L'héritage de la Révolution Haïtienne
Reconnaître l’accomplissement historique de la révolution pour les
pays du Sud est un premier pas vers la reconquête de sa grandeur
et de son importance.
Jailson de Souza e Silva et Richemond Dacilien
| Haïti |
traduit par Déborah de Oliveira Spatz
|1
@mulambeta
La révolte des personnes réduites en esclavage de « Saint-Domingue »1Nom donné à
|2
Haïti durant la période coloniale française (1697 - 1804) et la victoire postérieure de l’armée
locale contre celle de Napoléon, à l’époque considérée comme étant la plus forte du monde,
a culminé en l’indépendance de ce qui deviendrait ensuite le pays appelé Haïti, en 1804.
Comprendre de manière appropriée cette révolution et ses aspects axiaux nous permet de
répondre à deux questions fondamentales à propos du caractère de l’événement et à
construire une proposition radicale, mais logique et absolument juste.
La première question : pourquoi et comment une révolution si originale et puissante a-t-elle
été effacée/invisibilisée dans l’histoire universelle, principalement en Amérique latine et
dans le reste du Sud global ? La seconde : quelle est la relation entre cette révolution et les
instabilités économiques et politiques qui dominent Haïti depuis le XIXe siècle ? La réponse
à ces deux questions contient l’argument nécessaire pour notre proposition conséquente :
dans le Sud Global, nous devons reconnaître la Révolution Haïtienne — et non-française —
comme un marqueur instituant de ce qu’on appelle l’Ère Contemporaine.
La réponse à ces deux questions signalées exige la description, de manière succincte, de ce
qu’a été la Révolution Haïtienne et de ses caractéristiques centraux. Le point qui attire le
plus notre attention est que, au contraire des révolutions française et américaine du XVIIIe
siècle — la première hégémonisée par la bourgeoisie et la seconde, par les colons qui ont
gardé intacte la structure esclavocrate de la colonisation anglaise —, la Révolution
Haïtienne a été l’œuvre de révoltes sanglantes de noirs, qui défendaient la liberté, légalité
et le droit à la propriété de terres. Née, pensée, organisée et exécutée dans la colonie
française la plus productive de la période coloniale, la Révolution Haïtienne a été dirigée
par des personnes réduites en esclavage et durement combattue exactement par les
héritiers victorieux de la Révolution Française. La consécration des droits humains 2C’est
dans le contexte de la Révolution Française qu’a été proclamée, en 1789, la Déclaration des
Droits de l’Homme et du Citoyen. — tellement glorifiés comme héritage de cette dernière
révolution — s’est limitée à ne s’occuper que d’une parcelle spécifique de l’humanité : la
population blanche européenne ou ses descendants. La violence contre la population noire
et les peuples autochtones s’est maintenu dans les colonies établies par la métropole
française — et dans d’autres colonies et pays du continent et autour du monde.
|3
La révolution des personnes réduites en esclavage en Haïti a été inédite dans le sens où elle
a cherché à matérialiser les idéaux des Droits Humains pour toute la communauté, se
constituant comme la première révolution de l’histoire qui a réuni, radicalement,
l’aspiration républicaine et la perspective démocratique dans son aspect socio-économique
et politique — l’abolition de l’esclavage et l’accès à la propriété de terre étant les objectifs
centraux, en ayant pour prémisse le caractère radical. Menée par des personnes noires et
des personnes dédiées à la libération de la condition des personnes réduites en esclavage, la
Révolution Haïtienne a été, ainsi, un mouvement au caractère antiraciste, anticolonialiste et
antiesclavagiste.
Antiracisme : l’imaginaire qui soutient, sur le plan symbolique, l’esclavage représentait la
personne « noire » comme un être corporel, primitif et barbare, presque irrationnel. Elle
serait, ainsi, incapable de comprendre la signification de liberté, car n’ayant pas les
habilités nécessaires pour produire le concept qui la soutient. Cependant, l’insurrection
d’esclaves de l’île de Saint-Domingue et l’indépendance construite ont été une
démonstration de capacité des personnes noires à reconnaître la valeur de la liberté, en
mettant, d’ailleurs, leurs vies en danger pour l’obtenir. Ce n’est pas un hasard si, dans la
première Constitution du pays, en 1805, la hiérarchie raciale dans laquelle le système
esclavocrate se basait a été immédiatement défaite et éliminée.
Anticolonialisme : lorsque l’indépendance a été proclamée, les Français ont eu
interdiction de posséder des terres en Haïti, et leurs propriétés — fruit du privilège d’être
les représentants de la métropole — ont été expropriées. Les dirigeants de la révolution
avaient conscience de ce qui structurait le système colonial et l’importance de rompre avec
ses bases économiques, juridiques et institutionnelles. Ainsi, ils ont mis en jeu à plus tard la
question foncière de l’Haïti, en attendant de mettre en place une réforme agraire du pays.
Antiesclavagisme : la première Constitution haïtienne a déclaré que toute personne noire
(africaine) qui poserait un pied sur le sol d’Haïti serait automatiquement libre. En plein
climat hostile, alors que tous les autres pays d’Amérique était encore sous le joug de
l’esclavage, au début du XIXe siècle, les dirigeants de la première République Noire
démontraient qui l’indépendance ne ferait aucune concession à l’esclavagisme.3Pour plus
|4
d’informations sur cet aspect de l’histoire de la Révolution Haïtienne, voir : Hurbon, L.
L’Insurrection des esclaves de Saint Domingue (22 au 23 août 1791). Paris: Karthala, 2000.
Les immenses défis du nouvel État Indépendant
Les leaders et le peuple a, de manière générale, payé le lourd prix du caractère inédit de la
Révolution Haïtienne. Tout d’abord, sur le plan interne, il fallait construire, sans aucune
base ou expérience politique, un État-Nation sur un territoire qui était passé par différents
types de régime en peu de temps et qui avait été dominé par une structure institutionnelle
séculaire construire pour répondre aux intérêts de la métropole française. Sur le plan
externe, l’insurrection noire et la construire d’Haïti en tant que pays, ont provoqué un
immense traumatisme dans les colonies et les pays d’Amérique, des EUA — où le
gouvernement de Thomas Jefferson était inquiet de la fragile unité entre le Nord et le Sud —
jusqu’au Brésil, où la peur d’une révolution similaire a provoqué le renforcement du
contrôle des cours et l’oppression sur les personnes réduites en esclavage — leur
interdisant d’avoir accès à la lecture et à l’écriture, ou simplement de savoir ce qui s’était
passé durant Révolution Haïtienne.
Dans ce contexte, détruire les bases de l’expérience de l’État-Nation, qui était en train de se
constituer en Haïti, est devenu une stratégie commune des pays européens, de leurs
colonies américaines et des EUA. En recherche de reconnaissance internationale, Haïti a dû
indemniser les esclavocrates français à cause de sa lutte pour la liberté — un immense
paradoxe. Comme conséquence pratiquement inévitable, son économie a été ruinée, et
comme gravant, les dirigeants de la révolution ont été assassinés. Dans ce processus, et
avec le soutien des pays coloniaux, un groupe politique hégémonisé par des métisses —
enfants de Français avec des femmes réduites en esclavage — s’est renforcé, a dominé
l’État et a évité que des mesures stratégiques, telles que la réforme agraire, ne se mettent
en place et ne prennent des proportions politiques.
La dispute pour le contrôle de l’État naissant établie entre les différents groupes
|5
politiques/sociaux haïtiens a eu un impact sur les chemins de la révolution. Plus que tout, la
pression internationale pour que le pays indemnise les français propriétaires de personnes
réduites en esclavages et de terres comme condition pour que son indépendance soit
reconnue et — à partir de là, puisse avoir accès aux marchés des pays contrôleurs du
commerce international — a impliqué des obstacles évidents pour le pays.
Imposer ces conditions à Haïti, un pays tout juste libre du colonialisme français, porte une
dimension qui traverse historiquement les deux siècles du pays. Dès lors, les conditions de
négociations historiques entre Haïti et les pays du Nord sont un facteur déterminant dans la
privation d’Haïti de la capacité à gérer les ressources économiques internes suffisantes pour
établir les voies du développement national, même si, déjà dans le contexte de 1804,
maintenir l’autonomie de sa capacité productive aurait été un grand enjeu.
Un coup d’état profond dans le première république de personnes noires libres a suivi dans
l’ère moderne/contemporaine, avec l’occupation/l’invasion militaire des EUA, qui a
commencé en 1915. Motivé par une supposée instabilité politique qui exigerait
l’intervention, le pays voisin a mis en place un processus de « colonisation » effective d’Haïti
et y est resté durant trois décennies, exploitant ainsi ses ressources naturelles, en jouant,
avec un plaisir, un rôle de tuteur sur les gouvernements et contrôlant les activités
économiques selon leurs propres intérêts.
Le départ des troupes nord-américaines, en 1934 — accusées de s’être appropriées toutes
les réserves d’or se trouvant dans les coffres publics du pays — a aggravé la déstructuration
économique d’Haïti et y a laissé comme héritage encore plus pervers l’installation de
François Duvalier — le Pape Doc — au pouvoir en 2957, suivi, en 1971, par son fils âgé tout
juste de 19 ans4Pour plus d’explication à propos de l’invasion américaine d’Haïti, voir le
texte de l’historienne haïtienne, Suzy Castor : Castor, S. L'occupation américaine d'Haïti.,
Jean-Claude Duvalier, — le Baby Doc —, une succession imposée au pays par le contrôle des
Duvalier.
La dynastie est restée au pouvoir jusqu’en 1986, quand la levée populaire, fruit de la lutte
contre les brutalités et les oppressions du régime dictatorial soutenu par les EUA et la
|6
France, principalement,5Déchu du pouvoir Baby Doc s’est d’abord établi aux EUA, puis en
France. Seulement 25 ans après, il est retourné dans son pays natal et y est mort en 2014. a
déchu les Duvalier du pouvoir. Durant cette période, une grande partie de la population a
été éloignée du processus politique et l’État a été radicalement privatisé par intérêts
privés.
Une tentative de surmonter ce processus de suppression des droits du peuple haïtien a eu
lieu à travers l’élection de Jean-Bertrand Aristide, en 1991. Considéré comme étant le
premier président élu démocratiquement dans le pays, le mandat de l’ancien prêtre lié à la
Théologie de la Libération a rapidement pris fin à cause d’un coup d’état. Aristide a repris la
tête de l’État en 1994 et y est resté jusqu’en 1996, en plus d’avoir gouverné de 2001 à 2004.
L’analyse de la gestion de son gouvernement divise, jusqu’aujourd’hui les opinions du pays.
Ce qui reste le plus évident durant cette période, c’est l’approfondissement de l’instabilité
politique, principalement après la reprise de pouvoir des EUA, avec le soutien de la France
et d’une force d’occupation internationale dans laquelle des chefs militaires étaient
brésiliens.
La mission des Nations Unies pour stabiliser Haïti — MINUSTAH — a été créée en
argumentant que le pays était dominé par le chaos, la violence et par les gangues qui
contrôlaient une partie importante du pays, principalement sa capitale Port-au-Prince. En
réalité, comme dans d’autres expériences du passé, l’intervention n’a pas contribué à
résoudre les problèmes pour lesquels elle avait été mise en place par les Nations Unies, en
plus d’être accusée de multiples violations des droits humains et d’être responsable, à
travers les militaires qui l’intégraient, de la dissémination d’une épidémie de choléra ayant
causée la mort de plus de dix milles personnes, en 2010.
Le fiasco réitéré des forces internationales a été accompagné, en 2010 également, par l’un
des tremblements de terre les plus forts ayant déjà touché l’île des Caraïbes. Son impact a
été terrible, principalement dans la capitale Port-au-Prince. Le tremblement de terre a
causé plus de 100 000 morts, des centaines de milliers de blessés et plus d’un million de
personnes sans abris. En ce qui concerne sa magnitude, c’est une équivoque de rendre la
catastrophe naturelle responsable des problèmes d’Haïti. Beaucoup de pays sont touchés
|7
par de forts tremblements de terre qui ne provoquent pas cet impact. La fragilité de l’État et
de la société haïtienne, dominée dans toute son histoire par la pression coloniale et la
création d’obstacles pour le renforcement d’un projet autonome de nation sont les raisons
qui expliquent, avec plus de précision, la difficulté du pays à répondre aux catastrophes
naturelles comme le tremblement de terre de 2010.
Le PetroCaribe, la violence politique et
l’instauration d’une peur du soulèvement populaire
de la part du gouvernement
Le PetroCaribe était une alliance pétrolière stratégique signée entre le Vénézuela et Haïti
en 2006. Le Vénézuela de Chavez vendait du pétrole à Haïti à un prix réduit. Le
gouvernement haïtien devait payer une partie et économiser l’autre pour la rendre au
Vénézuela dans un délais de 25 ans. Le gouvernement national devait utiliser l’argent
restant pour favoriser la croissance économique haïtienne et financer des programmes
sociaux pour la population. Au lieu de cela, 4,5 milliards de dollars américains prêtés entre
2006et 2018 ont disparu et les Haïtiens n’ont que trop vus les bénéfices promis.
Le programme a pris fin en 2017, année où, par coïncidence, d’un côté, beaucoup de
personnes qui participaient aux régimes politiques précédents se sont enrichies de manière
inexplicable, et où, d’un autre côté, la majorité de la population s’est appauvrie. Cette
situation douteuse a provoqué, en 2018, la mobilisation citoyenne contre la corruption qui
exigeait des explications du gouvernement. Ce mouvement contre la corruption a commencé
par une simple question qui a occupé les réseaux sociaux : Kot kòb petwo karibe a? (« Où
est donc passé l’argent du fond PetroCaribe ? »). Elle s’est propagée au point d’atteindre 3
millions d’Haïtiens sur les réseaux — 30 % de la population du pays. Après la dissémination,
il y a eu un soulèvement des jeunes qui manifestaient dans les rues contre la corruption.
Avant son ascension au pouvoir, on a enquêté sur la situation de Jovenel Moïse, un
|8
entrepreneur économique. À cause du blanchiment d’argent détourné par le régime Martely
qui a préparé le terrain pour l’élection de Moïse. 6Ce régime est arrivé au pouvoir avec la
complicité de la Communauté Internationale en 2011. En 2016, il a été réélu lors d’une
élection sans légitimité populaire, avec seulement 21,9 % de participation populaire dans le
pays.
Avant l’assassinat de Moïse, lorsqu’il était encore au pouvoir, une grande partie de la
population avait revendiqué le « Procès du PetroCaribe ». Il est important de souligner que,
avec l’implication de Moïse et de ses alliés politique dans le système de corruption, il serait
beaucoup plus difficile de matérialiser le procès. C’était une des raisons pour lesquelles la
mobilisation populaire a été incitée la descente dans les rues, en 2018, demandant la
démission de Moïse et la fin du système politique oligarchique.
L’ancien président Jovenel, ainsi que les idéologues du régime d’extrême droite du pays
(PHKT), ont instauré un régime de violence et de peur afin de se protéger du mouvement
populaire. Ils cherchaient à organiser les élections pour donner ensuite le pouvoir à une
personne en qui ils avaient confiance, qui leur garantirait la protection et leur éviterait des
enquêtes à propos de leurs actes. En plus de cela, avec la complicité de certains pays
colonialistes, ils ont tenté de réaliser un référendum sous leur contrôle pour avoir une
couverture légale par rapport au scandale de corruption révélé par le Tribunal des
Comptes.
La population a continué à mener sa revendication pour un gouvernement de transition qui
juge les accusés de détournement d’argent du Fond PetroCaribe et de leur prison. Une
transition qui puisse en finir avec les politiques anti-populaires, antidémocratiques et
antirépublicaines. Le régime a résisté à la volonté populaire et a institué un régime de
terreur qui commet des massacres dans les bidonvilles du pays, principalement dans la
capitale métropolitaine du pays.
Il paraît donc évident que, durant la seconde décennie de ce siècle, les conflits politiques se
sont amplifiés et les disputes entres les différents groupes politiques pour le contrôle de
l’État se sont caractérisés par l’absence d’une force hégémonique dans la société haïtienne.
|9
Cette situation de crise a atteint son paroxysme avec l’assassinat du président Jovenel
Moïse, en 2021, pour des raisons qui non-éclaircies jusqu’aujourd’hui. La violence contre le
président a été suivi d’une faillite institutionnelle du pays, qui, deux ans après le crime, n’a
toujours pas de pouvoir législatif et n’a aucune date pour la réalisation d’une élection pour
le poste, ce qui permettrait la succession d’Ariel Henry, premier ministre maintenu au
pouvoir par la coalition de pays — dont les EUA sont à la tête — qui contrôle, en réalité, le
processus politiques dès lors.
L’héritage de la révolution haïtienne et le
dépassement de la vision coloniale de l’histoire
L’historicité présentée met en évidence la manière dont la réalité contemporaine d’Haïti
s’est produite, et, par concomitance, comment la narrative qui dit qu’Haïti est un pays qui
« n’a jamais fonctionné » a été constituée et est devenue hégémonique, comme si ses
problèmes provenaient de l’incapacité de son peuple à construire un projet de nation
démocratique, prospère et basée sur la justice raciale/sociale. C’est la version dominante du
monde à propos de la révolution plus radicale et pro-humanité de l’histoire.
En réalité, ce que cette analyse plus retenue dans la réalité haïtienne révèle, à la lumière
d’une lecture critique de son histoire, c’est l’immense lutte de son peuple pour construire de
nouvelles possibilités pour son existence ; l’affirmation d’une forte fierté pour la
construction de la nation et le sentiment de dignité résultat ; le fort lien communautaire
établit dans la vie quotidienne, avec la création de stratégies plurielles pour gérer les
insuffisances en termes d’accès aux équipements et aux services urbains, le manque
d’emplois et de salaires, en plus de l’incapacité de l’État de garantir la propre souveraineté
sur l’ensemble des territoires du pays — ce qui n’est, par exemple, pas différent de l’État
Brésilien.
Dans ce contexte, il est nécessaire de surmonter tous les types de narratives centrées sur la
| 10
caractérisation d’Haïti comme étant « un pays non-viable ». Il faut, tout d’abord, reconnaître
le rôle de son peuple dans la construction d’une révolution plus importante de l’histoire et —
en tant que point de départ fondamental — garantir la réparation due par la France et les
EUA des problèmes économies, sociaux et politiques du pays. En garantissant cela, et à
partir d’une écoute effective et de la participation de la populations, les forces nationales
engagées dans la démocratie doivent se mobiliser pour construire un projet large de
récupération et de valorisation des institutions républicaines, de développement
économique, social et environnement, en plus de l’impact national de défense de la vie, de la
démocratie et de tous les droits fondamentaux.
Et ce processus n’aura pas lieu de manière spontanée. Il revient aux pays comme le Brésil,
gouverné actuellement par un président engagé dans le renforcement de la démarcation et
du dépassement de l’inégalité entre les pays du Sud et du Nord Global, de s’engager dans la
recherche d’une solution pour la crise actuelle en Haïti qui ait pour base le respect de son
autodétermination et l’engagement de construire une solution convenable pour le pays.
Dans ce contexte, les forces politiques haïtiennes, les citoyens qui vivent en diaspora et les
personnes du monde entier doivent s’engager dans la pression internationale pour une
solution à la question haïtienne qui valorise l’histoire de son peuple et, à partir de sa
reconnaissance, contribue à la construction d’un présent plein de dignité et de la
valorisation de l’héritage et du légat du peuple réduit en esclavage qui s’est libéré.
Plus que cela : un peuple qui a donné la plus grande leçon déjà infligée aux colonisateurs en
Amérique, qui se maintiennent au pouvoir mondial et qui doivent constamment être
rappelés à leurs responsabilités pour la persistance du racisme qu’ils ont créé — soutien de
la structure symbolique et matérielle de l’esclavage — , mais qui continuent aujourd’hui
d’entretenir les pratiques économiques et politiques qui reproduisent les diverses formes
d’inégalité et de violence noient le peuple des périphéries. La lutte du peuple haïtien n’est
pas isolée et ils ne sont pas les victimes passives d’un système international construit à
partir du colonialisme. Ils sont l’expression d’une violence historique, mais aussi de la
résistance manifeste du peuple noir et de sa capacité de réponse à celle-ci, qui est toujours
aussi nécessaire qu’en 1804.
| 11
Le grand héritage de la Révolution Haïtienne du XIXe siècle a servi de phare pour les luttes
anti-coloniales dans toute l’Amérique Latine. Son influence sur Bolivar, par exemple, a été
entravée pour la victoire contre l’Espagne et le point de départ de l’indépendance de tout un
contient. En plus de cela, elle a eu une importance fondamentale dans la matérialisation de
plusieurs insurrections de personnes en situation d’esclavage et a alimenté l’imaginaire de
lutte contre l’esclavage de telle forme que sa permanence est devenue possible.
Il s’agit de pactiser un engagement entre toutes les personnes, les institutions et les pays
engagés dans la démocratie et dans les droits humains, principalement du Sud Global, à
reconnaître la dette historique de la Révolution Haïtienne et de son peuple. La reconnaître
comme un marqueur historique qui a provoqué l’Ère Contemporaine est un premier pas
dans le sauvetage de sa grandeur et de son importance. À partir de cela, affiner
l’engagement à renforcer la démocratie dans le pays, contribuer à trouver des solutions
pour la crise économique et politique dans laquelle il se trouve — en situant le poids du
colonialisme dans sa production — et reconnaître au peuple d’Haïti le droit à
l’autodétermination et à l’indépendance effective.
| 12