LE RECEL
Le recel est le fait de dissimuler, de détenir ou de
transmettre une chose, ou de faire office d’intermédiaire afin
de la transmettre, en sachant que cette chose provient d’un
crime ou d’un délit.
Constitue également un recel le fait, en connaissance de
cause, de bénéficier, par tout moyen, du produit d’un crime ou
d’un délit.
I - ELEMENT LEGAL
L’article 321-1 du C.P. définit et réprime le recel.
Nota : des dispositions particulières prévoient et répriment certains recels bien spécifiques :
• Recel de déserteur : article L. 321-19 du code de justice militaire.
• Recel de criminel : article 434-6 du code pénal.
• Recel de cadavre : article 434-7 du code pénal.
• Recel de document ou objet de nature à faciliter la découverte d’un crime ou d’un délit : article 434-
4 du code pénal.
• Recel de produit de délit de chasse : articles L. 428-3 à L. 428-7 du code de l’environnement.
• Recel d’infraction douanière : articles 399 et 400 du code des douanes.
• Recel d’épave maritime : article 3 de la loi n° 61-1262 du 24 novembre 1961.
II - ELEMENT MATERIEL
UN ACTE MATERIEL
Dissimuler, détenir, transmettre ou faire office d’intermédiaire pour transmettre
Les agissements matériels consistant à dissimuler les biens sont
répréhensibles quel que soit leur résultat. En ce sens peu importe que les
biens soient ou non retrouvés. Leur forme est, elle aussi, indifférente.
Jurisprudences :
. La mise à disposition d’un local pour entreposer les objets volés (cass. crim., 30
mars 1999).
. Dissimulation de la possession de choses d’origine frauduleuse en portant des
mentions fausses sur des livres de comptabilité (C.A. Paris, 12 juillet 1985).
La seule dissimulation fera présumer la connaissance de l’origine
frauduleuse, donc le recel.
Jurisprudence :
. La dissimulation de plaques d’immatriculation volées, découvertes sous la garniture
de l’aile d’un véhicule, implique que celui qui les détenait en connaissait l’origine
frauduleuse (Cass. crim., 22 mai 1997).
La dissimulation peut également consister en un acte juridique visant à
couvrir une opération frauduleuse en créant une façade légale fictive. Cette
dissimulation se présente le plus souvent comme une cession ou une
acquisition fictive, impliquant l’usage de prête-noms (société écran par
exemple).
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La détention consiste dans le fait d’avoir à sa disposition une chose, sans
en être ni se prétendre forcément possesseur ou propriétaire. Elle implique
que le recel soit considéré comme un délit continu.
Le simple fait de détention est constitutif du recel. La forme matérielle du
recel comme le moyen employé ou la durée importent peu. L’usage ou non du
bien détenu, le profit ou bénéfice importent peu également. La cause juridique
de la détention est, elle aussi, indifférente.
Jurisprudences :
. La personne qui savait que passaient dans son garage des voitures volées en vue de
leur transformation sans avoir tiré profit personnel du trafic illicite (Cass. crim., 25
janvier 1994).
. Utiliser un véhicule volé en tant que passager puis en tant que conducteur (CA
Nancy, 9 décembre 1992).
La chose peut avoir été reçue directement de l’auteur de l’infraction
d’origine ou indirectement, par un intermédiaire même de bonne foi.
L’innocence de l’intermédiaire n’exclut pas la responsabilité du receleur dès
lors que ce dernier n’ignorait pas l’origine frauduleuse de la chose.
La transmission consiste à céder, remettre, faire passer ou parvenir une
chose transmissible.
Faire office d’intermédiaire, c’est le rôle exercé par un individu mettant en
relation, en contact, plusieurs personne ou plusieurs choses. Cette notion
« d’office » n’exige pas l’habitude, le métier. Un acte isolé peut suffire à
caractériser l’infraction.
Le but lucratif n’est pas exigé. Il peut y avoir recel même si la personne n’a
pas encore ou plus la chose en main.
Le recel par entremise ne suppose pas l’appréhension matérielle et directe
de la chose.
Jurisprudence :
. Se rend coupable de recel de vol avec effraction le prévenu dont le rôle s’est borné à
intervenir dans la négociation de bons du Trésor volés (Cass. crim., 30 novembre
1999).
Bénéficier par tout moyen du produit d’un crime ou d’un délit
On sanctionne ici le « recel d’usage », c’est à dire commis par celui qui se sert
ou utilise une chose dont il connaît l’origine frauduleuse. Il s’agit d’une forme
particulière de participation à l’entreprise criminelle car elle se fonde directement
sur le profit résultant de l’infraction pour le receleur.
Jurisprudences :
. Considéré comme receleur le passager prenant place dans un véhicule dont il connaissait
l’origine frauduleuse (Cass. crim., 09 juillet 1970).
.Déclaré receleur, l’homme qui en connaissance de cause, profitait du train de vie de sa
femme, reconnue coupable de détournement au préjudice de son employeur (Cass. crim.,
09 mai 1974).
La formulation « par tout moyen » a permis à la jurisprudence d’étendre le
recel à certains secteurs tels que :
Les repas et services
Jurisprudence :
. Recel d’abus de confiance retenu pour un animateur d’association sportive, qui avait
bénéficié de repas et de distractions onéreuses dont le coût avait été réglé par le
Président au moyen de chèques tirés sur le compte bancaire de l’association (Cass.
crim., 07 mai 2002)
Les rémunérations et services
Jurisprudence :
. Est constitutif d’un recel le fait de bénéficier d’un contrat de travail ou de salaire ne
correspondant à aucune prestation, à la suite d’un détournement de fonds publics
(Cass. crim., 30 mai 2001).
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Les travaux, fournitures et crédits
Jurisprudence :
. Considéré comme receleur, un député, adjoint au maire chargé des questions
d’urbanisme, qui avait bénéficié de travaux dans sa maison de campagne réalisés à la
suite d’un marché à perte par la société contractante (Cass. crim., 14 mai 2003).
Les informations
Jurisprudence :
. Le recel de délit d’initié est caractérisé, non par la détention d’informations
privilégiées, mais par le fait de bénéficier du produit de leur exploitation sur le marché
avant qu’elles ne soient connues du public (Cass. Crim., 26 octobre 1995).
L’OBJET DE L’ACTE
La nature de la chose
Tout ce qui est matière à vol peut faire l’objet d’un recel. Il peut s’agir de
meubles, de bijoux, d’argent, d’énergie, mais également de secrets de fabrication,
de photocopies violant le secret fiscal etc.
Le recel s’applique également au produit de la chose lorsque se réalise une
subrogation dans le patrimoine du receleur ou dans celui de l’auteur de l’infraction
d’origine.
Jurisprudences :
. Le receleur est punissable lorsqu’il a utilisé les fonds reçus pour l’achat d’un bien ou pour
un investissement (Cass. crim., 22 juin 1972).
. L’auteur de l’infraction d’origine, avec de l’argent volé par lui, achète des vêtements qu’il
remet au receleur (Cass. crim., 12 avril 1934).
Une chose provenant d’un crime ou d’un délit
La chose doit provenir d’une action classifiée crime ou délit par la loi, ce qui
exclut les contraventions. Ainsi, l’infraction d’origine peut être un vol, une
escroquerie, un abus de confiance, un abus de biens sociaux, une banqueroute
etc. Il appartient au juge de préciser avec exactitude la nature de l’infraction
initiale, la simple mention de l’origine frauduleuse de la chose recelée ne suffit
pas.
Il n’y a pas recel si l’auteur de celui-ci a cru, à tort, que le bien détenu
provenait d’un crime ou d’un délit. On ne peut pas retenir non plus la qualification
de recel, lorsque les faits ne sont pas constitutifs d’un crime ou d’un délit pénal,
ou bien encore lorsque les éléments constitutifs de l’infraction principale ne sont
pas tous réunis.
Il n’y a pas non plus recel lorsque certaines circonstances viennent affecter
l’infraction d’origine. Il en est ainsi lorsqu’une loi abroge l’incrimination des faits,
l’infraction de recel en découlant n’est plus légalement constituée.
Jurisprudence :
. Une personne avait sciemment recelé des camions et remorques remis en règlement
préférentiel de sa créance par un commerçant en état de cessation de paiement, lequel
avait ainsi commis le délit de banqueroute simple prévu par un texte abrogé. La cour
décide qu’en l’absence d’infraction originaire, le délit de recel n’est pas légalement constitué
(Cass. crim., 17 mai 1989).
Une infraction d'origine commise par un tiers
La chambre criminelle de la Cour de cassation n'admet pas que l'auteur de
l'infraction principale puisse être poursuivi pour recel. L’infraction originelle doit
donc avoir été commise par un tiers. En revanche, la même juridiction n'hésite
pas à admettre que le complice de l'auteur de l'infraction d'origine peut également
être poursuivi comme receleur, le recel constituant un délit distinct.
En cas de relaxe ou d’acquittement de l’auteur de l’infraction d’origine pour
une raison objective (amnistie réelle ou fait justificatif par exemple), le recel n’est
pas punissable puisque l’infraction originelle disparaît juridiquement.
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Par contre, le receleur sera poursuivi et condamné, même si l’auteur de
l’infraction d’origine échappe aux poursuites pour des raisons procédurales
(immunité familiale, non identification, prescription de l’infraction d’origine).
III - ELEMENT MORAL
CONNAISSANCE DE L’ORIGINE FRAUDULEUSE DE LA CHOSE
Le recel n’est punissable que si celui qui détient, dissimule, transmet la chose ou
en tire profit sait que cette chose provient d’un crime ou d’un délit. Cette
connaissance peut être déduite de circonstances variées : dissimulation des choses,
acquisition à bas prix, objets de grande valeur proposés par des non professionnels,
absence de facture
Il n’est pas nécessaire que le receleur ait connaissance de la nature de l’infraction
d’origine ni des circonstances précises de sa commission. Il importe peu également
que l’auteur de l’infraction initiale soit effectivement puni, le recel est constitué alors
même que les circonstances de l’infraction qui a procuré la chose recelée n’auraient
pas été établies et que l’auteur de cette infraction serait demeuré inconnu (Cass.
crim., 24 novembre 1964) ou serait décédé ou en fuite (Cass. crim., 07 mai 1942).
C’est au prévenu, confronté à certains indices, qu’il incombe d’apporter la preuve
de sa bonne foi, c’est à dire son ignorance de la provenance des choses.
Pour apprécier la bonne ou mauvaise foi, il faut se placer au moment où le
prévenu reçoit, transmet ou tire profit de la chose. La Cour de cassation estime qu’il
n’y a pas recel à conserver une chose après en avoir appris la provenance, dès lors
que la bonne foi est reconnue à l’origine de l’acquisition (Cass. crim., 24 novembre 1977
Arrêt Pelegrin).
IV - CIRCONSTANCES AGGRAVANTES
Article 321-2 du C.P.
Lorsqu’il est commis de façon habituelle ou en utilisant les facilités que
procure l’exercice d’une activité professionnelle.
Lorsqu’il est commis en bande organisée.
Article 321-4 du C.P.
Lorsque l’infraction dont provient le bien recelé est punie d’une peine
privative de liberté d’une durée supérieure à celle de l’emprisonnement
encouru en application des articles 321-1 ou 321-2 du C.P., le receleur est puni
des peines attachées à l’infraction dont il a eu connaissance et, si cette
infraction est accompagnée de circonstances aggravantes, des peines
attachées aux seules circonstances dont il a eu connaissance.
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V - REPRESSION
LES PEINES ENCOURUES
Personnes physiques
CIRCONSTANCES PEINES PEINES
QUALIFICATION CLASSIFICATION ARTICLE
AGGRAVANTES PRINCIPALES COMPLEMENTAIRES
- 5 ans d’emprisonnement
SIMPLE 321-1 du C.P.
- 375 000 € d’amende
DELIT
Une des deux circonstances - 10 ans d’emprisonnement
321-2 du C.P.
prévues au présent article - 750 000 € d’amende Articles 321-9 et
Peine attachée à l’infraction 321-10 du C.P.
AGGRAVEE
DELIT Circonstances prévues au et aux circonstances
321-4 du C.P.
OU CRIME présent article aggravantes dont le receleur
a eu connaissance
Nota : L’article 321-3 du C.P. prévoit que les peines d’amende prévues par les articles 321-1 et 321-2
peuvent être élevées au-delà des 375 000 € jusqu’à la moitié de la valeur des biens recelés.
Nota : L’article 321-4 prévoit que le receleur encourt la peine de l’infraction originelle et le cas échéant celle
attachée aux circonstances aggravantes l’accompagnant, dont il a eu connaissance. Le recel va devenir un
crime lorsque l’infraction d’origine connue est un crime, ou devient crime par le jeu des circonstances
aggravantes.
Personnes morales
L’article 312-12 du C.P. prévoit que la responsabilité pénale des personnes
peut être engagée. Elles encourent la peine d’amende et l’ensemble des peines
complémentaires prévues à l’article 131-39 du C.P. (dissolution, exercice
d’activités professionnelles, fermeture temporaire ou définitive d’établissement
par exemple).
TENTATIVE : OUI
POUR LE RECEL AGGRAVE CRIME
La tentative de recel simple n’est pas punissable puisque non prévue par les
textes. En revanche la tentative de recel criminel est toujours punissable.
COMPLICITE : OUI
La complicité est applicable en matière de recel conformément aux dispositions de
l’article 121-7 du C.P.
Elle suppose un des faits constitutifs de complicité prévus par la loi, à savoir : aide
et assistance, provocation ou instructions données.
IMMUNITE FAMILIALE : NON
EXEMPTION ET REDUCTION DE PEINE : NON
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