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Cours 08

Le document traite des distorsions audio, en particulier celles causées par les tubes électroniques, et explore les raisons pour lesquelles certains amplificateurs, malgré des taux de distorsion mesurables très faibles, peuvent produire un son désagréable. Il explique également la courbe de transfert des triodes et comment les distorsions harmoniques et d'intermodulation affectent la qualité sonore. Enfin, il souligne l'importance de comprendre ces phénomènes pour apprécier la haute qualité sonore.

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Cours 08

Le document traite des distorsions audio, en particulier celles causées par les tubes électroniques, et explore les raisons pour lesquelles certains amplificateurs, malgré des taux de distorsion mesurables très faibles, peuvent produire un son désagréable. Il explique également la courbe de transfert des triodes et comment les distorsions harmoniques et d'intermodulation affectent la qualité sonore. Enfin, il souligne l'importance de comprendre ces phénomènes pour apprécier la haute qualité sonore.

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8EME PARTIE

Et si on parlait : « tubes » © La reproduction et l’utilisation même partielle de tout article extrait de la revue Electronique Pratique sont interdites - LED 181

DISTORSIONS ? VOUS AVEZ


DIT « DISTORSIONS »...

Durant le second conflit mondial, dès 1940, les constructeurs jouèrent la carte de la
miniaturisation et en corollaire la chasse aux capacités parasites. Ce module équipé de
six tubes sub-miniatures fabriqués dans les années 50 en est la parfaite illustration

Qui ne s’est jamais posé la question suivante : « Pourquoi


des préamplificateurs ou des amplificateurs, présentant
des taux de distorsion harmonique de 0,001 %, autant dire
non mesurables, sonnent-ils comme de vieilles casseroles
d’occasion cabossées » ? Pourquoi un « SRPP » a-t-il un
son si particulier (au demeurant non désagréable) ?
Pourquoi le son de cet engin, parfait à un niveau donné,
change-t-il du tout au tout à un niveau différent ? Et ainsi de
suite.

outes les questions posées autant y aller gaiement avant de passer à

T en introduction ont des


réponses non ésotériques
mais bien physiques, croyez-
moi, qui rendent l’approche de la haute
qualité sonore aussi délicate, et il faut
la suite du feuilleton et d’étudier un peu
plus à fond ce que sont ces fichues dis-
torsions dont tout le monde parle !…

LES CONSÉQUENCES
bien le dire aussi passionnante. Avant DE LA COURBURE DE LA
d’entrer dans les arcanes du savoir-faire COURBE DE TRANSFERT
en audio (et Dieu sait s’il y en a !) et
comme dans notre dernière causerie Reportez-vous aux figures 6, 7a et 7b de
nous avons abordé le problème de la dis- notre dernier cours (Led n°180). Nous
torsion en fonction de la droite de char- avons montré qu’en fonction du point de
ge, de la courbe de transfert et du point fonctionnement choisi sur la courbe de
de fonctionnement sur ladite courbe, transfert d’une triode, la jolie sinusoïde

6
DISTORSIONS
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Figure 1 : Courbe de
transfert « idéalisée »,
telle qu’elle serait tra-
cée d’après un réseau
lui aussi « idéalisé ». La
sinusoïde inférieure
appliquée sur la grille
(axe Vg) serait ampli-
fiée avec un taux de
distorsion nul : le
rêve ! (sinusoïde supé-
rieure). L’axe Ot repré-
sente le temps car il
s’agit d’un signal
périodique

Figure 2 : La triste réalité de la « vraie » courbe de


transfert d’une triode, à comparer avec la courbe
« idéalisée » de la figure 1. Remarquez la déforma-
tion de la sinusoïde lorsque la courbe est balayée
à 100 %. Dans la pratique, on évitera de balayer la
totalité de la courbe afin de rester dans la partie à
peu près droite de la caractéristique, ce qui est
matériellement impossible dans le cas d’un étage
de puissance mono-triode, à moins de se conten-
ter de quelques milliwatts de puissance !

Figure 3 : Décomposition de la sinusoïde déformée (traits interrompus)


que nous avons obtenue après l’amplification de la figure 2, en une sinu-
soïde parfaite (trait plein) appellée « fréquence fondamentale » et une peti-
te sinusoïde du double de la fréquence (traits pointillés) appellée « harmo-
nique 2 ». La somme géométrique de la fondamentale plus la seconde
harmonique va reconstituer la « patate » amplifiée de la figure 2 (lire texte)

appliquée à l’entrée de notre montage de commentaire, la sinusoïde est parfai- Il y a du théorème de Pythagore là-des-
était bien amplifiée, mais malheureuse- te. En 2, à la sortie, la sinusoïde est sous, croyez-moi sur parole ! Ia est la
ment était bancale à la sortie. magnifiquement déformée, si j’ose valeur effective du courant total traver-
Sur la figure 1, nous avons représenté dire !… Regardez bien cette sinusoïde sant l’anode du tube…. donc du tube.
une courbe de transfert Ia = f (Vg) parfai- déformée, vous constatez qu’elle est Maintenant, observez la figure 3 :
tement droite telle qu’on l’aurait tracée asymétrique. Il serait trop long et fasti- qu’avons-nous représenté là ? En trait
en partant d’un réseau idéalisé Ia = f (Va) dieux d’entrer dans la démonstration plein, la sinusoïde parfaite que nous
à Vg = constante (voir Led n°179). mathématique du résultat, nous nous devrions obtenir : c’est elle que l’on
La perfection n’existant pas en ce bas bornerons par conséquent à une som- appellera la « fréquence fondamentale ».
monde, la figure 2 nous montre une maire étude graphique. Car ce qui impor- En traits interrompus, nous avons tracé
courbe de transfert plus proche de la te est le résultat final. la courbe réelle que nous obtenons à la
réalité (bien que fort esthétique pour les Sur la figure 2, nous allons noter les sortie de notre montage. Comment
besoins de la démonstration) correspon- intensités instantanées du courant Ia, diable passer de l’une à l’autre ? C’est on
dant à une triode imaginaire. Sur les nous les appellerons I1, I2, I3, I4… In. ne peut plus simple : prenez le sommet
courbes 1 et 2, nous avons tracé, à Nous pourrons écrire que : de la sinusoïde parfaite « A » (trait plein)
gauche, la sinusoïde à l’entrée du mon- et le sommet de la sinusoïde « défor-
tage et, à droite, la sinusoïde obtenue à Ia = I12 + I22 + I32 + I42... + In2 mée » « A’ » (trait interrompu). En repor-
la sortie. Sur la courbe obtenue en 1, pas tant sur le même axe le point que nous

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ET SI ON PARLAIT : « TUBES »
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Ceci signifie que le signal à la sortie de torsion puisse être calculé en partant de
notre montage contiendra, hors la fré- la courbe de transfert (pour les mathé-
quence fondamentale, une série de fré- maticiens : à travers des séries exponen-
quences qui seront des multiples de tielles), jamais vous n’aurez à le faire.
cette fréquence et que nous appellerons Deux appareils de mesure bien particu-
« harmoniques de la fréquence fonda- liers vous donneront tout de suite le
mentale » et qui seront notées h1, h2, résultat que vous attendez.
h3… hn. Tout d’abord, le distorsiomètre, engin
Par exemple, si la fréquence fondamen- quasi indispensable qui vous donnera
tale est de 1000 Hz, nous aurons : directement la valeur totale de la distor-
h1 = 1000 Hz, h2 = 2000 Hz, h3 = 3000 Hz, sion en pourcentage de la fondamentale.
h4 : 4000 Hz, etc. Ensuite, si vous avez les moyens, l’ana-
Et la distorsion harmonique alors ? lyseur de spectre qui, comme son nom
De même que nous pouvons écrire que l’indique, vous fournira les valeurs rela-
le courant total sera tives des différents harmoniques dont la
racine carrée de la somme des carrés
Figure 4 : Ia = I12 + I22 + I32 + I42... + In2 vous donnera le taux de distorsion total.
Courbe de transfert « agréablement » Il est encore trop tôt dans notre cours
arrondie d’une triode. La décomposi- sur la courbe de transfert, nous pouvons pour entrer dans le détail de l’utilisation
tion dite en « série de Fourier » du
contenu harmonique de la fréquence écrire exactement la même chose sur la de ces engins que nous étudierons plus
contiendra, hors l’harmonique 2 pré- représentation de la figure 3, les courants tard (figure 5).
pondérante, une infinité décroissante I1, I2, I3 représentant la valeur instanta-
de fréquences multiples de la fonda-
mentale (lire texte) née du courant des différents harmo- ET NOTRE TRIODE
niques. On pourra écrire que le taux de DANS TOUT CELA ?
avons obtenu « a », il ne faut pas être distorsion sera la racine carrée du rap-
polytechnicien pour comprendre que port de la somme des carrés des cou- Rassurez-vous, nous ne l’oublions pas. Il
géométriquement, en se référant à l’axe rants des harmoniques de la fondamen- me paraissait important de sortir des
O, la distance « Oa » plus la distance tale divisée par le carré du courant de la sentiers habituels du cours d’électro-
« OA » est égale à la distance « OA’ ». fondamentale (ouf !). Ce qui s’écrit : nique pour entrer plus dans le détail et
Si vous répétez cette manœuvre pour creuser plus à fond des phénomènes
tous les points des deux courbes (traits I22 + I32 + I42 + I52... + In2 habituellement laissés dans l’ombre.
pleins et interrompus), vous verrez appa- d tot = I12 Donc, revenons à notre triode. Pour nous
raître avec surprise une petite sinusoïde résumer, sachez que la forme de la cour-
dont la fréquence sera exactement le Or, dans tous les cas, la distorsion, par be de transfert de ce composant actif
double de la fréquence fondamentale. exemple du second harmonique par rap- fort sympathique fait que les distorsions
Cette petite sinusoïde s’appelle le « pre- port à la fondamentale, sera : fabriquées par le tube sont essentielle-
mier harmonique » ou « harmonique ment formées par le second harmonique,
d2 = I2
pair » du signal fondamental. I1 donc de l’harmonique pair. Le problème
En réalité, nous avons terriblement sim- est que, harmonique pair ou non, il s’agit
plifié le problème par le fait que notre De même, pour le troisième harmonique de distorsion. Et qui dit « distorsion »,
courbe de transfert de la figure 2 est suppose altération du signal contre
d3 = I3
quasi idéale ! En réalité, la vraie courbe I1 laquelle on doit lutter violemment !
de transfert aurait plutôt la forme de la Pour ce qui concerne les autres tubes, et
figure 4, agréablement arrondie. Dans ce et les suivants. en particulier la pentode, nous verrons
cas, notre sinusoïde finale aura une On pourra donc écrire, et cela est la for- plus loin, lorsque nous les étudierons,
forme plus complexe et un monsieur qui mule de base de la distorsion, la seule que la forme en S de la courbe de trans-
s’appelait Joseph Fourier démontra, dès que vous avez à retenir : fert est génératrice d’une prédominance
le début du XIXe siècle, que toute fonc- d’harmoniques impairs… à un taux
tion « périodique » pouvait se décompo- d tot = d22 + d32 + d42... + dn2 généralement bien moins élevé que les
ser en une infinité de fonctions sinusoï- harmoniques pairs de la triode ! N’allons
dales élémentaires. Rassurez-vous, bien que le taux de dis- pas trop vite car il existe une autre forme

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DISTORSIONS
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Figure 5 :
Spectre de distorsion harmonique d’un
amplificateur monotriode dont nous tai-
rons le nom par charité ! De gauche à
droite : à l’extrême gauche, la fondamen- Figure 6 : Figure 7 :
tale puis, dans l’ordre, H2, H3, H4, H5, etc. A gauche, courbe de transfert idéale d’une Forme réelle de la courbe de la
Curieusement, H2 a un niveau plus faible triode. A droite, courbe de la pente dyna- pente dynamique d’une triode en
que H3, ceci grâce à l’utilisation d’une mique idéale correspondante. Dans ce cas fonction de la tension de
contre-réaction. Rassurez-vous, le taux de idéal S (ou gm) va rester constante et tomber grille -Vg. Laquelle dynamique va
distorsion de cet amplificateur n’est que brutalement à zéro au cut off du tube. On est varier tout au long de la courbe
de 0,4 %... riche en harmoniques ! malheureusement ici loin de la réalité de transfert du tube

de distorsion bien plus insidieuse que les l’ordre de 10 % ! On aime ou non, mais courbe de transfert était linéaire, mais
distorsions harmoniques fabriquées par c’est dans le « ton ». ceci au détriment de la « pente dyna-
la courbure de la courbe de transfert, ce L’intermodulation, elle, va provoquer un mique ». Or, qu’est ce que la « pente
sont les « distorsions d’intermodulation ». son « soufflant » ou « chuintant » souvent dynamique » ? Comme la pente statique,
agressif. C’est le son de nombreux elle est mesurée en milliampères par
DISTORSIONS amplificateurs et préamplificateurs à volts et correspond à la variation du cou-
D’INTERMODULATION semi-conducteurs. Nous verrons plus rant de plaque ∆Ia en fonction de la
loin, lorsque nous étudierons la contre- variation de la tension de grille ∆Vg.
Appelées aussi « distorsions de trans- réaction, que cette dernière agit (en la Nous pourrions la tracer, comme nous
modulation ». Croyez-moi, celles-là c’est diminuant) sur la distorsion harmonique, avions tracé la pente statique (Led
l’horreur totale ! Il n’est pas question ici mais n’a pratiquement aucune action sur n°176) et si on la traçait, on se rendrait
d’entrer dans la théorie complexe des l’intermodulation, bien au contraire, ce compte qu’elle n’est pas une droite…
phénomènes d’intermodulation, mais qui fait que beaucoup d’amplificateurs loin s’en faut !
nous allons essayer de comprendre phy- dits « sans contre-réaction » procurent Dans le cas d’une courbe de transfert
siquement, à travers une approche sim- parfois des résultats auditifs satisfai- idéalisée, la courbe de la pente dyna-
plifiée bien qu’exacte, la réalité des per- sants, tout simplement parce que c’est mique aurait la forme d’un rectangle
turbations. leur taux de distorsion harmonique telle- comme sur la figure 6.
Tant qu’il s’agissait d’honnêtes distor- ment élevé… mais dans le « ton »… qui En réalité, si l’on traçait la courbe de la
sions harmoniques, on restait sur un ter- masque les distorsions d’intermodula- pente dynamique en fonction de la vraie
rain stable et peu perturbant. Car, au tion !… Mais assez philosophé, tentons courbe de transfert, sa forme se rappro-
fond, les distorsions harmoniques, paires d’expliquer l’intermodulation. cherait de celle de la figure 7. En pra-
ou impaires, resteront dans le « ton » si tique, cela signifie qu’à chaque point de
j’ose m’exprimer ainsi. Un « La » à OÙ IL EST QUESTION DE la courbe de transfert va correspondre
440 Hz aura son premier harmonique à LA « PENTE DYNAMIQUE » une valeur instantanée différente de la
880 Hz. Cet harmonique ne sonnera pas valeur de la pente dynamique idéale
« faux » ! On dira alors que le son est Reprenez le dernier numéro de Led et (mathématiciens, je vous en prie cessez
« coloré » ou « chaud » (!) voire « fruité » (!!). reportez-vous à la figure 3. Souvenez- de trépigner ! Je sais que cette approche
C’est le son « tube » des célèbres 300B vous, nous précisions que plus on aug- est très élémentaire mais elle a le mérite
qui affichent un taux de distorsion h2 de mentait la résistance de charge, plus la de tenter de faire comprendre simple-

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ET SI ON PARLAIT : « TUBES »
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d’abord, bien fixer le point de fonction-


nement au centre de la partie de la cour-
be qui se rapproche le plus d’une droite.
Ensuite, essayer de rester dans cette
partie quasiment droite en évitant les
excursions trop importantes du signal.
C’est pour cette raison que la majorité
des préamplificateurs et beaucoup
d’amplificateurs de puissance possèdent
un potentiomètre à l’entrée du signal.
Celui-ci permet, en atténuant le signal
parfois trop généreux, de rester dans la
Figure 8 : partie droite de la caractéristique de
Type de signal utilisé pour les mesures d’intermodulation. Il s’agit d’un signal basse transfert. Et donc de minimiser les distor-
fréquence (grande sinusoïde) sur lequel est superposé un signal haute fréquence bien
sions qui pourraient être introduites par
visible sur la photo agrandie de droite
les premiers étages, quitte à amplifier,
ment un phénomène aussi complexe que Horrible, non ? dans les étages suivants, le signal par
la distorsion d’intermodulation). En pra- Auditivement, on entend deux phéno- des tubes au gain moins élevé afin de
tique, qu’est-ce que cela signifie ? Eh mènes. Tout d’abord, le son haute fré- rester toujours dans la partie droite de
bien, en simplifiant, cela veut dire que le quence est modulé par la basse fréquen- leurs caractéristiques de transfert. Autre
coefficient d’amplification dynamique va ce. Ce qui est fréquent lorsqu’une chan- avantage de la méthode, rendre le rap-
changer tout au long de la courbe de teuse est accompagnée par une contre- port signal sur bruit plus favorable, ce
transfert. Dans le cas d’une honnête basse. Le résultat est fort déplaisant. que nous étudierons plus tard.
sinusoïde toute simple, on fabriquera de Mais il y a beaucoup plus grave. Comme Un gain trop élevé est le défaut majeur
la distorsion harmonique. C’est ce que il n’existe aucune corrélation entre le son des amplis et préamplis hyper-simples.
nous avons étudié jusqu’à présent. basse fréquence et le son haute fréquen- Sous prétexte de faire traverser le mini-
Mais compliquons le problème, regardez ce, ce dernier voit son taux de distorsion mum d’éléments par le signal, on oublie
le signal de la figure 8. Bizarre ? Non ! varier continuellement d’une façon par- souvent qu’il est très facile de surmodu-
On se rapproche en réalité d’un signal faitement aléatoire. Cela se traduit (grâce ler un tube (sans pour autant le saturer).
audio complexe. Il est constitué par un à monsieur Fourier) par des sons qui Dans ce cas, merci l’intermodulation !
signal basse fréquence d’amplitude éle- n’existent pas du tout dans le message La caractéristique auditive première de
vée (par exemple, un coup de grosse sonore d’origine. Il se produit des interfé- ces engins hyper-simples est d’avoir un
caisse) sur lequel est superposé un rences et des battements que l’on peut son différent en fonction du niveau
signal d’amplitude moins élevée de mesurer et que l’on nomme des « bandes d’écoute. Ce qui s’explique de la façon
haute fréquence (une petite flûte, par latérales ». Le taux d’intermodulation suivante : à bas niveau, on se trouve
exemple)… et l’on envoie tout cela sur la peut être calculé, le calcul est extrême- dans une portion de la caractéristique de
grille de notre triode. ment complexe. En pratique, on le mesu- transfert relativement droite. Plus le
Dans le cas des courbes idéalisées de la re avec un intermodulomètre. C’est une niveau s’accroît, plus augmentent les
figure 6, aucun problème. Comme tout mesure délicate et de nombreux taux de distorsions harmonique et d’in-
est rectiligne, le signal de basse fréquen- constructeurs se gardent bien d’indiquer termodulation. Résultat : la couleur du
ce va faire varier le point de polarisation le taux d’intermodulation car il n’est pas son change, ce qui est fort gênant !
du tube tout au long de la courbe de rare de mesurer des taux de distorsion D’autre part, les points de fonctionne-
transfert droite. Le signal haute fréquen- harmonique très faibles qui correspon- ment varient en fonction du vieillisse-
ce superposé sera amplifié sans défor- dent à des taux d’intermodulation intolé- ment des tubes. C’est le plus difficile à
mation. rables (c’est souvent le cas avec certains maîtriser et c’est ce qui rend certains
Mais avec la courbe de transfert réelle, amplis opérationnels). préamplis et amplis extrêmement com-
tout au long de la courbe, la pente dyna- plexes. Sur des appareils très élaborés,
mique va changer et chaque point du EN PRATIQUE, QUE FAIRE ? on peut dire que les 80 % du circuit sont
signal haute fréquence sera amplifié plus destinés à maintenir une courbe de
ou moins d’une façon parfaitement aléa- Si vous observez la courbe de transfert, transfert la plus droite possible tout au
toire. L’intermodulation, c’est cela !… la pure logique vous guidera. Tout long da la vie des tubes.

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CAPACITÉS PARASITES
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variables. Ce qui est le cas de la musique


Figure 9 :
et pis encore des hautes fréquences en
Les capacités inter-
électrodes d’une trio- radio, en télévision et en technique radar.
de. Il existe en plus Rassurez-vous, on y arrive très bien. Le
une capacité non
cap du gigahertz a été franchi dès 1945
figurée sur notre des-
sin, la capacité Ckf et il a fallu près de quinze ans à la tech-
entre la cathode et le nologie des semi-conducteurs pour
filament (non repré-
atteindre puis dépasser les perfor-
senté ici). Cette capa-
cité en général négli- mances des tubes en terme d’ultra
gée n’intervient qu’en hautes fréquences. Mais revenons sur
cas de fuite entre le
terre, ou plutôt dans la modeste bande
sommet du filament
et la cathode. C’est de 10 à 100 kHz qui est celle qui nous
une source de souffle intéresse en audio. Ces capacités para-
et de bruits parasites
sites, quelle sont-elles ?

Et maintenant, reprenons notre 12AU7. courbe de transfert. Ce défaut insidieux, CAPACITÉ ENTRE LA GRILLE ET
Comme promis dans notre précédent qui se traduit parfois par des phéno- LA CATHODE Cgk
article, je vais vous apprendre à calculer mènes difficilement contrôlables, est C’est la plus élevée, car la grille se trou-
le gain du montage et à polari… causé par les capacités inter-électrodes. ve à une faible distance de la cathode.
Comment ? Vous savez comment rendre Pour une 12AU7, elle est de 1,6 pico
la courbe de transfert droite ? Vous me CAPACITÉS farad, pour une 12AT7 de 2,2 pF, ce qui
dites qu’il suffit d’augmenter la haute INTER-ÉLECTRODES est compréhensible mécaniquement :
tension générale et d’accroître en consé- une 12AU7 a un modeste coefficient
quence la résistance de charge au-delà Qu’est-ce qu’un tube ? Dans le cas de la d’amplification de 17 contre 60 pour une
des 3 ρ que je vous ai suggérés la der- triode, c’est une cathode qui a une cer- 12AT7. Cette dernière possède par
nière fois ? Désolé chers amis, mais vous taine surface, une grille placée à une cer- conséquent une grille à pas serré (donc
avez tout faux. Bon ! Le montage 12AU7, taine distance de la cathode et une une surface plus grande) qui se trouve
ce sera pour la prochaine fois, car si je anode ou plaque placée, elle aussi, à une très près de la cathode, d’où une aug-
vous suivais, vous augmenteriez la résis- certaine distance de la grille et de la mentation de la capacité.
tance de charge jusqu’au point où les cathode et dont la surface est propor-
capacités parasites du tube feraient de tionnelle à la puissance que doit débiter CAPACITÉ ENTRE L’ANODE ET
votre montage un vague ampli télépho- le tube. L’emplacement de ces élec- LA GRILLE : Cag
nique à la bande passante réduite. Soit ! trodes dans l’espace va définir les carac- Plus faible que la capacité Cgk, car l’ano-
Parlons des capacités parasites. téristiques du tube : coefficient d’amplifi- de est plus éloignée de la cathode que la
cation, pente et résistance interne. Tout grille. Pour une 12AU7 : 1,5 pF. Pour une
« CAPACITÉS PARASITES » cela nous le savons déjà, mais réfléchis- 12AT7 : 1,5 pF.
INTER-ÉLECTRODES sons un peu : deux conducteurs voisins,
ce qui est le cas de nos électrodes, for- CAPACITÉ ENTRE L’ANODE ET
Jusqu’à présent, nous nous sommes ment un condensateur dont la capacité LA CATHODE : Cak
appesanti sur la linéarité de la courbe de est fonction de la surface et de la distan- Plus faible que les autres pour une
transfert, source de distorsions. Nous ce entre lesdits conducteurs. 12AU7 (1ère triode) : 0,5 pF, (2e triode) :
reviendrons sur le sujet lors de l’étude Eh oui, notre sympathique triode, vue 0,35 pF. Pour une 12AT7 (1ère triode) : 0,5
des circuits d’accompagnement du tube sous l’angle purement électrique, forme pF, (2e triode) : 0,4 pF.
(vous n’avez pas fini de souffrir !). un ensemble de trois condensateurs Il y a une capacité que nous n’avons pas
Ce grave défaut est visible et aisément dont on se passerait bien volontiers représentée sur notre schéma (figure 9),
quantifiable. Mais il en est un autre beau- (figure 9). Ils sont là bien présents, leur c’est la capacité entre la cathode et le
coup plus insidieux qui est présent mais existence dépendant de la constitution filament, car elle n’intervient pas sur l’al-
non visible, car dépendant de la consti- mécanique du tube, ce sont des para- tération du signal proprement dit, mais
tution même du tube électronique et non sites incontournables qui vont nous elle est la cause de bien des ronflements
plus de la mécanique de l’électron, ce poser bien des problèmes dès que nous et bruits divers qui affectent les amplifi-
qui était le cas de la non-linéarité de la voudrons amplifier des tensions cateurs à tubes.

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ET SI ON PARLAIT : « TUBES »
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EFFET DES CAPACITÉS cumulé de Cgk et de Cag s’écrit : sage va se mettre à osciller à des fré-
PARASITES (figure 9) Ce = Cgk + (1 + IA I) Cag quences souvent très élevées (plusieurs
Cgk : cette capacité entre la grille et la « Ce » étant ce que l’on appelle la capa- mégahertz voire des centaines de méga-
cathode, négligeable aux basses fré- cité d’entrée du tube et « A » son coeffi- hertz). Inutile de vous dire que bien des
quences, va devenir un véritable court- cient d’amplification. Si nous effectuons fréquences seront inaudibles, tout le cir-
circuit lorsque la fréquence va s’élever, le calcul pour notre modeste 12AU7 cuit audio va être bouleversé. C’est un
car la « réactance » en ohms d’un dans un circuit au coefficient d’amplifica- phénomène courant et qui est la cause
condensateur est égale à 1/Cω avec C tion de 10, par exemple, nous obtien- de bien des distorsions dites inexpli-
π
en farads et ω = 2. .F, « F » étant la fré- drons : cables !
quence du signal. Ce = 1,6 + (1 + 10) 1,5 = Ce phénomène est d’ailleurs utilisé dans
Cak : elle va court-circuiter la résistance 1,6 + 1,5 + 15 = 18,1 pF certains tubes spécialement calibrés pour
de charge du tube au-delà d’une certai- Or, 18,1 picofarad c’est loin d’être négli- osciller spontanément à une fréquence
ne fréquence. L’effet cumulé de ces deux geable. Si l’on calcule la valeur de la prédéterminée. Ces tubes sont utilisés en
capacités va donc entraîner une chute réactance à, par exemple, 20 000 Hz, en oscillateur local dans les récepteurs TV et
du gain aux fréquences élevées. appliquant la formule 1/Cω, on obtiendra FM. C’est le cas des EC86, ECC85, EC88
Cag : en suivant le même raisonnement, une valeur de 440 000 Ω. Lorsque plus et ECC88, entre autres. Ces tubes sont
on pourrait considérer Cag comme Cak, tard, nous étudierons les circuits et si l’on utilisés en audio, en particulier ECC88,
mais c’est là où les choses se compli- ne tient pas compte de l’impédance des mais attention danger !
quent ! circuits qui précèdent ou suivent, vous Dès que l’on comprit l’effet Miller, on
constaterez que l’on utilise souvent une essaya de trouver des solutions pour
L’EFFET MILLER résistance de fuite de grille de l’ordre de réduire la capacité Cag. C’est ainsi que
Il faut revenir un peu en arrière, à 470 000 Ω. La réactance de la capacité naquirent les tétrodes, puis les pentodes.
l’époque héroïque de la radio. Forts de la d’entrée du tube étant approximative- Mais ceci est une autre histoire. Pour
découverte des capacités parasites, les ment de la même valeur, cela signifiera suivre la tradition, nous affirmons aujour-
ingénieurs de l’époque tentèrent d’appli- une chute de –3 dB à 20 kHz. C’est pour- d’hui que nous verrons cela plus tard !
quer la formule de la réactance à l’étude quoi il faut absolument tenir compte de
des circuits haute fréquence. Or la sur- l’effet Miller. Pour la petite histoire, AVANT DE NOUS QUITTER
prise fut très désagréable, les mesures James A. Miller fut l’inventeur par la suite
ne correspondaient pas, loin s’en faut, du procédé d’enregistrement mécanico- En dehors de la valeur de la capacité
aux calculs d’atténuation des circuits en optique qui porte son nom : le Philips- d’entrée, je vous ai dit tout à l’heure
fonction de la fréquence. On avait beau Miller. Lequel fut utilisé dans la grande qu’augmenter la résistance de charge
retourner les problèmes dans tous les majorité de stations de radio jusque dans n’était pas la solution miracle pour linéa-
sens, cela ne collait pas. les années 50, avant la génération de riser la courbe de transfert. Reportez-
C’est un ingénieur de chez Philips, l’enregistrement magnétique. vous à la figure 8 et réfléchissons un peu.
James A. Miller, en Hollande, qui décou- Mais cette capacité Cag n’a pas fini de Vous constatez que Cak est en parallèle
vrit le pot aux roses. Il constata que plus nous ennuyer… Il y a pire ! Cette capaci- sur Ra. De plus, en parallèle sur Cak, on
le coefficient d’amplification du circuit té reporte sur la grille une partie des trouve Cag, augmentée par l’effet Miller,
dans lequel se trouvait le tube augmen- variations du potentiel d’anode, en elle même en série avec Cgk. Inutile de
tait, plus la chute dans les fréquences d’autres termes une partie de la tension faire un dessin, l’ensemble de ces capa-
élevées était importante. Il quantifia et amplifiée. Or Cag est un condensateur et cités en parallèle sur Ra va entraîner une
démontra mathématiquement le phéno- qui dit condensateur suppose rotation de chute vertigineuse de l’amplification aux
mène. La science reconnaissante bapti- phase. Nous n’entrerons pas dans le hautes fréquences, cumulée avec l’effet
sa ce défaut inhérent au tube électro- détail cette fois-ci, l’analyse du phéno- de la capacité d’entrée. C’est pour cette
nique « l’effet Miller ». mène est assez complexe car elle fait raison que Ra sera calculée au plus juste
Cet effet Miller quel est-il ? Eh bien cette entrer en ligne de compte tous les élé- afin de maintenir une courbe de transfert
petite capacité parasite entre la grille et ments du circuit (réactifs, inductifs, résis- relativement linéaire, sans pour autant lui
l’anode d’un tube électronique va voir sa tifs). Sachez seulement aujourd’hui que donner une valeur trop élevée afin que la
valeur multipliée par le coefficient d’am- Cag est un véritable couplage anode- bande passante du montage reste dans
plification du circuit. grille. C’est le couplage que l’on réalise des limites tolérables.
C’est cela l’effet Miller et croyez-moi volontairement dans les oscillateurs. À bientôt
c’est bougrement ennuyeux ! Car l’effet Dans certaines conditions, le circuit bien Rinaldo Bassi

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