L’EXTORSION
L’extorsion est le fait d’obtenir par violence, menace de
violences ou contrainte soit une signature, un engagement ou
une renonciation, soit la révélation d’un secret, soit la remise
de fonds, de valeurs ou d’un bien quelconque.
I - ELEMENT LEGAL
L’article 312-1 du C.P. définit et réprime l’extorsion.
II - ELEMENT MATERIEL
DES MOYENS MIS EN OEUVRE
Par principe, il n’y a extorsion que si le comportement de la victime a été obtenu
par violence, menace de violences ou contrainte. S’il n’est que le résultat de
promesses fallacieuses, l’infraction n’est pas constituée.
Jurisprudence :
. Remise par la victime d’un véhicule de location et de sa carte bancaire aux prévenus, ceux-ci
lui ayant fait croire qu’ils lui procureraient du travail (C.A. Paris, 11° chambre, 27 juin 1997).
Des violences
Sont visés tous les procédés de contrainte physique privant le plus
directement la victime de sa liberté d’action et l’amenant à se dépouiller (coups et
blessures, séquestration, brimades physiques, privation de soins ou de nourriture,
etc.).
Jurisprudence :
. Victime tenue dans un état quasi grabataire et de grand dénuement (cass. crim.,
19 janvier 2000).
La jurisprudence a parfois retenu comme une violence physique l’occupation
d’un lieu.
Des menaces de violences
Il s’agit de toute menace de violence, quelle qu’en soit la forme ou
l’expression, dès lors qu’elle a permis la remise de l’objet de l’extorsion. Les
menaces n’ont pas à être réalisées, leur simple formulation suffit pour que
l’élément matériel de l’extorsion soit constitué.
Jurisprudences :
. Menaces faites à la victime de l’égorger (C.A. Paris, 9° chambre, 04 mai 1987).
. Menaces faites à un gérant de restaurant de foire de lui retirer son exploitation s’il ne
reverse pas un pourcentage de sa recette (cass. crim., 4 novembre 1997).
. Menaces faites à un débiteur avec une matraque pour obtenir le paiement d’une somme
supérieure à la dette (C.A. Grenoble, 24 mai 1996).
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Une contrainte morale
La contrainte apparaît comme une force irrésistible d’origine externe dominant
la volonté de celui qui la subit, ou en tout cas assez puissante pour lui enlever sa
liberté d’esprit. Cette notion de contrainte permet de sanctionner toutes les
extorsions réalisées par le moyen de menaces visant la situation matérielle d’une
personne ou celle d’un tiers.
La jurisprudence a toujours considéré que la contrainte était constituée par de
simples menaces, qui sans être insurmontables, représentaient un danger grave,
certain et imminent, soit pour la vie, soit pour l’intégrité physique.
Les tribunaux apprécient souverainement la contrainte en prenant en compte
la force avec laquelle elle est exprimée, ou la crainte qu’elle inspire, en tenant
compte du caractère impressionnable de la victime, de son état de santé physique
ou mentale, de sa condition intellectuelle, de son état psychique, de son âge, de
sa vulnérabilité (cass. crim. 03 octobre 1991).
La crainte peut affecter tant la victime elle-même dans ses biens ou son
activité professionnelle, que ses proches.
Jurisprudences :
. Menace faite à une mineure de mettre le feu au restaurant de ses parents (C.A. Paris,
9° chambre B, 25 mai 1988).
. Dépêcher un acolyte particulièrement impressionnant pour intimider une personne afin de
la contraindre à accepter de remettre des fonds (cass. crim., 11 avril 1988).
UNE REMISE PAR LA VICTIME
Une remise involontaire mais consciente
Dans le cadre de l’extorsion, la victime joue un rôle actif dans la remise de la
chose. Même si cette remise est forcée, c’est la victime qui remet l’objet de
l’infraction. La collaboration de la victime n’est que le résultat de la pression
exercée sur elle.
Une victime personne physique
Concernant l’extorsion de signature, la victime est toujours le titulaire de cette
signature. En revanche, s’il s’agit d’un titre d’engagement ou de renonciation,
d’une valeur ou d’un effet, la victime est la personne sur laquelle s’exercent les
pressions, même si elle n’en est pas le signataire.
Une victime personne morale
En pratique, une personne morale est par définition insensible à la force, à la
violence ou à la contrainte. Toutefois, l’expérience démontre que les sociétés ou
les associations sont aussi vulnérables que les individus à la « piraterie »
économique.
Le code pénal stipule qu’une personne morale peut être déclarée pénalement
responsable d’une infraction (art. 121-2 C.P.) et naturellement d’une extorsion
(art. 312-15 C.P.). Il va de soit qu’une personne morale peut également en être
victime.
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L’OBJET DE LA REMISE
Une signature
Il s’agit de l’extorsion de la signature elle-même. En ce sens, l’infraction est
constituée par le seul fait de contraindre une personne à apposer sa signature ou
son paraphe sur un document. La nature et la portée de ce document importent
peu, il peut même s’agir d’une feuille blanche.
Jurisprudence :
. Pressions répétées exercées par un supérieur hiérarchique sur une subordonnée pour
obtenir sa signature (cass. crim., 16 octobre 2002).
Un engagement ou une renonciation
Sont visés ici les actes écrits emportant ou non des conséquences pécuniaires
(contrats de toute sorte, quittances, reçus, démission, mainlevées, etc.), mais
également des engagements non écrits ou à caractère non patrimonial.
Jurisprudences :
. Séquestrer un inspecteur du travail et n’accepter de le libérer qu’à la condition qu’il
s’engage par écrit de ne pas dresser procès-verbal (cass. crim., 09 janvier 1991).
. Renoncer à dénoncer des surfacturations illicites découvertes par un bureau d’études
(cass. crim., 28 novembre 2001).
La révélation d’un secret
L’article 312-1 du code pénal ne donne aucune précision sur le mot « secret »,
on doit donc l’entendre dans son acception la plus large. Sont compris aussi bien
les secrets de la vie privée que les secrets professionnels, les secrets de
correspondance ou les secrets des affaires.
De même, il peut s’agir du secret personnel comme du secret d’autrui
extorqué à son dépositaire.
La remise de fonds, de valeurs ou d’un bien quelconque
Les termes « fonds et valeurs » visent l’ensemble des valeurs mobilières
(actions, obligations, bons, titres de rente, etc.), les effets de commerce, mais
aussi tous les instruments de paiement (billets de banque, chèques, cartes
bancaires ou leur code confidentiel, mandats, etc.).
Jurisprudence :
. Remise sous la violence d’une carte de crédit avec son numéro de code (C.A. Bordeaux,
18 octobre 1989).
La Cour de cassation interprète le terme « bien quelconque » comme tout
objet ou denrée ayant une valeur marchande. Encore faut-il pour que des
poursuites puissent être exercées que cet objet soit suffisamment déterminé.
Jurisprudence :
. Exiger un « dédommagement » ne peut suffire à constituer l’infraction, la demande étant
trop imprécise quant à son montant et sa nature (C.A. Paris, 16 avril 1993).
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III - ELEMENT MORAL
VOLONTE DE L’AUTEUR D’OBTENIR CE QUI NE PEUT ETRE
LIBREMENT CONSENTI EN USANT DE PROCEDES CONTRAIGNANTS
La Cour de cassation a défini l’élément intentionnel de l’extorsion comme étant
« la conscience d’obtenir par la force, la violence ou la contrainte ce qui n’aurait pu
être obtenu par un accord librement consenti » (cass. crim., 09 janvier 1991).
Les mobiles quant à eux sont indifférents, peu importe que l’auteur ait notamment
agi ainsi pour obtenir ce qui lui est légitimement dû (cass. crim., 14 décembre 1999).
IV - CIRCONSTANCES AGGRAVANTES
EXTORSION AGGRAVEE DELICTUELLE
Article 312-2 du C.P.
Lorsqu’elle est précédée, accompagnée ou suivie de violences sur autrui
ayant entraîné une I.T.T. pendant huit jours au plus.
Lorsqu’elle est commise au préjudice d’une personne dont la particulière
vulnérabilité, due à son âge, à une maladie, à une infirmité, à une déficience
physique ou psychique ou à un état de grossesse, est apparente ou connue de
son auteur.
Lorsqu’elle est commise à raison de l’appartenance ou de la non-
appartenance, vraie ou supposée, de la victime à une ethnie, une nation, une
race ou une religion déterminée, ou de son orientation sexuelle, vraie ou
supposée.
Lorsqu'elle est commise par une personne dissimulant volontairement en
tout ou partie son visage afin de ne pas être identifiée.
Lorsqu'elle est commise dans les établissements d'enseignement ou
d'éducation ainsi que, lors des entrées ou sorties des élèves ou dans un temps
très voisin de celles-ci, aux abords de ces établissements.
EXTORSION AGGRAVEE CRIMINELLE
Article 312-3 du C.P.
Lorsqu’elle est précédée, accompagnée ou suivie de violences sur autrui
ayant entraîné une I.T.T. pendant plus de huit jours.
Article 312-4 du C.P.
Lorsqu’elle est précédée, accompagnée ou suivie de violences sur autrui
ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente.
Article 312-5 du C.P.
Lorsqu’elle est commise soit avec usage ou menace d’une arme, soit par
une personne porteuse d’une arme soumise à autorisation ou dont le port est
prohibé.
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Article 312-6 du C.P.
Lorsqu’elle est commise en bande organisée.
Lorsqu’elle est commise en bande organisée, et précédée, accompagnée ou
suivie de violences sur autrui ayant entraîné une mutilation ou une infirmité
permanente.
Lorsqu’elle est commise en bande organisée et soit avec usage ou menace
d’une arme, soit par une personne porteuse d’une arme soumise à
autorisation ou dont le port est prohibé.
Article 312-7 du C.P.
Lorsqu’elle est précédée, accompagnée ou suivie soit de violences ayant
entraîné la mort, soit de tortures ou d’actes de barbarie.
Nota : Lorsque les violences ont été commises pour favoriser la fuite ou assurer l’impunité d’un auteur ou
complice, on est en présence d’une extorsion suivie de violences (art. 312-8 C.P.).
V - REPRESSION
LES PEINES ENCOURUES
Personnes physiques
CIRCONSTANCES PEINES PEINES
QUALIFICATION CLASSIFICATION ARTICLE
AGGRAVANTES PRINCIPALES COMPLEMENTAIRES
- 7 ans d’emprisonnement Article 312-13
SIMPLE DELIT 312-1 du C.P.
- 100 000 € d’amende du C.P.
Une des circonstances - 10 ans d’emprisonnement
DELIT 312-2 du C.P.
prévues au présent article - 150 000 € d’amende
- 15 ans de réclusion
Une des circonstances
312-3 du C.P. - 150 000 € d’amende
prévues au présent article
- Période de sûreté
- 20 ans de réclusion
Une des circonstances
312-4 du C.P. - 150 000 € d’amende
prévues au présent article
- Période de sûreté
- 30 ans de réclusion
Une des circonstances
312-5 du C.P. - 150 000 € d’amende
prévues au présent article
- Période de sûreté Articles 312-13 et
AGGRAVEE
- 20 ans de réclusion 312-14 du C.P.
CRIME Circonstance prévue au
312-6 al.1 du C.P. - 150 000 € d’amende
présent article
- Période de sûreté
- 30 ans de réclusion
Circonstance prévue au
312-6 al.2 du C.P. - 150 000 € d’amende
présent article
- Période de sûreté
Circonstance prévue au - Réclusion à perpétuité
312-6 al.3 du C.P.
présent article - Période de sûreté
- Réclusion à perpétuité
Une des circonstances
312-7 du C.P. - 150 000 € d’amende
prévues au présent article
- Période de sûreté
Personnes morales
Les peines applicables aux personnes morales déclarées pénalement
responsables sont énumérées à l’article 312-15 du C.P.
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LA TENTATIVE : OUI
La tentative d’extorsion est spécialement prévue et réprimée par l’article 312-9 du
C.P.
Comme pour toute tentative, elle doit être caractérisée par un commencement
d’exécution et ne pas aboutir du fait de l’intervention de circonstances indépendantes
de la volonté de l’auteur. Ainsi, la tentative est constituée quand la victime parvient à
résister à l’extorsion, soit de son propre fait, soit par l’appel à des tiers, ou par une
dénonciation.
Jurisprudence :
. La fixation d’un rendez-vous constitue un début d’exécution, même si la police intervient sur
appel de la victime avant la consommation de l’infraction (cass. crim., 17 février 1998).
LA COMPLICITE : OUI
La complicité est évidemment applicable en matière d’extorsion conformément aux
dispositions de l’article 121-7 du C.P.
Elle suppose un des faits constitutifs de complicité prévus par la loi, à savoir : aide
et assistance, provocation ou instructions données.
L’IMMUNITE FAMILIALE : OUI
L’article 312-9 du C.P. précise que les dispositions de l’article 311-12 instituant une
immunité familiale en matière de vol s’appliquent à l’extorsion.
Ainsi, l’extorsion ne peut donner lieu à des poursuites pénales lorsqu’elle est
commise par une personne :
1° au préjudice de son ascendant ou de son descendant ;
2° au préjudice de son conjoint, sauf en cas de séparation de corps ou de
résidences séparées.
Toutefois, l’immunité familiale n’est pas retenue lorsque l’extorsion porte sur des
objets ou documents indispensables à la vie quotidienne de la victime, tels que des
documents d'identité, relatifs au titre de séjour ou de résidence d'un étranger, ou des
moyens de paiement.
EXEMPTION ET REDUCTION DE PEINE : OUI
L’article 312-6-1 alinéa 1 du C.P. mentionne que toute personne ayant tenté de
commettre une extorsion en bande organisée prévue à l’article 312-6 est exempte de
peine lorsqu’elle avertit l’autorité administrative ou judiciaire, permettant ainsi d’éviter
la réalisation de l’infraction ou le cas échéant d’identifier les autres auteurs ou
complices.
Le même article dans son alinéa 2 prévoit que l’auteur ou le complice d’une
extorsion commise en bande organisée qui permet soit de faire cesser l’infraction, soit
d’éviter qu’elle entraîne la mort d’homme ou une infirmité permanente, et d’identifier
le cas échéant les autres auteurs ou complices, voit sa peine privative de liberté
réduite de moitié. Lorsque la peine encourue est la réclusion criminelle à perpétuité,
elle est ramenée à 20 ans de réclusion criminelle.
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