La liberté est-elle une illusion?
(cours de méthodologie de la
dissertation- 2/4 - plan réfutatif ) Didactique.
Thibault Jean-Fred Masset
To cite this version:
Thibault Jean-Fred Masset. La liberté est-elle une illusion? (cours de méthodologie de la dissertation- 2/4 -
plan réfutatif ) Didactique.. Licence. La liberté est-elle une illusion?, France. 2024, pp.13. ⟨halshs-04722304v2⟩
HAL Id: halshs-04722304
[Link]
Submitted on 9 Oct 2024
HAL is a multi-disciplinary open access archive L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est des-
for the deposit and dissemination of scientific re- tinée au dépôt et à la diffusion de documents scien-
search documents, whether they are published or not. tifiques de niveau recherche, publiés ou non, émanant
The documents may come from teaching and research des établissements d’enseignement et de recherche
institutions in France or abroad, or from public or pri- français ou étrangers, des laboratoires publics ou
vate research centers. privés.
Copyright - All rights reserved
Didactique- Notes de cours de philosophie de début d’année
par Thibault Masset
Apprentissage de la méthodologie appliquée de la dissertation - 2/4
2- Découverte du plan rhétorique, éristique, réfutatif
Question-sujet : La liberté est-elle une illusion ?
La dissertation comporte trois parties :
a. L’introduction,
b. Le développement,
c. La conclusion.
L’introduction
a. Explicitation de la méthode avant de rédiger l’introduction
b. L’introduction rédigée
Explicitation de l’intention de rédaction pour l’introduction.
Dans l’introduction ci-dessous (page 2), je vais commencer par tâcher de
(1) donner une consistance à la question-sujet. Mon but est d’abord de
montrer que nous avons une ou des raisons de se poser cette question.
Cette étape de l’introduction étant achevée, je suis autorisé à (2) analyser
le contenu spécifique de la question-sujet, en étant attentif à la précision
de son énoncé pour identifier sa signification spécifique. En troisième lieu,
je vais (3) dégager les enjeux, c’est-à-dire les conséquences théoriques
associées aux réponses possibles à la question-sujet, j’en tirerai (5) un
problème puis (5) j’annoncerai mon plan.
Pour faire cela, (étape 1 donner une consistance à la question-sujet), il faut
donc par rapport à ce sujet « La liberté n’est-elle qu’une illusion ? » que je
crée un doute sur l’existence de la liberté. Je vais procéder en trois étapes.
Je prends pour point de départ l’aspect subjectif, individuel : le sentiment
de liberté. Celui-ci est variable donc l’existence de la liberté est incertaine.
La subjectivité étant dans l’impasse. Je vais examiner si on peut dépasser
cette impasse subjective en appréhendant objectivement, factuellement
la liberté, ici à l’échelle collective, à l’échelle politique, géographique, par
comparaison de deux régimes politiques. La liberté semble au premier
abord attester d’un fait politique des libertés mais ce fait s’évanouit lui
aussi en portant un regard plus attentif au régime démocratique, pris lui-
1
même dans une mécanique de la répétition, ainsi même objectivement,
l’existence assurée de la liberté demeure incertaine. Ce doute persistant
motive la question, lui donne une consistance, une raison. On peut passer
à l’étape 2. Analyser etc.
Voici comment cela se traduit en passant à la rédaction :
Introduction :
Le phénomène de la liberté semble ambigu. Evidente quand on l'éprouve,
celle-ci disparaît face au moindre obstacle. Pourtant, une vie vécue en
démocratie ne ressemble pas à celle vécue sous un régime autoritaire.
L’une est libre là où l’autre est marquée par la contrainte et la privation.
Cette remarque nous incite à voir en la liberté une certitude factuelle.
Pour autant, même en démocratie, à un niveau plus fondamental, la
simple répétition des temps de la vie quotidienne recharge notre doute sur
son existence. La répétition de l'ordinaire semble mécanique, jour après
jour, semaine après semaine. Nous avançons mécaniquement dans
l’existence. (Nous nous levons, déjeunons, nous nous lavons, habillons,
partons au travail, mangeons, revenons, nous nous reposons, dormons, et
nous repartons, ainsi de suite.) Ici encore, il s’agit d’une intuition. Ainsi,
face à cette ambiguïté du phénomène de la liberté, il nous est nécessaire
d'examiner son être, sa nature illusoire ou réelle. D’où vient cette
ambiguïté ? Si nous devions admettre que la liberté est de l'ordre d’une
illusion, cela impliquerait qu’il y ait une totale distorsion entre le
phénomène et sa nature véritable, qui serait son essence opposée :
l’apparaître serait l’inverse de l’être plutôt qu’un élément de sa série. Il
nous faudra donc déterminer si la liberté est un phénomène subjectif sans
consistance, auquel cas, nous devrons mettre à jour non seulement le
mécanisme qui produit l’illusion, sa cause efficiente, mais également sa
raison, la raison de son existence. Deux solutions se présentent à nous. En
nous affranchissant de la part subjective qui conduit à la confusion, nous
nous placerons sur le plan ontologique et cosmologique pour dégager la
principale implication : en renonçant au principe de la liberté, nous
admettons nécessairement l’universalité du principe de causalité et
2
toutes les conséquences1 associées. A l'inverse, si notre examen aboutit à
l’établissement de l’existence de la liberté, un autre problème se poserait
à nous : comment en concilier l'existence de celle-ci avec le principe de
causalité ? Est-ce même conciliable ? faudra-t-il admettre une exception
à cette universalité ? Dans un premier temps nous verrons en quoi X, puis
nous observerons que Y pour enfin soutenir que Z.
Développement,
a. Un rappel méthodologique
b. Le développement lié à la question-sujet.
Rappel de la méthodologie de construction d’un plan de développement
rhétorique.
Pour le plan rhétorique réfutatif, le développement est organisé comme il
suit :
I. Partie I = thèse2 I = Affirmation de la thèse que je n’aime pas,
II. Partie II = mise en doute de la thèse I ( « « est-on sûr de I ? »,
III. Partie III = Affirmation de la thèse que j’aime.
A l’intérieur de chaque partie : il y a trois arguments.
1
: une illustration de conséquences dans le domaine des actions humaines serait le
changement de nature de l'édifice du droit et de toutes nos institutions morales et juridiques
dont judiciaires qui ne deviendraient qu’une simple convention. Un juge, convaincu de
l’inexistence de la liberté, ne ferait que comme si celle-ci existait tout en sachant que la société
produit mécaniquement et statistiquement un pourcentage de criminels et délinquants
irréductible dont il faut simplement réguler les actions bien que l’analyse des parcours de vie
témoignerait davantage d’un déterminisme social ( absences de repères parentaux, violences,
vie en foyer, précarités sociales, économiques, affectives, abus, milieux violents, exemples de
réussites à proximité créant un écart suscitant l’envie, décès subis, isolements, rupture
récente : tous ces éléments seraient autant de facteurs combinés qui produiraient un début
puis la confirmation d’une trajectoire criminelle. Admettre ontologiquement, le caractère
illusoire de la liberté conduirait alors à considérer judiciairement toute personne comme
néanmoins responsable de ces actes pour maintenir l’ordre social alors même que nous
sommes tous et toutes déterminés, incités, conduit à agir selon le poids des causes sociales
déterminant nos actions. Selon cette perspective, les condamnations sanctionnent alors
davantage des milieux et des contextes conduisant aux délits et aux crimes plutôt que des
personnes dont on évaluerait le vice intrinsèque à leurs actions.
2
: thèse = réponse directe et explicite à la question sujet.
3
Chaque argument défend la thèse de la partie.
L’argument est logiquement lié à la thèse car il formule une raison
théorique soutenant la thèse. La conjonction « car » doit toujours pouvoir
relier la thèse et l’argument
Un argument par paragraphe. L’ordre logique à suivre est : thèse,
argument, explication de l’argument, mobilisation d’une référence
soutenant l’argument, explicitation de la référence, liaison à l’argument
et à la thèse, transition d’argument ou de partie.
Ne pas oublier les transitions entre arguments et surtout entre les parties
sinon rien n’autorise logiquement à poursuivre l’examen.
Développement concernant le sujet : La liberté est-elle une illusion ?
I. (Thèse I) La liberté n’est pas une illusion.
Définition liberté : capacité d’agir indépendamment des obligations
sociales.
1. (Argument social) Il existe des comportements sociaux et
trajectoires sociales indépendants des normes. Il y a donc des
comportements libres.
Explication de l’argument : de nombreuses personnes naissent, vivent et
meurent dans un milieu social similaire. Le mode de vie entre leur milieu
de départ et milieu d’arrivée est similaire. Ces existences menées ne
peuvent assurément pas attester à coup sûr d’une vie choisie. L’hypothèse
de vies subies demeure. Pour attester de l’existence d’un fait social de la
liberté, il faut établir l’existence d’existences menées par choix délibéré
pour au moins un petit nombre de sujets sociaux. Les trajectoires
ascendantes d’émancipation sociale (celles passant d’un milieu pauvre à
un milieu riche, ou celles pour lesquelles on peut observer des
changements radicaux dans les caractéristiques culturelles entre le
milieu de départ et milieu d’arrivée (athée vers croyant, croyant vers
athée, etc.) peuvent attester d’un fait social de la liberté car un certain
affranchissement des obligations sociales est factuellement constatable.
4
Références possibles : les transclasses ou la non reproduction de
[Link] (reposant sur Spinoza, Ethique) [Link], retour à Reims.
[Link], La Place.
Exemple illustratif : [Link], La Place. Shakespeare, Roméo et Juliette.
Capulet, Montaigu.
Transition : condition/fondement. Un tel comportement humain dit
libre doit pouvoir être fondé rationnellement pour sortir de l’ambiguïté.
(entre croyance ou fait). Il faut pouvoir rendre compte du fait de la liberté.
Scientifiquement, il doit reposer sur une base biologique qui doit en être
sa condition de possibilité objective. Quelle est la condition objective de
possibilité d’un fait social de la liberté ?
2. (Argument biologique, anatomique, individuel) La raison de la
possibilité d’un fait social de la liberté humaine se trouve dans
l’existence de l’organe du cerveau humain, qui en est la raison
biologique, anatomique.
Explication de l’argument : l’instinct est le principe général expliquant
le comportement des animaux. (L’action est réflexe, la réponse à un
stimuli est immédiate sensori-motrice, les nerfs afférents traduisent le
stimuli en potentiels d’actions traités par le centre nerveux et
déclenchant une réponse réflexe (ex : chaleur, la main se retire ; bruit fort,
action de fuite). A tout stimuli dangereux, une réaction immédiate est
mécaniquement déclenchée. Il s’agit d’une réponse mécanique.
Différemment, l’intelligence permise par le cerveau humain fait figure
d’exception à cette généralité. Le cerveau humain offre la possibilité de
subir n stimuli simultanément et de différer la réponse par une évaluation
réflexive du sujet dont la réponse devient indéterminable à l’avance.
L’organe cerveau permet d’une telle réponse médiate, différée en tant
qu’il agit comme un centre d’indétermination.
Référence nécessaire : Bergson, Matière et Mémoire I, le cerveau comme
centre d’indétermination3. (voir textes)
3
: d’autres philosophes de traditions distinctes peuvent suivre en un sens Bergson, notamment des modèles non
plus biologiques mais mathématiques probabilistes, modèle de l'action consciente de Norman-Shallice. Au ch. 2
de L’énergie spirituelle, Bergson abonde dans le centre du refus du déterminisme comme un réductionnisme.
Bergson, L’énergie spirituelle, chap. 2 (« l’âme et le corps »).
5
Le cerveau permet de ne plus répondre directement à des stimulis, il n’est
pas similaire dans son fonctionnement à l’instinct.
Déduction : il s’opère, avec le cerveau, une sortie du régime de la causalité
mécanique. Par cela, il rend possible et est la condition de la liberté qui est
une réponse indéterminée à l’avance et une capacité de pouvoir agir
indépendamment des stimulis qui mécaniquement conduiraient à
déterminer notre action ou comportement. (face à un bruit de danger
l’humain peut décider de faire face au danger, comme il peut fuir ou
chercher à évaluer davantage, ainsi de suite, rien n’est assuré à l’avance
dans sa réponse)
Transition : condition de possibilité : comment dépasser l’apparence
difficulté à concevoir une exception (l’intelligence et son support matériel
le cerveau) à un principe général de l’instinct chez les animaux ?
Comment l’existence d’un tel organe, le cerveau, permettant une telle
chose (sortir du régime de la causalité mécanique), est-il possible (donner
la raison du fait du cerveau) ?
3. (Argument) Le cerveau humain est le « siège de la liberté humaine »
ou plutôt la condition de possibilité biologique de la liberté humaine
et de tout comportement libre est le produit de l’évolution (non
téléologique).
Explication de l’argument : rappel sur la théorie de l’évolution (les
mutations au hasard comme moteur, la variabilité du milieu comme
condition contingente, la rencontre fortuite entre les mutations au hasard
et un milieu contingent, font devenir avantageuses, neutres ou
désavantageuses les mutations de leurs porteurs, porteurs qui se
reproduisent et conservent ces mutations : ce type d’organisme se
conserve autant de temps qu’il est adapté aux milieux ultérieurs auquel il
est soumis)
Le cerveau signe l’émergence d’une propriété nouvelle dans le vivant ; la
théorie de l’émergence est une interprétation de la théorie de l’évolution
qui consiste à admettre qu’à partir d’un certain seuil de complexité de
relations entre éléments formant dès lors un ensemble, une propriété
nouvelle peut émerger de celui-ci. Ici, le cerveau est une branche évolutive
distincte de l’orientation de la branche de l’instinct. Le cerveau humain
de la lignée homo sapiens lui offre une capacité à agir sans être
6
conditionné directement par des stimulis qui « tendent » à déterminer
mécaniquement le comportement et l’action. Dans la lignée homo, homo
sapiens signe l’émergence de la liberté selon la théorie de l’émergentisme.
Référence souhaitée sur le mécanisme de l’évolution : Jacques Monod,
le Hasard et la nécessité. Ou cours SVT.
Référence possible sur l’émergentisme : Bergson, L’Energie spirituelle,
le manteau et le clou. Références anglosaxonnes possibles. (Petit article
clair : Juignet, Patrick. Le concept d'émergence. Philosophie, science et
société. 2016. [Link]
Transition de partie : Résumé + bascule logique. S’il semble, il y avoir des
conditions de possibilité, le fait n’est néanmoins pas attesté. (Arg 2 et Arg
3 n’établissent que des conditions de possibilité de la liberté et non
l’existence de la liberté elle-même. Il n’y a donc qu’un argument sur le fait
de la liberté. Y a-t-il véritablement un fait social de la liberté ou est-ce
l’ignorance des causes sociales fines qui nous conduirait plutôt à nous
méprendre sur le statut des comportements qui nous paraissent libres ?
II. (Mise en doute de la partie I) Est-on sûr que la liberté ne soit pas
illusoire ?
Ce que nous avons affirmé être un fait et des conditions attestées de la
liberté ne sont-elles pas illusoires ?
1. (Anti-argument) Y a-t-il un fait social de la liberté ou plutôt un fait
social du conditionnement social ordinaire ?
Déf nominale de l’illusion : le propre de l’illusion est d’offrir une
apparence de réalité. Nous serions dans l’apparence et la croyance en une
liberté au lieu d’être dans la réalité.
Explication de l’anti-argument : D’une part, les illustrations littéraires
évoquées ne sont que des produits de l’imagination, donc il n’y a aucune
fiabilité en les convoquant pour attester d’une existence réelle de la
liberté. Roméo et Juliette est une fiction. De plus, la notion de «
transclasses » de [Link] nous permet de mettre un mot sur une réalité
sociale mais nous avons commis une erreur en ce sens que nous avons
produit une extrapolation excessive abusive quand nous en inférons un
7
fait social de la liberté. Le niveau de preuve est insuffisant. Seule une
démarche scientifique permettrait d’établir un tel fait. Or, les seules
démarches scientifiques dont nous disposons établissent l’inverse de la
liberté.
Référence : Une expérience de psychologie collective, selon un protocole
d’apparence scientifique telle que celle de [Link], atteste bien
davantage d’une absence de liberté généralisée dans une grande partie du
champ social que de l’existence de la liberté. Milgram présente par son
expérimentation, une forme de loi pragmatique du fonctionnement
psychique en situation d’interaction sociale. Face à une autorité
hiérarchique et engagé dans une action commune de personnes de même
niveau, le sujet humain semble déterminer son comportement dans le
sens du conformisme même face à la négation de ses propres principes
moraux. L’autorité et le poids du regard et des actions des autres agissent
comme des conditionnements inhibiteurs de toute prise de décision non
conforme à l’autorité et au groupe. Le risque étant les représailles de
l’autorité et l’exclusion du groupe, c’est-à-dire payer le coût de la
réprobation et de l’isolement. Ainsi, les individus agissent comme les
autres. Par généralisation, on peut donc penser que les individus, dès
qu’ils sont réunis dans un espace clos ou codé, forment un système qui
détermine les comportements acceptables et ce système d’interaction
oblige les individus.
Illustration pédagogique : dans une classe, l’autorité est le professeur, les
élèves adoptent une attitude et un niveau de langue ainsi que des types de
sujets de discussions déterminés par ce cadre ; l’espace social du couloir
créée également par les personnes qui y sont un code associé, un autre
type de discussion ; un cadre familial ouvre encore un autre type de
comportement et de discussions, etc.)
Déduction : la règle générale de la société est donc bien le poids des
normes : il inhibe toute attitude d’indépendance et d’affranchissement
des normes et des obligations sociales. On peut formuler l’hypothèse pour
les transclasses d’une contradiction trop grande entre des données
possédées par l’agent social et les coordonnées de son milieu qui
réactionnellement induit une trajectoire transclasse.
8
Transition : Y a-t-il un fondement dès lors à un tel
conditionnement général? N’y a-t-il pas contradiction avec l’existence
d’un cerveau comme condition de possibilité d’une liberté à l’échelle
sociale ?
2. (Anti-Argument) Le fondement anatomique désigné pour soutenir
l’hypothèse de la liberté est-il valable ?
Explication de l’anti-argument : le cerveau avait été considéré comme
un organe isolé. En isolant artificiellement celui-ci nous avons commis
une erreur de raisonnement et d’interprétation des possibilités qu’il
recèle ; s’il donne l’apparence de rendre possible la liberté, c’est à cause de
l’omission de notre part du système entier auquel le cerveau est intégré,
notamment le système de conditionnement endocrinien qui en détermine
les réponses appropriées au milieu. Le cerveau est un élément dans un
système plus vaste anatomique et, en se plaçant au niveau du système
entier, on peut en saisir le caractère totalement déterminé et ajusté aux
exigences du milieu extérieur. Le cerveau formulera des réponses et des
comportements adaptés au milieu grâce au système endocrinien agissant
comme une interface d’ajustement aux exigences du milieu et un système
de contrôle.
En d’autres termes, le milieu impose un ajustement du comportement
adéquat au milieu. Celui-ci est rendu possible par le système endocrinien
qui agit sur le cerveau, lequel est un organe sensible aux taux hormonaux,
lesquels déterminent le comportement du sujet. (Un taux de dopamine
haut ou de sérotonine, signifie relâchement ; un taux élevé de cortisol
signifie stress déclenchant une libération d’ATP et des mouvements de
fuite ; l’adrénaline et testostérone sont autant de réponses hormonales à
des situations d’attaque ou défense ; etc. à certains seuils de cortisol,
l’amygdale est saturée : tous ces exemples décrivent les modulations
comportementales et les réponses au milieu)
Illustration/Exemple : le syndrome de stress post traumatique4.
Un sujet ayant été sur un théâtre de guerre, c’est-à-dire une situation de risque de mort
permanent, le sujet sécrétera des taux de cortisol et adrénaline élevés constants pour
être en vigilance constante. Son sommeil sera léger. Il aura sécrété des taux adéquats
4
: Référence nosologique psychiatrique : TPSD : [Link]
disorders/anxiety-and-stressor-related-disorders/posttraumatic-stress-disorder-ptsd
9
à sa situation. De retour dans le monde civil, les taux acquis, rechargés par la mémoire
traumatique également, créeront une inadaptation au milieu civil « pauvre » moins
« intense » qu’un théâtre d’opération militaire dans un pays hostile. Les taux
durablement acquis déclencheront d’eux-mêmes, à certains moments, des
comportements inadéquats en situation assimilée par le cerveau à la situation
antérieure ; des surréactions dangereuses peuvent se manifester ou des recherches
d’anesthésie par l’alcool pour retrouver un état d’apaisement. Les dangers sont la
violence et le suicide par dépression (chute des taux de dopamine, conduisant à la
réduction des mouvements, des aspirations et de l’appétit de vivre.)
Ainsi, nos comportements semblent déterminés. Le cerveau, couplé au
système endrocrinien, n’est-il pas illusoirement la condition des
comportements « libres ? » et surtout, qu’est-ce qui nous autorise à voir en
ce cerveau à présent un organe distinct du mécanisme inhérent au monde
animal consistant à adapter l’organisme et l’espèce à son milieu ?
3. (Anti-Argument) La conception de l’émergentisme n’est- elle pas
articifielle?
Explication de l’anti-argument : L’émergentisme rendait compte d’une
coupure entre le monde animal régit par l’instinct, c’est-à-dire un pur
mécanisme causal action réaction stimuli, réponse immédiate et
l’homme, doté d’un cerveau comme centre d’indétermination, différent la
réponse et ouvrant les droits de la liberté. Cette conception ne nous semble
plus pertinente à présent d’autant plus qu’elle rend possible une coupure
épistémologique entre l’homme et le monde animal. Face à un cerveau à
présent resitué dans son système endocrinien, n’est-on pas en droit d’y
voir davantage un présupposé anthropocentrique et téléologique ?
Admettre une valeur supérieure au cerveau ne semble pas objectif. Si l’on
s’en tient à la théorie de l’évolution, elle ne nous affirme aucune
supériorité mais au contraire un buissonnement du vivant. La
représentation graphique n’est pas celle d’une ligne x=y où l’apogée est
l’homme et son cerveau, mais bien une sphère partant d’un ancêtre
commun, puis des différentiations de branches d’espèces, certaines
s’éteignant et d’autres branches se poursuivant selon le mécanisme de la
sélection naturelle. La rencontre fortuite entre le hasard des mutations et
le hasard du milieu, offre aux espèces dôtées d’avantages suffisants pour
survivre, la possibilité de se reproduire et de se perpétuer. Si la
circonférence de la sphère du vivant désigne l’état actuel des espèces
encore vivantes et si le rayon représente le temps écouté en centaines de
10
milliers d’année séparant le centre de sa circonférence actuelle, alors nous
ne sommes qu’une espèce parmi d’autres ayant su s’adapter, au même titre
que les insectes, ainsi de suite, ce qui signifie de notre organe cerveau au
sein du système « cerveau-système endocrinien » n’a été qu’un outil
efficace parmi d’autre pour permettre à une espèce parmi d’autre de
s’adapter et de survivre.
Il nous faut donc relativiser objectivement l’importance du cerveau seul
comme n’étant qu’un des outils associé propre à un système cerveau-
hormones remplissant au même titre que l’instinct, identiquement la
fonction d’adaptation au milieu (qui plus est lorsqu’on sait que la bipédie,
permettant la libération des mains de la locomotion et de la colonne
phonatoire, ont fait beaucoup pour la survie de notre espèce.)
Transition : Au terme de cette partie, nous ne pouvons plus soutenir que
la liberté ne soit pas une illusion. Son fondement théorique biologique,
l’émergentisme était le produit d’un biais anthropocentrique et
téléologique. Le cerveau n’est pas un centre d’indétermination parce que
le saisir de manière isolée est une erreur anatomique, tout fonctionnant
en système, enfin cette condition de possibilité de la liberté étant tombée,
rien des comportements ne peut témoigner d’une liberté et ceux-ci nous
apparaissent tels sans doute par ignorance.
III. (Partie III, Thèse II) La liberté est une illusion.
1. (Argument) A l’échelle sociale, l’illusion de la liberté provient du
décalage entre le ressenti subjectif et l’objectivité sociologique.
Explication de l’argument : Comme les sujets sociaux ne sont pas
conscients des causes qui les déterminent à agir, à penser, croire,
apprécier, et qu’ils font des choix délibérés et qu’ils apprécient de manière
différentiée et jugent, évaluent, ils pensent être l’origine de ces contenus
de décision, de ces appréciations subjectives et de leurs jugements. Or, ce
que la sociologie permet de saisir est que ce que l’individu subjectivement
perçoit comme un choix libre par exemple d’orientation professionnelle,
le sociologue lui y observe, à une échelle statistique globale, un simple
ajustement aux chances objectives de réussite de l’agent social. « Tout se
11
passe donc comme si les catégories les plus défavorisées avaient
intériorisé dans leur habitus les probabilités objectivement faibles
qu’elles ont d’accéder aux études supérieures et qu’elles ajustaient leur
comportement à leurs chances objectives de réussite »5 Quand il y a
corrélation systématique entre la sélection subjective d’un agent social et
les chances objectives réelles liées à son milieu, on dit qu’il y a
déterminisme social. Mécaniquement, un milieu offre objectivement des
orientations limitées prévisibles et prédictibles par la sociologie.
Si on peut y objecter que le déterminisme professionnel d’un agent social
rationnel n’interdirait pas, sur un autre plan, celui des goûts, l’existence
d’une liberté d’appréciation qui ne serait pas socialement déterminée,
Pierre Bourdieu montre néanmoins, preuves sociologiques à l’appui, dans
la Distinction que les goûts et les pratiques sont également des produits
sociaux tout à fait déterminés composant des ensembles cohérents au sein
d’un milieu. Ainsi même ce qui nous parait le plus intime nos goûts sont
le produit de notre culture et d’ailleurs le goût est un bon indicateur de la
classe sociale (« le goût classe celui qui classe », il nous dit plus sûr nous
que sur l’objet qu’on juge, il dit quelle est notre origine sociale)
Déduction : nous sommes des produits sociaux, les produits d’un
déterminisme social. Ce que nous sommes, est ce que notre milieu a fait
de nous, il n’y a pas de liberté des trajectoires. L’histoire individuelle dans
un milieu donné explique les trajectoires sociales des individus. (François
Dubet, sociologue étudiant l’école, évoque les micro différences (un décès
ou non dans la famille, un divorce ou non, [Link] professeur.e impliqué.e
dans tel établissement local disposant de programmes liés à de grandes
écoles ou, telle place dans la famille, etc.) toutes ces micro-différences
ajoutées dans des milieux donnés rendent compte dans la même
perspective déterministe que Bourdieu des trajectoires transclasses : les
modèles sociologiques fins expliquent donc bien aussi ces trajectoires qui
ne sont pas du tout des produits de la liberté)
5
: Ourdain Anne, Naulin Sidonie. Héritage et transmission dans la sociologie de Pierre Bourdieu. Idées
économiques et sociales, 2011/4 N° 166, p.6-14. DOI : 10.3917/idee.166.0006. URL :
[Link]
Des travaux actuels s’intéressent à la notion de ségrégation scolaire. Dernier travail en date le travail
doctoral de [Link], La ségrégation entre les établissements scolaires et ses conséquences, 2024.
12
Transition : le déterminisme social démontre l’illusion sociale de la
liberté néanmoins rien en l’état n’explique biologiquement la possibilité
de ce déterminisme social car l’argument du système « cerveau-
hormones » ne permet uniquement de comprendre le déterminisme des
réactions comportementales (agressivité, rigidité, apathie, impulsivité,
impassibilité, etc.) mais pas les décisions d’orientations professionnelles :
y a-t-il un fondement biologique au déterminisme social ?
2. (Argument) Le cerveau est l’organe rendant possible le
déterminisme social à cause de l’interaction entropique entre
plasticité cérébrale et milieu social.
Contrairement à ce que nous avons cru voir dans le cerveau, il rend
possible le déterminisme social.
La propriété de la plasticité du cerveau, maximale pour un enfant,
implique une capacité d'enregistrement et d'intériorisation de l'ensemble
des informations provenant du milieu social dont la famille et génère une
adaptation à ce milieu. C'est donc depuis l'enfance jusqu'à la période de
jeune adulte, que se crée des dispositions durables comme autant
d'intériorisation des codes d'un milieu et des compétences que celui-ci
transmet par mimétisme. Si le jeune enfant et dans un milieu fortement
local et déterminé par des compétences limitées, son adaptation est
maximale à son milieu d'origine mais le conduira à une grande difficulté
d'adaptation à d'autres milieux différents voire plus complexes : il ne
disposera pas des outils et des techniques rendant possible une mobilité
sociale. On parle d'habitus quand il s'agit d'un ensemble de dispositions
systématisées propre à un milieu social et culturelle donnée. C'est le
cerveau donc qui rend possible la limitation des possibilités des individus
du seul fait d'une plasticité conditionnée par le milieu. En droit, isolé et
dans l’absolu, le cerveau est un centre d'indétermination mais dans les
faits il est un centre d’enregistrement de schèmes pratiques, de structures
cognitivismes acquises dans un milieu et donc n’est qu’un outil de
reproduction sociale agent d'un déterminisme.
Transition : Cette plasticité qui se perd ne signe donc telle pas l’abolition
de l’hypothèse de la liberté ?
3. Il semble que les chemins de l’évolution, quoique multiples et
parfois indirects, témoignent d’un même principe à l’œuvre- la
13
reproduction de l’espèce-, ce qui nécessite des équilibres relatifs des
fonctions des groupes sociaux différentiés dans une économie
fonctionnelle plus vaste à l’échelle des sociétés comme autant de
grands organismes.
Les groupes sociaux semblent varier en fonction des modifications des
milieux sociaux eux-mêmes conditionnés par les ressources
biologiques du milieu, déterminant des modes de production et
pratiques données. Ainsi, la liberté à l’échelle psychologique du sujet,
semble bien une illusion surdéterminée par le plan social et biologique,
lui-même conditionné par un ensemble de ressources dépendant de
lois physiques établies. A titre de preuve, nous décrivons les lois
physico-chimiques au fondement de la biologie, celle du rendement
chimique de la photosynthèse.
Le rendement d’un champ est déterminé par des taux de conversion
chimique des réactions entre les composés de la terre, de l’eau et des
sources d’énergie solaire par le mécanisme de la photosynthèse : (Le
calcul de ce rendement est produit par [Link] et reproduit ici dont
on infère autre chose)
2n CO2 + 2n H2O + photons → 2 (CH2O)n + 2n O2
- 1 mole de photons a une énergie de 200 kJ, 1 mole/s produit 200 kW
sur 200m²,
- Un hectare reçoit 50 moles de photons par seconde, 1200 h/ an
- 8 photons produite 1 molécule CH2O, brique des glucides (CH2O)n
- Le rendement est de l’ordre de 1%
Bilan : quelques tonnes de sucre par hectare et par an sont causalement
produites, lesquelles à leurs tours deviennent des causes conditionnant de
phénomènes de récolte et donc générant des rapports économiques entre
producteurs, distributeurs et consommateurs, en fonction de la rareté des
ressources en fonction des besoins : mécaniquement, il y aura des achats
liés aux besoins conditionnés par les moyens et prix dans tous les milieux
sociaux, produisant des effets sociaux forts dans les milieux pauvres, et
donc des effets familiaux et des répercutions psychologiques : ainsi ici, la
tristesse liée à la privation dans tel milieu social est la conséquence
mécanique des rendements des champs. Par généralisation, on en infère
14
l’illusion de liberté : elle est le bout psychologique d’une chaîne de la
causalité déterminée où toute cause produit avec nécessité son effet.
Ainsi cela exclut l’hypothèse de la liberté comme affranchissement du
déterminisme causal, elle est donc illusoire.
Conclusion :
Au terme de ce devoir nous avons vu en quoi la liberté était une illusion
dans la mesure où elle n'était qu'un sentiment subjectif. Cette illusion est
sans doute durable car elle renvoie à un besoin psychologique, lui-même
sans doute produit d'une culture millénaire, consistant à trouver une
dignité de l'espèce humaine dans le refus de s'assimiler à une machine ou
à un animal. Néanmoins, factuellement, la liberté n'existe pas car
personne n'échappe à la causalité.
15