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DROIT CONSTITUTIONNEL : L’EXERCICE DU POUVOIR

1
GENERALITE SUR LE DROIT

Le terme « droit » peut recevoir trois acceptations différentes.

Dans un premier sens, on dit souvent que les hommes ont des droits. Le droit dont on
parle est une faculté d’accomplir certains actes reconnus aux citoyens. Ainsi, lorsqu’on dit
qu’un citoyen a le droit de vote, il peut participer aux choix des gouvernants et qu’il est
interdit de l’en empêcher.

Dans un deuxième sens, le mot droit désigne un ensemble de normes juridiques


présentant un caractère obligatoire pour ceux auxquels il s’applique. Il s’agit donc des règles
contraignantes auxquelles les citoyens doivent se soumettre, sous peine de sanction comme
des peines d’emprisonnement ou des amendes, dont le but est de donner une effectivité, une
réalité à ce caractère obligatoire.

Enfin, dans un troisième sens, le mot droit se rapporte à la science ou à l’institution qui
étudie ces normes. On parle dans ce cas de la science juridique comme dans l’expression
« faculté de droit » ou « l’étudiant en droit ».

Dans le cadre de ce présent cours, on utilisera le mot droit dans le second et le


troisième sens. Le droit constitutionnel rassemble d’une part un ensemble de normes et
d’autre part comme une discipline qui étudie cet ensemble.

LA DISTINCTION DU DROIT PUBLIC ET DU DROIT PRIVE

Traditionnellement, la distinction entre le droit public et le droit privé a été établie par
la jurisconsulte romain Ulpien (178 à 228 avant Jésus Christ) : « Dans l’étude du droit, il y a
deux aspects : le public et le privé. Le droit public concerne l’état de la république, le droit
privé, l’utilité des particuliers ».

Le droit public est le droit applicable à une relation juridique au sein de laquelle une
personne publique est présente. Les personnes publiques sont, d’une part l’Etat, d’autre part,
des personnes morales créées par l’Etat dont il surveille le fonctionnement, par exemple les
provinces, les régions, les communes, les hôpitaux publics, les universités publiques, …..
Relève du droit public, tout ce qui a trait aux Etats, aux Républiques et aux pouvoirs publics.
Il a pour but d’intérêt général. Quant au droit privé, il régit

2
les relations qui s’établissent entre les personnes privées, à titre d’exemple la conclusion
d’une vente entre deux personnes, les litiges entre particulier.

LA NOTION DU DROIT CONSTITUTIONNEL ET L’EXERCICE DU


POUVOIR

Le droit constitutionnel est l’une des branches de droit public en ce qu’il étudie les
pouvoirs publics, leur origine, leur organisation, les relations qu’ils entretiennent entre eux et
avec les citoyens. C’est en principe, la première discipline rencontrée par les étudiants dans
leurs études de droit, en première année.

C’est également l’étude de l’ensemble des normes juridiques, d’organisation et de


fonctionnement des pouvoirs publics ou, plus précisément, du pouvoir politique de l’Etat, tel
qu’il est mis en place par un document particulièrement solennel : LA CONSTITUTION.

D’après cette définition, l’objet d’étude du droit constitutionnel comporte deux


branches :

- la structure de l’Etat : une organisation interne de l’Etat, c’est le droit de l’Etat


- le pouvoir politique : le commandement est entre les mains de certains individus,
appelés gouvernants, à l’égard de leurs concitoyens, appelés les gouvernés.

Comme objet, le droit constitutionnel régit les relations entre les pouvoirs publics,
primordialement entre les pouvoirs institués, en particulier le pouvoir exécutif, le pouvoir
législatif et le pouvoir judiciaire.

Charles Cadoux définit le droit constitutionnel comme la branche du droit qui détermine
les règles juridiques relatives à la structure de l’Etat et à l’exercice du pouvoir politique.

En Europe, depuis XVIème siècle, date de la naissance de l’Etat, un nouveau


mouvement politique vu le jour : l’idée d’introduire la démocratie dans le fonctionnement des
institutions politiques. Il annonce la participation du peuple à l’exercice du pouvoir afin de
mettre la compétence exclusive des rois. A Madagascar, sous la monarchie des Hauts-
Plateaux, l’exercice du pouvoir royal n’était soumis à aucune conditio

3
TITRE

L’EXERCICE DU POUVOIR DANS L’ETAT

En droit constitutionnel, le pouvoir est une prérogative permettant à une personne


publique de gouverner. C’est une aptitude d’agir pour le compte d’une personne physique ou
morale. On peut définir d’un autre coté la politique comme un ensemble des options d’une
société pris collectivement par les gouvernants. On peut définir de même le droit comme une
fonction consistant à édicter les normes d’organisation politique et administrative d’un Etat.

Ces deux définitions nous aident à comprendre la notion du pouvoir politique. Ce


dernier relève le fondement politique du pouvoir des gouvernants (la souveraineté) et le
problème de la séparation du pouvoir (la répartition des fonctions étatiques entre les
gouvernants).

CHAPITRE I- LA SOUVERAINETE : FONDEMENT DU POUVOIR

La souveraineté est une autorité ou pouvoir suprême reconnu à l’Etat. Celui qui exerce
le pouvoir suprême est appelé souverain. C’est celui qui commande dans un Etat.

A Madagascar, au terme de l’article 5 de notre présente Constitution, « La


souveraineté appartient au peuple ». Voyons tour à tour les deux notions de la souveraineté :
populaire et nationale.

Section 1- Les catégories de la souveraineté

En théorie, il en existe deux:

- la souveraineté nationale

- la souveraineté populaire

4
Paragraphe 1- La souveraineté nationale

D’abord, essayons d’examiner la notion de la souveraineté nationale, après, focalisons


ses impacts sur les élus.

A- La notion de la souveraineté nationale

Lorsque la souveraineté est nationale, le pouvoir suprême ou l’autorité suprême


appartient à l’Etat ou à la nation, c’est-à-dire une entité abstraite et non pas au peuple.
Autrement dit, la souveraineté nationale a pour objet de transférer la souveraineté du peuple à
l’Etat, car ce dernier est le représentant juridique de la nation. En réalité, derrière la nation, on
trouve ses représentants qui s’approprient de la souveraineté. Dans la Constitution de la
première république malagasy, et selon l’article 5 de la Constitution, la souveraineté nationale
appartient au peuple. Il s’agit d’une formulation hybride entre les partisans de la souveraineté
nationale et ceux de la souveraineté populaire.

B- Les conséquences de la souveraineté nationale

La souveraineté étant nationale, les parlementaires (députés et sénateurs) une fois élus,
s’échappent au contrôle de leurs électeurs. Ils sont donc indépendants et tout mandat impératif
est nul.

L’exercice de la souveraineté se fait par l’intermédiaire des représentants élus. Il


implique donc le système de représentation.

Paragraphe 2- La souveraineté populaire

A- La notion de la souveraineté populaire

Jean Jacques ROUSSEAU a développé la souveraineté populaire dans le contrat


social. La souveraineté appartient à chaque citoyen vu que les hommes naissent libres et
égaux. Partant du constat que les hommes naissent libres et égaux, il en déduit que la
souveraineté appartient à tous les citoyens. Selon Rousseau, la minorité doit se ranger à la
volonté majoritaire et permettre ainsi de dégager l’unanimité. En outre, toujours selon
Rousseau, chaque individu ou chaque citoyen détient une fraction de la souveraineté. C’est ce
qu’on appelle la théorie de la souveraineté fractionnée.

5
B- Les conséquences de la souveraineté populaire

Chaque citoyen étant détenteur d’une fraction de la souveraineté, il doit être consulté
sur toutes les décisions à prendre. C’est le recours au referendum (démocratie directe). De
surcroit, le vote des citoyens est un droit, il doit s’exercer dans le cadre du suffrage universel.
Par ailleurs, le mandat est impératif. Ce dernier est une conception selon laquelle les élus
(député, sénateur) tenant leur mandat des électeurs, doivent se conformer à leurs directives et
peuvent être révoqués par eux. Alors que pour la souveraineté nationale, les élus exercent leur
mandat en toute indépendance à l’égard de leurs électeurs et dont ils n’ont pas à recevoir des
ordres ou des instructions du corps électoral.

Section II- Les impacts de la nature de la souveraineté

L’exercice de la souveraineté nationale aboutit à la démocratie représentative alors que


celui de la souveraineté populaire a trait à la démocratie semi-directe.

Paragraphe 1- La démocratie représentative

Par définition, c’est une forme de démocratie dans laquelle les citoyens donnent
mandat à certains d’entre eux (les élus) d’exercer le pouvoir en leur nom et à leur place.

Du côté politique, la démocratie est le gouvernement du peuple, par le peuple. Du


point de vue juridique, la démocratie est une région dans lequel tous les citoyens possèdent à
l’égard du pouvoir un droit de participation (vote) et un droit de contestation (liberté
d’opposition).

La démocratie représentative repose sur les principes découlant de la théorie de la


souveraineté nationale. Ainsi, il convient d’étudier les modalités de la démocratie
représentative, avant d’examiner les dérives de la nature du régime représentatif.

A- Les modalités de la démocratie représentative

Dans la démocratie représentative, l’exercice du pouvoir est confié à des représentants


élus au suffrage universel. Le recours au vote trouve son origine dans l’impossibilité de
recourir à la démocratie directe, sauf à Madagascar au sein de Fokontany. Il faut donc confier
l’exercice du pouvoir à des élus, au nom de tous.

D’après Montesquieu, dans l’Esprit des lois, le peuple n’étant pas apte à se
gouverner seul, il faut qu’il désigne des professionnels du pouvoir. Pour cela, chaque citoyen

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est appelé à élire au suffrage universel ses représentants (parlementaire, Président de la
République). L’article 5 de notre présente Constitution va dans ce sens en déclarant que « La
souveraineté appartient au peuple, source de tout pouvoir, que l’exercice par ses représentants
élus au suffrage universel direct ou indirect, ou par la voie du referendum ».

B- Les critiques adressées à la démocratie représentative

Des séries de critiques sont à relever à l’encontre du régime représentatif. En


assimilant la souveraineté du peuple avec celle des parlementaires élus, la démocratie a créé
un régime de souveraineté parlementaire dans lequel les gouvernés sont dépossédés
abusivement de leur souveraineté. La rupture entre gouvernant et gouverné se manifeste de
plusieurs manières. Les parlementaires, une fois élus seraient tentés de ne plus respecter leurs
engagements ou leurs promesses électorales.

Ensuite, la souveraineté parlementaire s’accompagne de la souveraineté de la loi.


C’était le cas avant en France, sous la quatrième république car la loi n’est pas
obligatoirement soumise au contrôle de constitutionnalité. En réalité, la souveraineté
parlementaire est celle des partis politiques. Les dispositions de l’avant dernier alinéa de
l’article 72 ne contredit pas cette critique. Cet alinéa déclare que « Le déchéance d’un député
peut être prononcé par la Haute Cour Constitutionnelle s’il dévie de la ligne de conduite de
son groupe parlementaire. Autrement dit, un député perd sa qualité de parlementaire s’il ne
respecte pas la discipline de son parti. Les députés sont donc dépendants de leur parti
politique et non pas de leurs électeurs.

Enfin, l’un des fondements de la démocratie représentative selon lequel le


peuple n’est pas apte à avoir une opinion sur les affaires nationales semble être dépassée, car
le peuple, ne cesse de s’instruire.

Certains députés, à Madagascar, n’ont même leur diplôme de Baccalauréat.

Aux Comores, à titre d’illustration, les députés doivent avoir leur diplôme de Licence.

Paragraphe 2- La démocratie semi-directe

Elle permet au peuple d’intervenir dans la gestion des affaires du pays, l’initiative
populaire, la révocation populaire et le referendum. Il se peut que certains de ces moyens
existent également dans la démocratie représentative.

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A- L’initiative populaire et le veto populaire

Concernant l’initiative populaire, après le dépôt d’une pétition (nombre de signature


fixé par la loi), le rôle du Parlement varie en fonction de contenu de la pétition. Si la pétition
fait l’objet de la révision, le parlement doit élaborer et discuter le texte y afférent.

Par contre, si le projet est annexé à la pétition, le Parlement doit le discuter. Si le


Parlement désapprouve le projet, un referendum sera organisé. Le projet de Constitution
européenne institue un droit d’initiative populaire au profit des citoyens européens.
L’initiative devant être signé par au moins un million de citoyens européens issus d’un
nombre significatif des Etats membres. Le tout sera examiné par le parlement et le conseil
des ministres de l’union.

Quant à la révocation populaire, les électeurs d’une circonscription peuvent mettre fin
à un mandat électif avant son terme, à charge de déposer une pétition pour qu’elle soit après
suivi d’un referendum. Dans le pays qui adopte la démocratie représentative, l’élu représente
la nation et non pas ses électeurs. Ce qui constitue un obstacle à la mise en œuvre de la
révocation populaire.

La Constitution malgache du 18 septembre 1993, dans son article 69, dernier alinéa a
institué la révocation populaire en terme suivant : « Tout individu peut, devant l’Assemblée
Nationale, mettre en cause les carences ou agissements d’un député ou sénateur (article 81).Le
bureau permanent doit y apporter une réponse diligente. L’article 69 dernier alinéa dans la
Constitution de 1998 y prévoit également.

B- Le referendum

Le referendum est un procédé de la démocratie semi-directe par lequel le peuple est


appelé à se prononcer soit sur un texte, soit sur une question. C’est une façon d’associer le
peuple à l’exercice du pouvoir normatif ou aux grands sujets intéressant le pays. Toutes les
Constitutions malgaches prévoient le recours au referendum (Constitution de 2010, article 55,
alinéa 5).

Il faut faire une distinction entre referendum et plébiscite. C’est une déviation du
referendum consistant à ce que les électeurs soient moins à se prononcer sur un texte qui
accorde leur confiance à un homme politique (referendum malgache de 1975). A vrai dire,

8
si le referendum est utilisé comme un instrument du pouvoir personnel, il va plébisciter.
C’était également le cas lors du referendum de novembre 1972.

SECTION III : LA MODALITE DE L’EXERCICE DU POUVOIR : LA


REPARTITION DES POUVOIRS

La théorie de la séparation des pouvoirs est une théorie relativement récente. Elle est
mise en place contre les monarchies absolues. Elle est inséparable à la lutte contre ces
monarchies en Europe.

Elle trouve son origine dans l’Esprit des lois de Montesquieu de 1748 qi a pour objet
d’éviter la concentration des pouvoirs entre les mains d’un seul homme.

La séparation des pouvoirs est un principe de technique constitutionnelle destinée à


garantir la liberté des citoyens et d’éviter le despotisme. Elle est basée sur la distinction de
trois fonctions dans l’Etat :

- fonction exécutive : chargé de mettre en œuvre les lois


- fonction législative : consiste à faire des lois
- fonction juridictionnelle : ayant pour mission de juger les auteurs des infractions
(crime et délit) et statuer sur les litiges entre les particuliers.

L’objet de cette théorie est de limiter le pouvoir en le divisant. Montesquieu


soulignait : « pour qu’on ne puisse pas abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des
choses, le pouvoir arrête le pouvoir ». Ces trois pouvoirs doivent être séparés et confiés à des
organes différents et indépendants.

Il existe actuellement une théorie de la séparation des pouvoirs, théorie ayant abouti à
deux régimes politiques différents, sans oublier les règles y afférentes.

Paragraphe 1 : la notion et la valeur de la séparation des pouvoirs

Avant d’aborder cette théorie, il convient au préalable d’examiner les normes


régissant la séparation des pouvoirs.

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A- Les règles régissant la séparation des pouvoirs

Nous sommes en présence de deux principes à savoir : la règle de la spécialisation et la


règle de l’indépendance.

1- La règle de la spécialisation

Chaque pouvoir se spécialise dans une fonction. La règle de spécialisation signifie


chacun de ces pouvoirs n’exerce qu’une seule fonction et une seule et il ne devrait se mêler
dans d’autres fonctions. On considère qu’un pouvoir est investi d’un pouvoir spécifique. Il y
aura, donc un pouvoir législatif, un pouvoir exécutif et un pouvoir judiciaire.

2- La règle de l’indépendance

Selon cette règle, chacun de ces pouvoirs est confié à des organes séparés et
indépendants. Aucun pouvoir ne peut exercer des passions sur les autres. Ainsi, les personnes
qui composent chacun de ces pouvoirs ne doivent pas être nommées ou révoquées par eux. La
règle de l’indépendance interdit l’exercice des moyens de pressions qu’un pouvoir adresse à
l’encontre d’un autre pouvoir. Il n’y a donc ni responsabilité politique du gouvernement (pas
de motion de censure, pas de question de confiance ni pouvoir de dissolution de l’Assemblée
Nationale).

3- L’évolution des trois pouvoirs

Si les trois pouvoirs ont chacun des fonctions spécifiques, en fait, ils se complètent et
se contrôlent. Le pouvoir exécutif est devenu maintenant le centre du pouvoir de décision au
détriment du pouvoir législatif. Le pouvoir judiciaire comme une simple autorité sous
l’emprise de l’exécutif. Le pouvoir budgétaire et financier des assemblées parlementaires,
pour l’essentiel, se trouve placé sous la mainmise de l’exécutif. Quant au pouvoir judiciaire,
il se trouve également sous la coupe de l’Exécutif. En effet, à Madagascar, et jusqu’à 2008 en
France, au sein du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM), se trouve des membres de
l’Exécutif, le PR, Président, le Ministre de Justice, Vice-Président.

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B- La théorie de la séparation des pouvoirs

La répartition des pouvoir peut être d’une manière souple ou rigide.

1- La séparation absolue des pouvoirs

La séparation des pouvoir est qualifiée absolue si les trois pouvoirs sont totalement
séparés et indépendants. Aucun pouvoir ne peut s’immiscer ou intervenir dans les domaines
des autres pouvoirs. La fonction législative appartient en totalité au Parlement : c’est ce que
l’on appelle la plénitude de la fonction législative. Par conséquent, il n’y a ni ordonnance ni
referendum.

Aucun pouvoir ne peut exercer un moyen de pression que l’un exerce à l’encontre de
l’autre. C’est pourquoi il n’y a ni dissolution, ni question de confiance ou motion de censure.

2- La séparation souple des pouvoirs

Le pouvoir est souple lorsque les organes, notamment exécutif et législatif collaborent
ensemble. Le Premier Ministre, constitue d’instrument de cette collaboration. Il présente et
défend la politique générale de l’Etat devant le Parlement et fait connaitre au Chef de l’Etat
les suggestions ou proposition des parlementaires. C’est pourquoi, il y a des ordonnances et
des referendums. De surcroit, un pouvoir peut exercer des moyens de pression que l’un peut
adresser à l’encontre de l’autre : dissolution, motion de censure et question de confiance.

Paragraphe 2- L’application de la séparation des pouvoirs

L’étude des régimes politiques contemporains est consacrée à l’analyse des modèles
de régime et de leur altération. Ils servent de référence pour les Etats qui sont à la recherche
d’un régime constitutionnel.

L’étude des régimes politiques permet de connaitre ces modèles dans leur signification
technique et politique et de confronter la technique constitutionnelle à la réalité.

La séparation absolue des pouvoirs trouve son application dans le régime présidentiel
et la séparation souple aboutit à la naissance du régime parlementaire.

11
A- Le régime présidentiel

Le régime présidentiel est forgé par un anglais, Walter Bagehot en 1867. C’est celui qui
applique la séparation absolue des pouvoirs. Dans ce régime, les trois pouvoirs sont
indépendants puisque les moyens d’action réciproques sont réduits au minimum. Ces moyens
sont assortis des aménagements entre ses trois pouvoirs.

Le régime présidentiel est illustré par le régime des Etats-Unis d’Amérique. C’est l’unique
modèle du régime présidentiel authentique, la seule expérience réussie de régime de
séparation stricte des pouvoirs.

1- Les éléments fondamentaux du régime présidentiel : l’organisation du pouvoir

Dans le régime présidentiel, le pouvoir exécutif est entre les mains du Président et il est le
seul détenteur (titulaire exclusif). Il est le commandant en chef de l’armée et de la marine, le
chef de l’administration fédérale. Il représente les Etats-Unis à l’extérieur du pays (sommet de
G7, la conclusion des traités internationaux,….). Les ministres sont des simples auxiliaires de
chef de l’Etat. Ils sont nommés et révoqués par le Président à tout moment.

Du coté électif, dans le régime présidentiel, le président peut être élu au suffrage universel
direct ou indirect. Il a autorité dans toute la nation puisqu’il est représentatif du pays d’une
manière absolue.

Autrement dit, le pouvoir exécutif est exercé par la Président de la République, le


pouvoir législatif par la Chambre des représentants et le Sénat qui forme le congrès. Elle
s’accompagne de la séparation rigide des pouvoirs. Un pouvoir ne peut exécuter une seule
fonction et une seule.

a- Un exécutif unitaire : l’indépendance du pouvoir exécutif et le parlement


Au niveau de l’exécutif, cette plénitude signifie que le Président est le centre
d’impulsion. Chaque organe est borné dans l’exercice d’une seule fonction. L’exécutif est
irresponsable, politiquement, devant l’assemblée. Le parlement, de son coté, ne peut pas
contraindre le président à démissionner. C’est le Président qui détient seul le pouvoir exécutif.
En un mot, le président ne peut pas participer à l’élection législative et le parlement
ne peut pas intervenir dans le domaine de l’exécutif. Il en découle que l’exécutif ne peut ni
légiférer par voie d’ordonnance, ni recourir au referendum. Dans ce régime, l’exécutif n’a pas
l’initiative de loi.

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En ce qui concerne la fonction juridictionnelle, elle se concentre à trancher les litiges,
mais sans pour autant s’interférer dans le domaine exécutif.

b- L’indépendance dans les rapports entre les organes

Aucun organe ne dispose de moyen d’action contre des autres organes. Le parlement ne
peut jamais renverser le Président. Le parlement ne peut pas dissoudre le gouvernement et
c’est réciproque. Dans ce régime, il n’y a ni question de confiance, ni motion de censure, ni
dissolution. Le pouvoir exécutif est indépendant du congrès, c’est-à-dire du parlement.

La seule possibilité pour le congrès de faire échec au Président est la procédure de


l’empeachment » (procédure d’empêchement). C’est la mise en accusation du Président et
l’engagement de sa responsabilité pénale. Cette procédure permet de destituer le Président
après une condamnation pour « trahison et délits majeurs ».

L’application à la lettre de la séparation absolue des pouvoirs risquerait de paralyser


d’autres organes, les institutions de l’Etat ne peuvent pas fonctionner normalement. C’est
pourquoi des aménagements ont eu lieu.

2- La déformation du régime présidentiel


Quelques arrangements sont apportés à la séparation absolue des pouvoirs. Les deux
organes, exécutif et législatif, collaborent entre eux et ils disposent de moyen d’action que
l’un peut exercer sur l’autre.

1- Les moyens d’action réciproques


Le président de la république détient trois moyens d’action qu’il peut les exercer sur le
congrès.
Primo, dans le domaine législatif, le président dispose du « droit de veto » qui consiste à
rendre plus difficile l’adoption d’une loi contre son gré. Toute proposition de loi adoptée par
le congrès est soumise au président de la république. S’il l’accepte, le texte sera promulgué.
Dans le cas contraire, le texte sera retourné au congrès avec ses observations, ses
modifications, pour une nouvelle délibération. En d’autre terme, le président ne dispose pas
du pouvoir d’initiative des lois. Il peut émettre des suggestions et communiquer par le
message annuel sur l’état de l’Union. Il s’agit principalement de veto présidentiel sur les lois
votées.

13
Mais le congrès peut briser le veto, à la majorité de deux tiers dans chacune des chambres,
ce qui constitue une condition volontairement difficile à remplir.
Le veto ne peut être levé qu’à la majorité de deux tiers de chacune des assemblées.
Le droit de veto a été utilisé à plusieurs reprises par certains présidents américains.
- CLEVELAND, appelé président veto, l’a utilisé 684 fois en huit ans (président
démocrate : 1885- 1897)
- ROOSEVELT, président démocrate : 631 fois
- TRUMAN, président démocrate : 250 fois.
- KENNEDY : 21 fois
- REAGAN : 78 fois
- BUSH PERE : 27 fois.

Secundo, le président de la république peut employer le « Pocket veto » ou le « veto de


poche » ou « le veto suspensif ». Dans ce dernier, il dispose d’un délai de 10 jours pour
faire connaitre son avis. Si durant ce délai, le parlement n’a plus de session, le président
peut rendre caduc les textes adoptés en session, en les gardant dans sa poche.

Tertio, quant au droit de message, la pratique a fait des messages présidentiels,


prononcé au début de chaque session, de véritables programmes législatifs de l’exécutif. A
cela s’ajoute des réceptions à des fins politiques.

De l’autre côté, les moyens d’action du Congrès sur le Président sont de trois ordres. Il
y a tout d’abord la procédure de l’empêchement qui permet de destituer le Président.
Ensuite, les commissions et les sous-commissions parlementaires d’enquête. Il y a enfin le
pouvoir financier du Congrès. Etant titulaire de l’initiative en matière budgétaire, le
congrès peut toujours refuser ou réduire les crédits nécessaires à la politique
présidentielle.

2- Les moyens d’action du chef de l’Etat à la Cour Suprême

L’indépendance de la Cour Suprême a un caractère relatif, son rôle est à la fois


technique et politique. Considéré en tant que corps, la Cour Suprême n’est pas un pouvoir
indépendant puisque les juges sont nommés par une autorité politique, le président de la
république à vie avec l’accord du Sénat. Les juges de la Cour Suprême exercent leur fonction
jusqu’à leur mort avec la possibilité de se retirer à 70 ans ou de se démissionner. Cette

14
dépendance est aggravée par la pratique d’une « fournée de juges », qui a pour effet de
modifier la majorité au sein de la Cour Suprême.

B- le régime parlementaire
Il se caractérise par la séparation et la collaboration souple du pouvoir. Le régime
parlementaire cherche à réaliser l’équilibre des pouvoirs exécutif et législatif en organisant
leur collaboration. Les deux pouvoirs ont un maximum d’actions réciproques sans nuire à leur
indépendance.

C’est un régime complexe de collaboration des pouvoirs dans lequel il y a un


bicéphalisme de l’exécutif, un système de séparation souple de pouvoir. Les organes peuvent
collaborer entre eux et il existe de moyen d’action que l’un peut exercer sur l’autre
(collaboration entre l’exécutif et le législatif). Il s’agit donc d’assurer la coopération des
pouvoirs, d‘où la collaboration des pouvoirs.

Jacques Baguenard définit, « le régime parlementaire, traditionnellement, comme un


régime politique dans lequel les organes exécutif, législatif, effectivement distincts sont tenus
de collaborer dans l’exercice des fonctions étatiques et disposent de moyens politiques leur
permettant de se contrôler mutuellement ».

Le professeur Burdeau a également définit le régime parlementaire : « celui dans


lequel la direction des affaires politiques appartient au parlement et au chef de l’Etat par
l’intermédiaire d’un cabinet responsable devant le parlement ».

Ce régime est illustré par le système britannique. On a l’habitude d’opposer à nos jours au
régime présidentiel.

1- L’évolution du régime parlementaire

Comme le régime parlementaire est inspiré de la Grande Bretagne, on se concentre sur


l’évolution du régime parlementaire britannique et celui du pouvoir parlementaire.

a- L’évolution du régime parlementaire britannique

Ce régime trouve son origine au Moyen Age par la Grande Charte de 1215.

Jean Sans Terre concédait un grand nombre de privilèges et de droits, aucun impôt ne pouvait
être levé sans le consentement du Grand Conseil, appelé ultérieurement : LE PARLEMENT.

15
A part de l’initiative de Jean Sans Terre, l’idée d’introduction de la démocratie dans le
fonctionnement des institutions politiques vu le jour. Dans ce moment, deux partis politiques
s’affrontent :

- Les libéraux (Whigs) qui visaient à élargir les pouvoirs du Parlement aux dépens de la
Couronne
- Les Conservateurs (Tories) qui continuaient à défendre les prérogatives royales.

L’accroissement du pouvoir du Parlement par l’introduction d’une idée démocratique dans les
institutions politiques affaiblit de l’autre côté, le pouvoir du roi.

b- L’évolution du pouvoir parlementaire britannique

Le pouvoir du Parlement britannique évolue dans trois phases :

- La première phase commence au XIIIème siècle et se termine en [Link] cette


période, le Parlement a pu conquérir le pouvoir financier. Le roi n’a plus le droit de lever un
nouvel impôt sans l’accord de la chambre des Communes. C’est le principe de consentement
du peuple à l’impôt. Le transfert du pouvoir financier au Parlement consacre la priorité de la
Chambre des Communes dans l’examen de la loi des finances. L’article 87 de la Constitution
malagasy de 2010 stipule que les lois de finances sont votées par le Parlement, les
représentants du peuple.
- La deuxième phase débute en 1485 et se termine en 1603. Le pouvoir financier acquis
par le parlement a été recouvré en totalité par la puissance royale, le roi dès 1485. On est alors
en présence d’une phase recule parlementaire.
- La troisième, et la dernière phase, 1603-1688 : elle est marquée par la présence d’un
terrible combat engagé par le Parlement pour récupérer le pouvoir législatif.

2- Les principes régissant le régime parlementaire

Trois principes sont tirés à partir de ses deux définitions ci-dessus. Dans le régime
parlementaire, il existe :

1- Egalité entre l’exécutif et le législatif


2- Collaboration entre les deux organes
3-Existence de moyens d’action réciproque que l’un peut exercer sur l’autre

16
Pour qu’il y ait égalité entre ces deux pouvoirs, l’élection du parlement est
primordiale. C’est l’indépendance de l’exécutif face au parlement qu’il faut assurer. Cette
indépendance est réalisée en donnant à l’exécutif un chef distinct du parlement. C’est le Chef
de l’Etat.

Théoriquement égaux, ces deux organes risqueraient soit de s’ignorer soit de se


neutraliser. L’instrument de cette collaboration est le Cabinet ministériel, qui a pour rôle de
faire l’intermédiaire entre le Chef d l’Etat et le Parlement.

La présence de la collaboration étroite marque une entente et une participation à un


travail commun et parfaite entre les organes.

Dans cette hypothèse, il existe de moyens d’action que l’un peut exercer sur l’autre.
Du côté de l’Assemblée Nationale, c’est la mise en jeu de la responsabilité politique
du Gouvernement par l’adoption de la motion de censure (article 103 de la Constitution de la
IVème république).
Il importe de souligner au passage que l’une des fonctions du parlement est le contrôle
des activités du Gouvernement de manière à ce qu’il ne s’écarte pas de la ligne politique
adoptée par le pays. La mise en jeu de la responsabilité politique du Gouvernement répond à
cette préoccupation.
Pourtant, n’oublions pas qu’en aucun cas cette responsabilité politique ne s’étend au
chef de l’Etat. C’est pourquoi les actes du Président de la République sont contresignés, en
principe, par le Premier Ministre et les ministres responsables (article 62 de la Constitution de
2010).
Du côté du Gouvernement, il dispose de même de moyen d’action qu’il peut exercer à
l’encontre de la Chambre basse ou les députés, la question de confiance et la dissolution
(article 100 de notre présente Constitution).
La question de confiance est à l’initiative du Gouvernement qui estime qu’un tel projet
est d’une importance capitale.
Il existe deux catégories de régime parlementaire :
- Dualiste : il est caractérisé par le rôle actif joué par le Chef de l’Etat (comme le cas
de Madagascar à titre d’illustration).
- Moniste : un régime parlementaire est moniste lorsqu’il n’a qu’un seul centre
d’impulsion politique, l’Assemblée Nationale. Dans ce cas, le Chef de l’Etat ne joue
qu’un rôle effacé et le cabinet ne peut compter que sur la confiance de l’Assemblée

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Nationale. Ce fut le cas sous le Gouvernement de Francisque Ravony durant la
première partie de la troisième république où le Président de la République, le
professeur ZAFY Albert était dépourvu de pouvoir constitutionnel important. Dans
cette catégorie, l’Assemblée Nationale gouverne plus que le Chef de l’Etat (c’est le
cas de l’Angleterre).

Les constitutionnalistes ont beaucoup de difficulté à qualifier certains régimes


parlementaires dont le régime malgache :
- Semi-parlementaire
- Semi-présidentiel
- Régime hybride
C’est un régime parlementaire marqué par la concentration des pouvoirs entre les
mains d’un Chef, le Président de la République (Madagascar).

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