Traumatismes Fermés Du Rein Et de L'uretère: Résumé
Traumatismes Fermés Du Rein Et de L'uretère: Résumé
18-159-A-10
Toute référence à cet article doit porter la mention : Patard JJ, Vincendeau S, Bensalah K, Guillé F et Lobel B. Traumatismes fermés du rein et de l’uretère. Encycl Méd Chir (Elsevier SAS, Paris, tous droits réservés), Urologie,
18-159-A-10, 2003, 7 p.
18-159-A-10 Traumatismes fermés du rein et de l’uretère Urologie
D’un strict point de vue anatomique, on distingue : les contusions, Grade I : Contusion rénale, hématome sous-capsulaire non expansif, pas de lacéra-
tion parenchymateuse
les lacérations, les fractures. Peuvent s’y associer des atteintes de la Grade II : Hématome périrénal, non expansif, lacération du cortex de moins de 1 cm
voie excrétrice, des atteintes vasculaires et éventuellement des de profondeur et pas d’extravasation urinaire
lésions d’infarcissement rénal ainsi que leurs conséquences : Grade III : Lacération du cortex de plus de 1 cm et pas d’extravasation urinaire
urinome, hématome. Grade IV :
• Lacération du cortex rénal s’étendant dans le système collecteur (extravasation de
produit de contraste)
¶ Classification de l’American Association • Lésion segmentaire d’une artère ou d’une veine se traduisant par un infarcisse-
for the Surgery of Trauma ment
• Lésion pédiculaire artérielle ou veineuse avec hématome contenu
Les classifications actuelles sont radiocliniques et découlent de • Thrombose artérielle pédiculaire sur dissection
classifications anatomiques plus anciennes. L’objectif d’une Grade V :
classification en pathologie tumorale comme en échelle de gravité • Avulsion du pédicule rénal
d’un traumatisme est de fournir un langage commun facilitant les • Rein multifracturé
décisions cliniques et permettant des confrontations scientifiques en
recherche clinique. À cet égard, la classification la plus utilisée dans
la littérature est la classification de l’ American Association for the régression logistique montraient que pour chaque point de
Surgery of Trauma [43]. Elle distingue cinq grades. progression en grade, le besoin d’exploration chirurgicale et de
À la phase précoce du traumatisme, on peut schématiquement néphrectomie était respectivement multiplié par 15 et par 7. Notons
observer : soit des lésions mineures (grades I, II), soit des lésions que cette étude était rétrospective, incluait des traumatismes ouverts
majeures (grades III, IV, V). Les lésions mineures représentent et fermés et des modalités de prise en charge probablement
environ 85 % des cas. La contusion rénale avec hématome sous- évolutives au fil des ans. Cette étude ne reflète pas forcément nos
capsulaire, sans rupture capsulaire et donc sans hématome périrénal, pratiques actuelles ; cela doit pondérer le taux d’exploration
est la lésion la plus fréquente (grade I). Lorsqu’il existe une rupture chirurgicale et de néphrectomie. Ainsi, les auteurs n’utilisaient
capsulaire, avec une lésion corticale superficielle et donc sans jamais la radiologie vasculaire interventionnelle et leur attitude était
atteinte de la médullaire ou de la voie excrétrice, on observe un très interventionniste. Néanmoins, cette classification, parmi 58
hématome périrénal (grade II). Les lésions majeures représentent autres critères étudiés, était le meilleur facteur prédictif du besoin
environ 15 % des cas. Elles s’associent en règle à un volumineux de chirurgie et du risque de néphrectomie.
hématome périrénal. Une lésion profonde du parenchyme avec
atteinte de la médullaire mais sans ouverture du système urinaire ¶ Classification de Chatelain
représente un grade III qui devient un grade IV quand la voie
La classification plus volontiers utilisée en France est la classification
excrétrice est atteinte. Dans le grade IV sont également incluses les
de Chatelain qui comporte quatre stades [50]. Le stade I correspond à
lésions du pédicule rénal avec hématome contenu ou thrombose
des contusions légères avec intégrité de la capsule. Le stade II
artérielle sur dissection. Enfin, les traumatismes majeurs du pédicule
correspond à des traumatismes rénaux de moyenne gravité avec
vasculaire rénal (avulsion complète) représentent moins de 1 % des
rupture de la capsule mais sans lésion vasculaire intrarénale. Le
traumatismes rénaux (grade V). Dans les grades V, on inclut
stade III correspond à des contusions graves. Elles comportent
également les reins multifracturaires. À noter que les lésions
toujours des lésions vasculaires et excrétrices intrarénales
vasculaires du pédicule sont « à cheval » sur deux grades (IV et V)
importantes. Le stade IV correspond à des lésions pédiculaires. Cette
et que cela est parfois source de difficultés et d’ambiguïtés dans la
classification est reprise dans le tableau II.
littérature. Cette classification est reprise dans le tableau I et
schématisée par la figure 1.
¶ Classification de Lent
Cette classification a été validée récemment, après 11 ans
d’utilisation, par une importante étude rétrospective [55]. En effet, le La classification de Lent repose sur une description très détaillée
grade lésionnel était corrélé statistiquement au besoin d’exploration des lésions observées au cours des traumatismes rénaux. Elle décrit
chirurgicale et de néphrectomie. Une intervention était nécessaire le mécanisme du traumatisme, le site de la lésion (parenchyme,
dans respectivement : 0 % des grades I, 15 % des grades II, 76 % des bassinet, vaisseaux) et les symptômes (hémorragie, extravasation
grades III, 78 % des grades IV et 93 % des grades V. Une d’urines...). À chacun des groupes est attribué un score de gravité.
néphrectomie était réalisée dans 0 % des grades I et II, 3 % des Cette classification très exhaustive, décrite en 1996, semble être peu
grades III, 9 % des grades IV et 86 % des grades V. Les tests de utilisée, sans doute du fait de sa complexité [30].
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Urologie Traumatismes fermés du rein et de l’uretère 18-159-A-10
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*
A *
B *
C
*
E
*
D *
F
¶ Extravasation d’urine
Tableau III. – Classification des lésions vasculaires observées en ar-
tériographie dans les traumatismes graves du rein (III, IV, V). La fuite urinaire peut être source d’une collection abcédée avec
Stade A : hétérogénéité de vascularisation du parenchyme, zones hypoperfusées,
fièvre et empâtement lombaire. Le scanner en fait le diagnostic et un
arbre artériel désorganisé drainage de la voie excrétrice par sonde urétérale éventuellement
Stade B : rupture de branches de divisions de l’artère rénale associé à un drainage percutané plutôt qu’un drainage chirurgical
Stade C : extravasation de produit de contraste sur l’artère principale ou fistule arté- est alors indiqué. Il faut cependant noter qu’un taux de 87 % de
rioveineuse
Stade D : thrombose de l’artère ou plaie veineuse résolution spontanée de ces extravasations a été obtenu par certains,
sans drainage de la voie excrétrice, dans les grades IV [34].
¶ Urographie intraveineuse
¶ Complications tardives et surveillance
L’urographie intraveineuse a perdu sa place primordiale au profit
de la tomodensitométrie [7]. Il s’agit d’un examen moins sensible, qui À distance, des complications tardives sont possibles et il faut les
ne permet pas l’évaluation des lésions parenchymateuses. dépister : hypertension artérielle, hydronéphrose, fistule
Néanmoins, le cliché de la voie excrétrice au temps tardif de la artérioveineuse, formation de calculs.
scanographie est impératif.
À 6 mois, un bilan morphologique et fonctionnel est au mieux
¶ Urétéropyélographie rétrograde réalisé par un uroscanner afin de vérifier la résorption de
l’hématome, l’intégrité de la vascularisation rénale, du parenchyme
Si l’uroscanner montre une extravasation importante de produit de
contraste et si le contexte clinique l’impose, une urétéropyélographie rénal et de la voie excrétrice. Un contrôle régulier et prolongé de la
rétrograde avec montée de sonde urétérale est réalisée. On met en tension artérielle est également nécessaire.
place dans un premier temps une sonde urétérale, qui est remplacée
ensuite par une sonde JJ. Celle-ci est gardée 3 semaines à 1 mois. Un
drainage percutané et plus rarement chirurgical de collection PRISE EN CHARGE THÉRAPEUTIQUE
urohématique est également parfois nécessaire.
¶ Abstention chirurgicale, surveillance
COMPLICATIONS La surveillance clinique et scanographique est devenue le standard
¶ Hémorragie de la prise en charge des traumatismes fermés du rein.
C’est la complication immédiate la plus importante. Des hématomes Les traumatismes mineurs (grades I et II) sont les plus fréquents
rétropéritonéaux importants peuvent être source de déglobulisation et ne nécessitent qu’une simple surveillance : le saignement cesse
nécessitant transfusion et monitoring de l’hématocrite et de la spontanément. Le patient est gardé en hospitalisation pour
tension artérielle. Le saignement cesse spontanément dans la grande surveillance et repos au lit. Un scanner entre j7 et j10 avant la sortie
majorité des cas ; cependant, une hémorragie d’origine puis à 1 mois et 6 mois est recommandé, de manière à vérifier la
rétropéritonéale avérée peut nécessiter, dans de très rares cas, une résorption de l’hématome, la cicatrisation et la fonctionnalité du
intervention chirurgicale précoce. rein.
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Attitude classique
• Concepts
Lésions Exploration
Le traitement de référence dans les années 1980, face aux associées chirurgicale
Lacération rénale sans
délabrements importants du rein (grades III, IV), était chirurgical ; lésion associée
l’idée étant que de débrider des fragments dévitalisés et fermer le
système collecteur permettait d’éviter les fuites d’urines persistantes, Lésions
les hémorragies secondaires et les hypertensions à distance [11]. En vasculaires Si délai ≤
4-6 h
diminuant le taux de complications immédiates, on pensait
diminuer le taux d’altération de la fonction rénale à long terme [24].
Hématome Stabilisé, pas de
Cette attitude était malheureusement associée à un fort taux de Angiographie expansif : saignement actif
néphrectomies, celui-ci pouvant aller jusqu’à 43 % [12, 27]. exploration rétropéritonéal
Si délai > 6 h
• Technique
La technique consistait en un abord transpéritonéal par incision
médiane, exploration de la cavité abdominale, ouverture verticale Traitement conservateur
Uroscanner à j7
du rétropéritoine entre l’aorte et la veine mésentérique inférieure,
exposition de la face antérieure de l’aorte puis du pédicule rénal, 3 Prise en charge des traumatismes rénaux graves : algorithme diagnostique et thé-
contrôle et clampage de celui-ci si nécessaire [4] . Cet abord rapeutique (d’après [40]).
systématique et premier du pédicule rénal a permis de diminuer de
manière significative le taux de néphrectomies au cours de ces
interventions [37]. Le côlon pouvait ensuite être récliné et la loge chirurgicale s’impose en urgence. En revanche, si le patient se
rénale ouverte pour l’exposition complète du rein. Les gestes stabilise, le scanner abdominal est réalisé, voire l’artériographie avec
nécessaires et surtout possibles étaient alors réalisés : refroidissement embolisation d’un saignement si nécessaire, permettant de différer,
du rein si clampage prolongé, hémostase, débridement de fragments voire de rendre inutile la chirurgie.
nécrotiques, fermeture de la voie excrétrice, néphrectomie partielle
ou totale, soit que les lésions soient impossibles à réparer (rein Chirurgie
multifracturaire), soit que le délai ischémique soit trop important
par rapport à l’heure du traumatisme, soit que l’hémostase soit Actuellement, si on suit les critères précédemment cités, seuls 1,7 %
impossible. des traumatismes fermés du rein sont explorés contre 57 % pour les
traumatismes pénétrants [ 3 7 ] . La seule indication absolue
Attitude actuelle d’exploration est, à l’heure actuelle, celle d’un saignement
L’attitude chirurgicale agressive a été remise en cause et un certain rétropéritonéal mettant en jeu le pronostic vital. L’origine
nombre d’auteurs ont pu montrer qu’une attitude conservatrice dans rétropéritonéale du saignement est parfois constatée en
les grades IV et V, éventuellement aidée par l’endo-urologie, peropératoire, lors de la laparotomie pour traitement des lésions
permettait des récupérations rénales auparavant inespérées [3, 33, 34, 44, associées viscérales. Si la cause de l’instabilité tensionnelle et de la
45]
. Citons dans cette stratégie conservatrice la place de la radiologie déglobulisation est identifiée dans la cavité abdominale et que, après
vasculaire interventionnelle capable de mettre en place un stent les avoir traitées, on obtient une bonne stabilité tensionnelle, on
artériel ou d’emboliser de manière sélective une plaie artérielle, un n’ouvre pas le rétropéritoine, même s’il existe un volumineux
pseudoanévrisme d’origine traumatique, une fistule hématome. Si l’on ouvre le rétropéritoine, l’objectif est d’assurer
artérioveineuse [14, 20, 41]. La toxicité éventuelle pour le rein de ces l’hémostase, la plupart du temps en réalisant une néphrectomie en
injections répétées d’iode est bien sûr à mettre en balance avec le raison de l’instabilité hémodynamique et du manque d’examens
bénéfice que peut apporter une conservation de l’unité rénale [63]. Le paracliniques du fait de l’urgence [40]. Dans ces cas extrêmes où le
cas particulier du rein unique incite plus encore que dans les pronostic vital est en jeu, la néphrectomie s’impose en effet dans
conditions habituelles à adopter une attitude conservatrice, quand plus de la moitié des cas, et malgré cette néphrectomie, on observe
on connaît le risque d’avoir à réaliser une néphrectomie dans le jusqu’à 43 % de mortalité [15].
contexte d’urgence [62]. Même en cas de lésion artérielle sur rein
unique, un traitement angiographique sélectif peut être envisagé [13]. Il est classique de dire que la thrombose artérielle rénale nécessite
Seul le suivi à long terme de ces patients nous permettra de savoir un traitement chirurgical urgent. Il y a cependant deux limites
si un nombre moindre de néphrectomies initiales n’a pas pour majeures à cette règle. Tout d’abord on se trouve rarement dans les
corollaire une incidence accrue de reins non fonctionnels et conditions d’un traitement chirurgical précoce et électif de ce type
d’hypertension artérielle. Ces traitements conservateurs des lésions de lésion (< 4 heures). Ensuite, les résultats de la chirurgie de
traumatiques graves du rein sont résumés dans le tableau IV. revascularisation sont décevants. La préservation d’une fonction
rénale significative n’est obtenue que dans 14 à 29 % des reins
¶ Traitement immédiat urgent revascularisés [8, 9, 59, 60] et ce, malgré une prise en charge précoce.
L’hypertension artérielle retardée semble être un problème majeur
Réanimation de ces reins revascularisés. Husmann rapporte jusqu’à 71 %
Le traitement prioritaire est la réanimation d’un état de choc, le bilan d’hypertension artérielle chez les patients qui avaient pourtant eu
et le traitement spécifique de lésions associées. Si l’instabilité une revascularisation réussie [ 2 4 ] . L’ensemble de ces choix
tensionnelle persiste malgré une réanimation efficace, l’exploration thérapeutiques est résumé sur les figures 3 et 4.
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SYMPTOMATOLOGIE
• Surveillance
• Montée de sonde urétérale ¶ Lésions iatrogènes de l’uretère
si extravasation importante
Grades III et IV • Drainage collection Intervention Une des grandes caractéristiques de ce type de traumatisme est
• Embolisation sélective en urgence
si vaisseau lésé si saignement persistant d’être souvent diagnostiqué avec retard (13 jours en moyenne dans
rétropéritonéal notre expérience), le diagnostic n’étant fait que dans 27 % des cas en
• Hémostase
• Néphrectomie peropératoire [25]. Dans les autres cas, le diagnostic, dans le contexte
partielle le plus souvent d’une chirurgie pelvienne récente, est évoqué devant
ou totale
Intervention en urgence une lombalgie fébrile, des signes péritonéaux (iléus, péritonite), une
si lésion du pédicule et si
Grade V le délai le permet (4 à 6 h) hématurie, un urinome, l’extériorisation d’une fistule, une
• réparation ou oligoanurie.
• néphrectomie
4 Arsenal thérapeutique en fonction des lésions observées. ¶ Lésions non iatrogènes de l’uretère
On retrouve des signes communs avec le traumatisme du rein :
¶ Traitement différé douleur lombaire ou iliaque, hématurie, signes généraux, signes en
rapport avec les lésions associées, notamment orthopédiques.
Les traitements en urgence différée sont le drainage percutané ou
chirurgical d’un urinome ou d’un abcès périnéphrétique. Une
hypertension non contrôlée médicalement peut nécessiter une BILAN LÉSIONNEL
néphrectomie. Une hydronéphrose peut nécessiter une correction
chirurgicale. ¶ Uroscanner
Il est réalisé en urgence dès que le diagnostic est suspecté. Il montre,
selon le mécanisme du traumatisme, un hématome rétropéritonéal,
Traumatismes fermés de l’uretère un trajet fistuleux, une collection urineuse, une urétéro-
hydronéphrose.
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Urologie Traumatismes fermés du rein et de l’uretère 18-159-A-10
¶ Traumatismes non iatrogènes traitement endo-urologique peut suffire. En cas d’avulsion complète,
une réparation chirurgicale s’impose. Citons l’intérêt des nouvelles
Le traitement est là aussi guidé par le mécanisme et les symptômes. générations de colles biologiques en cas de réparation à risque ou
En cas de contusion, compression ou rupture incomplète, le de fistule persistante [18].
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