ENSMIP Kaélé — Université de Maroua
Département Pétrole & Gaz | PPG Niveau 4
EXPOSÉ DE TRAITEMENT DES RÉSERVOIRS PÉTROLIERS
Interaction
Fluide - Roche
du Réservoir
Propriétés pétrophysiques · Phénomènes capillaires
Perméabilités relatives · Interactions chimiques & mécaniques
Domaine : Traitement des réservoirs pétroliers
Module : Génie pétrolier — Production & Réservoir
Niveau : PPG Niveau 4 | Année universitaire 2025-2026
Thème : Interaction Fluide-Roche du Réservoir
Interaction Fluide-Roche du Réservoir ENSMIP Kaélé — Université de Maroua
PLAN DÉTAILLÉ
I. Introduction et Contexte
1.1 Définition et enjeux
1.2 Place dans l'ingénierie de réservoir
II. Propriétés de la Roche Réservoir
2.1 Porosité — absolue et efficace
2.2 Perméabilité — loi de Darcy
2.3 Saturation des fluides
III. Phénomènes Capillaires
3.1 Tension interfaciale et pression capillaire
3.2 Mouillabilité — angle de contact
3.3 Courbes de pression capillaire (Pc)
IV. Perméabilités Relatives
4.1 Définition et paramètres influents
4.2 Courbes kr — interprétation
4.3 Hystérésis et histoire des saturations
V. Interactions Chimiques Fluide-Roche
5.1 Dissolution et précipitation de minéraux
5.2 Gonflement et migration des argiles
5.3 Altération de la mouillabilité par les asphaltènes
VI. Interactions Mécaniques (Géomécanique)
6.1 Compressibilité de la roche — compaction
6.2 Fracturation et contraintes effectives
VII. Applications en Ingénierie de Réservoir
7.1 EOR et modification des propriétés interfaciales
7.2 Compatibilité des eaux d'injection
7.3 Stimulation acide et gestion des dommages
VIII. Conclusion
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■ PARTIE I — INTRODUCTION ET CONTEXTE
1.1 Définition et enjeux
L'interaction fluide-roche désigne l'ensemble des phénomènes physiques, chimiques et mécaniques qui se
produisent à l'interface entre les fluides de réservoir (huile, gaz, eau) et la matrice rocheuse. Ces interactions
gouvernent la distribution des fluides dans l'espace poral, leur mobilité, et leur récupérabilité.
La maîtrise de ces phénomènes est essentielle à toutes les étapes du cycle de vie d'un gisement : évaluation
des réserves, simulation numérique, choix des stratégies de récupération améliorée (EOR), et gestion des
dommages au réservoir.
1.2 Place dans l'ingénierie de réservoir
Les interactions fluide-roche interviennent directement dans :
■ Le calcul du facteur de récupération (RF)
■ La définition des contacts fluides (OWC, GWC)
■ La modélisation des écoulements multiphasiques
■ La prévention des dommages de formation (scaling, colmatage)
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■ PARTIE II — PROPRIÉTÉS DE LA ROCHE RÉSERVOIR
Figure 1 — Représentation microscopique d'un pore réservoir : grains, film d'eau et phase huile
2.1 Porosité
La porosité (φ) représente le rapport du volume de vides au volume total de la roche. On distingue la
porosité absolue (totalité des vides) et la porosité efficace (vides interconnectés participant à
l'écoulement). Les réservoirs gréseux présentent typiquement φ = 15–30 %, et les carbonates φ = 5–15 %.
φ = Vpores / Vtotal × 100 (%)
2.2 Perméabilité — Loi de Darcy
La perméabilité (k) mesure l'aptitude de la roche à transmettre un fluide sous un gradient de pression. Elle
est exprimée en millidarcy (mD). La loi de Darcy (1856) constitue la base mathématique des écoulements
en milieu poreux :
Q = k · A · ∆P / (µ · L)
Figure 2 — Schéma de la loi de Darcy : écoulement linéaire en milieu poreux
Qualité du réservoir Perméabilité k (mD) Exemple lithologique
Médiocre < 1 mD Grès très fins, carbonates fracturés
Bonne 1 – 100 mD Grès poreux, oolithes
Très bonne 100 – 1000 mD Grès grossiers non consolidés
Excellente > 1 Darcy Sables non consolidés
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Tableau 1 — Classification des réservoirs selon la perméabilité
2.3 Saturation des fluides
La saturation (S) d'une phase est la fraction du volume poreux qu'elle occupe. Par définition : So + Sw + Sg
= 1. Deux saturations critiques sont essentielles :
■ Swi — Saturation en eau irréductible : eau non mobilisable retenue par capillarité sur les parois des
pores
■ Sor — Saturation en huile résiduelle : huile piégée après balayage par l'eau, non récupérable par
injection conventionnelle
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■ PARTIE III — PHÉNOMÈNES CAPILLAIRES
3.1 Tension interfaciale et pression capillaire
À l'interface entre deux fluides immiscibles, il existe une tension interfaciale σ (N/m). Dans les pores de
faible rayon r, elle engendre une pression capillaire Pc qui contrôle l'équilibre des fluides :
Pc = Pnon-mouillant − Pmouillant = 2σ cos θ / r
■ Plus le pore est fin (petit r), plus Pc est élevée, et plus l'huile est piégée. C'est pourquoi les réservoirs à grains fins
ont des saturations résiduelles élevées.
3.2 Mouillabilité — Angle de contact
La mouillabilité traduit l'affinité préférentielle de la surface rocheuse pour l'un des fluides. Elle est quantifiée
par l'angle de contact θ mesuré du côté de la phase aqueuse :
■ θ < 90° → Roche mouillable à l'eau (water-wet) : favorable à la récupération
■ θ ≈ 90° → Mouillabilité neutre ou mixte
■ θ > 90° → Roche mouillable à l'huile (oil-wet) : récupération plus difficile
Figure 3 — Mouillabilité : angle de contact pour systèmes water-wet, neutre et oil-wet
3.3 Courbes de pression capillaire
Les courbes Pc = f(Sw) permettent de caractériser la distribution des tailles de pores, d'estimer la hauteur de
la colonne de fluides, et de définir le contact eau-huile (OWC). Elles présentent un phénomène
d'hystérésis entre drainage (injection huile) et imbibition (injection eau).
Figure 4 — Courbes de pression capillaire : drainage vs imbibition et phénomène d'hystérésis
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■ PARTIE IV — PERMÉABILITÉS RELATIVES
4.1 Définition et paramètres influents
Lorsque plusieurs phases coexistent dans le milieu poreux, chacune occupe une fraction de l'espace et gêne
la circulation des autres. La perméabilité relative kr traduit cette compétition :
kr = keffectif / kabsolu (adimensionnel, 0 ≤ kr ≤ 1)
Les principales variables d'influence sont :
■ La saturation de chaque phase (relation directe)
■ La mouillabilité de la roche (water-wet vs oil-wet)
■ La géométrie des pores (distribution de tailles, tortuosité)
■ L'histoire des saturations (hystérésis)
4.2 Courbes kr — Interprétation
Les courbes de perméabilités relatives kro(Sw) et krw(Sw) sont des données d'entrée essentielles des
simulateurs de réservoir. Leur point de croisement et leurs valeurs extrêmes renseignent directement sur la
récupérabilité des hydrocarbures.
Figure 5 — Courbes de perméabilités relatives kro et krw pour un système water-wet
4.3 Hystérésis
Les courbes kr présentent un phénomène d'hystérésis : la courbe de drainage (déplacement de l'eau par
l'huile) diffère de la courbe d'imbibition (déplacement de l'huile par l'eau). Ce phénomène est lié au piégeage
capillaire des phases non mouillantes dans les cavités de pores.
■ Dans les simulateurs de réservoir (Eclipse, CMG), les modèles de Corey ou de Brooks-Corey-Burdine sont souvent
utilisés pour représenter analytiquement les courbes kr.
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■ PARTIE V — INTERACTIONS CHIMIQUES
FLUIDE-ROCHE
5.1 Dissolution et précipitation de minéraux
Les eaux de formation sont des saumures riches en ions (Ca2+, Ba2+, SO42−…). Selon la composition des
fluides et les conditions P-T, des réactions géochimiques peuvent survenir :
■ Dissolution : CO2 dissous → H2CO3 → dissolution des carbonates → amélioration locale de la
perméabilité
■ Précipitation (scaling) : précipitation de CaCO3, BaSO4, FeCO3 → colmatage des pores et tubings →
réduction de la perméabilité
Type de dépôt Composé Cause principale Impact
Tarthre calcaire CaCO<sub>3</sub>Chute de pression, dégazage CO<sub>2</sub> Colmatage tubings
Sulfate de baryum BaSO<sub>4</sub> Mélange eaux incompatibles Colmatage perfo.
Sulfure de fer FeS Corrosion + H<sub>2</sub>S Dommage formation
Tableau 2 — Principaux dépôts de scaling et leurs impacts sur le réservoir
5.2 Gonflement et migration des argiles
Les minéraux argileux (smectites, illites, kaolinites) présents dans la roche réservoir sont très sensibles à la
salinité et à la composition des fluides injectés. Le contact avec des eaux douces ou dessalées provoque :
■ Gonflement osmotique des feuillets argileux → réduction de la taille des pores
■ Détachement et migration des particules fines → colmatage des goulots (throats)
■ Réduction brutale de la perméabilité pouvant atteindre 90 % dans certains cas
Figure 6 — Gonflement des argiles avant et après injection d'eau douce
5.3 Altération de la mouillabilité par les asphaltènes
Les asphaltènes et résines contenus dans les bruts lourds s'adsorbent sur les surfaces minérales (silice,
calcite) et modifient progressivement la mouillabilité de la roche, la faisant passer de water-wet à oil-wet. Ce
phénomène :
■ Augmente la saturation en huile résiduelle Sor
■ Réduit la perméabilité relative à l'eau krw
■ Peut être partiellement corrigé par des procédés EOR chimiques (surfactants, alcalins)
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■ PARTIE VI — INTERACTIONS MÉCANIQUES
(GÉOMÉCANIQUE)
6.1 Compressibilité de la roche — Compaction
Lors de la production, la pression de pore Pp diminue tandis que la contrainte effective (σ' = σtotale − Pp)
augmente. Cette contrainte comprime la matrice rocheuse :
■ Réduction de la porosité φ et de la perméabilité k
■ Compaction du réservoir et subsidence de surface (ex. champ d'Ekofisk, mer du Nord : affaissement
> 8 m)
■ La compressibilité de la roche cr est un paramètre clé du matériau-bilan
cr = −(1/Vp) · (dVp/dP)
6.2 Fracturation et contraintes effectives
La variation de pression due à l'injection (augmentation) ou à la production (baisse) peut modifier le régime
de contraintes in-situ et entraîner :
■ Ouverture de fractures naturelles lors d'injections à haute pression → amélioration de la
perméabilité
■ Fracturation hydraulique induite (stimulation) → augmentation du drainage de la matrice
■ Risque de réactivation de failles lors d'injections EOR ou de stockage CO2
■ La géomécanique du réservoir est au cœur des projets de séquestration de CO2 et des récupérations assistées par
injection de fluides à haute pression.
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■ PARTIE VII — APPLICATIONS EN INGÉNIERIE DE
RÉSERVOIR
7.1 EOR — Enhanced Oil Recovery
La récupération améliorée (EOR) vise à mobiliser l'huile résiduelle piégée après récupération primaire et
secondaire. Elle exploite directement les interactions fluide-roche :
■ EOR chimique (surfactants) : réduction de σ et modification de la mouillabilité → dépiégeage capillaire
■ EOR alcalin : réaction avec acides naphténiques → savons in-situ → surfactants naturels
■ EOR par polymères : augmentation de la viscosité de l'eau injectée → meilleur rapport de mobilité
■ EOR thermique (vapeur) : réduction de la viscosité de l'huile → amélioration de kr
7.2 Compatibilité des eaux d'injection
L'injection d'eau est la méthode de maintien de pression la plus répandue. Cependant, l'incompatibilité
chimique entre l'eau injectée et l'eau de formation peut provoquer un scaling sévère. Un test de
compatibilité systématique (jar test) est indispensable avant tout projet d'injection.
7.3 Stimulation acide et gestion des dommages
L'acidification (HCl dans les carbonates, HF-HCl dans les grès argileux) exploite les réactions chimiques
fluide-roche pour dissoudre les colmatages et restaurer/améliorer la perméabilité au voisinage du puits. Elle
constitue la première réponse aux dommages de formation.
Application Interaction ciblée Paramètre clé Objectif
EOR chimique Capillaire / mouillabilité σ, θ, kr Réduire Sor
Injection eau Compatibilité chimique Salinité, ions Éviter le scaling
Stimulation acide Dissolution minérale HCl, HF Restaurer k
Simulation réservoir kr et Pc Modèles Corey Prédire la production
Gestion argiles Gonflement argileux Salinité eau inj. Préserver k
Fracturation hydr. Géomécanique Contraintes, P Augmenter drainage
Tableau 3 — Synthèse des applications ingénierie liées aux interactions fluide-roche
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■ PARTIE VIII — CONCLUSION
L'interaction fluide-roche constitue le fil conducteur de toute la physique des réservoirs pétroliers. Elle
transcende les disciplines : pétrophysique, géochimie, géomécanique, et ingénierie de production se
rejoignent autour de ces phénomènes qui se jouent à l'échelle du micron mais dictent des décisions à
l'échelle du gisement.
Les paramètres fondamentaux — porosité, perméabilité, saturation, mouillabilité, pression capillaire,
perméabilités relatives — sont interdépendants et doivent être caractérisés avec précision par des
analyses de laboratoire (core analysis, SCAL — Special Core Analysis) avant toute décision de
développement.
Face aux enjeux actuels (optimisation du facteur de récupération, réduction de l'empreinte carbone,
séquestration de CO2), la compréhension et la modélisation fine des interactions fluide-roche restent un axe
de recherche et d'innovation majeur pour l'industrie pétrolière mondiale.
« La roche et les fluides ne sont pas deux entités séparées — ils forment un système vivant en équilibre
permanent. »
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