Cours
Cours
Les
inflammations
Collège Français des Pathologistes (CoPath)
• 1 Généralités
o 1. 1 Définition
o 1. 2 Etiologies
o 1. 3 Acteurs et déroulement de la réaction inflammatoire
o 1. 4 Notions d’inflammation aiguë et d’inflammation chronique
o 1. 5 Rôle de l’examen anatomopathologique au cours d’une réaction inflammatoire
• 2 Déroulement général des différentes étapes de la réaction inflammatoire
o 2. 1 Réaction vasculo-exsudative
o 2. 2 Réaction cellulaire
o 2. 3 Détersion
o 2. 4 Réparation et cicatrisation
o 2. 5 Variétés morphologiques des inflammations aiguës et chroniques
• 3 Fibroses
o 3. 1 Définition
o 3. 2 Circonstances étiologiques des fibroses
o 3. 3 Morphologie macroscopique et microscopique des fibroses
• 4 Réactions inflammatoires à corps étrangers
o 4. 1 Définitions
o 4. 2 Absence de réaction inflammatoire ou réaction inflammatoire mineure
o 4. 3 Inflammation résorptive pure : les granulomes macrophagiques
o 4. 4 Réactions inflammatoires à corps étranger mettant en jeu les mécanismes
d’hypersensibilité
• 5 Inflammations granulomateuses
o 5. 1 Définitions et introduction
o 5. 2 Signification de l’inflammation granulomateuse
o 5. 3 Macrophages et inflammations granulomateuses
o 5. 4 Différentes formes étiologiques de l’inflammation granulomateuse
5. 4. 1 Granulomes provoqués par des agents pathogènes
5. 4. 2 Granulomes de causes diverses ou inconnues (quelques exemples)
• 6 Inflammation liée aux infections virales
o 6. 1 Rappel sur le cycle viral
o 6. 2 Mécanismes de défense contre les affections virales
o 6. 3 Lésions directes dues aux virus
o 6. 4 Lésions indirectes
o 6. 5 Effets oncogéniques
o 6. 6 Mise en évidence d’une inflammation virale et évaluation de son
retentissement tissulaire
o 6. 7 Exemples d’inflammations virales
6. 7. 1 Virus épidermotropes
6. 7. 2 Virus mucotropes
6. 7. 3 Virus adénotropes : virus de la rubéole et virus d'Epstein-Barr
6. 7. 4 Virus neurotropes
6. 7. 5 Rétrovirus
• 7 Inflammations d’origine parasitaire et mycotique
o 7. 1 Inflammations d’origine parasitaire et mycotique
o 7. 2 Inflammation d’origine mycotique
• 8 Pathologies auto-immunes
o 8. 1 Place de l’anatomie pathologique
o 8. 2 Aspect des lésions
• 9 Pathologies des greffes et transplantation de cellules, tissus et organes
o 9. 1 Rejet de greffe hyperaigu-vasculaire
o 9. 2 Rejet de greffe aigu et cellulaire
o 9. 3 Rejet de greffe chronique
o 9. 4 Réaction du greffon contre l’hôte (GVH)
OBJECTIFS
1 – GENERALITES
1. 1 - Définition
L’inflammation ou réaction inflammatoire est la réponse des tissus vivants, vascularisés, à une
agression.
Ce processus comprend :
Les tissus dépourvus de vaisseaux (cartilage, cornée) sont incapables de développer une réaction
inflammatoire complète. Les tissus épithéliaux n’ont pas de rôle actif dans le déroulement de la
réaction inflammatoire, mais ils peuvent être altérés par l’agression qui déclenche l’inflammation
puis être réparés au cours de la phase terminale de l’inflammation.
L’inflammation est un processus habituellement bénéfique : son but est d’éliminer l’agent
pathogène et de réparer les lésions tissulaires. Parfois l’inflammation peut être néfaste du fait de
l’agressivité de l’agent pathogène, de sa persistance, du siège de l’inflammation, par anomalies des
régulations du processus inflammatoire, ou par anomalie quantitative ou qualitative des cellules
intervenant dans l’inflammation.
1. 2 - Etiologies
Les causes de la réaction inflammatoire sont multiples et représentent les agents pathogènes. Ces
causes déterminent des lésions cellulaires et tissulaires qui vont déclencher l’inflammation :
Quel que soit son siège, et la nature de l’agent pathogène, le déroulement d’une réaction
inflammatoire présente des caractères morphologiques généraux et des mécanismes communs.
Néanmoins, les différentes étapes présentent des variations liées à la nature de l’agent pathogène, à
l’organe où se déroule la réaction inflammatoire, au terrain physiologique de l’hôte. Tous ces
éléments conditionnent l’intensité, la durée de la réaction inflammatoire et l’aspect lésionnel.
Inflammation aiguë
Les inflammations aiguës guérissent spontanément ou avec un traitement, mais peuvent laisser des
séquelles si la destruction tissulaire est importante.
En savoir plus : "Les médiateurs chimiques".
Inflammation chronique
Dans certains cas, l’étude anatomopathologique peut orienter le clinicien vers la cause de
l’inflammation : inflammations granulomateuses dites spécifiques et inflammations pour lesquelles
l’agent pathogène est identifié par l’examen microscopique des tissus (virus, bactéries, parasites,
champignons, corps étrangers).
2. 1 - Réaction vasculo-exsudative
Elle se traduit cliniquement par :
Congestion active
Il s’agit d’une vasodilatation artériolaire puis capillaire dans la zone atteinte (figure 3.1).
Localement, il en résulte une augmentation de l’apport sanguin et un ralentissement du courant
circulatoire. La congestion est déclenchée rapidement par un mécanisme nerveux (nerfs
vasomoteurs) et l’action de médiateurs chimiques.
Figure 3.1 : Colite congestive. Les capillaires du chorion de la muqueuse colique sont dilatés et gorgés
d’hématies
Colite congestive. Les capillaires du chorion de la muqueuse colique sont dilatés et gorgés
d’hématies
Œdème inflammatoire
L’œdème inflammatoire résulte du passage dans le tissu conjonctif interstitiel ou les cavités
séreuses d’un liquide appelé exsudat constitué d’eau et de protéines plasmatiques.
Sa traduction clinique est un gonflement des tissus qui, en comprimant des terminaisons nerveuses,
est responsable de la douleur (également provoquée par certains médiateurs chimiques). Sa
traduction microscopique est un aspect pâle, peu colorable et distendu du tissu conjonctif (figure
3.2).
Figure 3.2 : Exsudat : matrice lâche, très claire, dissociant les fibres de collagène, avec des filaments de
fibrine (réseau rose) et quelques leucocytes
Exsudat : matrice lâche, très claire, dissociant les fibres de collagène, avec des filaments de fibrine
(réseau rose) et quelques leucocytes
Diapédèse leucocytaire
Elle intéresse d’abord les polynucléaires (pendant les 6 à 24 premières heures), puis un peu plus
tard (en 24 à 48 heures) les monocytes et les lymphocytes. Il s’agit d’une traversée active des parois
vasculaires qui comporte plusieurs étapes :
Schéma 3.1 : Diapédèse leucocytaire illustrée ici pour les polynucléaires neutrophiles
Les leucocytes subissent une roulade, puis sont activés et adhèrent à l’endothélium, enfin
traversent cet endothélium et se dirigent vers le site de la réaction inflammatoire selon un
gradient chimio attractant. Plusieurs molécules jouent un rôle important au cours de ce
processus multiétapes : les sélectimes pour la roulade, les chémokines pour l’activation des
leucocytes et des intégrines (passage vers un état de forte affinité), les intégrines pour
l’adhérence stable à l’endothélium, et le CD-31 (PECAM1) pour la migration à travers la
paroi vasculaire.
2. 2 - Réaction cellulaire
La réaction cellulaire se caractérise par la formation du granulome inflammatoire ou tissu de
granulation inflammatoire.
Composition cellulaire
Localement certaines cellules vont se multiplier (c’est le cas des fibroblastes, lymphocytes, cellules
endothéliales, et à un moindre degré des macrophages) et/ou vont se transformer ou se différencier.
• Accumulation de polynucléaires dont la durée de vie est courte (3–4 jours). Leurs enzymes
sont libérées dans le foyer inflammatoire. L’apport de nouveaux neutrophiles doit être
soutenu dans les phases initiales de l’inflammation par une production hématopoïétique
accrue.
• Les monocytes deviennent des macrophages activés capables de phagocytose, de sécrétion
de nombreux médiateurs et de coopération avec les lymphocytes pour le développement de
la réaction immunitaire (présentation de molécules antigéniques aux lymphocytes). Leur
durée de vie est plus longue que celle des polynucléaires.
• Transformation des lymphocytes B en plasmocytes sécrétant des immunoglobulines ;
activation des lymphocytes T : sécrétion de nombreux médiateurs, acquisition de propriétés
cytotoxiques et coopération avec les lymphocytes B.
• Modification des fibroblastes en myofibroblastes : acquisition de propriétés contractiles et
synthèse des constituants de la matrice extra-cellulaire.
La composition du tissu de granulation varie en fonction du temps (figure 3.4). Les polynucléaires
sont le stigmate morphologique de l’inflammation aiguë mais généralement après quelques jours ou
semaines d’évolution, le granulome inflammatoire contient plus de cellules inflammatoires
mononucléées que de polynucléaires. Il s’agit alors de macrophages et de cellules de la réponse
immune (lymphocytes et plasmocytes). Ensuite progressivement, sous l’influence de facteurs de
croissance, le tissu de granulation s’enrichit en fibroblastes et en cellules endothéliales formant des
néo-vaisseaux. Il est alors également appelé bourgeon charnu. La composition du tissu de
granulation varie aussi en fonction de la cause de l’inflammation : un type cellulaire peut
prédominer sur un autre.
Les leucocytes mononucléés sont plus nombreux que les polynucléaires, au sein d’une matrice
extra-cellulaire œdémateuse
Les leucocytes mononucléés sont plus nombreux que les polynucléaires, au sein d’une matrice
extra-cellulaire œdémateuse
Durant les phénomènes de chimiotactisme et de phagocytose, les leucocytes activés peuvent libérer
des métabolites toxiques et des protéases dans l’espace extra-cellulaire, ce qui engendre des lésions
tissulaires.
2. 3 - Détersion
Elle succède progressivement à la phase vasculo-exsudative, et est contemporaine de la phase
cellulaire.
La détersion peut être comparée à un nettoyage du foyer lésionnel : c’est l’élimination des tissus
nécrosés (issus de l’agression initiale ou du processus inflammatoire lui-même), des agents
pathogènes et de l’exsudat.
Détersion interne
La phagocytose est définie par l’englobement dans le cytoplasme du phagocyte d’une particule
étrangère vivante ou inerte, habituellement suivi d’une digestion de cette particule par les enzymes
lysosomiaux. La digestion est complète ou incomplète avec des résidus rejetés hors de la cellule ou
qui s’accumulent dans le macrophage. Les phagocytes sont représentés par les polynucléaires,
capables de phagocyter des bactéries et des petites particules et par les macrophages capables de
phagocyter les macro-particules.
Détersion externe
2. 4 - Réparation et cicatrisation
La réparation tissulaire suit une détersion complète. Elle aboutit à une cicatrice si le tissu lésé ne
peut régénérer (ex : neurones ou cellules musculaires myocardiques) ou lorsque la destruction
tissulaire a été très importante et/ou prolongée.
La réparation peut aboutir à une restitution intégrale du tissu : il ne persiste alors plus aucune trace
de l’agression initiale et de l’inflammation qui a suivi. Cette évolution très favorable est observée
lors d’agressions limitées, brèves, peu destructrices dans un tissu capable de régénération cellulaire.
Le processus de réparation implique de nombreux facteurs de croissance et des interactions
complexes entre les cellules et la matrice extra-cellulaire pour réguler les proliférations et
biosynthèses cellulaires.
Bourgeon charnu
La réparation passe par la constitution d’un nouveau tissu conjonctif appelé bourgeon charnu qui
prend progressivement la place du granulome inflammatoire et va remplacer les tissus détruits au
cours de l’inflammation.
Le bourgeon charnu comporte des leucocytes du tissu de granulation, des fibroblastes et
myofibroblastes, et des néo-vaisseaux sanguins (figure 3.5). Au début, le bourgeon charnu possède
une matrice extra-cellulaire lâche constituée principalement de glycosaminoglycanes, dont l’acide
hyaluronique, de collagène de type III et de fibronectine. Le bourgeon charnu s’enrichit ensuite en
fibres collagènes de type I, s’appauvrit en fibroblastes, néo-vaisseaux et leucocytes, et diminue de
volume grâce à l’action contractile de myofibroblastes. Le bourgeon charnu évolue progressivement
soit vers une cicatrice soit vers la reconstitution d’un tissu conjonctif identique au tissu préexistant à
l’inflammation.
Bourgeon charnu constitué de capillaires et d’une matrice extra-cellulaire lâche avec quelques
leucocytes
Figure 3.5 : Bourgeon charnu constitué de capillaires et d’une matrice extra-cellulaire lâche
avec quelques leucocytes
La cicatrice est la marque définitive parfois laissée par le foyer inflammatoire après la phase de
bourgeon charnu.
Elle est formée d’un tissu conjonctif fibreux (prédominance de collagène) prenant la place des tissus
définitivement détruits (figure 3.6). La structure d’une cicatrice se modifie progressivement pendant
plusieurs mois.
Cicatrice cutanée : sous l’épiderme aminci, le derme est dense en collagène et les annexes
pilosébacées et sudorales ont disparu
Figure 3.6 : Cicatrice cutanée : sous l’épiderme aminci, le derme est dense en collagène et les
annexes pilosébacées et sudorales ont disparu
Régénération épithéliale
Elle apparaît parallèlement à la réparation conjonctive. Les cellules épithéliales détruites sont
remplacées par la prolifération des cellules épithéliales saines situées autour du foyer
inflammatoire.
• dans les hépatites virales aiguës communes, la trame conjonctive de soutien des hépatocytes
reste intacte et la régénération hépatocytaire à partir d’hépatocytes non nécrosés, guidée par
cette trame conjonctive, aboutit à la formation de nouvelles travées hépatocytaires normales
et sans cicatrice ;
• dans les hépatites virales aiguës graves, la destruction hépatocytaire et conjonctive initiale
est importante et la régénération hépatocytaire aboutit à des travées hépatiques épaissies et
désorganisées, associées à des territoires de cicatrice.
Elle est caractérisée par une vasodilatation intense et un exsudat particulièrement abondant.
Exemples :
Figure 3.7 : Alvéolite œdémateuse : la lumière des alvéoles pulmonaires est comblée
par un exsudat
Alvéolite œdémateuse : la lumière des alvéoles pulmonaires est comblée par un exsudat
La gravité est fonction de l’organe touché. L’évolution est habituellement résolutive sans séquelle.
Inflammation hémorragique
Inflammation fibrineuse
Elle est caractérisée par un exsudat très riche en fibrinogène qui se coagule en un réseau de fibrine.
L’aspect macroscopique est celui de filaments blanchâtres, très fins ou épais (appelés aussi «
fausses membranes »), souvent déposés à la surface d’une séreuse (figures 3.9, 3.10).
Dans le poumon, les dépôts de fibrine forment les « membranes hyalines » tapissant l’intérieur des
parois alvéolaires dans diverses pneumonies aiguës.
Figure 3.9 : Péricardite aiguë fibrineuse ; dépôts filamenteux blancs à la surface du péricarde
Des dépôts de fibrine éosinophile tapissent la surface de la séreuse qui est congestive, épaissie par
de l’œdème et un infiltrat leucocytaire
Des dépôts de fibrine éosinophile tapissent la surface de la séreuse qui est congestive, épaissie par
de l’œdème et un infiltrat leucocytaire
L’évolution se fait soit avec une lyse complète de la fibrine par les enzymes des polynucléaires et
une guérison sans séquelle, soit avec une détersion incomplète de la fibrine. Dans ce cas, un tissu
fibreux va progressivement remplacer la fibrine. Ce phénomène appelé « organisation » conduit à
des adhérences fibreuses focales des séreuses, les brides, ou à une adhérence diffuse des feuillets
séreux appelée symphyse pleurale ou péricardique (figure 3.11). Dans les poumons, l’organisation
fibreuse de membranes hyalines peut conduire à un épaississement fibreux des parois alvéolaires
(fibrose systématisée) ou à un comblement fibreux des alvéoles (fibrose mutilante).
Symphyse pleurale : sac fibreux enserrant le poumon droit, collé au médiastin et au diaphragme
Figure 3.11 : Symphyse pleurale : sac fibreux enserrant le poumon droit, collé au médiastin et
au diaphragme
Inflammation thrombosante
Des caillots sanguins oblitérant les petites veines et artères sont possibles dans tout foyer
inflammatoire et tout particulièrement quand il existe une lésion directe des parois vasculaires ou de
l’endocarde.
Exemples :
Des végétations thrombotiques rougeâtres recouvrent les valvules sigmoïdes aortiques en partie
détruites
L’inflammation suppurée est le plus souvent secondaire à une infection par des bactéries dites
pyogènes (staphylocoque, streptocoque, pneumocoque, etc.) (figure 3.13). Elle peut être aseptique,
après arrivée massive de polynucléaires dans un site inflammatoire et la libération massive de leurs
enzymes.
Méningite suppurée à pneumocoque ; dépôt d’un liquide verdâtre prédominant sur le tronc cérébral
Figure 3.13 : Méningite suppurée à pneumocoque ; dépôt d’un liquide verdâtre prédominant
sur le tronc cérébral
L’inflammation suppurée peut se rencontrer sous plusieurs formes : pustule, abcès, phlegmon ou
empyème.
Il s’observe lors d’infection par des bactéries secrétant en grande quantité des enzymes dégradant le
tissu conjonctif (hyaluronidase du streptocoque hémolytique). L’inflammation s’étend sans se
collecter et a peu de chance d’être détergée. Le phlegmon évolue donc fréquemment vers la
chronicité avec formation d’une fibrose.
• Empyème : suppuration collectée dans une cavité naturelle préexistante. Par exemple :
cavités séreuses (figure 3.14), articulations (arthrite), sinus (sinusite), trompe (pyo-salpinx),
vésicule biliaire (pyo-cholécyste), appendice (pyo-appendicite) (figure 3.15), espace limité
par les méninges (empyème sous-dural).
À gauche : l’appendice dilaté est recouvert de fibrine blanche. À droite : sur les tranches de sections
transversales, du pus remplit la lumière
Les feuillets pleuraux sont épaissis par de la fibrose et limitent une cavité tapissée d'un enduit
purulent jaunâtre
Figure 3.15 : Appendicite aiguë suppurée (pyo-appendicite fixée au formol)
À gauche : l’appendice dilaté est recouvert de fibrine blanche. À droite : sur les tranches de
sections transversales, du pus remplit la lumière
Inflammation gangréneuse
La gangrène est caractérisée par une nécrose tissulaire extensive due à des bactéries anaérobies
(libération de toxines, de collagénases) et/ou à des thromboses dans le foyer inflammatoire (source
de nécrose ischémique), les deux mécanismes étant souvent étroitement intriqués. Généralement,
l’altération de l’état général est sévère.
Exemples :
Dans les inflammations de longue durée évoluent simultanément une inflammation active, des
destructions tissulaires et une tentative de réparation.
• Peu ou pas de phénomènes exsudatifs, sauf en cas de poussée inflammatoire aiguë émaillant
une évolution chronique (ex : la synovite de la polyarthrite rhumatoïde présente, lors des
poussées actives de la maladie, un abondant exsudat fibrineux intra-articulaire, des
ulcérations du revêtement synovial et un afflux de polynucléaires).
• Le granulome inflammatoire contient peu ou pas de polynucléaires neutrophiles et est
constitué principalement de cellules mononucléées : lymphocytes, plasmocytes, monocytes-
macrophages, fibroblastes, parfois avec des polynucléaires éosinophiles ou basophiles et des
mastocytes. La proportion de ces différentes cellules est variable selon l’étiologie de
l’inflammation : prédominance de lymphocytes et plasmocytes dans certaines maladies auto-
immunes (ex : thyroïdite lymphocytaire) ou dans des pathologies virales (ex : hépatite
chronique liée au virus C) ; prédominance de monocytes-macrophages dans certaines
infections chroniques et dans les réactions à corps étrangers. Les monocytes-macrophages
peuvent prendre des aspects morphologiques particuliers :
o granulomes épithélioïdes et gigantocellulaires ;
o nappes extensives de macrophages surchargés de phagolysosmes et bactéries mal
dégradées dans les infections s’accompagnant de troubles de la bactéricidie (telles
qu’une malacoplakie ou une maladie de Whipple) ;
o inflammation xanthogranulomateuse : variété d’inflammation chronique où le foyer
inflammatoire est macroscopiquement jaunâtre et en microscopie riche en lipophages
(macrophages ayant phagocyté des lipides, présentant un large cytoplasme clair «
spumeux ») ; elle se rencontre en particulier dans le rein (figure 3.17), la vésicule
biliaire et le sein ;
o développement constant d’une fibrose, systématisée ou mutilante.
A. Rein coupé par son milieu : le tissu rénal est détruit et remplacé par du tissu fibreux blanc. Les
calices dilatés sont entourés d’un tissu inflammatoire riche en lipophages de couleur « beurre frais
» s’étendant dans la graisse péri rénale. B. Nombreux lipophages dans le tissu de granulation
inflammatoire
Figure 3.18 : Hyperplasie épidermique (à droite) en bordure d'une ulcération cutanée
chronique
L’épiderme et le derme superficiel sont soulevés par de gros trousseaux de collagène hyalin
3 – FIBROSES
3. 1 - Définition
La fibrose est une lésion élémentaire du tissu conjonctif définie par l’augmentation des constituants
fibrillaires de la matrice extra-cellulaire dans un tissu ou un organe. Elle est une composante
fréquente des processus inflammatoires mais peut aussi survenir dans d’autres conditions
pathologiques (pathologies vasculaires, métaboliques, tumorales).
La sclérose est l’induration des tissus liée à la fibrose. Il s’agit donc d’un terme macroscopique mais
souvent employé comme synonyme de fibrose.
La matrice extra-cellulaire (MEC) est une structure multimoléculaire complexe comprenant des
fibres de collagènes, des fibres élastiques, des glycoprotéines de structure dont la fibronectine et la
laminine, et des mucopolysaccharides. Il s’agit d’un milieu dynamique, organisé en un réseau
tridimensionnel et physiologiquement en équilibre entre les processus de synthèse, de dépôt dans le
milieu extra-cellulaire et les processus de dégradation de ces molécules.
La constitution d’une fibrose résulte d’une rupture de l’équilibre de la MEC : augmentation des
processus de synthèse et de dépôt des constituants de la MEC d’une part et diminution de leur
dégradation d’autre part.
Une fibrose constituée peut rester stable, s’aggraver sous l’action répétée d’agressions tissulaires,
ou régresser.
La régression est une évolution rare, concernant des fibroses récentes et nécessitant la disparition du
stimulus initial de la fibrogénèse.
Figure 3.21. Hépatite virale chronique active : un pont (septum) arciforme fibro-
inflammatoire entre deux espaces portes
Les vésicules thyroïdiennes sont en partie détruites par une fibrose mutilante riche en
cellules inflammatoires.
Fibrose dystrophique remplaçant un tissu fonctionnel altéré
• Hypoxie chronique.
• Fibrose atrophique par déficit hormonal (ex : fibrose des ovaires après la ménopause).
• Pathologie métabolique et génétique (ex : développement d’une fibrose hépatique au cours
de l’hémochromatose génétique ou d’une fibrose remplaçant les fibres musculaires détruites
dans les myopathies congénitales).
• Sénescence (ex : fibrose élastosique du derme ; fibrose intimale de l’artériosclérose).
Quand le stroma est très fibreux, il est responsable de l’aspect dur et rétracté de certains cancers.
Macroscopie
Un tissu fibrosé est blanchâtre ; plus la fibrose est ancienne, plus le tissu sera de consistance ferme
ou dure et plus résistant à la coupe que le tissu normal.
La forme d’un organe très fibrosé est modifiée : parfois organe hypertrophié quand le volume du
tissu fibreux est supérieur au volume tissulaire normal qu’il remplace (ex : cicatrice cutanée
hypertrophique), plus souvent organe atrophié car le volume du tissu fibreux est inférieur au volume
tissulaire normal qu’il remplace. L’atrophie est souvent associée à une déformation de l’organe
(fibrose rétractile ou sténosante).
Exemples :
• Fibrose récente en voie de constitution (figure 3.24) : fibrose « lâche » riche en MEC non
fibrillaire (prédominance de mucopolysaccharides), fibres de collagène peu épaisses et peu
condensées (surtout de type III et IV), nombreux fibroblastes et myofibroblastes, présence
de leucocytes de la réaction inflammatoire.
• Fibrose ancienne (figure 3.25) : fibrose dense, riche en fibres collagènes épaisses et
condensées (surtout de type I) avec peu de cellules et moins de substance fondamentale
hydrosoluble.
• Fibrose riche en fibres élastiques : certaines fibroses pulmonaires (figure 3.26), élastose du
derme au cours de la sénescence et sur les zones cutanées exposées aux rayons ultraviolets
(figure 3.27) et stroma élastosique de certains cancers du sein.
• Fibrose « réticulinique » (figure 3.28) colorée par les sels d’argent, riche en collagène de
type III dans la moelle osseuse ou les ganglions lymphatiques.
• Fibrose « hyaline » : collagène dense, d’aspect microscopique homogène et vitreux, prenant
fortement les colorants, dans des fibroses anciennes ou les chéloïdes.
Figure 3.26. Fibrose élastosique comblant les alvéoles d’un sommet pulmonaire.
Selon sa topographie
4. 1 - Définitions
• exogènes : qui peuvent être définis comme toute structure solide, massive, conglomérée ou
particulaire, ou liquide, étrangère à l’organisme et ne correspondant pas à un germe ou à un
parasite.
• endogènes : toute structure endogène, préexistante ou néoformée déterminant une réaction
inflammatoire de type résorptive.
La réaction inflammatoire à un corps étranger peut adopter trois aspects principaux. On peut
observer :
C’est le cas de nombreux médicaments solubles injectés dans les plans cutanés et musculaires. Tout
au plus observe-t-on au site de l’injection une discrète réaction inflammatoire transitoire
(congestion vasculaire, diapédèse leucocytaire) essentiellement liée au traumatisme de l’aiguille. Le
produit étranger disparaît du site d’injection par résorption veineuse ou lymphatique, mais ceci ne
préjuge pas de son élimination totale de l’organisme. Le produit lui-même ou son véhicule peuvent
être stockés dans d’autres sites (thésaurismose à la polyvinylpyronidole, qui est un véhicule retard
de certains médicaments).
D’autres substances, non médicamenteuses, sont quasiment inertes. Elles ne sont pas résorbées et ne
provoquent pas de réaction inflammatoire commune ou de signification immunologique. C’est le
cas de l’encre de Chine et de certains sels métalliques utilisés pour les tatouages.
Il s’agit ici de substances étrangères, massives, ne se fragmentant pas, non ou très peu accessibles à
la corrosion, ne diffusant pas (typiquement représentées par les prothèses valvulaires, les prothèses
articulaires et autres matériels de synthèse de type clou plaque). Ces matériaux vont déterminer une
réaction inflammatoire mineure lors de leur mise en place ou secondairement par les
microtraumatismes qu’ils déterminent, aboutissant simplement à une coque fibreuse périphérique,
sans appel cellulaire.
Cependant, dans certaines circonstances, ces corps étrangers peuvent être à l’origine
d’inflammations secondaires en rapport avec des modifications qu’ils induisent dans leur
environnement : le corps étranger peut ainsi constituer une niche bactérienne, peu accessible aux
antibiotiques, les germes pouvant se localiser au sein d’anfractuosités de la prothèse. L’asepsie et
l’obtention de prothèses de plus en plus massives visent à lutter contre ce risque.
Il est généralement facile de reconnaître le corps étranger libre ou phagocyté par les macrophages à
l’examen direct ou en polarisation, mais le corps étranger peut parfois être dissous par la technique
histologique.
L’inflammation
Elle se développe autour de corps étrangers habituellement xéniques ayant pénétré dans l’organisme
volontairement (figure 3.31), accidentellement ou ayant été introduits à des fins médicales variées.
Exemples :
• écharde de bois (figure 3.32), matériel de suture (résorbable), talc (figure 3.33) ;
• implants divers (figure 3.34) ;
• produits d’opacification utilisés en imagerie (baryte, lipiodol) ;
• paraffinomes et oléomes : ils sont secondaires à l’injection (dans le derme ou les plans
musculaires) ou à l’inhalation accidentelle de paraffine ou d’huile (figure 3.35). Le
granulome macrophagique s’associe à une fibrose rétractile souvent marquée ;
• produits de dégradation de matériels prothétiques et de scellage ; typiquement, à terme, au
siège d’une prothèse de hanche, on peut observer :
o du polyéthylène, sous forme de particules biréfringentes en polarisation, produit de
l’érosion de la prothèse cotyloïdienne, suscitant une intense réaction macrophagique
(figure 3.36),
o l’empreinte du ciment (polyméthylmétacrylate), dissout par les solvants, sous forme
de vacuoles rondes, ovales ou muriformes, bordées par des cellules géantes,
o l’érosion des têtes métalliques se traduit par des fins dépôts granuleux, noirs, à
l’origine d’une réaction macrophagique discrète (métallose) (figure 3.37).
Pneumoconioses
Ce sont des maladies pulmonaires induites par l’inhalation de poussières inorganiques qui stimulent
la fibrose. Les petites particules de silice ou d’asbeste sont ainsi capables de produire une fibrose
extensive. La silicose est l’exemple type de pneumoconiose. Après inhalation, les particules de
silice sont ingérées par les macrophages alvéolaires et les pneumocytes. Les hydroxydes de silice à
la surface des particules se lient avec les phospholipides membranaires et entraînent la mort des
cellules. Les particules relarguées sont reprises par d’autres macrophages avec stockage dans
l’interstitium pulmonaire et les ganglions. Ces macrophages stimulés libèrent des cytokines qui vont
concourir à la constitution d’une fibrose. La lésion typique, le nodule silicotique, est constituée par
un cœur de fibrose, à organisation tourbillonnante, plus ou moins tatoué de macrophages pigmentés
en périphérie (figure 3.38). L’examen en polarisation met en évidence des particules biréfringentes
(il s’agit surtout de silicate d’accompagnement, la silice cristalline est peu réfringente en
polarisation).
Figure 3.40. Résorption de fragments de gaine pilaire par des macrophages dans un
contexte de folliculite.
Les corps étrangers en cause déterminent des granulomes avec, typiquement, participation de
lymphocytes, de cellules épithélioïdes et de cellules géantes de type Langhans.
• Granulomes induits par des sels métalliques : les sels de zirconium contenus dans certains
déodorants, et le béryllium (pénétration cutanée par des éclats microscopiques issus de
l’explosion d’un tube à lumière fluorescente) peuvent induire des granulomes à cellules
épithélioïdes et à cellules géantes et sont souvent associés à une fibrose. L’inhalation de
béryllium, dans un contexte de maladie professionnelle, donne lieu à de multiples
granulomes épithélioïdes et giganto-cellulaires pulmonaires, réalisant un tableau identique à
celui d’une sarcoïdose (figure 3.42).
• Poumons à précipitine (figure 3.43) : un corps étranger externe inhalé (allergène) entraîne
une réaction immunitaire avec formation d’immuns complexes dans l’interstitium
pulmonaire. Les immuns complexes vont être résorbés par des cellules géantes déterminant
la formation de multiples petits granulomes pouvant évoluer vers une fibrose.
• Des granulomes épithélioïdes à disposition palissadique peuvent également se constituer
autour d’épines de cactus et d’aiguilles d’oursin introduites dans le derme et au contact
d’implant de collagène.
• Enfin, les morsures d’arthropodes ayant laissé des pièces chitineuses dans le revêtement
cutané ou certains vaccins contenant un véhicule retard non résorbable à base d’aluminium
peuvent réaliser des réactions inflammatoires lymphocytaires prépondérantes à type de
pseudolymphome cutané (figure 3.44).
5 – INFLAMMATIONS
5. 1 - Définitions et introduction
L’inflammation granulomateuse est définie le plus souvent de manière plus restrictive comme une
inflammation spacialement limitée, « folliculaire », c’est-à-dire d’allure nodulaire. Elle est
constituée d’une prédominance de cellules mononucléées correspondant à des histiocytes
(macrophages, cellules épithélioïdes et/ou cellules géantes multinucléées) et des lymphocytes, plus
rarement associés à d’autres éléments cellulaires (polynucléaires neutrophiles, polynucléaires
éosinophiles, plasmocytes…) et avec la participation, quelle que soit la forme du granulome, de
fibroblastes.
L’inflammation dite « spécifique » est une inflammation dont les caractéristiques morphologiques
sont suffisamment évocatrices pour permettre de suspecter fortement ou d’affirmer quel est l’agent
causal déclenchant de cette inflammation ou d’orienter vers un groupe d’étiologies.
Par exemple, un granulome tuberculoïde avec une coloration de Ziehl positive est le plus souvent
synonyme de tuberculose et un granulome pyoépithélioïde fait évoquer plusieurs maladies
infectieuses : yersiniose ou bartonellose notamment.
On peut distinguer tout d’abord des granulomes macrophagiques diffus où les macrophages sont
agencés en nappes relativement diffuses comme dans la malakoplaquie ou la mycobactériose
atypique.
D’autres granulomes sont des granulomes macrophagiques « compacts » où les macrophages sont
agencés en groupements nodulaires, folliculaires. C’est la forme la plus accomplie et la plus
caractéristique de l’inflammation granulomateuse à laquelle participent des histiocytes aux
inflexions morphologiques et fonctionnelles variables :
Les cellules épithélioïdes sont classiquement des macrophages ayant perdu leur fonction de
déplacement et de phagocytose mais possédant une importante fonction sécrétoire ;
• des cellules géantes (ou cellules multinucléées) à cytoplasme abondant éosinophile à limite
nette, dont le nombre de noyaux est variable (pouvant atteindre plusieurs centaines par
cellule). Il existe plusieurs types de cellules géantes :
Les cellules de type Langhans (figure 3.46) sont des plasmodes issus de la fusion de cellules
épithélioïdes présentes dans les granulomes de la tuberculose ou de la sarcoïdose. Les noyaux sont
typiquement disposés en fer à cheval ou en couronne dans le cytoplasme.
Les cellules de type Müller (figure 3.47) présentes dans les granulomes à corps étrangers possèdent
des noyaux souvent très nombreux disposés au hasard dans le cytoplasme. Elles peuvent phagocyter
et l’élément phagocyté est parfois visible à l’intérieur de la cellule dans le cytoplasme.
Figure 3.45. Cellules épithélioïdes disposées sur un mode palissadique en bordure d’un amas
de caséum.
Après leur introduction dans l'organisme, les mycobactéries sont généralement phagocytées par des
macrophages. Ceux-ci produisent alors de l'interleukine 12 (IL-12) qui agit sur les lymphocytes en
induisant une production d’interféron gamma (IFNg). En présence d’IFNg, les macrophages
peuvent former des granulomes épithélioïdes et giganto-cellulaires. Le bon fonctionnement de la
voie de l’IFNg est indispensable pour la formation de granulomes épithélioïdes et giganto-
cellulaires. En son absence, les mycobactéries phagocytées par les macrophages prolifèrent dans
leur cytoplasme, aboutissant à des lésions de type lèpromateuses, c'est-à-dire des plages diffuses des
cellules de Virchow contenant de très nombreux baciles acido- alcoolo- résistants intracellulaires.
Des déficits électifs en IL-12, récepteur de l’IL-12 ou récepteurs de l’IFNg sont à l'origine de
susceptibilités innées aux infections mycobactériennes.
Tuberculose
Figure 3.51. Caséum, cellules épithélioïdes – les éléments constitutifs de la lésion caséo-
folliculaire
• La réaction folliculaire évolue vers une lésion fibreuse, chronique, cicatricielle et la lésion
caséo-folliculaire se transforme en lésion caséo-fibreuse, le caséum n’étant ni résorbable ni
pénétrable par la fibrose.
• Évolution du caséum :
• Il peut persister en l’état, cerné par une fibrose d’enkystement. Il peut également sécher et se
calcifier, ou se liquéfier. La liquéfaction du caséum est un processus complexe, auquel
participe l’hypersensibilité retardée source de production de lymphokines provocant un
afflux de macrophages producteurs d’enzymes, associés à des modifications du régime
microcirculatoire local permettant une imbibition aqueuse. Cette liquéfaction est couplée à
une multiplication active des bacilles tuberculeux.
• Le caséum ainsi liquéfié peut s’éliminer par un conduit de drainage naturel de voisinage
(bronches, voies urinaires) laissant alors une caverne tuberculeuse. Le caséum liquéfié peut
également s’évacuer par ulcération d’un revêtement (peau, muqueuse) ou rester en place
réalisant un abcès froid tuberculeux. Le drainage du caséum est généralement incomplet,
laissant en place des cavernes caséo-folliculaires ou caséo-fibreuses.
• L’évolution de la maladie sur le long terme, en absence de traitement, se caractérise par des
poussées successives au cours desquelles se constituent de nouveau des lésions exsudatives
qui vont évoluer pour leur propre compte avec ou sans nécrose caséeuse, selon la séquence
sus-décrite (schéma 3.2). Ainsi un poumon atteint de tuberculose chronique présente
typiquement un très grand polymorphisme lésionnel avec des lésions d’âges différents,
juxtaposées ou dispersées dans le parenchyme pulmonaire.
L’aspect macroscopique des lésions tuberculeuses est très polymorphe selon le stade évolutif des
lésions, la durée d’évolution de la maladie, l’étendue du territoire lésionnel et l’état général du
patient (déficit immunitaire et dénutrition favorisent la progression de la maladie).
• Lésions nodulaires :
o granulations miliaires : ce sont des lésions nodulaires de très petite taille (jusqu’à 1
mm), grises ou jaunâtres, bien individualisées les unes des autres ;
o tubercules : ce sont des lésions plus volumineuses pouvant atteindre jusqu’à 10 mm
de diamètre (figure 3.52). On distingue classiquement selon leur taille et leur
structure : les tubercules miliaires, crus plus volumineux et les tubercules enkystés
(avec coque scléreuse épaisse) et crétacés (calcifiés ou ossifiés). Le caséum est une
substance blanc grisâtre, opaque, molle ;
o tuberculome : c’est une formation de plusieurs centimètres de diamètre formé de
couches concentriques de caséum et de fibrose, souvent calcifiée.
• Lésions à type d’infiltrations : ce sont des lésions tuberculeuses plus ou moins étendues, non
systématisées comme les précédentes.
• Les lésions secondaires au ramollissement du caséum ont été déjà évoquées : abcès froid
tuberculeux, ulcérations cutanée et muqueuse (intestin, larynx), fistules pouvant compliquer
des adénites et orchi-épididymites tuberculeuses. La caverne le plus souvent pulmonaire,
demeure généralement tapissée de caséum et une source potentielle de contagion (émission
de bacilles), rarement elle peut s’affaisser aboutissant à une cicatrice fibreuse pleine.
L’antibiothérapie tuberculeuse est efficace sur les lésions exsudatives et, à tous les autres stades,
favorise le processus de cicatrisation c’est-à-dire l’évolution vers la fibrose.
Lèpre
La lèpre dans sa forme tuberculoïde est caractérisée par des granulomes épithélioïdes dermiques et
des nerfs. Ces lésions folliculaires, comme leur équivalent tuberculeux, sont presque totalement
dépourvues de bacille de Hansen, que la coloration de Ziehl met en évidence essentiellement dans la
forme lèpromateuse caractérisée par une infiltration macrophagique dermique diffuse (cellules de
Virchow).
Les granulomes pyoépithélioïdes correspondent à des granulomes dont le centre est constitué d’une
nécrose riche en polynucléaires neutrophiles et en pyocytes et dont la périphérie est surtout
constituée de cellules épithélioïdes et de quelques cellules géantes de type Langhans. Ces
granulomes peuvent s’observer au cours de la maladie de Nicolas Favre (due à des Chlamydiae), de
certaines yersinioses (Yersinia pseudotuberculosis), dans la maladie « des griffes du chat » le plus
souvent due à une bactérie du genre Bartonella et dans la tularémie (maladie des « égoutiers »).
Elles peuvent aussi engendrer au cours de leur évolution des réactions folliculaires avec cellules
épithélioïdes et nécrose. Exemples : l’histoplasmose (figures 3.57, 3.58), la cryptococcose et
l’échinococcose (kyste hydatique) (figure 3.59) après rupture de kyste.
Figure 3.57. Histoplasmose : réaction folliculaire avec cellules épithélioïdes et nécrose
Figure 3.58. Mise en évidence des levures par la coloration argentique de Gomori – Grocott
Très fréquents, ils ont déjà été présentés, dans les réactions inflammatoires à corps étrangers.
C’est une maladie, de cause inconnue, anergisante, considérée comme résultante d’une réponse
cellulaire immune excessive à un ou plusieurs antigènes d’origine exogène ou endogène. Elle peut
toucher tous les viscères avec une prépondérance pour l’arbre respiratoire (figure 3.60).
Histologiquement, elle réalise une inflammation folliculaire, sans jamais de nécrose, associant des
cellules épithélioïdes, des cellules géantes de type Langhans (comportant fréquemment dans leur
cytoplasme des inclusions appelées corps astéroïdes et corps de Schaumann) et des lymphocytes
(figures 3.60, 3.61).
Par ailleurs des réactions sarcoïdosiques sont observées dans les ganglions de drainage d’un
territoire cancéreux en rapport avec la libération de phospholipides membranaire par les cellules
tumorales.
Observé dans la polyarthrite rhumatoïde, souvent au niveau des synoviales, comprend un foyer
fibrinoïde central cerné par une couronne d’histiocytes à disposition palissadique.
Figure 3.62. Nodule rhumatoïde : foyer fibrinoïde central cerné par une couronne
d’histiocytes.
Maladie de Crohn
Il est caractérisé par les nodules d’Aschoff. Ces nodules sont la résultante d’un processus immuno-
allergique due à une infection à streptocoque. Ils sont parfois visibles au niveau des valves
cardiaques ou au niveau sous-cutané. Ils sont constitués de volumineux histiocytes associés à des
lymphocytes avec une nécrose fibrinoïde centrale.
6 – INFLAMMATION LIEE AUX INFECTIONS VIRALES
Les virus sont des micro-organismes à parasitisme intracellulaire obligatoire, dotés d’un seul type
d’acide nucléique, ADN ou ARN. Ils sont produits par l’assemblage de composants préformés, sont
incapables de se diviser et sont dépourvus de l’information génétique nécessaire au développement
d’un système capable de générer de l’énergie et de synthétiser des protéines. Ces caractéristiques
expliquent que :
la réplication des virus nécessite le détournement de la « machinerie cellulaire » d’une cellule hôte.
L’infection d’une cellule par un virus peut déterminer deux types de lésions : des lésions cellulaires
directement induites par le virus et des lésions indirectes provoquées par la réponse immunitaire
dirigée contre les cellules infectées.
La pénétration des virus dans l’organisme peut se faire par voie digestive (poliomyélite),
respiratoire (grippe), cutanée ou muqueuse (herpès, human papilloma virus) et sanguine (hépatite B,
VIH) ; enfin le fœtus peut être contaminé à partir de la mère (rubéole).
Il relève d’un processus de reconnaissance spécifique de type ligand – récepteur. Le virus reconnaît
le plus souvent des protéines membranaires normales de la cellule cible : protéine CD4 de certains
lymphocytes pour le VIH, molécule d’adhérence telle que ICAM-1 pour les rhinovirus, l’acide
sialique de glycoprotéines pour le virus influenza et les rotavirus.
Elle relève le plus souvent des mécanismes généraux d’endocytose, rarement elle est le fait d’une
translocation directe du virus ou de mécanismes de fusion de l’enveloppe virale avec la membrane
cytoplasmique.
Sous l’action d’une acidification de l’endosome ou d’enzymes lysosomales, le génome viral est
libéré dans le cytoplasme sous forme d’un complexe nucléoprotéique.
La réplication des virus ADN double brin (human papilloma virus, herpès) ou simple brin
(parvovirus) s’effectue au niveau du noyau. Toute la machinerie cellulaire est sollicitée pour
répliquer le génome viral et transcrire les gènes codant pour les protéines de structures. La
réplication des virus ARN double brin (rotavirus) ou monobrin (lentivirus, entérovirus) est
complexe, nécessitant, pour les rétrovirus, une transcription préalable par la transcriptase reverse de
l’ARN viral en ADN qui sert de modèle pour la synthèse de nouveaux génomes viraux ARN.
Assemblage du virus
Les virions sont assemblés après réplication du génome viral et synthèse des protéines virales. Le
site d’assemblage, cytoplasmique (poxvirus) ou nucléaire (polyomavirus, parvovirus, adénovirus),
dépend du site de réplication et des mécanismes de sortie de la cellule.
Sortie de la cellule des virions matures
Elle s’effectue par deux mécanismes : lytique (virus sans enveloppe), la destruction de la cellule
libère les virions dans le milieu extra-cellulaire ou par bourgeonnement, le virion est éliminé dans
une vésicule constituée de fragments de membrane cytoplasmique (rétrovirus) ou nucléaire
(herpès).
Diffusion du virus
Certains virus restent confinés au site primaire de l’infection (papillomavirus). Nombre d’entre eux
vont se diffuser dans l’organisme via le système circulatoire (sang et lymphe) au sein duquel ils
peuvent être également directement inoculés par effraction traumatique (transfusion, injection
intraveineuse de médicaments, piqûre d’insecte). Certains virus résident dans les ganglions nerveux
(varicelle) et se meuvent via les axones pouvant réinfecter des cellules épithéliales lors d’une
réactivation.
La peau constitue une barrière efficace contre nombre d’infections virales. Il n’en est pas de même
des muqueuses, notamment respiratoires, digestives, génitales, aisément infectées par les virus.
Les macrophages ont une activité antivirale intrinsèque, ils résistent à l’infection virale, toutefois
quelques virus peuvent survivre et se répliquer dans les macrophages (VIH, dingue). Ils sont
capables de détruire des cellules infectées par les virus (cytotoxicité anticorps dépendante). Ils sont
également source de production d’interférons qui confèrent aux cellules non infectées un état de
résistance aux virus.
• les anticorps produits ont surtout un rôle de protection vis-à-vis d’une réinfection par la
même souche. Mais ils favorisent également la phagocytose de particules virales opsonisées
et la lyse par les cellules natural killer des cellules infectées recouvertes d’anticorps ;
• les lymphocytes T ont un rôle essentiel dans la guérison des affections virales. Les cellules T
cytotoxiques, générées en réponse à l’expression d’antigènes viraux à la surface des cellules
(dont la reconnaissance nécessite l’expression simultanée des antigènes HLA de classe 1)
détruisent les cellules infectées en induisant leur entrée en apoptose par deux mécanismes :
le système Fas Ligand/Fas et/ou la production de cytotoxines (granzymes et perforine).
Les virus ont développé des stratégies variées pour échapper aux mécanismes de défense
immunitaire. La mutation fréquente du génome viral est l’une des plus utilisée (VIH, hépatite C)
obligeant le système immunitaire à une adaptation permanente et en limitant l’efficacité. L’infection
de cellules exprimant faiblement les antigènes HLA de classe 1 (neurones) ou l’induction d’une
inhibition de leur expression par les cellules infectées (cytomégalovirus), l’inhibition de la
présentation des antigènes viraux à la surface de la cellule (herpès virus), la déplétion en cellules
CD4 (VIH) et la diminution de la production de cytokines pro-inflammatoires sont autant de
mécanismes d’échappement.
6. 3 - Lésions directes dues aux virus
Les lésions directes dues aux virus peuvent prendre plusieurs aspects, rassemblés sous le terme
d’effet cytopathogène (voir ci-après).
Les glycoprotéines de l’enveloppe ont un rôle clé dans la fusion cellulaire qui peut être observée au
cours de la rougeole (figure 3.63) (cellules de Warthin-Finkeldey), des affections à paramyxovirus
(le virus de Sendai a été utilisé pour les fusions cellulaires pour la production des anticorps
monoclonaux), de l’herpès (HSV-HHV-1) et du sida (la glycoprotéine gp41 est responsable de la
fusion des lymphocytes infectés). Ces cellules géantes ont une durée de vie courte mais assurent la
propagation directe de cellules à cellules du virus qui échappe ainsi au système de surveillance
immunitaire.
Figure 3.63. Pneumonie rougeoleuse : cellules plurinucléées de Warthin-Finkeldey.
Corps d’inclusion
Ce sont des structures correspondant à une accumulation de matériel viral, pour certaines reflétant
une organisation cristalline du virus. Ils sont fréquemment observés au cours des maladies virales
s’accompagnant de lyse cellulaire : herpès (figure 3.64), rage. Les inclusions de la maladie des
inclusions cytomégaliques sont volumineuses intranucléaires et/ou intracytoplasmiques, dans des
cellules de grande taille (figure 3.65).
Elle n’est le fait que d’un nombre limité de souches virales. Elle favorise la propagation des virus
qui sont ainsi libérés en grande quantité dans le milieu extra-cellulaire.
La lyse cellulaire relève de mécanismes variés et complexes tel que l’arrêt brutal de la synthèse de
macromolécules nécessaires au métabolisme cellulaire par interférence des protéines virales avec la
transcription (protéines 2A du polyovirus) et la production d’une protéase à fonction toxine-like
(protéine penton des adénovirus).
La souffrance cellulaire peut être moins brutale, se traduisant par une ballonisation cellulaire
(modification de la perméabilité membranaire), une rupture des structures d’amarrage,
intercellulaire et à la matrice extra-cellulaire (altération du cytosquelette).
6. 4 - Lésions indirectes
Elles sont le fait de la réponse immunitaire. Beaucoup de facteurs cytotoxiques libérés par les
cellules du système immunitaire (lymphocytes et macrophages) ont une action non spécifique qui
va s’exercer aussi bien sur les cellules infectées que les cellules saines de leur environnement. Si les
conséquences peuvent être modestes : simple congestion vasculaire avec œdème et infiltration de
cellules mononucléées à caractère transitoire, les lésions sont parfois importantes, notamment au
cours des hépatites virales chroniques (virus hépatite B et C) avec retentissement fonctionnel et
possible évolution fibrosante pouvant aboutir, à terme, à une cirrhose.
6. 5 - Effets oncogéniques
On connaît de nombreux exemples de virus capables d’induire une tumeur dans un modèle
expérimental adapté. L’implication des virus en cancérologie humaine est par contre moins bien
caractérisée. On connaît 6 types de virus associés à l’émergence de tumeurs chez les patients
infectés (HHV-4/EBV ; HBV ; HCV ; HHV-8 ; HPVs ; HTLV). L’interaction entre l’infection
virale et le cancer, est indirecte et complexe.
L’identification du virus repose sur des techniques virologiques adaptées. Le pathologiste peut
toutefois établir ou orienter le diagnostic sur :
L’examen anatomopathologique n’est qu’assez rarement réalisé à des fins diagnostiques mais
principalement pour évaluer le retentissement tissulaire de l’inflammation virale à valeur
pronostique (lésions intra-épithéliales du col utérin à papillomavirus oncogène) et pour la prise en
charge thérapeutique (traitements antiviraux de l’hépatite C).
Figure 3.66. Hépatite chronique liée au virus B : mise en évidence de l’antigène HBs par
technique immunohistochimique dans le cytoplasme des hépatocytes.
Figure 3.67. Protéine LMP de l’Epstein-Barr virus mise en évidence par technique
immunohistochimique dans les cellules d’un lymphome.
Figure 3.68. Epstein-Barr virus : mise en évidence d’un ARN viral dans les noyaux des
cellules d’un lymphome par hybridation in situ.
Figure 3.69. Papillomavirus de type 16 dans les noyaux des cellules du corps muqueux de
Malpighi d’un condylome de l’exocol utérin :
6. 7. 1 - Virus épidermotropes
Virus du groupe herpès (herpès, varicelle, zona) (figure 3.70)
Ils sont responsables de vésicules cutanées et/ou muqueuses. Les vésicules situées dans le corps
muqueux de Malpighi sont la résultante de la dégénérescence ballonisante des cellules épithéliales.
Ces cellules ont un cytoplasme clair et des noyaux augmentés de volume, contenant des inclusions
intranucléaires. Les cellules peuvent également devenir plurinucléées.
Figure 3.70. Vésicule de zona.
Le molluscum contagiosum est une lésion épidermique cratériforme avec hyperplasie du corps
muqueux de Malpighi au centre de laquelle les cellules en voie de nécrose ont un cytoplasme
abondant, fortement éosinophile avec disparition progressive des noyaux (figure 3.72).
Figure 3.73. Condylome de l’exocol : koïlocytes dans la partie moyenne du corps muqueux de
Malpighi.
Figure 3.74. Koïlocytes dans un frottis cervical
6. 7. 2 - Virus mucotropes
Les virus de la grippe (influenza), de la rougeole et l’adénovirus (figure 3.75) infectent
essentiellement les muqueuses respiratoires. Le virus de la rougeole détermine l’apparition de
volumineuses cellules plurinucléées (figure 3.63).
Figure 3.76. Accumulation de l’Epstein-Barr virus dans les noyaux des cellules tumorales
d’un carcinome du nasopharynx :
6. 7. 4 - Virus neurotropes
Leucoencéphalopathie multifocale progressive
Elle est due à un papovavirus (virus JC). L’infection se développe chez des patients ayant le plus
souvent un déficit immunitaire. Les lésions prédominent dans la substance blanche hémisphérique
sous-corticale réalisant des foyers de démyélinisation au sein desquels se trouvent de volumineux
astrocytes et des oligodendrocytes à noyaux volumineux contenant des inclusions virales en verre
dépoli (figure 3.77), et des macrophages.
Figure 3.77. Leucoencéphalopathie multifocale progressive :
inclusions virales en verre dépoli (JC virus) dans les noyaux de deux oligodendrocytes.
Elle est due à un entérovirus qui infecte les neurones des cornes antérieures de la moelle et des
noyaux des nerfs crâniens. Les déficits neurologiques séquellaires correspondants traduisent les
lésions de dégénérescence puis de nécrose neuronale.
6. 7. 5 - Rétrovirus
Deux variétés de rétrovirus pathogènes sont identifiées chez l’homme :
• Human T-cell leukemia virus (HTLV1) qui est un oncovirus impliqué dans les leucémies et
lymphomes T et dans des myélopathies et neuropathies périphériques ;
• VIH qui est un lentivirus responsable du syndrome d’immunodéficience acquise. Les lésions
directement induites par le VIH sont observées dans les organes lymphoïdes et le système
nerveux central. Les adénopathies persistantes sont caractérisées par :
o une hyperplasie des centres germinatifs ;
o une hyperplasie immunoblastique et des phagocytes mononucléés avec possible
réaction épithélioïde ;
o une plasmocytose monoclonale et une hypervascularisation auxquelles fait suite, à
un stade plus avancé de la maladie, une atrophie lymphoïde.
Les lésions encéphaliques sont caractérisées par la présence de volumineux macrophages, des
cellules géantes multinucléées (figure 3.78) et une réaction microgliale. L’immunomarquage avec
des anticorps dirigés contre les protéines de la nucléo-capside (p24) (figure 3.79) ou dans
l’enveloppe (gp41) et les techniques d’hybridation moléculaire permettent d’objectiver la présence
de virus.
Figure 3.78. Cellules géantes dans une lésion encéphalique induite par le virus de
l’immunodéficience humaine.
Essentiellement quatre types de virus sont responsables d’hépatite. Les virus A et C sont des virus
dont le génome est constitué d’ARN. Ils sont responsables d’hépatites aiguës, sans passage à la
chronicité pour le virus A, avec passage à la chronicité fréquent pour le virus C. Le virus B est un
virus ADN, pourvu d’une nucléocapside (support des motifs antigéniques HBc et HBe), entourée
d’une enveloppe portant le motif Hbs. Quant au virus D, c’est un virus ARN, défectif, qui a besoin
de la présence du virus B pour se propager.
Les hépatites virales sont caractérisées par l’association de lésions hépatocytaires et d’une réaction
inflammatoire. Au cours des hépatites virales aiguës, les altérations des hépatocytes sont des lésions
dégénératives (vacuolaires et granulaires) et nécrotiques. La dégénérescence ballonnisante initiée
par un trouble de la perméabilité membranaire se traduit par des cellules volumineuses à cytoplasme
pâle et à noyau pycnotique. La nécrose acidophile est caractérisée par des cellules de petite taille à
cytoplasme fortement éosinophile dont le noyau disparaît (corps de Councilman) (figure 3.80).
Dans l’hépatite B, certains hépatocytes infectés ont un cytoplasme homogénéisé en verre dépoli
(figure 3.81). Ces altérations suscitent une réaction inflammatoire cellulaire associant des
polynucléaires et surtout des cellules mononucléées.
Dans les hépatites virales chroniques, il existe un infiltrat cellulaire inflammatoire mononucléé des
espaces portes, grignotant la lame bordante hépatocytaire. L’atteinte lobulaire est plus ou moins
intense. Une fibrose à point de départ au niveau des espaces portes peut être constatée (figure 3.82).
L’analyse qualitative et quantitative de ces lésions élémentaires permet d’établir un score qui guide
le clinicien pour la prise en charge thérapeutique.
Certaines de ces infections parasitaires sont surtout observées chez les patients immunodéprimés
(patients traités par immunosuppresseurs, patients VIH positifs, etc.).
La réaction inflammatoire visible dans les tissus au contact du parasite peut permettre d’orienter le
diagnostic (ex : la présence des polynucléaires éosinophiles et de cristaux de Charcot-Leyden
orientent vers une helminthiase).
• Étude analytique : la grande majorité des parasites sont visibles sur l’hématoxyline-éosine-
safran. Sur l’HES, les parasites, les larves et les œufs ont une taille souvent caractéristique
qui oriente vers leur identification intratissulaire.
• Colorations histochimiques : certaines colorations histochimiques permettent soit de
confirmer certaines parasitoses, soit de mettre en évidence certains parasites non ou mal
visibles sur l’HES :
o la coloration de Giemsa (cryptosporidies, plasmodium, Leishmanies) ;
o la coloration de Warthin-Starry ;
o la coloration de Gram modifié de type Brown-Brenn (microsporidies) ;
o la coloration par le PAS (Isospora, Toxoplasma).
Dans tous les cas, une confrontation anatomoclinique et un examen parasitologique (examen direct
et sérologie) sont indispensables pour le diagnostic.
Elle est très variable en fonction du parasite, et de l’état d’immunocompétence de l’hôte. Ci-après,
quelques exemples :
Certains diagnostics sont particulièrement urgents car ces mycoses peuvent mettre en jeu le
pronostic vital et imposent une thérapeutique immédiate, par exemple les aspergilloses invasives
chez les patients hospitalisés en réanimation et les mucormycoses développées les patients
diabétiques.
Le diagnostic histopathologique des mycoses doit toujours être corrélé au diagnostic mycologique
(examen direct, culture, sérologie).
L’étude ultrastructurale est très rarement utile pour le diagnostic (Penicillium marneffei).
Conclusion
Dans ce dernier cas, le terme systémique doit être compris comme relatif à des cibles tissulaires qui
ne se cantonnent pas à un seul organe anatomique.
Les lésions sont variées et résultent souvent d’une cytotoxicité à médiation cellulaire et/ou de
dépôts de complexes immuns dans les parois vasculaires ou à leur contact. Le tableau lésionnel est
souvent celui d’une inflammation chronique et associe ainsi une infiltration leucocytaire, des
destructions tissulaires, des tentatives de réparation, avec un degré variable de fibrose.
Dans certains cas, c’est le tableau inflammatoire qui domine (vascularites primitives), ou l’atrophie
tissulaire (atrophie villositaire du duodénum au cours de la maladie cœliaque, atrophie fundique de
l’estomac au cours de l’anémie de Biermer).
Dans d’autres cas, les deux aspects sont présents (thyroïdite d’Hashimoto [figure 3.83]). La fibrose
peut dominer, selon le degré évolutif (sclérodermie). Enfin il existe parfois une hypertrophie du
tissu. C’est le cas de la maladie de Basedow, les auto-anticorps activant le récepteur de la TSH des
cellules vésiculaires thyroïdiennes et stimulant l’hypertrophie et l’hyperplasie de ces cellules (figure
3.84).
Le tissu thyroïdien est en partie détruit par une inflammation lymphocytaire dense avec des centres
germinatifs
Il se traduit par une congestion massive et brutale de tout l’organe transplanté et par un arrêt brutal
et définitif de sa fonction.
Le mécanisme du rejet hyperaigu est lié à la présence, chez le receveur de l’organe, d’anticorps
dirigés contre des épitopes présents sur les cellules endothéliales de l’organe greffé.
Les anticorps circulants du receveur se déposent à la surface de ces cellules endothéliales,
entraînant une fixation tissulaire vasculaire du complément, avec vasoconstriction initiale intense
dans le greffon puis coagulation en masse dans son système vasculaire. Les antigènes du groupe
sanguin ABO semblent être les plus fréquemment impliqués.
Le rejet aigu ou cellulaire est dû au développement d’une immunisation du receveur contre les
antigènes du complexe majeur d’histocompatibilité du donneur, et est médié par des lymphocytes T
effecteurs du receveur.
Ce processus prend plusieurs jours pour se développer et peut survenir après des mois ou des
années, en fonction des fluctuations des traitements immunosuppresseurs. Une intensification du
traitement immunosuppresseur permet, dans la majorité des cas, de traiter efficacement le rejet aigu.
Au niveau du rein, l’aspect histologique est celui d’un infiltrat interstitiel dense à cellules
mononucléées et d’un œdème, associés à une discrète hémorragie interstitielle. Les lymphocytes T
CD8+ infiltrent les structures épithéliales tubulaires, déterminant des nécroses tubulaires focales.
Ces mêmes cellules T déterminent une agression focale des cellules endothéliales, appelée
endothélite. Dans le greffon hépatique, on observe l’association d’un infiltrat inflammatoire portal,
avec des lésions de cholangite et d’endothélite.
Il peut exister une composante humorale par le développement progressif d’anticorps du receveur
dirigés contre les allo-antigènes du greffon. On y rattache la survenue d’une vascularite nécrosante
avec nécrose endothéliale, ou d’une oblitération vasculaire progressive. Ces lésions sont beaucoup
moins sensibles au traitement institué que les lésions cytotoxiques.
La réaction du greffon contre l’hôte (GVH = graft versus host) aiguë survient dans les trois
premiers mois après la greffe. Les tissus de l’hôte principalement pris pour cible sont la peau, les
intestins et le foie.
L’atteinte cutanée se manifeste par un rash maculopapuleux, puis en cas d’aggravation par une
érythrodermie généralisée et enfin des bulles de desquamation. Histologiquement, des cellules T
alloréactives attaquent avec prédilection les assises épithéliales basales de l’épiderme, entraînant
des apoptoses des cellules malpighiennes basales, voire dans les formes les plus graves de
l’ensemble de l’épiderme.
L’atteinte intestinale entraîne une diarrhée. Les lésions sont identiques dans le grêle et le côlon :
nombreuses apoptoses dans la partie basale des glandes muqueuses puis destruction étendue des
glandes remplacées par un tissu de granulation peu dense contenant des macrophages et des
lymphocytes.
L’atteinte hépatique se caractérise par une agression des cellules épithéliales biliaires des canaux
intra-hépatiques de petit calibre et se traduit par une cholestase.
Notons que les lymphocytes T du greffon peuvent également avoir un effet bénéfique anti-tumoral,
il s’agit notamment de l’effet GVL (graft versus leukemia), qui diminue le risque de récidive de la
leucémie.
La réaction du greffon contre l’hôte chronique se manifeste par des lésions cutanées diffuses
d’aspect sclérodermiforme, avec fibrose et destruction des annexes. L’atteinte hépatique est très
fréquente au niveau des canaux biliaires et se manifeste par un ictère cholestatique.