Théorème fondamental de l’algèbre
preuve analytique
1 Énoncé
Théorème 1 (Théorème fondamental de l’algèbre). Tout polynôme non constant à coef-
ficients complexes possède au moins une racine complexe. Autrement dit, si P ∈ C[X] et
deg(P ) ≥ 1, alors il existe z0 ∈ C tel que P (z0 ) = 0.
2 Démonstration
Soit P ∈ C[X] un polynôme non constant. On raisonne par l’absurde et l’on suppose que
∀z ∈ C, P (z) ̸= 0.
En particulier, P (0) ̸= 0.
2.1 Définition de la fonction auxiliaire
On identifie R2 à l’ensemble des coordonnées polaires (r, θ) avec r ≥ 0 et θ ∈ R, via
z = reiθ . On définit alors
1
f : R≥0 × R → C, f (r, θ) = .
P (reiθ )
Cette fonction est bien définie grâce à l’hypothèse P (z) ̸= 0 pour tout z.
2.2 Régularité et dérivées partielles de f
Proposition 1. La fonction f est de classe C 1 et l’on a, pour tout (r, θ),
eiθ P ′ reiθ ireiθ P ′ reiθ
∂f ∂f
(r, θ) = − , (r, θ) = − .
∂r P (reiθ )2 ∂θ P (reiθ )2
Démonstration. La fonction (r, θ) 7→ reiθ est C 1 , la fonction polynomiale P et sa dérivée P ′
sont continues, et la fonction w 7→ 1/w est C 1 sur C \ {0}. Comme P (reiθ ) ̸= 0 partout, les
compositions sont bien définies et donnent que f est C 1 .
Pour les dérivées, on applique la règle de dérivation en chaîne. On a
∂ ∂
P reiθ = eiθ P ′ reiθ , P reiθ = ireiθ P ′ reiθ .
∂r ∂θ
−1 iθ
Comme f = (P ◦ φ) avec φ(r, θ) = re , alors
∂ ∂
∂f ∂r
P (reiθ ) ∂f ∂θ
P (reiθ )
=− , =− ,
∂r P (reiθ )2 ∂θ P (reiθ )2
d’où les formules annoncées.
1
2.3 Définition de l’intégrale angulaire et dérivation
Pour tout r ≥ 0, on pose Z 2π
F (r) = f (r, θ) dθ.
0
Proposition 2. La fonction F est dérivable sur R≥0 et, pour tout r ≥ 0,
Z 2π
′ ∂f
F (r) = (r, θ) dθ.
0 ∂r
De plus, on a l’identité
′ i
F (r) = f (r, 2π) − f (r, 0) pour r > 0,
r
et en particulier F ′ (r) = 0 pour tout r > 0.
Démonstration. Comme f est C 1 , en particulier continue, et que ∂f /∂r est continue, on peut
dériver sous le signe intégral sur le segment [0, 2π] :
Z 2π
′ ∂f
F (r) = (r, θ) dθ.
0 ∂r
Or, d’après les formules de dérivées partielles obtenues,
ireiθ P ′ (reiθ )
iθ ′ iθ
∂f e P (re ) ∂f
(r, θ) = − iθ 2
= ir − iθ 2
= ir (r, θ).
∂θ P (re ) P (re ) ∂r
Donc, pour r > 0,
∂f 1 ∂f
(r, θ) = (r, θ).
∂r ir ∂θ
En intégrant de 0 à 2π,
Z 2π
1 2π ∂f
Z
′ ∂f 1
F (r) = (r, θ) dθ = (r, θ) dθ = f (r, 2π) − f (r, 0) .
0 ∂r ir 0 ∂θ ir
Mais f (r, θ) est 2π-périodique en θ puisque ei(θ+2π) = eiθ , donc f (r, 2π) = f (r, 0), et ainsi
F ′ (r) = 0 pour tout r > 0.
Corollaire 1. La fonction F est constante sur (0, +∞). Par continuité, F est constante sur
[0, +∞).
2.4 Comportement à l’infini
Lemme 1. On a lim F (r) = 0.
r→+∞
Démonstration. Comme P est de degré n ≥ 1, on sait que |P (z)| → +∞ quand |z| → +∞.
Donc, uniformément en θ, on a |P (reiθ )| → +∞ lorsque r → +∞, et par conséquent
1
|f (r, θ)| = −−−−→ 0.
|P (reiθ )| r→+∞
De plus, pour r assez grand, on a |P (reiθ )| ≥ 1 pour tout θ, donc |f (r, θ)| ≤ 1 et l’on peut
conclure (par domination sur [0, 2π]) que
Z 2π Z 2π
lim F (r) = lim f (r, θ) dθ = 0 dθ = 0.
r→+∞ 0 r→+∞ 0
2
2.5 Contradiction et conclusion
Calculons F (0) :
Z 2π Z 2π
1 2π
F (0) = f (0, θ) dθ = dθ = .
0 0 P (0) P (0)
Comme P (0) ̸= 0, on a F (0) ̸= 0.
Or F est constante sur [0, +∞), donc F (r) = F (0) ̸= 0 pour tout r ≥ 0. Cela contredit le
fait que limr→+∞ F (r) = 0. La supposition « P n’a pas de racine dans C » est donc fausse.
Ainsi, P possède au moins une racine complexe, ce qui démontre le théorème fondamental
de l’algèbre.