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Introduction GEPI

Le document explore les deux approches concurrentes de l'économie mondiale, l'une centrée sur les États et l'autre sur l'intégration des réseaux d'échange. Il souligne l'irréconciliabilité de ces visions et l'importance d'intégrer les institutions dans l'économie politique internationale pour dépasser cette dichotomie. Enfin, il met en lumière le rôle du marché en tant qu'institution sociale, soulignant les tensions entre l'intérêt privé et le bien commun.

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Introduction GEPI

Le document explore les deux approches concurrentes de l'économie mondiale, l'une centrée sur les États et l'autre sur l'intégration des réseaux d'échange. Il souligne l'irréconciliabilité de ces visions et l'importance d'intégrer les institutions dans l'économie politique internationale pour dépasser cette dichotomie. Enfin, il met en lumière le rôle du marché en tant qu'institution sociale, soulignant les tensions entre l'intérêt privé et le bien commun.

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MATIERE : La globalisation et l’économie politique internationale

PROF : MONJY Minomahasetra

Introduction
La globalisation est l’occasion de repenser nos cadres de pensée en économie politique
internationale. i Deux approches concurrentes existent en effet. La première repose sur l’idée que
l’économie mondiale est un système composé d’États en interaction les uns avec les autres ; la
seconde, sur l’idée que l’économie mondiale est le résultat d’un processus d’intégration des
multiples réseaux d’échange sous l’effet des forces de la concurrence. Je voudrais développer trois
idées dans les pages qui suivent : tout d’abord, que ces deux approches sont irréconciliables ;
ensuite, et pour cette raison, que l’économie politique internationale ne peut être définie comme
étant à l’interface de l’économique et du politique ; enfin, que l’économie politique doit, pour
dépasser cette dichotomie, intégrer les institutions à son objet.

Deux visions de l’économie mondiale


S’agissant de définir ce que l’on peut entendre par économie mondiale, deux écoles de pensée se
sont toujours opposées en économie politique et ce, sans qu’il n’ait jamais vraiment été possible
de les réconcilier malgré les nombreuses tentatives faites dans ce sens de part et d’autre. Une
première approche consiste à définir l’économie mondiale à partir des différentes unités nationales
qui la composent, étant entendu, que pour différentes que soient ces unités les unes des autres, les
liens commerciaux, notamment, qui les unissent font du tout un système. Vu sous cet angle, parler
"des transformations de l'économie mondiale" ou encore de "la vie économique du monde",
revient à parler principalement de deux choses : de la place des différentes économies nationales,
des grandes puissances, en particulier, à l’intérieur de ce système, d’une part ; des formes et des
évolutions que prennent les relations à l’intérieur de ce système, d’autre part. Dans ce qui n’est en
fait que géo économie du monde, deux approches sont de la sorte possible. Une première
approche, qui tire ses origines conceptuelles du système d’économie nationale de List revu et
corrigé par la géopolitique de Ratzel, privilégiera l’analyse spatiale et débouchera sur la théorie
des pôles avec ses multiples variantes, la théorie centre-périphérie de Prebisch ou la théorie des
économies-monde de Braudel, par exemple. La seconde approche, qui tire ses origines de la
conception fonctionnelle d’une intégration en réseaux, à la Parsons, pour ne pas dire à la Spencer,
privilégiera au contraire l’analyse des réseaux et débouchera sur la théorie de l’interdépendance,
développée entre autres par Cooper et Keohane et Nye. Les économistes, ceux de l’École comme
les aurait qualifiés List, ont toujours été très mal à l’aise avec cette vision de l’économie
mondiale. Il ne s’agit pas de nier l’existence des nations, du moins dans leur dimension juridique,
ni le fait que chaque société soit particulière, mais plutôt parce qu’en faisant des nations, en tant
qu’entités juridiquement et historiquement distinctes, l’unité centrale autour de laquelle s’organise
l’économie mondiale, cette vision en vient à nier les réalités qui sont propres au commerce, voire
à subordonner celui-ci aux velléités nationales, une erreur d’autant plus fatale que l’économie
ayant ses propres lois, toute entrave à la liberté du commerce est par le fait même une entrave à
son bon fonctionnement. Les frontières politiques étant par nature artificielles, il ne peut donc y
avoir deux types de commerce, l’un national et l’autre international, sans que cette séparation n’ait
de conséquences fâcheuses sur le fonctionnement des marchés, et donc sur le bien-être des
populations. Vu sous cet angle, ce n’est pas entre l’espace économique national et l’espace
économique mondial que la ligne de séparation doit être tirée, mais entre deux types de droit, le
droit commun et le droit privé, ou si l’on préfère, entre ce qui doit relever du domaine commun
d’un côté et ce qui doit relever du domaine privé de l’autre. Ce qui fait immédiatement problème,
puisque c’est à l’intérieur des frontières nationales que cette ligne de séparation, qui constitue au
demeurant l’un des fondements de la modernité libérale, a toujours été tracée, avec de surcroît des
différences parfois très grandes d’une société à l’autre.

Les réalités nationales ont toujours dérangé les économistes, au point que, d’une manière
générale, les traités d’économie politique n’ont pendant fort longtemps abordé le commerce
international qu’en fin d’ouvrage, sinon comme un chapitre particulier. L’expression même
d’économie internationale, utilisée de préférence d’ailleurs à celle d’économie mondiale, ne s’est
imposée que tardivement, à la fin du siècle dernier. Elle viendra remplacer l’expression jusque-là
employée de commerce avec l’étranger, voire de commerce étranger. Il ne s’agissait pas à
proprement parler de distinguer, comme l’avait fait Bentham dans le domaine du droit, entre ce
qui relevait du domaine de souveraineté des États et ce qui relevait d’un domaine partagé par les
États, mais plutôt de changer la perspective d’analyse, et au lieu de partir des États, d’aborder
directement l’économie internationale en tant que réalité, au-dessus des États. Le développement
du commerce et des mouvements de capitaux n’a pas été étranger à ce changement conceptuel
mais, par-delà ces réalités nouvelles, il s’agissait d’abord de faire valoir l’idée selon laquelle
l’économie internationale, bien qu’elle fût encore perçue comme étant au croisement des circuits
nationaux, était dotée d’une existence propre, avait ses propres règles, et qu’en conséquence, il ne
revenait pas aux États d’influer sur les flux du commerce mais de se laisser porter par ceux-ci et
ainsi, de trouver leur place à l’intérieur de ce réseau de réseaux, pour prendre une image
contemporaine, qu’est l’économie internationale. Il est intéressant de relever à cet égard, que,
lorsque, après-guerre, le concept d’intégration sera appliqué au domaine des relations
économiques internationales, on retrouvera la même ligne de démarcation que celle dont nous
venons de faire état, entre ceux pour qui le mot intégration signifiait intégration à l’économie
mondiale et ceux pour qui, au contraire, le mot visait à définir un processus, politique ou non de
fusion de deux ou plusieurs économies distinctes en vue de former une nouvelle unité.

Quoi qu’il en soit, l’image que faisait ressortir ce nouveau concept, ne devait plus être celle d’un
monde fragmenté, même s’il en était encore ainsi, mais celle d’un monde en voie d’unification, un
monde qui devait tendre sous l’effet de la concurrence vers un système de prix unique, étant
entendu que chaque nation devait et pouvait y trouver place non pas sur la base des frontières
juridiques mais sur la base de ses avantages comparatifs, de ses dotations factorielles dirait-on
aujourd’hui. Cela dit, il faut immédiatement faire remarquer, que la pierre angulaire de cette
construction théorique, la théorie des avantages comparatifs de Ricardo, avec son corollaire la
division internationale du travail, n’est en fait qu’une simple théorie ad hoc, construite pour
réconcilier l’enseignement de la théorie avec la réalité d’un monde politiquement divisé, une
réalité sur laquelle on venait superposer un autre type de différenciation, économique celle-là, les
nations n’étant plus alors définies comme entités politiques mais en tant que parcs de facteurs de
production, ce qui est on ne peut plus réducteur. De la sorte, les économistes pouvaient à la fois
reconnaître leur caractère distinct et défendre une vision cosmopolite, universaliste du monde
comme l’avaient fait les Lumières. Mais, alors que pour les Lumières, c’était la force de la Raison
qui poussait l’humanité dans la direction, pour les économistes, cette force était celle de la
concurrence, à l’image d’une main invisible comme la qualifiera Smith, comme contrainte
extérieure dira plus prosaïquement Marx. Je ne puis m’empêcher de citer à ce propos un
économiste du dix-neuvième siècle, tant le point de vue qu’il exprime résume on ne peut mieux
cette conception linéaire et déterministe de l’histoire : « Ils (les premiers économistes, C.D.)
semblaient ignorer que les lois naturelles et invisibles qui régissent le monde social sont comme
celles qui régissent le monde physique : leur action est universelle ; elles ne sont ni d'un temps ni
d'un lieu ; elles sont vraies pour une nation, elles sont la vérité pour toutes ». (M. T. N. Benard,
Les lois économiques, Paris, Guillaumin, 1856, p. 26). Et d'ajouter, avec la même ferveur, à
propos des différences entre le commerce à l'intérieur des nations et celui entre les nations, « Que
l'on n'aille pas conclure de cet aperçu sur la différence du profit résultant de l'échange à l'intérieur
ou au dehors, qu'il puisse être le moins du monde désirable de favoriser le développement du
premier au détriment du second. Si nous avons fait cette distinction entre le commerce avec les
régnicoles et le commerce avec l'étranger, c'est que nous avons dû tenir compte des faits actuels,
et que nous avons expliqué le phénomène du point de vue des préjugés qui parquent encore
l'humanité en troupeaux plus ou moins nombreux. En économie politique, il n'y a pas, il ne peut y
avoir de nations, il n'y a que des travailleurs, des producteurs et des consommateurs ; c'est-à-dire
que plus les échanges se feront facilement et promptement entre tous ces travailleurs, et plus le
bien-être de tous s'accroîtra »
(Ibidem, p. 347-348). On ne saurait être plus clair !

Le marché comme institution sociale


Tout comme dans le cas de la première approche, on peut distinguer deux, sinon trois écoles de
pensée. Il ne s’agit pas de savoir s’il faut être pour ou contre le libre-échange, voire même s’il
convient d’y apporter dans certaines situations, des nuances, pour protéger les industries
naissantes ou tenir compte des différences de développement par exemple. Là-dessus, et cela peut
surprendre, Smith et Marx partagent le même point de vue, bien que ce ne soit évidemment pas
pour les mêmes raisons.

Le débat se situe plutôt sur la manière de rendre compte du rapport, forcément conflictuel, entre
l’intérêt privé et l’intérêt commun, ce qui nous renvoie à l’objet même de l’économie politique.
Que sa définition ait évolué avec les années, ne change néanmoins rien au fait que son objet est
toujours resté le même, soit le bien-être des populations À ceci près toutefois que la réalisation de
ce bien-être passe par le truchement du marché ; d’où le conflit inévitable entre bien commun et
intérêt privé. Si, pour les uns, ce conflit trouve sa solution dans la concurrence, le meilleur garde-
fou qui soit des appétits privés, pour les autres au contraire, celui-ci ne peut aller qu’en
s’aggravant, au fur et à mesure que s’accroissent les richesses et que se creuse le fossé (la
contradiction) entre appropriation privée des moyens de production d’un côté et besoins collectifs
de l’autre. Entre les deux, on retrouve une position intermédiaire, à la Keynes par exemple, qui
viendra justifier la présence régulatrice de l’État pour corriger le circuit économique de ses
défauts congénitaux.

Ce n’est donc pas sur la finalité ultime du marché qu’il y a discordance de vue, mais sur la
perception que chacun s’en fait, dans son fonctionnement comme dans son développement, en
tant qu’institution sociale. C’est d’ailleurs le problème central sur lequel butera Marx, échouant
dans sa démonstration économique de l’exploitation comme dans celle de vouloir lier la fin du
mode de production bourgeois à la récurrence des crises économiques. Mais là n’est pas la
question. Ce que je veux seulement souligner, c’est que le marché est une institution sociale, et
partant, un enjeu politique, puisqu’il s’agit de déterminer non seulement la ligne de partage entre
le public et le privé, mais également le degré de liberté du marché vis-à-vis des autres institutions
sociales. C’est d’ailleurs ce vient réaffirmer Jean-Baptiste Say lorsque, après avoir distingué
l’économie politique (science des richesses) de la politique (science de l’organisation des
sociétés), il explique en quoi et pourquoi l’appellation d’économie politique donnée à cette
nouvelle science, est tout à fait appropriée, et, je cite : « …il ne peut être question des richesses
naturelles, des biens que la nature nous accorde gratuitement et sans mesure, mais seulement des
richesses sociales fondées sur l’échange et la propriété qui sont des institutions sociales »
(Discours préliminaire, p. 2). Polanyi, faut-il le rappeler, défendra le même argument dans son
ouvrage classique, La grande transformation. Le problème posé dans ces termes, toute la question
est de savoir si les institutions que sont l’échange et la propriété doivent, pour répondre à leur
finalité sociale, être encadrés ou non, un débat qui sera au cœur de la problématique keynésienne
d’après-guerre.

Des remarques précédentes, je voudrais, tirer deux constats. Le premier, c’est que s’il y a deux
lignes de démarcation théorique fondamentales en économie politique, entre ceux pour qui
l’économie mondiale est un réseau d’économies nationales qui, à travers le commerce, font
système, et ceux pour qui, débordant des frontières nationales et se croisant, les réseaux du
commerce constituent leur propre espace de production, de circulation et de distribution des
richesses, une seconde ligne de démarcation apparaît à l’intérieur même de ce deuxième courant,
entre ceux pour qui l’harmonie des intérêts se trouve réalisée à travers la concurrence, ceux
ensuite pour qui la contradiction des intérêts ne pourra jamais être dépassée, sinon par la voie
politique comme Marx en avancera l’idée, et ceux, enfin, pour qui la réconciliation des intérêts est
possible, mais par la médiatisation de l’État. Ce premier constat me conduit à en faire un second :
toute prétention de construire une économie politique internationale au croisement, à l’interface
de l’économique et du politique ne peut qu’être vouée à l’échec, surtout s’il s’agit de croiser deux
conceptions de l’économie mondiale que tout distingue l’une de l’autre. Pour faire court, on ne
peut en même temps avoir une vision géopolitique de l’économie mondiale, et reconnaître que
celle-ci est dotée d’une existence en propre. C’est le dilemme du courant réaliste en économie
politique internationale qui entend malgré tout se réclamer du libéralisme économique. La
perspective keynésienne permet de résoudre ce dilemme, mais cela suppose néanmoins qu’il soit
possible de tracer une ligne de séparation entre le marché national et le marché international, ce
qui pose problème dans un contexte de transnationalisation des circuits de l’argent, mais pas là
uniquement, tant s’en faut….

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