YEO Soungari, KEI Mathias Et Blaise N'guetta KABLAN
YEO Soungari, KEI Mathias Et Blaise N'guetta KABLAN
RÉSUMÉ
L’objectif général de cette étude était d’analyser les perceptions du mobile learning
chez les étudiants inscrits en master 2 de Pédagogie des sciences de la santé à l’Institut
de Formation des Agents de santé d’Abidjan. Pour collecter les données, nous avons
eu recours à l’entretien individuel semi-directif. Les résultats obtenus montrent que
pour les étudiants, les technologies mobiles jouent un rôle primordial et sont de
fait très importantes dans le processus d’enseignement et d’apprentissage. Selon
leurs perceptions, le mobile learning a des avantages mais aussi des inconvénients.
Les avantages relevés par les enquêtés sont l’apprentissage en tout lieu et en tout
temps, l’accès facile, continu et non-stop à des informations, des ressources et à
une documentation riches et variées, la mobilité et la transportabilité faciles des
appareils mobiles pour l’apprentissage, la facilitation de la recherche documentaire,
de la communication et de la collaboration entre les étudiants eux-mêmes, mais aussi
entre les étudiants et les enseignants. Les inconvénients évoqués portent sur le risque
de distraction et de dispersion au cours de l’apprentissage et de perturbations en cas
d’usage des appareils mobiles en classe, l’isolement de l’apprenant, les problèmes
d’ordre technique et le risque de perte des données et ressources téléchargées.
MOTS CLÉS :
Étudiants, mobile learning, pédagogie, perceptions, santé.
KEYWORDS:
Students, mobile learning, pedagogy, perceptions, health.
INTRODUCTION
Les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) sont d’une impor-
tance primordiale pour le développement socioéconomique et culturel des nations.
De ce fait, elles sont de plus en plus présentes dans toutes les sphères de la société,
y compris dans l’éducation. Elles sont des outils désormais indispensables dans tous
les domaines d’une importance vitale à notre développement (Karsenti, 2016 ; Jos-
set, N’Guessan. & Rallet, 2020) et leur accès constitue un enjeu économique et so-
ciétal jugé primordial pour tous les États, et à fortiori pour les pays en développement
(Randrianasolo-Rakotobe et Ledjou, 2018). A ce propos, l’Unesco (2014) estime
qu’elles peuvent contribuer à offrir un accès universel à l’éducation et à l’équité dans
l’éducation, à fournir une éducation de qualité et un développement professionnel
pour les enseignants ainsi qu’à améliorer la gestion de l’éducation, sa gouvernance
et son administration à condition que les politiques, les technologies et les capacités
adéquates soient mises en place. Leur développement rapide et la tendance à des
sociétés plus internationalisées, plus interdépendantes et à plus forte intensité de sa-
voir créent de nouveaux enjeux et de nouvelles perspectives pour la conception et la
prestation de l’enseignement (Unesco, 2003). Pour Minichiello (2013), l’accès crois-
sant des populations à des technologies mobiles, connectées entre elles, influence
profondément la réflexion sur l’apprentissage et rend les frontières entre l’éducation
formelle et non formelle moins étanches qu’auparavant. Ce qui veut dire que les TIC
1. MÉTHODOLOGIE
1.1. PARTICIPANTS ET TERRAIN DE L’ÉTUDE
Les participants à l’étude sont des étudiants travaillant dans le domaine de la santé
et inscrits en Master des Sciences Infirmières et obstétricales, Option Pédagogie des
Sciences de la santé, au Centre d’Excellence de Pédagogie des Sciences de la San-
té à l’Institut de Formation des agents de santé d’Abidjan (Côte d’Ivoire). Ils sont
au total trente-six (36) étudiants et sont originaires de plusieurs pays d’Afrique (5
proviennent du Burkina Faso, 6 du Mali, 6 du Niger, 6 du Tchad, 4 de la Mauritanie
et enfin 8 de la Côte d’Ivoire). Ils sont donc au total 36 étudiants. Il faut souligner
toutefois qu’au cours de cette investigation, deux d’entre eux étaient absents et n’ont
pu être interrogés. La population enquêtée était donc constituée de 34 étudiants.
Après la soutenance de leur mémoire de Master, ils seront appelés à former, dans les
écoles de formation des agents de santé de leurs pays respectifs, des étudiants infir-
miers, anesthésistes, sages-femmes, techniciens de laboratoire, etc. Nous avons esti-
mé qu’étant donné qu’ils sont étudiants et surtout futurs formateurs dans le domaine
de la santé, qu’il était important d’avoir leurs perceptions du mobile learning qui est
de plus en plus préconisé et effectif dans les systèmes éducatifs, dans les organismes
de formation et dans tous les domaines d’activité.
2. RÉSULTATS
Dans la première partie des résultats, nous allons présenter l’importance et le rôle
des technologies mobiles tels que perçus par les étudiants. Dans la deuxième partie,
les avantages tels que vus par les étudiants seront exposés. Et la troisième et dernière
partie, les inconvénients, selon la perception des apprenants enquêtés, seront relevés.
« Personnellement, je pense que dans la vie, il y a des opportunités qu’il faut bien attraper
quand elles se présentent. Avant dans les universités, c’est les mots qu’on prend en amphi.
Qu’on organisait pour bosser ou alors on pouvait aller à la bibliothèque. Mais là-bas ce
n’est pas évident parce que vous partez prendre un livre, vous arrivez et le bibliothécaire
vous dit que le livre est sorti, c’est-à-dire que quelqu’un d’autre a pris ça pour aller lire,
apprendre. Quand c’est comme ça, vous êtes bloqués. Mais avec les technologies mobiles,
vous êtes connectés à internet et que vous avez accès à une bibliothèque numérique, vous
pouvez lire les messages que vous voulez sans qu’on ne vous dise que quelqu’un les a pris.
Le mobile Learning est donc une opportunité à saisir parce qu’il élargit les possibilités
d’apprentissage » (enquêté 17).
2.1.2. Technologies mobiles : moyens pour compléter l’apprentissage formel
En plus d’être considérées comme une opportunité à saisir et à exploiter, les tech-
nologies mobiles sont vues par les enquêtés comme des solutions qui permettent de
compléter les activités d’apprentissage formel. Dans le contexte du système LMD
par exemple, les heures de cours des enseignants sont complétées par des heures de
travaux personnels de l’étudiant. Les étudiants enquêtés ont affirmé que non seule-
ment les technologies mobiles permettent de compléter ce qui est fait en classe, mais
aussi qu’elles aident à la réalisation des travaux personnels de l’étudiant. La déclara-
« Vous savez, que ce soit dans les établissements d’enseignement secondaire ou dans les
universités et grandes écoles, il y a toujours des activités d’apprentissage après les cours
du professeur. Mais le professeur ne peut pas tout vous montrer. Parce que le temps qu’on
donne pour faire le cours n’est pas suffisant. Surtout en ce moment de LMD. Et c’est
en cela que les appareils mobiles connectés à internet sont très utiles ; parce qu’ils vous
permettent de chercher des informations complémentaires, par rapport aux cours, par
rapport aux exercices et par rapport à l’apprentissage. » (Enquêté 16)
2.1.3. Technologies mobiles : moyens de rattraper et de corriger des erreurs
dans l’immédiat
L’une des importances des technologies mobiles sur lesquelles des enquêtés ont in-
sisté est leur capacité instantanée à amener les enseignants et les enseignés à ré-
soudre des problèmes en classe, et ce, promptement. Des enquêtés ont relevé le fait
que les technologies mobiles permettent de rattraper et de corriger des erreurs dans
l’immédiat, et surtout en classe. À ce sujet, les propos suivants ont été tenus par l’un
des enquêtés.
Pour les enquêtés, que l’on soit à la maison ou dans un moyen de transport, et quelle
que soit la période, les apprenants ou des enseignants peuvent profiter des avantages
qu’offrent les appareils mobiles pour apprendre ou pour effectuer des recherches sur
l’internet. C’est ce qu’évoque l’un des enquêtés qui a tenu les propos ci-dessous :
« Dans le car qui nous transporte de la maison à l’école et de l’école à la maison, j’apprends
dedans surtout avec les embouteillages d’Abidjan, je profite pour apprendre à l’aide de
mon téléphone portable. Et puis quand je fais un long voyage, par exemple d’Abidjan à
Yamoussoukro ou à Korhogo, grâce à mon téléphone, je fais des recherches sur internet
pour approfondir mes connaissances ou apprendre de nouvelles choses ; en plus, on peut
apprendre à 2 heures du matin, à n’importe quelle heure de la journée ou de la nuit, et
vraiment, ça c’est un avantage considérable » (Enquêté 20).
L’apprentissage ne nécessite plus la présence physique des apprenants dans un lieu
géographique bien déterminé et à une heure précise.
« Avec le mobile learning, c’est comme si ton école est avec toi partout et à tout moment, tu
étudies partout et à tout moment et en fonction de ta disponibilité. L’apprentissage mobile
donne une certaine autonomie à tous » (Enquêté 3).
2.2.2. Accès facile à des informations et à une documentation riches et variées
L’accès facile à des informations, à des ressources éducatives et à une documentation
riches et variées est un autre avantage du mobile learning, qui revenait constamment
dans les discours tenus par les étudiants au cours de l’investigation, comme l’at-
« À propos du mobile learning, vraiment, il faut avouer que, moi personnellement, j’aime
ça. Parce qu’il permet d’avoir beaucoup d’informations et toutes sortes de documents sur la
question ou le problème qui vous intéresse. Par exemple, il y a des images, des documents
en vidéo ou en audio que vous pouvez avoir sur le téléphone portable, sur votre tablette en
achetant un Pass internet. En tout, avec le mobile learning, on a accès aussi à des dizaines
d’articles et souvent même des livres, et ça c’est de façon instantanée, si vous le voulez »
(Enquêté 30).
2.2.3. Accès continu et non-stop aux ressources et informations éducatives
L’accès continu et non-stop aux ressources et informations relatives à l’apprentis-
sage est perçu par les étudiants enquêtés comme l’un des avantages non négligeables
du mobile learning. Dans le système traditionnel les bibliothèques scolaires et uni-
versitaires ont des heures d’ouverture et de fermeture. Ce qui veut dire que les ensei-
gnants et les apprenants ne peuvent y accéder à n’importe quelle heure et y quitter
selon leur volonté. Avec le mobile learning, la donne a changé, et les enseignants
et les étudiants peuvent accéder sans contrainte majeur et de façon continue à des
ressources éducatives. Les étudiants enquêtés ont relevé qu’aucune heure n’est fixée
pour accéder aux ressources et qu’on n’a pas forcément besoin de se rendre dans un
établissement scolaire ou universitaire pour consulter. Tout peut se faire à distance et
en tout lieu, selon eux, pourvu que l’on ait un téléphone ou une tablette connectable
à internet. Ils soutiennent aussi qu’un ouvrage peut être consulté en même temps et à
des lieux différents par des millions de personnes avec des appareils mobiles.
Le fait que de nombreux appareils mobiles soient caractérisés par leur facile mobilité
et transportabilité est considéré par les enquêtés comme un avantage sans précédent
pour le mobile learning. Contrairement aux ordinateurs de bureau et à des ouvrages
de plusieurs centaines de pages que l’on ne peut transporter facilement, le téléphone
intelligent par exemple peut être facilement empoché, transporté sans difficulté et
utilisé pour l’apprentissage de manière omniprésente. Dans ce sens, l’un des enquêtés
a fait observer:
« Avec un petit smartphone, avec un téléphone cellulaire, vous pouvez vous promener avec
des millions de livres dans votre poche là où il est impossible, voire fatigant de transporter
cinq livres dans votre poche ou même dans un sac par exemple. Cette facile mobilité et son
faible poids du téléphone sont un avantage pour l’apprentissage. » (Enquêté 14).
2.2.5. Facilitation de la recherche documentaire, de communication et la colla-
boration
En plus des avantages déjà évoqués ci-dessus, les étudiants interrogés pensent que
l’apprentissage mobile favorise et facilite les recherches documentaires, la commu-
nication et la collaboration entre étudiants, et entre étudiants et enseignants.
« Le mobile learning est comme une révolution pour l’apprentissage. On peut faire
facilement des recherches sur son téléphone après avoir acheté un forfait internet. Et ça,
tout étudiant ou enseignant le fait, ou peut-être devrait le faire. Avec des applications
comme WhatsApp ou Facebook, on peut communiquer avec les enseignants, échanger
avec eux, leur envoyer des travaux à corriger. Franchement, en tout cas, ça facilite aussi la
collaboration avec les amis étudiants et aussi les travaux de groupe. On peut aussi partager
les expériences. » (Enquêté 4).
Si les étudiants enquêtés reconnaissent et soulignent les avantages significatifs du
mobile learning, il faut relever qu’ils ont aussi évoqué ses inconvénients dans le pro-
cessus d’enseignement et d’apprentissage.
2.3. Inconvénients du mobile learning selon les étudiants enquêtés
Des organisations internationales et de nombreux acteurs et spécialistes de l’éduca-
tion encouragent l’usage du mobile learning dans l’enseignement et l’apprentissage
à cause de ses nombreux avantages. Comme le souligne l’Unesco (2013), l’appren-
tissage mobile donne aux apprenants des possibilités accrues de cultiver les com-
pétences complexes qui leur serviront pour travailler de façon productive avec les
autres. Cependant, il comporte aussi des inconvénients que les étudiants enquêtés ont
tenu à relever.
« Le mobile learning est très bon mais si tu ne fais pas attention, quand tu lis un document,
il est possible que tu sois distrait et même dispersé. Tu regardes une vidéo YouTube sur
ton smartphone, et un ami t’envoie un message ou une information sur WhatsApp ou sur
Facebook. Tu lis le message et la personne qui a envoyé le message a posé un problème
où il te demande ton avis par exemple. Tu lui réponds et il te ramène un autre message qui
nécessite une autre réponse ; si tu ne fais pas attention ton apprentissage va s’arrêter là
parce que tu es distrait et dispersé » (Enquêté 7).
Avec le mobile leaning, les risques de distraction sont réels comme le montrent les
propos ci-dessous tenus par l’un des enquêtés :
« Souvent en classe, il y a des gens qui sont concentrés sur leurs appareils téléphones,
souvent ils regardent des vidéos qui peuvent faire du bruit, le son est fort et tout le monde
est dérangé, même l’enseignant. » (Enquêté 22).
2.3.3. Isolement de l’apprenant
L’isolement dans le processus d’apprentissage est vu comme un inconvénient du
mobile learning. Même si l’interaction n’est pas exclue avec le mobile learning, les
enquêtés ont souligné qu’il est quelques fois caractérisé par l’isolement de l’appre-
nant. De ce fait, sans contact humain, l’apprenant pratiquant le mobile learning est
seul devant son appareil et ne peut poser des questions par exemple à un enseignant
« Quand tu regardes une vidéo sur une pratique médicale par exemple, s’il y a quelque
chose que tu ne comprends pas, tu ne peux pas poser la question au prof qui est dans la
vidéo, tu ne peux rien faire parce que tu es seul, tu es isolé » (Enquêté10).
2.3.4. Problèmes d’ordre technique
Les enquêtés ont souligné aussi que l’un des inconvénients du mobile learning est
souvent d’ordre technique. Ils estiment que des problèmes techniques tels que l’ac-
cès à l’internet ainsi que le faible niveau de la charge de la batterie sont des situations
qui freinent le bon déroulement de l’apprentissage par les technologies mobiles.
« Quand tu utilises par exemple ton téléphone pour apprendre, il y a souvent des problèmes
techniques, l’internet peut être très lent, la batterie peut être déchargée ; ou bien le Pass
internet est épuisé brusquement au moment où tu es concentré, et puis il y a toujours des
publicités qui dérangent, qui apparaissent à l’écran et t’empêchent de lire sérieusement tes
documents sur ton appareil portable. Tous ces problèmes-là constituent des inconvénients
pour le mobile learning » (Enquêté 25).
2.3.5. Risque de perte des données et documents téléchargés et stockés
Les enquêtés ont indiqué que la plupart des appareils mobiles étant très légers et
facilement transportables, la probabilité de les perdre ou de les oublier quelque part
existe. De ce fait, le risque de perte de données d’un appareil mobile est vu par les
enquêtés comme un inconvénient du mobile learning. Ils soulignent que l’une des
pratiques du mobile learning consiste à stocker des informations ou des supports
numériques sur le téléphone intelligent ou sur une tablette. En cas de perte de l’ap-
pareil, les données stockées sont aussi perdues. Cet inconvénient du mobile learning
est évoqué par certains apprenants comme on le constate dans les propos suivants :
« Le mobile learning est une pratique très courante aujourd’hui. Je dirais que normalement,
celui ou celle qui veut progresser dans le domaine de la formation ne peut se passer de ça.
Mais il faut faire attention. Pourquoi? Parce que tu peux perdre ton appareil avec toutes les
données que tu as mis (sic) dessus. (Enquêté 26).
3. DISCUSSION
À l’entame de cette étude, l’objectif général était d’analyser les perceptions du mobile
learning chez les étudiants inscrits en master 2 de Pédagogie des sciences de la santé
à l’Institut de Formation des Agents de santé d’Abidjan. Et de façon spécifique, il
s’agissait d’exposer selon leur entendement l’importance et le rôle des technologies
mobiles utilisées dans l’apprentissage et de décrire, selon leur vision, les avantages
et les inconvénients du mobile learning.
Les résultats obtenus montrent que les étudiants considèrent que les technologies
mobiles jouent un rôle primordial et sont de fait très importantes dans le processus
Pour les enquêtés, l’importance des technologies mobiles dans les processus
d’enseignement et d’apprentissage ne peuvent faire l’objet de débat. La déclaration
suivante, faite par l’un des enquêtés, va dans ce sens.
« Je pense personnellement que les smartphones, les tablettes ou encore les ordinateurs
portables sont très importants pour l’enseignement. S’il y a un débat sur une question en
classe, dans un autobus ou quelque part, c’est-à-dire que si les gens ont des points de vue
différents, les appareils mobiles permettent de vérifier immédiatement sur internet et de
dire quelle est la bonne réponse. Voilà. » (Enquêté 2)
Cette importance des technologies mobiles est évoquée constamment par l’Unesco
(2012, 2013, 2015) qui souligne que les appareils mobiles jouent un rôle d’une im-
portance majeure dans presque tous les domaines d’activités et servent à accroître la
productivité dans de nombreux secteurs de la vie socioéconomique. Sur ces entre-
faites, l’UNESCO ne cesse d’inviter les différents acteurs à en prendre conscience et
à mettre en œuvre les technologies mobiles dans l’enseignement et la formation, en
faisant bien évidemment une meilleure exploitation. Cette invitation permanente se
fait non seulement à travers des rapports, mais aussi au cours des conférences telles
que celle de Qingdao, en République populaire de Chine. Au cours de cette confé-
rence (Unesco, 2015), les Ministres chargés de l’éducation, des hauts responsables
gouvernementaux, des représentants d’organisations de la société civile, d’associa-
tions d’enseignants, d’organismes des Nations Unies et de partenaires de dévelop-
pement, ainsi que membres des milieux universitaires et du secteur privé avaient af-
firmé leur compréhension commune des moyens d’exploiter pleinement le potentiel
des TIC au service de l’éducation et de la réalisation des Objectifs de développement
durable (ODD). Ils avaient même souligné que pour réaliser d’ici à 2030 l’objectif
d’une éducation inclusive et équitable de qualité et d’un apprentissage tout au long
de la vie, les TIC, notamment l’apprentissage mobile, doivent être exploitées pour
renforcer les systèmes éducatifs, la diffusion des connaissances, l’accès à l’informa-
tion, un apprentissage efficace et de qualité, ainsi qu’une offre de services plus effi-
ciente. Dans cet ordre d’idées, le Conseil des études de premier cycle (2013) à l’uni-
versité de Montréal au Canada, considère que l’utilisation des technologies mobiles
s’avère nécessaire, et souvent même indispensable dans différents contextes d’ap-
prentissage, mais que le recours à ces moyens n’est pas toujours indiqué et qu’il peut
« Avec le mobile learning, c’est comme si ton école est avec toi partout et à tout moment, tu
étudies partout et à tout moment et en fonction de ta disponibilité. L’apprentissage mobile
donne une certaine autonomie à tous » (Enquêté 3).
Les acteurs de l’éducation n’ont donc plus besoin de se déplacer avec des ouvrages
physiques. Ils peuvent accéder aux ouvrages et documents par le biais de leurs
appareils mobiles connectés sur internet.
« Avec un petit smartphone, avec un téléphone cellulaire, vous pouvez vous promener avec
des millions de livres dans votre poche là où il est impossible, voire fatigant de transporter
cinq livres dans votre poche ou même dans un sac par exemple. Cette facile mobilité et son
faible poids du téléphone sont un avantage pour l’apprentissage. » (Enquêté 14).
Quant aux inconvénients évoqués, ils portent sur le risque de distraction et de disper-
sion au cours de l’apprentissage et de perturbations en cas d’usage des appareils mo-
biles en classe. Les inconvénients portent aussi, selon les enquêtés, sur l’isolement
de l’apprenant, les problèmes d’ordre technique et le risque de perte des données et
ressources téléchargées.
« Souvent en classe, il y a des gens qui sont concentrés sur leurs appareils téléphones,
souvent ils regardent des vidéos qui peuvent faire du bruit, le son est fort et tout le monde
est dérangé, même l’enseignant. » (Enquêté 22).
L’un des inconvénients du mobile learning, c’est que les apprenants ne peuvent pas
entrer en contact avec un enseignant, suite à la visualisation d’une vidéo, pour poser
des questions en vue de comprendre certaines parties de la formation.
« Quand tu regardes une vidéo sur une pratique médicale par exemple, s’il y a quelque
chose que tu ne comprends pas, tu ne peux pas poser la question au prof qui est dans la
vidéo, tu ne peux rien faire parce que tu es seul, tu es isolé » (Enquêté10).
Ces résultats sont similaires à ceux obtenus par Pontes (2017) dans sa thèse de doc-
torat sur les usages et les représentations sociales de l’apprentissage mobile chez
des futurs enseignants brésiliens et québécois. Ce travail de recherche a révélé que
ces futurs enseignants ont une représentation positive des technologies mobiles pour
l’apprentissage. Toutefois, le rôle de l’apprentissage mobile est perçu comme un
appui pour leur apprentissage formel à l’université.
Les entretiens réalisés par l’auteure de la thèse avec ces deux groupes d’étudiants
ont permis de comprendre qu’ils classifient le rôle de l’apprentissage mobile en uti-
lisant les mots « compléter », « complémenter », « bonus », « secondaire », « outil
de dépannage » et « outils supplémentaires ». En ce qui concerne les avantages de
l’apprentissage mobile pour ces futurs enseignants comme étudiants, les résultats
obtenus montrent que le noyau central de leurs représentations sociales est constitué
par les perceptions suivantes : « augmente l’accès à des informations et ressources
», « facilite la réalisation de recherches », « permet d’apprendre à tout moment et en
toute place » et « facilite la communication ». Les résultats de cette thèse montrent
aussi que les enquêtés ont évoqué des défis à relever au sujet du mobile learning dont
le plus important est la « distraction » qui est le noyau central des représentations
sociales des deux groupes d’étudiants.
Notre étude a une force principale, mais aussi une faiblesse. La principale force est
qu’elle a lieu avec des personnes qui sont des agents de santé (infirmiers, sages-
femmes, techniciens, etc.) qui étaient des enseignants dans leurs pays respectifs et
qui n’avaient jamais bénéficié de formation pédagogique. Et pour améliorer leurs
compétences professionnelles en termes de pratiques enseignantes, elles ont été sé-
lectionnées pour la formation du master en pédagogie des sciences de la santé, et
se retrouvent aujourd’hui donc dans la position d’étudiants. Après la formation, ces
personnes redeviendront des enseignants dans leurs écoles de formation des agents
de santé. De ce fait, l’étude donne un aperçu des perceptions que pourraient avoir à la
fois des enseignants, des étudiants mais aussi des agents de santé du mobile learning.
CONCLUSION
La crise de la COVID-19 a entrainé la fermeture de la plupart des établissements
d’enseignement primaire, secondaire et supérieur dans le monde. Toutefois, pour
assurer la continuité pédagogique, les autorités éducatives des différents pays ont dé-
cidé de mettre en ligne les cours. De ce fait, la plupart des formations qui se faisaient
en présentiel ont été poursuivies en ligne. Cette situation a engendré une augmenta-
tion accrue du mobile learning dans la plupart des pays du monde, et principalement
en Afrique.
Les résultats de notre étude montrent clairement que l’apprentissage mobile joue de
nos jours un rôle majeur dans le processus d’enseignement et de formation. Dans la
plupart des universités et grandes écoles de l’Afrique subsaharienne, c’est le système
Licence, Master et Doctorat qui est en vigueur. Son instauration dans les institutions
d’enseignement supérieur s’est accompagnée de la réduction du nombre d’heures de
cours en présentiel et l’instauration des travaux personnels de l’étudiant. Sur cette
base, le mobile learning est vu comme un moyen important pour soutenir, approfon-
dir et compléter l’apprentissage formel.
Selon leurs perceptions, les étudiants enquêtés pensent que le mobile learning com-
porte aussi bien des avantages que des inconvénients.
Toutefois, les enquêtés estiment qu’à l’état actuel des choses et vu l’évolution sans
cesse constante dans le milieu de l’éducation, le mobile learning offre plus d’avan-
tages que d’inconvénients. Il suffit aux principaux acteurs de l’éducation d’élaborer
des politiques adéquates en vue de sa meilleure utilisation au profit du renforcement,
de l’amélioration et de l’efficacité des systèmes éducatifs. Cette étude a permis d’ap-
préhender les perceptions que les étudiants du master de pédagogie des sciences de la
santé ont du mobile learning. Toutefois, en termes de perspectives, pour comprendre
le rapport entre ces perceptions et la matérialité, il serait intéressant d’entreprendre
une autre étude avec le même public pour mieux comprendre leurs pratiques réelles
du mobile en classe ou en dehors de la classe.