Analyse de texte : Approche croisée
linguistique et littéraire
Introduction théorique
Dans ce cours, nous abordons l’analyse de texte avec une approche croisée mêlant linguistique
et études littéraires. Qu’il s’agisse d’un texte littéraire (roman, théâtre, etc.) ou d’un texte
discursif (discours politique, éditorial, essai), nous partons du principe que tout texte est un
discours produit dans un contexte donné. Les outils de la linguistique (analyse du discours,
stylistique, pragmatique…) et ceux de la critique littéraire (narratologie, rhétorique,
herméneutique…) peuvent ainsi se compléter pour enrichir l’interprétation. Comme l’explique
le linguiste Dominique Maingueneau, l’analyse du discours littéraire repose sur un double
postulat : « le discours est “un” » – c’est-à-dire que toute énonciation, littéraire ou non, peut
être étudiée avec un même réseau de concepts – et la diversité irréductible des modes
d’expression selon les genres. En somme, un texte littéraire et un texte argumentatif obéissent
à des logiques communes (ils mobilisent tous deux un locuteur, un auditoire, une visée
communicative) tout en relevant de conventions et de genres différents.
I- Types de discours
On peut classer les textes en plusieurs types de discours selon l’intention de communication
dominante. En français, on distingue classiquement cinq types principaux : narratif, descriptif,
argumentatif, explicatif et injonctif. Un même texte mêle souvent plusieurs de ces modes,
mais identifier le type dominant aide à adapter l’analyse. Par exemple :
Un discours narratif vise à raconter des événements (typiquement un extrait de roman
ou de nouvelle) ; il comporte des personnages, une succession d’actions inscrites dans
le temps, souvent repérable à l’usage de verbes d’action au passé ou au présent narratif.
Un discours descriptif vise à montrer ou dépeindre une scène, un lieu, un objet ou un
personnage ; il s’organise plutôt dans l’espace, avec un vocabulaire sensoriel, des verbes
d’état ou de perception, et souvent des temps comme l’imparfait pour installer une
image dans la durée.
Un discours explicatif (ou informatif) cherche à faire comprendre une idée ou un
processus ; le ton est neutre, didactique, avec un lexique technique précis et des
connecteurs logiques, fréquemment au présent de vérité générale.
Un discours argumentatif cherche à convaincre ou persuader le destinataire d’une
thèse à l’aide d’arguments et d’exemples. On y repère une prise de position de l’auteur
(thèse explicite ou implicite), des connecteurs logiques marquant la cause, la
conséquence, l’opposition, etc., ainsi que des marques de jugement ou modalisation.
Un discours injonctif vise à influencer l’action du destinataire par des ordres, conseils
ou instructions. Il se caractérise par l’usage de l’impératif ou du subjonctif, et un
vocabulaire de l’obligation ou de l’appel.
Remarque : Un texte littéraire peut comporter des segments narratifs, descriptifs et parfois
argumentatifs (ex. un narrateur qui porte un jugement). Un texte discursif non littéraire
(discours politique, article d’opinion…) relèvera surtout de l’argumentatif, mais pourra utiliser
des passages narratifs (anecdotes), descriptifs (peindre une situation) ou explicatifs (fournir des
données). L’analyste doit donc repérer ces modes de discours intégrés au texte et voir comment
ils servent l’objectif global.
II- Notions clés pour l’analyse
Plusieurs notions clés servent de points d’ancrage théoriques communs à l’analyse linguistique
et littéraire. Parmi celles-ci : l’énonciation, l’ethos, le pathos, le logos, ainsi que la notion de
style. Ces concepts permettront d’examiner aussi bien la voix qui parle dans le texte (qui
énonce?) que la manière dont elle cherche à agir sur le destinataire (persuader, émouvoir…) et
les traits formels du texte.
Énonciation : En linguistique, l’énonciation désigne l’acte de produire un énoncé dans
une situation donnée. Émile Benveniste a défini l’énonciation comme « cette mise en
fonctionnement de la langue par un acte individuel d’utilisation », par opposition à
l’énoncé qui est le produit linguistique fini. L’étude de l’énonciation s’intéresse aux
traces du locuteur dans le texte, c’est-à-dire aux marques de subjectivité qu’il y
imprime. Selon Kerbrat-Orecchioni, cela revient à examiner « les procédés
linguistiques (shifters, modalisateurs, termes évaluatifs, etc.) par lesquels le locuteur
imprime sa marque à l’énoncé, s’inscrit dans le message […] et se situe par rapport à
lui ». Autrement dit, on analysera qui parle (l’auteur ? un narrateur ? un personnage ?),
à qui (destinataire explicite ou implicite), d’où et quand (cadre spatio-temporel de
l’énonciation), et quelles marques linguistiques révèlent cette situation d’énonciation
(pronoms “je/nous/il”, déictiques comme “ici/maintenant”, modalisateurs indiquant
l’attitude du locuteur, etc.). L’énonciation est cruciale pour comprendre la voix du texte
et son point de vue. Par exemple, dans un roman, l’énonciation inclut la position du
narrateur (interne/externe, omniscient ou limité) et sa fiabilité, tandis que dans un
discours politique, l’énonciation met en jeu l’image que l’orateur construit de lui-même
et la relation qu’il instaure avec le public (distance ou familiarité, autorité ou
connivence).
Ethos, Pathos, Logos : Ces trois notions viennent de la rhétorique aristotélicienne et
décrivent trois piliers de la persuasion dans tout discours argumentatif. Ethos renvoie
à l’image de soi que le locuteur projette dans le discours (son caractère, sa crédibilité),
Pathos aux émotions qu’il cherche à susciter chez le destinataire, et Logos à
l’argumentation logique, la structure rationnelle du propos. L’ethos est lié à la personne
de l’orateur ; c’est « l’image que le locuteur construit, délibérément ou non, dans son
discours, [et] qui constitue un composant de la force illocutoire ». En d’autres termes,
l’ethos est la façon dont un auteur/orateur se met en scène dans son texte pour gagner
la confiance de son audience – par son ton, son style, son statut, ses valeurs affichées.
Le pathos, lui, consiste à faire appel aux émotions du public : « le pathos, ne l’oublions
pas, est l’effet émotionnel produit chez l’allocutaire ». Un discours riche en pathos
cherchera à émouvoir – par des anecdotes poignantes, un lexique affectif, des images
frappantes – afin de persuader par le cœur autant que par l’esprit. Enfin, le logos désigne
l’argumentation rationnelle : c’est l’appel à la logique, aux faits et à la raison. « Le
logos […] concerne tous les traits d’un discours liés au raisonnement. Il va chercher à
démontrer par la rationalité ». Un texte use du logos en s’appuyant sur des preuves, des
données, des enchaînements logiques solides pour convaincre l’intelligence du lecteur.
Dans une analyse de texte, ces trois dimensions offrent une grille de lecture puissante :
on examinera comment le texte établit la crédibilité de sa voix (ethos), comment il
touche la sensibilité (pathos) et quelle est la charpente argumentative ou narrative qui
porte le message (logos). Ces éléments se retrouvent tant dans les discours politiques ou
essais (où ils sont souvent explicites) que dans les œuvres littéraires (où, par exemple,
un narrateur peut construire un ethos de narrateur fiable ou ironique, susciter le pathos
via l’identification aux personnages, etc.).
Figure : Le triangle rhétorique illustrant l’équilibre entre les trois modes de persuasion – ethos
(crédibilité de l’orateur), pathos (émotion suscitée) et logos (raisonnement logique). Un
discours efficace tend à mobiliser ces trois appels de manière complémentaire.
Style : En linguistique comme en littérature, le style se définit de manière générale
comme la manière caractéristique dont un texte est énoncé. Laurent Jenny rappelle
que « Le style n’est pas une donnée propre à la littérature. Il marque […] toutes les
productions esthétiques. […] Aucune activité humaine n’échappe au style ». En analyse
de texte, on s’intéresse plus spécifiquement au style linguistique de l’auteur ou du texte,
c’est-à-dire l’ensemble de ses choix d’expression qui le rendent distinctif. Le style
comprend par exemple le registre de langue (soutenu, courant, familier…), le champ
lexical dominant (vocabulaire concret vs abstrait, technique vs poétique, etc.), la
syntaxe (phrases longues et complexes ou courtes et percutantes), le rythme et la
sonorité (allitérations, assonances, rythme binaire ou ternaire…), les figures de style
(métaphores, métonymies, hyperboles, anaphores, etc.) et plus largement la tonalité
générale (ironique, pathétique, épique, didactique, satirique, etc.). Le style est
l’empreinte de l’auteur dans le texte, mais aussi un moyen au service du sens : chaque
procédé stylistique a des effets sur le lecteur qu’il convient d’analyser. Par exemple, un
texte littéraire moderniste pourra se distinguer par un style très métaphorique et des
narrations éclatées, tandis qu’un éditorial de presse use d’un style plus direct et
polémique. À niveau Master, l’analyse stylistique devient fine : il ne s’agit plus
seulement de repérer des figures, mais d’expliquer comment « le style [est] l’homme
même » (Buffon), c’est-à-dire comment les choix d’écriture construisent une vision du
monde ou renforcent l’argumentation du discours.
En synthèse, cette introduction théorique a posé les bases conceptuelles communes à l’analyse
linguistique et littéraire : identification du type de discours, étude de l’énonciation (qui parle,
dans quelles conditions), examen de l’ethos, du pathos et du logos pour cerner les stratégies de
persuasion ou d’effet, et appréciation du style en tant que réalisation formelle et esthétique du
texte. Forts de ces notions, nous pouvons aborder une méthodologie structurée d’analyse de
texte.
III- Méthodologie d’analyse de texte
L’analyse de texte au niveau Master suppose de mobiliser connaissances théoriques et
compétences d’observation fine. Il s’agit non seulement de décrire les caractéristiques d’un
texte, mais aussi d’interpréter comment ces caractéristiques produisent du sens et des effets
sur le lecteur. Voici une méthodologie générale en plusieurs étapes, adaptable selon la nature
du texte (littéraire ou non) :
1. Présentation et contextualisation du texte – Commencez par situer le texte : source (auteur,
titre, date, éventuel mouvement ou école), nature (genre et type de discours), et contexte.
Quelques questions préalables : Qui est l’auteur, quelle est sa période et sa notoriété ? S’agit-il
d’un extrait de roman, d’une scène de théâtre, d’un poème, d’un article de presse, d’un discours
prononcé publiquement ? Quel est le contexte historique, culturel ou biographique de
production ? Ce premier travail fournit le cadre général de lecture. Par exemple, face à un extrait
de roman victorien, sachez s’il est narratif ou dialogué, issu d’un chapitre initial ou final, etc.;
face à un discours politique, identifiez la date et le lieu de l’allocution, l’auditoire visé, l’enjeu
(campagne électorale, commémoration, etc.). Cette mise en contexte est essentielle pour
éclairer le sens global du texte et ses allusions éventuelles. Elle évite une analyse “hors-sol”
déconnectée de la situation de communication.
2. Lecture analytique et compréhension globale – Lisez le texte intégralement et
attentivement, plusieurs fois si possible, afin d’en dégager le sens global. Réunissez les
informations explicites : de quoi parle le texte ? quelle est sa thèse ou son intrigue ? quelle est
l’émotion dominante ? Repérez les passages clés, les mots ou tournures qui frappent. À ce stade,
formulez en une ou deux phrases ce que vous considérez être l’idée centrale ou l’enjeu du
texte. Par exemple : « Ce discours vise à dénoncer une injustice raciale tout en appelant à
l’espoir d’une fraternité future » ou « Cet extrait de roman décrit la première apparition du
personnage principal, mettant en place une atmosphère de mystère et d’attente ». Essayez
également de formuler une problématique d’analyse : une question directrice qui guidera votre
étude. Cette problématique peut correspondre à l’effet à expliquer (comment le texte suscite-t-
il l’adhésion du lecteur ?), à une tension interne du texte (en quoi ce poème mêle-t-il éloge et
blâme ?), ou au procédé majeur employé (comment l’ironie du narrateur remet-elle en cause
le héros ?). Avoir une question en tête aide à donner du fil conducteur à votre analyse et à
éviter la simple paraphrase.
3. Analyse de la situation d’énonciation – Identifiez qui énonce le discours et à qui il
s’adresse : c’est l’analyse énonciative initiale. Dans un texte littéraire, déterminez la voix
narrative (narrateur interne à l’histoire ou externe ? point de vue omniscient ou limité ?
focalisation interne/externe/zero ?), ainsi que les personnages qui prennent éventuellement la
parole (dans du théâtre, qui parle dans l’extrait et à qui). Dans un texte discursif non fictionnel,
identifiez l’orateur (homme politique, journaliste, essayiste… quelles sont sa fonction et son
ethos a priori) et l’auditoire (public visé, lecteurs d’un journal, assistance d’une conférence…).
Repérez les marques linguistiques de l’énonciation : pronoms personnels de 1ère ou 2ᵉ personne
(“je/nous/vous”), ou au contraire effacement du locuteur (usage de la 3ᵉ personne, tournures
impersonnelles ou passives pour un effet d’objectivité). Par exemple, un éditorial emploiera
souvent “je” ou “nous” pour engager le lecteur, tandis qu’un article scientifique effacera le “je”
au profit de formulations neutres. Notez aussi les modalisateurs (adverbes d’opinion, verbes
modaux) indiquant le degré d’adhésion du locuteur à ses propos (certain, probable, douteux,
etc.) et les déictiques (indicateurs spatio-temporels comme “ici, maintenant, aujourd’hui, ce
pays, il y a 5 ans…” situant l’énoncé). Tous ces éléments vous renseignent sur la position
énonciative : par exemple, un narrateur qui utilise “je” et décrit ses propres sentiments crée un
énoncé subjectif intime, alors qu’un orateur politique qui répète “nous” cherche à fédérer
l’auditoire en l’incluant avec lui. Comprendre l’énonciation permet de cerner le point de vue
et le ton général du texte (distance ou proximité, engagement personnel ou objectivité, etc.).
4. Analyse thématique et structurelle – Penchez-vous ensuite sur le contenu du texte et sa
structuration. Identifiez les thèmes majeurs abordés (par exemple : la liberté, la mémoire, la
mort, l’amour maternel, la corruption du pouvoir… selon les textes) et voyez comment ils
s’organisent. Décomposez le texte en parties ou mouvements logiques : quelles sont les étapes
du raisonnement ou du récit ? Dans un texte argumentatif, repérez la thèse défendue et les
arguments principaux. Y a-t-il une progression du discours (par ex. du constat au choix d’une
solution, ou du général au particulier) ? Le texte anticipe-t-il des objections, contient-il une
conclusion qui appelle à une action ? Dans un texte littéraire narratif, analysez la structure
du récit : exposition de la situation initiale, élément perturbateur, climax, dénouement (si c’est
un extrait complet) ou bien progression d’une description, déroulement d’un dialogue, etc. Pour
un texte théâtral, relevez la composition de la scène : qui entre, qui sort, les stichomythies
éventuelles, la progression dramatique des répliques. La structure d’un texte est souvent
significative : par exemple, un discours politique peut être structuré en trois parties
correspondant à passé/présent/futur, ou un poème en vers peut opposer deux strophes
contrastées. Mettez en regard structure et intention : pourquoi l’auteur a-t-il choisi d’organiser
son texte ainsi ? Une narration non linéaire peut refléter la confusion mentale d’un narrateur,
une argumentation circulaire peut traduire la difficulté du propos, etc.
5. Analyse stylistique et rhétorique détaillée – C’est le cœur de l’analyse : examinez en détail
les procédés d’écriture et de langage utilisés, et expliquez leurs effets. Il est souvent utile de
procéder par niveaux d’analyse : le lexique, la syntaxe, les figures de style, le registre, etc., en
reliant chaque observation à l’effet produit et au sens. Voici quelques axes à considérer :
Champ lexical et choix de vocabulaire : Quels types de mots dominent ? Un champ
lexical peut dévoiler le thème central ou l’attitude de l’auteur. Par exemple, un texte qui
multiplie les termes de la vision et de la lumière (voir, regarder, clair, illuminé…) met
l’accent sur la révélation ou la connaissance, tandis qu’un lexique péjoratif et violent
(coup, déchirer, hurler, sang, etc.) crée une atmosphère tragique ou polémique. Notez
également le niveau de langue : termes argotiques ou familiers (marquant une oralité,
un réalisme cru), versus termes soutenus ou archaïsants (donnant un ton solennel, noble
ou parodiquement vieilli). Chaque mot important mérite qu’on s’interroge : a-t-il une
connotation particulière ? Renvoie-t-il à un imaginaire spécifique ou à un intertexte
(mythologique, biblique, scientifique…) ? Par exemple, l’emploi du mot “crépuscule”
au lieu de “coucher de soleil” apporte une nuance mélancolique et un effet de style
littéraire.
Figures de style et images : Recensez les principales figures de rhétorique :
métaphores, comparaisons, personnifications, hyperboles, litotes, anaphores, antithèses,
etc. Interprétez-les au-delà du simple repérage. Par exemple, si l’auteur personnifie la
Mort en la décrivant comme une faucheuse, voyez comment cette personnification rend
l’idée plus concrète et frappante pour le lecteur. Une anaphore (répétition d’un même
mot en début de phrases) peut marteler une idée clé et produire un rythme incantatoire.
Dans un fameux discours comme “I have a dream”, l’anaphore « I have a dream… » /
« Je rêve qu’un jour… » répétée au début de multiples phrases « crée un effet hypnotique
» et élève le propos au rang de vision prophétique. Les antithèses ou contrastes peuvent
souligner un conflit ou une opposition d’idées (liberté vs esclavage, lumière vs
ténèbres, etc.). Relevez aussi d’éventuelles références culturelles (citations, allusions
littéraires ou historiques) et expliquez leur apport. Par exemple, un orateur qui cite la
Déclaration des Droits de l’Homme ou la Bible cherche à s’appuyer sur un ethos
d’autorité et à donner du poids universel à son message. Chaque figure ou image doit
être reliée à l’effet produit sur le destinataire et à la stratégie de l’auteur.
Syntaxe et rythme : Observez la longueur des phrases, leur construction, la
ponctuation. Un style paratactique, en phrases brèves et juxtaposées, imprime un rythme
rapide, haletant (souvent pour l’action ou l’urgence, ou pour marteler des faits), tandis
que de longues phrases hypotaxiques pleines de subordonnées peuvent suggérer la
profusion, la complexité de la pensée, ou au contraire un souffle épique. Par exemple,
un narrateur romantique pourra utiliser de longues périodes riches en adjectifs pour
mimer l’abondance de la nature qu’il décrit. Regardez les connecteurs logiques (« mais,
or, en effet, cependant, donc, par conséquent… ») qui articulent les idées : leur présence
indique une argumentation très structurée (logos prononcé), tandis que leur absence peut
mimer la spontanéité ou l’émotion brute (pathos). La ponctuation expressive
(exclamations, interrogations, points de suspension) traduit souvent l’implication
émotionnelle (le pathos ou un ethos passionné), alors qu’une ponctuation régulière et
sobre reflète la maîtrise et la rationalité (ethos posé et logos). Le rythme se manifeste
aussi par des effets sonores et prosodiques : allitérations (répétitions de consonnes) et
assonances (répétitions de sons vocaliques) peuvent créer une harmonie imitative ou au
contraire une dissonance voulue. Mentionnez-les si elles sont marquantes et servez-
vous-en pour étayer votre interprétation du ton : e.g. des sons sifflants “s” et “ch” à
répétition peuvent suggérer le murmure ou la sournoiserie, des sons durs “k” et “g”
peuvent alourdir l’atmosphère, etc.
Registre et tonalité : Analysez le registre littéraire du texte. S’agit-il d’un registre
tragique (champ lexical du destin, de la mort, suscitant terreur et pitié), comique (jeux
de mots, quiproquos, exagération burlesque), épique (amplifications, pluralité de
personnages héroïques, hyperboles et superlatifs), pathétique (insistance sur la
souffrance, exclamations, interjections, pour émouvoir à la compassion), lyrique
(expression des sentiments intimes, “je” omniprésent, métaphores naturelles,
musicalité), polémique (satire, ironie mordante, apostrophes, lexique péjoratif attaquant
l’adversaire), etc. Le registre est directement lié à l’effet sur le lecteur (rire, larmes,
admiration, indignation...). Dans un texte non fictionnel aussi, on peut parler de ton
polémique, didactique, ironique, etc. Par exemple, un éditorial pourra mêler un ton
ironique (pour discréditer la position adverse) à un registre polémique (pour mobiliser
le lecteur contre une injustice). Relevez ce mélange et expliquez sa finalité.
Ethos, pathos, logos : stratégie argumentative – Enfin, articulez vos trouvailles
stylistiques avec la dimension argumentative du texte. Demandez-vous : comment le
texte cherche-t-il à convaincre ou à faire adhérer le lecteur ? Si le texte est
explicitement argumentatif, identifiez l’ethos de l’auteur tel qu’il apparaît : est-il un
éthos d’expert (ton docte, références savantes, termes techniques), un éthos d’homme
du peuple (langage simple, anecdotes personnelles, humilité affichée), un éthos moral
(orateur se présentant comme vertueux et honnête) ? Par exemple, dans I have a dream,
Martin Luther King adopte un ethos à la fois pastoral (ton de prêcheur biblique,
bienveillance) et patriotique (il se pose en héritier de l’idéal américain) pour rassembler
un large public : « mes amis » dit-il pour s’adresser à la foule, créant « une amitié
fraternelle » et une communauté de lutte. Analysez le pathos : quelles émotions
l’auteur vise-t-il ? Un orateur politique jouera sur l’indignation face à l’injustice, ou sur
l’espoir d’un avenir meilleur, via des images fortes et un lexique émotionnel (dans I
have a dream, les images d’enfants noirs et blancs se tenant la main, d’« oasis de
liberté » au milieu du désert de ségrégation, suscitent l’espoir et la ferveur en touchant
au rêve collectif et aux sentiments personnels du public). Dans un extrait de roman, le
pathos peut passer par la description poignante d’un personnage en détresse pour
émouvoir le lecteur. Quant au logos, même dans un texte littéraire on peut le trouver :
par exemple un personnage de roman peut tenir un raisonnement argumenté dans un
dialogue, ou un narrateur structurer son récit de manière très logique. Dans un texte de
type essai ou article, repérez les arguments logiques, les preuves (chiffres, témoignages,
citations d’autorité) qui relèvent du logos. Souvent, ethos, pathos et logos interagissent
: notez-le. Ex: l’ethos d’un auteur scientifique (ton neutre, usage du “on”) vise à
renforcer le logos (crédibilité des faits présentés) en évitant le pathos ; à l’inverse,
l’ethos d’un pamphlétaire colérique usera d’un pathos marqué (vocabulaire violent,
appel aux sentiments d’indignation) et d’un logos parfois simplifié, pour emporter
l’adhésion passionnelle du lecteur. Comprendre cette stratégie globale vous permet de
dégager la visée communicative du texte : informer, convaincre rationnellement,
toucher le cœur, divertir, choquer pour provoquer une prise de conscience, etc.
6. Synthèse interprétative – Après cette analyse détaillée point par point, il faut remonter à
une vue d’ensemble et formuler une interprétation synthétique du texte. Reprenez votre
problématique de départ : à la lumière de tout ce que vous avez observé, quelle réponse apporter
? Par exemple, si la question était « comment ce texte suscite-t-il la nostalgie ? », la synthèse
montrera que c’est grâce à un énonciateur mémorialiste bienveillant (ethos de témoin digne de
foi), au champ lexical du souvenir, aux images sensorielles (olfactives, auditives) rappelant le
passé, au rythme lent des phrases et peut-être à l’adresse directe au lecteur qui le prend à témoin
(pathos). Cette synthèse doit dégager le sens global du texte, éventuellement sa portée
symbolique ou argumentative plus large. C’est aussi le moment de replacer le texte dans son
contexte : en quoi illustre-t-il un enjeu historique ou littéraire particulier ? Par exemple, est-ce
une critique sociale typique de la littérature victorienne ? un poème qui bouscule les codes
classiques ? un discours fondateur ayant influencé l’opinion publique de son époque ? Vous
pouvez ouvrir sur ces aspects pour montrer que votre analyse ne reste pas isolée du contexte
intellectuel. Enfin, concluez sur l’appréciation générale : le texte atteint-il son but d’après
vous ? Quelles sont ses éventuelles ambiguïtés ou limites (par ex. un discours très pathétique
risque de tomber dans le pathos excessif et de manipuler l’auditoire, un roman très expérimental
peut désorienter le lecteur, etc.) ? Cette réflexion finale est appréciée à ce niveau d’étude, car
elle montre une pensée critique en plus de l’analyse technique.
Résumé de la méthode : Pour faciliter l’application, on peut résumer ces étapes en quelques
questions-guides. Avant l’examen, entraînez-vous à appliquer mentalement ce questionnaire
d’analyse à chaque texte :
Quel est le genre du texte et quel type de discours domine-t-il (raconter, décrire,
argumenter…) ?
Qui parle et à qui ? (Quelle image de lui-même le locuteur projette-t-il ?)
De quoi parle le texte ? (Thème / sujet)
Quelle est l’idée centrale ou l’intention du texte ?
Comment le texte est-il structuré ? (Plan, progression narrative ou argumentative)
Quels sont les procédés marquants de langue et de style ? (lexique, images, rythmes,
tonalité…)
Quels effets produisent ces procédés sur le lecteur/auditoire ?
Comment ces effets servent-ils le propos ? (persuader, émouvoir, divertir…)
En se posant systématiquement ces questions, on couvre l’essentiel. Bien entendu, toutes les
observations doivent être illustrées par des exemples précis du texte (mots ou phrases cités
entre guillemets) et reliées entre elles. Une analyse bien menée alterne ainsi repérages concrets
et interprétations, le tout organisé de manière cohérente.
Comme le rappelle une fiche méthodologique, une bonne analyse nécessite un repérage
minutieux des éléments clés du texte (auteur, genre, contexte, type de discours, personnages,
procédés stylistiques) pour « poser les bases d’une analyse […] solide ». C’est en combinant
cette observation rigoureuse avec l’utilisation des concepts théoriques appropriés (énonciation,
ethos/pathos/logos, etc.) que vous atteindrez la profondeur d’analyse attendue en Master 2.
II- Exemple d’analyse guidée d’un texte
Pour illustrer la démarche, étudions de manière guidée un extrait de texte, avec des questions
d’analyse à chaque étape. Supposons que le texte soumis soit un extrait du célèbre discours “I
Have a Dream” de Martin Luther King (Washington, 28 août 1963). Ce texte, bien que
prononcé oralement, est souvent étudié comme pièce d’éloquence argumentativo-littéraire
pour la richesse de son langage. L’extrait choisi est le suivant (traduit en français) :
« Je fais le rêve qu’un jour, sur les collines rougeâtres de Géorgie, les fils d’anciens esclaves
et les fils d’anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la
fraternité.
Je fais le rêve qu’un jour, même l’État du Mississippi, un État étouffant sous la chaleur de
l’injustice, étouffant sous la chaleur de l’oppression, sera transformé en une oasis de liberté
et de justice.
Je fais le rêve que mes quatre jeunes enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront
pas jugés sur la couleur de leur peau, mais sur la valeur de leur caractère.
[…]
Que retentisse la liberté. Et lorsqu’on laissera résonner la liberté, quand nous la laisserons
retentir dans chaque village et chaque hameau, dans chaque État et chaque ville, nous pourrons
accélérer l’avènement du jour où tous les enfants de Dieu, Noirs et Blancs, Juifs et non-Juifs,
protestants et catholiques, pourront se donner la main et chanter les paroles du vieux negro
spiritual : “Enfin libres ! Enfin libres ! Merci Dieu tout-puissant, nous sommes enfin libres !”
»
Maintenant, suivez le questionnement guidé :
Présentation générale : Quel est ce texte ? Par qui et quand a-t-il été produit ?
→ Il s’agit d’un extrait du discours « I Have a Dream » de Martin Luther King, leader
du mouvement des droits civiques des Afro-Américains, prononcé en 1963 devant le
Lincoln Memorial à Washington. C’est un texte à visée argumentative et oratoire
(discours public), visant à réclamer l’égalité raciale et la justice.
Situation d’énonciation : Qui est le locuteur, quel ethos projette-t-il, et à qui s’adresse-
t-il ?
→ Le locuteur est Martin Luther King lui-même, pasteur afro-américain – il parle en
son nom (“Je fais le rêve…”). Son ethos est double : celui d’un prêcheur religieux (il
ponctue son discours de références bibliques implicites, utilise un ton messianique) et
d’un leader politique modéré (il se réfère aux valeurs américaines fondatrices,
adoptant le rôle du patriote qui croit en la promesse de son pays). Il s’adresse
directement à une vaste foule rassemblant des personnes de toutes origines venues
manifester pour les droits civiques, et plus largement à la nation américaine (il utilise
parfois “nous” inclusif).
Compréhension globale : De quoi parle l’extrait, quelle en est l’idée centrale ?
→ L’extrait énonce une série de “rêves” symboliques où des situations de ségrégation
et d’injustice seront transformées en situations de fraternité et d’égalité. L’idée centrale
est l’espoir d’un avenir meilleur sans discrimination raciale aux États-Unis. King
décrit concrètement cette vision d’égalité (Noirs et Blancs réunis, États injustes
devenant justes, ses propres enfants jugés sur leur mérite et non leur couleur de peau,
etc.), puis conclut par une image de tous les Américains se tenant la main et célébrant
la liberté. Le message est un appel à garder foi en ce rêve de fraternité universelle.
Structure : Comment l’extrait est-il structuré ?
→ On remarque une structure en parallélismes et en crescendo : les trois premières
phrases commencent toutes par « Je fais le rêve qu’un jour… » – c’est l’anaphore
structurante. Chacune développe un aspect du rêve : d’abord la réconciliation en
Géorgie (Sud profond) entre descendants d’esclaves et d’esclavagistes, ensuite la
transformation du Mississippi oppressif en oasis de liberté, puis l’avenir des propres
enfants de King dans une nation égalitaire. Chaque phrase amplifie l’espoir (on passe
d’une image locale à une vision nationale et personnelle). La dernière partie (après
l’ellipse “[…]”) enchaîne sur « Que retentisse la liberté » répété, ouvrant sur un final
prophétique où toutes les composantes de la nation, jadis divisées, s’unissent dans la
liberté. On a donc une progression vers un tableau final unitaire et triomphant.
Analyse détaillée – procédés et effets :
Langage et images : Quels sont les termes importants et les images marquantes ?
→ On relève un champ lexical de la famille et de la fraternité : “fraternité”, “mes
quatre jeunes enfants”, “tous les enfants de Dieu… pourront se donner la main, comme
frères et sœurs”. Ces mots cultivent un pathos d’amour fraternel et d’innocence (les
enfants). À l’opposé, un champ lexical de l’oppression/chaleur est associé aux États
ségrégationnistes : “étouffant sous la chaleur de l’injustice… de l’oppression”.
L’image filée ici est celle d’une chaleur étouffante qui sera dissipée par la liberté
(chaleur opposée à fraîcheur de l’“oasis”). L’expression « oasis de liberté et de justice
» est une métaphore forte : l’oasis évoque un havre de vie au milieu du désert aride –
ici, le désert de l’injustice raciale. Cette image biblique (le peuple assoiffé trouvant
l’oasis) fait écho à l’exode de l’Ancien Testament, renforçant l’ethos de King en guide
prophétique (il se compare implicitement à Moïse menant son peuple vers la Terre
promise, ce que confirme la référence aux “enfants de Dieu” plus loin).
Figures de style : Quelles figures de rhétorique sont utilisées ?
→ L’élément stylistique le plus évident est l’anaphore « Je fais le rêve… » au début de
chaque paragraphe, créant un refrain oratoire. Cette anaphore confère un rythme
incantatoire au discours et martèle l’espoir : elle « crée un effet hypnotique » sur
l’auditoire, en ancrant l’idée que ce rêve est inévitable et porteur d’une vision. On a
aussi des antithèses implicites : l’opposition “collines rougeâtres de Géorgie” (terres
marquées par le sang de l’esclavage) vs “table de la fraternité” (symbole de réunion
pacifique), ou encore la transformation de ce qui “étouffe” en une “oasis”. La phrase
« jugés non sur la couleur de leur peau, mais sur la valeur de leur caractère » est une
antithèse (“couleur” vs “valeur”) et en même temps un parallélisme de construction
qui accentue le contraste entre le critère superficiel du racisme et le critère moral
véritable. King utilise beaucoup de gradations et de listes trinaires, notamment dans la
partie finale : « dans chaque village et chaque hameau, dans chaque État et chaque
ville… Noirs et Blancs, Juifs et non-Juifs, protestants et catholiques… ». Ces listes
englobantes visent à n’exclure personne – figure d’accumulation qui suggère la totalité
(toute la nation unie). Enfin, la conclusion cite un negro spiritual : « Free at last… ».
C’est une citation intertextuelle qui donne une dimension sacrée et culturelle à la
clôture du discours, touchant profondément le pathos (l’assemblée, majoritairement
religieuse, s’identifie à ce chant de libération spirituelle).
Éthos et ton : Quel caractère du locuteur transparaît ? Comment se positionne-t-il vis-
à-vis du public ?
→ Le ton général est à la fois solennel et chaleureux. King parle comme un prophète
moderne : l’emploi récurrent du futur (“un jour…”) et du subjonctif de souhait (“Que
retentisse la liberté”) donne un ton biblique d’annonce. L’ethos de King ressort comme
bienveillant et inspiré : il appelle les auditeurs “mes amis” (dans d’autres passages
non cités ici) et se réfère à “nos enfants”, ce qui crée de la proximité. En même temps,
il s’appuie sur l’ethos patriotique et moral : il cite le “credo” américain (“tous les
hommes sont créés égaux”) et parle au nom de “tous les enfants de Dieu”, se posant en
garant des valeurs communes. Il ne montre ni colère explicite ni agressivité envers
l’adversaire blanc : cela fait partie de son ethos non-violent et inclusif, ce qui rassure
l’auditoire blanc modéré et renforce sa crédibilité. Le charisme du locuteur passe aussi
par la prestance oratoire perceptible à l’écrit via les rythmes et images (on imagine
aisément la ferveur dans sa voix).
Pathos : Quelles émotions cherche-t-il à susciter ?
→ Clairement, King vise à susciter l’espoir et l’enthousiasme. Le discours entier a une
fonction mobilisatrice positive (ce n’est pas un réquisitoire acerbe malgré le sujet
grave). Les images d’enfants jouant ensemble, d’oasis, de fraternité autour d’une table
familiale, tout cela touche à des émotions de joie, d’amour fraternel, d’optimisme pour
la prochaine génération. Il y a aussi un pathos de la fierté collective : en appelant aux
chants de liberté et en rassemblant tout le monde (“Noirs et Blancs, Juifs et non-
Juifs…”), King suscite une émotion patriotique, l’amour de la liberté qui transcende les
divisions – ce qui pouvait donner la chair de poule à son auditoire. Enfin, l’évocation
des souffrances (“injustice”, “oppression”) n’est pas là pour accabler mais pour
rendre l’espoir de l’oasis encore plus émouvant par contraste. Le pathos est donc
principalement positif (fierté, espoir, ferveur spirituelle) et stratégiquement dosé pour
inspirer plutôt que pour faire pleurer ou mettre en colère.
Logos : Quel raisonnement sous-tend le discours ?
→ Le texte de King est avant tout une harangue émotive, mais il contient un logos
implicite. Le raisonnement qu’on peut reconstruire est : “La nation américaine a été
fondée sur l’égalité (croyance partagée). Or, la ségrégation contredit cet idéal. Nous
devons donc accomplir la promesse de notre nation en réalisant l’égalité réelle.” King
ne formule pas ce syllogisme de manière froide, il le montre par des images (enfants
main dans la main) et par la citation du credo américain. On pourrait dire que son
logos s’appuie sur des preuves historiques et morales : la Déclaration d’Indépendance
est une preuve d’autorité qu’il cite textuellement, l’idée que tous les hommes sont frères
est un topos moral universel auquel il fait appel. Ainsi, même sans argumentation
factuelle ou statistique, le discours a une charpente logique simple : il y a une injustice
présente, mais elle est en contradiction avec nos valeurs, donc nous devons la corriger
en nous unissant – ce qui est présenté comme inévitable (“let freedom ring… free at
last”).
Interprétation synthétique : En quoi cet extrait est-il pertinent pour une analyse
croisée linguistique/littéraire, et qu’en retenez-vous ?
→ Ce passage de discours politique se prête à une double lecture. D’un point de vue
linguistique et discursif, il illustre parfaitement l’usage rhétorique de l’énonciation et
des trois appels : l’orateur “je” qui construit un ethos de leader charismatique, qui
active puissamment le pathos par des images fraternelles, et qui s’appuie sur un logos
de valeurs partagées. On voit aussi les types de discours mêlés : de l’argumentatif
(réclamer des droits) combiné à du discours épidictique qui loue la liberté et blâme
l’injustice. D’un point de vue littéraire, on peut analyser ce texte comme un morceau
d’éloquence de haute tenue stylistique : figures riches, rythme travaillé, résonances
bibliques et lyriques – il s’apparente à de la prose poétique par moments. L’approche
croisée révèle ainsi que l’efficacité du discours tient autant à sa structure argumentative
rationnelle (rappel des idéaux, vision d’un futur meilleur) qu’à sa dimension
symbolique et poétique (métaphores bibliques, anaphore incantatoire). En somme,
l’analyse montre comment Martin Luther King a pu, par le pouvoir du langage,
marquer les esprits : son texte n’est pas qu’un message politique, c’est aussi une œuvre
oratoire qui émeut et élève son public. Ceci explique son impact historique durable.
(À travers ces questions guidées, on a pu pratiquer la méthodologie d’analyse point par point.
Une démarche similaire s’appliquerait à un extrait littéraire de roman ou de théâtre : on
s’attacherait alors par exemple à la situation narrative, au portrait des personnages, aux
champs lexicaux et style de l’auteur, aux thèmes et symboles, etc., toujours en terminant par la
signification globale.)