifester son désaccord constituant une sorte de vengeance
sur une décision concernant le recrutement d’un informaticien pour la gérance de leurs
données qui ont été piratées. Un ensemble de questions se posent et on est appelé à identifier
toutes les hypothèses d’abus de droit de vote et en donnant le régime, en rappelant toutes les
solutions prévues par la loi et en conseillant les protagonistes sur les voies de prévention de
ces problèmes.
I) Identifions toutes les hypothèses d’abus de droit de vote et donnons le régime
La mésentente entre associés qui se traduit en abus de droit :
Cette mésentente entre associés qui désigne un désaccord ou un conflit interne qui paralyse le
fonctionnement d’une société peut résulter de plusieurs situations. Elle peut résulter d’un abus
de droit majoritaire ou minoritaire. À la lumière de l’article 130 de L’AUSCGIE : « Il y a
abus de majorité lorsque les associés majoritaires ont voté une décision dans leur seul intérêt,
contrairement aux intérêts des associés minoritaires, sans que cette décision ne puisse être
justifiée par l'intérêt de la société. » Et dans ce cas de figure on pourrait noter que les associés
majoritaires ont voté pour leur intérêt personnel vu que la société marche en bonne forme et
qu’il procure de bénéfices et que le but de toute une société est le partage des bénéfices.
En revanche, Charles de son côté s’est opposé au recrutement d’un informaticien pour la
sécurité de leur donnes et son acte peut être qualifié d’abus de minorité qui au regard de
l’article 131 de L’ AUSCGIE : « Il y a abus de minorité ou d'égalité lorsque, en exerçant leur
vote, les associés minoritaires ou égalitaires s'opposent à ce que des décisions soient prises,
alors qu'elles sont nécessitées par l'intérêt de la société et qu'ils ne peuvent justifier d'un
intérêt légitime. » Charles en effectuant un tel acte met la société en danger car le recrutement
de l’informaticien était nécessaire et allait dans l’intérêt de la société elle-même.
Dès lors, il y a lieu de noter que :
Le désaccord qui intéresse le droit des sociétés est celui qui est contraire à l’intérêt social et
qui paralyse le fonctionnement de la société. Il traduit un affadissement de l’affectio
societatis. Il faut rappeler que l’affectio societatis est un facteur de cohésion entre associés.
Elle implique « la volonté au moins implicite, de tous les associés de collaborer ensemble et
sur un pied d’égalité à la poursuite de l’œuvre commune. Cela suppose un concours effectif à
l’administration de la société », l’ « intention d’établir une collaboration active sur un pied
d’égalité en vue de partager les bénéfices ou de profiter de l’économie ».
C’est également la même définition que retient le tribunal de grande instance de Paris selon
lequel l’affectio societatis désigne le participation à la conduite des affaires sociales sur un
pied d’égalité, le pouvoir de contrôle et de critique, le concours effectif à l’administration de
l’affaire ». Partant de là, le législateur a fait de l’affadissement de l’affectio societatis une
situation susceptible d’engendrer des crises.
II) Rappelons toutes les solutions prévues par la loi
Ici, le législateur prévoit progressivement trois mécanismes de traitement à savoir: la
constatation d’une crise et la sanction des auteurs en amont; en aval, la sauvegarde de la
survie de la société; et enfin la dissolution en cas d’impossibilité de sauvegarde de la société.
Pour la première hypothèse, nous allons voir la définition et la sanction de l’abus de minorité
ou d’égalité qui sont destinées à lutter contre les blocages dans les prises de décisions par le
biais du droit de vote.
Ainsi, si une décision exige l’unanimité ou la majorité renforcée, les associés minoritaires ou
égalitaires peuvent utiliser leurs prérogatives comme un droit de véto.
Dès lors, le législateur OHADA donne les indices aux juges afin de pouvoir caractériser
l’abus de minorité ou d’égalité.
Pour se faire, il faut la réunion de trois conditions à savoir: l’opposition à la prise de décision,
le caractère nécessaire de la décision envisagée et l’absence d’intérêt légitime des associés
minoritaires ou égalitaires.
S’agissant de la seconde hypothèse, elle est traitée par le recours à un mandataire. Ainsi ,
l’article 131 alinéa 3 nous parle de “la juridiction compétente pour désigner un mandataire ad
hoc aux fins de représenter à une prochaine assemblée les associés minoritaires ou égalitaires
dont le comportement est jugé abusif et de voter leur nom dans le sens des décisions
conformes à l’intérêt social y compris celui des différents associés”.
Enfin, la dernière solution consiste en la dissolution de la société. Ici, le législateur Déjà dans
l’ancien AUSC/GIE, avait retenu l’abus comme cause de dissolution de la société lorsque la
mésentente qui en est la cause est de nature ou a pour conséquence d’engendrer un
dysfonctionnement de la société.
Cette solution est reprise dans l’acte uniforme révisé
En effet, aux termes de l’article 200-5 de l’ancien AUSC/GIE, « La société prend fin par la
dissolution anticipée, prononcée par la juridiction compétente, à la demande d’un associé pour
juste motifs, notamment en cas d’inexécution des obligations par un associé ou de mésentente
entre associés empêchant le fonctionnement normal de la société ».
III) Conseillons les protagonistes sur les voies de prévention de ces problèmes
Il s’agit essentiellement de mettre à profit l’ingénierie juridique d’intervention en prévoyant
de clauses destinées à minorer la crise ou à l’éviter, en particulier, en insérant, par exemple,
des clauses d’exclusion grâce au mécanisme de cession forcée des titres. En effet, la
jurisprudence semble admettre la validité des clauses d’exclusion à la condition qu’elles
soient clairement définies, qu’elle désigne l’organe compétent pour prononcer l’exclusion et
qu’elles prévoient une contrepartie financière pour l’associé exclu qui doit obtenir le
remboursement de ses droits sociaux à un juste prix.
Des exemples dans la jurisprudence :
❖ La validité des clauses d’exclusion prévue dans les statuts semble avoir été affirmée par la
Cour de cassation dans un arrêt rendu le 10 avril 1854. La Cour remarque que le défendeur « a
été exclu en exécution des accords sociaux ».
❖ Un arrêt de la Cour de Paris rendu le 18 novembre 1893 consacre aussi le principe de
validité : la clause prévoyait l’exclusion d’un actionnaire au cas où celui-ci cesserait d’être
commerçant ou s’il ne délivrait pas à ses clients un nombre suffisant de timbres primes.
❖ D’autres décisions vont dans le même sens : CA Paris le 12 avril 1996 donne plein effet à
la clause des statuts d’une SA prévoyant que l’actionnaire qui perd définitivement la qualité
de salarié de la société perd simultanément sa qualité d’associé.
En dehors de la clause d’exclusion, qui est d’ordre contractuel, on peut envisager des
solutions préventives mais d’ordre judiciaire. Il s’agira alors, de la part des associés, de saisir
le juge compétent pour que celui désigne des organes dont l’intervention aura pour objet
l’évitement d’une crise et, éventuellement, d’un litige entre les associés. Deux procédés
peuvent être utilisés par le juge :
1- La désignation d’un contrôleur ou observateur de gestion
2- La désignation d’un expert in futurum