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U.F.R. D’ODONTOLOGIE
Né le 31/10/1997 à VERSAILLES
Le 12 mars 2024
Membres du jury :
2
3
REMERCIEMENTS
Je vous remercie sincèrement d’avoir accepté de présider cette soutenance de thèse au sein
de ce jury. Je vous remercie pour toutes ces années d’enseignements au sein de l’université
et vous prie d’agréer, Madame, l’expression de mon profond respect.
4
A notre Rapporteur de thèse
Madame le Docteur Rawen SMIRANI
Maître de Conférences des Universités – Praticien Hospitalier
Section Parodontologie – 57- 01
Je vous remercie d’avoir accepté d’être la rapportrice de cette thèse. Je vous prie d’agréer,
Madame, l’expression de profond mon respect pour votre relecture et vos suggestions. Pour
votre enseignement universitaire et hospitalière qui m’ont véritablement aidé tout au long de
mes années d’étude, je vous exprime ma reconnaissance la plus sincère.
A notre Assesseur
Monsieur le Docteur Johan SAMOT
Maître de Conférences des Universités – Praticien Hospitalier
Département Biologie Orale 57-01
Je vous remercie d’avoir accepté de siéger au sein de ce jury de thèse. Je vous remercie
très sincèrement pour votre pédagogie pour laquelle j’éprouve une grande admiration et
votre enseignement hospitalier qui m’ont beaucoup apporté tout au long de ces années
d’étude. Pour toutes ces raisons, je vous adresse, Monsieur, mes sincères remerciements.
A notre Assesseur
Monsieur le Docteur Yves LAUVERJAT
Maître de Conférences des Universités – Praticien Hospitalier
Section Parodontologie – 57-01
5
A ma mère, mon père, mon grand frère, toute ma famille. Je vous remercie en premier pour
votre soutien indéfectible depuis toujours et vous dois énormément par rapport à l’homme que
je suis devenu. Dans les meilleurs comme les mauvais moments, j’ai toujours pu compter sur
vous. Votre implication et votre confiance en moi m’ont beaucoup apporté et je tenais à vous
dire que je vous aime fort.
A Quentin Desperiez. Merci de m’avoir accompagné et cru en moi pendant mon année à XA.
Ce parcours a été semé d’embûches sur de nombreux points et malgré cela, tes conseils, ton
accompagnement et tes avis m’ont beaucoup apporté. Je te remercie du fond du cœur ainsi que
pour tes excellentes suggestions en matière de rock’n roll/metal. Si jamais l’envie te prend de
refaire un concert de hard rock sur Paris, tu sais où me trouver !
A tous mes amis m’ayant accompagné dans ce fabuleux et exaltant voyage au cours de ces
dernières années :
A toute la team de Paris, les grosses folles, la team Week-End Brebis. Vous m’avez entrainé
systématiquement dans des guet-apens (même encore aujourd’hui) et les souvenirs que nous
avons créés ensemble resterons à jamais mémorable. Je ne vous remercierai jamais assez pour
tout ce que vous m’avez apporté toutes ces années et ce sont des pages qui continueront à
s’écrire dans le futur. Que nos futurs périples continuent à être nombreux ! Stay tuned pour le
WE brebis édition 2024.
A tous les copains / copines de dentaire. Aurélie, Cheche, Ginouuuuu, Mégane, JE, Laëtitia,
Elodie, Lucie, Loulou, Bastien (monsieur esclave <3), Guillaume, Marie, Alizée, merci pour
tous ces moments de partage et de fou rire qu’on a pu avoir. Mes années étudiantes n’auraient
6
clairement pas été si fun sans vous et c’est loin d’être fini. Des bisous XXL à vous tous et merci
d’avoir été là dans les meilleurs comme dans les mauvais moments.
A la team Hellfest. Henri (emo), Mathieu (papa oie) et Alice (not hehe), merci à nos pogos
infernaux, à nos extinctions de voix sur du Papa Roach ou sur du Arch Enemy, il faudra
vraiment qu’on résolve le mystère du Niddoie un jour (Nid d’oie ? Niddwha ? Nous ne saurons
peut-être jamais). Cœur sur vous.
A la team Escape Game, Lé Zilétrés. Pierre (non il n’y avait pas d’esprit qui t’avais touché
l’épaule lors du spiritisme), Arthur, Margaux (mon ptit coin coin <3), Damien, Quentin, Elise
(RIP le Massacre), merci à vous de m’avoir entraîné dans des situations infernales à devoir
ramper dans des conduits ou réciter des incantations sataniques, hâte du prochain sacrifice
humain impliquant Margaux.
Au sanctuaire. Madeline (aka le phénix) et Tomiche (aka le téton flamboyant), à nos sessions
autour du champignon de la confession, nos joyeux délires et nos nombreuses aventures. Loin
des yeux, près du cœur. Merci pour toutes ces années de forte rigolade et de joie.
A Bébou, mon fer de lance de PACES, mon compagnon de beuverie à toute épreuve. On en a
fait du chemin depuis pas vrai ? Les situations rocambolesques vécues ensemble ne manquent
pas et on en aura fait de sacrées péripéties. C’est un honneur d’avoir partagé toutes ces aventures
à tes côtés. Et c’est loin d’être fini, hâte de vivre la suite (#rio). Merci pour tout ce que tu m’as
apporté et de ton soutien en toutes circonstances, je te dois énormément. Je t’aime fort fort mon
poulet.
A Pauline, la queen de la raclette je te le concède, t’as encore des progrès à faire sur Mario Kart
mais t’inquiètes je saurai te former jeune padawan. Merci pour tous ces moments, t’es une amie
en or.
A Eva, je ne compte même plus le nombre de fois où on a échangé sur mes problèmes
existentiels aka les prises de tête aka l’ulcère gastrique c’est pour bientôt. Et malgré tout ça t’as
7
toujours été là pour moi et tu es une amie incroyable. Aussi bien en amitié qu’en soirée, tu
excelles. Je sais que tu veux déjà repartir en Asie mais profite encore un peu avec nous avant
stp. Merci du fond du cœur d’être auprès de moi, la suite continue de s’écrire.
A Ludovic et Matthew, mes deux morues préférées, à nos soirées bières, nos soirées jeux, notre
voyage Berlinois, nos sessions drag race et à nos shootings VR riches en émotions et en perte
d’audition (où je suis responsable à 99%). A chaque fois, c’est toujours un bonheur de vous
voir et vous me manquez déjà terriblement. Amour, Gloire et Beauté, love U very very much,
xoxo <3
A Fred, on en aura vécu des choses à l’époque mon poulet la liste est longue. Ce que je retiens
c’est qu’écoute même à 26 ans je n’ai toujours pas de barbe, j’attends encore, tu peux encore te
vanter. Bisous mon frérot.
A Théo, ma ptite caille et à Hugo, mon partenaire in crime de Crossfit (road to Ring MU
n’oublie pas hein), vous avez été deux très belles découvertes et je vous kiffe ++. Je vous
embrasse trrrrrrès fort.
A Florian. Tu m’as aidé à devenir l’homme que je suis, bien que j’aie encore des progrès à faire
dans de nombreux domaines, en me faisant grandir, me faisant évoluer et en faisant me sentir
plus grand. Ces années partagées avec toi auront été les plus belles. Je te souhaite sincèrement
le meilleur.
8
TABLE DES MATIERES
REMERCIEMENTS 4
INTRODUCTION 15
1. CONTEXTE 44
2. ANAMNESE 45
3. DONNEES RECUEILLIES ET DEMARCHE DIAGNOSTIQUE 45
4. PROPOSITION THERAPEUTIQUE 46
5. ÉTAPES CLINIQUES 47
5.1. SEANCE N°1 48
5.2. SEANCE N°2 50
5.3. SEANCES DE SUIVI 55
DISCUSSION 58
9
1. CHOIX THERAPEUTIQUE, ALTERNATIVES ET LIMITES 58
1.1. L’APPORT DU DESIGN CANTILEVER DOUBLE AILETTES DANS LE SECTEUR ANTERIEUR MANDIBULAIRE 58
1.2. LA CONTENTION COLLEE DANS L’EDENTEMENT UNITAIRE ANTERIEUR ET SES LIMITES 59
2. CHOIX DU MATERIAU 62
2.3. L’UTILISATION DE LA ZIRCONE 62
2.4. L’UTILISATION DE LA VITROCERAMIQUE RENFORCEE AU DISILICATE DE LITHIUM 63
3. TECHNIQUE DU « NO PREP » 65
4. MODE D’ASSEMBLAGE 66
5. LIMITES DU CAS 67
5.3. AMENAGEMENTS DES TISSUS MOUS 67
5.4. AMENAGEMENT DES TISSUS DURS 68
5.5. FACTEURS PROPRES AU CAS CLINIQUE 68
CONCLUSION 70
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES 71
10
LISTE DES FIGURES
12
LISTE DES TABLEAUX
Tableau 1 : Stades d’évolution de la parodontite d’après le Consensus report of workgroup 2 of the 2017
World Workshop on the Classification of Periodontal and Peri-Implant Diseases and Conditions.
Tableau modifié d’après (11) ................................................................................................................ 21
Tableau 2 : grades d’évolutions de la parodontite d’après le Consensus report of workgroup 2 of the
2017 World Workshop on the Classification of Periodontal and Peri-Implant Diseases and Conditions.
Tableau modifié d’après (11) ................................................................................................................ 22
Tableau 3 : Tableau rapportant les taux de survie de la contention collée dans le remplacement dentaire
unitaire selon les études incluses dans la revue (n=592) (88) ............................................................... 60
Tableau 4 : Tableau rapportant les taux de survie de la contention collée dans le remplacement dentaire
unitaire selon sa localisation dans l’arcade dentaire en antérieur (n=291) et en postérieur (n=132) (88)
............................................................................................................................................................... 61
13
LISTE DES ABRÉVIATIONS
14
INTRODUCTION
L’absence d’une incisive centrale mandibulaire, qu’elle soit due à une avulsion à la suite
d’un traumatisme ou d’une maladie parodontale trop avancée, peut avoir des répercussions très
négatives sur l’environnement bucco-dentaire d’ordre esthétique et fonctionnelle. Son
anatomie, son phénotype et ses dimensions réduites nous poussent à avoir une approche
pluridisciplinaire quand il s’agit de remplacer cette dent en particulier.
Bien que l’implantologie puisse constituer une solution de choix fiable qui a fait ses
preuves dans la littérature scientifique dans ce type de contexte, cette technique se confronte à
de nombreux obstacles et contre-indications, que ce soit un volume osseux insuffisant, un
volume de tissus mous insuffisant, ou tout simplement des limites propres au patient.
Le cas clinique présenté est le cas d’une patiente ayant perdu ses incisives centrales
mandibulaires pour cause de maladie parodontale. La thérapeutique proposée dans ce travail de
thèse présente un intérêt pluridisciplinaire. L’utilisation de deux bridges collés cantilever à
double ailettes (i.e., 33-32-extension 31 et 43-42-extension 41) en vue du remplacement des
15
incisives centrales mandibulaires serait non seulement une alternative thérapeutique à la
contention collée classique, mais permettrait de stabiliser également les dents supports
fragilisées par la maladie parodontale. L’objectif est de proposer une solution originale pour
limiter les risques de fracture, d’apporter une solution esthétique/fonctionnelle et enfin de
faciliter l’hygiène dans cette zone difficile à maîtriser dans la chirurgie implantaire.
16
PARTIE 1 - ETAT DE L’ART : LA MALADIE PARODONTALE
ENTRAINE LA PERTE DE L’INCISIVE MANDIBULAIRE
CENTRALE
1.1. Définition
Par définition et selon Bouchard P., les maladies parodontales « sont des affections des
tissus de soutien de la dent (i.e., gencive, cément, ligament parodontal et os alvéolaire) d’origine
microbienne, constituées de lésions inflammatoires sous la dépendance du système de défense
de l’hôte, entraînant une atteinte partielle ou complète de ses différentes structures » (1). Dans
ce contexte, l’inflammation va détruire les tissus de soutien de la dent, à savoir la gencive, le
cément, le ligament alvéolo-dentaire (LAD) et l’os alvéolaire. Les bactéries parodonto-
pathogènes vont se réfugier dans les tissus parodontaux et vont atteindre jusqu’à l’os alvéolaire,
provoquant alors un amas de plaque dentaire et de tartre sous-gingival (2). Le système
immunitaire se retrouvant débordé, une réaction inflammatoire s’ensuit en conséquence et
détruit les tissus de soutien de la dent.
1.2. Prévalence
17
Un article publié par Trindade et al. (2023) avait pour objectif d’évaluer la prévalence de
la parodontite chez les populations dentées entre 2011 et 2020 (4). La prévalence de la
parodontite a fortement augmenté par rapport aux estimations précédentes entre 1990 et 2010
avec une estimation de 62% de la population touchée par de la parodontite dont 23,6% avec
une forme sévère. Selon un article publié par Kwon et al. (2021), approximativement 11% de
la population mondiale aurait une forme de parodontite sévère, affectant ainsi 743 millions
d’habitants (5).
Ces études démontrent que la parodontite est une des maladies les plus répandues dans le
monde.
1.3. Classification
En 1989, une classification des différentes formes de parodontites a été proposée par le
World Workshop in Clinical Periodontics, reposant essentiellement sur les caractéristiques
cliniques (6) :
- La parodontite de l’adulte,
- Les parodontites d’apparition précoce (pré-pubertaire, juvénile, à progression
rapide),
- La parodontite associée à des désordres systémiques,
- La parodontite ulcéro-nécrosante,
- La parodontite réfractaire.
En fin d’année 2017, une nouvelle classification a été présentée à Chicago lors d’une
conférence de consensus mondial (8). Avec les nouvelles connaissances actuelles sur le
processus physiopathologique, les différentes étiologies et son épidémiologie, un nouveau
cadre de classification a été proposé. Nous ne parlons plus de parodontites agressives ou
chroniques. Dans cette nouvelle classification des parodontites, nous les classons selon trois
classes possibles de diagnostics :
- Les maladies parodontales nécrotiques,
- Les parodontites classées selon leur stade, leur grade et leur étendue,
- La parodontite manifestations d’une maladie systémique.
1.4. Diagnostic
19
- L’anamnèse à l’aide d’un questionnaire médical rigoureux : pathologies (e.g.,
diabète, hypertension, pathologie systémiques), le profil du patient, la
consommation de tabac ou d’alcool et la présence de douleurs.
- Un examen clinique endobuccal complet : présence de plaque dentaire ou de tartre,
sondage des poches parodontales (e.g., profondeur de sondage, perte d’attache
gingivale, saignement), présence de mobilités dentaires, d’inflammation gingivale,
de récessions gingivales et des lésions de furcations.
- Un examen clinique radiographique : perte osseuse visible horizontale ou
verticale, lésion de furcation, atteintes supra ou infra osseuse et présence de tartre
intra-sulculaire.
- Un examen supplémentaire optionnel si nécessaire avec des examens
microbiologiques (e.g., microscope à contraste de phase) notamment dans la
détection de bactéries de type « complexe rouge » Gram - et anaérobie stricte. Par
exemple, nous avons P. Gingivalis, A. Actinomycetecomitans, B. Forsythus et T.
Denticola.
21
Risque de progression Grade A Grade B Grade C
Faible Modéré (par Rapide
défaut)
Critères Perte d’attache ou alvéolyse Non < 2 mm ≥ 2mm
radiographique sur les 5
dernières années
Radio pourcentage % < 0,25 0,25 à 1 >1
d’alvéolyse / âge
Ratio quantité de plaque / Important / Normal Faible / important (+
destruction parodontale faible éléments cliniques
suggérant une
progression rapide
Facteurs Consommation de cigarettes par Non < 10 cigarettes > 10 cigarettes
modifiants jour
le grade Diabètes Glycémie Oui HbA1C Oui HbA1C ≥ 7,0%
normale < 7,0%
Tableau 2 : grades d’évolutions de la parodontite d’après le Consensus report of workgroup 2 of the 2017
World Workshop on the Classification of Periodontal and Peri-Implant Diseases and Conditions. Tableau
modifié d’après (11)
1.5. Étiologies
22
L’étiologie principale de la parodontite est donc la plaque bactérienne, étant le facteur
majeur des maladies parodontales. Elle est définie comme étant un ensemble de micro-
organismes bactériens enrobés dans une matrice de polymères bactériens et salivaires, adhérant
aux surfaces dentaires (14,15).
Bien que le microbiome oral fasse partie intégrante du microbiome humain, il peut avoir
des conséquences aussi bien positives que négatives. La santé bucco-dentaire est altérée
notamment quand la proportion bactéries anaérobies / bactéries aérobies penche en faveur des
bactéries anaérobies strictes. Ce sont ces dernières (Gram - anaérobies) qui vont venir détériorer
la santé parodontale du patient et provoquer des dégâts tissulaires importants. Parmi elles, nous
retrouvons essentiellement P. Gingivalis, T. forsythia et T. denticola si l’on en croit le schéma
de Socransky (Figure 2). (16)
Figure 2 : Diagramme de représentation des relations entre les espèces bactériennes intra et
intercomplexes et représentation du complexe rouge bactérien selon Socransky modifiée d’après (16)
23
Le deuxième facteur étiologique de la parodontite sont les facteurs locaux et systémiques.
Ils vont influencer la pathogénèse et la progression de la maladie parodontale. Si le patient ne
maîtrise pas les facteurs de risques extrinsèques (e.g., tabac, stress, alimentation, diabète non
équilibrée), la maladie parodontale continuera à progresser à cause d’une réponse immuno-
inflammatoire persistante, induisant une destruction progressive des tissus de soutien de la dent.
Les facteurs de risques de la maladie parodontale sont nombreux avec des facteurs de
risques intrinsèques au patient et extrinsèques (1,2,5) :
1.7. Thérapeutiques
26
Un suivi régulier du patient se présentant à ses séances de maintenance parodontales
permet une conservation dentaire bien plus favorable avec un taux de survie dentaire compris
entre 85% et 99% (22). Carnevale et al. (2007) incluent dans leur étude 304 patients atteints de
parodontites. Ils réalisent une thérapeutique parodontale active puis un suivi de maintenance
s’étalant entre 3 et 17 ans, la moyenne de l’étude étant de 7,8 ans. Le taux de dents extraites est
d’environ 7,5% lors de la phase de thérapeutique parodontale active, les raisons principales
étant des dents parodontalement compromises avec des lésions parodontales très avancées. De
plus, les dents extraites montrent une moyenne de 76% de perte osseuse, représentant un taux
très élevé. Lors de la phase de maintenance, le taux de dents extraites est de 0,9%. Les
indications d’extractions étaient majoritairement des fractures radiculaires ou bien des récidives
de la maladie parodontale. La maintenance parodontale est en conséquence une étape clé et
indispensable à la conservation des dents restantes suite à la maladie parodontale.
Les thérapeutiques parodontales peuvent être combinées avec une antibiothérapie dite
« curative » dans des cas particuliers. Il s’agit de l’administration d’antibiotiques par voie
systémique dans l’objectif de traiter une infection parodontale (23). Selon les recommandations
de l’Afssaps 2011, le traitement de 1ère intention pour traiter une infection parodontale consiste
à administrer de l’amoxicilline 2g par jour pendant 7 jours et le traitement de 2ème intention
consiste en une association d’amoxicilline 2g par jour / métronidazole 1500mg par jour pendant
7 jours.
Selon l’EFP S3 Guideline et l’Afssaps 2011, il est contre-indiqué d’utiliser un traitement
médicamenteux uniquement en monothérapie pour traiter une maladie parodontale (23–25).
L’antibiothérapie curative ne doit jamais se substituer au traitement étiologique non
médicamenteux du foyer infectieux (e.g. détartrage, surfaçage radiculaire) L’utilisation
d’antibiotiques est recommandée en complément d’un traitement local adéquat uniquement en
fonction du risque présumé du patient de développer une infection et en fonction de la
pathologie d’origine infectieuse. A cela, nous différencions trois types de patients :
- La population générale,
- Les patients immunodéprimés,
- Les patients à haut risque d’endocardite infectieuse,
Afin de traiter certains types de maladies parodontales, une antibiothérapie curative peut
être indiquée mais ne doit en aucun cas être systématiquement proposée. L’administration
d’antibiotiques doit être étudiée lors de l’anamnèse / examen clinique.
27
Dans les cas de patients immunodéprimés ou à haut risque d’endocardite infectieuse,
une antibiothérapie dite « prophylactique » peut être indiquée dans certaines thérapeutiques
parodontales et consiste à administrer dans l’heure précédant l’acte une dose unique
d’antibiotique dans l’objectif de prévenir le développement d’une infection.
La perte d’une incisive centrale mandibulaire conduit à un édentement unitaire qui, par
définition, est considéré comme étant « l’absence d’une dent permanente sur une des arcades »
(26).
Dans la zone incisivo-canine mandibulaire, la dimension alvéolaire est très réduite, les
incisives et leur environnement immédiat ont des spécificités anatomiques particulières (i.e.,
symphyse souvent fine dans le sens vestibulo-linguale, proximité étroite des incisives
mandibulaires). C’est une zone à risque dans les cas de maladies parodontales. De nombreuses
études notamment celle de Marini et al. (2004), ont prouvé que certains sites, tels que le secteur
antérieur mandibulaire et en particulier les incisives mandibulaires étaient plus fréquemment
touchés par la maladie parodontale (27). Cette même étude estime que les incisives
mandibulaires représentent plus de 21% des sites affectés par des récessions parodontales. Les
incisives centrales mandibulaires se présentent également dans une zone où le procès alvéolaire
s’affine par rapport à ses dimensions postérieures. Nous retrouvons souvent un biotype
parodontal fin et donc fragile. Les incisives centrales mandibulaires sont plus sensibles à la
maladie parodontale (27,28). Dans ce contexte, elles sont parmi les dents les plus susceptibles
d’être perdues prématurément dans un contexte d’atteinte parodontale. Cette perte peut être
bilatérale et l’atteinte parodontale s’étend souvent à l’incisive latérale (27–29).
L’agénésie peut être une des étiologies de l’absence des incisives centrales
mandibulaires bien qu’elle soit très rare. Elle a une prévalence de 0,20 à 0,35% et 30 à 50% des
agénésies des incisives centrales mandibulaires sont bilatérales (30). Elle fait partie des
agénésies dentaires les moins fréquentes par rapport à la seconde prémolaire mandibulaire,
l’incisive latérale maxillaire et la seconde prémolaire maxillaire.
Parmi les autres étiologies possibles, l’absence d’incisive mandibulaire centrale peut
être d’origine infectieuse (e.g., extraction dû à une lésion péri-apicale récidivante ou bien une
28
lésion carieuse très étendue), d’origine congénitale (e.g., inclusion dentaire), d’origine
systémique (e.g., cancers oro-faciaux nécessitant une radiothérapie) et d’origine traumatique de
par sa position dans la sphère oro-faciale et de par son anatomie fragile (26).
Moins Plus
mutilant mutilant
Moins Plus
mutilant
Orthodontie
mutilant
Prothèse Bridge
amovible conventionnel
avec ancrages
Prothèse périphériques
Implantologie BRIDGE
amovible COLLE
Bridge
conventionnel
Prothèse
Figure 3 : Représentation du gradient thérapeutique selon Tirlet G. et Attal
avecJP (2009) de la technique la
ancrages
amovible
moins mutilante à la plus mutilante dans le traitement de l’édentement unitaire (33)
périphériques
29
3.1. L’implantation en secteur antérieur
Bien que l’implantologie puisse constituer une solution de choix fiable ayant fait ses
preuves dans la littérature scientifique, cette technique se confronte à de nombreuses contre-
indications (34,35). L’interrogatoire et l’examen clinique du patient devront être rigoureux pour
déterminer la possibilité de réaliser un implant : son état général, sa motivation et ses capacités
financières.
La perte d’une incisive centrale mandibulaire entraîne une résorption alvéolaire plus
importante qu’au maxillaire pour des raisons anatomiques de l’arche et des contraintes
mécaniques exercées à cet endroit (36). De ce fait, les risques de problèmes esthétiques peuvent
être fréquents dans cette zone, rendant le processus d’implantation plus délicate. La zone
antérieure mandibulaire dispose d’un espace très réduit en vestibulo-lingual avec une quantité
d’os souvent faible. Le volume osseux ou tissulaire est largement insuffisant aussi bien en
hauteur qu’en épaisseur. L’implant devra être positionné dans un axe très précis en prenant en
compte les règles d’implantation générales pour répondre aux exigences esthétiques,
biologiques et fonctionnelles de la prothèse supra-implantaire (37) :
- En mésio-distal, l’implant doit respecter une distance d’1,5 mm avec une dent
adjacente et une distance de 3 mm avec un implant adjacent pour éviter un risque de
nécrose osseuse par défaut de vascularisation,
- En vestibulo-lingual, l’émergence de l’implant doit être positionnée au milieu de la
crête et doit être située à moins de 2 mm du point d’émergence vestibulaire des dents
adjacentes,
- En apico-coronaire, le col implantaire doit être enfoui à une distance comprise entre
2 à 4 mm par rapport à la ligne parallèle à la jonction amélo-cémentaire des dents
adjacentes,
- L’axe implantaire doit respecter l’axe de la crête alvéolaire où se produit
l’implantation afin d’éviter une lésion des structures anatomiques ou une perforation
de la corticale osseuse. L’utilisation d’un guide chirurgical par impression 3D
permet un bon positionnement de l’implant dans l’espace.
Une situation parodontale instable est peu propice à la mise en place d’un implant dans
cette zone à risque. Les patients ayant des antécédents de parodontite peuvent être prédisposés
à développer plus facilement des péri-implantites (39). Les risques d’échec d’implantation et
de complications biologiques sont plus élevés chez les patients affectés par une parodontite.
L’étiologie principale est la formation de poches péri-implantaire ayant un impact sur la flore
autour des implants, la rendant pathogène. L’étude de plusieurs revues systématiques montrent
que les patients dits « parodontaux » sont à haut risque de développer des complications
infectieuses autour de leurs implants (40). Un patient dont la parodontite n’est pas stabilisée est
donc peu favorable à l’implantation d’autant plus qu’il faut prendre en compte les impératifs
prothétiques ainsi que reproduire une émergence implanto-prothétique optimale.
La PAP constitue une solution moins onéreuse et rapide. Cependant, elle est
difficilement acceptée et supportée par les patients (41). L’amovibilité de la prothèse est un
paramètre défavorable dans le confort du patient. Les crochets inesthétiques sur les dents
supports de crochet constitue un inconvénient majeur à cette thérapeutique. Parmi ces
inconvénients s’ajoutent la difficulté à la phonation et les problèmes de rétentions que
rencontrent fréquemment la PAP.
31
3.4. L’orthodontie
L’orthodontie peut constituer une solution pour la fermeture d’espaces dans le cas d’un
édentement unitaire ou bien pour l’ouverture des espaces afin d’agrandir l’espace disponible
pour des thérapeutiques de restaurations prothétiques le nécessitant. Néanmoins, la fermeture
risque de provoquer des dysfonctions occlusales et l’âge du patient est à prendre en compte.
Également, des remaniements osseux important sont à noter en antérieur et la fermeture
d’espace peut conditionner le pronostic des dents bordant l’édentement.
C’est alors que le concept du « porte à faux », appelé bridge collé « cantilever » a été
vite introduit lorsque des auteurs se sont rendus compte que l’utilisation d’une seule ailette au
lieu de deux dans le bridge collé diminuait significativement les risques de décollement
notamment dans l’étude de Hussey et Linden en 1996 (52). 112 patients ont été inclus dans
l’étude et ont reçu 142 bridges collés cantilever céramo-métalliques dont 116 au maxillaire et
26 en mandibulaire. Un taux de survie de 94% a été rapporté sur 3 ans et le taux de succès est
de 88%, le décollement étant le principal échec. De nombreuses études par la suite ont été
menées montrant une longévité bien plus élevée des bridges collés à une ailette par rapport aux
bridges collés à deux ailettes dans la région antérieure (50,53–55) validant l’étude d’Hussey et
Linden de 1996.
Le bridge collé tout-céramique est apparu dans les années 90 grâce aux travaux de
Matthias Kern en 1997 (56) non seulement pour améliorer les valeurs d’adhésion entre l’ailette
et la dent, mais aussi pour améliorer l’esthétisme de la prothèse grâce aux propriétés optiques
de la céramique supérieure à celles du métal. La composition métallique du bridge collé pouvait
provoquer des colorations disgracieuses visibles par transparence ou dans les embrasures
dentaires, posant un problème esthétique si le bridge collé était utilisé en secteur antérieur
33
(49,51). De plus, la faible rétention du métal nécessite une préparation dentaire supplémentaire
afin de résister aux forces de flexion ou de torsion vers les limites de l’ailette, ce qui va à
l’encontre d’une dentisterie minimalement invasive. Kern a subtilisé donc le métal pour
plusieurs types de céramiques : la céramique alumineuse infiltrée In Ceram (57) ainsi que par
la zircone (58).
Avec l’évolution du matériau d’infrastructure ainsi que l’évolution d’un design axé sur
l’utilisation d’une seule ailette, le bridge collé cantilever céramique n’a cessé d’évoluer et de
faire preuve d’une étonnante longévité. En 1991, Creugers et Van’t Hof ont rapporté un taux
d’échec de 6% pour les bridges collés cantilever mono-ailette céramo-métalliques tandis que
les bridges collés à doubles ailettes ont rapporté un taux d’échec de 16% (59). Kern a effectué
une étude en 2011 comparant les bridges collés mono-ailette et les bridges collés à deux ailettes
(60). Le taux de succès rapporté entre 5 et 10 ans pour le bridge mono-ailette était de 92,0% et
le taux de survie était de 98,2%. Concernant les bridges conventionnels à deux ailettes de part
et d’autre du pontique, le taux de succès rapporté dans la même durée était de 67,3% tandis que
le taux de survie était de 73,9% (60). Ces résultats sont rapportés aussi bien au niveau maxillaire
qu’au niveau mandibulaire (53). Enfin, Botelho et al. (2016) ont réalisé une étude s’étalant sur
18 ans, la totalité des bridges collés cantilever ont survécu en l’absence de complication tandis
que seulement 50% des bridges collés avec deux ailettes ont survécu (50).
Ces nombreuses études dans le temps valident la géométrie d’un design en porte-à-faux,
quel que soit le matériau d’infrastructure employé. Cette technique a connu une véritable
expansion (figure 4) jusqu’à devenir part intégrante de notre pratique en étant approuvée par la
34
Haute Autorité de Santé (HAS) en 2016. Depuis 2018, elle est inscrite à la Classifications
Communes aux Actes Médicaux (CCAM) pour remplacer une édentement unitaire (63).
BUONOCORE (1955)
Développement des techniques
adhésives (mordançage de l’émail) 1955
BUONOCORE (1955)
ROCHETTE (1972)
Développement des techniques
1955 Développement du premier bridge
adhésives (mordançage
LIVADITIS de l’émail)
ET THOMSON 1972 collé à deux ailettes métalliques
(1982)
Développement du bridge collé ROCHETTE (1972)
« Maryland » avec rétention par 1972 Développement du premier bridge
traitement électrochimique 1982 collé à deux ailettes
CREUGERS ETmétalliques
VAN’T
HOFF (1991)
LIVADITIS ET THOMSON Etude réalisée avec 6% d’échecs
(1982) (1996)
HUSSEY ET LINDEN 1982 sur les bridges collé mono-
Développement ducéramo-
bridge collé 1991 ailettes
142 bridges collés
«métalliques
Maryland »réalisés
avec rétention
: 6% par
traitement
d’échecsélectrochimique
en 3 ans CREUGERS ET VAN’T
1991 KERN (1997)
HOFF (1991)
1996
HUSSEY ET LINDEN (1996) Etude réalisée avec armatures
Introduction des 6% d’échecs
142 bridges collés céramo- céramo-céramiques
sur les bridges collédans les
mono-
métalliques
TIRLET ETréalisés
ATTAL : 6%
(2009) 1997 bridges collés cantilever
ailettes
1996
d’échecs des
Introduction en 3armatures
ans en
vitrocéramique renforcée au 1997 KERN (1997)
disilicate de lithium dans les bridges Introduction
KERN ET SASSEdes armatures
(2011)
collés cantilever céramo-céramiques
Taux dans
de succès pour 42 les
bridges
2009 bridges collés cantilever
collés cantilevers antérieurs en
TIRLET ETETATTAL (2009) InCeram de 94,4% en 10 ans
BOTELHO AL. (2016)
Introduction des armatures
Taux de survie de 100% des bridges en 2011
2009
vitrocéramique renforcée au KERN ET SASSE (2011)
collés cantilever sur 18 ans et de Taux de succès pour 42 bridges
disilicate
50% pourdeleslithium
bridgesdans les àbridges
collés deux 2011
collés cantilever 2016 collés cantilevers antérieurs en
ailettes conventionnels InCeram de 94,4% en 10 ans
Validation du bridge collé 2016 CCAM (2018)
cantilever par la HAS (2016) 2018 Inscription du bridge collé
cantilever
2018
BOTELHO ET AL. (2016)
Taux de survie de 100% des bridges
collés cantilever
Figure 4: Frisesur 18 ans et de retraçant l’historique principale du bridge collé mono-ailette.
chronologique
50% pour les bridges
Réalisé collés
à l’aideà deux
des outils du logiciel de traitement de texte Word (2023)
ailettes conventionnels
35
3.5.2. Indications et contre-indications du bridge collé cantilever en secteur antérieur
Le bridge collé cantilever en céramique peut être indiqué dans des situations très
variées (64,65) :
- Il peut être mis en place aussi bien chez le jeune adolescent que chez un patient âgé.
Chez le jeune patient, il peut être une alternative très intéressante à
l’implantologie pour restaurer un édentement antérieur unitaire, la chirurgie
implantaire étant contre-indiquée avant les 25 ans du patient en raison d’une
croissance faciale encore résiduelle pouvant aboutir à une infra-position inesthétique
de l’implant (66),
- Lorsque des contre-indications propres au patient, que ce soit son état général
(i.e., pathologies, allergies à un biomatériau, psychiatrique), ou ses capacités
financières, contre-indiquent une chirurgie implantaire, le bridge collé cantilever
constitue une solution d’usage intéressante (34,35),
- Un édentement unitaire antérieur de faible étendue peut être restauré par un
bridge collé cantilever.
Bien que disposant d’une palette d’applications variée, il est nécessaire d’évaluer
certains facteurs lors de l’anamnèse / examen clinique capable de valider ou de contre-indiquer
le bridge collé cantilever (64,65,67) :
- Une hygiène bucco-dentaire irréprochable doit être respectée pour éviter de
compromettre la longévité de la prothèse,
- L’évaluation de la dent support est primordiale (68). Elle doit offrir une surface
d’émail suffisamment importante pour permettre un collage optimal. Un défaut
d’émail peut compromettre la mise en place du bridge collé cantilever. Le rapport
couronne/racine doit être supérieur ou égal à 2/3 et le délabrement de la dent
initialement doit être très faible,
- Un des facteurs les plus importants qui conditionnera l’utilisation du bridge collé
cantilever est l’occlusion du patient (69,70). Une sollicitation trop importante du
joint prothétique lors de la fonction, aussi bien en statique (i.e., en Occlusion
d’Intercuspidie Maximale ou « OIM ») qu’en dynamique (i.e., propulsion,
diduction) risque de provoquer une rupture du joint de collage ou une fracture de
l’armature, surtout au niveau de la zone de connexion au pontique prothétique. Les
patients en situation de supraclusion (i.e., recouvrement incisif important) ou en
36
classe II.2 (i.e., palatoversion des incisives centrales) présentent une contre-
indication relative à la pose d’un bridge collé cantilever. A l’inverse, les patients en
situation de surplomb augmenté, en classe I canine ou en béance sont favorables. Il
est donc important de bien prendre en compte le facteur occlusal lors de l’examen
clinique et veiller à ce que l’occlusion soit équilibrée en statique et de décharger le
plus possible le pontique en occlusion dynamique,
- Des antécédents de trauma occlusal (i.e., lésion entraînant des modifications au
niveau des tissus de soutien de la dent lorsque la force occlusale dépasse la capacité
d’adaptation du parodonte (71)) peuvent contre-indiquer la mise en place du bridge
collé cantilever,
- Certaines parafonctions comme l’onychophagie ou le bruxisme doivent être prise
en compte avant la réalisation d’un bridge collé cantilever (63). Ces parafonctions
peuvent provoquer une surcharge occlusale et donc un échec thérapeutique de la
prothèse.
Botelho et al. (2016) montrent que les patients ayant reçu un bridge collé cantilever
présentaient moins de contraintes fonctionnelles par rapport aux patients ayant reçu des bridges
conventionnels (50). Il est noté que statistiquement le bridge collé cantilever permet un meilleur
accès à l’hygiène avec le passage des instruments d’hygiène bien plus facilité sous le pontique
en extension (i.e., fil dentaire et brossettes interdentaires), est mieux accepté
psychologiquement, provoque moins de douleurs et induit moins de contraintes mécaniques.
37
3.6. La contention collée parodontale dans le remplacement d’un
édentement antérieur
Un traitement parodontal peut nécessiter l’extraction d’une dent compromise pour des
raisons de mobilité, de douleurs ou d’infection. Dans ce cas l’un des grands avantages de la
contention collée en fibres de verre est la possibilité d’inclure une dent artificielle prothétique
en résine composite renforcée en fibre de verre ou même la dent naturelle extraite (77). Le
patient retrouvera grâce à cette contention collée un certain esthétisme de sourire tout en
permettant la cicatrisation des tissus de soutien de la dent.
38
3.6.2. Indications et contre-indications de la contention dans le cas d’édentement
La contention collée en fibre de verre dans le but de remplacer une dent peut être
indiquée dans plusieurs situations comme les cas d’agénésies. L’incisive mandibulaire centrale
mandibulaire a une prévalence d’agénésie de 0,2 à 0,35% sachant que ce type d’agénésie est le
plus souvent bilatérale dans 30 à 50% des cas (30).
Le traumatisme dentaire constitue également une indication fréquente de la contention
collée comme dans le cas d’expulsion totale de l’organe dentaire, lors de fracture ou bien lors
d’extractions (78,79)
Elle peut être utilisée comme solutions thérapeutiques pour pallier à un édentement
unitaire notamment en antérieur en lieu et place à d’autres traitements (32,33) : la prothèse
amovible partielle, le bridge périphérique conventionnel, la solution implantaire, l’orthodontie
et le bridge collé.
En orthodontie, l’indication de la contention collée peut être posée dans les cas
d’ouverture en cours si l’édentement concerne un secteur esthétique. Avec une adjonction d’une
dent en résine composite, la contention collée répond à un besoin esthétique et fonctionnelle
dans ce type de situation (80).
Les fonctions occlusales ainsi que l’espace disponible en bouche doivent être étudiés
avant de poser l’indication d’une contention collée avec adjonction dentaire (79). Une
équilibration occlusale peut être nécessaire pour répartir et équilibrer la charge occlusale au
repos et à la mastication sur la dent ajoutée. Des forces occlusales excessives ou une prise en
charge instable de l’occlusion augmentent les risques de fracture de la contention et altèreraient
fortement son rôle dans l’environnement bucco-dentaire.
Le patient doit bénéficier également d’un support parodontal sain même s’il est réduit
(81,82). Même si les signes inflammatoires de la parodontite disparaissent, il peut subsister une
mobilité exacerbée de certaines dents, des interférences occlusales avec des dents mobiles lors
de la mastication et donc induire des risques d’aggravation de ces mobilités (83). La contention
collée doit donc permettre la stabilisation des fonctions occlusales du patient tout en permettant
un accès à l’hygiène aussi bien pour le patient (i.e., passage des brossettes interdentaires) que
pour le praticien (i.e., maintenance parodontale).
39
Parmi les contre-indications de cette technique (76), il est important de noter qu’une
mauvaise hygiène bucco-dentaire et un RCI (i.e., Risque Carieux Individuel) élevé contre-
indiquent ce type de traitement où le contrôle de plaque doit être irréprochable. Une mobilité
de l’ensemble des dents incluses dans la contention doit nous faire envisager une autre
thérapeutique au risque de provoquer une réaction inflammatoire du système parodontal.
D’autres paramètres propres à la dent constituent un frein comme une mauvaise qualité d’émail,
la présence de restaurations trop importantes ou trop étendues. Enfin, la présence de diastèmes,
l’espace disponible réduit, la présence de lésions d’usures sévères contre-indiquent la mise en
place d’une contention collée parodontale.
Enfin, il est rapporté que la contention collée peut faire preuve d’un certain esthétisme
dans le cas de cicatrisation inesthétique des tissus mous et d’embrasures disgracieuses (85).
L’ajout de composite esthétique sur la contention collée permet de recréer des embrasures et de
reproduire dans certains cas l’émergence naturelle de la dent, harmonisant le sourire du patient
tout en solidarisant les dents mobiles. Il s’agit donc d’une excellente alternative à moyen terme
pour pallier à un édentement unitaire avec de bons taux de survies à 4,8 ans majoritairement et
a fait ses preuves dans la littérature (88–91). Le remplacement d’une incisive par le biais d’une
contention collée présente d’excellents résultats à moyen terme.
Cependant des complications peuvent apparaître dans les contentions collées avec des
réinterventions souvent nécessaire (i.e., décollement, fracture au niveau du pontique), avec ou
sans adjonction de dents (87,90,92). Il s’agit là de la principale complication de la contention
collée parodontale. Même si cette technique a fait ses preuves, l’esthétisme peut rester un peu
plus sommaire par rapport à d’autres techniques et l’accès à l’hygiène peut être fastidieuse
41
(88,92). Il est à noter qu’une hygiène bucco-dentaire doit être irréprochable et que le patient
doit impérativement se présenter à ses rendez-vous de maintenance parodontales (93). A défaut,
un risque de rétention de plaque dentaire majoré se présentera et donc augmente les risques de
développer une maladie parodontale ou de l’aggraver si elle est déjà présente.
L’une des applications de la contention collée parodontale est leur usage en tant que
bridge collé conventionnel. En venant s’appuyer sur la surface linguale amélaire des dents
supports préalablement préparée selon des critères de préparations strictes, le bridge collé
conventionnel vient remplacer l’édentement unitaire antérieur. Cette technique répond au cahier
des charges que doit remplir une contention collé parodontale tout en améliorant les propriétés
mécaniques, esthétiques et fonctionnelles de la prothèse.
Dans un contexte de maladie parodontale, comme suscité il nous faut souvent stabiliser
le bloc incisivo-canin antérieur pour limiter le plus possible les mobilités et permettre la
cicatrisation du parodonte déjà affaibli. Cependant, lorsque nous sommes confrontés à deux
édentements adjacents, il reste difficile d’évaluer l’efficacité du bridge collé cantilever dans ce
type de situation. La littérature scientifique à ce sujet reste peu fournie notamment dans le
secteur mandibulaire bien qu’elle donne des résultats similaires par rapport au maxillaire (53).
Les études autour de la contention collée s’accordent sur les problèmes que peuvent
poser les contentions collées : l’accessibilité de l’hygiène et des risques de
fractures/décollements trop fréquents.
42
Le cas clinique présenté illustre un cas de parodontite localisée dans le secteur incisivo-
canin mandibulaire avec une 31 et 41 compromises. L’implantologie dans ce type de cas se
confronte à de nombreuses contre-indications propres au cas (e.g., antécédents médicaux,
contexte financier) et également propre à la situation bucco-dentaire (e.g., parodonte non
stabilisé, espace disponible très réduit, volume de tissu mous et tissus durs insuffisant). Le
recours à une contention collée 3-3 dans ce contexte, en plus des complications précédemment
citées, s’expose à une difficulté majeure : le remplacement de deux dents. L’utilisation de deux
bridges collés mono-ailette dans le remplacement de 31 et 41 s’expose là encore à une difficulté,
celle du faible support adjacent à savoir 32 et 42. Nous proposons deux bridges collés cantilever
deux ailettes dans la gestion de cet édentement mandibulaire (33-32-extension 31 ; 43-42-
extension 41).
L’idée est également d’utiliser la bonne longévité du bridge collé cantilever pour
proposer une solution à long terme d’un nouveau type de contention, là où ces dernières peuvent
présenter une longévité encore trop peu étudiée à long terme et souvent utilisée en
« provisoire ». Nous allons décrire dans cette thèse les étapes de ce cas clinique tout en ayant
suivi les recommandations CARE que nous avons adaptées dans le cadre de l’exercice de l’art
dentaire (94).
43
PARTIE 2 - CAS CLINIQUE : LE CANTILEVER COLLÉ EN
CONTENTION PARODONTALE
1. Contexte
Madame G., âgée de 35 ans, est adressée initialement dans le service de médecine
bucco-dentaire de l’hôpital Xavier Arnozan de Bordeaux par le service de médecine interne
pour prise en charge bucco-dentaire. Elle souhaite une réhabilitation bucco-dentaire
fonctionnelle et esthétique du fait d’une mobilité terminale de ses incisives centrales
mandibulaires 31 et 41 dans un contexte de maladie parodontale localisée.
44
2. Anamnèse
Selon les données recueillies au CHU de Bordeaux, il a été objectivé une inflammation
localisée au niveau des incisives mandibulaires de niveau 2 (i.e., inflammation modérée avec
un saignement léger au sondage et à la pression) d’après l’indice d’inflammation gingivale de
Silness et Loe (95). La présence de plaque dentaire/tartre était majorée en interdentaire, la perte
d’attache interproximale est de type 3 selon la classification de Cairo de type 3 (RT3) (96), elle
est supérieure à la perte d’attache vestibulaire au sondage . La mobilité de 31 et 41 était de
niveau 3 selon la classification des mobilités dentaires de Mülherman (97) tandis que les
incisives latérales mandibulaires 32 et 42 présentent une mobilité de niveau 2 et ont un support
parodontal affaibli.
45
- Une sensibilité dentinaire généralisée au froid (rare mais +/- douloureux au contact du
froid)
4. Proposition thérapeutique
Considérant la demande prothétique fixe de la patiente, la PAP n’est pas envisagée aussi
bien en provisoire que d’usage.
46
À la suite d’un avis implantaire, les paramètres osseux et gingivales ne remplissent pas
le cahier des charges à une restauration implantaire. La quantité d’os disponible dans la région
antérieure mandibulaire en vestibulo-linguale est insuffisante et nécessiterait inévitablement
une reconstitution osseuse guidée (ROG) pour mettre en place un ou deux implants.
Le bridge collé conventionnel avec une ailette de part et d’autre des pontiques ne peut
être envisagé compte-tenu de la fragilité parodontale des dents 32 et 42 bordant l’édentement.
En revanche, l’analyse occlusale est favorable quant à l’intégration d’un bridge collé cantilever.
Le quasi-bout-à-bout incisif conditionne un guide antérieur extrêmement faible avec, en
propulsion, une prise en charge des bords libres distaux des incisives centrales et de 22. En
diduction, on objective une fonction de groupe sans prise en charge canine. L’absence de
recouvrement est un paramètre intéressant pour un bridge collé, limitant les contacts sur les
pontiques.
La décision s’est donc portée sur la réalisation de deux bridges collés cantilever double-
ailette (i.e., 33-32-extension 31 ; 43-42-extension 41) en vitrocéramique renforcée et en
technique « no prep ». En effet, les dents supports n’ont pas été préparées dans un souhait de
conservation tissulaire maximum. L’ailette épousera l’anatomie naturelle de la face linguale
des dents supports avec une assise cingulaire. L’utilisation de la vitrocéramique renforcée va
permettre d’allier esthétisme et fonctionnalité grâce à la grande aptitude au collage de ce
matériau.
5. Étapes cliniques
Dans un premier temps, des conseils d’hygiène bucco-dentaire sont à nouveau prodigués
avec le rappel d’un brossage biquotidien et le passage indispensable des brossettes
47
interdentaires pour continuer à stabiliser l’environnement parodontal du bloc antérieur incisivo-
canin mandibulaire ainsi qu’un détartrage minutieux de toutes les surfaces dentaires. Les soins
carieux des caries jumelles sur 11 et 21 ainsi que la carie occlusale sur 37 sont soignées à l’aide
d’une résine composite classique.
Après dépose de la contention (post-op extraction + 1 mois), la situation des tissus mous
est désormais favorable à la réalisation de la prothèse fixe définitive. Le sondage parodontal
initial des incisives latérales 32 et 42 est d’environ 3 mm, sans saignement des poches. La
radiographie rétro-alvéolaire de contrôle montre une bonne cicatrisation osseuse et l’absence
de signes infectieux (Figure 6). Les surfaces linguales sont soigneusement nettoyées, tout résidu
de composite est éliminé et les surfaces amenées à recevoir les futures ailettes sont sablées
(Figure 7, 8, 9 et 10).
Figure 9 : Vue endobuccal à +1 mois après dépose de la contention de temporisation (crédit photo : Dr
Massé Léa)
Figure 10 : Situation post extraction en vue occlusale à +1 mois. Nous noterons la finesse de la crête
dans le sens vestibulo-lingual (crédit photo : Dr Massé Léa) 49
L’émail aprismatique, pouvant compromettre la potentialisation du collage, est éliminé
grâce au sablage (i.e., poudre d’alumine 50 µm). Avant prise d’empreinte en technique double-
mélange en mandibulaire et un alginate simple pour le maxillaire pour étudier les rapports
occlusaux, des photographies sont prises pour compléter les données à envoyer au prothésiste
(e.g., prise de couleur, (Figure 11)). Les teintes choisies à l’aide du teintier VitaMaster® sont
du 3M2 au niveau du bord libre, du 3M2 au niveau du collet et du 3M3 au niveau de la racine
avec ajout de saturation.
Des extensions des pontiques qui correspondront à une partie factice radiculaire sont
demandées pour recréer une émergence naturelle et respecter l’alignement avec les récessions
gingivales présentes sur les dents adjacentes. Les selles des pontiques seront contra-muqueuses,
aucun aménagement muco-gingival n’est réalisé.
Figure 11 : Prise de couleur avec un teintier Vita3DMaster® et choix du 3L 1.5 sur les 2/3
occlusal et 3M3 sur la partie radiculaire (crédit photo : Dr Massé Léa)
Après réception des bridges (Figure 12), l’essayage en bouche est validé. L’assemblage
des pièces peut débuter. Un protocole composite sans potentiel adhésif est utilisé. Il suivra
quatre étapes distinctes.
Figure 12 : Bridges collés cantilever à double ailettes (crédit photo : Dr Massé Léa)
50
5.2.1. Isolation
Nous essayons la pièce prothétique avec la digue en bouche. L’insertion se fait sans
encombre nous pouvons donc procéder à l’assemblage par collage. Le système de collage utilisé
ici est sans potentiel adhésif, nous devons donc préparer les pièces prothétiques et les surfaces
dentaires destinées à accueillir les prothèses.
Figure 13 : Mise en place du champ opératoire. Un silicone sera positionné pour éviter «
l’effet trampoline » de la digue (Crédit photo : Dr Massé Léa)
Figure 14 : Préparation de la pièce prothétique (crédit photo : Dr Massé Léa) : (1) mordançage
à l’ac. fluorhydrique à 9,5% (20 sec.), (2) Traitement des surmordançage à l’ac.
orthophosphorique 37% (120 sec.), (3) Silanisation (60 sec.) et séchage
Un sablage à l’oxyde d’alumine (30 µm, 1,5 Bar) précède le mordançage à l’acide
orthophosphorique (37%) pendant 30 sec. Après rinçage abondant et séchage, un adhésif
universel est appliqué vigoureusement pendant 20 sec. à l’aide de micro-brush sur les
microrugosités créées. Un séchage minutieux jusqu’à élimination des solvants est effectué suivi
d’une photopolymérisation des surfaces pendant 40 sec.
5.2.4. Assemblage
L’intrados des deux pièces prothétiques est enduit de composite de collage sans
potentiel adhésif (Figure 15). Les bridges sont mis en place à l’aide de la clef de
52
repositionnement en résine dure. Pour une uniformité du joint de colle, la technique « flash »
(i.e., photopolymérisation très brève du composite d’assemblage et élimination des excès à la
sonde) est proscrite. Les excès sur la surface des dents adjacentes et des embrasures cervicales
sont éliminés à l’aide d’une microbrush ou/et pinceau pour une uniformité du joint. Une fois le
joint lissé et les excès minutieusement éliminés, nous procédons à une première
photopolymérisation de 20 sec. en commençant par la face vestibulaire des dents supports de
sorte à orienter la polymérisation du composite, de l’ailette vers la dent. Puis nous procédons à
une photopolymérisation sans clé de repositionnement de 20 sec. par face, renouvelée 3 fois.
Pour terminer, une photopolymérisation finale sous gel de glycérine est effectuée pour éviter la
formation d’une couche superficielle inhibée dans sa prise par l’oxygène.
Une fois l’assemblage terminée (Figure 16), le champ opératoire est déposé et un
polissage soigneux du joint de collage est réalisé. Les contacts en statique et dynamique sont
également contrôlés et réajustés au besoin avec un polissoir monté sur contre-angle. Aucun
contact ne doit intéresser les pontiques.
Figure 16 : Situation immédiate après collage des deux bridges (Crédit photo : Dr Massé
Léa)
53
Le résultat immédiat ne peut pas attester de l’intégration esthétique des bridges du fait
de la déshydratation des dents sous champ opératoire (Figure 17). Il faudra attendre le contrôle
à une semaine qui semble être convaincant (Figure 18 et 19). Des conseils lui sont prodigués
pour assurer la pérennité des bridges (e.g., ne pas croquer, ne pas inciser, passage des brossettes
et fils dentaires pour l’hygiène sous-pontiques).
Figure 17 : Situation immédiate post-collage. Notons la différence de teinte due à la déshydratation des
dents sous champ opératoire (crédit photo : Dr Massé Léa)
Figure 18 : Vue endobuccal à J+7. La couleur des bridges est adaptée aux dents naturelles adjacentes
après réhydratation (Crédit photo : Dr Massé Léa)
Figure 19 : Vue occlusale post-collage des bridges (crédit photo : Dr Massé Léa)
54
5.3. Séances de suivi
Un suivi tous les 6 mois est mis en place afin d’apprécier l’adaptation de la patiente a
ses deux prothèses, son ressentie et d’éventuels conseils à prodiguer.
• À 1 an, les bridges semblent toujours bien adaptés (Figure 20, 21 et 22). L’intégration
parodontale semble également prometteuse aussi bien en vue endobuccal qu’à la radiographie
rétro-alvéolaire (i.e., pas d’aggravation des pertes tissulaires ; Figure 23). Le contrôle de plaque
antérieur et postérieur est respecté et la gencive n’est pas inflammatoire. Nous avons alors
interrogé la patiente sur son ressenti, elle nous rapporte que malgré la difficulté d’adaptation à
l’épaisseur conséquente des ailettes pendant 1 ou 2 mois, elle est très satisfaite de ses deux
prothèses. Concernant l’alimentation, aucun trouble n’a été détecté et la patiente ne se dit
aucunement gênée sur ses habitudes alimentaires. A l’examen clinique, une faible quantité de
plaque dentaire se trouvait en antérieur tandis que la zone postérieure reste très propre, le
brossage traumatique ayant disparu. Mis à part quelques sensibilités au froid passagères, la
patiente est très satisfaite de la réhabilitation bucco-dentaire et ne souhaite pas réhabiliter les
lésions cervicales d’usure prémolaires.
55
Figure 21 : Vue occlusale à T0+1 an (crédit photo : Dr Massé Léa)
56
• À 3 ans, l’hygiène est perfectible. Un assainissement complet, une remotivation ainsi
qu’un réapprentissage des méthodes de brossage sont entrepris dans la séance (Figure 24). En
revanche, le contrôle clinique des bridges est très satisfaisant (Figure 25). Le parodonte est très
bien intégré autour de la prothèse.
57
DISCUSSION
Le choix pour ce cas clinique s’est porté sur deux bridges collés cantilever qui
remplissent également un rôle de contention parodontale. La géométrie cantilever est
considérée comme peu invasive, utilisable à long terme et efficace pour le remplacement d’un
édentement dans le secteur antérieur, ces qualités étant validées dans la littérature (43,60,98).
En revanche, il est important de noter que notre choix de double ailette cantilever permet
de conditionner le mouvement de l’incisive latérale (i.e., au parodonte fragilisé) au mouvement
de l’autre dent support : la canine mandibulaire (i.e., au support parodontal cliniquement
stable). L’apport de cette deuxième ailette stabilise la mobilité de l’incisive latérale
mandibulaire tout en minimisant les risques de complications par fracture. Au niveau
58
parodontal, une étude de al-Wahadni et al. (1999) démontre une réponse parodontale au niveau
du ligament alvéolo-dentaire favorable dans l’utilisation du design bridge collé cantilever (100).
1.2.1. L’apport du concept de contention collée dans le cadre d’un édentement unitaire
Il est possible de remplacer une, deux voire trois dents dans le secteur antérieur
mandibulaire sur un parodonte affaibli à l’aide d’une prothèse fixe collée qui joue le rôle d’une
contention parodontale. Pour remplacer l’incisive mandibulaire tout en améliorant la condition
parodontale, Li et al. (2016) ont fait une étude sur 39 patients ayant reçu un bridge collé
conventionnel avec des ailettes de chaque côté de l’édentement, minimalement invasif, pour
remplacer l’incisive mandibulaire tout en solidarisant les dents adjacentes mobiles. La dent
mobile est solidarisée à une dent supplémentaire dont le support parodontal est sain (87). Le
résultat à 4 ans est satisfaisant (i.e., taux de survie de 89,7%) et le parodonte des dents
adjacentes était stabilisé. Le saignement et la profondeur des poches parodontales ont été
mesurés et ont montré une amélioration significative de l’état parodontal avec une réduction
des poches et des saignements pendant 4 ans. Entre 1 an après la pose de la restauration et la
fin du suivi de l’étude, la hauteur de l’os alvéolaire des dents adjacentes mobiles a augmenté de
1 à 2 mm chez 78,3% des sujets tandis que chez 21,7% des sujets, elle a diminué de 0,2 à 1
mm. Le bridge collé conventionnel en tant que contention parodontale remplaçant un
édentement antérieur permettrait donc d’au moins maintenir le niveau osseux de l’os alvéolaire
en moyenne. C’est également ce que nous constatons à 3 ans pour notre cas clinique présenté à
la différence que nous sommes restés dans le design cantilever.
59
L’analyse d’une radiographie rétro-alvéolaire doit être associée à un autre examen
radiographique complémentaire pour réellement confirmer un véritable maintien/augmentation
de l’os alvéolaire. L’étude suscitée démontre qu’il est possible de remplacer une incisive
mandibulaire centrale par le biais d’une prothèse tout en stabilisant la dent adjacente mobile.
Les auteurs rapportent cependant que la principale complication reste la fracture au niveau de
la connexion ailette-pontique, confirmée par d’autres études et justifiée par la concentration des
charges mécaniques dans ces zones (92,102).
60
postérieur sur 462 patients avec un suivi entre 2 mois et 8 ans (88). Le taux de survie moyen
est entre 92,5%-96,5% avec un suivi de 4,8 ans. Il chute drastiquement pour atteindre un taux
de survie de 29% à 8 ans (Tableau 3), la principale complication étant le décollement ou la
fracture.
Dans une étude de Van Heumenn et al. (2009), le taux de survie des bridges collés
utilisés comme contention parodontale est de 73% à 4,5 ans (104). Une autre étude de Frese et
al. (2014) montre des taux de succès de 72,6% et des taux de survie de 85,6% sur 54 mois pour
la contention collée incluant une dent manquante sur le secteur antérieur (90). Ces résultats
constituent d’excellents arguments pour la restauration d’une dent manquante dans le secteur
antérieur à moyen terme mais ce taux finit par diminuer drastiquement au-delà de 5 ans environ.
D’autres recherches sont en cours pour utiliser cette thérapeutique en tant que solution
véritablement pérenne dans le temps.
61
La solidarisation de canine à canine s’expose à des problèmes que rencontrent les
contentions (76,92) à savoir des risques de fractures plus importantes, des réparations
fréquentes, des difficultés à l’hygiène et un aspect objectivement inesthétique.
Notre idée était donc de profiter des avantages du design cantilever afin d’offrir une
solution de remplacement de l’incisive mandibulaire centrale à long terme tout en l’exploitant
en contention parodontale : améliorer l’esthétisme dans le secteur antérieur, stabiliser les dents
piliers adjacentes à l’édentement et faciliter les techniques d’hygiène bucco-dentaire de ces
zones.
2. Choix du matériau
62
2.4. L’utilisation de la vitrocéramique renforcée au disilicate de lithium
63
Si le protocole de collage est bien respecté avec la mise en place d’un champ opératoire
parfaitement étanche, les risques de décollement deviennent quasi-inexistants. Cette aptitude
au collage prodigieuse va venir augmenter la longévité des deux bridges collés cantilever.
Une étude in vitro par éléments finis de Baran et al. (2018) compare la résistance entre
un bridge en armature métallique et une armature en vitrocéramique renforcée (109). La
résistance de l’armature en vitrocéramique en moyenne serait de 224,86 ± 80,97 N et il apparaît
que le pontique est la zone la plus soumise au stress mécanique. Il a été rapporté que l’armature
en vitrocéramique renforcée répartit de manière plus homogène les charges mécaniques (Figure
28). L’armature en métal de son côté concentre les charges au niveau de l’interface métal / dent
(figure 29), responsable en conséquence de décollements fréquents et constituant alors un
avantage pour l’armature en vitrocéramique renforcée (70,109).
64
Ces études nous confortent donc dans l’augmentation de l’épaisseur de cette surface de
connexion pour notre cas clinique. Cet épaississement permet une meilleure répartition du stress
mécanique tout en améliorant les propriétés mécaniques des bridges collés cantilever, réduisant
le risque de fracture. Le principal inconvénient de cette augmentation d’épaisseur sans
préparation amélaire est l’inconfort que peut ressentir le patient au départ en lingual avec la
présence d’une surépaisseur nécessitant une adaptation de la proprioception du patient. La
principale complication de la vitrocéramique reste la fracture de l’armature prothétique,
condamnant irrémédiablement la prothèse sans possibilité de réparation, il s’agit du plus grand
inconvénient de ce type de matériau prothétique (70,87,110).
3. Technique du « no prep »
La réalisation des deux bridges collés cantilever repose uniquement sur la surface
amélaire linguale des dents supports. Il a été choisi d’être le plus conservateur possible et de ne
pas préparer les dents supports notamment l’incisive latérale mandibulaire disposant d’une
surface de collage peu étendue. Une préparation de cette zone reviendrait à fragiliser l’organe
dentaire reposant sur un parodonte déjà affaibli.
Aussi, les études ne proposent pas vraiment de consensus sur la technique de préparation
la plus adaptée dans le cas d’un parodonte affaibli. La rétention des deux bridges collés repose
65
sur une surface amélaire non préparée mais à appui cingulaire donc le surcontour des ailettes
au niveau des faces linguales des dents piliers n’est que très faible. L’épaisseur de ces
surcontours dans le cas présenté est plus volumineux au niveau des zones interproximales du
fait de la position des dents supports. Les surfaces de connexion nécessaires à la vitrocéramique
sont de 12 mm² (60), ce qui nous permet de rentrer dans ces recommandations. Il est important
de rappeler que la connexion vers le pontique est fréquemment la zone de fracture la plus
fréquente de ce type de prothèse. Il était nécessaire d’en augmenter l’épaisseur et donc sa
résistance pour limiter les risques de fractures (60,87,109).
4. Mode d’assemblage
Une isolation irréprochable et le collage sur une surface telle que l’émail va renforcer la
coaptation de la pièce prothétique avec la surface dentaire. (105,116). Le moyen d’assemblage
se doit d’être biocompatible, facile à manipuler, étanche et avoir une bonne résistance chimique
et physico-chimique dans le milieu buccal.
Les techniques de scellement par ciments sont non indiquées dans ce type d’assemblage.
La rétention uniquement macro-mécanique est insuffisante pour notre type de restauration
prothétique sur une surface non préparée, un collage est obligatoire dans ces conditions (117).
Les ciments auto-adhésifs ne sont pas recommandés non plus. Ils gagnent en rapidité
d’exécution mais au détriment de la résistance mécanique (117,118).
Un composite sans potentiel adhésif doit faire intervenir l’utilisation d’un système
adhésif amélo-dentinaire. Le choix ici s’est porté sur un système Universel. Ces adhésifs
66
universels de dernière génération sont bien plus simples à mettre en œuvre (évitant les erreurs
opérateur) avec une épaisseur de joint faible et une pénétration dentaire plus importante. Le
respect strict du protocole de référence décrit dans notre cas clinique va nous permettre de
potentialiser le collage au maximum même sans préparation dentaire (122–124).
5. Limites du cas
Un aménagement des tissus mous et des tissus durs au préalable aurait surement conféré
une meilleure intégration esthétique des pontiques. La relation gingivo-prothétique est
indispensable pour offrir une émergence la plus naturelle possible. La région incisive
mandibulaire est une zone plus exposée à la résorption de l’os alvéolaire post-extractionnelle
que la région incisive maxillaire (36), la reconstruction de cette zone est en conséquence
difficile à appréhender. Cette résorption osseuse apporte des difficultés dans la restauration
naturelle et esthétique des dents situées en zone antérieure (78). Le praticien doit conserver le
maximum de tissu parodontal après une extraction comme avec un comblement alvéolaire post-
extractionnelle afin de conserver la convexité vestibulaire de la gencive.
La partie cervicale prothétique des deux bridges doit venir épouser la partie ici convexe
de la gencive afin de reproduire une émergence naturelle et esthétique (43). Une ovalisation de
crête associant ostéoplastie et gingivoplastie aurait pu éviter notre choix de selles contra-
muqueuse à l’esthétisme perfectible. Il est néanmoins possible d’effectuer des corrections à
l’avenir du berceau gingival après mise en place des bridges collés en cas de demande
esthétique ou lors d’un affaiblissement des tissus de supports parodontaux. Réaliser une greffe
de tissu mous comme une greffe épithélio-conjonctif permettrait de gagner de la gencive
kératinisée ainsi que d’approfondir le vestibule (125). Il serait possible ensuite de réaliser une
greffe de conjonctif enfoui afin d’épaissir les tissus mous. La patiente n’a pas souhaité de
reconstruction des tissus mous. Le compromis thérapeutique a été de recréer une partie factice
radiculaire pour reproduire une émergence naturelle tout en respectant l’alignement avec les
récessions gingivales adjacentes.
67
5.4. Aménagement des tissus durs
Le recours à une greffe osseuse latérale par prélèvement symphysaire et fixation à l’aide
de vis d’ostéosynthèse aurait pu être une amélioration significative de la crête de notre patiente.
La technique décrite par Khoury avec une reconstruction dans les trois dimensions à l’aide d’os
autogène (i.e., provenant du patient) et d’os particulaire d’origine xénogène (i.e., d’origine
étrangère et le plus souvent porcine) constitue la méthode la plus reproductible (126). En effet,
la greffe osseuse par de l’os autogène reste une référence dans la littérature pour les
restaurations de grandes étendues (127). Associée à un aménagement des tissus mous
supplémentaire, une technique implantaire aurait pu peut-être être envisagée. Dans la
conservation de notre thérapeutique, l’intégration esthétique de nos bridges auraient pu être
améliorée. Sa proximité avec la région symphysaire limite le côté invasif de ce type de soin et
facilite la reconstruction, cette région constituant un site de prélèvement osseux idéal (126).
La prise en compte des éléments propres à la patiente est primordiale, son état
parodontal (e.g. : parodonte affaibli, présence de récessions), son état général (e.g. :
sclérodermie, VIH), ses moyens financiers, son état psychologique et sa motivation. Trois
aspects sont à prendre en compte lors de la décision thérapeutique : les preuves scientifiques,
la maîtrise du praticien et des paramètres liées au patient (129).
68
relativement bas (i.e., 0,9% de complication sur un groupe de 331 VIH positif avec 1810
procédures invasives). Le moindre risque justifierait l’utilisation d’une antibioprophylaxie (i.e.,
2 grammes d’amoxicilline une heure avant le rendez-vous ou bien 600mg de clindamycine si
le patient présente une allergie à la pénicilline) afin d’éviter la septicémie, cela reste
extrêmement faible.
69
CONCLUSION
Depuis sa découverte, le bridge collé cantilever a subi une évolution aussi bien moderne
que spectaculaire. Son utilité, sa mise en œuvre moins mutilante, son esthétisme et son
impressionnante longévité n’est plus un secret pour les praticiens tant elle a été étudiée et
référencée dans la littérature.
De nombreuses pistes dans son utilisation restent à explorer comme dans le cas de cette
patiente avec un parodonte affaibli et des mobilités dentaires. Pour le moment très prometteur
avec un suivi à 3 ans positif, ce type de bridge collé cantilever à visée de contention parodontale
reste une méthode expérimentale. Les résultats de ce cas clinique sont très encourageants et
poussent à étendre le champ d’utilisation du bridge collé cantilever encore plus loin.
Cependant, les données dont nous disposons dans la littérature restent pour le moment
insuffisantes pour soutenir l’utilisation des bridges collés cantilever en tant que contention
parodontale à long terme ou bien pour remplacer des édentements de plus grandes étendues.
Les données d’adhésion disponibles à l’heure actuelle peuvent soutenir leur utilisation sur une
longue durée, leurs progrès étant en forte hausse même avec l’utilisation d’un adhésif universel
(119,131). Nous n’avons encore que peu de recul clinique pour valider son utilisation en tant
que contention parodontale à long terme, cette technique étant très peu documentée dans la
littérature. De plus, le design bridge collé cantilever localisée au niveau mandibulaire dans la
région antérieure est peu documenté, cette technique étant souvent décrite dans la région
maxillaire majoritairement (46,61).
Le chemin est encore long mais les résultats semblent extrêmement prometteurs. Il
faudrait attendre la réalisation d’études à plus grande échelle en incluant plus de bridges collés
avec deux ailettes en cantilever et d’étudier les risques de complications.
70
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Vu, Le Président du Jury,
Date, Signature :
Date, Signature :
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Titre : Le bridge colle cantilever céramique dans le remplacement
de l’incisive centrale mandibulaire et comme contention
parodontale : à propos d’un cas clinique
Mots clés : Bridge cantilever – Céramique – Incisive – Dent manquante – Bridge collé
Abstract: The tooth replacement context in the anterior incisor-canine block represent a
major challenge for a dental surgeon in almost all areas, particularly when replacing the
mandibular central incisor with its limited space and anatomical specificities. Many
replacements solutions, such as implants, partial removable prostheses (PRP), orthodontics and
fixed prostheses are possible. However some situations, in particular patient-dependant ones,
can present an obstacle, especially in a localised periodontitis context, where a splint placement
is often recommended. Periodontal splinting form canine-to-canine can present a huge problem
for the patient. This is due to it being subject to fracture situations too frequently, which requires
repair as well as problems to hygiene access, making the task too difficult for some patients.
The use of two particular cantilevered resin bonded bridges in reinforced glass-ceramics is
proposed, in order to provide both a functional (anterior area splinted) and aesthetic
rehabilitation.
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