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Procedure Fiscale

Il traite des questions en droit ivoirien.

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Introduction générale

• Problématique de l’instance fiscale en Côte d’Ivoire

• Limites des textes actuels (LPF, CPCCA)

• Nécessité de clarifier le rôle du juge et les règles applicables

Chapitre 1 : L’ouverture de l’instance fiscale

Section 1 : La détermination du juge compétent

• Identification de la juridiction matériellement compétente

• Tribunal de première instance vs juridiction administrative

• Réformes législatives (Constitution 2000, Code des investissements 2012, Loi organique 2014)

Section 2 : L’introduction de l’action fiscale

• Réclamation fiscale préalable

• Répartition des compétences (DGI, directeurs centraux/régionaux, Ministre du Budget)

• Sursis à paiement : conditions et procédure

• Modalités de saisine (assignation ou requête)

• Délai de saisine et computation

Chapitre 2 : L’instruction de l’instance fiscale

Section 1 : Les moyens d’investigation du juge fiscal

• Descente sur les lieux

• Vérification d’écritures

• Expertise judiciaire

• Faux incident civil et autres mesures

Section 2 : L’administration de la preuve

• Preuve à la charge de l’administration

• Preuve à la charge du contribuable (article 198 LPF)

• Pièces justificatives indispensables

Section 3 : Le rapport du juge de la mise en état

• Délimitation du périmètre du litige

• Compétence matérielle et territoriale

• Recevabilité de l’action

• Examen du fond : régularité de l’imposition, sanctions applicables


Ce cours a pour thème : LE CONTENTIEUX JURIDICITIONNEL D’ASSIETTE CONSECUTIF A UN
REDRESSEMENT : cela désigne, un litige entre le contribuable et l’administration fiscale porté devant
le juge à la suite d’un contrôle fiscal qui a conduit à une réévaluation du montant d’impôt à payer. Ici
le contribuable conteste le montant à payer. C’est cette contestation qui est la source du litige.

Objet : Comprendre l’ouverture et l’instruction de l’instance fiscale

Chapitre 1 : L'ouverture de l'instance fiscale

Paragraphe 1 : Identification de la juridiction matériellement compétente

Ce point se demande : quel ordre juridictionnel doit connaître des litiges liés aux impositions
supplémentaires après un redressement fiscal ? Autrement dit, juge judiciaire ou administratif ?

1. Ambiguïté des textes

• L’article 194 al. 1er du LPF parle d’un “tribunal compétent” sans le désigner clairement.

• Le Code général des impôts n’apporte aucune précision.

2. Le droit commun : les tribunaux judiciaires

• L’article 5 du CPCCA précise que les tribunaux de première instance sont compétents pour
toutes affaires, sauf si une juridiction est expressément désignée autrement.

• Ce principe faisait des juridictions judiciaires la norme.

3. L’avènement d’un ordre administratif spécialisé

• Depuis la Constitution de 2000, un ordre administratif est institué.

• L’article 33 de la loi organique n°2014-337 affirme que les juridictions administratives sont
compétentes pour le contentieux fiscal.

• L’article 143 de la Constitution de 2016 confirme l’existence de tribunaux administratifs


(théoriquement).

4. Problème pratique : un ordre administratif… incomplet

• Seul le Conseil d’État existe actuellement (créé en 2018).

• Les tribunaux administratifs et cours administratives d’appel n’ont pas encore été mis en
place.

5. Solution transitoire

• En attendant l’opérationnalisation des juridictions administratives :

o Ce sont les juridictions judiciaires qui continuent de trancher les contentieux fiscaux,

o Mais elles statuent en matière administrative.


Paragraphe 2 — Identification du tribunal territorialement compétent

Ce point répond à la question : où le contribuable doit-il porter son action contentieuse fiscale ?

1. Principe : Tribunal du lieu d’établissement de l’impôt

• L’article 16 du CPCCA précise que le tribunal compétent est celui du lieu où l’impôt a été
établi.

2. Application dans les cas simples

• Si la direction fiscale compétente est régionale ou locale :

o Le tribunal du siège de ce service est compétent.

• Exemple : un redressement fiscal effectué à Bouaké → tribunal de Bouaké compétent.

3. Cas complexes : services fiscaux à compétence nationale

• Exemple : Direction des Grandes Entreprises (DGE) située à Abidjan, avec compétence sur
tout le territoire.

o Si une entreprise à Korhogo est redressée par la DGE, le tribunal compétent est celui
d’Abidjan.

• C’est donc le lieu du service émetteur, et non le siège du contribuable, qui fait foi.

4. Demandes incidentes : règles spéciales

• Articles 100 et 101 du CPCCA permettent certaines demandes additionnelles (c’est toute
prétention qui se rapporte à la demande principale) ou reconventionnelles ( elles sont
recevable si elles sont connexes à la demande principale et pour objet d’un de ses éléments :
ëtre un moyen de défense contre l’action qui est dirigé contre le demandeur principal ;
declanche le mécanisme de compensation ; sert à obtenir un préjudice né du procès. )

• Particularité fiscale : les demandes de compensation de l'administration (ex. entre


plusieurs impôts) sont autorisées pendant l'instruction. ( Art 199 LPF )

• Un même juge peut ainsi traiter une demande principale et une demande reconventionnelle
liées à l’assiette, mais pas si cela touche au recouvrement, qui relève d’un autre contentieux.
( Art 17 CPCCA )
Section 2 : L’introduction de l’action fiscale

Cette section détaille comment ouvrir formellement le contentieux fiscal.

Paragraphe 1 : Le préalable d’une réclamation fiscale devant l’administration

Avant toute saisine du juge, le contribuable doit obligatoirement passer par une phase
administrative : la réclamation fiscale préalable.

A. Réforme introduite par la loi du 23 décembre 2020

Elle a profondément modifié la structure interne de traitement des réclamations fiscales.

1. Compétence des Directeurs Centraux

• Exemple : Directeur des Grandes Entreprises.

• Peuvent traiter les réclamations jusqu’à 500 millions FCFA si elles proviennent de leurs
propres services.

2. Compétence des Directeurs Régionaux

• Peuvent traiter les réclamations inférieures à 100 millions FCFA, si celles-ci émanent
de leurs propres structures régionales.

3. Le Directeur Général des Impôts (DGI)

• Compétent pour :

o Les litiges supérieurs à 500 millions FCFA ; aussi pour les litiges supérieurs à
100 millions mais inférieurs à 500 millions

o Les appels contre les décisions des directeurs régionaux et centraux ;

o Et peut aussi se saisir d’office d’un dossier dans un délai de 12 mois.

4. Maintien de la phase ministérielle

• Le contribuable peut ensuite saisir le Ministre du Budget, qui doit statuer dans les 45 jours.

• Cette étape reste facultative, mais ambiguë quant à son effet suspensif.

B. Nature de la réclamation préalable : contestation d’une obligation ou revendication d’un droit

Il ne suffit pas de contester l’impôt, il faut revendiquer un droit fiscal fondé.

1. Réparer une erreur

• Par exemple : mauvaise prise en compte d’une charge déductible ou d’un quotient familial.

2. Faire valoir un droit

• Par exemple : demander un dégrèvement prévu par la loi (exonération, réduction, crédit
d’impôt).
Une demande purement gracieuse ou vague peut être irrecevable.

C. Demande de sursis à paiement de l’impôt

Le sursis permet de suspendre temporairement l’obligation de payer l’impôt contesté.

Inapplicable pour :

• Les procédures d’office (taxation, rectification ou évaluation unilatérale).

Conditions de forme :

• La demande doit être explicite dans la réclamation.

• Elle doit justifier les raisons du sursis (ex. bases erronées).

Conditions de fond :

• Le contribuable doit :

o Payer la part non contestée ;

o Fournir des garanties suffisantes (souvent une caution bancaire ou une garantie
solvable).

Délai de traitement :

• L’administration (DGI ou Trésor) doit répondre dans les 15 jours suivant la remise des
garanties.

En cas de rejet :

• Le contribuable peut saisir le juge des référés.


Paragraphe 2 : Les modalités et conditions de forme de la saisine du tribunal

Lorsque la phase administrative est terminée (réclamation rejetée ou restée sans réponse), le
contribuable peut saisir le juge fiscal.

A — Les modalités de saisine

Ici, l’enjeu est de savoir par quels moyens formels une personne (contribuable ou administration)
peut valablement porter un litige fiscal devant le juge compétent.

1. L’assignation – La voie la plus fréquente

• C’est la modalité principale, notamment lorsque le montant du litige dépasse 500 000 FCFA.

• L’article 32 du Code de procédure civile, commerciale et administrative (CPCCA) précise que


toute instance est, sauf exception, introduite par voie d’assignation.

• L’acte doit être délivré par un commissaire de justice (ex-huissier), à la partie adverse,
c’est-à-dire l’Administration fiscale.

Pourquoi l’assignation est privilégiée :

• Les contentieux fiscaux sont souvent d’un montant élevé ;

• La procédure exige une formalité rigoureuse et un acte contentieux contradictoire ;

• Les contentieux sont introduits généralement par des entreprises, rarement des particuliers.

Depuis 2015 :

• L’Ordonnance n°2015-180 du 24 mars 2015 permet que l’assignation puisse être


électronique, mais le décret d’application est encore attendu, donc peu utilisée en pratique.

Particularité importante :

Qui doit être visé dans l’assignation ?

• Seul le Directeur Général des Impôts (DGI) peut représenter l’administration devant le juge
fiscal.

• Le Ministre du Budget et l’Agent judiciaire du Trésor (AJT) sont exclus dans ce cadre.

Où délivrer l’assignation ?

• Au siège du DGI à Abidjan, même si la décision contestée émane d’un service régional.

• La réforme de 2020 a complexifié la chose, car il n’est pas clair si les assignations peuvent
être délivrées dans les directions déconcentrées.
2. La requête – Une voie alternative

Elle est exceptionnelle, mais admise dans deux cas précis :

a. En cas de petit litige

• Si l’intérêt pécuniaire du litige n’excède pas 500 000 FCFA, l’article 32 autorise la requête
simple.

b. En cas de saisine par l’administration

• Le paragraphe 4 de l’article 194 du LPF prévoit que l’administration peut transmettre d’office
une réclamation au juge pour décision.

• Dans ce cas, la réclamation devient une requête devant le tribunal.

• En pratique, cette faculté n’est presque jamais utilisée par l’administration.

Quelles sont les mentions obligatoires ?

- L’identité du contribuable demandeur


- La désignation exacte de l’administration (ici : le DGI)
- L’objet clair de la demande (ex. : contestation du montant imposé)
- Les motifs juridiques et factuels
- Les pièces justificatives (avis d’imposition, notification de redressement, décision de
rejet…)

Quels sont les risques d’irrécevabilié de ces modes de saisines ?

Un oubli ou une erreur (ex : mauvais destinataire, absence de pièces, assignation


incomplète…) peut entraîner :

• Le rejet de l’action pour vice de forme


• Une perte de chance de recours, surtout si le délai de saisine expire

B - Les conditions de délais

1 - La règle générale : le délai de deux mois

Après la phase administrative (réclamation fiscale préalable), le contribuable dispose d’un


délai de deux mois pour saisir le juge fiscal.

Point de départ du délai :

• À partir de la réception de la décision explicite de rejet de l’administration (par le DGI


ou le Ministre) ;
• Ou à compter de l’expiration du délai laissé à l’administration pour répondre (en cas
de rejet tacite).

Cas particulier :

• Si le contribuable réside à l’étranger, il bénéficie d’un délai de distance de deux mois


supplémentaires.

Sanctions :

• S’il agit avant que l’administration n’ait statué (ou avant expiration du délai de
réponse), son recours est prématuré.

• S’il agit après l’expiration du délai, son action est tardive et donc irrecevable.

2 — Les difficultés d’interprétation : cas de la phase ministérielle

Problème posé :

L’article 189 du LPF permet au contribuable de saisir le Ministre du Budget après un rejet par
le DGI.
Mais le texte ne précise pas si ce recours :

• est obligatoire avant d’aller devant le juge ;

• et s’il interrompt ou suspend le délai de deux mois pour saisir le tribunal.

Une jurisprudence fluctuante :

Deux décisions illustrent cette insécurité juridique :

Jugement n°06, TPI Abidjan, 23 janvier 2003, affaire CANAPLAST :

Le juge considère que le recours au Ministre était obligatoire, donc la saisine du juge avant
cette étape était prématurée.

Jugement n°29/17 du 19 février 2017, TPI Abidjan :

Le tribunal accepte que la saisine du juge se fasse directement après la décision du DGI,
considérant que le recours au Ministre est facultatif.

Conséquence :

Le contribuable ne sait pas toujours s’il peut aller directement devant le juge ou s’il doit
d’abord saisir le Ministre — une zone grise juridique qui mérite une clarification législative.
CHAPITRE 2 : L’INTRODUCTION DE L’INSTANCE FISCALE

Section 1 : Les moyens d’investigation du juge fiscal

Le juge peut utiliser divers pouvoirs d’instruction issus du CPCCA, notamment pour :

• Vérification des pièces et des écritures contestées (signature, authenticité)

• Recours à l’expertise technique, notamment en comptabilité ou fiscalité (articles 65–66


CPCCA)

• Descente sur les lieux (articles 83–84)

• Enquête, audition de témoins, etc.

• Incidents de faux ou de falsification (article 92)

Note : Le LPF ne contient pas de régime d’expertise ; on applique donc le droit commun.

Section 2 : L’administration de la preuve devant le juge fiscal

On distingue ici deux grands régimes de preuve :

Preuve à la charge de l’administration fiscale

• Preuve de la régularité de la procédure de redressement

• Justifier les bases de l’imposition contestée

• Fournir les éléments en cas de compensation fiscale

• Respect des délais, notifications, droit à la défense

Preuve à la charge du contribuable

Selon l’article 198 du LPF, la charge incombe au contribuable qui demande la réduction ou
l’annulation de son imposition, si l’imposition a été établie :

- Dans le cadre de taxation, évaluation ou restriction d’office


- Si l’imposition repose sur des données fournies par lui
- Si elle est basée sur l’avis de la commission mixte paritaire

Il doit fournir au juge pour que sa demande soit recevable :

• Les pièces justificatives listées à l’article 186 LPF (notification de redressement, avis
d’imposition, quittance, la réclamation préalable et la réponse de l’administration)

• Ces pièces doivent déjà avoir été communiquées à l’administration, sous peine
d’irrecevabilité
Section 3 : Le rapport du juge de la mise en état

Cette section traite d’un acteur central et discret de l’instance fiscale : le juge de la mise en état
(JME). Son rôle est capital pour assurer l’efficacité et l’ordre procédural du contentieux, tout en
facilitant le jugement sur le fond.

En Côte d’ivoire, il existe un seul rapport de ce type et il est du juge administratif PIERRE-CLAVER
KOBO.

Qui est le juge de la mise en état ?

C’est un juge désigné pour superviser l’instruction de l’affaire, sans trancher lui-même le fond du
litige.
Il agit en amont de l’audience et vise à :

• Délimiter les enjeux,

• Organiser le débat,

• Faciliter le travail du tribunal avant jugement.

Quelle est sa mission ?

L’article 51, alinéa 2 du CPCCA prévoit que le JME établit un rapport écrit qui :

• Résume l’objet de la demande,

• Expose les moyens des parties,

• Identifie les questions juridiques et factuelles en litige,

• Signale les difficultés à trancher,

• Prépare les débats en audience de jugement.

C’est un outil de synthèse et de clarification, fondamental dans les litiges techniques comme en
fiscalité.

Que contient ce rapport en matière de contentieux fiscal ?

Le rapport du JME traite notamment de :

1. La délimitation du périmètre de l’instance

• Si plusieurs instances sont en cours → jonction possible ;

• Interventions volontaires de tiers (ex. : autres administrations, partenaires solidaires en


matière de TVA) ;

• Désistements d’instance ou d’action (ex. : quand l’administration accorde un dégrèvement


partiel pendant l’instance).

2. La compétence du juge
• Le JME peut soulever des irrégularités de compétence (matérielle ou territoriale) :
ex. : tribunal saisi à tort au lieu de celui du lieu d’établissement de l’impôt.

3. L’objet du litige

• Détermination claire du point resté en discussion :


ex. : si une partie de l’impôt a été abandonnée, le rapport recentre sur ce qui est encore
contesté.

4. L’examen du litige

A - L’examen de la recevabilité

• Le JME signale les éventuelles causes d’irrecevabilité :

o Défaut de réclamation fiscale préalable ;

o Recours hors délai ;

o Absence de pièces obligatoires (LPF art. 186).

o La non utilisation de l’arbitrage pour les contribuables bénéficiant de cette procédure

B - Le fond du litige

• Même s’il ne donne pas son avis personnel, il identifie les points litigieux sur :

o La régularité de la procédure d’imposition ;

o Le bien-fondé de l’imposition ou des sanctions ;

o Les textes invoqués, arguments techniques, etc.

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