Guide
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Échographie cardiaque
et remplissage vasculaire
L’absence d’influence sur la mortalité du cathéter artériel pulmonaire (CAP) après 30 ans
d’utilisation (1) et la mauvaise performance des pressions intravasculaires pour prédire
la réponse au remplissage (2, 3) ont ouvert la voie à de nouveaux outils d’évaluation
hémodynamique en réanimation. Plus de 250 études, dont la moitié publiée entre 2000
et 2006, montrent l’intérêt de l’échocardiographie dans ce contexte (4).
L’échoDoppler cardiaque permet l’évaluation des pressions de remplissage (paramètres
statiques), en cardiologie (5) comme en réanimation (6-9). L’enregistrement de
paramètres dynamiques de précharge, basés sur la variabilité respiratoire de
paramètres échographiques et Doppler est également possible (10-13). Si
l’échographie transœsophagienne (ETO) a une qualité d’image supérieure à
l’échographie transthoracique (ETT), les impératifs de décontamination des sondes
et l’usage délicat voire impossible de l’ETO chez le patient non ventilé limitent son
utilisation pluriquotidienne en réanimation polyvalente.
Les progrès technologiques ont permis une amélioration sensible de la qualité des
images en ETT avec une échogénicité correcte chez plus de 90 % des patients (14).
Au-delà de l’évaluation de la volémie, l’échocardiographie facilite le diagnostic de
défaillance ventriculaire gauche ou droite (15, 16). Près de 40 % des patients admis
en réanimation ont une anomalie cardiaque échographique significative. Cette
anomalie est ignorée par la clinique dans plus de 75 % des cas (17). L’ETT permet
d’exclure ou d’affirmer l’origine cardiogénique d’un état de choc avec une sensibilité,
une spécificité, une valeur prédictive négative et positive de 100 %, 95 %, 97 % et
100 %, respectivement (14).
Devant un patient présentant une insuffisance circulatoire aiguë, la force de
l’échocardiographie est de permettre le diagnostic rapide et non invasif d’hypovolémie
mais également son diagnostic différentiel : défaillance ventriculaire droite ou gauche,
tamponnade, complication mécanique.
16
Ainsi, la réalisation d’échographies par le réanimateur est un impératif inhérent aux conditions
même de l’exercice en réanimation (4,18-20). En France, le niveau de compétence le plus
complet en échocardiographie passe par l’obtention en 2 ans du diplôme interuniversitaire
(DIU) d’échocardiographie dont l’orientation générale, historiquement cardiologique, s’est
largement étendue ces dernières années vers la réanimation. Pour raccourcir ce cursus, la
Société de Réanimation de Langue Française (SRLF) et l’American College of Chest
Physicians (ACCP) (21) proposent un système de validation des compétences en
échocardiographie en trois niveaux pour les réanimateurs (Figure 1) (22). Ce système pourrait
permettre la formation de l’ensemble des anesthésistes et/ou réanimateurs aux bases de
l’échocardiographie en un temps plus court (6 à 12 mois) (23).
Diagnostic
de l’ensemble
des cardiopathies
Évaluation
hémodynamique
complète
Détection de dysfonction valvulaire sévère
Évaluation de la réponse au remplissage
Mesure du débit cardiaque de la PAPs
Détection d’un cœur pulmonaire aigu
Évaluation quantitative de la fonction systolique
ventriculaire gauche (FEVG)
17
Terminologie simplifiée d’échographie Doppler
a b
■ Modes Doppler
Quatre modes Doppler sont utilisés en routine : continu, pulsé, couleur et tissulaire.
Physiologiquement, les vitesses intracardiaques sont inférieures à 1,5 m/s. Toute vitesse
supérieure est pathologique et correspond en général à une sténose (valvulaire, vasculaire,
intraventriculaire) ou à une fuite valvulaire.
→ Doppler continu
Dans ce mode Doppler, l’émission et la réception des ultrasons (US) se font de façon
continue par deux cristaux différents. L’image (spectre) Doppler obtenue correspond à la
somme de toutes les vitesses enregistrées sur la totalité de la longueur du trajet des US
18
représentée sur l’image par la ligne de tir. Un flux venant vers la sonde est dit positif et
est codé au dessus de la ligne de base. Un flux venant fuyant la sonde est dit négatif et
est codé au dessous de la ligne de base. Ce mode permet l’analyse des hautes vitesses
(> 1,5 m/s) mais ne permet pas de localiser l’endroit de l’accélération du flux (Figure 8,
p. 27). En d’autres termes, le Doppler continu autorise une bonne résolution des vitesses
mais entraîne un phénomène d’ambiguïté spatiale. Par exemple, une accélération du
flux sur la chambre d’éjection ventriculaire gauche peut correspondre à un gradient
intraventriculaire (cardiomyopathie obstructive) ou à une sténose aortique. Seule l’analyse
de la géométrie ventriculaire, de l’anatomie des valves et du spectre Doppler couleur
permettra de localiser la zone malade. En pratique, ce mode permet de quantifier les
sténoses et les fuites.
→ Doppler pulsé
Dans ce mode, les US sont émis par paquets discontinus. À l’inverse du Doppler continu,
le Doppler pulsé permet d’analyser une zone précise, punctiforme mais ne permet pas
l’analyse de vitesses supérieures à 1,5 m/s. Il existe donc une bonne résolution spatiale
mais une ambiguïté des vitesses. Un flux venant vers la sonde est dit positif et est codé
au dessus de la ligne de base. Un flux venant fuyant la sonde est dit négatif et est codé
au dessous de la ligne de base. L’incapacité de ce mode à analyser les vitesses élevées,
se traduit par le phénomène d’aliasing ou repliement spectral où le spectre Doppler est
décapité sur les hautes vitesses apparaissant en miroir dans le sens inversé. En pratique,
le mode pulsé permet d’analyser les pressions de remplissage sur le flux mitral et le calcul
du débit cardiaque par le flux sous-aortique.
→ Doppler couleur (Figure 3)
Le Doppler couleur est un Doppler pulsé. Il comporte donc les limites de ce dernier :
bonne résolution spatiale mais ambiguïté des vitesses. Le mode couleur consiste en une
cartographie des vitesses au sein d’un volume d’échantillonnage matérialisé sur l’image
par un secteur trapézoïdal. Au sein du volume d’échantillonnage, chaque globule rouge
en mouvement reçoit un code couleur qui est fonction du sens de son déplacement. Un
flux venant vers la sonde est dit positif et est codé en rouge. Un flux venant fuyant la
sonde est dit négatif et est codé en bleu. Le phénomène d’aliasing est très informatif en
Doppler couleur car il se traduit par un codage jaune. Ainsi, la visualisation d’un flux jaune
témoigne d’une accélération régionale du flux et permet de localiser la zone responsable
d’une sténose. En cela, le Doppler couleur complète les données du Doppler continu
ayant montré une accélération sans permettre de localiser son site. À titre d’exemple, si
un flux accéléré est observé en Doppler continu sur la voie d’éjection ventriculaire gauche,
on ne peut différencier une sténose aortique d’une obstruction intraventriculaire. La
visualisation d’un aliasing couleur (flux jaune) intraventriculaire plaide pour la seconde
hypothèse, un aliasing transvalvulaire plaide en faveur d’un rétrécissement aortique
(Figures 8 et 9, p. 27 et 28).
19
VD
VG VD
VG
VP VP
VD VD
VG VG
OD OG
→ Doppler tissulaire
Le Doppler tissulaire (Doppler pulsé avec filtre supprimant les hautes vitesses) enregistre
le déplacement de la paroi myocardique et non des globules rouges. Ce mouvement est
inversé par rapport au flux sanguin. Les vitesses enregistrées sont faibles, de l’ordre du
cm/s. Cette analyse myocardique pariétale permet l’évaluation des propriétés intrinsèques
du myocarde, systoliques et diastoliques.
20
des ultrasons, appelées fenêtres acoustiques. Les fenêtres parasternales, apicales et
sous-costales sont les 3 voies préférentielles en réanimation. Pour chacune de ces trois
fenêtres, la rotation de la sonde sur son grand axe permet d’obtenir des plans de coupe
différents. Ainsi, pour une fenêtre donnée, il existe plusieurs plans de coupe définissant
les principales coupes échocardiographiques.
Fenêtre sus-sternale
Fenêtre parasternale
Fenêtre parasternale droite
Fenêtre apicale
Fenêtre sous-costale
21
les valves aortiques et mitrales en mode 2D et Doppler couleur pour la détection rapide
d’une valvulopathie majeure.
→ Coupe parasternale petit axe (PSPA)
À partir de la position précédente, une rotation de 90° dans le sens horaire est appliquée
à la sonde (Figure 4). Cette coupe visualise le VG et le ventricule droit (VD) en coupe
transversale, séparés par le septum interventriculaire. L’intérêt de cette coupe est d’analyser
la cinétique régionale du VG puisqu’elle montre la paroi latérale, antérieure, postérieure et
le septum interventriculaire (SIV). Cette coupe permet également d’apprécier la cinétique
globale du VG en évaluant la fraction d’éjection du VG, soit en mode TM avec calcul de
la fraction de raccourcissement, soit en mode 2D avec calcul de la fraction de
raccourcissement de surface. Cette coupe a enfin un intérêt majeur dans le diagnostic du
cœur pulmonaire aigu où elle permet la mise évidence du septum paradoxal.
→ Coupe apicale 4 et 5 cavités
Ces deux coupes sont obtenues en positionnant la sonde au-dessous et en dehors du
mamelon gauche, en “visant” l’épaule droite, l’axe de la sonde étant horizontal. La pointe
du cœur se trouve dans le sommet du cône d’image, les 4 cavités cardiaques (VG, VD,
oreillette gauche (OG), oreillette droite (OD)) étant visualisées en positionnant par convention
les cavités gauches à droite de l’image. Une bascule minime (10°) de la sonde vers le
bras droit du patient permet de dégager la chambre de chasse du ventricule gauche qui
constitue la cinquième cavité permettant de visualiser le flux d’éjection ventriculaire gauche
nécessaire au calcul du débit cardiaque. Ces deux coupes sont les plus informatives en
réanimation, elles permettent une appréciation globale de la fonction contractile ventriculaire
droite et gauche, le diagnostic d’une valvulopathie mitrale, tricuspide ou aortique majeure
(la valve pulmonaire n’est pas visualisée), le diagnostic d’une dilatation ventriculaire gauche
et surtout droite. Un épanchement péricardique important sera bien visualisé sur ces
coupes. Ces 2 coupes ont enfin un intérêt majeur par le recueil et l’étude de l’ensemble
des flux Doppler intracardiaques (à l’exception du flux de l’artère pulmonaire) qui permettent
l’évaluation des pressions de remplissage gauche, de la pression artérielle pulmonaire
et la quantification grossière d’une valvulopathie par Doppler couleur.
→ Coupes apicales 2 et 3 cavités
Ces 2 coupes sont obtenues à partir de la précédente en effectuant une rotation de 90°
de la sonde dans le sens anti-horaire. Comme précédemment, le passage de la coupe 2
cavités à 3 cavités est obtenu en effectuant une bascule minime de la sonde. La coupe 2
cavités montre le VG et l’OG dans leur grand axe longitudinal, la coupe 3 cavités montre
les mêmes éléments plus la chambre de chasse du VG et la valve aortique. L’intérêt de
ces coupes est de pouvoir étudier la cinétique des parois antérieures et inférieures du
VG, non vues sur les coupes 4 et 5 cavités. Elles permettent aussi l’enregistrement du flux
d’éjection du VG lorsque celui-ci n’a pu être recueilli en 4 ou 5 cavités.
22
→ Coupes sous-costales
La sonde est appliquée au creux épigastrique, horizontalement, en “visant” le médiastin,
permettant d’obtenir une coupe 4 cavités oblique sur l’écran. En effectuant une rotation
de 90° dans le sens anti-horaire et en “visant” le foie, il est possible de dérouler la veine
cave inférieure (VCI) en coupe longitudinale. L’étude des variations respiratoires de la VCI
est fondamentale pour étudier la précharge-dépendance cardiaque. Bien que moins
précise en terme anatomique et ne permettant pas un bon alignement des flux Doppler,
la coupe sous-costale reste parfois la seule exploitable lorsque le patient est peu échogène
et fournit des éléments 2D précieux : fonctions systoliques VG et VD visuelles, épanchement
péricardique. Une rotation de la sonde de 90° dans le sens anti-horaire et en direction du
médiastin permet d’obtenir une coupe transversale dont les informations fournies sont
comparables à celles fournies par la coupe PSPA.
23
■ Flux Doppler intracardiaques normaux
L’étude de la volémie et des pressions de remplissage se fait grâce au recueil de 4 flux. Ces
flux Doppler fondamentaux sont recueillis en coupe apicale 4 et/ou 5 cavités (Figure 6).
I Pic systolique
E’ A’
Doppler tissulaire à l’anneau mitral
S
D
24
remplissage mitral (Figure 6) avec une onde E et une onde A négatives appelées ondes E’
et A’ (ou Ea et Aa ou e’ et a’). La vitesse de déplacement de l’anneau mitral en protodiastole
évaluée par Doppler tissulaire (E’) dépend de la relaxation du VG et est indépendante des
conditions de charge de ce dernier. Le choix du recueil de E’ à l’anneau mitral septal ou
latéral étant controversé, il est actuellement recommandé d’utiliser la valeur moyenne du
rapport E/E’5. Les valeurs normales de E’ sont > 8 cm/s à l’anneau septal et > 10 cm/s
à l’anneau latéral. En deçà de ces valeurs, une insuffisance cardiaque diastolique doit
être suspectée (5).
Onde E (cm/s) 88 ± 14 75 ± 13 71 ± 14 71 ± 11
Onde A (cm/s) 49 ± 12 51 ± 11 57 ± 13 75 ± 12
Rapport E/A 1,88 ± 0,45 1,53 ± 0,40 1,28 ± 0,25 0,96 ± 0,18
TDE (ms) 142 ± 19 166 ± 14 181 ± 19 200 ± 29
QRS T
FM OA FA
Ao
Onde E
Onde A
25
Le rapport entre la vitesse maximale de l’onde E (dépendant de la précharge gauche et
de la relaxation) et la vitesse maximale de l’onde E’ (dépendant de la relaxation) permet
d’annuler au numérateur et au dénominateur la relaxation. Dans ces conditions, le rapport
E/ E’ dépend uniquement de la précharge (5).
→ Flux veineux pulmonaire (FVP) (Figure 6, Tableau II)
Le FVP est un flux systolo-diastolique recueilli en ETT au niveau de la base de l’OG par la
veine pulmonaire supérieure droite. En ETO, le flux de la veine pulmonaire supérieure
gauche est facilement recueilli en coupe 2 cavités à 75°. Ce flux triphasique comprend
une onde systolique (S, parfois bifide S1, S2), une onde diastolique (D) et une onde
auriculaire négative rétrograde (Ar) correspondant au reflux sanguin vers les veines
pulmonaires lors de la systolique auriculaire (Figure 6). Physiologiquement, le rapport S/D
est positif sauf chez les sujets jeunes (< 20 ans). La vitesse de Ar est inférieure à 30 cm/s
et sa durée est égale à la durée de l’onde A mitrale.
Rapport S/D 0,82 ± 0,18 0,98 ± 0,32 1,21 ± 0,2 1,39 ± 0,47
Pic Ar (cm/s) 16 ± 10 21 ± 8 23 ± 3 25 ± 9
Durée Ar (ms) 66 ± 39 96 ± 33 112 ± 15 113 ± 30
DC = FC x ITV x S
26
Physiologiquement, la vitesse maximale du flux d’éjection ventriculaire gauche est inférieure
à 1,5 m/s. En cas d’accélération, un obstacle à l’éjection ventriculaire doit être suspecté,
les deux causes principales étant l’obstruction intraventriculaire (cardiomyopathie
hypertrophique obstructive, CMO) et la sténose aortique. L’enregistrement du flux en
Doppler continu devient impératif compte tenu des vitesses élevées (Figure 8).
a1 b1
a2 b2
Figure 8 : Doppler d’éjection ventriculaire gauche. À gauche (a1 et a2) : Doppler normal.
En couleur, le flux est bleu homogène, affirmant l’absence d’accélération pathologique (a1). Il est
possible d’enregistrer en Doppler pulsé le flux sous-aortique en coupe 5 cavités qui permet le calcul
de l’intégrale temps vitesse (ITV) et est un des déterminant du volume d’éjection systolique (a2). Ici,
la vitesse maximale du flux sous-aortique est de 1,2 m/s.
À droite (b1et b2), cardiomyopathie obstructive. b1 : aliasing intraventriculaire (flèche) au contact
d’une hypertrophie septale permettant de différencier cette image d’une sténose aortique. b2 :
accélération du flux authentifié par le Doppler continu. Noter ici que la vitesse maximale du flux est
à 3 m/s avec un aspect typique en lame de sabre (flèche).
27
Figure 9 : Sténose aortique :
flux d’éjection accéléré (4 m/s) sans aspect en
lame de sabre.
→ Doppler tricuspidien
Il existe une fuite tricuspide physiologique chez la majorité des sujets sains. En cas
d’hypertension artérielle pulmonaire, cette fuite s’aggrave et la vélocité maximale (Vmax)
de cette dernière devient proportionnelle au degré d’HTAP.
28
→ Dimensions de l’oreillette gauche
La dilatation de l’oreillette gauche (OG) signe l’élévation chronique des pressions gauches,
mais ne peut affirmer son augmentation aiguë. En situation aiguë, ce critère ne peut donc
être utilisé isolément pour apprécier les pressions gauches. La taille normale de l’OG
correspond à une surface en coupe apicale 4 cavités < 20 mm2. Une valeur-seuil de
volume > 34 ml/m2 correspondant à une surface de plus de 30 mm2 est acceptée comme
un critère fiable d’élévation chronique de la pression de l’oreillette gauche (5).
→ Évaluation des pressions droites
Le gradient de pression (ΔP) entre le ventricule droit et l’artère pulmonaire est obtenu
grâce à la formule :
ΔP = 4 x (Vmax)2
PAPs = ΔP + POD
29
une valeur normale chez un sujet âgé. Un rapport E/A > 2 est fréquemment observé chez le
sujet jeune sans signification pathologique. Un rapport E/A inversé chez un sujet jeune signe
dans la plupart des cas une hypovolémie alors qu’un rapport E/A supérieur à 2 chez un sujet
âgé signe dans la plupart des cas des pressions de remplissage élevées. En réanimation, un
rapport E/A > 2 semble constituer un excellent élément de prédiction d’une pression
artérielle pulmonaire d’occlusion (PAPO) > 18 mmHg, avec une valeur prédictive positive
de 100 % (9). Le temps de décélération de l’onde E (TDE) varie également avec les
pressions de remplissage. Le TDE s’allonge en cas d’hypovolémie et se raccourcit en cas
d’hypervolémie ou de trouble de la distensibilité du ventricule gauche. Un TDE < 150 ms
est fortement évocateur de pressions gauches élevées (5.) Les variations des ondes E, A
et du TDE avec la volémie sont résumées dans la figure 10.
E
E
A
E A
A
Comme pour tous les indices statiques, les valeurs intermédiaires de l’onde E (Onde E
comprise entre 0,7 et 1 m/s) et du rapport E/A (E/A entre 1 et 2) sont inexploitables en
termes de prédiction de la réponse au remplissage. Dans ce cas, le recours au Doppler
tissulaire est utile (5). Chez des patients de cardiologie, un rapport E/E’ supérieur à 10
permettait de prédire une PAPO supérieure à 15 (sensibilité = 97 % et spécificité = 78 %)
(31). Une vision trop simpliste consiste à considérer que les valeurs < 10 correspondent
à des pressions gauches basses et inversement, des valeurs > 10 correspondent à des
pressions gauches élevées. En cardiologie, un rapport E/E’ (latéral, septal ou moyen) < 8
correspond à des pressions normales ou basses (5). Des valeurs septales de rapport
E/E’ > 15 ou latérales > 12 ou moyennes > 13 correspondent à des valeurs hautes (5).
En réanimation, ces valeurs sont probablement un peu différentes. Au cours des états de
choc, des valeurs < 6 semblent correspondre à des pressions basses et les valeurs > 11
à des pressions élevées (8, 32). Des valeurs > 15 correspondent à pressions gauches
très élevées (33). Au cours du sevrage ventilatoire, l’association d’un rapport E/A > 0,95
et d’un E/E’ > 8,5 en fin d’épreuve de ventilation spontanée est prédictif d’une élévation
de PAPO > 18 mmHg (13).
30
La technique d’enregistrement combinée du Doppler mitral et du Doppler tissulaire à
l’anneau mitral est résumée sur la figure 11. Dans la mesure où les valeurs intermédiaires
de E/E’ ne sont pas informatives, le flux veineux pulmonaire permet d’affiner l’étude des
pressions gauches.
31
A
E/E’
E/A mitral
Figure 12 : A : Évaluation des pressions de remplissage gauche chez un patient à FEVG normal.
B : Estimation des pressions de remplissage gauche chez un patient à FEVG basse.
32
■ Paramètres dynamiques de précharge
Les conditions de validité des indices dynamiques mentionnés au chapitre 1 par le Dr
Xavier Monnet doivent être scrupuleusement respectées (34).
→ Variations respiratoires du diamètre des veines caves (Figure 13)
L’évaluation de la veine cave supérieure (VCS) n’est possible qu’en ETO. Le diamètre de
la VCS connaît des variations (maximales à l’exsufflation et minimales à l’insufflation) lors
de la ventilation mécanique (35). Il est ainsi démontré que, comme pour le VVS, chez des
patients en choc septique sous ventilation mécanique, un index de collapsibilité ([diamètre
maximum VCS - diamètre minimum VCS] /diamètre maxi VCS) supérieur à 36 % prédit
(sensibilité et spécificité de 90 % et 100 %) une augmentation significative du débit cardiaque
après remplissage vasculaire (24).
L’évaluation de la veine cave inférieure (VCI) se fait par ETT (coupe sous-costale). De la même
manière que pour la VCS, le diamètre de la VCI dépend de sa pression de distension
(maximum à l’insufflation et minimum à l’exsufflation), qui est égale à la différence entre la
pression intravasculaire et la pression intra-abdominale. Lors du choc septique sous
ventilation mécanique, l’index de distensibilité de la VCI ([diamètre maximum VCI - diamètre
minimum VCI] /diamètre maxi VCI) supérieur à 18 % prédit une augmentation significative
du débit cardiaque après remplissage vasculaire avec une sensibilité et une spécificité de
90 % (11, 36). Le diamètre absolu de la veine cave inférieure n’a d’intérêt que s’il est
inférieur à 12 mm. Dans ce cas, une réponse positive à l’expansion volémique peut être
attendue (11). Pour les valeurs supérieures, le diamètre absolu de la VCI ne permet pas de
prédire la réponse à l’expansion volémique (11). Une limitation à son utilisation pourrait
être une pression intra-abdominale élevée. Plusieurs études ont démontré que les variations
respiratoires de la veine cave inférieure pour prédire la réponse au remplissage est
d’apprentissage simple et constitue un outil non invasif précieux pour le réanimateur à la
phase précoce des états de choc, tant chez l’adulte que chez l’enfant (37-39).
→ Variations respiratoires des vitesses et des intégrales temps-vitesses (ITV) en
Doppler cardiaque (Figure 14)
Ces indices échographiques sont basés sur les mêmes principes que les variations respiratoires
de pression artérielle pulsée (Δ PP) (34) décrites dans le premier chapitre.
Expérimentalement, chez le lapin placé sous ventilation mécanique, la variation respiratoire
de l’intégrale temps-vitesse (ΔITV, assimilable à une variation respiratoire de volume d’éjection
systolique) est un indice sensible de volémie et de prédictibilité de réponse au remplissage
vasculaire (40). Chez l’homme, au cours du choc septique, la variation respiratoire de la
vitesse maximale aortique (ΔVpeak) recueillie en ETO est un autre marqueur de précharge-
dépendance. Un seuil de 12 % permet d’identifier les répondeurs (ΔVpeak supérieur à 12 %)
et les non-répondeurs (ΔVpeak inférieur à 12 %) avec une valeur prédictive positive de 91%
et une valeur prédictive négative de 100 % (10). Un travail analogue montre que les variations
respiratoires du volume d’éjection systolique sont corrélées aux variations de surface
ventriculaire gauche en petit axe mesurées par détection automatique des contours et sont
également fiables pour prédire les effets de l’expansion volémique (41).
33
a
Pva
b
Figure 13 : Étude des variations respiratoires du pic de vélocité sous-aortique (ΔVpeak), d’après
Feissel et al. (10).
Pva : courbe de pression des voies ariennes.
a : ΔVpeak > 12 % : précharge-dépendance.
b : ΔVpeak < 12 % : précharge-indépendance.
a b
c d
Figure 14 : Étude des variations respiratoires de la veine cave inférieure (VCI) par voie sous-
costale en mode 2D ( a et b) et TM (c et d).
a : VCI totalement collabée, hypovolémie probable. b : VCI dilatée. c : collapsus respiratoire de
100 %, pressions droites effondrées, précharge-dépendance. d : VCI dilatée sans variation respiratoire,
pressions droites élevées, précharge-indépendance.
34
■ Estimation de la précharge-dépendance par étude des variations
de l’ITV sous-aortique après manœuvre de lever passif de jambes
Cette manœuvre entraîne un transfert de volume sanguin du secteur périphérique vers le
secteur central. La première étude effectuée sur le sujet a été réalisée en 2002 et a
démontré que l’effet d’un lever de jambes de 45° sur le débit cardiaque (mesuré par
thermodilution via un cathéter artériel pulmonaire) était équivalent à celui d’un remplissage
vasculaire de 300 ml de colloïde (42). En échocardiographie, une augmentation de 12 %
de l’ITV sous-aortique est prédictive d’une augmentation de 15 % du débit cardiaque
après expansion volémique de 500 ml (43, 44). Cette méthode permet une évaluation
précise de la précharge-dépendance de façon totalement non invasive et réversible sans
risque de surcharge volémique. Ce test reste valide en ventilation spontanée (43-45).
Figure 15 : Épreuve de lever passif de jambe. Patient répondeur avec augmentation de l’ITV
sous aortique et diminution de la variabilité respiratoire du diamètre de la veine cave inférieure.
35
cavité cardiaque, pour un volume modéré. Ceci est rare mais doit être suspecté dans des
cas de tuberculose et surtout après chirurgie cardiaque. En coupe PSGA, le repère fondamental
est celui de l’aorte thoracique descendante apparaissant comme une structure arrondie hypo-
échogène située sous le cœur, à la jonction VG-OG (Figure 16a). La ligne de réflexion péricardique
se trouve entre l’aorte thoracique descendante et le VG. Ainsi, un épanchement péricardique
aura pour limite la zone située entre l’aorte et le VG. La connaissance des ces éléments
permet d’éviter le principal piège diagnostique qui est l’épanchement pleural gauche. Dans ce
cas, l’épanchement passe en arrière de l’aorte (Figure 16d). La quantification d’un épanchement
péricardique peut être réalisée de façon semi-quantitative en utilisant le mode TM à partir
d’une coupe PSGA en positionnant la ligne TM au ras de l’extrémité distale des feuillets
mitraux. Les épanchements péricardiques peuvent alors être classés en 4 stades (Tableau IV).
Le caractère compressif d’un épanchement (tamponnade) est affirmé par la compression
d’une ou plusieurs cavités cardiaques (coupes apicales), le plus souvent l’oreillette et/ou le
ventricule droit, plus rarement l’oreillette gauche (25 % des cas) et le VG. Il s’associe à ces signes
de compression cardiaque une dilatation majeure de la veine cave inférieure avec disparition
des variations respiratoires du diamètre de cette dernière (coupe sous-costale).
a b
c d
36
Évaluation semi-quantitative en mode TM Signes de tamponnade
(PSGA)
La valeur normale de la FRS est comparable à celle de la FEVG, soit > 55 %. C’est une
méthode simple et fiable. Toutefois, comme précédemment, un trouble de cinétique
segmentaire dans un plan extérieur à la coupe limite l’exactitude de la méthode.
La méthode de Simpson est la méthode conventionnelle la plus exacte pour évaluer la
FEVG car elle prend en compte d’éventuels troubles de cinétique segmentaire.
37
Le principe de cette méthode est basé sur le calcul de la somme des volumes du VG
découpé en tranches d’épaisseur égale appelées disques, permettant d’obtenir un volume
ventriculaire. Toutes les machines d’échocardiographie sont équipées de logiciels permettant
le calcul de la FEVG Simpson. À partir de la coupe 4 cavités, les contours endocardiques
systolique et diastolique (en incluant par convention les muscles papillaires dans la cavité
VG) sont tracés manuellement. Cette méthode est fiable mais impose une expérience
importante et une échogénicité parfaite. Afin de s’affranchir au maximum des troubles de
cinétique segmentaire, une seconde mesure en coupe apicale 2 cavités peut être réalisée.
Les valeurs obtenues en quatre puis deux cavités sont ensuite moyennées.
L’évaluation visuelle de la fonction VG a le mérite de la simplicité, très appréciable en
réanimation compte tenu de la nécessité d’obtenir des informations cliniques rapides. Il est
démontré depuis plus de 15 ans en cardiologie qu’un opérateur entraîné pouvait évaluer
visuellement de façon assez précise en ETT la FEVG en prenant comme méthode de
référence l’angiographie (46, 47). En réanimation, une évaluation visuelle semi-quantitative
selon une classification en 3 niveaux (FEVG normale, altération modérée, altération sévère)
est bien corrélée aux mesures chiffrées (48).
38
tracking. La valeur normale du TAPSE est de 16 à 25 mm. Cet indice, dont la mesure est
très simple et probablement reproductible, semble bien corrélé aux autres méthodes d’évaluation
de la fraction d’éjection du VD. Sa simplicité semble bien adaptée aux conditions de réanimation
même si cela n’a pas été spécifiquement étudié. L’indice de Tei est un indice de fonction
ventriculaire globale (systolo-diastolique) habituellement utilisé pour le VG mais utilisable pour
le VD. Il se calcule en faisant la somme des temps de contraction et de relaxation
isovolumétriques (TRI et TCI). Le chiffre obtenu est rapporté au temps d’éjection. La valeur
normale au niveau du VD est de 0,28 ± 0,04. Le TRI et le TCI s’allongent avec l’HTAP, avec
diminution concomitante du temps d’éjection. Cet indice augmente donc avec l’HTAP pour
atteindre des valeurs de 0,9. C’est un facteur indépendant du pronostic. La contractilité du VD
peut être également évaluée par la mesure de la dP/dt obtenue en mesurant le temps écoulé
entre les vélocités 0 et 2 m/s sur le flux d’IT, correspondant à un gradient de 32 mmHg. Les
valeurs normales sont supérieures à 400 mmHg/s. L’étude de la vélocité de l’onde S du
mouvement de l’anneau tricuspide en Doppler tissulaire (TDI) permet d’évaluer la FEVD. Cette
technique demande de l’expérience et impose de disposer d’une machine équipée du mode
Doppler tissulaire. Une vitesse maximale de l’onde S mesurée sur l’anneau tricuspide externe
(latéral) inférieure à 11,5 cm/s est en faveur d’une FEVD < 45 %. Une valeur inférieure à 9
correspondrait à une FEVD < 30 %. L’enregistrement à l’anneau septal serait plus fiable. La
mesure de l’intégrale temps-vitesse (ITV) de l’onde S en mode TDI permet d’estimer la FEVD
avec une excellente corrélation selon la formule : FEVD = 0,207 x ITV - 0,0442.
a1 b1
a2 b2
Figure 17 : Diagnostic positif de cœur pulmonaire aigu en réanimation. Exemple d’une patiente
de 43 ans en SDRA après péritonite.
a1 : Dilatation du VD avec rapport VD/VG >1 et VG en “doigt de gant” en coupe apicale 4 cavités.
a2 : Coupe PSPA montrant le septum paradoxal. Le septum interventriculaire a une forme linéaire
(flèche) qui fait perdre la forme arrondie au VG (VG en forme de “D”. Noter la dilatation du VD bien visible
sur cette coupe).
b1 : Même patiente 24 heures après prescription de monoxyde d’azote, réduction de la pression
expiratoire positive et décharge volémique. Normalisation du rapport VD/VG.
b2 : Disparition du septum paradoxal avec récupération de la forme circulaire du VG en coupe PSPA.
39
■ Existe-t-il une fuite valvulaire massive ?
La quantification des fuites est difficile et affaire de spécialiste. Toutefois, il est facile
de diagnostiquer une fuite mitrale massive lorsque le Doppler couleur montre en coupe
4 cavités un flux systolique bleu allant de la valve mitrale au plancher de l’oreillette gauche
(Figure 3, p. 20 et figure 18). La largeur du jet couleur à l’origine de la fuite (vena contracta),
sa longueur et sa surface sont corrélées à la sévérité de la fuite. Sur la valve aortique, le jet
de fuite est diastolique et rouge en coupe 4 cavités (Figure 3, p. 20).
Figure 18 : Exemple d’une fuite mitrale
significative en Doppler couleur.
Mesures de décontamination
40
Conclusion
L’écho Doppler cardiaque permet une évaluation de la volémie selon les 3 approches
actuelles : paramètres statiques, paramètres dynamiques et variation du volume
d’éjection systolique après lever passif de jambes. Cet examen permet en outre le
diagnostic rapide d’une cause cardiaque d’hypotension artérielle. Une étude
australienne récente montre que, malgré une utilisation encore importante du cathéter
artériel pulmonaire, une majorité de praticiens pense que l’échocardiographie va
remplacer ce dispositif dans les années à venir (52). Toutefois, l’échocardiographie ne
permettant qu’une analyse ponctuelle dans le temps, elle doit être associée et non
opposée aux dispositifs de monitorage hémodynamique continu. Afin d’éviter les
défauts de connaissances médicales rapportés avec le cathéter artériel pulmonaire (53),
une attention particulière devra être portée à l’enseignement de l’échocardiographie
en réanimation. Cette exigence de formation fait l’objet de plusieurs textes de
recommandations (18-22).
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