Malil
Malil
ROYAUME DU MAROC
UNIVERSITE HASSAN II de CASABLANCA
ECOLE NATIONALE SUPERIEURE D’ELECTRICITE ET
DE MECANIQUE
MISE EN FORME
PAR DEFORMATION PLASTIQUE
DES MATERIAUX METALIQUES
E. MALLIL
1. Introduction-------------------------------------------------------------------------------------------2
1.1. Les propriétés des matériaux---------------------------------------------------------------4
1.2. Essai de traction-----------------------------------------------------------------------------4
1.3. Le diagramme charge-déplacement-------------------------------------------------------5
1.4. La courbe contrainte-déformation conventionnelle (au sens de l'ingénieur)--------6
1.5. La courbe de traction rationnelle (vraie)-------------------------------------------------8
1.6. Lois de comportement---------------------------------------------------------------------10
1.7. L’anisotropie--------------------------------------------------------------------------------12
1.8. Les principales lois du frottement utilisées en mise en forme-----------------------14
2. Plasticité et viscoplasticité-------------------------------------------------------------------------16
2.1 Introduction----------------------------------------------------------------------------------16
2.2 Contraintes, déformation et taux de déformation---------------------------------------16
2.3 Les critères de plasticité--------------------------------------------------------------------18
2.4 Équilibre et Principe des travaux Virtuels-----------------------------------------------21
2.5 Potentiel plastique et loi d’écoulement--------------------------------------------------21
2.6 Écrouissage, contrainte effective et déformation effective----------------------------23
2
Objectifs du cours
- Avoir les notions de base sur la plasticité et les différentes lois de comportement des
matériaux métalliques ;
- Appliquer les lois d’écoulement plastique à des problèmes de mise en forme par
déformation plastiques (Emboutissage, forgeage, laminage) ;
- Appliquer les méthodes des tranches pour calculer les contraintes, les efforts et les
couples nécessaires à des opérations de mise en forme (forgeage, laminage) ;
- Etudier des problèmes pratiques liés à des opérations de mise en forme par déformation
plastiques (défauts de laminage, striction de tôles minces lors de l’emboutissage).
- Faire des simulations numériques par Eléments finis et utiliser les courbes limites de
formage pour étudier la faisabilité d’une opération de mise en forme
3
1. Introduction
Ce cours s’intéresse à la mise en forme par déformation plastique (sans enlèvement de
matière). La mise en forme par déformation plastique suppose l’introduction de déformations
non réversibles c. à d. des déformations plastiques. Pour produire des pièces aux cotes finales ou
très proches des cotes finales, on part de lingots ou de lopins ou de flans découpés dans des
semis produits et on utilise les techniques de formage à froid ou à chaud (voir tableau 1). A froid
(T<0.5 Tf), la déformation plastique est essentiellement produite par glissement des dislocations.
En première approximation, la vitesse de déformation intervient peu et la déformation plastique
imposée par les efforts et les déplacements à la surface du corps étudié n’évolue pas au cours du
temps : il n’y a pas de fluage. A chaud (T>0.5 Tf), la mobilité des défauts ponctuels, notamment
les lacunes, permet la montée des dislocations. La déformation est alors contrôlée par diffusion
et la vitesse de déformation est un paramètre essentiel.
Quel que soit le procédé de mise en forme utilisé, à chaud ou à froid se pose un certain nombre
de questions fondamentales :
- Puissance globale utilisée,
- Répartition des contraintes dans le métal et dans les outillages,
- Puissance dissipée localement et échauffement local,
- Forme de l’écoulement.
Pour y répondre, on fait appel à la mécanique des milieux continus. Ce fondement théorique est
bien souvent en accord avec l’expérience.
Ainsi considéré dans sa globalité, le problème est d’une complexité mathématique redoutable qui
le rend presque insoluble en toute rigueur. Heureusement les théoriciens de la plasticité ont pu
représenter le comportement plastique des métaux par des schémas simplifiés et introduire des
méthodes qui même approximatives elles sont fort utiles : méthodes extrémales, méthodes des
lignes de glissement, méthode des tranches. Enfin, avec le développement des moyens
informatiques, les méthodes de simulation numérique appuyées par les résultats de l’expérience
sont de plus en plus utilisées pour résoudre de tels problèmes.
La résolution d’un problème de mise en forme consiste à trouver le champ de déplacement et de
contraintes dans le solide : le nombre d’inconnues est donc 3 déplacements et 6 contraintes soit 9
inconnues. La mécanique des milieux continus procure 3 équations d’équilibre. Les 6 équations
qui manquent sont celles qui relient les déplacements et les contraintes : c’est la loi de
comportement qui décrit le processus physique de la déformation.
Les problèmes pratiques que posent les procédés de mise en forme se situent soit au niveau
global de l’écoulement tout entier, soit au niveau local en certains points critiques de
4
l’écoulement. Au niveau global, les questions posées sont la puissance dissipée par l’écoulement
et les efforts qui en résultent sur l’outillage (effort de laminage ou de tréfilage). La réponse
conditionne la conception des machines, le choix des gammes de fabrication. Une autre question
concerne la forme générale de l’écoulement : la forme extérieure du produit final est
pratiquement imposée par les outils lorsque leur géométrie est contraignante : filières, entrefer,
… En revanche la forme finale du produit n’est pas évidente à priori lorsqu’il existe des surfaces
libres importantes. Ceci est illustré par le problème de l’écrasement d’un lopin entre deux tas de
presse : forgeage (figure 1.1). Dans ce cas, on observe un glissement important sur les tas de
presse et une forme bombée avec un faible glissement sur les surfaces libres.
Tableau 1 : Avantages et inconvénients des procédés de formage en fonction de la température
de formage
Avantages Inconvénients
- Bon état de surface - Efforts de formage élevés
- Propriétés mécaniques élevées - Risques de fissuration en surface ou à
Formage
- Cadences élevées cœur
à froid
- Peu de reprises de finition - Usure mécanique des outillages
(T<0.5 Tf)
- Formes complexes en formage - Recuit de recristallisation parfois
multiposte nécessaire
- Faibles efforts de formage - Présence de calamine en surface
Formage - Ductilité élevée - Propriétés mécaniques moyennes
à - Possibilités de pièces de grandes après formage (limite d'élasticité
chaud(T>0.5 dimensions basse mais bonne ductilité)
Tf) - Tolérances dimensionnelles moyennes
- Usure thermomécanique
Selon les dimensions des produits fabriqués, on peut distinguer deux classes : la mise en forme
par déformation plastique des métaux à l’état massif et la mise en forme par déformation
plastique des métaux en feuilles. On peut citer à titre d’exemple la fabrication du fer à bétonpar
laminage de barres d’acier ou encore la fabrication de pièces de carrosserie de voitures par
emboutissage de tôles minces.
5
2. Les propriétés des matériaux
Les critères les plus importants dans le choix d'un matériau sont liés à la qualité de la pièce telle
que la résistance, la densité, la rigidité et la résistance à la corrosion. Pour un matériau en feuille,
la capacité à être mis en forme dans un procédé donné, souvent appelé son aptitude au formage,
doit également être prise en considération. Pour évaluer la formabilité, nous devons être en
mesure de décrire le comportement de la tôle d'une manière précise et exprimer des propriétés
dans une forme mathématique ; nous avons également besoin de savoir comment les propriétés
peuvent être obtenues à partir d'essais mécaniques. Autant que possible, chaque propriété doit
être exprimée dans une forme fondamentale qui est indépendante du test utilisé pour la mesurer.
L'information peut ensuite être utilisée d'une manière plus générale dans les modèles de
différents procédés de formage des métaux.
Dans la mise en forme des métaux en feuilles, il existe deux régimes de déformation : élastique
et plastique. Déformer une tôle dans une certaine forme implique évidemment un écoulement
plastique permanent et les déformations dans la tôle pourraient être très grandes. Chaque fois
qu'il y a une contrainte sur un élément de la tôle, il y aura aussi une certaine déformation
élastique. Ce sera faible, elle est souvent négligée, mais elle peut avoir un effet important, par
exemple lorsqu'un panneau est retiré d'une matrice et les forces de formage sont déchargées on a
des changements de forme élastiques, ou "retour élastique".
Essai de traction
Pour des raisons historiques et parce que le test est facile à réaliser, de nombreuses propriétés des
matériaux sont basées sur des mesures effectuées dans l'essai de traction. Une éprouvette de
traction est illustrée sur la figure 1.2. Ceci est typique d'un certain nombre d'éprouvettes
normalisées ayant une section parallèle, transversale réduite sur une longueur qui est au moins
quatre fois la largeur, w0. L'épaisseur initiale est t0 et la charge P sur l'échantillon à un instant
quelconque, est mesurée par une cellule de charge sur la machine d'essai. Au milieu de
l'échantillon, une jauge de longueur l0 est surveillée par un extensomètre et à tout instant la
longueur de la jauge actuelle est l et l'extension est l = l - l0. Dans certains tests, un
extensomètre transversal peut également être utilisé pour mesurer la variation de largeur, à savoir
w = w - w0. Pendant l'essai, la charge et l'extension seront enregistrées dans un système
d'acquisition de données et un fichier est créé ; ces données sont ensuite analysées et différents
diagrammes de propriétés des matériaux peuvent être créés.
6
Figure 1.2 : éprouvette d'essai de traction typique
Le diagramme charge-déplacement
La Figure 1.3 montre un diagramme typique de charge-déplacement pour un test sur un
échantillon d’acier de bonne formabilité. Le déplacement élastique est si faible qu'il ne peut être
vu. Le diagramme donne des informations importantes. Une caractéristique est la charge Py
(seuil initial), à laquelle une déformation plastique commence. Ce seuil initial est suivi d'une
région dans laquelle la déformation de l’éprouvette est uniforme et la charge augmente.
L'augmentation est due à l'écrouissage, qui est un phénomène observé dans la plupart des métaux
et alliages à l'état ductile : la dureté du matériau augmente avec la déformation plastique. Au
cours de cette partie de l'essai, la section transversale de l’éprouvette diminue tandis que la
longueur augmente ; un maximum est atteint lorsque l'effet d'écrouissage est juste compensé par
le taux de diminution de la section et la charge atteint un maximum Pmax. Au-delà de ce point, la
déformation dans la bande cesse d'être uniforme et la striction diffuse se développe dans la
section réduite jusqu'à ce que l’éprouvette soit rompue. L’allongement à cet instant lmax, est une
propriété de test de traction connu comme l'allongement total et peut être calculé par :
7
Figure 1.3 : diagramme charge-déplacement pour un essai de traction d'une tôle d'acier
d'emboutissage. Dimensions de l’éprouvette :l0 = 50, w0 = 12.5, t0 = 0.8mm.
8
La contrainte conventionnelle maximale est appelée la résistance à la traction et est calculée par :
Comme déjà indiqué, ce n’est pas la contrainte vraie à la charge maximale car la section n’est
plus A0. La déformation à la charge maximale est appelée déformation maximale uniforme, Eu.
Si on fait un zoom près de l'origine, la partie élastique de la courbe apparaitra, comme le montre
la figure 1.4b. La déformation au seuil initial, ey, est très faible, environ 0,1%. La pente de la
partie élastique de la courbe est le module d'élasticité, encore appelé module de Young :
Si
l’éprouvette est chargée au-delà de la limite élastique, une déformation plastique permanente
aura lieu ; Lors du déchargement, la déformation élastique disparait et la ligne de déchargement
est parallèle à la ligne de chargement élastique initial. Lorsque la charge est enlevée, Il y aura
une déformation plastique résiduelle, comme illustré à la figure 1.4b.
9
Figure 1.4:(a) courbe contrainte-déformation conventionnelle pour l’éprouvette de la figure 1.3.
(b) une partie initiale du diagramme montre le comportement élastique. (c) construction utilisée
pour déterminer la limite d'élasticité dans un matériau avec transition progressive entre
comportements élastique et plastique.
Où A est la section transversale actuelle. La contrainte vraie peut être déterminée à partir du
diagramme charge-déplacement, en utilisant le fait que la déformation plastique dans les métaux
et alliages se déroule sans aucun changement appréciable de volume. Le volume de la partie utile
de l’éprouvette est constant, c'est-à-dire :
Si, au cours de la déformation de l'éprouvette, la longueur entre repères augmente par une petite
quantité, dl, une définition appropriée de la déformation est que l'incrément de déformation est
l'extension par unité de longueur actuelle, c'est-à-dire :
10
Pour les très petites déformations, où l ≈ l0, l'incrément de la déformation est très semblable à la
déformation conventionnelle, mais pour les plus grandes déformations il y a une différence
significative. Si le processus de chargement continue uniformément dans un seul sens, comme
dans l'essai de traction, l'incrément de la déformation peut être intégré pour donner la
déformation vraie, c'est-à-dire :
On voit que la courbe contrainte-déformation vraie n'atteint pas un maximum, car l’écrouissage
continue, même si elle se produit à un taux décroissant avec la déformation. Lorsque la striction
commence, la déformation dans la longueur entre repères n'est donc plus uniforme et l'équation
11
(1.11) n'est plus valide. La courbe de la Figure 1.5 ne peut être calculée au-delà d’une
déformation correspondante à la charge maximale ; Cette déformation est appelée la déformation
uniforme maximale :
Lois de comportement
Si la contrainte vraie et la déformation vraie sont portées sur des échelles logarithmiques, comme
dans la figure 1.6, on aura la courbe typique de nombreux métaux en feuilles à l'état doux ou
recuit. A basse déformation dans le domaine élastique, la courbe est à peu près linéaire avec une
pente unité; ceci correspond à une équation pour le régime élastique sous forme de :
A des déformations plus élevées, cette courbe peut être approchée par une équation de la forme :
= K n (1.16a)
log = log K + n log (1.16b)
La courbe ajustée a une pente égale à n, appelé coefficient d’écrouissage, et une intersection de
logK à une déformation unité, à savoir lorsque ε = 1, ou logε = 0 ; K est un coefficient de
12
résistance. La loi en puissance (loi de Hollomon) ou l’équation empirique (1.16a) est souvent
utilisée pour décrire les propriétés plastiques des tôles d'acier à bas % de carbone.
Pour mieux fixer les idées, la figure 1.7 donne la représentation graphique d’une telle fonction
pour plusieurs valeurs de l’exposant n et la même valeur de K, choisie égale à 550 MPa, valeur
classique pour un acier doux.
Ludwik : = 0 + K n (1.17)
Swift : = K ( 0 + )n (1.18)
13
Il convient de rajouter ici une loi fort utile dans certains cas : c’est la loi de Norton-Hoff qui
prend également en compte la sensibilité à la vitesse de déformation, représentée par le
coefficient m. La vitesse de déformation est, quant à elle, symbolisée par . Cette loi prend la
forme d’une loi de Hollomon à laquelle s’ajoute la partie reliée à la vitesse de déformation :
= K n m (1.19)
Le coefficient m est rarement connu pour un acier, car il faut faire de nombreux essais à des
vitesses variables. Mais des études ont montré qu’il variait à l’inverse de la résistance à la
traction de façon très régulière. D’autres études ont également montré qu’il existait une
corrélation forte entre m et le coefficient d’écrouissage n.
D’autres lois font intervenir l’effet de la température. On peut citer la loi de comportement de
Johnson-Cook qui est communément utilisée et présente l’intérêt de regrouper l’ensemble des
sollicitations sous une même équation.
= A + B n 1 + C ln (
pour T T0 ) (1.20)
0
T − T0
m'
pour T0 T T f = A + B n
1 + C ln ( ) 1 −
(1.21)
0 T f − T0
Il existe aussi des lois avec saturation, c’est-à-dire qui tendent asymptotiquement vers une
contrainte de valeur finie pour les grandes déformations. On peut citer celle de Voce :
= 0 + sat (1 − )n (1.22)
L’anisotropie
Le processus de fabrication des tôles à froid (le laminage à froid et le recuit) permet d’orienter
d’une façon préférentielle les grains. Certaines directions particulières des cristaux de fer sont
alors statistiquement orientées selon le plan de la tôle, ou la direction de laminage. On dit alors
que la tôle a une texture, autrement dit qu’elle n’a pas les mêmes propriétés dans toutes les
14
directions. On parle alors d’anisotropie planaire, entre la direction épaisseur par rapport à celles
du plan de la tôle, et l’on parle alors d’anisotropie plastique ou encore d’anisotropie normale.
Baldwin a montré qu’au cours de l’essai de traction d’une tôle de cuivre il existait un rapport
constant entre la largeur et l’épaisseur, qu’il a appelé coefficient d’anisotropie normale. On
l’appelle couramment coefficient de Lankford (son mérite est d’avoir montré en 1949 son
influence sur l’emboutissage d’une pièce de carrosserie automobile). Il se définit simplement
Figure 1.8 : variation de la forme de la surface de charge en fonction de l’orientation par rapport
à la direction de laminage.
Le modèle de Coulomb
Le coefficient de frottement de Coulomb est le rapport entre la contrainte de cisaillement et la
contrainte de compression n normale à l’interface de contact :
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Corps de Von Mises k = σ0 Corps de Tresca k = σ0
√3 2
Le coefficient de Coulomb s’applique dans le cas d’emboutissage et aux procédés de mise en
forme où les conditions de lubrification sont favorables. Voici quelques valeurs typiques de
mesurées sur tribomètre :
- acier nu avec huile de protection classique : 0,10 à 0,15
- acier nu avec un très bon lubrifiant d’emboutissage : 0,05
- tôle électrozinguée avec huile de protection classique : 0,10 à 0,25
- tôle électrozinguée avec post-traitement : 0,05 à 0,10
- tôle prépeinte sèche : 0,15 à 0,45
- tôle prépeinte huilée : 0,02 à 0,05
Signalons que des coefficients très élevés (0,4 ou 0,5) sont rencontrés en emboutissage à chaud.
Le modèle de Tresca
Le coefficient de frottement de Tresca prend en compte la limite d’écoulement du métal. Il
permet de donner la contrainte de cisaillement dans la zone de contact indépendamment de la
contrainte normale.
17
2. Plasticité et viscoplasticité
2.1 Introduction
La théorie de la plasticité décrit les mécanismes de déformation plastique des solides
déformables, elle est basée sur des études expérimentales des relations entre les contraintes et les
déformations dans des conditions de chargement simples. La théorie décrite ici suppose un corps
plastique idéal pour lequel l'effet Bauschinger et les effets de taille sont négligés. La théorie est
également valable à des températures pour lesquelles la relaxation, le fluage, et les phénomènes
thermiques peuvent être négligés.
Premièrement, diverses mesures de contrainte et de déformation sont introduites. Ensuite, les
équations de la déformation plastique et les principes qui sont les bases de l'analyse sont décrits.
L'extension de la théorie de la plasticité à la théorie de viscoplasticité dépendant du temps est
aussi présentée.
18
Figure 2.1 : traction uniaxiale. (a) éprouvette de traction ; (b,c) courbes contrainte-déformation.
Lorsque la déformation est infinitésimale, où les produits des dérivées des déplacements peuvent
être négligés, nous ne faisons aucune distinction entre les deux. Dans la théorie de la déformation
infinitésimale, les contraintes et les taux des déformations (ou déformations infinitésimales) sont
exprimés par rapport à un système de coordonnées fixe dans la configuration matérielle à un
moment donné. En traction uniaxiale, ils sont définis par :
P
Contrainte = (2.1)
A
l
Taux de déformation = (2.2)
l
dl
Déformation infinitésimale d = (2.3)
l
où le point désigne la dérivée temporelle. La contrainte définie dans l'équation (2.1) est appelée
contrainte vraie ou contrainte de Cauchy. La quantité totale de la déformation est mesurée en
intégrant la déformation infinitésimale :
l l
= d = ln (2.4)
l0
l0
et est appelée déformation logarithmique ou déformation naturelle.
1 u x u y xy
xy = + =
2 y x 2
1 u y u z yz
yz = + = (2.6)
2 z y 2
1 u u
zx = z + x = zx
2 x z 2
19
où ui sont les composantes du vecteur vitesse et ij sont les composantes du tenseur taux de
ij =
1
(ui , j + u j ,i ) (2.7)
2
Le tenseur des contraintes de Cauchy ij où i, j = 1, 2, 3 ou x, y, z, est aussi symétrique et est
11 21 31 x yx zx
ij = 12 22 23 = xy y zy (2.8)
13 23 33 xz yz z
La contrainte peut également être spécifiée par les trois composantes principales, ou par les trois
invariants du tenseur. Les contraintes principales ( 1 , 2 , 3 ) sont les racines de l'équation
cubique :
3 − I 1 2 − I 2 − I 3 = 0 (2.9)
où I 1 , I 2 et I 3 sont des quantités indépendantes de la direction des axes choisis et appelées les
trois invariants du tenseur de contraintes ij . Ils sont définis par les relations :
I1 = x + y + z = 1 + 2 + 3
I 2 = −( x y + y z + z x ) + xy + yz + zx = −( 1 2 + 2 3 + 3 1 )
2 2 2
(2.10)
I 3 = x y z + 2 xy yz zx − x yz − y zx − z xy = 1 2 3
2 2 2
Une fonction de contraintes f ( ij ) est appelée fonction seuil (fonction de charge). L’adéquation
de tout critère de plasticité proposé doit être vérifiée par l'expérience. Pour les matériaux
isotropes, le critère de plasticité dépend seulement de l'amplitude des trois contraintes principales
et non pas de leurs directions. Ensuite, tout critère de plasticité peut être exprimé sous la forme :
f (I 1 , I 2 , I 3 ) = C (2.12)
Un fait expérimental est que le critère de plasticité d'un matériau est, en première approximation,
non affecté par une pression hydrostatique, ou une tension, il en résulte que le critère de
20
( )
plasticité dépend uniquement des composantes principales 1' , 2' , 3' du déviateur du tenseur
des contraintes.
ij' = ij − m ij (2.13)
où m =
1
( 1 + 2 + 3 ) est la composante hydrostatique du tenseur de contraintes et ij (=1
3
pour i = j et = 0pour i j ) est le symbole de Kronecker. Les principales composantes du
déviateur du tenseur des contraintes ne sont pas indépendantes, puisque 1' + 2' + 3' ( ) est
identiquement nulle. Le critère de plasticité se réduit donc à la forme :
f (J 2 , J 3 ) = C (2.14)
où (
J 2 = − 1' 2' + 2' 3' + 3' 1' ) et J 3 = 1' 2' 3'
Deux critères simples ont été largement utilisés pour l'analyse de la déformation des métaux :
Le critère de Tresca (critère de contrainte de cisaillement) donné en 1864 par :
1 − 3 = Cste (2.15)
Il peut également être écrit sous la forme de l'équation (2.14) en termes de J 2 et J 3 , mais le
résultat est complexe et pas très utile.
Critère de Von Mises
Ce critère indique que l’écoulement plastique se produit lorsque J 2 atteint une valeur critique,
ou, en d'autres termes, que la fonction de charge f de l'équation. (2.14) ne comporte pas J 3 . Il
( 1 − 2 ) + ( 2 − 3 ) + ( 3 − 1 ) = 6 k
2 2 2 2
(2.16)
( x − y ) + ( y − z ) + ( z − x ) + 6 ( xy + yz + zx ) = 6 k
2 2 2 2 2 2 2
Où k est un paramètre de régulation de de l'échelle des contraintes et dépend des propriétés du
matériau. La constante dans les équations (2.15) et (2.16) peut être déterminée à partir des états
simples, comme en traction uniaxiale. A l’écoulement plastique en traction simple, 1 = Y et
1 − 3 = Y
(2.17)
( 1 − 2 ) + ( 2 − 3 ) + ( 3 − 1 ) = 2Y
2 2 2 2
Le paramètre k dans l'équation (2.16) peut être identifié comme étant la limite d'élasticité en
21
Figure 2.2 : (a) représentation géométrique du seuil plastique dans l’espace ( 1 , 2 , 3 ), (b) Lieu
géométrique de l’écoulement plastique pour le critère de l'énergie de distorsion et le critère de
contrainte de cisaillement maximal sur le plan dont l'équation est 1 + 2 + 3 = 0
22
où n j est le vecteur unitaire de la normale extérieure à la surface. En écrivant l’équation (2.19),
(dy / dl , dx / dl ) .
où V est le volume du corps et S est la surface. Puisque ij est symétrique, l’équation (2.21) peut
V
ij ij dV = F j w j dS
S
(2.22)
23
La loi de Hooke est bien connue pour décrire les relations entre les contraintes et les
déformations correspondantes dans le régime élastique. Lorsque les déformations passent au
régime plastique, les relations entre contraintes et déformations plastiques sont calculées en
utilisant le concept de potentiel plastique.
Les rapports des composantes du taux de déformation plastique ijp (ou déformation plastique
g
ijp = h f (2.23)
ij
g
ou d ijp = hdf (2.24)
ij
où g et h sont des fonctions scalaires des invariants du tenseur déviateur des contraintes et f est la
fonction de charge (seuil d'écoulement) (si f = 0 , chargement neutre et f 0 , déchargement).
où ou d est une constante de proportionnalité positive, étant égal à hf ou hdf . L’équation
Condition de normalité
Le vecteur vitesse de déformation plastique peut être représenté dans le même espace des
contraintes ( 1 , 2 , 3 ) par un vecteur libre, où le facteur G est introduit pour obtenir la
dimension de contrainte. Ce vecteur se situe dans le plan puisque 1 + 2 + 3 = 0 (pas de
changement de volume).
24
Comme f / ij , sont les cosinus directeurs de la normale extérieure à la surface de charge
( ,
'
1
'
2 )
, 3' dans le plan .
Equation de Prandtl-Reuss et Levy-Mises
Avec la fonction de charge donnée par f ( ij ) = ij' ij' , l’équation (2.16a) et l’équation (2.25)
1
2
deviennent :
ijp = ij' ( d ijp = ij' d ) (2.26)
f f kl'
Puisque = = ij' . L’équation (2.26) peut être écrite sous la forme :
ij kl' ij
= = = = = = Cste (2.27)
'x 'y 'z 2 'xy 2 'yz 2 'zx
En combinant les composants de la vitesse de la déformation élastique et celles de la déformation
plastique, selon ij = ije + ijp , nous obtenons les équations de Prandtl-Reuss pour les solides
élasto-plastiques :
1 1 − 2
ij = ij' + ij + ij m (2.28)
2G E
Où G, E et sont le module de cisaillement, le module de Young et coefficient de Poisson,
respectivement.
Pour les matériaux rigides plastiques, l'hypothèse faite est ij ijp , et les équations Levy-Mises
2
(ij ij )2
1
= (2.37)
3
Sous la forme non abrégée, l’équation (2.37) peut s’écrire :
4
26
3. Simulation des instabilités plastiques en emboutissage et courbes
limites de formage
Dans les tôles minces, la striction, est un phénomène d’instabilité plastique pouvant survenir
au cours d’une opération de mise en forme par emboutissage. La prédiction de ce phénomène qui
peut engendrer des processus d’endommagement rendant la structure inacceptable, semble
nécessaire. Actuellement, nous disposons d'outils de simulation numérique performants pour les
opérations de mise en forme, cependant ils ne permettent pas la prédiction de ces instabilités.
Pour pallier à cela, plusieurs critères d’instabilités plastiques ont été développés.
Nous présentons ici une simulation numérique de ce phénomène d’instabilité en considérant un
matériau anisotrope obéissant au critère de plasticité de Hill et une loi d’écrouissage isotrope.
Les résultats sont donnés en termes de courbes limites de formage (CLF).
A un stade donné du chargement, la déformation se localise dans une zone tandis que le reste de
l’éprouvette ne se déforme plus. Ceci est montré par le suivi de l’évolution de la déformation
plastique équivalente au cours du chargement.
Les CLF obtenues par simulation numérique sont comparées à celles données par le critère de
Marciniak-Kuczynski et celui de Swift pour différentes valeurs du coefficient d'anisotropie.
3.1 Introduction
A certains stades avancés de la déformation plastique, le comportement du matériau devient
instable, ce qui conduit souvent à un régime de déformation localisée. L'exemple le plus
classique d'instabilité est la striction en traction uniaxiale, qui se développe généralement
lorsqu'on s'approche de la rupture.
Dans l'étude des instabilités plastiques, il existe deux types de modèles :
Les modèles de bifurcation de la déformation qui supposent que le matériau est initialement
homogène et que la condition d'apparition de l'instabilité plastique découle uniquement des
relations décrivant le comportement du matériau.
Les modèles de localisation de la déformation qui supposent que le matériau est initialement
hétérogène, c'est à dire qu'il présente un défaut initial de nature géométrique, mécanique ou
métallurgique. Ces modèles sont essentiellement utilisés pour l'étude de la striction localisée.
En 1885, Considère a proposé un critère de force maximale pour une éprouvette en traction
uniaxiale [1]. En 1952, Swift a repris le critère de force maximale de Considère pour prédire
l'apparition de la striction dans les tôles minces [2]. Hill a proposé le premier critère de striction
localisée [3]. Cette striction se développe en épaisseur suivant une ligne, d'extension nulle,
inclinée par rapport à l'axe de sollicitation. En 1967, Marciniak et kuczynski ont proposé un
27
modèle à deux zones, chacune homogène mais d'épaisseurs différentes [4]. La zone de sous
épaisseur a été supposée perpendiculaire à la direction de plus grande contrainte. Cette hypothèse
a limité l'étude de la striction dans le domaine de l'expansion. En 1978, Hutchinson et Neale ont
généralisé ce modèle pour permettre la prédiction de la striction aussi bien en rétreint qu'en
expansion, en supposant la bande de sous épaisseur inclinée par rapport aux directions
principales des contraintes [5].
En 1965, Keeler a présenté le premier concept de Courbe Limite de Formage (CLF) [6]. C’est un
diagramme qui représente le lieu de l’apparition de la striction dans le plan des déformations
principales lors d’une opération d’emboutissage. Au fil des années, La CLF est devenue un outil
constructif pour caractériser la formabilité des tôles voire indispensable pour la sélection du
matériau, la conception et l'essai des outils d’emboutissage profond. C’est pourquoi, plusieurs
travaux de recherche ont été consacrés à la prédiction de tels diagrammes en prenant en compte
la théorie de plasticité. Des équations constitutives appropriées, capables de décrire avec une
bonne précision le comportement plastique, l’écrouissage et l’anisotropie du matériau ont été
considérées [7].
Dans ce qui suit, nous présentons deux critères d'instabilités plastiques pour prévoir l'apparition
de la striction. Le premier critère est celui de Swift. Le deuxième critère est celui de Marciniak-
Kuczynski qui est essentiellement utilisé pour l'étude de la striction localisée.
Pour examiner la validité de ces modèles, nous avons fait une simulation numérique à l'aide du
code de calcul ABAQUS. Les résultats seront donnés sous forme de courbes limites de formage
(CLF), représentant les déformations principales à la striction pour différents trajets de
chargement.
l2 e
1
F1
l1
d1p = et d p2 = (3.6)
1 eq 2 eq
En négligeant la déformation élastique devant celle plastique, l’équation (3.5) peut s’écrire :
eq 2
2
d
deq = 1 + eq
2 eq (3.7)
1 2 eq
L’équivalence du travail plastique est définie par :
eq d eq = 1d 1 + 2 d 2 (3.8)
En combinant les équations (3.7) et (3.8) et en tenant compte de l’équation (3.6), la condition
d’instabilité devient :
2 2
1 eq + 2 eq
d eq 2
= 1 (3.9)
eq d eq
1 eq + 2 eq
1 2
On considère une loi d’écrouissage isotrope donnée par :
eq = K eq
p
( ) n
(3.10)
où eqp est la déformation plastique équivalente, n est le coefficient d'écrouissage, n et K sont des
eq = 1 − 1 2 + 2
2 2 2
(3.11)
( )
1
= 2 − + 2 + 2
eq
2
xx xx yy yy xy
2r 1 + 2r
avec = , =2 où r est le coefficient de Lankford caractérisant l’anisotropie
1+ r 1+ r
normale. En considérant un chargement radial :
2
= (3.12)
1
l’équation (3.11) devient :
eq = (1 − + 2 )2 1
1
(3.13)
La loi de l’écoulement plastique permet d’en déduire les déformations 1 et 2 à l'instabilité, soit :
4 n ( 1 − / 2 )( 1 − + 2 )
=
1 4 − ( 4 − 2 )( + 2 ) + 4 3
(3.16)
= 4 n ( − / 2 )( 1 − + )
2
2 4 − ( 4 − 2 )( + 2 ) + 4 3
30
1
r=
r = 1,5 1
r=2
2
e t
2
n
e
1
b a
La bande b est inclinée d’un angle, initialement 0, par rapport à la direction principale e1. La
tôle est soumise à un état plan de contraintes. On impose un trajet de chargement radial dans la
zone a ( 2 = 1 ). Le facteur qui caractérise le défaut géométrique est f = e b / e a initialement
f0 = e0b / e0a . La striction aura lieu lorsque la déformation se localise dans la zone b. 0
l2a l2a
tg = a
( ) (
= a exp 2a − 1a = tg0 exp 2a − 1a ) (3.17)
l1 l1 0
L’évolution de l’angle au cours de la déformation est donnée par :
(
d = cos sin d 2a − d 1a ) (3.18)
31
L’évolution du défaut géométrique est donnée par :
(
df = f d 3b − d 3a ) (3.19)
Le tenseur des contraintes dans la zone a et dans la zone b s’écrivent respectivement dans le
repère principal ( e1 , e2 , e3 ) et dans le repère ( t , n , e3 ) :
1a 0 0
a = 0 2a 0 (3.20)
0 0 0
/ (e1 ,e 2 ,e3 )
tta tna 0
a a
= tn nn
a
0
0 0 0
/ (t ,n ,e3 )
(3.21)
ttb tnb 0
b = b b 0
tn nn
0
0 0
/ (t ,n ,e3 )
La compatibilité des déformations entre les deux zones a et b est donnée par :
tta = ttb (3.24)
On fixe un trajet de chargement et une orientation initiale 0. En combinant les différentes
conditions et la loi de comportement dans les deux zones, on aboutit à des systèmes d’équations
différentielles qui sont résolus par la méthode de Runge Kutta à l’ordre 4. Parmi toutes les
valeurs de 0 on choisit celle qui minimise la charge à l’instabilité. L’instabilité sera atteinte
lorsque toute la déformation plastique se localise dans la zone b. Pour cela on s’intéresse à
l’évolution du rapport d eqpa / d eqpb . Au départ ce rapport est voisin de un, il diminue au cours du
chargement et il arrive un moment où cette diminution devient rapide (figure 3.4). On dira que la
striction est apparue lorsque ce rapport atteint une valeur critique, par exemple 10-1.
32
d eqpa / d eqpb
=1
=0
=0,5
d eqpa
1
r=1
r = 1,5
r=2
2
33
4 mm
Y
S 13 14 15 16
y
m
é 9 10 11 12
t 4 mm
r
i 5 6 7 8
e
/
1 2 3 4
Y
Symétrie / X X
eq
2.5
1 : élément 1 1
2 2 : éléments 2 et 5
3 : élément 16
1.5 2
3
0.5
0 t
0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8 0.9 1
Figure 3.7 : Evolution de la déformation équivalente au cours du chargement pour les éléments
1, 2, 5 et 16
principales 1 et 2 à cet instant sont alors celles correspondants à l'instabilité. Ce traitement est
34
fait pour différents trajets de chargement. Ainsi, on obtient la courbe limite de formage (figure
3.8).
1
r=1
r = 1,5
r=2
2
Pour étudier l'influence du nombre d'éléments sur les CLF obtenues par simulation numérique
sur ABAQUS, nous représentons sur la figure 3.9, les CLF obtenues en discrétisant le domaine
en quatre, seize et vingt-cinq éléments CP4R pour un coefficient d’anisotropie r = 1 . On observe
une légère différence entre la courbe correspondant à 4 éléments et celles relatives à 16 et 25
éléments lorsqu’on s’approche de l’expansion equibiaxiale.
1
25
4 élém.
élém.
16
élém.
2
Sur la figure 3.10, nous comparons les CLF obtenues par simulation numérique sur ABAQUS et
celles données par les critères de Marciniak-Kuczynski et de Swift pour différentes valeurs du
35
coefficient d'anisotropie. Les CLF obtenues par ABAQUS et celles données par le critère de
Marciniak-Kuczynski ont la même allure. Ce qui est intuitif puisque dans les deux cas on simule
la striction localisée. Les CLF obtenues par le critère de Swift correspondent à la striction
diffuse. En mode de déformation plane (𝜀2 = 0), le critère de swift prédit l’instabilité pour une
déformation principale 𝐹𝐿0 = 𝜀1 = 𝑛 . Pour le critère de Marciniak-Kuczynski, l’influence de la
taille du défaut initial sur la CLF a été étudiée et nous avons remarqué que le défaut initial
diminue la valeur 𝐹𝐿0. Quand le défaut initial tend vers zéro, 𝐹𝐿0 tend vers n.
1 a 1 b
Swift Swift
M-K M-K
Abaqus
Abaqus
2 2
Figure 3.10 : CLF selon ABAQUS (élément CP4R) et selon les deux critères
(a : r=1,5 et b : r=2)
3.5 Conclusion
Les critères d’instabilités plastiques sont des outils simples qui permettent de prédire la
striction au cours d'une opération de mise en forme par déformation plastique. Il serait donc
intéressant de les intégrer dans les codes de calcul et de simulation des opérations de mise en
forme par déformation plastique.
Les CLF obtenues par simulation numérique sont proches de celles de Marciniak-Kuczynski. En
effet ces deux modèles simulent l'apparition de la striction localisée. Dans ce cas, le coefficient
d’anisotropie r a une influence sur les CLF dans le domaine de l’expansion et n'a pas d'influence
dans le domaine du rétreint.
Le modèle de Swift simule l'apparition de la striction diffuse. Dans ce cas, le coefficient
d’anisotropie r a une influence sur les CLF dans le domaine du rétreint et n'a pratiquement
aucune influence dans le domaine de l’expansion.
Toutes ces CLF peuvent être approchées par des représentations analytiques ce qui faciliterait
leur implémentation dans les codes de simulations numériques des opérations de mise en forme
pour prédire l’apparition d’éventuelles instabilités plastiques. Ces représentations analytiques
36
permettront de contrôler la faisabilité de l’opération de mise en forme à chaque incrément de la
déformation plastique sans aucune augmentation notable du temps de calcul.
Références
[1] A. Considère, Mémoire sur l'emploi du fer et de l'acier dans les constructions, Anales des
ponts et chaussées, V9, 1885, PP 574
[2] H. W. Swift, Plastic instability under plane stress, J. of Mech. and Phys. Solids, V1, 1952, PP
1-18.
[3] R. Hill, On discontinuous plastic states with special reference to localized necking in thin
sheets, J. of Mech. and Phys. Solids, V1, 1952, PP. 19-30.
[4] Z. Marciniak, K. Kuczynski, Limit strains in the processes of stretch forming sheet metal, Int.
J. Mechanical Sciences, V9, 1967, PP 609-612.
[5] J. W. Hutchinson, K. W. Neale, Sheet necking, Mechanics of sheet metal forming, New
York, Plenum Press, 1978, PP 215-280.
[6] [Link], Determination of the forming limits in automotive stamping, Sheet Metal
Industries 42, 1965, PP 683-703.
[7] M. C. Butuc, F. Barlat, J. Gracio, A. Barata da Rocha, A new model for FLD prediction
based on advanced constitutive equations, Int J Mater Form (3), 2010, 191–204.
37
4. Méthode des tranches
4.1 Présentation de la méthode
C’est par essence une technique de calcul des contraintes (figure 4.1).Les hypothèses sont
les suivantes, dans le cas du laminage :
Les axes principaux des contraintes sont les axes privilégiés de la géométrie de l’opération (Ox
est la direction de laminage, Oy est la direction transversale, Oz est la droite joignant les axes des
cylindres). Donc, dans le repère Oxyz, le tenseur des contraintes s’écrit sous la forme simple :
xx 0 0
= 0 yy 0 (4.1)
0 0 zz
Figure 4.1 : Principe de la méthode des tranches : découpage de l’emprise en tranches verticales
d’épaisseur infinitésimale dx et bilan des forces appliquées sur les faces
Il en est de même pour les déformations. On dit qu’une tranche verticale reste une tranche
verticale. La déformation est plane, c’est-à-dire que yy = 0 : il n’y a pas d’élargissement. On
yy =
1
2
( xx + zz ) (4.2)
Les contraintes et les déformations sont homogènes en z (et en y, aussi), c’est-à-dire que xx et
zz ne dépendent que de x. On néglige les forces de masse et d’inertie. Si l’on reporte ces
hypothèses dans les équations d’équilibre, il reste :
d xx
=0 ou xx = consante (4.4)
dx
L’absence de cisaillement interne ne doit pas nous faire oublier qu’il existe à la surface une force
de cisaillement, le frottement. Cela revient à dire que xz varie, mais discontinûment, avec z :
xz = en z = h/2
(4.5)
xz = 0 pour - h/2 z h/2
Cette discontinuité nous force à reprendre l’analyse des équations sous forme intégrée en z. Pour
cela, on considère une tranche verticale, où, du fait des hypothèses précédentes, les contraintes
sont constantes. On fait l’inventaire des forces qui lui sont appliquées (figure 4.1) et, en écrivant
l’équation classique F = m = O pour cette tranche, on obtient une équation d’équilibre
simplifiée, qui est une équation différentielle ordinaire du premier ordre, dont les coefficients
sont des fonctions connues de x. La résolution en est facile (méthode de Runge-Kutta le plus
souvent: méthodes numériques de base). On obtient ainsi une des contraintes xx ou zz , le
critère de plasticité (4.3) permet d’en déduire la seconde, et la relation (4.2) la troisième.
On obtient enfin l’effort et le couple de laminage par intégration:
L
dx
F = zz (4.6)
O cos
L
dx
C = R (4.7)
O cos
39
v 2 − vc
G= (4.8)
vc
Cela a, sur le plan mécanique, une conséquence importante. Près de l’entrée d’emprise, le
produit avance moins vite que les cylindres. Le frottement tend à l’entraîner vers l’aval : on dit
qu’il est moteur. Mais près de la sortie, c’est le produit qui se met à aller plus vite. Il est donc
freiné par le cylindre (frottement résistant). Il y a donc changement du signe de .
Dans le cas des géométries très minces (laminage à froid par exemple), la vitesse est constante
par tranche d’abscisse x. En écrivant l’incompressibilité de la déformation plastique (c’est-à-dire
la constance du débit volumique) :
v1 h1 = vc h c = v2h 2 (4.9)
On définit une épaisseur hc, qui correspond à un point C appelé point neutre, où la vitesse du
produit égale celle du cylindre et où change de signe.
En fait, dans le cas des produits épais, on peut imaginer une situation où une zone à glissement
nul ( v = v c )d’extension non nulle, occupe une partie de l’emprise. Par analogie, on l’appellera
zone neutre. Dans cette approche par la méthode des tranches, on se placera dans le cadre de la
première hypothèse (point neutre et non pas zone neutre).
40
d(h xx ) 2 tan −
= −2 xx − 0 (4.14)
dx 3 1 + tan
Après le point neutre, change de signe. L’équation d’équilibre s’écrit :
d(h xx ) 2 tan +
= −2 xx − 0 (4.15)
dx 3 1 − tan
avec h = h 2 + 2R (1 − cos ) .
Il convient d’ajouter à cette équation d’équilibre ses conditions aux limites :
F1 F2
xx = en entrée et xx = en sortie (4.16)
S1 S2
avec F1 et F2 forces de tension amont et aval, S1 et S2 aires des sections d’entrée et de sortie du
produit.
h
L’angle d’attaque = est en général assez petit; c’est toujours le cas en laminage à froid,
R
c’est moins vrai en laminage à chaud ; mais cette hypothèse est néanmoins souvent faite, du fait
de la considérable simplification qu’elle introduit. On va exprimer l’équation (4.14) en fonction
d zz
d 20 / 3 − 2R ( )
= (4.18)
zz h 2 + R 2
20 / 3
qui s’intègre en :
zz h R R
= −B exp 2 arctan (4.19)
20 / 3 R h2 h 2
avec B constante d’intégration.
Or à l’entrée :
20 F1 20 2
zz = xx − = − = T1 − 0 (4.20)
3 S1 3 3
et en sortie :
41
F2 20 2
zz = − = T2 − 0 (4.21)
S2 3 3
T1 et T2 représentant les contraintes de tension amont et aval. On peut donc tracer, en tenant
compte des conditions aux limites (figure 1), les deux courbes:
𝜎− ℎ 𝑅 𝑅 𝑅
Σ−
𝑧𝑧 = 2𝜎0
𝑧𝑧
= − ℎ 𝑒𝑥𝑝 [2𝜇√ℎ (− 𝑎𝑟𝑐𝑡𝑎𝑛 (√ℎ 𝜃) + 𝑎𝑟𝑐𝑡𝑎𝑛 (√ℎ 𝛼))]
−𝑇1 1 2 2 2
√3
(4.22)
𝜎+ ℎ 𝑅 𝑅
Σ+
𝑧𝑧 = 2𝜎0 𝑧𝑧
= − ℎ 𝑒𝑥𝑝 [2𝜇√ℎ 𝑎𝑟𝑐𝑡𝑎𝑛 (√ℎ 𝜃)]
−𝑇2 2 2 2
√3
Leur intersection est le point neutre, donné par N (xn) tel que :
20
− T2
R R R R 1 h1 3
2 arctan N = arctan − ln (4.23)
h2 h 2 2 2
h2 h2
h2 0
− T1
3
(Sigma)
20
μ=0,1 μ=0,1 μ=0,15 μ=0,15 μ=0,19 μ=0,19
18
16
14
12
10
0
-12 -11 -10 -9 -8 -7 -6 -5 -4 -3 -2 -1 0
Distance x
h1=1mm, h2=0,6mm, R=300mm, T1=T2=10MPa, 0=300MPa, alfa=2,09°, R*Alpha=10,96mm
42
- le point neutre se déplace vers la sortie ; une contre traction excessive peut donc conduire au
patinage, quand N devient égal à 0 (point neutre en sortie, ou même virtuel, après la sortie) ;
- l’effort diminue ;
- le couple augmente, puisque la contribution négative (après le point neutre) diminue.
L’inverse se produit pour une traction aval ; le point neutre se déplace vers l’entrée, l’effort et le
couple de laminage diminuent.
R R R R R R h Rh L
2 arctan N 2 arctan 2 2 2 (4.24)
h2 h2 h2 h2 h2 h2 R h2 h2
L
Le facteur h est donc capital pour le caractère plus ou moins pointu » de la colline de
2
frottement.
Un autre point important vient de ce qu’en laminage c’est le frottement qui entraîne le produit
dans l’emprise. Pour que le produit s’engage, il faut que la résultante des forces qui lui sont
appliquées soit dirigée vers l’aval. Considérons (figure 1) la tranche située en entrée (angle ) :
h
Comme tan , elle est d’autant plus contraignante que Δh est plus grande et que les
R
cylindres sont petits.
Une fois le produit engagé, on estime que la condition de non-patinage est:
1
tan (4.26)
2
condition moins difficile à réaliser
43
sur laquelle il faut intégrer les contraintes. On aurait donc intérêt à laminer avec de petits
cylindres. Mais :
h
- l’angle d’attaque = serait alors très grand en laminage à chaud de produits épais ; il y
R
aurait refus d’engagement et patinage ;
- les déflexions élastiques du cylindre qui conditionnent la tenue des tolérances géométriques
(profil et planéité pour les tôles et les bandes) seraient inacceptables.
D’où le compromis consistant à laminer avec des cylindres de travail de taille juste suffisante
pour un bon engagement, que l’on renforce par des cylindres d’appui de plus grande taille pour
limiter les flexions élastiques.
4.2.7 Déformation
Par hypothèse, la déformation est homogène dans une tranche verticale et vaut :
2 h1
( x ) = ln
3 h ( x )
(4.27)
Références bibliographiques :
[1] :Dorel Banabic, “ Sheet Metal Forming Processes Constitutive Modelling and Numerical
Simulation », Springer-Verlag Berlin Heidelberg, 2010.
[2] : Alain Col, “l’emboutissage des aciers », Dunod, Paris, 2010.
[3] : Z. Marciniak, J.L. Duncan, S.J. Hu, “Mechanics of Sheet Metal Forming”, Elsevier Science,
Second edition published by Butterworth-Heinemann, 2002.
[4] :Shiro Kobayashi, Soo-Ik Oh, Taylan Altan, “Metal forming and the finite element method”,
Oxford university press, 1989.
[5] : William F. Hosford, Robert M. Caddell, “Metal forming : Mechanics and Metallurgy”,
Cambridge University Press, 2007.
[6] : Jean Courbon, “Théorie de la plasticité », Techniques de l’Ingénieur, traité Sciences
fondamentales, A 350 –1 à 20.
[7] : Alain Col, « Emboutissage des tôles : Importance des modes de déformation », Techniques
de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques, M 3 180 –1 à 20.
[8] : Pierre Montmitonnet, « Laminage : Objectifs et modélisation », Techniques de l’Ingénieur,
traité Matériaux métalliques, M 3 065 – 1 à 12.
44