Guide LCA
Guide LCA
*Tirée de la phrase de Confucius : Quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson. »
Ce guide a été réalisé par la cellule scientifique de l’association OMT-France. Son contenu est basé
sur des données scientifiques récentes et validées. Les références sont intégrées au fil du texte et
regroupées à la fin du document.
Ce guide sera régulièrement réactualisé afin de proposer un document basé sur les données actuelles
de la science. Les informations qui ressortiront des dernières études scientifiques, ainsi que des
nouvelles recommandations, seront donc intégrées et mises à jour.
L’association OMT-France (Organisation for Musculoskeletal Therapy) est une association
française de Thérapie Manuelle Orthopédique (TMO).
Elle vise à promouvoir et développer ce champ de compétence de la profession de masseur-
kinésithérapeute en s’appuyant sur des programmes d’enseignements rigoureux et standardisés,
reconnus en France et sur le plan international par l’IFOMPT (International Federation of
Orthopaedic Manipulative Physical Therapists).
Les standards de l’IFOMPT, créés en 1977, puis complétés en 2000, et révisés tous les 6
ans, permettent de retranscrire les valeurs de l’IFOMPT dans la pratique des kinésithérapeutes.
L’IFOMPT donne la définition suivante de la TMO : « La Thérapie Manuelle Orthopédique
est un champ spécialisé de la kinésithérapie pour la prise en charge des Troubles Neuro-Musculo-
Squelettique (TNMS), basée sur le raisonnement clinique, utilisant une approche de traitements
hautement spécifiques incluant des techniques manuelles et des exercices thérapeutiques. La
Thérapie Manuelle Orthopédique englobe, et est dirigée par les preuves cliniques et scientifiques
disponibles et les composantes biopsychosociales de chaque patient. »
L’IFOMPT a créé 10 dimensions pour transcrire cette définition en standard éducationnel (cf
tableau ci-dessous). 8* de celles-ci renvoie à une mise en pratique critique des connaissances. Pour
cela, il est nécessaire de comprendre les processus de recherche sous-jacents à l’élaboration des
connaissances.
Dimension 1* Faire preuve d’une pratique critique et évaluative informée par les preuves.
Faire preuve d’une utilisation critique d’une base de connaissance approfondie des sciences
Dimension 2* biomédicales dans la spécialité TMO
Faire preuve d’une utilisation critique d’une base de connaissance approfondie des sciences cliniques
Dimension 3* dans la spécialité TMO.
Faire preuve d’une utilisation critique d’une base de connaissances approfondie des sciences
Dimension 4* comportementales.
Dimension 5* Faire preuve d’une utilisation critique d’une base de connaissance approfondie en TMO.
Faire preuve de compétences en raisonnement clinique critique et avancé permettant une évaluation et
Dimension 6* une prise en charge efficaces des patients atteints de troubles NMS.
Faire preuve d’un niveau avancé de compétences en communication permettant une évaluation et une
Dimension 7 prise en charge efficace des patients avec des troubles NMS.
Faire preuve de compétences pratiques avec sensibilité et spécificité de manipulation, à un niveau
Dimension 8 avancé permettant une évaluation et une prise en charge efficace des patients avec des troubles NMS.
Dimension 9* Faire preuve d’une compréhension et d’une application critique du processus de recherche.
Faire preuve d’une expertise clinique et d’un engagement professionnel continu au développement de
Dimension 10* la pratique TMO
Ce livret est une ressource pour aider les kinésithérapeutes à développer leurs compétences
dans le domaine de la lecture critique d’articles scientifiques.
Equipe à l’origine de la réalisation de ce livret :
Nous tenions à exprimer nos sincères remerciements à nos 4 relecteurs, pour leurs
disponibilités, pour le temps qu’ils ont investi afin de nous aider à la réalisation de ce projet,
ainsi qu’aux nombreuses remarques très pertinentes qu’ils nous ont soumises, et qui nous ont
aidées à perfectionner ce document final.
Christophe Demoulin
Diplôme de kinésithérapie en 2002. Il finit son doctorat en 2008 avant de devenir agréé de faculté.
Ces dernières années, il a collaboré au développement du Certificat d’Université en Thérapie Manuelle (ULiège) et
a été nommé chargé de cours à la Faculté des Sciences de la Motricité de l’UCLouvain.
Ses activités pédagogiques et de recherche sont notamment liées à la prise en charge des douleurs/dysfonctions
rachidiennes, l’approche EBP, les croyances des patients et des thérapeutes, et la thérapie manuelle orthopédique.
Il conserve également une activité clinique comme kinésithérapeute au sein de la Clinique du Dos du CHUOA.
Il est le Vice-Président de la Belgian Back Society (BBS) et Président de la Société Scientifique Francophone de
Kinésithérapie (SSFK).
Il est auteur/coauteur de plus de 60 articles publiés dans des revues internationales (H-index de 15).
Jean-Philippe Deneuville
Frédérique Froment
Doctorat de science en kinésithérapie à la Texas Tech University Health Sciences Center à Lubbock.
Fut vice-président de la Société Française de Kinésithérapie (SFP).
Membre du conseil d’administration d’OMT-France (IFOMPT MO).
Très impliqué dans le développement de la thérapie manuelle orthopédique en France avec l'IAMPT
comme Président.
Co-pilote d'une Task Force pour le développement de la spécialisation des kinésithérapeutes.
Membre du comité éditorial du Journal of Manual and Manipulative Therapy.
Pratique clinique spécialisée dans les dysfonctionnements temporo-mandibulaires et les pathologies associées.
Adrien Pallot
Kinésithérapeute depuis 2009. Il a pratiqué en salariat dans diverses structures dans les champs du
neuromusculaire et du musculo-squelettique.
En parallèle, il a orienté son emploi du temps sur de l'enseignement en formation initiale et continue, ainsi que
sur de l’écriture et la coordination d’ouvrages sur les différents champs de pratique professionnelle.
Il est également impliqué associativement dans le CA de la SFP depuis plusieurs années, ainsi qu'en tant que
membre du comité scientifique des JFK lors de différentes éditions.
Son envie est de montrer que l’intégration clinique des résultats de la recherche est importante et accessible à tous.
Présentations de l’équipe d’OMT-France à l’origine du projet
Guillaume Chauvet
Adrien Mounier-Poulat
Romain Blanc
Clément Tourillon
Introduction…………………………………………...……………..p.1
Conclusion……………………………………………………..….p.90
Annexes………………...…………………………………………..p.91
Introduction
Cher(e) lecteur / lectrice !
Ces dernières années l’intérêt pour une pratique « basée sur les preuves » n’a cessé de croître
parmi les kinésithérapeutes au point qu’elle s’impose (à juste titre) comme unanimement préconisé
pour la prise en charge d’un patient. Cette approche implique notamment de prendre en compte les
meilleures données de la littérature scientifique. Plusieurs excellents ouvrages ont déjà trouvé leur
place dans les rayons des libraires ou des bibliothèques.
C’est aujourd’hui au tour d’OMT-France de mettre à votre disposition en ligne cet ouvrage
pour vous guider dans vos lectures scientifiques. Vous avez tous le potentiel d’être encore meilleur,
d’accroitre vos connaissances, de perfectionner votre pratique, de nuancer avec intelligence vos prises
en charge. Et tout cela, simplement par la lecture ! C’est pourquoi il est important aux yeux d’OMT-
France que vous ayez toujours un guide à portée de main.
Ce guide, après avoir rappelé pourquoi il est important de lire, vous présentera où trouver les
différentes ressources pertinentes, détaillera les différents outils pour les lire et interpréter les
différents types d’études.
Si vous cherchez à élargir l’étendue de vos connaissances, que vous cherchez à réduire les
intermédiaires dans la transmission de savoir, ce guide est fait pour vous. Ce guide a été créé afin de
vous fournir les outils nécessaires à la lecture critique d'articles scientifiques, de faire de cette
“épreuve” un jeu d’analyse, de nuances et d’interprétation.
-1-
I. Pourquoi lire des articles scientifiques ?
1. La kinésithérapie et l’Evidence Based Practice (ou Evidence Based Physiotherapy)
Commençons cette partie par une question singulière ressortie lors de notre réflexion :
« Pourquoi est-ce au cours de ces dernières années que la notion de « lecture critique d’article » (ou
LCA) semble de plus en plus importante et pertinente au sein de notre profession ? ».
Lorsque l’on s’intéresse à la notion de lecture critique, cette dernière ne semble pas être une
notion récente. En effet, dès les années 1930/1940, on retrouve les traces d’auteurs abordant la notion
de lecture critique comme le livre de De Boer en 1946 qui s’intitulait : Teaching Critical Reading
(1). Selon cet auteur, la lecture critique pouvait comporter plusieurs connotations selon les individus.
Pour certains, la lecture critique se réduit à lire un texte d’une manière active plutôt que passive.
Pour d’autres, cette même notion se rapprocherait de la capacité de distinguer les informations
pertinentes de celles non pertinentes afin de résoudre un problème. Enfin, pour d’autres, la lecture
critique se rapprocherait d’une certaine notion de scepticisme chez le lecteur, ce qui lui permettrait
d’évaluer de manière attentionnée la véracité et la solidité d’une conclusion. C’est de cette dernière
notion que la lecture critique d’article scientifique semble être la plus proche.
Si cette notion ne semble pas récente, elle semble s’être imposée comme une notion phare de
ces dernières années, au point d’être enseignée dans la plupart des formations initiales en masso-
kinésithérapie. Parmi les raisons liées à l’intégration de la lecture critique d’article on retrouve :
- une scientifisation de la filière kinésithérapie se traduisant par la reconsidération des
preuves scientifiques ainsi que par un passage de la filière au format LMD (Licence,
Master, Doctorat) entrainant un besoin de prise en compte des recherches scientifiques et
cliniques au sein de ce système.
- une augmentation quasi exponentielle du nombre d’articles publiés chaque année
puisqu’il y aurait plus de 2,5 millions d’articles publiés chaque année dans plus de 28 000
revues différentes. Cerise sur le gâteau, cette augmentation annuelle serait de 8% (2).
- une augmentation de l’hétérogénéité dans la qualité des études publiées avec des
méthodologies parfois limitées.
Ainsi, face à ces facteurs, la lecture critique d’articles se présente aujourd’hui comme une
nécessité pour le kinésithérapeute 2.0. Reste alors à résoudre une question pourtant simple : « Quel
évènement a pu conduire à la scientifisation de la filière ainsi qu’à la prise d’importance de la
recherche clinique en kinésithérapie ? »
À cette question, la réponse semble alors évidente : l’Evidence Based Medicine (ou EBM).
Traduit littéralement par la médecine fondée sur les preuves, le terme fut introduit dès 1991 (3) puis
défini en 1996 par Sackett comme : « l'utilisation consciencieuse, explicite et judicieuse des
meilleures preuves actuelles pour prendre des décisions concernant les soins de chaque patient » (4).
Quatre années plus tard, Sackett et ses collaborateurs publièrent une version révisée de la définition de
l’EBM en la décrivant comme : « l’intégration des meilleures données issues de la recherche à
l’expertise clinique et aux valeurs du patient » (5). Il est à noter que certains auteurs tels que Anna
Donald définissent l’EBM différemment malgré des concepts ressemblants (6).
Initialement, les objectifs de l’EBM étaient d’apporter un cadre de raisonnement aux cliniciens
en leur permettant d’évaluer l’évidence des recherches scientifiques, à comprendre les résultats des
recherches cliniques ainsi qu’à appliquer les résultats de ces recherches dans la pratique
quotidienne (3). Ainsi, le modèle EBM n’a pas eu vocation à offrir un nouveau modèle scientifique au
monde médical, mais plutôt d’associer l’évidence scientifique à la théorie et à la pratique.
-2-
Si l’Evidence Based Medicine fut développée initialement dans le champ de la médecine, elle
fut rapidement développée au sein de l’Evidence Based Practice (EBP) dans de nombreux autres
disciplines paramédicales comme l’ergothérapie, la maïeutique, l’odontologie ou la physiothérapie (7).
L’EBP, aussi baptisée « pratique basée sur les données probantes », « pratique factuelle » ou
« pratique basée sur les preuves » pourrait alors être décrite comme un processus à travers lequel la
recherche et l’expérience clinique sont synthétisées et appliquées dans un contexte clinique.
Selon certains auteurs, « l’Evidence Based Practice » pourrait alors être définie comme :
« l’engagement à fonder ses décisions de soins au patient selon les meilleures données probantes
existantes en intégrant l’expérience des kinésithérapeutes et leur avis professionnel aux données
probantes issues de la recherche méthodique » (8). Si cette définition semble intéressante, il est
important de noter l’absence des caractéristiques de chaque patient.
Il semble aussi intéressant de remarquer que l’intérêt pour l’Evidence Based Medicine connu
une croissance exponentielle. En effet, en 1992, une seule étude citait clairement le terme « l’Evidence
Based Medicine » contre plus de 119 000 en 2016 (7). Si l’EBM a connu ce développement
exponentiel, cela serait notamment dû (7) :
- au besoin quotidien des thérapeutes d’obtenir des informations valides et qualitatives à
propos du diagnostic, du pronostic, du traitement et de la prévention des patients.
- à l’inadéquation des ressources pédagogiques utilisées à l’époque (informations
dépassées, ineffectives ou variables dans leur validité).
- à un décalage entre l’amélioration des moyens diagnostics et jugements cliniques et de
la performance clinique qui n’augmente pas proportionnellement au développement des
techniques diagnostiques.
- à une pression institutionnelle et politique allant dans un objectif de sélection des
traitements les plus efficaces ainsi qu’une réduction des coûts liés à la santé.
Parallèlement au développement de l’EBM, il semble que l’essor de l’EBP a permis quant à lui :
- d’offrir un cadre unique pour l'enseignement de la pensée critique en tant qu'élément clé
de la prise de décision clinique, étant donné qu'il met l'accent sur le questionnement, la
curiosité, l'ouverture d'esprit, l'analyse de multiples sources d'information, la réflexion,
l'évaluation impartiale des résultats et la réflexion (9).
- d’éviter la « menace » représentée par d’autres professionnels de soins présentant des
compétences similaires mais étant éloignées de cette démarche scientifique.
- de garder une identité et un certain respect de la profession en délimitant et en ancrant
plus solidement les champs de compétences des kinésithérapeutes afin de légitimer la
profession au sein du parcours de soins des patients (10,11).
De même, il est intéressant de noter que l’approche EBP est un phénomène s’auto-
entretenant. En effet, la recherche signifie qu'une activité ou un traitement est soumis à un examen
minutieux et que les méthodes sont réévaluées et souvent modifiées. C'est un défi que les
kinésithérapeutes actuels doivent relever afin de modifier leurs façons de travailler si la recherche
l'indique (12).
-3-
Grâce à l’évolution de l’Evidence Based Practice, et
notamment l’intégration des caractéristiques de chaque patient, il est
aujourd’hui clair que l’EBP est un trépied constitué de :
L’expérience du clinicien.
Les meilleures données de la recherche.
Les préférences et les caractéristiques du patient.
Il est à noter que par « données de la recherche » ou « données scientifiques », on parle des
recherches cliniques relevant des sciences fondamentales de la médecine telles que l’histologie ou la
physiologie, ainsi que des recherches réalisées sur des sujets (précision des diagnostics, efficacité
thérapeutique, stratégies préventives, etc…).
Par « expérience du clinicien », on aborde ici la capacité du thérapeute à utiliser ses
compétences cliniques et expériences précédentes afin d’identifier rapidement l’état de santé de
chaque patient, son diagnostic, et ses risques et bénéfices à réaliser une intervention précise plutôt
qu’une autre. De plus, cette expertise clinique est indispensable afin d’intégrer les données
scientifiques à chaque patient.
Et pour finir, par « préférences du patient », on se réfère aux préférences, préoccupations et
aux attentes uniques de chaque patient. L’ensemble de ces paramètres sont à prendre en compte afin
de réaliser une décision clinique partagée (7).
Si l’EBP est aujourd’hui largement plébiscitée, il est encore plus intéressant de comprendre que
son intégration quotidienne fait aujourd’hui partie intégrante du métier de kinésithérapeute.
Effectivement, lorsque l’on s’intéresse au code déontologique de la profession, on peut retrouver
deux articles d’intérêt :
« Article R.4321-80 : Dès lors qu'il a accepté de répondre à une demande, le masseur-
kinésithérapeute s'engage personnellement à assurer au patient des soins consciencieux,
attentifs et fondés sur les données acquises de la science » (13).
« Article R. 4321-62 : Le masseur-kinésithérapeute prend toutes les dispositions
nécessaires pour entretenir et perfectionner ses connaissances et compétences » (13).
Il est donc clair que le modèle EBP fait désormais partie intégrante de la kinésithérapie du 21ème siècle.
Pour en apprendre plus sur le développement de l’Evidence Based Medicine, nous vous conseillons de
consulter le lien ci-dessous qui vous conduira à des vidéos (anglo-saxonnes) résumant le
développement de l’EBM (14) : [Link]
-4-
2. Pour le praticien cherchant à résoudre ses questions
Comme mentionné dans le chapitre précédent, l’Evidence Based Practice a connu son succès
notamment par sa capacité à répondre aux besoins quotidiens des thérapeutes d’obtenir des
informations valides et qualitatives à propos du diagnostic, du pronostic, du traitement et de la
prévention des patients. De plus, celle-ci invite le praticien à se questionner sur la pertinence de ses
soins.
Lorsque l’on s’intéresse de plus près au fonctionnement de cette approche EBP, on se réfère
fréquemment aux différentes étapes d’assimilation de l’évidence scientifique dans un contexte
clinique. Ces étapes, sont connues sous le nom des 5A (pour Ask, Acquire, Appraise, Apply, Assess).
Définissons donc ces 5 étapes (cf Figure 1) (7) :
Conversion du
besoin d'information
en une question
Etape 1 : Ask
Évaluer l'efficacité
Recherche des
et l'efficience de la
meilleures données
démarche
Étape 2 : Rechercher les meilleures données probantes pour répondre à cette question.
Étape 3 : Évaluer de manière critique les résultats observés concernant leur validité (proximité de
la vérité), son impact (ampleur de l'effet) et son applicabilité (utilité dans notre pratique clinique).
Étape 4 : Intégrer l'évaluation critique à notre expertise clinique ainsi qu’aux valeurs et aux attentes
du patient.
Certains auteurs décrivent ce cycle en 9 étapes, mais globalement, on retrouve les mêmes étapes
charnières (14).
-5-
Ainsi, abordons la démarche de la lecture critique d’article depuis son point de départ le plus
fréquent : le questionnement clinique.
Afin d’illustrer ces propos, prenons l’exemple d’un cas concret : Mr IFOMPT, kinésithérapeute
prépare un rendez-vous à son cabinet avec un homme âgé de 40 ans, qu’il devra suivre pour une lésion
des tendons fléchisseurs superficiel et profond en zone II de la main avec une mobilisation active
protégée. Cependant, n’ayant jamais traité ce type de pathologie, il s’interroge alors sur la démarche à
suivre afin de réaliser un bilan complet et de proposer un traitement adapté à ce patient.
À la suite de cet exemple, il est possible de se questionner sur la prise en charge de ce patient.
Afin de clarifier les questions, abordons les questions de « fond ». Ces questions cherchent à obtenir
des informations générales sur un test, une pathologie ou un traitement par exemple (7). Elles se
caractérisent par deux composants essentiels :
- un mot interrogatif (qui, quoi, quand, où, comment, pourquoi) ainsi qu’un verbe.
- et un sujet, un test, un traitement ou toute chose liée au sujet.
Ainsi, à la suite de ces questions, le praticien débutera donc une démarche de recherche
clinique afin de résoudre ses questions. Cependant, ces questions pouvant être considérées comme
« vagues », des questions de « premier plan » devront donc émerger afin de pouvoir faciliter la
recherche d’informations pertinentes. Ces questions auront donc pour objectif de viser des
connaissances spécifiques afin de pouvoir améliorer notre raisonnement clinique ou nos actions.
Afin de faciliter cette démarche, le modèle « PICO » est le plus répandu. Il permet de prendre
en compte les quatre composants essentiels à se poser dans une démarche de recherche clinique :
- P : il représente les patients, la pathologie ou la population en lien avec le problème et
qui devra donc être évalué. Ainsi, par l’obtention de ces « mots clés », cela permettrait
d’améliorer les recherches dans les différentes bases de données.
- I : il représente l’élément à évaluer (ou Intervention). Ainsi, cela peut donc être un test,
un facteur pronostic, un traitement, etc…
- C : il représente le comparateur. Ce dernier est important puisqu’il permettra d’obtenir
une comparaison objective. Cela peut donc être une absence d’intervention, un autre test,
un autre traitement, etc…
- O : il représente les résultats (ou Outcomes). Cela correspond donc aux critères de
résultats permettant d’évaluer le résultat de l’intervention. Il est à noter que ces derniers
peuvent être multiples et être classés en primaire ou secondaire.
-6-
3. Pourquoi lire des articles scientifiques ?
Après avoir brièvement abordé l’intérêt de la lecture critique d’articles dans l’objectif de
résoudre les questions se posant aux thérapeutes durant leur pratique quotidienne, intéressons-nous
maintenant à la lecture critique d’articles comme un moyen de perfectionnement et de
développement du thérapeute en tant que professionnel de santé, mais aussi, en tant que personne.
Ainsi, lorsqu’un thérapeute se pose une question clinique par rapport à un patient, celle-ci
pourrait-être, de façon schématique, résolue via 2 processus cognitifs majeurs.
Une première réponse réflexe, on reconnaît un schéma clinique basé sur nos connaissances,
notre expérience. Cette réponse nécessite peu de temps et est peu coûteuse en énergie.
Dans le deuxième cas, nous ne reconnaissons pas de schémas (nous nous apercevons que
quelque chose ne « colle » pas). Il nous faut alors passer en système 2, passer à une analyse plus
minutieuse de la problématique, la décomposer, l’approfondir, rechercher des connaissances… Ce
processus est plus long, plus énergivore, mais moins sensible aux erreurs et permet in fine de
développer et d’étendre notre système 1.
Définie comme : « une pensée raisonnable et réflexive orientée vers une décision quant à ce
qu’il faut croire ou faire » (16), la pensée critique trouve tout son sens au sein de l’EBP. En effet,
selon Paterson et Chapman, l’objectif de la réflexion critique serait de déterminer ce qui est déjà
connu et d'y ajouter de nouvelles informations afin d’en tirer des connaissances, un nouveau sens et
un niveau de compréhension plus élevé (17). Cette réflexion serait donc concordante avec l’objectif de
l’EBP qui est d’améliorer la prise en charge des patients en tenant compte des données de la
science, de l’expérience du thérapeute ainsi que des désirs du patient.
Selon Gambrill : « La pensée critique et la pratique fondée sur les preuves sont étroitement
liées : les deux rejettent l'autorité comme guide, les deux soulignent l'importance d'honorer les
obligations éthiques telles que le consentement éclairé, et les deux impliquent un esprit
d'investigation » (18).
Cette pensée critique n’est pas innée, et serait donc dépendante du comportement du
thérapeute. Il est à noter tout de même une évidence scientifique faible concernant le lien
entre la pensée critique et les compétences chez les professionnels de santé, même si de
nombreuses organisations professionnelles considèrent qu’il s’agit d’une composante
importante de la pratique professionnelle (20).
-7-
Afin de mieux comprendre la pensée critique, Kolb’s et Gibb’s développèrent en 1984 et 1988
respectivement, un modèle d’apprentissage expérimental et réflexif. Selon Kolb’s, chaque
thérapeute souhaitant développer sa capacité réflexive passe par 4 phases :
Une première phase d’expérimentation concrète : où il décrit un événement.
Une seconde phase d’observation réfléchie : où le thérapeute analyse ses perceptions en
essayant de les lier à ses expériences ou son savoir.
Une troisième phase de conceptualisation abstraite : où le thérapeute consulte alors de la
littérature et/ou ses collègues afin de réévaluer la situation.
Une quatrième phase où il retourne à son expérimentation : en abordant de nouvelles
approches.
Selon Gibb’s, ce cycle se divise quant à lui en 6 phases mais reste ressemblant (17).
Il est alors intéressant de souligner que dans chacun de ces cycles, tout thérapeute (ou
professionnel) passe à un moment donné par une recherche d’informations externes lui permettant
de faire évoluer sa pensée. Cette recherche d’informations se baserait alors sur deux sources :
la littérature et/ou les collègues.
Un raisonnement logique pourra conduire à une conclusion vraie (V), probable (P), voir fausse (F).
Mon patient a mal à la cheville. Il est tombé en sentant son pied se tordre et n’avait pas mal avant.
- V : Le mécanisme de torsion en question est à l’origine de la douleur.
- P : Il a une atteinte des ligaments latéraux de cheville.
- F : Le cubitus est sûrement touché.
Il apparaît donc important ici de bien saisir la nuance : il faut distinguer la validité d’un
raisonnement, de l'adéquation de la conclusion à la réalité ; il ne faut pas confondre logique et
preuve. Un raisonnement peut être juste, mais la conclusion complètement loufoque. L’adéquation à
la réalité dépendra des connaissances servant de prémisses au raisonnement. Un professionnel basant
son raisonnement sur des connaissances obsolètes ou fausses verra sa conclusion éloignée de la réalité.
Mais c’est bien parce que notre ignorance du monde est plus grande que notre connaissance,
que nous devons dépasser les faits connus pour tenter d’appréhender l’inconnu. Si nous pouvons
le faire, c’est grâce au raisonnement non démonstratif. Ce type de raisonnement ne peut pas être guidé
entièrement par des règles formelles. Les connaissances du monde y jouent un rôle crucial.
Ce guide n’a malheureusement pas pour objectif de vous rendre omniscient. Cependant, son objectif
est en revanche de mettre à votre disposition les outils vous permettant d’analyser avec rigueur et
précision les informations que vous rencontrerez pour pouvoir choisir ou non de les intégrer avec
nuances dans votre pratique. De cette manière, votre raisonnement clinique (donc non démonstratif)
aura le plus de chance d’être en adéquation avec la réalité à laquelle vous faites face dans votre
pratique.
En clinique nos pensées sont dirigées vers notre raisonnement pour résoudre
la problématique clinique du patient.
Résoudre un problème, c’est d’abord comprendre la situation dans laquelle
nous nous trouvons et surtout définir le but qu’on souhaite atteindre. Dans le
quotidien, tout kinésithérapeute sera confronté à des situations problématiques. Ces
situations sont caractérisées par le fait que le chemin qui mène à la solution n’est
pas immédiatement disponible.
-9-
Dans les sciences s’intéressant à la résolution de problèmes, on dit que le sujet se trouve dans
une tâche d’élaboration de procédure. On ne parle de situation-problème que si l’individu est
capable de s’en construire une interprétation.
Une fois la problématique définie, il existe différents mécanismes et modèles de résolution de
problème qui entreront en jeu. Le détail complet de ceux-ci dépasse le cadre de cette narration.
Ici, nous retiendrons que comme pour le raisonnement, la construction de l'interprétation d’une
situation problème dépend des connaissances que l’on possède de l’énoncé (pour aller plus loin :
lire Atwood (20), Anderson (21), Richards (22)).
Dans le cas d’un problème diagnostic, la prise de décision constitue l’objectif final du
raisonnement (23).
Plusieurs modèles de prise de décision ont été proposés dans la littérature. Deux d’entre eux
semblent se dégager : le fameux modèle probabiliste bayésien d’un côté, et de l’autre le modèle
développé par les travaux de Kahneman sur les biais cognitifs. Bien qu’il peut sembler que ces
modèles s’affrontent, se renvoyant la balle comme 2 tennismen sur un court à coup d’études et de
remises en questions de l’autre, il est plus sain de voir que ces 2 modèles se font évoluer l’un et
l’autre, qu’ils se complètent pour continuer de faire avancer la science dans le domaine de la prise de
décision.
Ainsi, la prise de décision du kinésithérapeute au cours de son exercice repose en grande partie
sur ses connaissances pour la construction de son raisonnement ainsi que pour la résolution de la
problématique du patient. Le thérapeute devra de plus être attentif aux différents biais cognitifs
auxquels il pourrait être sujet, notamment lors de jugements et prises de décisions rapides.
Afin d’expliquer cette complémentarité, Bates et ses collaborateurs ont avancé les notions de
compétence/incompétence conscientisée/non conscientisée (cf Figure 2).
- Lorsque le thérapeute se confronte à un cas peu commun ou inconnu, il passe dans la
catégorie « incompétence conscientisée » puisque ce dernier se rend compte des
manques l’empêchant de réaliser un diagnostic/traitement adapté.
- En réaction, le thérapeute utilisera alors son système 2 de raisonnement afin d’obtenir les
connaissances nécessaire à la résolution de son cas (« compétence conscientisée »).
- Une fois son cas résolu, ce n’est qu’en pratiquant régulièrement sur ce type de cas que
son raisonnement pourra repasser sur le système 1 en devenant alors
« compétence non conscientisée ».
- Ensuite, lors de sa pratique, il développera parfois des manques de connaissance sur
certains sujets le rendant « incompétence non-conscientisée » Puis, lorsqu’il sera à
nouveau confronté à un cas inconnu, l’incompétence deviendra alors conscientisée avec
une nouvelle bascule dans le système 2 (24).
d) La notion d’expertise
Herbert Simon décrit l’expertise comme tel : « La situation fourni un indice ; cet indice donne à
l’expert un accès à une information stockée dans sa mémoire, et cette information, à son tour, lui
donne la réponse. L’intuition n’est rien de plus et rien de moins que de la reconnaissance ».
Ainsi, les intuitions valides se développent quand les spécialistes ont appris à reconnaître des
éléments familiers ou caractéristiques dans une nouvelle situation et à agir de façon adaptée. De cette
façon, la prise de décision adaptée au bon moment se retrouve au centre de l’expertise (25).
La confiance des gens en une conviction se ramène selon D. Kahneman à deux impressions qui
sont liées : l’aisance cognitive et la cohérence. Nous avons confiance quand l’histoire que nous nous
racontons nous vient facilement à l’esprit, sans contradiction ni scénario concurrent. Mais l’aisance et
la cohérence, source de confiance, ne garantissent pas la véracité d’une conviction. Notre cerveau
associatif se met en route pour éliminer le doute et évoquer des idées et des informations compatibles
avec l'histoire du moment. La confiance que les gens ont en leurs intuitions n’est pas une preuve fiable
de leur validité. Deux conditions semblent fondamentales à l’acquisition d’une compétence :
- Un environnement suffisamment régulier pour être prévisible;
- La possibilité d’apprendre ces régularités grâce à une pratique durable.
Certains environnements sont pires que irréguliers. Robin Hogarth a parlé d'environnement “pervers”,
dans lesquels les experts peuvent très bien tirer de mauvaises leçons de l’expérience. Il emprunte à
Lewis Thomas l’exemple d’un médecin, qui au début du XXè siècle, avait souvent des intuitions sur
les patients prêts de contracter la typhoïde. Malheureusement, il vérifiait son intuition en palpant la
langue du patient, sans se laver les mains entre deux consultations…
L’objectif de la lecture critique d’article est la constitution de l’expertise à travers deux de ces
conditions : lire pour être capable d’identifier correctement l’environnement régulier (et d’éviter
les environnements pervers), et d’apprendre de ces régularités grâce à une pratique durable.
- 11 -
II. Comment lire un article scientifique ?
Le titre : élément important qui doit être court mais suffisamment informatif. Les différents
éléments de l’objectif principal de l’étude doivent y figurer.
Les auteurs : ceux ayant contribués de manière significative à l’étude sont listés. Le premier auteur
correspond généralement à celui qui rédige l’article, et le dernier est la personne qui supervise cette
recherche. Les affiliations (appartenance à des services cliniques et/ou à des laboratoires de
recherche) sont également indiquées. Un auteur correspondant (= corresponding author) doit être
identifié avec ses coordonnées pour le contacter en cas de questions sur l’article. Ils doivent également
indiquer s’ils ont des conflits d’intérêts, notamment financiers, en rapport avec l’étude car ces liens
peuvent influencer des résultats et les conclusions de l’étude.
Le résumé (= abstract) : c’est un élément essentiel de l’article. Il synthétise les éléments les plus
importants de l’étude en 200 à 300 mots selon un plan précis. Il se présente en général en 4
parties : Introduction, Méthodes, Résultats et Conclusions. Il s’agit de l’élément le plus lu car il
permet une présélection des articles à lire en intégralité sur un sujet précis. Le résumé doit
impérativement comporter les points suivants : objectif principal, plan expérimental, description de
la population et des interventions ou des facteurs d’exposition étudiés, critère de jugement
principal, résultats pour le critère de jugement principal, conclusions en rapport avec les résultats du
critère de jugement principal. Tous ces éléments doivent être cohérents avec le reste du manuscrit. Il
faut cependant rester vigilant car le résumé ne reflète pas toujours bien les résultats (26), ce qui peut
amener à tirer des conclusions trop hâtives sans avoir lu l’article en intégralité.
- 12 -
En pratique, par quoi commencer ?
Sélectionner l’article en fonction des informations que l’on recherche (cf III. Où trouver les
informations).
Regarder la référence pour savoir dans quelle revue l’article a été publié, par qui, et en
quelle année.
Regarder s’il y a des conflits d’intérêts de l’auteur avec la revue, l’intervention étudiée, ou
encore l’organisme à l’origine du financement.
Lire le résumé pour avoir une idée globale du sujet traité.
Lire l’introduction car elle définit certains concepts nécessaires à la compréhension du sujet.
Lire la méthode pour déterminer si elle est adaptée au type de recherche et aux hypothèses de
recherches. Cela influence la validité interne de l’étude, quel est le degré de confiance que l’on
peut accorder aux résultats (cf II.4. Déterminer la qualité d’une étude). A noter que dans les
revues de bonnes qualités, l’article est soumis et validé par un comité de relecture (reviewers).
Lire les résultats qui sont souvent présentés sous forme de tableaux, figures ou graphiques ;
et évaluer soi-même leur signification (cf II.5. Analyser un article scientifique).
Lire la discussion après être parvenu soi-même à ses propres conclusions, afin qu’elle serve
uniquement à éclairer les zones d’ombres restantes.
Il faut garder un regard critique tout au long de ce processus afin qu’il n’y ait pas de distorsion
entre les différentes parties, menant potentiellement le lecteur vers des conclusions erronées.
- 13 -
Exemple d’un article scientifique (27)
Article Titre
gratuit
Auteurs
Résumé
Correspondant
Référence
- 14 -
2. Déterminer le type de recherche
La recherche appliquée (ou pratique) : est entreprise, soit pour discerner les applications possibles
des résultats d'une recherche fondamentale (cf Figure 4), soit pour trouver des solutions nouvelles
permettant d'atteindre un objectif déterminé choisi à l'avance. Elle implique la prise en compte des
connaissances existantes et leur approfondissement dans le but de résoudre des problèmes
particuliers (28).
La recherche pratique a comme objectif final de développer des retombées applicatives pour les
patients et les thérapeutes. Elle contribue à préserver la santé, combattre les maladies, faire émerger
des connaissances nouvelles et développer des outils pour exploiter les connaissances existantes.
- 15 -
La recherche quantitative : sert à prouver ou démontrer des faits en quantifiant un phénomène.
Les résultats sont souvent exprimés sous forme de données chiffrées (statistiques). Cette méthode
peut par exemple être menée à l’aide d’un sondage (réponse à une question), d’un questionnaire
(réponses à plusieurs questions). Les résultats d’une étude quantitative s’expriment en données
chiffrées et permettent de calculer des moyennes, compter la fréquence d’une certaine réponse,
diviser les données en pourcentages…
Le plus souvent, on retrouve les résultats d’études quantitatives sous forme de tableaux
statistiques ou de graphiques (29).
La recherche exploratoire : elle concerne des phénomènes nouveaux, qui sont peu ou pas
documentés. Le but est d’obtenir des données pour mieux comprendre le problème. Tous les
facteurs sont analysés ainsi que leurs relations. Il n’y a pas de restrictions, toutes les données
potentiellement intéressantes sont collectées.
Elles répondent surtout à la question « quoi ? » (30).
La recherche descriptive : elle est souvent de nature quantitative et comporte généralement des
questions de recherches spécifiques. Cela signifie qu’il existe déjà des connaissances préalables
sur le sujet, sous la forme d’études antérieures. La recherche descriptive peut démontrer des
associations entre les variables, mais elles sont seulement descriptives. Par exemple, aucune
connexion causale ne peut être démontrée.
Elles répondent surtout à la question « comment et qui ? » (30).
- 16 -
Des exemples pratiques d’études
Type de
Titre Sujet
recherche
Dans cette étude, des phénomènes
A mathematical model for
biomécaniques tels que le fluage, la relaxation
creep, relaxation and strain
Fondamentale ainsi que l’enraidissement lié à la déformation
stiffening in parallel-fibered
des fibres de collagènes sont modélisés
collagenous tissues (31).
Utilisation mathématiquement.
Load-displacement-time
Un des buts de cette étude est d’évaluer les effets
Appliquée characteristics of the spine
biomécaniques de mobilisations postéro-
under posteroanterior
antérieures lombaires.
mobilization (32).
Dans cet essai contrôlé randomisé, 476
Stratified versus usual care personnes expérimentant des douleurs
for the management of radiculaires d’origine lombaire ont été recrutées.
Quantitative primary care patients with Le but était d’évaluer l’efficacité clinique ainsi
sciatica: the SCOPiC RCT que le ratio coût/efficacité d’une approche de
(33). soins stratifiée comparée à une approche de soin
Méthode habituelle (non-stratifiée).
d’investigation
Dans cette étude des personnes expérimentant
Understanding sciatica :
des douleurs radiculaires d’origine lombaire ont
illness and treatment beliefs
été recrutées. Le but de cette étude est de
Qualitative in a lumbar radicular pain
comprendre leurs croyances en lien avec leur
population. A qualitative
diagnostic et l’impact de ces croyances sur les
interview study (34).
croyances en lien avec les traitements.
Remarques :
Une étude appartient obligatoirement à différents types de recherche.
Une étude a une utilisation, une méthode d’investigation et un objectif qui lui est propre.
Par exemple :
- une étude appliquée peut-être quantitative et descriptive.
- une étude qualitative peut-être exploratoire, descriptive ou explicative.
- une étude exploratoire peut-être fondamentale ou appliquée, et qualitative ou
quantitative.
- 17 -
3. Déterminer le type d’étude
Après avoir détaillé le type de recherche, abordons les différents types d'études. On en retrouve
plusieurs types, et leurs caractéristiques seront abordées les unes après les autres (38).
Elles évaluent l’association entre un ou plusieurs facteurs de risque avec la survenue d’une maladie.
Elles font partie des études observationnelles. Et parmi les études épidémiologiques, on en retrouve 2
sous-types : les études de cohortes et les études cas-témoins (cf Figure 5).
Cohorte : on recrute des sujets indemnes de la maladie, qui sont exposés à des facteurs et sont
suivis dans le temps afin d’évaluer la survenue de la maladie. Elles sont classifiées en fonction :
- de l’objectif : descriptive pour déterminer l’incidence d’une maladie sans étude de
causalité (la sélection des sujets en fonction de leur exposition se fait a posteriori de
leur inclusion) ou analytique pour rechercher un lien et son intensité entre la
survenue d’une maladie et l’exposition à un facteur (groupe exposé et un groupe non
exposé dès le début).
- du temps de l’inclusion des sujets : prospective (concourante, inclusion au début du
suivi) ou rétrospective (historique, inclusion à postériori).
Cas-témoin : on recrute des malades et des sujets indemnes de la maladie qui seront similaires
sur certaines caractéristiques aux malades (on les appelle les témoins). On recherche dans le passé
s’ils ont été exposés à certains facteurs de risque.
- 18 -
Source : [Link]
Ces 2 grands types d’études épidémiologiques ont des critères de choix, des protocoles, ainsi que des
avantages et inconvénients qui les caractérisent (cf Tableau 6).
Protocole Mesure de
Risque relatif (RR) Odd ratio (OR)
l’association
Etude de la temporalité entre Adapté aux maladies ayant un
l’exposition et la maladie long délai de latence entre
Temporalité
(interprétation possible d’un sens l’exposition et l’apparition de
causal) la maladie
- Bon contrôle de la mesure
d’exposition et du choix de
- Réalisation relativement
mesure
Avantages rapide
- Observation de l’ensemble des
- Coût moins élevé
cas de la maladie
- Estimation direct du RR
- Mesures d’exposition
- Problème de compliance et reconstituées (biais
perdus de vue possibles)
Inconvénients
- Longue durée de réalisation - Choix des témoins difficile
- Coût élevé - Pas d’estimation directe du
RR mais de l’OR
La qualité du rapport d’une étude observationnelle peut être évaluée grâce à la grille STROBE
(cf II.5.d. Les grilles de lecture).
- 19 -
b) Les études diagnostiques
Elles permettent d’évaluer un nouvel outil diagnostique au niveau de ses performances diagnostiques
ainsi que de l’amélioration du devenir des sujets diagnostiqués.
La qualité du rapport d’une étude diagnostique peut être évaluée grâce à la grille STARD
(cf II.5.d. Les grilles de lecture).
- 20 -
c) Les études thérapeutiques
Elles évaluent l’impact d’une intervention sur un état (maladie, guérison, connaissance…).
L’essai contrôlé randomisé est la référence pour évaluer l’efficacité d’une intervention, quand il est
de bonne qualité, car il permet de limiter certains biais et apporte le niveau de preuve scientifique le
plus élevé.
Essai contrôlé randomisé : les sujets sont tirés au sort quant à l’allocation de l’intervention.
La randomisation tend à permettre la comparabilité initiale des groupes pour tous les
facteurs pronostiques connus et inconnus, afin que toute différence entre les 2 groupes ne
puisse être attribuée qu’au traitement reçu.
- Étude pragmatique : étudie le bénéfice de l’intervention dans des conditions
proches de la réalité de terrain (« in vivo »).
- Étude explicative : étudie l’efficacité théorique de l’intervention dans des
conditions idéales.
Le traitement étudié peut-être comparé à un traitement de référence (= gold standard) qui est la
meilleure option, mais aussi à un autre traitement ou à un traitement factice (= placébo).
L’essai est dit en double aveugle si 2 natures d’acteurs ne connaissent pas le groupe de
randomisation du patient tout au long du suivi (patient, thérapeute, évaluateur, statisticien). Cette
procédure permet de maintenir la comparabilité des groupes randomisée au cours du suivi.
Une assignation sécrète est aussi opérée afin que les thérapeutes ne puissent pas prédire dans quel
groupe le patient va être inclus.
La qualité du rapport d’une étude thérapeutique peut être évaluée grâce à la grille CONSORT
(cf II.5.d. Les grilles de lecture).
- 21 -
Source : [Link]
d) Les études pronostiques
Leur objectif est de montrer qu’un facteur va influencer le devenir de la maladie, c’est-à-dire
l’apparition d’un critère de jugement (« positif » comme la guérison ou « négatif » comme le décès).
En identifiant certains facteurs de bons ou mauvais pronostics, on pourra proposer une prise en
charge plus adaptée. Le facteur de risque aura une influence sur la survenue de la maladie alors que
le facteur pronostic aura une influence sur le devenir de la maladie.
- 22 -
Source : [Link]
e) Les études qualitatives
Elles évaluent des opinions, croyances, sentiments de personnes ou de petits groupes de personnes
sur un sujet clairement délimité. Elles font appel à des méthodes qualitatives telles que l’observation,
l’interview, l’observation participative, le focus group et à des méthodes consensuelles (Delphi).
Les résultats d’une recherche qualitative ne sont pas exprimés en chiffres et ne sont pas à
généraliser (39).
Faire une revue de la littérature : pour voir si son sujet a déjà été traité.
Exemples d’études
Identifier la question et le type d’étude adapté :
- Phénoménologie : compréhension de l’essence de l’expérience, Patient journey following lumbar spinal
fusion surgery (FuJourn): A multicentre
des gens et des phénomènes.
exploration of the immediate post-operative
- Étude de cas : investigation de phénomènes contemporains dans period using qualitative patient diaries.
leur contexte de vie. [Link]
- Ethnographie : immersion du chercheur dans la vie des sujets
étudiés et place du phénomène étudié dans le contexte social et Creating a safe space for First Nations youth
to share their pain.
culturel. [Link]
- Biographie : chronologie d’expériences de vie.
- Théorie ancrée : construction de la théorie à partir des données Qualitative, grounded theory exploration of
patients' experience of early mobilisation,
recueillies. Parfois utilisée de façon plus générique pour rehabilitation and recovery after critical
désigner la construction théorique faite à partir de l’analyse des illness.
[Link]
données qualitatives.
- 23 -
Analyse des résultats : ne comprenant pas de nombre. Le texte est codé dans un logiciel,
découpé en fragments puis réarrangé en catégories pour faire ressortir des thèmes. Ensuite,
les thèmes vont être organisés en concepts puis une association entre ces items est établie
jusqu’à la proposition d’une théorie explicative.
Même si la recherche qualitative est encore peu développée, c’est une méthode qui vient combler les
lacunes de la recherche quantitative.
Néanmoins les études qualitatives doivent être évaluées autant sur la validité interne (standardisation
des questionnaires, méthode de triangulation) que la validité externe.
La qualité du rapport d’une étude qualitative peut être évaluée grâce à la grille COREQ ou SUIRE
(cf II.5.d. Les grilles de lecture).
Ces 2 types d’études, ont chacune une méthodologie qui leur est propre (cf Tableau 9).
Une nouvelle catégorie d’étude émerge, ce sont les études mixtes. En associant de la méthodologie
qualitative et quantitative, elles tendent à pallier les lacunes de chacune.
- 24 -
f) Les revues systématiques
Il s’agit d’études apportant des données exhaustives et synthétisées des informations disponibles
pour une question donnée.
Elles rassemblent, évaluent et synthétisent des résultats des investigations initiales soulevant un
problème ou un sujet particulier et utilisant un protocole structuré et rigoureux.
La qualité du rapport d’une analyse systématique peut être évaluée grâce à la grille PRISMA
(cf II.5.d. Les grilles de lecture).
Il existe le site Cochrane qui produit des revues systématiques de grande qualité, pertinentes et
d’actualité, afin d’éclairer la prise de décisions en matière de santé ([Link]
g) Les méta-analyses
Ce ne sont pas réellement un type d’étude, mais plutôt une analyse statistique qui peut être réalisée
lorsque l’on fait une revue systématique. Elles résument les résultats de plusieurs études en une
seule estimation.
L’objectif est d’analyser les tendances et les variations des résultats d’un ensemble d’études en
corrigeant les erreurs et les biais des études individuelles.
Pour plus de détails sur le graphique en forêt, Figure 10 : Forest Plot des différences moyennes
pondérées avec intervalle de confiance des
se référer à l’Annexe 1. amplitudes de mouvements (en degrés).
- 25 -
h) Les revues parapluie
Une revue parapluie (= umbrella reviews) est une revue de revues systématiques ou de méta-
analyses qui parlent du même sujet. Les revues parapluie sont parmies les niveaux de preuve les plus
élevés actuellement disponibles dans le domaine médical (43).
En résumant les informations de plusieurs articles de synthèse, elles facilitent l’examen des preuves
et permettent la comparaison des résultats entre chacune des revues.
Les revues parapluies peuvent aborder une question plus large qu'une étude classique, comme par
exemple discuter de plusieurs comparaisons de traitements différents au lieu d'un seul.
Elles sont particulièrement utiles pour élaborer des lignes directrices et de pratiques cliniques.
Les études de la portée apparaissent dans les années 1970-1980, et ont vu leur nombre augmenter de
façon importante au cours des années 90. L’émergence de ce type de revue tient au fait qu’elles
permettent une approche valide dans les circonstances où les revues systématiques sont incapables de
répondre aux objectifs nécessaires ou aux exigences des utilisateurs (44).
Bien qu’il puisse exister une confusion à propos de quand réaliser une étude de la portée, plusieurs
auteurs ont fourni un cadre de conduite à tenir pour savoir si ce type de revue est indiquée ou non.
Fidèles à leur nom, les études de la portée sont un outil idéal pour déterminer l’étendue d'un corpus
de littérature sur un sujet donné, pour donner une indication claire du volume de littérature et
d'études disponibles, ainsi qu'un aperçu (large ou détaillé) de son contenu. Les études de la portée
sont utiles pour faire un état des lieux sur un domaine spécifique afin d’identifier les enjeux,
problématiques et points à éclaircir par les examens systématiques plus précis. L’étude de la portée
peut être motivée par plusieurs objectifs, qui ont tous comme point commun d’être exploratoire.
Le JBI Scoping Reviews Methodology Group a identifié les 6 objectifs ci-dessous (45) :
- Identifier les types de preuves disponibles dans un domaine donné
- Clarifier les concepts/définitions clés dans la littérature
- Examiner comment la recherche est menée sur un certain sujet ou domaine
- Identifier les caractéristiques ou facteurs clés liés à un concept
- En tant que précurseur d'une revue systématique
- Identifier et analyser les lacunes dans les connaissances
- 26 -
Pour résumer
Le tableau ci-dessous synthétise les différents types d’études en fonction de l’objectif, de la question
posée, et du protocole expérimental.
Protocole
Types d’étude Objectifs Question
expérimental
Longitudinal
Déterminer si un facteur Incidence (étude de cohorte)
Epidémiologique est responsable d’un
Transversal
événement. Prévalence
(étude cas-témoin)
Transversal comparatif
Reproductibilité/variabilité
avec répétition de mesure
Transversal comparatif
Sensibilité/spécificité
avec gold standard
Démontrer la validité et
Diagnostique Etude contrôlée
la fiabilité d’un test. Efficacité/utilité
randomisée
Etude contrôlée
Stratégie randomisée ou arbre
décisionnel
Etude contrôlée
Efficacité
randomisée
Evaluer l’effet d’un
Thérapeutique Etude contrôlée
traitement.
Sécurité randomisée ou étude de
cohorte
Etude contrôlée
Maladie fréquente randomisée ou étude de
Etudier le devenir de la
Pronostique cohorte
maladie.
Maladie rare Etude cas-témoin
- 27 -
En pratique, par quoi commencer ?
Déterminer quelle est la question de recherche à laquelle les auteurs cherchent à répondre.
Déterminer quelle est la méthodologie de l’étude.
Évaluer si la méthodologie utilisée permet de répondre à la question de recherche posée.
- 28 -
4. Déterminer la qualité d’une étude
Une classification générale du niveau de preuve d’une étude peut être proposée à partir des
classifications de la littérature et des composantes suivantes :
un fort niveau de preuve : correspond à une étude dont :
- le protocole est adapté pour répondre au mieux à la question posée (cf Tableau 11).
- la réalisation est effectuée sans biais majeurs (cf Figure 14).
- l’analyse statistique est adaptée aux objectifs (cf Tableau 16).
- la puissance est suffisante
un niveau intermédiaire de preuve : est donné à une étude de protocole similaire, mais
présentant une puissance nettement insuffisante (effectif insuffisant ou puissance a
posteriori insuffisante) et/ou des anomalies mineures.
un faible niveau de preuve : peut être attribué aux autres types d’études.
Il existe une pyramide selon les types d’études (cf Figure 12).
Elle va de la plus qualitative au sommet, à la moins qualitative à la base.
Figure 12 : Pyramide
des niveaux de preuves
des études scientifiques.
Cette hiérarchisation est un peu simplifiée, et la réalité est souvent plus complexe.
Cette pyramide des différents niveaux de preuves constitue cependant un bon outil pour juger en
première approximation le niveau de preuve d'une étude.
- 29 -
b) La gradation de l’évidence scientifique
L’évidence scientifique est appréciée lors de la synthèse des résultats de l’ensemble des études
sélectionnées. Elle s’appuie sur le niveau de preuve des études disponibles mais aussi sur l’existence
de données de la littérature pour répondre aux questions posées, et sur la cohérence de leurs résultats.
Pour un niveau de preuve donné, correspondra un grade des recommandations (cf Tableau 13).
Ainsi un niveau de preuve de niveau 1 fourni par la littérature scientifique permettra l'obtention d'un
grade A de recommandations d'utilisation. Ces éléments sont évoqués dans les revues systématiques
et les guides de bonnes pratiques (46).
L’analyse de la littérature permet rarement de répondre à toutes les questions posées. Les
recommandations devront explicitement distinguer les réponses soutenues par une évidence
scientifique et celles qui ne le sont pas.
- 30 -
c) Les différents biais
Définition : démarche qui engendre des erreurs d’estimation entre le paramètre étudié sur un
échantillon, et la valeur de ce paramètre dans la population générale, ce qui fausse ainsi les résultats
en diminuant la validité interne de l’étude.
Chaque étude comporte des biais, et il est impossible de totalement les éviter. Cependant plus ils
seront limités, et plus les résultats de l’étude se rapprocheront de la réalité.
De très nombreux biais sont décrits dans la littérature. Le type de biais et la terminologie varient selon
le type d’étude.
Bais de classement : erreur dans le recueil des données (biais d’information, de déclaration,
ou de mémorisation) ou erreur dans la mesure du critère de jugement principal (biais de
mesure ou d’évaluation).
Les solutions sont le double aveugle (ni le patient, ni le clinicien connaissent le résultat de la
randomisation), mais aussi l’utilisation de critères de jugement mesurables (plutôt que
déclaratifs), fiables et validés (comme un questionnaire standardisé et objectif).
Bais de confusion : erreur de l’interprétation des résultats, qui est provoqué par un facteur
de confusion interagissant avec le facteur étudié, comme le manque de contrôle des
caractéristiques des sujets inclus (âge, sexe, antécédents du patient), mais aussi par un
tiers-facteur (effet placebo d’un traitement ou l’évolution naturelle de la maladie).
Parmi les solutions, il y a la randomisation et la pondération des facteurs de confusion.
- 31 -
Quelques exemples de biais liés à la conception des études
Biais de sélection :
- Inclusion avec une proportion importante de personnes ayant certains critères : en voie de
guérison, qui travaillent, très sportifs, très jeunes, sans facteurs de risque.
- Suivi qui est mauvais : trop de perdus de vus, trop de patients exclus, mauvais critères
d’exclusion.
Biais de classement : déclaration erronée du sujet, observateur qui suggère les réponses et/ou les
interprète mal, utilisation d’échelles de mesures pas assez précises.
Biais de confusion : un 3ème facteur (l’alimentation) vient biaiser les mesures d'association du
facteur de risque présumé (regarder un match de foot) à la maladie (infarctus du myocarde), alors
qu’il n’y a aucun lien direct entre les 2.
Pour aller plus loin, regarder l’Annexe 2 qui détaille ces 3 biais en fonction du type d’étude.
Définition : « Un biais cognitif est une distorsion dans le traitement cognitif d'une information. Le
terme biais fait référence à une déviation systématique de la pensée logique et rationnelle par rapport à
la réalité. Les biais cognitifs conduisent le sujet à accorder des importances différentes à des faits de
même nature, et peuvent être repérés lorsque des paradoxes ou des erreurs apparaissent dans un
raisonnement ou un jugement. » (50)
Il existe environ 250 biais cognitifs, et ils peuvent être classés dans les catégories suivantes (cf Tableau 14) :
- biais sensori-moteurs : illusions liées aux sens et à la motricité.
- biais attentionnels ou biais d’attention : problèmes d’attention.
- biais mnésique : en rapport avec la mémoire.
- biais de jugement : déformation de la capacité de juger.
- biais de raisonnement : paradoxes dans le raisonnement.
- biais liés à la personnalité : en rapport avec la culture, la langue, l’influence sociale…
Cependant, il ne faut pas oublier que les biais cognitifs sont utiles à notre réflexion, car ils permettent
de résoudre 4 types de problèmes :
- Mémoriser seulement le plus important : ces informations peuvent être fausses et donc rendre
notre processus de pensée encore plus biaisé.
- Une surcharge d’informations : ce qui nous conduit à filtrer l’information.
- Le besoin d’agir vite : nous faisons des conclusions rapides qui peuvent être égocentriques,
non efficientes voir même contre-productives.
- Un manque de sens : nous établissons nos propres hypothèses pour combler ces
incohérences, et qui sont parfois des illusions.
On voit donc que le fonctionnement du cerveau est imparfait. Pour résoudre des problèmes, il met en
place différentes stratégies, notamment des raccourcis de pensée qui sont spontanés et
inconscients, ce qui aboutit parfois à de mauvaises interprétations. Il faut donc en avoir conscience
et essayer de les limiter au maximum lorsque l’on tend à être le plus objectif possible.
- 32 -
Quelques exemples de biais cognitifs
Conformisme = tendance à
Si la majorité des praticiens travaillent de
Biais liés à la croire ce que la majorité
cette façon, c’est que ça doit forcément être
personnalité pense et à vouloir lui
utile et efficace.
ressembler.
Pour aller plus loin sur les biais cognitifs, vous pouvez vous rendre sur cette page internet,
qui synthétise la plupart des biais cognitifs connus qui affectent notre jugement :
[Link]
- 33 -
En pratique, quels outils peut-on utiliser ?
Il faut donc avoir conscience de ses propres biais cognitifs et identifier les biais de l’étude. Il
existe différents guides qui permettent de structurer notre appréciation des biais d’une étude.
Section A : Est-ce que le design de l’étude est valide pour réaliser un essai contrôlé randomisé ?
3. Est-ce que tous les participants inclus dans l’étude étaient comptabilisés à sa
conclusion ? □ Oui
Les participants perdus de vue ou exclus après la randomisation étaient-ils
comptabilisés ? □ Non
Est-ce que les participants ont été analysés dans leur groupe d’allocation
□ Ne sait pas
(analyse en intention de traiter) ?
L’étude a-t-elle été stoppée précocement ? Si oui, pour quelle raison ?
Il existe également l’échelle Pedro pour évaluer des essais cliniques réellement ou potentiellement
randomisés qui sont indexés dans la base de données PEDro. Elle est disponible ici :
[Link]
- 34 -
5. Analyser un article scientifique
Ainsi, la première étape est de déterminer le protocole expérimental présenté par l'étude pour
confirmer que sa méthodologie permettra de bien répondre à la problématique qu'elle pose.
Cette information se trouve dans la section « Méthodologie » ou « Matériel » ou « Méthode » ou
« Méthods ». Ces différentes appellations dépendent du choix de l’auteur et/ou de la revue.
Le tableau 11 résume quel protocole expérimental devrait être utilisé, en fonction de l’objectif
et de la question auxquelles cherche à répondre l’étude.
L’utilisation adaptée du protocole expérimental conditionne la pertinence des résultats et de
la conclusion de l’étude.
Une fois le protocole expérimental identifié, il faudra vérifier que les analyses statistiques soient
bien en cohérence avec le type et l’objectif d'étude. Dans ce chapitre, nous allons détailler et expliquer
ce que ces différents paramètres signifient et vérifier leur justesse.
- 35 -
o Paramètres statistiques pour les études épidémiologiques
Le Risque Relatif (RR) : c’est le rapport des proportions de malades chez les exposés (a/n1)
et les non exposés (b/n0). 𝐚/𝐧𝟏
𝑹𝑹 =
Si le RR = 3 le risque de maladie chez les exposés est 3 fois plus élevé que chez les 𝐛/𝐧𝟎
non exposés.
Le coefficient de corrélation (r) : permet de mesurer à la fois la force et le sens d’une association
linéaire entre 2 variables (cf Figure 17). Variant de -1 à +1, et il vaut 0 lorsqu’il n’existe pas
d’association. Plus ce coefficient est proche de -1 ou +1, plus l’association entre les deux variables est
forte, jusqu’à être parfaite. Mais cet indicateur ne donne pas de relation causale entre les 2 variables.
- Les valeurs positives de r : indiquent une corrélation positive lorsque les valeurs des deux
variables qui tendent à augmenter ensemble.
- Les valeurs négatives de r : indiquent une corrélation négative lorsque les valeurs d'une
variable tendent à augmenter et que les valeurs de l'autre variable diminuent.
- 36 -
o Paramètres statistiques pour les études diagnostiques
Dans le cas d'une étude diagnostique, pour démontrer la validité (= conforme à la réalité) et la fiabilité
(= stabilité et reproductibilité) d‘un test, voici les paramètres statistiques qui vont nous intéresser :
La sensibilité (Se) : est la capacité d’un test à donner un résultat positif 𝐯𝐫𝐚𝐢𝐬 𝐧é𝐠𝐚𝐭𝐢𝐟𝐬
quand le phénomène est présent. Elle est comprise entre 0 et 1 𝑺𝒑é =
𝐯𝐫𝐚𝐢𝐬 𝐧é𝐠𝐚𝐭𝐢𝐟𝐬 + 𝐟𝐚𝐮𝐱 𝐩𝐨𝐬𝐢𝐭𝐢𝐟𝐬
(peut aussi s’exprimer en % de 0 à 100).
Plus le score est proche de 1 et plus le test est performant.
Test avec une sensibilité idéale de 1 : tous les malades sont repérés (5 malades +
sur 5), mais aussi des non malades (3 faux positifs).
un bon test de dépistage doit avoir une sensibilité élevée pour ne pas
passer à côté d’une maladie grave si le test est +.
un test hautement sensible, permet lorsqu’il est négatif, d’exclure un
Non malade
diagnostic car le nombre de faux négatifs sera très faible.
Moyen mnémotechnique : « SNOUT » (= SeNsitivity-rule OUT)
Exemple : les règles d’Ottawa pour la cheville et le genou (un résultat
négatif permet d’exclure le risque de fracture).
La spécificité (Spé) : est la capacité d’un test de donner un résultat négatif 𝐯𝐫𝐚𝐢𝐬 𝐩𝐨𝐬𝐢𝐭𝐢𝐟𝐬
quand le phénomène est absent. Elle est comprise entre 0 et 1 𝑺𝒆 =
𝐯𝐫𝐚𝐢𝐬 𝐩𝐨𝐬𝐢𝐭𝐢𝐟𝐬 + 𝐟𝐚𝐮𝐱 𝐧é𝐠𝐚𝐭𝐢𝐟𝐬
(peut aussi s’exprimer en % de 0 à 100).
Plus le score est proche de 1 et plus le test est performant.
Test avec une spécificité idéale de 1 : toutes les personnes non malades sont -
(5 non malades - sur 5) mais aussi plusieurs malades (3 faux négatifs).
un bon test de confirmation doit avoir une spécificité élevée pour ne
pas avoir de doute sur le diagnostic si le test est +.
Non malade un test hautement spécifique permet lorsqu’il est positif, d’inclure
un diagnostic car le nombre de faux positifs sera très faible.
Moyen mnémotechnique : « SPIN » (= SPecificity-rule IN)
Exemple : le signe de Babinski (si ce signe est retrouvé, on peut
confirmer le diagnostic d’atteinte du faisceau pyramidal).
performance. Plus une VPP est élevée, plus la confiance dans le résultat
d’un test positif pour confirmer le diagnostic sera élevée.
Le Nomogramme de Fagan est un outil graphique, qui permet à partir d’une probabilité pré-
test et des ratios de vraisemblance, de calculer la probabilité finale.
Autrement dit, pour une prévalence donnée d’une maladie, on peut déterminer la probabilité
finale pour le patient d’être atteint de la maladie connaissant le résultat de son test.
- 38 -
Certains paramètres statistiques permettent de mesurer la fiabilité/reproductibilité de différentes
variables (52) :
- le coefficient Kappa (K)
- le coefficient de corrélation intra-classe (CCI)
D’autres évaluent la qualité métrologique de ces études, comme le score QUADAS (= Quality
Assessment of Diagnostic Accuracy Studies) (53).
Pour résumer
Idée lumineuse :
Il existe des calculateurs automatiques pour connaitre rapidement certaines données
métrologiques :
[Link]
cliniques?mode=list catégorie « sujet spéciaux ».
- 39 -
o Paramètres statistiques pour les études thérapeutiques
Dans le cas d'une étude thérapeutique, afin de déterminer l‘impact d’une intervention sur un état,
voici les paramètres statistiques qui vont nous intéresser :
Risque de base : A = survenue (%) du critère principal dans le groupe contrôle (placebo ou traitement de référence).).
Risque avec traitement : B = survenue (%) du critère principal pour le traitement expérimental.
En conclusion
Les statistiques ont pour but de vérifier si les résultats observés expérimentalement sont
liés ou non au hasard.
Les tests statistiques répondent aux lois des probabilités et comportent donc des risques
d'erreur inhérents à ces modèles mathématiques.
Ces risques doivent être connus pour apprécier la validité des conclusions.
Pour aller plus loin sur les analyses statistiques, se référer à l’Annexe 3.
- 40 -
c) Les représentations graphiques
Elles facilitent la compréhension des résultats de l’étude pour le lecteur, en résumant les
résultats principaux sous forme de représentations visuelles.
Elles doivent être adaptées en fonction des objectifs de l’étude (55) (cf Tableau 20) :
- 41 -
o Un nuage de points est un graphique représentant les
couples de données associés à deux variables par des
points situés à l'intersection de leurs coordonnées
cartésiennes, et permettant de visualiser le degré de
corrélation entre ces deux variables.
- 42 -
d) Les grilles de lecture
Plusieurs grilles de lecture ont été créées pour faciliter la systématisation du processus d'évaluation de
la qualité d'une étude. Elles sont reprises dans le tableau ci-dessous puis détaillées une par une.
La grille de lecture PRISMA (57) : ensemble de recommandations méthodologiques pour les revues
systématiques avec méta-analyses. Elle définit un ensemble de critères qui doivent être respectés.
L’objectif est de permettre aux auteurs d’améliorer la qualité de la présentation des données de
leurs travaux, et pour les relecteurs et les lecteurs, pour aider à l’analyse critique. Elle est composée
d’une liste détaillant 27 items, puis une liste résumée qui simplifie la vérification des critères, et d’un
diagramme de flux pour modéliser la stratégie de recherche standardisée.
Dernière version de 2020 à télécharger ([Link]
[Link]/reporting-guidelines/prisma/)
Ancienne version traduite en français (58)
- 43 -
Version originale de 2010 à télécharger ([Link]
guidelines/consort/)
Traduction française (60)
L’échelle PEDro (= Physiotherapy Evidence Database) (61) : échelle d’évaluation des essais cliniques
réellement ou potentiellement randomisés qui sont indexés dans la base de donnée PEDro. Elle
évalue 11 critères, avec la validité externe (critère 1), la validité interne (critères 2 à 9), ainsi que les
informations statistiques (critères 10 à 11). Le critère 1, qui évalue la généralisation de l’essai ou son
applicabilité, n’est pas comptabilisé pour calculer le score PEDro (le score est donné sur 10).
Traduction française (62)
La grille de lecture STARD (= STAndards for Reporting Diagnostic accuracy) (64) : ensemble de
recommandations méthodologiques pour les études diagnostiques. C’est une liste de 30 éléments
essentiels pour éviter les sources de biais et la variabilité de la précision du diagnostic. Elle contribue
à améliorer l'exhaustivité et la transparence des rapports sur l'exactitude des diagnostics.
Version originale de 2015 à télécharger ([Link]
guidelines/stard/)
Traduction française (65)
La grille de lecture SPIRIT (= Standard Protocol Items: Recommendations for Interventional Trials)
(66) : ensemble de recommandations méthodologiques pour définir les éléments de protocole
standard pour les essais cliniques. Elle fournit des conseils sous la forme d'une liste de contrôle des
éléments recommandés à inclure dans un protocole d'essai clinique. Pour chaque élément de la liste de
contrôle, il y a une justification et une description détaillée, un exemple de modèle à partir d'un
protocole réel, et des références pertinentes soutenant son importance.
Version originale de 2013 à télécharger ([Link]
guidelines/spirit-2013-statement-defining-standard-protocol-items-for-clinical-trials/)
Traduction française (67)
La grille de lecture COREQ (= COnsolidated criteria for REporting Qualitative research) (68) :
ensemble de recommandations méthodologiques pour les études qualitatives. Elle fait un compte
rendu explicite et complet des entrevues et des groupes de discussion. La liste de vérification
comprend 32 items, répartis en 3 domaines : l’équipe de recherche et de réflexion, la conception de
l’étude, et pour finir l’analyse et résultats.
Version originale de 2007 à télécharger ([Link]
guidelines/coreq/)
Traduction française (69)
En conclusion
Pour une étude, le fait de répondre à ces grilles de lecture est un gage d’une certaine qualité, mais
cela ne veut pas dire que l’étude est parfaite.
- 44 -
6. L’intégrer dans son raisonnement et dans sa pratique
a) Etablir un plan de recherche documentaire
b) La démarche PICO
Comme vu précédemment, la démarche PICO est une méthode servant à formuler de façon
standardisée sa question clinique, afin d’obtenir des réponses pertinentes lors de ses recherches
bibliographiques (72).
Selon le type de question que l’on peut se poser, correspondra un type d'étude spécifique (cf
Tableau 11). Puis à chaque type d'études seront associés différents items spécifiques. Cela va aboutir à
des items différents (cf Tableau 22). En voici quelques exemples :
Comment identifier les causes d’une maladie ? étude épidémiologique.
Comment sélectionner et interpréter un test diagnostique ? étude diagnostique.
Comment choisir le meilleur traitement pour le patient ? étude thérapeutique.
Comment anticiper l’évolution et les complications probables d’une maladie ou d’un
traitement ? étude pronostique.
Comment répondre au mieux aux questions du patient et lui fournir les meilleures
informations ? étude qualitative.
- 45 -
Types de
Population Intervention Comparaison Outcome
question
Population saine
Exposition à un
(témoins) La non exposition
facteur de risque Survenue de la
Epidémiologique Population malade (cas) au facteur de
ou à un facteur maladie
Population exposée l’intervention
protecteur
Population non exposée
Identification de la
Pathologie Gold standard maladie
Diagnostique Le test a évalué
Symptomatologie Un autre test Précision du
diagnostique
Résultats cliniques
Traitement
(évolution de la
Pathologie Le traitement a recommandé
Thérapeutique maladie,
Symptomatologie évalué Autre traitement
évènements
Placébo
indésirables…)
Population saine
Résultats cliniques
(témoins) La non exposition
(évolution de la
Pronostique Population malade (cas) Facteur pronostic au facteur de
maladie,
Population exposée l’intervention
complications…)
Population non exposée
Il existe plusieurs variantes à la démarche PICO (72). Certains auteurs utilisent l’acronyme PICOS,
PICOT, PICOTS ou encore PICOTT. Les lettres S et T symbolisent d’autres items :
S:
- Study design (= schéma d'étude) : revue systématique, essai contrôlé
randomisé, étude de cohorte, étude de cas…
- Setting (= lieu/environnement) : intervention réalisée en hospitalisation
complète ou en ambulatoire. Elle peut également décrire un pays en
particulier ou encore un lieu tel qu'une école, une prison…
- Statistics (= analyse statistiques) : méthode statistique, tests employés, outils
statistiques, niveau de significativité ou encore logiciel utilisé.
T:
- Time/Timeframe (= temps/plage de temps) : le moment de l’évaluation, sur du
court/moyen/ long terme.
- Type of study (= type d'étude) : autre manière de dire study design.
- Type of question (= type de question) : question à propos d'une thérapie,
d'un diagnostic, d'une étiologie, d'un pronostic ou encore de prévention.
L'outil PICO semble montrer ses limites dans le cadre de questions de recherche qualitative et
de questions de recherche par les méthodes mixtes.
Certains auteurs ont alors crée l’outil SPIDER (cf tableau 23) (73). L'outil SPIDER met moins
l'accent sur le comparateur mais davantage sur le schéma d'étude, et plus sur des échantillons que sur
des populations.
- 46 -
Tableau 23 : Correspondances entre les éléments de PICO et de SPIDER.
Pour nous aider à préciser notre recherche, les opérateurs logistiques (cf Tableau 24)
sont des outils incontournables. Pour gagner du temps, on doit formellement identifier les
termes à utiliser. Afin de simplifier la recherche, un terme ou une expression peut être utilisé
dans un moteur de recherche. Mais pour affiner et augmenter la précision de la collecte
d’informations, il est nécessaire d’utiliser des opérateurs booléens (AND, OR, NOT), des
opérateurs de proximité (ADJ, NEAR), et de spécification (=, <, >, (), ?, *, « », .).
Opérateurs logistiques
Fonction de l’opérateur
(traduction)
AND (et) Repère les documents ayant tous les mots-clefs demandés. Sert à préciser la recherche.
OR (ou) Identifie les documents ayant l’un ou l’autre des mots-clés. Sert à élargir la recherche.
NOT, AND NOT, EXCEPT Restreint la recherche en éliminant les textes qui ne contiennent pas le mot. Sert à
(sauf) exclure des éléments non désirés.
Ouvre la recherche en acceptant des mots similaires. Sert à trouver des documents où
SAME (pareil)
2 termes sont présents.
ADJ, NEAR (adjacent, proche) Trouver les textes ayant des termes rapprochés ou les uns à la suite des autres.
=<> Représente égale, plus petit ou plus grand.
Structure la requête au moteur de recherche et spécifie l’ordre d’évaluation des mots-
()
clés entre parenthèses.
Indique qu’un mot est indéterminé, que ce soit sur le plan du sens que de
?
l’orthographe.
* Permet de considérer une section du mot au lieu de son écriture complète (troncature).
«» Indique qu’il faut utiliser l’expression exacte. Sert à trouver exactement le terme.
. Sert à remplacer un ou plusieurs caractères dans un mot.
- 47 -
d) Différentes étapes possibles pour une lecture critique d’article
Afin d’optimiser son temps de lecture ainsi que pour perfectionner son analyse, on peut
suivre un plan type pour la première lecture de l’article. Il donne étape par étape, tous les éléments
importants à repérer dans l’article. Cette méthodologie permet d’avoir une vue d’ensemble de
l’article.
Un préambule indispensable est d’avoir repérer la qualité de l’étude comme vu précédemment.
On attachera une importance particulière à l’auteur et l’abstract avant de rentrer dans le vif du sujet.
1) Analyser l’introduction :
La justification de la réalisation de l’étude (« EDIE »)
- Eléments de contexte du problème étudié
- Description de l’intervention
- Intérêt de l’étude (hypothèse d’efficacité, de meilleure tolérance…)
- Ethique (comité de validation de l’étude)
L’objectif principal de l’étude (« PICO »)
- Population étudiée
- Intervention/facteur étudié
- Contrôle
- Outcome = critère de jugement principal
- 48 -
3) Analyser les résultats :
Résultats sur la population : analyser le diagramme de flux (= nombre de
patients éligibles, exclus, randomisés, perdus de vue…), les effectifs dans
chaque groupe, et surtout examiner les différences de caractéristiques entre
chaque groupe pour voir s’ils sont similaires au départ.
Résultats sur le critère de jugement principal : si analyse descriptive il faut
identifier les effectifs et pourcentage dans chaque groupe, et si analyse
univariée il faut identifier la taille d’effet avec l’indice d’effet (risque relatif,
odd ratio, sensibilité/spécificité, valeur prédictive positive/négative, ratio de
vraisemblance positif/négatif), ainsi que l’indice de confiance 95% et le degré
de significativité pour chaque résultats.
La validité interne : c’est le fait que le résultat observé soit un bon reflet de la réalité et qu’il n’est
pas dû à un biais. L’évaluation de la validité interne passe par la recherche des défauts
méthodologiques de l’étude et des biais potentiels. Une étude avec une méthodologie adéquate,
permettant de limiter le risque de biais, et aura une bonne validité interne.
- 49 -
III. Où trouver les informations ?
Introduction
Cette dernière, réalisée en mars 2020 dans le cadre du Covid-19 avançait des effets potentiellement
bénéfiques de l’hydroxychloroquine sur le SARS-CoV-2. Relayée mondialement, elle a alors pu être
citée plus de 3797 fois en moins d’un an. Pourtant, peu de temps après sa publication de nombreux
biais méthodologiques ont pu être découverts (absence de randomisation, petite taille de l’échantillon,
perte de six patients (sur 20) au cours de l’étude) et les conclusions réalisées par les auteurs de l’article
ont depuis pu être remises en question.
Ainsi, devant le nombre de citations reçues par cette étude, il semblerait logique de penser qu’il s’agit
de l’un des meilleurs articles de l’année 2020. En revanche, lorsque l’on s’intéresse de plus près à la
qualité méthodologique et l’impact de ces résultats sur l’avancée scientifique dans ce domaine, il
apparait que cette étude n’est sûrement pas l’un des meilleurs articles de l’année 2020. Nous
noterons tout de même que s’il peut exister une corrélation entre indices bibliométriques et qualité de
l'étude et/ou du chercheur, il semble important de garder un esprit critique vis à vis de ces
différents indices qui peuvent induire le lecteur non avertit en erreur.
Afin d’éclaircir l’ensemble des indices bibliométriques existant et leur impact sur la qualité de
l’article, nous aborderons dans un premier temps les indices bibliométriques propres aux journaux.
Puis, nous aborderons les indices liés aux auteurs, mas aussi à l’article lui-même, avant de finir par
une brève section sur les « Predatory Journals ».
- 50 -
1. Indices bibliométriques des journaux scientifiques
Afin de mieux comprendre les critères définissant chaque base de données, le tableau ci-dessous
présente quelques-unes des caractéristiques de ces dernières :
Bases
Pubmed Web of Science Scopus Google Scholar
bibliométriques
Institut National de
Maison-mère (76,77) Thomson Reuters Elsevier Google
la santé (États-Unis)
Théoriquement, tout ce
Période couverte (76) 1950 à aujourd’hui 1950 à aujourd’hui 1966 à aujourd’hui
qui est électronique.
- Citescore
- Source
Normalised
Impact per
Facteur d’impact - Page Rank
Indices basés sur cette Paper (SNIP)
Aucun à notre (Journal Citation - H-Index (via le
base bibliométrique - Scimago
connaissance Reports) logiciel « Publish
(76,77) Journal Rank
or Perish (78)»
- Eigenfactor
(Normalized)
- Article
Influence Score
Lorsqu’on s’intéresse aux journaux scientifiques dans lesquels sont publiés les articles, les
indices fréquemment utilisés pour évaluer la pertinence du journal sont le plus souvent le facteur
d’impact (ou « Impact Factor (IF) » pour nos amis anglophones) ainsi que le nombre de citations
reçues. Cependant, de nombreux autres indices existent tels que le « Scimago Journal Rank », le
« Eigenfactor Metrics », le « SNIP », le « CiteScore » et bien d’autres.
Avant d’aborder un à un les différents indices, il est intéressant de noter que ces indices
fonctionnent basiquement selon deux systèmes :
- les indices basés sur le « prestige metrics » : ces indices fonctionnent en mesurant la
réputation d’une revue au sein de la communauté en examinant l’origine et les
liens entre des citations. Ils utilisent un principe similaire à Google pour classer les
pages Web en fonction des liens entre ces derniers.
- les indices basés sur les citations : ces derniers fonctionnent en normalisant le
nombre de citation sur une période, un groupe, etc…
- les indices que l’on pourrait appelés « mixtes » : qui prennent en compte les « prestige
metrics » et les citations.
Ainsi, en se basant selon ces deux systèmes, il est possible de réaliser une première
classification des indices bibliométriques (81) (cf Figure 26):
Indices
Bibliométriques
Journaux
Source-Normalised
Impact per Paper Cited Half-life
(SNIP)
Cite Score
Figure 26 : classification des indices bibliométriques.
Source Normalised
Impact per Paper
(SNIP)
- 52 -
Après avoir abordé brièvement les classifications entre chaque catégorie, intéressons-nous à
chaque indice. Leurs fonctionnements sont résumés dans le tableau ci-dessous. Il se base sur le travail
de Roldan-Valadez et ses collaborateurs (81) :
Pour aller plus loin sur les avantages et inconvénients de ces différents indices,
vous pouvez consulter l’Annexe 4.
Figure 28 : différences
entre 2 indices bibliométriques.
Finalement, nous noterons qu’en 2016, Brezgov publiait une liste d’indices probablement
« trompeurs » dont le « Global Impact Factor », le « CiteFactor » ou le « RJI Factor » (82)
Après avoir abordé les différents indices bibliométriques, il semble pertinent de se demander
lesquels sont les plus adaptés. D’après la dernière Déclaration de San Francisco sur l'évaluation de
la recherche (83), les éditeurs devraient réduire l’importance accordée au facteur d’impact en
cessant de le promouvoir, ou en l’associant à d’autres indices bibliométriques tels que le facteur
d’impact sur 5 ans, le EigenFactor, le SCImago, ou l’indice-H (abordé plus bas dans la partie sur les
indices des auteurs) qui offrent une vision plus riche de la performance d’une revue.
- 54 -
Quelques exemples d’indices bibliométriques de différentes revues scientifiques
Commençons par les statistiques du journal Nature® qui est l’un des journaux les plus connus
dans le monde scientifique. D’après ces statistiques, en 2020, il est aisé de comprendre qu’il
s’agit d’un journal réalisant une grande quantité de publications annuelles (3189). De même, il
s’agit du journal présentant le plus bel indice SNIP2 avec une valeur de 9.249 témoignant de sa
pertinence. Concernant ce journal, nous nous attarderons finalement sur son Impact Factor
élevé de 49.952, témoignant d’un nombre de citations élevées mais qui doit être mis en
corrélation avec un nombre de publications élevées !
Abordons désormais deux revues scientifiques bien connues dans le monde de la kinésithérapie
avec les colonnes du BJSM en 2020 et du JOSPT en 2020. Lorsque l’on s’intéresse aux
statistiques, on observe que le nombre d’articles publiés lors de l’année 2020 semblerait
similaire avec 394 et 398 articles pour le BJSM et le JOSPT respectivement. De même,
l’Impact Factor semble assez similaire avec un score de 5.972 pour le BJSM contre 4.751 pour
le JOSPT. Ceci pourrait alors traduire un plus grand nombre de citations pour le BJSM sur les
deux dernières années en référence au JOSPT. En revanche, lorsque l’on s’intéresse au SNIP2,
on remarque alors une nette différence entre le BJSM à 4.537 et le JOSPT à 1.892. Cela pourrait
traduire un plus grand « succès » des documents étant passés par du « Peer-review » publiées
par le BJSM alors que le JOSPT aurait moins de « succès » concernant ce type de documents.
En revanche, le JOSPT pourrait présenter d’autres types de documents non soumis au « Peer-
Review » qui auraient rencontré du succès (éditoriaux, cas cliniques, essai randomisés, etc…) et
qui pourraient expliquer cette différence entre un IF à 4,751 et un SNIP à 1,892.
Intéressons-nous désormais à l’évolution d’une revue au fil du temps. Lorsque l’on compare les
données issues du JOSPT en 2014 et en 2020, on se rend compte tout d’abord que le nombre
d’articles est passé de 138 en 2014 à 398 en 2020 (soit 2,88 fois plus). L’Impact Factor passe
quant à lui de 3,011 à 4,57 témoignant d’une augmentation du nombre de citations qui se corrèle
notamment avec une augmentation du nombre d’articles publiés. En revanche, on observe que le
SNIP2 et le SJR sont des indices qui restent stables passant de 1.701 à 1.892 pour le SNIP2
tandis que le SJR passe de 1.405 à 1.367. Cela permet donc de constater que l’augmentation du
nombre d’articles publiés ne s’est pas accompagné d’une augmentation de la popularité de la
revue et des articles de type « Peer Review » alors que l’augmentation de l’IF pourrait induire
en erreur.
Ainsi, le tableau ci-dessous propose une revue non exhaustive des indices
bibliométriques existants et se basant une nouvelle fois sur l’article de Roldan-Valadez et ses
collaborateurs (81) :
Indice Description
Créé en 2005, c’est un indicateur prenant en compte le nombre de publications ainsi que le nombre
de citations d’un chercheur.
En effet, cet indicateur est égal au nombre H le plus élevé qui ont reçu au moins H citations. Autrement
H-Index dit, si un chercheur présente 10 articles ayant chacun été cité au moins 10 fois, son H-Index sera égal à
10. Cet indice est calculable par des logiciels tels que « Publish or Perish (78) » qui utilisent Google
Scholar. Il est à noter que cet indice pourrait être utilisé dans l’évaluation d’une revue ou d’une entité
(laboratoire…).
- E-Index : Cet indice, complémentaire au H-Index permet d’évaluer les citations non prises en
compte par le H-index.
- HC- Index : Cet indice bibliométrique a pour objectif de combler la principale carence des indices
H et G : l’âge de chaque article. En effet, cet indice accorde plus d’importance aux articles
Autres récents qu’aux articles plus anciens. Cependant, peu d’articles concernant son utilisation sont
disponibles à notre connaissance.
indices - H-Index Individualisé : Ayant pour objectif de diminuer le biais entrainé par les co-auteurs, il
(moins consiste à grands traits en la division du H-index par le nombre d’auteurs participant aux articles.
connus) - Le M-index : Ayant pour objectif d’évaluer la carrière d’un chercheur sur une période donnée, il
consiste en la division du H-index par le nombre d’années passées depuis la première publication
du chercheur.
- Le Q-Index : Cet indice a pour objectif d’évaluer à quelle hauteur un auteur réalise des
autocitations (ce qui pourrait entrainer une manipulation du H-index).
Pour aller plus loin sur les avantages et inconvénients de ces différents indices,
vous pouvez consulter l’Annexe 5.
- 57 -
3. Indices bibliométriques des articles
Si la plupart des chercheurs et étudiants sont familiarisés avec le facteur d’impact, son usage a
parfois été inapproprié. En effet, cet indice fut développé pour mesurer l’influence des revues.
Cependant, de nombreuses personnes s’en sont servies afin d’évaluer des articles individuels. Cette
utilisation erronée de l’indice a pu entrainer la surévaluation d’articles de faibles qualité et la sous-
évaluation d’articles qualitatifs (93). Il est donc temps de s’intéresser aux indices conçus pour
évaluer les articles.
L’évaluation de la popularité d’un article n’est pas aisée. Effectivement, elle peut différer en
fonction du critère utilisé : le nombre de consultations Web de l’article, le nombre de
téléchargements de l’article, le nombre de citations dans des blogs de vulgarisations ou de
commentaires, le nombre de recommandations de l’article ou le nombre de citations.
C’est ainsi qu’en 2013, Lin et Fenner publièrent dans le magazine Information Standards
Quarterlyun, un article intitulé « Altmetrics in evolution : defining & redefining the ontology of
article-level metrics » (94). Dans cet article ils analysèrent les différentes mesures concernant les
articles sur les 80602 articles contenus dans la revue open acces « Public Library of Science » (PLOS).
En analysant les chiffres enregistrés sur la plateforme PLOS, il est alors ressorti que sur les 199 913
959 consultations d’articles réalisés sur le site, il n’y aurait que 481 771 citations de ces mêmes
articles. Cela représente donc 0,2% des consultations de page web.
En partant de ce constat, il semble donc clair que se référer uniquement au nombre decitations
limiterait la compréhension de l’impact de cet article. En effet, un article pourrait présenter de
nombreuses vues et/ou téléchargements sans pour autant obtenir le nombre de citations corrélées.
D’ailleurs, une lecture d’article n’aboutirait à une citation que dans 1/300 des cas (95).
Afin de mieux appréhender les différentes possibilités d’évaluation d’un article, Lin et Fenner
proposèrent de classifier les indices bibliométriques des articles en fonction du degré d’engagement
des lecteurs :
De ce fait, la popularité et l’influence d’un article pourrait être évaluées en fonction du nombre
de vues de cet article, de son nombre de sauvegarde sur des logiciels de type Mendeley ou Zotero,
mais aussi, en fonction de « citations » dans des articles vulgarisés tels que Wikipédia ou par des
citations officielles dans des journaux scientifiques.
Ainsi, il est important de noter que les indices basés sur les citations témoigneront plus
facilement de l’impact scientifique et de la réutilisation de ces articles dans de nouvelles recherches.
En revanche, d’autres indices tels que le nombre de vues, de téléchargements ou le
référencement d’articles sur des blogs de vulgarisation (Wikipédia) ou sur des réseaux sociaux
pourraient témoigner de l’influence de l’article d’une manière plus générale, et ce aussi bien chez les
chercheurs scientifiques que chez des lecteurs plus « classiques ».
Nous aborderons donc successivement les indices basés sur les citations (orientés
« scientifiques ») et les Altmetrics (des indices plus connectés et orientés « réseaux sociaux »).
- 58 -
a) Indices basés sur les citations
Le tableau ci-dessous présente une liste non exhaustive des indices concernant les articles. Il est basé
sur le nombre de citations obtenues par un article :
Indice Description
Sans avoir pu trouver d’informations récentes quant à cet indice bibliographique, il
Nombre de Citations correspond au nombre total de citations obtenues par l’article. Ce nombre pourrait
être rationalisé en fonction de l’année (« Citations Per Year »).
Développé entre 2015 et 2016, cet indice a pu être validé par le travail de Hutchins et
ses collaborateurs (96). Concrètement, le MCR (ou Relative Citation Ratio)
Moyenne des correspond au nombre de citations obtenus par l’article divisé par la moyenne des
Citations Relatives citations obtenues par article en moyenne dans la discipline. Ainsi, cet indice
(MCR) permettrait de normaliser le score obtenu en référence à la discipline.
De plus, ce dernier est facilement consultable via la plateforme internet proposée par
la NIH (97).
Il s’agit d’un indicateur de l’impact moyen des citations en référence au nombre
attendu de citations en fonction du type de document (revues, article de recherche,
etc…), de l’année de publication et du champ disciplinaire. Mathématiquement,
Field-Weighted
cet indice se défini par : FWCI = Ci / Ei où Ci correspond au nombre de citations
Citation Impact
reçues l’année de publication et les trois années suivantes et où Ei correspond au
(FWCI) nombre de citations attendus sur la même période (98). Ainsi, un article ayant un
FWCI > 1 présenterait donc plus de citations que prévu. De même, un article ayant un
FWCI égal à 1,50 indiquerait que cet article a été cité 50% de plus que prévu (99).
Cet indice permettrait d’évaluer la visibilité de l’article. En combinant 3 indices
Topic Prominence
métriques, il permet d’indiquer l’impact à court terme de l’article et du journal dans
Percentile (TPP)
lequel l’article est publié.
Alternative aux indices basés sur les citations, ce sont des indices bibliométriques basés sur
internet et les réseaux sociaux. Devant l’engouement pour les réseaux sociaux et la facilité d’accès
aux articles via internet, les Altmetrics (cf Figure 33) ont pu être développés dans l’objectif de mesurer
l’impact des articles en termes de vues, de téléchargements, de mentions « j’aime » sur Facebook
ou dans d’autres réseaux sociaux.
Cette mesure a ainsi pu être incorporée dans Scopus en permettant d’un coup d’œil, de
visualiser l’impact d’un article non seulement sur le monde scientifique, mais aussi dans
« l’espace public » (81).
Il est intéressant de remarquer qu’une étude datant de 2021 indiquait une certaine
corrélation entre le nombre de tweets mentionnant un article et le nombre de citations de
ce dernier. Ainsi, si ce lien ne semble pas causal, il montre que les Altmetrics pourraient
amener de nombreuses informations quant à la manière d’écrire, citer ou publier
des articles (101).
De même, certains auteurs considèrent que les Altmetrics pourraient présenter un
meilleur lien avec le nombre de citations de l’article que certains indices comme le facteur
d’impact ou un accès libre à l’article (102).
Après avoir abordé les indices bibliométriques des revues et des auteurs, il est désormais temps
de s’intéresser aux antihéros de la qualité dans la recherche scientifique : les revues prédatrices
aussi appelées « Predatory Journals ».
En 2020, un consensus a mis en valeur la nécessité de développer une définition des « predatory
journals ». Cependant, dans l’attente de cette nouvelle définition, il est toujours possible de se référer à
la définition rapportée par Grudniewicz : « Les revues prédatrices sont des entités qui priorisent
leurs intérêts personnels au détriment du savoir, et sont caractérisées par des informations
trompeuses ou erronées, des déviations des meilleures pratiques de rédaction et de publications,
une absence de transparence ainsi que par l’usage de sollicitations agressives » (103).
Peu connues voir inconnues il y a une dizaine d’année, ces revues publieraient aujourd’hui plus
de 400 000 études par an (104). En 2015, une étude rapportait que le nombre de revues prédatrices
actives seraient d’environs 8000 avec une prépondérance de ces revues en Asie et en Inde (40%).
D’ailleurs, les auteurs publiant dans ces revues seraient originaires de l’Inde (35%), d’Asie (25%) et
d’Afrique (à 16%) (105).
En effet, pour de nombreux chercheurs et enseignants-chercheurs, le maintien de leur
poste est en étroite relation avec leur taux de publication. Ainsi, ces journaux offrent aux
- 60 -
auteurs la possibilité de réaliser des publications ouvertes (en « Open Access ») rapidement et
moyennant pour la plupart du temps quelques « taxes ». Cependant, ces publications
« express » se réalisent quasi systématiquement aux dépends de la rigueur scientifique.
Afin de pouvoir détecter les revues prédatrices, le tableau ci-dessous présente certains détails
pouvant mettre la puce à l’oreille aux différents auteurs et/ou lecteurs. Attention, cette liste n’est pas
exhaustive et est basée sur quelques articles (103,105,106) :
Sollicitations agressives - Mails répétés auprès des auteurs leur demandant une publication rapide
Afin d’obtenir plus d’informations concernant les caractéristiques trahissant les revues prédatrices, n’hésitez pas à
consulter la liste de critère établie par Beall (106).
- 61 -
Devant le développement de ces revues prédatrices, de nombreux dispositifs ont pu être mis en
place afin d’aider les auteurs, ainsi que les lecteurs à se protéger de ces revues. Parmi les outils
disponibles, on retrouve par exemple :
Des listes de revues suspectées d’être des revues prédatrices : comme la « Beall’s list » (107)
ou la « Cabells predatory » (108).
Des listes de revues vérifiées : comme la « Cabells verified » (108) et la « DOAJ » (109).
Il est à noter que ces listes ne sont pas exhaustives et que certaines revues peuvent être
considérées comme prédatrices par la Beall’s list et comme légitimes par le DOAJ (103).
Des checklists : permettant d’identifier les revues prédatrices ont pu être proposées aux
auteurs, et restent utilisables par les lecteurs. Cependant, une revue datant de 2020 a pu
montrer que parmi toutes les checklists existantes (93 à l’heure actuelle), aucune d’entre elle
ne semble supérieure aux autres dans la détection des revues prédatrices puisque la plupart
de ces checklists sont fondées sur les mêmes principes (110). En revanche, cette revue
conclue en indiquant que seule la checklist Dadkhah et Bianciardi (111) répondait à tous
les critères de la revue.
Une liste de contrôle : a été développée grâce à « l’acronyme » : « Think, Check, Submit »
que l’on pourrait traduire par « Penser, Vérifier, Soumettre » (112). Cette liste a encore une
fois pour objectif de limiter la publication au sein de revues prédatrices.
Il existe une liste de critères afin d’identifier les revues prédatrices (cf Tableau 35) :
En conclusion
Il n’existe pour l’instant pas de recette miracle dans la détection des revues et articles avec
une méthodologie douteuse. Si certaines revues pourront être écartées à la vue de fautes
d’orthographes, d’un site web peu professionnel ou à la vue d’informations douteuses, c’est au lecteur
de réaliser une démarche scientifique et méthodologique lui permettant de démêler le vrai du faux.
L’existence des revues prédatrices qui ne sont pas toujours clairement identifiées, justifie
l’importance d’être capable d’examiner la qualité d’un article.
- 62 -
IV. Des exemples pratiques
a) Introduction
Dans ce chapitre nous allons essayer de vous proposer un exemple de comment se déroule une
recherche bibliographie dans un contexte d’activité de kinésithérapeute.
Le point de départ d’une recherche est une question. Forcément, si on ne définit pas ce qu’on
cherche, on risque de mettre un certain temps avant de trouver… La définition de la problématique
peut être relativement large, il est possible que cela soit même fréquemment le cas dans votre pratique.
Et c’est normal, nous allons ici présenter comment à partir d’une problématique relativement large,
il est possible de l’affiner, de la préciser et surtout d’y répondre de manière critique et objective
avec les meilleures données disponibles.
Prenons l’exemple suivant : vous êtes « relativement » jeune diplômé, cela fait un petit plus de 2
ans que vous exercez en tant que kinésithérapeute au sein d’un cabinet libéral et vous êtes confrontés
de plus en plus fréquemment à des patients lombalgiques qui vous posent des questions par rapport
à leur pathologie, à leur définition, à leur pronostique, par rapport à ce qu’ils voient sur internet, sur les
réseaux sociaux ect… Les cours que vous avez eus à l’école commencent à se faire un peu loin et il
s’agissait déjà d’une thématique un peu obscure à vos yeux. Vous vous demandez alors comment vous
pourriez parfaire vos connaissances et améliorer vos prises en charge.
Alors on est partis : La problématique au sens le plus large du terme sera « Lombalgies ». Il
s’agit d’un sujet très vaste comme vous pouvez vous en douter. Un premier bon réflexe sera, avant de
faire une recherche précise d’article, de mieux préciser cette problématique : Que cherchez-vous à
connaître sur la lombalgie ? De quelles informations avez-vous besoin ?
Une première démarche peut alors être de consulter les Guidelines proposées par le système de
santé de son pays. En France, c’est la Haute Autorité de Santé (HAS) qui est responsable de la
publication de ce type de documents. Les guidelines permettent, de façon synthétique et donc
relativement rapidement, de se tenir informer des recommandations les plus récentes sur le thème
concerné.
Pour cela, faisons tout simplement une recherche sur un moteur de recherche. Les moteurs de
recherche non spécifiques ne proposent pas de mots coordinateurs, nous utilisons alors de simples
mots clefs :
Le premier lien proposé nous envoie directement sur une page de la HAS nous proposant les
Guidelines françaises concernant la prise en charge de la lombalgie. Plutôt que de nous fier à un site
internet, nous cherchons la présence éventuelle d’un document pdf, avec un peu de chance ce
document est un article qui a peut-être été publié dans un journal.
Si nous descendons dans la page, à la fin de celle-ci nous trouvons 3 documents à télécharger :
- 63 -
Si l’on télécharge le 1er document : la fiche mémo (113) et qu’on l’ouvre, on s’aperçoit qu’il
s’agit d’un document de 8 pages. On ne retrouve pas la mise en page classique d’un article
scientifique avec le titre, le nom des auteurs, sa référence ou encore le nom du journal dans lequel cela
a été publié. Nous avons cependant la date de publication : 2019. Cela permet d’avoir une idée de
l’actualité des informations que nous allons lire. En déroulant les pages à la recherche de noms
d’auteurs, de matériels et méthodes ou d’insertions de références, nous ne trouvons rien de tout cela.
Pour cause, il s’agit des recommandations de bonnes pratiques (qui se situent au sommet de la
pyramide de l’évidence). La mise en page est de ce fait spécifique. Avant de lire les résultats de cette
synthèse essayons d’en savoir plus sur la méthodologie qui a permis la production de ces résultats (cf
2ème document).
Allons directement voir la dernière partie. On tombe sur la « Fiche descriptive », insérée ci-dessous :
- 64 -
Voilà déjà un format qui nous plaît un peu plus pour comprendre ce qui a été fait, comment et
par qui. Ça va permettre de nous donner une idée plutôt correcte de la qualité des données proposées
et des possibles biais et limites présents dans ce type de document. On vous propose un résumé des
informations récoltées dans cette fiche descriptive en vous proposant mes remarques et commentaires
dans l’objectif de répondre à notre problématique de base.
Ici : plus de doutes, on a la confirmation qu’il s’agit bel et bien des recommandations officielles
de la HAS. Dans ce cas-ci : en recherche de première intention il s’agit donc bel et bien du premier
document à consulter. Nous pouvons donc passer à la lecture du document pour enrichir et actualiser
nos connaissances dans le domaine de la prise en charge des patients lombalgiques en France.
Pour celles et ceux curieux d’aller un peu plus loin et qui auraient envie de s’intéresser de plus
près à l’analyse de la méthodologie c’est par ici :
Cette fiche descriptive nous apporte donc pas mal d’informations intéressantes ! Déjà le fait de
retrouver toutes ces informations donne du crédit à la qualité du document et atteste d’une certaine
rigueur et méthodologie de la part des auteurs. Donc on commence par du positif. Ça serait un point
négatif que de ne pas trouver ce type d’informations dans un document.
Alors, on comprend avec ce document que son objectif est la production d’une fiche mémo se
destinant aux différents intervenants du parcours de santé pour améliorer la prise en charge des
patients lombalgiques. Point positif : l’objectif du travail est clairement défini et énoncé ; le point
négatif éventuellement présent avec ce type de document pour notre problématique de recherche sur la
lombalgie, ce sera l’aspect synthétique des informations retrouvées et qui ne seront peut-être pas
assez précises pour répondre à notre problématique. Cela reste cependant un bon point de départ pour
avoir une vision d’ensemble si la qualité méthodologique est bonne.
Sur la 3ème ligne est précisée que les patients concernés par la fiche mémo sont les patients
atteints de lombalgies communes et exclusions des pathologies sévères. Encore une fois, point
positif : bonne identification de critères d’inclusions et d’exclusions. On devra cependant faire
attention à la définition fournie par les auteurs de la lombalgie commune et étendre nos futures
recherches bibliographiques aux différents types de lombalgies existantes. De plus, il sera intéressant
de prêter attention aux différents critères permettant de différencier les pathologies sévères citées par
les auteurs.
Dans les lignes qui suivent on apprend que le document a été demandé et promu par le système
de santé français et financé par des fonds publics. Bien que cela ne soit pas un gage de garantit
parfait, cela n’existe pas, on peut tout de même estimer à juste titre que les biais tels que les conflits
d’intérêts potentiels soient plutôt mineurs par rapport au financement par une structure privée de
matériels médicaux ou autres.
Pour la réalisation du projet, on retrouve les noms, prénoms et titres des coordinateurs et auteur
du projet ainsi que la liste des participants. Parmi la liste des participants fournies on retrouve de
nombreuses associations ayant participées ainsi que celles ayant déclinées leur participation. Il n’y a
ainsi que des points positifs à ces informations : le cadre de réalisation du projet est structuré, il
fait intervenir différentes associations regroupant des experts compétents sur le sujet abordé afin de
produire et fournir des relectures d’un document pertinent.
Les éventuels conflits d’intérêts ont été investigués et objectivés par les auteurs. C’est
important que cela soit indiqué, gage d’une volonté de transparence.
Enfin, dans la ligne « recherche documentaire », on nous revoit vers l’annexe 1 pour plus
d’informations sur la stratégie de recherche de publication. Avant d’aller y jeter un œil de plus
près : c’est déjà plutôt bon signe de retrouver ce genre d’informations. En effet, d’un point de vue
méthodologique, cela nous permet en tant que lecteur de comprendre la réalisation du travail qui a
été fourni et de vérifier les limites éventuelles de ce document. Si un document ne fournit pas sa
méthodologie de construction, il est impossible d’en identifier la réelle source et de vérifier les bases
sur lesquels il s’appuie pour nous transmettre les informations.
- 65 -
Ainsi, avant d’aller plus loin, il est possible de conclure en s’estimant très heureux et rassuré de
trouver ce type d’informations. En effet, celle-ci décrit et identifie de façon claire les objectifs du
document. Les auteurs et participants sont identifiés, nombreux et valides (association d’experts et
conflits d’intérêts déclarés). Enfin, on retrouve la présence d’une méthodologie de recherche qu’il
nous faut maintenant aller regarder de plus près pour confirmer la rigueur et la qualité de ce document.
En conclusion
Après lecture du « Rapport d’élaboration », on peut s’estimer très confiant vis-à-vis de la
qualité méthodologique et du sérieux des résultats présentés. On pouvait bien évidemment s’y
attendre : il s’agit de recommandations mises en place par la HAS. Il s’agissait d’un premier exemple
intéressant pour vous sensibiliser et vous familiariser avec la systématique de recherches
d’informations. De plus, c’est une bonne habitude à prendre que de systématiser l’évaluation de la
méthodologie de l’article étudié afin de mettre en place une automatisation la plus efficace possible de
celle-ci.
- 66 -
b) Plonger dans le grand bain
Nous avons commencé par une recherche sur un moteur de recherche classique. Cette
première approche était là pour vous montrer qu’il est bien évidemment possible de déjà trouver des
documents de bon intérêt scientifique par des méthodes « classiques ».
Ici, nous allons voir, comment nous pouvons réaliser cette même recherche dans une base de
données scientifiques. Pour cet exemple, nous utiliserons une des plus connues : PubMed. Et pour
être plus précis dans cette recherche nous utiliserons l’option de recherche avancée proposée afin
d’utiliser les opérateurs boléens.
Etant une base de données anglophone, il nous faut traduire les mots clefs en Mesh Term et
créer une recherche à l’aide des opérateurs et filtres proposés par le site :
Notre problématique donnerait alors tout simplement en anglais : « low back pain ».
- 67 -
Par l’application de ses 2 critères (« 5 ans » et « guideline »), on passe de 16 241 résultats à 5
résultats. Plutôt pas mal comme sélection.
Ici, tous les résultats retrouvés sont pertinents, voir plus récents que les
recommandations de la HAS retrouvés précédemment. Le point fort de passer par
un moteur de recherche comme Pubmed est d’étendre notre recherche au niveau
international et ainsi augmenter la chance de disposer des recommandations les
plus récentes.
Après lecture des recommandations nationales et/ou internationales, il peut être pertinent de
dresser la liste des éléments apportés (cf Tableau 36) :
On peut alors diviser les informations obtenues en 2 catégories principales : d’une part celles
solidement établies où un consensus apparaît au sein de la littérature mais aussi entre les différents
pays, et celles méritant des recherches plus approfondies, peut-être plus récentes, et possiblement
plus nuancées.
Tableau 36 : comparaison entre les éléments faisant consensus et ceux nécessitant un approfondissement.
En conclusion
Les recommandations des autorités de santé permettent de disposer d’évidences solidement
établies dans la littérature. Celles-ci doivent alors être confrontées aux connaissances et à notre
pratique actuelle pour mettre en évidence et en application les points qui ont été éclaircis.
La recherche d’approfondissement ne s’arrête cependant pas ici. En effet, les connaissances fournies
par les recommandations de la HAS ainsi que dans la review d’Oliveira sont relativement larges et
n’apportent que très peu de précisions « pratiques » et précises (cf Tableau 36).
On comprend donc qu’à cette phase de la recherche, nous allons devoir préciser notre
problématique, l’affiner pour obtenir des informations plus précises, plus spécifiques d’un sujet
donné.
Dans le sous-chapitre suivant, nous allons choisir d’approfondir une des problématiques possibles
ayant émergée de notre lecture des recommandations. Il ne faudra cependant pas perdre de vue
l’ensemble de la problématique et revenir par la suite sur les autres problématiques soulevées
.
- 68 -
c) Continuer à creuser (= Keep digging)
Comme annoncé, dans ce sous-chapitre, nous allons regarder ensemble comment approfondir
une des problématiques soulevée par nos premières lectures. Pour cet exemple, nous avons choisis la
première du Tableau 36 : « Triage des ». En effet, après les premières lectures, ce point apparaît
comme une problématique clef pour la prise en charge des lombalgies.
Une fois la problématique redéfinie, il suffit de répéter l’étape de recherche bibliographique
détaillée dans le chapitre précédent.
Terminons en nuançant un peu cela. Nous allons nous servir de cet exemple pour vous faire
comprendre l’importance de la précision de la question ainsi que de la sélection appropriée des
critères de recherche (cf Tableau 37). Nous ne détaillerons pas les analyses de chacune des études
que nous pourrions trouver. Tous les outils nécessaires à cela vous ont été présentés dans ce guide.
Critères Nombre de
Recherches effectuées
appliqués résultats
0 62
5 ans 22
(triage[Title/Abstract]) AND (low back pain[Title/Abstract])
5 ans
Essais cliniques 2 (0)
(randomisés)
0 10
5 ans 3
(triage[Title]) AND (low back pain[Title])
5 ans
Essais cliniques 1 (1)
(randomisés)
0 3580
5 ans 1025
((diagnosis[Title/Abstract]) OR (triage[Title/Abstract]))
AND (low back pain[Title/Abstract]) 5 ans
Essais cliniques 45 (19)
(randomisés)
0 235
5 ans 45
((triage[Title]) OR (diagnosis[Title])) AND (low back
pain[Title]) 5 ans
Essais cliniques 3 (2)
(randomisés)
Tableau 37 : comparaison du nombre de résultats obtenus selon les critères de recherche appliqués.
(les données indiquées entre ( ) correspondent au nombre de résultat d’essais cliniques randomisés.
Après lecture de ce tableau, il apparaît de façon relativement évidente que plusieurs facteurs
entrent en compte dans la réalisation d’une recherche bibliographique efficace (c’est à dire qui
vous orientera vers les articles les plus pertinents vis-à-vis de votre problématique).
- 69 -
Parmi ces facteurs, nous retrouvons :
- Le choix de recherche : « [Title/Abstract] » ou « [Abstract] ».
- Les opérateurs boléens utilisés « OR » et « AND ».
- L’application de critères de recherche :
5 dernières années
essais cliniques
essais cliniques randomisés
Enfin, le dernier facteur dont nous ne vous avons peut-être pas encore parlé dans ce guide car il
dépasse le cadre de celui-ci. Il s’agit du choix des mots, de la problématique. Pour cela, la seule limite
est votre curiosité.
Cela s’illustre par la différence entre les lignes incluant « Triage » seul et les lignes incluant
« Triage OR Diagnosis ». En effet, qu’entend-on derrière la notion de « triage » ? A quelle réponse
souhaitez-vous une réponse ? Est-ce en fait par un désir d’améliorer votre capacité de diagnostic des
différents types de lombalgies ? Peut-être pensez-vous aussi que le mot de « triage » n’est pas encore
très connu, ou bien qu’il s’agît d’une notion relativement récente et que certains auteurs ne pourraient
l’avoir inclus dans leurs articles ? Si c’est le cas, alors votre problématique doit être étendue par l’ajout
de l’opérateur « OR ». Cela veut dire que cela augmente votre champ des possibles. Votre curiosité
stimule l’algorithme de recherche bibliographique. Il ne faut pas être effrayé : en spécifiant
correctement les autres facteurs, les résultats de la recherche ne sont pas tant impactés : Il n’y a qu’un
seul essai contrôlé pour « triage » seul (6ème ligne de résultats) contre 3 pour « Triage OR Diagnosis »
(dernière ligne de résultats).
d) Conclusion
La tâche la plus ardue n’est peut-être finalement pas de trouver une réponse, mais de définir ce
que l’on cherche. Si après la lecture de ce guide vous en arrivez aussi à cette conclusion alors vous
avez atteint l’objectif de ce guide : cela veut dire que non seulement vous avez pu y trouver les outils
nécessaires pour répondre à vos questions mais aussi que vous repartez confiant, pleins de
motivations et de curiosités vis-à-vis de la science et de toutes les connaissances à votre disposition.
Vous êtes maintenant capable de vous retrouver dans cet univers de données qui s’offre à vous, de les
différencier, de les analyser, de les comparer avec nuances et subtilités pour vous les approprier.
Nous vous souhaitons de très belles lectures.
- 70 -
2. Des exemples de lectures critiques d’articles
- 71 -
L’analyse critique de l’étude en 4 étapes :
1 Analyse de l’introduction
Les patients : nombre de patients total (1433), critères d’inclusion principaux (de 13 à
19 ans, données valides aux 2 étapes), critères d’exclusion particuliers (déménagement,
décès, perdue de vue, données incomplètes, douleurs cervicales et/ou à l’épaule avant le
début de l’étude).
- 1er groupe : patients ayant validés les 2 étapes (1433 patients)
- 2ème groupe : uniquement les patients n’ayant aucune douleur cervicale et/ou à l’épaule
(ou rarement), à la 1ère étape (832 patients).
- 72 -
3 Analyse des résultats
Dans la discussion :
- Les résultats retrouvés dans cette étude sont en adéquation avec d’autres articles dans
la littérature.
- Certaines études retrouvent même des associations avec d’autres variables tels que
l’IMC, le tabagisme, l’alcool, la détresse psychologique et les troubles du sommeil.
Ceci peut s’expliquer par les différentes mesures utilisées, les différentes périodes de
suivi réalisées, et les différents modèles statistiques choisis.
Dans la conclusion : cette étude a révélé que des combinaisons de facteurs de risque à
l'adolescence, comme la présence de douleurs concomitantes, la solitude et l'inactivité
physique, augmentaient cumulativement la probabilité de douleurs cervicales chez les jeunes
adultes.
- 73 -
c cc
c
c
c
c
c
c
c
c
c
c
c
c
c c
c
c
c
c
- 74 -
b) La lecture critique d’un article thérapeutique (116)
- 75 -
L’analyse critique de l’étude en 4 étapes :
1 Analyse de l’introduction
Les patients : nombre de patients total (121), critères d’inclusion principaux (de 18 à 35 ans,
avec une rupture du LCA ne dépassant pas 4 semaines), critères d’exclusion particuliers
(athlètes professionnels, rupture complète d’un ligament collatéral, une lésion cartilagineuse
et/ou méniscale étendue à l’IRM, patients sédentaires).
Les interventions :
- 1er groupe : opération de reconstruction précoce du LCA (tendon patellaire ou des
ischo-jambiers) dans les 10 premières semaines (59 patients)
- 2ème groupe : opération de reconstruction tardive du LCA (30 patients)
- 3ème groupe : sans opération (29 patients).
- 76 -
3 Analyse des résultats (cf Table 3)
Résultats sur le critère de jugement principal : KOOS de 42.9 dans le 1er groupe et de 44.9
dans le 2ème, avec un IC de 95% (-8.5 à 4.5 et P = 0.54).
Résultats sans différence significative entre les 3 groupes sur les différents critères.
Résultats sur les complications et effets indésirables : 4 patients ont eu une nouvelle rupture
(3 issus de la chirurgie précoce et 1 de la chirurgie tardive).
Dans la discussion :
- Les résultats rapportés sont comparables aux données sur 5 ans du registre suédois sur
le LCA, et légèrement pire que les résultats d'une étude de cohorte américaine.
- Ces résultats devraient encourager cliniciens et jeunes patients adultes actifs à
considérer la rééducation comme option de traitement primaire après une rupture du
LCA.
Dans la conclusion : aucune différence statistiquement significative sur la douleur, sur les
symptômes, sur la fonction dans les activités de la vie quotidienne et dans les sports/loisirs,
sur la qualité de vie liée au genou, sur la santé physique ou mentale générale, sur le niveau
d'activité physique actuel, sur le retour à au niveau d’activité avant la blessure, sur l’arthrose
radiographique ou la chirurgie du ménisque.
- 77 -
Points positifs : Points négatifs :
- Les données bibliométriques - Les patients uniquement jeunes et
- La qualité de l’étude actifs
- Le critère principal validé dans la - Pas de double aveugle (techniquement
littérature impossible)
- Le type d’étude adapté
- Le temps de l’étude long
- Le nombre de patients importants
- Peu de patients exclus ou perdus
de vue
- Les résultats sur les différents
critères pertinents
- 78 -
c) La lecture critique d’un article diagnostic (117)
Référence : Ostör AJ and all. Validation of clinical examination versus magnetic resonance imaging
and arthroscopy for the detection of rotator cuff lesions. Clin Rheumatol. 2013 Sep;32(9):1283-91.
[Link]
La qualité de l’étude : Grade B et niveau 2 (essai comparatif non randomisé bien mené).
- 79 -
L’analyse critique de l’étude en 4 étapes :
1 Analyse de l’introduction
Les patients :
- nombre total de patients : 117.
- critères d’inclusion principaux : entre 18 et 80 ans, pathologie sévère sur une seule
épaule (douleur intense, perte de mouvement et/ou symptômes persistants à plus de 6
mois malgré des traitements conservateurs).
- critères d’exclusion particuliers : antécédents de chirurgie de l'épaule affectée, fracture
ou luxation antérieure, problème cervical, douleur acromio-claviculaire ou sterno-
claviculaire, maladie articulaire inflammatoire, incapacité de subir une IRM et/ou une
arthroscopie ont été exclus de l'étude.
Les interventions :
- examen clinique : atrophie, de la mobilité, et des tests spécifiques (drop arm sign, test
de Hawkins-Kennedy, Gerber, Jobes, Speed et Yergason).
- IRM : selon les protocoles radiologiques standards.
- arthroscopie : faite dans les 6 semaines précédentes les autres interventions.
Dans la discussion :
- L'évaluation clinique actuelle des pathologies de l'épaule a des limitations
substantielles. Les tests cliniques manquent d'uniformité, de validité et de
fiabilité pour le diagnostic, et devraient donc être abandonnés.
- Il a été suggéré que des combinaisons de tests pourraient être plus prédictives
de la présence ou non d'une déchirure de la coiffe des rotateurs.
- La différenciation en différentes catégories de diagnostic n'est pas utile car il ne
modifie pas de façon significative le traitement conservateur en soins
primaires.
- Cependant, cette situation peut ne pas être équivalente dans les soins
secondaires avec généralement des pathologies chroniques et récalcitrantes aux
interventions conservatrices.
Dans la conclusion : par rapport à l’arthrographie, l'IRM a une plus grande précision dans la
définition de l'anomalie anatomique que clinique examen. Une approche pragmatique est
donc recommandée combinant les symptômes et signes cliniques avec un bilan fonctionnel,
suivi d'une utilisation judicieuse de l'imagerie, pour optimiser le résultat pour les patients
avec une pathologie de l'épaule.
- 81 -
Points positifs : Points négatifs :
- Les données bibliométriques de l’article
- Les données bibliométriques de la revue et
- Patients uniquement avec des symptômes sévères
de l’auteur
(en attente de chirurgie)
- Le type d’étude adapté
- Beaucoup de patients exclus (28%)
- La qualité de l’étude
- Beaucoup de facteurs d’exclusion
- Le nombre de patients important
- Seulement un radiologue qui analyse les imageries,
- La comparaison avec un Gold Standard
et un clinicien qui fait l’examen clinique
- La prévalence très faible des lésions de l’infra-
épineux, de la longue portion du biceps et du
subscapulaire limite l’interprétation des résultats
- Manque d’informations sur le lien entre les tests
spécifiques et l’examen clinique
- 82 -
d) La lecture critique d’un article pronostic (118)
Référence : Stevans JM, Delitto A, Khoja SS, Patterson CG, Smith CN, Schneider MJ, et al. Risk
Factors Associated With Transition From Acute to Chronic Low Back Pain in US Patients Seeking
Primary Care. JAMA Netw Open. 16 févr 2021;4(2):e2037371.
[Link]
- 83 -
L’analyse critique de l’étude en 4 étapes :
1 Analyse de l’introduction
Les lieux de l’étude : 77 cabinets de soins primaires dans 4 systèmes de santé américains
(Pittsburgh, Boston, Salt Lake City, et Baltimore).
Le temps de l’étude : inclusion entre mai 2016 et juin 2018, et suivi jusqu’en mars 2019.
Les patients :
- nombre total de patients : 5233.
- critères d’inclusion principaux : > 18 ans, consultant en soins primaires pour un
épisode de lombalgie aigu (douleur axiale ou associée à des douleurs dans les jambes).
- critères d’exclusion particuliers : drapeaux rouges pour une pathologie sérieuse
(cancer, fracture…).
Les évaluations :
- classification selon le risque de chronicisation (9 items du SBT) : risque faible (1788
patients), risque modéré (2152 patient), risque élevé (1293 patients).
- autres classifications : les comorbidités psychologiques (ICD-9 ou ICD-10-CM),
l'invalidité de la lombalgie (indice d'invalidité d'Oswestry), les processus de soins
recommandés (évaluant les médicaments, les imageries, les soins médicaux).
- 84 -
3 Analyse des résultats
Dans la discussion :
- Un certain nombre de facteurs, associés à un risque de chronicisation des douleurs
lombaires, sont difficiles à modifier ou totalement non modifiables. Mais
indépendamment de ceux-ci, l'exposition à un parcours de soins non conformes aux
recommandations, au début de la prise en charge, augmente le risque de développer
une lombalgie chronique.
- Les études futures devraient donc évaluer si différents modèles de soins, peuvent
améliorer l’application des recommandations, les résultats pour les patients, et
diminuer le coût total des soins.
Dans la conclusion : cette étude a révélé que le SBT est un outil pronostique robuste, pour
évaluer l’évolution de la lombalgie aiguë vers la lombalgie chronique. Il existe plusieurs
facteurs qui influencent cette tendance, avec en premier lieu l'exposition précoce à des
soins non conformes aux recommandations, mais aussi certaines caractéristiques
démographiques et cliniques du patient, telles que l'obésité, le tabagisme, l'invalidité de
base et les comorbidités psychologiques.
- 85 -
Points positifs : Points négatifs :
- Les données bibliométriques - Pas d’information sur la validation éthique
- Le type d’étude adapté - Patients perdus de vue important (47%)
- La qualité de l’étude - Peu de renseignements sur ce que sont les
- Le nombre de patients important recommandations pour la prise en charge des
- La durée de l’étude et qui est multisite lombalgies.
- Les classifications validées qui sont utilisées
- Les tests statistiques adaptés
- 86 -
V. Les limites et les critiques de l’approche EBP
Cette démarche incite à adopter une approche critique et objective pour conforter différents
processus décisionnels. Cette philosophie part du constat réaliste qu'il est illusoire de décider sur la
base des seuls éléments scientifiques, dont les vérités sont souvent limitées par la complexité et la
singularité de chaque situation. Il s'agit de trouver le meilleur compromis qui prend en compte et
combine ces trois composantes, en considérant l'entièreté des informations disponibles avec la même
légitimité et selon la meilleure opportunité.
Il est possible de reconnaître 3 principales dérives fréquemment observées (119) (cf Tableau 38) :
- 87 -
Source : [Link]
Tableau 38 : Signalétique des principaux syndromes de la pratique factuelle.
En ce qui concerne les 3 piliers de la démarche EBP, 2 sont à forte valeur individuelle, à savoir
les composantes du patient et l’expertise du clinicien.
Il est donc illusoire de vouloir appliquer ce modèle à la lettre de façon machinale et égale,
puisqu’en pratique les cliniciens ne peuvent utiliser équitablement l’expertise, le patient et la
science.
Il y aura toujours 1 ou 2 piliers qui seront plus prépondérants et seront davantage utilisés dans
la prise décision des orientations thérapeutiques, selon la situation spécifique et la singularité du
patient auxquelles sera confronté le thérapeute.
- 88 -
- La complexité des articles : la langage scientifique utilisé est souvent technique et difficile
à comprendre, et cela l’est d’avantage quand la langue utilisée est étrangère. D’autre part,
les études se basent souvent sur des populations éloignées de celles rencontrées dans la
pratique quotidienne, d’où la difficulté de transposer les résultats. Les études peuvent aussi
être très détaillées avec des méthodes et résultats qui rendent l’extraction des données
essentielles difficiles à retenir et à reproduire.
- Les caractéristiques du patient ne sont pas suffisamment prises en compte : les preuves
établies ne peuvent être généralisées à tous les patients souffrant d’une pathologie
commune, car plusieurs facteurs comme l’environnement, l’état psychologique,
l’évolution et autres, influencent le choix du traitement le plus adapté.
- Il existe une crainte au changement vers cette démarche EBP : beaucoup plus marquée chez
les cliniciens expérimentés, qui expriment un manque de compétences suffisantes
concernant l’application des méthodologies de recherche ainsi que l’évaluation critique des
articles. Cela s’accompagne d’une crainte que cette démarche restreigne l’application d’une
partie de leur répertoire de traitements et pose la question du devenir de certains patients
ne répondant pas aux traitements prouvés scientifiquement. Cette perte d’autonomie par
l’utilisation unique de preuves rationnelles est vue comme une régression en tant que
techniciens exécutant une procédure prédéfinis.
- 89 -
Conclusion
A travers les différents chapitres de ce guide, nous espérons avoir réussi à vous transmettre les
différents outils vous permettant d’avoir un œil critique et le plus juste possible sur les données
retrouvées dans la littérature. N’hésitez pas à venir vous y replonger un peu en cas de doutes, de
questions ou d’un besoin de précision : les connaissances s’entretiennent par la répétition.
Pour conclure cet ouvrage, insistons peut-être sur le fait que nous ne souhaitons pas qu’à travers
ce guide, le lecteur prenne à la lettre tous les chiffres fournis par les différentes recherches. Comme
nous l’avons mentionné au cours de ces différentes pages, il est crucial d’inscrire la lecture des articles
dans un contexte de connaissance, d’expériences et de réflexions cliniques beaucoup plus large.
La lecture critique d’articles bien qu’aussi pertinente que complexe ne constitue pas le seul
outil pour développer son expertise. Nous sommes heureux d’avoir pu vous accompagner sur un bout
de ce chemin et nous vous souhaitons une bonne continuation dans votre recherche.
- 90 -
Annexes
Annexe 1 : le graphique en forêt
Le graphique en forêt (= forest plot) est une représentation graphique utilisée dans les méta-analyses
pour pouvoir comparer entre eux les résultats issus de différentes études qui abordent la même
question.
Prenons cet exemple (cf Fig 4), issu d’une revue systématique avec méta-analyse qui compare l’effet
d’exercices de kinésithérapie après une prothèse totale de genou suite à de l’arthropathie (42).
Ce graphique en forêt illustre les résultats de plusieurs études sur le gain d’amplitude après 3 et 12
mois.
- 91 -
Annexe 2 : tableau résumant les principaux biais en fonction du type d’études
- Biais d’évaluation
- Biais de suivi (ou de
subjective de l’enquêteur
- Biais de vérification performance)
Biais de - Biais de mémorisation
- Biais d’information - Biais d’évaluation
classement - Biais de jugement
- Biais de contexte - Biais de réalisation
- Biais liés au mode
d’évaluation
- 92 -
Annexe 3 : pour aller plus loin dans l’analyse statistique
L’analyse statistique d’une étude suit souvent les mêmes étapes de lecture :
L’analyse univariée : évalue l’association entre un critère de jugement et une variable qui peut
être un facteur de risque (étude étiologique), un facteur pronostic (étude pronostique), ou le
traitement attribué par randomisation (essai contrôlé randomisé).
Les tests statistiques : ils cherchent à déterminer si l’association entre 2 variables au niveau
d’un échantillon est le simple fait du hasard, ou si elle est due à une différence réelle dans la
population. Leur réalisation repose sur 2 hypothèses : l’hypothèse nulle (H0) disant qu’il n’y a
pas de différence entre les 2 groupes, et l’hypothèse alternative (H1) disant qu’il y a une
différence entre les 2 groupe. Leur réalisation nécessite de fixer des risques d’erreur.
- Le risque alpha (α) = probabilité de conclure à une différence qui n’existe pas en
réalité (soit accepter H1 si H0 est vraie). Valeur généralement fixée à 5%.
- Le risque béta (β) = probabilité de ne pas mettre en évidence une différence qui
existe en réalité (soit accepter H0 si H1 est vraie). Valeur = 1 - puissance.
- Puissance = probabilité de mettre en évidence une différence qui existe en réalité
(soit rejeter H0 si H1 est vraie). Valeur en générale > 80%.
Seuil
- 93 -
L’interprétation du résultat d’un test statistique : il correspond au p ou degré de significativité
(ou degré de signification), qui est la probabilité que le hasard puisse expliquer à lui tout seul
une différence au moins aussi grande que celle observée. C’est donc une indication de la
certitude avec laquelle on peut conclure à une différence significative. Si le risque alpha est
de 5% :
- Si p < 0.05 on peut conclure que la différence est statistiquement significative.
- Si p > 0.05 il n’y a pas de différence statistiquement significative et on ne peut
rien conclure d’autre.
Mais en aucun cas les tests statistiques n’indiquent l’importance d’une différence. La
différence peut être statistiquement significative mais cliniquement non pertinente.
Les principaux tests statistiques : le choix du test dépend du type de variable que l’on veut
évaluer et de sa nature :
- Si on veut comparer une variable qualitative entre 2 groupes, le test de Chi 2 (test
paramétrique) ou le test exact de Fisher (test non paramétrique) peuvent être utilisés.
- Si on veut comparer une variable quantitative entre 2 groupes, le test t de Student
(pour une distribution normale), ou le test de Wilcoxon (pour des séries
indépendantes).
Un test est dit paramétrique quand on fait des hypothèses sur la distribution des variables.
- 94 -
Voici un exemple d’analyse statistique
Qui n’a jamais passé les indéchiffrables tableaux de résultats d’une étude pour aller lire
directement la discussion et la conclusion ? Pourtant, ce sont ces données « bruts » qui permettent de
se faire une idée des résultats de l’étude et de leurs significations. Lire et comprendre ces données
permet de ne pas avoir à se fier uniquement à ce qui est rapporté par les auteurs. Cela permet
d’être moins sensible à une potentielle distorsion de la présentation et de l’interprétation des résultats
par les auteurs (réf spin).
Le but de cette étude est de comparer les taux d’hospitalisation, d’admission en réanimation et
de mortalité de patients adultes diagnostiqués COVID-19 en fonction de leur niveau d’activité
physique. Du 1er janvier 2020 au 21 octobre 2020, 48 440 adultes diagnostiqués COVID-19 ont été
recruté et classé dans 3 catégories d’activité physique : inactif (0-10min/semaine), actif (11-
149min/semaine), niveau d’activité en accord avec les recommandations (>150min/semaine).
Le premier tableau de résultat (cf Tableau ci-dessous) présente les différentes caractéristiques
des patients sélectionnés en fonction de leur niveau d’activité physique.
Tableau montrant la répartition de la variable "âge" par niveau d'activité physique (extrait du 1er tableau de résultat).
Mean=moyenne, Median=médiane, SD = écart type, Q1,Q3=premier et troisième quartiles.
On remarque que pour chaque caractéristique (âge, sexe, origine ethnique, IMC …) ou
variable, les auteurs ont calculé une valeur p. Si l’on s’intéresse à la variable « age at index date », la
valeur p est inférieure à 0.0001.
La valeur p, qu’est-ce que c’est ? : c’est le résultat de tests statistiques. Elle sert à tester l’hypothèse
nulle (H0) contre l’hypothèse alternative (H1). Concernant l’étude :
H0 : il n’y a pas de différence concernant la variable « age at index date » entre les
différents groupes de niveau d’activité physique.
H1 : il y a une différence concernant la variable « age at index date » entre les différents
groupes de niveau d’activité physique.
Comment a-t-elle été calculée ? : les auteurs indiquent qu’ils ont utilisé le test de Kruskal Wallis pour
les variables numériques continues comme la variable « age at index date. On peut se demander si ce
test statistique était adapté, c’est ce que nous allons explorer. L’utilisation d’un test statistique dépend
de ce que l’on souhaite obtenir comme information et du type de données que l’on souhaite analyser
(cf Algorithme décisionnel ci-dessous). Le test de Kruskal Wallis a pour but de rechercher des
différences parmi 3 ou plus ensembles de données provenant de sujets différents concernant une
variable indépendante. Ce test est non paramétrique ce qui signifie que les ensembles de données
n’ont pas à respecter une distribution normale. Cependant, pour utiliser le test de Kruskal Wallis, les
ensembles de données doivent avoir une distribution similaire.
- 95 -
Voyons si tous les critères sont réunis :
variable numérique continue : « age at index date »
3 ensembles de données : groupes « inactif », « actif », « niveau d’activité en accord avec
les recommandations »
l’observation est indépendante : les différents groupes par niveau d’activité physique sont
mutuellement exclusifs, un patient ne peut pas être dans 2 groupes différents.
une variable indépendante : niveau d’activité physique
évaluer la distribution : pour évaluer la distribution d’un ensemble de données, plusieurs
méthodes existent. Par exemple, on peut facilement évaluer l’asymétrie d’un ensemble de
données. Avec les données du tableau, nous pouvons calculer le deuxième coefficient
d’asymétrie de Pearson [3x(moyenne-médiane)/écart type]. On trouve +0,07 pour le groupe
« inactif », +0,14 pour le groupe « actif » et +0,49 pour le groupe « niveau d’activité en
accord avec les recommandations ». Les auteurs ont donc considéré que les 3 ensembles de
données avaient des distributions proches. Plus le coefficient d’asymétrie est élevé, plus l’on
s’éloigne d’une répartition normale des données.
- 96 -
Différentes répartitions des données.
disponible sur :
[Link]
Qu’est-ce que cela signifie ? g
p < 0.0001 signifie qu’il y a moins de 0.01% de chance que les différences de répartitions
d’âge observées entres les groupes « inactif », « actifs » et « niveau d’activité en accord avec
les recommandations » soient dues à la chance. En d’autres termes, plus la valeur p est
faible et plus notre degré de confiance pour rejeter l’hypothèse nulle est important.
Ainsi, la probabilité d’une interaction entre les variables « âge » et « niveau d’activité
physique » est forte.
En pratique, le seuil de significativité permettant de rejeter l’hypothèse nulle est décidé
arbitrairement (souvent p=0.05). En revanche, la valeur p ne nous permet pas de quantifier
l’importance de l’interaction entre ces deux variables, elle nous indique uniquement s’il y a
une différence non liée à la chance. Une des limites de la valeur p est que son calcul
dépend de la taille de la population étudiée et de l’importance de l’interaction entre les 2
variables étudiées. Ainsi, avec un seuil de significativité trop élevé l’hypothèse nulle H0
pourrait être rejetée alors qu’elle est vraie : c’est l’erreur de type 1. A l’inverse, si la
population étudiée est trop petite pour détecter une différence l’hypothèse nulle H 0 pourrait
être acceptée alors qu’elle est fausse : c’est l’erreur de type 2.
Si l’on revient au premier tableau de résultat de l’étude de Sallis et al. (2021), p étant significatif pour
chaque variable (âge, IMC ...) de la population étudiée, l’hypothèse nulle peut être rejetée pour
chacune de ces caractéristiques : il y a donc une interaction entre chacune de ces variables et la
variable indépendante « niveau d’activité physique ». Or, certaines de ces variables sont des facteurs
augmentant le risque d’hospitalisation, d’admission en réanimation ou de décès lié au COVID-19. Ces
variables devront donc être contrôlées pour isoler l’effet de la variable niveau d’activité physique sur
le risque d’hospitalisation, d’admission en réanimation et de décès liés au COVID-19.
- 97 -
Annexe 4 : les indices bibliométriques des revues scientifiques
Eigenfactor Inconvénients : Les revues publiant le plus grand nombre d’articles et qui sont
Prestige Metrics plus fréquemment citées sont donc largement avantagées. Il est à noter qu’un
metrics
« Normalized Eigenfactor score » a pu être développé afin de corriger ce
problème (89).
- 98 -
SCImago
Journal Avantages : Accès gratuit sur Scopus
Mixte Rank (SJR)
(prenant en
compte les Avantages : Son principal avantage est de permettre une comparaison
citations mais Source interdisciplinaire des journaux. De plus, son accès est encore une fois gratuit
aussi le Normalised sur Scopus. Cet indice permettrait particulièrement aux auteurs de définir quels
« prestige Impact per sont les journaux les plus pertinents au moment de publier.
metrics »). Paper Inconvénients : Même s’il ne s’agit pas d’un inconvénient à part entière, il reste
(SNIP) important de noter que cet indice ne se calcule que sur la base des documents
passés par le « Peer-Review » (et ne prend pas en compte les éditoriaux, etc…).
Inconvénients : Cet indice pourrait inciter à l’autocitation chez les auteurs même
Immedicay
si certaines études montrent l’absence de corrélation entre l’autocitation et
Autres indices index
l’évolution de cet indice (124)
Il donne une indication de l'impact d'une revue et mesure, sur la base du corpus
de Scopus, le rapport entre le nombre de citations que reçoivent les articles d'une
IPP revue au cours des 3 années précédentes et le nombre d’articles publiés dans
cette revue pendant la même période. Contrairement au SNIP et au SJR, l'IPP
n'est pas normalisé par domaine de recherche.
- 99 -
Annexe 5 : les indices bibliométriques des auteurs
Indice Description
Avantages : Cette méthode serait l’une des plus précises dans l’évaluation des auteurs tout en
évaluant de manière acceptable les productions actuelles de l’auteur.
Il s’agit du seul indice bibliométrique concernant les auteurs intégrés dans le « Web of
Knowledge ».
Inconvénients : Cet indice ne peut pas être utilisé pour comparer des chercheurs dans différents
H-Index domaines. De même, l’ancienneté du chercheur peut entrainer un H-index supérieur à un jeune
chercheur. Il peut même continuer à augmenter alors que le chercheur ne publie plus. Aussi, il
semble intéressant de noter que le H-Index ne prend pas en compte l’ordre des auteurs dans la
publication et favorise l’autocitation.
Enfin, cet indice entrainerait l’oubli de nombreuses citations. Ainsi, certains auteurs considèrent
que cet indice devrait être complété par un autre indice : le E-index que nous aborderons un peu
plus bas (125)
Avantages : il permet de mettre en avant des articles présentant beaucoup de citations (des « top
articles »).
G-Index
Inconvénients : Cet indice n’est pas intégré au « web of knowledge ».
- 100 -
Annexe 6 : exemples d’études pertinentes
Dans cette annexe, il est cité quelques exemples d’études qui semblent intéressantes à connaitre.
La liste n’est pas exhaustive, mais elle donne quelques pistes de réflexions.
Ces exemples d’articles sont présentés en fonction de leurs indices bibliographiques, et sous la forme
suivante :
[Link] [Link]
- 101 -
Systematic Literature Review of
Imaging Features of Spinal Degeneration
in Asymptomatic Populations. (126)
[Link]
[Link] [Link]
Les résultats d'imagerie concernant la dégénérescence de la colonne vertébrale sont présents chez
des proportions élevées d'individus asymptomatiques, et augmente avec l'âge. De nombreuses
caractéristiques dégénératives basées sur l'imagerie font probablement partie du vieillissement normal
et ne sont pas associées à la douleur. Ces résultats d'imagerie doivent être interprétés dans le
contexte de l’état clinique du patient.
- 102 -
Tendinopathy. (129)
[Link]
La tendinopathie décrit une pathologie complexe à multiples facettes du tendon, caractérisée par des
douleurs, un déclin de la fonction et une tolérance réduite à l'effort. Les principales caractéristiques
histologiques et moléculaires de la tendinopathie comprennent la désorganisation des fibres de
collagène, une augmentation de la microvascularisation et de l'innervation des nerfs sensoriels, une
homéostasie dérégulée de la matrice extracellulaire, une augmentation des cellules immunitaires et
des médiateurs inflammatoires, ainsi qu’une apoptose cellulaire accrue.
Bien que le diagnostic soit principalement réalisé sur la base des symptômes cliniques, dans certains
cas, des tests supplémentaires provoquant la douleur et une imagerie peuvent être nécessaires.
La prise en charge consiste en différents programmes d'exercices et de mise en charge, de modalités
thérapeutiques et d'interventions chirurgicales ; cependant, leur efficacité reste ambiguë. Les
recherches futures devraient se concentrer sur l'élucidation des principales voies fonctionnelles
impliquées dans la maladie clinique et sur l'amélioration des protocoles de réadaptation.
[Link]
me=plum-sciencedirect-theme&hideUsage=true [Link]
Même si la pathologie d’origine nociceptive a souvent disparu depuis longtemps, le cerveau des
patients souffrant de douleurs musculo-squelettiques chroniques a généralement acquis une mémoire
protectrice de la douleur (liée au mouvement). La thérapie par l'exercice pour les patients souffrant
de douleurs musculo-squelettiques chroniques est souvent entravée par de tels souvenirs de douleur.
Les auteurs expliquent comment les thérapeutes musculo-squelettiques peuvent modifier les
souvenirs de la douleur chez les patients souffrant de douleur musculo-squelettique chronique, en
intégrant l'éducation aux neurosciences de la douleur, avec des interventions d'exercice. Ce dernier
comprend l'application de principes d'exposition in vivo gradués pendant la thérapie par l'exercice,
pour cibler les circuits cérébraux orchestrés par l'amygdale (la mémoire du centre de la peur dans le
cerveau).
- 103 -
Fifteen Years of Explaining Pain:
The Past, Present, and Future. (131)
[Link]
[Link] [Link]
me=plum-jbs-theme&hideUsage=true
Le domaine de la douleur plaide depuis un certain temps pour l'importance d'enseigner aux gens
comment bien vivre avec la douleur. Expliquer la douleur (= EP) fait référence à une gamme
d’interventions éducatives qui visent à changer sa compréhension sur ses processus biologiques,
notamment celle qui vit la douleur comme un marqueur de lésion tissulaire ou de maladie.
Il est décrit le contexte historique et les débuts de la PE, suggérant qu'il s'agit d'une application
pragmatique du modèle biopsychosocial de la douleur. Les auteurs suggèrent des réponses aux
idées fausses sur la PE qui ont émergé au cours des 15 dernières années, soulignant que la PE n'est pas
un conseil comportemental ou cognitif, ni ne conteste la potentielle contribution des signaux
nociceptifs périphériques à la douleur. Ils soutiennent que la PE est fondée sur de solides cadres
théoriques, que ses effets ciblés sont biologiquement plausibles, et que les preuves
comportementales sont favorables. Ils mettent à jour les méta-analyses disponibles et proposent des
orientations futures par lesquelles les cliniciens pourraient améliorer les effets de la PE dans le cadre
d'une rééducation multimodale de la douleur.
[Link] [Link]
eme=plum-sciencedirect-theme&hideUsage=true
Avec des preuves contradictoires concernant l'efficacité de la thérapie manuelle, des appels sont
apparus dans certains milieux de la profession de physiothérapeute, remettant en question l'utilisation
continue des compétences manuelles pour l'évaluation et le traitement.
Il est conclu que si l'examen manuel et les compétences thérapeutiques sont utilisés de manière
cohérente avec une compréhension contemporaine de la science de la douleur, des profils de
patients multidimensionnels, et une approche centrée sur la personne, leur utilisation sélective et
judicieuse a toujours un rôle important.
- 104 -
The Impact of Physical Therapy Residency or
Fellowship Education on Clinical Outcomes for
Patients With Musculoskeletal Conditions. (132)
[Link]
[Link] [Link]
eme=plum-sciencedirect-theme&hideUsage=true
Les nouvelles données probantes suggèrent que les physiothérapeutes avec une pratique avancée
fournissent des soins habituels égaux ou meilleurs par rapport aux médecins en termes de précision
du diagnostic, d'efficacité du traitement, d'utilisation des ressources de santé, de coûts
économiques et de satisfaction des patients.
- 105 -
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