TD- ÉTUDE DE CAS
Module L3.6-ESE3 · Gestion des Déchets · ICAM Douala
SITUATION-PROBLÈME
L'affaire de Kribi-Ville
Kribi est une ville côtière en pleine expansion dans la région du Sud-Cameroun.
Sa population est passée de 52 000 habitants en 2015 à 78 000 habitants en 2024,
portée par le développement du port en eaux profondes et l'afflux de travailleurs
et de familles. Cette croissance rapide a pris de court les services municipaux.
Ce qui se passe dans la ville :
À l'entrée de Kribi, sur la route de Lolabé, une zone industrielle artisanale
regroupe une unité de transformation de manioc (extraction d'amidon), deux
garages auto informels et un petit atelier de peinture sur métaux. Chaque jour,
l'unité de manioc déverse ses eaux de process (chargées en amidon et en acide
cyanhydrique résiduel) dans le petit cours d'eau qui traverse le quartier avant de
rejoindre l'Atlantique. Les garages brûlent leurs huiles de vidange à ciel ouvert.
L'atelier de peinture jette ses solvants usagés dans un fossé à ciel ouvert.
À 200 mètres de cette zone, le quartier de Bapouko compte 12 000 habitants. Les
femmes du quartier y tirent l'eau d'un puits collectif pour la cuisine et la lessive.
Depuis six mois, l'eau a une odeur suspecte. Trois enfants ont été hospitalisés pour
des troubles digestifs. Le médecin du centre de santé suspecte une contamination
mais n'a pas les moyens de faire analyser l'eau.
Par ailleurs, la commune de Kribi ne dispose d'aucun système de collecte des
déchets ménagers organisé. Les habitants jettent leurs ordures en bordure de route,
dans les caniveaux ou les brûlent. Une décharge sauvage s'est formée
spontanément à 800 mètres de la plage, attraction touristique majeure de la ville.
Le taux de couverture de la collecte est estimé à 15 % de la population, assuré par
deux camions vétustes de la mairie.
La composition morphologique des déchets ménagers de Kribi a été établie lors
d'une campagne de caractérisation récente :
Fraction Pourcentage massique
Matières organiques fermentescibles 62 %
Plastiques (dont PET : 14 %, PEHD : 6 %) 20 %
Papiers / cartons 8%
Métaux (aluminium 3 %, ferraille 2 %) 5%
Inertes (sable, gravats) 3%
Textiles et divers 2%
Données complémentaires :
• Production spécifique : 0,48 kg/habitant/jour
• Humidité moyenne des déchets : 68 %
• Densité apparente : 0,20 t/m³
• Rapport C/N mesuré : 27
• Pouvoir Calorifique Inférieur (PCI) mesuré : 3,6 MJ/kg
• Fréquence de collecte cible : 2 fois par semaine (soit f = 3,5 jours)
• Taux de remplissage des bacs retenu : 80 %
• Capacité utile d'une benne tasseuse : 8 tonnes
• Nombre de rotations par benne par jour : 2
• Distance site de traitement : 18 km
• Prix du gasoil : 650 FCFA/litre
• Consommation benne : 70 litres/jour
L'unité de transformation de manioc, en plus de ses rejets liquides, produit chaque
jour :
• De l'amidon de manioc : produit principal vendu
• Des cosses et épluchures de manioc : 6 tonnes/jour, actuellement entassées
derrière l'usine
• Une fine poudre résiduelle issue du tamisage de l'amidon : 0,8 tonne/jour,
actuellement jetée
• Des tubercules de manioc avariés, refusés à l'entrée de l'usine : 0,3
tonne/jour
• De la vapeur d'eau chargée en composés volatils qui s'échappe lors de la
cuisson : non quantifiée
La Communauté Urbaine de Kribi reçoit une mise en demeure du MINEPDED
lui donnant 6 mois pour proposer un plan de gestion des déchets conforme à la
réglementation.
QUESTIONS
Les questions sont indépendantes. Vous pouvez répondre dans l'ordre qui vous
convient. Référez-vous systématiquement à la situation de Kribi pour illustrer vos
réponses.
PARTIE A : Définitions et classification (20 points)
Question A1 : 6 points
La situation décrit plusieurs types de rejets et de matières dans la zone industrielle
artisanale de Kribi.
a) Donnez la définition juridique d'un déchet selon le cadre légal camerounais.
Précisez le texte de référence. (2 pts)
b) Parmi les cinq flux produits par l'unité de transformation de manioc (amidon
vendu, cosses et épluchures, poudre résiduelle, tubercules avariés, vapeur
chargée), qualifiez précisément chacun selon les concepts suivants : produit
principal, co-produit, sous-produit, résidu, rebut, déchet. Justifiez chaque réponse
en une phrase. (4 pts)
Question A2 : 6 points
a) La décharge sauvage à 800 mètres de la plage, les huiles de vidange brûlées à
ciel ouvert et les eaux de process de l'unité de manioc sont trois types de déchets
bien distincts. Classifiez-les selon la nomenclature officielle (nature physique,
origine, dangerosité). (3 pts)
b) Les émissions de la combustion des huiles de vidange constituent un type
particulier de déchet gazeux. Donnez le sigle qui les désigne, leur définition
précise, et expliquez en deux phrases pourquoi leur présence à 200 mètres d'un
quartier résidentiel constitue un problème de santé publique grave. (3 pts)
Question A3 : 8 points
On vous demande d'appliquer la hiérarchie des modes de gestion des déchets à la
situation de Kribi.
a) Citez et expliquez les cinq niveaux de la hiérarchie dans l'ordre correct, du plus
vertueux au dernier recours. (3 pts)
b) Pour chacun des cinq niveaux, proposez une action concrète applicable à Kribi
en vous appuyant sur le profil des déchets de la ville. (3 pts)
c) À quel niveau se situe actuellement la gestion des déchets de Kribi ? Justifiez
en deux phrases. (2 pts)
PARTIE B : Cadre réglementaire et principes (25 points)
Question B1 : 10 points
La situation de Kribi met en lumière deux réalités simultanées : l'unité de manioc
pollue le cours d'eau et empoisonne le puits du quartier Bapouko depuis six mois
sans que personne ne l'ait encore obligée à s'arrêter. Et les trois enfants hospitalisés
appartiennent à une famille très modeste qui n'a pas les moyens de se raccorder à
l'eau courante.
a) Deux principes fondamentaux du droit des déchets et de l'environnement sont
directement mis en cause dans cette situation. Identifiez-les parmi les principes
suivants et justifiez votre choix :
Principe de précaution / Principe pollueur-payeur / Principe de proximité /
Principe d'équité / Principe de subsidiarité / Principe de cohérence et de
coordination
(4 pts)
b) Pour chacun des deux principes identifiés, donnez sa définition précise,
expliquez en quoi la situation de Kribi le viole, et dites ce qu'il imposerait
concrètement si il était appliqué. (6 pts)
Question B2 : 8 points
La mise en demeure du MINEPDED à la Communauté Urbaine de Kribi s'appuie
sur plusieurs textes.
a) Citez trois textes du cadre législatif et réglementaire camerounais applicables à
la situation de Kribi. Pour chacun, précisez son intitulé exact, l'obligation
principale qu'il impose dans ce contexte, et l'acteur qui en est responsable. (6 pts)
b) Les solvants de l'atelier de peinture sont des déchets dangereux. Une entreprise
étrangère propose à l'atelier de lui racheter ces solvants pour les expédier vers une
usine de retraitement en Europe. Citez une convention internationale ratifiée par
le Cameroun qui encadre cette opération, donnez sa date et son objet précis. (2
pts)
Question B3 : 7 points
a) Identifiez et présentez les quatre acteurs institutionnels principaux de la gestion
des déchets au Cameroun. Pour chacun, précisez son rôle légal et son rôle réel à
Kribi. (4 pts)
b) Le médecin du centre de santé de Bapouko alerte les autorités depuis trois mois.
La mairie dit que c'est la responsabilité du MINEPDED. Le MINEPDED dit que
c'est la mairie qui doit agir. L'unité de manioc dit qu'elle n'a jamais reçu
d'autorisation d'exploitation et donc qu'elle ne sait pas qu'elle est dans l'illégalité.
Quel principe du droit des déchets décrit exactement ce dysfonctionnement
institutionnel ? Définissez-le et proposez en trois lignes comment le corriger à
Kribi. (3 pts)
PARTIE C : Traitement et valorisation (20 points)
Question C1 : 8 points
a) Définissez et distinguez précisément les notions suivantes : traitement,
valorisation, recyclage, réemploi, valorisation matière, valorisation organique,
valorisation énergétique. (4 pts)
b) Pour chaque flux de déchet identifié à Kribi (déchets ménagers organiques,
plastiques PET, aluminium, eaux de process de l'unité de manioc, huiles de
vidange, solvants de l'atelier), proposez la filière de traitement ou de valorisation
la plus adaptée au contexte camerounais. Justifiez chaque choix en une phrase. (4
pts)
Question C2 :7 points
Le PCI des déchets ménagers de Kribi est de 3,6 MJ/kg et leur humidité est de 68
%.
a) Définissez le Pouvoir Calorifique Inférieur (PCI). Quel est le seuil minimum
de PCI requis pour qu'une incinération soit autosuffisante thermiquement ? Qu'en
déduisez-vous pour Kribi ? (3 pts)
b) Le rapport C/N des déchets de Kribi est de 27 et la fraction organique représente
62 %. Évaluez la pertinence du compostage pour Kribi : quels paramètres sont
favorables, lesquels nécessitent une correction ? (2 pts)
c) Proposez et justifiez la filière de valorisation prioritaire pour les déchets de
Kribi. Appuyez-vous sur au moins trois données chiffrées pour fonder votre choix.
(2 pts)
Question C3 : 5 points
Les cosses et épluchures de manioc (6 t/jour) de l'unité de transformation
représentent une ressource organique majeure actuellement non valorisée.
a) Proposez une filière de valorisation organique adaptée à ce flux. Précisez le
produit obtenu et son débouché possible dans le contexte de Kribi et de la région
du Sud. (2 pts)
b) Les eaux de process de l'unité de manioc contiennent de l'acide cyanhydrique
résiduel et une forte charge organique. Quelle filière de traitement proposez-vous
avant tout rejet ? Nommez le procédé, décrivez son principe en trois lignes et
justifiez son adéquation au contexte camerounais. (3 pts)
PARTIE D : Dimensionnement du système de collecte (35 points)
Toutes les formules doivent être posées. Toutes les hypothèses doivent être
explicitées. Les résultats doivent être arrondis à l'entier supérieur pour les
équipements.
Question D1 : 12 points
Bilan massique
a) Calculez la production journalière totale de déchets ménagers de Kribi en
kg/jour et en t/jour. (2 pts)
b) Calculez la masse journalière de chaque fraction (matières organiques,
plastiques, papiers/cartons, métaux, inertes, textiles/divers) en kg/jour. (3 pts)
c) La collecte actuelle ne couvre que 15 % de la population. Quelle masse de
déchets échappe chaque jour à la collecte officielle ? Que deviennent ces déchets ?
citez deux conséquences sanitaires et environnementales directement visibles à
Kribi. (3 pts)
d) La Communauté Urbaine vise un taux de couverture de 85 % dans les 18
prochains mois. Calculez la masse journalière à collecter correspondant à cet
objectif. (2 pts)
e) Si la population de Kribi croît au rythme de 3 % par an, quelle sera la production
journalière de déchets dans 5 ans ? Montrez le calcul. (2 pts)
Question D2 : 12 points
Contenants et circuits
On dimensionne le système pour l'objectif de 85 % de couverture.
a) Calculez la masse de déchets accumulée entre deux passages de la benne
(fréquence : 2 fois/semaine, f = 3,5 jours). (2 pts)
b) Calculez le volume brut de stockage nécessaire (en m³) en utilisant la densité
apparente. (2 pts)
c) Calculez le volume total des contenants nécessaires en tenant compte du taux
de remplissage de 80 %. (2 pts)
d) La commune dispose de bacs PAV de 770 litres et de bacs PAV de 2 000 litres.
En zone urbaine dense (60 % du territoire desservi, 1 bac de 2 000 L pour 150
habitants), combien de bacs de 2 000 L faut-il ?
En zone péri-urbaine (40 % restants, 1 bac de 770 L pour 80 habitants), combien
de bacs de 770 L faut-il ? Vérifiez que le volume total de bacs couvre le volume
de stockage calculé en (c). (4 pts)
e) Proposez deux critères de localisation des bacs PAV adaptés au contexte de
Kribi (ville côtière, forte fréquentation touristique, quartiers denses). (2 pts)
Question D3 :11 points
Parc de véhicules et analyse économique
a) Calculez la masse journalière à collecter pour le taux de couverture cible de 85
%. (1 pt)
b) Calculez le nombre de bennes tasseuses nécessaires (capacité utile 8 t, 2
rotations/jour). Arrondissez à l'entier supérieur et ajoutez une benne de réserve. (3
pts)
c) Calculez le coût de carburant annuel du parc de bennes retenu (consommation
70 L/benne/jour, 650 FCFA/L, 365 jours). (2 pts)
d) Une unité de compostage traitant 70 % de la fraction organique collectée
produit du compost à raison de 0,28 kg de compost par kg de matière organique
traitée. Calculez la production annuelle de compost (t/an) et le chiffre d'affaires
annuel si le compost est vendu à 12 000 FCFA les 50 kg. (3 pts)
e) En comparant le coût annuel du carburant des bennes avec le chiffre d'affaires
annuel du compost, dégagez une conclusion en deux phrases sur la viabilité
économique partielle du système. (2 pts)