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Le bridge collé cantilever céramique dans le remplacement de

l’incisive centrale mandibulaire et comme contention


parodontale : à propos d’un cas clinique
Valérian Faussemagne

To cite this version:


Valérian Faussemagne. Le bridge collé cantilever céramique dans le remplacement de l’incisive centrale
mandibulaire et comme contention parodontale : à propos d’un cas clinique. Sciences du Vivant [q-bio].
2024. ⟨dumas-04512504⟩

HAL Id: dumas-04512504


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Submitted on 20 Mar 2024

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U.F.R. D’ODONTOLOGIE

Année 2024 Thèse n°17

THESE POUR L’OBTENTION DU

DIPLOME D’ETAT de DOCTEUR EN CHIRURGIE


DENTAIRE

Présentée et soutenue publiquement

Par FAUSSEMAGNE, Valérian

Né le 31/10/1997 à VERSAILLES

Le 12 mars 2024

LE BRIDGE COLLE CANTILEVER CERAMIQUE DANS LE


REMPLACEMENT DE L’INCISIVE CENTRALE
MANDIBULAIRE ET COMME CONTENTION
PARODONTALE : A PROPOS D’UN CAS CLINIQUE
Sous la direction de : Léa MASSÉ

Membres du jury :

Mme BERTRAND Caroline Professeur des Universités Présidente


Mme MASSE Léa Chef de clinique des Universités Directrice
Mme SMIRANI Rawen Maître de conférences des Universités Rapporteur
M. SAMOT Johan Maître de conférences des Universités Assesseur
M. LAUVERJAT Yves Maître de conférences des Universités Assesseur
LISTE DES ENSEIGNANTS

2
3
REMERCIEMENTS

A notre Présidente de thèse


Madame le Professeur Caroline BERTRAND
Professeur des Universités – Praticien Hospitalier
Directrice de l’UFR des Sciences Odontologiques
Section Prothèse Dentaire 58-01

Je vous remercie sincèrement d’avoir accepté de présider cette soutenance de thèse au sein
de ce jury. Je vous remercie pour toutes ces années d’enseignements au sein de l’université
et vous prie d’agréer, Madame, l’expression de mon profond respect.

A notre Président de thèse


Madame le Docteur Léa Massé
Chef de clinique des universités et assistant hospitalier.
Département Prothèse Dentaire 58 – 01

Je vous remercie profondément de m’avoir fait l’honneur d’être ma directrice de ce travail de


thèse. Votre implication exemplaire, vos conseils très précieux, votre disponibilité et votre
patience m’ont beaucoup apporté dans l’élaboration de ce travail. Je suis véritablement
honoré de l’avoir réalisé avec vous. Je vous exprime ma profonde gratitude quant à votre
enseignement au sein de l’établissement hospitalier, votre passion pour ce métier et votre
savoir pour lesquels j’éprouve une sincère admiration. Merci pour votre confiance en moi et
vous adresse mes plus sincères remerciements.

4
A notre Rapporteur de thèse
Madame le Docteur Rawen SMIRANI
Maître de Conférences des Universités – Praticien Hospitalier
Section Parodontologie – 57- 01

Je vous remercie d’avoir accepté d’être la rapportrice de cette thèse. Je vous prie d’agréer,
Madame, l’expression de profond mon respect pour votre relecture et vos suggestions. Pour
votre enseignement universitaire et hospitalière qui m’ont véritablement aidé tout au long de
mes années d’étude, je vous exprime ma reconnaissance la plus sincère.

A notre Assesseur
Monsieur le Docteur Johan SAMOT
Maître de Conférences des Universités – Praticien Hospitalier
Département Biologie Orale 57-01

Je vous remercie d’avoir accepté de siéger au sein de ce jury de thèse. Je vous remercie
très sincèrement pour votre pédagogie pour laquelle j’éprouve une grande admiration et
votre enseignement hospitalier qui m’ont beaucoup apporté tout au long de ces années
d’étude. Pour toutes ces raisons, je vous adresse, Monsieur, mes sincères remerciements.

A notre Assesseur
Monsieur le Docteur Yves LAUVERJAT
Maître de Conférences des Universités – Praticien Hospitalier
Section Parodontologie – 57-01

Je vous remercie de me faire l’honneur d’assister à cette soutenance au sein du jury de


thèse. Je vous exprime toute ma gratitude pour toutes ces années d’enseignement et votre
expertise. Je vous prie d’accepter, monsieur, mes plus humbles remerciements.

5
A ma mère, mon père, mon grand frère, toute ma famille. Je vous remercie en premier pour
votre soutien indéfectible depuis toujours et vous dois énormément par rapport à l’homme que
je suis devenu. Dans les meilleurs comme les mauvais moments, j’ai toujours pu compter sur
vous. Votre implication et votre confiance en moi m’ont beaucoup apporté et je tenais à vous
dire que je vous aime fort.

A Mehdi Bouchnafa. Je te remercie sincèrement de m’avoir accueilli dans ton cabinet. Ta


passion pour la chirurgie et ton savoir-faire m’ont ouvert les yeux sur une voie que je souhaite
désormais suivre dans le futur. Tu as été un modèle, un mentor pour moi dans ma pratique
professionnelle et tu m’as vraiment aidé à gagner en confiance. Mes ambitions et ma
détermination pour la suite de ma carrière n’en sont que plus haut. Je sais qu’on sera amené à
se revoir très bientôt.

A Quentin Desperiez. Merci de m’avoir accompagné et cru en moi pendant mon année à XA.
Ce parcours a été semé d’embûches sur de nombreux points et malgré cela, tes conseils, ton
accompagnement et tes avis m’ont beaucoup apporté. Je te remercie du fond du cœur ainsi que
pour tes excellentes suggestions en matière de rock’n roll/metal. Si jamais l’envie te prend de
refaire un concert de hard rock sur Paris, tu sais où me trouver !

A tous mes amis m’ayant accompagné dans ce fabuleux et exaltant voyage au cours de ces
dernières années :

A toute la team de Paris, les grosses folles, la team Week-End Brebis. Vous m’avez entrainé
systématiquement dans des guet-apens (même encore aujourd’hui) et les souvenirs que nous
avons créés ensemble resterons à jamais mémorable. Je ne vous remercierai jamais assez pour
tout ce que vous m’avez apporté toutes ces années et ce sont des pages qui continueront à
s’écrire dans le futur. Que nos futurs périples continuent à être nombreux ! Stay tuned pour le
WE brebis édition 2024.

A tous les copains / copines de dentaire. Aurélie, Cheche, Ginouuuuu, Mégane, JE, Laëtitia,
Elodie, Lucie, Loulou, Bastien (monsieur esclave <3), Guillaume, Marie, Alizée, merci pour
tous ces moments de partage et de fou rire qu’on a pu avoir. Mes années étudiantes n’auraient

6
clairement pas été si fun sans vous et c’est loin d’être fini. Des bisous XXL à vous tous et merci
d’avoir été là dans les meilleurs comme dans les mauvais moments.

A la team Hellfest. Henri (emo), Mathieu (papa oie) et Alice (not hehe), merci à nos pogos
infernaux, à nos extinctions de voix sur du Papa Roach ou sur du Arch Enemy, il faudra
vraiment qu’on résolve le mystère du Niddoie un jour (Nid d’oie ? Niddwha ? Nous ne saurons
peut-être jamais). Cœur sur vous.

A la team Escape Game, Lé Zilétrés. Pierre (non il n’y avait pas d’esprit qui t’avais touché
l’épaule lors du spiritisme), Arthur, Margaux (mon ptit coin coin <3), Damien, Quentin, Elise
(RIP le Massacre), merci à vous de m’avoir entraîné dans des situations infernales à devoir
ramper dans des conduits ou réciter des incantations sataniques, hâte du prochain sacrifice
humain impliquant Margaux.

Au sanctuaire. Madeline (aka le phénix) et Tomiche (aka le téton flamboyant), à nos sessions
autour du champignon de la confession, nos joyeux délires et nos nombreuses aventures. Loin
des yeux, près du cœur. Merci pour toutes ces années de forte rigolade et de joie.

Des petites mentions spéciales :

A Bébou, mon fer de lance de PACES, mon compagnon de beuverie à toute épreuve. On en a
fait du chemin depuis pas vrai ? Les situations rocambolesques vécues ensemble ne manquent
pas et on en aura fait de sacrées péripéties. C’est un honneur d’avoir partagé toutes ces aventures
à tes côtés. Et c’est loin d’être fini, hâte de vivre la suite (#rio). Merci pour tout ce que tu m’as
apporté et de ton soutien en toutes circonstances, je te dois énormément. Je t’aime fort fort mon
poulet.

A Pauline, la queen de la raclette je te le concède, t’as encore des progrès à faire sur Mario Kart
mais t’inquiètes je saurai te former jeune padawan. Merci pour tous ces moments, t’es une amie
en or.

A Eva, je ne compte même plus le nombre de fois où on a échangé sur mes problèmes
existentiels aka les prises de tête aka l’ulcère gastrique c’est pour bientôt. Et malgré tout ça t’as
7
toujours été là pour moi et tu es une amie incroyable. Aussi bien en amitié qu’en soirée, tu
excelles. Je sais que tu veux déjà repartir en Asie mais profite encore un peu avec nous avant
stp. Merci du fond du cœur d’être auprès de moi, la suite continue de s’écrire.

A Mélanie / Mimi / Melman, ma partenaire d’aventure guyanaise et guadeloupéenne, est ce


qu’on n’aurait pas pris la meilleure décision de l’année 2023 ? A notre périple amazonien, notre
périple brésilien, nos galères de bus, sessions cinéma/séries très intelligentes, nos cafards dans
les placards, nos fruits de la passion, notre ascension de La Soufrière tout ça pour voir à peine
sur un mètre, bref, quelle aventure. Jtm.

A Ludovic et Matthew, mes deux morues préférées, à nos soirées bières, nos soirées jeux, notre
voyage Berlinois, nos sessions drag race et à nos shootings VR riches en émotions et en perte
d’audition (où je suis responsable à 99%). A chaque fois, c’est toujours un bonheur de vous
voir et vous me manquez déjà terriblement. Amour, Gloire et Beauté, love U very very much,
xoxo <3

A Fred, on en aura vécu des choses à l’époque mon poulet la liste est longue. Ce que je retiens
c’est qu’écoute même à 26 ans je n’ai toujours pas de barbe, j’attends encore, tu peux encore te
vanter. Bisous mon frérot.

A Théo, ma ptite caille et à Hugo, mon partenaire in crime de Crossfit (road to Ring MU
n’oublie pas hein), vous avez été deux très belles découvertes et je vous kiffe ++. Je vous
embrasse trrrrrrès fort.

A Florian. Tu m’as aidé à devenir l’homme que je suis, bien que j’aie encore des progrès à faire
dans de nombreux domaines, en me faisant grandir, me faisant évoluer et en faisant me sentir
plus grand. Ces années partagées avec toi auront été les plus belles. Je te souhaite sincèrement
le meilleur.

8
TABLE DES MATIERES

LISTE DES ENSEIGNANTS 2

REMERCIEMENTS 4

LISTE DES FIGURES 11

LISTE DES TABLEAUX 13

LISTE DES ABRÉVIATIONS 14

INTRODUCTION 15

PARTIE 1 - ETAT DE L’ART : LA MALADIE PARODONTALE ENTRAINE LA PERTE DE L’INCISIVE


MANDIBULAIRE CENTRALE 17

1. LA MALADIE PARODONTALE RESPONSABLE DE L’EDENTEMENT 17


1.1. DEFINITION 17
1.2. PREVALENCE 17
1.3. CLASSIFICATION 18
1.4. DIAGNOSTIC 19
1.5. ÉTIOLOGIES 22
1.6. FACTEURS DE RISQUES 24
1.7. THERAPEUTIQUES 25
2. ÉTIOLOGIES DE LA PERTE DE L’INCISIVE MANDIBULAIRE 28
3. SOLUTIONS THERAPEUTIQUES DE REMPLACEMENT DE L’INCISIVE CENTRALE MANDIBULAIRE 29
3.1. L’IMPLANTATION EN SECTEUR ANTERIEUR 30
3.2. LA PROTHESE AMOVIBLE PARTIELLE (PAP) 31
3.3. LE BRIDGE CONVENTIONNEL DENTO-PORTE 31
3.4. L’ORTHODONTIE 32
3.5. LE BRIDGE COLLE CANTILEVER CERAMIQUE 32
3.6. LA CONTENTION COLLEE PARODONTALE DANS LE REMPLACEMENT D’UN EDENTEMENT ANTERIEUR 38

PARTIE 2 - CAS CLINIQUE : LE CANTILEVER COLLÉ EN CONTENTION PARODONTALE 44

1. CONTEXTE 44
2. ANAMNESE 45
3. DONNEES RECUEILLIES ET DEMARCHE DIAGNOSTIQUE 45
4. PROPOSITION THERAPEUTIQUE 46
5. ÉTAPES CLINIQUES 47
5.1. SEANCE N°1 48
5.2. SEANCE N°2 50
5.3. SEANCES DE SUIVI 55

DISCUSSION 58

9
1. CHOIX THERAPEUTIQUE, ALTERNATIVES ET LIMITES 58
1.1. L’APPORT DU DESIGN CANTILEVER DOUBLE AILETTES DANS LE SECTEUR ANTERIEUR MANDIBULAIRE 58
1.2. LA CONTENTION COLLEE DANS L’EDENTEMENT UNITAIRE ANTERIEUR ET SES LIMITES 59
2. CHOIX DU MATERIAU 62
2.3. L’UTILISATION DE LA ZIRCONE 62
2.4. L’UTILISATION DE LA VITROCERAMIQUE RENFORCEE AU DISILICATE DE LITHIUM 63
3. TECHNIQUE DU « NO PREP » 65
4. MODE D’ASSEMBLAGE 66
5. LIMITES DU CAS 67
5.3. AMENAGEMENTS DES TISSUS MOUS 67
5.4. AMENAGEMENT DES TISSUS DURS 68
5.5. FACTEURS PROPRES AU CAS CLINIQUE 68

CONCLUSION 70

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES 71

10
LISTE DES FIGURES

Figure 1 : Diagramme de représentation du processus étiopathogénique de la parodontite


humaine selon Page et Kornan modifiée d’après (15) ............................................................. 23
Figure 2 : Diagramme de représentation des relations entre les espèces bactériennes intra et
intercomplexes et représentation du complexe rouge bactérien selon Socransky modifiée
d’après (16) .............................................................................................................................. 23
Figure 3 : Représentation du gradient thérapeutique selon Tirlet G. et Attal JP (2009) de la
technique la moins mutilante à la plus mutilante dans le traitement de l’édentement unitaire (33)
.................................................................................................................................................. 29
Figure 4: Frise chronologique retraçant l’historique principale du bridge collé mono-ailette.
Réalisé à l’aide des outils du logiciel de traitement de texte Word (2023) .............................. 35
Figure 5 : Situation initiale. Rétro-alvéolaire À T0. ................................................................ 46
Figure 6 : Radiographie rétro-alvéolaire de contrôle post-extraction à T0 +1 mois. ............... 48
Figure 7 : Situation exobuccale post-extraction à +1 mois (crédit photo : Dr Massé Léa) ...... 48
Figure 8: Vue du sourire à +1 mois (crédit photo : Dr Massé Léa) ......................................... 49
Figure 9 : Vue endobuccal à +1 mois après dépose de la contention de temporisation (crédit
photo : Dr Massé Léa) .............................................................................................................. 49
Figure 10 : Situation post extraction en vue occlusale à +1 mois. Nous noterons la finesse de la
crête dans le sens vestibulo-lingual (crédit photo : Dr Massé Léa).......................................... 49
Figure 11 : Prise de couleur avec un teintier Vita3DMaster® et choix du 3L 1.5 sur les 2/3
occlusal et 3M3 sur la partie radiculaire (crédit photo : Dr Massé Léa) .................................. 50
Figure 12 : Bridges collés cantilever à double ailettes (crédit photo : Dr Massé Léa) ............ 50
Figure 13 : Mise en place du champ opératoire. Un silicone sera positionné pour éviter « l’effet
trampoline » de la digue (Crédit photo : Dr Massé Léa) .......................................................... 51
Figure 14 : Préparation de la pièce prothétique (crédit photo : Dr Massé Léa) : ..................... 52
Figure 15 : Composite sans potentiel adhésif utilisé pour le collage des deux bridges (crédit
photo du fabricant Kerr®) ........................................................................................................ 53
Figure 16 : Situation immédiate après collage des deux bridges (Crédit photo : Dr Massé Léa)
.................................................................................................................................................. 53
Figure 17 : Situation immédiate post-collage. Notons la différence de teinte due à la
déshydratation des dents sous champ opératoire (crédit photo : Dr Massé Léa) ..................... 54
Figure 18 : Vue endobuccal à J+7. La couleur des bridges est adaptée aux dents naturelles
adjacentes après réhydratation (Crédit photo : Dr Massé Léa) ................................................ 54
11
Figure 19 : Vue occlusale post-collage des bridges (crédit photo : Dr Massé Léa) ................. 54
Figure 20 : Vue endobuccal à T0+1 an (Crédit photo : Dr Massé Léa) ................................... 55
Figure 21 : Vue occlusale à T0+1 an (crédit photo : Dr Massé Léa) ....................................... 56
Figure 22 : Vue latérale à T0+1 an (crédit photo : Dr Massé Léa) .......................................... 56
Figure 23 : Radiographie rétro-alvéolaire de contrôle à T0+ 1 an ........................................... 56
Figure 24 : Situation en vue exobuccal à +3 ans (crédit photo Dr Massé Léa) ....................... 57
Figure 25 : Situation exobuccal du sourire avec angulation dans le plan sagittal +3 ans (crédit
photo Dr Massé Léa) ................................................................................................................ 57
Figure 26 : Radiographie rétro-alvéolaire de contrôle à suivi + 3 ans ..................................... 57
Figure 27 : Balance phase vitreuse / phase cristalline réalisée à l’aide des outils du logiciel Word
(105) ......................................................................................................................................... 63
Figure 28 : Représentation des distributions des contraintes mécaniques maximales sur
l’armature vitrocéramique renforcée dans son ensemble (A), au niveau du pontique (B), au
niveau de la partie mésiale (C) et de la partie distale (D). Figure modifiée d’après (109) ...... 64
Figure 29 : Représentation des distributions des contraintes mécaniques maximales sur
l’armature métal dans son ensemble (A), au niveau du pontique (B), au niveau de la partie
mésiale (C) et de la partie distale (D). Figure modifiée d’après (109) ..................................... 64

12
LISTE DES TABLEAUX

Tableau 1 : Stades d’évolution de la parodontite d’après le Consensus report of workgroup 2 of the 2017
World Workshop on the Classification of Periodontal and Peri-Implant Diseases and Conditions.
Tableau modifié d’après (11) ................................................................................................................ 21
Tableau 2 : grades d’évolutions de la parodontite d’après le Consensus report of workgroup 2 of the
2017 World Workshop on the Classification of Periodontal and Peri-Implant Diseases and Conditions.
Tableau modifié d’après (11) ................................................................................................................ 22
Tableau 3 : Tableau rapportant les taux de survie de la contention collée dans le remplacement dentaire
unitaire selon les études incluses dans la revue (n=592) (88) ............................................................... 60
Tableau 4 : Tableau rapportant les taux de survie de la contention collée dans le remplacement dentaire
unitaire selon sa localisation dans l’arcade dentaire en antérieur (n=291) et en postérieur (n=132) (88)
............................................................................................................................................................... 61

13
LISTE DES ABRÉVIATIONS

LAD : Ligament Alvéolo-Dentaire


MMPs : Métallomatrices protéinases
PMNs : Polymorphonucléaires neutrophiles
LPS : Lipopolysaccharides
HbA1C : Taux d’hémoglobine glyquée
HPA : Axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien
PAP : Prothèse Amovible Partielle
HAS : Haute Autorité de Santé
CCAM : Classification Commune des Actes Médicaux
OIM : Occlusion Intercuspidie Maximale
RCI : Risque Carieux Individuel
VIH : Virus de l’Immunodéficience Humaine
HTA : Hypertension Artérielle
ROG : Reconstitution Osseuse Guidé

14
INTRODUCTION

Le contexte du remplacement dentaire dans le bloc antérieur incisivo-canin constitue un


véritable défi pour le chirurgien-dentiste dans quasiment tous les domaines. Un défi aussi
conséquent que délicat lorsque cela intéresse le bloc incisif mandibulaire tant par son espace
réduit que ses spécificités anatomiques.

L’absence d’une incisive centrale mandibulaire, qu’elle soit due à une avulsion à la suite
d’un traumatisme ou d’une maladie parodontale trop avancée, peut avoir des répercussions très
négatives sur l’environnement bucco-dentaire d’ordre esthétique et fonctionnelle. Son
anatomie, son phénotype et ses dimensions réduites nous poussent à avoir une approche
pluridisciplinaire quand il s’agit de remplacer cette dent en particulier.

Bien que l’implantologie puisse constituer une solution de choix fiable qui a fait ses
preuves dans la littérature scientifique dans ce type de contexte, cette technique se confronte à
de nombreux obstacles et contre-indications, que ce soit un volume osseux insuffisant, un
volume de tissus mous insuffisant, ou tout simplement des limites propres au patient.

Le bridge collé cantilever en céramique constitue une technique de choix en pleine


évolution dans l’arsenal thérapeutique de la dentisterie moderne prothétique. Véritable
thérapeutique novatrice, elle représente une alternative intéressante à l’implant unitaire
antérieur notamment dans son champ d’application varié, des protocoles de mise en place plus
simple, un traitement plus court et un rapport bénéfice/risque/coût très favorable.

Dans un contexte de maladie parodontale, il nous faut souvent contentionner le bloc


incisivo-canin antérieur. Les contentions conventionnelles filaires ou attelles collées peuvent
poser des problèmes au niveau de l’accessibilité à l’hygiène et présentent un risque élevé de
fractures.

Le cas clinique présenté est le cas d’une patiente ayant perdu ses incisives centrales
mandibulaires pour cause de maladie parodontale. La thérapeutique proposée dans ce travail de
thèse présente un intérêt pluridisciplinaire. L’utilisation de deux bridges collés cantilever à
double ailettes (i.e., 33-32-extension 31 et 43-42-extension 41) en vue du remplacement des

15
incisives centrales mandibulaires serait non seulement une alternative thérapeutique à la
contention collée classique, mais permettrait de stabiliser également les dents supports
fragilisées par la maladie parodontale. L’objectif est de proposer une solution originale pour
limiter les risques de fracture, d’apporter une solution esthétique/fonctionnelle et enfin de
faciliter l’hygiène dans cette zone difficile à maîtriser dans la chirurgie implantaire.

16
PARTIE 1 - ETAT DE L’ART : LA MALADIE PARODONTALE
ENTRAINE LA PERTE DE L’INCISIVE MANDIBULAIRE
CENTRALE

1. La maladie parodontale responsable de l’édentement

1.1. Définition

Par définition et selon Bouchard P., les maladies parodontales « sont des affections des
tissus de soutien de la dent (i.e., gencive, cément, ligament parodontal et os alvéolaire) d’origine
microbienne, constituées de lésions inflammatoires sous la dépendance du système de défense
de l’hôte, entraînant une atteinte partielle ou complète de ses différentes structures » (1). Dans
ce contexte, l’inflammation va détruire les tissus de soutien de la dent, à savoir la gencive, le
cément, le ligament alvéolo-dentaire (LAD) et l’os alvéolaire. Les bactéries parodonto-
pathogènes vont se réfugier dans les tissus parodontaux et vont atteindre jusqu’à l’os alvéolaire,
provoquant alors un amas de plaque dentaire et de tartre sous-gingival (2). Le système
immunitaire se retrouvant débordé, une réaction inflammatoire s’ensuit en conséquence et
détruit les tissus de soutien de la dent.

1.2. Prévalence

Pour évaluer la prévalence de la maladie parodontale, un rapport a été publié par le


National Health and Nutrition Examination Survey (3). Entre 2009 et 2014, une moyenne
pondérée a été faite : 42% de la population américaine était atteinte de parodontite dont 7,8%
ayant une forme sévère dont la prévalence touchait surtout les populations âgées de plus de 65
ans ou plus, la population hispanique, les fumeurs et la population afro-américaine. Il a été
montré que 3,3% des sites parodontaux touchés (i.e., 9,1% des dents) avaient des profondeurs
de sondage supérieures ou égales à 4 mm et 19% des sites (i.e., 37,1% des dents) avaient des
profondeurs de sondage supérieures ou égales à 3 mm.

17
Un article publié par Trindade et al. (2023) avait pour objectif d’évaluer la prévalence de
la parodontite chez les populations dentées entre 2011 et 2020 (4). La prévalence de la
parodontite a fortement augmenté par rapport aux estimations précédentes entre 1990 et 2010
avec une estimation de 62% de la population touchée par de la parodontite dont 23,6% avec
une forme sévère. Selon un article publié par Kwon et al. (2021), approximativement 11% de
la population mondiale aurait une forme de parodontite sévère, affectant ainsi 743 millions
d’habitants (5).

Ces études démontrent que la parodontite est une des maladies les plus répandues dans le
monde.

1.3. Classification

En 1989, une classification des différentes formes de parodontites a été proposée par le
World Workshop in Clinical Periodontics, reposant essentiellement sur les caractéristiques
cliniques (6) :
- La parodontite de l’adulte,
- Les parodontites d’apparition précoce (pré-pubertaire, juvénile, à progression
rapide),
- La parodontite associée à des désordres systémiques,
- La parodontite ulcéro-nécrosante,
- La parodontite réfractaire.

Il s’agissait de la première classification des parodontites mais elle s’exposait à des


lacunes. Nous n’avions aucune mention du diagnostic des gingivites et cette classification
reposait essentiellement son diagnostic des parodontites sur l’âge du patient. En 1999,
l’International Workshop for a Classification of Periodontal Diseases and Conditions a établi
une mise à jour pour mieux définir la classification de l’ensemble des maladies parodontales
ainsi que l’ajout des gingivites causées ou non par la plaque bactérienne (7). La classification
des parodontites est la suivante :
- La parodontite chronique (remplaçant la parodontite dite « de l’adulte »),
- La parodontite agressive (remplaçant la parodontite dite « d’apparition précoce »),
- La parodontite d’origine systémique,
- La parodontite ulcéro-nécrosante,
18
- La parodontite entrainant un abcès du parodonte,
- La parodontite associée à des lésions endodontiques ou développementales,
- La parodontite liée à des anomalies congénitales ou acquises.

En fin d’année 2017, une nouvelle classification a été présentée à Chicago lors d’une
conférence de consensus mondial (8). Avec les nouvelles connaissances actuelles sur le
processus physiopathologique, les différentes étiologies et son épidémiologie, un nouveau
cadre de classification a été proposé. Nous ne parlons plus de parodontites agressives ou
chroniques. Dans cette nouvelle classification des parodontites, nous les classons selon trois
classes possibles de diagnostics :
- Les maladies parodontales nécrotiques,
- Les parodontites classées selon leur stade, leur grade et leur étendue,
- La parodontite manifestations d’une maladie systémique.

1.4. Diagnostic

Avant d’établir un diagnostic, il convient avant tout de définir un « état de santé


parodontale », nouvelle notion introduite suite au consensus de 2018 (9,10). Elle est nécessaire
pour avoir un point de départ en référence pour diagnostiquer une maladie parodontale. Elle est
définie comme l’absence clinique d’un état inflammatoire détectable au niveau des tissus de
soutien à l’examen clinique :
- Aucun saignement au sondage,
- Absence d’œdème ou d’érythème,
- Pas de douleurs ou gênes rapportées par le patient,
- Pas de perte d’attache (> 3 mm ou > 4 mm si le patient a un parodonte réduit mais
sans saignement) ou osseuse.
L’état de santé parodontal peut se retrouver sur un parodonte intact et également sur un
parodonte réduit (i.e., patients avec des récessions gingivales ou ayant eu une thérapeutique
parodontale dans le passé). La présence de l’un de ces signes cliniques peut faire suspecter
l’apparition d’un problème parodontal. Un diagnostic doit être réalisé.

Le diagnostic de la parodontite peut se faire dès la première consultation et repose


essentiellement sur un examen clinique complet (2,5,11,12) :

19
- L’anamnèse à l’aide d’un questionnaire médical rigoureux : pathologies (e.g.,
diabète, hypertension, pathologie systémiques), le profil du patient, la
consommation de tabac ou d’alcool et la présence de douleurs.
- Un examen clinique endobuccal complet : présence de plaque dentaire ou de tartre,
sondage des poches parodontales (e.g., profondeur de sondage, perte d’attache
gingivale, saignement), présence de mobilités dentaires, d’inflammation gingivale,
de récessions gingivales et des lésions de furcations.
- Un examen clinique radiographique : perte osseuse visible horizontale ou
verticale, lésion de furcation, atteintes supra ou infra osseuse et présence de tartre
intra-sulculaire.
- Un examen supplémentaire optionnel si nécessaire avec des examens
microbiologiques (e.g., microscope à contraste de phase) notamment dans la
détection de bactéries de type « complexe rouge » Gram - et anaérobie stricte. Par
exemple, nous avons P. Gingivalis, A. Actinomycetecomitans, B. Forsythus et T.
Denticola.

L’identification d’une parodontite repose essentiellement sur la détection d’une réaction


inflammatoire affectant les tissus parodontaux. Cela passe notamment par une perte d’attache
clinique au niveau d’une poche parodontale supérieure ≥ 3 mm ou bien ≥ 2 mm pour deux dents
non adjacentes et cette perte d’attache ne doit pas être liée à une cause autre que la parodontite
(e.g., récession d’origine traumatique, lésion cervicale d’origine carieuse, fracture verticale
radiculaire).

Concernant la parodontite, elle est classée selon 3 systèmes depuis la nouvelle


classification de Chicago en 2018 (11). Nous exclurons pour cette thèse la parodontite
nécrosante et la parodontite manifestation d’une maladie d’origine systémique :
- Le stade : sévérité de la maladie parodontale et complexité du traitement. Le stade
est évalué selon 4 niveaux avec des critères particuliers : la perte d’attache
interdentaire, la perte osseuse radiographique, le nombre de dents perdues pour
raisons parodontales, la profondeur de sondage des poches parodontales, le niveau
d’atteinte de la furcation et le type de défaut osseux,
- Le grade : indication du taux de progression de la parodontite et le pronostic du
traitement. Il se classe selon 3 niveaux : lente (A), modérée (B) ou rapide (C) et
est évalué selon les critères suivants : le ratio perte osseuse radiographique / âge du
20
patient, le ratio quantité de plaque / taux de destruction du parodonte, la perte
osseuse radiographique sur 5 ans, les facteurs de risques modifiant le grade (fumeur
et diabète équilibré),
- L’étendue de la maladie parodontale : localisée (moins de 30% des dents) ou
généralisée (plus de 30% des dents).

Ces méthodes de diagnostics selon la nouvelle classification nous permettront


d’appréhender la complexité du traitement parodontal et d’adapter notre plan de traitement
thérapeutique. Des tableaux récapitulatifs des stades et grades de la maladie parodontale ont été
émis par le World Workshop on the Classification of Periodontal and Peri-Implant Diseases
and Conditions (11) (Tableau 1 et 2).

Stade I Stade II Stade III Stade IV


Sévérité Perte d’attache 1 à 2 mm 3 à 4 mm ≥ 5 mm ≥ 5 mm
interdentaire
maximale
Perte osseuse < 15 % (Tiers 15 à 33 % (Tiers ≥ 50 % (du 1/3 à la ≥ 50 % (du 1/3 à la
radiographique coronaire) coronaire) moitié de la racine moitié de la racine
ou plus) ou plus)
Dents perdues 0 0 ≤4 ≥5
pour raisons
parodontales
Complexit Profondeur de < 4 mm < 5 mm ≥ 6 mm ≥ 6 mm
é poches
Perte osseuse Horizontale Horizontale Verticale Verticale
radiographique essentiellement essentiellement ≥ 3 mm ≥ 3 mm
Lésions inter- Non ou classe I Non ou classe I Classe II ou III Classe II ou III
radiculaires
Défaut crestal Non ou léger Non ou léger Modéré Sévère
Besoin en Non Non Non Oui
réhabilitation
complexe
Etendue Pour chaque stade, il est important de noter si :
- Localisé (< 30 % des dents atteintes)
- Généralisée (> 30% des dents atteintes)
Tableau 1 : Stades d’évolution de la parodontite d’après le Consensus report of workgroup 2 of the 2017
World Workshop on the Classification of Periodontal and Peri-Implant Diseases and Conditions. Tableau
modifié d’après (11)

21
Risque de progression Grade A Grade B Grade C
Faible Modéré (par Rapide
défaut)
Critères Perte d’attache ou alvéolyse Non < 2 mm ≥ 2mm
radiographique sur les 5
dernières années
Radio pourcentage % < 0,25 0,25 à 1 >1
d’alvéolyse / âge
Ratio quantité de plaque / Important / Normal Faible / important (+
destruction parodontale faible éléments cliniques
suggérant une
progression rapide
Facteurs Consommation de cigarettes par Non < 10 cigarettes > 10 cigarettes
modifiants jour
le grade Diabètes Glycémie Oui HbA1C Oui HbA1C ≥ 7,0%
normale < 7,0%
Tableau 2 : grades d’évolutions de la parodontite d’après le Consensus report of workgroup 2 of the 2017
World Workshop on the Classification of Periodontal and Peri-Implant Diseases and Conditions. Tableau
modifié d’après (11)

1.5. Étiologies

Le principal facteur étiologique de la parodontite est microbiologique avec l’agression


bactérienne. La présence d’un biofilm vers les espaces gingivo-dentaires va provoquer une
réaction inflammatoire par le système immunitaire (2,5,13).

Cependant, en l’absence de traitement parodontal, l’inflammation due à l’agression


bactérienne induit une réponse immuno-inflammatoire de l’hôte avec une batterie de réactions
immunitaires. Elle va impliquer la sécrétion de cytokines, de prostaglandines, de
métallomatrices protéinases (MMPs), d’anticorps et de polymorphonucléaires neutrophiles
(PMNs). En réponse à cette réaction immuno-inflammatoire, la flore bactérienne pathogène va
sécréter des antigènes, des lipopolysaccharides (LPS) et d’autres facteurs de virulences,
renforçant la réponse immunitaire de l’hôte. Une dysbiose entre la flore bactérienne pathogène
et l’hôte s’installe et aggrave la maladie parodontale (figure 1) (14,15). Un cercle vicieux
s’installe si aucun traitement n’est entrepris par le patient et le praticien.

22
L’étiologie principale de la parodontite est donc la plaque bactérienne, étant le facteur
majeur des maladies parodontales. Elle est définie comme étant un ensemble de micro-
organismes bactériens enrobés dans une matrice de polymères bactériens et salivaires, adhérant
aux surfaces dentaires (14,15).

Figure 1 : Diagramme de représentation du processus étiopathogénique de la parodontite humaine selon


Page et Kornan modifiée d’après (15)

Bien que le microbiome oral fasse partie intégrante du microbiome humain, il peut avoir
des conséquences aussi bien positives que négatives. La santé bucco-dentaire est altérée
notamment quand la proportion bactéries anaérobies / bactéries aérobies penche en faveur des
bactéries anaérobies strictes. Ce sont ces dernières (Gram - anaérobies) qui vont venir détériorer
la santé parodontale du patient et provoquer des dégâts tissulaires importants. Parmi elles, nous
retrouvons essentiellement P. Gingivalis, T. forsythia et T. denticola si l’on en croit le schéma
de Socransky (Figure 2). (16)

Figure 2 : Diagramme de représentation des relations entre les espèces bactériennes intra et
intercomplexes et représentation du complexe rouge bactérien selon Socransky modifiée d’après (16)

23
Le deuxième facteur étiologique de la parodontite sont les facteurs locaux et systémiques.
Ils vont influencer la pathogénèse et la progression de la maladie parodontale. Si le patient ne
maîtrise pas les facteurs de risques extrinsèques (e.g., tabac, stress, alimentation, diabète non
équilibrée), la maladie parodontale continuera à progresser à cause d’une réponse immuno-
inflammatoire persistante, induisant une destruction progressive des tissus de soutien de la dent.

1.6. Facteurs de risques

Les facteurs de risques de la maladie parodontale sont nombreux avec des facteurs de
risques intrinsèques au patient et extrinsèques (1,2,5) :

○ Les facteurs de risques intrinsèques, c’est-à-dire propre au patient :

• Génétique : caractère héréditaire de la parodontite,


• Âge : diminution d’une hygiène orale adéquate et vieillissement du système
immunitaire,
• Diabète : un des facteurs principaux de la parodontite (17) avec un risque de
développer une parodontite 2,5 à 4 fois plus élevé par rapport à un patient non diabétique. Un
diabète non équilibré, c’est-à-dire dont l’hémoglobine glyquée (i.e., Hb1Ac) est inférieure à
7%, a 3 fois plus de risque de provoquer une parodontite, l’hyperglycémie favorisant le
développement des foyers infectieux,
• Obésité : maladie chronique caractérisée par une inflammation chronique. Les cellules
adipeuses, dites « adipocytes », contiennent des cellules pro-inflammatoires qui risquent
d’augmenter l’inflammation parodontale,
• Carence en vitamine C ou D,
• Stress : une stimulation de l’axe HPA (hypothalamo-hypophyso-surrénalien) trop
importante augmente les risques d’inflammations. En dehors, de mauvaises habitudes peuvent
être prises en conséquence du stress (e.g., tabac, hygiène défaillante, onychophagie),
• Taux d’hormones stéroïdiens élevés,
• Troubles hématologiques (e.g., neutropénie, agranulocytose, syndrome de Cohen),
• Autres maladies systémiques (e.g., syndrome d’Ehlers-Danlos, maladie de Bowel,
VIH),
• Statut socio-économique : l’appartenance à un faible niveau socio-économique peut
avoir une influence sur la parodontite. Le patient a davantage de chances d’avoir une hygiène
24
bucco-dentaire plus négligée et d’être moins précautionneux envers sa propre santé de manière
générale (18).

○ Les facteurs de risques extrinsèques, c’est-à-dire liés à l’environnement du patient et


à son comportement. Ce sont des facteurs où l’on pourra agir :

• Tabac : facteur de risque principal de la parodontite (2,19). Un fumeur a 2,5 à 6 fois


plus de chances de développer une parodontite qu’un non-fumeur. La nicotine contenue dans
le tabac a des conséquences néfastes sur la santé bucco-dentaire. Parmi elles :
- Altération des fonctions des cellules immunitaires de type phagocytes,
- Sélection des bactéries parodonto-pathogènes,
- Interactions négatives avec le parodonte,
- Vasoconstriction avec dommages cellulaires.
La prise en charge d’un patient fumeur atteint de parodontite peut être tardive car sa
réaction inflammatoire sera limitée et le patient risque de ne pas se rendre compte qu’il est
atteint d’une maladie parodontale.
• Consommation d’alcool : autre facteur de risque,
• Alimentation : la consommation d’aliments riches en oméga 3 et vitamine D
permettent un renforcement du système immunitaire,
• Absence d’hygiène bucco-dentaire avec accumulation de plaque et de tartre,
• Prise de médicaments tels que les immunomodulateurs et les immunosuppresseurs.

1.7. Thérapeutiques

Le principal objectif du chirurgien-dentiste pour traiter une parodontite est de restaurer


l’installation d’une flore bactérienne propice à la santé parodontale. Cela passe par un
apprentissage des techniques d’hygiène bucco-dentaire au patient dans l’objectif de maîtriser
le contrôle de plaque dentaire et par conséquence, la stabilisation de la maladie parodontale (2).
Parmi ces techniques, nous avons le passage des brossettes interdentaires indispensable
à la maîtrise de l’hygiène bucco-dentaire dans sa totalité et à l’élimination de la plaque dentaire
dans la zone interdentaire. L’apprentissage de la méthode de Bass modifiée avec la brosse à
dent est une technique apprise aux patients atteints de parodontite et ayant fait ses preuves dans
la littérature (20). Elle est définie comme étant un brossage notamment sulculaire en
positionnant la tête de la brosse à dent dans une position oblique en direction apicale. Les brins
25
forment un angle de 45° avec l’axe dentaire et pénètrent dans le sillon gingivo-dentaire. La
technique de Bass modifiée implique l’apparition de mouvements dits de « rouleaux » (i.e., tête
orientée en position oblique et en direction apicale afin de nettoyer le sulcus et la surface
dentaire) de la brosse à dent pour éliminer la plaque dentaire de manière plus rigoureuse.

Le patient doit également apprendre à maîtriser les facteurs de risques extrinsèques


comme son tabagisme, son diabète, son stress et/ou son alimentation afin de réduire les chances
de récidive de la maladie parodontale (19).

Il existe deux types de thérapeutiques dont dispose le chirurgien-dentiste pour stabiliser


la maladie parodontale du patient (1,21) :
- La thérapeutique non chirurgicale avec l’élimination du tartre en supra-gingivale,
dit détartrage, et à la surface de la racine dentaire dit « surfaçage radiculaire ». Ce
dernier consiste en l’élimination du biofilm pathogénique, le tartre adhérant à la
surface radiculaire et le rétablissement d’un nouveau biofilm biologiquement
compatible à la surface. Cette thérapeutique permet de regagner un gain d’attache
des tissus mous, l’élimination des poches parodontales et la réduction de
l’inflammation parodontale sous réserve que les techniques d’hygiènes bucco-
dentaires soient respectées par le patient.
- La thérapeutique chirurgicale dans les cas plus complexes de parodontites avec
chirurgie des tissus mous (i.e., muco-gingivales), élévation de lambeau chirurgicale
pour avoir un accès en vision directe sur les surfaces radiculaires à surfacer,
utilisation de techniques de régénération parodontale par « RTG » (Régénération
Tissulaire Guidée).

S’ensuivront des phases dites de « maintenance » où le patient devra revenir environ


tous les 4-6 mois pour faire une révision de son état de santé parodontale. C’est une étape
cruciale dans le traitement parodontal visant à assurer la pérennité des résultats obtenus dans le
temps. Ces séances perdureront donc tout le long de la vie du patient, il doit en être informé au
préalable. Ces séances consistent à effectuer des sondages parodontales, des radiographies si
nécessaires, des détartrages, des surfaçages radiculaires, et/ou une rééducation du patient à
l’hygiène bucco-dentaire (21).

26
Un suivi régulier du patient se présentant à ses séances de maintenance parodontales
permet une conservation dentaire bien plus favorable avec un taux de survie dentaire compris
entre 85% et 99% (22). Carnevale et al. (2007) incluent dans leur étude 304 patients atteints de
parodontites. Ils réalisent une thérapeutique parodontale active puis un suivi de maintenance
s’étalant entre 3 et 17 ans, la moyenne de l’étude étant de 7,8 ans. Le taux de dents extraites est
d’environ 7,5% lors de la phase de thérapeutique parodontale active, les raisons principales
étant des dents parodontalement compromises avec des lésions parodontales très avancées. De
plus, les dents extraites montrent une moyenne de 76% de perte osseuse, représentant un taux
très élevé. Lors de la phase de maintenance, le taux de dents extraites est de 0,9%. Les
indications d’extractions étaient majoritairement des fractures radiculaires ou bien des récidives
de la maladie parodontale. La maintenance parodontale est en conséquence une étape clé et
indispensable à la conservation des dents restantes suite à la maladie parodontale.

Les thérapeutiques parodontales peuvent être combinées avec une antibiothérapie dite
« curative » dans des cas particuliers. Il s’agit de l’administration d’antibiotiques par voie
systémique dans l’objectif de traiter une infection parodontale (23). Selon les recommandations
de l’Afssaps 2011, le traitement de 1ère intention pour traiter une infection parodontale consiste
à administrer de l’amoxicilline 2g par jour pendant 7 jours et le traitement de 2ème intention
consiste en une association d’amoxicilline 2g par jour / métronidazole 1500mg par jour pendant
7 jours.
Selon l’EFP S3 Guideline et l’Afssaps 2011, il est contre-indiqué d’utiliser un traitement
médicamenteux uniquement en monothérapie pour traiter une maladie parodontale (23–25).
L’antibiothérapie curative ne doit jamais se substituer au traitement étiologique non
médicamenteux du foyer infectieux (e.g. détartrage, surfaçage radiculaire) L’utilisation
d’antibiotiques est recommandée en complément d’un traitement local adéquat uniquement en
fonction du risque présumé du patient de développer une infection et en fonction de la
pathologie d’origine infectieuse. A cela, nous différencions trois types de patients :
- La population générale,
- Les patients immunodéprimés,
- Les patients à haut risque d’endocardite infectieuse,
Afin de traiter certains types de maladies parodontales, une antibiothérapie curative peut
être indiquée mais ne doit en aucun cas être systématiquement proposée. L’administration
d’antibiotiques doit être étudiée lors de l’anamnèse / examen clinique.

27
Dans les cas de patients immunodéprimés ou à haut risque d’endocardite infectieuse,
une antibiothérapie dite « prophylactique » peut être indiquée dans certaines thérapeutiques
parodontales et consiste à administrer dans l’heure précédant l’acte une dose unique
d’antibiotique dans l’objectif de prévenir le développement d’une infection.

2. Étiologies de la perte de l’incisive mandibulaire

La perte d’une incisive centrale mandibulaire conduit à un édentement unitaire qui, par
définition, est considéré comme étant « l’absence d’une dent permanente sur une des arcades »
(26).
Dans la zone incisivo-canine mandibulaire, la dimension alvéolaire est très réduite, les
incisives et leur environnement immédiat ont des spécificités anatomiques particulières (i.e.,
symphyse souvent fine dans le sens vestibulo-linguale, proximité étroite des incisives
mandibulaires). C’est une zone à risque dans les cas de maladies parodontales. De nombreuses
études notamment celle de Marini et al. (2004), ont prouvé que certains sites, tels que le secteur
antérieur mandibulaire et en particulier les incisives mandibulaires étaient plus fréquemment
touchés par la maladie parodontale (27). Cette même étude estime que les incisives
mandibulaires représentent plus de 21% des sites affectés par des récessions parodontales. Les
incisives centrales mandibulaires se présentent également dans une zone où le procès alvéolaire
s’affine par rapport à ses dimensions postérieures. Nous retrouvons souvent un biotype
parodontal fin et donc fragile. Les incisives centrales mandibulaires sont plus sensibles à la
maladie parodontale (27,28). Dans ce contexte, elles sont parmi les dents les plus susceptibles
d’être perdues prématurément dans un contexte d’atteinte parodontale. Cette perte peut être
bilatérale et l’atteinte parodontale s’étend souvent à l’incisive latérale (27–29).

L’agénésie peut être une des étiologies de l’absence des incisives centrales
mandibulaires bien qu’elle soit très rare. Elle a une prévalence de 0,20 à 0,35% et 30 à 50% des
agénésies des incisives centrales mandibulaires sont bilatérales (30). Elle fait partie des
agénésies dentaires les moins fréquentes par rapport à la seconde prémolaire mandibulaire,
l’incisive latérale maxillaire et la seconde prémolaire maxillaire.

Parmi les autres étiologies possibles, l’absence d’incisive mandibulaire centrale peut
être d’origine infectieuse (e.g., extraction dû à une lésion péri-apicale récidivante ou bien une

28
lésion carieuse très étendue), d’origine congénitale (e.g., inclusion dentaire), d’origine
systémique (e.g., cancers oro-faciaux nécessitant une radiothérapie) et d’origine traumatique de
par sa position dans la sphère oro-faciale et de par son anatomie fragile (26).

3. Solutions thérapeutiques de remplacement de l’incisive


centrale mandibulaire

Le contexte de prise en charge de l’édentement unitaire en secteur antérieur constitue


un défi pour le chirurgien-dentiste aussi bien conséquent que délicat. De nos jours, l’aspect du
sourire chez les patients constitue un critère de beauté très important et ces derniers sont de plus
en plus exigeants en matière d’esthétique. Ces critères vont venir conditionner notre choix de
la meilleure thérapeutique à adopter en dentisterie esthétique. Un édentement dans la zone
incisivo-canine mandibulaire entraîne son lot de difficultés et de pièges qui doivent être étudiés
rigoureusement dans l’objectif de gérer efficacement la réhabilitation prothétique de cette zone
avec la limitation de son espace, l’encombrement, l’occlusion verrouillée, les axes radiculaires
à respecter ainsi que les volumes tissulaires et osseux réduits (31). Il existe de nombreuses
solutions thérapeutiques pour pallier à l’édentement unitaire antérieur de la zone incisive
mandibulaire (32). Parmi elles, si l’on en croit le gradient thérapeutique édité par Tirlet G et
Attal JP (Figure 3), nous avons des solutions du moins au plus mutilant, à savoir l’orthodontie,
l’implantologie, la Prothèse Amovible Partielle (i.e., PAP), le bridge collé et le bridge
conventionnel (33).

Moins Plus
mutilant mutilant

Moins Plus
mutilant
Orthodontie
mutilant
Prothèse Bridge
amovible conventionnel
avec ancrages
Prothèse périphériques
Implantologie BRIDGE
amovible COLLE
Bridge
conventionnel
Prothèse
Figure 3 : Représentation du gradient thérapeutique selon Tirlet G. et Attal
avecJP (2009) de la technique la
ancrages
amovible
moins mutilante à la plus mutilante dans le traitement de l’édentement unitaire (33)
périphériques

29
3.1. L’implantation en secteur antérieur

Bien que l’implantologie puisse constituer une solution de choix fiable ayant fait ses
preuves dans la littérature scientifique, cette technique se confronte à de nombreuses contre-
indications (34,35). L’interrogatoire et l’examen clinique du patient devront être rigoureux pour
déterminer la possibilité de réaliser un implant : son état général, sa motivation et ses capacités
financières.

La perte d’une incisive centrale mandibulaire entraîne une résorption alvéolaire plus
importante qu’au maxillaire pour des raisons anatomiques de l’arche et des contraintes
mécaniques exercées à cet endroit (36). De ce fait, les risques de problèmes esthétiques peuvent
être fréquents dans cette zone, rendant le processus d’implantation plus délicate. La zone
antérieure mandibulaire dispose d’un espace très réduit en vestibulo-lingual avec une quantité
d’os souvent faible. Le volume osseux ou tissulaire est largement insuffisant aussi bien en
hauteur qu’en épaisseur. L’implant devra être positionné dans un axe très précis en prenant en
compte les règles d’implantation générales pour répondre aux exigences esthétiques,
biologiques et fonctionnelles de la prothèse supra-implantaire (37) :
- En mésio-distal, l’implant doit respecter une distance d’1,5 mm avec une dent
adjacente et une distance de 3 mm avec un implant adjacent pour éviter un risque de
nécrose osseuse par défaut de vascularisation,
- En vestibulo-lingual, l’émergence de l’implant doit être positionnée au milieu de la
crête et doit être située à moins de 2 mm du point d’émergence vestibulaire des dents
adjacentes,
- En apico-coronaire, le col implantaire doit être enfoui à une distance comprise entre
2 à 4 mm par rapport à la ligne parallèle à la jonction amélo-cémentaire des dents
adjacentes,
- L’axe implantaire doit respecter l’axe de la crête alvéolaire où se produit
l’implantation afin d’éviter une lésion des structures anatomiques ou une perforation
de la corticale osseuse. L’utilisation d’un guide chirurgical par impression 3D
permet un bon positionnement de l’implant dans l’espace.

Les contraintes anatomiques de la zone antérieure mandibulaire peuvent poser des


difficultés supplémentaires pour la gestion de l’espace d’implantation. Il est fréquemment
nécessaire de réaliser un aménagement des tissus durs de type greffe osseuse au vu du contexte
30
anatomique de cette zone (37,38). Il peut s’agir aussi bien d’une reconstitution osseuse
simultanée à la pose de l’implant ou bien une reconstitution au préalable. Elle est souvent
associée à une gestion des tissus mous pour améliorer le résultat esthétique et fonctionnel dans
le temps. L’ajout de ces thérapeutiques rend le plan de traitement plus invasif et beaucoup plus
coûteux.

Une situation parodontale instable est peu propice à la mise en place d’un implant dans
cette zone à risque. Les patients ayant des antécédents de parodontite peuvent être prédisposés
à développer plus facilement des péri-implantites (39). Les risques d’échec d’implantation et
de complications biologiques sont plus élevés chez les patients affectés par une parodontite.
L’étiologie principale est la formation de poches péri-implantaire ayant un impact sur la flore
autour des implants, la rendant pathogène. L’étude de plusieurs revues systématiques montrent
que les patients dits « parodontaux » sont à haut risque de développer des complications
infectieuses autour de leurs implants (40). Un patient dont la parodontite n’est pas stabilisée est
donc peu favorable à l’implantation d’autant plus qu’il faut prendre en compte les impératifs
prothétiques ainsi que reproduire une émergence implanto-prothétique optimale.

3.2. La Prothèse Amovible Partielle (PAP)

La PAP constitue une solution moins onéreuse et rapide. Cependant, elle est
difficilement acceptée et supportée par les patients (41). L’amovibilité de la prothèse est un
paramètre défavorable dans le confort du patient. Les crochets inesthétiques sur les dents
supports de crochet constitue un inconvénient majeur à cette thérapeutique. Parmi ces
inconvénients s’ajoutent la difficulté à la phonation et les problèmes de rétentions que
rencontrent fréquemment la PAP.

3.3. Le bridge conventionnel dento-porté

Le bridge conventionnel, encore trop utilisé dans de nombreux cas en première


intention, ne s’inscrit pas dans le cadre d’une dentisterie moderne et conservatrice excepté dans
le cas de dents piliers déjà fortement délabrées ou encore couronnées (32). Les préparations
périphériques nécessaires à ce type de prothèse fixée éliminent de 63 à 70% de substances
dentaires sur une dent saine (42) et augmentent les chances de nécrose pulpaire.

31
3.4. L’orthodontie

L’orthodontie peut constituer une solution pour la fermeture d’espaces dans le cas d’un
édentement unitaire ou bien pour l’ouverture des espaces afin d’agrandir l’espace disponible
pour des thérapeutiques de restaurations prothétiques le nécessitant. Néanmoins, la fermeture
risque de provoquer des dysfonctions occlusales et l’âge du patient est à prendre en compte.
Également, des remaniements osseux important sont à noter en antérieur et la fermeture
d’espace peut conditionner le pronostic des dents bordant l’édentement.

3.5. Le bridge collé cantilever céramique

Le bridge collé cantilever céramique constitue une technique de choix en pleine


évolution lorsqu’il est question de remplacer une dent antérieure. Elle est une alternative fiable
et pérenne à l’implantologie antérieur (43). Il s’agit d’une prothèse fixée à l’aide d’une ailette
positionnée en palatin/lingual d’une dent support. Cette ailette est reliée à l’aide d’une
connexion mécaniquement stable à l’intermédiaire prothétique remplaçant la dent absente que
l’on appelle « pontique ».

3.5.1. Historique et évolution du design du bridge collé cantilever

S’inspirant des travaux de Buonocore en 1955 avec le mordançage de l’émail et le


développement des techniques adhésives sur le tissu dentaire (44), Rochette a développé le
premier bridge collé en 1972 (45). Ce bridge se composait d’un intermédiaire en céramique et
d’une ailette perforée métallique se collant sur la face palatine/linguale des dents adjacentes.
Les ailettes et intermédiaires étaient reliés par une zone de connexion. L’indication principale
énoncée par Rochette était le remplacement de l’édentement antérieur unitaire sur parodonte
affaiblie tout en respectant l’économie tissulaire par rapport à un bridge traditionnel. La
rétention pouvait être améliorée en mettant en place un composite fluide remplissant les pores
de l’ailette métallique et créer une macro-rétentions par clavetage, ce qui reste une technique
minimalement invasive. Ce type de bridge collé constitue une alternative très intéressante à
l’implantologie dans des cas très variés (43). Dans la littérature elle a trouvé notamment
beaucoup d’indications dans les cas d’agénésies maxillaires, des traumatismes et souvent
effectuée chez une population jeune (46). Elle est utilisée également chez une population plus
32
âgée dans les cadres de problèmes parodontaux et carieux, étant des problèmes plus fréquents
chez cette population. Son design a beaucoup évolué avec au départ un intermédiaire
prothétique et de deux ailettes perforées en infrastructure métallique. Il a été revisité avec le
bridge collé Maryland de Livaditis et Thomson en 1982 (47) avec le collage des ailettes pleines
métalliques uniquement par liaison électrochimique émail/métal, supprimant ainsi les
perforations des ailettes ayant pour fonction la macro-rétention par clavetage. Cependant, bien
que présentant des taux de survie corrects, un des échecs principaux du bridge collé les plus
fréquents est le décollement partiel d’une des ailettes métallique en raison d’une difficulté
d’adhésion métal/émail (48,49). En conséquence, ce décollement aboutit à l’apparition d’une
carie secondaire se formant en-dessous de l’artifice prothétique et passant souvent inaperçue
aux yeux du patients (50). En plus du décollement, une des raisons expliquant les échecs du
bridge collé à double ailette était le mouvement différentiel des dents supports lors des
mouvements occlusaux quotidiens, notamment les forces de cisaillement (50,51). Ces forces
s’exerçant dans des axes différents sur des dents supports d’ailettes au cours de la fonction avec
une mobilité différente, un stress mécanique supplémentaire vient s’ajouter sur l’interface
prothétique, le risque de décollement unilatéral est augmenté.

C’est alors que le concept du « porte à faux », appelé bridge collé « cantilever » a été
vite introduit lorsque des auteurs se sont rendus compte que l’utilisation d’une seule ailette au
lieu de deux dans le bridge collé diminuait significativement les risques de décollement
notamment dans l’étude de Hussey et Linden en 1996 (52). 112 patients ont été inclus dans
l’étude et ont reçu 142 bridges collés cantilever céramo-métalliques dont 116 au maxillaire et
26 en mandibulaire. Un taux de survie de 94% a été rapporté sur 3 ans et le taux de succès est
de 88%, le décollement étant le principal échec. De nombreuses études par la suite ont été
menées montrant une longévité bien plus élevée des bridges collés à une ailette par rapport aux
bridges collés à deux ailettes dans la région antérieure (50,53–55) validant l’étude d’Hussey et
Linden de 1996.

Le bridge collé tout-céramique est apparu dans les années 90 grâce aux travaux de
Matthias Kern en 1997 (56) non seulement pour améliorer les valeurs d’adhésion entre l’ailette
et la dent, mais aussi pour améliorer l’esthétisme de la prothèse grâce aux propriétés optiques
de la céramique supérieure à celles du métal. La composition métallique du bridge collé pouvait
provoquer des colorations disgracieuses visibles par transparence ou dans les embrasures
dentaires, posant un problème esthétique si le bridge collé était utilisé en secteur antérieur
33
(49,51). De plus, la faible rétention du métal nécessite une préparation dentaire supplémentaire
afin de résister aux forces de flexion ou de torsion vers les limites de l’ailette, ce qui va à
l’encontre d’une dentisterie minimalement invasive. Kern a subtilisé donc le métal pour
plusieurs types de céramiques : la céramique alumineuse infiltrée In Ceram (57) ainsi que par
la zircone (58).

Avec l’évolution du matériau d’infrastructure ainsi que l’évolution d’un design axé sur
l’utilisation d’une seule ailette, le bridge collé cantilever céramique n’a cessé d’évoluer et de
faire preuve d’une étonnante longévité. En 1991, Creugers et Van’t Hof ont rapporté un taux
d’échec de 6% pour les bridges collés cantilever mono-ailette céramo-métalliques tandis que
les bridges collés à doubles ailettes ont rapporté un taux d’échec de 16% (59). Kern a effectué
une étude en 2011 comparant les bridges collés mono-ailette et les bridges collés à deux ailettes
(60). Le taux de succès rapporté entre 5 et 10 ans pour le bridge mono-ailette était de 92,0% et
le taux de survie était de 98,2%. Concernant les bridges conventionnels à deux ailettes de part
et d’autre du pontique, le taux de succès rapporté dans la même durée était de 67,3% tandis que
le taux de survie était de 73,9% (60). Ces résultats sont rapportés aussi bien au niveau maxillaire
qu’au niveau mandibulaire (53). Enfin, Botelho et al. (2016) ont réalisé une étude s’étalant sur
18 ans, la totalité des bridges collés cantilever ont survécu en l’absence de complication tandis
que seulement 50% des bridges collés avec deux ailettes ont survécu (50).

En 2009, la vitrocéramique renforcée au disilicate de lithium a été proposée dans


l’infrastructure des bridges collés cantilever par Tirlet G. et Attal JP. L’objectif est de proposer
un matériau ayant des propriétés optiques et une aptitude au collage très élevées. Ils ont publié
une étude en 2015 sur ce matériau après plusieurs années de recherches et ont validé leur
utilisation dans cette technique (43,61). Sailer et al. (2013) ont rapporté un taux de survie de
100% sur 6 ans sur l’utilisation de 35 bridges collés cantilever antérieur et postérieur avec une
armature en vitrocéramique renforcée (62). Cette étude ne rapporte pas de complications de
type décollement sur ces 35 bridges collés cantilever, démontrant une adhésion bien plus élevée
entre la céramique et l’organe dentaire par rapport à l’adhésion entre une armature métal – dent.

Ces nombreuses études dans le temps valident la géométrie d’un design en porte-à-faux,
quel que soit le matériau d’infrastructure employé. Cette technique a connu une véritable
expansion (figure 4) jusqu’à devenir part intégrante de notre pratique en étant approuvée par la

34
Haute Autorité de Santé (HAS) en 2016. Depuis 2018, elle est inscrite à la Classifications
Communes aux Actes Médicaux (CCAM) pour remplacer une édentement unitaire (63).

BUONOCORE (1955)
Développement des techniques
adhésives (mordançage de l’émail) 1955
BUONOCORE (1955)
ROCHETTE (1972)
Développement des techniques
1955 Développement du premier bridge
adhésives (mordançage
LIVADITIS de l’émail)
ET THOMSON 1972 collé à deux ailettes métalliques
(1982)
Développement du bridge collé ROCHETTE (1972)
« Maryland » avec rétention par 1972 Développement du premier bridge
traitement électrochimique 1982 collé à deux ailettes
CREUGERS ETmétalliques
VAN’T
HOFF (1991)
LIVADITIS ET THOMSON Etude réalisée avec 6% d’échecs
(1982) (1996)
HUSSEY ET LINDEN 1982 sur les bridges collé mono-
Développement ducéramo-
bridge collé 1991 ailettes
142 bridges collés
«métalliques
Maryland »réalisés
avec rétention
: 6% par
traitement
d’échecsélectrochimique
en 3 ans CREUGERS ET VAN’T
1991 KERN (1997)
HOFF (1991)
1996
HUSSEY ET LINDEN (1996) Etude réalisée avec armatures
Introduction des 6% d’échecs
142 bridges collés céramo- céramo-céramiques
sur les bridges collédans les
mono-
métalliques
TIRLET ETréalisés
ATTAL : 6%
(2009) 1997 bridges collés cantilever
ailettes
1996
d’échecs des
Introduction en 3armatures
ans en
vitrocéramique renforcée au 1997 KERN (1997)
disilicate de lithium dans les bridges Introduction
KERN ET SASSEdes armatures
(2011)
collés cantilever céramo-céramiques
Taux dans
de succès pour 42 les
bridges
2009 bridges collés cantilever
collés cantilevers antérieurs en
TIRLET ETETATTAL (2009) InCeram de 94,4% en 10 ans
BOTELHO AL. (2016)
Introduction des armatures
Taux de survie de 100% des bridges en 2011
2009
vitrocéramique renforcée au KERN ET SASSE (2011)
collés cantilever sur 18 ans et de Taux de succès pour 42 bridges
disilicate
50% pourdeleslithium
bridgesdans les àbridges
collés deux 2011
collés cantilever 2016 collés cantilevers antérieurs en
ailettes conventionnels InCeram de 94,4% en 10 ans
Validation du bridge collé 2016 CCAM (2018)
cantilever par la HAS (2016) 2018 Inscription du bridge collé
cantilever
2018
BOTELHO ET AL. (2016)
Taux de survie de 100% des bridges
collés cantilever
Figure 4: Frisesur 18 ans et de retraçant l’historique principale du bridge collé mono-ailette.
chronologique
50% pour les bridges
Réalisé collés
à l’aideà deux
des outils du logiciel de traitement de texte Word (2023)
ailettes conventionnels

Validation du bridge collé


cantilever par la HAS (2016)

35
3.5.2. Indications et contre-indications du bridge collé cantilever en secteur antérieur

Le bridge collé cantilever en céramique peut être indiqué dans des situations très
variées (64,65) :
- Il peut être mis en place aussi bien chez le jeune adolescent que chez un patient âgé.
Chez le jeune patient, il peut être une alternative très intéressante à
l’implantologie pour restaurer un édentement antérieur unitaire, la chirurgie
implantaire étant contre-indiquée avant les 25 ans du patient en raison d’une
croissance faciale encore résiduelle pouvant aboutir à une infra-position inesthétique
de l’implant (66),
- Lorsque des contre-indications propres au patient, que ce soit son état général
(i.e., pathologies, allergies à un biomatériau, psychiatrique), ou ses capacités
financières, contre-indiquent une chirurgie implantaire, le bridge collé cantilever
constitue une solution d’usage intéressante (34,35),
- Un édentement unitaire antérieur de faible étendue peut être restauré par un
bridge collé cantilever.

Bien que disposant d’une palette d’applications variée, il est nécessaire d’évaluer
certains facteurs lors de l’anamnèse / examen clinique capable de valider ou de contre-indiquer
le bridge collé cantilever (64,65,67) :
- Une hygiène bucco-dentaire irréprochable doit être respectée pour éviter de
compromettre la longévité de la prothèse,
- L’évaluation de la dent support est primordiale (68). Elle doit offrir une surface
d’émail suffisamment importante pour permettre un collage optimal. Un défaut
d’émail peut compromettre la mise en place du bridge collé cantilever. Le rapport
couronne/racine doit être supérieur ou égal à 2/3 et le délabrement de la dent
initialement doit être très faible,
- Un des facteurs les plus importants qui conditionnera l’utilisation du bridge collé
cantilever est l’occlusion du patient (69,70). Une sollicitation trop importante du
joint prothétique lors de la fonction, aussi bien en statique (i.e., en Occlusion
d’Intercuspidie Maximale ou « OIM ») qu’en dynamique (i.e., propulsion,
diduction) risque de provoquer une rupture du joint de collage ou une fracture de
l’armature, surtout au niveau de la zone de connexion au pontique prothétique. Les
patients en situation de supraclusion (i.e., recouvrement incisif important) ou en
36
classe II.2 (i.e., palatoversion des incisives centrales) présentent une contre-
indication relative à la pose d’un bridge collé cantilever. A l’inverse, les patients en
situation de surplomb augmenté, en classe I canine ou en béance sont favorables. Il
est donc important de bien prendre en compte le facteur occlusal lors de l’examen
clinique et veiller à ce que l’occlusion soit équilibrée en statique et de décharger le
plus possible le pontique en occlusion dynamique,
- Des antécédents de trauma occlusal (i.e., lésion entraînant des modifications au
niveau des tissus de soutien de la dent lorsque la force occlusale dépasse la capacité
d’adaptation du parodonte (71)) peuvent contre-indiquer la mise en place du bridge
collé cantilever,
- Certaines parafonctions comme l’onychophagie ou le bruxisme doivent être prise
en compte avant la réalisation d’un bridge collé cantilever (63). Ces parafonctions
peuvent provoquer une surcharge occlusale et donc un échec thérapeutique de la
prothèse.

3.5.3. Avantages du bridge collé cantilever en secteur antérieur

Le bridge collé cantilever présente de nombreux avantages largement décrits dans la


littérature (43). Déjà évoqué auparavant en tant qu’alternative de choix à l’implantologie et
comme solution d’usage (43,72), c’est une technique minimalement invasive qui diminue le
risque de traumatisme pulpaire par rapport à la réalisation d’un bridge conventionnel (42).

Botelho et al. (2016) montrent que les patients ayant reçu un bridge collé cantilever
présentaient moins de contraintes fonctionnelles par rapport aux patients ayant reçu des bridges
conventionnels (50). Il est noté que statistiquement le bridge collé cantilever permet un meilleur
accès à l’hygiène avec le passage des instruments d’hygiène bien plus facilité sous le pontique
en extension (i.e., fil dentaire et brossettes interdentaires), est mieux accepté
psychologiquement, provoque moins de douleurs et induit moins de contraintes mécaniques.

En plus de la préservation tissulaire, le bridge collé cantilever présente l’avantage


majeur d’être mise en œuvre rapidement, ce qui améliore le confort du patient ainsi que sa
satisfaction (50).

37
3.6. La contention collée parodontale dans le remplacement d’un
édentement antérieur

3.6.1. Définition et intérêt de la contention collée en parodontologie

Par définition, la contention collée en fibre de verre en parodontologie est un dispositif


destiné à maintenir les dents présentant des mobilités et de les maintenir sur une arcade dentaire
le plus longtemps possible (73,74).

Dans le cas de maladies parodontales avancées, un traitement par un assainissement


parodontal chirurgical ou non-chirurgical est nécessaire ainsi que le respect d’une maintenance
régulière par le patient et praticien. Cependant, certaines dents peuvent présenter des mobilités
résiduelles même après une thérapeutique parodontale du fait d’une destruction avancée des
tissus de soutien de la dent. Une stabilisation par le biais d’un dispositif afin de cicatriser le
système parodontal du patient est donc souvent nécessaire (74,75). Il existe la solution de la
contention collée qui reste une technique adéquate pour stabiliser les dents présentant des
mobilités résiduelles, induire une guérison du système d’attache parodontale tout en respectant
un cahier des charges spécifique à ce type de restauration (76).

De nombreux types de contentions parodontales existent, que ce soit en métal, en


céramique ou en résine composite (73). Il est important de noter que la littérature reste peu
fournie dans le cadre de réhabilitation bucco-dentaire de l’incisive centrale mandibulaire par le
biais d’une contention parodontale dans un contexte de parodonte compromis.

Un traitement parodontal peut nécessiter l’extraction d’une dent compromise pour des
raisons de mobilité, de douleurs ou d’infection. Dans ce cas l’un des grands avantages de la
contention collée en fibres de verre est la possibilité d’inclure une dent artificielle prothétique
en résine composite renforcée en fibre de verre ou même la dent naturelle extraite (77). Le
patient retrouvera grâce à cette contention collée un certain esthétisme de sourire tout en
permettant la cicatrisation des tissus de soutien de la dent.

38
3.6.2. Indications et contre-indications de la contention dans le cas d’édentement

La contention collée en fibre de verre dans le but de remplacer une dent peut être
indiquée dans plusieurs situations comme les cas d’agénésies. L’incisive mandibulaire centrale
mandibulaire a une prévalence d’agénésie de 0,2 à 0,35% sachant que ce type d’agénésie est le
plus souvent bilatérale dans 30 à 50% des cas (30).
Le traumatisme dentaire constitue également une indication fréquente de la contention
collée comme dans le cas d’expulsion totale de l’organe dentaire, lors de fracture ou bien lors
d’extractions (78,79)

Elle peut être utilisée comme solutions thérapeutiques pour pallier à un édentement
unitaire notamment en antérieur en lieu et place à d’autres traitements (32,33) : la prothèse
amovible partielle, le bridge périphérique conventionnel, la solution implantaire, l’orthodontie
et le bridge collé.

En orthodontie, l’indication de la contention collée peut être posée dans les cas
d’ouverture en cours si l’édentement concerne un secteur esthétique. Avec une adjonction d’une
dent en résine composite, la contention collée répond à un besoin esthétique et fonctionnelle
dans ce type de situation (80).

Les fonctions occlusales ainsi que l’espace disponible en bouche doivent être étudiés
avant de poser l’indication d’une contention collée avec adjonction dentaire (79). Une
équilibration occlusale peut être nécessaire pour répartir et équilibrer la charge occlusale au
repos et à la mastication sur la dent ajoutée. Des forces occlusales excessives ou une prise en
charge instable de l’occlusion augmentent les risques de fracture de la contention et altèreraient
fortement son rôle dans l’environnement bucco-dentaire.

Le patient doit bénéficier également d’un support parodontal sain même s’il est réduit
(81,82). Même si les signes inflammatoires de la parodontite disparaissent, il peut subsister une
mobilité exacerbée de certaines dents, des interférences occlusales avec des dents mobiles lors
de la mastication et donc induire des risques d’aggravation de ces mobilités (83). La contention
collée doit donc permettre la stabilisation des fonctions occlusales du patient tout en permettant
un accès à l’hygiène aussi bien pour le patient (i.e., passage des brossettes interdentaires) que
pour le praticien (i.e., maintenance parodontale).
39
Parmi les contre-indications de cette technique (76), il est important de noter qu’une
mauvaise hygiène bucco-dentaire et un RCI (i.e., Risque Carieux Individuel) élevé contre-
indiquent ce type de traitement où le contrôle de plaque doit être irréprochable. Une mobilité
de l’ensemble des dents incluses dans la contention doit nous faire envisager une autre
thérapeutique au risque de provoquer une réaction inflammatoire du système parodontal.
D’autres paramètres propres à la dent constituent un frein comme une mauvaise qualité d’émail,
la présence de restaurations trop importantes ou trop étendues. Enfin, la présence de diastèmes,
l’espace disponible réduit, la présence de lésions d’usures sévères contre-indiquent la mise en
place d’une contention collée parodontale.

3.6.3. Cahier des charges de la contention collée en parodontologie dans le cas


d’édentements

La contention collée en parodontologie a plusieurs objectifs principaux pour pallier


efficacement un édentement unitaire (73,76,84) :
- Permettre la cicatrisation des tissus de soutien de la dent mobile,
- Stabiliser les dents mobiles afin de restaurer le bien-être physique et mental du
patient,
- Stopper la progression de la mobilité dentaire en supprimant les dysfonctions
occlusales et parodontales pouvant entraver le confort et la fonction du patient,
- La dent incluse dans la contention collée doit pouvoir supporter les charges
occlusales auxquelles elle est soumise et doit ménager un espace disponible pour les
mouvements propulsifs et de diduction,
- Permettre la réalisation des traitements parodontaux par le chirurgien-dentiste
comme le surfaçage des racines sans entraver les instruments,
- Donner un accès facilité aux instruments d’hygiène bucco-dentaire par le patient
comme la brosse à dent sur les faces linguales ou le passage des brossettes
interdentaires, élément indispensable au contrôle de l’hygiène interdentaire et au
maintien d’un parodonte sain.

3.6.4. Avantages et inconvénients de la contention collée dans le cas d’édentement

La contention collée présente l’avantage majeur de pouvoir pallier un édentement


unitaire. En étant solidarisé aux dents adjacentes, la contention collée peut remplacer une dent
40
aussi bien en antérieur qu’en postérieur. Cette technique présente de nombreux avantages
(78,84,85).

Il s’agit d’une technique non invasive et n’induit pas de mutilation tissulaire, la


préparation des dents supports n’est pas nécessaire contrairement à d’autres thérapeutiques
comme le bridge fixe conventionnel.

Au niveau du parodonte, une étude de Kumbuloglu et al. (2011) montre l’excellente


réponse parodontale après la mise en place d’une contention collée dans le secteur antérieur
mandibulaire de canine à canine sur un suivi de 4,5 ans (79). Les dents présentant des mobilités
dentaires ont vu une réduction des profondeurs de poches parodontales ainsi qu’un gain
d’attache significatif. La contention collée permet donc une amélioration notable de
l’environnement parodontale.

Les matériaux employés sont biocompatibles et la réparation de la contention en cas de


fracture reste possible. En effet, le taux de réparation de la contention est très élevé comme
démontrée dans l’étude de Vallitu et al. (2017) où sur une période de 42 mois, ce taux était de
93% (86). Le fait que cette technique puisse être réalisée en une seule séance au fauteuil
constitue un avantage conséquent aussi bien pour le praticien que pour le patient (77,87).

Enfin, il est rapporté que la contention collée peut faire preuve d’un certain esthétisme
dans le cas de cicatrisation inesthétique des tissus mous et d’embrasures disgracieuses (85).
L’ajout de composite esthétique sur la contention collée permet de recréer des embrasures et de
reproduire dans certains cas l’émergence naturelle de la dent, harmonisant le sourire du patient
tout en solidarisant les dents mobiles. Il s’agit donc d’une excellente alternative à moyen terme
pour pallier à un édentement unitaire avec de bons taux de survies à 4,8 ans majoritairement et
a fait ses preuves dans la littérature (88–91). Le remplacement d’une incisive par le biais d’une
contention collée présente d’excellents résultats à moyen terme.

Cependant des complications peuvent apparaître dans les contentions collées avec des
réinterventions souvent nécessaire (i.e., décollement, fracture au niveau du pontique), avec ou
sans adjonction de dents (87,90,92). Il s’agit là de la principale complication de la contention
collée parodontale. Même si cette technique a fait ses preuves, l’esthétisme peut rester un peu
plus sommaire par rapport à d’autres techniques et l’accès à l’hygiène peut être fastidieuse
41
(88,92). Il est à noter qu’une hygiène bucco-dentaire doit être irréprochable et que le patient
doit impérativement se présenter à ses rendez-vous de maintenance parodontales (93). A défaut,
un risque de rétention de plaque dentaire majoré se présentera et donc augmente les risques de
développer une maladie parodontale ou de l’aggraver si elle est déjà présente.

3.6.5. Utilisation du bridge collé cantilever en tant que contention parodontale et


introduction au cas clinique

L’une des applications de la contention collée parodontale est leur usage en tant que
bridge collé conventionnel. En venant s’appuyer sur la surface linguale amélaire des dents
supports préalablement préparée selon des critères de préparations strictes, le bridge collé
conventionnel vient remplacer l’édentement unitaire antérieur. Cette technique répond au cahier
des charges que doit remplir une contention collé parodontale tout en améliorant les propriétés
mécaniques, esthétiques et fonctionnelles de la prothèse.

La longévité de la contention collée dans le remplacement de la dent unitaire en tant que


bridge collé conventionnel est très intéressante pour du court à moyen terme notamment en
antérieur et constitue donc une bonne alternative à d’autres solutions thérapeutiques (88). Il
existe des descriptions de bridges collés en tant que contention parodontale dans le
remplacement de la dent unitaire en secteur antérieur dans la littérature. En revanche la
documentation reste très pauvre dans la description de cette même technique avec le design
cantilever.

Dans un contexte de maladie parodontale, comme suscité il nous faut souvent stabiliser
le bloc incisivo-canin antérieur pour limiter le plus possible les mobilités et permettre la
cicatrisation du parodonte déjà affaibli. Cependant, lorsque nous sommes confrontés à deux
édentements adjacents, il reste difficile d’évaluer l’efficacité du bridge collé cantilever dans ce
type de situation. La littérature scientifique à ce sujet reste peu fournie notamment dans le
secteur mandibulaire bien qu’elle donne des résultats similaires par rapport au maxillaire (53).

Les études autour de la contention collée s’accordent sur les problèmes que peuvent
poser les contentions collées : l’accessibilité de l’hygiène et des risques de
fractures/décollements trop fréquents.

42
Le cas clinique présenté illustre un cas de parodontite localisée dans le secteur incisivo-
canin mandibulaire avec une 31 et 41 compromises. L’implantologie dans ce type de cas se
confronte à de nombreuses contre-indications propres au cas (e.g., antécédents médicaux,
contexte financier) et également propre à la situation bucco-dentaire (e.g., parodonte non
stabilisé, espace disponible très réduit, volume de tissu mous et tissus durs insuffisant). Le
recours à une contention collée 3-3 dans ce contexte, en plus des complications précédemment
citées, s’expose à une difficulté majeure : le remplacement de deux dents. L’utilisation de deux
bridges collés mono-ailette dans le remplacement de 31 et 41 s’expose là encore à une difficulté,
celle du faible support adjacent à savoir 32 et 42. Nous proposons deux bridges collés cantilever
deux ailettes dans la gestion de cet édentement mandibulaire (33-32-extension 31 ; 43-42-
extension 41).

La conservation du porte-à-faux limitera les fractures au niveau des zones de connexion


et l’appui sur la canine permettra une contention de l’incisive latérale au parodonte affaibli.
Cette solution prothétique a deux objectifs :
- Rétablir l’esthétique mandibulaire de la patiente,
- Stabiliser l’atteinte parodontale de l’incisive latérale en facilitant l’accès à l’hygiène
et espérer recouvrer un gain d’attache parodontale.

L’idée est également d’utiliser la bonne longévité du bridge collé cantilever pour
proposer une solution à long terme d’un nouveau type de contention, là où ces dernières peuvent
présenter une longévité encore trop peu étudiée à long terme et souvent utilisée en
« provisoire ». Nous allons décrire dans cette thèse les étapes de ce cas clinique tout en ayant
suivi les recommandations CARE que nous avons adaptées dans le cadre de l’exercice de l’art
dentaire (94).

43
PARTIE 2 - CAS CLINIQUE : LE CANTILEVER COLLÉ EN
CONTENTION PARODONTALE

Avant d'entamer la consultation prothétique, la patiente a préalablement suivi une


thérapie d'assainissement parodontal. Cette démarche était nécessaire en raison de la maladie
parodontale localisée dans le secteur antérieur mandibulaire, conduisant à l'extraction des dents
31 et 41. Les antécédents médicaux de la patiente, la perte osseuse constatée, les symptômes
cliniques associés, ainsi que la présence de foyers infectieux ont motivé la décision
d'extractions.

La contention réalisée initialement s'est révélée défectueuse en raison de difficultés


d'hygiène liées à des conditions d'accès difficiles, entraînant une rétention de plaque accrue. La
patiente exprimait également le désir d'opter pour une solution à la fois plus esthétique et
fonctionnelle. La consultation prothétique est donc sollicitée pour avis.

Il est important de noter que la thérapeutique parodontale a été mise en œuvre


préalablement à cette prise en charge exclusivement prothétique. Dans ce contexte clinique
particulier, notre attention se portera principalement sur la démarche ayant conduit à la
réalisation du bridge collé cantilever en tant que mesure de contention parodontale, ainsi que
sur les étapes prothétiques associées.

1. Contexte

Madame G., âgée de 35 ans, est adressée initialement dans le service de médecine
bucco-dentaire de l’hôpital Xavier Arnozan de Bordeaux par le service de médecine interne
pour prise en charge bucco-dentaire. Elle souhaite une réhabilitation bucco-dentaire
fonctionnelle et esthétique du fait d’une mobilité terminale de ses incisives centrales
mandibulaires 31 et 41 dans un contexte de maladie parodontale localisée.

44
2. Anamnèse

L’interrogatoire révèle que la patiente présente de multiples antécédents médicaux dont


le Virus de l’Immunodéficience Humaine (VIH) traitée (i.e., charge virale nulle) et une
sclérodermie systémique avec atteinte neurologique, cardiaque, digestive et rénale. Elle
présente également de l’hypertension artérielle (HTA), des problèmes d’insuffisance rénale
(i.e., néphropathie hypertensive) ayant nécessité une dialyse. Elle est non fumeuse et ne
consomme aucune substance psychotrope. Plusieurs traitements en cours concernant le VIH,
l’HTA et la sclérodermie sont présents. Le motif de consultation se porte sur la gêne ressentie
au niveau du bloc antérieur mandibulaire. La patiente fait part de son souhait de recourir à une
solution fixe.

3. Données recueillies et démarche diagnostique

Selon les données recueillies au CHU de Bordeaux, il a été objectivé une inflammation
localisée au niveau des incisives mandibulaires de niveau 2 (i.e., inflammation modérée avec
un saignement léger au sondage et à la pression) d’après l’indice d’inflammation gingivale de
Silness et Loe (95). La présence de plaque dentaire/tartre était majorée en interdentaire, la perte
d’attache interproximale est de type 3 selon la classification de Cairo de type 3 (RT3) (96), elle
est supérieure à la perte d’attache vestibulaire au sondage . La mobilité de 31 et 41 était de
niveau 3 selon la classification des mobilités dentaires de Mülherman (97) tandis que les
incisives latérales mandibulaires 32 et 42 présentent une mobilité de niveau 2 et ont un support
parodontal affaibli.

Le brossage dentaire de la patiente restait irrégulier et l’hygiène en interdentaire n’était


pas respectée. Une motivation à l’hygiène ainsi qu’un apprentissage des méthodes de brossage
ont été entrepris. En plus de la maladie parodontale, il a été détecté :
- La présence d’une lésion carieuse en occlusale de 37 et deux caries jumelles sur 11 et
21,
- Des lésions cervicales d’usure de type abrasion sur 14, 23, 24, 33, 34, 35, 43, 44 et 45,
- Des récessions gingivales de classe 3 de Cairo avec des pertes d’attaches
interproximales dans le secteur mandibulaire et maxillaire,
- Une limitation d’ouverture buccale liée à la sclérodermie,

45
- Une sensibilité dentinaire généralisée au froid (rare mais +/- douloureux au contact du
froid)

Les incisives mandibulaires centrales 31 et 41 de la patiente étaient en situation de


mobilité terminale due à une maladie parodontale localisée dans le secteur antérieur
mandibulaire. Des liserés radio-claires entourant les apex de ces deux dents sont visibles sur la
radiographie rétro-alvéolaire effectuée lors de l’examen radiographique (Figure 5) et leur
rapport racine/couronne clinique était insatisfaisant. Une prise en charge bucco-dentaire globale
a donc été entreprise, le focus sera fait sur la prise en charge du bloc antérieur mandibulaire.

Figure 5 : Situation initiale. Rétro-alvéolaire À


T0.

4. Proposition thérapeutique

Le plan de traitement a débuté dans un premier temps avec l’extraction de 31 et 41. Un


protocole d’avulsion simple a été réalisé. Le jour de l’extraction, une contention avec les 31 et
41, à la suite d’une décoronation, a été réalisée en temporisation avec solidarisation des dents
extraites 31 / 41 aux incisives latérales (i.e., 32 et 42) et canines mandibulaires (i.e., 33 et 43).
Le plan de traitement prévoyait la stabilisation de la maladie parodontale de la patiente et
également le traitement des caries.

Considérant la demande prothétique fixe de la patiente, la PAP n’est pas envisagée aussi
bien en provisoire que d’usage.

46
À la suite d’un avis implantaire, les paramètres osseux et gingivales ne remplissent pas
le cahier des charges à une restauration implantaire. La quantité d’os disponible dans la région
antérieure mandibulaire en vestibulo-linguale est insuffisante et nécessiterait inévitablement
une reconstitution osseuse guidée (ROG) pour mettre en place un ou deux implants.

À cela s’ajoute le contexte médical de la patiente atteinte de plusieurs pathologies, des


chirurgies aussi lourdes telles que des reconstitutions par greffe osseuse et la mise en place de
deux implants augmentent les risques d’échec d’intégration implantaire dans la région
antérieure mandibulaire. Également, les antécédents parodontaux de la patiente ne sont pas en
faveur d’une thérapeutique implantaire.

Le bridge collé conventionnel avec une ailette de part et d’autre des pontiques ne peut
être envisagé compte-tenu de la fragilité parodontale des dents 32 et 42 bordant l’édentement.
En revanche, l’analyse occlusale est favorable quant à l’intégration d’un bridge collé cantilever.
Le quasi-bout-à-bout incisif conditionne un guide antérieur extrêmement faible avec, en
propulsion, une prise en charge des bords libres distaux des incisives centrales et de 22. En
diduction, on objective une fonction de groupe sans prise en charge canine. L’absence de
recouvrement est un paramètre intéressant pour un bridge collé, limitant les contacts sur les
pontiques.

La décision s’est donc portée sur la réalisation de deux bridges collés cantilever double-
ailette (i.e., 33-32-extension 31 ; 43-42-extension 41) en vitrocéramique renforcée et en
technique « no prep ». En effet, les dents supports n’ont pas été préparées dans un souhait de
conservation tissulaire maximum. L’ailette épousera l’anatomie naturelle de la face linguale
des dents supports avec une assise cingulaire. L’utilisation de la vitrocéramique renforcée va
permettre d’allier esthétisme et fonctionnalité grâce à la grande aptitude au collage de ce
matériau.

5. Étapes cliniques

Dans un premier temps, des conseils d’hygiène bucco-dentaire sont à nouveau prodigués
avec le rappel d’un brossage biquotidien et le passage indispensable des brossettes

47
interdentaires pour continuer à stabiliser l’environnement parodontal du bloc antérieur incisivo-
canin mandibulaire ainsi qu’un détartrage minutieux de toutes les surfaces dentaires. Les soins
carieux des caries jumelles sur 11 et 21 ainsi que la carie occlusale sur 37 sont soignées à l’aide
d’une résine composite classique.

5.1. Séance n°1

Après dépose de la contention (post-op extraction + 1 mois), la situation des tissus mous
est désormais favorable à la réalisation de la prothèse fixe définitive. Le sondage parodontal
initial des incisives latérales 32 et 42 est d’environ 3 mm, sans saignement des poches. La
radiographie rétro-alvéolaire de contrôle montre une bonne cicatrisation osseuse et l’absence
de signes infectieux (Figure 6). Les surfaces linguales sont soigneusement nettoyées, tout résidu
de composite est éliminé et les surfaces amenées à recevoir les futures ailettes sont sablées
(Figure 7, 8, 9 et 10).

Figure 6 : Radiographie rétro-alvéolaire de contrôle post-


extraction à T0 +1 mois.

Figure 7 : Situation exobuccale post-extraction à +1 mois (crédit photo : Dr Massé Léa) 48


Figure 8: Vue du sourire à +1 mois (crédit photo : Dr Massé Léa)

Figure 9 : Vue endobuccal à +1 mois après dépose de la contention de temporisation (crédit photo : Dr
Massé Léa)

Figure 10 : Situation post extraction en vue occlusale à +1 mois. Nous noterons la finesse de la crête
dans le sens vestibulo-lingual (crédit photo : Dr Massé Léa) 49
L’émail aprismatique, pouvant compromettre la potentialisation du collage, est éliminé
grâce au sablage (i.e., poudre d’alumine 50 µm). Avant prise d’empreinte en technique double-
mélange en mandibulaire et un alginate simple pour le maxillaire pour étudier les rapports
occlusaux, des photographies sont prises pour compléter les données à envoyer au prothésiste
(e.g., prise de couleur, (Figure 11)). Les teintes choisies à l’aide du teintier VitaMaster® sont
du 3M2 au niveau du bord libre, du 3M2 au niveau du collet et du 3M3 au niveau de la racine
avec ajout de saturation.

Des extensions des pontiques qui correspondront à une partie factice radiculaire sont
demandées pour recréer une émergence naturelle et respecter l’alignement avec les récessions
gingivales présentes sur les dents adjacentes. Les selles des pontiques seront contra-muqueuses,
aucun aménagement muco-gingival n’est réalisé.

Figure 11 : Prise de couleur avec un teintier Vita3DMaster® et choix du 3L 1.5 sur les 2/3
occlusal et 3M3 sur la partie radiculaire (crédit photo : Dr Massé Léa)

5.2. Séance n°2

Après réception des bridges (Figure 12), l’essayage en bouche est validé. L’assemblage
des pièces peut débuter. Un protocole composite sans potentiel adhésif est utilisé. Il suivra
quatre étapes distinctes.

Figure 12 : Bridges collés cantilever à double ailettes (crédit photo : Dr Massé Léa)

50
5.2.1. Isolation

Le champ opératoire est mis en place rigoureusement de 35 à 45 (Figure 13). Des


ligatures viendront parfaire l'isolation. Nous venons clamper suffisamment loin sur l'arcade
(i.e., crampons positionnés sur 35 et 45) pour un collage palatin facilité. Une masse de silicone
type « putty hard » est apposée en arrière des dents supports et prenant assise sur les crampons
postérieurs ; maintenue pendant sa prise sur le plancher linguale, il permet d’éviter que la digue
ne se récline sur les faces linguales à coller. Aussi, il limitera l’effet trampoline en niveau de
l’édentement, indésirable lors du collage des pièces prothétiques.

Nous essayons la pièce prothétique avec la digue en bouche. L’insertion se fait sans
encombre nous pouvons donc procéder à l’assemblage par collage. Le système de collage utilisé
ici est sans potentiel adhésif, nous devons donc préparer les pièces prothétiques et les surfaces
dentaires destinées à accueillir les prothèses.

Figure 13 : Mise en place du champ opératoire. Un silicone sera positionné pour éviter «
l’effet trampoline » de la digue (Crédit photo : Dr Massé Léa)

5.2.2. Préparation des pièces prothétiques

Les bridges étant composés de vitrocéramique renforcée au disilicate de lithium, cette


préparation se fera en trois étapes :
1) Mordançage à l’aide d’un gel d’acide fluorhydrique (9,5%) appliqué dans l’intrados
pendant 20 sec. Cette étape permettra la fonte de la matrice vitreuse créant des
microrugosités de surfaces. S’ensuivra un rinçage abondant et séchage.
51
2) Traitement des surmordançages (i.e., lors de l’attaque acide précédente, des bulles de
gaz ainsi que des cristaux fracturés peuvent être piégés à la surface de l’ailette et vont
compromettre le collage futur) à l’aide d’acide orthophosphorique à 37% appliqué
pendant 120 sec. suivi d’un rinçage et séchage des ailettes.
3) Silanisation, un silane est appliqué 60 sec. délicatement au pinceau de sorte à ne pas
fracturer le réseau cristallin mis à nu par le mordançage. Elle est l’étape clé du collage,
des liaisons chimiques siloxanes se créent entre le verre de la céramique et l’agent de
couplage, le silane. Les solvants sont éliminés à la soufflette à air et le séchage se
perdure à l’air libre (Figure 14).

Figure 14 : Préparation de la pièce prothétique (crédit photo : Dr Massé Léa) : (1) mordançage
à l’ac. fluorhydrique à 9,5% (20 sec.), (2) Traitement des surmordançage à l’ac.
orthophosphorique 37% (120 sec.), (3) Silanisation (60 sec.) et séchage

5.2.3. Conditionnement des surfaces amélaires

Un sablage à l’oxyde d’alumine (30 µm, 1,5 Bar) précède le mordançage à l’acide
orthophosphorique (37%) pendant 30 sec. Après rinçage abondant et séchage, un adhésif
universel est appliqué vigoureusement pendant 20 sec. à l’aide de micro-brush sur les
microrugosités créées. Un séchage minutieux jusqu’à élimination des solvants est effectué suivi
d’une photopolymérisation des surfaces pendant 40 sec.

5.2.4. Assemblage

L’intrados des deux pièces prothétiques est enduit de composite de collage sans
potentiel adhésif (Figure 15). Les bridges sont mis en place à l’aide de la clef de

52
repositionnement en résine dure. Pour une uniformité du joint de colle, la technique « flash »
(i.e., photopolymérisation très brève du composite d’assemblage et élimination des excès à la
sonde) est proscrite. Les excès sur la surface des dents adjacentes et des embrasures cervicales
sont éliminés à l’aide d’une microbrush ou/et pinceau pour une uniformité du joint. Une fois le
joint lissé et les excès minutieusement éliminés, nous procédons à une première
photopolymérisation de 20 sec. en commençant par la face vestibulaire des dents supports de
sorte à orienter la polymérisation du composite, de l’ailette vers la dent. Puis nous procédons à
une photopolymérisation sans clé de repositionnement de 20 sec. par face, renouvelée 3 fois.
Pour terminer, une photopolymérisation finale sous gel de glycérine est effectuée pour éviter la
formation d’une couche superficielle inhibée dans sa prise par l’oxygène.

Figure 15 : Composite sans potentiel adhésif utilisé pour le


collage des deux bridges (crédit photo du fabricant Kerr®)

Une fois l’assemblage terminée (Figure 16), le champ opératoire est déposé et un
polissage soigneux du joint de collage est réalisé. Les contacts en statique et dynamique sont
également contrôlés et réajustés au besoin avec un polissoir monté sur contre-angle. Aucun
contact ne doit intéresser les pontiques.

Figure 16 : Situation immédiate après collage des deux bridges (Crédit photo : Dr Massé
Léa)
53
Le résultat immédiat ne peut pas attester de l’intégration esthétique des bridges du fait
de la déshydratation des dents sous champ opératoire (Figure 17). Il faudra attendre le contrôle
à une semaine qui semble être convaincant (Figure 18 et 19). Des conseils lui sont prodigués
pour assurer la pérennité des bridges (e.g., ne pas croquer, ne pas inciser, passage des brossettes
et fils dentaires pour l’hygiène sous-pontiques).

Figure 17 : Situation immédiate post-collage. Notons la différence de teinte due à la déshydratation des
dents sous champ opératoire (crédit photo : Dr Massé Léa)

Figure 18 : Vue endobuccal à J+7. La couleur des bridges est adaptée aux dents naturelles adjacentes
après réhydratation (Crédit photo : Dr Massé Léa)

Figure 19 : Vue occlusale post-collage des bridges (crédit photo : Dr Massé Léa)
54
5.3. Séances de suivi

Un suivi tous les 6 mois est mis en place afin d’apprécier l’adaptation de la patiente a
ses deux prothèses, son ressentie et d’éventuels conseils à prodiguer.

• À 1 an, les bridges semblent toujours bien adaptés (Figure 20, 21 et 22). L’intégration
parodontale semble également prometteuse aussi bien en vue endobuccal qu’à la radiographie
rétro-alvéolaire (i.e., pas d’aggravation des pertes tissulaires ; Figure 23). Le contrôle de plaque
antérieur et postérieur est respecté et la gencive n’est pas inflammatoire. Nous avons alors
interrogé la patiente sur son ressenti, elle nous rapporte que malgré la difficulté d’adaptation à
l’épaisseur conséquente des ailettes pendant 1 ou 2 mois, elle est très satisfaite de ses deux
prothèses. Concernant l’alimentation, aucun trouble n’a été détecté et la patiente ne se dit
aucunement gênée sur ses habitudes alimentaires. A l’examen clinique, une faible quantité de
plaque dentaire se trouvait en antérieur tandis que la zone postérieure reste très propre, le
brossage traumatique ayant disparu. Mis à part quelques sensibilités au froid passagères, la
patiente est très satisfaite de la réhabilitation bucco-dentaire et ne souhaite pas réhabiliter les
lésions cervicales d’usure prémolaires.

Figure 20 : Vue endobuccal à T0+1 an (Crédit photo : Dr Massé Léa)

55
Figure 21 : Vue occlusale à T0+1 an (crédit photo : Dr Massé Léa)

Figure 22 : Vue latérale à T0+1 an (crédit photo : Dr Massé Léa)

Figure 23 : Radiographie rétro-alvéolaire


de contrôle à T0+ 1 an

56
• À 3 ans, l’hygiène est perfectible. Un assainissement complet, une remotivation ainsi
qu’un réapprentissage des méthodes de brossage sont entrepris dans la séance (Figure 24). En
revanche, le contrôle clinique des bridges est très satisfaisant (Figure 25). Le parodonte est très
bien intégré autour de la prothèse.

Figure 24 : Situation en vue exobuccal à +3 ans (crédit photo Dr Massé Léa)

Figure 25 : Situation exobuccal du sourire avec angulation dans le plan


sagittal +3 ans (crédit photo Dr Massé Léa)

A l’examen radiographique, aucune perte osseuse n’a


été décelé, pas de tartre sous-gingival détectée. La mobilité
de 32 et 42 étant éliminée du fait de leur contention à la
canine adjacente, il semble que l’attache parodontale ait été
renforcée autour des racines de celle-ci (Figure 26). Aucune
poche parodontale n’est détectée dans ce secteur.

Figure 26 : Radiographie rétro-alvéolaire de contrôle à suivi + 3 ans

57
DISCUSSION

Le choix pour ce cas clinique s’est porté sur deux bridges collés cantilever qui
remplissent également un rôle de contention parodontale. La géométrie cantilever est
considérée comme peu invasive, utilisable à long terme et efficace pour le remplacement d’un
édentement dans le secteur antérieur, ces qualités étant validées dans la littérature (43,60,98).

1. Choix thérapeutique, alternatives et limites

1.1. L’apport du design cantilever double ailettes dans le secteur antérieur


mandibulaire

L’utilisation du bridge collé cantilever tout en l’exploitant en tant que contention


parodontale constitue une double thérapeutique afin de répondre aux exigences esthétiques et
mécaniques.

L’utilisation d’un design en porte-à-faux a largement été validé par de nombreuses


études, donnant de meilleures performances qu’un bridge à design conventionnel avec ailettes
de part et d’autre de l’extension que ce soit au niveau maxillaire ou bien au niveau mandibulaire
(50,53,60). Cette géométrie est pérenne à long terme et efficace dans le remplacement d’un
édentement dans le secteur antérieur (43,99). Notre choix de ne pas solidariser les pontiques 31
et 41 s’explique par le fait qu’un système unique de 43 à 33 augmenterait le nombre de
mouvements différentiels entre chaque dent support controlatérale lors des fonctions occlusales
et donc potentialiserait le risque de fracture au niveau des connexions-pontiques (92). La
géométrie cantilever de type « porte-à-faux » s’est imposée ici afin de minimiser le plus
possible ces contraintes en cisaillement parasites.

En revanche, il est important de noter que notre choix de double ailette cantilever permet
de conditionner le mouvement de l’incisive latérale (i.e., au parodonte fragilisé) au mouvement
de l’autre dent support : la canine mandibulaire (i.e., au support parodontal cliniquement
stable). L’apport de cette deuxième ailette stabilise la mobilité de l’incisive latérale
mandibulaire tout en minimisant les risques de complications par fracture. Au niveau

58
parodontal, une étude de al-Wahadni et al. (1999) démontre une réponse parodontale au niveau
du ligament alvéolo-dentaire favorable dans l’utilisation du design bridge collé cantilever (100).

Concernant la résistance du dispositif prothétique, une étude in vitro de Narwani et al.


(2022) étudie les forces d’adhésion entre des bridges conventionnels, des bridges collés
cantilever à une ailette et des bridges collés cantilever à deux ailettes (101). Il semblerait que
le bridge collé cantilever à double ailettes ait une moyenne de résistance à la traction supérieure
(i.e., 106,90 N) par rapport à un bridge collé cantilever à une ailette (i.e., 69,99 N). Cependant,
cette étude se limite à une expérience in vitro éloignée des conditions cliniques réelles
auxquelles peuvent être soumis les bridges collés cantilevers.

1.2. La contention collée dans l’édentement unitaire antérieur et ses limites

1.2.1. L’apport du concept de contention collée dans le cadre d’un édentement unitaire

Il est possible de remplacer une, deux voire trois dents dans le secteur antérieur
mandibulaire sur un parodonte affaibli à l’aide d’une prothèse fixe collée qui joue le rôle d’une
contention parodontale. Pour remplacer l’incisive mandibulaire tout en améliorant la condition
parodontale, Li et al. (2016) ont fait une étude sur 39 patients ayant reçu un bridge collé
conventionnel avec des ailettes de chaque côté de l’édentement, minimalement invasif, pour
remplacer l’incisive mandibulaire tout en solidarisant les dents adjacentes mobiles. La dent
mobile est solidarisée à une dent supplémentaire dont le support parodontal est sain (87). Le
résultat à 4 ans est satisfaisant (i.e., taux de survie de 89,7%) et le parodonte des dents
adjacentes était stabilisé. Le saignement et la profondeur des poches parodontales ont été
mesurés et ont montré une amélioration significative de l’état parodontal avec une réduction
des poches et des saignements pendant 4 ans. Entre 1 an après la pose de la restauration et la
fin du suivi de l’étude, la hauteur de l’os alvéolaire des dents adjacentes mobiles a augmenté de
1 à 2 mm chez 78,3% des sujets tandis que chez 21,7% des sujets, elle a diminué de 0,2 à 1
mm. Le bridge collé conventionnel en tant que contention parodontale remplaçant un
édentement antérieur permettrait donc d’au moins maintenir le niveau osseux de l’os alvéolaire
en moyenne. C’est également ce que nous constatons à 3 ans pour notre cas clinique présenté à
la différence que nous sommes restés dans le design cantilever.

59
L’analyse d’une radiographie rétro-alvéolaire doit être associée à un autre examen
radiographique complémentaire pour réellement confirmer un véritable maintien/augmentation
de l’os alvéolaire. L’étude suscitée démontre qu’il est possible de remplacer une incisive
mandibulaire centrale par le biais d’une prothèse tout en stabilisant la dent adjacente mobile.
Les auteurs rapportent cependant que la principale complication reste la fracture au niveau de
la connexion ailette-pontique, confirmée par d’autres études et justifiée par la concentration des
charges mécaniques dans ces zones (92,102).

Une étude a étudié la résistance à la rupture de la connectique des contentions collées


allant de 893 ± 459 N à 1326 ± 391N, ce qui reste suffisamment solide pour résister aux charges
de mastication quotidiennes à condition d’avoir une épaisseur supérieure à 2 mm (103). Cette
épaisseur nécessaire notamment en lingual peut provoquer une gêne au patient qui ressentira
une sensation de surépaisseur et peut rencontrer des difficultés au nettoyage bucco-dentaire de
ces zones.

1.2.2. La problématique de longévité des contentions collées

Temps (années) Probabilité de survie à l’instant t Intervalle de confiance à


95%
0.5 99.8% 99.5%-100.0%
0.8 99.7% 99.2%-100.0%
1.5 98.3% 97.3%-99.3%
1.7 98.1% 97.0%-99.2%
1.8 97.9% 96.8%-99.1%
2.0 96.1% 94.6%-97.7%
4.5 95.4% 93.7%-97.2%
4.8 94.4% 92.5%-96.5%
5.0 75.5% 68.8%-79.7%
8.0 27.5% 11.9%-42.1%
Tableau 3 : Tableau rapportant les taux de survie de la contention collée dans le remplacement dentaire
unitaire selon les études incluses dans la revue (n=592) (88)

De nombreuses études rapportent une problématique récurrente dans la contention


collée, il s’agit de sa longévité. Leur stabilité, leur esthétisme et la durabilité de l’adhésion sont
encore à prouver sur le long terme. Une revue systématique d’Ahmed et al. (2017) a combiné
9 études avec l’implication de 592 contention collée remplaçant un édentement antérieur ou

60
postérieur sur 462 patients avec un suivi entre 2 mois et 8 ans (88). Le taux de survie moyen
est entre 92,5%-96,5% avec un suivi de 4,8 ans. Il chute drastiquement pour atteindre un taux
de survie de 29% à 8 ans (Tableau 3), la principale complication étant le décollement ou la
fracture.

En antérieur ou en postérieur, les probabilités de survies données dans la revue à l’aide


des tableaux (Tableau 4) sont relativement proches. La localisation de la contention collée
parodontale dans le remplacement dentaire unitaire n’aurait donc pas d’influence significative
sur la durée de vie du dispositif.

Localisation Temps (années) Probabilité de survie Intervalle de confiance à 95%


dentaire à l’instant t
Antérieur 4.5 99.0% 97.8%-100.0%
4.8 97.5% 95.6%-99.3%
5.0 72.1% 63.2%-80.9%
Postérieur 0.5 99.2% 97.8%-100.0%
0.8 98.5% 96.4%-100.0%
1.7 97.7% 95.2%-100.0%
1.8 96.9% 94.0%-99.9%
5.0 79.7% 72.6%-86.8%
8.0 29.0% 12.8%-45.2%
Tableau 4 : Tableau rapportant les taux de survie de la contention collée dans le remplacement dentaire
unitaire selon sa localisation dans l’arcade dentaire en antérieur (n=291) et en postérieur (n=132) (88)

Dans une étude de Van Heumenn et al. (2009), le taux de survie des bridges collés
utilisés comme contention parodontale est de 73% à 4,5 ans (104). Une autre étude de Frese et
al. (2014) montre des taux de succès de 72,6% et des taux de survie de 85,6% sur 54 mois pour
la contention collée incluant une dent manquante sur le secteur antérieur (90). Ces résultats
constituent d’excellents arguments pour la restauration d’une dent manquante dans le secteur
antérieur à moyen terme mais ce taux finit par diminuer drastiquement au-delà de 5 ans environ.
D’autres recherches sont en cours pour utiliser cette thérapeutique en tant que solution
véritablement pérenne dans le temps.

61
La solidarisation de canine à canine s’expose à des problèmes que rencontrent les
contentions (76,92) à savoir des risques de fractures plus importantes, des réparations
fréquentes, des difficultés à l’hygiène et un aspect objectivement inesthétique.

Notre idée était donc de profiter des avantages du design cantilever afin d’offrir une
solution de remplacement de l’incisive mandibulaire centrale à long terme tout en l’exploitant
en contention parodontale : améliorer l’esthétisme dans le secteur antérieur, stabiliser les dents
piliers adjacentes à l’édentement et faciliter les techniques d’hygiène bucco-dentaire de ces
zones.

2. Choix du matériau

L’utilisation de matériaux tout-céramique comme infrastructure de bridge telle que la


zircone ou la vitrocéramique renforcée en disilicate de lithium a été largement décrite dans la
littérature.

2.3. L’utilisation de la zircone

La zircone constitue l’autre biomatériau majeur utilisable dans la réalisation de


l’armature des bridges collés cantilever. Il s’agit d’un biomatériau céramique polycristallin très
utilisé dans les restaurations prothétiques fixes (105). La zircone présente des aptitudes au
collage mais bien moins élevée que la vitrocéramique du fait de l’absence d’une phase vitreuse,
augmentant les risques de décollement de la restauration prothétique. Elle possède des
propriétés optiques intéressantes, une bonne biocompatibilité et une résistance mécanique
supérieure à celle de la vitrocéramique renforcée (i.e., résistance à la flexion de 1100 Mpa par
rapport à 450 Mpa pour la vitrocéramique) (106,107). Elle est largement décrite dans la
littérature par Kern avec un taux de succès de 98.2% en 10 ans sur 108 bridges collés cantilever
en armature zircone (106). Elle reste cependant assujettie à des risques de décollement
fréquents, principale complication de ce biomatériau (43,108). Dans un contexte de contraintes
occlusales importantes, il peut être très intéressant d’utiliser ce matériau, dans le cas contraire,
on privilégiera les propriétés optiques et l’aptitude au collage d’une vitrocéramique.

62
2.4. L’utilisation de la vitrocéramique renforcée au disilicate de lithium

Le remplacement d’une incisive mandibulaire centrale doit assurer un esthétisme


acceptable du fait de son emplacement central dans le sourire tout en assurant un rôle
fonctionnel dans les forces occlusales notamment dans la propulsion, dans la mastication et les
forces de cisaillement.

L’utilisation de la vitrocéramique renforcée au disilicate de lithium a fait ses preuves


dans la littérature dans les restaurations prothétiques même de type bridges (43,61,62,105). Elle
demeure un matériau de choix avec une excellente longévité, une biocompatibilité intéressante
et des propriétés optiques très esthétiques qui peuvent être intéressantes dans des restaurations
prothétiques antérieures. En effet, il s’agit d’un matériau avec des taux de survies variant entre
94 à 100% selon certaines études entre 4 et 6 ans (61,62). Les propriétés optiques de la
vitrocéramique confèrent un esthétisme à la prothèse supérieur à la zircone au détriment des
propriétés mécaniques (107).

2.4.1. Les propriétés de collage de la vitrocéramique renforcée au disilicate de lithium

Par définition, la vitrocéramique enrichie en disilicate de lithium est une céramique


vitreuse traitée thermiquement afin d’obtenir une phase vitreuse et une phase cristalline
permettant d’augmenter les propriétés mécaniques de ce matériau. La phase vitreuse présente
dans la vitrocéramique renforcée va venir conférer une excellente aptitude au collage par
rapport à la zircone tandis que la phase cristalline insérée permettra de bloquer la propagation
de micro-fissures et confère alors une résistance mécanique accrue au matériau (105) (Figure
27).

Figure 27 : Balance phase vitreuse / phase


cristalline réalisée à l’aide des outils du
logiciel Word (105)

63
Si le protocole de collage est bien respecté avec la mise en place d’un champ opératoire
parfaitement étanche, les risques de décollement deviennent quasi-inexistants. Cette aptitude
au collage prodigieuse va venir augmenter la longévité des deux bridges collés cantilever.

2.4.2. Le choix d’épaisseur du pontique de la vitrocéramique renforcée au disilicate de


lithium

La vitrocéramique renforcée au disilicate de lithium dispose d’une résistance mécanique


très correcte (61,105). Cette résistance peut être améliorée si l’on vient augmenter l’épaisseur
de la surface de connexion prothétique. Elle doit être > 12 mm² pour la vitrocéramique (contre
6 à 8 mm² pour la zircone) (60,106).

Une étude in vitro par éléments finis de Baran et al. (2018) compare la résistance entre
un bridge en armature métallique et une armature en vitrocéramique renforcée (109). La
résistance de l’armature en vitrocéramique en moyenne serait de 224,86 ± 80,97 N et il apparaît
que le pontique est la zone la plus soumise au stress mécanique. Il a été rapporté que l’armature
en vitrocéramique renforcée répartit de manière plus homogène les charges mécaniques (Figure
28). L’armature en métal de son côté concentre les charges au niveau de l’interface métal / dent
(figure 29), responsable en conséquence de décollements fréquents et constituant alors un
avantage pour l’armature en vitrocéramique renforcée (70,109).

Figure 28 : Représentation des distributions des


contraintes mécaniques maximales sur
l’armature vitrocéramique renforcée dans son
ensemble (A), au niveau du pontique (B), au
niveau de la partie mésiale (C) et de la partie
distale (D). Figure modifiée d’après (109)

Figure 29 : Représentation des distributions des


contraintes mécaniques maximales sur
l’armature métal dans son ensemble (A), au
niveau du pontique (B), au niveau de la partie
mésiale (C) et de la partie distale (D). Figure
modifiée d’après (109)

64
Ces études nous confortent donc dans l’augmentation de l’épaisseur de cette surface de
connexion pour notre cas clinique. Cet épaississement permet une meilleure répartition du stress
mécanique tout en améliorant les propriétés mécaniques des bridges collés cantilever, réduisant
le risque de fracture. Le principal inconvénient de cette augmentation d’épaisseur sans
préparation amélaire est l’inconfort que peut ressentir le patient au départ en lingual avec la
présence d’une surépaisseur nécessitant une adaptation de la proprioception du patient. La
principale complication de la vitrocéramique reste la fracture de l’armature prothétique,
condamnant irrémédiablement la prothèse sans possibilité de réparation, il s’agit du plus grand
inconvénient de ce type de matériau prothétique (70,87,110).

3. Technique du « no prep »

La réalisation des deux bridges collés cantilever repose uniquement sur la surface
amélaire linguale des dents supports. Il a été choisi d’être le plus conservateur possible et de ne
pas préparer les dents supports notamment l’incisive latérale mandibulaire disposant d’une
surface de collage peu étendue. Une préparation de cette zone reviendrait à fragiliser l’organe
dentaire reposant sur un parodonte déjà affaibli.

Les critères de préparation sont largement décrits dans la littérature (61,111). La


préparation des dents supports vise à apporter de la stabilisation et de la rétention. Plusieurs
études montrent que l’ajout de rainures en proximal/cervical ou augmenter la surface de collage
permettent d’assurer une longévité et une meilleure résistance du bridge collé (112,113). Atkas
et al. (2013) suggèrent que les différentes préparations des dents supports sur différents groupes
ont peu de conséquence significative sur la résistance à la fracture des bridges (114). Une autre
étude montre que les bridges collés dans la zone antérieure mandibulaire ont une bonne
longévité même sur une surface dentaire non préparée (115). La patiente peut toujours changer
d’avis concernant le choix d’une autre thérapeutique, les dents supports n’ayant subi aucune
préparation. Cette thérapeutique reste donc réversible mais peut s’exposer aux risques de la
dépose d’une prothèse en céramique, à savoir l’endommagement des tissus dentaires ou
gingivaux.

Aussi, les études ne proposent pas vraiment de consensus sur la technique de préparation
la plus adaptée dans le cas d’un parodonte affaibli. La rétention des deux bridges collés repose

65
sur une surface amélaire non préparée mais à appui cingulaire donc le surcontour des ailettes
au niveau des faces linguales des dents piliers n’est que très faible. L’épaisseur de ces
surcontours dans le cas présenté est plus volumineux au niveau des zones interproximales du
fait de la position des dents supports. Les surfaces de connexion nécessaires à la vitrocéramique
sont de 12 mm² (60), ce qui nous permet de rentrer dans ces recommandations. Il est important
de rappeler que la connexion vers le pontique est fréquemment la zone de fracture la plus
fréquente de ce type de prothèse. Il était nécessaire d’en augmenter l’épaisseur et donc sa
résistance pour limiter les risques de fractures (60,87,109).

4. Mode d’assemblage

Une isolation irréprochable et le collage sur une surface telle que l’émail va renforcer la
coaptation de la pièce prothétique avec la surface dentaire. (105,116). Le moyen d’assemblage
se doit d’être biocompatible, facile à manipuler, étanche et avoir une bonne résistance chimique
et physico-chimique dans le milieu buccal.

Les techniques de scellement par ciments sont non indiquées dans ce type d’assemblage.
La rétention uniquement macro-mécanique est insuffisante pour notre type de restauration
prothétique sur une surface non préparée, un collage est obligatoire dans ces conditions (117).
Les ciments auto-adhésifs ne sont pas recommandés non plus. Ils gagnent en rapidité
d’exécution mais au détriment de la résistance mécanique (117,118).

L’utilisation d’un composite sans potentiel adhésif est aujourd’hui le système


d’assemblage donnant les meilleures valeurs d'adhésion à la céramique vitreuse (118,119).
Dans ce cas clinique, c’est le Nexus®3 de chez Kerr qui a été utilisé. L’avantage d’utiliser ce
type de composite est son type de polymérisation. Elle est à la fois chémo-polymérisante et
photopolymérisable, donc à prise dual. L’intervention de ces deux modes de polymérisation
augmente les valeurs d’adhérence grâce à une réaction de polymérisation dans les zones du
joint de collage les plus profondes et inaccessibles lors d’une photopolymérisation seule
(120,121).

Un composite sans potentiel adhésif doit faire intervenir l’utilisation d’un système
adhésif amélo-dentinaire. Le choix ici s’est porté sur un système Universel. Ces adhésifs

66
universels de dernière génération sont bien plus simples à mettre en œuvre (évitant les erreurs
opérateur) avec une épaisseur de joint faible et une pénétration dentaire plus importante. Le
respect strict du protocole de référence décrit dans notre cas clinique va nous permettre de
potentialiser le collage au maximum même sans préparation dentaire (122–124).

5. Limites du cas

5.3. Aménagements des tissus mous

Un aménagement des tissus mous et des tissus durs au préalable aurait surement conféré
une meilleure intégration esthétique des pontiques. La relation gingivo-prothétique est
indispensable pour offrir une émergence la plus naturelle possible. La région incisive
mandibulaire est une zone plus exposée à la résorption de l’os alvéolaire post-extractionnelle
que la région incisive maxillaire (36), la reconstruction de cette zone est en conséquence
difficile à appréhender. Cette résorption osseuse apporte des difficultés dans la restauration
naturelle et esthétique des dents situées en zone antérieure (78). Le praticien doit conserver le
maximum de tissu parodontal après une extraction comme avec un comblement alvéolaire post-
extractionnelle afin de conserver la convexité vestibulaire de la gencive.

La partie cervicale prothétique des deux bridges doit venir épouser la partie ici convexe
de la gencive afin de reproduire une émergence naturelle et esthétique (43). Une ovalisation de
crête associant ostéoplastie et gingivoplastie aurait pu éviter notre choix de selles contra-
muqueuse à l’esthétisme perfectible. Il est néanmoins possible d’effectuer des corrections à
l’avenir du berceau gingival après mise en place des bridges collés en cas de demande
esthétique ou lors d’un affaiblissement des tissus de supports parodontaux. Réaliser une greffe
de tissu mous comme une greffe épithélio-conjonctif permettrait de gagner de la gencive
kératinisée ainsi que d’approfondir le vestibule (125). Il serait possible ensuite de réaliser une
greffe de conjonctif enfoui afin d’épaissir les tissus mous. La patiente n’a pas souhaité de
reconstruction des tissus mous. Le compromis thérapeutique a été de recréer une partie factice
radiculaire pour reproduire une émergence naturelle tout en respectant l’alignement avec les
récessions gingivales adjacentes.

67
5.4. Aménagement des tissus durs

Le recours à une greffe osseuse latérale par prélèvement symphysaire et fixation à l’aide
de vis d’ostéosynthèse aurait pu être une amélioration significative de la crête de notre patiente.
La technique décrite par Khoury avec une reconstruction dans les trois dimensions à l’aide d’os
autogène (i.e., provenant du patient) et d’os particulaire d’origine xénogène (i.e., d’origine
étrangère et le plus souvent porcine) constitue la méthode la plus reproductible (126). En effet,
la greffe osseuse par de l’os autogène reste une référence dans la littérature pour les
restaurations de grandes étendues (127). Associée à un aménagement des tissus mous
supplémentaire, une technique implantaire aurait pu peut-être être envisagée. Dans la
conservation de notre thérapeutique, l’intégration esthétique de nos bridges auraient pu être
améliorée. Sa proximité avec la région symphysaire limite le côté invasif de ce type de soin et
facilite la reconstruction, cette région constituant un site de prélèvement osseux idéal (126).

Cependant, le prélèvement dans la zone symphysaire se limite dans la région


mandibulaire antérieure édentée. Certains auteurs décrivent des risques de lésion du nerf incisif,
ramification terminale du nerf alvéolaire inférieur, bien que cela reste peu handicapant pour le
patient (128). L’aménagement des tissus durs et mous reste donc une thérapeutique qui reste
très invasive et longue.

5.5. Facteurs propres au cas clinique

La prise en compte des éléments propres à la patiente est primordiale, son état
parodontal (e.g. : parodonte affaibli, présence de récessions), son état général (e.g. :
sclérodermie, VIH), ses moyens financiers, son état psychologique et sa motivation. Trois
aspects sont à prendre en compte lors de la décision thérapeutique : les preuves scientifiques,
la maîtrise du praticien et des paramètres liées au patient (129).

Dans la littérature, il semblerait que le VIH ne constitue pas une contre-indication


notamment dans les thérapeutiques parodontales (35,130). A ce jour, il n’existe pas d’études
qui comparent les taux de guérisons entre les patients porteurs du VIH et patients non porteurs
du VIH après un traitement parodontal. Dans le cas où le patient VIH n’est pas traité et a un
taux de lymphocytes CD4+ diminué, un risque de complication peut se produire mais cela reste

68
relativement bas (i.e., 0,9% de complication sur un groupe de 331 VIH positif avec 1810
procédures invasives). Le moindre risque justifierait l’utilisation d’une antibioprophylaxie (i.e.,
2 grammes d’amoxicilline une heure avant le rendez-vous ou bien 600mg de clindamycine si
le patient présente une allergie à la pénicilline) afin d’éviter la septicémie, cela reste
extrêmement faible.

69
CONCLUSION

Depuis sa découverte, le bridge collé cantilever a subi une évolution aussi bien moderne
que spectaculaire. Son utilité, sa mise en œuvre moins mutilante, son esthétisme et son
impressionnante longévité n’est plus un secret pour les praticiens tant elle a été étudiée et
référencée dans la littérature.

A l’heure d’aujourd’hui où l’implantologie reste considérée comme le gold standard


dans les remplacements dentaires, l’avènement du bridge collé cantilever est de plus en plus
grand et permet de répondre aux besoins des patients esthétiquement et fonctionnellement bien
que cette technique ne soit encore trop peu utilisée en omnipratique.

De nombreuses pistes dans son utilisation restent à explorer comme dans le cas de cette
patiente avec un parodonte affaibli et des mobilités dentaires. Pour le moment très prometteur
avec un suivi à 3 ans positif, ce type de bridge collé cantilever à visée de contention parodontale
reste une méthode expérimentale. Les résultats de ce cas clinique sont très encourageants et
poussent à étendre le champ d’utilisation du bridge collé cantilever encore plus loin.

Cependant, les données dont nous disposons dans la littérature restent pour le moment
insuffisantes pour soutenir l’utilisation des bridges collés cantilever en tant que contention
parodontale à long terme ou bien pour remplacer des édentements de plus grandes étendues.
Les données d’adhésion disponibles à l’heure actuelle peuvent soutenir leur utilisation sur une
longue durée, leurs progrès étant en forte hausse même avec l’utilisation d’un adhésif universel
(119,131). Nous n’avons encore que peu de recul clinique pour valider son utilisation en tant
que contention parodontale à long terme, cette technique étant très peu documentée dans la
littérature. De plus, le design bridge collé cantilever localisée au niveau mandibulaire dans la
région antérieure est peu documenté, cette technique étant souvent décrite dans la région
maxillaire majoritairement (46,61).

Le chemin est encore long mais les résultats semblent extrêmement prometteurs. Il
faudrait attendre la réalisation d’études à plus grande échelle en incluant plus de bridges collés
avec deux ailettes en cantilever et d’étudier les risques de complications.

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Vu, Le Président du Jury,

Date, Signature :

Vu, la Directrice de l’UFR des Sciences Odontologiques,

Date, Signature :

Vu, le Président de l’Université de Bordeaux,

Date, Signature :

80
81
Titre : Le bridge colle cantilever céramique dans le remplacement
de l’incisive centrale mandibulaire et comme contention
parodontale : à propos d’un cas clinique

Résumé : Le contexte du remplacement dentaire dans le bloc antérieur incisivo-canin


constitue un véritable défi pour le chirurgien-dentiste dans quasiment tous les domaines,
notamment pour remplacer l’incisive mandibulaire centrale étant donné son espace réduit ainsi
que ses spécificités anatomiques. Plusieurs solutions de remplacements tels que les implants, la
prothèse amovible partielle, l’orthodontie et la prothèse fixée sont possibles mais certaines
situations, notamment propre au patient, peuvent constituer un obstacle comme dans un
contexte de parodontite localisée où la mise en place d’une contention est très souvent
recommandée. Trop fréquemment assujettis à des situations de fractures nécessitant réparations
ainsi que des problèmes d’accès à l’hygiène rendant la tâche trop difficile pour certains patients,
la contention parodontale de canine à canine peut présenter un véritable problème pour le
patient. Nous proposons ici l’utilisation de deux bridges collés cantilever particuliers en
vitrocéramique renforcée afin de proposer une réhabilitation fonctionnelle (contention de la
zone antérieur) et esthétique.

Mots clés : Bridge cantilever – Céramique – Incisive – Dent manquante – Bridge collé

Title: The cantilevered ceramic resin-bonded bridges in the


replacement of the mandibular central incisor and as a periodontal
splint : a case report

Abstract: The tooth replacement context in the anterior incisor-canine block represent a
major challenge for a dental surgeon in almost all areas, particularly when replacing the
mandibular central incisor with its limited space and anatomical specificities. Many
replacements solutions, such as implants, partial removable prostheses (PRP), orthodontics and
fixed prostheses are possible. However some situations, in particular patient-dependant ones,
can present an obstacle, especially in a localised periodontitis context, where a splint placement
is often recommended. Periodontal splinting form canine-to-canine can present a huge problem
for the patient. This is due to it being subject to fracture situations too frequently, which requires
repair as well as problems to hygiene access, making the task too difficult for some patients.
The use of two particular cantilevered resin bonded bridges in reinforced glass-ceramics is
proposed, in order to provide both a functional (anterior area splinted) and aesthetic
rehabilitation.

Keywords: Cantilevered bridge – ceramic – incisor – missing tooth – resin-bonded bridge

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