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Chap 1

La mécanique de la rupture étudie l'évolution des fissures sous chargement et leur propagation jusqu'à la rupture, en utilisant des approches linéaires et non linéaires selon le matériau et les conditions de chargement. Historiquement, la compréhension des mécanismes de rupture a évolué depuis les travaux de Léonard de Vinci jusqu'aux théories modernes de Griffith et Irwin, qui ont permis d'analyser les fissures dans divers matériaux, notamment les métaux. Les recherches récentes se concentrent sur les comportements viscoplastiques et l'application de concepts de mécanique de la rupture à de nouveaux matériaux composites.

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Chap 1

La mécanique de la rupture étudie l'évolution des fissures sous chargement et leur propagation jusqu'à la rupture, en utilisant des approches linéaires et non linéaires selon le matériau et les conditions de chargement. Historiquement, la compréhension des mécanismes de rupture a évolué depuis les travaux de Léonard de Vinci jusqu'aux théories modernes de Griffith et Irwin, qui ont permis d'analyser les fissures dans divers matériaux, notamment les métaux. Les recherches récentes se concentrent sur les comportements viscoplastiques et l'application de concepts de mécanique de la rupture à de nouveaux matériaux composites.

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Généralités sur la mécanique de la rupture

1
Introduction

La mécanique de la rupture a pour objet essentiel l’étude des fissures durant le chargement et de
prévoir leur évolution jusqu’à la rupture de la structure. En fonction du chargement et du matériau consi-
dérés, si le milieu est globalement plastique ou viscoplastique, l’étude est du ressort de la mécanique
non linéaire de la rupture, ou encore de l’approche locale, dans laquelle il est fait une description aussi
précise que possible de l’état de contrainte et de déformation en pointe de fissure à l’aide de modèles
de comportement non linéaire. Si au contraire la plasticité est absente ou reste confinée, les théories qui
permettent de traiter le problème considèrent le matériau comme élastique partout : c’est la mécanique
linéaire de la rupture (MLR), qui va être considérée dans cette partie. En effet la (MLR) considère les
matériaux parfaitement élastiques, homogènes et isotropes. Elle permet de caractériser le comportement
d’un matériau vis-à-vis d’une sollicitation, en présence d’une fissure [9]. D’autre part, elle est une étude
consistant à la définition des critères de rupture en déterminant les relations entre les paramètres du maté-
riau et les sollicitations extérieures nécessaires pour amorcer puis propager une fissure. Le rappel qui va
suivre résume deux approches permettant d’élaborer des critères de rupture, le premier de Griffith basé
sur une approche énergétique, et le second d’Irwin basé sur les contraintes présentes en front de fissure.

1
1.1. Aperçu historique sur la mécanique de la rupture 2

1.1 Aperçu historique sur la mécanique de la rupture

Eviter la rupture n’est pas en soi une idée nouvelle. Les concepteurs des structures de l’Egypte des
pharaons (pyramides) ou ceux de l’empire romain nous ont laissé des édifices que l’on peut encore
contempler ce qui prouve bien qu’ils avaient le souci d’éviter la ruine des structures. Les matériaux uti-
lisés avant la révolution industrielle étaient cependant limités pour l’essentiel au bois de construction,
à la pierre ou à la brique et au mortier. La brique et le mortier sont relativement fragiles lorsqu’on les
utilise en traction ; les structures anciennes qui ont résisté au temps, étaient chargées en compression (py-
ramides, ponts romains) et de façon générale toutes les structures de l’époque qui précède la révolution
industrielle étaient conçues pour des chargements en compression. Il a fallu attendre la révolution indus-
trielle au début du 19e siècle, avec l’utilisation de l’acier dont les propriétés mécaniques permettaient
de concevoir des structures pouvant résister à des charges de traction. La comparaison des anciens ponts
romains avec les ponts modernes de structure métallique montre bien que les premiers étaient chargés en
compression alors que les seconds le sont plutôt en traction. L’utilisation de nouveaux matériaux ductiles
(acier et autres alliages métalliques) pour des chargements en traction conduisit cependant à quelques
problèmes ; des ruptures se produisaient parfois pour des niveaux de charges bien inférieurs à la limite
d’élasticité ; on a dans un premier temps essayé d’éviter ces risques de ruptures en sur dimensionnant les
structures, mais la nécessité d’alléger de plus en plus les structures et de réduire les coûts conduisit au
développement des recherches sur la mécanique de la rupture.
Les premiers essais de rupture ont été menés par Léonard de Vinci bien avant la révolution industrielle,
qui a montré que la résistance à la traction de fils de fer variait inversement avec leur longueur. Ces
résultats suggéraient que les défauts contenus dans le matériau contrôlaient sa résistance ; plus le volume
est important (fil de fer long) plus la probabilité de présence de fissure par exemple est importante.
Cette interprétation qualitative fût précisée plus tard en 1920 par Griffith qui établit une relation directe
entre la taille du défaut et la contrainte de rupture. S’appuyant sur les travaux d’Inglis, Griffith appliqua
l’analyse des contraintes autour d’un trou elliptique à la propagation instable d’une fissure ; il formule
ainsi à partir du premier principe de la thermodynamique, une théorie de la rupture. Selon cette théorie,
un défaut devient instable et conduit à la rupture lorsque la variation d’énergie liée à une propagation
du défaut atteint l’énergie spécifique du matériau. Cette théorie prédit correctement la relation entre la
contrainte de rupture et la taille du défaut dans les matériaux fragiles. Dans les matériaux ductiles et
notamment les alliages métalliques, l’avancée d’un défaut s’accompagne d’une importante dissipation
d’énergie due à la plastification qui se développe à l’extrémité d’une fissure et la théorie de Griffith qui
ne considère que l’énergie de création de surface ne peut en rendre compte. Il a fallu attendre les travaux
d’Irwin en 1948 qui proposa une modification de la théorie de Griffith en incluant justement dans le
bilan énergétique, l’énergie due à la plastification, pour que l’approche de Griffith soit applicable aux
1.1. Aperçu historique sur la mécanique de la rupture 3

matériaux ductiles.
La mécanique de la rupture passa du stade de curiosité scientifique à celui d’une discipline scientifique
largement utilisée dans l’ingénierie de la construction, après ce qui arriva aux bateaux de la liberté lors
de la deuxième guerre mondiale. Le principe de conception de ces bateaux avec une coque entièrement
soudée constituait un grand succès jusqu’au jour où un de ces navires se fissura en deux parties entre
la Sibérie et l’Alaska dans une mer très froide. Une dizaine d’autres navires sur les 2700 en service,
subira ensuite le même sort. Les analyses des causes de rupture montraient que celles-ci étaient dues à la
combinaison de trois paramètres :
Les joints de soudures contenaient des fissures.
• La plupart de ces fissures qui conduisaient à la rupture, se développaient à partir de zones de forte
concentration de contrainte,
• L’acier de construction utilisé pour ces bateaux, qui convenait pour les assemblages par rivetage
où il n’y avait pas de risque qu’une fissure traverse toute la coque, avait une faible ténacité.
Dès l’instant où la cause des ruptures était clairement identifiée, des plaques en acier de meilleure téna-
cité furent rivetées près des zones de forte concentration des contraintes pour arrêter la propagation des
fissures. On développa ensuite des aciers de forte ténacité et on améliora le procédé de soudage ; c’est
dans ces années après-guerre qu’un groupe de chercheurs dirigé par Irwin étudia en détail le problème
de la rupture au laboratoire national de recherche de la marine américaine. Irwin considéra que les ou-
tils fondamentaux pour étudier la rupture existaient et proposa en 1948, une extension de l’approche de
Griffith aux matériaux ductiles en y incluant le terme de dissipation d’énergie due à l’écoulement plas-
tique près des extrémités d’une fissure. Il développa ensuite en 1956 le concept de taux de restitution
d’énergie à partir toujours de la théorie de Griffith mais sous une forme facilement exploitable par les
concepteurs de structures. En 1957, s’appuyant sur les travaux de Westergaard qui analysa les champs
de déplacements et de contraintes élastiques près de l’extrémité d’une fissure sous chargement donné,
Irwin montra que les déplacements et les contraintes au voisinage de l’extrémité d’une fissure peuvent
être décrits à l’aide d’un paramètre unique qui était relié au taux de restitution d’énergie ; ce paramètre
issu de la mécanique linéaire de la rupture, est le facteur d’intensité des contraintes (FIC).
Les nouveaux concepts de la mécanique de la rupture furent ensuite utilisés pour montrer que la plupart
des ruptures dans les fuselages d’avions étaient dues à des fissures de fatigue qui atteignaient une taille
critique. Ces fissures prenaient naissance près des hublots dans les coins qui constituent des zones de
forte concentration des contraintes. Les ruptures qui se produisaient dans les essieux d’engins roulants
ou encore dans les rotors des turbines à vapeur furent aussi expliquées grâce à l’application de ces nou-
veaux concepts. Le concept de FIC fut également utilisé par Paris pour décrire la propagation des fissures
de fatigue et progressivement les courbes de propagation des fissures de fatigue proposées par ces auteurs
1.2. Mécanismes et modèles de fissuration 4

remplacèrent les courbes d’endurance pour une meilleure prédiction des durées de vie des structures.
La période entre 1960 et 1980 vit une intensification des recherches sur la rupture avec deux écoles qui
s’affrontaient. D’une part les tenants de l’approche utilisant la mécanique linéaire de la rupture et ceux
qui s’intéressaient essentiellement à la plastification qui se développe à l’extrémité d’une fissure. La mé-
canique linéaire de la rupture cesse d’être valable lorsqu’une plastification importante précède la rupture.
Pour tenir compte de l’effet de cette plastification sur les champs de contraintes et de déplacements à
l’extrémité d’une fissure, plusieurs auteurs (Irwin, Dugdale et Barenblatt ) proposèrent ce qu’on appelle
une correction de zone plastique ; la taille de la fissure est alors augmentée de cette zone plastique pour
retrouver les champs de contraintes élastiques décrits par le FIC.
Wells, un des représentants de la deuxième école, proposa en 1961 le déplacement à fond de fissure - ou
CTOD « Crack Tip Opening Displacement » - comme paramètre alternatif à la mécanique linéaire de la
rupture ou plus précisément au concept de FIC, lorsque la plastification devient importante comme c’est
le cas dans les matériaux très ductiles. Plus tard, Hutchinson, Rice et Rosengren (HRR) développèrent
un nouveau paramètre appelé intégrale J pour mieux décrire la répartition des contraintes dans les zones
plastifiées (champ HRR). Begley et Landes caractérisèrent la ténacité à l’aide du paramètre J et dévelop-
pèrent une procédure standard pour l’utilisation de cette intégrale dans des cas pratiques.
Les récents développements de la mécanique de la rupture montrent que si les recherches Se sont cristal-
lisées sur l’effet de la plastification dans la période entre 1960 et 1980, on s’intéresse actuellement plus
aux comportements viscoplastique et/ou viscoélastique. Les premiers se rencontrent à température élevée
lorsque les phénomènes de fluage deviennent importants alors que les seconds caractérisent les matériaux
polymères de plus en plus utilisés dans l’industrie. L’apparition des nouveaux matériaux composites
nécessita également l’utilisation des concepts de la mécanique linéaire de la rupture pour décrire leur
comportement. Plus récemment encore, de nouvelles approches tentent de relier le comportement local à
l’échelle microscopique au comportement global lors de la rupture d’un matériau. Ces approches micro-
macro deviennent parfois nécessaires lorsqu’on atteint les limites d’utilisation des autres approches plus
classiques [10].
L’objet de mécanique de la rupture est l’étude des évolutions de cette surface (propagation de la fissure)
en fonction des chargements appliqués et des caractéristiques du matériau constituant.

1.2 Mécanismes et modèles de fissuration

Afin de prévoir la rupture des pièces mécaniques sollicitées en fatigue, beaucoup de laboratoire ont
tenté, au moins pour des raisons pratiques, d’établir des lois empiriques de fissuration, utilises au bureau
d’étude.
Si les mécanismes propres à la fatigue commencent à peine d’être connus, l’influence de certains
1.3. Modes de rupture 5

paramètres sur la vitesse de fissuration est généralement mieux définie. Nous pouvons les classer en
deux catégories :
- Les paramètres intrinsèques qui dépendent du matériau lui-même. Module de Young, limite d’élas-
ticité, propriétés cycliques et état métallurgique du matériau.
- Les paramètres extrinsèques qui dépend des conditions de l’essai, quel que soit le matériau étudié,
température, environnement, dimension de l’éprouvette, rapport de charge R, etc.

1.3 Modes de rupture

Une fissure est définie comme la surface séparant localement un solide en deux parties. Le champ
des déplacements est alors discontinu à travers cette surface et les trois composantes vectorielles de cette
discontinuité forment les trois modes de rupture (1.1) :

F IGURE 1.1 – Les trois Modes de rupture.

Mode I mode d’ouverture de la fissure, où les déplacements aux lèvres de la fissure sont perpendi-
culaires à la direction de propagation.

Mode II mode de cisaillement dans le plan, où les déplacements aux lèvres de la fissure sont paral-
lèles à la direction de propagation.

Mode III mode de cisaillement hors du plan, où les déplacements aux lèvres de la fissure sont pa-
rallèles au fond de la fissure.

1.4 Les types de fissuration

Le mécanisme de rupture par fissuration peut intervenir selon deux types de fissuration :

La fissuration brutale : pour les solides, ou pour les matériaux à très haute résistance, les contraintes
de travail sont très élevées, une énergie potentielle considérable est ainsi créée ; La présence de
petites fissures peut alors conduire à une rupture brutale qui souvent ne s’accompagne pas de
déformations plastiques macroscopiques par suite de la très faible ductilité.
1.4. Les types de fissuration 6

La fissuration successive : il s’agit ici, d’une succession de mécanismes (fragile ductile) qui, sous
contraintes répétées, entraîne la fissuration successive, appelée la rupture par fatigue. Les facteurs
qui influencent le comportement à la rupture par fissuration des matériaux sont de deux natures :
métallurgique et mécanique. Les facteurs mécaniques concernent l’état de déplacements, défor-
mations et contraintes, ainsi que les conditions d’environnement tel que la température ou le taux
d’humidité relative [1].

Formation des fissures Lorsqu’un indenteur Vickers est appliqué à la surface d’un matériau céramique
avec une charge suffisamment élevée (selon le matériau), il se crée des fissures. Des observations au
cours de l’indentation de matériau transparent ont montré que la configuration finale de ces fissures
est achevée lorsque l’indenteur est déchargé. Cela montre que la force motrice de fissuration lors de
l’indentation est due aux contraintes résiduelles créées par la zone de déformation plastique formée
autour de l’empreinte d’indentation. L’initiation et le développement des fissures sur du verre sont décrits
par [Link] et [Link] [2] à travers les séquences suivantes (figure 1.2) :

F IGURE 1.2 – Schématisation de la séquence de formation de fissures sous l’action d’un indenteur Vi-
ckers.

(1) Empreinte du diamant Vickers ; (2) fissure médiane ; (3) fissure half-penny ; (4) fissure radiale
primaire, (5) fissure radiale secondaire ; (6) fissure latérale (b) [1].

1. En début du chargement, l’indenteur produit autour du point de contact une zone de déformation
qui augmente avec la charge. C’est l’empreinte du diamant vickers. La pression moyenne P0 sur
l’élément de surface reste constante.

2. Au cours du chargement, une fissure dite fissure médiane se produit sous la zone de déformation
et croît jusqu’à former un cercle à mesure que la charge augmente mais n’apparaît pas à la surface
de l’éprouvette [3]. Elle s’initie aux défauts se trouvant à la

3. Limite de la zone de déformation et se développe sous l’effet du champ de contraintes résultant


du chargement élastique de l’indenteur sur la surface de l’éprouvette.
1.4. Les types de fissuration 7

4. Lors du déchargement, la fissure médiane grandit, s’étale vers l’extérieur et apparaît en surface.
Elle prend ainsi un autre profil et peut devenir soit une fissure dite du type half-penny au déchar-
gement complet, soit :

5. Une fissure du type radial dite fissure radiale (ou fissure du type Palmqvist). Elle prend naissance
aux défauts qui se trouvent près de la surface à la limite de la zone de déformation. Elle évolue de
part et d’autre de celle-ci jusqu’à apparaître en surface, sous l’action des contraintes résiduelles,
au déchargement complet. Si la fissure radiale se trouve dans le plan des diagonales de l’em-
preinte du diamant, elle est dite fissure radiale primaire sinon c’est une fissure radiale secondaire.
Les fissures radiales forment en principe un couple de fissures perpendiculaires.

6. Aux charges d’indentation élevées, une fissure latérale se forme au déchargement, sous la zone
de déformation et se développe presque parallèlement à la surface [3]. Elle est responsable du
phénomène d’écaillage. D’une façon générale l’amorçage des fissures a lieu aux endroits de
fortes concentrations de contraintes, c’est-à-dire aux arêtes du diamant Vickers et semble avoir
deux aspects : les conditions de propagation d’un défaut préexistant pendant le chargement [4],
d’une part, et l’existence d’un seuil de charge pour l’apparition d’un type de fissures [5], d’autre
part. Lorsqu’un indenteur Vickers est appliqué à la surface d’un matériau céramique avec une
charge suffisamment élevée (selon le matériau), il se crée un système de trois types de fissures
(figure I.3)
a Fissure médiane : elle s’étend en profondeur pendant le chargement sous l’action d’un
champ élastique ;
b Fissure radiale : elle s’étend en surface à partir des angles de l’indenteur et se développe
sous l’action des contraintes résiduelles ;
c Fissure latérale : elle provient également de l’action des contraintes résiduelles. Ces fis-
sures se développent presque parallèlement à la surface et sont responsables de l’écaillage de
l’échantillon.

F IGURE 1.3 – Les différents types des fissures [6].


1.4. Les types de fissuration 8

1.4.1 Mécanique de la rupture

Dans un matériau homogène soumis à une contrainte uni-axiale, l’effort se transmet d’un atome à
l’autre en suivant des lignes de force qui sont parallèles (Fig.I.4). Dans un matériau qui possède une
entaille, les lignes de force doivent contourner cette entaille, ce qui conduit à une concentration de ces
lignes au voisinage de la pointe de l’entaille, donc une concentration de la contrainte dans cette région,
appelée tête ou pointe de fissure.
La mécanique de la rupture étudie l’interaction entre la discontinuité géométrique (fissure) et le milieu
continu avoisinant, ainsi que l’évolution de cette discontinuité. D’un point de vue mécanique, on peut
distinguer schématiquement, dans un milieu fissuré, trois zones successives.

F IGURE 1.4 – (a) Propagation d’une fissure , (b) Lignes de force et concentration de contraintes [3].

1.4.2 Zone plastique au niveau de la pointe de la fissure

F IGURE 1.5 – Zone délimitant le voisinage d’une pointe de fissure.


1.4. Les types de fissuration 9

La zone d’élaboration 1 Elle se trouve à la pointe de fissure et dans le sillage laissé par la fissure
au cours de sa propagation. L’étude de cette zone est très complexe à cause des contraintes importantes
qui ont fortement endommagé le matériau. Elle est discontinue au sens de la mécanique des solides. La
théorie classique de la mécanique de la rupture réduit cette zone à un point pour les problèmes plans et à
une courbe pour les problèmes tridimensionnels.

La zone singulière 2 dans laquelle les champs de déplacements, déformations et contraintes sont
continus et possèdent une formulation indépendante de la géométrie lointaine de la structure. On dé-
montre que dans cette zone, les composantes de champ de contraintes sont infinies au voisinage du front

de fissure (r → 0).Plus exactement, la singularité est en (1/ r) en milieu élastique linéaire. Le matériau
ayant une limite élastique, il existe un rayon rp autour de la pointe de fissure qui détermine la forme
de la zone plastique. En fonction de la valeur de rp, on dira que la rupture est fragile pour rp petit et
qu’elle est ductile pour rp grand. Cette distinction sur La base du paramètre rp est très importante car elle
conditionne la validité de la théorie utilisée :
-.La Mécanique Linéaire de la Rupture pour les ruptures fragiles.
-.La Mécanique Non Linéaire de la Rupture dans le cas de zone plastique non négligeable.

La zone 3 extérieure comprenant les champs lointains se raccordant d’une part, à la zone singulière,
et d’autre part aux conditions aux limites en charges et en déplacements. Dans cette zone, les champs
de déplacements, déformations et contraintes varient peu et peuvent être approximés par des polynômes
communément utilisés dans la méthode des éléments finis.
Diverses méthodes d’analyse permettent d’étudier les champs de déplacements, déformations et contraintes
au voisinage d’une fissure. On regroupe l’ensemble de ces méthodes sous deux types d’approches :

 Approches directes : qui sont fondées sur l’utilisation des fonctions d’Airy ; ces approches ré-
solvent des problèmes plans et font appel à la recherche de fonctions analytiques. En particulier
dans notre étude, nous avons utilisé l’expansion de Williams qui est basée sur ce type d’ap-
proches.
 Approches énergétiques qui sont basées sur l’analyse énergétique du milieu continu contenant
une fissure, il s’agit d’un bilan énergétique global intégrant le taux de restitution d’énergie dû à
un accroissement virtuel de la fissure.

1.4.3 Utilisation de la mécanique de la rupture en conception

Le schéma figure 1.6 a comparé l’approche classique pour le dimensionnement des structures ba-
sée sur la limite d’élasticité du matériau σE à l’approche utilisant le concept de ténacité KC issu de la
1.4. Les types de fissuration 10

mécanique linéaire de la rupture (MLR). Dans le premier cas, on dimensionne les structures pour que
les contraintes appliquées σ restent inférieures à la limite d’élasticité (σ < σE ) On utilise en général un
coefficient de sécurité pour prévenir tout risque de rupture fragile (σ < γσE avec γ < 1) Cette approche
est à deux variables σ et σE elle fait abstraction de l’existence d’éventuels défauts sous forme de micro-
fissures par exemple.
L’approche basée sur la mécanique linéaire de la rupture est à trois variables : la contrainte appliquée,
la ténacité KC qui remplace la limite d’élasticité et une variable additionnelle qui est la taille du défaut.
Il y a cependant deux approches alternatives de la mécanique de la rupture : l’une utilisant le concept
d’intensité des contraintes critique (ténacité du matériau) et l’autre un critère d’énergie. Ces deux ap-
proches sont équivalentes dans certaines conditions. On va les présenter brièvement avant de préciser les
hypothèses qui les sous-tendent et de rentrer dans les détails des calculs qu’elles mettent en œuvre.

F IGURE 1.6 – Comparaison de l’approche classique (a) et de l’approche utilisant la MLR (b).

[Link] Critères de rupture

Deux critères de rupture ont été proposés traitant le problème de la propagation brutale ou instable
d’une fissure. Le premier est fondé sur l’équilibre thermodynamique d’un corps (critère énergétique) et
le second sur l’étude du champ de contrainte au voisinage du front de fissure (critère mécanique).

[Link] Critère énergétique (Analyse de Griffith)

C’est à Griffith [9] que l’on doit en 1920 l’approche énergétique de la mécanique de la rupture.
En se basant sur des considérations thermodynamiques, il a mis en évidence le fait que la rupture est
un phénomène consommateur d’énergie, car pour augmenter la surface d’une fissure dans un matériau il
faut fournir un certain travail. Soit une plaque infinie d’épaisseur unité et supposée parfaitement élastique
contenant une microfissure de longueur 2a que l’on peut approximer à une ellipse soumis à des forces
extérieures (contraintes de tension σ perpendiculaire à l’axe de la fissure (figure 1.7).
1.4. Les types de fissuration 11

F IGURE 1.7 – Microfissure elliptique sollicitée en tension uni axiale, dans une plaque infinie [1].

L ?énergie libre potentielle totale Utotal du système s’écrit :

Utotal = Ue +W (1.1)

Ue : Energie élastique stockée dans le matériau.


W : Travail effectué par les forces extérieures.
Un accroissement da de la fissure (figure 1.2), libère une énergie GI telle que :


(W −Ue ) = GI (1.2)
∂a

GI représente l’énergie élastique libérée par unité de surface de progression de fissure en mode I, ou le
taux de restitution de l’énergie du système appelée également force d’extension de la fissure.
Griffith a suggère que la fissure se propage lorsque GI atteint une valeur critique GIC caractéristique du
matériau et a énoncé le critère énergétique gouvernant la rupture par la condition suivante :

GI ≥ GIC (1.3)

GIC qui représente l’énergie de rupture du matériau est égale à l’énergie superficielle correspondant à la
création de deux surfaces libres :
GIC = 2γs (1.4)

[Link] Critère de contraintes (Analyse d’Irwin)

A l’approche globale de Griffith, Irwin a substitué une approche locale basée sur la détermination
du champ de contraintes existant autour d’une fissure [10], en tenant compte de la zone plastique créée
par accroissement virtuel de celle-ci. A partir d’une analyse théorique du : champ de contraintes au
voisinage du front de fissure (figure I-8), Irwin a donné l’expression de ce champ en introduisant un
1.4. Les types de fissuration 12

nouveau paramètre qui est le coefficient d’intensité de contraintes noté K.

F IGURE 1.8 – Schématisation des contraintes appliquées à un élément volumique au voisinage du front
de fissure [11].

En mode I, l’expression généralisée de ce facteur noté KI s’écrit sous la forme :


KI = Y.σ ap. aπ (1.5)

KI dépend uniquement de la contrainte appliquée σ ap, de la taille de fissure a et de la géométrie de


l’éprouvette Y . Les expressions du champ de contraintes et du déplacement au voisinage du fond de
fissure s’expriment donc d’une manière générale d’après Irwin sous les formes

KI
σi j = √ fi j (θ ) i; j = x; y (1.6)
2πr
r
2r
Ui = KI gi (θ ) (1.7)
π

Où r et θ étant les coordonnées polaires du point considéré (figure 1.8) par rapport au front de fissure.
Par conséquent, il conclut qu’en un point de coordonnées polaires r et θ , pour le problème plan d’une
fissure soumise à une contrainte de traction (mode I, figure I-1, les mêmes raisonnements sont valables
pour les autres modes), les premiers termes des contraintes au voisinage de la fissure sont données par
les expressions suivantes :  
K1 θ θ 3θ
σxx = √ cos 1 − sin sin (1.8)
2πr 2 2 2
 
K1 θ θ 3θ
σyy = √ cos 1 + sin sin (1.9)
2πr 2 2 2
K1 θ θ 3θ
σxy = √ cos sin sin (1.10)
2πr 2 2 2
1.5. Endommagement et Rupture 13

Les expressions des déplacements sont :


r   
KI r θ 2θ
Ux = cos χ − 1 + 2 sin (1.11)
2G 2π 2 2
r   
KI r θ 2θ
Uy = cos χ + 1 − 2 sin (1.12)
2G 2π 2 2
E
G= Module de cisaillement du matériau
2(1 + ν)

Avec E module d’Young du matériau, ν coefficient de poisson du matériau. Irwin suggère que la fissure
devient instable et se propage lorsque KI atteint la valeur critique KIC paramètre appelé ténacité qui
traduit son aptitude à s’opposer à la propagation brutale d’une fissure en mode I.


KIC = Y.σc ac π (1.13)

ac : Taille critique de la fissure.


σc : contrainte critique à la rupture.
Il énonça ainsi le critère de rupture par la relation :

K > KIC (1.14)

[Link] Relation entre KIC et GIC

Les deux critères de rupture ne sont pas indépendants. Irwin à associé le coefficient d ?intensité de
contrainte critique KIC à une énergie superficielle GIC absorbée lors de la propagation d ?une fissure par
la relation
2
KIC
GIC = En état de contraintes planes (1.15)
E
2 (1 − ν 2 )
KIC
GIC = en état de déformations planes (1.16)
E

1.5 Endommagement et Rupture


1.5.1 Modes de Chargement

On distingue plusieurs modes de chargement des structures :

-a chargement monotone,

-b chargement cyclique,

-c chargement constant,

-d Chargements complexes.
1.5. Endommagement et Rupture 14

Chaque mode de chargement correspond à un mode de ruine particulier.

a Chargement monotone : Dans ce cas le chargement croit de fac¸ on continue. Le chargement peut
consister en un déplacement imposé ou une charge imposée Dans le cas linéaire (élasticité) les
deux cas sont similaires. Dans le cas d’un comportement plastique, il existe une charge limite
que la structure ne peut pas dépasser. Dans le cas d’un chargement en force, il y a rupture brutale
par instabilité plastique (figure 1.9). Il peut s’agir, par exemple, du cas d’un réservoir dont on
augmente la pression.

F IGURE 1.9 – Charge limite et mode de pilotage du chargement.

b Chargement cyclique : La charge ou le déplacement varient de fac¸ on cyclique au cours du


[Link] rupture est différée ; elle n’interviendra qu’au bout d’un nombre de cycles dépendant
de la sévérité é du chargement (figure 2). On parle de fatigue. Des nombreuses structures sont
sollicitées en fatigue : moteurs, pneus, ailes d’avions, hélices de bateau etc.

F IGURE 1.10 – Chargement cyclique [21].

c Chargement constant : Dans ce cas une charge constante est appliquée sur une structure généra-
lement´ a‘ haute température (c’est a‘ dire pour T /T f > 0.5). Dans ce cas la structure flue. On
se trouve également dans un cas de rupture différée.

d Chargements complexes : Dans certains cas, le chargement peut être plus complexe que dans les
cas précédents. Une structure a‘ haute température peut voir son niveau de charge varier au cours
du temps. On parle alors d’interaction fatigue-fluage. Une structure en fatigue dans laquelle se
propage lentement une fissure peut subir une surcharge qui entraine la rupture en charge limite.
1.5. Endommagement et Rupture 15

1.5.2 Classes de materiaux vis-a-vis‘ de la rupture

Pour un essai sous chargement monotone d’une éprouvette de traction simple, on peut distinguer
différents types de mode de rupture :

• Rupture élastique-fragile : Le comportement global est linéaire élastique et la rupture intervient


de fac¸ on brutale (i.e. sans signes précurseurs). Les déformations a rupture sont généralement
faibles (< 1%). Les matériaux ayant ce type de comportement sont les céramiques massives, les
verres.

• Rupture quasi-fragile : Le comportement global est non linéaire, des décharges partielles in-
diquent une forte perte de rigidité qui indique une micro-fissuration du matériau ; cette micro-
fissuration est la cause essentielle de la non-linéarité globale ; Les matériaux´ ayant ce type de
comportement sont :
Les composites en particulier les composites céramique-céramique.
Les bétons On observe ce comportement en compression. En traction les bétons ont générale-
ment une rupture élastique-fragile. Les nouveaux bétons renforces ont également une rupture
quasi-fragile en traction.

• Rupture plastique-fragile : Le matériau plastifie mais rompt brutalement pour des déformations
relativement faibles. C’est le cas des métaux de type cubique centre ou hexagonal lorsque la
température est suffisamment faible.

• Rupture ductile : Le matériau plastifie et rompt progressivement. Une fissure stable peut s’amor-
cer au sein de la matière. L’endommagement peut-être diffus et relativement important. Les mé-
taux cubiques à faces centrées ont ce comportement. Les métaux de type cubique centre´ sont
ductiles pour une température suffisamment élevée.

F IGURE 1.11 – Classes de matériaux vis-à-vis de la rupture en sollicitation monotone [12].


1.6. Conclusion 16

1.6 Conclusion

Le comportement à la rupture d’une structure fissurée peut être décrit soit par l’approche globale
basée sur un bilan énergétique soit par l’approche locale basée sur le champ de contraintes en pointe
de fissure. Dans l’hypothèse du comportement élastique linéaire, les différentes expressions du taux de
restitution d’énergie permettent, d’une part, d’avoir des relations avec le facteur d’intensités de contrainte
et d’autre part, une caractérisation expérimentale simple. Si ces deux paramètres (K et G) sont essentiels
pour la mécanique de la rupture, elles ne restent valables que pour un comportement élastique linéaire.
Cependant, la prise en compte du comportement réel des structures est nécessaire pour définir d’autres
paramètres de rupture tenant compte de l’effet de la plasticité.

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