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GOIDRIA NOUR
Université Tunis EL Manar
Faculté de Droit et des Sciences
politiques de Tunis
Droit de l'arbitrage
M1 Droit privé
Rédigé par : Nour Goidria
Cours de : Professeur Najet Brahmi Zouaoui
Année universitaire
2025 – 2026
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GOIDRIA NOUR
Introduction
L'arbitrage se présente aujourd'hui comme une justice alternative à la justice
étatique. C'est une justice qui repose sur la volonté des parties. En vue de
mieux définir l'arbitrage et de relever ses principaux intérêts, il y a lieu de
procéder à une introduction.
I- Définition de l'arbitrage
Afin de bien définir l'arbitrage, il y a lieu de rappeler l'historique de son
apparition.
Historiquement, l'arbitrage a émergé en Europe dans la deuxième moitié du
XXe siècle. L'arbitrage devait alors répondre aux besoins de la société
marchande qui voulait éviter les inconvénients de la justice étatique. Les
marchands et les commerçants de l'époque voulaient particulièrement se
doter d'un cadre juridique spécial qui leur permettait de contourner les
inconvénients de la justice étatique, notamment la lenteur et le caractère
public.
Le législateur international n'a pas hésité à donner une suite favorable à la
demande de la société marchande. Plusieurs conventions internationales ont
alors vu le jour. Le protocole de Genève relatif à l'arbitrage international
(1927) a retenu, pour la première fois, en Suisse, l'arbitrage comme solution
de résolution des litiges en matière commerciale.
Par la suite, plusieurs autres conventions se sont succédé. On peut citer
notamment la convention de Washington relative à l'arbitrage entre États et
investisseurs d'autres États. La Tunisie a été le premier pays arabe à ratifier
la convention de Washington de 1965.
On retient également la Convention de New York de 1958 relative à la
reconnaissance et à l’exécution des sentences arbitrales.
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En conclusion, le législateur international était convaincu des avantages de
l’arbitrage, notamment en matière de promotion du commerce international.
Le législateur national n’a pas tardé à suivre ce mouvement de réception de
l’arbitrage. S’agissant du législateur tunisien, il y a lieu de rappeler qu’il a
mis en place un cadre légal relatif à l’arbitrage de manière progressive.
La première étape remonte à 1968, date de la promulgation du Code de
procédure civile et commerciale (CPCC). La deuxième étape remonte à
1993, date de la promulgation du Code de l’arbitrage.
Dans le CPCC, le législateur a prévu quelques règles définissant l’arbitrage
ainsi que ses modalités de mise en œuvre, notamment aux articles 264 à 282
du CPCC.
La doctrine tunisienne, qui a eu à commenter ces dispositions, a estimé que
ces règles étaient très limitées pour permettre une bonne promotion de
l’arbitrage. Elle a ainsi appelé à la mise en place d’un cadre autonome de
l’arbitrage.
Il a fallu attendre les années 80-90 pour voir le législateur tunisien
promulguer le Code de l’arbitrage en vertu de la loi n° 93-42 du 26 avril
1993.
Les législateurs étrangers ont également suivi ce mouvement. On retient
particulièrement l’intervention du législateur tunisien en 1983.
Le Code de l’arbitrage a défini l’arbitrage dans son article premier
« L'arbitrage est un procédé privé de règlement de certaines catégories de
contestations par un tribunal arbitral auquel les parties confient la mission de
les juger en vertu d'une convention d'arbitrage. »
Il découle de cette définition que l’arbitrage constitue une justice privée (a),
reposant sur la convention des parties ( b ) et donnant lieu à un contentieux
procédural. ( c )
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A- Justice privée
La justice privée s’oppose à la justice étatique en ce sens qu’elle s’exerce en
dehors des palais de justice, par des juges privés qui rendent une sentence
arbitrale et non un jugement.
- Si la justice étatique est rendue dans les palais de justice, la justice privée
de l’arbitrage se déroule au siège de l’arbitrage choisi par les parties, lequel
n’a aucun lien avec les lieux publics.
- Le siège de l’arbitrage est défini par la convention des parties et n’obéit
pas aux règles de compétence territoriale et d’attribution telles que prévues
par le Code de procédure civile et commerciale.
- Le siège de l’arbitrage sert à permettre la résolution du litige par des juges
arbitres, qui sont des juges privés.
B - la justice étatique
Dans la justice étatique, les juges sont officiellement diplômés à l’École
supérieure de la magistrature, travaillent sous la tutelle du ministère de la
Justice et sont tenus d’appliquer les règles de droit en vigueur, les arbitres
interviennent dans un cadre différent.
En matière d’arbitrage, les arbitres sont désignés par les parties pour trancher
le litige. Un contrat de mandat naît dès lors qu’une partie propose la
nomination d’un arbitre et que celui-ci accepte cette mission.
Une fois sa mission acceptée, l’arbitre entame la procédure de règlement du
litige, laquelle aboutit au prononcé d’une sentence arbitrale.
C- la sentence arbitrale
Contrairement aux jugements étatiques, qui s’imposent en principe dès leur
prononcé, la sentence arbitrale ne peut être exécutée qu’après avoir obtenu
l’exequatur.
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Celui-ci est accordé ou non par la cour d’appel de Tunis, après vérification
des conditions de l’exequatur au sens de l’article 78 du Code de l’arbitrage.
Généralement, la cour d’appel vérifie la conformité de la sentence arbitrale à
l’ordre public international, la régularité de son prononcé ainsi que le respect
de la procédure arbitrale, laquelle commence nécessairement par une
convention d’arbitrage.
D- La nature conventionnelle de l’arbitrage
Le recours à l’arbitrage exige obligatoirement l’existence d’une convention
d’arbitrage. Cela signifie que les deux parties au contrat doivent s’accorder
préalablement sur le recours à l’arbitrage.
La convention d’arbitrage peut prendre l’une de deux formes : soit une
clause compromissoire, soit un compromis.
La clause compromissoire désigne la convention par laquelle les parties à un
contrat, notamment en matière commerciale interne, conviennent à l’avance
que, en cas de litige, elles auront recours à l’arbitrage. Elle se définit comme
une clause intégrée au contrat de base, en vertu de laquelle les parties
s’engagent à recourir à l’arbitrage en cas de survenance d’un litige.
Il arrive cependant que les parties ne prévoient pas de clause compromissoire
dans leur contrat de base et qu’un litige survienne postérieurement à sa
conclusion. Dans cette hypothèse, les parties peuvent conclure un
compromis, par lequel elles décident de recourir à l’arbitrage pour trancher
un litige déterminé.
Lorsque le litige est né, la convention d’arbitrage est mise en œuvre :
chacune des parties désigne un arbitre. Les deux arbitres ainsi nommés
désignent à leur tour un président, ce qui permet la constitution du tribunal
arbitral.
Une fois constitué, le tribunal arbitral assure sa mission consistant à trancher
le litige.
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Dès le commencement de sa mission, le tribunal arbitral statue
conformément aux règles de procédure et en appliquant la loi choisie par les
parties, afin de rendre une sentence arbitrale.
À titre d’observation, il convient de préciser que tant la procédure arbitrale
que le droit applicable sont déterminés par les parties, en vertu du principe de
l’autonomie de la volonté.
La liberté des parties constitue un principe fondamental de l’arbitrage, ce qui
explique l’intérêt particulier qu’il revêt aujourd’hui.
II- Les principaux intérêts de l’arbitrage
L’arbitrage présente deux avantages principaux par rapport à la justice
étatique : d’une part, sa rapidité, et d’autre part, son caractère confidentiel.
A- La célérité de l’arbitrage
Le diagnostic actuel de la justice commerciale révèle une lenteur de plus en
plus marquée des procédures étatiques. Le contentieux commercial connaît
des délais particulièrement regrettables : pour obtenir un jugement rendu en
dernier ressort, le commerçant peut être amené à attendre entre quatre et six
ans de procédure.
Lorsque s’ouvre une procédure collective, les délais se trouvent encore
allongés, le contentieux pouvant alors dépasser dix ans.
L’arbitrage se présente, dans ce contexte, comme une alternative à la justice
étatique, dans la mesure où le législateur a prévu des délais stricts pour le
règlement du litige arbitral.
En principe, une affaire arbitrale doit être tranchée dans un délai de six mois
(article 24 du Code de l’arbitrage). À titre exceptionnel, ce délai peut être
prorogé une première fois de six mois, puis, exceptionnellement, d’une
seconde période de six mois.
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Le tribunal arbitral est tenu de motiver toute décision de prorogation. À
défaut de motivation, la sentence arbitrale peut être considérée comme
rendue en dehors des délais légaux et encourir l’annulation.
B- La confidentialité de l’arbitrage
Au contraire de la justice étatique, qui rend ses jugements publiquement, la
justice arbitrale constitue une justice confidentielle. Les arbitres doivent
observer strictement l’impératif de confidentialité et ne doivent en aucun cas
divulguer des informations relatives au dossier. La violation de cette
obligation peut entraîner l’annulation de la sentence arbitrale.
La règle de confidentialité répond au souci majeur du législateur de
promouvoir l’arbitrage. En effet, le recours à l’arbitrage est généralement
privilégié par les commerçants, qui attachent une grande importance à leur
réputation commerciale. Si un commerçant était exposé publiquement à un
litige devant la justice étatique, il risquerait de perdre sa clientèle. C’est
pourquoi les commerçants choisissent le plus souvent l’arbitrage plutôt que
la justice publique.
À l’échelle internationale, l’arbitrage n’est plus considéré simplement
comme une alternative à la justice étatique, mais comme une justice naturelle
dans le domaine du commerce international.
Pour tous ces avantages, l’arbitrage revêt une grande importance. Cette
importance se manifeste tout au long du processus arbitral, depuis la
convention d’arbitrage (Partie 1) jusqu’à la procédure (Partie 2). et la
sentence arbitrale (Partie 3).
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1 ère Partie : LA convention de l’arbitrage
Comme son homologue français, le législateur tunisien a prévu un dispositif
légal régissant la convention d’arbitrage. Les articles 2, 3, 4 et 6 du Code de
l’arbitrage prévoient à la fois la notion de convention d’arbitrage, sa validité
et sa preuve. Il convient donc de s’attarder successivement sur :
Section 1 : La notion de la convention d’arbitrage
Section 2 : La validité de la convention
Section 3 : La preuve de la convention
Section 1 : la notion de la convention d’arbitrage
L’article 2 du Code de l’arbitrage définit la convention d’arbitrage
(paragraphe 1), Les articles 3 et 4 en précisent les formes (paragraphe 2).
Paragraphe 1 : la convention d’arbitrage
Contrairement à la justice étatique, qui statue conformément aux règles de
procédure prévues par le CPCC, l’arbitrage est un mode privé de règlement
des litiges qui ne peut opérer sans la convention des parties.
La convention d’arbitrage est expressément définie par l’article 2 du Code de
l’arbitrage. Selon cet article, « la convention d’arbitrage constitue
l’engagement des parties de régler par l’arbitrage toute ou certaines
contestations nées ou pouvant naître entre elles concernant un rapport de
droit déterminé, qu’il soit contractuel ou relatif à un autre type de droit.
La convention d’arbitrage peut revêtir l’une des deux formes suivantes :
clause compromissoire ou compromis. »
Il ressort de cette définition que le recours à l’arbitrage n’est possible que
sous certaines conditions. En effet, pour recourir à l’arbitrage, il est
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nécessaire que les deux parties s’engagent à régler, par cette procédure, toute
ou certaines contestations pouvant naître entre elles.
L’engagement des parties à recourir à l’arbitrage traduit essentiellement le
caractère contractuel de la convention d’arbitrage. À ce titre, il convient de
souligner que la nature contractuelle de cet engagement impose une
expression claire de la volonté des parties de recourir à l’arbitrage.
Cette volonté doit être conjointe. Si l’une des parties refuse le recours à
l’arbitrage tandis que l’autre y consent, la convention d’arbitrage ne pourra
pas être considérée comme établie.
Comment établir une convention d’arbitrage ? Voir section 3.
L’article 2 du Code de l’arbitrage prévoit deux formes possibles pour cette
convention (paragraphe 2) :
Paragraphe 2 : Les formes de la convention de l’arbitrage
La convention de l'arbitrage peut prendre deux formes différentes :
- Une Clause compromissoire
- Un Compromis
A- La Clause compromissoire
Selon l’article 3 du Code de l’arbitrage, la clause compromissoire correspond
à l’engagement des parties, dans le cadre d’un contrat, de soumettre à
l’arbitrage les contestations éventuelles qui pourraient naître entre elles.
Cette clause implique que le recours à l’arbitrage est obligatoire, bien que la
survenance d’un litige ne soit pas certaine. En effet, la clause
compromissoire porte sur des contestations potentielles : celles-ci peuvent
survenir ultérieurement, ou ne jamais survenir.
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Si le litige survient, le recours à l’arbitrage s’applique immédiatement. En
revanche, si le contrat s’exécute sans différend, aucun arbitrage n’est
nécessaire.
Dans la pratique, la clause compromissoire est le mécanisme le plus
couramment utilisé, car les parties préfèrent prévoir à l’avance le recours à
l’arbitrage.
En cas d’absence de clause compromissoire et de survenance d’un litige, les
parties doivent rédiger un compromis si elles souhaitent recourir à
l’arbitrage.
B- Le compromis
Contrairement à la clause compromissoire, qui est incluse dans le contrat
cadre, le compromis est une convention conclue après la survenance d’un
litige réel et déterminé, et non hypothétique.
Le compromis doit, à peine de nullité, préciser l’objet du litige ainsi que les
noms des arbitres de manière claire et précise, afin qu’il ne subsiste aucun
doute sur leur identité (article 17 du Code de l’arbitrage).
Paradoxalement, l’article 17 étend cette obligation de précision à toutes les
formes d’arbitrage, qu’il s’agisse d’une clause compromissoire ou d’un
compromis.
Ce qui implique que, selon l’article 17, tant les clauses compromissoires que
les compromis doivent obligatoirement contenir l’objet du litige et le nom
des arbitres.
En réalité, il est impossible pour une clause compromissoire de prévoir
l’objet précis du litige et les noms des arbitres, puisque le litige n’est pas
encore né au moment de la rédaction de la clause.
La pratique judiciaire a tenté de clarifier cette disposition, et les juges
tunisiens ont limité le champ d’application de l’article 17 aux seuls
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compromis, ce qui constitue, notre sens, une interprétation correcte de
l’article.
En conclusion, l’article 17 doit se limiter aux compromis et non à toutes les
conventions d’arbitrage.
Contrairement aux compromis, la clause compromissoire bénéficie d’un
régime juridique particulier en matière de validité (section 2)
Section 2 : la validité de la convention d’arbitrage.
Dans la théorie générale du droit des contrats, la validité d’un contrat dépend
de la vérification de ses conditions essentielles : le consentement, la capacité,
l’objet et la cause.
Pour la convention d’arbitrage, il convient de distinguer deux régimes
juridiques
La validité du compromis d’une part ( A) et la validité de la clause
compromissoire d’autre part (B)
A. La validité du compromis
En ce qui concerne le compromis, son régime de validité est identique à celui
des contrats en général. Le compromis est donc valable lorsque ses
conditions essentielles sont réunies, à savoir : la capacité des parties et leur
consentement libre et éclairé.
Donc, il n'y a aucune dérogation par rapport au droit commun. Il en va,
contrairement, autrement pour la clause compromissoire, qui va avoir un
régime juridique particulier, aussi bien au niveau de la législation qu'au
niveau de la jurisprudence.
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a- la spécificité de la validité de la clause compromissoire à l'égard de la
loi
Dans le droit commun, l'obligation est de contrat. L'origine des clauses
contractuelles suit nécessairement l'origine des contrats en général. Cela veut
dire que la nullité du contrat va obligatoirement impacter la validité de la
clause contractuelle. Lorsque le contrat est nul, toutes les clauses vont être
réputées nulles.
Contrairement à la théorie générale du contrat, le législateur prévoit un
régime spécifique des clauses compromissoires par rapport au contrat de
base. Ce régime est prévu par l'article 61 du Code d'arbitrage « Le tribunal
arbitral statue propre compétence et sur toute opposition relative à l'existence
ou à la validité de la convention d'arbitrage. A cette fin, la clause
compromissoire, insérée dans le contrat, est considérée comme une
convention distincte de ses autres clauses. La constatation de nullité du
contrat par le tribunal n'entraîne pas de plein droit la nullité de la clause
compromissoire. »
L’article 61 du code se situe dans le cadre du livre 3 du code relatif à
l’arbitrage international. Il est à signaler que la jurisprudence tunisienne a
étendu le domaine de l’article 61 à l’arbitrage interne également, ce qui
justifie l’importance accordée par le législateur à l’arbitrage.
Se pose alors la question de savoir pourquoi cet intérêt est porté à la
promotion de l’arbitrage.
L’intérêt porté à la promotion de l’arbitrage s’explique, en fait, par le rapport
entre l’arbitrage, d’une part, et l’attraction des investisseurs, d’autre part.
En effet, avant de venir investir dans notre pays, l’investisseur va faire une
investigation, et surtout en matière juridique. Si le pays d’accueil met en
place un cadre légal de l’arbitrage, cela encourage l’investisseur à investir
dans ce pays.
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En revanche, si le pays d’accueil ne dispose pas d’un cadre juridique
approprié pour l’arbitrage, l’investisseur va changer de destination.
L’article 61, prévu comme étant un catalyseur d’attraction, prévoit deux
règles fondamentales :
1- La clause compromissoire insérée dans le contrat est considérée comme
une convention distincte des autres clauses.
2- La constatation de la nullité du contrat par le tribunal n’entraîne pas de
plein droit la nullité.
1- La distinction de la clause compromissoire des autres clauses du contrat
En principe, une clause contractuelle fait partie intégrante du contrat, et sa
portée est déterminée en cohérence avec les autres clauses. Une clause ne
peut pas bénéficier d’un traitement particulier par rapport aux autres,
conformément au principe général du droit des contrats selon lequel le
contrat est un tout indivisible.
Cependant, la clause compromissoire est considérée comme une convention
distincte au sein du contrat. Le législateur a ainsi prévu qu’une convention
puisse exister au sein d’une autre convention, ce qui permet de réserver un
traitement particulier à la clause compromissoire.
Cette distinction implique que les vices ou griefs affectant le contrat
principal n’affectent pas automatiquement la validité de la clause
compromissoire. C’est une manière de préserver l’arbitrage en général, et la
clause compromissoire en particulier.
Le législateur tunisien prévoit également un régime spécifique de nullité
pour la clause compromissoire. Ainsi :
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2- La nullité du contrat de base n’entraîne pas la nullité de la clause
compromissoire
Dans la théorie générale du droit, la nullité d’un contrat entraîne en principe
la nullité de toutes ses clauses, car le contrat est considéré comme un
ensemble indivisible de clauses. Selon l’article 325 du Code des Obligations
et des Contrats, la nullité est définie comme la sanction civile qui remet les
parties dans l’état où elles se trouvaient avant la conclusion du contrat.
Contrairement à cette règle générale, l’article 61 du Code de l’arbitrage
prévoit que la nullité du contrat principal n’entraîne pas nécessairement la
nullité de la clause compromissoire. Par exemple, si un contrat contient 25
clauses, la nullité du contrat principal pourrait n’affecter que 24 clauses,
laissant la clause compromissoire intacte.
Cette disposition s’inspire du droit français, a été reprise par certains
législateurs arabes, et figure également dans la loi type de la CNUDCI
(Convention des Nations Unies sur le droit commercial international).
L'article 61 cherche à promouvoir l'arbitrage et la promotion de l'arbitrage et
c'est dans ce cadre que la doctrine envisage l'article 61 s'inscrivant dans la
même logique de l'arabe. La jurisprudence tunisienne a également validé des
clauses compromissoires pathologiques.
B. La jurisprudence : les clauses pathologiques
Dans la pratique, il arrive fréquemment que la clause compromissoire soit
entachée de nullité. Si la nullité de la clause est retenue, elle pourrait, en
principe, entraîner la nullité de l’arbitrage dans son ensemble. Or, ce résultat
serait préjudiciable à l’efficacité de l’arbitrage.
Deux mécanismes ont été élaborés par la loi et la jurisprudence pour
contourner la nullité de la clause compromissoire :
Le correctif légal
Le correctif jurisprudentiel
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Le correctif légal
Le correctif légal se trouve dans l’article 60 du Code de l’arbitrage, selon
lequel clause compromissoire insérée dans un contrat est considérée comme
une convention distincte des autres clauses du contrat. Ainsi, la contestation
de nullité du contrat par le tribunal n’entraîne pas automatiquement la nullité
de clause compromissoire.
Grâce à cet article, le législateur tunisien déroge au droit commun du contrat,
selon lequel la nullité du contrat entraîne l’anéantissement de toutes ses
clauses. Cette exception vise à préserver la validité de la clause
compromissoire et, par conséquent, à garantir l’efficacité de l’arbitrage.
Le correctif jurisprudentiel
Afin d’éviter que les clauses compromissoires affectées d’un vice de nullité
n’entraînent la nullité de l’arbitrage, la jurisprudence comparée a développé
le mécanisme de la clause pathologique. La jurisprudence tunisienne
consacre de manière récurrente ce mécanisme.
Que faut-il entendre par la clause pathologique ?
Comme son nom l’indique, la clause pathologique est une clause
compromissoire affectée d’un vice qui, en principe, devrait entraîner sa
nullité. Cependant, le droit et la jurisprudence cherchent à éviter cette nullité
en adoptant un double régime de la clause.
La clause est ainsi décomposée en deux composantes :
- Composante principale : elle correspond à l’engagement des parties de
recourir à l’arbitrage. Cette composante est toujours considérée comme
valable.
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- Composante accessoire : elle concerne les éléments spécifiques de la
clause, tels que la désignation des arbitres ou le choix de l’institution
arbitrale. Cette composante est celle qui est le plus souvent entachée d’un
vice.
-
Exemple de vice de la composante accessoire :
Dans un contrat de base, les parties peuvent renvoyer l’arbitrage à un centre
ou une institution qui n’existe pas. Dans ce cas, la jurisprudence confirme la
validité du recours à l’arbitrage et cherche à corriger le vice.
On retrouve une illustration de ce mécanisme dans les dispositions des
articles 18 et 55 du Code de l’arbitrage :
L’article 18 prévoit que lorsque les parties ne parviennent pas à s’entendre
pour la nomination d’un arbitre, le président du Tribunal de Première
Instance (TPI) du ressort du siège de l’arbitrage peut procéder à la
nomination.
Dans le cadre d’un arbitrage international, la demande de nomination de
l’arbitre doit être adressée au premier président de la Cour d’appel.
Si les parties, dans le cadre d’un arbitrage international, renvoient à la
désignation par le président du TPI, la clause est considérée comme
pathologique, car elle devrait normalement renvoyer au premier président de
la Cour d’appel.
dans le deuxième cas, la convention d'arbitrage ne soulève pas un problème
de validité, mais un problème de preuve.
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Paragraphe 3. La preuve de la convention d'arbitrage
Article 6. "La convention d'arbitrage ne peut être établie que par écrit, soit
par acte authentique ou sous signature privée, soit par procès-verbal ou
audience au procès-verbal dressé auprès du tribunal arbitral choisi. Les
conventions d'arbitrage réputées établies par écrit lorsqu'elles sont
consignées dans un document signé par les parties ou dans un échange de
lettres ou communications, telex, de télégrammes ou de tout autre moyen de
communication qui ont attesté l'existence ou encore dans l'échéance de
conclusion en demande et de conclusion de défense, dans lequel l'existence
d'une convention d'arbitrage est alléguée par une partie et n'est pas contestée
par l'autre. La référence dans un contrat à un document contenant une clause
compromissoire vaut conventions d'arbitrage à condition que ledit contrat
soit établi par écrit et que la référence soit telle qu'elle fasse de la clause
d'une partie du contrat."
Tel que prévu à l’article 6 du CA, la convention d’arbitrage doit être établie
par écrit. Cette exigence soulève la question de sa qualification juridique :
s’agit-il d’une condition de validité ou d’un moyen de preuve ?
Pour répondre, il convient de rappeler le texte de l’article 6, alinéa 1 : « La
convention d’arbitrage ne peut être établie que par écrit… ».
Le terme « écrit » ne se rattache ni directement à la validité, ni uniquement à
la preuve. À notre sens, il faut d’emblée écarter l’hypothèse de l’écrit comme
condition de validité et retenir celle de l’écrit comme moyen de preuve.
Trois arguments militent en faveur de cette interprétation :
- Argument puisé de la logique :
L’arbitrage est aujourd’hui conçu comme un mécanisme devant être efficace
et protégé au maximum (principe de l’immunisation de l’arbitrage). La
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GOIDRIA NOUR
doctrine et la jurisprudence traduisent cette idée par le principe de l’efficacité
de l’arbitrage. Le législateur tunisien, suivi par la jurisprudence, refuse
d’annuler une convention d’arbitrage pour des motifs formels qui n’affectent
pas le fond. Reconnaître l’écrit comme condition de validité irait donc à
l’encontre de ce principe. L’écrit doit être compris comme un moyen de
preuve confirmant l’existence de la convention.
- Argument puisé de la loi :
Dans la version arabe de l’article 6, le législateur mentionne explicitement
l’écrit de moyens de preuve ""ال تثبت اتفاقية التحكيم إال بكتب
- Argument puisé de la jurisprudence
La jurisprudence tunisienne est constante : l’article 6 se rapporte à l’écrit en
tant que moyen de preuve. En aucun cas, elle n’exige que l’écrit constitue
une condition de validité de la convention d’arbitrage.
Ainsi, l’exigence de « l’écrit » ne pose pas de difficulté pratique, puisqu’il
s’agit d’un moyen de preuve. Cependant, des questions peuvent surgir
lorsque la procédure d’arbitrage est engagée, notamment si une partie
conteste l’existence ou la portée de la convention.
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2 ème Partie : La procédure de l’arbitrage
La procédure de l'arbitrage en matière d'arbitrage obéit à un critère
chronologique. On distingue entre trois phases de la procédure arbitrale : le
déclenchement, le fonctionnement cours de la procédure arbitrage et la
clôture.
Section 1 : Le déclenchement de la procédure
arbitrale
Contrairement au procès civil pendant la justice étatique, le procès arbitral
est marqué par plusieurs spécificités, particulièrement au moment du
commencement, (paragraphe 2), le constitution du tribunal arbitral,
(paragraphe 1), les obligations des parties à l'arbitrage,( paragraphe 3), le
coût de l'arbitrage, (paragraphe 4) et les délais de l'arbitrage, (paragraphe 5).
Paragraphe 1 : la constitution du tribunal arbitral
Article 10 « L'arbitre doit être une personne physique majeure, compétente
et jouir de tous ses droits civils. Il doit être indépendant et impartial vis-à-vis
des parties ».
En vue d'une meilleure représentation de la constitution arbitrale (B), il y a
lieu de s'attarder à titre préalable sur les conditions qui doivent être vérifiées
dans l'arbitre(A).
A- les conditions préalables à la constitution
L'arbitre est un juge privé, de ce fait il va répondre de conditions spécifiques
par rapport au juge étatique. Article 10, code arbitrage. Prévoit les conditions
requises du côté de l'arbitre au terme de l'article 10, l'arbitre doit être une
personne physique majeure compétente jouir de tous ses droits civils plus
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indépendant et impartiale vis-à-vis des parties. Si la convention de l'arbitre a
désigné une personne morale, la mission de cette dernière se limite à
désigner le tribunal arbitraire. Lors qu'on se propose de s'attarder sur les
contraventions, à savoir la personne physique (A), la majorité (B), la
compétence (C), la jouissance des droits civils( D), l'impartialité (E) et
l'indépendance (F).
a- La personne physique
Le droit de l'arbitrage distingue entre deux formes de l'arbitrage : l'arbitrage
institutionnel, l'arbitrage ad hoc.
Cette distinction est contenue dans l'article 13 du code de l'arbitrage selon
lequel « L'arbitrage peut être ad hoc ou institutionnel. En cas d'arbitrage ad
hoc, le tribunal arbitral se chargera de l'organiser en fixant la procédure à
suivre, sauf si les parties ont convenu non autrement ou choisissent un
règlement d'arbitrage déterminé. En cas d'arbitrage porté devant une
institution d'arbitrage, celle-ci se chargera de l'organiser conformément à son
règlement.
Dans tous les cas, seront respectés les principes fondamentaux de la
procédure civile et commerciale et notamment les règles relatives au droit de
la défense. »
Il découle de cet article que l'arbitrage, qu'il soit un arbitrage ad hoc ou un
arbitrage institutionnel, doit être toujours conduit par une personne physique.
En cas d'arbitrage ad hoc, l'arbitre est nommé par les parties à l'arbitrage.
Chacune des parties va nommer son arbitre.
En revanche, lorsque l'arbitrage est institutionnel, c'est l'institution
d'arbitrage qui va nommer les arbitres. Dans tous les cas, l'arbitre est donc
une personne physique. Le tribunal arbitral va donc réunir des arbitres
personnes physiques qui doivent être majeurs.
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GOIDRIA NOUR
b- La condition de la majorité
c'est-à-dire, il doit répondre de l'âge de la majorité et être exempt de tout
incident de la majorité.
L'âge de la majorité, à condition, il faudrait tout d'abord distinguer entre le
droit applicable au litige si les parties appliquent le droit tunisien. La
majorité va être définie sur la base de l'article 3 et suivant de CEC. En
revanche, le droit applicable à l'arbitrage n'est pas le droit tunisien, mais un
autre droit. Les parties vont chercher le critère de la majorité dans le droit
applicable au litige. L'âge de la majorité sera alors défini sur la base du droit
applicable au litige. Et l'on va de même par les incidents à la majorité.
Les incidents à la majorité, on distingue également entre l'application du
droit national au procès arbitral et l'application d'un droit autre que le droit
national. Dans la première hypothèse, on va trouver les incidents à la
majorité dans les règles du code du statut personnel et plus précisément dans
les articles 167 qui définit ces incidents comme étant "la prodigalité et la
faiblesse d'esprit. Lorsque les parties à l'arbitrage choisissent d'appliquer un
droit autre que le droit national, les incidents à la majorité doivent être
recherchés dans le cadre de ce droit applicable. En conclusion, pour être
arbitre en droit tunisien, il faut avoir 18 ans et être exempt des incidents
légaux. Au-delà de la condition de la majorité, l'arbitre doit être compétent.
c- La compétence
La compétence de l'arbitre est une condition reproduite par la conduite du
procès arbitral. En l'absence d'une définition législative de la condition de
compétence, il a été établi que la compétence doit être appréciée sur la base
des enjeux économiques et juridiques tels que dégagés du dossier de l'affaire.
Si, par exemple, le contrat litigieux est un contrat d'assurance et que le litige
entre les deux parties a porté sur l'exécution de ce contrat d'assurance,
l'arbitre, pour être compétent, doit avoir une compétence en matière
22
GOIDRIA NOUR
d'assurance. Un pénaliste ou un spécialiste du droit du travail ne peut pas
trancher le litige sans être frappé d'incompétence.
L'une des parties au litige peut invoquer l'incompétence de l'arbitre juste
après la reddition de la sentence arbitrale et dans le cadre d'une action
d'annulation de ladite sentence.
La cour d'appel de Tunis, saisie d'une demande de nomination judiciaire du
président du tribunal arbitral sur la base de l'article 56 du Code de l'arbitrage,
a décidé à tort de nommer un arbitre spécialiste du droit pénal alors que les
enjeux du dossier concernent un contrat d'assurance. Arrêt du 21 mai 20.
Au-delà de la compétence, l'arbitre doit jouir de ses droits civils.
d- La jouissance des droits civils
La jouissance des droits civils par l'arbitre signifie que celui-ci ne doit pas
être interdit d'exercer ses droits dans les cas prévus par la loi. À titre
d'exemple, l'arbitre, comme le juge étatique, ne peut pas contracter
concernant les choses dont les litiges sont entre ses mains.
Ainsi présentées, les conditions précédentes, à savoir la personne physique,
la majorité, la compétence, la jouissance des droits civils, n'ont pas soulevé
de vrai problème dans la pratique et ce, contrairement aux conditions de
l'indépendance et de l'impartialité.
e- L'impartialité et la neutralité (L’IDIPENDECE)
L’impartialité signifie une autonomie financière entre l'arbitre et la personne
qui l'a nommé. Cela signifie que l'arbitre n'a jamais reçu de contrepartie pour
la réalisation d'un service bien déterminé. À titre d'exemple, l'arbitre
pressenti pour être nommé se rend compte que, dans sa carrière d'avocat, il a
déjà été l'avocat de la personne qui vient aujourd'hui le solliciter pour le
nommer en tant qu'arbitre. L'arbitre pressenti doit refuser la nomination au
motif qu'il a déjà été payé pour un service d'avocat.
23
GOIDRIA NOUR
Contrairement à l'impartialité, la neutralité est synonyme d'une autonomie
morale entre l'arbitre pressenti et la personne qui l'a nommé. L'autonomie
morale s'entend de toute indépendance par rapport à une relation d'amitié ou
toute autre relation en mesure d'affecter les sentiments de l'arbitre et qui
risque de le pousser à décider du sort du dossier en dehors de toute loyauté.
Dans la pratique, la violation de la double condition de l'impartialité et de la
neutralité soulève des problèmes. La jurisprudence tunisienne produit un
contentieux très important de la double question de l'impartialité et de la
neutralité de l'arbitrage.
Généralement, la violation de ces conditions impératives est invoquée au
cours de la procédure ou après la reddition de la sentence arbitrale.
Au cours de la procédure, la violation est invoquée plus précisément dans la
phase préparatoire de l'affaire, avant la plaidoirie ; cela se fait dans le cadre
d'une action en récusation de l'arbitre au sens de l'article 22 du C.A.
En revanche, si les deux parties n'ont pas invoqué la violation de ces deux
conditions dans la phase préparatoire, elles peuvent le faire ultérieurement,
après la reddition de la sentence arbitrale, conformément à la procédure
d'annulation de la sentence arbitrale : article 42 du Code de l'arbitrage pour
l'arbitrage interne et article 78 du même code pour l'arbitrage international.
Lorsque toutes les conditions sont vérifiées, l'arbitre accepte sa mission ; on
peut alors affirmer le commencement du procès arbitral.
Paragraphe 2. Le commencement du procès arbitral
Dans la pratique, le procès arbitral commence lorsqu'un litige survient entre
les deux parties du contrat de base et lorsque la partie demanderesse a
invoqué une clause compromissoire et a procédé, sur la base de cette clause,
à la nomination de son propre arbitre et à la notification de cette nomination
à la partie défenderesse.
24
GOIDRIA NOUR
Deux alternatives vont alors être envisagées.
Première alternative, la partie défenderesse diligente à la nomination de
son propre arbitre et à la notification de cette nomination à la partie
demanderesse. Les deux arbitres nommés vont alors s'accorder sur la
nomination du président après concertation des parties.
Deuxième alternative, la partie défenderesse n'est pas diligente, elle est au
contraire négligente et elle va négliger son obligation de nommer son propre
arbitre, ce qui va entraîner un retard dans la composition du tribunal arbitral.
Ce retard, le plus souvent, s'agit de manœuvres dilatoires exercées par le
défendeur à l'action.
Conscient de cette deuxième alternative, le législateur tunisien a retenu la
règle selon laquelle la procédure d'arbitrage débute à la date à laquelle la
demande de soumission de ce différend à l'arbitrage est reçue par le
défendeur. Cette règle est contenue dans l'article 9 du C.A., selon lequel : «
Sauf convention contraire des parties, la procédure arbitrale concernant un
différend déterminé débute à la date à laquelle la demande de solution de ce
différend à l'arbitrage est reçue par le défendeur. »
Le début de la procédure arbitrale, tel que prévu par l'article 9, tient d'une
règle supplétive, ce qui veut dire que les parties peuvent convenir d'une autre
date du commencement de la procédure arbitrale.
Les parties à l'arbitrage, outre leur obligation de constituer le tribunal
arbitral, se voient imposer d'autres obligations.
Paragraphe 3. Les obligations des parties à l'arbitrage
Les parties à l'arbitrage sont comme les parties à un procès judiciaire : un
demandeur et un défendeur. Elles répondent toutes les deux à l'obligation de
payer les frais d'arbitrage (A). Elles doivent également signer l'acte de
mission (C) et respecter le calendrier d'arbitrage (B).
25
GOIDRIA NOUR
A- l’obligation de payer les honoraires des arbitres
Contrairement à la justice étatique, la justice arbitrale est une justice payante.
Ce sont les parties à l'arbitrage qui doivent payer les honoraires des arbitres.
Deux questions se posent :
Comment évaluer les honoraires de l'arbitre ?
À quel moment les parties règlent-elles les honoraires?
L'évaluation des honoraires des arbitres. Il y a lieu de distinguer entre deux
sortes d'arbitrage : l'arbitrage ad hoc et l'hypothèse de l'arbitrage
institutionnel.
D'une façon générale, les institutions d'arbitrage prévoient dans leur
règlement interne des critères objectifs d'évaluation des honoraires des
arbitres. Le plus souvent, c'est sur la base des enjeux du litige que le tribunal
va définir les honoraires. Les institutions d'arbitrage prévoient toujours une
échelle d'évaluation, prévoyant, par exemple, que :
Pour un litige de 1000 dinars, l'arbitre reçoit X dinars ;
pour un litige de 500 dinars, l'arbitre reçoit Y dinars.
Les arbitres savent à l'avance leurs honoraires, de même que les frais de
l'instruction arbitrale, qui vont être payés aux arbitres. Et dans la mesure où
c'est l'institution qui paie les arbitres, celle-ci va demander aux parties à
l'arbitrage de verser les sommes demandées sur le compte de l'institution, et
c'est l'institution qui va payer les arbitres après avoir assuré son propre
paiement.
Les honoraires des arbitres et le coût de l'arbitrage sont parfois très élevés.
La pratique enseigne aujourd'hui des coûts d'arbitrage parfois excessifs, ce
qui interroge sur l'intérêt de l'arbitrage en tant que procédure rapide et
souple.
Cette pratique des centres d'arbitrage, quels que soient ses défauts, et
notamment le caractère excessif du coût de l'arbitrage, préserve cependant la
26
GOIDRIA NOUR
transparence et l'application de tarifs objectifs qui ne dépendent pas de la
qualité des justiciables.
En Tunisie, on a assisté ces dernières années à la montée du nombre des
institutions d'arbitrage. C'est surtout après 2011 que cette montée a été
particulièrement signalée, et pour cause la nouvelle loi sur les associations et
les partis politiques, décret-loi du 24 septembre 2011, qui est marquée par un
passage du régime de l'autorisation vers le régime de la simple déclaration.
Une étude pragmatique de la pratique de ces différents centres d'arbitrage
impose une confrontation entre leurs composantes. Les fondamentaux d'une
institution d'arbitrage supposent alors la question de savoir si les institutions
d'arbitrage en vigueur sont munies de règlements internes, si elles ont une
véritable organisation et si elles fonctionnent au quotidien à travers la gestion
d'un véritable contentieux.
Ce que l'on remarque, c'est que la majorité de ces institutions cherchent à
faire de la formation en matière arbitrale, d'où la question de savoir quel est
le contenu de la formation et quelle formation est dispensée, ainsi que de
savoir si celui qui forme est lui-même habilité à le faire.
Malheureusement, le cadre de l'arbitrage ne réglemente pas la pratique des
centres d'arbitrage. Il faudrait que cela soit réglementé par le texte lui-même.
D'ailleurs, autour de nous, la Libye va mettre en place un cadre d'arbitrage ;
elle a réservé son dernier titre aux institutions d'arbitrage, ce qui révèle
l'importance de la réglementation des centres d'arbitrage.
Ensuite, il faudrait changer la loi pour intégrer la réglementation des
institutions d'arbitrage.
Dans l'arbitrage ad hoc, on n'a pas de critères de fixation des honoraires
d'arbitre. Cependant, les présidents des collèges arbitraux ont eu l'habitude
d'adopter les normes de l'arbitrage institutionnel dans leur pratique
d'arbitrage ad hoc. Le plus souvent, le tribunal arbitral fixe ses honoraires sur
27
GOIDRIA NOUR
la base des enjeux économiques de l'affaire, en se référant aux normes des
centres d'arbitrage.
Il reste à répondre à la deuxième question relative au moment de paiement
des honoraires de l'arbitre. Le tribunal arbitral est à cet égard libre de
demander ses honoraires à n'importe quel moment de la procédure. La
pratique a cependant révélé que le tribunal arbitral fixe ses honoraires
progressivement et ne veut commencer à arbitrer qu'après paiement de la
provision.
Il arrive que les parties modifient l'objet de la requête en étendant le montant
de la demande. Parmi les cas où le tribunal arbitral doit répondre à une
extension de la demande ou à une action reconventionnelle, le tribunal
arbitral saisi de l'action R va modifier ses honoraires en ajoutant le temps
nécessaire pour l'action R et en concluant.
Certains présidents de tribunaux arbitraux demandent, à la première séance,
aux parties de bien vouloir se prononcer sur l'action R et de la soumettre au
tribunal dans les brefs délais. Cela permet au tribunal arbitral de conclure les
honoraires du tribunal aussi bien pour l'action principale que pour l'action R.
Certains collèges arbitraux demandent un supplément d'honoraires au cas où
le délai d'arbitrage est prolongé. Cela doit cependant être mentionné dans
l'acte de mission.
B- L'acte de mission
L'acte de mission n'est pas régi par les textes, il est l'œuvre de la pratique
constitutionnelle européenne. Il consiste en un écrit signé entre les parties et
leurs avocats, d'une part, et le tribunal représenté par son président, d'autre
part.
Généralement, l'acte de mission est signé au siège de l'arbitrage en présence
de toutes les parties. Il contient les mentions d'identité des parties, des
arbitres, le calendrier de l'arbitrage et toute autre précision utile.
28
GOIDRIA NOUR
L'acte de mission est une garantie qui permet aux signataires, au tribunal
arbitral et aux parties à l'arbitrage, de préserver leurs droits. Si, par exemple,
la partie demanderesse ou la défenderesse communique une adresse e-mail
erronée qu'elle valide et confirme dans l'acte de mission, elle ne peut pas
tenir le tribunal responsable dans le cas où elle ne reçoit pas les émails.
Enfin, toutes les parties à l'arbitrage doivent respecter les procédures de
l'arbitrage.
C- Le respect des règles fondamentales de la procédure
Les règles fondamentales de la procédure n'ont pas été définies par le
législateur tunisien. On trouve cependant la consécration de l'obligation de
respecter les règles fondamentales de la procédure dans l'article 13, alinéa
final, au terme duquel, dans tous les cas, seront respectés les principes
fondamentaux de la procédure civile et commerciale, et notamment les règles
du droit de la défense.
Ainsi, pour formuler le principe de respect des règles fondamentales de la
procédure, il y a lieu de distinguer entre, l'État de droit et la pratique
judiciaire.
1- Les règles fondamentales de la procédure dans les textes
À bien vouloir lire l'article 13, alinéa final, on remarque que le législateur
emploie le terme « principes fondamentaux de la procédure », alors que
l'emploi du terme « principes » ne correspond pas à la pratique judiciaire, qui
retient le terme « règles fondamentales ».
Se pose alors la question de savoir la différence entre un principe et une règle
fondamentale. L'article 13 retient le droit de la défense comme un exemple
des principes fondamentaux de la procédure.
29
GOIDRIA NOUR
Cette usage de la qualification, la formule de « principes fondamentaux », ne
semble pas opportune pour la simple raison qu'elle néglige la distinction
entre la notion même de principe et la notion de règle juridique.
Pour l'analyse, la notion de principe suppose toujours une dimension
référentielle, ce qui signifie que le principe sert toujours de référence à la
règle ; un seul principe peut justifier plusieurs règles juridiques.
À titre d'exemple, on signale le principe de la liberté et les règles juridiques
conséquentes, telles que la liberté de commerce (Code de commerce), la
liberté de conviction (article 6 de la Constitution).
On ne peut pas confondre un principe et une règle, et vice versa.
La jurisprudence tunisienne a retenu beaucoup moins le terme « principes
fondamentaux » que celui de « règles fondamentales ».
2- La pratique judiciaire
Généralement, les principes fondamentaux sont soulevés par la partie
demanderesse dans une action en annulation d'une sentence arbitrale. Celle-
ci invoque l'annulation pour motifs de violation d'une règle fondamentale de
la procédure et, généralement, pour violation des droits de la défense tels
qu'ils sont retenus par l'article 13 du Code de l'arbitrage.
Dans la plupart des cas, la Cour de cassation retient le terme « règle
fondamentale de la procédure ». On signale, à titre d'exemple, le droit de la
défense, l'égalité entre les parties et le principe du contradictoire.
En termes de statistiques, on peut souligner que 80 % des décisions rendues
par la Cour de cassation en matière d'annulation des sentences arbitrales
retiennent la formule de la violation des règles fondamentales et non des
principes fondamentaux.
Une réforme nécessaire de l'article 13 du Code de l'arbitrage consisterait à
supprimer le terme « principes fondamentaux » et à retenir uniquement
« règles fondamentales ».
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GOIDRIA NOUR
Le débat de l'article 13 concerne la distinction entre principes et règles.
À titre de rappel, le débat relatif aux articles 532 à 563 COC portant de
quelques principes généraux de droit et pour le rappel, le débat apporté sur la
notion de règle générale deux courant doctrinaux en défendue deux sens
différents des règles générales de droit.
Pour Mohmmed larbi Hachem, les règles générales de droit sont des règles
fondamentales de la « Sharia ».
Pour Mohammed Sharfi, les règles générales de droit correspondent aux
principes fondamentaux de droit.
Chapitre 2 : La procédure arbitrale proprement dite
Dans le procès civil conduit devant un tribunal judiciaire, la procédure est en
trois parties. Elle commence par la phase 1 préparatoire, qui se clôt lorsque
les échanges sont clôturés, et qui renvoie à la phase 2, à savoir la plaidoirie,
et à la phase 3, le verdict.
La même procédure est respectée devant le tribunal arbitral avec quelques
exigences particulières signalées en amont et en cours de la procédure.
Section 1 : La procédure antérieure au procès arbitral en amont
Démarrage effectif de la procédure arbitrale
Avant de commencer la procédure arbitrale, il convient de préparer cette
période. La partie qui a un intérêt à engager la procédure arbitrale doit
commencer par nommer son propre arbitre, deux, notifier cette nomination à
la partie adverse par procès-verbal d'huissier ou notaire et lui demander de
bien vouloir nommer son propre arbitre dans un délai bien déterminé.
31
GOIDRIA NOUR
La partie défenderesse ayant reçu cette notification va observer deux
attitudes différentes : attitude de diligence ou bien une attitude de
négligence.
Attitude de diligence.
Lorsque le défendeur est diligent, il va respecter la demande du demandeur
et procéder à la nomination de son propre arbitre dans le délai imparti.
Lorsqu'il nomme son arbitre, il doit notifier cette nomination au demandeur,
à l'action, et les deux parties vont alors convenir de la nomination de l'arbitre
président.
Lorsque le président est nommé, le tribunal arbitral va commencer les
procédures d'arbitrage et il va convoquer les parties, assistées par leur
conseil, à se présenter au siège d'arbitrage pour signer l'acte de mission.
Pour rappel, l'acte de mission est un document élaboré par le tribunal arbitral
et soumis aux parties pour vérification avant de le valider lors de la réunion
de signature de l'acte de mission.
Dans la même réunion, le tribunal propose aux parties un calendrier
d'arbitrage qui sera discuté, validé et intégré dans l'acte de mission.
Ceci étant, l'acte de mission va contenir respectivement les données
personnelles des parties, dont notamment les adresses mail, les adresses
postales, les noms d'avocat et le calendrier d'arbitrage, contenant la date de la
requête introductive d'instance, la réponse de la défenderesse, la réponse de
la demanderesse, les conclusions de la défenderesse et la mémoire de la
défenderesse.
Au bout de ces différents échanges, le calendrier fixe une audience de
plaidoiries. Le verdict ne s’est pas annoncé, car il peut être reporté à un autre
délai.
Le calendrier d’arbitrage comporte les échanges de mémoires.
32
GOIDRIA NOUR
Il ne comporte pas la date du verdict parce que tout dépend de la clôture de la
procédure dans le délai principal de 6 mois ou bien d’une éventuelle
prolongation de ce délai.
Lorsque l’acte de mission est signé, la procédure arbitrale est commencée
proprement dite.
Attitude d’ignorance
Il arrive cependant que ce processus classique d'arbitrage soit contrarié par
des manœuvres dilatoires exercées par les défendeurs, et en vertu desquelles
celui-ci va faire de son mieux pour neutraliser l'arbitrage.
Souvent, les défendeurs à l'action, après avoir reçu la notification de la
nomination de l'arbitre par le demandeur, vont observer le silence et
s'abstenir de répondre à la demande du demandeur malgré l'écoulement du
délai.
Dans cette hypothèse, le demandeur procède souvent à une nouvelle
notification par procès-verbal et rappelle sa demande de nomination d’un
arbitre. Lorsque le défendeur ne répond toujours pas. Dans la mesure où le
recours à l’arbitrage est un droit qui trouve sa légitimité dans la convention
d’arbitrage, le demandeur à l’action va agir en justice pour demander la
nomination d’un arbitre. L’arbitre est judiciairement nommé et la
procédure d’arbitrage prendra effet après la nomination judiciaire de
l’arbitre.
La doctrine déplore les procédures où les manœuvres dilatoires persistent
et sensibilise à une nécessaire culture de l’arbitrage qui prend en
considération la nécessité de respecter l’impératif de célérité.
33
GOIDRIA NOUR
Lorsque l'arbitrage est interne, la Lorsque l'arbitrage est
demande de nomination d'arbitre international, la demande d'arbitrage
est formulée sur la base de est formulée devant le premier
l'article 18 du Code d'arbitrage et président de la Cour d'appel dans le
présentée au président du TPI ressort duquel se trouve le siège de
dans le ressort duquel se trouve le l'arbitrage.
siège de l'arbitrage.
L'arbitre est alors nommé judiciairement, et la procédure d'arbitrage prend
effet après cette nomination judiciaire.
Lorsque le tribunal est bien constitué, il va procéder à la procédure
d’arbitrage proprement dite.
Section 2 : Les étapes de la procédure
Ici, on distingue trois phases de cette procédure : la phase préparatoire
(paragraphe 1), la phase plaidoirie (paragraphe 2), le verdict (paragraphe 3).
Paragraphe 1 : La phase préparatoire
La phase préparatoire commence par la soumission par le demandeur à
l'action de sa requête introductive d'instance (A), qui sera obligatoirement
suivie par des échanges de conclusions. (B)
A- La requête introductive
En principe, la requête introductive d'instance est la première procédure à
devoir être respectée par le demandeur à l'action.
La pratique arbitrale a cependant révélé une autre pratique, qui consiste pour
le tribunal arbitral à demander à la partie demanderesse, en premier lieu, de
34
GOIDRIA NOUR
bien vouloir formuler un résumé de sa requête intégrant, d'une façon
détaillée, ses demandes pécuniaires.
Lorsque le demandeur aura soumis le résumé de ses demandes pécuniaires,
le tribunal arbitral va demander au défendeur de bien vouloir formuler ses
demandes en retour, et notamment toute éventuelle action au compte
conventionnel.
Sur la base de ces deux résumés des demandes pécuniaires, le tribunal
arbitral va évaluer le coût d'arbitrage et demander la provision.
B- Les échanges de conclusions
L'une des parties au litige, ou encore les deux parties, peuvent demander de
nouveaux délais en dehors du calendrier de l'arbitrage. La question qui se
pose est de savoir s'il est possible pour le tribunal arbitral de faire droit à la
demande de l'une des parties tendant à la prolongation du délai. Dans
l'affirmative, quel sera le fondement juridique de cette prolongation
demandée par les parties ?
Cependant, l'article 24 du Code de l'arbitrage ne peut être invoqué pour
justifier la prolongation des délais de la phase préparatoire telle que formulée
par les parties. En effet, cet article dispose qu'en cas d'impossibilité pour le
tribunal arbitral de rendre sa décision dans le délai initial de six mois, celui-
ci rend une décision constatant cette impossibilité.
Et donc, après le dépassement et l'épuisement de la phase préparatoire, quelle
que soit la portée de cette lecture de l'article 24, on peut affirmer que la
prolongation de la phase préparatoire, sur la simple demande de l'une des
parties, peut être justifiée. C'est le droit de la défense, envisagé par le Code
de l'arbitrage comme une règle fondamentale de la procédure, qui peut
justifier la prolongation de ces délais en général et de la phase préparatoire
en particulier. La demande de prolongation formulée par l'une des parties au
litige doit être appuyée ; si la partie demanderesse ne justifie pas sa demande
de prolongation, le tribunal peut ne pas donner une suite favorable à cette
prolongation. Les parties au litige vont bénéficier des mêmes délais de
35
GOIDRIA NOUR
défense : ainsi, si le tribunal arbitral accorde un délai supplémentaire de deux
semaines à la partie demanderesse pour présenter un nouveau rapport et de
nouvelles pièces justificatives, le tribunal doit, par la même décision,
accorder un autre délai égal à celui accordé aux demandeurs ou aux
défendeurs, et ce, en vue de préserver le principe d'égalité entre les parties.
Sachant que le principe de l'égalité est garanti par le Code de l'arbitrage,
l'article 63 du Code de l'arbitrage dispose que les parties doivent être traitées
sur un pied d'égalité et que chaque partie doit avoir toute possibilité de faire
valoir ses droits. Il est cependant à signaler que l'article 63 du Code de
l'arbitrage est situé dans le livre III relatif à l'arbitrage international. On ne
trouve pas une disposition pareille dans les règles régissant l'arbitrage
interne, ce qui risque de jeter un sérieux doute sur le principe de l'égalité
entre les parties dans l'arbitrage interne. Cependant, l'égalité entre les parties
est un principe doublement préservé en droit interne, par le texte et par la
jurisprudence.
S'agissant de l'article 13, on signale que cet article, situé dans les règles
communes de l'arbitrage, dispose que, sans préjudice des règles
fondamentales, et notamment du droit de la défense, or le droit de la défense
est intimement lié au droit à l'égalité entre les parties. D'un autre côté, et
s'agissant de l'argument puisé dans la jurisprudence, on signale que la
jurisprudence tunisienne est constante pour étendre le domaine du principe
d'égalité entre les deux parties, aussi bien à l'arbitrage interne qu'à l'arbitrage
international. Ceci étant, les parties ont toutes les garanties d'échanger leurs
mémoires et leurs conclusions dans le cadre de l'égalité, et il en est de même
pour la plaidoirie.
Paragraphe 2 : La phase plaidoirie
La plaidoirie, comme son nom l'indique, est un discours oral présenté devant
le tribunal arbitral, qui doit se faire dans la limite des conclusions échangées
entre les parties. Les parties ne doivent pas déborder, dans leur plaidoirie, sur
36
GOIDRIA NOUR
les conclusions écrites, à supposer que l'une des parties à l'arbitrage ait plaidé
en s'autorisant un débordement sur les conclusions écrites. Dans ce cas, il
faudrait, pour la partie intéressée, d'établir le débordement d'une part, et elle
peut le signaler comme motif d'annulation de la sentence arbitrale, d'autre
part.
1- Établir le débordement de la plaidoirie
Comment établir le débordement ?
Pour établir le débordement, l'avocat de la partie adverse doit signaler au
tribunal, séance tenante, que l'adversaire a débordé les échanges écrits, et il
doit également signaler les passages des débordements et demander au
tribunal de mentionner ces débordements dans le procès-verbal. La seule
hypothèse où le débordement n'est pas établi, c'est lorsque le tribunal
demande à la partie adverse de bien vouloir répondre à la prétention de la
partie intéressée. La partie adverse peut refuser cette prétention en se
mettant, en séance tenante, devant le tribunal, en indiquant les pages des
rapports échangés dans lesquels la partie adverse a soulevé les arguments sur
la base desquels la plaidoirie a été assurée.
2- Le débordement comme motif d'annulation de la sentence arbitrale
Cela a été établi que la partie adverse a violé le principe de la nécessité de se
limiter aux échanges écrits. Dans ce cas, la partie qui a intérêt à invoquer ce
débordement peut demander l'annulation de la sentence arbitrale sur la base
de l'article 42 du Code de l'arbitrage, en vertu duquel le recours en
annulation d'une sentence arbitrale définitive peut être formé dans les cas
suivants : si les règles fondamentales ne sont pas respectées (alinéa 6).
Sachant que les principales règles fondamentales de procédure, c'est la règle
de l'égalité entre les parties. Si donc l'une des parties s'autorise à plaider en
dehors des rapports échangés, elle va obligatoirement porter atteinte au droit
de la défense en général et au principe de l'égalité en particulier.
37
GOIDRIA NOUR
Une fois la plaidoirie clôturée, le tribunal arbitral renvoie l'affaire au
délibéré.
Paragraphe 3 : La phase de délibération et verdict
Lorsque le tribunal arbitral annonce la clôture de la plaidoirie, il n'est pas
tenu de fixer une date pour la reddition de sa sentence. Pratiquement, le
tribunal ne fixe pas cette date, en raison de l'intérêt que présente l'absence de
fixation de la date du verdict. En effet, le tribunal arbitral ne fixe pas la date
du verdict parce que, le jour de la plaidoirie, il ne sait pas encore s'il va ou
non prolonger le délai initial.
En réalité, le tribunal arbitral adopte deux alternatives. Soit il rend sa
sentence arbitrale dans le délai initial de six mois, et le problème ne se pose
pas. La deuxième alternative est que le tribunal arbitral ne rende pas la
sentence arbitrale dans le délai initial de six mois. Cela veut dire qu'il va
prolonger le délai pour une durée supplémentaire égale au délai initial.
Dans cette hypothèse, la décision de prolongation du délai de l'arbitrage,
notifiée aux parties et motivée par le tribunal arbitral, suppose alors la
question relative à la motivation. La motivation doit s'entendre de
considérations objectives exclusivement liées aux enjeux du dossier de
l'affaire.
Dans la pratique, les tribunaux arbitraux signifient aux parties la décision de
prolongation sans pour autant indiquer les motifs de cette prolongation. Le
défaut de motivation de la décision de report peut être invoqué pour
demander l'annulation de la sentence arbitrale.
38
GOIDRIA NOUR
3 ème partie : la sentence arbitrale
La sentence arbitrale s’aligne sur le jugement rendu par la justice étatique,
cependant il y a plusieurs spécificités qui marquent la sentence arbitrale.
Lorsqu’elle est rendue, la sentence arbitrale est soumise à un double contrôle
: un contrôle en vue de l’exequatur et un contrôle en vue de l’annulation de
la sentence arbitrale.
D’où l’intérêt de distinguer, dans le cadre de l’étude de la sentence arbitrale,
entre la sentence arbitrale proprement dite (chapitre 1) et le contrôle de la
sentence arbitrale (chapitre 2).
Chapitre 1er : la sentence arbitrale proprement dite
La sentence arbitrale, comme un jugement étatique, répond à une forme
(paragraphe 1er) et à un fond (paragraphe 2).
Paragraphe 1er : la forme de la sentence arbitrale
Contrairement au jugement rendu par le juge étatique, qui doit mentionner
une liste bien déterminée de mentions obligatoires au sens de l’article 123 du
Code de Procédure Civile et Commerciale, la sentence arbitrale doit
répondre aux mentions prévues par l’article 75 du Code de l’arbitrage pour
l’arbitrage international et à l’article 30 pour l’arbitrage interne.
A – la forme de la sentence arbitrale en cas d’arbitrage interne
Lorsque l’arbitrage est interne, la sentence doit être rédigée conformément à
l’article 30 du Code de l’arbitrage. Au terme de cet article, le tribunal
arbitral, après délibération, rend sa sentence à la majorité des voix.
La sentence doit comporter toutes les indications exigées par l’article 123 du
Code de Procédure Civile et Commerciale, sous réserve des dispositions de
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l’article 14 du Code de l’arbitrage relatives aux arbitres amiables
compositeurs.
« Elle doit en outre être signée par les arbitres.
En cas de refus ou d’incapacité de signer par un ou plusieurs d’entre eux,
mention en est faite dans la sentence.
La sentence est valable si elle est signée par la majorité des arbitres.
À défaut de majorité, le président du tribunal arbitral en fait mention et rend
seul la sentence. Dans ce cas, la signature du président suffit. »
Il découle de cet article que la sentence arbitrale doit comporter des mentions
obligatoires (a) et qu’elle répond à la règle de la majorité requise pour sa
rédaction (b).
a- les mentions obligatoires
L’article 30 du Code de l’arbitrage distingue entre un principe et une
exception.
Le principe :
En principe, la sentence arbitrale rendue en matière d’arbitrage interne doit
répondre aux mêmes mentions obligatoires que doit comporter le jugement
étatique conformément aux dispositions de l’article 123 du Code de
Procédure Civile et Commerciale. Cette conformité se justifie par le
rapprochement qui existe entre la justice étatique et la justice arbitrale.
Cependant, cet alignement de la sentence arbitrale sur le jugement étatique
ne doit pas toujours s’appliquer. Il y a des cas où la règle de la conformité est
écartée ; on retient particulièrement l’hypothèse de l’arbitrage rendu en
amiable compositeur.
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GOIDRIA NOUR
L’exception :
Au terme de l’article 30 du Code de l’arbitrage, la conformité de la sentence
arbitrale au jugement étatique ne s’applique pas lorsque l’arbitrage est rendu
en amiable compositeur.
Deux questions sont alors à soulever en l’occurrence :
Qu’est-ce que l’arbitrage en amiable composition ?
Le sens de l’exception
Pour définir l’arbitrage en amiable composition, il faudrait rappeler les
dispositions de l’article 14 du Code de l’arbitrage qui réglemente l’arbitrage
en amiable composition. Au terme de cet article, les arbitres doivent
appliquer la loi à moins que les parties ne leur confèrent, dans la convention
d’arbitrage, la qualité d’amiables compositeurs ; ils ne sont pas, dans ce cas,
tenus d’appliquer les règles de droit et statuent en équité.
D’où il découle que l’arbitrage en amiable composition a pour principale
spécificité d’appliquer non pas le droit mais l’équité.
L’application de la règle d’équité est conditionnée par la convention des
parties.
Pourquoi le législateur a-t-il soustrait cette forme d’arbitrage au principe de
la conformité entre la sentence arbitrale d’une part et le jugement étatique de
l’autre ?
Le fondement de l’exception :
L’exception à la conformité entre la sentence arbitrale et le jugement étatique
se justifie en l’occurrence par la spécificité de l’arbitrage en amiable
composition, où les arbitres amiables compositeurs n’appliquent pas la loi
mais appliquent l’équité ; donc ils n’ont pas à énoncer, dans les mentions
obligatoires comme cela est prévu par l’article 123 du Code de Procédure
Civile et Commerciale. La sentence arbitrale doit dans tous les cas être
signée et répondre à une majorité au sens de l’article 30.
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GOIDRIA NOUR
b- majorité
Cette règle selon laquelle le président du tribunal arbitral peut, à lui seul,
signer la sentence arbitrale est une règle d’opportunité dans ce sens où le
législateur cherche à sauver l’arbitrage et à contourner les tendances et les
manœuvres frauduleuses qui tendent à boycotter l’arbitrage.
En effet, les arbitres peuvent observer une attitude déloyale pour éviter
l’efficacité de l’arbitrage ; deux hypothèses peuvent alors se présenter :
Le boycott est exercé soit de la part de la partie gagnante soit de la partie
perdante.
La partie représentée par son arbitre pressentie à perdre l’affaire d’arbitrage
cherche à éviter ce jugement en refusant de signer la sentence.
La partie pressentie à gagner l’affaire peut également boycotter la signature
de la sentence, et ce, lorsqu’un jugement ne répond pas à la totalité de ses
attentes.
Par exemple, la partie gagnante postule pour le remboursement de sa dette
principale ainsi que des intérêts moratoires ; la sentence va dans le sens d’un
jugement favorable à la dette principale et défavorable aux intérêts… et
l’arbitre de la partie gagnante évite donc de signer.
Pour contourner toutes ces manœuvres dilatoires, le législateur, à l’instar du
législateur international, a permis au président du tribunal arbitral de signer
seul la sentence arbitrale en mentionnant encore sur papier le refus des autres
arbitres de signer.
Lorsque l’arbitrage est international, l’article 75 prévoit un régime particulier
distinct du régime de l’arbitrage interne.
Au terme de l’article 75 relatif à l’arbitrage international :
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GOIDRIA NOUR
« La sentence arbitrale est rendue par écrit et signée par l’arbitre ou les
arbitres.
En cas de pluralité d’arbitres, les signatures de la majorité des membres du
tribunal arbitral suffisent pourvu que soit mentionnée la raison de l’omission
des autres. »
2- La sentence arbitrale doit être motivée sauf si les parties en conviennent
autrement ou s’il s’agit d’une sentence rendue par accord des parties
conformément à l’article 15 du présent code.
3- La sentence doit mentionner la date à laquelle elle est rendue ainsi que le
lieu de l’arbitrage déterminé. La sentence arbitrale est réputée avoir été
rendue…
Il découle de cet article une triple exigence : une exigence liée à la date de la
sentence, une autre exigence liée au lieu de l’arbitrage, et la troisième est liée
à la signature.
1- lieu
La mention relative au lieu de l’arbitrage s’explique par l’obligation qui
incombe au juge du contrôle de qualifier à titre préalable l’arbitrage et de
dire en conséquence s’il s’agit d’un arbitrage interne ou bien d’un arbitrage
international.
En effet, le régime juridique des règles de contrôle (exequatur / annulation)
diffère selon qu’il s’agit d’un arbitrage interne ou bien d’un arbitrage
international.
À titre d’exemple, on signale que l’annulation de la sentence de l’arbitrage
interne est régie par l’article 42 du Code de l’arbitrage, alors que l’annulation
de la sentence arbitrale en matière d’arbitrage international est soumise à
l’article 78 du Code de l’arbitrage.
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Le lieu de l’arbitrage constitue un critère de qualification de l’arbitrage au
sens de l’article 48 du Code de l’arbitrage.
2- la date de l’arbitrage
L’exigence de la mention relative à la date de la rédaction de la sentence
arbitrale s’explique par le souci du législateur de faire courir les délais de
notification de la sentence arbitrale aux parties ainsi que les délais accordés
aux parties pour exercer les voies de recours.
À ce titre, on rappelle la disposition en matière d’arbitrage interne de l’article
33 alinéa 2 : « le tribunal arbitral adresse une copie de la sentence aux parties
dans un délai de 15 jours à compter de son prononcé ».
Par ailleurs, l’article 77 en matière d’arbitrage international prévoit que «
dans les 30 jours qui suivent le prononcé de la sentence, le tribunal arbitral
peut d’office rectifier l’erreur de calcul ou toute erreur matérielle… ».
Lorsque la forme de la sentence est établie, la question se pose concernant le
fond.
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Table des matières
Introduction……………………………………………………………....2
I- Définition de l'arbitrage……………………………………………… 2
A- Justice privée…………………………………………………………4
B - la justice étatique…………………………………………………….4
C- la sentence arbitrale…………………………………………………..4
D- La nature conventionnelle de l’arbitrage…………………...………. 5
II- Les principaux intérêts de l’arbitrage………………………...……... 6
A- La célérité de l’arbitrage……………………………………….….….6
B- La confidentialité de l’arbitrage…………………………………..… 7
1 ère Partie : LA convention de l’arbitrage…………………………. 8
Section 1 : La convention d’arbitrage – la notion…………………….... 8
Paragraphe 1 : la convention d’arbitrage………………………………. 8
Paragraphe 2 : Les formes de la convention de l’arbitrage…………..… 9
A- La Clause compromissoire……………………………………….…. 9
B- Le compromis………………………………………………….…... 10
Section 2 : la validité de la convention d’arbitrage………………….... 11
A. La validité du compromis…………………………………………...11
a- la spécificité de la validité de la clause compromissoire à l'égard de la
loi…………………………………………………………………….. 12
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1- La distinction de la clause compromissoire des autres clauses du contrat
………………………………………………………………………….…12
2- La nullité du contrat de base n’entraîne pas la nullité de la clause
compromissoire………………………………………………………… 14
B. La jurisprudence : les clauses pathologiques…………………......… 14
Paragraphe 3. La preuve de la convention d'arbitrage…………………. 17
2 ème Partie : La procédure de l’arbitrage…………………...…… 19
Chapitre 1er : Le déclenchement de la procédure arbitrale…………… 19
Paragraphe 1 : la constitution du tribunal arbitral…………………….. 19
A- les conditions préalables à la constitution…………………………. 19
a- La personne physique………………………………………………. 20
b- La condition de la majorité ……………………………………….… 21
c- La compétence…………………………………………………….… 21
d- La jouissance des droits civils………………………………………. 22
e- L'impartialité et la neutralité ……………………..….…...………..... 23
Paragraphe 2. Le commencement du procès arbitral ………………….. 23
Paragraphe 3. Les obligations des parties à l'arbitrage ……………….. 24
A- l’obligation de payer les honoraires des arbitres ………………….. 25
B- L'acte de mission………………………………………………..… 27
C- Le respect des règles fondamentales de la procédure…………….. 28
1- Les règles fondamentales de la procédure dans les textes………… 28
2- La pratique judiciaire………………………………………………. 29
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Chapitre 2 : La procédure arbitrale proprement dite………………….. 30
Section 1 : La procédure antérieure au procès arbitral en amont……... 30
Section 2 : Les étapes de la procédure … …………………………... 33
Paragraphe 1 : La phase préparatoire…………………………………. 33
A- La requête introductive…………………………………………… 33
B- Les échanges de conclusions ……………………………………….34
Paragraphe 2 : La phase plaidoirie……………………………………. 35
1- Établir le débordement de la plaidoirie…………………………….. 36
2- Le débordement comme motif d'annulation de la sentence arbitrale. 36
Paragraphe 3 : La phase de délibération et verdict…………………… 37
3 ème partie : la sentence arbitrale………………………………. 38
Chapitre 1er : la sentence arbitrale proprement dite………………….. 38
Paragraphe 1er : la forme de la sentence arbitrale……………………. 38
A – la forme de la sentence arbitrale en cas d’arbitrage interne……… 38
a- les mentions obligatoires…………………………………………… 39
b- majorité……………………………………………………………... 41
1- lieu………………………………………………………………….. 42
2- la date de l’arbitrage………………………………………………... 43
Table des matières ………………...………………………………….. 47