Les Modes de Financement Alternatif (Crowdfunding Et Microfinance
Les Modes de Financement Alternatif (Crowdfunding Et Microfinance
Préparé par :
Wafae Tadlaoui
Et
Ibtissame Khalyf
Année 2022-2023
REMERCIEMENTS
Nous désirons exprimer notre reconnaissance à toutes les personnes qui, par leur intérêt et leur
aide, ont permis de mener à bien ce mémoire. Nos remerciements s’adressent particulièrement à
Mme. Hindou Baddih, professeur de la faculté d’économie de l’université Ibn Tofail, pour sa
précieuse collaboration, son assistance et ses encouragements soutenus au cours de la rédaction de
ce mémoire. Également, nous adressons nos remerciements à M. Azzedine El Midaoui, président
de l’université Ibn Tofail, et M. Mustapha Achibane, doyen de la faculté d’économie et de gestion
de l’université Ibn Tofail, pour leur suivi et leur supervision bienveillante, à l’équipe pédagogique
de cet établissement pour l’enseignement dispensé durant notre cursus, le partage de son savoir-
faire et son aide.
Enfin, nous tenons à exprimer notre profonde gratitude pour notre amie Yasmine Echchelh et la
remercier sincèrement pour toute l'aide qu’elle nous a apportée, et nous remercions également nos
proches pour leur soutien inconditionnel, leur affection et pour tous les sacrifices qu’ils se sont
imposées au cours de nos études.
2
ABREVIATIONS
AAOIFI : Accounting and Auditing Organization for Islamic Financial Institutions / Comptabilité
et audit d'organisation pour les Institutions financières islamiques
AFD : Agence française de développement
AIMC : L'Association Ismaïlia De Micro Crédit
AMC : Audit Maghreb conseil
AMIC : Association Marocaine des Investisseurs en Capital
AMMC : Autorité marocaine du marché des capitaux
AMSED : Association Marocaine de Solidarité et de Développement
APSF : Association Professionnelle des Sociétés de financement
BAM : Bank Al-Maghrib
BEI : Banque européenne d’investissement
BERD : Banque européenne pour la reconstruction et le développement
BO : Bulletin Officiel
BTP : Bâtiment et travaux publics
CDG : Caisse de dépôt et de gestion
CDVM : Conseil Déontologique des Valeurs mobilières
CGEM : Confédération Générale des Entreprises du Maroc
CRS : Catholic Relief Services
ENAM : École Nationale d'Agriculture de Meknès
FCPR : Fonds commun de placement à risque
FBPMC : Fondation Banque Populaire Pour Micro Crédit
FNAM : Fédération Nationale des Associations de Microcrédit
FOGAM : Le fonds de garantie de la mise à niveau
FMI : Fonds Monétaire International
HCP : Le Haut-Commissariat au Plan
ICO : Initial Coin Offering
IMF : Institutions de Microfinance
IS : Impôt sur les sociétés
MAD: Dirham marocain
MASI: Moroccan All Shares Index
MorSEFF: Morocco Sustainable Energy Efficiency Financing
PAS : Programme d'ajustement structurel
PME : Petites et Moyennes Entreprises
PNUD : Programme des Nations unies pour le développement
REGION MENA : Middle East and North Africa / La région du Moyen-Orient et de l'Afrique du
Nord
SBA : Small Business Administration
SCR : Société centrale de réassurance
SFD : Système financier décentralisé
TPE : Très Petite Entreprise
TVA : Taxe sur la valeur ajoutée
TPME : Très Petites et Moyennes Entreprises
UEMOA : Union économique et monétaire ouest-africaine
USAID : Agence des États-Unis pour le développement international.
UTA : Unité de travail par année
3
ANNEXES
Figure n°1 : Répartition géographiques du nombre de plateformes de crowdfunding
Figure n°2 : La croissance de crowdfunding par région (prévisions en millions de dollars)
Figure n°3 : Volume total de la finance alternative en Europe en 2014
Figure n°4 : Répartition géographique des bénéficiaires de microcrédit, en 2009, en pourcentage
Figure n°5 : Les critères d’admission sur le marché des obligations
Figure n°6 : Les conditions d’admission aux trois compartiments boursiers
Tableau n°1 : résume les seuils quantitatifs fixés par la Commission européenne pour définir les
PME
Tableau n°2 : La répartition des PME par secteur d'activités 2019
4
SOMMAIRE
Introduction générale…………………………………………………………………………… 01
Première partie : Le financement alternatif : une nouvelle ère de financement pour les PME… 03
Premier chapitre : Aperçu historique sur le financement des investissements des PME……… 03
1.Définition des PME………………………………………………………………………… 03
1.1Les critères quantitatifs…………………………………………………………………… 03
1.2Les critères qualitatifs……………………………………………………………………… 04
[Link]érentes définitions dans le monde……………………………………………………… 04
2.1 Sur le plan européen……………………………………………………………………… 04
3. Décryptage des modes de financement : du traditionnel à l’alternatif……………………… 05
3.1 Perspective sur les modes de financement traditionnel…………………………………… 05
3.1.1 Le financement bancaire………………………………………………………………… 05
3.1.2 Recours aux fonds propres……………………………………………………………… 08
3.1.3 Le marché boursier……………………………………………………………………… 11
3.2 Limites du financement traditionnel……………………………………………………… 12
3.2.1 Relation Banque-PME…………………………………………………………………… 12
3.2.2 Les défis de la gestion des risques pour la banque……………………………………… 12
3.2.3 Taux d’intérêt comme frein de croissance économique des PME……………………… 13
3.2.4 Asymétrie informationnelle face à l’octroi du crédit………………………………………13
3.2.5 Mobiliser les fonds propres : difficulté de taille………………………….……………… 14
3.2.6 Défis de l’information pour le financement des investissements des PME……………… 14
3.2.7 Accès au marché boursier……………………………………………….………………… 15
[Link]ésentation des modes de financement alternatif…………………………………………… 16
4.1 Définition…………………………………………………………………………………… 16
4.2 Les différentes options de financement alternatif………………………….…………………17
Deuxième chapitre : Le Crowdfunding………………………………………………………… 21
[Link] du crowdfunding au monde économique………………………………………… 21
[Link] : concept et fonctionnement…………………………………………………… 22
2.1 Cadre conceptuel du crowdfunding………………………………………………………… 22
2.2 Typologies du crowdfunding………………………………………………………………… 23
2.2.1 Le crowdfunding non financier…………………………………………………………… 23
2.2.2 Le crowdfunding financier………………………………………………………………… 24
2.3. Mode de fonctionnement du Crowdfunding………………………………………………… 24
3.Développement du crowdfunding dans le monde……………………………………………… 26
3.1 Les chiffres du financement par la foule au plan mondial…………………………………… 26
3.2 Développement du contexte législatif……………………………………………………… 28
[Link] avantages du crowdfunding…………………………………………………………… 28
4.1 Les avantages pour les entrepreneurs……………………………………………………… 28
4.2 Les avantages pour les contributeurs………………………………………………………… 29
4.3 Les avantages pour l’économie……………………………………………………………… 30
5 Risques et défis……………………………………………………………………………… 30
5.1 Les risques liés au fonctionnement des plateformes……………………………………… 30
5.2 Les risques pour les investisseurs………………………………………………………… 31
5.3 Les risques pour les entrepreneurs…………………………………………………………… 31
Troisième chapitre : La microfinance …………………………………………………………… 33
[Link] et origine……………………………………………………………………………… 33
[Link] conceptuel de la microfinance……………………………………………………………33
2.1 Le modèle de base : Mohammed Yunus er la Grameen bank…………………………… 34
2.2 Le microcrédit et ses principes…………………………………………………………… 34
2.3 Qu’est-ce que la microfinance ? ………………………………………………………… 34
[Link] différents produits financiers de la microfinance………………………………………… 35
3.1 Le microcrédit……………………………………………………………………………… 35
3.1.1 Le microcrédit solidaire……………………………………………………………………35
3.1.2 Le microcrédit individuel………………………………………………………………… 36
3.1.3 Synthèse des deux types de microcrédit étudiés : solidaire et individuel………………… 37
5
3.2 L’épargne…………………………………………………………………………………… 37
3.2.1 L’épargne obligatoire…………………………………………………………………… 38
3.2.2 L’épargne volontaire bloquée……………………………………………………………… 38
3.2.3 Les dépôts à vue et les comptes semi liquides………………………………………………38
3.3 Les nouveaux produits financiers………………………………………………………… 38
3.3.1 La micro assurance………………………………………………………………………… 38
3.3.2 Le crédit habitat…………………………………………………………………………… 39
[Link]’est-ce qu’une IMF ou SFD ? ……………………………………………………………… 39
[Link] principes et les atouts de la microfinance ………………………………………………… 40
5.1 Les principes de la microfinance…………………………………………………………… 40
5.2 Les atouts de la microfinance……………………………………………………………… 41
Deuxième partie : Le cas du Maroc ………………………………………………………………42
Chapitre I : Le financement des PME marocaines……………………………………………… 42
[Link] PME marocaines………………………………………………………………………………………
42
1.1 Importance des PME dans le tissu productif national…………………………………………43
[Link] financement au Maroc : une palette variée………………………………………………… 44
2.1 Le crédit bancaire…………………………………………………………………………… 44
2.2 Financement via le marché boursier………………………………………………………… 45
2.2.1 Le marché de dette………………………………………………………………………… 45
2.2.2 Le marché des actions……………………………………………………………………… 46
2.3 Le crédit-bail………………………………………………………………………………… 48
2.4 Le capital investissement…………………………………………………………………… 48
2.5 Le crowdfunding………………………………………………………………………………50
2.6 Les banques participatives…………………………………………………………………… 50
2.7 La finance verte……………………………………………………………………………… 51
2.8 Le block Chain……………………………………………………………………………… 52
2.9 Les business Angels………………………………………………………………………… 53
2.10 Le capital-risque…………………………………………………………………………… 54
[Link] contraintes de financement imposées face aux PME marocaines………………………… 54
3.1 Complexité des conditions d’accès au Marché boursier…………………………………… 54
3.2 Les obstacles d’ordre administratif et judiciaire…………………………………………… 54
3.3 La réglementation du marché du travail…………………………………………………… 55
3.4 Les contraintes liées à l’accès au marché publics…………………………………………… 55
3.5 La réglementation comptable, fiscale et sociale…………………………………………… 55
3.6 Les contraintes liées au financement bancaire des PME marocaines……………………… 56
Chapitre II : L’évolution du crowdfunding au Maroc……………………………………………59
[Link] le crowdfunding a évolué au Maroc ? ………………………………………………59
[Link] du crowdfunding………………………………………………………………………… 59
[Link] du crowdfunding au Maroc……………………………………………………… 60
[Link] du crowdfunding au Maroc………………………………………………………… 60
[Link] obstacles de développement du crowdfunding au Maroc………………………… 61
Chapitre III : La microfinance au Maroc…………………………………………………………63
[Link] et développement de la microfinance au Maroc……………………………………63
[Link] réglementaire……………………………………………………………………………64
[Link] AMC au Maroc………………………………………………………………………… 66
4.L’exploitation de la microfinance au Maroc………………………………………………… 68
Conclusion………………………………………………………………………………………71
Bibliographie…………………………………………………………………………………… 72
6
RESUME
Traditionnellement, afin de pallier la carence persistante des fonds propres sur les équilibres
financiers des petites et moyennes entreprises (PME), le secteur bancaire a été amené à intervenir
dans ce domaine depuis nombreuses années. Cependant, en raison de l'instabilité et de l'évolution
de l'environnement financier des PME, les banques ont durci les conditions d'octroi de prêts aux
entreprises, ce qui a engendré l'émergence de modes de financement alternatifs. Cette situation
découle principalement de l'asymétrie d'informations entre les PME et les institutions financières,
ainsi qu'aux conditions strictes et à l'inadaptation des besoins en produits bancaires à la structure
des PME Marocaines. Face à cette forte demande de financement des PME, il devient nécessaire
d'introduire de nouvelles sources de financement.
A l'instar de la microfinance et le crowdfunding, les alternatives de financement connaissent un
renouveau, à la fois par la modernisation des sources de financement traditionnelles et l'émergence
de nouvelles formes de financement. Elles permettent aux PME de bénéficier de nouvelles marges
de manœuvre financière, d’atténuer les difficultés financières relatives aux financements
traditionnels et de garantir leur essor.
Dans le contexte économique actuel, les PME Marocaines ont besoin de sources de financement
diversifiées pour répondre à leurs besoins en matière d'investissement et de développement, c'est
pourquoi le recours à des modes de financement alternatifs est devenu une composante importante
de l'architecture financière capable d’assurer la promotion des PME au Maroc et leur pérennité
dans un environnement économique en constante mutation.
7
INTRODUCTION
« Les grandes choses ont des petits débuts » disait Peter Senge, célèbre théoricien en management.
Ce qui est vrai pour les grandes entreprises l’est aussi pour les PME.
Cependant, les PME jouent un rôle crucial dans la croissance économique dans les pays en
développement mais aussi dans les pays développés, elles représentent la plus grande part des
entreprises et une part énorme en termes de création d'emploi. Le Maroc ne fait pas l’exception, à
croire aux statistiques de la confédération des PME ; les PME marocaines ont une importance
indéniable dans le tissu économique dans lequel elles représentent 95%, elles constituent un axe
névralgique de notre économie avec 40% de la production et 13% des exportations, elles sont
présentes dans tous les secteurs d'activité économique.
En effet, quelle que soit sa taille, l'entreprise ne peut pas se contenter uniquement de ses
ressources propres pour satisfaire ses besoins de financement, elle aura donc à solliciter des
ressources externes.
Le financement des petites et moyennes entreprises (PME) est un sujet de débat économique
primordial à l'échelle mondiale, notamment au Maroc. De plus, la recherche en finance sur les
PME commence à se développer et à se mettre en place. A titre d’exemple, Stiglitz & Weiss
(1981) montrent qu’il existe une probabilité plus forte pour les petites firmes d’être rationnées sur
le marché du crédit. D’un point de vue empirique, les petites compagnies souffrent d’une
insuffisance de liquidité plus importante (Fazzari & al, 1988), et leurs contraintes de financement
sont plus nombreuses que celles des grandes firmes (Evans & Jovanovic, 1989).
les PME marocaines comme exemple vif souffrent d’une insuffisance énorme des ressources
financières et cette insuffisance se traduit par un manque d’allocation de crédit au profit des PME
à cause de l’élargissement intégral des taux d’intérêt ou la demande des garanties ce qui donne la
possibilité seulement aux plus grandes entreprises de profiter à des conditions favorables ainsi que
presque la totalité des PME marocaines ne possèdent pas les conditions requises pour pouvoir
accéder aux marchés financiers. Et donc, un système financier efficace et celui qui peut financier
tout le tissu économique d’un pays et selon la CGEM Maroc 2018, les trois domaines prioritaires
pour dynamiser l’écosystème entrepreneurial marocain sont les systèmes d’éducation et de
formation, l’accès au financement (crédit et capital) et l’éducation financière (Banque mondiale,
2019). La difficulté d’accès au financement est dû également à des problèmes de structures
internes des PME tels que : la fragilité de leurs structures, une sous-capitalisation (presque
généralisée), le manque des moyens techniques et financiers, l’incompétence des ressources
humaines, l’absence de transparence et de crédibilité…etc. (Hamimida & Khihel, 2016).
1
Dans ce cadre, les formes de financement alternatives prennent de plus en plus d'importance au
Maroc. De nouvelles options de financement ont émergé, offrant des opportunités innovantes et
complémentaires aux modes traditionnels. Ces modes alternatifs de financement se distinguent par
leur flexibilité, leur accessibilité et leur capacité à répondre aux besoins spécifiques des
entreprises, en particulier celles de petite et moyenne taille. A l'instar du Crowdfunding ou encore
la microfinance, qui ont suscité un intérêt croissant en raison de leur capacité à répondre aux
besoins financiers spécifiques des PME marocaines.
Le cadre général dans lequel s'inscrit la présente étude est le financement des investissements des
PME marocaines en optant pour des approches non conventionnelles plutôt que s'appuyer sur les
méthodes traditionnelles.
De ce qui précède et à travers notre recherche, nous tenterons d'apporter des éléments de réponse
quant à la question fondamentale qui sera formulée comme suit : Quelles sont les principales
formes de financement alternatif disponibles au Maroc et comment peuvent-elles atténuer
l'accès au financement des investissements pour les PME ?
Afin de pouvoir traiter en profondeur la problématique à laquelle fait face les PME au Maroc,
nous avons jugé nécessaire de revoir les caractéristiques des modes de financement, pour ensuite
mettre en évidence l’expérience marocaine.
2
Partie I : Le financement alternatif : une nouvelle ère de
financement pour les PME
Chapitre I : Aperçu historique sur le financement des investissements
des PME
1.Définition des PME
La définition des PME pose une problématique complexe qui présente de nombreux défis en
raison de la grande diversité des entreprises qui peuvent être classées comme PME. Il est difficile
d'établir des critères précis et universellement applicables. Les PME varient non seulement en
termes de taille, mais aussi de secteurs d'activité, de structures de propriété, de localisation
géographique et de cycles de vie. Les critères traditionnellement utilisés, tels que le nombre
d'employés ou le chiffre d'affaires, ne suffisent souvent pas à saisir pleinement la nature et les
caractéristiques des PME. De plus, ces critères peuvent varier d'un pays à l'autre, ce qui complique
davantage la recherche d'une définition standard et universelle de la PME.
L’une des études les plus connues dans ce domaine, a été réalisée dans le rapport Bolton. Edité
dans les années 70, ce travail avait pour objectif de trouver une explication derrière la diminution
du nombre des PME en Grande Bretagne. Selon ce rapport trois critères essentiels pourraient être
utilisés pour déterminer une PME :
Une part de marché restreinte : selon le rapport, la PME a une part de marché réduite et
n’est pas suffisante pour influencer les prix. Ceci implique que toute entreprise occupant
une position dominante sur une niche n’est pas considérée comme PME.
3
Cependant, il est apparent que cette méthodologie d’analyse ne permet pas d’avoir une définition
unifiée et homogène des PME principalement à cause de la diversité économique et financière des
entreprises entre les pays et entre les différents secteurs d’activités. De plus, cette typologie de
critères ne touche qu’aux éléments les plus apparents de l’entreprise, ce qui rend son utilisation,
d’une manière standard, par tous les pays, une tâche impossible voire erronée, et les comparaisons
internationales entre PME très difficiles.
1.2 Les critères qualitatifs
La deuxième catégorie des critères qui servent à différentier les PME des entreprises de « grande
taille » a un caractère descriptif de l’entreprise et de son environnement social et économique.
Cette approche se base sur des outils théoriques et analytiques qui mettent en avant la dimension
humaine de l’entreprise.
Selon cette famille, l’aspect humain est considéré comme étant l’élément fondamental qui pourrait
être utilisé pour décrire la PME. Selon la confédération générale des petites et moyennes
entreprises française, la PME est définie comme « une unité de production ou de distribution, une
unité de direction ou de gestion sous l’autorité d’un dirigeant entièrement responsable de
l’entreprise, dont il est souvent propriétaire et qui est directement lié à la vie économique de
l’entreprise ».
D’autres approches, plus descriptives et multicritères, ont été élaborées et mettent en avant
certaines caractéristiques qui peuvent différencier les PME et les identifier :
1
Voir la recommandation de la Commission du 6 mai 2003 concernant la définition des micros, petites et moyennes
entreprises (2003/361/CE
4
Le critère de l’effectif demeure l’un des plus significatifs et est imposé comme critère principal
selon la Commission européenne. Cependant, des critères financiers ont été introduits dans le but
d’appréhender la véritable importance d’une entreprise, sa performance et sa situation par rapport
à la concurrence. Il est important de noter, que le chiffre d’affaires, ne pourrait pas être retenu
comme le seul critère financier déterminant de la PME car il pourrait varier largement selon la
nature du secteur d’activité. C’est la raison pour laquelle la Commission européenne a combiné ce
critère avec celui du total bilan qui reflète l’ensemble de la richesse de l’entreprise. (Cdvm, Le
Financement des PME au Maroc : Mai 2011)
Le tableau n°1 : résume les seuils quantitatifs fixés par la Commission européenne pour
définir les PME
Un prêt bancaire est un fonds fourni par une banque à une date donnée pour une obligation de
remboursement moyennant une rémunération.
Pour Dutaillis (1967) « faire crédit, c'est faire confiance, mais c'est aussi donner librement la
disposition affective et immédiate d'un bien réel ou d'un pouvoir d'achat, contre la promesse que le
même bien ou un bien équivalent vous sera restitué dans un certain délai, le plus souvent avec
rémunération du service rendu et du danger couru, danger de perte partielle ou totale que comporte
la nature même de ce service ».
5
Pruchaud (1960), quant à lui, dit que « le crédit bancaire est en général l'opération par laquelle la
banque met une somme déterminée à la disposition d'un tiers appelé emprunteur moyennant
l'engagement pris par ce dernier de payer au banquier les intérêts convenus et de lui restituer à
l'époque fixée pour le remboursement, une somme équivalente à celle qui lui a été fournie ». Pour
Bernard et Colli (1965), « le crédit est un acte de confiance comportant l'échange de deux
prestations dissociées dans le temps, biens ou moyens de paiement contre promesse ou perspective
de paiement ou de remboursement ».
Les crédits bancaires restent la source de financement externe principale des PME.
L'évaluation du risque associé à tout demandeur de prêt est un préalable que la banque doit
prendre afin d'assurer sa sécurité et de favoriser le bon fonctionnement de ses activités. La banque
peut mener son étude en tenant compte des besoins et des caractéristiques de l'entreprise via une
première approche.
Il est reconnu que chaque banque a sa propre méthode de traitement d'une demande de crédit,
néanmoins la procédure d'analyse de la demande est généralement la même. Afin de définir plus
efficacement le processus d'attribution de crédits, nous explorerons les grandes étapes selon trois
axes :
Etude de la demande de crédit : Après avoir reçu les documents requis de l'entreprise, le
banquier vérifie que le demandeur de crédit répond aux critères préalablement établis par
l'institution et évalue le niveau de risque associé. Des méthodes d'analyse sont ensuite
appliquées aux états financiers passés et prévisionnels de l'entreprise pour déterminer leur
situation financière actuelle et future.
Décision : Une fois l'analyse de la demande est réalisée, le banquier effectue une
interprétation des résultats obtenus dans le but de prendre une décision favorable ou non
concernant la demande de crédit formulée. 2
En général, les entreprises ont recours au financement bancaire pour répondre aux besoins
financiers liés à leur activité. Cette pratique vise à pallier le décalage temporaire entre les
encaissements liés à la vente de produits et les décaissements nécessaires pour l'achat de matières
premières. De plus, les stocks invendus représentent également un besoin en fonds de roulement
qui doit être financé jusqu'à leur vente.
2
Revue des sciences commerciales vol. 20, n°02:décembre 2021, pp07- 25 issn : 1112-3818 /eissn : 2602-5396 7
problématique de financement des petites et moyennes entreprises par les institutions financières de la ville de Matadi
6
Si la rotation des actifs est lente, le besoin en trésorerie est plus important et la ressource en fonds
de roulement peut varier. En conséquence, le financement bancaire est principalement destiné aux
besoins opérationnels de l'entreprise, car le financement à long terme nécessite des conditions de
rentabilité préalables, des garanties et une contribution importante de l'entreprise pour
l'investissement, qu'une PME n'est pas en mesure.
Les PME ont accès à plusieurs modes de financement qui leur sont particulièrement adaptés,
notamment :
Facilité de caisse : est un mode de financement adapté aux besoins fréquents et cycliques
de trésorerie des PME. Ce financement permet à l'entreprise de faire face aux retards de
paiement tout en préservant sa trésorerie. En général, la facilité de caisse est établie sur la
base d'un mois de chiffre d'affaires de l'entreprise, mais cela peut varier en fonction des
secteurs d'activité et des besoins de trésorerie spécifiques de l'entreprise, en prenant en
compte ses encaissements et décaissements.
Nantissement de marchés publics : est une garantie financière donnée par une entreprise
soumissionnaire à un acheteur public pour garantir l'exécution de ses obligations
contractuelles. Cela signifie que l'entreprise met en gage un bien (par exemple, un compte
bancaire ou un bien immobilier) en tant que garantie pour le paiement de ses obligations
contractuelles. Si l'entreprise ne respecte pas ses obligations, l'acheteur public peut utiliser
le bien mis en gage pour couvrir les coûts de l'exécution du marché public. Le
nantissement de marché public est souvent utilisé dans les appels d'offres pour les projets
de construction ou les contrats de services publics.
7
Préfinancement des marchés publics : Concrètement, cela signifie que l'acheteur public
verse une partie du montant du marché à l'entreprise attributaire en amont de l'exécution
des prestations. Cette avance de fonds permet à l'entreprise de disposer des ressources
nécessaires pour acheter les matières premières, les fournitures ou les équipements
nécessaires à la réalisation du marché. Cet outil peut être précieux pour les entreprises, en
particulier les PME, qui peuvent avoir des difficultés à mobiliser des fonds pour financer
l'exécution des marchés publics. Cela peut également contribuer à accélérer le démarrage
de l'exécution du marché et à réduire les délais de paiement. 3
a) Augmentation de capital
Lorsqu'une entreprise décide d'augmenter son capital, elle doit organiser une assemblée générale
pour soumettre cette décision au vote des actionnaires convoqués. L'objectif de cette augmentation
est de renforcer le capital social de l'entreprise, de stabiliser sa situation financière et de renforcer
son indépendance vis-à-vis des créanciers. Les méthodes utilisées pour augmenter le capital
peuvent varier en fonction de l'objectif recherché, qu'il s'agisse d'injecter des fonds
supplémentaires ou de remédier à une situation de déficit :
L'augmentation de capital par incorporation des réserves ne vise pas à attirer de nouvelles
ressources, mais plutôt à renforcer les fonds propres de l'entreprise sans avoir recours à des
investisseurs externes. Cette méthode est souvent utilisée pour réinvestir les bénéfices
générés par l'entreprise dans son développement futur, sans diluer la participation des
actionnaires actuels. Cependant, comme vous l'avez souligné, cette méthode ne crée pas de
nouvelle valeur patrimoniale, mais simplement une redistribution des fonds déjà existants.
Elle peut cependant être utile pour améliorer la structure financière de l'entreprise et
renforcer sa capacité à faire face aux risques futurs.
3
HABBANI, S., BOUKRIAA, H., & GUENNOUN, A. (2023). De la nécessité d’un nouveau design de l’offre de
financement au Maroc pour la PME marocaine en présence d’un contexte de multi-crises. International Journal of
Accounting, Finance, Auditing, Management and Economics, 4(2-1), 178-196.
[Link]
8
L'augmentation de capital par apports en numéraire est une méthode courante pour lever de
nouvelles ressources financières. Elle consiste à émettre de nouvelles actions et à les
proposer à la souscription des actionnaires actuels, qui bénéficient de droits préférentiels
pour acquérir ces nouveaux titres avant tout investisseur extérieur. Cette méthode permet
de mobiliser des fonds frais pour financer des projets de développement ou pour renforcer
la structure financière de l'entreprise. Elle peut également contribuer à diluer la
participation des actionnaires actuels, ce qui peut être perçu comme un inconvénient par
certains. Cependant, l'émission d'actions nouvelles peut également attirer de nouveaux
investisseurs et renforcer la confiance des marchés financiers dans l'entreprise. Il convient
donc de peser les avantages et les inconvénients de cette méthode, en fonction de la
situation financière et des objectifs de l'entreprise.
Les apports en nature sont évalués par un commissaire aux apports, qui détermine leur
valeur réelle. Les actionnaires actuels peuvent ensuite souscrire à ces nouvelles actions en
proportion de leur participation dans le capital de l'entreprise. Cette méthode peut être
avantageuse pour les actionnaires actuels, car elle ne dilue pas leur participation dans
l'entreprise. Elle peut également être intéressante pour les investisseurs qui souhaitent
apporter des compétences ou des actifs spécifiques à l'entreprise. Cependant, elle peut être
plus complexe à mettre en œuvre que l'augmentation de capital par apports en numéraire,
en raison des évaluations et des formalités nécessaires pour réaliser les apports en nature.
L'augmentation de capital par conversion de dettes est une méthode qui permet à une
entreprise en difficulté financière de transformer une partie de ses dettes en capital. Si le
créancier accepte, il peut alors convertir sa créance en actions de l'entreprise, en échange
de l'effacement de sa dette. Cette méthode peut être avantageuse pour l'entreprise, car elle
lui permet de réduire son endettement et de renforcer sa structure financière. Elle peut
également être intéressante pour les créanciers, qui peuvent ainsi devenir actionnaires de
l'entreprise et bénéficier d'une participation aux bénéfices futurs. Cependant, cette méthode
peut également être risquée pour les créanciers, car ils prennent le risque de ne pas
récupérer l'intégralité de leur créance en cas de difficultés ultérieures de l'entreprise. Il
convient donc de bien évaluer les risques et les avantages de cette méthode, en fonction de
la situation financière de l'entreprise et des objectifs des créanciers. (Habbani, s., Boukriaa,
h., & Guennoun, a.2023)
9
b) Autofinancement
Effectivement, l'autofinancement est une ressource interne à l'entreprise, générée par son activité
économique et qui est réinvestie dans l'entreprise sous forme de réserves. Contrairement aux
autres sources de financement, l'autofinancement n'implique pas de recourir à des fonds externes,
ce qui peut être un avantage pour l'entreprise. De plus, l'autofinancement a un caractère
permanent, car il reste dans l'entreprise sous forme de réserves et peut être utilisé pour financer
des projets futurs ou pour renforcer la structure financière de l'entreprise.
c) Financement mezzanine
10
Cette procédure doit être approuvée par les associés lors d'une assemblée générale et doit se
conformer aux statuts de la société ainsi qu'aux règles relatives au taux d'intérêt, à la durée et au
remboursement. Bien qu'elle puisse être une solution intéressante pour les entreprises qui ont
besoin de liquidités supplémentaires sans avoir à recourir à un financement extérieur, l'appel aux
comptes courants des associés peut également présenter des risques pour les associés, notamment
en cas de difficultés financières de la société ou de non-remboursement des sommes prêtées. En
somme, cette procédure doit être exercée avec prudence et dans le respect des réglementations en
vigueur.4 (HABBANI, S., BOUKRIAA, H., & GUENNOUN, A. (2023))
La diversification des sources de financement est un élément clé pour le développement des PME.
Les marchés boursiers représentent une opportunité pour ces entreprises d'obtenir des fonds
supplémentaires et d'accroître leur visibilité.
La bourse est un marché financier où les instruments financiers sont négociés. Ces instruments
financiers se divisent en deux types, à savoir les titres (tels que les actions, les certificats
d'investissement et les obligations) et les instruments dérivés (tels que les contrats à terme et les
contrats d'options) (Barreau et al., 2005, p. 20).
En effet, le marché boursier peut être une option de financement pour les PME qui cherchent à
lever des capitaux pour leur croissance. Toutefois, les PME ont souvent des difficultés à accéder
aux marchés boursiers traditionnels en raison des coûts élevés et des exigences réglementaires
strictes. Cela a conduit à l'émergence de marchés alternatifs tels que le marché libre ou le marché
réglementé de croissance.
Une étude menée par l'Université de Grenade en Espagne a montré que l'acès au marché boursier
peut offrir aux PME une opportunité de financement à des coûts inférieurs à ceux des prêts
bancaires, et peut également améliorer leur visibilité et leur réputation auprès des investisseurs.
Les PME cotées en bourse ont tendance à être plus rentables et à croître plus rapidement que les
PME non cotées.
4
DE L'ENDETTEMENT DANS LE DÉ VELOPPEMENT DE L'ENTREPRISE : CAS DE LA COLAIMO. Dossiers
de Recherches en Économie et Gestion, [S.l.], v. 8, p. 123 - 159, dec. 2019. ISSN 2336 – 064X. Disponible à
l'adresse : [Link] Date de consultation : 04 june 2023
doi:[Link]
11
Cependant, il est important de noter que l'accès au marché boursier peut également présenter des
risques pour les PME, tels que l'obligation de fournir des informations financières régulières et
précises, ainsi que la pression des investisseurs pour atteindre des résultats financiers à court
terme. Cela peut limiter la capacité des PME à investir dans des projets à long terme et à
poursuivre leur stratégie de croissance. 5
La relation entre les banques et les PME est considérée comme essentielle, car même si ces
dernières ont accès à diverses sources de financement, l'emprunt bancaire demeure le mode de
financement le plus courant pour cette catégorie d'entreprises. Toutefois, l'accès au financement
bancaire peut être limité par diverses contraintes, malgré son importance.
La gestion du risque est une fonction cruciale pour les banques, et elle revêt une importance
encore plus grande dans le secteur relativement nouveau des services bancaires destinés aux
petites et moyennes entreprises (PME), où il existe moins d'informations sur les moyens de réduire
les risques. Bien que les risques auxquels les banques sont confrontées dans ce secteur ne diffèrent
pas fondamentalement des risques inhérents à toutes les activités bancaires - tels que le risque de
crédit, le risque de marché, le risque stratégique et le risque opérationnel - leur gestion est plus
complexe dans le cas des PME, car ces dernières effectuent des transactions plus nombreuses et de
moindre montant. Dans ce contexte, deux types de risques méritent une attention particulière : le
risque de crédit et le risque de surcoût.
Le risque de crédit est le risque de perte de revenus ou d'actifs encouru par la banque en cas de
retard de paiement ou de non-remboursement d'un prêt ou d'un autre instrument de crédit. Cette
question est particulièrement importante dans le cas des PME, car ces entreprises ne sont souvent
pas en mesure de fournir des informations financières vérifiables. En raison de cette asymétrie de
l'information, la majorité des prêts bancaires aux PME doivent être assortis d'une garantie.
Toutefois, les PME ne sont généralement pas en mesure de fournir une telle garantie, ce qui limite
leur accès à ce marché. Les banques des pays émergents indiquent que plus de 80% de leurs
crédits aux PME sont garantis. Par conséquent, les banques qui parviennent à gérer le risque de
crédit sans exiger de garantie pourraient avoir un avantage concurrentiel sur le marché des PME.
5
García-Pérez-de-Lema, Domingo, Antonio Duréndez, and Teresa Mariño. "A strategic decision for growth,
financing and survival of Small and Medium Family Businesses: Going Public in an Alternative Stock Market
(MAB)." Economics and Finance Review 1.8 (2011): 31-42
Anairi, F. et Radi, S. (2017). Sources De Financement Des Petites Et Moyennes Entreprises (PME) Et Contraintes
De Survie. European Scientific Journal, ESJ, 13(25), 318. [Link]
12
Le risque de surcoût découle de l'incertitude des banques quant au modèle opérationnel optimal
sur le marché des PME. Tandis que la clientèle des grandes entreprises se caractérise par un faible
volume de transactions de montant élevé, les transactions des PME sont généralement nombreuses
et de faible montant. Les PME se rapprochent ainsi des particuliers, qui effectuent également de
multiples transactions. Cependant, les banques ont souvent beaucoup plus de contacts avec les
PME qui sont leurs clientes qu'avec les particuliers, du fait que les PME ont des besoins plus
importants et plus variés. La gestion du risque de surcoût consiste à gérer le risque de transactions
plus onéreuses associées à une base de recettes restreinte.6
Lorsque les PME sollicitent des crédits bancaires, les taux d'intérêt proposés sont généralement
plus élevés que ceux offerts aux grandes entreprises. Cette différence se justifie en partie par le
risque plus élevé associé aux PME, notamment en termes de stabilité financière et de capacité de
remboursement. En effet, les PME ont souvent des flux de trésorerie moins prévisibles et des
garanties moins importantes à offrir que les grandes entreprises, ce qui explique la prudence des
banques dans l'octroi de crédits.
Cependant, il convient de souligner que les taux d'intérêt élevés peuvent constituer une contrainte
significative pour les PME, qui ont souvent des marges bénéficiaires plus faibles que les grandes
entreprises. Cette situation peut limiter leur capacité à investir et à se développer, ce qui peut avoir
des répercussions négatives sur leur croissance et leur compétitivité.
Pour remédier à cette situation, les autorités publiques peuvent instaurer des mesures incitatives
pour les banques qui accordent des crédits aux PME, telles que des garanties publiques ou des
subventions. Les PME peuvent également chercher à diversifier leurs sources de financement en
explorant d'autres options telles que les financements participatifs ou le capital-risque. (Banque de
France (2020))
Cette asymétrie informationnelle peut entraîner une sélection adverse, où les prêteurs potentiels ne
sont disposés à financer que les projets les moins risqués, laissant les PME les plus risquées sans
financement. Cela peut également conduire à un rationnement du crédit, où les prêteurs limitent
l'offre de financement pour se protéger contre les risques associés à une mauvaise évaluation des
projets.
6
Le guide des services bancaires aux PME, services-conseil de l’ifc | accès au financement par la BM 2010 © Société
financière internationale (IFC)
13
Pour surmonter cet obstacle au financement, les autorités publiques peuvent encourager la
transparence et la diffusion d'informations sur les conditions de financement disponibles pour les
PME. Ces dernières peuvent également améliorer leur transparence en fournissant des
informations précises et fiables sur leur situation financière et leur capacité de remboursement.
Enfin, les prêteurs potentiels peuvent utiliser des outils tels que les évaluations de crédit et les
garanties pour réduire les risques associés à l'octroi de crédits aux PME. 7
Les PME peuvent rencontrer des difficultés pour lever des fonds propres en raison de leur taille.
Les coûts de transaction liés à la recherche de fonds propres peuvent être relativement élevés pour
les petites et moyennes entreprises, qui ont souvent des besoins de financement plus modestes que
les grandes entreprises. De plus, les investisseurs potentiels peuvent être réticents à investir dans
des PME en raison des risques associés à leur taille et à leur manque de notoriété.
Pour surmonter ce défi, les autorités publiques peuvent instaurer des mesures incitatives pour
encourager les investisseurs à s'intéresser aux PME, telles que des avantages fiscaux ou des
réglementations spécifiques. Les PME peuvent également chercher à se regrouper pour mobiliser
des fonds propres de manière plus efficace, par exemple en créant des fonds d'investissement ou
en s'associant avec d'autres PME pour réaliser des projets conjoints.
Ces entreprises peuvent chercher à améliorer leur visibilité et leur notoriété en utilisant des
stratégies de marketing et de communication efficaces pour attirer l'attention des investisseurs
potentiels. Cela peut impliquer l'utilisation des réseaux sociaux, des événements de networking, ou
des présentations professionnelles pour mettre en valeur les avantages de l'investissement dans
leur entreprise. 8
Les PME font face à des problèmes informationnels plus aigus que les grandes entreprises en
raison de plusieurs facteurs. Tout d'abord, les PME ont souvent des ressources financières et
humaines limitées, ce qui peut rendre difficile la collecte et l'analyse des données nécessaires pour
prendre des décisions éclairées. En outre, les PME ont souvent des structures organisationnelles
moins formelles et moins hiérarchisées que les grandes entreprises, ce qui peut rendre plus
difficile la communication et la coordination des informations.
Ces problèmes sont renforcés lorsqu'une PME s'engage dans des investissements innovants, tels
que des projets de recherche et développement (R&D). Le traitement comptable de ces
investissements aggrave les problèmes d'information, car ils sont souvent directement passés en
charges plutôt qu'immobilisés et amortis comme les investissements tangibles.
7
European Commission (2016): The Access of SMEs to Finance.
Banque de France (2020) : Financement des PME-ETI : des enjeux cruciaux
8
European Commission (2016): The Access of SMEs to Finance.
14
De plus, les investissements innovants peuvent aboutir à une propriété intellectuelle spécifique
considérée comme source d'un nouvel avantage compétitif. Ainsi, toute diffusion prématurée
d'information concernant les investissements innovants peut être nuisible à l'entreprise.
Ces problèmes d'information peuvent rendre les bailleurs de fonds réticents à financer les
investissements innovants des PME. Cette réticence peut aboutir à une sélection adverse, où des
projets prometteurs ne trouvent pas de financement adéquat. Les dirigeants des PME doivent donc
être conscients de ces problèmes et être en mesure de fournir des informations claires et précises
aux bailleurs de fonds pour atténuer ces risques. 9
Le marché boursier semble être une option intéressante pour les PME cherchant à lever des fonds.
Cependant, cette option présente des limites importantes. Tout d'abord, les coûts d'inscription sur
une bourse peuvent être élevés, ce qui peut constituer un obstacle pour les PME. En outre, les
coûts de conformité réglementaire peuvent également être considérables, car les PME doivent se
conformer à plusieurs réglementations strictes pour être cotées en bourse. Ces coûts peuvent être
prohibitifs pour les PME cherchant à lever des fonds.
Un autre inconvénient majeur du financement des PME par le marché boursier est le risque
associé aux fluctuations des marchés. Les PME cotées en bourse sont soumises à la volatilité des
marchés financiers, ce qui peut affecter leur valorisation et leur capacité à lever des fonds. Les
PME qui dépendent fortement du financement par le marché boursier peuvent être
particulièrement vulnérables à ces risques, ce qui peut affecter leur capacité à poursuivre leurs
activités.
Il est également important de noter que le financement des PME par le marché boursier peut ne
pas être adapté à toutes les entreprises. Les PME doivent être conscientes des coûts, des risques et
des avantages de cette option de financement avant de décider de s'inscrire sur une bourse. Il est
également important de considérer d'autres sources de financement, telles que les prêts bancaires,
les subventions gouvernementales et les investisseurs privés, qui peuvent être plus adaptées aux
besoins spécifiques de l'entreprise.
En résumé, bien que le financement des PME par le marché boursier puisse sembler une option
attrayante, il est important de considérer les limites importantes associées à cette option. Les PME
doivent être conscientes des coûts, des risques et des avantages de cette option de financement
avant de prendre une décision éclairée quant à la manière de financer leur entreprise. En
conséquence, les PME doivent bien évaluer les différentes options de financement disponibles afin
de trouver celle qui correspond le mieux à leurs besoins.
9
Ben Ayed, W. H. & Zouari, S. G. (2014). Contraintes financières et innovation dans les PME : une étude
économétrique dans le contexte tunisien. Revue internationale P.M.E., 27(2), 63–94. [Link]
15
4 Présentation des modes de financement alternatif
4.1 Définition
Les difficultés d’accès au financement pour les PME constitue un obstacle majeur à leur
croissance. Face à cette réalité, les PME sont toujours à la recherche d’autres moyens de
financement.
Dans ce contexte, les financements alternatifs sont devenus intéressantes pour les PME dans le but
de diversifier les possibilités de financement disponibles.
Les modes alternatifs sont des sources de financement qui proposent des produits et des services
différents de ceux offerts par les banques traditionnelles, et qui ciblent les clients qui ne sont pas
satisfaits des options de financement classiques.
En se basant sur les informations qui ont été présentées précédemment, il est proposé de fournir
ces définitions pour mieux comprendre le financement alternatif.
Muhammad Yunus, le fondateur de la Grameen Bank 10 et lauréat du prix Nobel de la paix, définit
le financement alternatif comme un moyen pour les personnes pauvres et marginalisées d'accéder
à des prêts et à des capitaux pour lancer ou développer des entreprises. Selon lui, le financement
alternatif est une solution pour lutter contre la pauvreté et l'exclusion financière en permettant aux
individus de financer leurs propres initiatives entrepreneuriales. Cette approche est souvent
associée à des formes de financement telles que le microcrédit et le financement communautaire,
qui sont conçus pour aider les personnes qui ont des difficultés à obtenir des prêts auprès des
sources de financement traditionnelles.
Joseph Schumpeter, économiste autrichien renommé, a abordé le financement alternatif dans le
contexte de l'innovation et du développement économique. Bien qu'il n'ait pas fourni de définition
précise des modes de financement alternatif, ses idées peuvent être appliquées à ce concept. Voici
une interprétation basée sur ses travaux :
Selon Joseph Schumpeter, les modes de financement alternatif peuvent être définis comme des
mécanismes non conventionnels qui favorisent l'investissement et le développement économique
en soutenant l'innovation entrepreneuriale. Plutôt que de se concentrer sur les canaux de
financement traditionnels, Schumpeter s'intéressait particulièrement au rôle des entrepreneurs et à
leur capacité à mobiliser des ressources pour introduire des innovations disruptives.
Pour Schumpeter, le financement alternatif peut être caractérisé par les éléments suivants :
1. Investissement dans des projets novateurs : Il s'agit de mobiliser des fonds pour soutenir
des initiatives entrepreneuriales radicales, qui se distinguent par leur caractère novateur et
leur potentiel de perturbation sur les marchés existants.
2. Ressources financières non conventionnelles : Il peut s'agir de sources de financement
différentes des prêts bancaires traditionnels ou des investisseurs en capital-risque
classiques. Cela peut inclure des investisseurs providentiels, des réseaux d'investisseurs
informels, des fonds communautaires ou des plates-formes de financement participatif.
10
La Grameen Bank est une banque spécialisée dans le micro-crédit. Elle a été créée officiellement en 1983 par
Muhammad Yunus au Bangladesh. Elle dispose de près de 2 564 succursales et travaille dans plus de 81 367 villages .
16
3. Risque et retour sur investissement élevés : Le financement alternatif implique souvent des
investissements à haut risque, car il soutient des projets innovants qui peuvent échouer. En
retour, les investisseurs s'attendent à des rendements élevés en cas de succès.
4. Impact sur le développement économique : Schumpeter soutenait que le financement
alternatif, en soutenant l'innovation et la création d'entreprises, joue un rôle crucial dans la
croissance économique et la transformation des industries.
Joseph Schumpeter a également souligné que le financement alternatif peut jouer un rôle
important dans le développement économique en encourageant l'innovation et la création
d'emplois. Les modes de financement alternatif peuvent également offrir des avantages tels que
des coûts de financement plus bas, une plus grande flexibilité et un accès plus large aux
investisseurs potentiels. 11
4.2 Les différentes options de financement alternatif
Il existe de nombreuses solutions alternatives de financement mais chacun a ses particularités et
ses conditions d’obtention. On peut voir un récapitulatif de quelques instruments existants :
a) Le capital-investissement
Selon l’Association Marocaine des Investisseurs en Capital (AMIC 2020), le capital
investissement est une activité financière qui consiste pour un investisseur à acquérir une
participation dans une entreprise non cotée en bourse pour une durée déterminée, et qui a besoin
de fonds propres. Cette forme de financement soutient l'entreprise à tous les stades de son
développement, que ce soit pour le démarrage, la croissance, la transmission ou la recapitalisation
en cas de difficultés. Cet outil financier offre une voie alternative de financement pour les PME
confrontées aux contraintes et aux limites des sources traditionnelles.
À chaque étape critique de la vie d'une PME, le capital investissement peut fournir des capitaux et
un accompagnement stratégique pour aider l'entreprise à atteindre ses objectifs. 12
b) La blockchain
D'après Guillaume Buffet (2016), la blockchain désigne une chaîne de blocs, qui sont des
conteneurs numériques stockant des informations de toutes sortes : transactions, contrats, titres de
propriété, œuvres d'art, etc. L'ensemble de ces blocs forme une base de données similaire à un
grand livre de comptes. Ce livre de comptes est décentralisé, ce qui signifie qu'il n'est pas hébergé
par un seul serveur, mais par une partie des utilisateurs. Les informations contenues dans les blocs
sont protégées par plusieurs procédés cryptographiques innovants, ce qui les rend impossibles à
modifier a posteriori. Enfin, la blockchain crée une crypto-monnaie qui permet de rémunérer
certains nœuds du réseau qui supportent son infrastructure.
Selon les conclusions de Mipise (2018), si la blockchain s'est initialement construite avec le
Bitcoin, elle est désormais utilisée bien au-delà de ce cadre et de nombreux acteurs économiques
s'emparent de ses différentes applications possibles.
11
La définition que j'ai proposée est une synthèse des idées et des concepts clés développés par Schumpeter dans ses travaux, tels
que son ouvrage majeur intitulé "Capitalisme, Socialisme et Démocratie" (Capitalism, Socialism, and Democracy). Dans cet
ouvrage, Schumpeter explore les dynamiques de l'innovation et de la croissance économique, ainsi que le rôle de l'entrepreneur
dans ce processus.
12
IOSR Journal of Business and Management (IOSR-JBM) e-ISSN: 2278-487X, p-ISSN: 2319-7668. Volume 23,
Issue 10. Ser. I (October. 2021), PP 41-56 [Link]
17
C'est notamment le cas du financement participatif, qui voit dans la blockchain un moyen de
fluidifier et de sécuriser les transactions, de démocratiser les investissements, de renforcer la
confiance et de développer l'offre de produits grâce aux smart-contrats. Enfin, la blockchain est
également un moyen de réduire les coûts de gestion.
Ainsi, selon Alain Pithon, grâce à la blockchain, le secteur financier à l’échelle mondiale devrait
générer des revenus atteignant les 100 milliards de dollars au terme de 2024. Puis de 462 milliards
de dollars d’ici 2030(Brahim Habriche, 2021)13
c) Les business Angels
Selon Josh Lerner (1980), les business Angels renvoient à toute personne physique investissant ses
propres ressources financières dans des start-ups, et mettant sous leur disposition de ses
compétences, son expérience et son réseau relationnel en plus de leur accompagnement effectif.
Également connus sous le nom d'investisseurs providentiels ou d'investisseurs individuels, ces
derniers sont composés d'anciens dirigeants d'entreprises ou de cadres supérieurs. Ils interviennent
avant le capital à risque et cherchent à poursuivre leur activité dans les secteurs technologiques
qu'ils maîtrisent.
Ils sont moins nombreux et se concentrent principalement sur les premiers stades de
développement des start-ups et des PME. À ce stade, les montants à investir sont inférieurs aux
seuils d'intervention du capital-risque institutionnel. 14
d) La finance verte
La finance verte ou durable englobe un ensemble de mécanismes financiers, d'outils et de
programmes qui visent à promouvoir une économie verte inclusive. Elle se différencie du
financement climatique qui se concentre exclusivement sur l'atténuation et l'adaptation de projets
climatiques. C'est ce que souligne Jérémie Fosse (2017).15
e) Le crédit-bail
Le crédit-bail est un mode de financement qui s'est largement développé. Il consiste en un contrat
de location portant sur un bien meuble (crédit-bail mobilier) tel que des équipements
informatiques, des matériels de travaux publics ou des véhicules utilitaires, ou sur un bien
immeuble (crédit-bail immobilier) tel que des entrepôts, des ateliers, des bâtiments industriels,
commerciaux ou administratifs. Ces biens sont spécialement achetés en vue de cette location par
des sociétés de financement appelées organismes de crédit-bail.
Sur le plan fiscal, les loyers représentent des charges déductibles du bénéfice imposable et la Taxe
sur la valeur ajoutée (TVA) sur les loyers facturés par le bailleur est récupérée par le locataire.
Cependant, le locataire ne peut pas amortir le bien loué tant qu'il n'a pas levé l'option d'achat.
D'un point de vue juridique, le crédit-bail correspond à une location assortie d'une option d'achat à
un prix déterminé à l'avance. Toutefois, il convient de distinguer le contrat de crédit-bail des
autres contrats de location simples car, à la fin du contrat, le locataire a trois choix : acheter le bien
(lever l'option d'achat), renouveler le contrat ou restituer le bien.
13
IOSR Journal of Business and Management (IOSR-JBM) e-ISSN: 2278-487X, p-ISSN: 2319-7668. Volume 23,
Issue 10. Ser. I (October. 2021), PP 41-56 [Link]
14
IOSR Journal of Business and Management (IOSR-JBM) e-ISSN: 2278-487X, p-ISSN: 2319-7668. Volume 23,
Issue 10. Ser. I (October. 2021), PP 41-56 [Link]
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IOSR Journal of Business and Management (IOSR-JBM) e-ISSN: 2278-487X, p-ISSN: 2319-7668. Volume 23,
Issue 10. Ser. I (October. 2021), PP 41-56 [Link]
18
Sur le plan financier, le crédit-bail présente des avantages tels que le financement à 100% des
biens et une procédure d'obtention rapide et aisée. De plus, le bailleur, en tant que propriétaire,
bénéficie d'une protection accrue en cas de défaut de paiement du locataire. Toutefois, il convient
de souligner que ce type de financement est souvent plus onéreux que l'emprunt.
Techniquement, le crédit-bail offre aux entreprises, en particulier les PME, la possibilité d'utiliser
des nouveaux matériaux disponibles sur le marché, même si elles ont des capacités d'endettement
limitées. Ainsi, elles peuvent rapidement procéder à un échange, à l'exception du cas où elles ont
acquis la propriété du bien, ce qui peut entraîner des difficultés lors de la vente de matériaux
obsolètes.
f) Le crowdfunding
Conformément à Jean-Marc Tariant (2015), le crowdfunding, également connu sous le nom de
financement participatif, a vu le jour en 2008 dans un contexte de crises économique et financière.
C'est une méthode de financement collaborative qui permet aux porteurs de projets de lever des
fonds auprès d'épargnants, généralement des particuliers, via des plateformes en ligne. Cette
approche repose sur la diffusion d'informations et le parrainage par les réseaux sociaux. Le
crowdfunding offre trois modes de financement : le don, le prêt et l'investissement, et convient à
tous types de projets. C'est donc un outil de financement alternatif polyvalent. 16
Il existe une panoplie de sous-catégories de cette méthode, telles que :
. Le financement participatif en capital : il s'agit d'une méthode de financement dans laquelle les
investisseurs fournissent des fonds à une entreprise en échange d'une participation au capital de
l'entreprise. Les investisseurs peuvent alors bénéficier d'un retour sur investissement sous forme
de dividendes ou de plus-value en cas de revente de leurs parts.
Le financement participatif en dette : il s'agit d'une méthode de financement dans laquelle
les investisseurs prêtent de l'argent à une entreprise en échange d'un remboursement avec
intérêts à une date ultérieure. Les investisseurs peuvent alors bénéficier d'un retour sur
investissement sous forme d'intérêts.
Le financement participatif immobilier : il s'agit d'une méthode de financement dans
laquelle les investisseurs fournissent des fonds pour des projets immobiliers tels que la
construction ou l'achat de propriétés. Les investisseurs peuvent alors bénéficier d'un retour
sur investissement sous forme de dividendes ou de plus-value en cas de revente de la
propriété.
Le financement participatif en royalties : les investisseurs fournissent des fonds à
l'entreprise en échange d'un pourcentage des revenus générés par l'entreprise.
Le financement participatif en dons : les contributeurs font des dons à des projets ou à des
causes qu'ils soutiennent sans attendre de retour financier.
Le financement participatif en prévente : les investisseurs préachètent un produit ou un
service qui sera produit par l'entreprise financée.
16
IOSR Journal of Business and Management (IOSR-JBM) e-ISSN: 2278-487X, p-ISSN: 2319-7668. Volume 23,
Issue 10. Ser. I (October. 2021), PP 41-56 [Link]
19
Le financement participatif en prêt participatif : les investisseurs prêtent de l'argent à
l'entreprise avec un taux d'intérêt fixe et peuvent également bénéficier d'une participation
aux bénéfices de l'entreprise.
Le financement participatif en capital-risque : les investisseurs fournissent des fonds à une
entreprise en échange d'une participation dans l'entreprise et d'une part des bénéfices
futurs.
Le financement participatif en fonds communs de placement : les investisseurs peuvent
investir dans un fonds commun de placement qui investit ensuite dans des projets ou des
entreprises.
g) Le factoring
Pendant longtemps, le factoring a été une préoccupation majeure pour de nombreux praticiens,
mais ce n'est que récemment qu'il a été légalement défini. Il est une forme de crédit innovante qui
implique le transfert d'une créance commerciale de son titulaire à un "factor" qui en garantit le
recouvrement et la bonne fin, même en cas de défaillance du débiteur, moyennant des frais
d'intervention. Le factoring est une technique en vertu de laquelle une organisation spécialisée
s'engage de manière irrévocable à prendre en charge tout ou partie des créances commerciales d'un
fournisseur de biens ou de services dès leur naissance. Il s'agit essentiellement de l'achat ferme par
un "factor", des créances d'une entreprise sur ses clients, ce qui constitue une cession d'un droit
personnel plutôt qu'une cession d'un droit réel comme la cession d'un contrat. Ce mode est
considéré comme une technique moderne de crédit à court terme, garantissant le règlement
permanent et la mobilisation éventuelle des créances commerciales à court terme pour obtenir un
financement anticipé et sous-traiter cette gestion à un établissement de crédit spécialisé : le factor.
Bien qu'il ait longtemps été considéré comme le dernier recours des entreprises en difficulté
financière, le factoring est aujourd'hui un outil souple au service des entreprises, qui permet
d'externaliser les tâches administratives, d'assurer contre les impayés et de financer à court terme.
En revanche, l'affacturage ne peut pas gérer les créances sur les particuliers et ne concerne que le
commerce entre entreprises (business to business). 17
17
ABDELWAHAB, Boubaa et ADLANE, Haffar. Le factoring comme technique de gestion du risque de crédit, dans
le cadre des opérations de leasing en Algérie Factoring as a credit risk management technique, within the framework
of leasing operations in Algeria. Bulletins des recherches scientifiques, 2021, vol. 9, no 1, p. 934-948.
20
Chapitre II : le crowdfunding
[Link] du crowdfunding au monde économique
L’origine du crowdfunding peut nous aider à comprendre comment cette approche a évolué au fil
du temps.
D’abord, sa première naissance était dans le domaine de financement des travaux culturels et
artistiques. En 1713, le poète anglais Alexander Pope souhait traduire l'œuvre d'Homère du grec à
l'anglais, il s’est financé par ses admirateurs en échangeant d'une reconnaissance en fin de
manuscrit. Puis, en 1783 le compositeur Wolfgang Amadeus Mozart a récolté des fonds auprès du
public en échangeant un petit mot et un autographe.18
Ensuite, le crowdfunding s’est émergé dans le financement des monuments historiques, le Statut
de Liberté fait partie des premiers monuments financés par souscription publique, où Joseph
Pulitzer, éditeur de The New York World, a écrit un article en interpellant le public pour financer
le solde nécessaire à l’achèvement du statut de la Liberté, le journal a réussi à recueillir 100 000
dollars en cinq mois (« Histoire du crowdfunding en quelques repères » 2019)
De même, la première compagne du crowdfunding était faite à la radio par l'acteur et le réalisateur
américain, John Cassavetes qui a affirmé qu'il peut faire un film loin des contraintes commerciales
et financières si chaque auditeur lui envoie un dollar, effectivement il a lancé une collecte de fonds
dans une émission de radio, NIGHT PEOPLE, de Jeam Shepherd, et le lendemain, il a reçu 2000
billets de 1 dollar pour commencer son film Shadows.
En 2006, il est appelé "crowdfunding" pour la première fois par l'américain Michael Sullivan.
Ainsi que la première plateforme de crowdfunding été de l’immobilier aux Etats-Unis. Par la suite,
il est penché vers d’autres domaines grâce à la révolution technologique et internet.
D’ailleurs, Slava Rubin, fondateur du site web Indiegogo de financement participatif affirme que «
Il n'y avait pas de sites permettant aux internautes d'agir concrètement pour un projet, intégrant les
médias sociaux, soit vous faisiez un don, soit vous faisiez un investissement à but lucratif, il n'y
avait rien entre les deux, qui avait cette dimension hybride et cette esprit souscription, alors on l'a
créé » (Dehorter Nicolas.2017).
Enfin, l’année 2010 était marqué par la création des premiers sites de crowdfunding notamment
KissKiss BankBank et Ulule en France, ainsi que en 2012 l’Amérique a mis en place un projet de
loi Jumpstart Our Business Startups (JOBS) qui encadre l’activité du crowdfunding, et à la France
en 2014, et au Maroc en 2019.
D’après ce qui est cité précédemment nous pouvons dire que le crowdfunding est un mode ancien
de financement qui est modernisé avec le temps dans les pays anglo-saxons grâce aux grandes
évolutions offertes par internet et les sites web, ainsi que la sphère de la digitalisation.
18
[Link]
phenomeneen%02vogue#:~:text=Financement%20participatif%20%3A%20les%20origines%20du,principe%2C%20p
as%20vraim%20ent%20une%20nouveaut%C3%A9.%20Consult%C3%A9%20le%202/12/2020
21
De ce fait, plusieurs idées innovantes et créatives ont vu le jour grâce à l'initiative du
crowdfunding. Aujourd’hui, il y a 500 plateformes à travers le monde. De même que les
statistiques fournies par « Financement Participatif France » ont révélé une augmentation de 59%
des volumes collectés par les acteurs de la finance alternative. 19
19
Revue Internationale du Chercheur ISSN : 2726-5889 Volume 2 : Numéro 1 Revue Internationale du Chercheur
[Link] Page 346 LA PLACE DU CROWDFUNDING DANS LE FINANCEMENT DES TPME :
CAS DU MAROC
22
Contrairement aux approches de financement traditionnelles qui requièrent un plan d'affaires
détaillé et une preuve de la viabilité du projet, le crowdfunding permet à une variété de projets
d'attirer l'attention des investisseurs, y compris des projets artistiques, des start-ups, des projets
publics, des projets de recherche scientifique et même des campagnes présidentielles.
2.2 Typologies du crowdfunding
Etant donné que le recours au crowdfunding peut être utilisé pour financer une variété de projets
tels que des projets artistiques, politiques, économiques, environnementaux ou humanitaires, la
nature de la collecte de fonds varie en fonction de l'objectif spécifique du projet en question.
Dans ce sens, le crowdfunding peut prendre différentes formes en fonction de l'objectif et du type
de projet. On peut identifier plusieurs types de crowdfunding, tels que :
Le prêt participative (Lending-based crowdfunding);
Le crowdfunding en actions et en redevances (Equity-based and royalty-based
crowdfunding);
Le financement sans contreparties financières (Reward-based crowdfunding);
Le crowdfunding à but caritatif (Donation-based crowdfunding);
Vanhaeren et al. (2016) pointent dans leur rapport rédigé pour Bolero l’importance d’une
distinction qui peut être établie entre le Crowdfunding non financier et financier : Le premier,
Crowdfunding non financier, inclut les « Donation-based » et « Reward-based Crowdfunding ». Il
n’y a pas l’émission d’un instrument financier ainsi qu’une relation d’actionnaire ou de créancier
entre l’investisseur et la société. A l’opposé, le Crowdfunding financier implique que
l’investisseur devient un participant au capital de l’entreprise ou un créditeur via un instrument
financier.
2.2.1 Le Crowdfunding non financier
a) Le crowdfunding à but caritatif « Donation-based Crowdfunding »
Ce type financement renvoi au financement par donation ou mécénat. Il repose sur des
contributions volontaires du public sans contrepartie.
Ce type de financement est souvent demandé pour financer les projets caritatifs et il est commode
pour les associations, petites organisations et les personnes qui collectent de l'argent pour des
causes de bienfaisance personnelles ou spécifiques.
Les fonds collectés ne contiennent pas de retours monétaires ni de paiements en nature en dehors
de la reconnaissance au sein d'une communauté20.
Exemples :
o Levée de fonds pour l’achat d’équipements pour les écoles publiques sous-
financées aux États-Unis (sur [Link] qui est un organisme de
bienfaisance).
o Levée de fonds pour financer des projets dans les pays en voie de développement
sur la plateforme de crowdfunding [Link] à travers laquelle plus
de 14 000 euros ont été collectés et 12 projets ont été financés.
20
Belleflamme, P., Omrani, N., & Peitz, M. (2015). The economics of crowdfunding platforms. Information
Economics and Policy, 33, 11-28
23
b) Le financement sans contreparties financières « Reward-based Crowdfunding »
Dans le financement sans contreparties, les bailleurs de fonds ne s'intéressent pas principalement
au rendement financier et le collecteur de fonds préserve la propriété de son projet. Par ailleurs,
même si l’apport de ces derniers est sous la forme d’un don, ils reçoivent en contrepartie une
récompense comme par exemple : le premier modèle produit par l’entrepreneur. C’est donc
comme une action de préachat ou de pré-commande.
2.2.2 Le Crowdfunding Financier
a) Le prêt participatif « Lending-based Crowdfunding »
Il s’agit d’un financement par crédit sans passer par les banques traditionnelles. Le remboursement
du prêt est avec intérêts, mais certains prêts sociaux et financiers sont sans intérêt 21.
A la différence d’une banque traditionnelle, le prêt participatif ne sélectionne pas les projets
rentables, mais il permet plutôt aux bailleurs de fonds de décider eux-mêmes si un projet
particulier devrait être financé. Toutefois, certaines mesures juridiques ont été mises en place par
certains pays pour éviter l’interférence avec le rôle des banques. A cet effet, dans le crowdfunding,
le montant du crédit octroyé par investisseur est limité et le montant total de la levée de fonds est
plafonné. Ce type de financement est commode pour les projets de micro développement. 22
b) Le crowdfunding en actions et en redevances « L’Equity-based Crowdfunding »
Dans le cadre du crowdfunding par action ou en redevances, l’apport est sous forme d’un
investissement et les bailleurs de fonds agissent en tant qu’investisseurs ou préteurs23.
Concernant le crowdfunding en actions, les bailleurs se voient attribués de titres de participations
(actions), tandis que, dans le crowdfunding basé sur les redevances, une fraction des profits est
offerte aux investisseurs. Ce type de financement est commode pour les petites et moyennes
entreprises (PME) innovantes.24
2.3 Mode de fonctionnement du crowdfunding
Les principaux acteurs et parties prenantes du crowdfunding :
Au jour d’aujourd’hui, pour qu’il y ait réalisation d’une opération financée par « Crowdfunding »,
il faut :
Un porteur de projet, pouvant être un particulier, un professionnel, ou une association par
exemple.
Une plateforme internet, servant d’intermédiaire entre les porteurs de projet et les
potentiels financeurs.
Des financeurs, prêts à appuyer financièrement un projet, avec une contrepartie qui varie
selon le type de projet.
21
Nesta Operating Company. (s.d.). A Brief History of Crowdfunding. Récupéré sur
[Link]
22
Crowdfunding’s Potential for the Developing World. 2013. infoDev, Finance and Private Sector Development
Department. Washington, DC: World Bank
23
Belleflamme, P., Omrani, N., & Peitz, M. (2015). The economics of crowdfunding platforms. Information
Economics and Policy, 33, 11-28.
24
Crowdfunding’s Potential for the Developing World. 2013. infoDev, Finance and Private Sector Development
Department. Washington, DC: World Bank.
24
Le crowdfunding a principalement lieu sur les plateformes spécialisées dédiées à la levée de fonds,
c'est-à-dire les plates-formes basées sur Internet qui relient les collecteurs de fonds aux bailleurs
de fonds dans le but de financer un projet particulier 25.
Il est à signaler que sur la plateforme, investisseurs et porteurs de projets sont clairement
identifiés.
L’entrepreneur désirant bénéficier du financement participatif devra avant l’introduction de son
projet sur la plateforme, évaluer le montant nécessaire à la réalisation de son projet ainsi que le
délai nécessaire pour assembler l’apport financier.
Le montant évalué par l’entrepreneur est appelé « objectif de financement ». Une fois le délai
expiré, si l’objectif de financement est atteint, les entrepreneurs reçoivent l’argent. Dans le cas
inverse, les bailleurs de fonds reçoivent le remboursement de leurs contributions financières 26.
Le mode de rémunération des plateformes varie selon le type du crowdfunding proposé par le
porteur de projet, mais généralement, la rémunération est sous forme de commissions calculées
selon le montant rassemblé.
La recherche d’une plateforme adéquate constitue la première étape, vient ensuite la recherche de
personnes désireuses de soutenir le projet et finalement la période de post-financement.
Le crowdfunding commence généralement quand une personne ou une entreprise ayant un certain
projet estime que la meilleure solution pour le financer est de lancer une campagne de
crowdfunding. Il espère ainsi pouvoir réaliser ce projet grâce aux contributions de plusieurs
personnes.
25
Belleflamme, P., Omrani, N., & Peitz, M. (2015). The economics of crowdfunding platforms. Information
Economics and Policy, 33, 11-28.
26
Saber Zenagui, 2015
25
Le crowdfunding est de plus en plus populaire, ce qui explique l'augmentation du nombre de
plateformes de crowdfunding au fil des années. Depuis 2007, le nombre de ces plateformes a
augmenté de manière exponentielle, atteignant plus de 650 aujourd'hui, principalement situées aux
États-Unis et en Europe. La majorité des plateformes se trouvent aux États-Unis et au Canada,
avec 378 plateformes recensées, suivies de l'Europe avec 248 plateformes. Cependant, le
crowdfunding est encore peu représenté dans les autres régions du monde.
27
Massolution est l’un des observatoires du crowdfunding au monde (Baromètre international)
28
Massolution/[Link] 2015CF Crowdfunding Industry Report
26
Source: Massolution / [Link] 2015 CF Crowdfunding Industry Report
En 2015, les États-Unis ont réalisé un taux de croissance annuelle de (82 %). Toutefois, l'Europe et
les marchés africains s’attendent de réaliser une croissance de 100 % et le marché asiatique
s’attend de faire une croissance de 210 %. L’Afrique a pu marquer une croissance de 101 %, ce
pourcentage est susceptible d’atteindre des niveaux plus élevés vu le potentiel important que
recèlent ce continent.
Figure n°3 : Volume total de la finance alternative en Europe en 2014
Source : Wardrop et al. (2015)
27
3.2 Développement du contexte législatif
Suite à l’apparition du Crowdfunding, il a fallu développer une législation autour de ce nouveau
mode de financement. Il est désormais communément admis que le Crowdfunding offre une
alternative viable et intéressante à la finance traditionnelle, en particulier pour les PME
innovantes. D’autre part, on reconnait aussi à ce type de financement un certain nombre de risques
et d’inquiétudes qu’il soulève. De ces deux facteurs relevés par Belleflamme & Lambert (2014)
ressort une conclusion: « There is this an urgent need for the adoption of an appropriate regulatory
framework concerning the sale of securities, as well as investor and consumer protection »
Dans le monde
Nous nous intéressons principalement aux Etats-Unis, qui ont vu la mise en application de la loi «
Jumpstart Our Business Startups (JOBS) » depuis le 5 Avril 2012 par le pouvoir exécutif.
L’objectif principal du décret était d’aider les jeunes entreprises à se lancer et à grandir
(Belleflamme & Lambert, 2014, p. 289). L’article de Gulati (2014) nous éclaire sur cette mesure
qui devait permettre une amélioration de l’accès au capital pour les entreprises et de stimuler la
création d’emplois. Avant cette loi, il ne pouvait y avoir d’opération de financement participatif
sans enregistrement préalable de l’entreprise auprès de la SEC29. Cet enregistrement
s’accompagne de divers frais dont ceux d’enregistrements, d’autre part, la tâche était perçue
comme insurmontable au niveau financier et comme chronophage. La JOBS Act va donc
dispenser les entreprises participantes d’enregistrement auprès de la SEC afin d’offrir jusqu’à un
million $ de titre au grand public, avec la condition pour les entrepreneurs d’être disposés à fournir
un certain nombre de renseignements. En octobre 2013 la section II du JOBS Act fut autorisée,
permettant aux entreprises américaines de faire connaître leurs besoins en capitaux au grand
public. En octobre 2015 finalement, la section III fut émise permettant la participation aussi bien
des investisseurs non-accrédités30 et des investisseurs accrédités (Freedman et al., 2015, p. 7).
29
« La SEC est la Security Exchange Commission. Il s’agit de l’autorité des marchés financiers des Etats-Unis. Son
rôle est de surveiller les marchés financiers, contrôler les liquidités et d’émettre des sanctions en cas de non-respect
des règles qu’elle édicte » Andlil (2013)
30
Avant la Section III du JOBS Act, un investisseur qui voulait prendre part à un financement participatif devait être
accrédité selon la définition du SEC. C’est-à-dire avoir un revenu annuel de 200 000 $ (300 000 $ avec
conjoint/conjointe).
28
Deuxièmement, la formation d’ambassadeurs du projet, parce qu’ils se sont personnellement
investis, est un atout extrêmement précieux. Un entrepreneur qui parvient à solliciter l’intérêt d’un
large nombre d’investisseurs peut considérer qu’il détient déjà un premier groupe de clients fidèles
qui à leur tour vont se mobiliser pour le projet. Cela va créer un effet multiplicateur. (Hemer,
2011)
Troisièmement on retrouve le fait que l’entrepreneur a accès au crowd pour demander du feedback
et des conseils. Cela permet à l’entrepreneur d’être mieux à l’écoute de ses clients et de pouvoir
profiter gratuitement de la sagesse du peuple. (De Buysere al., 2012)
Finalement il existe encore plusieurs autres avantages. Il y a entre autres le fait qu’il est possible
de récolter de l’argent assez rapidement si un projet parvient à devenir viral. Selon une étude de
Bayus et Kuppuswamy (2013), les projets sur la plateforme Kickstarter31 mettent en moyenne 40
jours pour atteindre leur objectif de financement, mais il n’est pas rare que cela puisse se faire
beaucoup plus rapidement. Look&Fin32, une plateforme de crowdfunding basé sur le prêt, a déjà
permis à des entrepreneurs de lever 100.000 € en moins d’une semaine. Le fait que le
crowdfunding soit très flexible et qu’il permette dans certains cas de se financer à moindre cout
sont d’autres avantages propres au financement participatif.
4.2 Les avantages pour les contributeurs
Les contributeurs peuvent bénéficier de plusieurs avantages, et ceux-ci sont fort liés à leur
motivation d’investir via le crowdfunding. Comme expliqué ci-dessus, ces motivations s’articulent
autour de trois axes : un retour social, un retour financier ou un retour en forme de récompense.
Si le retour visé est plutôt social, les entrepreneurs apprécient énormément le fait qu’ils peuvent
sélectionner les projets qu’ils désirent financer. En effet, selon un sondage de la Commission
Européenne effectué durant la deuxième moitié de l’année 2013, 85% des répondants trouvent que
ce facteur est le plus grand avantage du crowdfunding. Par ailleurs on observe que les
contributeurs apprécient énormément le fait de pouvoir s’investir directement dans un projet, au
lieu de sponsoriser une ONG où l’on ne sait pas exactement comment les fonds sont alloués. En
effet, le crowdfunding donne accès à un canal de communication directe avec des entrepreneurs.
(European Commission, 2013)
Si le retour visé est plutôt financier, le crowdfunding offre l’opportunité à chacun d’investir le
montant qu’il souhaite dans une entreprise qui n’est pas cotée en bourse.
Et finalement, si le retour recherché prend la forme de récompense, le crowdfunding offre
l’avantage aux investisseurs d’obtenir des contreparties uniques, tant matérielles qu’immatérielles
de la part des entrepreneurs. Dans le cas de la prévente cela leur donne l’avantage de pouvoir
recevoir un produit en avant-première.
31
La plateforme américaine « Kickstarter8 » est une des premières plateformes de crowdfunding à avoir connu un
large succès. [Link]
32
[Link]
29
4.3 Les avantages pour l’économie
Le crowdfunding est un mode de financement relativement nouveau qui présente plusieurs
avantages sur différents plans.
En effet, sur le plan économique, Le crowdfunding est un outil qui encourage l'initiative
entrepreneuriale et l'auto-emploi, ce qui peut aider à réduire le chômage des jeunes. En outre, le
crowdfunding peut contribuer à réduire les inégalités, car les projets financés ont souvent un
potentiel de générateur de revenus.
Le crowdfunding donne l’opportunité à des gens de devenir des petits entrepreneurs. Les projets
lancés sont d’ailleurs généralement des projets novateurs, artistiques ou sociaux et ils contribuent
à la création d’emplois. (European Commission, 2013)
En Espagne, le crowdfunding a permis de créer 7500 jobs à travers 2800 projets de crowdfunding
réussis durant l’année 2012. (Ramos et Gonzalez, 2013)
Finalement, le crowdfunding crée de la concurrence vis-à-vis d’autres sources de financement, ce
qui ne peut qu’être bénéfique pour l’économie. Selon un article dans le Harvard Law and Policy
Review, le crowdfunding permettrait de décentraliser et de modifier le financement des entreprises
dans le monde. (Kammer, 2011)
[Link] et défis
Bessière & Stéphany (2014) notent l’importance d’étudier les risques inhérents au Crowdfunding.
Il existe différents risques liés au crowdfunding.
Il est important de comprendre ces risques afin de pouvoir les gérer et les minimiser. On distingue
les risques liés au fonctionnement des plateformes de crowdfunding, les risques pour les
investisseurs et les entrepreneurs liés aux projets financés.
5.1 Les risques liés au fonctionnement des plateformes
Pour les opérateurs de plateformes de Crowdfunding, le premier risque provient de la gestion
technique des plateformes ou des risques de cyberattaques. Leur fonctionnement dépend d’Internet
et ils ne peuvent donc pas s’affranchir d’une prise en compte des risques relatifs à la cybersécurité
(Bessière & Stéphany, 2014, p. 120)
D’autre part, il y a la possibilité que les plateformes soient utilisées pour la fraude ou le
blanchiment d’argent. Il est primordial pour les opérateurs de procéder à des vérifications et à une
stricte présélection des projets acceptés sur leurs plateformes (European Banking Authority, 2013).
Il existe également des risques de réputation. En effet, La présence d'opportunités pour des
individus de proposer de faux investissements sur des plateformes de crowdfunding peut affecter
leur réputation. À long terme, la présence d'opportunités d'investissement frauduleuses, qui sont
découvertes grâce à un taux élevé de défaut de prêts, peut nuire considérablement à la réputation
de la plateforme de crowdfunding, voire même entraîner sa fermeture.
30
5.2 Les risques pour les investisseurs
Il y a tout d’abord le risque que l’argent ne soit pas utilisé comme prévu. Ceci est généralement dû
à un manque d’information et de transparence entre les parties prenantes. Dans certains cas, cela
peut être constitutif de fraude, lorsque les entrepreneurs ont des intentions totalement différentes
de ce qu’ils présentent sur la plateforme.
Un autre risque encouru par les investisseurs est celui de ne pas être remboursé par la plateforme.
Ce cas de figure pourrait se produire lorsqu’un projet « all or nothing » n’atteint pas son
financement. Dans ce cas-là, la plateforme se doit de rendre l’argent aux investisseurs. Le fait
qu’une plateforme tombe en faillite ou puisse être « hacké » par des personnes malintentionnées
est également un risque envisageable. (European Commission, 2014)
Ensuite, nous avons le risque de défaut des plateformes. En effet, une faillite de la plateforme
pourrait être fort problématique pour les investisseurs. La plateforme sert souvent d’intermédiaire
entre les deux parties, coordonnant et organisant les prêts et les remboursements. En l’absence de
celle-ci, le créditeur pourrait ne plus recevoir les payements qui lui sont dus (European Banking
Authority, 2013).
Enfin, on parle aussi des risques de liquidités. Celui-ci est relatif à la difficulté qu’auront les
investisseurs à organiser une sortie de leur investissement avant sa maturité. Les investisseurs
doivent se rendre compte qu’en investissant dans l’« Equity Crowdfunding », il faudra attendre un
événement comme la vente de l’entreprise avant de percevoir un véritable revenu. De plus, les
sociétés qui sont financées via le Crowdfunding sont très souvent trop petites pour envisager une
entrée en bourse, ce qui réduit une fois de plus les stratégies de sortie d’investissement (Oxera,
2015, p. 27). L’absence de marché secondaire pour la plupart des plateformes contribue fortement
à développer ce risque.
5.3 Les risques pour les entrepreneurs
Les risques potentiels pour les entrepreneurs peuvent se séparer en 4 risques principaux.
Tout d’abord, le risque financier ou de crédit. L’emprunteur pourrait ne pas avoir assez
d’informations sur la capacité des contributeurs d’apporter le financement adéquat à leur projet.
Les investisseurs pourraient marquer dans un premier temps leur accord mais finalement décider
de ne pas contribuer. (European Banking Authority, 2013)
D’autre part, les porteurs de projets pourraient tout simplement ne jamais recevoir les fonds qui
ont été rassemblés lors d’une campagne (European Banking Authority, 2013). Cela peut arriver si
la plateforme de Crowdfunding utilisée n’a pas l’obligation d’être licenciée en tant que
fournisseuse de services financiers et qu’aucune disposition n’a été mise en place afin de mettre
l’argent récolté à l’abri (European Banking Authority, 2015)
Ensuite, Il existe le risque de défaut de l’opérateur de Crowdfunding. En effet, la mise hors
services ou la faillite de la plateforme de Crowdfunding peut causer beaucoup de tort aux
entrepreneurs qui lui ont fait confiance. Sans l’aide de la plateforme comme intermédiaire pour
organiser les remboursements des dettes, l’emprunteur pourrait ne pas disposer des informations
suffisantes et des documents nécessaires pour lui rappeler ses engagements relatifs aux
remboursements des investisseurs. Le risque d’une possible action juridique du prêteur à
l’encontre de l’emprunteur existe dès lors (European Banking Authority, 2013).
31
Le risque de liquidité est aussi présent pour les entrepreneurs dans le Crowdfunding. Ils peuvent y
faire face après le financement réussi d’un projet. Si l’octroi des fonds qui ont été récoltés par la
plateforme sont différés, cela peut handicaper le lancement du projet et son développement
prospère (European Banking Authority, 2013). Le risque provient d’un manque ou de délais trop
serrés de disponibilité des fonds (European Banking Authority, 2015)
Enfin, on parle du risque légal. Il peut exister un certain flou quant aux droits et aux obligations
entre les différentes parties concernées par le Crowdfunding. La faute en incombe à la plateforme
si elle n’arrive pas à divulguer des informations compréhensibles sur les différents services qu’elle
proposera, ainsi qu’un portrait clair des droits et obligations contractuelles qui lieront les
emprunteurs et les prêteurs sur la plateforme (European Banking Authority, 2015).
32
Chapitre III : La Microfinance
[Link] et origine
Trois décennies d'expansion de la microfinance
Jusqu'à 2005, déclarée 《Année du microcrédit » par les Nations unies33, il est possible de
distinguer trois décennies dans le rayonnement de la microfinance. La première (1975-1985)est
celle de l'émergence des organisations modernes de microfinance avec l'apparition des premières
organisations ; pour la plupart de petite taille, elles présentent généralement des taux élevés de
remboursement des prêts; toutefois, elles bénéficient de peu d'autonomie parce qu'elles ne
couvrent généralement pas leurs charges par leurs ressources propres nées de leur activité
financière; leurs créateurs sont des figures aujourd'hui emblématiques de la microfinance comme
le professeur Yunus, fondateur de la Grameen Bank.
La deuxième décennie (1985-1995) est celle où un grand nombre des institutions les plus connues
aujourd'hui ont été fondées (BRI en Indonésie et Bancosol en Bolivie notamment), celle ou
l'autosuffisance financière des systèmes est devenue un objectif majeur des organisations phares
de la microfinance, celle où des liens ont été établis avec les banques commerciales, et enfin celle
où les organisations les plus importantes ont commencé à atteindre une taille considérable, se
chiffrant en millions de clients ou de membres en Asie et en centaines de milliers ou dizaines de
milliers dans les autres régions du monde.
La troisième décennie de la microfinance (1995-2005) se caractérise par un intérêt devenu quasi
général pour cette technique financière, par son intégration dans les programmes de
développement économique et par la prolifération des modèles, avec une forte tension entre
l’objectif de lutte contre la pauvreté et celui d'autonomie financière des organisations. Les
institutions publiques et les bailleurs de fonds, pensant ainsi accélérer l'essor de systèmes
rentables, incitent à une concentration de la microfinance. Cela correspond aux intérêts des
dispositifs existants de croitre dans une concurrence limitée, en particulier aux échelles nationales.
La décennie ouverte en 2005 est celle d'une diversification des services et d'une interrogation
croissante sur la capacité de la microfinance à réaliser ses promesses et sur l'efficience relative des
institutions dans les contextes particuliers dans lesquels elles interviennent. (Jean-Michel Servet,2006)
33
Cette résolution a été adoptée par l’assemblée générale de l'ONU le22 février 1999 (résolution 53/197) sur un
rapport du Second Committee(A/53/613). Certains- la coopération suisse notamment - ont milité pour qu’elle soit
désignée comme Année de la microfinance. En vain.
33
2.1 Le modèle de base : Mohammed Yunus et la Grameen Bank
« Le microcrédit c’est aider chaque personne à atteindre son meilleur potentiel. Il n’évoque pas le
capital monétaire, mais le capital humain. Le microcrédit constitue avant tout un outil qui libère
les rêves des hommes et aide même le plus pauvre d’entre les pauvres à parvenir à la dignité, au
respect et à donner un sens à sa vie »34.
Muhammad Yunus, professeur d’Économie à l’Université de Chittagong au Bangladesh,
surnommé « le banquier des pauvres » est le père fondateur de la Grameen Bank, 1ère institution
de Microcrédit au Bangladesh et prix Nobel pour la paix en 2006, fut le premier en 1975 à initier
et lancer le projet des microcrédits.
Depuis plus de 45 ans, le microcrédit est utilisé comme un outil pour le développement et la lutte
contre la pauvreté. Il a permis à de nombreuses personnes démunies de bénéficier d'un accès au
crédit, leur permettant ainsi de lancer leur propre entreprise et de réaliser leurs projets. Plus de 205
millions de personnes dans le monde sont actuellement touchées par le microcrédit, parmi
lesquelles plus de 137,5 millions étaient considérés comme faisant partie des plus pauvres,
lorsqu’elles ont contracté leur premier emprunt. Parmi ces clients 82 % sont des femmes.
2.2 Le microcrédit et ses principes
Le Microcrédit consiste à fournir des prêts à court terme à des personnes à très faibles revenus,
n’ayant pas accès aux services proposés par les institutions financières classiques, pour les aider à
lancer leurs activités ou développer leurs affaires.
L’une des caractéristiques spécifiques du microcrédit est qu’il offre, avec un crédit de faible
montant, un ensemble d’actions d’accompagnement susceptibles de renforcer les chances de
succès de la microentreprise et donc de remboursement du crédit 35.
2.3 Qu’est-ce que la micro finance ?
Selon le Groupe Consultatif d'Assistance aux pauvres (CGAP), la microfinance consiste à l'offre
de services financiers (prêts ou microcrédit, épargne, transfert d'argent, micro- assurance) aux
personnes pauvres. La définition de la pauvreté suscite un débat vif entre les acteurs de la
microfinance. Certains ont adopté pour une définition monétaire, tandis que d'autres ont opté pour
une définition plus socio-économique. Une autre définition répandue de la microfinance, est celle
de Planet Finance36 qui stipule que la microfinance est l'offre de services financiers (microcrédit,
micro-assurance, etc.) aux populations pauvres, exclues du système bancaire, sans ressources ni
droit de propriété.
34
vers un monde sans pauvreté, Muhammad Yunus (trad. Olivier Ragasol Barbey et Ruth Alimi), éd. Jean Claude
Lattès, 1997 (ISBN 978-2-253-12206-7), p. 399
35
Français, F.., & OUKASSI, M. (2022). La microfinance : une solution à l’exclusion bancaire du secteur informel au
Maroc. International Journal of Financial Accountability, Economics, Management, and Auditing (IJFAEMA), 3(5),
1013–1029. [Link]
36
Planet Finance : est une ONG créée sur le modèle de la Gramen Bank en 1998, par Jacques Attali et Arnaud
Ventura, qui a pour mission principale de développer l’inclusion économique, sociale et environnementale partout
dans le monde, de façon durable et équitable. ONG Positive Planet « actuelle nom » mène plus de 40 projets dans 39
pays. Elle réunit 130 collaborateurs, dont 100 experts sur le terrain. Son siège se trouve à Paris, en France. En 2013,
l’OSI « organisation de solidarité Internationale » a reçu le prix de la 80ème meilleure ONG du monde selon The
Global Journal.
34
Cette dernière définition est plus large, car la clientèle ciblée inclut non seulement les pauvres
mais aussi les exclus bancaires qui sont souvent dans les pays riches et développés, et fait appel à
la notion de propriété. Quant à Attali et Arthus-Bertrand (2007), ils définissent ainsi la
microfinance : « L'octroi de services financiers à des personnes en situation de précarité
économique Impliquant le développement d'une activité productive, le plus souvent de l'artisanat
ou du commerce. Ces personnes n'ont généralement pas accès aux institutions financières
commerciales en raison de leur profil socio-économique (il s'agit d'agents économiques en
situation de précarité, sans revenu fixe, qui n'offrent aucune des garanties en vigueur dans les
institutions bancaires commerciales. » (Attali et al. 2007, p.34)
Le terme "microfinance" ne se limite pas seulement au microcrédit. Il englobe également d'autres
services financiers destinés aux personnes à faible revenu, tels que l'épargne, l'assurance et les
transferts d'argent. Le microcrédit, quant à lui, est un type de prêt.
Il en existe trois qui accompagnent le micro-crédit et qui constituent avec lui, la micro finance
(l’épargne, l’assurance et le transfert d’argent)37.
[Link] différents produits Financiers de la microfinance
Au fil du temps, la microfinance s'est élargie pour inclure une gamme plus large de services
financiers tels que le crédit, l'épargne, l'assurance et les transferts d'argent. Elle ne se limite plus
seulement à l'octroi de microcrédits aux pauvres, mais vise à fournir une variété de produits
financiers à tous ceux qui sont exclus du système financier traditionnel. Cela a conduit à la
création de différents types de produits financiers adaptés à ces personnes, tels que le microcrédit,
la micro épargne et la micro assurance.
3.1 Le microcrédit
Le microcrédit est le produit financier le plus important proposé par la microfinance. Il s’agit d’un
système d’aide sociale qui consiste à attribuer des prêts de très faibles montants à des
entrepreneurs ou des artisans considérés comme insolvables par le système bancaire formel, ne
pouvant donc pas avoir accès à des prêts bancaires classiques. Il a essentiellement tendance à se
développer dans des pays pauvres afin de favoriser leur économie par la concrétisation de
microprojets. (YUNUS M. (1997))
3.1.1 Le microcrédit solidaire
Ce produit financier a vu le jour à la fin des années 1970 et au début des 1980. Il s’est notamment
développé dans la Grameen Bank (jusqu’en 2001).
Il consiste à s’appuyer sur un mécanisme de groupe composé généralement de cinq emprunteurs
afin de compenser l’absence de garanties matérielles de ces individus. Chacun se porte « caution
solidaire » pour les autres dans le sens où si l’un des membres ne rembourse pas son prêt, les
autres doivent le faire pour lui. (BOYE S., HAJDENBERG J. et POURSAT C. (2009))
37
De la finance informelle à la micro finance, Michel LELART, Agence Universitaire de la Francophonie, 30 mars
2006, P.26
35
Dans ce système, le groupe est responsable du remboursement du prêt et assume donc le risque de
non-remboursement. Bien que les prêts soient accordés individuellement, les sanctions en cas de
non-remboursement sont imposées au groupe dans son ensemble, sous forme de suspension de
nouveaux prêts.
La pression sociale incite chaque membre à rembourser son prêt car personne ne veut être celui
qui pénalise les autres. Les membres ont donc tout intérêt à surveiller et écarter eux-mêmes les
emprunteurs à haut risque afin de minimiser le risque de non-remboursement.
Ce mécanisme de caution solidaire permet un taux de remboursement très élevé (proche de 100%)
et une réduction des coûts de transaction, qui peuvent être élevés. Le fait que ce soient les
membres du groupe qui sélectionnent les emprunteurs évite aux établissements de crédit de mener
des recherches et des analyses coûteuses pour obtenir des informations sur leurs clients, ce qui leur
permet d'économiser sur les coûts d'instruction des dossiers. Un autre avantage du microcrédit
solidaire est son impact positif sur la société, grâce au mécanisme de solidarité qui permet de créer
et de développer des liens et même des amitiés au sein du groupe de caution solidaire.
3.1.2 Le microcrédit individuel
Ce type de prêt est accordé individuellement à une personne, plutôt qu'à un groupe, en fonction de
sa capacité à fournir des garanties de remboursement et d'un degré de sécurité de l'institution
prêteuse. Contrairement au crédit solidaire, qui peut être utilisé librement, ce type de prêt a un but
précis et ne sert qu'à financer un projet particulier.
À la différence du crédit solidaire, l'analyse des dossiers de crédit et des garanties présentées par le
client est d'une importance capitale. L'institution de microfinance est donc directement
responsable de la sélection de ses emprunteurs, plutôt que de s'appuyer sur un mécanisme d'auto-
sélectionne comme dans le cas du crédit solidaire. L’octroi de ce crédit dépend donc deux choses :
la capacité de remboursement du client et ses garanties.
La capacité de remboursement dépend de la viabilité du projet d'investissement. Il est important
que le projet soit rentable, c'est-à-dire que son taux de rentabilité soit supérieur au taux d'intérêt du
prêt, et que le rythme de remboursement soit adapté aux flux de revenus du client. Les Institutions
de Microfinance (IMF) effectuent les mêmes analyses que celles réalisées par les banques avant
d'accorder un prêt.
Le crédit individuel présente des avantages pour toutes les parties impliquées. Tout d'abord, il
permet une relation directe entre le prêteur et l'emprunteur, ce qui facilite la compréhension des
besoins et la mesure des risques. En outre, il est flexible et peut être adapté à chaque demande. Ce
type de crédit a également permis de soutenir les meilleurs entrepreneurs, et de nombreux clients
des IMF, tels que ACEP Cameroun, ont réussi à mener leur projet et à créer des richesses et des
emplois.
Cependant, le crédit individuel présente également certaines limites. La plus importante est qu'il
ne s'adresse pas aux personnes les plus démunies en raison des garanties requises pour l'octroi du
prêt. De plus, la productivité des agents de crédit individuel est nettement inférieure à celle des
agents de crédit solidaire, bien que cette différence soit compensée par le montant plus élevé des
prêts accordés dans le cadre du crédit individuel.
36
3.1.3 Synthèse des deux types de microcrédits étudiés : solidaire et individuel
Qu’il soit solidaire ou individuel, le microcrédit s’est d’abord développé en Asie, en Afrique et en
Amérique latine. Puis ce n’est qu’après qu’il est arrivé dans les pays du Nord. En 2009, il touchait
déjà 154 millions de personnes dans le monde (Daley-Harris, 2009). Des chiffres en constante
augmentation puisque le nombre d’emprunteurs connait un taux de croissance moyen de 34% par
an (De Briey, 2007).
Figure n°4 : Répartition géographique des bénéficiaires de microcrédit, en 2009, en
pourcentage.
37
3.2.1 L’épargne obligatoire
Le microcrédit solidaire exige que les bénéficiaires effectuent des versements obligatoires avant
d'obtenir leur prêt. Le montant de ces versements dépend du montant du prêt accordé et doit être
effectué au moment de l'octroi du crédit ou avant. Une fois le prêt remboursé, les versements sont
restitués à l'emprunteur, mais étant donné que les crédits sont souvent renouvelés, les clients ne
récupèrent que rarement ces fonds. Pour les individus, cette condition représente une contrainte et
un coût d'accès au crédit plutôt qu'une ressource financière. Cependant, pour l'IMF, cela représente
une source de financement sans coût de collecte et bloquée, ainsi qu'une garantie facile à mettre en
place et un fonds de réserve.
3.2.2 L’épargne volontaire bloquée
Le deuxième type de produits d'épargne développé par les IMF est l'épargne volontaire bloquée. Il
s'agit d'une épargne versée sur un compte bloqué pour une durée déterminée, allant de quelques
semaines à plusieurs années, et qui doit être régulièrement rémunérée. Les IMF apprécient
beaucoup ce type d'épargne, car cela leur permet de faire des anticipations, de prévoir et de
planifier la gestion de la liquidité des dépôts. Étant bloquée pendant une période connue de
l'institution, cette épargne peut être prêtée au client qui souhaite obtenir un crédit.
3.2.3 Les dépôts à vue et les comptes semi liquides
Les comptes d'épargne les plus liquides sont ceux qui offrent une grande flexibilité aux clients, qui
peuvent y déposer et retirer de l'argent à leur convenance. Toutefois, les institutions de
microfinance établissent souvent des limites sur le nombre et le montant des retraits, car des
mouvements de retraits trop fréquents, en particulier pour de petites sommes, entraînent des coûts
de gestion élevés pour l'IMF. De plus, un autre inconvénient pour l'IMF est que les dépôts à vue ne
peuvent pas être utilisés pour accorder des crédits, car ils ne sont pas bloqués pour une période
déterminée et peuvent donc être retirés à tout moment.
Selon le Mix Market38, il y’ a 13,4 millions de déposants en 2010 au Bangladesh, ce qui représente un
montant total d’épargne de 22,2 milliards (USD).
38
Mix Market : c’est une maison de note ou plateforme d’information qui consiste à éclaircir l’opération de tous les
établissements de microfinance et tous les investisseurs. « Mémoire de master 2, le rôle de la microfinance dans la
réduction de la pauvreté dans le pays en voie de développement : cas du Tchad, 2015 /2016 ».
38
3.3.2 Le crédit habitat
Le crédit habitat est un produit financier conçu pour financer l'habitat des populations pauvres,
mais il présente de nombreuses limites. Les prêts à l'habitat sont souvent de longue durée et ne
génèrent pas directement de revenus, ce qui signifie que le ménage doit consacrer une partie de ses
revenus au remboursement du prêt. Les IMF qui souhaitent offrir ce type de crédit doivent être en
mesure de proposer des prêts à très long terme et disposer des fonds nécessaires, ce qui est
rarement le cas. De plus, plus la durée du prêt est longue, plus le risque de non-remboursement
augmente. En ce qui concerne les garanties, elles sont difficiles à mettre en place car les
habitations dans ces régions n'ont souvent pas de titres de propriété, ce qui empêche les IMF
d'utiliser la garantie habituelle pour les prêts habitat, qui est le nantissement de l'habitation
financée. En ce qui concerne les taux d'intérêt, ceux-ci sont généralement plus bas dans le domaine
de l'habitat.
Pour surmonter ces difficultés, l'État peut soutenir les IMF en leur offrant des subventions et/ou
des ressources à long terme à des taux d'intérêt concessionnels.
La microfinance, avec tous les produits qu'elle propose, touche 150 millions de personnes dans le
monde, mais de manière inégale. En effet, 130 millions, soit 85% d'entre elles, se trouvent en Asie
du Sud-Est, y compris en Inde. Toutefois, cette région ne compte que 63% des pauvres, ce qui
s'explique par la densité de population plus élevée dans cette partie du monde. En revanche,
l'Afrique subsaharienne compte 9,2 millions de bénéficiaires, l'Amérique latine 7,8 millions et
l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient 3,3 millions. (ALLEMAND S. (2011)
39
Loi PARMEC, Titre 1, article 1er, 21) “Système financier décentralisé” : institution dont l'objet principal est d'offrir
des services financiers à des personnes qui n'ont généralement pas accès aux opérations des banques et établissements
financiers tels que définis par la loi portant réglementation bancaire et habilitée aux termes de la présente loi à fournir
ces prestations
Loi PARMEC : Loi des Etats membres de l’UEMOA portant réglementation des systèmes financiers décentralisés.
40
L'UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine) est une organisation économique et monétaire
régionale composée de huit pays d'Afrique de l'Ouest : Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Guinée-Bissau, Mali,
Niger, Sénégal et Togo. Cette organisation vise à promouvoir la coopération économique et monétaire entre ses
membres, notamment en facilitant les échanges commerciaux et en adoptant une monnaie commune, le franc CFA :
site web officiel de l'UEMOA [Link]
39
[Link] principes et les atouts de la microfinance
5.1 Les principes de la microfinance
En 2004, quelques principes qui résument un siècle et demi de pratiques diverses ont été regroupés
en une sorte de manifeste par consultative groupe to Assist the poor (CGAP) et retenus par les
dirigeants du G8 au sommet de 10 juin 2014. (HELMS Birgit,2006)
1. Les pauvres ont besoin de toute une gamme de services financiers et non pas seulement de
prêts. Outre le crédit, ils désirent disposer de produits d’épargne, d’assurance et de transferts.
2. La microfinance est un instrument puissant de lutte contre la pauvreté. Les ménages pauvres
utilisent les services financiers pour augmenter leurs revenus, accumuler des biens et se prémunir
contre les chocs extérieurs.
3. La microfinance consiste à mettre en place des systèmes financiers au service des pauvres. La
microfinance ne pourra accomplir tout son potentiel que si elle est intégrée au cœur du système
financier général d’un pays.
4. Il est possible et nécessaire d’assurer la viabilité financière des opérations pour pouvoir toucher
un grand nombre de pauvres. A moins d’adopter une politique tarifaire leur permettant de couvrir
leurs coûts, les prestataires de microfinance seront toujours limités par la précarité des subventions
offertes par les bailleurs de fonds et les gouvernements.
5. La microfinance implique la mise en place d’institutions financières locales permanentes
capables d’attirer des dépôts locaux, de les recycler en prêts et de fournir d’autres services
financiers.
6. Le micro-crédit n’est pas toujours la solution. D’autres types d’assistance peuvent être plus
appropriés pour les populations qui sont si démunies qu’elles ne disposent pas de revenus ni de
capacités de remboursement.
7. Le plafonnement des taux d’intérêt est néfaste pour les pauvres à qui il rend plus ardu l’accès au
crédit. Il est plus coûteux d’accorder un grand nombre de prêts de faible montant que quelques
gros prêts. Le plafonnement des taux d’intérêt empêche les institutions de microfinance de couvrir
leurs coûts et réduit en conséquence l’offre de crédit disponible pour les pauvres.
8. Les pouvoirs publics doivent faciliter la prestation de services financiers, mais non les fournir
directement. Les pouvoirs publics ne font pratiquement jamais de bons prêteurs, mais ils peuvent
créer un environnement décisionnel propice.
9. Les financements des bailleurs de fonds doivent compléter les capitaux du secteur privé, ils ne
doivent pas les remplacer. Ils devraient être une assistance temporaire au démarrage d’une
institution jusqu’au moment où elle peut faire appel à des sources privées de financement, telles
que les dépôts.
10. Le manque de capacités institutionnelles et humaines constitue le principal obstacle. Les
bailleurs de fonds devraient consacrer leur assistance au renforcement des capacités.
40
11. La microfinance obtient ses résultats les meilleurs lorsqu’elle mesure et publie ses résultats. La
publication des états financiers permet aux intervenants d’évaluer les coûts et les bénéfices d’une
institution et à celle-ci d’améliorer sa performance. Il est nécessaire que les institutions de
microfinance publient des rapports exacts et comparables au sujet de leur performance financière
(taux de remboursement des prêts et de recouvrement des coûts) et au sujet de leurs résultats sur le
plan social (importance et niveau de pauvreté de la clientèle pauvre desservie).
(Washington DC, juin 2004)
5.2 Les atouts de la microfinance
Selon Mohammed Yunus, le banquier des pauvres, la crise financière est une opportunité pour redessiner le
système : « le microcrédit devrait faire partie des droits de l’homme », et ceci est dû à ses atouts :
Outil efficace de lutte contre la pauvreté très médiatisée qui bénéficie d’une double
légitimité au niveau international (Prix Nobel) et local (success stories).
Des services de qualité et diversifiés (microcrédit, épargne, micro assurance) répondant
aux réels besoins des micros entrepreneurs et des populations exclues des systèmes
financiers traditionnels.
Une cible réellement atteinte : femmes, personnes à faible revenu, jeunes, petits
producteurs...
Effet de levier de l’inclusion financière permettant souvent une inclusion plus globale au
niveau économique et social.
Émancipation et indépendance des populations, et rupture progressive des liens de
dépendance vis-à-vis de l’État, des fournisseurs, des usuriers…
(Français, F.., & OUKASSI, M. (2022))
41
Partie II : le cas du Maroc
Chapitre I : Le financement des PME marocaines
De prime abord, il convient de noter que le financement des petites et moyennes entreprises est
devenu l'un des sujets de débat économique les plus importants à l'échelle mondiale, plus que
jamais auparavant. Par ailleurs, la recherche en finance sur les PME est en train de se structurer.
Les petites entreprises rencontrent des difficultés plus importantes en matière de liquidité et sont
confrontées à davantage de contraintes de financement que les grandes entreprises.
Au Maroc, les PME constituent l'épine dorsale de l'économie, mais elles sont confrontées à divers
obstacles, notamment l'accès aux sources de financement qui reste le problème le plus critique tout
au long de leur cycle de vie bloquant leur croissance. C'est dans ce contexte que nous exposons un
décryptage des modes de financement des PME marocaines (traditionnel et alternatif), ainsi que
les obstacles vécus par ces PME pour accéder au financement des investissements au Maroc.
[Link] PME marocaines
Depuis la loi 53-00 formant "Charte de la PME" du 23 juillet 2002, cette catégorie d'entreprise a
une définition "officielle". Selon l'article premier de cette loi, la PME est une entreprise gérée
et/ou administrée directement par les personnes physiques qui en sont les propriétaires,
copropriétaires ou actionnaires et qui n'est pas détenue à plus de 25% du capital ou des droits de
vote par une entreprise, ou conjointement par plusieurs entreprises. (Pierre CÉLIER,2004)
Par ailleurs, les PME doivent répondre aux deux conditions suivantes :
Avoir réalisé, au cours des deux derniers exercices, soit un chiffre d’affaires hors taxes
inférieur à 75 millions de DH, soit un total de bilan inférieur à 50 millions de DH.
Cette même charte propose également des critères spécifiques aux entreprises nouvellement créées
(c'est à dire celles qui ont moins de deux années d'existence) : sont considérées comme PME les
entreprises ayant engagé un programme d’investissement initial inférieur à 25 millions de DH et
respectant un ratio d’investissement par emploi inférieur à 250 000 DH.
Lorsque la PME détient directement ou indirectement plus de 25% du capital ou des droits de vote
dans une ou plusieurs entreprises, il est fait addition des effectifs permanents et des C.A. [Link]
des totaux des bilans annuels de ladite P.M.E. et des autres entreprises précitées.
42
Parallèlement un système a été adopté par l'ensemble des banques marocaines au cours de l’année
2004 proposant des échelles de notation différenciées suivant la catégorie d'entreprise concernée
(grande entreprise, PME, micro-entreprise), ces dernières étant définies sur les bases
suivantes :
TYPE D'ENTREPRISE EFFECTIF CHIFFRES D'AFFAIRES
ou
TOTAL DU BILAN
GRANDE ENTREPRISE ≥ 250 ≥75 millions DH ou
personnes ≥ 90 millions DH
Au Maroc, les PME jouent un rôle significatif dans le tissu économique, représentant 95% de
celui-ci selon les statistiques de la confédération de la PME. Les petites et moyennes entreprises
constituent le centre névralgique de l'économie marocaine, contribuant à 40% de la production et
31% des exportations. Elles sont présentes dans tous les secteurs d'activité économique du pays, y
compris l'agriculture, l'industrie, l'artisanat, le BTP, les commerces, ainsi que les services tels que
le tourisme, les communications, les transports et les services financiers. (CDVM, Le Financement
des PME au Maroc Mai 2011)
Les PME sont quasi présentes dans tous les secteurs, dont plus de 40 % opèrent dans le secteur des
services.
43
Les PME au Maroc en chiffres :
o 40% de la production
o 30 % des exportations
Au Maroc, les petites et moyennes entreprises ont tendance à privilégier les voies de financement
bancaires, car elles ne peuvent pas recourir aussi facilement que les grandes entreprises aux
marchés des capitaux. Selon un rapport des Nations Unies datant de 2010, le total des crédits
accordés par les banques au secteur privé s'élève à 468 milliards de dirhams, dont environ 300
milliards (soit les deux tiers) sont destinés aux entreprises. Toutefois, d'après la Direction de la
Supervision Bancaire de Bank Al-Maghrib, la part des PME dans ces crédits n'était que de 18% en
2008, soit un montant global de 54 milliards de dirhams, le reste étant alloué aux grandes
entreprises. (Etude Le Financement des PME au Maroc,2011)
Les PME sont souvent considérées comme plus risquées par les banques en raison de leurs
caractéristiques propres, ce qui peut entraîner des taux d'intérêt très élevés et des difficultés de
financement. Toutefois, environ un tiers des PME s'appuient sur les banques pour financer leurs
investissements (Banque mondiale, 2019).
Au cours des dernières décennies, les politiques en faveur des PME ont permis d'améliorer
considérablement leurs conditions d'accès au financement. Dans le cadre du Small Business Act
(SBA) en 2014, l'appréciation des sources de financement externe des PME marocaines a révélé
que le Maroc se classe au 2ème rang dans la région MENA avec un score de 3,5/5, devant le
Liban, la Jordanie et la Tunisie. La même étude a également révélé qu'en 2011, les PME
marocaines bénéficiaient de 24% des crédits bancaires accordés aux entreprises non financières, et
que la part des PME ayant obtenu un prêt ou une ligne de crédit avait doublé depuis 2007 (Banque
mondiale, 2019).
41
« Les PME marocaines face au défi de la mise à niveau » Ambassade de France au Maroc- mission économique de
rabat 18 août 2004
44
2.2 Financement via le marché boursier
La Bourse des valeurs de Casablanca a été créée le 7 novembre 1929 par la réunion des grandes
banques de la ville de Casablanca sous le nom de « Office de Compensation des Valeurs
Mobilières ». Avec le temps, l'importance de ce marché a grandi, et l'instauration du contrôle des
changes a poussé les pouvoirs publics à réglementer l'organisation et le fonctionnement de cet
office, qui a ensuite été renommé « Office de Cotation des Valeurs Mobilières » en 1942.
Cependant, l'apparition d'une épargne disposée à s'investir en valeurs mobilières a conduit à la
mise en place d'une bourse mieux structurée.
C'est avec le décret royal n° 444-67 du II Châabane 1387 (14 novembre 1967) portant loi relative
à la bourse des valeurs que la Bourse des valeurs de Casablanca a été créée, dotée d'un marché
financier basé sur une bourse juridiquement et techniquement organisée, apte à fonctionner dans
des conditions satisfaisantes (Elawad, 1993).
Le marché boursier se présente comme une solution, une alternative pour le financement de la
PME. Toutefois, les conditions d’accès à ce marché ne tiennent pas compte des spécificités des
PME marocaines, elles restent de ce fait hors de portée de cette catégorie d’entreprises. Le marché
boursier a permis la création du deuxième compartiment dédié aux sociétés concessionnaires et de
gestion de service public et du nouveau marché réservé aux PME à fort potentiel de croissance.
(BENTHAMI Asmae,2017)
Les émissions de titres de dettes pourraient prendre la forme des titres de créances négociables
composés de Certificats de Dépôts qui sont émises par les banques, des bons de société de
financement par les sociétés de financements et des billets de trésorerie sont émis par les sociétés
non financières alors que les PME ne peuvent être intéressées que par les billets de trésorerie.
(CDVM 2011)
Le marché marocain de la dette privée reste très restrictif en termes d'émetteurs, avec une
insuffisance d'entreprises de grande taille. Les émissions par des entreprises de taille moyenne
sont très marginales, d'autant plus que la loi ne permet qu'aux entreprises ayant le statut juridique
de SA d'émettre des obligations sur le marché. Par conséquent, les PME marocaines n'ont toujours
pas accès à ces marchés.
Les émissions de billets de trésorerie sont limitées à un montant supérieur ou égal à 100 000
MAD, ce qui les rend plus accessibles aux entreprises de taille plus modeste. Cependant, les PME
marocaines ne respectent souvent pas les conditions de clarté et de communication financière,
telles que la certification des comptes des trois derniers exercices.
45
Figure n°5 : Les critères d’admission sur le marché des obligations.
La bourse des valeurs est composée de trois compartiments, chaque compartiment a des
caractéristiques et des conditions d'admissions distinctives (site officiel de la bourse des valeurs de
Casablanca).
46
La création du deuxième et du troisième compartiment de la bourse avait pour but d'encourager les
entreprises moyennes à s'introduire en bourse. En 2016, il y avait 33 sociétés cotées qui étaient
considérées comme des PME, mais si l'on applique strictement la définition de la charte des PME
au moment de leur introduction en bourse, le nombre serait réduit à seulement 6 PME sur le
marché de la croissance. Globalement, la cotation des entreprises marocaines reste très faible par
rapport à d'autres pays émergents, à quelques exceptions près. La majorité des PME marocaines ne
possèdent pas les conditions requises pour accéder au troisième compartiment de la bourse. De
plus, la proportion des PME qui peuvent faire appel public à l'épargne pour un montant supérieur à
10 millions de MAD reste fragile.
En plus des seuils qui sont problématiques pour une grande partie des entreprises marocaines, les
PME ne sont souvent pas en mesure de respecter les obligations en matière de communication
financière et de gouvernance requises lors d'une introduction en bourse en raison de leur taille.
Bien que des réformes aient été mises en place depuis la réforme des marchés des capitaux en
1993, le financement via la bourse demeure restreint au Maroc en raison de la structure actuelle de
son marché. Les seuils d'entrée sur le marché sont souvent trop élevés pour les petites et moyennes
entreprises, qui ne sont pas toujours en mesure de se conformer aux exigences en matière de
communication financière et de gouvernance requises lors d'une introduction en bourse. De plus,
la capitalisation boursière des entreprises marocaines est souvent inférieure à celle d'autres pays
émergents, ce qui limite leur capacité à lever des fonds sur le marché boursier. Ces facteurs
contribuent tous à limiter le financement via la bourse au Maroc.
47
Le financement des PME via le marché financier reste encore très restrictif en termes d’émetteur
(conseil déontologique des valeurs mobilières, 2011). Les PME ne sont concernées que par les
billets de trésorerie (minimum de 100 mille de MAD). Cependant, même si ces derniers « sont
accessibles à certaines catégories des PME, les exigences en matière de communication, de
transparence et de gouvernance financière ne sont pas respectées par les PME, à cause du manque
des moyens. » (Zeamari & Oudgou, 2015)
2.3 Le crédit-bail
Selon L'Association Professionnelle des Sociétés de Financement (2012) , le crédit-bail est une
pratique qui existe au Maroc depuis 1965 et qui a connu une croissance notable à partir du milieu
des années 1990. À cette période, il a été assimilé à une opération de crédit et a été pour la
première fois défini par la loi bancaire du 6 juillet 1993. Cette loi a érigé les sociétés de crédit-bail
en établissements de crédit, plus précisément en sociétés de financement.
Le crédit-bail a connu une augmentation de 7,5 % des financements accordés aux PME en 2015.
Cette croissance s'est traduite par la réalisation de 14 000 nouveaux projets ou projets d'extension
couvrant des biens mobiliers et immobiliers, pour un montant total de 14 milliards de dirhams.
Les sociétés de crédit-bail exerçant leur activité au Maroc sont au nombre de six. (APSF 2012)
Dotées de ressources conséquentes, elles contribuent significativement et de plus en plus au
financement de l'investissement.
De nos jours, le marché marocain du crédit-bail est représenté par un nombre important de
sociétés spécialisées. Parmi les sociétés de crédit-bail opérant au Maroc, on peut citer Maghrebail,
Maroc Leasing, Tawfir, Wafabail, Aqil Lease, Locafinance, BMCE Lease, Crédit du Maroc Lease,
Chaabi Leasing, Société Générale Maroc Leasing, Attijari Leasing, Credit Agricole Leasing
Maroc, CIH Leasing, CGI Leasing et Banque Populaire Leasing.
Au Maroc, les offres de crédit-bail sont proposées par des filiales de banques spécialisées dans les
financements locatifs, ainsi que par des sociétés financières appartenant à des entreprises
commerciales. Le crédit-bail est devenu une alternative de financement pour les PME qui ne
peuvent pas accéder au crédit bancaire. En effet, la société de crédit-bail reste propriétaire du bien
financé, ce qui ne nécessite pas de garanties lourdes pour que les PME puissent bénéficier de ce
type de financement.
Au Maroc, la plupart des organismes spécialisés dans le financement par crédit-bail sont des
filiales de banques classiques. (Abdeljalil en 2002)
Le crédit-bail n'a commencé à se développer qu'à partir des années 90, avec la création de la
société de gestion "Moussahama", une filiale de la Banque Populaire. Depuis lors, d'autres fonds
ont été créés à partir de l'an 2000, selon l'Association Marocaine des Investisseurs en Capital en
2012.
48
En 2006, la promulgation de la loi n°41-05 4 relatives aux organismes de placement en capital-
risque (OPCR) « ayant pour objet le financement de PME, principalement marocaines et non
cotées, à travers l’acquisition de titres de capital, l’acquisition de titres de créances (convertibles
ou non en titres de capital) et l’octroi d’avances en compte courant d’associés » (Autorité
Marocaine du Marché des Capitaux, 2011) a vu le jour. Le décret d’application de cette loi a été
publié en mai 2009, il a institué deux véhicules propres au Capital Investissement (Association
Marocaine des Investisseurs en Capital, 2012) :
La Société de Capital Risque (SCR), qui est une société par actions ;
Le Fonds Commun de Placement à Risque (FCPR), qui n’a pas la personnalité morale et
qui est une copropriété d’actifs émettant des parts.
Le capital investissement est une activité financière qui consiste pour un investisseur à entrer dans
le capital d'une entreprise non cotée sur le marché boursier, pour une durée déterminée, selon
l'Association Marocaine des Investisseurs en Capital en 2020. Cette activité peut soutenir
l'entreprise à tous les stades de son existence, que ce soit pour financer le démarrage, la
croissance, la transmission ou encore la recapitalisation en cas de difficultés. Le capital
investissement est une voie de financement alternative pour les PME marocaines qui font face à
des contraintes et des limites des sources traditionnelles. En mettant à disposition des capitaux et
un accompagnement stratégique, le capital investissement peut aider les PME à réaliser leurs
ambitions à tous les stades critiques de leur vie. 42
Il convient de souligner que les mécanismes du capital investissement restent souvent méconnus
des dirigeants de PME marocaines, ce qui peut les empêcher d'explorer les possibilités offertes par
cette source de financement. L'absence d'informations claires ainsi que la peur de perdre le
contrôle de leur entreprise, conjuguées aux nombreux clichés véhiculés sur le capital
investissement, peuvent également contribuer à cette méconnaissance. Cependant, il est important
de noter que des entreprises renommées telles que Skype, Mobistar, HPS, Marwa, et bien d'autres
ont eu recours au capital investissement et se déclarent satisfaits des avantages que cela leur a
apportés, notamment en termes d'amélioration de leur activité et de l'expérience et des réseaux que
les professionnels du métier peuvent offrir. (AMIC 2020)
Effectivement, bien que le capital investissement soit encore jeune au Maroc et tributaire de
l'évolution de l'environnement économique national et international, il présente un fort potentiel de
développement. On observe une forte progression de la part des investisseurs nationaux dans les
fonds levés destinés à l'investissement dans les entreprises marocaines, qui atteint actuellement
plus de 42% (soit 570 millions de MAD) sur un total de fonds levé de 1 350 millions de MAD en
2020, avec un taux de rendement interne de 13%. Cet intérêt pour le capital investissement
s'explique par le rôle croissant de cette industrie dynamique dans l'accompagnement et le soutien
des PME marocaines, ainsi que dans la mise en place et le développement d'infrastructures
modernes et intégrées. (AMIC 2020)
42
OUCHEKKIR, Ali, and Pamphile MOUANDZIBI NDINGA. "Le financement des PME au Maroc : Déterminants,
limites et alternatives."
49
2.5 Le crowdfunding
La publication de la loi n°15-18 régissant les activités de financement collaboratif en février 2021
marque une étape importante dans le développement du crowdfunding au Maroc. Ce cadre
juridique apporte des solutions concrètes aux défis de financement des PME marocaines en
facilitant l'accès aux services financiers pour les PME exclues du financement classique,
renforçant ainsi l'inclusion financière et favorisant la création d'activités génératrices de revenus
pour les populations défavorisées. La large diaspora marocaine à l'étranger, fortement impliquée
dans la vie sociale du pays, et le niveau élevé de pénétration d'internet constituent des atouts
importants pour le développement de cette activité au Maroc, selon la Banque Centrale du Maroc
en 2020. Les plateformes de crowdfunding en prêt, en investissement et en don, telles que Smala
& Co et Cotizi, se révèlent être des solutions efficaces en raison de leur accessibilité, de la rapidité
de leurs mises en œuvre et de leurs gestions mutualisées des risques.
L'article 54 de la loi 103.12 relative aux établissements de crédit et aux organisations similaires
définit les banques participatives comme des personnes morales opérant au Maroc et exerçant une
ou plusieurs activités habituelles qui consistent à recevoir des fonds du public, à gérer des
opérations de crédit et à mettre des moyens de paiement à la disposition des clients ou à en assurer
la gestion, sans contradiction avec les dispositions de la charia. Ces institutions peuvent également
réaliser des opérations commerciales, financières et d'investissement, à l'exception de toute
opération liée aux intérêts bancaires, que ce soit à l'achat ou à la vente.
Contrairement aux banques conventionnelles, les banques islamiques offrent aux PME marocaines
diverses possibilités de financement à court, moyen et long terme, de manière structurée et
conforme aux principes de la charia. Elles cherchent également à alléger les conditions en faveur
des PME marocaines en offrant une facilité de garanties au profit de la réputation de
l'entrepreneur. En plus de ces conditions allégées, les banques participatives offrent la possibilité
de rééchelonner la durée de remboursement des prêts octroyés en cas de difficulté financière de
l'emprunteur. Les banques participatives reposent sur le principe du partage des pertes et des
profits, en intervenant dans l'octroi des fonds en tant que partenaire plutôt qu'un simple bailleur de
fonds, elles cherchent à accompagner les PME dans leurs difficultés financières en créant une
communauté d'intérêt où les bailleurs de fonds assument le risque avec l'entreprise. Les
instruments de la banque participative sont basés essentiellement sur les actifs et non sur le
commerce de la dette. Les deux fondements principaux de la banque participative sont l'Asset-
Backing et le partage des risques.
Les banques participatives offrent également aux PME des produits financiers adaptés à leurs
besoins spécifiques et pour chaque situation tout au long de leur cycle de vie, à voire :
Ces instruments reposent sur le principe de partage conjoint des profitset des pertes ainsi que sur
une hypothèse de prise de risque commerciale par le financier. Il s’agit des produits de la
Moucharaka (Similaire à une joint-venture), la Moudaraba ainsi que le système Takaful (une
forme d’assurance et de coopération mutuelle). L’approbation de ces instruments par les banques
participatives nécessitent une étude exhaustive du projet, des emprunteurs et de leur
environnement (AMMC, 2011).
50
Les instruments de dette basés sur le transfert d’actif
Il existe en finance islamique des instruments financiers dont le fonctionnement est proche de
celui de la finance conventionnelle mais avec des différences fondamentales. Ces instruments de
dette islamique, qui sont en réalité des instruments d’échange, prévoient une répartition du risque
spécifique et exclut la rémunération sous forme d’intérêt. Les contrats de financement islamiques
les plus répandus sont :la Mourabaha, l’Ijara, l’Istisnâa, la vente Salam, et aussi le Qard al Hassan
(AMMC, 2011).
En plus des instruments mentionnés précédemment, les banques islamiques proposent également
des Sukuks, définis par l’AAOIFI7 comme étant des certificats de valeur égale représentant des
parts indivises dans la propriété des actifs tangibles, usufruit et service ou dans la propriété des
actifs d’un projet ou d’une activité d’investissement. Pouvant être émis à l’initiative des
gouvernements et des entreprises privées, les Sukuks permettent aux investisseurs de détenir des
participations dans les actifs sous-jacents avec une rémunération en fonction de la performance de
ces actifs, et dont les montages diffèrent selon le type de l’actif sous-jacent. Les montages les plus
utilisés sont le Sukuk Ijarah, laMousharakah ou laMoudarabah, le Sukuk Salam, l’Istitnaâ ou la
Mourabaha (AMMC, 2011).
Dans l'ensemble, les instruments de la finance islamique sont considérés comme des modes de
financement plus appropriés aux besoins et aux structures des PME marocaines. Toutefois, la
situation actuelle ne permet pas de confirmer de manière exhaustive cette hypothèse théorique, car
seul un produit de financement participatif, la Mourabaha, est actuellement commercialisé. Selon
les chiffres de Bank Al-Maghreb (BAM) pour l'année 2020, les dépôts à vue collectés par le
secteur bancaire participatif ont atteint un encours de 3,8 milliards de MAD, enregistrant une
augmentation annuelle de 49%. De même, les banques et les fenêtres participatives ont enregistré
un total bilan de 16,8 milliards de MAD en 2020, contre 12,2 milliards en 2019, soit une hausse de
38%. Dans le même sens, les financements Mourabaha sur la clientèle ont augmenté d'environ
50% (9,7 milliards de MAD). (BAM 2020)
Les statistiques présentées permettent de conclure que le secteur bancaire participatif du Maroc a
obtenu des résultats probants. Ces données confirment également les conclusions du rapport de
Thomson Reuters sur le développement de la finance islamique en 2018 (Thomson Reuters, 2018)
qui souligne le potentiel de croissance important de cette industrie dans le monde, en particulier en
Afrique. La propagation des banques islamiques en Afrique suivra le succès de celles-ci au Maroc.
Cependant, il est important de noter que malgré les efforts déployés par les pouvoirs publics,
seulement 2,6% des PME marocaines ont recours au financement auprès des banques
participatives, selon le HCP (2019).
Au Maroc, bien que l'intérêt pour la finance verte soit récent, de grandes avancées ont été réalisées
en quelques années dans ce domaine. Le contexte économique et politique favorable à son
émergence a permis au Maroc de se positionner comme précurseur en matière de financements
verts en Afrique, après l'Afrique du Sud (Nasser Seddiqi, 2017). En 2018, le projet du panorama
des financements climat au Maroc, porté par la Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG) et soutenu
par l'Agence Française de Développement (AFD), a révélé que les investissements verts ont atteint
plus de 111,5 milliards de MAD, dont la commande publique représente près de 74% de ce
montant, contre 26% pour le secteur privé (Y. Seddik, 2021).
51
En outre, le Maroc a mis en place une feuille de route nationale pour aligner le secteur financier
sur le développement durable, sous la coordination de Bank Al-Maghreb. Ce dispositif accorde
une attention particulière aux PME marocaines, qui sont également appelées à s'aligner sur les
enjeux environnementaux et sociaux et à intégrer les enjeux climatiques dans leur processus de
fonctionnement et de production. En échange, les institutions financières doivent accorder une
attention particulière à cette catégorie d'entreprises pour leur fournir les financements nécessaires
afin d'encourager les projets verts et durables (BAM, 2016).
Ainsi, plusieurs lignes de crédit ont été accordées dans le cadre du programme Morocco
Sustainable Energy Financing Facility (MorSEFF) dédié aux projets d'efficacité énergétique pour
les entreprises privées marocaines, notamment les PME. Ce programme est soutenu par l'Union
européenne et développé par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement
(BERD), en coopération avec la Banque européenne d'investissement (BEI), l'Agence française de
développement (AFD) et la Kreditanstalt für Wiederaufbau (KfW). En 2019, le programme
MorSEFF a contribué au financement de 260 projets (dont 80% sont des PME marocaines) pour
un montant total de 110 millions d'euros (soit 1,2 milliard de MAD) via la BMCE Bank of Africa
et le Groupe Banque Populaire.
Bien que la finance verte soit un concept récent au Maroc, les montants levés via les obligations
vertes sont appelés à croître. D'une part, cela est dû à l'intérêt réel des investisseurs pour ce type de
produit, et d'autre part, grâce à un cadre réglementaire national conforme aux normes
internationales les plus élevées (Seddik, 2021). Cette manne financière permettra de soutenir les
investissements verts des PME marocaines, en particulier dans l'efficacité énergétique et la gestion
durable des ressources, afin d'améliorer leur compétitivité et leur accès aux chaînes de valeur
mondiales (Ben Hayoun, 2019). Pour les PME marocaines, en particulier celles qui opèrent dans le
domaine de la protection de l'environnement, la finance verte est une solution de financement
alternatif, adaptée à leurs activités et à toutes les étapes de leur cycle d'existence. Cependant,
l'accès des PME marocaines au financement vert est limité en raison d'une faible sensibilisation ou
d'une méconnaissance de la part des dirigeants de ces entreprises ou des porteurs de nouveaux
projets.
La technologie de la blockchain est encore floue et en phase de test en laboratoire pour certains,
tandis que pour d'autres elle est considérée comme un buzz Word et une révolution. Cependant, la
blockchain pourrait offrir une réponse aux difficultés d'accès au financement des PME
marocaines. En utilisant les infrastructures post-marché de la Bourse de Casablanca, telles que
l'activité de règlement-livraison et de conservation de titres, la blockchain devrait offrir une
solution alternative à moindre coût. Cela permettrait de réduire considérablement les coûts des
opérations de marché boursier et faciliterait le développement de nouvelles plateformes boursières
plus spécialisées dans le financement des PME marocaines (Zine-Eddine, 2019).
52
La digitalisation des actifs financiers permettra d'accélérer la transmission de ces actifs et de
renforcer la liquidité des actifs et de la bourse de Casablanca, offrant ainsi des possibilités de
financement pour les start-ups et les PME via les Initial Coin Offerings (ICO). Les ICO sont une
nouvelle forme de levée de fonds qui implique l'émission d'actifs digitalisés, également appelés
tokens (Courvoisier, 2021). Cette solution, qui connaît une croissance exponentielle dans le monde
entier, en particulier aux États-Unis et en Europe, offrira à terme un potentiel de développement
très rapide pour les start-ups et les PME marocaines à la recherche de financement.
Bien que certaines institutions marocaines se soient déjà lancées dans des POC (Proof of Concept)
en Big Data Analytics, la blockchain reste encore au stade du concept et de la veille pour le
secteur financier marocain (Saad, 2017). En effet, la blockchain soulève encore de nombreuses
questions en suspens au Maroc, tant en ce qui concerne son application que sur les questions liées
au droit. Cependant, la blockchain est une technologie qui peut révolutionner le financement
participatif et offrir de nouvelles opportunités de financement aux PME marocaines. Elle peut
également constituer un réseau complémentaire et bénéfique qui viendra s'ajouter aux plateformes
de crowdfunding en réduisant les contraintes administratives, juridiques et techniques pour les
entreprises, en particulier pour les PME marocaines.
Ce fonds a pour objectif de soutenir les startups innovantes dans leur phase de création et de
développement, en leur offrant un financement adapté à leurs besoins spécifiques. Il vise
également à encourager l'investissement privé dans le secteur des startups au Maroc. En outre, la
Caisse Centrale de Garantie (CCG) travaille en collaboration avec d'autres acteurs du financement
de l'innovation, tels que les fonds de capital-risque, les incubateurs et les accélérateurs, pour
renforcer l'écosystème des startups au Maroc et favoriser leur croissance. Ainsi, les business
Angels ont un rôle important à jouer dans le financement des startups au Maroc, et le Fonds Innov
Invest de la CCG constitue une initiative importante pour soutenir leur développement et leur
croissance.
Ces structures labellisées ont pour mission d'accompagner les startups bénéficiaires du Fonds
Innov Invest dans leur développement et leur croissance, en leur offrant des services
d'accompagnement personnalisés, tels que le coaching, le mentoring, la formation, l'accès à des
réseaux d'experts et de partenaires, etc. En outre, le Fonds Innov Invest a également mis en place
un comité de sélection composé d'experts en innovation et en entrepreneuriat, chargé d'examiner
les demandes de financement et de sélectionner les projets les plus prometteurs. Grâce à ces
initiatives, le Fonds Innov Invest contribue à renforcer l'écosystème des startups au Maroc, en
offrant un soutien financier et un accompagnement personnalisé aux entrepreneurs innovants.
En effet, les business Angels au Maroc ont joué un rôle important dans le financement des startups
et des PME, en offrant un soutien financier et un accompagnement stratégique aux entrepreneurs.
Ils ont souvent investi dans des projets à fort potentiel de croissance, mais jugés trop risqués par
les investisseurs traditionnels, tels que les banques et les fonds d'investissement. Les business
Angels ont ainsi contribué à stimuler l'innovation et la création d'emplois au Maroc, en soutenant
des projets innovants et en aidant les entrepreneurs à développer leur entreprise. En outre, ils ont
également contribué à renforcer l'écosystème des startups au Maroc, en partageant leur expertise et
leur réseau avec les entrepreneurs et en encourageant l'investissement privé dans ce secteur.
53
2.10 Le capital risque
Le capital-risque constitue un important levier pour le financement des startups et des PME
innovantes au Maroc. Les fonds de capital-risque investissent dans des projets à fort potentiel de
croissance, en échange d'une participation au capital de l'entreprise. Ils offrent ainsi un
financement sans garantie, ce qui est particulièrement important pour les startups et les PME en
phase d'amorçage ou de développement, qui ont souvent du mal à obtenir un financement
bancaire.
Apparu au Maroc dans les années 90, le capital-risque se chiffre en 2020 à environ 9 349 millions
de dirhams dont 172 millions de dirhams investis dans des start-up et les PME Marocaines (capital
amorçage) et, plus particulièrement, dans le secteur des nouvelles technologies (AMIC, 2020).
Les PME rencontrent des difficultés pour se financer auprès des marchés financiers, capitaux et
dette malgré les incitations fiscales et financières mises en place, car les mécanismes ne sont
généralement pas adaptés à leurs besoins spécifiques. De plus, le facteur institutionnel constitue
également une barrière pour leur développement. (CDVM,2011)
Le marché marocain de la dette privée est très restrictif et limité en termes d'émetteurs, avec peu
d'entreprises qui émettent des obligations. Les émissions par des entreprises de taille modeste sont
très marginales, car seules les sociétés anonymes ont légalement le droit d'émettre des obligations
sur le marché. Les PME marocaines n'ont donc pas accès à ce marché. Les conditions d'accès au
marché des obligations demeurent toujours hors de portée pour les PME marocaines. (CDVM,2011)
Les PME ont accès aux émissions de billets de trésorerie, qui sont plus accessibles avec un
montant minimal de 100.000,00 dhs. Cependant, les PME ont du mal à respecter les exigences de
transparence et de communication financière, telles que la certification des comptes des trois
derniers exercices, ce qui limite leur capacité à émettre des billets de trésorerie. (CDVM,2011)
La complexité des procédures administratives et la qualité des services fournis par l'administration
représentent des obstacles importants pour la création et le développement des entreprises au
Maroc. Les entrepreneurs ont souvent du mal à naviguer dans les procédures administratives
complexes, ce qui peut retarder la création ou le développement de leur entreprise. De plus, la
qualité des services fournis par l'administration est souvent jugée insuffisante, avec des
défaillances dans la gestion du temps, la démarche, les procédures et la communication. Ces
problèmes peuvent décourager les entrepreneurs et les investisseurs, et freiner la croissance de
l'écosystème des startups et des PME au Maroc. Il est donc important que les autorités marocaines
continuent à travailler sur l'amélioration des procédures administratives et de la qualité des
54
services fournis, afin de faciliter la création et le développement des entreprises et de renforcer
l'attractivité du Maroc pour les investisseurs. (Ali Ouchekkir et Pamphile Mouandzibi-ndinga,2021)
Ainsi, 65% des entreprises marocaines estiment que les procédures sont top complexes, tandis que
plus de la moitié des entreprises jugent que la qualité des services fournis entrave le
développement de leur activité. Dans le même sens, environ 49% des entreprises se plaignent des
délais de traitement qui sont jugés trop longs, lorsque 57% d’entre elles déclarent avoir observé
des pratiques non éthiques au sein de l’administration publique (HCP 2019). Sur le plan juridique,
les PME marocaines considèrent que le système judiciaire n’est pas fiable et adapté à leurs
structures et n’offre pas un bon climat d’investissement. 50% d’entre elles se plaignent de la
lenteur de traitement des litiges alors que 19% déplorent la difficulté dans l’application des
décisions judiciaires. (HCP 2019)
Selon une étude menée par Era Dabla-Norris et Gabriela Inchauste en 2008, il a été constaté que la
qualité de l'exécution, évaluée par la perception de l'impartialité et de la justice des tribunaux, est
un facteur clé pour la croissance des entreprises formelles. Cette recherche souligne l'importance
de la qualité du système judiciaire dans le développement économique et met en évidence l'impact
positif qu'une perception favorable des tribunaux peut avoir sur la croissance des entreprises. (Ali
Ouchekkir et Pamphile Mouandzibi-ndinga,2021)
La réglementation du marché du travail représente un enjeu majeur pour les entreprises en général,
et constitue une difficulté particulière pour les PME marocaines en raison de l'absence de
compétences juridiques internes et de ressources financières suffisantes pour recourir à une
assistance juridique. Selon une étude du HCP en 2019, 40% des PME considèrent que la
réglementation du marché de l'emploi entrave leur développement. Les obstacles principaux
auxquels les PME sont confrontées en matière de relations de travail sont que les schémas
industriels des grandes entreprises sont appliqués et que la législation du travail ne tient pas
compte du contexte spécifique des PME. (Ali Ouchekkir et Pamphile Mouandzibi-ndinga,2021)
Le développement des PME marocaines est entravé par des contraintes liées à l'accès aux marchés
publics, en grande partie en raison de l'insuffisance de la formation des dirigeants aux marchés
publics ainsi que du manque d'informations sur les organismes à contacter, les opportunités
d'affaires, les listes des clients non solvables et les normes de produits. Selon une étude du HCP
menée en 2019, les principales raisons qui empêchent les PME de décrocher une commande
publique sont le monopole de certaines entreprises et le manque de transparence. (Ali Ouchekkir et
Pamphile Mouandzibi-ndinga,2021)
Les PME marocaines sont confrontées à la difficulté de s'adapter au plan comptable qui ne
correspond pas à leur structure. Le plan comptable simplifié reste complexe et les obligations
déclaratives comptables, fiscales et sociales sont nombreuses, ce qui oblige souvent les PME à
recourir aux services de fiduciaires et de conseils fiscaux dont les honoraires élevés affectent leur
trésorerie. De plus, les modifications annuelles de la législation fiscale ont un impact négatif sur
les résultats des entreprises et perturbent leur planification à long terme. (Ali Ouchekkir et Pamphile
Mouandzibi-ndinga,2021)
55
3.6 Les contraintes liées au financement bancaire des PME marocaines
Selon le point de vue des banques, les PME ont du mal à obtenir un financement adéquat, mais
cela n'est pas directement lié à une réticence ou à une frilosité de la part des fournisseurs de crédit.
Les difficultés d'accès aux financements sont principalement dues à la fragilité des PME et au
déséquilibre entre le risque et la rentabilité. (CDVM,2011)
En effet, les PME marocaines ont souvent une faiblesse des fonds propres et une sous-
capitalisation, ce qui est généralement dû à un manque de réinvestissement dans l'entreprise. Le
manque d'enthousiasme des banques envers le financement des PME peut également être lié à
l'organisation et au style de management de l'entreprise, ainsi qu'à un manque de transparence
dans les états financiers et à des défaillances au niveau du capital humain. Ces facteurs peuvent
réduire la confiance des banques dans la capacité de l'entreprise à rembourser ses dettes et à
générer des profits à long terme. (CDVM,2011)
Plusieurs études ont analysé la relation entre les banques et les entreprises, et ont identifié les
facteurs qui influencent l'accès des PME au financement (Berger, Klapper, Peria, & Zaidi, 2008 ;
St-Pierre & Fadil, 2011). Ces études montrent que certaines entreprises ont plus de difficultés à
obtenir du financement que d'autres, et que les entreprises qui ont une relation de longue durée
avec leur banque sont celles qui bénéficient de taux d'intérêt préférentiels et de moins de garanties
à fournir. Cependant, les PME marocaines, qui sont souvent sous-capitalisées et de création
récente, sont les premières à subir les conditions exigeantes d'accès au financement et aux facilités
bancaires. Les crises financières récentes ont également accentué la propension des banques à se
prémunir contre tout risque d'insolvabilité en exigeant des garanties importantes, ce qui pénalise
fortement ces entreprises. (Ali Ouchekkir et Pamphile Mouandzibi-ndinga,2021)
Les garanties requises et les taux d'intérêt élevés sont les principaux obstacles aux
demandes de crédit des TPME, car les banques ne peuvent plus accepter d'accorder des
crédits à haut risque ou de financer des entreprises avec un bilan déséquilibré ou non
fiable. Il est difficile de déterminer les critères pour l'accès des PME au financement, mais
plusieurs facteurs tels que la taille de l'entreprise, son ancienneté, ses apports, ainsi que les
facteurs institutionnels peuvent favoriser son positionnement auprès de sa banque.
(HCP,2019). Pour soutenir la croissance des PME et favoriser leur accès au financement,
plusieurs organismes d'aide et de garantie ont été créés, tels que la Caisse Centrale de
Garantie (CCG) et le Fonds de Garantie pour la Mise à Niveau (FOGAM). Ces organismes
agissent en tant qu'intermédiaires pour rassurer les banques en termes de garanties, ce qui
permet de soutenir les PME dans leur relation avec leur banque et d'assurer les organismes
de crédit du remboursement des prêts. (Ali Ouchekkir et Pamphile Mouandzibi-ndinga,2021)
56
Asymétrie d’information et rationnement de crédit des PME
Selon Myers et Majluf (1984), les décisions financières sont considérées comme un jeu entre les
dirigeants de l'entreprise et les investisseurs, ce qui peut entraîner un déficit de confiance entre les
PME et les institutions financières, conduisant ainsi à un rationnement de crédit. Selon Stiglitz et
Weiss (1981), le rationnement de crédit se produit lorsque les conditions de financement établies
par la banque, telles que les taux d'intérêt, les garanties et la durée, sont acceptées par
l'emprunteur, mais que le prêt est tout de même refusé. Il y a également un rationnement de crédit
lorsque certains emprunteurs voient systématiquement leur demande de prêt refusée. Selon Jaffee
et Russel (1976), le rationnement est basé sur le montant de prêt demandé, où le montant obtenu
est inférieur à celui demandé. Tout cela est dû en grande partie à l'opacité informationnelle qui
caractérise les PME, les exposant ainsi fortement au risque de rationnement de crédit. (Ali
Ouchekkir et Pamphile Mouandzibi-ndinga,2021)
En effet, pour prendre une décision d'octroi ou de refus de prêt et réduire les risques liés à cet
engagement, le banquier doit collecter des informations pertinentes sur l'entreprise, telles que les
documents comptables, les projets à financer et le business plan. Cependant, dans les PME
marocaines, la production d'informations est souvent réduite au strict minimum, peu fiable et
incohérente, ce qui accentue les asymétries informationnelles entre les PME et les banques
(Thorsten Beck et Demirguc-Kunt, 2006). Pour ces raisons, les banques considèrent
systématiquement les PME comme présentant un risque plus élevé et excluent de financer
certaines catégories de PME. (Ali Ouchekkir et Pamphile Mouandzibi-ndinga,2021)
Dans un marché concurrentiel, chaque entreprise, quelle que soit sa taille, doit avoir des liquidités
suffisantes pour financer son cycle d'exploitation et chercher des sources de financement adaptées
à sa situation afin d'assurer sa croissance. Cependant, la plupart des PME marocaines se trouvent
dans une situation paradoxale, où un grand nombre d'organismes financiers leur proposent des
produits qui ne conviennent pas à leur situation générale ou des conditions qui dépassent leurs
capacités financières et institutionnelles. Cette situation peut rendre l'accès au financement
difficile pour les PME, limitant ainsi leur capacité à se développer et à croître. Il est donc crucial
que les institutions financières proposent des produits et des conditions de financement adaptés
aux besoins et aux capacités des PME pour favoriser leur croissance et leur développement. Les
banques constituent les principales sources de financement des PME, mais elles proposent souvent
des crédits à court et moyen termes à ces entreprises en raison de leur structure fragile, du risque
de non-remboursement et de leur manque de garantie. En revanche, les PME sont souvent obligées
d'accorder des délais de paiement clients longs, ce qui entraîne une insuffisance de liquidité pour
le financement de leur cycle d'exploitation. La difficulté d'accès au financement pour les PME est
également due aux taux exclusifs proposés par les banques pour se prémunir contre les défauts de
remboursement ou le non-respect des délais de paiement.
57
Cette situation peut rendre l'accès au financement difficile pour les PME, limitant ainsi leur
capacité à se développer et à croître. Il est donc crucial que les institutions financières proposent
des produits et des conditions de financement adaptés aux besoins et aux capacités des PME pour
favoriser leur croissance et leur développement. (Ali Ouchekkir et Pamphile Mouandzibi-ndinga,2021)
Bien que certaines PME puissent bénéficier d'avantages en termes de paiement et de taux d'intérêt
débiteurs plus bas, le coût total du crédit reste élevé en raison de l'incorporation d'une prime de
risque importante (Nouna Khaoula et Ait Soudane Jalila, 2019). En réponse à cela, plusieurs
programmes ont été mis en place dans le but d'accompagner et de renforcer la compétitivité des
PME. Parmi ces programmes, les initiatives Imtiaz et Moussanada sont particulièrement notables.
Le programme Imtiaz vise à soutenir la croissance des PME en leur offrant un financement à long
terme à des conditions avantageuses, ainsi qu'un accompagnement technique pour améliorer leur
gestion et leur compétitivité. Le programme Moussanada, pour sa part, a pour objectif de renforcer
la capacité financière des PME en leur offrant des garanties de crédit et un accompagnement
technique pour améliorer leur gestion et leur performance. Ces programmes ont contribué à
améliorer l'accès au financement pour les PME au Maroc, réduisant ainsi les asymétries
informationnelles et les primes de risque associées à leur financement. (Ali Ouchekkir et Pamphile
Mouandzibi-ndinga,2021)
58
Chapitre II : l’évolution du Crowdfunding au Maroc
[Link] le crowdfunding a évolué au Maroc ?
Le Crowdfunding, également connu sous le nom de financement collaboratif, tandis que le terme
participatif est réservé à la finance islamique, connaît un développement exceptionnel au Maroc.
Ce nouveau mécanisme de financement repose sur une désintermédiation des acteurs traditionnels
de la finance et tire pleinement parti de la puissance d'Internet et des réseaux sociaux. En effet, le
Maroc est conscient de l’importance du financement participatif en tant que potentiel
entrepreneurial pour les porteurs des projets pour réanimer l’emploi et réduire les inégalités
sociales. (Boufous, Y.,2016)
Le Maroc s'est ouvert à l’industrie du crowdfunding au niveau mondial depuis 2010, or ce n’est
qu’en 2014 que des plateformes de financement participatif commencent à s’intéresser au Maroc.
(LUCIE, A.,2016)
Avant 2014, en l'absence de plateformes de crowdfunding basées au Maroc, les projets destinés au
Maroc étaient financés par des plateformes provenant d'autres pays comme la France, les Etats-
Unis ou aussi le Moyen orient. La situation a changé avec l’arrivée en 2014 de nouvelles
plateformes dédiées exclusivement aux projets marocains et africains à l’image des plateformes
SMALA & Co et ATADAMONE toutes les deux localisées en France.
Entre 2010 et 2014 et selon le premier baromètre du crowdfunding marocain publié par la
plateforme SMALA & Co, soixante-dix projets sur cent dix-sept proposés ont été financés pour le
Maroc pour un montant de 2, 2 millions de dirhams, ce qui fait ressortir un taux de réussite de
60% (70 projets sur 117 présentés). Ces cent dix-sept projets ont été proposés presque en totalité
sur des plateformes américaines (72%) et européennes (26%). (Julie chandrier Ecostrum 2016).
Les projets financés sont des projets écologiques, humanitaires ou d’art et de culture. 43
[Link] du crowdfunding
Conscient du rôle des initiatives entrepreneuriales dans la réduction du chômage et la réduction
des inégalités et afin de s’adapter à l’émergence de ce nouveau mode de financement, un projet du
cadre juridique relatif au crowdfunding est en cours d’étude par le Ministère De L’économie Et
Des Finances Marocain.44
La mise en place d’un cadre juridique pour le crowdfunding au Maroc est principalement motivée
par maintes raisons. D’une part, l’instauration d’un cadre légal est nécessaire pour empêcher que
le concept soit utilisé à des fins illégales. D’une autre, l’instauration d’une loi-cadre permettra la
garantie de la sécurité des intervenants et des transferts monétaires. Également, la loi-cadre a pour
objectif de définir clairement les types de crowdfunding, les conditions aux opérations y
afférentes, notamment, en termes de plafonds, de dons et des plateformes. (O. Sayarh,2016)
Le Maroc s'est engagé dans un projet de loi sur le crowdfunding mis en œuvre par le ministère des
Finances, il s’agit du projet de loi n° 15-18 sur le "Crowdfunding". « Le projet de loi a été déposé
au secrétariat général du gouvernement en mars 2018. La loi n°15- 18, publiée au bulletin officiel
le 9 mars 2021, permet de définir le cadre réglementaire et légal des participants aux campagnes
du crowdfunding.
43
Crowdfunding - cas du Maroc : Mejdoubi Myriam ; Mejdoubi Mouna ; Houda Lecheeb ; Hassan El Aissaoui,2022
44
[Link]
59
Le règlement définit le cadre de financement qui implique la participation du public au
financement et organise le processus d'agrément des sociétés de financement collaboratif, ainsi
que l'encadrement des activités liées au crowdfunding sous forme de dons ou de prêts sous l’égide
de Bank Al-Maghrib et l’Autorité marocaine des marchés des capitaux. Enfin, il convient de noter
que la loi marocaine n° 15-18 sur le crowdfunding traite les trois formes de ce financement à
savoir : les prêts, les investissements en capital et les dons. Opérationnellement, les entrepreneurs
envoient leurs projets à des sociétés de crowdfunding et après recherche et décisions favorables
ces projets seront mis en ligne sur une plateforme de financement collaboratif.
(BOUZIDI, W., & NABATE, H.,2022)
[Link] du crowdfunding au Maroc
Plusieurs plateformes dédiées aux projets marocains ont vu le jour pour répondre aux besoins de
financement alternatif en dehors des circuits traditionnels, afin d'accompagner la hausse des
nouveaux projets innovants proposés par la jeunesse marocaine. Les plateformes les plus connues
sont les suivantes :
La plateforme « atadamone »
Atadamone est une plateforme créée par deux cadres marocains résidant en France pour financer
des idées innovantes dans plusieurs domaines, tels que les nouvelles technologies, la recherche
scientifique, les projets touristiques, solidaires et artistiques. La plateforme finance des projets
dans trois catégories : les projets d'entreprise, les projets scientifiques et les projets musicaux.
En ce qui concerne le fonctionnement, les projets acceptés par la direction de la plateforme sont
présentés au public via le site internet [Link].
La plateforme Smala & Co
La plateforme Smala & co a été lancée en juin 2014 en France et se concentrait exclusivement sur
le crowdfunding avec contrepartie. Le nom Smala désigne un groupe de tentes abritant les familles
d'un chef de clan arabe. Cette plateforme est dédiée aux projets écologiques (entrepreneuriat vert),
sociaux (entrepreneuriat social), artistiques, culturels et d'économie collaborative. Depuis juin
2015, Smala & co a adopté une logique à but non lucratif, ce qui signifie qu'elle ne prélève pas de
commission sur les fonds collectés pour son propre compte.
Cotizi :
C’est une plateforme dédiée à la collecte de dons qui a été créé en 2014 et localisé au Maroc
(plateforme 100 % marocaine). Pour le moment, la plateforme se focalise sur la collecte pour le
compte d’association autorisées par le secrétariat général du gouvernement (la vie économique -
Février 2015).
Wuluj :
Une nouvelle plateforme née d'une collaboration entre Happy Smala et le CISE Maroc (Centre
pour l'Innovation et l'Entrepreneuriat Social au Maroc).Wuluj présente un modèle de son produit
et le vend aux internautes et investisseurs avant qu’il ne soit disponible sur le marché.
Waalam :
Nouvelle plateforme de financement collaboratif pour les startups marocaines lancée en 2016, elle
est localisée à Paris et à [Link] système est basé sur le partage des profits entre l’entreprise et
un large public.
[Link] du crowdfunding au Maroc
La Banque mondiale a déclaré : « L'ampleur potentielle du crowdfunding dans les pays en
développement sera 1,8 fois supérieure à celle du capital-risque » (Yniim, 2014), et dans le cas du
Maroc, les points de départ du développement du crowdfunding semblent être réunis, et son rôle
important est crucial dans le contexte actuel.
60
En premier lieu, Le crowdfunding apportera des moyens de financement aux porteurs de projets et
aux PME innovantes, résolvant ainsi les problèmes liés au financement. D'une part, il comblera la
défaillance des sources traditionnelles de financement pour financer les premières phases du cycle
financier des PME innovantes (phase d'amorçage et de développement). D'autre part, il pourra
financer certains types d'innovations plus risquées, telles que l'innovation radicale.
En second lieu, le contexte post-crise a mis en lumière la fragilité du système financier
traditionnel. Le crowdfunding peut offrir une plus grande stabilité financière en répartissant les
risques entre des acteurs indépendants, et ainsi ouvrir des opportunités pour les PME innovantes
au Maroc. La variété d'options offertes par le crowdfunding permet également de financer des
projets innovants traditionnellement marginalisés par le risque, contribuant ainsi à l'économie
marocaine.
En troisième lieu, le crowdfunding peut ouvrir la voie à l'ensemble de l'économie marocaine, en
particulier à l'innovation, car il est un outil de transfert de financement. Sa transparence (accès
ouvert et visible au public) permet une répartition optimale des fonds reçus des Marocains résidant
à l'étranger et une canalisation efficace des projets innovants les plus rentables économiquement et
socialement bénéfiques.
En outre, le crowdfunding est en ligne avec la stratégie de décentralisation du Maroc. Cette
stratégie de gouvernance peut profiter des plateformes de financement participatif en s'associant
avec les citoyens pour développer des projets innovants au niveau local.
En d'autres termes, les citoyens sont plus susceptibles de choisir les projets dont ils ont besoin
dans leur région. Grâce à ces plateformes, ils peuvent contribuer à la reconstitution des ressources
des collectivités locales et à la résolution des problèmes de développement régional. De plus, cela
favorisera un sentiment d'appartenance, de proximité et d'engagement envers les citoyens,
générant ainsi plus de cohésion sociale et de créativité.
En mobilisant tous les acteurs économiques pour financer des projets sociaux, le crowdfunding
peut contribuer à réduire les dépenses de l'État.
La plateforme marocaine "cotizi" a mené une initiative réussie en 2014, en levant 302 688 DH
pour aider les victimes des inondations dans la région sud du Maroc. Cette mobilisation de
solidarité a impliqué non seulement la société civile, mais aussi des investisseurs tels que «
Meditel 26 » qui a fait un don de 45 000 DH, « Le Groupe Managem » qui a donné 60 000 DH, la
« Fondation ADDOHA » ainsi que le groupe « Ciments de l'Atlas » qui ont offert chacun un don
de 80 000 DH, et enfin « Le Groupe Saham » qui a fait un don de 100 000 DH. Cet exemple
pratique illustre comment le crowdfunding peut mobiliser différents acteurs pour financer des
projets sociaux importants.45
[Link] obstacles de développement du crowdfunding au Maroc
Certes que l'activité du crowdfunding se développe au Maroc et se répand largement parmi la
communauté des jeunes, il reste exposé à certaines menaces qui entravent son développement au
Maroc. Ces obstacles comprennent principalement :
Obstacles réglementaires
L’absence d’un cadre juridique qui régit le financement par la foule est la principale entrave au
développement de cette industrie au Maroc. Notons que la circulaire n°2 /2005 relative aux
conditions et procédures d’instruction des demandes d’appel à la générosité publique reste le seul
moyen de réglementation de ce nouveau mode de financement.
Ainsi, les entrepreneurs marocains se trouvent face à une lourdeur administrative causée par la
longue procédure stipulée par cette circulaire.
45
Le financement participatif « crowdfunding » : concept, état des lieux et apports, Mariem Liouaeddine
61
Obstacles liés au manque de confiance
L'une des principales raisons pour lesquelles les plateformes de crowdfunding sont en difficulté au
Maroc est liée au manque de confiance des entrepreneurs envers l'utilisation d’Internet. Avec les
multiples escroqueries sur Internet dont les entrepreneurs entendent parler quotidiennement, ils ne
font souvent pas confiance aux différents sites Internet pour investir leur argent .46
Malheureusement, l'industrie du crowdfunding reste un phénomène méconnu au Maroc et la
culture du financement collaboratif n'a pas encore pris de l'ampleur, ce qui entraîne une faible
culture du crowdfunding dans cette région du monde.
Obstacles liés au financement
La plateforme de crowdfunding est un lien entre les porteurs de projets et la personne intéressée à
investir dans ces projets. Outre le risque qu’un projet n’aboutisse pas à la suite du manque de
financement, il existe aussi un risque que l'argent ne soit pas bien géré par le porteur de projet.
Pour cette raison, les plateformes ne proposent pas un large choix de projets afin de donner à
chaque projet plus de chance de collecter le montant nécessaire pour réaliser ce projet ; par
conséquent, ce modèle commercial proposé par la plateforme de crowdfunding n'attire pas les
entrepreneurs qui souhaitent investir leur argent vue le choix limite des projets propose par la
plateforme.47
46
Int. J. Econ. Stud. Manag. 2, No.1, 83-97 (May-2022)
47
Int. J. Econ. Stud. Manag. 2, No.1, 83-97 (May-2022)
62
Chapitre III : La microfinance au Maroc
[Link] et développement de la microfinance au Maroc
Historiquement, le gouvernement marocain a été confronté à une crise économique dans les
années quatre-vingt, pour laquelle il a mis en place un plan d'urgence de sortie de crise, appelé
Programme d'Ajustement Structurel (PAS), sous les recommandations de la Banque Mondiale et
du Fonds Monétaire International (FMI). Ce plan a permis d'atteindre des résultats probants sur le
plan économique en termes d'équilibres macroéconomiques, mais a également entraîné une
fracture sociale importante. Les mesures prises dans le cadre du PAS ont en effet eu des
conséquences catastrophiques sur le plan social, notamment en ce qui concerne le chômage, la
pauvreté et l'exclusion. En 1995, un rapport de la Banque Mondiale a été publié sur la situation
économique et sociale du royaume, suite à quoi le Roi Feu Hassan II a déclaré devant le parlement
marocain que « le Maroc est au bord de la crise cardiaque », résumant ainsi la situation de
l'époque.
Avec la montée en puissance de la microfinance à travers le monde en tant que moyen de lutte
contre la pauvreté et l'exclusion, le Maroc a inclus dans ses réformes la mise en place du
microcrédit comme un produit efficace pour lutter contre le fléau de la pauvreté. C'est ainsi que la
microfinance a été instaurée. (Motia Eddine LAKHDAR,2018)
La première mention de la microfinance remonte à 1992, lors d'une conférence organisée par
l'Ecole Nationale pour l'Agriculture de Meknès (ENAM) sur la désertification au Maroc.
Convaincus par cette idée, quelques participants du Catholic Relief Service (CRS) ont décidé, en
partenariat avec l'AMSED, de tester cette approche en milieu rural dans le Moyen Atlas, près de
Khenifra, en collaboration avec l'Association Locale Oued Srou. Un premier crédit a été octroyé à
un groupe de huit femmes. Quelques tentatives ont permis de confirmer l'efficacité du système,
très adapté à la tradition solidaire marocaine. (ZAROUALI, Mohamed Jamal Eddine,2018)
Le secteur marocain de la microfinance est relativement récent. Les premiers programmes de
microcrédit ont été lancés dans les années 1993-1994. Cependant, ce n'est qu'en 1996 que
l'expérience internationale en matière de microfinance a commencé à être connue dans le pays, en
particulier avec l'essor spectaculaire de ce secteur. Depuis lors, le secteur de la microfinance au
Maroc a connu une croissance rapide et est devenu un acteur important de l'économie marocaine.
En mars 1997, lors de la mission d'identification du projet pilote pour le programme
MICROSTART au Maroc, il y avait très peu de partenaires potentiels identifiés. Ce programme,
lancé par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), a fourni à partir de
1998 une assistance financière et technique à six associations avec un budget opérationnel de 1,7
million de dollars américains. Ce projet pilote a permis de mettre en place un modèle de
microfinance au Maroc qui a été progressivement étendu à d'autres régions du pays. Aujourd'hui,
le Maroc compte de nombreuses institutions de microfinance qui ont permis à des milliers de
personnes d'accéder à des services financiers adaptés à leurs besoins.
En effet, l'appui du PNUD au secteur de la microfinance a été suivi par celui de l'United States
Agency for International Development (USAID) pour plus de 16 millions de dollars américains en
faveur principalement de l'association AL AMANA. Le succès remarquable de ce projet a été un
facteur incitatif pour la création de plusieurs autres associations, qui ont à leur tour contribué au
développement du secteur de la microfinance au Maroc. Aujourd'hui, le secteur de la microfinance
au Maroc est en plein essor, avec de nombreuses institutions et associations qui proposent des
services financiers adaptés aux besoins des populations les plus vulnérables.
Au départ, les programmes de microfinance au Maroc étaient principalement opérés par des
associations car il n'y avait pas d'institutions spécialisées dans ce domaine. À cette époque, il
n'existait qu'une seule association spécialisée dans la microfinance, à savoir AL AMANA, qui a
été créée en février 1997.
63
Parmi les autres associations opérant sur ce nouveau marché au Maroc, seules ZAKOURA et
AMSED avaient bénéficié de contacts directs avec la communauté internationale de la
microfinance, ce qui leur a permis de bénéficier de normes et de standards à suivre. Cependant,
avec le temps, de plus en plus d'institutions spécialisées dans la microfinance ont vu le jour au
Maroc, permettant ainsi de répondre aux besoins croissants en matière de services financiers
adaptés aux besoins des populations les plus vulnérables.
En 2000, le Fonds Hassan II a apporté un soutien important au secteur de la microfinance au
Maroc en octroyant une subvention de 100 millions de dirhams. Cette contribution financière a
permis d'accroître le nombre et le montant des prêts accordés, en particulier pour les trois
principales associations de microfinance, à savoir AL AMANA, ZAKOURA et la Fondation
Banque Populaire Microcrédit (FBPMC). Grâce à cette subvention, ces associations ont pu étendre
leurs activités et proposer des services financiers à un plus grand nombre de personnes,
contribuant ainsi au développement économique et social du pays.
En outre, le 4 octobre 2001, la Fédération Nationale des Associations de Microcrédit (FNAM) a
été créée au Maroc. Cette fédération regroupe 12 associations spécialisées dans le microcrédit.
Parmi les attributions de cette fédération, on peut citer :
o Établir les règles de déontologie.
o Veiller à l’application de la loi et textes d’application ainsi que des règles de déontologie et
saisir le Ministre des finances de toutes violations y afférentes.
o Proposer au Ministre des finances toute action de nature à favoriser le Développement du
microcrédit.
o Servir d’intermédiaire entre ses membres et l’administration.
o Créer et gérer tous les services communs de nature à favoriser le développement du
microcrédit.
Au 31 mars 2003, le secteur de la microfinance au Maroc avait prêté un encours total de 537
millions de dirhams à 307 523 personnes, dont 75 % étaient des femmes. Depuis son émergence
au Maroc, environ 1,5 million de personnes ont bénéficié d'un microcrédit. Le taux de
remboursement était supérieur à 99 %, ce qui témoigne de la viabilité et de la solidité du secteur.
Depuis cette époque, les chiffres et les indicateurs enregistrés n'ont cessé de montrer une
performance accrue du secteur de la microfinance au Maroc. De plus en plus, de nouvelles offres
voient le jour, en particulier avec l'arrivée de nouvelles institutions spécialisées dans le
microcrédit. À ce jour, le secteur de la microfinance au Maroc emploie 1 509 professionnels,
témoignant de son importance dans l'économie du pays.
Face au développement incontestable de la microfinance au Maroc, les autorités publiques ont été
confrontées à la nécessité de concevoir un cadre juridique et fiscal spécifique pour réguler cette
jeune industrie sur le marché marocain. (ZAROUALI, Mohamed Jamal Eddine,2018)
[Link] cadre réglementaire
Les institutions de microfinance (IMF) sont des organisations à but non lucratif qui travaillent
avec des populations souvent exclues du système bancaire traditionnel. Elles sont donc
confrontées à des risques de viabilité à long terme, notamment en raison de la nature de leur
clientèle et de leur modèle économique. Pour garantir la sécurité des investisseurs et des
donateurs, la réglementation est conçue pour assurer la fiabilité du système de microfinance. Ces
mesures incluent des exigences de capitalisation minimale, des normes de gouvernance, des règles
de transparence et d'information financière, ainsi que des mécanismes de supervision et de
contrôle. En garantissant la solidité financière des IMF, ces mesures facilitent l'accès des
institutions de microfinance à des sources de financement commerciales, ce qui leur permet de
renforcer leur capacité à servir les populations les plus vulnérables. (ZAROUALI, Mohamed
Jamal Eddine,2018)
64
De fait, au Maroc, les pouvoirs publics, conscients de l'importance de cette activité, ont édicté une
loi spécifique à l'activité de microcrédit. La loi n° 18-97 du 5 février 1999 définit le microcrédit et
en fixe les conditions d'agrément et d'exercice.
Selon cette loi, une association de microcrédit est considérée comme une association régie par les
dispositions du dahir n° 1-58-376 du 03 Joumada I 1378 (15 novembre 1958) réglementant le droit
d'association, ayant pour objet de distribuer des microcrédits dans les conditions prévues par la loi
et les textes pris pour son application.
Il convient de souligner que la microfinance au Maroc présente une particularité notable en ce
qu'elle est réglementée par deux lois distinctes, à savoir le droit des associations du 15 Novembre
1958 modifié et complété en 2002, ainsi que la loi 18-97 relative au microcrédit, promulguée par
le dahir du 15 février 1999. (ZAROUALI, Mohamed Jamal Eddine,2018)
Dans l'optique de favoriser le développement de la microfinance au Maroc et de répondre aux
tendances de la demande interne, des ajustements ont été apportés à la loi 18-97. Ces ajustements
ont permis aux AMC d'étendre leur champ d'action aux prêts destinés à la rénovation et à
l'amélioration de logements sociaux, ainsi qu'à l'accès à l'eau potable et à l'électricité. Selon
l'article unique de la loi 58-03 du 06 Mai 2004, qui modifie et complète la loi 18-97 relative au
microcrédit, le microcrédit est défini comme étant tout crédit ayant pour but de permettre à des
personnes économiquement faibles : de créer ou de développer leur propre activité de production
ou de service dans le but d'assurer leur insertion économique, d'acquérir, de construire ou
d'améliorer leur logement, ou encore de se doter d'installations électriques ou d'assurer
l'alimentation de leur foyer en eau potable. (ZAROUALI, Mohamed Jamal Eddine,2018)
De plus, la loi a établi un seuil de prêt de 50 000 dirhams, mais le décret d'application a fixé un
plafond de 30 000 dirhams. Cette restriction a contribué à segmenter le marché du crédit, ce qui a
conduit les AMC à se concentrer principalement sur les petites activités génératrices de revenus et
les micro-entreprises. (ZAROUALI, Mohamed Jamal Eddine,2018)
En sus de l'octroit de microcrédit au profit de leurs clients, les associations de microcrédit ne sont
pas autorisées à collecter de l'épargne auprès du public, conformément à l'article 2 du dahir portant
loi n° 1-93-147 du 15 moharrem 1414 (6 juillet 1993) relatif à l'exercice de l'activité des
établissements de crédit et de leur contrôle. Le but de cette restriction est de garantir la sécurité
des dépôts du public et d'éviter les risques de faillite des associations de microcrédit.
Par ailleurs , le Conseil Consultatif pour le Microcrédit (CCM) et la Fédération Nationale des
Associations de Microcrédit (FNAM) ont été créés dans le but d'encadrer et d'accompagner le
développement du secteur du microcrédit au Maroc , ces deux structures d'encadrement sont
essentielles pour garantir la stabilité et la croissance du secteur du microcrédit au Maroc, ainsi que
pour assurer la protection des emprunteurs et des investisseurs .Le CCM a pour mission de
conseiller les autorités sur toutes les questions liées au développement du secteur du microcrédit.
Il joue un rôle important dans la définition des politiques publiques en matière de microcrédit,
ainsi que dans l'évaluation et la surveillance des activités des associations de microcrédit. Quant à
la FNAM, elle est chargée de coordonner les activités des associations de microcrédit et de les
représenter auprès des autorités et des autres acteurs du secteur financier. Elle œuvre également à
renforcer les capacités des associations de microcrédit et à promouvoir les bonnes pratiques en
matière de microfinance. (ZAROUALI, Mohamed Jamal Eddine,2018)
De surcroît, la fiscalité appliquée au secteur du microcrédit au Maroc est très avantageuse. Les
opérations de crédit effectuées par les associations de microcrédit (AMC) au profit de leur
clientèle sont exonérées de la TVA, ce qui représente un avantage significatif pour les clients
emprunteurs. Les équipements et matériels destinés exclusivement au fonctionnement de la
microfinance bénéficient d'une exonération des droits de douane et autres taxes à l'importation.
Cette exonération est accordée à chaque AMC pour une durée de cinq ans à compter de la date de
publication au Bulletin Officiel (BO). (ZAROUALI, Mohamed Jamal Eddine,2018)
65
Or, les dons en argent ou en nature octroyés par des personnes physiques ou morales aux AMC
constituent des charges déductibles et sont soumis à l'Impôt sur les Sociétés (IS).
Tout bien considéré, ces mesures fiscales visent à encourager le développement du secteur du
microcrédit au Maroc en réduisant les coûts pour les associations de microcrédit et en favorisant
l'accès des populations les plus vulnérables à des services financiers adaptés à leurs besoins.
(ZAROUALI, Mohamed Jamal Eddine,2018)
[Link] AMC au Maroc
Le Maroc compte actuellement 13 associations de microcrédit (AMC) de différentes tailles et qui
sont les suivantes :
Elle a été créée le 13 février 1997 et a pour mission de contribuer à l’intégration sociale et au
développement économique par la Microfinance et la promotion des Micro-entreprises. Elle est
considérée la plus grande AMC au Maroc, avec un portefeuille de plus de 2,5 milliards de dirhams
et plus de 1,4 million de clients. (ZAROUALI, Mohamed Jamal Eddine,2018)
Elle a été créée le 25 février 2000 et agit dans les régions de Meknès-Tafilalet, en particulier en
faveur des femmes (98%), en milieu rural et périurbain. (ZAROUALI, Mohamed Jamal
Eddine,2018)
Créée à Fès en 1995 et agréée par le ministère des finances le 5 septembre 1999, l’AMSSF a été
la première association à démarrer ses activités de Microcrédit dans la région de Fès. Sa cible est
composée de Micro-entrepreneurs ayant déjà une activité et dont 90% se trouvent en zone urbaine
ou périurbaine. Son principal objectif : extension de ses activités dans le Moyen Atlas et le Rif.
(ZAROUALI, Mohamed Jamal Eddine,2018)
Elle a été créée le 1er juillet 1999 (sous la dénomination AMAL MC). Les clients d’AL
KARAMA sont généralement des femmes pauvres exerçant une activité génératrice de revenus et
qui sont exclues du système bancaire classique faute de garanties matérielles. La fondation exerce
son activité en grande partie dans deux zones : Oujda et Figuig, zones qui se situent dans
l’Oriental du Royaume. La fondation souhaite maintenant se développer et couvrir tout le nord –
est du Royaume. (ZAROUALI, Mohamed Jamal Eddine,2018)
Elle a été créée le 24 Octobre 2001 et agréée par le Ministère des Finances en Septembre 2005.
Elle exerce ses activités de Microcrédit essentiellement dans la région de Tanger. (ZAROUALI,
Mohamed Jamal Eddine,2018)
66
AIMC – Association Ismailia de Microcrédit Meknès :
Elle a été créée en 1997 grâce à l’initiative de membres de la société civile de Meknès. Son rôle
est de contribuer au développement économique et social de la ville et de la région de Meknès.
L’AIMC se considère comme le partenaire des femmes les plus démunies de la communauté. En
effet 80 % des crédits leur sont destinés. Les prêts n’ont été ouverts aux hommes qu’à la fin de
l’année 2004, pour certaines zones uniquement. (ZAROUALI, Mohamed Jamal Eddine,2018)
L’Association ATIL MC :
Elle a été créée en Janvier 2001 et a démarré ses activités en Mai 2001 en collaboration avec
l’ONG italienne APS et le Ministère des Affaires Etrangères italien pour promouvoir un modèle
de développement économique dans la wilaya de Tétouan. (ZAROUALI, Mohamed Jamal
Eddine,2018)
La FBPMC a été créée en Juillet 1998 et agréée par le Ministère des Finances le 1er Mars 2000
pour exercer l’activité de Microfinance. Elle constitue de ce fait une réponse citoyenne du crédit
populaire du Maroc et un soutien aux efforts de l’état dans la lutte contre la pauvreté. La cible
étant les Micro-entrepreneurs les plus aisés (Très Petites Entreprises TPE) que l’on souhaite
accompagner vers la bancarisation. (ZAROUALI, Mohamed Jamal Eddine,2018)
Fondation ARDI :
Elle a été créée en 2001 sous forme d’association d’intérêt économique et social, sans but lucratif.
Elle a pour mission de lutter contre l’exclusion financière et de promouvoir la micro entreprise
particulièrement en milieu rural, à travers l’exercice et la promotion du micro crédit.
(ZAROUALI, Mohamed Jamal Eddine,2018)
Elle a été créée en Octobre 1995. Sa mission consiste à améliorer les conditions de vie des plus
démunis et plus particulièrement les femmes (97% de sa clientèle), tout en associant son action de
Microcrédit avec des programmes de sensibilisation sur diverses questions relatives à
l’alphabétisation, la santé, le logement, les droits légaux etc.
A noter qu'après avoir des difficultés avec les impayés, la Fondation ZAKOURA s’est fusionnée
avec la FBPMC pour donner lieu à la Fondation Zakoura Châabi. (ZAROUALI, Mohamed Jamal
Eddine,2018)
67
INMAA Institution Marocaine d’Appui à la Microfinance – Rabat :
INMAA, association créée le 17 septembre 1999, a pour mission de contribuer à la lutte contre la
pauvreté notamment dans les zones rurales. L’institution mise aussi sur la création de nouveaux
produits de Microcrédit adaptés aux besoins de certains secteurs économiques précis (tels que
l’élevage, la pêche artisanale, etc.). Sa devise : " Nous luttons contre la pauvreté, là où elle est le
plus difficile à atteindre «. (ZAROUALI, Mohamed Jamal Eddine,2018)
Agréée en Août 2007 par le Ministère de l’économie et des Finances, l’association TAWADA a
des antennes opérationnelles dans le moyen Atlas et dans la région d’Errachidia. L’association
cible principalement les femmes en zones rurales dans le cadre du financement d’AGR.
(ZAROUALI, Mohamed Jamal Eddine,2018)
L’Association saoudienne Bab Rizk Jameel (BRJ) s’est implantée en 2010 à Casablanca, au
quartier Roches Noires, et a entamé ses premières activités dans le microcrédit. L’ONG
spécialisée dans le financement de microprojets et dans l’encouragement de l’emploi des jeunes et
l’auto-emploi est basée à Djeddah, en Arabie Saoudite, et a déjà ouvert des implantations en
Egypte, en Syrie et plus récemment en Turquie et en Algérie. Elle cherche à se positionner
principalement en milieu rural avec une ambition nationale. (ZAROUALI, Mohamed Jamal
Eddine,2018)
68
Le secteur marocain du microcrédit a connu une croissance remarquable ces dernières années.
Entre 2003 et 2007, le nombre de clients actifs a augmenté de manière spectaculaire, passant de
300 000 à 1,2 million de personnes. Dans le même temps, le portefeuille de prêts des AMC a été
multiplié par onze, selon les données du Microfinance Informations Exchange MIX. Cette
croissance a été portée par quatre AMC leaders du marché national, à savoir Zakoura Microcrédit,
Al Amana Microfinance, la Fondation des Banques Populaires et FONDEP. (ZAROUALI,
Mohamed Jamal Eddine,2018)
En effet, cette croissance remarquable s'explique notamment par la mise en place d'un cadre
réglementaire favorable, la promotion de l'entrepreneuriat et de l'inclusion financière, ainsi que par
la diversification des produits et services proposés par les AMC pour répondre aux besoins
spécifiques des populations locales. (ZAROUALI, Mohamed Jamal Eddine,2018)
Le taux de couverture de la population concernée est estimé à environ 60% dans les zones
urbaines et près de 40% dans les zones rurales, ce qui montre que les AMC sont présentes dans
toutes les régions du pays et notamment là où le taux de pauvreté est élevé. Cette présence permet
de contribuer à l'inclusion financière et économique des populations locales en leur offrant des
services financiers adaptés à leurs besoins spécifiques. (ZAROUALI, Mohamed Jamal
Eddine,2018)
Cependant, malgré ces développements, les AMC ne servent encore qu'une petite partie du marché
cible, représentant seulement 10% à 20% de la population qui pourrait bénéficier de microcrédits.
On estime que le potentiel de clientèle pour les AMC au Maroc est d'environ 3,2 millions de
personnes, ce qui montre qu'il reste encore beaucoup à faire pour atteindre une inclusion
financière plus large et plus complète. (ZAROUALI, Mohamed Jamal Eddine,2018)
Le financement des PME au Maroc par la microfinance nécessite des efforts continus pour
développer des produits et services adaptés aux besoins spécifiques des entrepreneurs locaux. Les
institutions de microfinance doivent travailler à répondre aux besoins de financement des PME en
proposant des produits financiers et des services adaptés à leur situation économique, notamment
en termes de montants de prêts et de durées de remboursement. (ZAROUALI, Mohamed Jamal
Eddine,2018)
En outre, il est important de sensibiliser les PME aux avantages de l'inclusion financière et de
l'utilisation responsable des services financiers pour leur permettre d'accéder à des financements
adaptés à leurs besoins. Les institutions de microfinance doivent également travailler en étroite
collaboration avec les PME pour les aider à développer leurs activités et à améliorer leur
performance financière. (ZAROUALI, Mohamed Jamal Eddine,2018)
69
Pour permettre une croissance durable du secteur de la microfinance, il est également essentiel de
renforcer le cadre réglementaire et d'encourager les investissements dans ce secteur. Cela
permettra de garantir la stabilité et la transparence du secteur, ainsi que de renforcer la confiance
des investisseurs, ce qui contribuera à une plus grande contribution de la microfinance à
l'économie nationale. (ZAROUALI, Mohamed Jamal Eddine,2018)
70
CONCLUSION
La théorie et la réalité de notre sujet de recherche ont mis en évidence que le financement
alternatif est une réponse aux limites du financement traditionnel.
Les modes de financement alternatif, tels que le crowdfunding et la microfinance, permettent aux
entrepreneurs de lever des fonds auprès d'un large public d'investisseurs, tout en leur offrant une
plus grande flexibilité et une personnalisation de l'offre de financement. Cependant, il s'avère que
ces modes de financement alternatif ne sont pas dénués de risques. Les investisseurs peuvent être
plus exigeants en termes de rentabilité, de retour sur investissement et de gouvernance, et les
entrepreneurs doivent être prêts à répondre à ces exigences et à fournir des informations
transparentes et précises sur leur projet. Il est donc important pour les entrepreneurs de bien
comprendre les avantages et les inconvénients de chaque mode de financement afin de faire un
choix éclairé. Par ailleurs, il est important de noter que les modes de financement alternatif
peuvent contribuer à la croissance économique en stimulant l'innovation et la création d'emplois.
En effet, ces modes de financement permettent à de nouvelles entreprises innovantes de voir le
jour, créant ainsi de nouvelles opportunités d'emploi. De plus, ils peuvent également contribuer à
la diversification des sources de financement, réduisant ainsi la dépendance des entreprises vis-à-
vis des banques. En somme, les modes de financement alternatifs offrent une solution intéressante
aux entrepreneurs, mais leur utilisation doit être effectuée avec prudence et discernement.
71
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