Cours Complexe 2
Cours Complexe 2
INTRODUCTION À
Fiche
L'ANALYSE COMPLEXE
1
Motivation
Nous allons ici introduire une notion de dérivation pour les fonctions f : C → C. Formellement, la
➤ dénition sera complètement analogue à celle de la dérivée d'une fonction f : R → R.
Disons tout de suite que cette similarité est trompeuse! Les fonctions dérivables au sens complexe
s'avèrent très spéciales et jouissent de propriétés de rigidité remarquables.
On verra plus tard, entre autres, comment exploiter ces particularités pour développer des outils
puissants de calcul intégral.
Par ailleurs, la dérivabilité au sens complexe a une jolie interprétation géométrique simple, ce qui
a aussi des applications importantes et miraculeuse.
Proposition
(C, +, ×) est un corps. R est un sous-corps de C. −1 a deux racines carrées dans C : i et −i.
Forme cartésienne: C est un C-espace vectoriel de dimension 1, mais aussi un R-espace vectoriel de
dimension 2. La loi externe R × C→ C s'obtient en restreignant le produit C × C → C.
La base canonique de C = R est 1 = (1, 0), i = (0, 1) .
2
Les coordonnées de z = x + iy dans cette R-base sont x = Re(z), la partie réelle de z , et y = Im(z),
la partie imaginaire de z .
L'écriture z = x + iy est la forme cartésienne (dite aussi algébrique) de z .
Par abus de notation, il pourra nous arriver d'écrire z = x + iy en sous-entendant que x et y sont réels.
Le conjugué de z est z̄ = x − iy. On a donc les formules :
z+z z−z
z = Re z + i Im z, z̄ = Re z − i Im z; Re z = , Im z = .
2 2i
Remarque
On peut vérier que la conjugaison complexe z 7→ z est un automorphisme de corps qui induit
l'identité sur R. Et, en fait, c'est le seul, avec l'identité : si un automorphisme u du corps C induit
l'identité sur R, alors
u(x + iy) = u(x) + u(i)u(y) = x + u(i)y,
de sorte que u est déterminé par u(i) ; or u(i)2 = u(i2 ) = u(−1) = −1, donc soit u(i) = i et u
est l'identité, soit u(i) = −i et u est la conjugaison.
En particulier, on trouve l'identité zz = |z|2 , qui entraîne une formule utile pour l'inverse de z ∈ C∗ :
1 z̄
= 2
.
z |z|
On en déduit aussi le fait que le module dénit une norme multiplicative : |zz ′ | = |z||z ′ | pour tous
z, z ′ ∈ C.
Le lien avec le produit scalaire donne aussi la formule utile suivante:
|z + z ′ |2 = |z|2 + |z ′ |2 + 2 Re(zz ′ ).
z
Pour tout z ∈ C∗ = C \ {0}, le nombre w = est de module 1, donc Re(w)2 + Im(w)2 = 1.
|z|
Ainsi, il existe θ ∈ R tel que Re(w) = cos θ et Im(w) = sin θ. On note alors eiθ = cos θ + i sin θ
(on reviendra sur cette exponentielle plus loin dans le cours), de sorte que z = |z|eiθ . C'est la forme
trigonométrique du nombre complexe z ̸= 0.
Le nombre θ est un argument de z . Il n'est pas unique! Il n'est déterminé qu'à 2πZ près.
Par exemple, la formule d'Euler eiπ = −1 donne la forme trigonométrique de −1, dont un argument
est π.
Plus géométriquement, si on pense à C comme au plan euclidien R2 , le passage de l'écriture z = x + iy
à z = reiθ , avec r = |z|, correspond au passage des coordonnées cartésiennes aux coordonnées polaires
: (x, y) = (r cos θ, r sin θ).
2 Géométrie et C-linéarité
Comme dit plus haut, C est en particulier un espace vectoriel de dimension 2 sur R, identié à R2 par
x + iy = (x, y).
Avec l'hypothèse u(i) = iu(1), on trouve donc u(x + iy) = (x + iy)u(1), soit u(z) = λz pour tout
z ∈ C, avec λ = u(1) : u est C-linéaire.
On peut donner une caractérisation encore plus géométrique.
Un endomorphisme R-linéaire v de R2 = C est dit conforme si v est inversible et préserve les angles :
pour tous z, z ′ ∈ C, l'angle (orienté) entre v(z) et v(z ′ ) est égal à l'angle entre z et z ′ .
Dénition
Soient Ω un ouvert de C et a un point de Ω.
On dit qu'une fonction f : Ω → C est C-diérentiable (ou C-dérivable) en a si le quotient
f (a + h) − f (a)
admet une limite dans C quand h ∈ C∗ tend vers 0.
h
On note cette limite:
f (a + h) − f (a)
f ′ (a) = lim .
h→0 h
C'est la dérivée complexe de f en a.
Cette dénition est formellement similaire à celle de la dérivabilité des fonctions de R dans R.
Néanmoins, ici, on prend h dans C = R2 , donc on calcule une limite dans R2 et c'est plus subtil: on
exige que le quotient converge vers le même nombre dans toutes les directions, quelle que soit la façon
d'approcher a.
Avec des quanticateurs, ce qu'on demande, c'est que pour tout ε > 0, il existe ρ > 0, tel que
f (a + h) − f (a)
0 < |h| < ρ ⇒ − f ′ (a) < ϵ.
h
Quitte à noter ϵ(h) la quantité dans le module, on a donc :
f (a + h) = f (a) + f ′ (a)h + |h|ϵ(h),
avec h→0
lim ϵ(h) = 0. Ainsi, on a le développement limité à l'ordre 1:
Exemple
La fonction f : z 7→ z 2 est C-diérentiable en tout point z ∈ C, avec f ′ (z) = 2z car
(z + h) − z 2
2
= 2z + h → 2z quand h → 0.
h
Exemple
z+h−z h
Par contre, f : z 7→ z n'est C-diérentiable en aucun point z ∈ C car = n'a pas de
h h
limite quand h tend vers 0 : si l'on regarde hn = 1/n et hn = i/n, on trouve que les quotients
hn
valent respectivement 1 et −1, donc n'ont pas la même limite.
hn
Si l'on pense que C n'est autre que le plan réel R2 , on y dispose déjà d'une notion de diérentiabilité
: si Ω est un ouvert de C, alors f : Ω → C est R-diérentiable en a ∈ Ω s'il existe une application
R-linéaire Dfa : C → C telle qu'on ait le développement limité
(2) f (a + h) = f (a) + Dfa (h) + o(|h|).
Dans cet énoncé, C n'est qu'une notation pour R2 . Rappelons que le module |h| de h ∈ C = R2 n'est
autre que la norme euclidienne de h ∈ R2 = C.
C'est vraiment la dénition usuelle de la diérentiabilité pour une application d'un ouvert de R2 dans
R2 !
Théorème
Soient Ω un ouvert de C, a ∈ Ω et f : Ω → C. Les propriétés suivantes sont équivalentes.
1 f est C-diérentiable en a.
2 f est R-diérentiable en a et sa diérentielle Dfa est C-linéaire.
Dans ce cas, Dfa est l'application h 7→ f ′ (a)h.
Preuve
Si f est C-diérentiable en a, on a le développement limité (1), où le terme h 7→ f ′ (a)h est en
particulier R-linéaire, donc fournit la diérentielle h 7→ Dfa (h) ; comme ce terme est en fait C-
linéaire, Dfa est C-linéaire.
Réciproquement, si f est R-diérentiable en a, avec Dfa C-linéaire, alors Dfa est de la forme h 7→ λh,
avec λ ∈ C. Le développement limité (2) donne
f (a + h) = f (a) + λh + o(|h|)
Remarques
✍ Que valent les dérivées partielles d'une fonction f qui est C-diérentiable en a? Les vecteurs
de la base canonique du R-espace vectoriel R2 = C sont (1, 0) = 1 et (0, 1) = i, donc ces
dérivées partielles valent
∂f ∂f
(a) = Dfa (1) = f ′ (a) et (a) = Dfa (i) = if ′ (a).
∂x ∂y
f (a + h) − f (a)
On peut aussi voir ces formules en regardant le taux de variation avec h = ϵ
h
puis h = iϵ, où ϵ est un réel tendant vers 0.
En particulier, on voit que, si f est un prolongement complexe d'une fonction réelle le long
de l'axe réel, alors sa dérivée complexe coïncide avec sa dérivée réelle le long de l'axe réel (et
il n'y a pas de conit de notation autour de f ′ !).
✍ Mentionnons ici un autre point de vue. On considère une fonction f qui est R-diérentiable
en a et on part de la formule
∂f ∂f
Dfa (h) = (a)hx + (a)hy ,
∂x ∂y
h+h h−h
où h = (hx , hy ) = hx + ihy , i.e. hx = Re(h) = et hy = Im(h) = . En
2 2i
4 Fonctions holomorphes
La notion de fonction holomorphe, l'étymologie même du terme en rend compte, renvoie à une notion
de rigidité .
Rigidité géométrique d'une part (c'est précisément celle que nous introduisons dans cette section,
relayant ici plutôt la vision d'Augustin Cauchy), mais aussi rigidité analytique (à travers l'intime
relation avec l'analyticité, ce sera l'approche développée plus tard par Karl Weierstrass .
Une question revenant comme un leitmotiv constitue la trame de cette première section: comment tester
les propriétés de diérentiabilité d'une fonction non pas en tentant de la dériver ou de calculer la limite
de taux de variations, mais, tout au contraire, en essayant de l'intégrer?
L'intégration (ou la prise de moyenne) sont, du point de vue numérique, des opérations régularisantes et
stables, tout au contraire bien sûr de l'opération de diérentiation ; ceci justie l'intérêt pratique d'une
telle approche et met en lumière le caractère rigide des fonctions continues qu'ici l'on étudie.
Le mot < holomorphe a été inventé (dans un de leurs travaux consacrés à l'étude des équations diéren-
tielles et des feuilletages, précisément < holomorphes ) par les mathématiciens français Jean-Claude
Briot (1819-1885) et Charles Bouquet (1817- 1882), tous deux.élèves de Cauchy.
La juxtaposition des préxes grecs holos (< entier ) et morphos ( forme ) traduit (sous diverses
formes: algébrique avec la notion de série entière , géométrique avec la notion de conformité ,
Dénition
Soit Ω un ouvert de C. Une fonction f : Ω → C est dite holomorphe si elle est C-diérentiable en
tout point de Ω. On note O(Ω) l'ensemble des fonctions holomorphes sur Ω.
Les propriétés suivantes se démontrent comme leurs analogues concernant les fonctions d'une variable
réelle. On laisse au lecteur le soin de les (re)démontrer en utilisant la dénition par le taux de variation
ou le développement limité complexe à l'ordre 1.
Soit D un domaine dans C (un ouvert connexe) et f (z) = u(x, y) + iv(x, y) une fonction de D dans
C.
Proposition
Si f est holomorphe dans D, alors les dérivées partielles
∂u ∂u ∂v ∂v
, , ,
∂x ∂y ∂x ∂y
existent en tout point de D, et vérient les équations de Cauchy-Riemann
∂u ∂v ∂u ∂v
= , =− .
∂x ∂y ∂y ∂x
Preuve
Puisque f = u + iv est holomorphe, en tout point z0 = x0 + iy0 de D, on a
f (z) − f (z0 ) u(x, y) − u(x0 , y0 ) + i v(x, y) − v(x0 , y0 )
f ′ (z0 ) = lim = lim .
z→z0 z − z0 (x,y)→(x0 ,y0 ) x − x0 + i(y − y0 )
En choisissant y = y0 , x → x0 , on obtient
′
u(x, y0 ) − u(x0 , y0 ) + i v(x, y0 ) − v(x0 , y0 ) ∂u ∂v
f (z0 ) = lim = (x0 , y0 ) + i (x0 , y0 ),
x→x0 x − x0 ∂x ∂x
et en choisissant x = x0 , y → y0 , on obtient
u(x0 , y) − u(x0 , y0 ) + i v(x0 , y) − v(x0 , y0 ) ∂v ∂u
f ′ (z0 ) = lim = (x0 , y0 ) − i (x0 , y0 ).
y→y0 i(y − y0 ) ∂y ∂y
Alors
∂u ∂v ∂v ∂u
f ′ (z0 ) = (x0 , y0 ) + i (x0 , y0 ) = (x0 , y0 ) − i (x0 , y0 ).
∂x ∂x ∂y ∂y
On en déduit que u et v vérient les conditions de Cauchy-Riemann.
Il est légitime de se demander si la réciproque de cette proposition est vraie ou fausse. La réponse est
dans la proposition suivante.
Preuve
Soit z = x + iy ∈ D et soit h = h1 + ih2 ∈ C∗ tel que z + h ∈ D. Les dérivées partielles
∂u ∂u
et
∂x ∂y
étant supposées continues, alors en utilisant le développement de Taylor à l'ordre 1, on obtient
f (z + h) − f (z) = u(x + h1 , y + h2 ) − u(x, y) + i v(x + h1 , y + h2 ) − v(x, y)
∂u ∂u ∂v ∂v
= h1 (x, y) + h2 (x, y) + ih1 (x, y) + ih2 (x, y)
∂x ∂y ∂x ∂y
+ (ε1 + iε2 )(h1 + ih2 )
où ε1 → 0 et ε2 → 0 quand h1 → 0 et h2 → 0.
D'après les équations de Cauchy-Riemann, on aura
∂u ∂v
f (z + h) − f (z) = (h1 + ih2 ) (x, y) + i(h1 + ih2 ) (x, y) + (ε1 + iε2 )(h1 + ih2 ).
∂x ∂x
D'où en divisant par h = h1 + ih2 et faisant tendre h vers 0, on voit que
f (z + h) − f (z) ∂u ∂v
f ′ (z) = lim = (x, y) + i (x, y).
h→0 h ∂x ∂x
Ces conditions peuvent paraître très fortes, mais l'existence des dérivées partielles en un point ne sut
pas pour l'existence de la dérivée comme dans l'exemple suivant.
Exemple
Soit la fonction f : C → C dénie par
( 1
e− z4 si z ̸= 0
f (z) = .
0 si z = 0
La dérivée en z = 0 suivant la droite y = x n'est pas dénie.
En eet, on a (x + ix)4 = x4 (1 + i)4 = −4x4 , alors
1 1
f (x + ix) − f (0) e 4x4 − 0 1 e 4x4
lim = lim = · lim = ±∞.
x→0 x + ix x→0 x(1 + i) 1 + i x→0 x
Cependant, les dérivées partielles de u et v en (0, 0) sont toutes égales à zéro.
Par exemple,
Exemple
La fonction f :C→C dénie par
xy xy
si z ̸= 0,
+i
f (z) = x2 + y2 x2 + y2
si z = 0.
0
a des dérivées partielles nulles en (0, 0) donc vérie (CR), mais n'est même pas continue en 0.
Propositions
1 Si f, g ∈ O(Ω) et a, b ∈ C, alors (af + bg) et f g sont holomorphes et (af + bg)′ = af ′ + bg′
1 1 ′ g′
et (f g) = f g + f g. De plus, tant que g ne s'annule pas, est holomorphe et
′ ′ ′
= − 2.
g g g
2 O(Ω) est une sous-algèbre de l'algèbre C 0 (Ω) des fonctions continues de Ω dans C.
3 Les polynômes complexes P ∈ C[z] sont holomorphes sur C. Leurs dérivées sont données
Une fonction holomorphe est en particulier une fonction R-diérentiable entre ouverts de R2 , donc le
calcul diérentiel usuel s'applique, souvent avec plus de simplicité, puisque la diérentielle de f ∈ O(Ω)
est simplement la multiplication par un nombre complexe. Ainsi, le théorème d'inversion locale en z
nécessite simplement que f ′ (z) soit non nul ; de même, l'inégalité des accroissements nis s'écrira
|f (z1 ) − f (z2 )| ⩽ |z1 − z2 | sup |f ′ |.
[z1 ,z2 ]
La topologie dans C = R2 jouera un rôle important dans ce cours. Par exemple, la connexité interviendra
dans de nombreux énoncés. Le résultat suivant est l'occasion de réviser.
Proposition
Soit Ω un ouvert connexe (domaine) de C. Soit f ∈ O(Ω) telle que f ′ = 0. Alors f est constante.
2
Motivation
➤ Les fonctions analytiques sont les fonctions complexes s'écrivant localement comme somme d'une
série entière.
La motivation première de l'étude de cette famille de fonctions est d'enrichir notre gamme
d'exemples de fonctions holomorphes.
Nous verrons plus tard qu'en fait toutes les fonctions holomorphes sont analytiques!
On dit d'abord que un converge simplement si, pour tout z ∈ Ω, la série numérique
X
un (z)
n⩾0 n⩾0
N
converge, i.e. si Nlim existe, dans C. C'est la convergence minimale.
X
un (z)
→∞
n=0
La série converge absolument si, pour tout z ∈ Ω, la série numérique converge.
X X
un |un (z)|
n⩾0 n⩾0
Comme les séries à termes positifs ont toujours une somme bien dénie dans R ∪ {+∞}, on demande
+∞
en fait: |un (z)| < +∞.
X
n=0
La convergence absolue
Ximplique la convergence simple, par complétude de C = R .
2
n=0 Ω
C'est la convergence la plus forte. Elle implique la convergence absolue (majorer |un (z)| par sup |un |)
Ω
+∞ +∞
mais aussi la convergence uniforme (majorer sup | par sup |un |).
X X
un |
Ω Ω
n=N n=N
1
On peut remarquer qu'elle n'est pas équivalente à la convergence uniforme : si l'on pose un (z) =
n
si z = n et un (z) = 0 sinon, on peut vérier que un converge uniformément sur C, mais pas
X
n⩾1
normalement.
Néanmoins, la convergence normale a l'avantage d'être relativement facile à vérier en pratique : c'est
presque toujours via la convergence normale qu'on obtient la convergence uniforme.
n⩾0
suivant.
Lemme: Abel
Soit r > 0 tel que la X
suite (an rn )n∈N est bornée.
Alors la série entière an z n converge normalement sur le disque D(0, s) pour tout s < r.
Preuve
Il existe M ∈ R+ tel que pour tout n ∈ N, |an |rn ⩽ M . Pour n ∈ N et s ∈]0, r[, on a alors
n
n n
s
sup |an z | = |an |s ⩽ M .
z∈D(0,s) r
n
s s
Comme < 1, la série géométrique M converge.
X
r r
Donc le membre de gauche est le terme général d'une série convergente et cela donne la convergence
normale voulue.
est bornée
n o
R = sup r ⩾ 0 | (an r n )n∈N ∈ [0, +∞].
1
R= .
lim sup(|an |1/n )
X X
nan z n−1 = (n + 1)an+1 z n .
n⩾1 n⩾0
La formule d'Hadamard (par exemple) montre que la série entière dérivée a le même rayon de convergence
que la série entière initiale.
1 ln(n+1) n+1
En eet, comme (n + 1) n =e n →1 et → 1, on a
n
1 1
1
n+1 1
n
lim sup((n + 1)|an+1 |) n = lim sup |an+1 | n = lim sup |an+1 | n+1 = lim sup |an+1 | n+1 ,
ce
Xqui, à un décalage d'indice près, est bien la formule d'Hadamard pour le rayon de convergence de
an z n .
On peut faire des combinaisons linéaires de séries entières : si on a deux séries entières an z n et
X
bn z n convergeant sur le disque D(0, r), alors pour tous λ, µ ∈ C la série entière
X X
(λan + µbn )z n
converge sur D(0, r) et sa somme est
+∞
X +∞
X +∞
X
n n
(λan + µbn )z = λ an z + µ bn z n .
n=0 n=0 n=0
On peut aussi faire des produits. Cela nécessite de manipuler des sommes doubles et nous allons le faire
via les théorèmes de Fubini.
Rappelons d'abord qu'une somme à termes positifs (ou l'intégrale d'une fonction mesurable positive) a
toujours un sens, dans R+ ∪ {+∞}.
Munissons N de la mesure de dénombrement (sur la tribu discrète) et N2 = N × N de la mesure produit.
Dans ce cadre, le théorème de Fubini-Tonelli dit que si on se donne des nombres am,n ∈ R+ ∪ {+∞},
alors +∞ +∞ +∞ +∞
X X X X X
am,n = am,n = am,n .
(m,n)∈N2 m=0 n=0 n=0 m=0
X +∞
+∞ X X +∞
+∞ X
zm,n = zm,n .
m=0 n=0 n=0 m=0
+∞ +∞
! +∞
!
X X X
cn = an × bn .
n=0 n=0 n=0
Preuve
+∞
Écrivons cn = αk,n , où αk,n = ak bn−k si k ⩽ n, αk,n = 0 sinon. Alors
X
k=0
+∞
! !
X +∞
X +∞
X +∞
X +∞
X +∞
X +∞
X +∞
X
|αk,n | = |ak ||bn−k | = |ak ||bn | = |ak | |bn |
k=0 n=0 k=0 n=k k=0 n=0 k=0 n=0
et ces sommes sont nies par convergence absolue des séries. Par Fubini-Lebesgue (cf. rappel ci-dessus),
on en déduit
+∞
! !
X +∞
X +∞
X +∞
X +∞
X +∞
X +∞
X +∞
X
αk,n = ak bn−k = ak bn = ak bn .
n=0 k=0 k=0 n=k k=0 n=0 k=0 n=0
+∞
Comme cn = αk,n , c'est bien le résultat voulu.
X
k=0
Corollaire
Soient deux séries entières an z n et bn z n convergentes sur le disque D(0, r).
X X
n
Posons cn = ak bn−k , pour n ∈ N. Alors la série entière converge aussi sur D(0, r) et
X X
cn z n
on a la formule
k=0
+∞ +∞
! +∞
!
X X X
cn z n = an z n × bn z n .
n=0 n=0 n=0
Dénition
Soient z0 ∈ C et f une fonction dénie au voisinage de z0 . On dit que f est développable en série
entière au voisinage de z0 s'il existe r > 0 et une suite an , n ∈ N, de nombres complexes tels que
pour tout z ∈ D(z0 , r),
+∞
X
f (z) = an (z − z0 )n .
n=0
Preuve
+∞
Posons f (z) = an z n , pour z ∈ D(0, R). Soit z0 ∈ D(0, R) où on a |z0 | = r < R.
X
n=0
au voisinage de z0 .
k=0
Pour z ∈ D , on écrit
z0 , R − r
+∞ +∞ n
+∞
X +∞
X
n
X n n−k
X
k
X
f (z) = an (z − z0 + z0 ) = an z0 (z − z0 ) = αk,n ,
n=0 n=0 k=0
k n=0 k=0
n n−k
où αk,n = an z (z − z0 )k si k ⩽ n, αk,n = 0 sinon.
k 0
+∞
X +∞ ∞ X
n
n
avec h = z − z0
X X
|αk,n | = z0n−k hk
an
k=0 n=0 n=0 k=0
k
∞ n
X X n
= |an | |z0 |n−k |h|k
n=0 k=0
k
∞
X n
= |an | r + |h| .
n=0
Puisque r+|h| < R, cette dernière série converge (car R est le rayon de convergence de la série initiale).
La convergence absolue étant établie, le théorème de Fubini-Lebesgue, on peut alors permuter les
sommes et obtenir +∞ +∞ +∞
XX X
f (z) = αk,n = bk (z − z0 )k ,
k=0 n=0 k=0
+∞
n n−k
avec ; la convergence des séries en jeu est donnée aussi par Fubini-Lebesgue.
X
bk = an z0
n=k
k
Exemple
Soit f une fraction rationnelle (complexe) de pôles α1 , . . . , αp . Alors f est une fonction analytique
sur Ω = C \ {α1 , . . . , αp }.
Montrons-le. Par décomposition en éléments simples, f est la somme d'un polynôme complexe et
1
d'une combinaison linéaire de fonctions du type z 7→ k
, k ∈ N∗ .
(z − αi )
Comme les sommes et produits de fonctions analytiques sont analytiques, il sut de montrer que
1
pour tout i, z 7→ est analytique sur Ω.
z − αi
Soit donc z0 ∈ Ω. On pose r = min et on prend z ∈ D(z0 , r):
|z0 − α1 |, . . . , |z0 − αp |
∞
z − z0 n
1 1 1 1 1 X
= =− =−
z − αi (z − z0 ) − (αi − z0 ) αi − z0 z − z0 αi − z0 n=0 αi − z0
1−
αi − z0
cette série converge car |z − z0 | < r ⩽ |z0 − αi |.
Théorème
Toute fonction analytique sur un ouvert Ω de C y est holomorphe.
n=0
∞ ∞
f (z0 + h) − f (z0 ) X
n−1
X
= an h = an+1 hn .
h n=1 n=0
Le membre de droite converge vers a1 quand h → 0 (convergence normale sur un petit disque autour
de 0). Donc f est C-dérivable en z0 et f ′ (z0 ) = a1 .
Soit f ∈ A(Ω). Au voisinage de tout point z0 ∈ Ω, on peut décrire f par une série entière
∞
X
g(h) = f (z0 + h) = an hn
n=0
+∞
En simpliant, on trouve donc : ∀h1 ∈ D(0, r), g (h1 ) = nan h1n−1 .
X
′
n=1
En particulier, f ′ est encore analytique sur Ω, donc holomorphe. Et on peut itérer ce raisonnement.
Ainsi, une fonction analytique est inniment C-diérentiable (et en particulier elle est de classe C ∞ ).
En outre, on peut itérer la formule ci-dessus pour obtenir le développement en série entière de la C-dérivée
k-ième de f :
+∞
X
∀z ∈ D(z0 , r), f (k) (z) = n(n − 1) · · · (n − k + 1)an (z − z0 )n−k .
n=k
Preuve
Soit A = {z ∈ Ω | ∀n ∈ N, f (n) (z) = 0}. C'est l'intersection des fermés (f (n) )−1 ({0}), n ∈ N,
donc un fermé de Ω.
De plus, A contient a, donc A est un fermé non vide du connexe Ω. On va montrer que A est
également ouvert, ce qui permettra de conclure que A = Ω, d'où le résultat.
Prenons z0 ∈ A. Comme les dérivées f (n) (z0 ), n ∈ N, sont toutes nulles, la formule (4) montre que
si z est dans un certain disque D(z0 , r), r > 0, alors f (z) = 0.
Donc f est identiquement nulle sur D(z0 , r), et donc ses dérivées aussi : D(z0 , r) ⊂ A. Ceci montre
que A est ouvert.
Corollaire
Soit Ω un ouvert connexe de C. Si deux fonctions f, g ∈ A(Ω) sont égales sur un ouvert non vide
U de Ω, elles sont égales sur Ω.
Pour tout compact K de C, K ∩ Zf est donc ni: En eet, c'est un compact (intersection d'un compact
et d'un fermé) et on peut appliquer la propriété de Borel-Lebesgue au recouvrement ouvert fourni par
tous ses singletons!
Preuve
+∞
Soit z0 ∈ Ω tel que f (z0 ) = 0. Dans le développement en série entière f (z) = an (z − z0 )n , on
X
n=0
a donc a0 = f (z0 ) = 0.
Si f n'est pas la fonction nulle, le corollaire précédent montre qu'il existe n ∈ N∗ tel que f (n) (z0 ) ̸= 0
et donc an ̸= 0.
Notons p le plus petit entier n ∈ N∗ tel que an ̸= 0.
+∞
Alors on peut écrire f (z) = où g est analytique au voisinage de z0
X
an (z − z0 )n = (z − z0 )p g(z)
n=p
et g(z0 ) = ap ̸= 0.
Par continuité, g ne s'annule pas sur un disque D(z0 , ε), ε > 0.
Sur ce disque, l'équation f (z) = 0 impose (z − z0 )p = 0, soit z = z0 .
Le contraire d'un point isolé est un point d'accumulation : étant donné A ⊂ C, on dit qu'un point a
de A est un point d'accumulation de A si, pour tout ε > 0, (A \ {a}) ∩ D(a, ε) n'est pas vide ; il est
équivalent de demander l'existence d'une suite de points an de A \ {a} telle que (an ) → a.
Corollaire
Soient f et g deux fonctions analytiques sur un ouvert connexe Ω de C. Si l'ensemble z ∈ Ω |
Cet énoncé renforce le principe d'unicité du prolongement analytique. Par exemple, deux fonctions
analytiques qui coïncident le long d'un intervalle réel sont égales partout.
Preuve
L'hypothèse dit que la fonction analytique h = f − g admet un zéro non isolé. Par le principe des
zéros isolés, ce n'est possible que si h est identiquement nulle, i.e. f = g.
Remarque
Soit f ∈ A(Ω) une fonction analytique sur un ouvert Ω de C et soit z0 ∈ Ω tel que f (z0 ) = 0.
Supposons que f n'est pas identiquement nulle au voisinage de z0 . Dans la démonstration du
au voisinage de z0 , pour une fonction h analytique non nulle au voisinage de z0 . Cet entier est
déterminé par n o
p = min k ∈ N∗ | f (k) (z0 ) ̸= 0
ou bien par le développement en série entière
∞
avec
X
f (z) = an (z − z0 )n ap ̸= 0.
n=p
Cet entier p est appelé l'ordre d'annulation de f en z0 . On parle aussi de multiplicité du zéro z0 ,
soulignant ainsi l'analogie polynomiale.
On peut calculer l'ordre d'annulation en faisant un développement limité en z0 , puisque f (z) ∼
c(z − z0 )p , avec c = h(z0 ) ̸= 0.
Exemple
f (z)
Considérons une fonction ϕ : z 7→ , qui s'écrit comme quotient de deux fonctions analy-
g(z)
tiques f et g sur un ouvert Ω de C. On suppose que f et g s'annulent en z0 ∈ Ω et nulle part ailleurs.
Alors ϕ est holomorphe comme quotient de fonctions holomorphes sur l'ouvert Ω \ {z0 }.
On peut raner ceci à l'aide de la la remarque précédente. Notons p et q les multiplicités respectives
du zéro z0 de f et g.
Si p ⩾ q, alors ϕ se prolonge en une fonction holomorphe sur Ω tout entier.
En eet, au voisinage de z0 , on peut écrire f (z) = (z − z0 )p f1 (z) et g(z) = (z − z0 )q g1 (z), avec
f1 et g1 analytiques et non nulles au voisinage de z0 .
f1 (z)
Dans ce voisinage privé de z0 , on obtient ϕ(z) = (z − z0 )p−q .
g1 (z)
Le membre de droite dénit une fonction holomorphe au voisinage de z0 (y compris en z0 puisque
p − q ⩾ 0 et g1 ne s'annule pas). Donc il fournit un prolongement holomorphe de ϕ en z0 .
4 Exponentielle complexe
Dénition
zn
La série entière de terme général un (z) = , pour n ⩾ 0, a pour rayon de convergence +∞
n!
Lemme
L'exponentielle complexe a les propriétés suivantes.
1 exp est une fonction entière vériant exp′ = exp.
2 e0 = 1 et ea+b = ea eb pour tous a, b ∈ C.
3 Pour tout z ∈ C, ez = ez̄ .
Preuve
Par dénition, exp est analytique sur C donc entière. En dérivant terme à terme, on obtient :
+∞ +∞
′
X d zn X z n−1
exp (z) = = = exp(z).
n=0
dz n! n=1
(n − 1)!
d'où ea eb = ea+b .
Le dernier point 3 résulte de la R-linéarité et de la continuité de la conjugaison complexe.
À partir de ceci, on peut démontrer les propriétés fondamentales de l'exponentielle complexe, notamment
sa périodicité. Commençons par deux remarques rapides.
Remarques
✍ exp(C) ⊂ C∗ : en eet, s'il y avait un b tel que eb = 0, alors, par 2 , on aurait ez = 0 pour
tout z ∈ C, ce qui contredit e0 = 1.
✍ exp(R) ⊂ R par 3 . La positivité des coecients de la série entière de exp montre que la
xn
restriction de exp à R est strictement croissante, tend vers +∞ en +∞ (puisque e ⩾ x
n!
1
pour tout n ∈ N) et vers 0 en −∞ (par 2 , on a e −x
= ): c'est donc une bijection de R
ex
sur R∗+ .
Donc exp(iR) ⊂ S1 = .
z ∈ C, |z| = 1
De plus, si l'on pose, pour t réel, cos t = Re(eit ) et sin t = Im(eit ), on trouve
(cos t)2 + (sin t)2 = |eit |2 = 1.
Le développement en série entière de exp donne des formules pour les parties réelle et imaginaire de eit
: +∞ +∞
t2p t2p+1
et sin t = (−1)
X X
p p
cos t = (−1) .
p=0
(2p)! p=0
(2p + 1)!
Il s'agit bien sûr des fonctions trigonométriques usuelles, mais nous ne supposons a priori rien de connu
sur leurs propriétés.
En particulier, on va donner une (la ?) dénition du nombre π.
+∞
22p 4 16
La formule ci-dessus donne cos 0 = 1 > 0, cos 2 = < 0 (série alternée),
X
(−1)p ⩽1− +
p=0
(2p)! 2 24
donc par continuité, il existe un t0 minimal dans ]0, 2[ tel que cos t0 = 0. On pose π = 2t0 .
En dérivant par rapport à t l'identité cos t + i sin t = eit , on trouve
cos′ (t) + i sin′ (t) = ieit = i cos t − sin t,
Mais ces fonctions ne sont guère diérentes des précédentes : pour tout z ∈ C, cos(z) = ch(iz) et
i sin z = sh(iz).
En particulier, on notera que la fonction cos : C → C n'est pas bornée, puisque sa restriction à l'axe
imaginaire est la fonction cosinus hyperbolique (réelle).
Théorème
exp : iR → S1 est surjective et, pour t, t′ ∈ R, on a exp(it) = exp(it′ ) ⇐⇒ t ≡ t′ [2π].
Preuve
Prenons d'abord z ∈ S1 tel que Im(z) ⩾ 0 : z = x + iy , avec x ∈ [−1, 1] et y ∈ [0, 1].
Comme cos établit une bijection entre [0, π] et [−1, 1] , il existe t ∈ [0, π] tel que cos t = x.
Avec y2 = 1 − x2 = 1 − (cos t)2 = (sin t)2 et y, sin t ⩾ 0, on en tire y = sin t, donc z = eit .
Maintenant, si z ∈ S1 est de partie imaginaire négative, alors z ∈ S1 et Im(z̄) ⩾ 0, de sorte que le
cas précédent donne un t ∈ [0, π] tel que z = eit , soit z = e−it .
Ceci prouve la surjectivité. Si on se donne t, t′ ∈ R tels que exp(it) = exp(it′ ), on trouve eis = 1
pour s = t − t′ ; donc cos s = 1.
Quitte à ajouter un multiple de 2π à t ou t′ , on peut supposer s ∈ [0, 2π[. Or le graphe de cos montre
que l'équation cos s = 1, pour 0 ⩽ s < 2π, admet pour unique solution s = 0.
Corollaire
exp : C → C∗ est surjective et, pour z, z ′ ∈ C, on a exp(z) = exp(z ′ ) ⇐⇒ z − z ′ ∈ 2iπZ.
5 Logarithmes complexes
Bâtir un logarithme complexe en inversant l'exponentielle complexe n'a pas de sens a priori, puisque
l'exponentielle n'est pas bijective.
Néanmoins, on peut le faire en restreignant l'exponentielle à des ouverts où elle est bijective. Il y a un
choix usuel, qui mène à la dénition d'un logarithme dit "principal".
Il faut garder à l'esprit que c'est un choix et que les applications nécessitent parfois d'utiliser d'autres
logarithmes.
Pour bâtir le logarithme principal, on va restreindre l'exponentielle complexe à la bande
R + i] − π, π[= z | | Im(z)| < π ,
où elle est injective.
L'image de cette bande par l'exponentielle est C \ R− .
Donc tout z ∈ C \ R− admet un unique antécédent Log(z) dans la bande R + i] − π, π[. Ceci dénit
le logarithme principal
Log : C \ R− → R + i] − π, π[
et on a
∀z ∈ C \ R− , eLog(z) = z.
Ce choix de logarithme est intimement lié à un choix d'argument pour les nombres complexes.
z
Si z est un élément de C \ R− , alors est dans S1 \ {−1} et la proposition précédente montre qu'il
|z|
z
existe un unique t ∈] − π, π[ tel que eit = .
|z|
On le note t = Arg(z) et on l'appelle argument principal de z . On obtient ainsi une fonction
Arg : C \ R− →] − π, π[ telle que ∀z ∈ C \ R− , z = |z|ei Arg(z) .
Ces deux formules coïncident sur R∗+ : si Im(z) = 0, z/|z| est un réel positif de module 1, i.e. 1,
donc arccos Re(z/|z|) = arccos(1) = 0.
Ceci montre que l'argument principal est une fonction continue sur C \ R− .
Pour comprendre le lien entre logarithme principal et argument principal, on écrit, pour z ∈ C \ R− ,
Log(z) = x + iy avec x ∈ R et y ∈] − π, π[. Alors :
z = eLog(z) = ex+iy = ex eiy ,
z
de sorte que |z| = ex et eiy = . La première équation est réelle et donne x = ln |z|.
|z|
La seconde donne alors y = Arg(z). Donc :
(5) ∀z ∈ C \ R− , Log(z) = ln |z| + i Arg(z).
On note au passage que la restriction de Log à la demi-droite R∗+ n'est autre que le logarithme népérien.
Remarque
Avec j = e2iπ/3 , on obtient Log(j) = 2iπ/3 et Log(j 2 ) = −2iπ/3 (on prend l'argument dans
] − π, π[!). En particulier, Log(j 2 ) ̸= 2 Log(j).
Les logarithmes complexes, en général, ne transforment pas produit en somme !
Ces dénitions sont arbitraires. Pourquoi C \ R− ?
Pourquoi ne choisirait-on pas l'argument dans ]0, 2π[ ?
Dans les applications, de façon générale, on aura besoin de se placer sur un ouvert connexe Ω de C∗ et
d'y considérer des fonctions continues L : Ω → C et A : Ω → R telles que
∀z ∈ Ω, eL(z) = z et z = |z|eiA(z) .
De telles fonctions sont appelées des déterminations continues du logarithme (L) et de l'argument (A).
On abrégera parfois en logarithme/argument.
Ainsi, le logarithme principal Log est une détermination continue du logarithme sur Ω = C \ R− et
l'argument principal Arg est une détermination continue de l'argument sur Ω = C \ R− .
L est une détermination continue du logarithme si et seulement si A est une détermination continue
de l'argument.
Exemple
Soit α ∈ R. Au lieu de prendre les arguments dans ] − π, π[, on peut les prendre dans ] − π +
α, π + α[.
On obtient ainsi un logarithme Lα sur Ω = C \ Dα , où Dα est la demi-droite eiα R− .
On vérie que la formule
Lα (z) = Log(e−iα z) + iα
fournit bien une détermination continue du logarithme sur C \ Dα .
Remarque
Si L1 et L2 sont deux déterminations continues du logarithme sur un ouvert connexe Ω de C∗ , il
existe k ∈ Z tel que pour tout z ∈ Ω, L1 (z) − L2 (z) = 2ikπ.
En eet, pour tout z ∈ Ω, eL (z)−L (z) = 1. Donc L1 − L2 prend ses valeurs dans 2iπZ.
1 2
Or c'est une fonction continue sur un connexe, donc son image est un connexe de 2iπZ, donc un
singleton {2iπk}.
De même, les déterminations continues de l'argument sur un même ouvert connexe ne dièrent que
par une constante, dans 2πZ.
Remarque
La remarque précédente permet de voir qu'il n'y a pas de détermination continue du logarithme sur
C∗ .
S'il y en avait une, ce serait Log, à une constante près. Donc en particulier Log devrait s'étendre
continûment en −1 : mais lim Arg(−1 + iy) = ±π, donc lim Log(−1 + iy) = ±iπ et on ne
± ±
y→0 y→0
peut pas prolonger Log en une fonction continue en −1.
La proposition suivante répond à une attente naturelle : tout logarithme est holomorphe et fournit une
primitive de la fonction z 7→ 1/z . Et c'est presque une dénition équivalente.
Proposition
Soit Ω un ouvert connexe de C∗ .
1 Si L est une détermination continue du logarithme sur Ω, alors L est holomorphe sur Ω et
Preuve
La série entière de droite est convergente sur D(0, 1) donc dénit une fonction L : D(0, 1) → C qui
est C-dérivable et vérie
+∞
′
X 1 d
∀z ∈ D(0, 1), L (z) = (−1)n−1 z n−1 = = Log(1 + z).
n=1
1+z dz
Le disque étant connexe, z 7→ L(z) − Log(1 + z) est constante, donc nulle puisqu'elle est nulle en 0.
Puissances complexes:
La donnée d'un logarithme L : Ω → C permet de dénir les puissances complexes des nombres complexes
z∈Ω:
∀α ∈ C, z α = eαL(z) .
1 Chemins
Exemple
Soient α, β ∈ C. Le segment [α, β] est paramétré par γ(t) = (1 − t)α + tβ, avec t ∈ [0, 1].
Exemple
Soient z0 ∈ C, r ⩾ 0. Le cercle C(z0 , r), de centre z0 et de rayon r, est paramétré par γ(t) =
z0 + reit , avec t ∈ [0, 2π]. C'est un lacet.
γ1 : [a1 , b1 ] → C
γ1
γ2 : [a2 , b2 ] → C
γ(b1 ) = γ2 (a2 )
γ(a) = γ(b)
γ2
On travaillera souvent avec des chemins ayant une certaine régularité, par exemple C 1 .
On dira qu'un chemin est C 1 par morceaux (Cmorc
1
) s'il est une concaténation d'un nombre ni de chemins
C .
1
On dira qu'un chemin est ane par morceaux s'il est une concaténation d'un nombre ni de segments.
Dans ce cours, on travaille souvent avec des ouverts connexes de C.
l'intégrale.
Étant donné γ : [a, b] → C, on peut le réparamétrer à l'aide d'un diéomorphisme ϕ : [c, d] → [a, b]
pour obtenir un nouveau chemin σ = γ ◦ ϕ : [c, d] → C.
Par changement de variable s = ϕ(t), on a
Z Z d Z ϕ(d)
′ ′
f = f (γ(ϕ(t))) γ (ϕ(t)) ϕ (t) dt = f (γ(s)) γ ′ (s) ds.
σ c ϕ(c)
Il y a deux cas.
Z Z
Si ϕ est un diéomorphisme croissant (ϕ(c) = a et ϕ(d) = b), alors f = f. Si ϕ est décroissant
Z Z σ γ
Donc au fond, l'intégrale ne dépend que de l'image de γ , γ ∗ , et d'un choix d'orientation: c'est très
géométrique et cela permet une grande souplesse dans le maniement de ces intégrales.
On dénit la longueur d'un chemin C 1 par morceaux γ : [a, b] → C par :
Z b
L(γ) = |γ ′ (t)| dt.
a
On vérie de même que la longueur L est nie, invariante par changement de paramétrage et additive
sous les concaténations.
Si γ : t 7→ (1 − t)α + tβ paramètre un segment [α, β] ⊂ C, un calcul immédiat donne L(γ) = |β − α|.
Ainsi, par concaténation, L donne bien la longueur attendue pour les chemins anes par morceaux.
En approchant un chemin ( C 1 par morceaux) par une suite de chemins anes par morceaux, on se
convainc que L est bien la longueur "intuitive".
On l'utilisera souvent pour majorer les intégrales de fonctions :
Z Z b Z b Z b
′ ′
|γ ′ (t)| dt.
f = f (γ(t))γ (t) dt ⩽ f (γ(t)) γ (t) dt ⩽ sup |f |
γ a a γ∗ a
On retiendra : Z
(6) f ⩽ L(γ) sup |f |.
γ γ∗
Proposition
La fonction Indγ : C \ γ ∗ → C est continue, à valeurs dans Z. Elle est donc constante sur les
composantes connexes de C \ γ ∗ .
Preuve
1 b
γ ′ (t) dt
Z
Il s'agit d'étudier Indγ : z 7→ , avec γ(a) = γ(b), z ∈/ γ ∗ .
2iπ a γ(t) − z
La continuité de cette fonction vient du théorème de continuité d'une intégrale dépendant d'un
paramètre: l'intégrande est continu en t (donc mesurable), continu en z et, si d(z0 , γ ∗ ) = r > 0, on
peut le dominer sur le disque D(z0 , r/2):
Pour t ∈ [a, b], z ∈ D(z0 , r/2), on a
|γ(t) − z| ⩾ |γ(t) − z0 | − |z − z0 | ⩾ r/2,
2
donc l'intégrande est dominé par |γ ′ (t)|, avec
r
b
2 2L(γ)
Z
|γ ′ (t)| = < ∞.
a r r
Ceci montre la continuité près de tout point z0 de C \ γ ∗ .
Pour prouver que Indγ (z) est toujours un entier, il sut de voir que e2iπ Ind γ (z)
= 1.
donc cette limite est 0, et l'indice vaut 0 en tout point de la composante connexe non bornée.
Exemple
Soient k ∈ Z et γk : [0, 2π] → C tel que γk (t) = z0 + reikt : c'est le cercle de centre z0 , de rayon
r , parcouru k fois (dans le sens direct si k ⩾ 0, indirect sinon).
Avec ce qui précède, on en déduit que Indγ est la fonction qui vaut k sur le disque D(z0 , r) et 0
sur C \ D(z0 , r).
k
Il faut retenir de cet exemple que l'indice d'un lacet par rapport à un point z compte le nombre de
tours que le lacet fait autour de z . On y reviendra.
Exercice
Soit γ le triangle de sommets 0, 1 et i parcouru dans le sens direct (ordre 0 → 1 → i → 0).
Donner une paramétrisation C 1 par morceaux de γ . Calculer l'indice de γ par rapport aux points
1+i
z0 = et z1 = 2.
3
1z → i1 + i
i→0 0 =
3
0 0→1 1 x z1 = 2
dw
Z
= Log(w − z0 ) extrémités de γ .
γk w − z0 k
La somme des sauts donne 2πi, soit Indγ (z0 ) = 1. Pour z1 la somme est nulle.
Exercice
Soit γ le lacet formé par la réunion de deux cercles :
■ C1 : cercle de centre 0 et rayon 1 parcouru une fois dans le sens direct (sens trigonométrique),
■ C2 : cercle de centre 2 et rayon 1 parcouru deux fois dans le sens rétrograde (sens horaire).
ce qui donne un lacet C 1 par morceaux. Calculer Indγ (0), Indγ (1/2), Indγ (2) et Indγ (5/2).
y 2× sens horaire
1 5
0 2 2 2
0 2 x
Aucun de ces points n'appartient à l'un des cercles, donc les indices sont bien dénis.
Proposition
Soient Ω un ouvert de C et f une fonction continue de Ω dans C, admettant une primitive holo-
morphe F . Pour tout chemin γ : [a, b] → Ω, on a la formule
Z
f = F (γ(b)) − F (γ(a)).
γ
Z
En particulier, pour tout lacet γ dans Ω, f = 0.
γ
Preuve
C'est un calcul immédiat:
b b
d
Z Z Z
′ ′
f = F (γ(t))γ (t) dt = F (γ(t)) dt = F γ(b) − F γ(a) .
γ a a dt
Dans le cas d'un lacet, on a γ(a) = γ(b) donc le résultat est nul.
Exemple
z n+1
z 7→ z n
se primitive en z 7→ sur C si n ∈ N.
n+1
Z
Donc pour tout lacet γ dans C, z n dz = 0.
γ
dz
Z
Ce raisonnement fonctionne encore pour un entier n ⩽ −2 si γ est tracé dans C : ainsi, ∗
=0
γ zk
pour tout entier k ⩾ 2.
Mais attention, il y a un vrai problème quand k = 1. Par exemple, si on intègre sur le cercle unité
C , paramétré dans le sens direct, on trouve
dz
Z
= 2iπ IndC (0) = 2iπ ̸= 0.
C z
1
La non-nullité de cette intégrale montre que la fonction z 7→ n'admet pas de primitive holomorphe
z
sur un ouvert contenant le cercle unité.
Le lemme qui suit va avoir des conséquences primordiales. On lui donne parfois un nom: le lemme de
Goursat.
Lemme de Goursat
SoientZ Ω un ouvert de C et ∆ un triangle fermé inclus dans Ω. Alors pour toute fonction f ∈ O(Ω),
on a f = 0.
∂∆
De plus, le résultat vaut encore si f est continue sur Ω et holomorphe sur Ω moins un point.
Formellement, si a, b, c sont les sommets du triangle ∆, alors le lacet ∂∆ est la concaténation des
segments [a, b], [b, c], [c, a] et donc
Z Z Z Z
(7) f = f+ f+ f.
∂∆ [a,b] [b,c] [c,a]
Ceci est bien déni une fois qu'on a choisi l'ordre des sommets, c'est-à-dire une orientation de ∂∆ (par
exemple, si on permute b et c, le signe change).
Dans l'énoncé, cette légère ambiguïté ne joue pas de rôle, puisque 0 = −0. Dans la preuve, on devra
être précis.
Par ailleurs, la seconde partie de l'énoncé semble un peu articielle et technique : en fait, ce ranement
n'est pas cher dans la preuve et nous en aurons besoin ci-dessous.
Preuve
On suppose d'abord f ∈ O(Ω). On note a, b, c c
les sommets de ∆ et a , b , c les milieux respectifs
′ ′ ′
En eet, si on développe le membre de droite en utilisant (7) pour chaque triangle ∆i , on obtient une
somme de douze intégralesZsur des segments. Z
Parmi celles-ci, on trouve f et f , qui sont opposées donc se compensent dans la somme ;
′
[c ,b ] ′ [b ,c ] ′ ′
les intégrales sur a′ b′ et a′ c′ se compensent de même. Et les six termes restants donnent le membre
de gauche (cf. dessin). Z
On veut montrer que M = f est nul.
∂∆
|M |
Z
f ⩾ .
∂∆i 4
De plus, si on note L le périmètre de ∆ (i.e. la longueur de son bord), le périmètre de ∆i est L/2
par le théorème de Thalès.
L'idée de la preuve consiste à recommencer avec le triangle ∆i , en le subdivisant lui-même en quatre
petits triangles, etc.
On construit ainsi une suite de triangles Tn telle que T0 = ∆, Tn+1 ⊂ Tn , le périmètre de Tn est
L/2n et
|M |
Z
f ⩾ .
∂Tn 4n
Alors est un singleton {z0 }. En eet, n'importe quelle suite de points yn ∈ Tn est de Cauchy
\
Tn
n∈N
(parce que le diamètre de TN est majoré par L/2N qui tend vers 0), donc converge vers un point
y∞ ; comme yn est dans le fermé TN pour tout n ⩾ N , y∞ aussi et cela prouve que Tn n'est pas vide.
\
Cet ensemble est par ailleurs de diamètre majoré par celui de TN , donc par L/2 , pour tout N . N
Par le cas précédent, les deux premières sont nulles ; en choisissantZ bn et cn très proches de p,
on peut rendre la troisième intégrale aussi petite qu'on veut, donc f = 0.
∂∆
3 Si p est à l'intérieur de ∆ ou le long d'une arête, on subdivise ∆ en triangles dont p est l'un des
sommets et on se ramène ainsi au cas précédent.
Rappelons qu'un ouvert Ω de C est dit convexe si, pour tous les points a, b de Ω, le segment [a, b] est
inclus dans Ω.
On vous rappel qu'un convexe est connexe mais le contraire est faux, par exemple, C∗ n'est pas convexe.
La convexité intervient dans notre contexte via le lemme de Goursat:
Preuve Z
Soit z0 ∈ Ω. Pour tout z ∈ Ω, le segment [z0 , z] reste dans Ω, donc on peut dénir F (z) = f.
[z0 ,z]
Preuve
f (w) − f (z)
On se xe z ∈ Ω \ γ ∗ , puis on pose g(w) = si w ̸= z et g(z) = f ′ (z).
w−z
Cette fonction g est holomorphe sur Ω \ {z} et elle est continue sur tout Ω (en z , c'est par dénition
de la C-diérentiabilité).
Z
Par le théorème de Cauchy local (avec une remarque précédente), on obtient g = 0.
En développant, cela donne
γ
f (w) f (z) dw
Z Z Z
dw = dw = f (z) = 2iπf (z) Indγ (z).
γ w−z γ w−z γ w−z
Cette formule de Cauchy est appelée locale, parce qu'on va beaucoup l'appliquer sur des disques, au
voisinage de tout point (un disque est convexe!). Dans ce cadre, on obtient le corollaire suivant.
Corollaire
Soient Ω un ouvert de C et f ∈ O(Ω). Supposons que le disque fermé D(z0 , r) est inclus dans Ω.
Alors :
1 f (w)
Z
∀z ∈ D(z0 , r), f (z) = dw.
2iπ C(z0 ,r) w−z
Implicitement, on a orienté le cercle C(z0 , r) dans le sens trigonométrique.
Preuve
On part du développement en série de Taylor de h au voisinage de z0 :
∞
X h(m) (z0 )
h(z) = (z − z0 )m .
m=0
m!
Alors ∞
h(z) X h(m) (z0 )
= (z − z0 )m−k .
(z − z0 )k m=0
m!
L'intégrale sur C de (z − z0 )m−k est nulle sauf lorsque l'exposant est −1, c'est-à-dire m − k = −1
soit m = k − 1. Dans ce cas, on a :
Z
(z − z0 )−1 dz = 2πi.
C
h(z) 2πi
Z
dz = h(n−1) (z0 ).
C (z − z0 )n (n − 1)!
Ici n = 2, z0 = 1, et
π
sin z
4
h(z) = .
z−3
h est holomorphe dans un voisinage de z = 1 car z = 3 est loin.
h(z)
Z
I= dz = 2πi h′ (1).
|z−1|=1 (z − 1)2
Or, π π π √ π+2
cos z · (z − 3) − sin z ·1
h′ (z) = 4 4 4
=⇒ h′ (1) = − 2 .
(z − 3)2 16
D'où, √ √
√ π+2
2πi 2(π + 2) πi 2(π + 2)
I = 2πi · − 2 =− =− .
16 16 8
Chapitre
Fiche
des fonctions holomorphes
4
1 Analyticité
Théorème
Pour tout ouvert Ω de C, O(Ω) = A(Ω). Ainsi, les fonctions holomorphes sont analytiques.
Preuve
L'inclusion A(Ω) ⊂ O(Ω) est déjà connue.
Il s'agit donc de considérer f ∈ O(Ω) et de montrer que f est analytique.
Fixons un point z0 dans Ω, à distance R du fermé C \ Ω.
Pour tout r < R, le disque D(z0 , r) est inclus dans Ω et on dispose de la formule de Cauchy:
1 f (w)
Z
∀z ∈ D(z0 , r), f (z) = dw.
2iπ C(z0 ,r) w−z
Fixons un tel z , dans le disque D(z0 , r). Pour tout w ∈ C(z0 , r), on peut écrire :
+∞
f (w) f (w) f (w) 1 f (w) X (z − z0 )n
= = z−z0 = .
w−z (w − z0 ) − (z − z0 ) w − z0 1 − w−z0
w − z0 n=0
(w − z0 )n
+∞ n +∞ n
z − z0 |z − z0 |
Observons que la somme est nie, car |z − z0 | < r.
X X
sup =
n=0 w∈C(z0 ,r)
w − z0 n=0
r
Comme f est bornée sur le cercle par continuité, on en déduit la convergence normale de la série sur
Z +∞
le cercle et on peut permuter et pour obtenir l'expression
X
C(z0 ,r) n=0
+∞
X
f (z) = an (z − z0 )n ,
n=0
Exemple
Soit α un nombre complexe. La détermination principale du logarithme permet de dénir la
fonction pα : z 7→ z α = eα Log z sur C \ R− .
Elle est holomorphe donc analytique sur C \ R− .
Son développement en série entière en 1 est valable sur le disque D(1, 1).
On peut calculer ses coecients à l'aide des dérivées successives de pα en 1.
Or les propriétés des logarithmes donnent
d αeα Log z
∀z ∈ D(0, 1), p′α (z) = eα Log z = = αe(α−1) Log z = αpα−1 (z),
dz z
d'où par récurrence :
∀n ∈ N, ∀z ∈ D(0, 1), p(n)
α (z) = α(α − 1) · · · (α − n + 1) pα−n (z).
Notons que si α est un entier naturel, la somme est nie (les coecients sont nuls pour n ⩾ α + 1)
et on retrouve la formule du binôme de Newton.
Le théorème précédent montre que les fonctions holomorphes récupèrent les propriétés des fonctions
analytiques, comme le principe des zéros isolés, par exemple.
On peut aussi parler de l'ordre d'annulation d'une fonction holomorphe, de la multiplicité de ses zéros,....
Il faut retenir le corollaire frappant suivant, qui vient du fait que la dérivée d'une fonction analytique est
analytique.
Corollaire
Les fonctions holomorphes sont inniment C-dérivables.
Autrement dit, la dérivée d'une fonction holomorphe est automatiquement holomorphe! Entre autres
choses, cela permet de prouver une sorte de réciproque au lemme de Goursat.
Preuve Z
Fixons z0 ∈ Ω et r > 0 tel que D(z0 , r) ⊂ Ω. Pour z ∈ D(z0 , r), on pose F (z) = f.
[z0 ,z]
En procédant comme dans la preuve du théorème de Cauchy local, on voit que F est holomorphe sur
D(z0 , r), avec F ′ = f .
Ainsi, sur ce disque, f est la dérivée d'une fonction holomorphe, donc est holomorphe. Et c'est vrai
pour tout z0 ∈ Ω.
L'analyticité permet aussi de voir que si une fonction est holomorphe au dehors d'un point et n'est pas
trop méchante au voisinage de ce point, alors elle se prolonge holomorphiquement.
Nous étudierons plus tard les méchancetés possibles.
Théorème: Riemann
Soit Ω un ouvert de C et z0 ∈ Ω. On suppose que f est une fonction holomorphe sur Ω \ {z0 },
bornée près de z0 . Alors f se prolonge en une fonction holomorphe sur tout Ω.
Preuve
On pose g(z) = (z − z0 )2 f (z) si z ̸= z0 et g(z0 ) = 0. Alors g est C-dérivable en tout point de
Ω \ {z0 }, et, comme f est bornée près de z0 , le quotient
n=2
∞
Pour z ̸= z0 dans ce voisinage, on en tire f (z) = an+2 (z − z0 )n .
X
n=0
Si on prolonge f en posant f (z0 ) = a2 , on voit donc que f est développable en série entière en z0 , et
donc on récupère une fonction holomorphe sur tout Ω.
Remarque
Les fonctions analytiques héritent également des propriétés des fonctions holomorphes. Par exemple,
un quotient ou une composée de fonctions analytiques est encore analytique sur son domaine de
dénition. De telles propriétés sont beaucoup plus simples à vérier si on pense qu'analytique
signie holomorphe.
n=0
Théorème
Soient Ω un ouvert de C et (T, µ) un espace mesuré. On considère une fonction f : T ×Ω → C
vériant les trois propriétés suivantes :
1 pour tout z ∈ Ω, la fonction t 7→ f (t, z) est mesurable ;
2 pour tout t ∈ T , la fonction z 7→ f (t, z) est holomorphe ;
3 il existe une fonction intégrable ϕ : T → R+ telle que
∀t ∈ T, ∀z ∈ Ω, |f (t, z)| ⩽ ϕ(t).
Z
Alors la formule F (z) = f (t, z) dµ(t) dénit une fonction holomorphe sur Ω et
T
∂f
Z
′
∀z ∈ Ω, F (z) = (t, z) dµ(t).
T ∂z
Remarques
✍ Dans cet énoncé, on peut remplacer les "pour tout t" par "presque pour tout t".
✍ En pratique, vu que la C-dérivabilité est une propriété locale, il sut de trouver une domination
par une fonction ϕ au voisinage de chaque point z0 de Ω. Et d'ailleurs, c'est ainsi que
fonctionne la preuve.
Preuve
Soit z ∈ Ω. Pour r > 0 petit, le disque D(z, r) est inclus dans Ω. Pour h ∈ C∗ tel que |h| < r/2,
on commence par écrire
F (z + h) − F (z) f (t, z + h) − f (t, z)
Z
= dµ(t).
h T h
À t xé, le module de l'intégrande se majore par l'inégalité des accroissements nis, puis une inégalité
de Cauchy:
f (t, z + h) − f (t, z) 1 ∂f 2
⩽ |h| sup (t, w) ⩽ ϕ(t).
h |h| w∈[z,z+h] ∂w r
Preuve
La preuve fonctionne par récurrence sur k. L'initialisation est claire et l'hérédité est une adaptation
immédiate de l'argument précédent. Brièvement, partant de la formule à l'ordre k, on veut étudier la
limite de Z ∂ f ∂ f k k
F (k) (z + h) − F (k) (z) ∂z k
(t, z + h) − ∂z k
(t, z)
= dµ(t)
h T h
quand h → 0. Par convergence dominée, il sut de dominer l'intégrande, ce qui se fait via l'inégalité
des accroissements nis et l'inégalité de Cauchy à l'ordre k + 1 :
∂kf ∂kf
∂z k
(t, z + h) − ∂z k
(t, z) ∂ k+1 f (k + 1)!
⩽ sup k+1
(t, w) ⩽ ϕ(t).
h w∈[z,z+h] ∂w (2/r)k+1
On en conclut qu'on peut passer à la limite sous le signe intégrale et cela donne la formule à l'ordre
k + 1.
En utilisant la mesure de dénombrement sur T = N, on obtient le cas particulier des séries de fonctions
holomorphes convergeant normalement.
Corollaire
Soient Ω un ouvert de C et (fn )n∈N une suite de fonctions holomorphes sur Ω. On suppose que la
∞
série de fonctions fn converge normalement sur Ω. Alors la formule F (z) = fn (z) dénit
X X
n=0
une fonction holomorphe sur Ω.
∞
De plus, on peut dériver terme à terme : pour tous k ∈ N et z ∈ Ω.
X
(k)
F (z) = fn(k) (z)
n=0
n=1
nz
D'abord, on observe que les termes fn (z) = 1/nz = e−z ln n sont bien holomorphes en z .
Alors ζ est C-dérivable en tous les points de tous les ouverts Ωa , donc elle est holomorphe sur
leur réunion, qui est Ω.
Z +∞
2 La fonction Gamma est dénie par l'intégrale Γ(z) = tz−1 e−t dt et on va voir que c'est
une fonction holomorphe sur le demi-plan
0
On vérie d'abord que f (t, z) = tz−1 e−t = ez ln t t−1 e−t est holomorphe en z et Lebesgue-
mesurable en t (puisque continue).
On cherche alors une domination et il est utile de se placer sur l'ouvert
Ωa,b = {z ∈ C | a < Re(z) < b},
Théorème
Étant donné un ouvert Ω de C, on considère une suite de fonctions fn ∈ O(Ω) qui converge
uniformément sur tout compact vers une fonction f : Ω → C. Alors f est holomorphe.
De plus, pour tout k ∈ N, la suite (fn(k) )n converge uniformément sur tout compact vers f (k) .
Dans la preuve, on va utiliser le r-voisinage Kr d'un compact K ⊂ Ω: C'est le compact déni par
[
Kr = {z ∈ C | d(z, K) ⩽ r} = {z ∈ C | ∃w ∈ K, d(z, w) ⩽ r} = D(w, r).
w∈K
Comme le compact K est disjoint du fermé C \ Ω, il en est à distance r0 > 0. Ainsi, pour tout r < r0 ,
Kr est inclus dans Ω.
Preuve
Par continuité des fn et convergence uniforme (près de tout point) de fn vers f , f est continue sur Ω.
Si ∆ est un triangleZinclus dans Ω, le théorème de Cauchy local (sur un triangleZun peu plus grand
que ∆) montre que fn = 0 pour tout n ; par convergence uniforme sur ∂∆, f = 0.
∂∆ ∂∆
impliquent
k!
sup |(fn − f )(k) | ⩽ sup |fn − f |.
K rk Kr
Le membre de droite tend vers zéro par convergence uniforme de fn vers f sur le compact Kr , donc
le membre de gauche aussi : cela prouve la convergence uniforme de fn(k) vers f (k) sur K .
Le théorème suivant est très puissant : il montre comment faire converger des suites de fonctions holo-
morphes, uniformément sur tout compact.
Théorème: Théorème de Montel
Soient Ω un ouvert de C et (fn )n∈N une suite de fonctions holomorphes sur Ω. On suppose que
pour tout compact K ⊂ Ω, il existe une constante MK telle que
(8) ∀n ∈ N, sup |fn | ⩽ MK .
K
Autrement dit, une suite de fonctions holomorphes qui est uniformément bornée sur tout compact admet
une sous-suite convergeant uniformément sur tout compact vers une fonction f .
On peut alors utiliser un résultat pour voir que cette valeur d'adhérence f est une fonction holomorphe
et que la suite des dérivées converge uniformément sur tout compact vers f ′ .
Ce théorème est le cousin holomorphe du théorème d'Arzela-Ascoli, qui arme en substance qu'une suite
de fonctions C 1 uniformément bornées et à dérivées uniformément bornées sur les compacts admet une
sous-suite convergeant uniformément sur tout compact vers une fonction continue.
Dans le contexte holomorphe, les inégalités de Cauchy permettent de se passer d'une hypothèse sur les
dérivées.
On peut noter, aussi, qu'il n'y a pas de perte de régularité dans le théorème de Montel : la limite est
holomorphe, alors que la valeur d'adhérence obtenue par Arzela-Ascoli n'est que continue.
Preuve
Première étape. On va extraire de (fn ) une sous-suite qui converge en tout point de la partie
dénombrable dense A = Q2 ∩ Ω.
Numérotons ses éléments : A = {ai , i ∈ N}. Par (8), la suite (fn (ai )) est une suite bornée de
C = R2 , donc le théorème de Bolzano-Weierstrass permet d'en extraire une sous-suite convergente
(fϕ (n) (a0 )).
0
On peut recommencer avec les autres points ai , an de trouver des extractrices ϕi telles que
converge aux points a0 , . . . , ai .
(fϕ0 ◦···◦ϕi (n) )
On peut alors vérier que ψ(n) = ϕ0 ◦ · · · ◦ ϕn (n) dénit une extractrice et que (fψ(n) ) converge en
tout point de A.
Dans la suite, pour simplier, on rebaptise cette suite (fn ).
Seconde étape. Soit K un compact de Ω. On va montrer que (fn ) est une suite de Cauchy dans
l'espace de Banach (C 0 (K), ∥ · ∥∞ ).
Pour ce faire, on commence par se xer r > 0 tel que Kr ⊂ Ω. Soit ε ∈]0, r/2[. Par densité de A,
K est recouvert par les disques D(a, ε).
k
Par compacité de K , on peut trouver a1 , . . . , ak dans A tels que K ⊂ D(ai , ε).
[
i=1
Par choix des ai , pour tout z ∈ K, on peut trouver i ∈ {1, . . . , k} tel que |z − ai | < ε, de sorte
2 2MKr
Par inégalité de Cauchy, on a sup |fn′ | ⩽ sup |fn | et on en déduit |fn (z) − fn (ai )| ⩽ ε .
Kr/2 r Kr r
Tout ceci montre qu'on a
4MKr
∀p, q ⩾ N, sup |fp − fq | ⩽ 1+ ε
K r
Si f est une fonction holomorphe sur un ouvert Ω contenant le disque D(z, r), la formule de Cauchy
donne en particulier :
1 f (w)
Z
f (z) = dw.
2iπ C(z,r) w−z
Autrement dit, f (z) est égal à la moyenne de f sur tout cercle centré en z . En fait, c'est aussi vrai en
prenant la moyenne sur les disques centrés en z .
Corollaire
Soit une fonction holomorphe f sur un ouvert Ω de C. Pour tout disque D(z, r) inclus dans Ω, on
Preuve Z Z r Z 2π
On écrit f = f (z + ρeiθ ) ρ dθ dρ, puis, on arrive à
D(z,r) 0 0
Z Z r Z r
f = 2πf (z) ρ dρ = 2πf (z) ρ dρ = πr 2 f (z).
D(z,r) 0 0
Cette propriété de la moyenne est reliée à une autre propriété locale des fonctions holomorphes, le
principe du maximum, qui comporte deux volets.
Théorème: Principe du maximum, I
Soient Ω un ouvert connexe de C et f une fonction holomorphe sur Ω. On suppose que |f | atteint
un maximum local. Alors f est constante.
Preuve
Appelons z0 un point de Ω où |f | atteint un maximum local : pour r > 0 petit,
|f (z0 )| = max |f | = m;
D(z0 ,r)
Donc il y a égalité dans ces inégalités. Ainsi, |f | est constante à m sur D(z0 , r).
Si m = 0, f est nulle sur le disque D(z0 , r) donc sur Ω par prolongement analytique.
f
Sinon, par continuité, |f | > 0 sur D(z0 , r) et on peut considérer g = (ou mieux, on peut utiliser
f
que f est aussi holomorphe? Attention, f n'est pas holomorphe en général.
Une autre méthode: On a |f |2 = f f est constant, mais f n'est pas holomorphe.
On peut plutôt utiliser que f est holomorphe et que |f | est constant implique que f est constante.
En eet, si |f | est constant non nul, alors f ne s'annule pas et on peut écrire f = eg avec g
holomorphe, alors |f | = eRe g constant donne Re g constant, donc g constant par Cauchy-Riemann,
donc f constant.
Ou plus simplement, on peut dériver |f |2 = f f mais attention, f n'est pas holomorphe.
Une preuve standard : si |f | est constant non nul, alors f est constante car sinon, par le théorème de
l'application ouverte, l'image d'un ouvert serait un ouvert, ce qui contredirait que l'image est contenue
dans un cercle. Donc f est constante sur D(z0 , r), et par prolongement analytique, sur Ω.
Autrement dit, f atteint son module maximum en un point du bord de Ω. A contrario, le principe
du maximum I dit que, si f n'est pas constante, alors f ne peut pas atteindre son module maximum
en un point de l'intérieur.
Preuve
La fonction continue |f | atteint son maximum en un point z du compact Ω.
Si z est sur le bord ∂Ω, l'énoncé est prouvé. Sinon, le principe du maximum I montre que f est
constante : un point quelconque w de ∂Ω vérie |f (w)| = |f (z)| = max |f |.
Ω
En pratique, le principe du maximum s'utilise souvent ainsi. On s'intéresse à une fonction f holomorphe
sur un ouvert U et on veut contrôler f sur un ouvert connexe et borné Ω qui est plus petit que U , au
sens où Ω est inclus dans U . En dehors du cas trivial où f est constante, on aura
L'inégalité large est donnée par le principe du max II. Le principe du maximum I montre que l'égalité
n'a pas lieu, puisque f n'est pas constante.
Théorème
Soit Ω un ouvert connexe de C. Soit f une fonction holomorphe non constante sur Ω. Alors f (Ω)
est un ouvert de C.
Preuve
Soit z0 ∈ Ω. On veut montrer que f (Ω) contient un voisinage de w0 = f (z0 ).
Par le principe des zéros isolés, on peut trouver un nombre r > 0 tel que la fonction holomorphe
z 7→ f (z) − w0 ne s'annule pas sur le cercle C = C(z0 , r).
Avec la dénition de ρ et w1 ∈ D(w0 , ρ/2), on en tire ρ < 2ρ/2, ce qui est absurde.
En fait, cette propriété s'explique par la structure locale des fonctions holomorphes.
On va voir que, localement, elles ressemblent à des applications du type ϕm : z 7→ z m , m ∈ N.
Or, pour m ⩾ 1, une telle application ϕm est ouverte, c'est-à-dire envoie un ouvert sur un ouvert :
ϕm (D(0, r)) = D(0, r m ) donc l'image d'un voisinage de 0 est un voisinage de 0 ; près des autres
points, on peut invoquer le théorème d'inversion locale (ou vérier directement).
Dénition
Un biholomorphisme entre deux ouverts U et V de C est une bijection ϕ : U → V qui est
holomorphe et de réciproque ϕ−1 holomorphe.
Alors pour z ∈ U , on peut écrire f (z) = f (z0 ) + ϕ(z)m , avec ϕ(z) = (z − z0 )h(z).
La fonction ϕ est holomorphe sur U et ϕ′ (z0 ) = h(z0 ) ̸= 0, puisque h(z0 )m = g(z0 ) ̸= 0.
Ainsi, la diérentielle de ϕ est inversible en z0 , donc le théorème d'inversion locale montre que, quitte
à rétrécir U , ϕ est un diéomorphisme entre les ouverts U et V = ϕ(U ).
Enn, D(ϕ−1 )w = (Dϕϕ (w) )−1 est C-linéaire, donc ϕ−1 est holomorphe et ϕ est bien un biholo-
−1
morphisme.
On peut en déduire un résultat global qui dit en substance qu'une fonction holomorphe injective est un
biholomorphisme (sur son image).
Dans le cas réel, il eût fallu une hypothèse sur la diérentielle pour appliquer le théorème d'inversion
locale.
Ici, c'est gratuit: l'injectivité (locale) impose un ordre d'annulation m = 1, ce qui signie que la dérivée
n'est pas nulle. La preuve ci-dessous détaille ceci.
Corollaire
Soit f une fonction holomorphe injective sur un ouvert connexe Ω de C. Alors f ′ ne s'annule pas
et f est un biholomorphisme entre les ouverts Ω et f (Ω).
Preuve
Au voisinage d'un point z0 de Ω, on écrit f (z) = f (z0 ) + ϕ(z)m avec les notations du théorème.
Dans le cas m ⩾ 2, w 7→ wm n'est injective sur aucun voisinage de 0 et ϕ est bijective, donc
z 7→ f (z0 ) + ϕ(z)m n'est pas injective près de z0 , ce qui contredit l'injectivité de f .
7.1 Homotopie
Commençons par une remarque. On peut toujours reparamétrer un chemin sur [0, 1]:
Étant donné γ : [a, b] → C, si on introduit φ : [0, 1] → [a, b] telle que φ(t) = (1 − t)a + tb, alors
γ ◦ φ est un reparamétrage croissant de γ sur [0, 1].
Dans ce paragraphe, pour simplier, on paramètre tous les chemins sur [0, 1].
On se placera toujours sur un ouvert Ω de C, même si les concepts se généralisent bien au-delà.
Dénition
Soient γ0 et γ1 deux lacets dans Ω, paramétrés sur [0, 1]. Une homotopie entre γ0 et γ1 est une
application continue H : [0, 1] × [0, 1] → Ω telle que
1 ∀t ∈ [0, 1], H(0, t) = γ0 (t) et H(1, t) = γ1 (t);
2 ∀s ∈ [0, 1], H(s, 0) = H(s, 1).
On dit alors que γ0 et γ1 sont homotopes dans Ω.
Si s est xé dans [0, 1], γs = H(s, ·) est une application continue de [0, 1] dans Ω.
La seconde hypothèse ci-dessus garantit que ces γs forment en fait une famille de lacets.
En fait, l'homotopie H permet de déformer continûment le lacet γ0 de façon à obtenir le lacet γ1 .
Cette déformation se fait en suivant la famille de chemins γs , de s = 0 à s = 1.
Remarque
Si φ : [0, 1] → [0, 1] est une application continue telle que φ(0) = 0 et φ(1) = 1, alors tout lacet
γ : [0, 1] → Ω est homotope à γ ◦ φ dans Ω: il sut de poser
H(s, t) = γ (1 − s)t + sφ(t) .
En particulier, cela montre que l'existence d'une homotopie entre deux lacets n'est pas aectée par
les reparamétrages croissants.
Dénitions
✍ On dira qu'un lacet est contractile dans Ω s'il est homotope à un lacet constant (t 7→ z0 , z0
xé dans Ω).
✍ On dit que Ω est simplement connexe si Ω est connexe et tout lacet de Ω est contractile dans
Ω.
et vérier que ceci dénit bien une homotopie entre γ et le lacet constant à z0 , dans Ω.
Exemples
1 Un ouvert convexe est étoilé par rapport à chacun de ses points, donc simplement connexe.
Par exemple, on voit ainsi que le plan C et les disques D(z, r) sont simplement connexes.
2 Pour tout α ∈ S1 , l'ouvert C \ αR+ est étoilé par rapport à −α, donc simplement connexe.
γ(1) = γ̃(1)
γ(0) = γ̃(0) γ̃
Preuve
La distance d du compact γ ∗ au fermé disjoint C \ Ω est strictement positive; on prend ε < d/10.
Comme γ est continue sur un compact, γ est uniformément continue.
On dispose d'un δ > 0 tel que |γ(t) − γ(t′ )| < ε/2 dès que |t − t′ | < δ.
Choisissons alors une subdivision
0 = t0 < t1 < · · · < tn = 1
telle que |ti − ti+1 | < δ pour tout i et considérons le chemin γ̃ obtenu en concaténant les segments
[γ(ti ), γ(ti+1 )], 0 ⩽ i ⩽ n − 1.
Chaque segment [γ(ti ), γ(ti+1 )] est de longueur au plus ε/2, donc reste à distance au plus ε/2 de
γ(ti ).
Le choix des ti garantit aussi que γ([ti , ti+1 ]) reste à distance au plus ε/2 de γ(ti ).
Par inégalité triangulaire, on en déduit sup |γ − γ̃| ⩽ ε.
En posant
H(s, t) = (1 − s)γ(t) + sγ̃(t),
on obtient une homotopie H entre γ et γ̃ .
De plus, pour tous s et t, on a
|H(s, t) − γ(t)| = s|γ(t) − γ̃(t)| ⩽ ε,
Preuve
Dans un premier temps, on suppose que γ1 est proche de γ0 : pour tout t ∈ [0, 1],
|γ1 (t) − γ0 (t)| < rγ0 ,
i i+1
Par inégalité triangulaire (faire un dessin), on voit que c∗i est inclus dans le disque D(γ0 (ti ), 2rγ 0 ) ⊂ Ω.
On
Z peut ainsi appliquer le théorème de Cauchy local sur l'ouvert convexe D(γ0 (ti ), 2rγ ) pour obtenir 0
f = 0.
ci
Z Z
En sommant sur i, on obtient f− f = 0 (les intégrales sur les segments ajoutés se compensent).
γ0 γ1
Z Z
On en déduit f = f dans le cas où γ1 est proche de γ0 .
γ γ
Revenons au cas général. On dispose d'une homotopie H entre γ0 et γ1 .
0 1
Les lacets H(si , ·), 0 < i < m, ne sont pas forcément C 1 par morceaux: on les remplace par les lacets
anes par morceaux σi donnés par un lemme précédent, avec ε = r/10.
On pose aussi σ0 = γ0 et σm = γ1 .
Ainsi, les lacets successifs σi et σi+1 sont homotopes entre eux et susamment proches pour appliquer
le cas précédent: Z Z
f = f.
σi σi+1
Z Z Z Z
Par récurrence immédiate, on en déduit f = f, i.e. f = f.
σ0 σm γ0 γ1
Preuve Z
L'intégrale f est égale à l'intégrale de f le long d'un chemin constant γ1 : t 7→ z0 .
γ
Z Z 1
Un calcul immédiat donne f = f (γ1 (t))γ1′ (t) dt = 0.
γ1 0
Si l'ouvert Ω est simplement connexe, tous les lacets y sont contractiles, d'où le résultat suivant.
Corollaire
Soit Ω un ouvert simplement connexe de C 1 . Alors l'intégrale de toute fonction holomorphe sur Ω
le long de tout lacet C 1 par morceaux dans Ω est nulle.
7.3 Applications
Proposition
L'ouvert C∗ n'est pas simplement connexe.
Preuve
La
Z fonction z 7→ 1/zest en eet holomorphe sur C∗ , mais d'intégrale non nulle sur le cercle unité :
dz
= 2iπ . Un précédent corollaire montre que C∗ n'est pas simplement connexe.
C(0,1) z
Théorème
Soit z ∈ C. On suppose que γ0 et γ1 sont deux lacets C 1 par morceaux et homotopes dans C \ {z}.
Alors ils ont le même indice par rapport à z : Indγ (z) = Indγ (z). 0 1
Preuve
1
Il sut de prendre f (w) = et Ω = C \ {z} dans le théorème de Cauchy.
w−z
Remarque
On peut montrer que l'indice caractérise entièrement les lacets dans C∗ , vus à homotopie près.
En fait, tout lacet γ de C∗ est homotope à l'un des lacets σn : t 7→ e2iπnt .
t ∈ [0, 1]
Théorème
Sur un ouvert simplement connexe de C, toute fonction holomorphe admet une primitive holomor-
phe.
Preuve
Soit f une fonction holomorphe sur un ouvert simplement connexe Ω.
Z
Fixons un point z0 dans Ω. Pour tout z ∈ Ω, on pose F (z) = f , où γz est un chemin C 1 par
γ
morceaux reliant z0 à z ; il y en a un par connexité de Ω et la valeur de F (z) ne dépend pas de celui
z
Preuve
f (w) − f (z)
À z xé, on dénit g(w) = si w ̸= z et g(z) = f ′ (z).
w−z
Cette fonction g est holomorphe sur Ω\{z} et se prolonge par continuité en z , en posant g(z) = f ′ (z)
; elle est en particulier bornée près de z , donc, g dénit une fonction holomorphe sur Ω.
Par le théorème de Cauchy, son intégrale le long de γ est nulle.
En développant l'expression, on trouve la formule de Cauchy.
Terminons par une application numérique qui prégure la suite.
Exemple
Considérons la fonction holomorphe dénie par
eiz
f (z) = , sur C∗ . Considérons un lacet γ qui σR
z
paramètre naturellement le bord de l'ouvert
Ωε,R = z ∈ C | ε < |z| < R et Im(z) > 0 .
τεε
n o
Ce lacet γ est contractile dans C∗ : en fait, il est tracé dans l'ouvert étoilé (donc simplement
connexe) C \ iR− .
Z
Par le théorème de Cauchy, on a donc: f = 0.
Z γ Z π
Mais l'intégrale sur σR s'écrit f = i
it
et tend vers 0 quand R → +∞, par
eiRe dt
σ R 0
convergence dominée : le module de l'intégrande, e−R sin t , tend vers 0 pour t ∈]0, π[, et on a une
domination par e−cR pour un certain c > 0 (ou simplement on peut majorer par e−R sin t ⩽ 1 et
utiliser le théorème de convergence dominée car pour chaque t, la limite est 0, et l'intégrande est
borné par 1).
Chapitre
Fiche
holomorphes
5
Pour le vérier, il sut d'invoquer le théorème précédent et de dire que f (±1/n) = e±n .
Ainsi, on a une suite tendant vers 0 dont l'image par f tend vers l'inni (en module), donc la
singularité n'est pas apparente ; on a aussi une suite tendant vers 0 dont l'image par f tend
vers 0, donc la singularité n'est pas un pôle ; c'est donc une singularité essentielle.
En utilisant la 2iπ-périodicité de exp, on voit que c'est toujours l'image tout entière de
l'exponentielle, c'est-à-dire C∗ , qui est bien dense dans C.
Preuve
Supposons que le troisième cas n'a pas lieu.
On va montrer que f tombe alors forcément dans l'une des deux premières situations, singularité
apparente ou pôle.
En niant 3 , on sait qu'il existe r > 0 tel que f (D′ ∩ D(0, r)) n'est pas dense dans C.
Cela signie qu'il existe w ∈ C et δ > 0 tels que le disque D(w, δ) est disjoint de f D ′ ∩ D(0, r) :
Exercice
Montrer que les seules bijections holomorphes dans C sont les applications anes.
Soit f une telle fonction.
1
Pour tout z ∈ C , on pose g(z) = f
∗
.
z
Montrons que 0 est une singularité non essentielle de g.
La fonction f est une bijection holomorphe sur C, donc elle est ouverte, d'où :
∃ r > 0, f (D(0, r)) est un voisinage de f (0).
D'où, il existe R > 0 tel que
|f (z) − f (0)| < R =⇒ |z| < r.
Donc pour z ∈ C∗ , on a:
1 1
f − f (0) < R =⇒ < r,
z z
donc
1
|g(z) − f (0)| < R =⇒ |z| > ,
r
et par contraposée
1
|z| ⩽ =⇒ |g(z) − f (0)| ⩾ R.
r
D'où g D 0, 1r n'est pas dense dans C, ce qui implique que 0 est une singularité non essentielle
de g.
Il existe alors m ∈ N ;
z m g(z) −−→ 0.
z→0
Donc
f (z)
−
−−−−
→ 0.
zm |z|→+∞
D'autre part, f est analytique (entière) car holomorphe, alors on peut écrire :
+∞
X m
X +∞
X
n n
f (z) = an z = an z + an z n .
n=0 n=0 n=m+1
| {z }
Pm (z)
+∞
D'où la fonction h : z 7→ est bornée ; de plus elle est holomorphe, alors d'après le
X
an z n−m
n=m+1
théorème de Liouville elle est constante sur C. Notons c ∈ C sa valeur.
Donc, pour tout z ∈ C, on a f (z) = Pm (z) + c · z m qu'est un polynôme de degré au plus m.
Si le degré de f est supérieur à deux, alors il admet au moins une racine, ce qui contredit l'injectivité
de f (f est supposée bijective). D'où f est une application ane dans C.
Dénition
Une série de Laurent est une série de fonctions s'écrivant
X X X
z 7→ an z n = an z n + a−n z −n ,
n∈Z n⩾0 n⩾1
1
Notons R2 le rayon de convergence de la série entière et celui de la série entière a−n wn .
X X
an z n
n⩾0
R1 n⩾1
Ainsi, la série de Laurent converge sur l'anneau A(0, R1 , R2 ) et diverge sur C \ A(0, R1 , R2 ).
X
an z n
n∈Z
La théorie des séries entières s'applique aux deux morceaux d'une série de Laurent (n ⩾ 0 et n ⩽ −1).
En particulier, on a convergence normale sur tout anneau fermé A(0, r1 , r2 ) tel que R1 < r1 < r2 < R2 .
De même, la somme d'une série de Laurent est holomorphe sur A(0, R1 , R2 ).
Le théorème suivant donne une réciproque à cet énoncé.
De même que les fonctions holomorphes sur un disque D sont exactement les sommes de séries entières
convergentes sur D, les fonctions holomorphes sur un anneau A sont exactement les sommes de séries
de Laurent convergentes sur A.
Théorème
Soit f une fonction holomorphe sur l'anneau A(z0 , R1 , R2 ). Alors f admet un développement en
série de Laurent : il existe des nombres complexes an , n ∈ Z, tels que
+∞
X
∀z ∈ A(z0 , R1 , R2 ), f (z) = an (z − z0 )n .
n=−∞
f (w) − f (z)
Pour voir cette formule, on peut à nouveau introduire la fonction g : w 7→ qui se prolonge
w−z
dw
Z
De même, = 2iπ IndC(z ,r ) (z) = 0 (z est cette fois à l'extérieur). Et on obtient la
0 1
C(z ,r ) w − z
formule (10).
0 1
Remarque
Une autre preuve consiste à appliquer la formule de Cauchy à un lacet γ parcourant le grand cercle
C(z0 , r2 ) dans le sens positif, puis un segment radial, puis le petit cercle C(z0 , r1 ) dans le sens
négatif et enn l'opposé du segment précédent pour revenir au point de départ.
Un dessin aidera bien le lecteur à voir pourquoi un tel lacet est contractile dans l'anneau et
pourquoi l'indice de γ par rapport à un point z de A(z0 , R1 , R2 ) \ γ ∗ est 1.
Pour obtenir (10), il reste à utiliser Chasles pour décomposer l'intégrale de Cauchy le long de γ en
quatre morceaux, deux sur des segments opposés qui se compensent et deux sur les cercles, donnant
les termes voulus.
Prouvons maintenant le théorème précédent.
Preuve
Le développement en série de Laurent s'obtient à partir de la formule de Cauchy (10) en développant
convenablement les deux intégrandes.
Pour le premier morceau, celui où |w − z0 | = r2 , on écrit
∞
z − z0 n
1 1 1 X
= = ,
w−z (w − z0 ) − (z − z0 ) w − z0 n=0
w − z0
Avec la convergence normale de ces séries de fonctions sur les deux cercles, on peut permuter intégrale
n=0
2iπ C(z0 ,r1 )
Proposition
Le développement en série de Laurent est unique.
Preuve
+∞
Si on a le développement f (z) = an (z − z0 )n , alors les coecients an obéissent à la formule
X
n=−∞
(9) et donc ne dépendent que de f .
En eet, on peut utiliser la convergence normale pour écrire
+∞
1 f (w) an
Z X Z
dw = (w − z0 )n−m−1 dw.
2iπ C(z0 ,r) (w − z0 )m+1 n=−∞
2iπ C(z0 ,r)
au voisinage de z0 , avec b0 ̸= 0.
Cela revient à dire qu'on a un développement en série de Laurent
∞
a−m a−m+1 a−1 X
f (z) = + + ··· + + an (z − z0 )n ,
(z − z0 )m (z − z0 )m−1 z − z0 n=0
Exemple
1
On a déjà vu que z 7→ exp a une singularité essentielle en 0.
z
Le développement en série entière de l'exponentielle donne un développement en série de Laurent
de cette fonction, valide sur C∗ :
1 +∞ n 0
X 1 1 X 1
exp = = zn.
z n=0
n! z n=−∞
(−n)!
n⩽0
sur tout C \ {z0 }.
1 1
En eet, la série entière a−n wn converge pour < |w| < +∞ (on a posé ),
X
w =
n⩾0
r (z − z0 )
donc son rayon de convergence est inni et elle converge partout.
3 Résidus
Dénition
Soit f une fonction holomorphe sur le disque épointé D ′ (z0 , R), de développement en série de
+∞
Laurent f (z) = an (z − z0 )n .
X
n=−∞
En eet, si le résidu a−1 est nul, le développement en série de Laurent s'intègre terme à terme pour
donner une primitive.
Dans le même esprit, la formule (9) donne l'expression suivante pour le résidu : pour 0 < r < R,
1
Z
Res(f, z0 ) = f (w) dw.
2iπ C(z0 ,r)
Les résidus sont intimement liés au calcul d'intégrales de fonctions holomorphes et donnent une formule
toute puissante.
Théorème: Formule des résidus
Soit γ un lacet C 1 par morceaux et contractile dans un ouvert Ω de C. Soit f une fonction
holomorphe sur Ω \ {z1 , . . . , zN }, pour des points z1 , . . . , zN situés hors de l'image de γ . Alors :
N
1
Z X
f = Res(f, zk ) Indγ (zk ).
2iπ γ k=1
Une remarque ci-dessus montre que cette formule dénit une fonction holomorphe fk sur C \ {zk }.
N
Ainsi, la fonction g = f − est bien dénie et holomorphe sur Ω \ {z1 , . . . , zN }.
X
fk
k=1
En outre, par construction, f − fk est donné par une série entière près de zk , donc n'y admet qu'une
singularité apparente ; et les fonctions fj , pour j ̸= k, sont holomorphes près de zk .
Donc g n'a que des singularités apparentes aux points
Z zk et se prolonge en une fonction holomorphe
sur tout Ω. Le théorème de Cauchy donne alors g = 0, d'où :
γ
N
1 1
Z X Z
f = fk .
2iπ γ k=1
2iπ γ
Pour n ̸= −1, z 7→ (z − zk )n admet une primitive holomorphe, donc s'intègre en 0 le long du lacet
γ . Il reste :
1 1 dz
Z Z
fk = a−1,k = Res(f, zk ) Indγ (zk ).
2iπ γ 2iπ γ z − zk
Remarque
An d'utiliser ce théorème pour calculer des intégrales, il faut savoir calculer les résidus.
Le cas usuel est celui où f s'écrit sur un disque épointé D′ (z0 , r) comme un quotient de fonctions
u
holomorphes .
v
Le développement en série entière de ces fonctions permet d'écrire pour h ∈ C∗ petit:
(
u(z0 + h) = ak hk + ak+1 hk+1 + · · ·
v(z0 + h) = bl hl + bl+1 hl+1 + · · ·
ak ak+i bl+j
en posant c = , m = l − k, αi = , βj = .
bl ak bl
On peut alors faire un développement limité du quotient pour obtenir une expression du type
c
1 + γ1 h + γ2 h2 + · · · .
f (z0 + h) =
hm
Si m est strictement positif, ce calcul donne le développement en série de Laurent d'un pôle en z0 .
Le résidu est le coecient devant h−1 , c'est-à-dire c γm−1 .
Pour m assez petit, le calcul est rapide. Par exemple, si on a un pôle simple, i.e. m = 1, le
c
résidu de f en z0 est c ; dans ce cas, le résidu est simplement donné par l'équivalent f (z0 + h) ∼ .
h
Attention, si le pôle est d'ordre supérieur, l'équivalent ne sut pas, il faut pousser le développement
limité jusqu'au bon terme.
Remarque
g(z)
Si la fonction étudiée f se présente sous la forme f (z) = , avec g holomorphe, le résidu
(z − z0 )p
de f en z0 est l'un des coecients du développement de Taylor de g en z0 , celui d'ordre p − 1.
D'où la formule
g (p−1) (z0 )
Res(f, z0 ) = ,
(p − 1)!
dans ce cas.
Exemple
Utilisons la formule des résidus pour calculer l'intégrale
+∞
dx
Z
I= .
−∞ (x2 + 1)2 (x2 + 4)
L'intégrande est continu et décroît comme x−6 à l'inni, donc il est intégrable.
On introduit la fonction
1 1
f : z 7→ = ,
(z 2 + 1)2 (z 2 + 4) (z + i)2 (z − i)2 (z + 2i)(z − 2i)
qui est holomorphe sur C \ {±i, ±2i}.
Im(z)
2i
i
Re(z)
−R 0 R
donc : Z Z
f+ f = 2iπ Res(f, i) + Res(f, 2i) .
+
[−R,R] CR
1 h
d'où le développement limité : .
f (i + h) = − 1− + O(h2 )
12h2 3i
1
On en déduit que le résidu de f en i est .
36i
π
Finalement, on trouve : I= .
9
Pôle simple:
Si z = z0 est un pôle simple le calcul du résidu est particulièrement simple
Res(f, z0 ) = lim (z − z0 )f (z).
z→z0
Exemple
z+1
Trouver le résidu de f (z) = en z = 1.
(z + 2)(z − 1)
Le point z = 1 est un pôle simple et le résidu en z = 1 est
z+1 z+1 2
Res(f, 1) = lim (z − 1) = lim = .
z→1 (z + 2)(z − 1) z→1 z+2 3
Remarque
Si z = z0 est un pôle simple et f (z) se présente sous la forme
P (z)
f (z) = , Q(z0 ) = 0 et Q′ (z0 ) ̸= 0,
Q(z)
alors en utilisant la règle de L'Hôpital, nous avons
P (z0 )
Res(f, z0 ) = . (⋆)
Q′ (z0 )
Exemple
ez+1
Trouver le résidu de f (z) = en z = −1.
z3 + 1
Pôle d'ordre m ⩾ 2:
Dans le cas où z = z0 est un pôle d'ordre m ⩾ 2, le résidu a−1 est donné par la formule
1 dm−1
Res(f, z0 ) = a−1 = lim {(z − z0 )m f (z)}.
z→z0 (m − 1)! dz m−1
∞
X a−1 a−2 a−m
f (z) = an (z −z0 )n = a0 +a1 (z −z0 )+a2 (z −z0 )2 +· · ·+ + +· · ·+ .
n=−m
z − z0 (z − z0 )2 (z − z0 )m
est le nombre de zéros de f dans le disque D(z0 , r), comptés avec leur multiplicité.
k=1
Preuve
D'abord, on vérie la formule donnée pour l'indice, en paramétrant C par
γ(t) = z0 + re2iπt , 0 ⩽ t ⩽ 1.
Ensuite, avec les notations introduites ci-dessus, on voit que z1 , . . . , zN sont les seuls zéros de f dans
un disque D(z0 , r′ ) de rayon r′ un peu plus grand que r : c'est parce que f ne s'annule pas sur C ,
donc reste non nulle sur un voisinage de C .
f′
Ainsi, le quotient est une fonction holomorphe sur le disque D(z0 , r′ ) privé des points z1 , . . . , zN .
f
Le cercle C est contractile dans ce disque, évite les points zk et son indice par rapport à chaque zk
est 1. La formule des résidus donne
N
1 f′ f′
Z X
= Res , zk .
2iπ C f k=1
f
Pour calculer ces résidus, on écrit près de chaque zk : f (z) = (z − zk )mk gk (z), avec gk holomorphe
ne s'annulant pas. Un calcul rapide donne
f ′ (z) mk gk′ (z)
= + .
f (z) z − zk gk (z)
f′
Le second terme est holomorphe, donc cette formule montre que admet un pôle simple en zk , de
f
résidu mk . Cela prouve le théorème.
Corollaire: Théorème de Rouché
Soit Ω un ouvert de C contenant un disque fermé D(z0 , r). On suppose que f et g sont deux
fonctions holomorphes sur Ω telles que
∀z ∈ C(z0 , r), |f (z) − g(z)| < |f (z)|.
Alors f et g ont le même nombre de zéros, comptés avec multiplicité, dans le disque D(z0 , r).
zéros simples, en ±i ε.
Preuve
On note C = C(z0 , r). La preuve consiste à montrer que les indices des lacets f (C) et g(C) par
rapport à 0 sont égaux, ce qui permet d'appliquer le théorème précédent pour trouver le résultat.
On bâtit une homotopie entre ces lacets en posant
∀s, t ∈ [0, 1], H(s, t) = (1 − s)f ◦ γ(t) + s g ◦ γ(t),
Exemple
z
En prenant fn (z) = , on voit que les cas particuliers peuvent survenir.
n
Ici, la limite f est identiquement nulle et les fonctions fn sont injectives sur C, ne s'annulent pas
sur C∗ .
5 Fonctions méromorphes
Dénition
Soit Ω un ouvert de C. On dit que f est une fonction méromorphe sur Ω s'il existe un fermé A de
Ω, constitué de points isolés, tel que
Remarques
✍ On demande à A d'être fermé dans Ω et constitué de points isolés. Il est équivalent de
demander à A d'être localement ni dans Ω : pour tout compact K de Ω, l'intersection
K ∩ A est nie. La preuve est un petit exercice de topologie.
✍ Bien sûr, les fonctions holomorphes sur Ω sont méromorphes sur Ω (A = ∅).
✍ Les fractions rationnelles sont les exemples typiques de fonctions méromorphes, sur C ; A est
alors constitué des racines du dénominateur et il sut de décomposer en éléments simples
pour bien voir apparaître la structure des pôles.
Pour ce faire, observons d'abord qu'une intégration par partie donne rapidement
Γ(z + 1) = zΓ(z) si Re(z) > 0.
Par unicité du prolongement analytique, ces extensions sont compatibles entre elles et on
obtient un (unique) prolongement holomorphe à la réunion des Ωn : Γ détermine donc une
fonction holomorphe sur C \ (−N).
Pour analyser la singularité en −n, on utilise la formule ci-dessus au rang n+1 pour voir
l'équivalent suivant, quand h → 0 :
Γ(1 + h) (−1)n 1
Γ(−n + h) = ∼ .
(−n + h)(1 − n + h) · · · (−1 + h)(0 + h) n! h
(−1)n
La fonction Γ a donc un pôle simple en −n, de résidu .
n!
Remarque
Une fonction f méromorphe sur Ω n'est pas dénie sur Ω, seulement sur Ω \ A.
Proposition
Si Ω est un ouvert connexe de C, alors M(Ω) est un corps.
Preuve
Il s'agit essentiellement de vérier que M(Ω) est stable par addition, produit et inversion.
Soient f et g deux fonctions méromorphes sur Ω, d'ensembles de pôles Af et Ag .
Alors f + g et f × g sont holomorphes hors de Af ∪ Ag .
En un point a de Af ∪ Ag , on vérie que f × g admet toujours un pôle, tandis que f + g admet un
pôle ou une singularité apparente (deux pôles avec des coecients opposés peuvent se compenser).
Dans tous les cas, ces fonctions sont holomorphes sur Ω \ A avec des pôles aux points de A, pour une
certaine partie A de Af ∪ Ag .
Un tel A est automatiquement fermé et constitué de points isolés, par exemple par une remarque
ci-dessus.
1
On veut voir aussi que est méromorphe sur Ω.
f
1
Cette fois, les pôles de f sont des points où tend vers 0, donc se prolonge de façon holomorphe.
f
Mais des singularités apparaissent là où f s'annule.
L'ouvert Ω étant connexe, le principe des zéros isolés assure que le fermé A des zéros de f est
constitué de points isolés.