Arbitrage
Arbitrage
alternative à la justice étatique. C'est une justice qui repose en vertu d'une convention d'arbitrage. »
sur la volonté des parties
Il découle de cette définition que l’arbitrage constitue une
L’arbitrage s’est développé en Europe au XXe siècle pour justice privée (a), reposant sur la convention des parties ( b
répondre aux besoins des commerçants qui voulaient éviter ) et donnant lieu à un contentieux procédural. ( c )
la lenteur et le caractère public des tribunaux étatiques.
Plusieurs conventions internationales ont encouragé ce
système, comme la Convention de New York de 1958 et la A- La justice privée
Convention de Washington de 1965. La Tunisie a été le
premier pays arabe à ratifier la convention de Washington L’arbitrage est une justice privée qui s’oppose à la justice
de 1965. étatique. Contrairement aux tribunaux étatiques, il se
déroule en dehors des palais de justice et les litiges sont
Le législateur tunisien a progressivement intégré tranchés par des arbitres, considérés comme des juges
l’arbitrage dans son système juridique. Une première étape privés. Ces arbitres rendent une sentence arbitrale et non
a été réalisée avec le Code de procédure civile et un jugement.
commerciale de 1968, qui consacrait quelques dispositions
relatives à l’arbitrage. Cependant, ces règles étaient jugées Le déroulement de l’arbitrage a lieu dans un siège
insuffisantes par la doctrine tunisienne. Cela a conduit à d’arbitrage choisi librement par les parties. Ce siège est
l’adoption du Code de l’arbitrage par la loi du 26 avril fixé par leur convention et ne dépend pas des règles de
1993, établissant un cadre juridique autonome et plus compétence territoriale prévues par le Code de procédure
complet. civile et commerciale. Ainsi, les parties disposent d’une
grande liberté dans l’organisation de la procédure arbitrale.
Le Code de l’arbitrage a défini l’arbitrage dans son article
premier « L'arbitrage est un procédé privé de règlement de B- La différence avec la justice étatique
certaines catégories de contestations par un tribunal
Dans la justice étatique, les juges sont des magistrats
formés à l’École supérieure de la magistrature et placés
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sous l’autorité du ministère de la Justice. Ils doivent La clause compromissoire : clause insérée dans le
appliquer les règles de droit en vigueur. contrat principal par laquelle les parties prévoient à
l’avance de recourir à l’arbitrage en cas de litige.
En arbitrage, les arbitres sont choisis directement par les Le compromis : convention conclue après la
parties afin de régler leur litige. Dès qu’un arbitre accepte naissance du litige afin de soumettre ce conflit à
sa mission, un contrat de mandat se forme entre lui et les
l’arbitrage.
parties. L’arbitre conduit alors la procédure arbitrale
jusqu’au prononcé de la sentence arbitrale. Une fois le litige né, chaque partie désigne un arbitre, puis
les arbitres choisissent un président afin de constituer le
C- La sentence arbitrale
tribunal arbitral. Ce tribunal règle ensuite le litige en
La décision rendue par les arbitres est appelée sentence appliquant les règles de procédure et la loi choisies par les
arbitrale. Contrairement au jugement étatique qui peut être parties.
exécuté directement, la sentence arbitrale nécessite
L’arbitrage est donc dominé par le principe de l’autonomie
l’obtention de l’exequatur pour être exécutée.
de la volonté, puisque les parties disposent d’une grande
L’exequatur est accordé par la cour d’appel de Tunis après liberté dans le choix des arbitres, de la procédure et du
vérification des conditions prévues par l’article 78 du Code droit applicable. Cette liberté explique l’importance
de l’arbitrage. La cour contrôle notamment le respect de croissante de l’arbitrage aujourd’hui.
l’ordre public international, la régularité de la sentence et
le respect de la procédure arbitrale.
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II- Les principaux intérêts de l’arbitrage B- La confidentialité de l’arbitrage
L’arbitrage présente plusieurs avantages par rapport à la Contrairement à la justice étatique, dont les jugements sont
justice étatique, notamment la rapidité et la confidentialité. publics, l’arbitrage est une justice confidentielle. Les
arbitres ont l’obligation de garder secrètes toutes les
A- La célérité de l’arbitrage informations relatives au litige. La violation de cette
confidentialité peut entraîner l’annulation de la sentence
La justice commerciale étatique est souvent lente. Un arbitrale.
commerçant peut attendre entre quatre et six ans pour
obtenir un jugement définitif, et les délais peuvent Cette confidentialité protège surtout les commerçants, qui
dépasser dix ans lorsqu’il existe une procédure collective. veulent préserver leur réputation et éviter que leurs litiges
soient connus du public ou de leurs clients. C’est pourquoi
Face à cette lenteur, l’arbitrage apparaît comme une les acteurs du commerce préfèrent souvent l’arbitrage à la
solution plus rapide. Le Code de l’arbitrage prévoit qu’en justice étatique.
principe le litige doit être réglé dans un délai de six mois
selon l’article 24. Aujourd’hui, dans le commerce international, l’arbitrage
est considéré comme le mode normal et naturel de
À titre exceptionnel, ce délai peut être prorogé une règlement des litiges commerciaux internationaux.
première fois de six mois, puis, exceptionnellement, d’une
seconde période de six mois
Mais le tribunal arbitral doit justifier cette prorogation. À
défaut de motivation, la sentence arbitrale risque
l’annulation.
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1ère Partie : La convention d’arbitrage soumettre leurs différends à l’arbitrage, soit pour tous les litiges, soit
pour certains seulement.
Les articles 2, 3, 4 et 6 définissent la notion de convention d’arbitrage, ses
conditions de validité ainsi que ses règles de preuve. La convention d’arbitrage a donc une nature contractuelle. Cela
signifie que la volonté des parties doit être clairement exprimée et
Section 1 : la notion de la convention d’arbitrage. commune. Si une seule partie accepte l’arbitrage tandis que l’autre le
Section 2 : la validité de la convention d’arbitrage. refuse, la convention d’arbitrage n’est pas valable.
Section 3 : la preuve de la convention d’arbitrage.
Paragraphe 2 : Les formes de la convention
d’arbitrage
Section 1 : La notion de la convention d’arbitrage l’article 3 du Code de l’arbitrage
Paragraphe 1 : la définition de la convention d’arbitrage ; La convention d’arbitrage peut prendre deux formes : la clause
Paragraphe 2 : les formes de la convention d’arbitrage. compromissoire et le compromis.
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B- Le compromis Section 2 : La validité de la convention d’arbitrage
Le compromis est une convention conclue après la naissance d’un En droit des contrats, la validité d’un contrat dépend de plusieurs
litige réel et déterminé. Contrairement à la clause compromissoire, il conditions essentielles : le consentement, la capacité, l’objet et la
intervient lorsque le conflit existe déjà. cause.
Selon l’article 17 du Code de l’arbitrage, le compromis doit préciser La convention d’arbitrage obéit également à ces règles générales,
clairement l’objet du litige ainsi que les noms des arbitres, sous mais son régime juridique diffère selon qu’il s’agit d’un compromis
peine de nullité. Cette exigence vise à éviter toute ambiguïté ou d’une clause compromissoire.
concernant le différend et l’identité des arbitres.
Il convient donc de distinguer :
L’article 17 semble appliquer cette obligation aussi bien au
compromis qu’à la clause compromissoire. Cependant, cela pose une A- La validité du compromis ;
difficulté, car il est impossible pour une clause compromissoire de B- La validité de la clause compromissoire.
prévoir à l’avance l’objet exact du litige et le nom des arbitres
puisque le conflit n’est pas encore né. A- La validité du compromis
La jurisprudence tunisienne a donc limité l’application de l’article 17 Le compromis est soumis aux règles générales du droit des contrats.
au seul compromis. Cette interprétation est considérée comme la Sa validité dépend donc de la réunion des conditions essentielles
plus correcte. Ainsi, seules les conventions conclues après la habituelles, notamment la capacité des parties et leur consentement
naissance du litige doivent obligatoirement préciser l’objet du conflit libre et éclairé.
et les arbitres.
Ainsi, le compromis ne connaît aucune règle particulière et reste
soumis au droit commun des contrats.
Cependant, le Code de l’arbitrage prévoit un régime particulier pour 1- La distinction de la clause compromissoire des autres
la clause compromissoire. Ce régime est prévu par l'article 61 du clauses du contrat
Code d'arbitrage « Le tribunal arbitral statue propre compétence
et sur toute opposition relative à l'existence ou à la validité de la En droit commun, toutes les clauses d’un contrat forment un
convention d'arbitrage. A cette fin, la clause Compromissoire, ensemble indivisible. Ainsi, une clause suit normalement le sort du
insérée dans le contrat, est considérée comme une convention contrat principal et ne peut pas être traitée séparément des autres
distincte de ses autres clauses. La constatation de nullité du clauses.
contrat par le tribunal n'entraîne pas de plein droit la nullité de
la clause compromissoire. » Cependant, le Code de l’arbitrage prévoit une exception pour la
clause compromissoire. Celle-ci est considérée comme une
La clause compromissoire est considérée comme une convention convention autonome et distincte des autres clauses du contrat. Le
indépendante des autres clauses du contrat. Par conséquent, la nullité législateur reconnaît donc l’existence d’une convention à l’intérieur
du contrat principal n’entraîne pas automatiquement la nullité de la d’une autre convention afin de protéger l’arbitrage.
clause compromissoire.
Cette autonomie signifie que les défauts ou les vices qui touchent le
L’article 61 donne aussi compétence au tribunal arbitral pour statuer contrat principal n’affectent pas automatiquement la validité de la
sur sa propre compétence ainsi que sur la validité de la convention clause compromissoire. Ce régime spécial permet de préserver le
d’arbitrage. Bien que cet article soit prévu pour l’arbitrage recours à l’arbitrage.
international, la jurisprudence tunisienne l’a étendu à l’arbitrage
interne.
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2- La nullité du contrat principal n’entraîne pas la nullité B- La jurisprudence : les clauses pathologiques
de la clause compromissoire
Dans la pratique, certaines clauses compromissoires comportent des
Selon la théorie générale du droit des contrats et l’article 325 du erreurs ou des irrégularités pouvant entraîner leur nullité. Or,
Code des Obligations et des Contrats, la nullité d’un contrat entraîne l’annulation de la clause pourrait conduire à l’échec de l’arbitrage.
normalement la nullité de toutes ses clauses, car le contrat est Pour éviter ce résultat, le droit tunisien a prévu deux mécanismes de
considéré comme un tout indivisible. La nullité est alors définie protection : le correctif légal et le correctif jurisprudentiel.
comme la sanction civile qui remet les parties dans l’état où elles se
trouvaient avant la conclusion du contrat. 1- Le correctif légal
Toutefois, l’article 61 du Code de l’arbitrage prévoit une règle Le correctif légal est prévu par l’article 60 du Code de l’arbitrage.
différente : la nullité du contrat principal n’entraîne pas Cet article considère la clause compromissoire comme une
automatiquement la nullité de la clause compromissoire. Ainsi, convention indépendante des autres clauses du contrat. Ainsi, même
même si le contrat est annulé, la clause compromissoire peut rester si le contrat principal est annulé, la clause compromissoire peut
valable et permettre le recours à l’arbitrage. rester valable.
Cette solution est inspirée du droit français, de la loi type de la Cette règle constitue une exception au droit commun des contrats,
CNUDCI et de certains droits arabes. Elle a pour objectif de selon lequel la nullité du contrat entraîne la nullité de toutes ses
favoriser et protéger l’arbitrage. La jurisprudence tunisienne a clauses. Cette exception vise à préserver la validité de la clause
également adopté une interprétation favorable à l’arbitrage en compromissoire et, par conséquent, à garantir l’efficacité de
validant même certaines clauses compromissoires dites l’arbitrage.
pathologiques.
2- Le correctif jurisprudentiel : la clause pathologique
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La composante principale : c’est la volonté des parties de référence dans un contrat à un document contenant une clause
recourir à l’arbitrage. Cette partie reste valable. compromissoire peut également valoir convention d’arbitrage si
La composante accessoire : elle concerne les éléments cette référence est claire.
spécifiques de la clause, comme la désignation des arbitres
ou de l’institution arbitrale. C’est généralement cette partie La question principale est de savoir si l’écrit constitue une condition
qui contient les erreurs. de validité ou simplement un moyen de preuve de la convention
d’arbitrage. La doctrine et la jurisprudence tunisiennes considèrent
Les articles 18 et 55 du Code de l’arbitrage illustrent ce que l’écrit est uniquement un moyen de preuve et non une condition
mécanisme. de validité.
L’article 18 prévoit que lorsque les parties ne parviennent pas Trois arguments soutiennent cette solution :
à nommer un arbitre, le président du Tribunal de première
instance peut intervenir en arbitrage interne, tandis qu’en Argument logique : le droit tunisien cherche à protéger l’efficacité
arbitrage international la compétence appartient au premier de l’arbitrage. Annuler une convention pour une simple
président de la Cour d’appel. Si les parties se trompent dans irrégularité formelle irait contre le principe de l’efficacité de
cette désignation, la clause est considérée comme l’arbitrage.
pathologique, mais l’arbitrage reste en principe valable. Argument légal : la version arabe de l’article 6 montre que l’écrit
est envisagé comme un moyen de preuve.
Enfin, dans certaines situations, la convention d’arbitrage ne Argument jurisprudentiel : la jurisprudence tunisienne considère
pose pas un problème de validité mais seulement un de façon constante que l’écrit sert seulement à prouver
problème de preuve. l’existence de la convention d’arbitrage.
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2ème Partie : La procédure de l’arbitrage Paragraphe 1 : La constitution du tribunal arbitral
La procédure arbitrale suit un ordre chronologique. Elle comprend L’article 10 du Code de l’arbitrage prévoit que l’arbitre doit être une
trois grandes phases : le déclenchement de la procédure, son personne physique majeure, compétente, jouissant de tous ses droits
déroulement et sa clôture. civils, et présentant des garanties d’indépendance et d’impartialité à
l’égard des parties.
Section 1 : Le déclenchement de la
procédure arbitrale Avant d’étudier la constitution du tribunal arbitral, il est nécessaire
de présenter les conditions que doit remplir l’arbitre. En effet,
Contrairement au procès devant la justice étatique, la procédure l’arbitre est un juge privé et doit répondre à des conditions
arbitrale présente plusieurs particularités dès son commencement. particulières différentes de celles du juge étatique.
Cette section étudie notamment : Si la convention d’arbitrage désigne une personne morale, celle-ci ne
peut pas agir elle-même comme arbitre ; sa mission se limite à
Paragraphe 1 : la constitution du tribunal arbitral ; désigner les membres du tribunal arbitral.
Paragraphe 2 : le commencement de la procédure arbitrale ;
Paragraphe 3 : les obligations des parties ; Les principales conditions exigées pour être arbitre sont :
Paragraphe 4 : le coût de l’arbitrage ;
Paragraphe 5 : les délais de l’arbitrage. a- La personne physique
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Malgré cette différence, l’arbitre doit toujours être une personne Lorsque les parties choisissent un autre droit, ces incidents sont
physique. Même lorsqu’une institution d’arbitrage intervient, le appréciés selon ce droit étranger.
tribunal arbitral est composé uniquement de personnes physiques.
Ainsi, pour être arbitre en droit tunisien, il faut avoir atteint l’âge de
Ainsi, qu’il s’agisse d’un arbitrage ad hoc ou institutionnel, le litige 18 ans et être exempt des incidents légaux affectant la capacité. En
est toujours tranché par des arbitres personnes physiques, qui plus de cette condition, l’arbitre doit également être compétent.
doivent également remplir les autres conditions prévues par la loi,
notamment la majorité. c- La compétence
Si les parties appliquent le droit tunisien, la majorité est L’incompétence de l’arbitre peut être invoquée par une partie après
définie selon les dispositions du Code des Obligations et des le prononcé de la sentence arbitrale, dans le cadre d’une action en
Contrats et du Code du Statut Personnel. En droit tunisien, annulation de cette sentence.
l’âge de la majorité est fixé à 18 ans.
Si les parties choisissent un droit étranger, la majorité sera La jurisprudence tunisienne a illustré cette question lorsqu’une
déterminée selon ce droit applicable au litige. décision de la Cour d’appel de Tunis, fondée sur l’article 56 du Code
de l’arbitrage, a désigné un spécialiste du droit pénal comme arbitre
Il en est de même pour les incidents de la majorité. En droit tunisien, dans un litige relatif à un contrat d’assurance. Cette nomination a été
les articles 167 et suivants du Code du Statut Personnel considèrent critiquée car elle ne respectait pas l’exigence de compétence adaptée
comme incidents de la majorité la prodigalité et la faiblesse d’esprit. à la nature du litige.
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En plus d’être compétent, l’arbitre doit également jouir de ses droits d’amitié, de proximité ou toute autre relation personnelle pouvant
civils. influencer son jugement et l’empêcher de statuer avec objectivité et
loyauté.
d- La jouissance des droits civils
En pratique, les questions d’impartialité et de neutralité donnent lieu
L’arbitre doit jouir de tous ses droits civils. Cela signifie qu’il ne à un important contentieux en jurisprudence tunisienne. La violation
doit pas être privé ou interdit d’exercer certains droits dans les cas de ces conditions peut être invoquée :
prévus par la loi.
Pendant la procédure arbitrale, dans la phase préparatoire
Comme le juge étatique, l’arbitre ne peut pas accomplir certains de l'affaire et avant les plaidoiries, à travers une action en
actes susceptibles de créer un conflit d’intérêts. Par exemple, il ne récusation de l’arbitre conformément à l’article 22 du Code
peut pas conclure des contrats concernant des biens ou des affaires de l’arbitrage.
faisant l’objet du litige qu’il doit trancher. Après le prononcé de la sentence arbitrale, dans le cadre
d’une action en annulation de la sentence, selon l’article 42
Les conditions relatives à la qualité de personne physique, à la pour l’arbitrage interne et l’article 78 pour l’arbitrage
majorité, à la compétence et à la jouissance des droits civils ne international.
posent généralement pas de difficultés en pratique. En revanche, les
conditions d’indépendance et d’impartialité soulèvent davantage de Lorsque toutes les conditions légales sont réunies, l’arbitre accepte
problèmes dans la procédure arbitrale. sa mission et la procédure arbitrale peut alors commencer.
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Paragraphe 2 : Le commencement du procès Paragraphe 3 : Les obligations des parties à
arbitral l’arbitrage
Le procès arbitral commence lorsqu’un litige naît entre les parties au Les parties à l’arbitrage, comme dans un procès judiciaire, sont le
contrat et que la partie demanderesse invoque la clause demandeur et le défendeur. Elles ont plusieurs obligations,
compromissoire. Cette partie nomme alors son arbitre et notifie cette notamment le paiement des honoraires des arbitres, le respect du
nomination à la partie défenderesse. calendrier arbitral et la signature de l’acte de mission.
Deux situations peuvent ensuite se présenter : A- L’obligation de payer les honoraires des arbitres
Première situation : la partie défenderesse diligente à la Contrairement à la justice étatique, l’arbitrage est une justice
nomination de son propre arbitre et à la notification de cette payante. Les parties doivent supporter les honoraires des arbitres
nomination à la partie demanderesse. Les deux arbitres ainsi que les frais de la procédure arbitrale.
choisissent ensuite, avec l’accord des parties, le président du
tribunal arbitral. L’évaluation des honoraires dépend du type d’arbitrage :
Deuxième situation : la partie défenderesse refuse ou néglige de
nommer son arbitre. Cette attitude peut constituer une En arbitrage institutionnel, les centres d’arbitrage prévoient dans
manœuvre dilatoire destinée à retarder la procédure arbitrale. leurs règlements des critères objectifs de fixation des honoraires.
Ceux-ci sont généralement calculés selon les enjeux financiers du
Pour éviter ce type de retard, l’article 9 du Code de l’arbitrage litige. Les parties versent les frais à l’institution, qui paie ensuite
prévoit que, sauf convention contraire des parties, la procédure les arbitres.
arbitrale commence dès que la demande de soumettre le litige à En arbitrage ad hoc, il n’existe pas de règles précises. Les arbitres
l’arbitrage est reçue par le défendeur. fixent souvent leurs honoraires en s’inspirant des pratiques des
institutions arbitrales et des enjeux économiques de l’affaire.
Cette règle est supplétive, ce qui signifie que les parties peuvent
fixer une autre date pour le commencement de la procédure arbitrale. Les frais d’arbitrage peuvent être très élevés, ce qui constitue parfois
une limite à l’efficacité et à l’accessibilité de l’arbitrage. Toutefois,
En plus de l’obligation de constituer le tribunal arbitral, les parties les institutions arbitrales assurent généralement une certaine
doivent également respecter d’autres obligations au cours de transparence grâce à des barèmes objectifs.
l’arbitrage.
En Tunisie, le nombre de centres d’arbitrage a fortement augmenté
après 2011, notamment à cause du passage d’un régime
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d’autorisation à un régime de simple déclaration pour les
associations. Cependant, la pratique montre que plusieurs centres se
consacrent surtout à la formation en arbitrage sans véritable activité B- L’acte de mission
contentieuse. Le droit tunisien ne réglemente pas suffisamment les
institutions arbitrales, contrairement à certains pays comme la Libye L’acte de mission n’est pas prévu par la loi ; il provient de la
qui ont prévu des règles spécifiques pour leur organisation et leur pratique arbitrale européenne. Il s’agit d’un document écrit signé par
fonctionnement. les parties et leurs avocats, ainsi que par le tribunal arbitral
représenté par son président.
Concernant le moment du paiement, le tribunal arbitral peut
demander le règlement de ses honoraires à tout moment de la En principe, l’acte de mission est signé au siège de l’arbitrage en
procédure. En pratique, les arbitres exigent souvent une provision présence de toutes les parties. Il contient plusieurs informations
avant de commencer leur mission. importantes, notamment :
Si les parties modifient leurs demandes ou introduisent une demande l’identité des parties ;
reconventionnelle, le tribunal arbitral peut augmenter ses honoraires l’identité des arbitres ;
afin de tenir compte du travail supplémentaire. Certains tribunaux le calendrier de l’arbitrage ;
prévoient également des honoraires supplémentaires lorsque les les règles de procédure ;
délais d’arbitrage sont prolongés, à condition que cela soit prévu toute précision utile concernant le déroulement de l’arbitrage.
dans l’acte de mission.
L’acte de mission constitue une garantie importante pour les parties
et le tribunal arbitral, car il permet de protéger leurs droits et d’éviter
les contestations ultérieures.
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Ainsi, il ne faut pas confondre principe et règle juridique. Pour cette
raison, une partie de la doctrine considère que l’expression utilisée
C- Le respect des règles fondamentales de la procédure par l’article 13 n’est pas totalement appropriée.
Le législateur tunisien n’a pas défini précisément les règles En pratique, la jurisprudence tunisienne emploie plus souvent
fondamentales de la procédure arbitrale. Toutefois, l’article 13 du l’expression « règles fondamentales de la procédure » que celle de «
Code de l’arbitrage prévoit que, dans tous les cas, les principes principes fondamentaux ».
fondamentaux de la procédure civile et commerciale, notamment les
droits de la défense, doivent être respectés. 2- La pratique judiciaire
Pour comprendre cette notion, il faut distinguer entre les textes En pratique, les règles fondamentales de la procédure sont souvent
juridiques et la pratique judiciaire. invoquées dans le cadre d’une action en annulation d’une sentence
arbitrale. La partie demanderesse demande alors l’annulation de la
1- Les règles fondamentales de la procédure dans les sentence en soutenant qu’une règle fondamentale de la procédure a
textes été violée, notamment les droits de la défense prévus par l’article 13
du Code de l’arbitrage.
L’article 13 utilise l’expression « principes fondamentaux de la
procédure ». Cependant, cette expression ne correspond pas La jurisprudence tunisienne, et particulièrement la Cour de
exactement à la terminologie adoptée par la jurisprudence cassation, utilise généralement l’expression « règles fondamentales
tunisienne, qui préfère parler de « règles fondamentales ». de la procédure » plutôt que « principes fondamentaux ». Parmi ces
règles fondamentales, on retrouve principalement :
La différence entre principe et règle est importante :
le respect des droits de la défense ;
Le principe est une idée générale servant de fondement ou l’égalité entre les parties ;
de référence à plusieurs règles juridiques. le principe du contradictoire.
La règle juridique est une disposition précise et applicable
directement. La majorité des décisions de la Cour de cassation en matière
d’annulation des sentences arbitrales se fondent sur la violation des
Par exemple, le principe de liberté peut donner naissance à plusieurs règles fondamentales de la procédure.
règles comme la liberté de commerce ou la liberté de conviction.
Une partie de la doctrine considère donc qu’il serait préférable de
réformer l’article 13 du Code de l’arbitrage afin de remplacer
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l’expression « principes fondamentaux » par « règles fondamentales
», jugée plus précise juridiquement.
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Avant le début effectif de la procédure arbitrale, certaines étapes les mémoires et conclusions des parties ;
préparatoires doivent être accomplies. La partie qui souhaite engager la date des audiences de plaidoirie.
l’arbitrage commence par désigner son arbitre puis notifie cette
nomination à la partie adverse par huissier ou notaire, en lui En revanche, la date du prononcé de la sentence arbitrale n’est pas
demandant de nommer son propre arbitre dans un délai déterminé. fixée à l’avance, car elle dépend du respect du délai légal de six mois
ou d’une éventuelle prorogation.
La partie défenderesse peut alors adopter deux attitudes : une
attitude de diligence ou une attitude de négligence. La signature de l’acte de mission marque le commencement effectif
de la procédure arbitrale.
1- L’attitude de diligence
2- L’attitude de négligence
Lorsque le défendeur agit avec diligence, il nomme son arbitre dans
le délai fixé et notifie cette nomination au demandeur. Les deux Il arrive que le défendeur adopte des manœuvres dilatoires afin de
parties s’accordent ensuite sur la désignation du président du tribunal retarder ou empêcher l’arbitrage. Après avoir reçu la notification de
arbitral. nomination de l’arbitre, il peut garder le silence et refuser de
désigner son arbitre malgré l’expiration du délai.
Une fois le tribunal constitué, les arbitres convoquent les parties et
leurs avocats au siège de l’arbitrage pour signer l’acte de mission. Dans ce cas, le demandeur adresse souvent une seconde notification
Ce document est préparé par le tribunal arbitral puis discuté et validé rappelant sa demande. Si le défendeur persiste dans son silence, le
par les parties. demandeur peut saisir la justice afin d’obtenir la nomination
judiciaire de l’arbitre.
L’acte de mission contient généralement :
En matière d’arbitrage interne, cette demande est fondée sur
les informations personnelles des parties ; l’article 18 du Code de l’arbitrage et adressée au président du
les adresses postales et électroniques ; Tribunal de première instance du siège de l’arbitrage.
les noms des avocats ; En matière d’arbitrage international, la demande est présentée au
le calendrier de l’arbitrage. premier président de la Cour d’appel compétente.
Le calendrier fixe les différentes étapes de la procédure : Après la nomination judiciaire de l’arbitre, la procédure arbitrale
peut commencer normalement.
la requête introductive d’instance ;
la réponse du défendeur ;
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La doctrine critique les comportements dilatoires et insiste sur la Après réception de ce résumé, le tribunal arbitral invite le défendeur
nécessité de développer une véritable culture de l’arbitrage fondée à présenter à son tour ses demandes et éventuellement une demande
sur le respect du principe de célérité. reconventionnelle.
La procédure arbitrale comprend trois phases principales : Au cours de la phase préparatoire, les parties échangent leurs
mémoires, conclusions et pièces justificatives. Il peut arriver qu’une
la phase préparatoire ; ou les deux parties demandent des délais supplémentaires en dehors
la phase des plaidoiries ; du calendrier fixé dans l’acte de mission.
la phase du verdict.
La question se pose alors de savoir si le tribunal arbitral peut
Paragraphe 1 : La phase préparatoire accepter cette prolongation. En principe, l’article 24 du Code de
l’arbitrage, relatif au délai de six mois pour rendre la sentence
La phase préparatoire débute par la présentation de la requête arbitrale, ne peut pas servir de fondement direct à la prolongation
introductive d’instance par le demandeur, puis se poursuit par des délais de la phase préparatoire. Cet article concerne uniquement
l’échange des conclusions entre les parties. l’impossibilité pour le tribunal arbitral de rendre sa décision dans le
délai légal.
A- La requête introductive
Cependant, la prolongation des délais de la phase préparatoire peut
La requête introductive d’instance constitue normalement la être justifiée par le respect des droits de la défense, considérés
première étape de la procédure arbitrale. Elle permet au demandeur comme une règle fondamentale de la procédure arbitrale. Ainsi,
d’exposer ses demandes et les fondements de son action. lorsqu’une partie demande un délai supplémentaire, elle doit justifier
cette demande. Si elle ne fournit aucun motif sérieux, le tribunal
Cependant, la pratique arbitrale a développé une méthode arbitral peut refuser la prolongation.
particulière : avant même la requête complète, le tribunal arbitral
peut demander au demandeur de présenter un résumé détaillé de ses Le principe d’égalité entre les parties doit également être respecté. Si
demandes pécuniaires. le tribunal arbitral accorde un délai supplémentaire à une partie pour
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produire de nouvelles pièces ou conclusions, il doit accorder le 1- L’établissement du débordement de la plaidoirie
même délai à l’autre partie afin de préserver l’équilibre de la
procédure. Pour prouver qu’il y a eu débordement, l’avocat de la partie adverse
doit réagir immédiatement pendant l’audience. Il doit :
L’article 63 du Code de l’arbitrage prévoit expressément, en matière
d’arbitrage international, que les parties doivent être traitées sur un signaler au tribunal arbitral que l’adversaire dépasse les
pied d’égalité et que chacune doit pouvoir faire valoir ses droits. conclusions écrites ;
Même si une disposition identique n’existe pas pour l’arbitrage préciser les passages concernés ;
interne, le principe d’égalité reste garanti : demander que cette irrégularité soit mentionnée dans le procès-
verbal.
par l’article 13 du Code de l’arbitrage, qui protège les règles
fondamentales de la procédure et notamment les droits de la Le débordement n’est pas retenu lorsque les arguments présentés
défense ; oralement existent déjà dans les mémoires échangés ou lorsque le
par la jurisprudence tunisienne, qui applique constamment le tribunal demande lui-même des explications complémentaires à une
principe d’égalité aussi bien à l’arbitrage interne qu’à partie.
l’arbitrage international.
2- Le débordement comme motif d’annulation de la
Ainsi, les parties bénéficient des mêmes garanties pour l’échange sentence arbitrale
des mémoires et conclusions, ainsi que lors des plaidoiries.
Lorsqu’un débordement est établi, la partie lésée peut demander
Paragraphe 2 : La phase de plaidoirie l’annulation de la sentence arbitrale sur la base de l’article 42 du
Code de l’arbitrage. Cet article permet l’annulation lorsque les règles
La phase de plaidoirie correspond à la présentation orale des fondamentales de la procédure ne sont pas respectées.
arguments devant le tribunal arbitral. Les avocats doivent respecter
strictement les conclusions et mémoires déjà échangés entre les Le débordement est considéré comme une atteinte :
parties. Ils ne peuvent pas présenter de nouveaux arguments ou
demandes qui ne figurent pas dans les écritures. au droit de la défense ;
au principe d’égalité entre les parties ;
Si une partie dépasse le contenu des conclusions écrites pendant sa au principe du contradictoire.
plaidoirie, cela constitue un débordement susceptible de porter
atteinte aux droits de la défense et au principe d’égalité entre les Après la clôture des plaidoiries, le tribunal arbitral met l’affaire en
parties. délibéré afin de préparer la sentence arbitrale.
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Paragraphe 3 : La phase de délibération et de
verdict
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Chapitre 1er : la sentence arbitrale proprement
dite
un contrôle en vue de l’exequatur, qui permet de lui donner Contrairement aux décisions des juges étatiques, qui doivent
force exécutoire ; comporter des mentions obligatoires prévues par le Code de
un contrôle en vue de l’annulation, qui permet de vérifier sa procédure civile et commerciale, la sentence arbitrale obéit à des
régularité et sa validité. règles spécifiques prévues par le Code de l’arbitrage :
Ainsi, l’étude de la sentence arbitrale se divise en deux grandes article 75 pour l’arbitrage international ;
article 30 pour l’arbitrage interne.
parties :
Elle doit également être signée par les arbitres. En cas de refus ou
d’impossibilité de signature par un ou plusieurs arbitres, cela doit
être mentionné dans la sentence.
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La sentence reste valable si elle est signée par la majorité des Toutefois, cette règle de conformité ne s’applique pas lorsque les
arbitres. À défaut de majorité, le président du tribunal arbitral peut arbitres statuent en amiable composition, conformément à l’article
rendre seul la sentence, à condition d’en faire mention ; dans ce cas, 14 du Code de l’arbitrage.
sa signature suffit.
Dans ce cas, les arbitres ne sont pas tenus d’appliquer strictement les
Ainsi, la forme de la sentence arbitrale repose sur deux éléments règles de droit, mais statuent selon l’équité, à condition que les
essentiels : parties le leur aient expressément accordé dans la convention
d’arbitrage.
les mentions obligatoires ;
la règle de majorité dans la signature et l’adoption de la sentence. 👉 L’amiable composition signifie donc :
a- Les mentions obligatoires décision fondée sur l’équité et non sur la loi ;
liberté plus large accordée aux arbitres.
L’article 30 du Code de l’arbitrage distingue un principe et une
exception concernant les mentions obligatoires de la sentence 🔹 Le fondement de l’exception
arbitrale en arbitrage interne.
Le législateur a prévu cette exception car, en amiable composition,
🔹 Le principe la sentence ne repose pas sur une application stricte du droit. Il n’est
donc pas nécessaire d’exiger toutes les mentions formelles du
En principe, la sentence arbitrale doit contenir les mêmes mentions jugement étatique prévues à l’article 123 CPC.
obligatoires qu’un jugement étatique, conformément à l’article 123
du Code de procédure civile et commerciale. 🔹 Conclusion
Cette exigence s’explique par la proximité entre la justice arbitrale et Même en amiable composition, la sentence arbitrale doit toujours
la justice étatique : toutes deux rendent des décisions destinées à respecter deux exigences essentielles :
trancher un litige.
être signée par les arbitres ;
Ainsi, la sentence doit respecter les formalités classiques des être adoptée à la majorité conformément à l’article 30 du Code
décisions judiciaires (identité des parties, motivation, dispositif, de l’arbitrage.
etc.).
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2- La date de la sentence arbitrale
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