0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
6 vues13 pages

Contentieux Administratif

Le document présente les différentes formes de contentieux administratif selon Édouard Laferrière, notamment le contentieux de l’annulation et le contentieux de pleine juridiction, ainsi que leur évolution au Maroc. Il décrit l'impact des réformes judiciaires, notamment la création des tribunaux administratifs en 1994, et l'organisation actuelle de l'ordre administratif. Enfin, il souligne l'importance de la distinction entre les recours pour des raisons juridiques et stratégiques, même après les réformes.

Transféré par

naoufal elamal
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
6 vues13 pages

Contentieux Administratif

Le document présente les différentes formes de contentieux administratif selon Édouard Laferrière, notamment le contentieux de l’annulation et le contentieux de pleine juridiction, ainsi que leur évolution au Maroc. Il décrit l'impact des réformes judiciaires, notamment la création des tribunaux administratifs en 1994, et l'organisation actuelle de l'ordre administratif. Enfin, il souligne l'importance de la distinction entre les recours pour des raisons juridiques et stratégiques, même après les réformes.

Transféré par

naoufal elamal
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Les formes du contentieux administratif

Édouard Laferrière distingue 4 formes de contentieux administratif selon les pouvoirs du juge
:

• Le contentieux de l’annulation : le juge peut seulement annuler l’acte administratif


attaqué.
• Le contentieux de pleine juridiction : le juge peut accorder des dommages et intérêts
ou remplacer la décision de l’administration.
• Le contentieux de la répression : le juge peut prononcer une sanction.
• Le contentieux de l’interprétation : le juge interprète les actes administratifs.

Au Maroc, la loi 41.90 ne retient principalement que deux catégories :

1. Le contentieux de l’annulation (recours pour excès de pouvoir) : vise à faire


disparaître un acte administratif illégal.
2. Le contentieux de pleine juridiction : vise surtout à condamner l’administration au
paiement d’une somme d’argent.

Cette distinction est importante mais parfois difficile à faire.

Principales branches du contentieux administratif

• Contentieux de l’annulation (recours pour excès de pouvoir)


• Contentieux de pleine juridiction

Intérêt de la distinction
Avant la création des tribunaux administratifs, cette distinction servait surtout à savoir quelle
juridiction était compétente :

• Le recours pour excès de pouvoir était jugé par la chambre administrative de la Cour
suprême.
• Le recours de pleine juridiction passait d’abord devant le tribunal de première
instance, puis devant la cour d’appel et enfin la Cour suprême.

Après la création des tribunaux administratifs (loi 41.90), ces tribunaux sont devenus
compétents pour presque tous les recours administratifs.

Cependant, la distinction reste utile dans certains cas :

• L’article 375 de la loi 58.25 donne compétence à la Cour de cassation pour certains
recours en annulation contre les actes du Chef du gouvernement ou des autorités
administratives importantes.
• L’article 47 de la loi 58.25 prévoit que si une affaire relève plutôt de la pleine
juridiction, elle peut être transmise à la juridiction compétente afin que le demandeur
régularise sa requête et paie les frais nécessaires.
• Un autre avantage pratique du recours en annulation est prévu par l’article 46 de la loi
58.25. Cet article dispense le demandeur du paiement de la taxe judiciaire pour le
recours en annulation pour excès de pouvoir ainsi que pour la demande de sursis à
exécution.

Cette exonération représente un avantage important qui pousse les justiciables à


choisir ce recours lorsque cela est possible.

Ainsi, même après la réforme des juridictions administratives, la distinction entre les
différents recours reste importante pour des raisons juridiques et straté[Link] autre
avantage pratique du recours en annulation est prévu par l’article 46 de la loi 58.25.
Cet article dispense le demandeur du paiement de la taxe judiciaire pour le recours en
annulation pour excès de pouvoir ainsi que pour la demande de sursis à
exé[Link] exonération représente un avantage important qui pousse les
justiciables à choisir ce recours lorsque cela est possible.

Ainsi, même après la réforme des juridictions administratives, la distinction entre les
différents recours reste importante pour des raisons juridiques et stratégiques.

Période du Protectorat (1912-1956)


Pendant la période du protectorat, le droit administratif marocain a été fortement influencé par
le dahir du 12 août 1913 sur l’Organisation judiciaire. Ce texte a donné aux juridictions
françaises le pouvoir de régler certains litiges administratifs.

L’article 8 du dahir prévoyait que les juridictions administratives pouvaient condamner


l’administration au paiement de sommes d’argent en cas de dommages causés par ses actes ou
ses travaux publics.

Cependant, les tribunaux civils ne pouvaient pas :

• empêcher l’action de l’administration ;


• suspendre ou modifier les travaux publics ;
• annuler les actes administratifs.

Les personnes concernées pouvaient seulement demander à l’administration de revoir sa


décision par voie gracieuse.

Le contentieux administratif était donc très limité. Les tribunaux civils avaient une
compétence restreinte et pouvaient seulement accorder des indemnités financières.

Le recours pour excès de pouvoir contre l’administration était totalement exclu. Le


contentieux administratif se limitait essentiellement au contentieux indemnitaire, ce qui
empêchait un véritable contrôle des décisions administratives.
Dahir du 1er septembre 1928
Une exception est apparue avec le dahir du 1er septembre 1928. Ce texte autorisait les
fonctionnaires des administrations chérifiennes à contester devant le Conseil d’État français
certains actes relatifs à leur statut.

Mais cette possibilité a été interprétée de manière restrictive par la Haute juridiction française
:

•seuls les actes individuels pouvaient être contestés ;

•les actes réglementaires restaient exclus.

Cette interprétation limitait encore davantage le contrôle juridictionnel des décisions


administratives pendant le protectorat et renforçait le pouvoir de l’administration.

L’expression « juge administratif au Maroc » est plus correcte que « juge administratif
marocain » car pendant le protectorat (1912-1956), la justice était dominée par les
magistrats français. Les tribunaux français étaient compétents pour juger les affaires
administratives, civiles et commerciales. Cette situation reflétait la dualité du droit et l’unité
de juridiction appliquée selon les principes français.L’une des principales critiques du
système judiciaire de cette période concernait l’interdiction du recours en annulation contre
les décisions administratives. Cette interdiction a été considérée comme le « péché originel »
du dahir du 12 août 1913 sur l’organisation [Link]é cela, ce dahir a apporté une
avancée importante en matière de responsabilité administrative. Grâce à l’article 8 du dahir
et à l’article 79 du dahir des obligations et contrats, le principe de la responsabilité de la
puissance publique a été reconnu pour la première fois au Maroc, alors qu’il était auparavant
[Link] l’absence d’un véritable contentieux administratif, les tribunaux civils ont essayé
de mettre en place un contrôle de légalité par voie d’exception. Ce contrôle concernait les
actes réglementaires et les actes individuels, mais il restait limité à la légalité externe des
actes [Link] juges vérifiaient seulement le respect des règles de compétence et
de forme, sans contrôler les intentions ou les objectifs de l’administration. Leur formation et
leur mission ne leur permettaient pas d’exercer un contrôle approfondi des décisions
administratives.

Après le recouvrement de l’indépendance :


réforme de 1957
Après l’indépendance, le système judiciaire a été conservé dans ses grandes lignes. Il a été
complété par le dahir du 27 septembre 1957 créant la Cour suprême, juridiction unique
composée de plusieurs chambres spécialisées, dont la chambre administrative.

L’article 10 de ce dahir donne à la Cour suprême la compétence :


1. de statuer sur les pourvois en cassation contre les décisions rendues en dernier ressort
par les différentes juridictions ;
2. de juger en premier et dernier ressort les recours en annulation pour excès de pouvoir
contre les décisions administratives.

Désormais, le contentieux administratif repose sur deux piliers essentiels :

• le recours de pleine juridiction ;


• le recours en annulation.

L’unité du système est assurée par la Cour suprême, qui devient la juridiction suprême pour
tous les recours [Link] juridictions administratives étaient principalement composées
de magistrats français travaillant dans le cadre de l’assistance technique depuis 1957. C’est
pourquoi elles se sont largement inspirées de la jurisprudence des tribunaux administratifs
franç[Link], le contentieux administratif marocain reste original car il repose sur le principe
d’unité de juridiction : le même juge traite les litiges administratifs et les litiges privés. Mais il
se rapproche aussi du système français par les solutions adoptées en matière administrative,
sauf lorsque les particularités locales exigent des solutions différentes.

Réforme de 1966 et suppression des juridictions spéciales


Une importante réforme est entrée en vigueur le 1er janvier 1966 après la loi votée le 2 juin
1964. Cette réforme a unifié les tribunaux et supprimé les juridictions créées en 1913.

Les juridictions unifiées deviennent compétentes pour traiter tous les contentieux. Elles sont
désormais composées uniquement de magistrats marocains et les décisions sont rendues en
arabe.

Cette réforme marque une nouvelle étape dans l’histoire judiciaire marocaine et a eu des
conséquences importantes sur le contentieux administratif.

La justice administrative s’est élargie, mais la dualité du droit et l’unité juridictionnelle ont été
maintenues.

Mise en place des tribunaux administratifs en 1994


Avec la création des tribunaux administratifs en 1994, la dualité du droit applicable et la semi-
dualité juridictionnelle ont été mises en place. Cela a permis l’apparition d’un certain
libéralisme du juge administratif.

La jurisprudence administrative marocaine est parfois considérée comme audacieuse. Le juge


administratif commence à jouer un rôle important dans :

• la protection des droits et libertés fondamentales ;


• la sauvegarde de l’intérêt général.
Le juge administratif est, en principe, compétent pour connaître des recours contre les
actes administratifs unilatéraux. Cette compétence est garantie par la Constitution de 2011
(article 118)..

Organisation et fonctionnement de l’ordre


administratif
À la suite des instructions du Roi Hassan II lors de la création du Conseil consultatif des
droits de l’Homme en 1990, une loi instituant les tribunaux administratifs a été adoptée en
1991, puis promulguée le 3 novembre 1993 et appliquée le 4 mars 1994.

Sans abandonner le système unitaire de l’organisation judiciaire marocaine, cette réforme a


créé deux ordres juridictionnels au premier degré :

• les juridictions de l’ordre judiciaire représentées par les tribunaux de première instance
;
• les juridictions de l’ordre administratif représentées par les tribunaux administratifs.

Au départ, 7 tribunaux administratifs ont été créés :

• Rabat
• Fès
• Meknès
• Oujda
• Casablanca
• Marrakech
• Agadir

Ces tribunaux restaient sous le contrôle de la Cour de cassation. Jusqu’en 2006, la Chambre
administrative de cette Cour jouait le rôle de juridiction d’appel des jugements rendus par les
tribunaux administratifs.

Ensuite, la loi n° 80.03 de 2006 a créé les cours d’appel administratives, d’abord à :

• Rabat
• Marrakech

ChapitreII-Organisation et fonctionnement
de l’ordre administratif actuellement
Le Maroc possède aujourd’hui un système administratif spécialisé pour régler les litiges entre
les particuliers et l’administration publique.

Ce système comprend :
• les tribunaux administratifs de première instance ;
• les cours d’appel administratives ;
• la Cour de cassation à Rabat.

La nouvelle loi n° 38.15 relative à l’organisation judiciaire, entrée en vigueur le 15 janvier


2024, a apporté plusieurs modifications.

Selon le décret du 10 novembre 2023, la nouvelle carte judiciaire prévoit 10 tribunaux


administratifs :

• Rabat
• Fès
• Oujda
• Casablanca
• Marrakech
• Agadir
• Laâyoune
• Dakhla
• Tanger
• Beni Mellal

Cependant, les tribunaux de Laâyoune, Dakhla et Beni Mellal ne fonctionnent pas encore en
attendant la nomination des responsables judiciaires.

Le tribunal administratif de Meknès a été supprimé et ses compétences sont transférées au


tribunal administratif de Fès.

Au deuxième degré, il existe désormais 5 cours d’appel administratives :

• Rabat
• Fès
• Tanger
• Marrakech
• Agadir

Section 1 : Les Tribunaux Administratifs de Première


Instance
a. Composition

• Les tribunaux administratifs de première instance sont composés d’un président, de


vice-présidents, de magistrats chargés des affaires administratives, de commissaires
royaux de la loi et du droit, ainsi que du personnel du greffe. Le président désigne,
pour une durée de deux ans, un ou plusieurs commissaires royaux. Selon l’article 65
de la loi 38.15, ces tribunaux sont compétents pour statuer définitivement ou en
premier ressort sur les affaires administratives prévues par la loi, sous réserve des
compétences des sections spécialisées. Des sections spécialisées en contentieux
administratif ont été créées au sein des tribunaux de première instance afin de traiter
exclusivement les litiges administratifs, notamment les marchés publics, la
responsabilité administrative, les conflits de compétence et d’autres affaires
administratives. Les mêmes procédures appliquées devant les tribunaux administratifs
s’appliquent également à ces sections spécialisées. Enfin, le président de la section
spécialisée exerce les compétences attribuées au président du tribunal administratif
dans le cadre de cette section.

Assemblée générale

L’assemblée générale est une instance interne créée au sein des tribunaux administratifs et des
cours d’appel administratives conformément à l’article 30 de la loi 38.15 relative à
l’organisation judiciaire. Elle est présidée par le président de la juridiction et composée des
magistrats en fonction. Son rôle principal est d’organiser le fonctionnement de la juridiction,
notamment la répartition des affaires entre les chambres ou sections, la composition des
formations de jugement, la gestion des audiences et la coordination entre les différents
intervenants judiciaires. Elle se réunit régulièrement ou exceptionnellement selon les besoins
et contribue à assurer la bonne administration de la justice.

b. Organisation et fonctionnement

Le tribunal administratif de première instance est organisé en chambres spécialisées selon les
types d’affaires, comme les litiges fiscaux ou les marchés publics. Les affaires sont réparties
par le président du tribunal.

Les audiences sont publiques et les jugements sont rendus par trois juges, dont un président,
avec la présence d’un greffier.

Le commissaire royal de la loi et du droit doit être présent aux audiences. Il donne ses
observations sur les faits et le droit pour aider le tribunal à rendre une décision juste.
Cependant, il ne participe pas aux délibérations des juges afin de respecter leur indépendance.
Les parties peuvent recevoir une copie de ses conclusions écrites.

Section 2 : Cours d’Appel administratives


[Link] et organisation des cours d’appel administrative

La composition et l’organisation des cours d’appel administratives sont prévues par la loi
38.15 et la loi 80.03 de 2006. Elles comprennent :

• un premier président ;
• des présidents de chambres et des conseillers ;
• des commissaires royaux de la loi et du droit ;
• un greffier en chef et des fonctionnaires du greffe.

Les commissaires royaux sont désignés parmi les conseillers pour une durée de deux ans
renouvelable.

Les cours d’appel administratives examinent principalement :


• les appels contre les jugements rendus par les tribunaux administratifs de première
instance ;
• les autres affaires prévues par la loi.

La cour peut être divisée en chambres spécialisées selon la nature des affaires. Chaque section
est supervisée par le premier président de la cour.

Les sections spécialisées respectent la séparation entre les affaires civiles et administratives
afin d’éviter les conflits de compétence. En cas de conflit, l’affaire est transmise au premier
président de la cour pour désigner la formation compétente.

Les présidents des sections spécialisées en contentieux administratif sont nommés par
décision du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire.

[Link]

Les audiences des cours d’appel administratives sont publiques et rendues par une formation
collégiale composée de trois conseillers, dont un président, assistés d’un greffier et, le cas
échéant, du commissaire royal de la loi et du droit. Le premier président désigne, pour deux
ans renouvelables, un ou plusieurs commissaires royaux parmi les conseillers.

Le premier président ou le vice-président peut exercer les fonctions de juge des référés
lorsque la cour est saisie de ce type de litige. Le commissaire royal assiste obligatoirement
aux audiences et présente en toute indépendance ses conclusions écrites et orales sur les faits
et le droit, mais il ne participe pas aux délibérés. Les parties peuvent obtenir copie de ses
conclusions.

Selon l’article 60 de la loi 58.25 CPC, les cours d’appel

administratives connaissent des appels contre les jugements des tribunaux administratifs de
première instance et des autres affaires prévues par le code ou des textes particuliers.

Les premiers présidents ou leurs délégués statuent sur les appels des ordonnances des
juridictions de première instance et des juges de l’exécution. Les présidents des sections
spécialisées connaissent les appels des ordonnances rendues par les présidents des sections
spécialisées des tribunaux administratifs de première instance.

Les acteurs administratifs et de contrôle au sein des juridictions

1. Secrétaire général du tribunal ou de la cour


Définition :

Le secrétaire général est un cadre administratif supérieur du tribunal ou de la cour. Il


coordonne et supervise les services administratifs et de greffe. Il assure la bonne gestion
administrative, supervise le travail des greffiers et veille à la bonne tenue des dossiers. Il
coordonne l’exécution des décisions judiciaires, gère les ressources humaines, logistiques et
financières, facilite la communication entre les magistrats et les services administratifs, et
prépare les rapports de gestion, statistiques et bilans d’activité. Cette fonction a été renforcée
par la loi 38-15 pour moderniser l’organisation interne des juridictions.

2. Inspection générale judiciaire


Définition :

L’inspection générale judiciaire est un organe de contrôle et de suivi du bon fonctionnement


des juridictions relevant du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ). Elle contrôle la
performance, l’intégrité et l’efficacité des juridictions, évalue le travail des magistrats, mène
des enquêtes disciplinaires ou administratives en cas de dysfonctionnements ou de plaintes, et
propose des recommandations pour améliorer la qualité du service judiciaire. Elle surveille
aussi le respect des règles déontologiques et professionnelles afin de garantir la transparence
et la redevabilité de l’appareil judiciaire.

[Link] en cassation

Selon la loi 38.15, les décisions des cours d’appel administratives peuvent faire l’objet d’un
pourvoi en cassation devant la Cour de cassation. Ce recours est examiné par la chambre
administrative, dont le rôle est de vérifier si les règles de droit ont été correctement
appliquées, sans rejuger l’affaire. Lorsque la Cour de cassation annule une décision, elle peut
soit renvoyer l’affaire devant une autre formation de la même cour d’appel administrative,
soit statuer directement sur l’affaire en dernier ressort si tous les éléments nécessaires sont
réunis. Les décisions rendues par la Cour de cassation sont définitives et exécutoires. Par
ailleurs, la loi 38.15 a créé des sections spécialisées en matière administrative dans certains
tribunaux de première instance, compétentes pour traiter uniquement les affaires
administratives relevant de leur ressort. Les appels de ces affaires sont portés devant les cours
d’appel disposant de sections similaires. Les affaires non encore jugées peuvent être
transférées à ces sections sans recommencer les procédures déjà accomplies. Enfin, la loi a
instauré des présidents de sections spécialisées en matière administrative, familiale et
commerciale, chargés de recevoir les requêtes relevant de leurs domaines respectifs à la place
du président du tribunal.

ChapitreIII-La procédure administrative


contentieuse
La procédure administrative contentieuse est l’ensemble des règles qui organisent les procès
devant les juridictions administratives afin d’aider le juge à rendre sa décision et de protéger
les droits des parties. Elle applique aussi les règles du code de procédure civile. Elle se
distingue de la procédure administrative non contentieuse, qui concerne l’élaboration des
actes administratifs, alors que la procédure contentieuse concerne les litiges portés devant le
juge administratif pour obtenir une décision de justice.

Section 1 : Les caractéristiques de la procédure


administrative contentieuse
1- La procédure est écrite
La procédure administrative contentieuse est principalement écrite. Les parties doivent
présenter leurs demandes et arguments par écrit ou par voie électronique. La requête doit être
datée, signée et contenir les informations essentielles sur les parties, l’objet du litige, les faits
et les moyens invoqués, avec les pièces justificatives nécessaires. Les échanges entre le
demandeur et l’administration se font par mémoires écrits. Le juge peut aussi demander aux
parties de compléter les requêtes incomplètes dans un délai déterminé.

2- La procédure administrative contentieuse est inquisitoire

La procédure administrative est inquisitoire car le juge joue un rôle actif dans la recherche de
la vérité. Cela s’explique par le fait que l’administration possède souvent les preuves alors que
l’administré est dans une position plus faible. Le juge peut donc ordonner différentes mesures
d’instruction, comme une expertise, une enquête ou la production de documents utiles, même
sans demande des parties.

3- La procédure administrative contentieuse est contradictoire

La procédure administrative contentieuse respecte le principe du contradictoire. Chaque partie


doit être informée des arguments, preuves et documents présentés par l’autre afin de pouvoir
préparer sa défense. Les mémoires et pièces sont échangés sous le contrôle du juge
rapporteur, qui fixe les délais de réponse. Le juge ne peut rendre sa décision qu’après avoir
permis aux parties de présenter leurs observations.

Section 2 :Etapes du procès administratif


1-Introduction de l’instance
Le procès administratif commence par le dépôt d’une requête devant le tribunal administratif.
Cette requête doit respecter certaines conditions de forme et de délai. Le requérant doit avoir
la capacité, la qualité et un intérêt à agir. La requête doit contenir l’identité des parties, l’objet
de la demande, les moyens invoqués et les pièces justificatives. Grâce à la loi n° 58.25, les
requêtes incomplètes peuvent être régularisées sous le contrôle du juge. Le dépôt peut se faire
sur papier ou par voie électronique. En matière de recours pour excès de pouvoir, les délais de
recours sont courts afin d’assurer la sécurité juridique et la rapidité de la justice.

2- L’instruction
L’instruction est une étape essentielle du procès administratif. Elle est dirigée par le juge
rapporteur, qui organise l’échange des mémoires et des pièces entre les parties et fixe les
délais, tout en respectant le principe du contradictoire. Les parties présentent leurs arguments
par écrit et ont le droit d’accéder au dossier. La loi n° 58.25 a renforcé les pouvoirs du juge,
qui peut ordonner toute mesure d’instruction utile, comme une expertise ou la production de
documents. Le commissaire royal de la loi et du droit intervient également en donnant des
conclusions écrites et orales pour éclairer la juridiction. Lorsque l’affaire est prête à être
jugée, le juge rapporteur clôture l’instruction et fixe la date de l’audience. Les documents
produits après cette clôture ne sont plus pris en considération, sauf exceptions comme le
désistement ou l’apparition d’un fait nouveau pouvant influencer la décision.
3- Le jugement
Le jugement constitue la dernière étape du procès administratif. Il est rendu en audience
publique après délibération secrète des magistrats. Les jugements sont prononcés au nom de
Sa Majesté le Roi et doivent être motivés. Ils comportent plusieurs mentions obligatoires,
comme l’identité des parties, les moyens invoqués, le résumé des demandes et les conclusions
du commissaire royal de la loi et du droit. La décision doit être signée par les magistrats et le
greffier afin de garantir sa validité et la sécurité juridique. Après le prononcé du jugement, le
greffe informe les parties, leur remet une copie de la décision et les informe des voies de
recours et des délais d’appel. Les jugements sont ensuite enregistrés, conservés et classés au
dossier. Ainsi, la phase du jugement se caractérise par un formalisme rigoureux garantissant la
transparence de la justice administrative et la protection des droits des justiciables.

La procédure d’appel
En appel, la requête doit être présentée sous forme écrite dans un délai de trente jours à partir
de la notification du jugement de première instance. Ce délai est doublé pour les parties qui
n’ont ni domicile ni résidence au Maroc. Comme en première instance, l’affaire est suivie par
un conseiller rapporteur chargé de l’instruction. L’appel est déposé au greffe du tribunal
administratif ayant rendu le jugement par une requête écrite signée par un avocat, sans
paiement de taxe judiciaire. La requête accompagnée des pièces est ensuite transmise à la cour
d’appel administrative compétente dans un délai maximum de quinze jours. Le conseiller
rapporteur peut demander à la partie appelante de compléter les mentions manquantes sous
peine d’irrecevabilité. La cour d’appel administrative doit également statuer rapidement sur
les demandes de sursis à exécution des décisions administratives.

Le recours en cassation
La Cour de cassation est la juridiction suprême de l’ordre judiciaire. Elle ne constitue pas un
troisième degré de juridiction, car elle ne rejug e pas les affaires, mais vérifie seulement la
bonne application de la loi par les juridictions inférieures. Elle statue sur les pourvois formés
contre les arrêts et jugements rendus en dernier ressort. Les décisions de la Cour de cassation
sont rendues en audience publique « Au Nom de Sa Majesté le Roi ». La Cour peut rendre un
arrêt de rejet lorsqu’elle considère que la décision attaquée respecte la loi, ce qui met fin au
procès. Elle peut aussi rendre un arrêt de cassation en annulant totalement ou partiellement la
décision. La cassation peut être avec renvoi devant une autre juridiction ou sans renvoi
lorsqu’il ne reste plus rien à juger.

La procédure du référé
Le référé administratif est une procédure rapide devant le juge administratif pour obtenir une
décision urgente et provisoire dans un conflit avec l’administration. Le juge des référés ne
juge pas définitivement l’affaire, mais prend des mesures temporaires pour protéger un droit
ou éviter un dommage en attendant le jugement au fond.

Le président du tribunal administratif ou son délégué peut ordonner des mesures provisoires
lorsque l’urgence existe et que cela ne touche pas au fond du litige.
Le juge peut aussi ordonner des mesures conservatoires pour éviter un dommage imminent ou
arrêter un trouble illégal.

L’ordonnance de référé doit être exécutée dans un délai de 30 jours.

Il existe deux formes de référé :

• le référé contradictoire, où les deux parties sont entendues ;


• l’ordonnance sur requête, rendue sans informer l’autre partie en cas d’urgence.

Les caractéristiques de la procédure du référé


La procédure de référé se caractérise par sa rapidité et sa simplicité. En principe, le juge
convoque les deux parties pour respecter le principe du contradictoire, sauf en cas d’extrême
urgence. Les décisions du juge des référés sont provisoires et ne règlent pas définitivement le
litige au fond.

En cas d’extrême urgence, le président peut être saisi à tout moment, même verbalement et
sans formalités importantes. Il peut convoquer le défendeur rapidement, même par téléphone,
et rendre sa décision immédiatement.

La condition essentielle du référé est l’urgence, c’est-à-dire le risque d’un dommage grave ou
irréparable si la décision tarde. Le juge apprécie lui-même l’existence de cette urgence. S’il
reconnaît l’urgence, il rend une ordonnance de référé, tout en évitant de porter atteinte au fond
du droit.

La dématérialisation de la procédure administrative


contentieuse
La loi n° 58.25 a instauré la dématérialisation de la procédure administrative contentieuse
grâce à un système électronique de gestion des dossiers et actes judiciaires devant les
juridictions administratives et la Cour de cassation.

Des plateformes électroniques permettent aux auxiliaires de justice d’échanger les documents
et informations liés aux procédures. Les administrations publiques doivent communiquer leurs
coordonnées électroniques pour assurer les notifications et échanges procéduraux.

Les requêtes, recours et actes de procédure sont désormais déposés en ligne avec paiement
électronique des frais de justice. Chaque dépôt donne lieu à un récépissé électronique, ce qui
renforce la rapidité et l’efficacité de la justice administrative.

Chapitre IV-La compétence des tribunaux


administratifs
La compétence en raison de la matière
La compétence en raison de la matière signifie que les juridictions administratives sont
compétentes pour appliquer le droit administratif. Ainsi, lorsque le droit administratif doit être
appliqué, ce sont les tribunaux administratifs qui jugent l’affaire.

La détermination de cette compétence repose sur deux éléments :

• la volonté du législateur, qui fixe la compétence des juridictions administratives par


des textes précis : c’est la compétence d’attribution ;
• le rôle du juge administratif, qui, grâce à la jurisprudence, précise et élargit le domaine
de compétence des juridictions administratives.

Cette relation entre la loi et la jurisprudence constitue une particularité du contentieux


administratif.

Vous aimerez peut-être aussi