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Cours Complexe 2

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Chapitre

INTRODUCTION À
Fiche
L'ANALYSE COMPLEXE
1
Motivation
Nous allons ici introduire une notion de dérivation pour les fonctions f : C → C. Formellement, la
➤ dénition sera complètement analogue à celle de la dérivée d'une fonction f : R → R.
Disons tout de suite que cette similarité est trompeuse! Les fonctions dérivables au sens complexe
s'avèrent très spéciales et jouissent de propriétés de rigidité remarquables.
On verra plus tard, entre autres, comment exploiter ces particularités pour développer des outils
puissants de calcul intégral.
Par ailleurs, la dérivabilité au sens complexe a une jolie interprétation géométrique simple, ce qui
a aussi des applications importantes et miraculeuse.

1 Rappels sur les nombres complexes


On note C l'ensemble R2 muni des lois internes + et × dénies par:
(x; y) + (x0 ; y0 ) = (x + x0 ; y + y0 ),

(x; y) × (x0 ; y0 ) = (xx0 − yy0 ; xy0 + x0 y), ∀(x; y); (x0 ; y0 ) ∈ R2 .


Les éléments de C sont les nombres complexes. On identiera R à R × {0} ⊂ R2 = C. En particulier,
1 = (1; 0). On notera aussi i = (0; 1).

Tout élément (x; y) de R2 = C s'écrit de façon unique (x; y) = x(1; 0) + y(0; 1) = x1 + yi = x + iy :


En particulier, le produit se réécrit
(x + iy)(x0 + iy0 ) = (xx0 − yy0 ) + i(xy0 + x0 y).

Proposition
(C, +, ×) est un corps. R est un sous-corps de C. −1 a deux racines carrées dans C : i et −i.

Forme cartésienne: C est un C-espace vectoriel de dimension 1, mais aussi un R-espace vectoriel de
dimension 2. La loi externe R × C→ C s'obtient en restreignant le produit C × C → C.
La base canonique de C = R est 1 = (1, 0), i = (0, 1) .

2

Les coordonnées de z = x + iy dans cette R-base sont x = Re(z), la partie réelle de z , et y = Im(z),
la partie imaginaire de z .
L'écriture z = x + iy est la forme cartésienne (dite aussi algébrique) de z .
Par abus de notation, il pourra nous arriver d'écrire z = x + iy en sous-entendant que x et y sont réels.
Le conjugué de z est z̄ = x − iy. On a donc les formules :
z+z z−z
z = Re z + i Im z, z̄ = Re z − i Im z; Re z = , Im z = .
2 2i

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Un nombre complexe z est donc dans R ssi Im(z) = 0 ssi z = z . De même, z ∈ iR ssi Re(z) = 0 ssi
z = −z : on dit alors que z est imaginaire pur.

Remarque
On peut vérier que la conjugaison complexe z 7→ z est un automorphisme de corps qui induit
l'identité sur R. Et, en fait, c'est le seul, avec l'identité : si un automorphisme u du corps C induit
l'identité sur R, alors
u(x + iy) = u(x) + u(i)u(y) = x + u(i)y,
de sorte que u est déterminé par u(i) ; or u(i)2 = u(i2 ) = u(−1) = −1, donc soit u(i) = i et u
est l'identité, soit u(i) = −i et u est la conjugaison.

Forme trigonométrique: Le module de z = x + iy est |z| = x2 + y2 .


p

Autrement dit, c'est la norme euclidienne du vecteur z = (x, y) de C = R2 .


Le module est donc une norme sur le R-espace vectoriel C, dénissant la topologie usuelle de C = R2 .
L'expression du produit des nombres complexes montre que le produit scalaire euclidien entre les vecteurs
z et z ′ de C = R2 n'est autre que Re(z̄z ′ ).

En particulier, on trouve l'identité zz = |z|2 , qui entraîne une formule utile pour l'inverse de z ∈ C∗ :
1 z̄
= 2
.
z |z|
On en déduit aussi le fait que le module dénit une norme multiplicative : |zz ′ | = |z||z ′ | pour tous
z, z ′ ∈ C.
Le lien avec le produit scalaire donne aussi la formule utile suivante:
|z + z ′ |2 = |z|2 + |z ′ |2 + 2 Re(zz ′ ).
z
Pour tout z ∈ C∗ = C \ {0}, le nombre w = est de module 1, donc Re(w)2 + Im(w)2 = 1.
|z|
Ainsi, il existe θ ∈ R tel que Re(w) = cos θ et Im(w) = sin θ. On note alors eiθ = cos θ + i sin θ
(on reviendra sur cette exponentielle plus loin dans le cours), de sorte que z = |z|eiθ . C'est la forme
trigonométrique du nombre complexe z ̸= 0.
Le nombre θ est un argument de z . Il n'est pas unique! Il n'est déterminé qu'à 2πZ près.
Par exemple, la formule d'Euler eiπ = −1 donne la forme trigonométrique de −1, dont un argument
est π.
Plus géométriquement, si on pense à C comme au plan euclidien R2 , le passage de l'écriture z = x + iy
à z = reiθ , avec r = |z|, correspond au passage des coordonnées cartésiennes aux coordonnées polaires
: (x, y) = (r cos θ, r sin θ).

2 Géométrie et C-linéarité

Comme dit plus haut, C est en particulier un espace vectoriel de dimension 2 sur R, identié à R2 par
x + iy = (x, y).

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Dans cette identication, (1, i) est la base canonique; le module est la norme euclidienne; un argument
de z donne une mesure de l'angle (orienté) entre 1 et z , vus comme vecteurs de R2 .
Certaines transformations s'interprètent aisément: Si ρ est un réel positif, l'application z 7→ ρz est
l'homothétie de rapport ρ (centrée en 0); pour tout θ ∈ R, z 7→ eiθ z est la rotation d'angle θ (centrée
en 0); la conjugaison est la réexion par rapport à l'axe des abscisses (dirigé par 1).
Une application C-linéaire u : C → C est en particulier une application R-linéaire.
Il est naturel et utile de comprendre ce que la C-linéarité ajoute et signie géométriquement.
Proposition
Soit u : C → C une application R-linéaire. Les propriétés suivantes sont équivalentes :
1 u est C-linéaire,
2 u(i) = iu(1),
 
a −b
3 La matrice de u dans la base canonique (1, i) est de la forme b a
,

4 u=0 ou bien u est une similitude.


Rappelons qu'une similitude (vectorielle directe) est par dénition la composée d'une homothétie de
rapport strictement positif et d'une rotation (centrées en 0).
Preuve
On va montrer 1 ⇒ 4 ⇒ 3 ⇒ 2 ⇒ 1.
1 ⇒ 4 : Une application C-linéaire u : C → C est de la forme : u(z) = λz , où λ = u(1) ∈ C.
Si λ = 0, u = 0. Sinon, λ = ρeiθ avec ρ > 0 et θ ∈ R ; alors u est la composée de la rotation
d'angle θ et de l'homothétie de rapport ρ, donc une similitude.
4 ⇒ 3 : Si u = 0, a = b = 0 conviennent. Si u est une similitude, c'est la composée d'une rotation
d'angle θ et d'une homothétie de rapport ρ > 0, donc sa matrice dans la base canonique est
    
ρ 0 cos θ − sin θ ρ cos θ −ρ sin θ
= ,
0 ρ sin θ cos θ ρ sin θ ρ cos θ

de sorte que a = ρ cos θ et b = ρ sin θ conviennent.


3 ⇒ 2 : La matrice dit que u(1) = a1 + bi = a + ib et que u(i) = −b1 + ai = i(a + ib), donc
u(i) = iu(1).
2 ⇒ 1 : Par R-linéarité, pour x, y ∈ R, on a

u(x + iy) = u(x) + u(iy) = xu(1) + yu(i).

Avec l'hypothèse u(i) = iu(1), on trouve donc u(x + iy) = (x + iy)u(1), soit u(z) = λz pour tout
z ∈ C, avec λ = u(1) : u est C-linéaire.
On peut donner une caractérisation encore plus géométrique.
Un endomorphisme R-linéaire v de R2 = C est dit conforme si v est inversible et préserve les angles :
pour tous z, z ′ ∈ C, l'angle (orienté) entre v(z) et v(z ′ ) est égal à l'angle entre z et z ′ .

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Proposition
Soit u : C → C une application R-linéaire non nulle. u est C-linéaire si et seulement si u est
conforme.
Preuve
Si u est C-linéaire, alors u est une similitude, donc la composée d'une homothétie de rapport non nul
et d'une rotation. Comme ces deux transformations du plan préservent les angles, u est conforme.
Supposons maintenant u conforme. Comme u est inversible, u(1) et u(i) sont non nuls.
L'angle entre 1 et i est +π/2, donc l'angle entre u(1) et u(i) est aussi +π/2, ce qui signie qu'il
existe λ > 0 tel que u(i) = λeiπ/2 u(1) = λiu(1).
De même, l'angle entre 1 − i et 1 + i est +π/2, donc il existe µ > 0 tel que u(1 + i) = µiu(1 − i).
Par R-linéarité, u(1 ± i) = u(1) ± u(i) = (1 ± λi)u(1), d'où
(1 + λi)u(1) = µi(1 − λi)u(1).

En simpliant par u(1) ̸= 0 et regardant les parties réelles et imaginaires, on arrive à λµ = 1 et


λ = µ. Avec λ > 0, cela implique λ = µ = 1, donc u(i) = iu(1) et u est C-linéaire.

3 Diérentiabilité au sens complexe

Dénition
Soient Ω un ouvert de C et a un point de Ω.
On dit qu'une fonction f : Ω → C est C-diérentiable (ou C-dérivable) en a si le quotient
f (a + h) − f (a)
admet une limite dans C quand h ∈ C∗ tend vers 0.
h
On note cette limite:
f (a + h) − f (a)
f ′ (a) = lim .
h→0 h
C'est la dérivée complexe de f en a.
Cette dénition est formellement similaire à celle de la dérivabilité des fonctions de R dans R.
Néanmoins, ici, on prend h dans C = R2 , donc on calcule une limite dans R2 et c'est plus subtil: on
exige que le quotient converge vers le même nombre dans toutes les directions, quelle que soit la façon
d'approcher a.
Avec des quanticateurs, ce qu'on demande, c'est que pour tout ε > 0, il existe ρ > 0, tel que
f (a + h) − f (a)
0 < |h| < ρ ⇒ − f ′ (a) < ϵ.
h
Quitte à noter ϵ(h) la quantité dans le module, on a donc :
f (a + h) = f (a) + f ′ (a)h + |h|ϵ(h),
avec h→0
lim ϵ(h) = 0. Ainsi, on a le développement limité à l'ordre 1:

(1) f (a + h) = f (a) + f ′ (a)h + o(|h|).

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Et en fait l'existence d'un tel développement limité équivaut à la C-diérentiabilité de f en a.
Exemple
(z + h) − z
La fonction f : z 7→ z est C-diérentiable en tout point z ∈ C, avec f ′ (z) = 1, car =
h
1 → 1 quand h → 0.

Exemple
La fonction f : z 7→ z 2 est C-diérentiable en tout point z ∈ C, avec f ′ (z) = 2z car
(z + h) − z 2
2
= 2z + h → 2z quand h → 0.
h

Exemple
z+h−z h
Par contre, f : z 7→ z n'est C-diérentiable en aucun point z ∈ C car = n'a pas de
h h
limite quand h tend vers 0 : si l'on regarde hn = 1/n et hn = i/n, on trouve que les quotients
hn
valent respectivement 1 et −1, donc n'ont pas la même limite.
hn

Si l'on pense que C n'est autre que le plan réel R2 , on y dispose déjà d'une notion de diérentiabilité
: si Ω est un ouvert de C, alors f : Ω → C est R-diérentiable en a ∈ Ω s'il existe une application
R-linéaire Dfa : C → C telle qu'on ait le développement limité
(2) f (a + h) = f (a) + Dfa (h) + o(|h|).
Dans cet énoncé, C n'est qu'une notation pour R2 . Rappelons que le module |h| de h ∈ C = R2 n'est
autre que la norme euclidienne de h ∈ R2 = C.
C'est vraiment la dénition usuelle de la diérentiabilité pour une application d'un ouvert de R2 dans
R2 !
Théorème
Soient Ω un ouvert de C, a ∈ Ω et f : Ω → C. Les propriétés suivantes sont équivalentes.
1 f est C-diérentiable en a.
2 f est R-diérentiable en a et sa diérentielle Dfa est C-linéaire.
Dans ce cas, Dfa est l'application h 7→ f ′ (a)h.
Preuve
Si f est C-diérentiable en a, on a le développement limité (1), où le terme h 7→ f ′ (a)h est en
particulier R-linéaire, donc fournit la diérentielle h 7→ Dfa (h) ; comme ce terme est en fait C-
linéaire, Dfa est C-linéaire.
Réciproquement, si f est R-diérentiable en a, avec Dfa C-linéaire, alors Dfa est de la forme h 7→ λh,
avec λ ∈ C. Le développement limité (2) donne
f (a + h) = f (a) + λh + o(|h|)

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et donc f est C-diérentiable en a, avec f ′ (a) = λ.
Il est utile, pour certains calculs pratiques, d'interpréter ceci en termes de dérivées partielles.
 
Notons P = Re(f ) et Q = Im(f ), de sorte que f = P + iQ = P Q
, toujours grâce à l'identication
canonique de C avec R2 . Ainsi, la matrice dans la base canonique de Dfa est
 
∂P ∂P
 ∂x (a) ∂y (a)
 
 ∂Q ∂Q 
(a) (a)
∂x ∂y
Au vu d'une proposition précédente, cette matrice représente une application C-linéaire si et seulement
si
∂P ∂Q ∂P ∂Q
(3) (a) = (a) et (a) = − (a).
∂x ∂y ∂y ∂x
Ce sont les équations de Cauchy-Riemann.
Corollaire
Soit f : Ω → C une fonction R-diérentiable en un point a d'un ouvert Ω de C.
La fonction f est C-diérentiable en a si et seulement si les fonctions P = Re(f ) et Q = Im(f )
vérient les équations de Cauchy-Riemann
∂P ∂Q ∂P ∂Q
(a) = (a) et (a) = − (a).
∂x ∂y ∂y ∂x

Remarques
✍ Que valent les dérivées partielles d'une fonction f qui est C-diérentiable en a? Les vecteurs
de la base canonique du R-espace vectoriel R2 = C sont (1, 0) = 1 et (0, 1) = i, donc ces
dérivées partielles valent
∂f ∂f
(a) = Dfa (1) = f ′ (a) et (a) = Dfa (i) = if ′ (a).
∂x ∂y
f (a + h) − f (a)
On peut aussi voir ces formules en regardant le taux de variation avec h = ϵ
h
puis h = iϵ, où ϵ est un réel tendant vers 0.
En particulier, on voit que, si f est un prolongement complexe d'une fonction réelle le long
de l'axe réel, alors sa dérivée complexe coïncide avec sa dérivée réelle le long de l'axe réel (et
il n'y a pas de conit de notation autour de f ′ !).
✍ Mentionnons ici un autre point de vue. On considère une fonction f qui est R-diérentiable
en a et on part de la formule
∂f ∂f
Dfa (h) = (a)hx + (a)hy ,
∂x ∂y
h+h h−h
où h = (hx , hy ) = hx + ihy , i.e. hx = Re(h) = et hy = Im(h) = . En
2 2i

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exprimant hx et hy en termes de h et h, on obtient
∂f ∂f
Dfa (h) = (a)h + (a)h,
∂z ∂z
où l'on note    
∂f 1 ∂f ∂f ∂f 1 ∂f ∂f
= −i et = +i .
∂z 2 ∂x ∂y ∂ z̄ 2 ∂x ∂y
∂f
Comme Dfa (i) − iDfa (1) = −2i (a), la proposition de la C-linéarité montre que Dfa
∂ z̄
∂f
est C-linéaire si et seulement si (a) = 0 ; dans ce cas, f est C-diérentiable en a et
∂z
∂f
f ′ (a) = (a).
∂z
∂f
L'équation = 0 condense les équations de Cauchy-Riemann: en écrivant f = P + iQ
∂z
comme ci-dessus, on trouve
   
∂f 1 ∂P ∂Q i ∂P ∂Q
= − + + ,
∂z 2 ∂x ∂y 2 ∂y ∂x
de sorte que les équations de Cauchy-Riemann (3) sont les parties réelle et imaginaire de
∂f
l'équation = 0.
∂z

4 Fonctions holomorphes
La notion de fonction holomorphe, l'étymologie même du terme en rend compte, renvoie à une notion
de  rigidité .
Rigidité  géométrique  d'une part (c'est précisément celle que nous introduisons dans cette section,
relayant ici plutôt la vision d'Augustin Cauchy), mais aussi  rigidité analytique  (à travers l'intime
relation avec l'analyticité, ce sera l'approche développée plus tard par Karl Weierstrass .
Une question revenant comme un leitmotiv constitue la trame de cette première section: comment tester
les propriétés de diérentiabilité d'une fonction non pas en tentant de la dériver ou de calculer la limite
de taux de variations, mais, tout au contraire, en essayant de l'intégrer?
L'intégration (ou la prise de moyenne) sont, du point de vue numérique, des opérations régularisantes et
stables, tout au contraire bien sûr de l'opération de diérentiation ; ceci justie l'intérêt pratique d'une
telle approche et met en lumière le caractère rigide des fonctions continues qu'ici l'on étudie.
Le mot < holomorphe  a été inventé (dans un de leurs travaux consacrés à l'étude des équations diéren-
tielles et des feuilletages, précisément < holomorphes  ) par les mathématiciens français Jean-Claude
Briot (1819-1885) et Charles Bouquet (1817- 1882), tous deux.élèves de Cauchy.
La juxtaposition des préxes grecs holos (< entier  ) et morphos ( forme  ) traduit (sous diverses
formes: algébrique avec la notion de  série entière  , géométrique avec la notion de  conformité ,

Prof: Abbadi Abdelaziz 7


etc.) une notion de rigidité :  la forme reste entière .

Dénition
Soit Ω un ouvert de C. Une fonction f : Ω → C est dite holomorphe si elle est C-diérentiable en
tout point de Ω. On note O(Ω) l'ensemble des fonctions holomorphes sur Ω.

Les propriétés suivantes se démontrent comme leurs analogues concernant les fonctions d'une variable
réelle. On laisse au lecteur le soin de les (re)démontrer en utilisant la dénition par le taux de variation
ou le développement limité complexe à l'ordre 1.
Soit D un domaine dans C (un ouvert connexe) et f (z) = u(x, y) + iv(x, y) une fonction de D dans
C.

Proposition
Si f est holomorphe dans D, alors les dérivées partielles
∂u ∂u ∂v ∂v
, , ,
∂x ∂y ∂x ∂y
existent en tout point de D, et vérient les équations de Cauchy-Riemann
∂u ∂v ∂u ∂v
= , =− .
∂x ∂y ∂y ∂x

Preuve
Puisque f = u + iv est holomorphe, en tout point z0 = x0 + iy0 de D, on a

f (z) − f (z0 ) u(x, y) − u(x0 , y0 ) + i v(x, y) − v(x0 , y0 )
f ′ (z0 ) = lim = lim .
z→z0 z − z0 (x,y)→(x0 ,y0 ) x − x0 + i(y − y0 )
En choisissant y = y0 , x → x0 , on obtient


u(x, y0 ) − u(x0 , y0 ) + i v(x, y0 ) − v(x0 , y0 ) ∂u ∂v
f (z0 ) = lim = (x0 , y0 ) + i (x0 , y0 ),
x→x0 x − x0 ∂x ∂x
et en choisissant x = x0 , y → y0 , on obtient

u(x0 , y) − u(x0 , y0 ) + i v(x0 , y) − v(x0 , y0 ) ∂v ∂u
f ′ (z0 ) = lim = (x0 , y0 ) − i (x0 , y0 ).
y→y0 i(y − y0 ) ∂y ∂y
Alors
∂u ∂v ∂v ∂u
f ′ (z0 ) = (x0 , y0 ) + i (x0 , y0 ) = (x0 , y0 ) − i (x0 , y0 ).
∂x ∂x ∂y ∂y
On en déduit que u et v vérient les conditions de Cauchy-Riemann.
Il est légitime de se demander si la réciproque de cette proposition est vraie ou fausse. La réponse est
dans la proposition suivante.

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Proposition
Si les dérivées partielles
∂u ∂u ∂v ∂v
, , ,
∂x ∂y ∂x ∂y
sont continues dans D, et vérient les équations de Cauchy-Riemann, alors la fonction z 7→ f (z) =
u(x, y) + iv(x, y) est holomorphe dans D .

Preuve
Soit z = x + iy ∈ D et soit h = h1 + ih2 ∈ C∗ tel que z + h ∈ D. Les dérivées partielles
∂u ∂u
et
∂x ∂y
étant supposées continues, alors en utilisant le développement de Taylor à l'ordre 1, on obtient
 
f (z + h) − f (z) = u(x + h1 , y + h2 ) − u(x, y) + i v(x + h1 , y + h2 ) − v(x, y)
∂u ∂u ∂v ∂v
= h1 (x, y) + h2 (x, y) + ih1 (x, y) + ih2 (x, y)
∂x ∂y ∂x ∂y
+ (ε1 + iε2 )(h1 + ih2 )
où ε1 → 0 et ε2 → 0 quand h1 → 0 et h2 → 0.
D'après les équations de Cauchy-Riemann, on aura
∂u ∂v
f (z + h) − f (z) = (h1 + ih2 ) (x, y) + i(h1 + ih2 ) (x, y) + (ε1 + iε2 )(h1 + ih2 ).
∂x ∂x
D'où en divisant par h = h1 + ih2 et faisant tendre h vers 0, on voit que
f (z + h) − f (z) ∂u ∂v
f ′ (z) = lim = (x, y) + i (x, y).
h→0 h ∂x ∂x
Ces conditions peuvent paraître très fortes, mais l'existence des dérivées partielles en un point ne sut
pas pour l'existence de la dérivée comme dans l'exemple suivant.
Exemple
Soit la fonction f : C → C dénie par
( 1
e− z4 si z ̸= 0
f (z) = .
0 si z = 0
La dérivée en z = 0 suivant la droite y = x n'est pas dénie.
En eet, on a (x + ix)4 = x4 (1 + i)4 = −4x4 , alors
1 1
f (x + ix) − f (0) e 4x4 − 0 1 e 4x4
lim = lim = · lim = ±∞.
x→0 x + ix x→0 x(1 + i) 1 + i x→0 x
Cependant, les dérivées partielles de u et v en (0, 0) sont toutes égales à zéro.
Par exemple,

Prof: Abbadi Abdelaziz 9


1
∂u u(x, 0) − u(0, 0) u(x, 0) e− x4
(0, 0) = lim = lim = lim = 0.
∂x x→0 x x→0 x x→0 x

L'existence des dérivées partielles de P et Q au point (α, β) et les conditions de Cauchy-Riemann


(CR) ne sont pas susantes pour entraîner la C-diérentiabilité de f (z) = u(x, y) + iv(x, y) au point
a = α + iβ . Voici un autre exemple.

Exemple
La fonction f :C→C dénie par
xy xy
si z ̸= 0,


 +i
f (z) = x2 + y2 x2 + y2
si z = 0.

0

a des dérivées partielles nulles en (0, 0) donc vérie (CR), mais n'est même pas continue en 0.

Propositions
1 Si f, g ∈ O(Ω) et a, b ∈ C, alors (af + bg) et f g sont holomorphes et (af + bg)′ = af ′ + bg′
1 1 ′ g′
et (f g) = f g + f g. De plus, tant que g ne s'annule pas, est holomorphe et
′ ′ ′
= − 2.
g g g

2 O(Ω) est une sous-algèbre de l'algèbre C 0 (Ω) des fonctions continues de Ω dans C.
3 Les polynômes complexes P ∈ C[z] sont holomorphes sur C. Leurs dérivées sont données


par les formules usuelles.


4 Une fraction rationnelle complexe R ∈ C(z) est holomorphe sur le complémentaire dans C


de l'ensemble de ses pôles.


5 Si f ∈ O(Ω), g ∈ O(Ω′ ) et f (Ω) ⊂ Ω′ , alors g ◦ f ∈ O(Ω) et (g ◦ f )′ = (g′ ◦ f ) × f ′ .

Une fonction holomorphe est en particulier une fonction R-diérentiable entre ouverts de R2 , donc le
calcul diérentiel usuel s'applique, souvent avec plus de simplicité, puisque la diérentielle de f ∈ O(Ω)
est simplement la multiplication par un nombre complexe. Ainsi, le théorème d'inversion locale en z
nécessite simplement que f ′ (z) soit non nul ; de même, l'inégalité des accroissements nis s'écrira
|f (z1 ) − f (z2 )| ⩽ |z1 − z2 | sup |f ′ |.
[z1 ,z2 ]

La topologie dans C = R2 jouera un rôle important dans ce cours. Par exemple, la connexité interviendra
dans de nombreux énoncés. Le résultat suivant est l'occasion de réviser.
Proposition
Soit Ω un ouvert connexe (domaine) de C. Soit f ∈ O(Ω) telle que f ′ = 0. Alors f est constante.

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Preuve
Soient z0 ∈ Ω et c = f (z0 ). Alors U = f −1 ({c}) est un fermé non vide de Ω (fermé par continuité
de f et non vide car contenant z0 ). Montrons que U est ouvert.
Soit z ∈ U . Comme z appartient à l'ouvert Ω, il existe r > 0 tel que D(z, r) ⊂ Ω.
Pour w ∈ D(z, r), on peut appliquer l'inégalité des accroissements nis pour voir que f (w) = f (z) =
c. Donc D(z, r) ⊂ U .
Ceci montre que U est ouvert.
C'est donc un ouvert/fermé non vide du connexe Ω : U = Ω et f est constante à c.

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Chapitre
Fonctions Analytiques Fiche

2
Motivation
➤ Les fonctions analytiques sont les fonctions complexes s'écrivant localement comme somme d'une
série entière.
La motivation première de l'étude de cette famille de fonctions est d'enrichir notre gamme
d'exemples de fonctions holomorphes.
Nous verrons plus tard qu'en fait toutes les fonctions holomorphes sont analytiques!

1 Rappels sur les séries de fonctions


Soient un ouvert Ω de C et des fonctions un : Ω → C, n ∈ N.
+∞
On s'intéresse à la série de fonctions et on veut donner un sens à sa somme, qu'on note un ;
X X
un
n⩾0 n=0
si elle est bien dénie, c'est la fonction de Ω dans C qui à un point z ∈C associe le nombre complexe
+∞
un (z).
X

Diérentes notions deX


convergence sont pertinentes.
n=0

On dit d'abord que un converge simplement si, pour tout z ∈ Ω, la série numérique
X
un (z)
n⩾0 n⩾0
N
converge, i.e. si Nlim existe, dans C. C'est la convergence minimale.
X
un (z)
→∞
n=0
La série converge absolument si, pour tout z ∈ Ω, la série numérique converge.
X X
un |un (z)|
n⩾0 n⩾0

Comme les séries à termes positifs ont toujours une somme bien dénie dans R ∪ {+∞}, on demande
+∞
en fait: |un (z)| < +∞.
X

n=0

La convergence absolue
Ximplique la convergence simple, par complétude de C = R .
2

La série de fonctions un converge uniformément si elle converge simplement et vérie


n⩾0
+∞
X
lim sup un (z) = 0.
N →∞ z∈Ω
n=N
Autrement dit, avec des quanticateurs :
+∞
X
∀ε > 0, ∃N0 ∈ N, ∀N ⩾ N0 , ∀z ∈ Ω, un (z) ⩽ ϵ.
n=N
C'est la convergence qui permet d'obtenir des propriétés de régularité sur la somme d'une série de fonc-
tions.

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Par exemple, si les fonctions sont continues et si la série converge uniformément, alors la
X
un un
n⩾0
+∞
somme est elle-même une fonction continue.
X
un
n=0
Enn, la série converge normalement si la série numérique converge, c'est-à-dire si
X X
un sup |un |
n⩾0 n⩾0 Ω
+∞
sup |un | < +∞.
X

n=0 Ω
C'est la convergence la plus forte. Elle implique la convergence absolue (majorer |un (z)| par sup |un |)

+∞ +∞
mais aussi la convergence uniforme (majorer sup | par sup |un |).
X X
un |
Ω Ω
n=N n=N
1
On peut remarquer qu'elle n'est pas équivalente à la convergence uniforme : si l'on pose un (z) =
n
si z = n et un (z) = 0 sinon, on peut vérier que un converge uniformément sur C, mais pas
X

n⩾1
normalement.
Néanmoins, la convergence normale a l'avantage d'être relativement facile à vérier en pratique : c'est
presque toujours via la convergence normale qu'on obtient la convergence uniforme.

2 Séries entières complexes

Ce sont les séries de fonctions avec un : z 7→ an z n , an ∈ C, n ∈ N. Un léger abus de notation


X
un
n⩾0
nous fera écrire an z , voire an z n , pour désigner ces fonctions. Leur théorie repose sur le lemme
X X
n

n⩾0
suivant.
Lemme: Abel
Soit r > 0 tel que la X
suite (an rn )n∈N est bornée.
Alors la série entière an z n converge normalement sur le disque D(0, s) pour tout s < r.

Preuve
Il existe M ∈ R+ tel que pour tout n ∈ N, |an |rn ⩽ M . Pour n ∈ N et s ∈]0, r[, on a alors
 n
n n
s
sup |an z | = |an |s ⩽ M .
z∈D(0,s) r
 n
s s
Comme < 1, la série géométrique M converge.
X
r r
Donc le membre de gauche est le terme général d'une série convergente et cela donne la convergence
normale voulue.

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Théorème
Étant donnée une série entière an z n , on dénit :
X

est bornée
n o
R = sup r ⩾ 0 | (an r n )n∈N ∈ [0, +∞].

Alors la série converge si |z| < R et diverge si |z| > R.

Ce R est le rayon de convergence de la série entière.


Le disque D(0, R) est le disque de convergence, avec la convention naturelle D(0, +∞) = C.
Le théorème découle immédiatement du lemme d'Abel et, en fait, on a plus d'information.
Si |z| > R, la suite (an |z|n ) n'est pas bornée (par dénition de R), donc ne tend pas vers 0: la série
diverge grossièrement.
Par contre, si 0 ⩽ s < R, alors (an sn ) est une suite bornée et le lemme d'Abel assure la convergence
normale sur le disque D(0, s).
C'est important! Cela montre tout de suite que la somme d'une série entière est continue, et même
beaucoup plus.
Cette convergence normale permet aussi d'intégrer terme à terme les séries entières, sans précaution
d'aucune sorte.
Il convient de noter qu'on n'a, en général, pas de convergence normale sur la totalité du disque D(0, R),
parce qu'il peut y avoir des problèmes au bord.
Au fond, tout peut se passer sur le cercle de rayon R : convergence en certains points, divergence en
d'autres...
On peut donner une formule pour le rayon de convergence.
Lemme: Formule d'Hadamard
Le rayon de convergence R de la série entière an z n est donné par la formule:
X

1
R= .
lim sup(|an |1/n )

Rappelons brièvement les notions de limites supérieure et inférieure.


Soit (xn )n∈N une suite de nombres réels.
On pose sn = sup{xk | k ⩾ n} ∈ R ∪ {+∞}.
La suite (sn ) est décroissante donc admet une limite dans R = R ∪ {±∞} : on la note lim sup(xn ) ou
lim(xn ).
On dénit de même lim inf = lim, en regardant les inf au lieu des sup.
En fait, on peut voir que lim sup(xn ) (resp. lim inf (xn )) est la plus grande (resp. petite) valeur
d'adhérence de (xn ) dans R.

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En particulier, (xn ) admet une limite dans R si et seulement si lim sup(xn ) = lim inf (xn ).
1
Donnons un exemple : si xn = (−1)n + , alors lim sup(xn ) = 1 et lim inf (xn ) = −1.
N
Preuve
Notons ρ = 1/ lim sup(|an |1/n ) et prenons un nombre complexe z ∈ C∗ .
Si |z|/ρ > 1, on obtient lim sup(|z||an |1/n ) > 1, donc on a |an z n | > 1 pour une innité de valeurs
de n : la série diverge.
Si |z|/ρ < 1, alors lim sup(|z||an |1/n ) < 1, donc on peut trouver c < 1 tel que |z||an |1/n ⩽ c i.e.
|an ||z|n ⩽ cn pour n assez grand : la série converge.
Ceci montre que le rayon de convergence R est ρ.
Si an z n est une série entière, sa série entière dérivée est la série entière
X

X X
nan z n−1 = (n + 1)an+1 z n .
n⩾1 n⩾0

La formule d'Hadamard (par exemple) montre que la série entière dérivée a le même rayon de convergence
que la série entière initiale.
1 ln(n+1) n+1
En eet, comme (n + 1) n =e n →1 et → 1, on a
n
1 1
 1
 n+1 1
n
lim sup((n + 1)|an+1 |) n = lim sup |an+1 | n = lim sup |an+1 | n+1 = lim sup |an+1 | n+1 ,

ce
Xqui, à un décalage d'indice près, est bien la formule d'Hadamard pour le rayon de convergence de
an z n .
On peut faire des combinaisons linéaires de séries entières : si on a deux séries entières an z n et
X

bn z n convergeant sur le disque D(0, r), alors pour tous λ, µ ∈ C la série entière
X X
(λan + µbn )z n
converge sur D(0, r) et sa somme est
+∞
X +∞
X +∞
X
n n
(λan + µbn )z = λ an z + µ bn z n .
n=0 n=0 n=0

On peut aussi faire des produits. Cela nécessite de manipuler des sommes doubles et nous allons le faire
via les théorèmes de Fubini.
Rappelons d'abord qu'une somme à termes positifs (ou l'intégrale d'une fonction mesurable positive) a
toujours un sens, dans R+ ∪ {+∞}.
Munissons N de la mesure de dénombrement (sur la tribu discrète) et N2 = N × N de la mesure produit.
Dans ce cadre, le théorème de Fubini-Tonelli dit que si on se donne des nombres am,n ∈ R+ ∪ {+∞},
alors +∞ +∞ +∞ +∞
X X X X X
am,n = am,n = am,n .
(m,n)∈N2 m=0 n=0 n=0 m=0

Le théorème de Fubini-Lebesgue permet X


de traiter le cas des sommes de nombres
X complexes:
X X si on se
donne des nombres zm,n ∈ C tels que |zm,n | < +∞, alors les séries zm,n , zm,n et
(m,n)∈N2 m⩾0 m⩾0 n⩾0

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sont absolument convergentes et
XX
zm,n
n⩾0 m⩾0

X +∞
+∞ X X +∞
+∞ X
zm,n = zm,n .
m=0 n=0 n=0 m=0

Ceci permet de calculer des produits de séries.


Lemme
Soient deux séries absolument convergentes an et bn .
X X
n
Pour n ∈ N, on pose cn = ak bn−k . Alors la série est absolument convergente et on a la
X X
cn
formule
k=0

+∞ +∞
! +∞
!
X X X
cn = an × bn .
n=0 n=0 n=0

Preuve
+∞
Écrivons cn = αk,n , où αk,n = ak bn−k si k ⩽ n, αk,n = 0 sinon. Alors
X

k=0

+∞
! !
X +∞
X +∞
X +∞
X +∞
X +∞
X +∞
X +∞
X
|αk,n | = |ak ||bn−k | = |ak ||bn | = |ak | |bn |
k=0 n=0 k=0 n=k k=0 n=0 k=0 n=0

et ces sommes sont nies par convergence absolue des séries. Par Fubini-Lebesgue (cf. rappel ci-dessus),
on en déduit
+∞
! !
X +∞
X +∞
X +∞
X +∞
X +∞
X +∞
X +∞
X
αk,n = ak bn−k = ak bn = ak bn .
n=0 k=0 k=0 n=k k=0 n=0 k=0 n=0

+∞
Comme cn = αk,n , c'est bien le résultat voulu.
X

k=0

Corollaire
Soient deux séries entières an z n et bn z n convergentes sur le disque D(0, r).
X X
n
Posons cn = ak bn−k , pour n ∈ N. Alors la série entière converge aussi sur D(0, r) et
X X
cn z n
on a la formule
k=0

+∞ +∞
! +∞
!
X X X
cn z n = an z n × bn z n .
n=0 n=0 n=0

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3 Fonctions analytiques

Dénition
Soient z0 ∈ C et f une fonction dénie au voisinage de z0 . On dit que f est développable en série
entière au voisinage de z0 s'il existe r > 0 et une suite an , n ∈ N, de nombres complexes tels que
pour tout z ∈ D(z0 , r),
+∞
X
f (z) = an (z − z0 )n .
n=0

La convergence du second membre fait partie de la condition !


Dénition
Soit Ω un ouvert de C. Une fonction f : Ω → C est dite fonction analytique sur Ω si f est
développable en série entière au voisinage de tout point z0 ∈ Ω.
On note A(Ω) l'ensemble des fonctions analytiques sur Ω.
Une fonction analytique sur C est appelée fonction entière.
Les fonctions analytiques sont donc celles qui s'écrivent localement comme des séries entières.
Elles récupèrent donc les propriétés d'icelles.
En particulier, le paragraphe précédent assure que A(Ω) est une sous-algèbre de C 0 (Ω).
Avant de préciser leurs propriétés, donnons des exemples fondamentaux : les séries entières et les fractions
rationnelles.
Théorème
La somme d'une série entière an z n de rayon de convergence R > 0 est analytique sur D(0, R).
X

Preuve
+∞
Posons f (z) = an z n , pour z ∈ D(0, R). Soit z0 ∈ D(0, R) où on a |z0 | = r < R.
X

n=0

On veut voir que f est développable en série entière au voisinage de z0 .



Autrement dit, On cherche à montrer qu'il existe une série entière bk (z − z0 )k qui représente f
X

au voisinage de z0 .
k=0

Pour z ∈ D , on écrit

z0 , R − r
+∞ +∞ n
  +∞
X +∞
X
n
X n n−k
X
k
X
f (z) = an (z − z0 + z0 ) = an z0 (z − z0 ) = αk,n ,
n=0 n=0 k=0
k n=0 k=0
 
n n−k
où αk,n = an z (z − z0 )k si k ⩽ n, αk,n = 0 sinon.
k 0

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+∞
X +∞
Par convergence absolue de sur D(0, R), on assure |αk,n | < +∞. En eet,
X X
n
an z
k=0 n=0

+∞
X +∞ ∞ X
n  
n
avec h = z − z0
X X
|αk,n | = z0n−k hk
an
k=0 n=0 n=0 k=0
k
∞ n  
X X n
= |an | |z0 |n−k |h|k
n=0 k=0
k

X n
= |an | r + |h| .
n=0

Puisque r+|h| < R, cette dernière série converge (car R est le rayon de convergence de la série initiale).
La convergence absolue étant établie, le théorème de Fubini-Lebesgue, on peut alors permuter les
sommes et obtenir +∞ +∞ +∞
XX X
f (z) = αk,n = bk (z − z0 )k ,
k=0 n=0 k=0
+∞  
n n−k
avec ; la convergence des séries en jeu est donnée aussi par Fubini-Lebesgue.
X
bk = an z0
n=k
k

Exemple
Soit f une fraction rationnelle (complexe) de pôles α1 , . . . , αp . Alors f est une fonction analytique
sur Ω = C \ {α1 , . . . , αp }.
Montrons-le. Par décomposition en éléments simples, f est la somme d'un polynôme complexe et
1
d'une combinaison linéaire de fonctions du type z 7→ k
, k ∈ N∗ .
(z − αi )
Comme les sommes et produits de fonctions analytiques sont analytiques, il sut de montrer que
1
pour tout i, z 7→ est analytique sur Ω.
z − αi
Soit donc z0 ∈ Ω. On pose r = min et on prend z ∈ D(z0 , r):
 
|z0 − α1 |, . . . , |z0 − αp |

∞ 
z − z0 n

1 1 1 1 1 X
= =− =−
z − αi (z − z0 ) − (αi − z0 ) αi − z0 z − z0 αi − z0 n=0 αi − z0
1−
αi − z0
cette série converge car |z − z0 | < r ⩽ |z0 − αi |.

Théorème
Toute fonction analytique sur un ouvert Ω de C y est holomorphe.

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Preuve
Soient f ∈ A(Ω) et z0 ∈ Ω. Alors on a au voisinage de z0 un développement du type f (z) =

an (z − z0 )n . En particulier, f (z0 ) = a0 et donc pour h petit non nul, on a :
X

n=0

∞ ∞
f (z0 + h) − f (z0 ) X
n−1
X
= an h = an+1 hn .
h n=1 n=0

Le membre de droite converge vers a1 quand h → 0 (convergence normale sur un petit disque autour
de 0). Donc f est C-dérivable en z0 et f ′ (z0 ) = a1 .
Soit f ∈ A(Ω). Au voisinage de tout point z0 ∈ Ω, on peut décrire f par une série entière

X
g(h) = f (z0 + h) = an hn
n=0

et cette formule est valide pour h dans un disque D(0, r).


Alors on peut voir que f ′ est donnée par la série entière dérivée. En fait, cela découle de ce qu'on a fait.
Si on se donne h1 ∈ D(0, r), la preuve ci-dessus dit que g′ (h1 ) est le coecient devant h − h1 dans
le développement en série entière de g en h1 . Or on a calculé ce coecient dans une preuve ci-dessus:
C'est le coecient
+∞  
X n n−1
b1 = an h .
n=1
1 1

+∞
En simpliant, on trouve donc : ∀h1 ∈ D(0, r), g (h1 ) = nan h1n−1 .
X

n=1

Si on revient à la fonction f , en posant z = z0 + h1 , cela donne


+∞
X
∀z ∈ D(z0 , r), f ′ (z) = nan (z − z0 )n−1 .
n=1

En particulier, f ′ est encore analytique sur Ω, donc holomorphe. Et on peut itérer ce raisonnement.
Ainsi, une fonction analytique est inniment C-diérentiable (et en particulier elle est de classe C ∞ ).
En outre, on peut itérer la formule ci-dessus pour obtenir le développement en série entière de la C-dérivée
k-ième de f :

+∞
X
∀z ∈ D(z0 , r), f (k) (z) = n(n − 1) · · · (n − k + 1)an (z − z0 )n−k .
n=k

En particulier, on trouve f (k) (z0 ) = k!ak . Résumons!

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Théorème
Soit f une fonction analytique. Alors :
■ f est inniment C-dérivable ;

■ pour tout point z0 , le développement en série entière de f au point z0 s'écrit comme un


développement de Taylor

X f (n) (z0 )
(4) ∀z ∈ D(z0 , r), f (z) = (z − z0 )n ;
n=0
n!

■ le développement en série entière en z0 des dérivées successives de f s'obtient en dérivant


terme à terme le développement de f , sur le même disque D(z0 , r).
Voyons maintenant des propriétés qualitatives qui découlent de cette discussion.
Les énoncés qui suivent sont plus ou moins évidents si on considère des fonctions polynomiales. Il est
frappant qu'ils persistent dans la classe plus large des fonctions analytiques.
Corollaire
Soient Ω un ouvert connexe de C et f ∈ A(Ω). On suppose qu'il existe un point a ∈ Ω tel que
f (n) (a) = 0 pour tout n ∈ N. Alors f est nulle sur Ω.

Preuve
Soit A = {z ∈ Ω | ∀n ∈ N, f (n) (z) = 0}. C'est l'intersection des fermés (f (n) )−1 ({0}), n ∈ N,
donc un fermé de Ω.
De plus, A contient a, donc A est un fermé non vide du connexe Ω. On va montrer que A est
également ouvert, ce qui permettra de conclure que A = Ω, d'où le résultat.
Prenons z0 ∈ A. Comme les dérivées f (n) (z0 ), n ∈ N, sont toutes nulles, la formule (4) montre que
si z est dans un certain disque D(z0 , r), r > 0, alors f (z) = 0.
Donc f est identiquement nulle sur D(z0 , r), et donc ses dérivées aussi : D(z0 , r) ⊂ A. Ceci montre
que A est ouvert.
Corollaire
Soit Ω un ouvert connexe de C. Si deux fonctions f, g ∈ A(Ω) sont égales sur un ouvert non vide
U de Ω, elles sont égales sur Ω.

Ce résultat montre l'unicité du prolongement analytique : si f et g sont deux extensions analytiques


d'une même fonction de A(U ), le corollaire dit qu'elles sont forcément égales.
Preuve
On applique le corollaire précédent à f − g, en un point a de l'ouvert U .
Le résultat suivant est une variante importante de ces corollaires : c'est encore une propriété de rigidité
des fonctions analytiques.

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Théorème: Principe des zéros isolés
Soit f une fonction analytique sur un ouvert connexe Ω de C. Si f n'est pas la fonction nulle,
l'ensemble f −1 ({0}) des zéros de f est constitué de points isolés:
Si z0 ∈ Ω est un zéro de f , il existe ε > 0 tel que D(z0 , ε) ⊂ Ω et z0 est le seul zéro de f contenu
dans D(z0 , ε).
Cela revient à dire que l'ensemble Zf = f −1 ({0}) est une partie discrète de Ω : la topologie induite sur
Zf est la topologie discrète, i.e. tous les singletons sont ouverts (et fermés).

Pour tout compact K de C, K ∩ Zf est donc ni: En eet, c'est un compact (intersection d'un compact
et d'un fermé) et on peut appliquer la propriété de Borel-Lebesgue au recouvrement ouvert fourni par
tous ses singletons!
Preuve
+∞
Soit z0 ∈ Ω tel que f (z0 ) = 0. Dans le développement en série entière f (z) = an (z − z0 )n , on
X

n=0
a donc a0 = f (z0 ) = 0.
Si f n'est pas la fonction nulle, le corollaire précédent montre qu'il existe n ∈ N∗ tel que f (n) (z0 ) ̸= 0
et donc an ̸= 0.
Notons p le plus petit entier n ∈ N∗ tel que an ̸= 0.
+∞
Alors on peut écrire f (z) = où g est analytique au voisinage de z0
X
an (z − z0 )n = (z − z0 )p g(z)
n=p
et g(z0 ) = ap ̸= 0.
Par continuité, g ne s'annule pas sur un disque D(z0 , ε), ε > 0.
Sur ce disque, l'équation f (z) = 0 impose (z − z0 )p = 0, soit z = z0 .
Le contraire d'un point isolé est un point d'accumulation : étant donné A ⊂ C, on dit qu'un point a
de A est un point d'accumulation de A si, pour tout ε > 0, (A \ {a}) ∩ D(a, ε) n'est pas vide ; il est
équivalent de demander l'existence d'une suite de points an de A \ {a} telle que (an ) → a.
Corollaire
Soient f et g deux fonctions analytiques sur un ouvert connexe Ω de C. Si l'ensemble z ∈ Ω |


f (z) = g(z) a un point d'accumulation dans Ω, alors f = g .

Cet énoncé renforce le principe d'unicité du prolongement analytique. Par exemple, deux fonctions
analytiques qui coïncident le long d'un intervalle réel sont égales partout.
Preuve
L'hypothèse dit que la fonction analytique h = f − g admet un zéro non isolé. Par le principe des
zéros isolés, ce n'est possible que si h est identiquement nulle, i.e. f = g.
Remarque
Soit f ∈ A(Ω) une fonction analytique sur un ouvert Ω de C et soit z0 ∈ Ω tel que f (z0 ) = 0.
Supposons que f n'est pas identiquement nulle au voisinage de z0 . Dans la démonstration du

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principe des zéros isolés, on a vu qu'il existe un entier p ∈ N∗ tel que
f (z) = (z − z0 )p h(z)

au voisinage de z0 , pour une fonction h analytique non nulle au voisinage de z0 . Cet entier est
déterminé par n o
p = min k ∈ N∗ | f (k) (z0 ) ̸= 0
ou bien par le développement en série entière

avec
X
f (z) = an (z − z0 )n ap ̸= 0.
n=p

Cet entier p est appelé l'ordre d'annulation de f en z0 . On parle aussi de multiplicité du zéro z0 ,
soulignant ainsi l'analogie polynomiale.
On peut calculer l'ordre d'annulation en faisant un développement limité en z0 , puisque f (z) ∼
c(z − z0 )p , avec c = h(z0 ) ̸= 0.

Exemple
f (z)
Considérons une fonction ϕ : z 7→ , qui s'écrit comme quotient de deux fonctions analy-
g(z)
tiques f et g sur un ouvert Ω de C. On suppose que f et g s'annulent en z0 ∈ Ω et nulle part ailleurs.
Alors ϕ est holomorphe comme quotient de fonctions holomorphes sur l'ouvert Ω \ {z0 }.
On peut raner ceci à l'aide de la la remarque précédente. Notons p et q les multiplicités respectives
du zéro z0 de f et g.
Si p ⩾ q, alors ϕ se prolonge en une fonction holomorphe sur Ω tout entier.
En eet, au voisinage de z0 , on peut écrire f (z) = (z − z0 )p f1 (z) et g(z) = (z − z0 )q g1 (z), avec
f1 et g1 analytiques et non nulles au voisinage de z0 .

f1 (z)
Dans ce voisinage privé de z0 , on obtient ϕ(z) = (z − z0 )p−q .
g1 (z)
Le membre de droite dénit une fonction holomorphe au voisinage de z0 (y compris en z0 puisque
p − q ⩾ 0 et g1 ne s'annule pas). Donc il fournit un prolongement holomorphe de ϕ en z0 .

4 Exponentielle complexe

Dénition
zn
La série entière de terme général un (z) = , pour n ⩾ 0, a pour rayon de convergence +∞
n!

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|u | |z|
puisque, pour tout z ∈ C∗ , n→∞
lim
n+1
= lim = 0 < 1 (critère de D'Alembert).
|un | n→∞ n + 1
On appelle exponentielle complexe la somme de cette série de fonctions un et on note :
+∞
z
X zn
∀z ∈ C, exp(z) = e = .
n=0
n!

Lemme
L'exponentielle complexe a les propriétés suivantes.
1 exp est une fonction entière vériant exp′ = exp.
2 e0 = 1 et ea+b = ea eb pour tous a, b ∈ C.
3 Pour tout z ∈ C, ez = ez̄ .
Preuve
Par dénition, exp est analytique sur C donc entière. En dérivant terme à terme, on obtient :
+∞ +∞

X d zn X z n−1
exp (z) = = = exp(z).
n=0
dz n! n=1
(n − 1)!

e0 = 1 vient de la formule dénissant exp.


La formule pour le produit de deux séries et la formule du binôme de Newton montrent qu'on a
+∞
! +∞
! +∞ n +∞ n   +∞
X an X bn X X ak bn−k X 1 X n k n−k
X (a + b)n
= = a b = ,
n=0
n! n=0
n! n=0 k=0
k! (n − k)! n=0
n! k=0 k n=0
n!

d'où ea eb = ea+b .
Le dernier point 3 résulte de la R-linéarité et de la continuité de la conjugaison complexe.
À partir de ceci, on peut démontrer les propriétés fondamentales de l'exponentielle complexe, notamment
sa périodicité. Commençons par deux remarques rapides.
Remarques
✍ exp(C) ⊂ C∗ : en eet, s'il y avait un b tel que eb = 0, alors, par 2 , on aurait ez = 0 pour
tout z ∈ C, ce qui contredit e0 = 1.
✍ exp(R) ⊂ R par 3 . La positivité des coecients de la série entière de exp montre que la
xn
restriction de exp à R est strictement croissante, tend vers +∞ en +∞ (puisque e ⩾ x
n!
1
pour tout n ∈ N) et vers 0 en −∞ (par 2 , on a e −x
= ): c'est donc une bijection de R
ex
sur R∗+ .

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Le logarithme népérien ln : R∗+ →R est la réciproque de cette restriction de l'exponentielle
à l'axe réel.
Intéressons-nous maintenant aux propriétés de l'exponentielle le long de la droite imaginaire iR.
Les propriétés ci-dessus donnent, pour tout t ∈ R :
|eit |2 = eit eit = eit e−it = eit−it = e0 = 1.

Donc exp(iR) ⊂ S1 = .

z ∈ C, |z| = 1

De plus, si l'on pose, pour t réel, cos t = Re(eit ) et sin t = Im(eit ), on trouve
(cos t)2 + (sin t)2 = |eit |2 = 1.

Le développement en série entière de exp donne des formules pour les parties réelle et imaginaire de eit
: +∞ +∞
t2p t2p+1
et sin t = (−1)
X X
p p
cos t = (−1) .
p=0
(2p)! p=0
(2p + 1)!
Il s'agit bien sûr des fonctions trigonométriques usuelles, mais nous ne supposons a priori rien de connu
sur leurs propriétés.
En particulier, on va donner une (la ?) dénition du nombre π.
+∞
22p 4 16
La formule ci-dessus donne cos 0 = 1 > 0, cos 2 = < 0 (série alternée),
X
(−1)p ⩽1− +
p=0
(2p)! 2 24
donc par continuité, il existe un t0 minimal dans ]0, 2[ tel que cos t0 = 0. On pose π = 2t0 .
En dérivant par rapport à t l'identité cos t + i sin t = eit , on trouve
cos′ (t) + i sin′ (t) = ieit = i cos t − sin t,

d'où, cos′ = − sin et sin′ = cos.


Comme cos est strictement positif sur ]0, π/2[ par construction de π, sin est strictement croissante sur
[0, π/2] ; en particulier, comme sin(0) = 0 et 1 = sin(π/2)2 + cos(π/2)2 = sin(π/2)2 , on en déduit
sin(π/2) = 1.

Alors eiπ/2 = 0 + i1 = i, donc (avec 2 ) eiπ = eiπ/2+iπ/2 = (eiπ/2 )2 = −1 et de même e2iπ = 1.


De nouveau avec 2 , on en déduit que exp est 2iπ-périodique :
∀z ∈ C, exp(z + 2iπ) = exp(z).

En particulier, ceci donne la 2π-périodicité des fonctions cos et sin.


La stricte croissance de sin sur [0, π/2], son imparité (cf. formule) et l'identité sin(t + π) = − sin(t)
(conséquence de eiπ = −1) déterminent le tableau de variation de sin.

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De même pour cos. On obtient ainsi l'allure usuelle des graphes de ces fonctions.
On étend les fonctions cosinus et sinus au plan complexe en posant :
eiz + e−iz eiz − e−iz
∀z ∈ C, cos z = , sin z = ,
2 2i
de sorte que
+∞ +∞
z 2p z 2p+1
et
X X
p p
∀z ∈ C, cos z = (−1) sin z = (−1) .
p=0
(2p)! p=0
(2p + 1)!

Ce sont encore des fonctions entières (donc holomorphes sur C).


On notera par exemple que la formule cos2 + sin2 = 1 est vraie sur C : elle est vraie sur R (cf. ci-dessus)
donc partout, par le principe des zéros isolés.
On peut aussi étendre les fonctions de la trigonométrie hyperbolique :
ez + e−z ez − e−z
∀z ∈ C, ch(z) = et sh(z) = .
2 2

Mais ces fonctions ne sont guère diérentes des précédentes : pour tout z ∈ C, cos(z) = ch(iz) et
i sin z = sh(iz).

En particulier, on notera que la fonction cos : C → C n'est pas bornée, puisque sa restriction à l'axe
imaginaire est la fonction cosinus hyperbolique (réelle).
Théorème
exp : iR → S1 est surjective et, pour t, t′ ∈ R, on a exp(it) = exp(it′ ) ⇐⇒ t ≡ t′ [2π].

Preuve
Prenons d'abord z ∈ S1 tel que Im(z) ⩾ 0 : z = x + iy , avec x ∈ [−1, 1] et y ∈ [0, 1].
Comme cos établit une bijection entre [0, π] et [−1, 1] , il existe t ∈ [0, π] tel que cos t = x.
Avec y2 = 1 − x2 = 1 − (cos t)2 = (sin t)2 et y, sin t ⩾ 0, on en tire y = sin t, donc z = eit .
Maintenant, si z ∈ S1 est de partie imaginaire négative, alors z ∈ S1 et Im(z̄) ⩾ 0, de sorte que le
cas précédent donne un t ∈ [0, π] tel que z = eit , soit z = e−it .
Ceci prouve la surjectivité. Si on se donne t, t′ ∈ R tels que exp(it) = exp(it′ ), on trouve eis = 1
pour s = t − t′ ; donc cos s = 1.
Quitte à ajouter un multiple de 2π à t ou t′ , on peut supposer s ∈ [0, 2π[. Or le graphe de cos montre
que l'équation cos s = 1, pour 0 ⩽ s < 2π, admet pour unique solution s = 0.
Corollaire
exp : C → C∗ est surjective et, pour z, z ′ ∈ C, on a exp(z) = exp(z ′ ) ⇐⇒ z − z ′ ∈ 2iπZ.

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Preuve
z
Pour z ∈ C∗ , on peut écrire z = |z| . C'est le produit d'un élément de R∗+ et d'un élément de S1 .
|z|
Par surjectivité de exp : R → R∗+ et exp : iR → S1 , on trouve x, t ∈ R tels que
z = ex eit = exp(x + it).

Par injectivité de exp : R → R∗+ , x est uniquement déterminé.


Par la proposition précédente, t est déterminé à 2π près. Donc z est déterminé à 2iπ près.
Remarque
Dans les applications, on a parfois besoin de calculer le module de l'exponentielle de quelque chose.
Or si x et y sont réels, on a |ex+iy | = |ex ||eiy | = ex d'après ce qui précède. On retiendra :
∀z ∈ C, |ez | = eRe(z) .

5 Logarithmes complexes
Bâtir un logarithme complexe en inversant l'exponentielle complexe n'a pas de sens a priori, puisque
l'exponentielle n'est pas bijective.
Néanmoins, on peut le faire en restreignant l'exponentielle à des ouverts où elle est bijective. Il y a un
choix usuel, qui mène à la dénition d'un logarithme dit "principal".
Il faut garder à l'esprit que c'est un choix et que les applications nécessitent parfois d'utiliser d'autres
logarithmes.
Pour bâtir le logarithme principal, on va restreindre l'exponentielle complexe à la bande

R + i] − π, π[= z | | Im(z)| < π ,
où elle est injective.
L'image de cette bande par l'exponentielle est C \ R− .
Donc tout z ∈ C \ R− admet un unique antécédent Log(z) dans la bande R + i] − π, π[. Ceci dénit
le logarithme principal
Log : C \ R− → R + i] − π, π[
et on a
∀z ∈ C \ R− , eLog(z) = z.
Ce choix de logarithme est intimement lié à un choix d'argument pour les nombres complexes.
z
Si z est un élément de C \ R− , alors est dans S1 \ {−1} et la proposition précédente montre qu'il
|z|
z
existe un unique t ∈] − π, π[ tel que eit = .
|z|
On le note t = Arg(z) et on l'appelle argument principal de z . On obtient ainsi une fonction
Arg : C \ R− →] − π, π[ telle que ∀z ∈ C \ R− , z = |z|ei Arg(z) .

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Remarque
Cette fonction est continue. Pour le voir, on va donner des formules.
Observons que cos est une fonction strictement décroissante continue sur [0, π], d'image [−1, 1],
donc admet sur cet intervalle une réciproque continue arccos : [−1, 1] → [0, π].
Pour z ∈ C \ R− , on a
Arg(z) = arccos Re(z/|z|) si Im(z) ⩾ 0,
= − arccos Re(z̄/|z|) = − arccos Re(z/|z|) si Im(z) ⩽ 0.

Ces deux formules coïncident sur R∗+ : si Im(z) = 0, z/|z| est un réel positif de module 1, i.e. 1,
donc arccos Re(z/|z|) = arccos(1) = 0.
Ceci montre que l'argument principal est une fonction continue sur C \ R− .
Pour comprendre le lien entre logarithme principal et argument principal, on écrit, pour z ∈ C \ R− ,
Log(z) = x + iy avec x ∈ R et y ∈] − π, π[. Alors :
z = eLog(z) = ex+iy = ex eiy ,
z
de sorte que |z| = ex et eiy = . La première équation est réelle et donne x = ln |z|.
|z|
La seconde donne alors y = Arg(z). Donc :
(5) ∀z ∈ C \ R− , Log(z) = ln |z| + i Arg(z).

On note au passage que la restriction de Log à la demi-droite R∗+ n'est autre que le logarithme népérien.
Remarque
Avec j = e2iπ/3 , on obtient Log(j) = 2iπ/3 et Log(j 2 ) = −2iπ/3 (on prend l'argument dans
] − π, π[!). En particulier, Log(j 2 ) ̸= 2 Log(j).
Les logarithmes complexes, en général, ne transforment pas produit en somme !
Ces dénitions sont arbitraires. Pourquoi C \ R− ?
Pourquoi ne choisirait-on pas l'argument dans ]0, 2π[ ?
Dans les applications, de façon générale, on aura besoin de se placer sur un ouvert connexe Ω de C∗ et
d'y considérer des fonctions continues L : Ω → C et A : Ω → R telles que
∀z ∈ Ω, eL(z) = z et z = |z|eiA(z) .

De telles fonctions sont appelées des déterminations continues du logarithme (L) et de l'argument (A).
On abrégera parfois en logarithme/argument.
Ainsi, le logarithme principal Log est une détermination continue du logarithme sur Ω = C \ R− et
l'argument principal Arg est une détermination continue de l'argument sur Ω = C \ R− .

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Remarque
En prenant le module de la relation eL(z) = z , on voit que la partie réelle de L(z) est toujours
ln |z|, comme dans la preuve de (5).
En fait, logarithmes et arguments sont toujours reliés par la formule
L(z) = ln |z| + iA(z).

L est une détermination continue du logarithme si et seulement si A est une détermination continue
de l'argument.
Exemple
Soit α ∈ R. Au lieu de prendre les arguments dans ] − π, π[, on peut les prendre dans ] − π +
α, π + α[.
On obtient ainsi un logarithme Lα sur Ω = C \ Dα , où Dα est la demi-droite eiα R− .
On vérie que la formule
Lα (z) = Log(e−iα z) + iα
fournit bien une détermination continue du logarithme sur C \ Dα .
Remarque
Si L1 et L2 sont deux déterminations continues du logarithme sur un ouvert connexe Ω de C∗ , il
existe k ∈ Z tel que pour tout z ∈ Ω, L1 (z) − L2 (z) = 2ikπ.
En eet, pour tout z ∈ Ω, eL (z)−L (z) = 1. Donc L1 − L2 prend ses valeurs dans 2iπZ.
1 2

Or c'est une fonction continue sur un connexe, donc son image est un connexe de 2iπZ, donc un
singleton {2iπk}.
De même, les déterminations continues de l'argument sur un même ouvert connexe ne dièrent que
par une constante, dans 2πZ.
Remarque
La remarque précédente permet de voir qu'il n'y a pas de détermination continue du logarithme sur
C∗ .
S'il y en avait une, ce serait Log, à une constante près. Donc en particulier Log devrait s'étendre
continûment en −1 : mais lim Arg(−1 + iy) = ±π, donc lim Log(−1 + iy) = ±iπ et on ne
± ±
y→0 y→0
peut pas prolonger Log en une fonction continue en −1.
La proposition suivante répond à une attente naturelle : tout logarithme est holomorphe et fournit une
primitive de la fonction z 7→ 1/z . Et c'est presque une dénition équivalente.
Proposition
Soit Ω un ouvert connexe de C∗ .
1 Si L est une détermination continue du logarithme sur Ω, alors L est holomorphe sur Ω et

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1
L′ (z) = pour tout z ∈ Ω.
z
1
2 Si F est une fonction holomorphe sur Ω telle que pour tout z ∈ Ω, F ′ = , alors il existe
z
une constante c ∈ C telle que F + c est une détermination continue du logarithme sur Ω.
Preuve
Pour le premier point, on écrit
L(z) − L(z0 ) L(z) − L(z0 )
=
z − z0 eL(z) − eL(z0 )
et on reconnaît l'inverse d'un taux de variation de exp en z0 . Quand z → z0 , L(z) → L(z0 )
(continuité de L) et le quotient ci-dessus tend donc vers
1 1 1
= = .
exp′ (L(z 0 )) exp(L(z0 )) z0
Pour le second point, on a
d  z
ze−F (z) = e−F (z) 1 −

=0
dz z
donc il existe une constante a telle que pour tout z ∈ Ω, ze−F (z) = a. Le membre de gauche n'est
pas nul, donc a ̸= 0 et il existe c ∈ C tel que a = ec . Alors eF (z)+c = z pour tout z ∈ Ω.
En particulier, le logarithme principal est une fonction holomorphe. C'est un (en fait : le) prolongement
holomorphe du logarithme népérien à C \ R− .
Au voisinage de 1, on peut l'exprimer par le développement en série entière usuel.
Corollaire
+∞
zn
∀z ∈ D(0, 1), Log(1 + z) = .
X
(−1)n−1
n=1
n

Preuve
La série entière de droite est convergente sur D(0, 1) donc dénit une fonction L : D(0, 1) → C qui
est C-dérivable et vérie
+∞

X 1 d
∀z ∈ D(0, 1), L (z) = (−1)n−1 z n−1 = = Log(1 + z).
n=1
1+z dz

Le disque étant connexe, z 7→ L(z) − Log(1 + z) est constante, donc nulle puisqu'elle est nulle en 0.

Puissances complexes:
La donnée d'un logarithme L : Ω → C permet de dénir les puissances complexes des nombres complexes
z∈Ω:
∀α ∈ C, z α = eαL(z) .

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Ainsi, z 7→ z α est holomorphe sur Ω, comme composée de fonctions holomorphes. Ceci permet par
exemple d'extraire des racines de manière holomorphe.
Si α est entier, pour tout logarithme L, αL(z) est une somme de α termes L(z).
Donc eαL(z) est le produit de α facteurs eL(z) = z (l'exponentielle d'une somme est le produit des
exponentielles) : c'est bien z α au sens classique.
Le module de cette puissance est aussi ce qu'on attend: pour tout logarithme L et tout complexe α, on
trouve
|z α | = |eαL(z) | = eRe(αL(z)) = e(Re α) ln |z|−(Im α) Arg(z) .
En particulier, si α est réel, |z α | = |z|α .
Mais en général, la puissance complexe ainsi dénie dépend du logarithme choisi.
Si on prend le logarithme principal (sur Ω = C\R− ), on parle de détermination principale de la puissance.
Mais on peut aussi prendre un logarithme déni sur R− et extraire des racines carrées de réels négatifs
si on a envie!
Deux logarithmes L1 , L2 diérant d'une constante additive 2ikπ, k ∈ Z , les fonctions puissances
associées dièrent d'une constante multiplicative :
∀α ∈ C, ∀z ∈ Ω, eαL1 (z) = e2iπkα eαL2 (z) .

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Chapitre
La formule de Cauchy Fiche

1 Chemins

Un chemin dans C, c'est une application continue


γ : [a, b] −→ C , avec a, b ∈ R, a ⩽ b.
t 7−→ γ(t)
On dit qu'il relie γ(a) à γ(b).
On notera γ ∗ = γ([a, b]) l'image de γ . a b
Un lacet (ou chemin fermé) est un chemin
γ : [a, b] −→ C tel que γ(b) = γ(a). t
t 7−→ γ(t)

Exemple
Soient α, β ∈ C. Le segment [α, β] est paramétré par γ(t) = (1 − t)α + tβ, avec t ∈ [0, 1].
Exemple
Soient z0 ∈ C, r ⩾ 0. Le cercle C(z0 , r), de centre z0 et de rayon r, est paramétré par γ(t) =
z0 + reit , avec t ∈ [0, 2π]. C'est un lacet.

On peut concaténer deux chemins γ1 : [a1 , b1 ](→ C et γ2 : [a2 , b2 ] → C en un chemin γ : [a, b] → C:


On pose a = a1 , b = b1 + b2 − a2 et γ(t) = γ1 (t) si a ⩽ t ⩽ b1 ,
γ2 (t − b1 + a2 ) si b1 ⩽ t ⩽ b.

γ1 : [a1 , b1 ] → C
γ1
γ2 : [a2 , b2 ] → C
γ(b1 ) = γ2 (a2 )

γ(a) = γ(b)
γ2

On travaillera souvent avec des chemins ayant une certaine régularité, par exemple C 1 .
On dira qu'un chemin est C 1 par morceaux (Cmorc
1
) s'il est une concaténation d'un nombre ni de chemins
C .
1

On dira qu'un chemin est ane par morceaux s'il est une concaténation d'un nombre ni de segments.
Dans ce cours, on travaille souvent avec des ouverts connexes de C.

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La proposition suivante montre que la connexité d'un ouvert de C est équivalente à la connexité par
arcs, et même à une propriété un peu plus forte: on peut relier deux points quelconques de l'ouvert en
suivant un nombre ni de segments inclus dans l'ouvert.
Proposition
Soit Ω un ouvert de C. Ω est connexe si et seulement si pour tous z1 , z2 ∈ Ω, il existe un chemin
ane par morceaux γ : [a, b] → Ω tel que γ(a) = z1 et γ(b) = z2 .
Preuve
Pour le sens ⇐, on suppose que Ω est l'union disjointe de deux ouverts non vides U et V .
On peut alors considérer la fonction f : Ω → {0, 1} qui vaut 0 sur U et 1 sur V .
C'est une fonction localement constante, donc continue. On se donne z1 ∈ U , z2 ∈ V .
Par hypothèse, on a un chemin γ : [a, b] → Ω reliant z1 à z2 .
Alors f ◦ γ est une fonction continue, de [a, b] dans {0, 1}, qui vaut 0 en a et 1 en b : c'est impossible,
puisque le théorème des valeurs intermédiaires l'obligerait à prendre la valeur 1/2 quelque part. Donc
Ω est connexe.
Pour le sens ⇒, on se xe z0 ∈ Ω et on considère l'ensemble U des points z ∈ Ω tels qu'il existe un
chemin ane par morceaux γz reliant z0 à z dans Ω.
On va montrer que U est tout Ω, ce qui impliquera le résultat (en concaténant un chemin de z1 à z0
et un chemin de z0 à z2 ).
D'abord, on vérie que U est ouvert : si z ∈ U , on a un disque D(z, r) ⊂ Ω avec r > 0 (car Ω est
ouvert) et, pour tout w ∈ D(z, r), la concaténation de γz et du segment [z, w] ⊂ D(z, r) ⊂ Ω relie
z0 à w dans Ω ; ceci montre que D(z, r) est inclus dans U , et comme on peut faire ça pour tout
z ∈ U , on voit que U est ouvert.
Et en fait, le même argument montre que Ω \ U est ouvert.
En eet, si maintenant on choisit z ∈ Ω\U , on a toujours un disque D(z, r) ⊂ Ω ; si on avait un point
w dans U ∩ D(z, r), alors la concaténation de γw et du segment [w, z] ⊂ D(z, r) ⊂ Ω relierait z0
à z dans Ω, ce qui contredirait z ∈/ U ; donc D(z, r) ⊂ Ω \ U et on montre ainsi que Ω \ U est ouvert.
Finalement, U est une partie ouverte, fermée, non vide (z0 ∈ U ) du connexe Ω, donc U = Ω.
Remarque
Tout ouvert Ω de C est l'union disjointe d'ouverts connexes Ωi , i ∈ I . Ces ouverts Ωi sont les
composantes connexes de Ω ; si zi est un point de Ωi , Ωi est l'ensemble des points z ∈ Ω qu'on
peut relier à zi en restant dans Ω. On peut remarquer que I est au plus dénombrable (en choisissant
un point à coordonnées rationnelles dans chaque ouvert Ωi , on injecte I dans Q2 ).

2 Intégrale sur un chemin

Soit γ : [a, b] → C un chemin C 1 par morceaux.


Si f est une fonction continue sur l'image γ([a, b]) ⊂ C de γ , on dénit l'intégrale de f le long du

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chemin γ par : Z Z b
f = f (γ(t)) γ ′ (t) dt.
γ a

L'intégrande est une


Z fonction
Z continue par morceaux, donc cette intégrale a bien un sens. On utilisera
aussi la notation f = f (z) dz .
Cette notion d'intégrale a des propriétés
Z naturelles. Par exemple, par Chasles, si γ est la concaténation
γ γ
Z Z
de deux chemins γ1 et γ2 , on a f = f + f .
On peut aussi voir que les changements de paramétrages n'aectent essentiellement pas la valeur de
γ γ γ 1 2

l'intégrale.
Étant donné γ : [a, b] → C, on peut le réparamétrer à l'aide d'un diéomorphisme ϕ : [c, d] → [a, b]
pour obtenir un nouveau chemin σ = γ ◦ ϕ : [c, d] → C.
Par changement de variable s = ϕ(t), on a
Z Z d Z ϕ(d)
′ ′
f = f (γ(ϕ(t))) γ (ϕ(t)) ϕ (t) dt = f (γ(s)) γ ′ (s) ds.
σ c ϕ(c)

Il y a deux cas.
Z Z
Si ϕ est un diéomorphisme croissant (ϕ(c) = a et ϕ(d) = b), alors f = f. Si ϕ est décroissant
Z Z σ γ

(ϕ(c) = b et ϕ(d) = a), alors f =− f.


σ γ

Donc au fond, l'intégrale ne dépend que de l'image de γ , γ ∗ , et d'un choix d'orientation: c'est très
géométrique et cela permet une grande souplesse dans le maniement de ces intégrales.
On dénit la longueur d'un chemin C 1 par morceaux γ : [a, b] → C par :
Z b
L(γ) = |γ ′ (t)| dt.
a

On vérie de même que la longueur L est nie, invariante par changement de paramétrage et additive
sous les concaténations.
Si γ : t 7→ (1 − t)α + tβ paramètre un segment [α, β] ⊂ C, un calcul immédiat donne L(γ) = |β − α|.
Ainsi, par concaténation, L donne bien la longueur attendue pour les chemins anes par morceaux.
En approchant un chemin ( C 1 par morceaux) par une suite de chemins anes par morceaux, on se
convainc que L est bien la longueur "intuitive".
On l'utilisera souvent pour majorer les intégrales de fonctions :
Z Z b Z b Z b
′ ′
|γ ′ (t)| dt.

f = f (γ(t))γ (t) dt ⩽ f (γ(t)) γ (t) dt ⩽ sup |f |
γ a a γ∗ a

On retiendra : Z
(6) f ⩽ L(γ) sup |f |.
γ γ∗

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3 Indice
En intégrant une fonction particulière sur les chemins fermés, on va obtenir une quantité géométrique
intéressante. Elle interviendra dans la formule de Cauchy que nous visons ici.
Dénition
Soit γ un lacet C 1 par morceaux dans C. Soit z un point du plan situé hors de l'image de γ . Alors
on peut dénir l'indice de γ par rapport à z , noté Indγ (z), par la formule
1 dw
Z
Indγ (z) = .
2iπ γ w−z

Proposition
La fonction Indγ : C \ γ ∗ → C est continue, à valeurs dans Z. Elle est donc constante sur les
composantes connexes de C \ γ ∗ .
Preuve
1 b
γ ′ (t) dt
Z
Il s'agit d'étudier Indγ : z 7→ , avec γ(a) = γ(b), z ∈/ γ ∗ .
2iπ a γ(t) − z
La continuité de cette fonction vient du théorème de continuité d'une intégrale dépendant d'un
paramètre: l'intégrande est continu en t (donc mesurable), continu en z et, si d(z0 , γ ∗ ) = r > 0, on
peut le dominer sur le disque D(z0 , r/2):
Pour t ∈ [a, b], z ∈ D(z0 , r/2), on a
|γ(t) − z| ⩾ |γ(t) − z0 | − |z − z0 | ⩾ r/2,
2
donc l'intégrande est dominé par |γ ′ (t)|, avec
r
b
2 2L(γ)
Z
|γ ′ (t)| = < ∞.
a r r
Ceci montre la continuité près de tout point z0 de C \ γ ∗ .
Pour prouver que Indγ (z) est toujours un entier, il sut de voir que e2iπ Ind γ (z)
= 1.

Soit la fonction ϕ : [a, b] −→ C .


t
γ ′ (s) ds
 Z 
t −
7 → exp 2iπ
a γ(s) − z
On veut donc prouver que ϕ(b) = 1.
Or ϕ est C 1 par morceaux (donc en particulier continue)
 et, sur chaque segment où elle est C 1 , sa
′ 
γ (t) d ϕ(t)
dérivée vaut ϕ′ (t) = ϕ(t), de sorte qu'on a = 0.
γ(t) − z dt γ(t) − z

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ϕ(t)
Ainsi, t 7→ est constante sur ces segments. Et cette fonction est continue, donc elle est en
γ(t) − z
fait constante sur [a, b] :
ϕ(b) ϕ(a)
= .
γ(b) − z γ(a) − z
Avec γ(b) = γ(a) et ϕ(a) = 1, on arrive à ϕ(b) = 1, donc au résultat.
Enn, l'image d'une composante connexe par la fonction continue Indγ est un connexe de Z, donc un
singleton.
Parmi les composantes connexes du complémentaire de γ ∗ , une et une seule est non bornée.
En eet, γ ∗ est compact, donc inclus dans un disque D(0, R), de sorte que C \ D(0, R) ⊂ C \ γ ∗ ;
comme C \ D(0, R) est connexe, il est inclus dans une composante connexe de C \ γ ∗ qui est donc non
bornée. Et les autres composantes connexes sont alors disjointes de C \ D(0, R), donc bornées.
La proposition permet de calculer Indγ sur la composante connexe non bornée de C \ γ ∗ .
En eet, puisque sa valeur est constante, elle vaut aussi la limite de Indγ (z) quand |z| → ∞.
Or, avec (6), on a la majoration
L(γ)
Indγ (z) ⩽ ,
2πd(z, γ ∗ )

donc cette limite est 0, et l'indice vaut 0 en tout point de la composante connexe non bornée.
Exemple
Soient k ∈ Z et γk : [0, 2π] → C tel que γk (t) = z0 + reikt : c'est le cercle de centre z0 , de rayon
r , parcouru k fois (dans le sens direct si k ⩾ 0, indirect sinon).

Un calcul donne l'indice en z0 :


1 2π
ikreikt dt k 2π
Z Z
Indγk (z0 ) = = idt = k.
2iπ 0 z0 + reikt − z0 2iπ 0

Avec ce qui précède, on en déduit que Indγ est la fonction qui vaut k sur le disque D(z0 , r) et 0
sur C \ D(z0 , r).
k

Il faut retenir de cet exemple que l'indice d'un lacet par rapport à un point z compte le nombre de
tours que le lacet fait autour de z . On y reviendra.

Exercice
Soit γ le triangle de sommets 0, 1 et i parcouru dans le sens direct (ordre 0 → 1 → i → 0).
Donner une paramétrisation C 1 par morceaux de γ . Calculer l'indice de γ par rapport aux points
1+i
z0 = et z1 = 2.
3

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y
i

1z → i1 + i
i→0 0 =
3

0 0→1 1 x z1 = 2

Paramétrisation. On découpe γ en trois segments :


γ1 (t) = t, t ∈ [0, 1] (0 → 1),
γ2 (t) = 1 + (i − 1)t = 1 − t + it, t ∈ [0, 1] (1 → i),
γ3 (t) = i(1 − t), t ∈ [0, 1] (i → 0).

Alors γ = γ1 ∪ γ2 ∪ γ3 est un lacet C 1 par morceaux.


Calcul de l'indice. L'indice (nombre d'enroulement) d'un lacet fermé γ autour d'un point z ∈/ γ est
donné par
1 dw
Z
Indγ (z) = .
2πi γ w−z
Pour un lacet simple, fermé, orienté positivement, l'indice vaut 1 pour tout point intérieur et 0 pour
tout point extérieur. Le triangle étant simple, fermé et parcouru dans le sens trigonométrique, il
sut de déterminer si z0 et z1 sont intérieurs ou extérieurs.
1+i
■ Le point z0 = ≈ 0, 33 + 0, 33i se trouve à l'intérieur du triangle (ses coordonnées
3
barycentriques sont positives). Donc Indγ (z0 ) = 1.
■ Le point z1 = 2 est visiblement extérieur au triangle. Donc Indγ (z1 ) = 0.
On peut aussi le vérier par un calcul direct. Par exemple pour z0 , on utilise la primitive F (w) =
log(w − z0 ) sur chaque segment (en choisissant une détermination continue) :

dw
Z
 
= Log(w − z0 ) extrémités de γ .
γk w − z0 k

La somme des sauts donne 2πi, soit Indγ (z0 ) = 1. Pour z1 la somme est nulle.

Exercice
Soit γ le lacet formé par la réunion de deux cercles :
■ C1 : cercle de centre 0 et rayon 1 parcouru une fois dans le sens direct (sens trigonométrique),

■ C2 : cercle de centre 2 et rayon 1 parcouru deux fois dans le sens rétrograde (sens horaire).

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On paramètre γ par 
e2iπt , t ∈ [0, 1],
γ(t) =
2 + e−4iπ(t−1) , t ∈ [1, 2],

ce qui donne un lacet C 1 par morceaux. Calculer Indγ (0), Indγ (1/2), Indγ (2) et Indγ (5/2).
y 2× sens horaire

1 5
0 2 2 2
0 2 x

L'indice est additif sur la réunion de courbes fermées.


Pour un cercle centré en a de rayon r > 0, parcouru n fois dans le sens direct, l'indice vaut n pour
tout point z tel que |z − a| < r, et 0 pour |z − a| > r. Si le parcours est rétrograde, l'indice est
−n.
Appliquons ceci à chaque cercle.
■ C1 : centre 0, rayon 1, parcouru 1 fois dans le sens direct  donne +1 à l'intérieur du disque
unité, 0 à l'extérieur.
■ C2 : centre 2, rayon 1, parcouru 2 fois dans le sens rétrograde  donne −2 à l'intérieur du
disque de centre 2 rayon 1, 0 à l'extérieur.
Déterminons pour chaque point demandé s'il est à l'intérieur ou à l'extérieur de chaque cercle.
1 : Distance à 0 : 0 < 1  intérieur de C  donne +1. Distance à 2 : |0 − 2| = 2 > 1
 extérieur de C  donne 0. Donc Ind (0) = 1.
z=0 1
2 γ

2 z = 1/2 : Distance à 0 : 0, 5 < 1  intérieur de C  +1. Distance à 2 : |0, 5−2| = 1, 5 > 1


 extérieur de C  0. Donc Ind (1/2) = 1.
1
2 γ

3 z = 2 : Distance à 0 : 2 > 1  extérieur de C  0. Distance à 2 : 0 < 1  intérieur de


C  −2. Donc Ind (2) = −2.
1
2 γ

4 z = 5/2 = 2, 5 : Distance à 0 : 2, 5 > 1  extérieur de C  0. Distance à 2 : |2, 5 − 2| =


0, 5 < 1  intérieur de C  −2. Donc Ind (5/2) = −2.
1
2 γ

Aucun de ces points n'appartient à l'un des cercles, donc les indices sont bien dénis.

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4 Théorème et formule de Cauchy
Dans tout ce paragraphe, les chemins sont supposés C 1 par morceaux. On va commencer par montrer
que les intégrales le long de chemins se calculent bien quand on dispose d'une primitive holomorphe de
l'intégrande.
Dénition
Soit Ω un ouvert de C. On dit que F ∈ O(Ω) est une primitive holomorphe de f : Ω → C si
F ′ = f.

Proposition
Soient Ω un ouvert de C et f une fonction continue de Ω dans C, admettant une primitive holo-
morphe F . Pour tout chemin γ : [a, b] → Ω, on a la formule
Z
f = F (γ(b)) − F (γ(a)).
γ
Z
En particulier, pour tout lacet γ dans Ω, f = 0.
γ

Preuve
C'est un calcul immédiat:
b b
d
Z Z Z 
′ ′
 
f = F (γ(t))γ (t) dt = F (γ(t)) dt = F γ(b) − F γ(a) .
γ a a dt

Dans le cas d'un lacet, on a γ(a) = γ(b) donc le résultat est nul.
Exemple
z n+1
z 7→ z n
se primitive en z 7→ sur C si n ∈ N.
n+1
Z
Donc pour tout lacet γ dans C, z n dz = 0.
γ
dz
Z
Ce raisonnement fonctionne encore pour un entier n ⩽ −2 si γ est tracé dans C : ainsi, ∗
=0
γ zk
pour tout entier k ⩾ 2.
Mais attention, il y a un vrai problème quand k = 1. Par exemple, si on intègre sur le cercle unité
C , paramétré dans le sens direct, on trouve
dz
Z
= 2iπ IndC (0) = 2iπ ̸= 0.
C z
1
La non-nullité de cette intégrale montre que la fonction z 7→ n'admet pas de primitive holomorphe
z
sur un ouvert contenant le cercle unité.

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Et on retrouve le fait qu'il n'y a pas de détermination continue du logarithme sur un tel ouvert.

Le lemme qui suit va avoir des conséquences primordiales. On lui donne parfois un nom: le lemme de
Goursat.
Lemme de Goursat
SoientZ Ω un ouvert de C et ∆ un triangle fermé inclus dans Ω. Alors pour toute fonction f ∈ O(Ω),
on a f = 0.
∂∆

De plus, le résultat vaut encore si f est continue sur Ω et holomorphe sur Ω moins un point.

Formellement, si a, b, c sont les sommets du triangle ∆, alors le lacet ∂∆ est la concaténation des
segments [a, b], [b, c], [c, a] et donc
Z Z Z Z
(7) f = f+ f+ f.
∂∆ [a,b] [b,c] [c,a]

Ceci est bien déni une fois qu'on a choisi l'ordre des sommets, c'est-à-dire une orientation de ∂∆ (par
exemple, si on permute b et c, le signe change).
Dans l'énoncé, cette légère ambiguïté ne joue pas de rôle, puisque 0 = −0. Dans la preuve, on devra
être précis.
Par ailleurs, la seconde partie de l'énoncé semble un peu articielle et technique : en fait, ce ranement
n'est pas cher dans la preuve et nous en aurons besoin ci-dessous.
Preuve
On suppose d'abord f ∈ O(Ω). On note a, b, c c
les sommets de ∆ et a , b , c les milieux respectifs
′ ′ ′

des segments bc, ca, ab. ∆3


Ceci détermine quatre triangles ∆1 , . . . , ∆4 , dont a'
les bords sont orientés comme suit : ac′ b′ , ba′ c′ ,
cb′ a′ et a′ b′ c′ . b'
Avec ces choix, on a ∆4 ∆2 b
4 Z ∆1
c'
Z X
∂∆
f =
∂∆i
f. a
i=1

En eet, si on développe le membre de droite en utilisant (7) pour chaque triangle ∆i , on obtient une
somme de douze intégralesZsur des segments. Z
Parmi celles-ci, on trouve f et f , qui sont opposées donc se compensent dans la somme ;

[c ,b ] ′ [b ,c ] ′ ′

les intégrales sur a′ b′ et a′ c′ se compensent de même. Et les six termes restants donnent le membre
de gauche (cf. dessin). Z
On veut montrer que M = f est nul.
∂∆

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4 Z
Observons d'abord que l'inégalité |M | ⩽ montre que, pour l'un des indices i, on a
X
f
i=1 ∂∆i

|M |
Z
f ⩾ .
∂∆i 4
De plus, si on note L le périmètre de ∆ (i.e. la longueur de son bord), le périmètre de ∆i est L/2
par le théorème de Thalès.
L'idée de la preuve consiste à recommencer avec le triangle ∆i , en le subdivisant lui-même en quatre
petits triangles, etc.
On construit ainsi une suite de triangles Tn telle que T0 = ∆, Tn+1 ⊂ Tn , le périmètre de Tn est
L/2n et
|M |
Z
f ⩾ .
∂Tn 4n
Alors est un singleton {z0 }. En eet, n'importe quelle suite de points yn ∈ Tn est de Cauchy
\
Tn
n∈N
(parce que le diamètre de TN est majoré par L/2N qui tend vers 0), donc converge vers un point
y∞ ; comme yn est dans le fermé TN pour tout n ⩾ N , y∞ aussi et cela prouve que Tn n'est pas vide.
\

Cet ensemble est par ailleurs de diamètre majoré par celui de TN , donc par L/2 , pour tout N . N

Donc il est de diamètre nul et ne contient qu'un point, qu'on appellera z0 .


Soit ε > 0. La C-diérentiabilité de f en z0 donne un δ > 0 tel que pour z ∈ D(z0 , δ),
f (z) − f (z0 ) − f ′ (z0 )(z − z0 ) ⩽ ε|z − z0 |.

Posons g(z) = f (z0 ) + f ′ (z0 )(z − z0 ).


Pour n assez grand, on a Tn ⊂ D(z0 , δ) et on écrit
Z Z Z
f = g+ (f − g).
∂Tn ∂Tn ∂Tn
Z
g admet une primitive holomorphe, donc, g = 0.
∂Tn

Le second terme se majore par (6) :


L εL εL2
Z
(f − g) ⩽ L(∂Tn ) sup |f − g| ⩽ · = .
∂Tn ∂Tn 2n 2n 4n
Au nal, on trouve
|M | εL2
Z Z
⩽ f = (f − g) ⩽ ,
4n ∂Tn ∂Tn 4n
d'où |M | ⩽ εL2 . C'est vrai pour tout ε > 0, d'où M = 0.
Maintenant, étendons le résultat au cas où f est continue sur Ω et holomorphe sur Ω \ {p}. Il y a
trois cas.

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1 Si p n'appartient pas à ∆, pas de problème, la preuve ci-dessus fonctionne.
2 Si p est un sommet de ∆, disons ∂∆ = pbc, on subdivise Z ∆ en introduisant un point bn sur le
segment pb et un point cn sur le segment pc ; alors f est la somme des intégrales de f le
long des triangles bn bc, bn ccn et pbn cn .
∂∆

Par le cas précédent, les deux premières sont nulles ; en choisissantZ bn et cn très proches de p,
on peut rendre la troisième intégrale aussi petite qu'on veut, donc f = 0.
∂∆

3 Si p est à l'intérieur de ∆ ou le long d'une arête, on subdivise ∆ en triangles dont p est l'un des
sommets et on se ramène ainsi au cas précédent.
Rappelons qu'un ouvert Ω de C est dit convexe si, pour tous les points a, b de Ω, le segment [a, b] est
inclus dans Ω.
On vous rappel qu'un convexe est connexe mais le contraire est faux, par exemple, C∗ n'est pas convexe.
La convexité intervient dans notre contexte via le lemme de Goursat:

Si on se donne trois points a, b, c d'un ouvert con- c


vexe Ω, les segments [a, b], [b, c], [c, a] sont dans Ω b
ainsi que tout point de l'intérieur du triangle, donc
le triangle plein de sommets a, b, c est inclus dans a
Ω. ∆ Ω

Théorème de Cauchy local


Soient
Z Ω un ouvert convexe de C et f une fonction holomorphe sur Ω. Alors pour tout lacet γ dans
Ω, f = 0.
γ

Preuve Z
Soit z0 ∈ Ω. Pour tout z ∈ Ω, le segment [z0 , z] reste dans Ω, donc on peut dénir F (z) = f.
[z0 ,z]

On va montrer que F est holomorphe sur Ω de dérivée F′ = f ; en appliquant une proposition


précédente, on aura le résultat.
Soit z ∈ Ω. Pour tout h ∈ C assez petit, z + h est dans l'ouvert Ω.
Par convexité, le triangle de sommets z0 , z , z + h est dans Ω, donc le lemme précédent donne
Z Z Z
f+ f+ f = 0.
[z0 ,z] [z,z+h] [z+h,z0 ]

En paramétrant [z, z + h] par t 7→ z + th, 0 ⩽ t ⩽ 1, on en déduit


Z Z 1
F (z + h) − F (z) = f = f (z + th) h dt,
[z,z+h] 0

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qui se réécrit
1
F (z + h) − F (z)
Z
= f (z + th) dt −→ f (z)
h 0
quand h → 0, par convergence dominée.
Remarques
✍ Comme dans le lemme de Goursat, il sut de supposer que f est continue sur Ω et holomorphe
sur Ω moins un point.
✍ On verra plus tard un théorème de Cauchy plus général et naturel, valide sur un ouvert
quelconque, avec une contrainte de nature topologique sur le lacet.
Dans la preuve ci-dessus, on a montré le résultat suivant, qui mérite d'être retenu.
Proposition
Toute fonction holomorphe sur un ouvert convexe Ω admet une primitive holomorphe sur Ω.

Théorème: Formule de Cauchy locale


Soient Ω un ouvert convexe de C, γ un lacet dans Ω et f ∈ O(Ω). Alors pour tout z ∈ Ω \ γ ∗ ,
1 f (w)
Z
f (z) Indγ (z) = dw.
2iπ γ w−z

Preuve
f (w) − f (z)
On se xe z ∈ Ω \ γ ∗ , puis on pose g(w) = si w ̸= z et g(z) = f ′ (z).
w−z
Cette fonction g est holomorphe sur Ω \ {z} et elle est continue sur tout Ω (en z , c'est par dénition
de la C-diérentiabilité).
Z
Par le théorème de Cauchy local (avec une remarque précédente), on obtient g = 0.
En développant, cela donne
γ

f (w) f (z) dw
Z Z Z
dw = dw = f (z) = 2iπf (z) Indγ (z).
γ w−z γ w−z γ w−z
Cette formule de Cauchy est appelée locale, parce qu'on va beaucoup l'appliquer sur des disques, au
voisinage de tout point (un disque est convexe!). Dans ce cadre, on obtient le corollaire suivant.
Corollaire
Soient Ω un ouvert de C et f ∈ O(Ω). Supposons que le disque fermé D(z0 , r) est inclus dans Ω.
Alors :
1 f (w)
Z
∀z ∈ D(z0 , r), f (z) = dw.
2iπ C(z0 ,r) w−z
Implicitement, on a orienté le cercle C(z0 , r) dans le sens trigonométrique.

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Preuve
Il faut remarquer que le compact D(z0 , r) est disjoint du fermé C \ Ω, donc à distance strictement
positive ε > 0. Alors D(z0 , r + ε) est un ouvert convexe inclus dans Ω, donc f y est holomorphe, et
contenant C(z0 , r).
On peut appliquer la formule de Cauchy locale et on obtient le résultat en remarquant que l'indice de
C(z0 , r) est +1 avec notre choix d'orientation.
Exemple
ch(iz)
Z
On souhaite calculer: I= dz .
|z|=2 z 2 + 4z + 3
On écrit
ch(iz) ch(iz) 1
= · .
(z + 1)(z + 3) z+3 z+1
Posons
ch(iz)
f (z) = .
z+3
La fonction f est holomorphe dans un voisinage de z = −1 (car z = −3 est à l'extérieur du disque
|z| < 2).
Par la formule de Cauchy,
f (z) cos(1)
Z
I= dz = 2πi f (−1) = 2πi = πi cos(1).
|z|=2 z − (−1) 2

Corollaire: Formule intégrale de Cauchy généralisée


Si h est holomorphe dans un domaine contenant le contour fermé simple C et son intérieur, alors
pour tout z0 à l'intérieur de C :
h(z) 2πi
Z
dz = h(k−1) (z0 ), k⩾1
C (z − z0 )k (k − 1)!

Preuve
On part du développement en série de Taylor de h au voisinage de z0 :

X h(m) (z0 )
h(z) = (z − z0 )m .
m=0
m!

Alors ∞
h(z) X h(m) (z0 )
= (z − z0 )m−k .
(z − z0 )k m=0
m!
L'intégrale sur C de (z − z0 )m−k est nulle sauf lorsque l'exposant est −1, c'est-à-dire m − k = −1
soit m = k − 1. Dans ce cas, on a :
Z
(z − z0 )−1 dz = 2πi.
C

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Ainsi, seul le terme m = k − 1 contribue :
h(z) h(k−1) (z0 )
Z
dz = · 2πi.
C (z − z0 )k (k − 1)!
D'où la formule.
Exemple
π

sin z
Z
On souhaite calculer: I= 4
dz.
|z−1|=1 (z − 1)2 (z − 3)
h(z)
Si f (z) = avec h holomorphe en z0 , alors
(z − z0 )n

h(z) 2πi
Z
dz = h(n−1) (z0 ).
C (z − z0 )n (n − 1)!
Ici n = 2, z0 = 1, et  
π
sin z
4
h(z) = .
z−3
h est holomorphe dans un voisinage de z = 1 car z = 3 est loin.

h(z)
Z
I= dz = 2πi h′ (1).
|z−1|=1 (z − 1)2
Or, π π π √ π+2
 
cos z · (z − 3) − sin z ·1
h′ (z) = 4 4 4
=⇒ h′ (1) = − 2 .
(z − 3)2 16
D'où, √ √
√ π+2
 
2πi 2(π + 2) πi 2(π + 2)
I = 2πi · − 2 =− =− .
16 16 8

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Propriétés fondamentales

Chapitre
Fiche
des fonctions holomorphes
4

1 Analyticité

Théorème
Pour tout ouvert Ω de C, O(Ω) = A(Ω). Ainsi, les fonctions holomorphes sont analytiques.

Preuve
L'inclusion A(Ω) ⊂ O(Ω) est déjà connue.
Il s'agit donc de considérer f ∈ O(Ω) et de montrer que f est analytique.
Fixons un point z0 dans Ω, à distance R du fermé C \ Ω.
Pour tout r < R, le disque D(z0 , r) est inclus dans Ω et on dispose de la formule de Cauchy:
1 f (w)
Z
∀z ∈ D(z0 , r), f (z) = dw.
2iπ C(z0 ,r) w−z

Fixons un tel z , dans le disque D(z0 , r). Pour tout w ∈ C(z0 , r), on peut écrire :
+∞
f (w) f (w) f (w) 1 f (w) X (z − z0 )n
= = z−z0 = .
w−z (w − z0 ) − (z − z0 ) w − z0 1 − w−z0
w − z0 n=0
(w − z0 )n

+∞ n +∞ n
z − z0 |z − z0 |

Observons que la somme est nie, car |z − z0 | < r.
X X
sup =
n=0 w∈C(z0 ,r)
w − z0 n=0
r
Comme f est bornée sur le cercle par continuité, on en déduit la convergence normale de la série sur
Z +∞
le cercle et on peut permuter et pour obtenir l'expression
X
C(z0 ,r) n=0

+∞
X
f (z) = an (z − z0 )n ,
n=0

où, pour tout n ∈ N :


1 f (w)
Z
an = dw.
2iπ C(z0 ,r) (w − z0 )n+1
Ces coecients an sont indépendants de z , on a bien trouvé un développement en série entière de f
au voisinage de tout point z0 de Ω, ainsi f est analytique.

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Remarque
Les coecients an de la preuve semblent dépendre de r, mais en fait non : par unicité du développe-
ment en série entière, an ne dépend que de f et z0 . On dispose ainsi d'un développement en série
entière sur tout le disque D(z0 , R), où R est la distance de z0 au complémentaire de Ω. Autrement
dit, ce développement est valable sur le disque maximal centré en z0 et inclus dans Ω. C'est
exactement le phénomène qu'on avait observé pour les fractions rationnelles.

Exemple
Soit α un nombre complexe. La détermination principale du logarithme permet de dénir la
fonction pα : z 7→ z α = eα Log z sur C \ R− .
Elle est holomorphe donc analytique sur C \ R− .
Son développement en série entière en 1 est valable sur le disque D(1, 1).
On peut calculer ses coecients à l'aide des dérivées successives de pα en 1.
Or les propriétés des logarithmes donnent
d αeα Log z
∀z ∈ D(0, 1), p′α (z) = eα Log z = = αe(α−1) Log z = αpα−1 (z),
dz z
d'où par récurrence :
∀n ∈ N, ∀z ∈ D(0, 1), p(n)
α (z) = α(α − 1) · · · (α − n + 1) pα−n (z).

Comme Log 1 = 0, on a pα−n (1) = 1 pour tout n et on obtient ainsi la formule


+∞
α
X α(α − 1) · · · (α − n + 1)
∀z ∈ D(0, 1), (1 + z) = zn.
n=0
n!

Notons que si α est un entier naturel, la somme est nie (les coecients sont nuls pour n ⩾ α + 1)
et on retrouve la formule du binôme de Newton.
Le théorème précédent montre que les fonctions holomorphes récupèrent les propriétés des fonctions
analytiques, comme le principe des zéros isolés, par exemple.
On peut aussi parler de l'ordre d'annulation d'une fonction holomorphe, de la multiplicité de ses zéros,....
Il faut retenir le corollaire frappant suivant, qui vient du fait que la dérivée d'une fonction analytique est
analytique.
Corollaire
Les fonctions holomorphes sont inniment C-dérivables.
Autrement dit, la dérivée d'une fonction holomorphe est automatiquement holomorphe! Entre autres
choses, cela permet de prouver une sorte de réciproque au lemme de Goursat.

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Corollaire: Théorème de Morera
Soient ΩZun ouvert de C et f une fonction continue sur Ω. On suppose que pour tout triangle fermé
∆ ⊂ Ω, f = 0. Alors f est holomorphe sur Ω.
∂∆

Preuve Z
Fixons z0 ∈ Ω et r > 0 tel que D(z0 , r) ⊂ Ω. Pour z ∈ D(z0 , r), on pose F (z) = f.
[z0 ,z]

En procédant comme dans la preuve du théorème de Cauchy local, on voit que F est holomorphe sur
D(z0 , r), avec F ′ = f .

Ainsi, sur ce disque, f est la dérivée d'une fonction holomorphe, donc est holomorphe. Et c'est vrai
pour tout z0 ∈ Ω.
L'analyticité permet aussi de voir que si une fonction est holomorphe au dehors d'un point et n'est pas
trop méchante au voisinage de ce point, alors elle se prolonge holomorphiquement.
Nous étudierons plus tard les méchancetés possibles.
Théorème: Riemann
Soit Ω un ouvert de C et z0 ∈ Ω. On suppose que f est une fonction holomorphe sur Ω \ {z0 },
bornée près de z0 . Alors f se prolonge en une fonction holomorphe sur tout Ω.
Preuve
On pose g(z) = (z − z0 )2 f (z) si z ̸= z0 et g(z0 ) = 0. Alors g est C-dérivable en tout point de
Ω \ {z0 }, et, comme f est bornée près de z0 , le quotient

g(z0 + h) − g(z0 ) h2 f (z0 + h)


= = O(h)
h h
tend vers 0 quand h tend vers 0.
Donc g est holomorphe sur Ω, g(z0 ) = 0, g′ (z0 ) = 0 et on a un développement en série entière de la

forme g(z) = an (z − z0 )n au voisinage de z0 .
X

n=2

Pour z ̸= z0 dans ce voisinage, on en tire f (z) = an+2 (z − z0 )n .
X

n=0

Si on prolonge f en posant f (z0 ) = a2 , on voit donc que f est développable en série entière en z0 , et
donc on récupère une fonction holomorphe sur tout Ω.
Remarque
Les fonctions analytiques héritent également des propriétés des fonctions holomorphes. Par exemple,
un quotient ou une composée de fonctions analytiques est encore analytique sur son domaine de
dénition. De telles propriétés sont beaucoup plus simples à vérier si on pense qu'analytique
signie holomorphe.

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2 Inégalités de Cauchy
Soit f une fonction holomorphe sur Ω. On a vu que, pour tout disque D(z0 , r) ⊂ Ω, on dispose du

développement en série entière f (z) = an (z − z0 )n , avec des coecients vériant
X

n=0

f (n) (z0 ) 1 f (w)


Z
= an = dw.
n! 2iπ C(z0 ,r) (w − z0 )n+1
On en déduit la majoration (6) :
|f (n) (z0 )| 1 f (w) 1 |f (w)|
Z
= dw ⩽ 2πr sup ,
n! 2π C(z0 ,r) (w − z0 )n+1 2π w∈C(z0 ,r) r n+1
d'où le résultat suivant.
Théorème: Inégalités de Cauchy
Soient Ω un ouvert de C, f ∈ O(Ω) et D(z0 , r) ⊂ Ω. Alors
n!
∀n ∈ N, |f (n) (z0 )| ⩽ sup |f |.
rn C(z0 ,r)

Les conséquences sont terribles.


Corollaire: Théorème de Liouville
Une fonction entière et bornée est constante.
Preuve
Soit f une fonction entière bornée par M . On peut utiliser l'inégalité de Cauchy pour n = 1 sur tout
disque D(z, r) de C, ce qui donne
1
∀z ∈ C, ∀r ⩾ 0, |f ′ (z)| ⩽ M.
r
En faisant tendre r vers +∞, on trouve f ′ (z) = 0 pour tout z dans C, donc f est constante.
On peut en déduire une preuve holomorphe du théorème de D'Alembert-Gauss.
Corollaire: Théorème de D'Alembert-Gauss
Tout polynôme complexe non constant admet une racine complexe.
Preuve
1
Soit P un polynôme complexe non constant, ne s'annulant pas sur C. Alors est une fonction
P
holomorphe sur C, i.e. une fonction entière.
Comme P est de degré n ⩾ 1, on a, pour |z| → +∞,
P (z) = az n + o(|z|n ),

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1
donc |P (z)| tend vers +∞ et tend vers 0.
P (z)
1
Or une fonction continue qui tend vers 0 à l'inni est bornée. Par le théorème de Liouville, devrait
P
être constant, absurde.
L'intérêt des inégalités de Cauchy réside dans le fait qu'une borne uniforme sur une fonction holomorphe
f fournit automatiquement des bornes sur toutes les dérivées de f . Les deux paragraphes suivants
illustrent ce phénomène.

3 Holomorphie des intégrales à paramètre

Théorème
Soient Ω un ouvert de C et (T, µ) un espace mesuré. On considère une fonction f : T ×Ω → C
vériant les trois propriétés suivantes :
1 pour tout z ∈ Ω, la fonction t 7→ f (t, z) est mesurable ;
2 pour tout t ∈ T , la fonction z 7→ f (t, z) est holomorphe ;
3 il existe une fonction intégrable ϕ : T → R+ telle que
∀t ∈ T, ∀z ∈ Ω, |f (t, z)| ⩽ ϕ(t).
Z
Alors la formule F (z) = f (t, z) dµ(t) dénit une fonction holomorphe sur Ω et
T

∂f
Z

∀z ∈ Ω, F (z) = (t, z) dµ(t).
T ∂z

Remarques
✍ Dans cet énoncé, on peut remplacer les "pour tout t" par "presque pour tout t".

✍ En pratique, vu que la C-dérivabilité est une propriété locale, il sut de trouver une domination
par une fonction ϕ au voisinage de chaque point z0 de Ω. Et d'ailleurs, c'est ainsi que
fonctionne la preuve.
Preuve
Soit z ∈ Ω. Pour r > 0 petit, le disque D(z, r) est inclus dans Ω. Pour h ∈ C∗ tel que |h| < r/2,
on commence par écrire
F (z + h) − F (z) f (t, z + h) − f (t, z)
Z
= dµ(t).
h T h
À t xé, le module de l'intégrande se majore par l'inégalité des accroissements nis, puis une inégalité
de Cauchy:
f (t, z + h) − f (t, z) 1 ∂f 2
⩽ |h| sup (t, w) ⩽ ϕ(t).
h |h| w∈[z,z+h] ∂w r

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Pour comprendre cette dernière inégalité, il faut observer que si w est un point du segment [z, z + h],
alors w est dans le disque D(z, r/2), de sorte que le disque D(w, r/2) est inclus dans D(z, r), donc
dans Ω. L'inégalité de Cauchy borne donc la dérivée de f (t, ·) en w par le sup de |f (t, ·)|, divisé par
2
r/2. On trouve ainsi un majorant ϕ(t) qui est indépendant de z et intégrable. Par convergence
r
dominée, quand h tend vers 0, on obtient
F (z + h) − F (z) f (t, z + h) − f (t, z) ∂f
Z Z
−→ lim dµ(t) = (t, z) dµ(t).
h T h→0 h T ∂z
Ceci montre la C-dérivabilité en z et la formule voulue.
Dans le cadre holomorphe, la simple domination de la fonction intégrée sut même pour assurer qu'on
peut dériver sous le signe intégrale à tout ordre.
proposition
Sous les mêmes hypothèses qu'au théorème précédent, on dispose de la formule suivante pour les
dérivées successives :
∂kf
Z
(k)
∀k ∈ N, ∀z ∈ Ω, F (z) = (t, z) dµ(t).
T ∂z k

Preuve
La preuve fonctionne par récurrence sur k. L'initialisation est claire et l'hérédité est une adaptation
immédiate de l'argument précédent. Brièvement, partant de la formule à l'ordre k, on veut étudier la
limite de Z ∂ f ∂ f k k
F (k) (z + h) − F (k) (z) ∂z k
(t, z + h) − ∂z k
(t, z)
= dµ(t)
h T h
quand h → 0. Par convergence dominée, il sut de dominer l'intégrande, ce qui se fait via l'inégalité
des accroissements nis et l'inégalité de Cauchy à l'ordre k + 1 :
∂kf ∂kf
∂z k
(t, z + h) − ∂z k
(t, z) ∂ k+1 f (k + 1)!
⩽ sup k+1
(t, w) ⩽ ϕ(t).
h w∈[z,z+h] ∂w (2/r)k+1

On en conclut qu'on peut passer à la limite sous le signe intégrale et cela donne la formule à l'ordre
k + 1.
En utilisant la mesure de dénombrement sur T = N, on obtient le cas particulier des séries de fonctions
holomorphes convergeant normalement.
Corollaire
Soient Ω un ouvert de C et (fn )n∈N une suite de fonctions holomorphes sur Ω. On suppose que la

série de fonctions fn converge normalement sur Ω. Alors la formule F (z) = fn (z) dénit
X X

n=0
une fonction holomorphe sur Ω.

De plus, on peut dériver terme à terme : pour tous k ∈ N et z ∈ Ω.
X
(k)
F (z) = fn(k) (z)
n=0

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On peut remarquer que la convergence uniforme surait, en vertu d'un théorème précédent, à venir très
prochainement.
Néanmoins, dans les applications, c'est la convergence normale qu'on rencontrera usuellement.
Encore une fois, il sut d'avoir la convergence normale au voisinage de chaque point. Donnons deux
exemples archi-classiques.
Exemples
+∞
1
1 La fonction zêta est dénie par la formule ζ(z) = .
X

n=1
nz

Vérions qu'elle est holomorphe sur l'ouvert Ω = {z ∈ C | Re(z) > 1}.

D'abord, on observe que les termes fn (z) = 1/nz = e−z ln n sont bien holomorphes en z .

Ensuite, on va xer a > 1 et prouver la convergence normale sur l'ouvert Ωa = {z ∈ C |


Re(z) > a}. En eet, si z est choisi dans Ωa , on peut écrire
1
|fn (z)| = |e−z ln n | = e− Re(z) ln n ⩽ e−a ln n = .
na
Le majorant obtenu est indépendant de z et sommable (série de Riemann, a > 1), donc on
peut appliquer le théorème ci'dessus.

Ceci montre que ζ est holomorphe sur Ωa , pour tout a > 1.

Alors ζ est C-dérivable en tous les points de tous les ouverts Ωa , donc elle est holomorphe sur
leur réunion, qui est Ω.
Z +∞
2 La fonction Gamma est dénie par l'intégrale Γ(z) = tz−1 e−t dt et on va voir que c'est
une fonction holomorphe sur le demi-plan
0

Ω = {z ∈ C | Re(z) > 0}.

On vérie d'abord que f (t, z) = tz−1 e−t = ez ln t t−1 e−t est holomorphe en z et Lebesgue-
mesurable en t (puisque continue).
On cherche alors une domination et il est utile de se placer sur l'ouvert
Ωa,b = {z ∈ C | a < Re(z) < b},

où l'on xe b > a > 0. (


ta−1 e−t , t⩾1
Étant donné z ∈ Ωa,b , on obtient |f (t, z)| ⩽ ϕ(t) = .
tb−1 e−t , t<1

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La fonction ϕ ainsi dénie est continue par morceaux, décroît exponentiellement à l'inni et,
en 0, ϕ(t) ∼ tb−1 , avec b − 1 > −1 : ϕ est intégrable.
Le théorème ci-dessus permet donc d'armer que Γ est holomorphe sur les ouverts Ωa,b , donc
sur leur réunion, qui est Ω.

4 Suites de fonctions holomorphes

Théorème
Étant donné un ouvert Ω de C, on considère une suite de fonctions fn ∈ O(Ω) qui converge
uniformément sur tout compact vers une fonction f : Ω → C. Alors f est holomorphe.
De plus, pour tout k ∈ N, la suite (fn(k) )n converge uniformément sur tout compact vers f (k) .
Dans la preuve, on va utiliser le r-voisinage Kr d'un compact K ⊂ Ω: C'est le compact déni par
[
Kr = {z ∈ C | d(z, K) ⩽ r} = {z ∈ C | ∃w ∈ K, d(z, w) ⩽ r} = D(w, r).
w∈K

Comme le compact K est disjoint du fermé C \ Ω, il en est à distance r0 > 0. Ainsi, pour tout r < r0 ,
Kr est inclus dans Ω.
Preuve
Par continuité des fn et convergence uniforme (près de tout point) de fn vers f , f est continue sur Ω.
Si ∆ est un triangleZinclus dans Ω, le théorème de Cauchy local (sur un triangleZun peu plus grand
que ∆) montre que fn = 0 pour tout n ; par convergence uniforme sur ∂∆, f = 0.
∂∆ ∂∆

Le théorème de Morera montre alors que f est holomorphe sur Ω.


Fixons un compact K ⊂ Ω et un entier k ∈ N. Pour r < r0 = d(K, C \ Ω) et z ∈ K , les inégalités
de Cauchy
k!
|(fn − f )(k) (z)| ⩽ sup |fn − f |
rk C(z,r)

impliquent
k!
sup |(fn − f )(k) | ⩽ sup |fn − f |.
K rk Kr

Le membre de droite tend vers zéro par convergence uniforme de fn vers f sur le compact Kr , donc
le membre de gauche aussi : cela prouve la convergence uniforme de fn(k) vers f (k) sur K .
Le théorème suivant est très puissant : il montre comment faire converger des suites de fonctions holo-
morphes, uniformément sur tout compact.
Théorème: Théorème de Montel
Soient Ω un ouvert de C et (fn )n∈N une suite de fonctions holomorphes sur Ω. On suppose que
pour tout compact K ⊂ Ω, il existe une constante MK telle que
(8) ∀n ∈ N, sup |fn | ⩽ MK .
K

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Alors on peut extraire de (fn ) une sous-suite convergeant uniformément sur tout compact de Ω.

Autrement dit, une suite de fonctions holomorphes qui est uniformément bornée sur tout compact admet
une sous-suite convergeant uniformément sur tout compact vers une fonction f .
On peut alors utiliser un résultat pour voir que cette valeur d'adhérence f est une fonction holomorphe
et que la suite des dérivées converge uniformément sur tout compact vers f ′ .
Ce théorème est le cousin holomorphe du théorème d'Arzela-Ascoli, qui arme en substance qu'une suite
de fonctions C 1 uniformément bornées et à dérivées uniformément bornées sur les compacts admet une
sous-suite convergeant uniformément sur tout compact vers une fonction continue.
Dans le contexte holomorphe, les inégalités de Cauchy permettent de se passer d'une hypothèse sur les
dérivées.
On peut noter, aussi, qu'il n'y a pas de perte de régularité dans le théorème de Montel : la limite est
holomorphe, alors que la valeur d'adhérence obtenue par Arzela-Ascoli n'est que continue.
Preuve
Première étape. On va extraire de (fn ) une sous-suite qui converge en tout point de la partie
dénombrable dense A = Q2 ∩ Ω.
Numérotons ses éléments : A = {ai , i ∈ N}. Par (8), la suite (fn (ai )) est une suite bornée de
C = R2 , donc le théorème de Bolzano-Weierstrass permet d'en extraire une sous-suite convergente
(fϕ (n) (a0 )).
0

On peut recommencer avec les autres points ai , an de trouver des extractrices ϕi telles que
converge aux points a0 , . . . , ai .
(fϕ0 ◦···◦ϕi (n) )
On peut alors vérier que ψ(n) = ϕ0 ◦ · · · ◦ ϕn (n) dénit une extractrice et que (fψ(n) ) converge en
tout point de A.
Dans la suite, pour simplier, on rebaptise cette suite (fn ).
Seconde étape. Soit K un compact de Ω. On va montrer que (fn ) est une suite de Cauchy dans
l'espace de Banach (C 0 (K), ∥ · ∥∞ ).
Pour ce faire, on commence par se xer r > 0 tel que Kr ⊂ Ω. Soit ε ∈]0, r/2[. Par densité de A,
K est recouvert par les disques D(a, ε).
k
Par compacité de K , on peut trouver a1 , . . . , ak dans A tels que K ⊂ D(ai , ε).
[

i=1

Par convergence ponctuelle sur A, il existe N tel que


∀i = 1, . . . , k, ∀p, q ⩾ N, |fp (ai ) − fq (ai )| ⩽ ε.

Par choix des ai , pour tout z ∈ K, on peut trouver i ∈ {1, . . . , k} tel que |z − ai | < ε, de sorte

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qu'avec l'inégalité triangulaire, pour tous p, q ⩾ N ,
|fp (z) − fq (z)| ⩽ |fp (z) − fp (ai )| + |fp (ai ) − fq (ai )| + |fq (ai ) − fq (z)| ⩽ ε + 2 sup |fn (ai ) − fn (z)|.
n⩾N

Or, pour tout n, l'inégalité des accroissements nis donne


|fn (z) − fn (ai )| ⩽ |z − ai | sup |fn′ | ⩽ ε sup |fn′ |.
[z,ai ] Kr/2

2 2MKr
Par inégalité de Cauchy, on a sup |fn′ | ⩽ sup |fn | et on en déduit |fn (z) − fn (ai )| ⩽ ε .
Kr/2 r Kr r
Tout ceci montre qu'on a
 
4MKr
∀p, q ⩾ N, sup |fp − fq | ⩽ 1+ ε
K r

et donc (fn ) est de Cauchy pour la norme du sup sur K .


Par complétude de (C 0 (K), ∥ · ∥∞ ), (fn ) converge uniformément sur K .
En faisant ceci pour tout compact K , on obtient le résultat.

5 Propriété de la moyenne et principe du maximum

Si f est une fonction holomorphe sur un ouvert Ω contenant le disque D(z, r), la formule de Cauchy
donne en particulier :
1 f (w)
Z
f (z) = dw.
2iπ C(z,r) w−z

Le cercle C(z, r) est paramétré par γ : t 7→ z + reit , 0 ⩽ t ⩽ 2π, d'où :


1 2π
f (z + reit )
Z
f (z) = ireit dt.
2iπ 0 z+ reit −z

En simpliant, on arrive au résultat suivant.


Théorème: Propriété de la moyenne
Soit Ω un ouvert de C contenant le disque D(z, r). Pour toute fonction f ∈ O(Ω),

1
Z
f (z) = f (z + reit ) dt.
2π 0

Autrement dit, f (z) est égal à la moyenne de f sur tout cercle centré en z . En fait, c'est aussi vrai en
prenant la moyenne sur les disques centrés en z .
Corollaire
Soit une fonction holomorphe f sur un ouvert Ω de C. Pour tout disque D(z, r) inclus dans Ω, on

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a la formule :
1
Z
f (z) = f.
πr 2 D(z,r)

Preuve Z Z r Z 2π
On écrit f = f (z + ρeiθ ) ρ dθ dρ, puis, on arrive à
D(z,r) 0 0
Z Z r Z r
f = 2πf (z) ρ dρ = 2πf (z) ρ dρ = πr 2 f (z).
D(z,r) 0 0
Cette propriété de la moyenne est reliée à une autre propriété locale des fonctions holomorphes, le
principe du maximum, qui comporte deux volets.
Théorème: Principe du maximum, I
Soient Ω un ouvert connexe de C et f une fonction holomorphe sur Ω. On suppose que |f | atteint
un maximum local. Alors f est constante.
Preuve
Appelons z0 un point de Ω où |f | atteint un maximum local : pour r > 0 petit,
|f (z0 )| = max |f | = m;
D(z0 ,r)

Alors le corolaire précédent donne


1 1 m
Z Z Z
m = |f (z0 )| = f ⩽ |f | ⩽ 1 = m.
πr 2 D(z0 ,r) πr 2 D(z0 ,r) πr 2 D(z0 ,r)

Donc il y a égalité dans ces inégalités. Ainsi, |f | est constante à m sur D(z0 , r).
Si m = 0, f est nulle sur le disque D(z0 , r) donc sur Ω par prolongement analytique.
f
Sinon, par continuité, |f | > 0 sur D(z0 , r) et on peut considérer g = (ou mieux, on peut utiliser
f
que f est aussi holomorphe? Attention, f n'est pas holomorphe en général.
Une autre méthode: On a |f |2 = f f est constant, mais f n'est pas holomorphe.
On peut plutôt utiliser que f est holomorphe et que |f | est constant implique que f est constante.
En eet, si |f | est constant non nul, alors f ne s'annule pas et on peut écrire f = eg avec g
holomorphe, alors |f | = eRe g constant donne Re g constant, donc g constant par Cauchy-Riemann,
donc f constant.
Ou plus simplement, on peut dériver |f |2 = f f mais attention, f n'est pas holomorphe.
Une preuve standard : si |f | est constant non nul, alors f est constante car sinon, par le théorème de
l'application ouverte, l'image d'un ouvert serait un ouvert, ce qui contredirait que l'image est contenue
dans un cercle. Donc f est constante sur D(z0 , r), et par prolongement analytique, sur Ω.

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Remarque
Donnons une autre preuve, avec les mêmes notations.
Si f est constante près de z0 , f est constante, par prolongement analytique.
Sinon, le développement en série entière de f en z0 donne un développement limité du type
f (z0 + h) = f (z0 ) + αhk + o(|h|k )

quand h → 0, avec k ∈ N∗ et α ̸= 0 ; en fait, k est l'ordre d'annulation de z 7→ f (z)−f (z0 ) en z0 .


Si |f (z0 )| = m = 0, f est nulle sur D(z0 , r) donc partout par prolongement analytique.
Si |f (z0 )| =
̸ 0, on peut écrire f (z0 ) = ρeiθ , avec ρ > 0 et θ ∈ R. Pour h = εe−iθ/k , on trouve
alors
f (z0 + h) α
=1+ εk + o(εk ).
f (z0 ) ρ
f (z0 + h)
Pour ε > 0 petit, cela donne > 1, contredisant la maximalité de |f (z0 )|.
f (z0 )

Corollaire: Principe du maximum, II


Soit Ω un ouvert connexe et borné de C. Pour toute fonction f continue sur Ω et holomorphe sur
Ω, on a
max |f | = max |f |.
Ω ∂Ω

Autrement dit, f atteint son module maximum en un point du bord de Ω. A contrario, le principe
du maximum I dit que, si f n'est pas constante, alors f ne peut pas atteindre son module maximum
en un point de l'intérieur.

Preuve
La fonction continue |f | atteint son maximum en un point z du compact Ω.
Si z est sur le bord ∂Ω, l'énoncé est prouvé. Sinon, le principe du maximum I montre que f est
constante : un point quelconque w de ∂Ω vérie |f (w)| = |f (z)| = max |f |.

En pratique, le principe du maximum s'utilise souvent ainsi. On s'intéresse à une fonction f holomorphe
sur un ouvert U et on veut contrôler f sur un ouvert connexe et borné Ω qui est plus petit que U , au
sens où Ω est inclus dans U . En dehors du cas trivial où f est constante, on aura

∀z ∈ Ω, |f (z)| < max |f |.


∂Ω

L'inégalité large est donnée par le principe du max II. Le principe du maximum I montre que l'égalité
n'a pas lieu, puisque f n'est pas constante.

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6 Théorème de l'application ouverte

Théorème
Soit Ω un ouvert connexe de C. Soit f une fonction holomorphe non constante sur Ω. Alors f (Ω)
est un ouvert de C.

Preuve
Soit z0 ∈ Ω. On veut montrer que f (Ω) contient un voisinage de w0 = f (z0 ).
Par le principe des zéros isolés, on peut trouver un nombre r > 0 tel que la fonction holomorphe
z 7→ f (z) − w0 ne s'annule pas sur le cercle C = C(z0 , r).

Par compacité de C , on en déduit que ρ = min


z∈C
|f (z) − w0 | est strictement positif. En fait, ρ est la
distance de w0 au compact f (C).
On va montrer que f (Ω) contient le disque D(w0 , ρ/2).
Supposons par l'absurde qu'il existe w1 ∈ D(w0 , ρ/2) tel que w1 ∈/ f (Ω). Alors on peut considérer
1
la fonction φ : z 7→ , qui est holomorphe.
f (z) − w1
Le principe du maximum sur D(z0 , r) donne
|φ(z0 )| ⩽ max |φ| = max |φ|,
D(z0 ,r) C

ce qui, vu la dénition de φ, signie : |f (z0 ) − w1 | ⩾ min


z∈C
|f (z) − w1 |.
Géométriquement, cela signie que w1 est plus proche de f (C) que de f (z0 ) = w0 .
Vu qu'on a pris w1 proche de w0 , on va arriver à une contradiction. Eectivement, on en déduit:
min |f (z) − w0 | ⩽ min |f (z) − w1 | + |w0 − w1 | ⩽ |f (z0 ) − w1 | + |w0 − w1 | = 2|w0 − w1 |.
z∈C z∈C

Avec la dénition de ρ et w1 ∈ D(w0 , ρ/2), on en tire ρ < 2ρ/2, ce qui est absurde.
En fait, cette propriété s'explique par la structure locale des fonctions holomorphes.
On va voir que, localement, elles ressemblent à des applications du type ϕm : z 7→ z m , m ∈ N.
Or, pour m ⩾ 1, une telle application ϕm est ouverte, c'est-à-dire envoie un ouvert sur un ouvert :
ϕm (D(0, r)) = D(0, r m ) donc l'image d'un voisinage de 0 est un voisinage de 0 ; près des autres
points, on peut invoquer le théorème d'inversion locale (ou vérier directement).
Dénition
Un biholomorphisme entre deux ouverts U et V de C est une bijection ϕ : U → V qui est
holomorphe et de réciproque ϕ−1 holomorphe.

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Théorème
Soient Ω un ouvert connexe de C et f une fonction holomorphe non constante sur Ω. Alors, pour
tout z0 ∈ Ω, il existe un entier m ∈ N∗ et un biholomorphisme ϕ : U → V entre des voisinages
ouverts U de z0 et V de 0 tels que
∀z ∈ U, f (z) = f (z0 ) + ϕ(z)m .

L'entier m est l'ordre d'annulation de z 7→ f (z) − f (z0 ) en z0 .


Il code le comportement local de f au voisinage de z0 : à biholomorphisme près.
Par exemple, si m ⩾ 2, f n'est pas injective au voisinage de z0 , puisque z 7→ z m n'est pas injective au
voisinage de 0.
Preuve
On peut écrire f (z) − f (z0 ) = (z − z0 )m g(z) sur un voisinage U de z0 , avec g ∈ O(U ), g(z0 ) ̸= 0.
Quitte à rétrécir U , on peut supposer g(U ) ⊂ D(g(z0 ), ε), avec 0 < ε < |g(z0 )|.
1
Sur ce disque, on peut trouver un logarithme L. Alors, en posant h(z) = e m L(g(z)) , on obtient
h ∈ O(U ) tel que hm = g .

Alors pour z ∈ U , on peut écrire f (z) = f (z0 ) + ϕ(z)m , avec ϕ(z) = (z − z0 )h(z).
La fonction ϕ est holomorphe sur U et ϕ′ (z0 ) = h(z0 ) ̸= 0, puisque h(z0 )m = g(z0 ) ̸= 0.
Ainsi, la diérentielle de ϕ est inversible en z0 , donc le théorème d'inversion locale montre que, quitte
à rétrécir U , ϕ est un diéomorphisme entre les ouverts U et V = ϕ(U ).
Enn, D(ϕ−1 )w = (Dϕϕ (w) )−1 est C-linéaire, donc ϕ−1 est holomorphe et ϕ est bien un biholo-
−1

morphisme.
On peut en déduire un résultat global qui dit en substance qu'une fonction holomorphe injective est un
biholomorphisme (sur son image).
Dans le cas réel, il eût fallu une hypothèse sur la diérentielle pour appliquer le théorème d'inversion
locale.
Ici, c'est gratuit: l'injectivité (locale) impose un ordre d'annulation m = 1, ce qui signie que la dérivée
n'est pas nulle. La preuve ci-dessous détaille ceci.
Corollaire
Soit f une fonction holomorphe injective sur un ouvert connexe Ω de C. Alors f ′ ne s'annule pas
et f est un biholomorphisme entre les ouverts Ω et f (Ω).
Preuve
Au voisinage d'un point z0 de Ω, on écrit f (z) = f (z0 ) + ϕ(z)m avec les notations du théorème.
Dans le cas m ⩾ 2, w 7→ wm n'est injective sur aucun voisinage de 0 et ϕ est bijective, donc
z 7→ f (z0 ) + ϕ(z)m n'est pas injective près de z0 , ce qui contredit l'injectivité de f .

Donc m = 1. Alors f ′ = ϕ′ ̸= 0 (un diéomorphisme a sa diérentielle inversible en tout point).


Par hypothèse, f est une bijection holomorphe entre Ω et f (Ω). Puisque f ′ ne s'annule pas, on peut
appliquer le théorème d'inversion locale au voisinage de tout point pour voir que f −1 est diérentiable

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de diérentielle C-linéaire (D(f −1 ) = (Df )−1 ) : f est un biholomorphisme.
En particulier, la réciproque d'une fonction holomorphe bijective est holomorphe.

7 Homotopies et fonctions holomorphes

7.1 Homotopie

Commençons par une remarque. On peut toujours reparamétrer un chemin sur [0, 1]:
Étant donné γ : [a, b] → C, si on introduit φ : [0, 1] → [a, b] telle que φ(t) = (1 − t)a + tb, alors
γ ◦ φ est un reparamétrage croissant de γ sur [0, 1].
Dans ce paragraphe, pour simplier, on paramètre tous les chemins sur [0, 1].
On se placera toujours sur un ouvert Ω de C, même si les concepts se généralisent bien au-delà.
Dénition
Soient γ0 et γ1 deux lacets dans Ω, paramétrés sur [0, 1]. Une homotopie entre γ0 et γ1 est une
application continue H : [0, 1] × [0, 1] → Ω telle que
1 ∀t ∈ [0, 1], H(0, t) = γ0 (t) et H(1, t) = γ1 (t);
2 ∀s ∈ [0, 1], H(s, 0) = H(s, 1).
On dit alors que γ0 et γ1 sont homotopes dans Ω.
Si s est xé dans [0, 1], γs = H(s, ·) est une application continue de [0, 1] dans Ω.
La seconde hypothèse ci-dessus garantit que ces γs forment en fait une famille de lacets.
En fait, l'homotopie H permet de déformer continûment le lacet γ0 de façon à obtenir le lacet γ1 .
Cette déformation se fait en suivant la famille de chemins γs , de s = 0 à s = 1.
Remarque
Si φ : [0, 1] → [0, 1] est une application continue telle que φ(0) = 0 et φ(1) = 1, alors tout lacet
γ : [0, 1] → Ω est homotope à γ ◦ φ dans Ω: il sut de poser
 
H(s, t) = γ (1 − s)t + sφ(t) .

En particulier, cela montre que l'existence d'une homotopie entre deux lacets n'est pas aectée par
les reparamétrages croissants.

Dénitions
✍ On dira qu'un lacet est contractile dans Ω s'il est homotope à un lacet constant (t 7→ z0 , z0
xé dans Ω).
✍ On dit que Ω est simplement connexe si Ω est connexe et tout lacet de Ω est contractile dans
Ω.

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Intuitivement, C est simplement connexe alors que C∗ ne l'est pas : dans C∗ , il y a un trou autour duquel
on peut tracer des lacets non contractiles. On va clarier ceci dans la suite.
Remarque
Si F est une application continue sur Ω et si H est une homotopie entre deux lacets γ0 et γ1 dans
Ω, alors F ◦ H est une homotopie entre F ◦ γ0 et F ◦ γ1 .
En particulier, ceci permet de voir que si un ouvert est homéomorphe à un ouvert simplement
connexe, alors il est lui-même simplement connexe.
Dénitions
An d'avoir un critère simple assurant la simple connexité, disons qu'un ouvert Ω de C est étoilé
par rapport à z0 ∈ Ω si, pour tout z ∈ Ω, le segment [z0 , z] est inclus dans Ω.
Proposition
Un ouvert étoilé est simplement connexe.
Preuve
Supposons Ω étoilé par rapport à z0 . En particulier, Ω est connexe (par arcs).
De plus, étant donné un lacet γ , on peut poser
H(s, t) = (1 − s)γ(t) + sz0

et vérier que ceci dénit bien une homotopie entre γ et le lacet constant à z0 , dans Ω.
Exemples
1 Un ouvert convexe est étoilé par rapport à chacun de ses points, donc simplement connexe.
Par exemple, on voit ainsi que le plan C et les disques D(z, r) sont simplement connexes.
2 Pour tout α ∈ S1 , l'ouvert C \ αR+ est étoilé par rapport à −α, donc simplement connexe.

7.2 Homotopie et théorème de Cauchy

On va ici généraliser le théorème de Cauchy local en remplaçant l'hypothèse de convexité de Ω par un


critère homotopique.
Un problème technique vient du fait que les homotopies sont naturellement des objets continus, alors que
les intégrales le long de chemins réclament un peu de régularité, disons des chemins C 1 par morceaux.
Le lemme suivant permet de contourner cette diculté. Il est très intuitif.
Lemme
Pour tout lacet γ : [0, 1] → Ω et pour tout ε > 0, il existe un lacet ane par morceaux γ̃ : [0, 1] →
Ω tel que

■ γ(0) = γ̃(0) et γ(1) = γ̃(1);

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■ sup |γ − γ̃| ⩽ ε;
[0,1]

■ γ et γ̃ sont homotopes dans Ω.

γ(1) = γ̃(1)
γ(0) = γ̃(0) γ̃

Lacet lisse γ et son approximation polygonale γ̃


mêmes extrémités, sup |γ − γ̃| ⩽ ε, homotopes.
[0,1]

Preuve
La distance d du compact γ ∗ au fermé disjoint C \ Ω est strictement positive; on prend ε < d/10.
Comme γ est continue sur un compact, γ est uniformément continue.
On dispose d'un δ > 0 tel que |γ(t) − γ(t′ )| < ε/2 dès que |t − t′ | < δ.
Choisissons alors une subdivision
0 = t0 < t1 < · · · < tn = 1

telle que |ti − ti+1 | < δ pour tout i et considérons le chemin γ̃ obtenu en concaténant les segments
[γ(ti ), γ(ti+1 )], 0 ⩽ i ⩽ n − 1.

Chaque segment [γ(ti ), γ(ti+1 )] est de longueur au plus ε/2, donc reste à distance au plus ε/2 de
γ(ti ).
Le choix des ti garantit aussi que γ([ti , ti+1 ]) reste à distance au plus ε/2 de γ(ti ).
Par inégalité triangulaire, on en déduit sup |γ − γ̃| ⩽ ε.
En posant
H(s, t) = (1 − s)γ(t) + sγ̃(t),
on obtient une homotopie H entre γ et γ̃ .
De plus, pour tous s et t, on a
|H(s, t) − γ(t)| = s|γ(t) − γ̃(t)| ⩽ ε,

donc H reste à distance au plus ε de γ ∗ , donc à distance au moins d − ε > 0 de C \ Ω.


Ainsi, H est une homotopie dans Ω.
Théorème: Théorème de Cauchy
Soit Ω un ouvert de C. On suppose que γ0 et γ1 sont deux lacets C 1 par morceaux et homotopes

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dans Ω. Alors : Z Z
∀f ∈ O(Ω), f = f.
γ0 γ1

Preuve
Dans un premier temps, on suppose que γ1 est proche de γ0 : pour tout t ∈ [0, 1],
|γ1 (t) − γ0 (t)| < rγ0 ,

avec rγ = d(γ0∗ , C \ Ω)/2.


0
Par uniforme continuité de γ0 , on trouve une subdivision 0 = t0 < t1 < · · · < tn = 1 telle que
|γ0 (t) − γ0 (ti )| < rγ pour tout t ∈ [ti , ti+1 ] et pour tout i.
0
Pour i = 0, . . . , n − 1, on considère alors le lacet ci obtenu en concaténant γ0 |[t ,t ] , le segment
[γ0 (ti+1 ), γ1 (ti+1 )], l'opposé de γ1 |[t ,t ] et enn le segment [γ1 (ti ), γ0 (ti )].
i i+1

i i+1

Par inégalité triangulaire (faire un dessin), on voit que c∗i est inclus dans le disque D(γ0 (ti ), 2rγ 0 ) ⊂ Ω.

On
Z peut ainsi appliquer le théorème de Cauchy local sur l'ouvert convexe D(γ0 (ti ), 2rγ ) pour obtenir 0

f = 0.
ci
Z Z
En sommant sur i, on obtient f− f = 0 (les intégrales sur les segments ajoutés se compensent).
γ0 γ1
Z Z
On en déduit f = f dans le cas où γ1 est proche de γ0 .
γ γ
Revenons au cas général. On dispose d'une homotopie H entre γ0 et γ1 .
0 1

Notons r la moitié de la distance entre l'image de H et C \ Ω.


Par uniforme continuité de H , on trouve une subdivision
0 = s0 < s1 < · · · < sm = 1

telle que pour tout t ∈ [0, 1] et tout i = 0, . . . , m − 1,


|H(si+1 , t) − H(si , t)| < r/10.

Les lacets H(si , ·), 0 < i < m, ne sont pas forcément C 1 par morceaux: on les remplace par les lacets
anes par morceaux σi donnés par un lemme précédent, avec ε = r/10.
On pose aussi σ0 = γ0 et σm = γ1 .
Ainsi, les lacets successifs σi et σi+1 sont homotopes entre eux et susamment proches pour appliquer
le cas précédent: Z Z
f = f.
σi σi+1
Z Z Z Z
Par récurrence immédiate, on en déduit f = f, i.e. f = f.
σ0 σm γ0 γ1

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Corollaire
Soit Ω un ouvert de C. On suppose que γ est un lacet C1 par morceaux et contractile dans Ω.
Alors : Z
∀f ∈ O(Ω), f = 0.
γ

Preuve Z
L'intégrale f est égale à l'intégrale de f le long d'un chemin constant γ1 : t 7→ z0 .
γ
Z Z 1
Un calcul immédiat donne f = f (γ1 (t))γ1′ (t) dt = 0.
γ1 0
Si l'ouvert Ω est simplement connexe, tous les lacets y sont contractiles, d'où le résultat suivant.
Corollaire
Soit Ω un ouvert simplement connexe de C 1 . Alors l'intégrale de toute fonction holomorphe sur Ω
le long de tout lacet C 1 par morceaux dans Ω est nulle.

7.3 Applications

Proposition
L'ouvert C∗ n'est pas simplement connexe.
Preuve
La
Z fonction z 7→ 1/zest en eet holomorphe sur C∗ , mais d'intégrale non nulle sur le cercle unité :
dz
= 2iπ . Un précédent corollaire montre que C∗ n'est pas simplement connexe.
C(0,1) z
Théorème
Soit z ∈ C. On suppose que γ0 et γ1 sont deux lacets C 1 par morceaux et homotopes dans C \ {z}.
Alors ils ont le même indice par rapport à z : Indγ (z) = Indγ (z). 0 1

Preuve
1
Il sut de prendre f (w) = et Ω = C \ {z} dans le théorème de Cauchy.
w−z
Remarque
On peut montrer que l'indice caractérise entièrement les lacets dans C∗ , vus à homotopie près.
En fait, tout lacet γ de C∗ est homotope à l'un des lacets σn : t 7→ e2iπnt .

t ∈ [0, 1]

L'entier n ∈ Z est exactement l'indice de γ par rapport à 0.

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Le théorème de Cauchy montre aussi que, dans un ouvert simplement connexe, l'intégrale d'une fonction
holomorphe f sur un chemin reliant un point α à un point β ne dépend que des extrémités et pas du
chemin suivi : si γ1 et γ2 sont deux chemins reliant Zα à β, alors la concaténation de γ1 avec Zl'opposéZde γ2
produit un lacet σ. Le théorème de Cauchy donne f = 0 et, par Chasles, cela signie : f = f .
Cela mène au résultat suivant.
σ γ γ
1 2

Théorème
Sur un ouvert simplement connexe de C, toute fonction holomorphe admet une primitive holomor-
phe.
Preuve
Soit f une fonction holomorphe sur un ouvert simplement connexe Ω.
Z
Fixons un point z0 dans Ω. Pour tout z ∈ Ω, on pose F (z) = f , où γz est un chemin C 1 par
γ
morceaux reliant z0 à z ; il y en a un par connexité de Ω et la valeur de F (z) ne dépend pas de celui
z

qu'on choisit par simple connexité de Ω (cf. remarque ci-dessus).


On va montrer
Z que est holomorphe de dérivée f . Pour z ∈ Ω et h ̸= 0 petit, on peut écrire
F
F (z + h) = f , où σz,h est choisi pour favoriser nos desseins, c'est la concaténation de γz et du
σ
segment [z, z + h].
z,h

Par Chasles, on obtient Z


F (z + h) − F (z) = f.
[z,z+h]

On en déduit comme précédemment :


1
F (z + h) − F (z)
Z
= f (z + th) dt −→ f (z)
h 0

quand h → 0, par convergence dominée.


On en déduit l'existence de logarithmes sur les ouverts simplement connexes de C∗ .
Corollaire
Soit Ω un ouvert simplement connexe de C. Pour toute fonction f ∈ O(Ω) ne s'annulant pas, il
existe φ ∈ O(Ω) telle que f = eφ .
En particulier, si Ω est un ouvert simplement connexe de C∗ , il existe une détermination continue
du logarithme, et donc de toute puissance.
Preuve
f′
La fonction est holomorphe sur Ω, donc admet une primitive holomorphe φ.
f
Alors la dérivée de f e−φ est nulle, donc cette fonction est constante; elle est de plus non nulle, donc
on peut ajouter une constante à φ pour que f e−φ = 1.

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Le cas particulier consiste à prendre f (z) = z , qui ne s'annule pas sur C∗ .
On peut généraliser la formule de Cauchy.
Théorème
Soient Ω un ouvert de C et f une fonction holomorphe sur Ω. On suppose que γ est un lacet C 1
par morceaux et contractile dans Ω. Alors :
1 f (w)
Z

∀z ∈
/γ , f (z) Indγ (z) = dw.
2iπ γ w−z

Preuve
f (w) − f (z)
À z xé, on dénit g(w) = si w ̸= z et g(z) = f ′ (z).
w−z
Cette fonction g est holomorphe sur Ω\{z} et se prolonge par continuité en z , en posant g(z) = f ′ (z)
; elle est en particulier bornée près de z , donc, g dénit une fonction holomorphe sur Ω.
Par le théorème de Cauchy, son intégrale le long de γ est nulle.
En développant l'expression, on trouve la formule de Cauchy.
Terminons par une application numérique qui prégure la suite.
Exemple
Considérons la fonction holomorphe dénie par
eiz
f (z) = , sur C∗ . Considérons un lacet γ qui σR
z
paramètre naturellement le bord de l'ouvert
Ωε,R = z ∈ C | ε < |z| < R et Im(z) > 0 .
τεε
n o

C'est la concaténation d'un grand demi-cercle


σR orienté positivement, du segment [−R, −ε], −R −ε 0 ε R
d'un petit demi-cercle τε orienté négativement et Ωε,R
du segment [ε, R].

Ce lacet γ est contractile dans C∗ : en fait, il est tracé dans l'ouvert étoilé (donc simplement
connexe) C \ iR− .
Z
Par le théorème de Cauchy, on a donc: f = 0.
Z γ Z π
Mais l'intégrale sur σR s'écrit f = i
it
et tend vers 0 quand R → +∞, par
eiRe dt
σ R 0
convergence dominée : le module de l'intégrande, e−R sin t , tend vers 0 pour t ∈]0, π[, et on a une
domination par e−cR pour un certain c > 0 (ou simplement on peut majorer par e−R sin t ⩽ 1 et
utiliser le théorème de convergence dominée car pour chaque t, la limite est 0, et l'intégrande est
borné par 1).

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De même, l'intégrale sur τε tend vers 0 quand ε → 0.
En passant à la limite,Z on∞
obtient une relation entre les intégrales sur les segments, qui donne
sin x
nalement la valeur de dx = π .
−∞ x
(Les détails de ce calcul classique sont laissés au lecteur.)

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Singularités des fonctions

Chapitre
Fiche
holomorphes
5

1 Classication des singularités

On considère une fonction f holomorphe sur un disque épointé D′ = D(z0 , r) \ {z0 }.


La question est: Comment se comporte f au voisinage de z0 ?
On a déjà vu un premier résultat: Si f est bornée, alors f se prolonge en une fonction holomorphe sur
tout le disque D(z0 , r).
Dans ce cas, on dit que la singularité n'est qu'apparente. Le théorème suivant décrit la situation générale.
Théorème
Soient Ω un ouvert de C, z0 un point de Ω et f une fonction holomorphe sur Ω \ {z0 }. Il y a trois
cas.
1 La fonction f se prolonge en une fonction holomorphe sur Ω : c'est une singularité apparente.
2 Le module de |f (z)| tend vers +∞ quand z tend vers z0 : dans ce cas, pour z ∈ Ω \ {z0 },
g(z)
on peut écrire f (z) = , pour un entier m ∈ N∗ et une fonction g ∈ O(Ω) telle
(z − z0 )m
que g(z0 ) ̸= 0 ; on dit que f admet un pôle d'ordre m.
3 L'image de tout disque épointé non vide D′ par f est dense dans C ; c'est une singularité
essentielle.
Remarque
Dans le troisième cas (connu sous le nom de Casorati-Weierstrass), la densité de f (D′ ) signie que
pour tout w dans C, on peut trouver une suite de points zn → z0 telle que f (zn ) tend vers w.
C'est une propriété très sauvage, bien diérente des deux autres cas : dans le premier, il existe un
w0 ∈ C tel que f (zn ) → w0 pour toute suite (zn ) → z0 ; dans le deuxième, le module de |f (zn )|
tend vers +∞ pour toute suite (zn ) → z0 .

Donnons un exemple pour chaque cas, avec Ω = C et z0 = 0.


Exemple
ez − 1
✍ La fonction f : z 7→ a une singularité apparente en 0, par le développement en série
z
entière de l'exponentielle.
1
✍ La fonction f : z 7→ a un pôle d'ordre m en 0.
zm

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1
✍ La fonction f : z 7→ e z a une singularité essentielle en 0.

Pour le vérier, il sut d'invoquer le théorème précédent et de dire que f (±1/n) = e±n .

Ainsi, on a une suite tendant vers 0 dont l'image par f tend vers l'inni (en module), donc la
singularité n'est pas apparente ; on a aussi une suite tendant vers 0 dont l'image par f tend
vers 0, donc la singularité n'est pas un pôle ; c'est donc une singularité essentielle.

Et en fait, pour r > 0, l'image de D par f est exp C \ D(0, 1/r) .


 

= D(0, r)

En utilisant la 2iπ-périodicité de exp, on voit que c'est toujours l'image tout entière de
l'exponentielle, c'est-à-dire C∗ , qui est bien dense dans C.
Preuve
Supposons que le troisième cas n'a pas lieu.
On va montrer que f tombe alors forcément dans l'une des deux premières situations, singularité
apparente ou pôle.
En niant 3 , on sait qu'il existe r > 0 tel que f (D′ ∩ D(0, r)) n'est pas dense dans C.
Cela signie qu'il existe w ∈ C et δ > 0 tels que le disque D(w, δ) est disjoint de f D ′ ∩ D(0, r) :


pour tout z ∈ D(0, r) \ {0}, |f (z) − w| ⩾ δ.


1
On peut alors dénir ϕ(z) = sur D(0, r) \ {0}.
f (z) − w
1
On obtient ainsi une fonction ϕ holomorphe et bornée par sur le disque épointé.
δ
Par un résultat de prolongement, on peut l'étendre en une fonction ϕ̃ holomorphe sur le disque D(0, r).
1
Si ϕ̃(0) ̸= 0, on peut écrire, pour z ∈ D(0, r) \ {0}, f (z) = w + et on voit que f s'étend de
ϕ̃(z)
façon holomorphe en 0, de sorte qu'on est dans le cas 1 .
Si ϕ̃(0) = 0, on note m ∈ N∗ son ordre d'annulation en 0 (m est bien déni puisque ϕ̃ n'est pas nul
hors de 0).
Alors, pour z près de 0, on peut écrire ϕ̃(z) = z m h(z), avec h holomorphe et h(0) ̸= 0. On en tire,
pour z ̸= 0 proche de 0 :
1
z m f (z) = + wz m .
h(z)
Le membre de droite est bien déni et holomorphe sur un voisinage de 0. Cela montre que
z 7→ z m f (z) s'étend en une fonction g holomorphe sur Ω tout entier.
1
De plus, on a g(0) = ̸= 0. La fonction f a donc un pôle d'ordre m en 0 ; en particulier, quand
h(0)

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g(z) g(0)
z tend vers 0, f (z) = m ∼ m tend vers l'inni en module.
z z
En pratique, la recherche d'un équivalent de f permet souvent de trancher.
Par exemple, si f admet une limite (nie) w en z0 , la singularité n'est qu'apparente et le prolongement
holomorphe consiste à poser f (z0 ) = w.
α
Si on trouve plutôt que pour h → 0, f (z0 + h) ∼ m , avec m ∈ N∗ et α ∈ C∗ , alors |f (z)| tend vers
h
+∞ en z0 , donc f admet un pôle en z0 ; et l'ordre du pôle est m (puisque pour tout autre exposant
m′ , (z − z0 )m f (z) tend vers 0 ou l'inni en module).

Exercice
Montrer que les seules bijections holomorphes dans C sont les applications anes.
Soit f une telle fonction.  
1
Pour tout z ∈ C , on pose g(z) = f

.
z
Montrons que 0 est une singularité non essentielle de g.
La fonction f est une bijection holomorphe sur C, donc elle est ouverte, d'où :
∃ r > 0, f (D(0, r)) est un voisinage de f (0).
D'où, il existe R > 0 tel que
|f (z) − f (0)| < R =⇒ |z| < r.
Donc pour z ∈ C∗ , on a:  
1 1
f − f (0) < R =⇒ < r,
z z
donc
1
|g(z) − f (0)| < R =⇒ |z| > ,
r
et par contraposée
1
|z| ⩽ =⇒ |g(z) − f (0)| ⩾ R.
r
D'où g D 0, 1r n'est pas dense dans C, ce qui implique que 0 est une singularité non essentielle


de g.
Il existe alors m ∈ N ;
z m g(z) −−→ 0.
z→0
Donc
f (z)

−−−−
→ 0.
zm |z|→+∞

D'autre part, f est analytique (entière) car holomorphe, alors on peut écrire :
+∞
X m
X +∞
X
n n
f (z) = an z = an z + an z n .
n=0 n=0 n=m+1
| {z }
Pm (z)

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Alors +∞
X
an z n
f (z) Pm (z) n=m+1
= + .
zm zm zm
+∞
X
an z n
n=m+1 f (z) Pm (z)
=⇒ = − −
−−−−
→ −am .
zm zm zm |z|→+∞

+∞
D'où la fonction h : z 7→ est bornée ; de plus elle est holomorphe, alors d'après le
X
an z n−m
n=m+1
théorème de Liouville elle est constante sur C. Notons c ∈ C sa valeur.
Donc, pour tout z ∈ C, on a f (z) = Pm (z) + c · z m qu'est un polynôme de degré au plus m.
Si le degré de f est supérieur à deux, alors il admet au moins une racine, ce qui contredit l'injectivité
de f (f est supposée bijective). D'où f est une application ane dans C.

2 Développement en série de Laurent

Notre but est d'analyser les singularités de fonctions


holomorphes f sur D′ (z0 , R) par un développe-
ment en série de type "série entière".
On va travailler sur des anneaux
A(z0 , R1 , R2 ) = D(z0 , R2 ) \ D(z0 , R1 )
n o R1 R2
= z ∈ C | R1 < |z − z0 | < R2 , z0
avec 0 ⩽ R1 < R2 ⩽ +∞.
Insistons sur le fait que le discussion inclut le
cas où le rayon intérieur R1 est nul. Dans ce
cas, l'anneau A(z0 , 0, R) est exactement le disque
épointé D′ (z0 , R). A(z0 , R1 , R2 )

Le rayon extérieur R2 peut aussi être inni, auquel


cas l'anneau est le complémentaire d'un disque dans
C.

Dénition
Une série de Laurent est une série de fonctions s'écrivant
X X X
z 7→ an z n = an z n + a−n z −n ,
n∈Z n⩾0 n⩾1

où les an sont des coecients complexes.

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On dit qu'elle converge en z ∈ C∗ si les deux séries et convergent.
X X
an z n a−n z −n
n⩾0 n⩾1

1
Notons R2 le rayon de convergence de la série entière et celui de la série entière a−n wn .
X X
an z n
n⩾0
R1 n⩾1

Le rayon est donc déni de sorte que converge si et diverge si


X
−n
R1 ∈ [0, +∞] a−n z |z| > R1
n≥1
|z| < R1 .

Ainsi, la série de Laurent converge sur l'anneau A(0, R1 , R2 ) et diverge sur C \ A(0, R1 , R2 ).
X
an z n
n∈Z
La théorie des séries entières s'applique aux deux morceaux d'une série de Laurent (n ⩾ 0 et n ⩽ −1).
En particulier, on a convergence normale sur tout anneau fermé A(0, r1 , r2 ) tel que R1 < r1 < r2 < R2 .
De même, la somme d'une série de Laurent est holomorphe sur A(0, R1 , R2 ).
Le théorème suivant donne une réciproque à cet énoncé.
De même que les fonctions holomorphes sur un disque D sont exactement les sommes de séries entières
convergentes sur D, les fonctions holomorphes sur un anneau A sont exactement les sommes de séries
de Laurent convergentes sur A.
Théorème
Soit f une fonction holomorphe sur l'anneau A(z0 , R1 , R2 ). Alors f admet un développement en
série de Laurent : il existe des nombres complexes an , n ∈ Z, tels que
+∞
X
∀z ∈ A(z0 , R1 , R2 ), f (z) = an (z − z0 )n .
n=−∞

Les coecients an sont donnés par


1 f (w)
Z
(9) an = dw,
2iπ C(z0 ,r) (w − z0 )n+1

pour n'importe quel r ∈]R1 , R2 [.


La preuve du théorème repose sur une formule de Cauchy adaptée:
Pour R1 < r1 < r2 < R2 et z ∈ A(z0 , R1 , R2 ),
1 f (w) 1 f (w)
Z Z
(10) f (z) = dw − dw.
2iπ C(z0 ,r2 ) w−z 2iπ C(z0 ,r1 ) w−z

f (w) − f (z)
Pour voir cette formule, on peut à nouveau introduire la fonction g : w 7→ qui se prolonge
w−z

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en une fonction holomorphe sur A(z0 , R1 , R2 ) .
Comme les cercles C(z0 , r2 ) et C(z0 , r1 ) sont homotopes dans l'anneau (prendre H(s, t) = z0 + ((1 −
s)r2 + sr1 )eit ), le théorème de Cauchy montre que les intégrales de g le long de ces deux cercles sont
égales, ce qui donne
f (w) dw f (w) dw
Z Z Z Z
dw − f (z) = dw − f (z) .
C(z0 ,r2 ) w−z C(z0 ,r2 ) w−z C(z0 ,r1 ) w−z C(z0 ,r1 ) w−z
1 dw
Z
Maintenant, on interprète comme l'indice du lacet C(z0 , r2 ) par rapport au point
2iπ C(z ,r ) w − z
z . Cet indice est 1 (parce que z est à l'intérieur du cercle).
0 2

dw
Z
De même, = 2iπ IndC(z ,r ) (z) = 0 (z est cette fois à l'extérieur). Et on obtient la
0 1
C(z ,r ) w − z
formule (10).
0 1

Remarque
Une autre preuve consiste à appliquer la formule de Cauchy à un lacet γ parcourant le grand cercle
C(z0 , r2 ) dans le sens positif, puis un segment radial, puis le petit cercle C(z0 , r1 ) dans le sens
négatif et enn l'opposé du segment précédent pour revenir au point de départ.
Un dessin aidera bien le lecteur à voir pourquoi un tel lacet est contractile dans l'anneau et
pourquoi l'indice de γ par rapport à un point z de A(z0 , R1 , R2 ) \ γ ∗ est 1.
Pour obtenir (10), il reste à utiliser Chasles pour décomposer l'intégrale de Cauchy le long de γ en
quatre morceaux, deux sur des segments opposés qui se compensent et deux sur les cercles, donnant
les termes voulus.
Prouvons maintenant le théorème précédent.
Preuve
Le développement en série de Laurent s'obtient à partir de la formule de Cauchy (10) en développant
convenablement les deux intégrandes.
Pour le premier morceau, celui où |w − z0 | = r2 , on écrit
∞ 
z − z0 n

1 1 1 X
= = ,
w−z (w − z0 ) − (z − z0 ) w − z0 n=0
w − z0

cette série géométrique convergeant puisque |z − z0 | < r2 = |w − z0 |.


De même, dans la seconde intégrale, on a |w − z0 | = r1 , avec cette fois |z − z0 | > r1 , et on peut
développer ainsi (avec m = −n − 1) :
∞ 
w − z0 n

1 1 1 X
=− =− .
w−z (z − z0 ) − (w − z0 ) z − z0 n=0
z − z0

Avec la convergence normale de ces séries de fonctions sur les deux cercles, on peut permuter intégrale

Prof: Abbadi Abdelaziz 74


et somme pour obtenir :
∞  
1 f (w)
X Z
f (z) = n+1
dw (z − z0 )n
n=0
2iπ C(z ,r
0 2 ) (w − z0 )
∞  
1
X Z
+ f (w)(w − z0 ) dw (z − z0 )−n−1 .
n

n=0
2iπ C(z0 ,r1 )

Ainsi, on a presque l'expression voulue, avec


1 f (w)
 Z

 dw, n⩾0
2iπ ZC(z0 ,r2 ) (w − z0 )n+1

an = .
1 f (w)
dw, n ⩽ −1



2iπ C(z0 ,r1 ) (w − z0 )n+1

Reste à voir qu'on peut remplacer r2 et r1 par un r quelconque dans ]R1 , R2 [.


f (w)
À cette n, remarquons que, pour tout n ∈ Z, la fonction w 7→ est holomorphe sur
(w − z0 )n+1
A(z0 , R1 , R2 ) (parce qu'on a remplacé z par z0 !).

Les cercles C(z0 , r), R1 < r < R2 , sont tous


Z homotopes entre eux dans cet anneau, donc le théorème
1 f (w)
de Cauchy montre que les intégrales n+1
dw ne dépendent pas de r .
2iπ C(z0 ,r) (w − z0 )

Proposition
Le développement en série de Laurent est unique.

Preuve
+∞
Si on a le développement f (z) = an (z − z0 )n , alors les coecients an obéissent à la formule
X

n=−∞
(9) et donc ne dépendent que de f .
En eet, on peut utiliser la convergence normale pour écrire
+∞
1 f (w) an
Z X Z
dw = (w − z0 )n−m−1 dw.
2iπ C(z0 ,r) (w − z0 )m+1 n=−∞
2iπ C(z0 ,r)

On sait que ces intégrales sont nulles sauf si n − m − 1 = −1, i.e. n = m.

Dans ce cas, on reconnaît l'indice du cercle :


1 f (w) am dw
Z Z
dw = = am .
2iπ C(z0 ,r) (w − z0 )m+1 2iπ C(z0 ,r) w − z0

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Remarque
On peut lire la nature des singularités sur le développement en série de Laurent.
Soit f une fonction holomorphe sur le disque épointé D′ (z0 , r). Écrivons le développement en série
+∞
de Laurent de f sur A(z0 , 0, r) = D (z0 , r) : an (z − z0 )n .
X

f (z) =
n=−∞

1 La fonction f a une singularité apparente en z0 si et seulement si f admet un développement


en série entière au voisinage de z0 .
Par unicité du développement en série de Laurent, cela signie exactement: an = 0 pour tout
n ⩽ −1.

2 La fonction f admet un pôle d'ordre m en z0 si et seulement si z 7→ (z −z0 )m f (z) se prolonge


en une fonction holomorphe ne s'annulant pas en z0 , c'est-à-dire qu'on a un développement
en série entière ∞ X
(z − z0 )m f (z) = bn (z − z0 )n
n=0

au voisinage de z0 , avec b0 ̸= 0.
Cela revient à dire qu'on a un développement en série de Laurent

a−m a−m+1 a−1 X
f (z) = + + ··· + + an (z − z0 )n ,
(z − z0 )m (z − z0 )m−1 z − z0 n=0

avec a−m ̸= 0, en posant an = bm+n , pour tout n ⩾ −m.


Ce type de développement en série de Laurent caractérise exactement les pôles d'ordre m.
3 Par le théorème précédent, f admet une singularité essentielle en z0 si et seulement si les deux
cas précédents n'ont pas lieu, i.e. on a une innité d'indices n négatifs tels que an est non nul.

Exemple
1
On a déjà vu que z 7→ exp a une singularité essentielle en 0.
z
Le développement en série entière de l'exponentielle donne un développement en série de Laurent
de cette fonction, valide sur C∗ :
1 +∞  n 0
X 1 1 X 1
exp = = zn.
z n=0
n! z n=−∞
(−n)!

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Remarque
Soit f une fonction holomorphe sur D′ (z0 , r) = A(z0 , 0, r). Le théorème précédent permet d'écrire
+∞
X
f (z) = an (z − z0 )n , 0 < |z − z0 | < r.
n=−∞

On peut alors remarquer que la partie négative de ce développement, an (z − z0 )n , converge


X

n⩽0
sur tout C \ {z0 }.
1 1
En eet, la série entière a−n wn converge pour < |w| < +∞ (on a posé ),
X
w =
n⩾0
r (z − z0 )
donc son rayon de convergence est inni et elle converge partout.

3 Résidus

Dénition
Soit f une fonction holomorphe sur le disque épointé D ′ (z0 , R), de développement en série de
+∞
Laurent f (z) = an (z − z0 )n .
X

n=−∞

Le résidu de f en z0 est le nombre complexe Res(f, z0 ) = a−1 .


L'intérêt de ce coecient a−1 apparaît clairement quand on veut trouver une primitive holomorphe pour
f.

En eet, si le résidu a−1 est nul, le développement en série de Laurent s'intègre terme à terme pour
donner une primitive.
Dans le même esprit, la formule (9) donne l'expression suivante pour le résidu : pour 0 < r < R,
1
Z
Res(f, z0 ) = f (w) dw.
2iπ C(z0 ,r)

Les résidus sont intimement liés au calcul d'intégrales de fonctions holomorphes et donnent une formule
toute puissante.
Théorème: Formule des résidus
Soit γ un lacet C 1 par morceaux et contractile dans un ouvert Ω de C. Soit f une fonction
holomorphe sur Ω \ {z1 , . . . , zN }, pour des points z1 , . . . , zN situés hors de l'image de γ . Alors :
N
1
Z X
f = Res(f, zk ) Indγ (zk ).
2iπ γ k=1

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Dans cet énoncé, on notera bien que γ est supposé contractile dans Ω tout entier : l'homotopie contractant
γ sur un point a le droit de passer par les points zk et c'est tout l'intérêt de ce théorème !
Preuve
+∞
Près de chaque zk , on peut écrire un développement en série de Laurent : an,k (z − zk )n .
X
f (z) =
n=−∞
−1
Notons fk (z) = la partie avec des puissances négatives.
X
an,k (z − zk )n
n=−∞

Une remarque ci-dessus montre que cette formule dénit une fonction holomorphe fk sur C \ {zk }.
N
Ainsi, la fonction g = f − est bien dénie et holomorphe sur Ω \ {z1 , . . . , zN }.
X
fk
k=1

En outre, par construction, f − fk est donné par une série entière près de zk , donc n'y admet qu'une
singularité apparente ; et les fonctions fj , pour j ̸= k, sont holomorphes près de zk .
Donc g n'a que des singularités apparentes aux points
Z zk et se prolonge en une fonction holomorphe
sur tout Ω. Le théorème de Cauchy donne alors g = 0, d'où :
γ

N
1 1
Z X Z
f = fk .
2iπ γ k=1
2iπ γ

Par convergence normale des séries de Laurent, on a pour chaque k :


−1
1 1
Z X Z
fk = an,k (z − zk )n dz.
2iπ γ 2iπ n=−∞ γ

Pour n ̸= −1, z 7→ (z − zk )n admet une primitive holomorphe, donc s'intègre en 0 le long du lacet
γ . Il reste :
1 1 dz
Z Z
fk = a−1,k = Res(f, zk ) Indγ (zk ).
2iπ γ 2iπ γ z − zk

Remarque
An d'utiliser ce théorème pour calculer des intégrales, il faut savoir calculer les résidus.
Le cas usuel est celui où f s'écrit sur un disque épointé D′ (z0 , r) comme un quotient de fonctions
u
holomorphes .
v
Le développement en série entière de ces fonctions permet d'écrire pour h ∈ C∗ petit:
(
u(z0 + h) = ak hk + ak+1 hk+1 + · · ·
v(z0 + h) = bl hl + bl+1 hl+1 + · · ·

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avec k, l ∈ N, ak ̸= 0 et bl ̸= 0. Cela donne:
ak hk + ak+1 hk+1 + · · · c 1 + α1 h + α2 h2 + · · ·
f (z0 + h) = = ,
bl hl + bl+1 hl+1 + · · · hm 1 + β1 h + β2 h2 + · · ·

ak ak+i bl+j
en posant c = , m = l − k, αi = , βj = .
bl ak bl
On peut alors faire un développement limité du quotient pour obtenir une expression du type
c
1 + γ1 h + γ2 h2 + · · · .

f (z0 + h) =
hm
Si m est strictement positif, ce calcul donne le développement en série de Laurent d'un pôle en z0 .
Le résidu est le coecient devant h−1 , c'est-à-dire c γm−1 .
Pour m assez petit, le calcul est rapide. Par exemple, si on a un pôle simple, i.e. m = 1, le
c
résidu de f en z0 est c ; dans ce cas, le résidu est simplement donné par l'équivalent f (z0 + h) ∼ .
h
Attention, si le pôle est d'ordre supérieur, l'équivalent ne sut pas, il faut pousser le développement
limité jusqu'au bon terme.
Remarque
g(z)
Si la fonction étudiée f se présente sous la forme f (z) = , avec g holomorphe, le résidu
(z − z0 )p
de f en z0 est l'un des coecients du développement de Taylor de g en z0 , celui d'ordre p − 1.
D'où la formule
g (p−1) (z0 )
Res(f, z0 ) = ,
(p − 1)!
dans ce cas.
Exemple
Utilisons la formule des résidus pour calculer l'intégrale
+∞
dx
Z
I= .
−∞ (x2 + 1)2 (x2 + 4)

L'intégrande est continu et décroît comme x−6 à l'inni, donc il est intégrable.
On introduit la fonction
1 1
f : z 7→ = ,
(z 2 + 1)2 (z 2 + 4) (z + i)2 (z − i)2 (z + 2i)(z − 2i)
qui est holomorphe sur C \ {±i, ±2i}.

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On va l'intégrer sur le bord de

ΩR = z ∈ D(0, R) | Im(z) > 0 ,

orienté dans le sens positif, pour R grand.


Ce bord ∂ΩR est un lacet contractile dans C (puisque C est simplement connexe), son indice par
rapport à i et 2i est 1, tandis qu'il est d'indice nul par rapport à −i et −2i .

Im(z)

2i
i
Re(z)
−R 0 R

Le théorème des résidus donne donc :


1
Z
f = Res(f, i) + Res(f, 2i).
2iπ ∂ΩR

Le lacet ∂ΩR peut être vu comme la concaténation du segment [−R, R] et du demi-cercle


+
CR = C(0, R) ∩ {z, Im(z) ⩾ 0},

donc : Z Z

f+ f = 2iπ Res(f, i) + Res(f, 2i) .
+
[−R,R] CR

La seconde intégrale se majore grossièrement pour R grand (cf. (6)) :


C
Z
f ⩽ πR × −→ 0,
+
CR R6

donc en faisant tendre R vers l'inni, on arrive à :


Z  
I= f = 2iπ Res(f, i) + Res(f, 2i) .
R

Reste à calculer les résidus, en 2i et i. L'équivalent


1 1
f (2i + h) ∼ =
(3i)2 · i2 · (4i) h 36i h
1
dit tout de suite que 2i est un pôle simple de résidu .
36i

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Par ailleurs, on a
1 1 1 1
f (i + h) = =− h 2
,
h2 (2i + h)2 (3i + h)(−i + h) 12h2 1 + h h
 
2i
1+ 3i
1− i

1  h
d'où le développement limité : .

f (i + h) = − 1− + O(h2 )
12h2 3i
1
On en déduit que le résidu de f en i est .
36i
π
Finalement, on trouve : I= .
9

3.1 Cas pratiques de calcul du résidus

Pôle simple:
Si z = z0 est un pôle simple le calcul du résidu est particulièrement simple
Res(f, z0 ) = lim (z − z0 )f (z).
z→z0

Exemple
z+1
Trouver le résidu de f (z) = en z = 1.
(z + 2)(z − 1)
Le point z = 1 est un pôle simple et le résidu en z = 1 est
 z+1  z+1 2
Res(f, 1) = lim (z − 1) = lim = .
z→1 (z + 2)(z − 1) z→1 z+2 3

Remarque
Si z = z0 est un pôle simple et f (z) se présente sous la forme
P (z)
f (z) = , Q(z0 ) = 0 et Q′ (z0 ) ̸= 0,
Q(z)
alors en utilisant la règle de L'Hôpital, nous avons
P (z0 )
Res(f, z0 ) = . (⋆)
Q′ (z0 )

Exemple
ez+1
Trouver le résidu de f (z) = en z = −1.
z3 + 1

Prof: Abbadi Abdelaziz 81


Le point z = −1 est un pôle simple et le résidu peut être calculé par la formule (⋆):
ez+1 z=−1
ez+1 z=−1 e0 1
Res(f, −1) = = = = .
(z 3 + 1)′ 3z 2 z=−1
3·1 3

Pôle d'ordre m ⩾ 2:
Dans le cas où z = z0 est un pôle d'ordre m ⩾ 2, le résidu a−1 est donné par la formule
1 dm−1
Res(f, z0 ) = a−1 = lim {(z − z0 )m f (z)}.
z→z0 (m − 1)! dz m−1

En eet, si z0 est pôle d'ordre m de f , alors le développement en série de Laurent de f est


X a−1 a−2 a−m
f (z) = an (z −z0 )n = a0 +a1 (z −z0 )+a2 (z −z0 )2 +· · ·+ + +· · ·+ .
n=−m
z − z0 (z − z0 )2 (z − z0 )m

En multipliant les deux membres de cette égalité par (z − z0 )m , on a

(z − z0 )m f (z) = a−m + a−m+1 (z − z0 ) + · · · + a−1 (z − z0 )m−1 + a0 (z − z0 )m + . . . ,

qui représente la série de Taylor de la fonction analytique du premier membre.


Par dérivation des deux membres m − 1 fois par rapport à z , on obtient
dm−1 m! (m + 1)!
m−1
{(z − z0 )m f (z)} = (m − 1)! a−1 + a0 (z − z0 ) + a1 (z − z0 )2 + . . . .
dz 1! 2!
Soit en faisant tendre z vers z0
dm−1
lim {(z − z0 )m f (z)} = (m − 1)! a−1 ,
z→z0 dz m−1
d'où l'on déduit le résultat cherché.
Si m = 2 (pôle double) le résultat est
d
Res(f, z0 ) = lim {(z − z0 )2 f (z)}. (⋆ ⋆)
z→z0 dz
Exemple
z
Trouver le résidu de f (z) = en z = −1.
(z − 1)(z + 1)2
Le point z = −1 est un pôle double et on a d'après (⋆ ⋆)

Prof: Abbadi Abdelaziz 82


  
d 2
z
Res(f, −1) = lim (z + 1)
z→−1 dz (z − 1)(z + 1)2
 
d z
= lim
z→−1 dz z − 1
(z − 1) − z
= lim
z→−1 (z − 1)2
−1
= lim
z→−1 (z − 1)2
1
=− .
4

Point singulier essentiel:


Si z = z0 est un point singulier essentiel, le résidu peut parfois être trouvé en utilisant des développements
en série connus.
Exemple
1
Si f (z) = e− z , alors z = 0 est un point singulier essentiel et d'après le développement connu
u
u2 u3
e =1+u+ + + ...,
2! 3!
1
avec u = − , on trouve
z
1 1 1 1
e− z = 1 − + − + ...,
z 2! z 2 3! z 3
1
où l'on voit que le résidu en z = 0 étant le coecient de sa valeur est −1.
z

4 Détection des zéros


La formule des résidus permet de localiser les zéros des fonctions holomorphes.
Théorème
Soit Ω un ouvert de C contenant un disque fermé D(z0 , r). Soit f une fonction holomorphe sur Ω,
ne s'annulant pas sur le cercle C = C(z0 , r). Alors l'indice
1 f′
Z
Indf (C) (0) =
2iπ C f

est le nombre de zéros de f dans le disque D(z0 , r), comptés avec leur multiplicité.

Prof: Abbadi Abdelaziz 83


Dans ce contexte, par le principe des zéros isolés, f a un nombre ni de zéros dans le compact D(z0 , r).
Notons-les z1 , . . . , zN .
Par hypothèse, ils ne sont pas dans C , donc ce sont des points du disque ouvert D(z0 , r).
Appelons mk l'ordre d'annulation de f en zk . Le théorème dit que l'indice de f (C) par rapport à 0 est
N
exactement mk .
X

k=1
Preuve
D'abord, on vérie la formule donnée pour l'indice, en paramétrant C par
γ(t) = z0 + re2iπt , 0 ⩽ t ⩽ 1.

Alors f ◦ γ paramètre f (C) et on trouve


1 dz 1 1
(f ◦ γ)′ (t) 1 1
f ′ (γ(t)) 1 f′
Z Z Z Z

Indf (C) (0) = = dt = γ (t) dt = .
2iπ f ◦γ z 2iπ 0 f ◦ γ(t) 2iπ 0 f (γ(t)) 2iπ C f

Ensuite, avec les notations introduites ci-dessus, on voit que z1 , . . . , zN sont les seuls zéros de f dans
un disque D(z0 , r′ ) de rayon r′ un peu plus grand que r : c'est parce que f ne s'annule pas sur C ,
donc reste non nulle sur un voisinage de C .
f′
Ainsi, le quotient est une fonction holomorphe sur le disque D(z0 , r′ ) privé des points z1 , . . . , zN .
f
Le cercle C est contractile dans ce disque, évite les points zk et son indice par rapport à chaque zk
est 1. La formule des résidus donne
N
1 f′ f′
Z X 
= Res , zk .
2iπ C f k=1
f

Pour calculer ces résidus, on écrit près de chaque zk : f (z) = (z − zk )mk gk (z), avec gk holomorphe
ne s'annulant pas. Un calcul rapide donne
f ′ (z) mk gk′ (z)
= + .
f (z) z − zk gk (z)

f′
Le second terme est holomorphe, donc cette formule montre que admet un pôle simple en zk , de
f
résidu mk . Cela prouve le théorème.
Corollaire: Théorème de Rouché
Soit Ω un ouvert de C contenant un disque fermé D(z0 , r). On suppose que f et g sont deux
fonctions holomorphes sur Ω telles que
∀z ∈ C(z0 , r), |f (z) − g(z)| < |f (z)|.
Alors f et g ont le même nombre de zéros, comptés avec multiplicité, dans le disque D(z0 , r).

Prof: Abbadi Abdelaziz 84


L'inégalité stricte dans l'hypothèse assure en particulier que f et g ne s'annulent pas sur le cercle C(z0 , r)
: sinon, on aurait un point z tel que | − g(z)| < 0 ou bien |f (z)| < |f (z)|, ce qui est absurde.
L'idée est que si on déforme un peu f en une fonction g alors les zéros de g ne seront pas loin de ceux
de f : c'est une propriété de continuité de l'ensemble des zéros, quand on fait varier la fonction.
Il faut faire un peu attention : un zéro multiple peut devenir plusieurs zéros de multiplicité inférieure.
Par exemple, f : z 7→
√ z a un unique zéro d'ordre deux en 0 et, pour ε > 0, gε : z 7→ z + ε a deux
2 2

zéros simples, en ±i ε.
Preuve
On note C = C(z0 , r). La preuve consiste à montrer que les indices des lacets f (C) et g(C) par
rapport à 0 sont égaux, ce qui permet d'appliquer le théorème précédent pour trouver le résultat.
On bâtit une homotopie entre ces lacets en posant
∀s, t ∈ [0, 1], H(s, t) = (1 − s)f ◦ γ(t) + s g ◦ γ(t),

où γ paramètre le cercle C , comme ci-dessus.


Pour en déduire Indf (C) (0) = Indg(C) (0) à l'aide d'un théorème précédent (deux lacets C 1 par
morceaux et homotopes dans C \ {z} ont le même indice par rapport à z ) , il faut vérier que cette
homotopie se fait dans C \ {0} : cela vient de
|H(s, t)| = f (γ(t)) + s(g − f )(γ(t)) ⩾ |f (γ(t))| − |(g − f )(γ(t))| > 0,

par l'inégalité |f − g| < |f | le long du cercle C .


Le corollaire suivant montre que certaines propriétés ouvertes ("ne pas s'annuler") peuvent passer à la
limite le long de suites de fonctions holomorphes.
Corollaire: Théorème de Hurwitz
Soit (fn )n∈N une suite de fonctions holomorphes sur un ouvert connexe Ω de C. On suppose que
la suite (fn ) converge uniformément sur tout compact vers une fonction f ∈ O(Ω).
1 Si les fonctions fn ne s'annulent pas, alors soit f est identiquement nulle, soit f ne s'annule
pas.
2 Si les fonctions fn sont injectives, alors soit f est constante, soit f est injective.

Exemple
z
En prenant fn (z) = , on voit que les cas particuliers peuvent survenir.
n
Ici, la limite f est identiquement nulle et les fonctions fn sont injectives sur C, ne s'annulent pas
sur C∗ .

Prof: Abbadi Abdelaziz 85


Preuve
Pour prouver 1 , on suppose que la limite f n'est pas identiquement nulle, mais s'annule en z0 ∈ Ω.
Par le principe des zéros isolés, f ne s'annule pas sur C(z0 , r) pour r > 0 petit.
Par compacité du cercle, on peut trouver ε > 0 tel que |f | ⩾ ε sur C(z0 , r).
Pour n assez grand, on a |fn − f | < ε ⩽ |f | sur C(z0 , r), de sorte qu'on peut appliquer le théorème
de Rouché: fn et f ont autant de zéros dans le disque D(z0 , r).
Puisque f s'annule en z0 , fn doit s'annuler quelque part dans le disque, ce qui contredit l'hypothèse.
Pour 2 , on suppose f non constante et f (z1 ) = f (z2 ) = w avec z1 ̸= z2 .
Quitte à soustraire w à toutes les fonctions, on peut supposer que w est nul.
L'argument ci-dessus, appliqué près de z1 et de z2 , montre que pour r > 0 assez petit et n assez
grand, fn doit s'annuler dans D(z1 , r) et dans D(z2 , r).
En choisissant r assez petit pour que ces disques soient disjoints, on voit que fn atteint la valeur 0 en
deux points distincts, ce qui contredit son injectivité.

5 Fonctions méromorphes

Dénition
Soit Ω un ouvert de C. On dit que f est une fonction méromorphe sur Ω s'il existe un fermé A de
Ω, constitué de points isolés, tel que

1 f est holomorphe sur Ω \ A;


2 tout point de A est un pôle de f .
On note M(Ω) l'ensemble des fonctions méromorphes sur Ω.

Remarques
✍ On demande à A d'être fermé dans Ω et constitué de points isolés. Il est équivalent de
demander à A d'être localement ni dans Ω : pour tout compact K de Ω, l'intersection
K ∩ A est nie. La preuve est un petit exercice de topologie.

✍ Bien sûr, les fonctions holomorphes sur Ω sont méromorphes sur Ω (A = ∅).

✍ Les fractions rationnelles sont les exemples typiques de fonctions méromorphes, sur C ; A est
alors constitué des racines du dénominateur et il sut de décomposer en éléments simples
pour bien voir apparaître la structure des pôles.

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Exemples
1
1 La fonction f : z 7→ est méromorphe sur C : l'ensemble des pôles est πZ, qui est bien
sin z
un fermé de C constitué de points isolés.
Z +∞
2 On a vu dans un chapitre précédent que la fonction Γ : z 7→ tz−1 e−t dt est holomorphe
sur le demi-plan Ω = {z ∈ C | Re(z) > 0}.
0

En fait, on peut l'étendre en une fonction méromorphe sur C.

Pour ce faire, observons d'abord qu'une intégration par partie donne rapidement
Γ(z + 1) = zΓ(z) si Re(z) > 0.

En itérant, on obtient pour tout entier n ⩾ 1 :


Γ(z + n)
Γ(z) = ,
z(z + 1) · · · (z + n − 1)

si Re(z) > 0 et si −z est diérent de 0, 1, . . . , n − 1.

Dans cette équation, le membre de droite est holomorphe sur


n o
Ωn = z ∈ C \ (−N) | Re(z) > −n .

Donc il dénit un prolongement holomorphe de Γ à Ωn .

Par unicité du prolongement analytique, ces extensions sont compatibles entre elles et on
obtient un (unique) prolongement holomorphe à la réunion des Ωn : Γ détermine donc une
fonction holomorphe sur C \ (−N).

Pour analyser la singularité en −n, on utilise la formule ci-dessus au rang n+1 pour voir
l'équivalent suivant, quand h → 0 :
Γ(1 + h) (−1)n 1
Γ(−n + h) = ∼ .
(−n + h)(1 − n + h) · · · (−1 + h)(0 + h) n! h

(−1)n
La fonction Γ a donc un pôle simple en −n, de résidu .
n!

Remarque
Une fonction f méromorphe sur Ω n'est pas dénie sur Ω, seulement sur Ω \ A.

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Néanmoins, si a est un pôle, alors |f (z)| tend vers +∞ quand z tend vers a.
Donc f se prolonge naturellement en une fonction de Ω dans C ∪ {∞}, en posant f (a) = ∞ pour
tout pôle a.
On voit le point ∞ comme un point à l'inni dans C, comme en géométrie projective.
On peut étendre la topologie de C en une topologie de C ∪ {∞}, en décidant que les voisinages
épointés de ∞ sont les complémentaires de compacts dans C.
En fait, l'espace ainsi construit est homéomorphe à la sphère S 2 (penser que 0 ∈ C est le pôle nord
et ∞ le pôle sud).
On parle de sphère de Riemann. Le lecteur intéressé est invité à se renseigner sur ce qu'on appelle
les surfaces de Riemann!!!

Proposition
Si Ω est un ouvert connexe de C, alors M(Ω) est un corps.

Preuve
Il s'agit essentiellement de vérier que M(Ω) est stable par addition, produit et inversion.
Soient f et g deux fonctions méromorphes sur Ω, d'ensembles de pôles Af et Ag .
Alors f + g et f × g sont holomorphes hors de Af ∪ Ag .
En un point a de Af ∪ Ag , on vérie que f × g admet toujours un pôle, tandis que f + g admet un
pôle ou une singularité apparente (deux pôles avec des coecients opposés peuvent se compenser).
Dans tous les cas, ces fonctions sont holomorphes sur Ω \ A avec des pôles aux points de A, pour une
certaine partie A de Af ∪ Ag .
Un tel A est automatiquement fermé et constitué de points isolés, par exemple par une remarque
ci-dessus.
1
On veut voir aussi que est méromorphe sur Ω.
f
1
Cette fois, les pôles de f sont des points où tend vers 0, donc se prolonge de façon holomorphe.
f
Mais des singularités apparaissent là où f s'annule.
L'ouvert Ω étant connexe, le principe des zéros isolés assure que le fermé A des zéros de f est
constitué de points isolés.

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De plus, au voisinage d'un point a de A, on peut écrire
f (z) = (z − a)m g(z),

avec m ∈ N∗ et g holomorphe ne s'annulant pas.


Autrement dit,
1 1
(z − a)m = .
f (z) g(z)
1
Ainsi, a un pôle d'ordre m en a.
f
En particulier, sur un ouvert connexe Ω, le quotient de deux fonctions holomorphes (avec dénominateur
non nul) est une fonction méromorphe.
En fait, le théorème de factorisation de Weierstrass dit que toutes les fonctions méromorphes s'écrivent
comme un quotient de fonctions holomorphes.
M(Ω) est en fait le corps des fractions de l'anneau intègre O(Ω).

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