Poly
Poly
Géométrique
Frédéric Jean
Géométrie Différentielle
et Application au Contrôle Géométrique
Frédéric Jean
UMA, ENSTA Paris
Notes de cours
12 octobre 2021
ii
Table des matières
1 Variétés différentiables 1
1.1 Variétés différentiables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
1.2 Applications différentiables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.3 Sous-variétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
3 Champs de vecteurs 27
3.1 Fibrés tangent et cotangent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
3.2 Champs de vecteurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
3.3 Équations différentielles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
3.4 Flots et groupes de difféomorphismes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
A Exercices 79
A.1 Champs de coordonnées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
A.2 Véhicule articulé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81
A.3 Sphère roulant sur une sphère . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 82
A.4 Transfert de population pour systèmes quantiques . . . . . . . . . . . . . 86
A.5 Application du lemme de Gauss . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
A.6 La sphère imaginaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
Bibliographie 93
Index 94
Chapitre 1
Variétés différentiables
Un atlas permet donc de définir des coordonnées locales partout sur M . On dit que deux
atlas sont équivalents si leur union est encore un atlas, c’est-à-dire que A = {(Uα , φα )} et
A′ = {(Vβ , ψβ )} sont équivalents si toutes les cartes (Uα , φα ) et (Vβ , ψβ ) sont compatibles
deux à deux.
Définition. Une structure différentiable de dimension n sur M est une classe d’équivalence
d’atlas de dimension n de M .
Remarques.
— Un même espace topologique peut être muni de plusieurs structures différentiables
différentes. Par exemple, pour la topologie canonique, la sphère unité S 7 de dimen-
sion 7 peut être munie de 28 structures différentiables différentes, S 8 de 2, S 31 de
plus de 16 millions. En revanche Rn , S 1 , S 2 , S 4 , S 5 et S 6 ont une unique structure
différentiable. Pour S 3 , le problème reste ouvert.
— On peut définir de même la C k -compatibilité en demandant que φ ◦ ψ −1 soit un
difféomorphisme de classe C k . On obtient alors des variétés différentiables de classe
Ck.
1.1 Variétés différentiables 3
ne sera donc pas suffisante pour créer un atlas. On définit deux cartes (U1 , φ1 ) et
(U2 , φ2 ) :
φN : UN → R2 φS : US → R2
x y x y
p = (x, y, z) 7→ ( 1−z , 1−z ) (x, y, z) 7→ ( 1+z , 1+z )
Exercice 1.1. Montrer que les cartes (UN , φN ) et (US , φS ) forment un atlas de S 2 .
6. La sphère S n ⊂ Rn+1 est une variété de dimension n : pour y définir une structure
différentiable, on peut utiliser soit la projection stéréographique (2 cartes), soit les
projections sur les hyperplans {xi = 0} (2n + 2 cartes).
Notons que (U, φ), avec U ouvert de M , est une carte de la variété si et seulement si
φ est un difféomorphisme de U sur φ(U ) ⊂ Rn .
Proposition 1.2 (et définition). Le rang de ψ ◦ F ◦ φ−1 en φ(p) ne dépend pas des cartes
(U, φ) de M et (V, ψ) de N telles que p ∈ U et F (p) ∈ V . Cette quantité est appelée le
rang de F en p et est notée rgp F .
et donc
On introduit donc une nouvelle définition qui permet d’éviter ces problèmes.
1.3 Sous-variétés
Voyons maintenant comment obtenir simplement des variétés.
Sous-variétés de Rn .
φ(Ux ∩ N ) = φ(Ux ) ∩ Rk .
Autrement dit, une sous-variété de Rn est un sous-ensemble que l’on peut localement
redresser en un sous-espace vectoriel Rk .
Il est clair qu’une sous-variété de Rn est une variété, les (Ux ∩ N, φ|Ux ∩N ) formant un
atlas pour N . La structure différentiable et la topologie sont induites par celles de Rn .
Remarquons alors (le montrer) que l’inclusion de la variété N dans Rn est un plongement
(le terme sous-variété plongée est d’ailleurs souvent employé à la place de sous-variété).
De façon générale, l’image d’un plongement est une sous-variété.
où A ∈ Mk (R) est une matrice inversible (c’est-à-dire que les dérivées partielles de f
par rapport aux k premières coordonnées sont linéairement indépendantes). On définit
l’application
φ : Rk × Rn−k → Rn
(x, z) 7→ f (x) + (0, z)
1.3 Sous-variétés 9
Montrer que f (U ) (la sphère S 2 privée d’un demi-grand cercle) est une sous-variété de
R3 de dimension 2.
Enfin la façon la plus pratique d’obtenir des sous-variétés de Rn est de considérer des
pré-images de submersions.
Lemme 1.5. Soient F : Rn → Rn−k une application différentiable et y ∈ F (Rn ) ⊂
Rn−k . Si F est une submersion sur N = F −1 (y), alors N est une sous-variété de Rn de
dimension k.
Preuve. Soit x0 un point de N = F −1 (y). Quitte à changer l’ordre des coordonnées dans
Rk , on peut supposer que la différentielle de F en x0 s’écrit par blocs
DF (x0 ) = A B
10 Chap. 1 – Variétés différentiables
où A ∈ Mn−k (R) est une matrice inversible. Considérons alors l’application
φ : Rn → Rn
x 7→ F (x) − y, xn−k+1 , . . . , xn
et est donc inversible. Il résulte alors du Théorème d’Inversion Locale qu’il existe un
voisinage Ux0 ⊂ Rn de x0 tel que l’application φ restreinte à Ux0 est un difféomorphisme.
De plus
Ce lemme est très utilisé dans le cas suivant. Soient f 1 (x), . . . , f p (x) des fonctions de
classe C ∞ de Rn dans R et S la “surface” définie par les zéros de ces fonctions :
de Rn de dimension n − p.
Exemples.
— Soit f (x) = (x1 )2 + · · · + (xn )2 , x ∈ Rn . La sphère f −1 (r2 ) de rayon r est une
sous-variété de dimension n − 1 car la différentielle de f ne s’y annule pas.
2 2 2
— Soit f (x, y, z) = xa2 ± yb2 ± zc2 . La surface f −1 (1), qui peut être soit un ellipsoı̈de
soit un hyperboloı̈de à une ou deux nappes, est une sous-variété de dimension 2
de R3 .
— Soit f (x, y, z) = x2 + y 2 − z 2 . Le cône de sommet origine, f −1 (0), n’est pas une
sous-variété de R3 car la différentielle de f à l’origine est nulle. En revanche le
cône privé de l’origine est une sous-variété.
Sous-variétés de variétés.
Définition. Une partie N d’une variété M de dimension n est une sous-variété de M de
dimension k ≤ n si, pour tout point q de N , il existe une carte (U, φ) de M contenant x
telle que
φ(U ∩ N ) = φ(U ) ∩ Rk .
1.3 Sous-variétés 11
Les deux résultats suivants se montrent presque de la même façon que les lemmes 1.5
et 1.4 (il faut en plus passer par des cartes des variétés M et N ).
Exercice 1.3. Montrer que le groupe spécial linéaire SLn (R) (l’ensemble des matrices
(n × n) de déterminant égal à un) est une variété.
On aura besoin ultérieurement (§ 4) d’une notion moins forte que celle de sous-variété
pour caractériser les sous-ensembles d’une variété. On vient de voir dans le lemme 1.4
qu’une sous-variété peut être vue comme l’image d’un plongement. On introduit alors la
définition suivante, suggérée dans la discussion page 7.
Remarques.
— Une sous-variété immergée peut aussi être définie comme une variété contenue
dans M telle que l’inclusion i : W → M est une immersion (alors que c’est un
plongement pour les vraies sous-variétés).
— Des ouverts suffisamment petits de W sont des “vraies” sous-variétés de M (nous
laissons la preuve de cette affirmation en exercice). En revanche W lui-même n’en
est pas forcément une, sa topologie étant en général plus forte que celle induite
par M (voir page 7).
12 Chap. 1 – Variétés différentiables
Admis.
Chapitre 2
Df : Rn × Rn → Rp
(x, v) 7→ Df (x)[v]
Le cas de l’espace euclidien En est plus intéressant. Un mouvement est considéré ici
comme une courbe M (t) dans En . La vitesse en M0 = M (0) est un vecteur Ṁ (0) : ce
n’est donc pas un élément de En , qui est un espace de points. En fait, si on regarde tous
les mouvements possibles M (t) à partir de M0 , leurs tangentes Ṁ (0) forment un espace
−−→
vectoriel de dimension n. Il s’agit de l’ensemble des segments orientés M0 P .
Notons TM0 En cet espace vectoriel et appelons-le l’espace tangent à En en M0 . À
chaque point de En correspond un espace tangent différent, qui sont isomorphes deux à
deux puisque de même dimension. De plus, et c’est propre à En et aux espaces affines, il
y a un isomorphisme naturel de TM En dans TM ′ En induit par la translation de M à M ′ .
Cette propriété ne sera plus vraie pour les variétés.
14 Chap. 2 – Espaces tangent et cotangent
c : ] − ε, ε[ → M , c(0) = p.
t 7→ c(t)
Exemple. Dans Rn , il est clair que deux courbes c1 , c2 sont tangentes au point x dès que
ċ1 (0) = ċ2 (0). Il y a donc un isomorphisme canonique entre l’ensemble des classes de
courbes tangentes Tx Rn et l’ensemble des directions ċ(0). Ce qui est propre à Rn c’est
que cet isomorphisme ne dépend pas du point x.
On peut montrer que Tp M est un espace vectoriel en utilisant une carte. La structure
vectorielle n’apparaı̂t cependant pas clairement. De plus la définition de Tp M fait inter-
venir un espace très gros, l’ensemble des courbes passant par p, qui n’est pas aisé à mani-
puler. Nous allons voir maintenant qu’on peut donner une autre définition – équivalente
– des vecteurs tangents qui résoudra ces difficultés.
2.2 Dérivations
Considérons l’ensemble des fonctions à valeurs réelles, de classe C ∞ , définies sur un
ouvert de M contenant un voisinage de p, dans lequel on identifie les fonctions qui sont
2.2 Dérivations 15
égales sur un voisinage de p (on obtient ainsi des germes de fonction). On note C ∞ (p)
cet ensemble. Notons que c’est une algèbre, c’est-à-dire un espace vectoriel muni d’une
opération interne (la multiplication).
Sur cet ensemble de fonctions on définit des opérateurs.
Définition. Une dérivation en p est une application linéaire Dp : C ∞ (p) → R qui vérifie
la règle de Leibniz. Autrement dit, Dp est une dérivation si, pour tous réels α, β et toutes
fonctions f , g dans C ∞ (p),
(i) Dp · (αf + βg) = αDp · f + βDp · g (linéarité),
(ii) Dp · (f g) = g(p)Dp · f + f (p)Dp · g (Leibniz).
L’ensemble D(p) des dérivations en p forme un espace vectoriel pour les opérations :
(Dp + Dp′ ) · f = Dp · f + Dp′ · f
Dp · (αf ) = αDp · f
Preuve. Quitte à réduire U , on suppose φ(U ) convexe (par exemple une boule). On
travaille sur la fonction g lue dans la carte φ, c’est-à-dire g φ = g ◦ φ−1 . C’est une fonction
de classe C ∞ de φ(U ) ⊂ Rn dans R.
On peut calculer g φ en utilisant la formule de Taylor avec reste intégral :
Z 1
φ 1 n φ d φ 1
g (tx , . . . , txn ) dt
g (x , . . . , x ) − g (0) =
0 dt
n
X Z 1 ∂g φ
= xi i
(tx)dt.
i=1 0 ∂x
∂g φ
R1
Posons alors χφi (x) = 0 ∂xi
(tx)dt. On a obtenu
n
X
g φ (x) = g φ (0) + xi χφi (x).
i=1
16 Chap. 2 – Espaces tangent et cotangent
Utilisons ce lemme pour caractériser les éléments de D(p). Fixons une carte (U, φ)
centrée en p. Une dérivation s’écrit alors
n
X
χi (p)Dp · xi + xi (p)Dp · χi
Dp · g = Dp · g(p) +
i=1
n
X
= χi (p)Dp · xi . (2.1)
i=1
Remarque. Ce lemme montre que, sur Rn , toute dérivation est une dérivée directionnelle.
En effet, à toute direction v ∈ Rn est associée une dérivation en x
1
g 7→ lim g(x + tv) − g(x) , (2.2)
t→0 t
qui est la dérivée directionnelle en x dans la direction v. L’ensemble des dérivées direc-
tionnelles en x est ainsi un sous-espace vectoriel de D(x) de dimension n et est donc égal
à D(x).
d d
(g ◦ c)(0) = D g ◦ φ−1 ◦ (φ ◦ c)(0).
dt dt
d
La proposition résulte alors du fait que dt
(φ◦c)(0) ne dépend que de la classe d’équivalence
Xp .
Cette dérivation est en fait une généralisation des dérivées directionnelles. En effet
on a vu que dans Rn un vecteur tangent vx est associé canoniquement à une direction
v = ċ(0). La dérivation g 7→ vp ·g est alors clairement égale à la dérivée directionnelle (2.2).
D’ailleurs on appellera parfois g 7→ Xp · g dérivée directionnelle de g dans la direction Xp .
Théorème 2.5. L’ensemble des vecteurs tangents Tp M s’identifie à l’espace vectoriel
D(p) de dimension n des dérivations en p.
Cette identification permet de définir une structure vectorielle sur l’espace tangent
Tp M (appelé également, en conséquence, espace vectoriel tangent). Notons que cette
structure vectorielle coı̈ncide avec celle que l’on peut obtenir à partir de la lecture dans
une carte.
Preuve. Soit Ψ : Tp M → D(p) qui à une vecteur tangent Xp fait correspondre la
dérivation définie par Xp · g. Ainsi, si c est un représentant de la classe d’équivalence
Xp = [c]p , Ψ(Xp ) est la dérivation Xp · g = dtd (g ◦ c)(0).
Montrons d’abord que Ψ est injective. Soient Xp = [c]p et Xp′ = [c′ ]p des vecteurs de
Tp M tels que Ψ(Xp ) = Ψ(Xp′ ), c’est-à-dire que, pour toute fonction g ∈ C ∞ , on a
d d
g ◦ c′ (0).
g ◦ c (0) =
dt dt
Fixons des coordonnées locales φ = (x1 , . . . , xn ). On a, pour chaque i,
d i d i ′
x ◦ c (0) = x ◦ c (0),
dt dt
ce qui implique ċφ (0) = ċ′φ (0) et donc Xp = Xp′ . Ainsi l’application Ψ est injective.
Montrons qu’elle est aussi surjective. Soit Dp une dérivation. On a vu que, dans une
carte φ donnée, Dp est déterminée par les réels di = Dp · xi , i = 1, . . . , n. Considérons
alors la courbe c(t) = φ−1 ◦ (td1 , . . . , tdn ) et notons Xp son vecteur tangent en p.
On a
d i
X p · xi = x ◦ c (0) = di = Dp · xi ,
dt
ce qui montre que Dp = Ψ(Xp ) et donc que Ψ est surjective.
F ∗ : C ∞ F (p) → C ∞ (p)
g 7→ F ∗ g = g ◦ F
est linéaire.
On l’appelle la différentielle de F en p (ou encore application linéaire tangente à F en p).
Remarque. L’élément dFp (Xp ) de TF (p) N est donc un vecteur tangent à N . On peut
également le caractériser de la façon suivante : soit la courbe c(s) ⊂ M passant par p de
vecteur tangent Xp en p. Alors dFp (Xp ) est le vecteur tangent en F (p) de la courbe F ◦ c
incluse dans N .
= λXp · (F ∗ g) + µYp · (F ∗ g)
= λdFp Xp · g + µdFp Yp · g.
∂ −1
∂
=d φ φ(p) ∂xi x
.
∂xi p
Cestangents ( ∂x∂ 1 p , . . . , ∂x∂n p ) forment une base de Tp M , appelée base naturelle associée
aux coordonnées locales φ.
Remarquons que, si g ∈ C ∞ (p), on a
∂ ∂ ∂ ∂g φ
· g = d φ−1 · (g ◦ φ−1 ) =
φ(p) ∂xi x
· g = x
φ(p) ,
∂xi p ∂xi ∂xi
Lemme 2.10. Dans la base naturelle associée aux coordonnées locales φ, un vecteur
tangent Xp ∈ Tp M s’écrit
∂ ∂
Xp = X 1 + · · · + Xn , avec X i = Xp · xi .
∂x1 p ∂xn p
Remarque. Comparer avec la formule 2.1, page 16.
∂xi i
Pn ∂x
Preuve. Il suffit de remarquer que ∂xj
= δij et que Xp · xi = j=1 X j ∂x j.
Exercice 2.1. Considérons dans R2 la courbe c(t) = x0 cos t − y0 sin t, x0 sin t + y0 cos t .
Calculer son vecteur tangent. L’écrire également en coordonnés polaires.
n φ
X ∂ (g ◦ F )
dFp (Xp ) · g = Xp · (g ◦ F ) = Xi (0). (2.4)
i=1
∂xi
En insérant cette valeur dans (2.4), qui est valable pour tout g ∈ C ∞ F (p) , on obtient
Cette formulation en coordonnées permet de calculer le rang de F (tel que défini par
la proposition 1.2).
Ceci nous donne d’ailleurs une définition intrinsèque du rang d’une application.
Cas général. Une sous-variété N de Rn est définie au voisinage de chacun de ses points
x par un difféomorphisme φ : Ux → φ(Ux ) ⊂ Rn tel que φ(Ux ∩ N ) = φ(Ux ) ∩ Rk .
En tant que sous-espace vectoriel de Rn , l’espace tangent à N est alors
Exemple. Considérons une courbe c(t) = (x1 (t), . . . , xn (t)) dans Rn , de classe C ∞ , qui
est un plongement sur un intervalle ouvert I ⊂ R. L’ensemble de la courbe C = c(I) est
alors une sous-variété. En t0 ∈ I, la différentielle Dc(t0 ) a pour matrice
ẋ1 (t0 )
ċ(t0 ) = ...
ẋn (t0 )
Preuve. Par définition, Tx N est l’ensemble des vecteurs tangents ċ(0) pour toutes les
courbes différentiables c(t) tracées sur N passant par x. Une telle courbe vérifie en par-
ticulier F ◦ c(t) = y = cte, c’est-à-dire
d
F ◦ c (0) = DF (x) ċ(0) = 0.
dt
Ainsi Tx N est inclus dans ker DF (x). Comme ces espaces vectoriels ont même dimension,
ils sont égaux.
Définition. — Une 1-forme (ou covecteur) en p ∈ M est une forme linéaire sur Tp M ,
c’est-à-dire une application linéaire
ωp : Tp M → R
Xp 7→ ωp (Xp )
Rappelons d’abord que, si e1 , . . . , en est la base d’un espace vectoriel V , il existe une
unique base duale e∗1 , . . . , e∗n du dual V ∗ telle que e∗i (ej ) = δij .
Considérons maintenant des coordonnées locales φ = (x1 , . . . , xn ) en p et dxip : Tp M →
R la différentielle de la i-ème coordonnée (on identifie de nouveau Tt R avec R). Par
définition, dxip (Xp ) = Xp · xi . En particulier, pour tout couple i, j,
∂ ∂ ∂xi
⟨dxip , ⟩ = dx i
p = = δij .
∂xj p ∂xj p ∂xj p
lue dans la carte ψ. Soit ωp une 1-forme, ω1 , . . . , ωn ses coordonnées dans la base de Tp∗ M
associée à φ et µ1 , . . . , µn ses coordonnées dans la base associée à ψ. En écrivant que
µj = ωp ( ∂y∂ j p ), on obtient, en écriture matricielle,
∂xi (y)
µ1 · · · µn = ω1 · · · ωn .
∂y j ψ(p) 1≤i,j≤n
2.6 Espace cotangent* 25
Remarque. Cette formule est l’inverse de celle pour les vecteurs tangents. En effet, en
notant A la matrice des dérivées partielles des y i par rapport à x (c’est-à-dire la matrice
qui intervient dans (2.3)), on obtient
Y = AX et µ = ωA−1 ,
On a vu dans la section 2.3 qu’à une application différentiable correspond une application
linéaire entre espaces tangents, la différentielle. De la même façon, il lui correspond également
une application linéaire entre espaces cotangents. Soit F : M → N une application différentiable
et p ∈ M .
le membre de droite utilisant le crochet de dualité dans Tp M alors que celui de gauche utilise
celui dans TF (p) M .
26 Chap. 2 – Espaces tangent et cotangent
Chapitre 3
Champs de vecteurs
mais il faut bien préciser que cette union est disjointe : on ne peut pas additionner des
éléments Xp et Yp′ appartenant à des espaces tangents différents.
On appelle projection canonique sur T M la projection
π: TM → M
(p, Xp ) 7→ p
28 Chap. 3 – Champs de vecteurs
Exemples.
— Le fibré tangent à Rn admet une trivialisation globale T Rn ≃ Rn × Rn via l’iden-
tification canonique Tx Rn ≃ Rn .
— Le fibré tangent au cercle S 1 admet une trivialisation globale car il est difféomorphe
au cylindre : T S 1 ≃ S 1 × R. En revanche le fibré tangent T S 2 n’admet pas de
trivialisation globale.
— Est-ce que O(n) (ou SO(n)) admet une trivialisation globale ?
dF : TM → TN
(p, Xp ) 7→ (F (p), dFp (Xp ))
dF
TM −→ TN
π ↓ ↓π
F
M −→ N
c’est-à-dire F ◦ π = π ◦ dF .
— La restriction de dF aux fibres est linéaire car dF Tp M = dFp .
— Si F : M → W et G : W → N sont des applications différentiables, alors d(G◦F ) =
dG ◦ dF .
— Si F : M → N est un difféomorphisme, alors le prolongement dF : T M → T N est
un difféomorphisme également et (dF )−1 = d(F −1 ).
La preuve des deux dernières propriétés est laissée en exercice : il s’agit essentiellement
de passer dans des cartes et d’utiliser la preuve du théorème 3.1.
30 Chap. 3 – Champs de vecteurs
C ∞ (M ) → C ∞ (M )
g 7→ X · g, t.q. X · g(p) = Xp · g
définie par un champ de vecteurs X est linéaire et vérifie la règle de Leibniz. L’ensemble
X (M ) s’identifiera donc avec l’espace vectoriel de dimension infinie des dérivations sur
C ∞ (M ).
Enfin un champ de vecteurs sur Rn peut aussi être considéré comme une application
de Rn → Rn en l’identifiant à x 7→ (X 1 (x), . . . , X n (x)).
où X i = X · xi ∈ C ∞ (M ).
En particulier, comme U est lui-même une variété, l’application de U sur π −1 (U ) :
∂ M −1 ∂ ∂
= dφ ◦ ◦ φ : p →
7 p, i p ∈ Tp M = Tp U
∂xi ∂xi ∂x
définit un champ de vecteurs sur U . On l’appelle champ de coordonnées.
En utilisant les champs de coordonnées, le champ X donné par (3.2) s’écrit également,
en tant que dérivation sur C ∞ (M ),
n
∂ M1 n ∂
M X
i ∂
M
X=X + ··· + X : g 7→ X · g.
∂x1 ∂xn i=1
∂xi
∂ ∂
X φ (x) = dφ ◦ X ◦ φ−1 (x) = X 1 (x) 1
+ · · · + X n (x) n .
∂x ∂x
Exemple. Champ de gravité d’un objet de masse m : la variété est ici M = R3 \{0} et le
champ de vecteurs est
m 1 ∂ 2 ∂ 3 ∂
X(x) = 3 x +x +x
r ∂x1 ∂x2 ∂x3
p
où r = (x1 )2 + (x2 )2 + (x3 )2 .
Comment trouver d’autres champs de vecteurs ? Une première possibilité est de res-
treindre les champs de vecteurs sur Rn aux sous-variétés de Rn . Le résultat suivant indique
sous quelle condition une telle restriction est possible.
Lemme 3.2. Soient N une sous-variété de M et X un champ de vecteurs sur M tel que,
∀p ∈ N, X(p) ∈ Tp N.
Remarque. Il est rare en général qu’il existe une famille de champs de vecteurs sur une
variété dont les valeurs en tout point forment une base de l’espace tangent. Une variété
possédant cette propriété est dite parallélisable. Les seules sphères parallélisables sont S 1 ,
S 3 et S 7 . Aucune sphère de dimension paire ne peut l’être puisque tout champ de vecteurs
s’y annule au moins une fois (“on ne peut pas peigner la sphère”). En revanche tout ouvert
de carte est parallélisable (avec les champs de coordonnées). Notons enfin qu’une variété
est parallélisable si et seulement si son fibré tangent admet une trivialisation.
On peut enfin se demander si il est possible de “transporter” un champ de vecteurs :
étant donnée une application différentiable F : M → N et un champ de vecteurs X sur
M , existe-t-il un champ de vecteurs sur N dont les valeurs soient les images de celles de
X par dF ?
En général la réponse est non (prendre par exemple M = R2 , N = R, F = la projection
sur la première coordonnée et X(x) = (x2 , 0)). Ce n’est possible que dans certains cas,
en particulier quand F est un difféomorphisme.
3.3 Équations différentielles 33
∂ M ∂
i
= φ−1 ∗ i .
∂x ∂x
q̇ = X(q), q ∈ M,
dc
(t) = X c(t) , ∀t ∈ J.
dt
Comme pour les équations différentielles dans les espaces vectoriels normés (voir le
cours AO102), nous allons avoir des résultats d’existence et d’unicité pour les solutions
et une dépendance différentiable par rapport aux conditions initiales.
Théorème 3.3 (Existence et unicité des solutions). Soit q̇ = X(q), q ∈ M , une équation
différentielle sur M . Pour tout point p ∈ M , si η > 0 est suffisamment petit il existe
une unique courbe intégrale cp (t) de X, définie pour t ∈ ] − η, η[, satisfaisant la condition
initiale cp (0) = p.
Preuve. Le résultat est local : il suffit donc de le prouver dans une carte, c’est-à-dire
dans un ouvert de Rn . C’est alors un résultat classique (voir le cours AO102 [3]).
Théorème 3.5 (Dépendance par rapport aux conditions initiales). La solution d’une
équation différentielle q̇ = X(q) sur M dépend de façon différentiable de la condition
initiale : pour tout p ∈ M , il existe un voisinage Up ⊂ M de p et un intervalle I = {|t| <
εp } tels que l’application
ϕ : I × Up → M
(t, q) 7→ ϕ(t, q) = cq (t)
est différentiable, ainsi que p 7→ εp .
Preuve. Comme pour le théorème 3.3, il suffit de se restreindre à une carte et d’utiliser
les résultats sur Rn .
ϕt : Up → M
q 7→ ϕt (q) = ϕ(t, q).
Il résulte des deux précédents théorèmes que pour chaque t l’application ϕt est un
difféomorphisme sur Up , autrement dit un difféomorphisme local sur M . La famille de ces
difféomorphismes locaux ϕt est appelée le flot de X.
Remarque. Il est parfois pratique de se représenter X comme le champ de vitesse d’un
fluide se déplaçant sur M . Le flot transporte alors une particule de liquide de la position
q au temps 0 à la position ϕt (q) au temps t.
Par définition de ϕ, et donc de ϕt , le flot peut également être caractérisé comme la
famille de difféomorphismes locaux solution de
∂ϕt
= X ◦ ϕt , ϕ0 = id.
∂t
Cette caractérisation permet de montrer que les flots se transportent par conjugaison.
3.4 Flots et groupes de difféomorphismes 35
∂ϕ′t
= F∗ X ◦ ϕ′t .
∂t
Avec les notations du théorème 3.5, ϕ′t (q) = F ◦ ϕ(t, F −1 (q)), et la dérivée partielle par
rapport à t s’écrit
∂ϕ′t ∂ϕ
(q) = dF ◦ (t, F −1 (q))
∂t ∂t
= dF ◦ X ◦ ϕt ◦ F −1 (q))
= dF ◦ X ◦ F −1 ◦ F ◦ ϕt ◦ F −1 (q)) = F∗ X ◦ ϕ′t (q).
même équation différentielle avec la condition initiale c(0) = c′ (0) = ϕs (q), ce qui montre
l’égalité. Résumons ceci dans une proposition.
Proposition 3.7. Tout champ de vecteurs sur M engendre un groupe local à un paramètre
de difféomorphismes sur M .
Définition. Un champ de vecteurs X sur M est complet si, pour tout p ∈ M , la courbe
intégrale de X issue de p est définie pour tout t ∈ R.
Remarque. Même dans R tous les champs ne sont pas complets. Par exemple X(x) = x,
x0
x ∈ R est complet mais X(x) = x2 ne l’est pas (la solution est de la forme x(t) = 1−tx0
).
36 Chap. 3 – Champs de vecteurs
Le tableau ci-dessous résume les relations entre les champs de vecteurs et les groupe
de difféomorphismes.
Exemples.
— Dans M = R3 : soient a ∈ R3 et le groupe de translations à 1 paramètre ϕt (x) =
x + ta.
Le générateur infinitésimal de ce groupe est X(x) = a, ou plus exactement
∂ ∂ ∂
X(x) = a1 1
+ a2 2 + a3 3 .
∂x ∂x ∂x
Inversement, considérons l’équation différentielle dans R3 : ẋ = X(x) = a. La
courbe intégrale issue d’un point x0 est ϕt (x0 ) = x0 + ta.
— Dans M = GL2 (R), on considère les applications
1 t
ϕt (A) = A, t ∈ R.
0 1
Nous avons vu que, pour un système dynamique, c’est-à-dire un système dont la loi
d’évolution ou dynamique est donnée par une équation différentielle, le futur ϕ(t, p), t > 0,
est complètement déterminé par l’état présent p = ϕ(0, p).
Nous allons maintenant étudier des systèmes dont la dynamique est certes contrainte,
mais possède un certain nombre de degrés de libertés. Comme nous l’avons fait jusqu’à
maintenant, nous considérons que l’espace des configurations est une variété M et nous
supposons qu’à partir de chaque configuration, le système peut suivre un certain nombre
de directions de l’espace tangent. Ces directions peuvent être vues comme les valeurs d’une
famille de champs de vecteurs (en supposant bien entendu qu’elles soient suffisamment
régulières) ou, en introduisant une paramétrisation de cette famille, comme un système
commandé.
q̇ = Xu (q), q ∈ M, u ∈ U, (4.1)
où
— l’ensemble de commande U est un sous-ensemble (quelconque) de Rm ; m est donc
la taille de la commande u, ou encore le nombre de commandes scalaires ui ;
— les Xu forment une famille de champs de vecteurs sur M paramétrés par u ; au-
trement dit, on a une application X : M × U → T M telle que, pour u ∈ U fixé,
Xu (q) = X(q, u) est un champ de vecteurs sur M .
F = {Xu , u ∈ U }.
Le système commandé s’écrit alors q̇ ∈ F. Il est important de noter que cette notation
ici est strictement équivalente à l’équation (4.1). Elle sera cependant plus pratique pour
énoncer un certain nombre de résultats et elle peut de plus prendre un sens plus général
(voir § 4.3).
Exemple (La voiture (modèle simplifié)). Nous prenons comme exemple type tout au long
de ce cours un modèle simplifié de la voiture. Dans ce modèle, la voiture est constituée d’un
seul essieu se déplaçant dans le plan. Une configuration est donnée par les coordonnées
planaires (x1 , x2 ) du milieu de l’essieu et par l’angle θ que fait la voiture avec l’axe 0x1 .
L’espace des configurations est donc la variété tridimensionnelle M = R2 × S 1 .
Les deux commandes sont la vitesse tangentielle u1 et la vitesse angulaire u2 . Nous
supposerons pour l’instant que l’ensemble de commande est R2 tout entier (nous verrons
au chapitre 5 d’autres possibilités pour U ).
Le système commandé prend alors la forme
valeur ui ∈ U sur chacun des intervalles ]ti , ti+1 [, i = 0, . . . , s (on pose t0 = 0 et ts+1 = T ).
Quand elle existe (problème de complétude), la trajectoire issue de p et correspondant à
la loi de commande u(t) est donnée par
u
c(t) = ϕut−t
i
i
◦ ϕtii−1 u0
−ti−1 ◦ · · · ◦ ϕt1 −t0 (p), pour t ∈ [ti , ti+1 ],
Ceci est possible parce que les flots de X1 et de X2 ne commutent pas. On peut en
effet montrer que ϕ1t ◦ ϕ2t ̸= ϕ2t ◦ ϕ1t en calculant directement la composée ϕ2−t ◦ ϕ1−t ◦ ϕ2t ◦ ϕ1t ,
par exemple à partir de 0 :
ϕ1
t tϕ2 ϕ1−t
0 −→ (t, 0, 0) −→ (t, 0, t) −→ (t(1 − cos t), −t sin t, t)
ϕ2−t
−→ (t(1 − cos t), −t sin t, 0) = γ(t).
Cette courbe γ(t) est bien différente de 0, ce qui montre la non commutativité des flots.
On constate de plus que, pour t petit,
Pour pouvoir continuer l’étude des ensembles atteignables, il est nécessaire de ca-
ractériser la commutation des flots. C’est ce que nous allons faire dans la section suivante.
L’objectif est de faire cette caractérisation à partir des champs de vecteurs, sans avoir à
calculer les flots. C’est un des principes essentiels de l’étude des équations différentielles et
des systèmes commandés (voir le cours AO102) : il faut caractériser le comportement des
solutions à partir des équations elles-mêmes, c’est-à-dire à partir des champs de vecteurs
qui les constituent, sans calculer les solutions (ce que l’on ne sait généralement pas faire).
X : C ∞ (M ) → C ∞ (M )
g 7→ X · g.
On définit alors le produit de deux champs de vecteurs X et Y comme l’opérateur
XY : C ∞ (M ) → C ∞ (M )
g 7→ (XY ) · g = X · (Y · g).
Cet opérateur n’est pas une dérivation, XY n’est donc pas un champ de vecteurs. En
effet, il ne vérifie pas la règle de Leibniz :
XY · (f g) = X · (f Y · g + gY · f )
= f XY · g + gXY · f + (X · f )(Y · g) + (X · g)(Y · f ) . (4.2)
| {z }
termes en trop
∂ ∂ ∂2g
Exemple. Dans Rn , avec X = ∂x1
et Y = ∂x2
, on a XY · g = ∂x1 ∂x2
.
Pour que cette définition soit correcte il faut montrer que XY − Y X est bien un
champ de vecteurs, c’est-à-dire une dérivation sur C ∞ (M ). Or la linéarité est évidente et
la règle de Leibniz se déduit du calcul (4.2) :
[X, Y ] · (f g) = XY · (f g) − Y X · (f g)
= f XY · g + gXY · f − f Y X · g − gY X · f
= f [X, Y ] · g + g[X, Y ] · f.
PnEn coordonnées
i ∂
locales, un champ de vecteurs étant donné sous la forme X(x) =
i=1 X (x) ∂xi , les composantes du crochet de Lie [X, Y ](x) sont
n
i
X ∂Y i ∂X i
[X, Y ] (x) = X (x) j (x) − Y (x) j (x) = X · Y i (x) − Y · X i (x).
j j
j=1
∂x ∂x
i
Matriciellement, en notant JX(x) = ∂X ∂xj
(x) la matrice jacobienne du vecteur des com-
posantes de X, on obtient
[X, Y ]1 (x) X 1 (x) Y 1 (x)
.. . .
= JY (x) .. − JX(x) .. .
.
[X, Y ]n (x) X n (x) Y n (x)
Exemples.
— Si X = ∂x∂ i et Y = ∂x∂ j , alors [X, Y ] = 0. Plus généralement si X et Y sont
constants dans un système de coordonnées, c’est-à-dire X 1 (x), . . ., X n (x) et Y 1 (x),
. . ., Y n (x) tous constants, alors [X, Y ] = 0 sur le domaine des coordonnées.
— Dans Rn , considérons des champs de vecteurs linéaires, c’est-à-dire que, dans la
base des ∂x∂ i , ils s’écrivent matriciellement comme
Exercice 4.1. Calculer [X1 , X2 ] pour les champs de vecteurs X1 et X2 du système com-
mandé correspondant√à la voiture. Comparer la valeur [X1 , X2 ](0) avec le vecteur tangent
à la courbe c(t) = γ( t) définie page 42.
Comme nous venons de le voir pour la voiture, le commutateur des flots peut être
relié au crochet de Lie des champs de vecteurs correspondants.
Proposition 4.1. Soient X1 , X2 des champs de vecteurs sur M de flots respectifs ϕ1t , ϕ2s
et p un point de M . On considère la courbe
où l’on a identifié le champ [X1 , X2 ]φ sur Rn avec le vecteur de ses coordonnées.
Preuve. Pour t suffisamment petit, on peut se placer dans un système local de coor-
données centré en p (c’est-à-dire que p a pour coordonnées 0), et on identifie vecteurs
tangents et champs de vecteurs aux vecteurs colonnes de leurs composantes. On va faire
un développement limité de γ(t) et montrer que
dϕt t2 d2 ϕt
ϕt (x) = x + t (x) + (x) + o(t2 )
dt t=0 2 dt2 t=0
2
t
= x + tX(x) + JX(x)X(x) + o(t2 ).
2
En choisissant ϕ = ϕ1 et x = 0 puis ϕ = ϕ2 et x = ϕ1t (p), on obtient
t2
ϕ2t ϕ1t (p)
◦ = tX1 (p) + JX1 (p)X1 (p) + t X2 (p) + tJX2 (p)X1 (p) +
2
t2
+ JX2 (p)X2 (p) + o(t2 ).
2
4.2 Crochets et algèbre de Lie 45
On peut faire le même calcul en échangeant les rôles de X1 et de X2 , ce qui nous conduit
à
ϕ2t ◦ ϕ1t (p) − ϕ1t ◦ ϕ2t (p) = t2 JX2 (p)X1 (p) − JX1 (p)X2 (p) + o(t2 )
et finalement
Une autre propriété importante du crochet de Lie est qu’il est préservé par transport
par un difféomorphisme.
F∗ X : C ∞ (N ) → C ∞ (N )
g 7→ X · (g ◦ F ) ◦ F −1 .
F∗ [X, Y ] · g = [X, Y ] · (g ◦ F ) ◦ F −1 , ∀g ∈ C ∞ (N )
= X · Y · (g ◦ F ) − Y · X · (g ◦ F ) ◦ F −1 , ∀g ∈ C ∞ (N ).
Or Y · (g ◦ F ) est égal à F∗ Y ◦ F (de même avec X). L’égalité ci-dessus devient donc,
pour toute fonction g ∈ C ∞ (N ),
ce qui montre que les champs de vecteurs F∗ [X, Y ] et [F∗ X, F∗ Y ] sont égaux.
46 Chap. 4 – Familles de champs de vecteurs
Dérivées de Lie.* Le crochet de Lie est un cas particulier d’une notion plus générale,
la dérivée de Lie. Cette notion prolonge celle de dérivée directionnelle.
1
LX g(p) = lim g ϕt (p) − g(p) .
t→0 t
Cette dérivée de Lie LX g n’est en fait rien d’autre que l’action de l’opérateur de
dérivation X sur g,
LX g = X · g.
En effet, par définition,
d
LX g(p) = g ◦ ϕt (p) t=0 .
dt
Comme le vecteur tangent en 0 de la courbe c(t) = ϕt (p) est X(p) = Xp , il résulte des
propositions 2.3 et 2.4 que LX g(p) = Xp · g.
On peut de la même façon définir la dérivée de Lie d’un champ de vecteurs Y . L’idée
ici est de comparer les valeurs de Y le long du flot ϕt de X avec la valeur en p. Cette
comparaison ne pouvant se faire qu’entre des objets appartenant au même espace vecto-
riel, on utilise la différentielle du flot pour ramener les valeurs Y (ϕt (p)) dans Tp M . D’où
la définition suivante.
1 d
LX Y (p) = lim dϕ−t Y (ϕt (p)) − Y (p) = ϕ−t ∗ Y (p) t=0
.
t→0 t dt
1 d
LX Y (p) = lim Y (p) − dϕt Y (ϕ−t (p)) = − ϕt ∗ Y (p) t=0
.
t→0 t dt
Ainsi,
dϕ−t Y (ϕt (p)) · g = Y · (g ◦ ϕ−t ) ϕt (p) = Y · g ϕt (p) + tY · h(t, ϕt (p)),
et
1
LX Y (p) · g = lim dϕ−t Y (ϕt (p)) − Y (p) · g
t→0 t
1
= lim Y · g ϕt (p) − Y · g(p) + lim Y · h(t, ϕt (p))
t→0 t t→0
= LX (Y · g)(p) − Y · (X · g)(p) = [X, Y ](p) · g.
En fait X (M ), muni de cette addition et de la loi interne (ou produit) défini par le crochet
de Lie est une algèbre 1 sur R.
De plus le crochet de Lie satisfait les deux propriétés suivantes :
(a) l’anti-symétrie : [X, Y ] = −[Y, X],
(b) l’identité de Jacobi : [X, [Y, Z]] + [Z, [X, Y ]] + [Y, [Z, X]] = 0.
Toute algèbre sur R dont la loi interne satisfait ces deux propriétés est appelée une algèbre
de Lie. Ainsi X (M ) est une algèbre de Lie.
Exercice 4.2. Vérifier que Mn (R) muni de la loi interne [A, B] = BA−AB est une algèbre
de Lie.
(la relation de Jacobi permet de montrer que l’on a en fait égalité entre ces deux espaces).
Il est clair qu’en général Lie(F) est un sous-espace vectoriel de X (M ) de dimension
infinie, même si F ne contient que deux champs. En revanche si F ne contient qu’un
élément, F = {X}, alors Lie(X) = Vect{X} car [X, X] = 0.
1. Rappelons qu’une algèbre sur R est un R-espace vectoriel E muni d’une application bilinéaire de
E × E → E.
4.3 Orbite d’une famille de champs de vecteurs 49
En un point p ∈ M , on note
où ϕX
t désigne le flot du champ de vecteurs X.
X ∈ F ⇒ −X ∈ F,
Nous nous intéressons maintenant à la nature des orbites. Est-ce que ce sont des
sous-variétés de M ? ou au moins des variétés ? Commençons par le cas le plus simple,
celui d’une famille à un élément X.
Dans ce cas, le groupe engendré par F est simplement le flot de X et l’orbite issue
d’un point p est la courbe intégrale de X issue de ce point p : Orbp (F) = {ϕt (p), t ∈ R}.
Cette orbite peut être :
— soit réduite à un point : si X(p) = 0, Orbp (F) = {p} ;
— soit une sous-variété de M difféomorphe à S 1 (si X(p) ̸= 0 et t 7→ ϕt (p) n’est pas
injective) ;
— soit une sous-variété immergée de dimension 1 (si X(p) ̸= 0 et t 7→ ϕt (p) est
injective) : en effet, dans ce cas Orbp (F) est l’image de l’application t 7→ ϕt (p),
qui est une immersion injective (car ∂ϕ ∂t
t
(p) = X(ϕt (p)) ̸= 0)
(la preuve de ces résultats est laissée en exercice). Dans les trois cas, Orbp (F) est une sous-
variété immergée. Est-ce une sous-variété ? En général non, comme le montre l’exemple
ci-dessous (rappelons qu’une sous-variété est l’image d’un plongement alors qu’une sous-
variété immergée est l’image d’une immersion injective, voir § 1.3).
4.3 Orbite d’une famille de champs de vecteurs 51
Exemple (Enroulements denses sur le tore). Sur le tore T2 , représenté ici comme R2 /Z2 ,
on considère le champ de vecteurs (donné dans les coordonnées locales induites par R2 )
∂ ∂
X(x) = α + β
∂x1 ∂x2
où α et β sont des réels dont le rapport β/α est irrationnel. L’orbite de X issue d’un
point quelconque x0 s’écrit en coordonnées locales x1 (t) = x10 + αt, x2 (t) = x20 + βt ; cette
orbite est dense dans le tore. Il n’est donc pas possible que ce soit une sous-variété de T2 .
Ainsi, pour une famille F quelconque, le meilleur résultat qu’on puisse espérer pour
les orbites est qu’elles soient des sous-variétés immergées (c’est déjà beaucoup, puisque
ça implique une structure de variété). C’est ce que nous allons montrer dans le reste de
cette section.
Théorème 4.6 (Théorème de l’orbite). Les orbites d’une famille F de champs de vecteurs
sur M sont des sous-variétés immergées connexes de M .
L’espace tangent à une orbite est
Tq Orbp (F) = Vect φ∗ X(q) X ∈ F, φ ∈ G(F) , pour q ∈ Orbp (F).
Preuve*. La preuve 2 de ce théorème est longue et, parfois, difficile... On y développe
cependant des outils qui seront utiles par ailleurs, tout particulièrement la construction de
coordonnées locales. Pour plus de clarté, nous allons présenter cette preuve en plusieurs
étapes.
Fixons un point p ∈ M et son orbite Orbp (F). Pour q ∈ M , on désigne par Πq le
sous-espace vectoriel de Tq M :
Πq = Vect φ∗ X(q) X ∈ F, φ ∈ G(F) .
Voici le plan de la démonstration.
(i) Immersion locale Pour chaque point q ∈ Orbp (F), on construit une application
Gq : Rm → M , où m = dim Πq , à valeurs dans Orbp (F), qui est une immersion
sur un voisinage Uq ⊂ Rm de 0.
(ii) Topologie On munit Orbp (F) d’une topologie T dont la base est formée des
Gq (U ), U ⊂ Uq ouvert de Rm .
(iii) Structure différentiable L’ensemble des cartes (Gq (U ), G−1 q ) forme un atlas
et définit donc une structure différentiable sur Orbp (F).
(iv) Variété connexe Orbp (F) est un espace topologique connexe, séparé et à base
dénombrable. Muni de la structure différentiable du (iii), il forme donc une variété
connexe, dont l’espace tangent en un point q est Πq .
(v) Sous-variété immergée L’inclusion i : Orbp (F) → M est une immersion, ce
qui fait de la variété Orbp (F) une sous-variété immergée de M .
Nous allons maintenant détailler ces différents points.
2. Il y a plusieurs façons différentes de prouver le théorème de l’orbite. La preuve que nous donnons
ici est, à peu de choses près, celle établie par A. Agrachev et Y. Sachkov [1].
52 Chap. 4 – Familles de champs de vecteurs
(i) Immersion locale Commençons par montrer que Πq , le candidat à l’espace tangent,
est de dimension constante sur une orbite.
Lemme 4.7. Pour tout q ∈ Orbp (F), dim Πq = dim Πp .
Preuve. Soit q un point de Orbp (F). Il existe donc un difféomorphisme ψ ∈ G(F) tel
que q = ψ(p). Considérons d’autre part un élément φ∗ X(p) de l’espace vectoriel Πp .
Comme ψ est un difféomorphisme, dψp : Tp M → Tq M est un isomorphisme et
Notons m = dim Πp . Étant donné un point q ∈ Orbp (F), il est possible de choisir des
champs de vecteurs Y1 , . . . , Ym , tous de la forme ψ∗ X, dont les valeurs en q engendrent
Πq , c’est-à-dire
Vect⟨Y1 (q), . . . , Ym (q)⟩ = Πq .
On considère alors l’application
Gq : Rm → M
(t1 , . . . , tm ) 7→ ϕm 1
tm ◦ · · · ◦ ϕt1 (q)
∂
dt Gq = dϕm i+1 i−1 1
tm ◦ · · · ◦ dϕti+1 (Yi ) ◦ ϕti−1 ◦ · · · ◦ ϕt1 (q)
∂ti
= dϕm i+1 i+1 m m 1
tm ◦ · · · ◦ dϕti+1 (Yi ) ◦ ϕ−ti+1 ◦ ϕ−tm ◦ ϕtm ◦ · · · ◦ ϕt1 (q)
= ϕ∗ Yi Gq (t) ∈ ΠGq (t)
i+1
puisque ϕ = ϕm
tm ◦ · · · ◦ ϕti+1 appartient au groupe G(F). Ainsi,
En résumé, nous avons montré que Gq (Uq ) est une sous-variété de M qui est incluse
dans Orbp (F) et dont l’espace tangent en un point q ′ est Πq′ .
(ii) Topologie Rappelons d’abord quelques définitions. Une topologie sur un espace E
est un ensemble de parties de E, les ouverts, qui satisfont les trois propriétés suivantes :
— toute réunion d’ouverts est un ouvert ;
— toute intersection finie d’ouverts est un ouvert ;
— E et ∅ sont des ouverts.
Une base d’une topologie est une famille d’ouverts telle que tout ouvert de la topologie
est réunion d’éléments de la base. Une base est donc caractérisée par les deux propriétés
suivantes :
— l’intersection finie d’éléments de la base est égale à la réunion d’éléments de la
base ;
— E et ∅ sont inclus dans la réunion des éléments de la base.
Il nous faut donc montrer que les parties Gq (U ), U ⊂ Uq ouvert de Rm , forment la
base d’une topologie de Orbp (F).
S La deuxième propriété d’une base est trivialement vérifiée : ∅ = Gq (∅) et Orbp (F) =
q∈Orbp (F ) Gq (Uq ). Pour établir la première propriété, il suffit de montrer que, pour tout
point q̄ appartenant à un élément Gq (U ), il existe un autre élément Gq̄ (U ) inclus dans
Gq (U ). En effet on pourra alors écrire toute intersection finie comme réunion d’éléments
de la base :
k
\ [
Gqj (Uj ) = Gq̄ (U ).
j=1 q̄∈∩
(iii) Structure différentiable Considérons l’ensemble des couples (Gq (U ), G−1 q ), pour
q ∈ Orbp (F) et U ⊂ Uq . Chacun de ces couples est une carte sur Orbp (F), les applications
G−1
q étant clairement des homéomorphismes. Ces cartes sont de plus compatibles entre
elles puisque G−1 ′
q ◦ Gq ′ est un difféomorphisme sur U ∩ U . Ces couples forment donc un
atlas et définissent une structure différentiable sur Orbp (F).
(iv) Variété connexe Étudions maintenant les propriétés de Orbp (F) en tant qu’es-
pace topologique (rappelons que Orbp (F) est munie de la topologie T définie au point
(ii)).
Tout d’abord, Orbp (F) est connexe, et même connexe par arcs. En effet, si q1 et q2
sont des points de Orbp (F), on peut écrire q2 sous la forme q2 = ϕX X1
tk ◦ · · · ◦ ϕt1 (q1 ), ce
k
qui implique que q1 et q2 peuvent être joints par le chemin constitué de la trajectoire de
X1 issue de q1 suivie pendant un temps t1 , puis de la trajectoire de X2 pendant un temps
t2 , etc. De plus, chacun des flots t 7→ ϕX
t , X ∈ F, étant une application continue de R
dans Orbp (F), le chemin ainsi construit est continu, ce qui prouve la connexité par arcs.
D’autre part, il est clair que Orbp (F) est un espace topologique séparé. Muni de la
structure différentiable du (iii), il forme donc une variété généralisée (voir le commentaire
page 3), c’est-à-dire une variété différentiable dont la topologie n’est pas forcément à base
dénombrable. Or nous venons de voir que Orbp (F) est connexe. Pour montrer que c’est
une variété il suffit donc de montrer que c’est un espace métrisable (voir encore page 3).
Rappelons d’abord que la variété M elle-même est métrisable : en effet, toute variété
différentiable peut être munie d’une métrique riemannienne. On peut donc choisir une
distance dM sur M , les boules ouvertes BM (q, ε) associées à cette distance étant des
ouverts de M . Cette distance induit une notion de longueur : si γ(t), t ∈ [a, b], est un
chemin continu de M , la longueur P de γ, notée ℓ(γ), est définie comme le supremum de
toutes les sommes de la forme N i=0 dM (γ(ti ), γ(ti+1 )) où a = t0 ≤ t1 ≤ · · · ≤ tN +1 = b
est une partition finie de [a, b] (de façon équivalente, si dM est une distance riemannienne,
ℓ(γ) est la longueur riemannienne de γ).
Définissons alors une distance d sur Orbp (F) en posant, pour q1 , q2 ∈ Orbp (F),
l’infimum étant pris sur tous chemins γ reliant q1 à q2 et contenus dans Orbp (F). L’orbite
4.4 Espace tangent à une orbite 55
étant connexe par arcs, d est à valeurs finies et on vérifie aisément que c’est une distance 3 .
Il reste à montrer que d induit la topologie T , ce qui revient à montrer que toute boule
(définie par d) suffisamment petite contient un ouvert de T et que tout ouvert suffisam-
ment petit de T contient une boule. Il suffit de montrer ces propriétés au voisinage d’un
point quelconque de l’orbite.
Soit donc q ∈ Orbp (F) et Gq (Uq ) un voisinage de q dans Orbp (F) qui est une sous-
variété de M (nous avons vu au point (i) qu’il existait de tels voisinages).
Considérons une boule B(q, ε), avec ε > 0. Remarquons que tout point de Gq (Uq )
s’écrit ϕm 1
tm ◦ · · · ◦ ϕt1 (q) et peut donc être vu comme le point final d’un chemin dont
le paramètre évolue de 0 à |t1 | + · · · + |tm |. Or il existe une constante C telle que la
longueur de tout chemin de ce type soit inférieure à C∥t∥, où t = (t1 , . . . , tm ) (c’est une
conséquence triviale du lemme de Gronwall). On peut donc choisir un réel η > 0 tel que
∥t∥ < η implique d(q, Gq (t)) < ε. Autrement dit, en posant U = {∥t∥ < η} ⊂ Rm , la
boule B(q, ε) contient l’ouvert Gq (U ) de la topologie T .
Inversement, puisque Gq (Uq ) est une sous-variété (plongée) de M , les voisinages ou-
verts de q pour la topologie T suffisamment petits sont engendrés par les intersections
BM (q, ε) ∩ Gq (Uq ), avec ε suffisamment petit. Il suffit donc de montrer qu’un tel ouvert
BM (q, ε) ∩ Gq (Uq ) contient une boule pour la distance d. Quitte à réduire ε, on suppose
de plus d(q, ∂Gq (Uq )) > ε. Tout chemin sur Orbp (F) de longueur inférieure à ε issu de q
est donc contenu dans Gq (Uq ). D’autre part, puisque d ≥ dM , la boule B(q, ε) est incluse
dans BM (q, ε). Par conséquent l’ouvert BM (q, ε) ∩ Gq (Uq ) contient la boule B(q, ε).
En conclusion, nous avons montré que Orbp (F) était métrisable. C’est donc une variété
différentiable. Elle est également connexe et son espace tangent en un point q est Πq .
(v) Sous-variété immergée L’inclusion i : Orbp (F) → M est une immersion, car,
sur chaque ouvert de carte Gq (Uq ) de Orbp (F), la restriction de i s’écrit
i|Gq (Uq ) = Gq ◦ G−1
q |Gq (Uq ) ,
Remarque. Il est important de noter que les orbites ne sont pas toutes de même dimension.
C’était déjà clair pour les orbites d’un champ de vecteurs qui peuvent être de dimension
0 ou 1.
1 X
dϕ−t ◦ Y (ϕX
[X, Y ](p) = LX Y (p) = lim t (p)) − Y (p) .
t→0 t
X|
Dans cette expression, ϕXt (p) peut être remplacé par ϕs
N
(p) et Y par Y |N , car Y n’est
évalué qu’en des points ϕX
t (p) ∈ N . Ainsi, [X, Y ](p) = [X|N , Y |N ](p) est un vecteur
tangent à N .
Cette inclusion donne déjà un premier résultat sur les orbites dans un cas particulier
qui sera très utile pour l’étude des systèmes commandés (voir théorème 5.5).
Preuve. Comme dim Lieq F = dim M , chaque orbite est une variété de même dimension
que M , et est donc ouverte dans M . Or M est l’union des orbites disjointes et M est
connexe : il y a donc une unique orbite égale à M tout entière.
Plus généralement, à quelle condition les espaces tangents aux orbites sont donnés par
les valeurs de l’algèbre de Lie engendrée par les champs de F ? Le lemme suivant donne
une condition nécessaire et suffisante.
Lemme* 4.11. Tp Orbp (F) = Liep (F) pour tout p ∈ M si et seulement si ϕX t ∗ Y (p) ∈
X
Liep (F) pour tout flot ϕt d’un élément X de F, tout t ∈ R et tout élément Y de Lie(F).
4.4 Espace tangent à une orbite 57
Preuve. Rappelons que Liep (F) ⊂ Tp Orbp (F), l’égalité est donc équivalente à l’inclusion
dans l’autre sens. Nous allons montrer d’abord que la condition énoncée dans le lemme
est nécessaire puis qu’elle est suffisante.
=⇒ : Supposons que, ∀p ∈ M , Tp Orbp (F) = Liep (F) et considérons Y ∈ Lie(F),
X ∈ F et p ∈ M . Comme Y est tangent aux orbites, la courbe σt (s) = ϕX Y X
t ◦ ϕs ◦ ϕ−t (p)
est incluse dans l’orbite Orbp (F) de p. Son vecteur tangent en s = 0 appartient donc à
l’espace tangent Tp Orbp (F), égal à Liep (F) par hypothèse, c’est-à-dire
dσt
(s = 0) = ϕX
t ∗ Y (p) ∈ Tp Orbp (F) = Liep (F).
ds
⇐= : Supposons maintenant que ϕX t ∗ Y (q) ∈ Lieq (F) pour tout q ∈ M , X ∈ F,
t ∈ R et Y ∈ Lie(F) et considérons ϕ∗ X(p) un élément de Tp Orbp (F), où X ∈ F et
ϕ = ϕktk ◦ · · · ◦ ϕ1t1 appartient à G(F) (c’est-à-dire que chaque ϕit est le flot d’un champ
Xi ∈ F).
Comme X ∈ Lie(F), il résulte de l’hypothèse que ϕ1t1 ∗ X(q) ∈ Lieq (F) pour tout q. Par
conséquent, ϕ2t2 ∗ ϕ1t1 ∗ X (q) appartient aussi à Lieq (F), et, en itérant, ϕ∗ X(q) également.
L’espace tangent à l’orbite Tp Orbp (F) est donc inclus dans Liep (F), ce qui conclut la
preuve.
Exemple. Donnons un exemple de famille pour laquelle Liep (F) ̸= Tp Orbp (F). Prenons
∂ ∂
la famille F = {X1 , X2 } dans R2 avec X1 = ∂x et X2 = f (x) ∂y où
0 si x ≤ 0
f (x) = −1/x2 .
e si x > 0
Il est clair (faire un dessin) que F a une unique orbite égale à R2 tout entier. En revanche,
∂
en q = (x, y) avec x ≤ 0, l’algèbre de Lie de F est Lieq (F) = R ∂x , et est de dimension 1.
La condition énoncée dans le lemme 4.11 permet d’obtenir un théorème qui a des
implications importantes, tant du point de vue théorique (voir le théorème de Frobenius
dans la section suivante) que pour les applications aux systèmes commandés.
Théorème 4.12. Soit F une famille de champs de vecteurs telle que la dimension de
Liep (F) est une constante k indépendante du point p ∈ M .
Alors toutes les orbites de F sont des sous-variétés immergées de dimension k et leur
espace tangent en tout point est Tp Orbp (F) = Liep (F).
Preuve*. La seule chose à montrer est que, sous les hypothèses du théorème, la condition
énoncée dans le lemme 4.11 est vérifiée. On considère donc un champ X ∈ F, de flot ϕ,
un point p ∈ M et on va montrer que, ∀Y ∈ Lie(F) et ∀t, on a ϕt ∗ Y (p) ∈ Liep (F).
Choisissons k champs de vecteurs Y1 , . . . , Yk dans Lie(F) dont les valeurs en p forment
une base de Liep (F). Comme la dimension de Lieq (F) est constante, Y1 (q), . . . , Yk (q)
forment une base de Lieq (F) pour tout point q dans un voisinage U de p.
58 Chap. 4 – Familles de champs de vecteurs
Remarquons alors que, pour t suffisamment petit, le point qt = ϕ−t (p) appartient à
U et que le vecteur tangent Y (qt ) est combinaison linéaire des vecteurs Yi (qt ). Comme
ϕt ∗ Y (p) = dϕt (Y (qt )), ceci implique que ϕt ∗ Y (p) est combinaison linéaire des ϕt ∗ Yi (p).
Ainsi, pour t suffisamment petit, il suffit de montrer que ϕt ∗ Yi (p) ∈ Liep (F) pour i =
1, . . . , k.
Considérons la courbe Wi (t) = ϕt ∗ Yi (p) dans Tp M . Nous allons montrer qu’elle est
solution d’une équation différentielle linéaire dans Tp M . En effet :
dWi d
(t) = ϕt ∗ Yi (p) = ϕt ∗ LX Yi (p) = ϕt ∗ [X, Yi ](p).
dt dt
Comme [X, Yi ] est un élément de Lie(F) et que ϕ−t (p) appartient à U , il existe des
fonctions différentiables fij sur M telles que
k
X
[X, Yi ](ϕ−t (p)) = fij (ϕ−t (p))Yj (ϕ−t (p)).
j=1
Par conséquent
k
dWi X j
(t) = fi (ϕ−t (p))ϕt ∗ Yj (p),
dt j=1
Notons A(t) la matrice k × k de composantes aji (t) et M (t) = mji (t) la matrice k × k
Autrement dit, on peut toujours trouver localement des champs de vecteurs formant
une base de ∆. Ce qui implique que la dimension des sous-espaces ∆q est constante sur
M . Cette dimension dim ∆q est appelée le rang de la distribution. On parle parfois d’une
distribution comme d’un champ de sous-espaces vectoriels tangents à M .
Exemples.
— Le fibré tangent T M est l’unique distribution de rang n.
— Un champ de vecteurs sur M définit une distribution de rang 1 si il ne s’annule
jamais sur M .
— Plus généralement, une famille F de champs de vecteurs peut engendrer une distri-
bution si les sous-espaces Fq = Vect{X(q), X ∈ F} sont de dimension constante
sur M .
Inversement, on peut associer à toute distribution ∆ la famille des champs de vecteurs
qui y sont tangents
F∆ = X ∈ X (M ), X(q) ∈ ∆q ∀q ∈ M
Étant donnée une distribution, il est naturel de se demander si elle n’est pas l’espace
tangent à une variété.
Définition. Une distribution ∆ ⊂ T M est intégrable si, pour tout point p ∈ M , il existe
une sous-variété immergée Np ⊂ M contenant p et telle que Tq Np = ∆q pour tout point
q ∈ Np . On appelle Np une variété intégrale de ∆ en p.
Si ∆ est une distribution intégrable, tout champ de F∆ est tangent aux variétés
intégrales Np . Ainsi, localement, l’orbite de F∆ par p est incluse dans Np . Vu le corol-
laire 4.9, ceci implique que Liep (F∆ ) = ∆p . Cette propriété est l’involutivité.
Définition. Une distribution ∆ est involutive si, pour tous champs de vecteurs X et Y
dans F∆ , on a [X, Y ](p) ∈ ∆p pour tout p ∈ M .
Remarques.
— Notons que les théorèmes de Frobenius et 4.12 sont équivalents puisque, sous les
hypothèses de ce dernier, l’algèbre de Lie Lie(F) est une distribution involutive.
60 Chap. 4 – Familles de champs de vecteurs
— Le théorème de Frobenius apparaı̂t ici comme une conséquence (ou plutôt un cas
particulier) du théorème de l’orbite. Historiquement, ces deux théorèmes sont ap-
parus dans l’ordre inverse, puisque le théorème de l’orbite date des années 70 alors
que le théorème de Frobenius est un résultat classique de la géométrie différentielle
et date du début du 20ème siècle. La preuve classique de ce dernier théorème est
nettement plus simple que celle du théorème de l’orbite et a son intérêt propre : elle
fait intervenir les propriétés des familles de champs de vecteurs formant localement
des champs de coordonnées (voir l’exercice A.1).
— Si ∆ n’est pas intégrable, on dit que les contraintes sont non-holonomes. Chaque
mouvement du système reste alors dans une orbite de la distribution (c’est-à-dire
une orbite de la famille F∆ ), qui est une variété de dimension k > m.
Supposons de plus que Lie(F∆ ) soit une distribution (c’est-à-dire qu’elle est de rang
constant), ce qui est automatiquement vérifiée pour les contraintes holonomes. Nous
pouvons alors écrire les contraintes en coordonnées locales.
Soit k la dimension des orbites de F∆ (cette dimension ne dépend pas de l’orbite
d’après le théorème 4.12) : k = m si les contraintes sont holonomes, m < k ≤ n sinon.
Il existe alors (voir exercice A.1) un système local de coordonnées (x1 , . . . , xn ) et des
fonctions fm+1 , . . . , fk ∈ C ∞ (Rn+m ) tels que :
— le plan tangent à l’orbite Tx Orbx (F∆ ) a pour équation
ẋk+1 = · · · = ẋn = 0;
Quand les contraintes sont holonomes (m = k), ceci implique que les mouvements du
systèmes satisfont
d ∂L q(t), dq (t) − ∂L q(t), dq (t) = 0 pour i = 1, . . . , m,
dt ∂ ẋi dt ∂xi dt
m+1 n
q(t) ∈ Nq(0) = {x = · · · = x = 0}.
5.1 Introduction
Nous allons utiliser les outils de géométrie différentielle que nous avons introduits pour
analyser les systèmes dynamiques commandés, et plus particulièrement ceux provenant
de la robotique.
Nous nous limiterons dans ce cours aux systèmes commandés dits affines.
Définition. Un système commandé affine, ou simplement système affine, est un système
commandé de la forme
Ces systèmes représentent une classe très générale de systèmes commandés. En effet :
— on peut considérer un système de commandé comme une contrainte sur la vitesse
du type q̇ ∈ Vq , où Vq ⊂ Tq M . Si les sous-ensembles Vq forment une distribution
(voir § 4.5), ou plus généralement un champ de sous-espaces affines, choisir des
champs de vecteurs engendrant Vq donne une caractérisation du type (5.1).
— Du point de vue de la mécanique classique, qui est généralement celui utilisé en
robotique, toute commande résulte de l’action d’une force ou d’un couple. Elle agit
donc linéairement sur l’accélération du système. Le système commandé doit alors
s’écrire dans l’espace des phases et prend la forme (5.1). Par exemple, le système
ẍ = u dans R se réécrit dans T R ≃ R2 sous la forme :
ẋ y 0
q̇ = = +u = X0 (q) + uX1 (q).
ẍ 0 1
— Un autre point de vue, typique de la robotique, est de considérer que l’on dispose de
m actionneurs, l’action de chacun d’eux sur le système étant décrite par q̇ = Xi (q).
64 Chap. 5 – Systèmes commandés affines*
Le but de ce chapitre est d’étudier les ensembles atteignables des systèmes affines et
d’en déduire des conditions de commandabilité.
Remarque. Cette preuve montre également que, pour tout ouvert Ω ⊂ M et tout point
p ∈ Ω, Ap ∩ Ω contient un ouvert.
−F = {−X, X ∈ F}.
Comme −F satisfait les mêmes propriétés que F, son ensemble atteignable vérifie, pour
tout q ∈ M ,
Aq (−F) ⊂ intAq (−F).
Prenons alors un point quelconque q ∈ intAq0 (−F) et un voisinage de ce point V (q) ⊂
Aq0 (−F). Comme Ap est dense dans M , l’intersection de Ap et de V (q) est non vide, ce
qui implique que celle de Ap et de Aq0 (−F) est non vide également. Il existe donc un
point q ′ dans cette intersection, qui peut s’écrire de deux façons différentes :
ce qui implique q0 ∈ Ap .
Théorème 5.3. Soient X et Y deux champs de vecteurs sur une variété M , p un point
de M , λ et µ des réels positifs et T > 0 tel que le flot ϕt (p) du champ λX + µY soit défini
sur l’intervalle [0, T ].
Alors il existe une suite γ N (t) de trajectoires de la famille {X, Y }, avec γ N (0) = p,
qui converge uniformément vers ϕt (p) sur [0, T ] quand N → +∞.
5.3 Systèmes sans dérive 67
Nous admettrons ce résultat ici, sa preuve sort du cadre de ce cours (on peut la trouver
dans [1, 4]).
Ce théorème implique que l’on peut ajouter à F toute combinaison linéaire positive
de ses éléments sans changer la adhérence de Ap .
Lemme 5.4. Pour un système affine Lie-déterminé,
Ap (F) = Ap cone(F) ,
où cone(F) est le cône convexe positif engendré par F :
k
nX o
cone(F) = λi Xi , λi ∈ C ∞ (M ), λi ≥ 0, Xi ∈ F, k ∈ N ⊂ X (M ).
i=1
Proposition 5.6. Soit un système affine sans dérive sur une variété M connexe et dont
l’ensemble de commande est U = Rm . Alors, si dim Liep (X1 , . . . , Xm ) = dim M pour tout
p ∈ M , le système est commandable.
Preuve. La famille associée au système est ici F(Rm ) = Vect(X1 , . . . , Xm ) et son algèbre
de Lie est égale à l’algèbre de Lie engendrée par X1 , . . . , Xm . Ainsi F(Rm ) est symétrique
et satisfait la condition du rang, et on obtient la conclusion par le théorème de Chow.
Ce résultat reste valable avec des hypothèses beaucoup moins restrictives sur l’en-
semble de commande.
Théorème 5.7. Soit un système affine sans dérive sur une variété connexe M . Supposons
que les deux conditions suivantes sont vérifiées
— l’enveloppe convexe de l’ensemble de commande U contient un voisinage de l’ori-
gine dans Rm ,
— dim Liep (X1 , . . . , Xm ) = dim M pour tout p ∈ M .
Alors le système est commandable.
Preuve. Quitte à restreindre U , on peut supposer que U est une boule B(0, ε) dans Rm .
La familleF(U ) est alors symétrique et satisfait la condition du rang puisque les algèbres
Lie F(U ) et Lie(X1 , . . . , Xm ) sont égales. La commandabilité résulte alors du théorème
de Chow.
M = E2 × SO(3).
Puisque Ṙ ∈ TR SO(3), il existe une courbe Ω(t) de matrices antisymétriques telle que
Ṙ(t) = Ω(t)R(t).
L’équation du mouvement devient donc
−→
ċ(t) = −Ω(t)R(t)p0 = −Ω(t)CP (t).
−→
Enfin, CP (t) = −e3 puisque P est le point de contact à l’instant t, ce qui donne
ċ(t) = Ω(t)e3 .
Pour mettre cette équation sous la forme d’un système commandé, choisissons une
base (A1 , A2 , A3 ) de l’ensemble des matrices anti-symétriques :
0 0 0 0 0 1 0 −1 0
A1 = 0 0 −1 , A2 = 0 0 0 , A3 = 1 0 0
0 1 0 −1 0 0 0 0 0
70 Chap. 5 – Systèmes commandés affines*
Les champs de vecteurs A1 R, A2 R, A3 R sur SO(3) forment une base de TR SO(3) en tout
point. Définissons maintenant des champs de vecteurs sur M :
X1 (c, R) = A1 e3 ⊕ A1 R = −e2 ⊕ A1 R
X2 (c, R) = A2 e3 ⊕ A2 R = e1 ⊕ A2 R
X3 (c, R) = A3 e3 ⊕ A3 R = 0 ⊕ A3 R
Comme les champs e1 et e2 sont constants, leur crochet est nul : [e2 , e1 ] = 0. D’autre
part, pour le crochet dans SO(3) des champs ξi = Ai R,
d ξ1
[ξ1 , ξ2 ] = Lξ1 ξ2 = ϕ ξ2 .
dt −t ∗ t=0
Comme ξ1 = A1 R est linéaire, son flot ϕξs1 = exp(sA1 )R est également linéaire. Sa
différentielle est dϕξs1 R · Ω = exp(sA1 )Ω et donc
où [A, B] = AB − BA désigne le commutateur des matrices (c’est en fait un résultat très
général sur les groupes de Lie).
5.3 Systèmes sans dérive 71
[X1 , [X1 , X2 ]] = 0 ⊕ A2 R
[X2 , [X1 , X2 ]] = 0 ⊖ A1 R.
Il est clair que les champs X1 , X2 , [X1 , X2 ], [X1 , [X1 , X2 ]] et [X2 , [X1 , X2 ]] engendrent
toujours un espace de dimension 5, ce qui montre que dim Lieq (X1 , X2 ) = 5 pour tout
q ∈ M.
Ainsi le système (5.3) est commandable : il est toujours possible d’amener la balle
dans une position donnée avec une orientation donnée.
Ce résultat est en fait la conséquence d’une version de la dépendance continue par rapport
aux paramètres pour les équations différentielles : soit {X N } une suite de champs de
vecteurs sur M qui converge vers X quand N → +∞ et ϕX t (p) le flot de X à partir de p
XN
défini pour t ∈ [0, T ] ; alors les flots ϕt (p) sont définis et convergent uniformément vers
ϕXt (p) sur [0, T ].
= F(U ) = {X0 + i ui Xi , u ∈ Rm }. Pour tout λ > 0,
P
Revenons maintenant à FP
les champs
P de vecteurs λX0 + i λui Xi appartiennent au cône cone(F), donc les champs
λX0 + i vi Xi aussi : il suffit de prendre ui = vi /λ, ce qui est toujours possibleP puisque
les ui ne sont pas bornés. En faisant tendre λ vers 0, on obtient que les champs i vi Xi ,
v ∈ Rm , appartiennent à cone(F).
Ainsi cone(F) est la famille associée à un système sans dérive dont l’algèbre de Lie
est de dimension n = dim M partout. Ceci implique Ap (cone(F)) = M (proposition 5.6).
Nous avons remarqué au début de cette preuve que Ap (cone(F)) est inclus dans
Ap (cone(F)), qui est lui-même égal à Ap (F) d’après le lemme 5.4. On a donc Ap (F) = M
ce qui implique la commandabilité par le corollaire 5.2.
La preuve de la commandabilité forte est laissée en exercice.
Remarque. Le résultat n’est bien entendu plus valable si il y a des restrictions sur les
commandes. Considérons par exemple dans R le système commandé
ẋ = x + u, u ≥ −1.
Dès que x > 1, on a ẋ > 0 et donc x ne fait qu’augmenter. Ce système n’est pas
commandable.
Exemple (Sphère sur un plateau en rotation). Reprenons l’exemple de la sphère mais sup-
posons maintenant qu’elle est posée sur un plateau en mouvement. Prenons par exemple
le cas où le plateau est en rotation autour d’un axe vertical avec une vitesse angulaire ω.
En reprenant les équations du mouvement du § 5.3.2, on obtient
Pour mettre en œuvre cette idée, nous allons introduire quelques définitions.
Définition. On dit qu’un champ de vecteurs complet X est récurrent si tous les points
de M sont récurrents pour X.
Théorème 5.10. Soit un système commandé affine sur une variété connexe M . Suppo-
sons que les conditions suivantes sont vérifiées
1. l’enveloppe convexe de l’ensemble de commande U contient un voisinage de l’ori-
gine dans Rm ;
2. dim Liep (X0 , . . . , Xm ) = dim M pour tout p ∈ M ;
3. la dérive X0 est un champ récurrent.
Alors le système est commandable.
1. D’après un théorème de Poincaré, sur une variété orientée de volume borné, tous les champs de
vecteurs dont le flot préserve la forme volume sont récurrents (voir par exemple [1]).
5.4 Systèmes affines commandables 75
P
Preuve. Notons F = F(U ) = {X0 + i ui Xi , u ∈ U }. Nous allons d’abord montrer que
Exemple (Voiture de Dubins). La voiture de Dubins est une voiture ne pouvant aller qu’en
marche avant, à une vitesse fixée v, et dont le rayon de braquage est borné par ρ > 0.
Ses mouvements sont donc gouvernés par le système affine
où
∂ ∂ ∂
X1 (q) = v cos θ 1
+ v sin θ 2 , X2 (q) = .
∂x ∂x ∂θ
On a déjà vu au Chapitre 4 que Lieq (X1 , X2 ) est de dimension 3 en tout point. De plus
l’ensemble de commande U = [−v/ρ, v/ρ] contient un voisinage de l’origine. Enfin, pour
tout ū ∈]0, v/ρ[, le champ de vecteurs
est récurrent car toutes ses trajectoires sont des cercles de rayon v/ū > ρ.
En appliquant la remarque suivant le théorème 5.10, on obtient que la voiture de
Dubins est commandable.
76 Chap. 5 – Systèmes commandés affines*
D’autre part, à toute matrice Ω ∈ so(3) on peut associer le vecteur de R3 composé de ses
coordonnées dans la base (A1 , A2 , A3 ) :
1
0 −ω 3 ω 2 ω
Ω = ω3 0 −ω 1 ↔ ω = ω 2 .
−ω 2 ω 1 0 ω3
Ωx = ω ∧ x.
Le vecteur ω associé à la vitesse Ω = R−1 Ṙ du satellite est appelé vitesse angulaire (le
mouvement correspond alors à une rotation autour de l’axe ω à une vitesse angulaire
∥ω∥).
En terme de vitesse angulaire, les équations du satellite sont données par les équations
d’Euler :
I1 ω̇ 1 = (I2 − I3 )ω 2 ω 3
I2 ω̇ 2 = (I3 − I1 )ω 3 ω 1
I3 ω̇ 3 = (I1 − I2 )ω 1 ω 2
où I1 , I2 , I3 sont les moments principaux d’inertie du satellite. Cette équation s’écrit de
façon plus compacte en fonction du moment angulaire µ = (µ1 , µ2 , µ3 ), avec µi = Ii ω i :
µ̇ = µ ∧ ω.
µ̇ = µ ∧ ω + Q.
Dans le cas du satellite, l’action se fait par le biais de 3 paires de réacteurs situés à
l’extérieur du satellite. Chaque paire exerce un moment d’amplitude constante que l’on
peut diriger dans un sens ou dans l’autre ou bien annuler (commandes du type bang-bang).
Autrement dit, pour i = 1, 2, 3,
Qi = ui bi , bi ∈ R3 , ui = −1, 0 ou 1.
5.4 Systèmes affines commandables 77
Il suffit alors de calculer ∆ et de vérifier que si au moins deux ai sont non nuls, il
existe b tel que ∆ ̸= 0.
Finalement, si le satellite n’est pas une sphère, les moments d’inertie ne sont pas tous
égaux, donc au moins deux ai sont non nuls. Les deux points précédents montrent alors
que la vitesse du satellite est commandable avec une seule paire de réacteurs.
Annexe A
Exercices
ψ: V0 ⊂ Rn → M
x = (x1 , . . . , xn ) 7→ ϕ1x1 ◦ · · · ◦ ϕnxn (p)
Le but de ce problème est d’étudier les relations entre deux familles de champs de
vecteurs sur M : les champs Xi et les champs de coordonnées ∂x∂ i .
1. Rappeler pourquoi ψ −1 définit des coordonnées (c’est-à-dire une carte) sur un
voisinage U ⊂ M de p. On notera V = ψ −1 (U ) dans la suite.
∂
2. Rappeler pourquoi les champ de vecteurs ∂xi
définis sur U vérifient :
∂ ∂ψ −1
(q) = ψ (q) , ∀q ∈ U.
∂xi ∂xi
∂ψ
1
(x) = X1 ψ(x) .
∂x
En déduire le résultat suivant :
Redressement d’un champ de vecteurs. Soit X un champ de vecteurs sur
M . Si X(p) ̸= 0, il existe des coordonnées locales (x1 , . . . , xn ) autour de p telles
que
∂
X= .
∂x1
80 Chap. A – Exercices
∂ψ
(x) = X 2 ψ(x) .
∂x2
∂ψ
(x) = ϕ∗ X i ψ(x) ,
∂xi
où ϕ est un difféomorphisme de M .
7. Montrer que, pour i = 1, . . . , k et x ∈ V ,
∂ψ
(x) ∈ Vect X 1 ψ(x) , . . . , X k ψ(x) .
∂xi
9. Montrer que, dans les coordonnées locales (x1 , . . . , xn ), l’orbite Orb(p) a pour
équation
{xk+1 = · · · = xn = 0}.
10. Soit ∆ la distribution sur M définie par ∆q = Vect{X1 (q), . . . , Xm (q)}. Quelle est
l’équation de cette distribution en coordonnées locales ?
A.2 Véhicule articulé 81
Partie I : Préliminaires
Soient N et Ne deux variétés différentiables de dimensions respectives n et ñ, n ≤ ñ, et
F :Ne → N une application différentiable et surjective. On dit que des champs de vecteurs
X e ) et X ∈ X (N ) sont reliés par F si, pour tout q ∈ N et tout p ∈ F −1 (q) ⊂ N
e ∈ X (N e,
1
on a dF ◦ X(p) = X(q).
e
Soient Xe ∈ X (Ne ) et X ∈ X (N ) deux champs reliés par F , de flots respectifs ϕet et ϕt .
1º) Montrer que la courbe t 7→ F ϕet (p) est solution de l’équation différentielle dans
eu ∈ X (N
où X e ) et Xu ∈ X (N ) sont des champs paramétrés par u ∈ U . On suppose que,
pour tout u fixé, X eu et Xu sont reliés par F .
2º) Soit c̃(t), t ∈ [0, T ], une trajectoire de (Σ)
e correspondant à une loi de commande
u(t) (constante par morceaux). Montrer que F c̃(t) est une trajectoire de (Σ)
correspondant à la même loi de commande u(t).
3º) Inversement, montrer que si c(t) est une trajectoire de (Σ), il existe une trajectoire
c̃(t) de (Σ)
e correspondant à la même loi de commande et telle que c(t) = F c̃(t) .
4º) Notons Aq ⊂ N (resp. Aep ⊂ N e ) les ensembles atteignables pour le système (Σ)
e Soit q ∈ N . Montrer que, quel que soit p ∈ F −1 (q), Aq = F (Aep ). En
(resp. Σ).
déduire que, si le système (Σ)
e est commandable, alors (Σ) l’est aussi.
5º) Montrer que la réciproque de cette dernière implication est fausse (on donnera un
contre-exemple avec N e = R3 et N = R2 ). Donner l’exemple d’une propriété des
ensembles Aep qui impliquerait la non commandabilité de (Σ).
Une sphère mobile de rayon 1 et de centre C roule sur la sphère fixe. On choisit un
repère orthonormé mobile (C, a1 , a2 , a3 ) attaché à cette sphère.
Une configuration du système est un couple (x, R) où
1
— x ∈ S 2 , x = ρ+1 c, où c désigne les coordonnées du centre C de la sphère mobile ;
— R ∈ SO(3) est la matrice de transition entre le repère fixe et le repère mobile.
On note M = S 2 ×SO(3) l’espace des configurations et on identifie Tq M , le sous-espace
tangent à M en q, avec un sous-espace vectoriel de R3 × M3 (R).
Enfin, so(3) désigne l’ensemble des matrices antisymétriques 3 × 3 et (A1 , A2 , A3 ) est
la base de so(3) définie par
0 0 0 0 0 1 0 −1 0
A1 = 0 0 −1 , A2 = 0 0 0 , A3 = 1 0 0 .
0 1 0 −1 0 0 0 0 0
On notera Ωu la matrice de so(3) ayant pour coordonnées u = (u1 , u2 , u3 ), c’est-à-dire
Ωu = u1 A1 + u2 A2 + u3 A3 .
6º) Montrer que les mouvements de la sphère mobile roulant sans glisser sur la sphère
fixe sont solutions du système commandé
(ẋ, Ṙ) = Xu (x, R), u ∈ R3 , (x, R) ∈ M, (A.1)
1
avec Xu (x, R) = αΩu x, Ωu R et α = ρ+1 ∈ ]0, 1[.
f = SO(3) × SO(3), on considère le système commandé
Sur la variété M
Pour q = (P, Q) ∈ M f → M
f, on définit la multiplication à droite rq : M f (r pour
“right”) par
rq (T, R) = (T P, RQ).
84 Chap. A – Exercices
On dit qu’un champ de vecteurs X sur M f est invariant à droite si, pour tout q ∈ Mf,
rq ∗ X = X.
9º) Montrer que si deux champs X, Y ∈ X (M f) sont invariants à droite, leur crochet
de Lie [X, Y ] l’est aussi.
10º) Montrer qu’un champ invariant à droite est déterminé de façon unique par sa
valeur en e. En déduire que l’application φ : X 7→ X(e) est un isomorphisme entre
l’ensemble des champs de vecteurs invariants à droite et Te Mf.
11º) Montrer à l’aide de la question précédente que, si X est un champ invariant à
droite, il existe (A, B) ∈ Te M
f tel que
Montrer que, pour tout u ∈ (Rx)⊥ , il existe v ∈ (Re3 )⊥ tel que les champs X
ev (T, S)
et Xu sont reliés par F (v = v(u) est le même que dans la question précédente).
19º) Montrer que, v étant fixé, X
ev est un champ invariant à gauche sur M f, c’est-à-dire
que, pour tout q ∈ Mf, on a lq X
∗ v = Xv , où lq désigne la multiplication à gauche
e e
(l pour “left”) :
l(P,Q) (T, R) = (P T, QR).
Nous admettrons que le résultat de la question 13 est valable également pour les champs
invariants à gauche (la preuve est la réplique exacte de celle faite pour les champs inva-
riants à droite) : si F est une famille de champs invariants à gauche, Lie(F) est isomorphe
à Lie(φ(F)), la sous-algèbre de Lie de Te M f engendrée par les éléments φ(X), X ∈ F.
20º) En déduire que toutes les orbites de la famille Fe = {Xev : v ∈ (Re3 )⊥ } sont des
variétés de même dimension k, où k est la dimension de l’algèbre de Lie
L = Lie(ζ1 , ζ2 ) ⊂ Te M
f
engendrée par les éléments ζi = αAi , (α − 1)Ai de Te M
f.
où les lois de commande u1 (·) : R → R et u2 (·) : R → R sont des fonctions continues
par morceaux (u1 et u2 dépendent en fait des enveloppes des champs monochromatiques
et des coefficients de couplage entre les niveaux d’énergie dans le système quantique).
Les commandes u1 (t) et u2 (t) sont nulles pour t < t0 et t > t1 . En particulier, pour ces
valeurs de t, les probabilités |ψi (t)|2 sont constantes.
Le problème du transfert de population est d’amener le système d’un niveau d’énergie
donné à un autre. Nous le formulons de la façon suivante :
1. Vérifier que la fonction φ(t) = (eiE1 t ψ1 (t), eiE2 t ψ2 (t), eiE3 t ψ3 (t)) est solution de
dφ
i (t) = H̄φ(t), t ∈ R,
dt
où
0 u1 (t) 0
H̄ = u1 (t) 0 u2 (t) .
0 u2 (t) 0
Remarquons que |φi (t)|2 = |ψi (t)|2 est aussi la probabilité de mesurer l’énergie Ei
à l’instant t.
2. En posant φ1 = x1 + ix2 , φ2 = x3 + ix4 , φ3 = x5 + ix6 , réécrire le système sous la
forme
ẋ = u1 X1 (x) + u2 X2 (x), x ∈ S 5 , u ∈ R2 . (A.5)
3. Déterminer Lie(X1 , X2 ).
4. Montrer que la dimension de Liex (X1 , X2 ) est donnée par
(
dim Liex (X1 , X2 ) = 3 si x ∈ S 5 \Q
,
dim Liex (X1 , X2 ) = 2 si x ∈ Q
F (x) = (x4 x6 + x3 x5 , x1 x6 − x2 x5 , x1 x3 + x2 x4 )
1 1
Remarquons que Sin et Sbut sont contenus dans Q. Nous allons donc maintenant nous
intéresser plus particulièrement à cet ensemble.
10. Montrer que les restrictions X1 |S02 et X2 |S02 sont des champs de vecteurs sur S02 .
11. En déduire que Ax = S02 pour tout x ∈ S02 , et que le problème du transfert de
population a une solution si la condition initiale est dans S02 ∩ Sin
1
. Quels sont les
vecteurs d’états que l’on peut atteindre avec de telles conditions initiales ?
Axα = ϕα (Ax0 ).
1 1
15. Déterminer Ax ∩ Sbut pour x ∈ Sin . En conclure que le problème de transfert de
population a toujours une solution (en supposant |ψ1 (t)|2 = 1 pour t < t0 ).
A.5 Application du lemme de Gauss 89
Questions complémentaires
16. Supposons maintenant que, pour t < t0 , la probabilité de mesurer l’énergie E1 est
1 − ε2 , et celle de mesurer E2 est ε2 . Est-il toujours possible de transférer toute
la population sur le niveau d’énergie E3 ? Si non, à quelle condition sur φ(t0 ) un
vecteur d’état particulier peut-il être transféré sur le niveau d’énergie E3 ?
17. Proposer une loi de commande constante par morceaux permettant de réaliser le
transfert de population (dans le cas où |ψ1 (t)|2 = 1 pour t < t0 ).
18. Montrer que Q est localement difféomorphe à S 1 × S 2 (Q est ce que l’on appelle
un fibré en sphères de S 1 ).
Le but du reste de l’exercice est de trouver les géodésiques de (H, g). On va procéder exac-
tement comme on l’a fait en cours pour la sphère S n : montrer d’abord que la dérivée
covariante est une sorte de projection orthogonale de la dérivée usuelle sur l’espace tan-
gent, puis en déduire une équation des géodésiques facile à résoudre.
Fixons un point x̄ ∈ H. On peut alors écrire R3 = Tx̄ H⊕Rx̄. Dans cette décomposition,
tout w ∈ R3 s’écrit
w = v − h(x̄, w)x̄, où v ∈ Tx̄ H.
Enfin, on choisit une base orthonormée (v1 , v2 ) de Tx̄ H (muni du produit scalaire gx̄ ) et
on appelle y les coordonnées de R3 dans la base (v1 , v2 , x̄), i.e.
w = y 1 v1 + y 2 v2 + y 3 x̄.
π: H → R2
w = (y 1 , y 2 , y 3 ) 7→ (y 1 , y 2 )
7. Écrivez l’équation des géodésiques de H (sans coordonnées, comme on l’a fait pour
S n ).
8. Soit (x, v) ∈ T H. Montrez que la courbe
v
γv (t) = cosh(∥v∥t)x + sinh(∥v∥t)
∥v∥
Commentaires.
A.6 La sphère imaginaire 91
— Les géodésiques sont donc les intersections de H avec des plans passant par l’ori-
gine, exactement comme le sont les grands cercles pour S 2 .
— La projection stéréographique
π : H → D2
x1 x2
x 7→ ( 1+x 3 , 1+x3 )
4
est une isométrie de (H, g) dans le disque hyperbolique (D2 , (1−∥x∥2 )2 ⟨·, ·⟩), qui est
[1] A. A. Agrachev and Y. L. Sachkov. Control Theory from the Geometric Viewpoint.
Springer-Verlag, 2004.
[2] W. Boothby. An Introduction to Differentiable Manifolds and Riemannian Geometry.
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[3] F. Jean. Systèmes dynamiques. Stabilité et commande. Cours AO102, ENSTA.
[4] V. Jurdjevic. Geometric Control Theory. Cambridge University Press, 1997.
[5] M. Spivak. A Comprehensive Introduction to Differential Geometry. Publish or Perish,
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[6] Y. Talpaert. Geo Diff. Cépaduès-Editions, 1993.
Index
Notations Xu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
Ap . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41 X (M ) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
C ∞ (p) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15 [X, Y ] . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
C ∞ (M ) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
A
cone(F) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
algèbre de Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . 48, 56, 57
cφ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
∂ application
| . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
∂xi p
∂ différentiable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
∂xi
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
linéaire tangente . . . voir différentielle
dF . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
lue dans des cartes . . . . . . . . . . 5, 21, 24
dFp . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18 réciproque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
D(p) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15 atlas . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
F . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40 de T M . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
F∆ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59 maximal . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
F ∗ ωF (p) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
F ∗ g . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18 B
F∗ X . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33 base
F φψ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5 naturelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
G(F) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50 base dénombrable voir espace topologique
gφ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
C
intAp . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64 cône engendré par F . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
Lie(F) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48 carte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1, 6
Liep (F) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49 adaptée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
LX g . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46 centrée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
LX Y . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46 compatibles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
Orbp (F) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50 domaine de . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
ϕt (q) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34 sur T M . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
ϕ(t, q) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34 champ
rgp F . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6 d’espaces vectoriels . . . . . . . . . . . . . . . . 59
T ∗ M . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27 de coordonnées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
Tp∗ M . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24 de coordonnées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
T M . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27 de vecteurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30, 79
Tp M . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14 de vecteurs complet . . . . . . . . . . . . . . . 35
Xp · g . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16 récurrent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
X φ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31 commandable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
INDEX 95
fortement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71 différentielle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
localement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71 espace
commande . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39 cotangent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
bang-bang . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76 des configurations . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
ensemble de . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39 des phases . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
loi de . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40 euclidien . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
condition du rang . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67 tangent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14, 17
conjugué . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35 topologique . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1, 3, 54
coordonnées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1, 79
coordonnées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19 F
changement de . . . . . . . . . . . . . 20, 24, 31 famille
de dFp . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21 associée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
pour une distribution . . . . . . . . . . . . . 61 symétrique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50, 67
sur Tp M . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20 fibré
sur T M . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29, 60 cotangent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
courbes tangent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
intégrales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33 fibre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
tangentes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14 flot . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
covecteur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24 approximation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
crochet de Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43 commutation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
1-forme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
D
dérivée G
de Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46 générateur infinitésimal . . . . . . . . . . . . . . . 36
directionnelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16, 46 germe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
dérivation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30, 42 groupe
en un point . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15 de difféomorphismes . . . . . . . . . . . . . voir
ensemble des . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15 difféomorphismes
dérive . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63 orthogonal . . . . . . . . . . . . . . . . . voir O(n)
difféomorphisme . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1, 6, 7 spécial linéaire . . . . . . . . . . voir SLn (R)
difféomorphisme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
groupe de . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35 H
local . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19 Hadamard
différentielle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18, 29 lemme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
distribution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59, 80 holonome . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
homéomorphisme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
E
ensemble I
atteignable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41, 64 identification canonique . . . . . . . . . . . . . . . 19
de commande . . . . . . . . voir commande immersion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
équation locale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
d’Euler . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76 intégrable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
d’Euler-Lagrange . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60 involutive . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
96 INDEX
J so(3) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
jacobienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7 sous-variété
de Rn . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
L de variété . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
lagrangien . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60 immergée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
Leibniz ouverte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
règle de . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15 plongée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
Lie-déterminée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64 sous-variété
espace tangent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
M
immergée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
moment angulaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
sphère en roulement . . . . . . . . . . . . . . . 68, 73
N structure différentiable . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
non-holonome . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61 structure différentiable
d’une orbite . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
O de T M . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
O(n) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11 submersion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
orbite . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50 pré-image de . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9, 11
espace tangent . . . . . . . . . . . . . . . . 51, 56 système
affine . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63, 72
P
commandé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
planification des mouvements . . . . . . . . . 72
de coordonnées . . . . . voir coordonnées
plongement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
lagrangien . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
de Whitney . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
sans dérive . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
image d’un . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8, 11
point récurrent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74 T
principe de d’Alembert-Lagrange . . . . . . 60 théorème
projection d’existence et d’unicité . . . . . . . . . . . . 33
canonique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27 d’inversion locale . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
stéréographique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4 de Chow . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
prolongement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29 de composition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
R de dépendance etc . . . . . . . . . . . . . . . . 34
rang . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6, 22 de Frobenius . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
d’une application linéaire . . . . . . . . . . . 6 de l’orbite . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
d’une distribution . . . . . . . . . . . . . . . . . 59 topologie .............................. 53
base d’une . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1, 53
S d’une orbite . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
S n . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4, 23 de T M . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
1 induite . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8, 11
S . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3, 29
2 n
S . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4, 29 T R . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
séparé . . . . . . . . . . . voir espace topologique Tx Rn . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14, 19
SLn (R) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11 trajectoire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40, 72
SO(3) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69 transport . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33, 45
INDEX 97
flot du . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
trivialisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
V
variété . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2, 12
de classe C k . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
variété
à bord . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
intégrale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
parallélisable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
vecteur tangent . . . . . . . . . . . . . . . . 14, 17, 27
en coordonnées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
vitesse angulaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
voiture . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
de Dubins . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
modèle simplifié . . . . . . . . . . . 40, 41, 68