1.3.
MEILLEURE APPROXIMATION POLYNOMIALE 23
[Link] Polynômes orthogonaux
La proposition suivante est une conséquence du procédé de Gram-Schmidt ap-
pliqué à la base canonique 1, x, . . . , xn dont on sait, par l’hypothèse (1.18) qu’elle
appartient à L2ω .
Proposition 1.7 (Polynômes orthogonaux) Pour tout poids positif ω, il existe
une suite (pn )n de polynômes telle que le degré de pn soit égal à n et pour tout
couple d’entiers différents n et m, on a ⟨pn , pm ⟩ω = 0.
On dit que les (pn ) forment une famille de polynômes orthogonaux sur ]a,b[
pour le produit scalaire ⟨., .⟩ω , ou encore relativement au poids ω(x). Notons que
si (pn )n est une famille de polynômes orthogonaux pour un poids ω, alors
— p0 , p1 , . . . , pn forment une base de Pn .
— ⟨pn , pm ⟩ω = δn,m ∥pn ∥2ω ,
— pn est orthogonal à Pn−1 , pour le produit scalaire ⟨., .⟩ω :
∀q ∈ Pn−1 , ⟨pn , q⟩ω = 0.
— La famille (λn pn )n , pour tous réels λn non nuls est aussi orthogonale. Pour
assurer l’unicité de la famille (pn )n , il est donc nécessaire de convenir
d’une normalisation (pour fixer les réels λn ). Par exemple
∥pn ∥ω = 1 (1.21)
ou
le coefficient de plus haut degré de pn est égal à 1. (1.22)
Polynômes orthogonaux usuels
1. Intervalle borné ]a, b[. Par transformation affine, on se ramène à l’intervalle
] − 1, 1[. On suppose donc que ]a, b[=] − 1, 1[ et de plus que ω(x) =
(1 − x)α (1 + x)β avec α > −1 et β > −1, Les polynômes orthogonaux
sur ] − 1, 1[ pour ce poids sont appelés polynômes de Jacobi (voir Exercice
3.56). Pour α = β, on parle de polynômes de Gegenbauer ou polynômes
ultrasphèriques (voir Exercice ??). Les plus connus sont
(a) α = β = 0 (polynômes de Legendre), les polynômes de Legendre de
degré 1 à 4 sont représentés figure 1.5.3. On note (pn )n les polynômes
orthogonaux sur I =]−1, 1[ pour le poids ω(x) = 1. Nous allons mon-
h i(n)
trer que les polynômes de Legendre définis par Ln (x) = cn (1 − x2 )n
(−1)n
avec cn = n sont aussi orthogonaux sur I pour le même poids et
2 n!
donc qu’il sont proportionnels aux pn . Pour n et m deux entiers dis-
tincts (n > m), on a, en intégrant par parties et notant que le ”terme
24 CHAPITRE 1. APPROXIMATION POLYNOMIALE
h i(n−k)
(k)
de bord” (1 − x2 )n Lm (x) est nul en ±1 pour tout k tel que
1 ≤ k ≤ n,
Z 1h i(n)
⟨Ln , Lm ⟩ = cn (1 − x2 )n Lm (x)dx
−1
= ...
Z 1h i(n−m)
m 2 n
= (−1) cn (1 − x ) L(m)
m (x)dx.
−1
(m)
Soit, puisque Lm (x) = (−1)m (2m)!
m! m
c est constant
" #
(2m)! h i(n−m−1) 1
⟨Ln , Lm ⟩ = cn cm (1 − x2 )n = 0.
m!
−1
On a donc la relation d’orthogonalité
n ̸= m =⇒ ⟨Ln , Lm ⟩ = 0. (1.23)
En comparant les coefficients de plus haut degré de pn et Ln , on obtient
(2n)!
L0 = p0 et Ln = (−1)n cn pn pour n ≥ 1. Voir section 1.5.3.
n!
(b) α = β = −1/2 (polynômes de Tchebycheff de 1ère espèce). On note
(pn√)n les polynômes orthogonaux sur I =]−1, 1[ pour le poids ω(x) =
1/ 1 − x2 . Nous allons montrer que les polynômes de Tchebycheff
habituels Tn (x) = cos(nθ), x = cos(θ) sont aussi orthogonaux sur I
pour le même poids et donc qu’il sont proportionnels aux pn . Pour n et
m deux entiers distincts, on a
Z 1 Z π
1
Tn (x)Tm (x) √ dx = cos(nθ) cos(mθ)dθ
−1 1 − x2 0Z
1 π
= cos[(n + m)θ] + cos[(n − m)θ]dθ
2h 0 iπ
= 12 sin[(n+m)θ]
n+m
+ sin[(n−m)θ]
n−m
.
0
Donc
n ̸= m =⇒ ⟨Tn , Tm ⟩ω = 0. (1.24)
En comparant les coefficients de plus haut degré de pn et Tn , on obtient
T0 = p0 et pour n ≥ 1, Tn = 2n−1 pn . Voir section 1.5.1.
(c) α = β = 1/2 (polynômes de Tchebycheff de 2ème espèce). Ces po-
lynômes sont défins I =] − 1, 1[ par Un (x) = sin[(n + 1)θ]/sin(θ),
√= cos θ. Montrer qu’ils sont orthogonaux sur I pour le poids ω(x) =
x
1 − x2 . Voir section 1.5.2).
1.3. MEILLEURE APPROXIMATION POLYNOMIALE 25
2. Intervalles non bornés.
2
— ]a, b[= R et ω(x) = e−x (polynômes d’Hermite, voir section 1.5.4)
— ]a, b[=]0, +∞[ et ω(x) = e−x (polynômes de Laguerre, voir section
1.5.5).
Toute famille de polynômes orthogonaux vérifie une relation de récurrence à trois
termes.
Proposition 1.8 (Récurrence) Les polynômes orthogonaux pn , normalisés par la
condition (1.22), vérifient p0 (x) = 1, p1 (x) = x − ⟨x, 1⟩ω /⟨1, 1⟩ω , et pour n ≥ 1,
la relation de récurrence
pn+1 (x) = (x − αn )pn (x) − βn pn−1 (x),
où αn = ⟨xpn , pn ⟩ω /∥pn ∥2ω et βn = ∥pn ∥2ω /∥pn−1 ∥2ω .
Corollaire 1.2 Si l’intervalle I est symétrique et le poids w pair, alors les po-
lynômes orthogonaux pn ont la parité de leur degré : i.e. si n est pair (resp. im-
pair) pn est pair (resp. impair).
Exemples de relations de récurrence
1. Polynômes de Tchebycheff (dits de première espèce).
Tn+1 (x) = 2xTn (x) − Tn−1 (x) (n ≥ 1) (1.25)
avec T0 (x) = 1 et T1 (x) = x. Noter que Tn (±1) = (±1)n et que la norme
de Tn est donnée par ∥Tn ∥2ω = π/2 pour n ≥ 1 et ∥T0 ∥2ω = π. Pour
le calcul de Tn (x), nous renvoyons à l’exercice 3.58 où l’on propose un
algorithme stable, différent de (1.25).
2. Polynômes de Tchebycheff de deuxième espèce. Montrer que U0 (x) = 1,
U1 (x) = 2x et la relation de récurrence
Un+1 (x) = 2xUn (x) − Un−1 (x) (n ≥ 1).
Montrer aussi que Un (±1) = 2(±1)n et que ∥Un ∥2ω = π/2.
3. Polynômes de Legendre.
(n + 1)Ln+1 (x) = (2n + 1)xLn (x) − nLn−1 (x) (n ≥ 1)
avec L0 (x) = 1 et L1 (x) = x. Noter que Ln (±1) = (±1)n et que la norme
de Ln est égale à
Z 1 Z 1
2 2 n
∥Ln ∥ = |Ln (x)| dx = (−1) cn (1 − x2 )n L(n)
n (x)dx
−1 Z 1 −1
(2n)! 2
= (1 − x2 )n dx = .
(n!2n )2 −1 2n + 1
La dernière égalité est démontrée à l’exercice 3.44.
1.3. MEILLEURE APPROXIMATION POLYNOMIALE 27
1
L
5
L6
0.5
−0.5
−1
−1 −0.5 0 0.5 1
F IGURE 1.3 – Polynômes de Legendre L5 et L6 ; noter l’entrelacement de leurs
zéros.
Proposition 1.10 (Base hilbertienne) Si l’intervalle I est borné, la famille p∗n =
pn / ∥pn ∥ω forme une base hilbertienne de L2ω (I) i.e. la famille (p∗n )n≥0 est or-
thonormée et l’ensemble des combinaisons linéaires finies des p∗n est dense dans
L2ω (I).
Remarque 1.7 Si l’intervalle I n’est pas borné, la densité des polynômes n’est
plus assurée en général, voir Exercice 3.68 ou [?]. Cette densité a cependant lieu
dans les cas classiques :
2
• I = R et ω(x) = e−x (polynômes d’Hermite),
• I =]0, +∞[ et ω(x) = e−x (polynômes de Laguerre).
Pour n entier, on note πnω f la projection orthogonale de f sur Pn , c’est à dire
l’unique polynôme de Pn pour lequel
⟨πnω f, p⟩ω = ⟨f, p⟩ω , ∀p ∈ Pn .
Pn ˆ ⟨f,pk ⟩ω
πnω f = k f k pk , ∥fk ∥2ω
.
Le théorème suivant indique que toute fonction de L2ω (I) est développable en
série de polynômes orthogonaux.
Théorème 1.11 (M.a.p. hilbertienne) Soit f ∈ L2ω (I). La meilleure approxima-
tion, au sens L2ω (I), de f dans Pn est sa projection πnω f sur Pn i.e.
∥f − πnω f ∥ω = inf ∥f − q∥ω .
q∈Pn
Remarque 1.8 Pour un intervalle I symétrique et un poids w pair, la meilleure
approximation πnω f d’une fonction f paire (resp. impaire) est paire (resp. im-
paire).
28 CHAPITRE 1. APPROXIMATION POLYNOMIALE
[Link] Convergence
Étudions maintenant la convergence de la suite des polynômes de meilleure
approximation (πnω f )n vers f . Attention, il s’agit ici de convergence en moyenne,
ou au sens des moindres carrés, ou encore au sens L2ω (I), et pas de convergence
simple. Si la fonction f est continue sur l’intervalle borné I¯ = [a, b], alors
lim ∥πnω f − f ∥ω = 0.
n→+∞
En effet, en notant pn la meilleure approximation polynomiale uniforme de f dans
Pn , on a, en notant En (f ) l’erreur de meilleure approximation uniforme de f dans
Pn
∥f − πnω f ∥ω ≤ ∥f − pn ∥ω ≤ ∥1∥ω En (f ),
et le résultat découle alors de la Proposition 1.1. Si la fonction f ∈ L2ω (I) n’est
pas continue, la suite des polynômes de meilleure approximation converge quand
même, si l’intervalle I reste borné.
Proposition 1.11 (Convergence) On suppose l’intervalle I borné, alors pour tout
f ∈ L2ω (I), on a
lim ∥f − πnω f ∥ω = 0. (1.27)
n→+∞
Par abus d’écriture, on note (1.27) sous la forme
X
f= fˆk pk .
k≥0
Lemme 1.3 Pour tout f ∈ L2ω (I), on a
X
fˆk2 ∥pk ∥2ω = ∥f ∥2ω (formule de Parseval),
k≥0
n
X
fˆk2 ∥pk ∥2ω ≤ ∥f ∥2ω (inégalité de Bessel).
k=0
[Link] Erreur
D’après (1.28)-(1.29), la m.a.p. hilbertienne de f dans Pn est la série tronquée
à l’ordre n. Connaissant les coefficients de Fourier fˆk , l’erreur de meilleure ap-
proximation de f dans Pn est
X
∞ 1/2
∥f − πnω f ∥ω = fˆk2 ∥pk ∥2ω .
k=n+1
1.3. MEILLEURE APPROXIMATION POLYNOMIALE 29
[Link] Calcul
On se propose de calculer les coefficients du développement d’une fonction f
dans la base des polynômes de Tchebycheff. Ces coefficients sont appelés coeffi-
cients de Fourier-Tchebycheff
√ ou de Tchebycheff de f . On prend ]a, b[=] − 1, 1[
et ω(x) = 1/ 1 − x . Le développement en série de Tchebycheff de f ∈ L2ω est
2
X ⟨f, Tk ⟩ω
f= fˆk Tk , fˆk = .
k≥0
∥Tk ∥2ω
π
Les normes des Tk sont ∥T0 ∥2ω = π et ∥Tk ∥2ω = pour k ≥ 1, on en déduit les
2
coefficients fˆk
⟨f, 1⟩ω 2
fˆ0 = et fˆk = ⟨f, Tk ⟩ω pour k ≥ 1.
π π
Par exemple, le développement en série de Tchebycheff de f de la fonction signe
est
4 X (−1)k
T2k+1 .
π k≥0 2k + 1
Par application de la formule de Parseval, on obtient l’identité
+∞
X 1 π2
= .
k=0
(2k + 1)2 8
Remarque 1.9 Si P la fonction continue f a un développement en série P de Tche-
bycheff, on a f − nk=0 fˆk Tk = fˆn+1 Tn+1 + R, où le reste R = ∞ ˆ
k=n+2 fk Tk
Pn ˆ
est ’petit’. On peut donc écrire f − k=0 fk Tk ≃ fˆn+1 Tn+1 , et comme Tn+1
P
équioscille aux n + 2 extrémas de Tn+1 . On en déduit que nk=0 fˆk Tk est proche
de la meilleure approximation uniforme de f dans Pn . C’est pourquoi, ces points
xi = cos(i n+1π
), (i = 0, . . . , n + 1) sont choisis pour initialiser l’algorithme de
Remes (voir page 27.)
Le Théorème 1.11 nous apprend que si f ∈ L2w (I), alors pn est la projection
orthogonale de f sur Pn qui est égale à πnω f , la série tronquée à l’ordre n de f . On
développe πnω f dans la base des pi
n
X
πnω f = α k pk .
k=0
Pour déterminer les coefficients αk , on calcule les produits scalaires ⟨πnω f, pi ⟩ω
pour i = 0, . . . , n :
n
X
⟨f, pi ⟩ω = ⟨πnω f, pi ⟩ω = αk ⟨pk , pi ⟩ω = αi ∥pi ∥2ω ,
i=0