Cours MP
Cours MP
Cours de mathématiques
MP
Alain TROESCH
1 Suites numériques 7
I Topologie réelle et complexe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
I.1 Intervalles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
I.2 Voisinages . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
II Convergence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
II.1 Convergence, réexpression topologique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
II.2 Rappel des propriétés opératoires relatives à la convergence . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
II.3 Comportement des limites vis-à-vis des inégalités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
II.4 Propriétés des suites monotones . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
III Comparaisons asymptotiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
IV Suites récurrentes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
IV.1 Suites récurrentes linéaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
IV.2 Suites récurrentes linéaires perturbées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
IV.3 Suites récurrentes un`1 “ f pun q . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
2 Cardinaux et dénombrabilité 21
I Rappels sur les cardinaux finis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
I.1 Ensembles finis, cardinaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
I.2 Rappel des propriétés calculatoires sur les cardinaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
I.3 Grands principes combinatoires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
II Dénombrabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
II.1 Cardinaux infinis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
II.2 Dénombrabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
II.3 Règles opératoires sur les ensembles dénombrables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
II.4 Des ensembles infinis non dénombrables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
4 Intégrales généralisées 57
I Intégrales sur un intervalle quelconque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
I.1 Intégrale généralisée sur un intervalle ra, br. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
I.2 Intégrales de référence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
I.3 Théorèmes de comparaison pour les intégrales de fonctions positives . . . . . . . . . . . . 61
I.4 Extension aux intégrales sur un intervalle quelconque I . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
I.5 Intégrabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
I.6 Bilan méthodologique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
II Méthodes calculatoires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69
II.1 Changement de variables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69
II.2 Intégration par parties . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
III Études asymptotiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
III.1 Intégration des relations de comparaison . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
III.2 Théorème de convergence dominée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
Nous rappelons dans ce chapitre les définitions et propriétés importantes sur les suites, ainsi que quelques aspects
techniques et calculatoires en fin de chapitre. Il s’agit essentiellement de révisions du cours de MPSI, mais nous
profitons de ce chapitre de révision pour introduire des notions fondamentales en analyse, comme les notions
topologiques.
L’objectif n’est pas de refaire le cours de MPSI, mais uniquement des rappels. Ainsi, en particulier, les dé-
monstrations, et les exemples de base sont à reprendre dans votre cours de MPSI. Certaines démonstrations
importantes seront néanmoins reprises rapidement.
Nous rappelons que R “ R Y t´8, `8u.
@pa, bq P I 2 , @x P R, a ď x ď b ùñ x P I.
On rappelle que la propriété de la borne supérieure permet de décrire tous les intervalles :
Ÿ Éléments de preuve.
Si I est non vide, sa borne inférieure a et sa borne supérieure b existent (éventuellement infinies). Montrer,
par la propriété de convexité, que sa, brĂ I Ă ra, bs. Ź
8 CHAPITRE 1. SUITES NUMÉRIQUES
Remarques 1.1.3
1. Cette propriété est spécifique à R. Par exemple, elle est fausse dans Q (avec a, b P Q).
2. La définition et le théorème s’étendent à R. Puisque `8 et ´8 sont des éléments particuliers de
R, on a besoin de moins de cas pour décrire tous les intervalles : ra, bs, sa, bs, ra, br et sa, br, avec
a, b P R. L’ensemble vide est par exemple obtenu en considérant s0, 0r, alors que R “s ´ 8, `8r et
R “ r´8, `8s.
La seule différence avce les intervalles de R est la possibilité d’inclure les bornes infinies.
I.2 Voisinages
On note K “ R ou C. La notation |z| désignera donc suivant le cas soit la valeur absolue dans R, soit le module
dans C.
Définition 1.1.4 – Voisinage dans K “ R ou C
Soit a P K, et V Ă K. On dit que V est un voisinage de a s’il existe ε ą 0 tel que :
@y P K, |y ´ x| ă ε ùñ y P V,
a P I Ă V.
Exemple 1.1.8
Donner un exemple de famille de voisinages de 0 dans R dont l’intersection n’est pas un voisinage de 0.
Par exemple, dire qu’une fonction f est continue au voisinage de a signifie qu’il existe un voisinage V de a tel
que pour tout x P V , f soit continue en x, donc tel que f soit continue sur V .
II Convergence 9
II Convergence
II.1 Convergence, réexpression topologique
On rappelle les définitions suivantes :
@ε ą 0, DN P N, @n ě N, un P Bpℓ, εq.
Si pun q admet une limite ℓ, on dit aussi que pun q tend vers ℓ lorsque n tend vers `8, et on écrira
ℓ “ lim un , ou un ÝÑ ℓ.
nÑ`8 nÑ`8
@A P R, DN P N, @n ě N, un ě A.
@A P R, DN P N, @n ě N, un ď A.
Ÿ Éléments de preuve.
Si ℓ1 et ℓ2 sont deux limites (non infinies) distinctes de pun q, considérer ε “ |ℓ2 ´ ℓ1 | dans les définitions
pour obtenir une contradiction.
Discuter les cas infinis de façon similaire. Ź
Pour ne pas avoir constamment à traiter le cas d’une limite infinie de façon particulière, on donne une traduction
topologique de la définition de la limite d’une suite, valide tout aussi bien pour des limites finies ou infinies.
On termine cette section par une propriété importante des suites d’entiers.
10 CHAPITRE 1. SUITES NUMÉRIQUES
Ÿ Éléments de preuve.
Réciproque évidente. Sens direct : considérer ε ă 12 . Ź
La continuité de l’exponentielle et du logarithme (ou une propriété de composition des limites, pour les cas
infinis non indéterminés) permet d’obtenir les règles d’exponentiation :
et vn Ñ ℓ1 , et que pℓ, ℓ1 q R tp`8, 0q, p0, 0q, p1, `8q, p1, ´8qu. Alors :
1
uvnn ÝÑ ℓℓ .
Dans cette proposition, les règles d’exponentiation ont été étendues par les opérations suivantes dans R :
‚ a`8 “ 0 si a P r0, 1r,
‚ a`8 “ `8 si a Ps1, `8s
‚ a´8 “ `8 si a P r0, 1r,
‚ a´8 “ 0 si a Ps1, `8s,
‚ 0b “ 0 si b Ps0, `8s.
Avertissement 1.2.11 – Formes indéterminées pour les puissances
On notera les formes indéterminées relatives aux exponentiations :
80 , 00 et 18 .
Ÿ Éléments de preuve.
Par l’absurde. Ź
Avertissement 1.2.13
Les inégalités strictes ne se conservent pas !
Remarque 1.2.15
C’est avant tout un théorème d’existence de la limite. La valeur vient en bonus. Ne pas le rédiger comme
un double passage à la limite dans les deux inégalités, qui ne justifie pas correctement cette existence.
Le théorème de minoration s’utilise parfois en comparant à des suites dont on connaît bien la nature, par
exemple les suites géométriques. La divergence ou la convergence des suites géométriques étant rapide, cela ne
s’applique toutefois que pour des suites ayant un comportement assez marqué.
Voici une façon assez commode de faire une comparaison à une suite géométrique. Elle permet également de
comparer les séries associées (critère de d’Alembert).
12 CHAPITRE 1. SUITES NUMÉRIQUES
Exemples 1.2.18
an
Limite de n! , a P C.
@n ě n0 , un “ εn vn et lim εn “ 0.
Si ces propriétés sont satisfaites, on dit que pun q est négligeable devant pvn q, et on note un “ opvn q.
@n ě n0 , un “ αn vn et lim αn “ 1.
On note un „ vn ou un „ vn .
`8
La propriété suivante permet d’écrire une équivalence sous forme d’un développement asymptotique, ce qui
s’avère très souvent pratique d’un point de vue technique, pour contourner certains problèmes techniques liés
aux équivalents (sommes, compositions)
Remarque 1.3.5
Si pvn q ne s’annule pas à partir d’un certain rang, ces propriétés peuvent être caractérisées par l’étude de
vn
:
un ˆ ˙
un
‚ bornée ðñ un “ Opvn q ;
vn
un
‚ ÝÑ 0 ðñ un “ opvn q ;
vn
un
‚ ÝÑ 1 ðñ un „ vn .
vn
On rappelle les règles de manipulation suivantes, qui se démontrent facilement avec le point de vue séquentiel
(la deuxième caractérisation).
Avertissement 1.3.10
‚ Ne pas sommer des équivalents (problème de compensation de la partie principal)
‚ Ne pas composer des équivalents par une fonction.
Exemples 1.3.11
Donner des contre-exemples pour ces deux avertissements.
Pour conourner ces problèmes, revenir à des techniques de développements limités ou asymptotiques.
Enfin, deux propriétés importantes des équivalents :
Et pour terminer, la piqûre de rappel des équivalents classiques. Je les donne sous leur version fonctionnelle, ce
qui signifie ici qu’on peut remplacer x par n’importe quelle suite convergeant vers 0 (les équivalents classiques
étant tous donnés au voisinage de 0).
Ne pas hésiter sur ces équivalents !
1. lnp1 ` xq „ x ; 7. shpxq „ x ;
0 0
2. ex ´ 1 „ x ; x2
0 8. chpxq ´ 1 „ ;
a
3. p1 ` xq ´ 1 „ ax (a ‰ 0) ;
0 2
0 9. thpxq „ x ;
0
4. sinpxq „ x ;
0 10. Arcsinpxq „ x ;
0
x2
5. cospxq ´ 1 „ ´ ; 11. Arctanpxq „ x ;
0 2 0
6. tanpxq „ x ;
0
Et un petit dernier qui a un statut un peu particulier, car spécifique aux suites et ne découlant pas de techniques
de dérivation :
Théorème 1.3.15 – Formule de Stirling
? ´ n ¯n
On a : n! „ 2πn .
`8 e
IV Suites récurrentes
Nous terminons ce chapitre par quelques rappels sur les propriétés et l’étude de certaines suites récurrentes.
Une suite récurrente d’ordre k est entièrement déterminée par sa relation de récurrence et la donnée de ses k
premiers termes. Plus précisément :
Dans le cas où les suites pai,n q sont constantes, on parle de suite récurrente linéaire d’ordre k à coefficients
constants. On dispose dans ce cas de techniques d’explicitation, grâce aux racines du polynôme caractéristique.
Ÿ Éléments de preuve.
Hors-programme dans le cas général. Voir cours de MPSI pour le cas particulier k ď 2 (ou adapter celle-ci).
La preuve utilise des polynômes d’endomorphisme. Reprenez-là lorsque vous serez un peu plus à l’aise sur
le sujet.
‚ Considérer χpDq où D est l’opérateur qui à pun q associe pun`1 q, et le factoriser. On est ramené à
l’étude de pD ´ λi Idqαi ppPi pnqλni qq, et on remarque qu’à chaque itération, le degré du polynôme diminue
strictement. Cela prouve que ces suites sont bien solutions.
‚ La réciproque se fait par un argument de dimension, en montrant que les pnj λni qnPN , j ă αi , forment
une famille libre (par exemple en exploitant un équivalent en `8).
Ź
k´1
ÿ
pEq : @n P N, un`k ´ ai,n un`i “ bn .
i“0
On note également pEHq la relation de récurrence homogène associée (obtenue en remplaçant bn par 0).
Ÿ Éléments de preuve.
k´1
ÿ
Il s’agit d’une fibre de l’endomorphisme de CN défini par pun q ÞÑ un`k ´ ai,n un`i Ź
i“0
Ÿ Éléments de preuve.
Hors-programme. Encore une fois, utiliser χpDq. Ź
Remarque 1.4.7
1. La résolution des suites arithmético-géométriques un`1 “ aun ` b, a ‰ 1, est un cas particulier de
ces deux résultats plus général : il existe une solution constante c, vérifiant c “ ac ` b. C’est donc
le point fixe. La solution générale s’écrit alors sous la forme λan ` c.
2. Avant cela, la résolution des suites arithmétiques un`1 “ un ` a en est aussi un cas particulier : la
proposition donne l’existence d’une solution particulière sous la forme cn (il faut multiplier par n
car 1 est racine de multiplicité 1 du polynôme caractéristique). En remplaçant, on trouve facilement
c “ a. La solution générale est alors λ1n ` an, et on ajuste avec les termes initiaux.
Exemple 1.4.8
Un exemple un peu moins trivial. Expliciter pun q tel que
Ÿ Éléments de preuve.
Montrer par récurrence que un est défini, et un P I. Comme I est dans le domaine, on peut alors continuer.
Ź
Évidemment, si on parvient à trouver un indice N tel que uN soit dans un intervalle stable, on parvient à la
même conclusion.
Les intervalles stables permettent aussi souvent d’étudier les variations de pun qnPN . La situation la plus simple
est la suivante (et assez facile à détecter graphiquement) :
18 CHAPITRE 1. SUITES NUMÉRIQUES
Ÿ Éléments de preuve.
D’après ce qui précède, pour tout n, un P I. Appliquer f pour comparer un`1 à un . Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Tout d’abord, tous les termes un sont dans I. On peut alors propager par récurrence l’inégalité initiale
entre u0 et u1 , en appliquant la fonction croissante f . Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Appliquer le résultat précédent à f ˝ f , décrivant la récurrence associée aux suites pu2n q et pu2n`1 q. Ź
Remarque 1.4.15
Ainsi, si f est décroissante sur un intervalle stable, les deux suites extraites pu2n q et pu2n`1 q sont monotones
de sens de variation opposés. Cela ne suffit pas pour prouver que pun qnPN converge. Pour cela, il faut encore
s’assurer que pu2n q et pu2n`1 q ont même limite. Les limites de ces deux suites sont à rechercher parmi les
points fixes de f ˝ f . Si f ˝ f a deux points fixes distincts, on peut très bien avoir convergence de pu2n q
vers l’un des deux et de pu2n`1 q vers l’autre. Essayez de construire un exemple graphique.
Avertissement 1.4.16
Les points fixes de f sont point fixes de f ˝ f , mais il peut exister des points fixes de f ˝ f qui ne sont pas
points fixes de f .
Exemple 1.4.17
Étude de la suite u0 P R, @n P N, un`1 “ u2n ´ un .
Pour terminer, nous donner deux résultats hors-programme, mais à savoir refaire, permettant l’étude de la
vitesse de convergence (c’est-à-dire estimant le comportement asymptotique de la suite, soit sous forme d’une
domination, soit sous forme d’un équivalent).
2. Si tel est le cas, on a alors, pour tout k Ps|f 1 paq|, 1r, un “ Opk n q.
Le deuxième résultat s’applique lorsque f 1 paq “ 1. Dans ce cas, il est clair graphiquement que la convergence
sera beaucoup plus lente. On peut, sous réserve quelques hypothèses supplémentaires, trouver un équivalent de
pun q. Plutôt que de donner un résultat tout finalisé, nous donnons ici plutôt une méthode. Nous avons besoin
pour cela d’un lemme archi-classique, probablement vu en MPSI déjà.
Exemple 1.4.21
Donner un équivalent de la suite définie par u0 “ 1 et @n P N, un`1 “ sinpun q.
20 CHAPITRE 1. SUITES NUMÉRIQUES
2
Cardinaux et dénombrabilité
Nous faisons dans ce chapitre quelques rappels sur les cardinaux finis, et leur utilisation dans des questions
de dénombrement. Dans un second temps, nous quittons les révisions pour aborder le problème des cardinaux
infinis, beaucoup moins intuitif, l’objectif étant l’étude des ensembles de même cardinal que N, qu’on appelle
ensembles dénombrables.
Ÿ Éléments de preuve.
L’unicité de n provient du fait qu’il ne peut pas exister de bijection de J1, nK dans J1, mK si n ‰ m, ce qui
n’est pas si évident que cela à montrer si on ne dispose d’aucun outil de cardinalité. Cela peut se faire en
montrant par récurrence sur n que si m ‰ n et f : J1, nK Ñ J1, mK, alors f n’est ni injective ni surjective.
Pour passer de n à n ` 1, considérer f pn ` 1q. Quitte à composer par une transposition bijective, on peut
considérer que f pn ` 1q “ m ` 1, ce qui permet d’enlever n d’un côté, m de l’autre (avec une discussion à
faire), pour se ramener à l’hypothèse de récurrence. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
On peut ranger les éléments de F dans l’ordre : F “ tx1 ă x2 ă ¨ ¨ ¨ ă xm u. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Restreindre et corestreindre une bijection E Ñ J1, nK et utiliser le lemme. Ź
22 CHAPITRE 2. CARDINAUX ET DÉNOMBRABILITÉ
Ÿ Éléments de preuve.
C’est évident intuitivement. Pour une bonne formalisation, par une bijection, on peut se ramener au cas
où A “ J1, pK et E “ J1, nK. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Le point 2 s’obtient du point 1 par récurrence. Le point 1 résulte du lemme et des propriétés des sommes
Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Écrire l’un des trois ensembles en jeu comme union disjointe des deux autres. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Quel est le cardinal de AB A lorsqu’on est dans le cas d’égalité ? Ź
Ÿ Éléments de preuve.
On peut décomposer en A Y B “ A Z pBzpA X Bqq Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Le point 2 s’obtient du 1 par récurrence.
Pour le point 1, découper en tranche, ou utiliser une bijection de J0, nm ´ 1K dans J0, n ´ 1K ˆ J0, m ´ 1K
définie par une opération arithmétique classique. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Restreindre ou corestreindre de façon adéquate, de sorte à se ramener à une bijection. Ź
Cela incite, pour des dénombrements (ou calculs de cardinaux, à se ramener par une bijection, à des modèles
simples et connus.
Méthode 2.1.11 – Combinatoire bijective
Pour dénombrer un ensemble fini E (c’est-à-dire pour déterminer son cardinal), une méthode classique
consiste à le mettre en bijection avec un ensemble dont le cardinal est connu.
Exemple 2.1.12
Par définition des coefficients binomiaux, le cardinal de Pk pJ1, nKq est nk . En déduire le nombre de
` ˘
l’ensemble des chemins monotones de p0, 0q à pa, bq dans N2 , chaque pas étant de longueur 1, et se faisant
vers la droite ou vers le haut.
Exemple 2.1.14
p ˆ ˙ ˆ ˙
ÿ n`k n`k`1
Formule sommatoire, ou lemme de la chaussette : “ .
k“O
n n`1
Ÿ Éléments de preuve.
ě
Une formalisation passe par un partionnement de l’ensemble E dénombré en Ek , où on a rangé les
kPJ1,aK
éléments à dénombrer dans des ensembles Ek , en les triant suivant le résultat de la première étape. La
troisième hypothèse certifie que l’union est disjointe (ce qui est représenté par le signe ` dans l’union), et
la deuxième hypothèse assure que les Ek sont tous de cardinal b.
Cette formalisation est équivalente au lemme du berger, stipulant que si f : E Ñ F est une surjection telle
que les images réciproques f ´1 ptyuq aient toutes même cardinal b, alors |E| “ b|F |. Ź
Exemple 2.1.16
Dénombrement des injections, cardinal de Sn .
Remarque 2.1.17
Les deux méthodes peuvent être combinées, par exemple un tri, et pour chaque part du tri, une succession
de choix.
Exemple 2.1.18
n ˆ ˙ˆ ˙ ˆ ˙
ÿ a b a`b
Formule de Vandermonde : “
k“0
k n´k n
. Sous cette forme on peut voir que la contrainte peut souvent être retournée en lisant le couple dans
l’autre sens : F et clariement en bijection avec
Cela revient à intervertir le rôle des deux étapes, donc l’ordre dans lequel on effectue la construction.
Exemple 2.1.20
La formule du capitaine, ou comité-président.
Exemple 2.1.22
n ˆ ˙
ÿ n
Interpréter combinatoirement la formule “ 2n .
k“0
k
Exemple 2.1.24
n ˆ ˙
ÿ n k
Montrer combinatoirement que p´1q “ 0 si n ą 0.
k“0
k
II Dénombrabilité
II.1 Cardinaux infinis
On ne peut pas définir d’emblée (en tout cas pas simplement) de cardinal d’un ensemble fini. Cantor fait
une construction (compliquée) qui permet de définir des cardinaux (ou plutôt des classes cardinales) de façon
explicite, mais ce n’est pas l’objet de ce cours. Nous nous contentons de définir la condition d’égalité des
cardinaux.
Définition 2.2.1 – Ensembles de même cardinal
Soit E et F deux ensembles.
‚ On dit que E et F ont même cardinal s’il existe une bijection f : E Ñ F . On dit aussi que E est
équipotent à F .
‚ On dit que E est subpotent à F (ou que le cardinal de E est strictement inférieur à celui de F ) s’il
existe une injection de E dans F .
Attention, certaines intuitions sur les comparaisons de cardinaux d’ensembles finis peuvent être fausses dans ce
contexte.
26 CHAPITRE 2. CARDINAUX ET DÉNOMBRABILITÉ
Avertissement 2.2.3
Deux ensembles vérifiant une inclusion stricte E Ĺ F peuvent être de même cardinal. Pourtant F contient
strictement plus d’éléments que E.
II.2 Dénombrabilité
Définition 2.2.5 – Ensemble dénombrable
Soit E un ensemble. On dit que :
‚ E est dénombrable s’il est de même cardinal que N ;
‚ au plus dénombrable s’il est fini ou dénombrable.
Ÿ Éléments de preuve.
Construire une bijection en diagonales. Ou bien utiliser une bijection classique entre N2 et N˚ , basée sur
l’étude des facteurs pairs de la décomposition de n en produit de facteurs premiers. Ź
Nous souhaitons caractériser les ensembles au plus dénombrables à l’aide des sous-ensembles de N. Pour cela,
nous commençons pas établir un lemme sur le cardinal des sous-ensembles de N.
Lemme 2.2.7
Tout sous-ensemble de N est au plus dénombrable.
Ÿ Éléments de preuve.
Considérer un sous-ensemble E P PpNq, non fini. Construire par récurrence une application injective de
J0, nK dans E, en rajoutant à chaque étape le minimum des éléments non encore utilisés. Cela définit une
bijection N Ñ E. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Un sens est évident par les définitions de la finitude ou de la dénombrabilité. L’autre provient du lemme.
Ź
Nous donnons une deuxième caractérisation des ensembles au plus dénombrables en terme de surjection ou
d’injection. Cette caractérisation est plus souple pour prouver les différentes propriétés de dénombrabilité liées
aux constrructions ensemblistes. Cette caractérisation nécessite un petit lemme.
Lemme 2.2.9 – Inversibilité à gauche ou droite des injections et surjections
Soit f : E Ñ F .
1. Si f est injective, il existe g : F Ñ E telle que g ˝ f “ idE , et g est alors surjective.
2. Si f est surjective, il existe g : E Ñ F telle que f ˝ g “ idF , et g est alors injective.
II Dénombrabilité 27
Ÿ Éléments de preuve.
On construit g associant à y un antécédent de ses antécédents. Dans le premier cas, on n’a pas le choix
quand on est dans l’image de f , et sinon, on définit g comme on veut. Dans le deuxième cas, on doit choisir
parmi les antécédents de y. Ź
Remarque 2.2.10
‚ Ce sont en fait des équivalences.
‚ On utilise l’axiome du choix (qui affirme la possibilité de pouvoir faire simultanément une infinité
de choix).
Ÿ Éléments de preuve.
‚ piq ùñ piiq : considérer une bijection E Ñ F Ă N, et composer par l’injection canonique.
‚ piiq ùñ piiiq : c’est l’inversibilité à gauche d’une injection
‚ piiiq ùñ piiq : c’est l’inversibilité à droite d’une surjection. Pourquoi l’axiome du choix n’est-il pas
nécessaire ici ?
‚ piiq ùñ piq : corestriction à l’image.
Ź
Ÿ Éléments de preuve.
1. Construire une surjection par composition : N Ñ N ˆ N Ñ E ˆ F
2. Récurrence
3. Supposons les ensembles indexés sur I dénombrable. Construire une surjection
ď
NÑNˆNÑI ˆNÑ Ai .
iPI
Corollaire 2.2.13
1. L’ensemble Z est dénombrable.
2. L’ensemble Np est dénombrable.
28 CHAPITRE 2. CARDINAUX ET DÉNOMBRABILITÉ
Un résultat important sur les familles sommables découle de ces propriétés. On rappelle la définition suivante.
Définition 2.2.14 – Support d’une famille de scalaires
Soit a “ pai qiPI une famille de réels ou complexes. Le support de a est l’ensemble
J “ ti P I | ai ‰ 0u.
Ÿ Éléments de preuve.
Se ramener au cas d’une famille réelle positive, en contrôlant le support de a en fonction de celui des parties
positives et négatives de ses parties réelles et imaginaires.
Dans le cas positif, exprimer le support en fonction des
Iε “ ti P I | ai ą εu.
Ÿ Éléments de preuve.
(démonstration non exigible) Sinon, considérer une énumération pxn qnPN˚ de tous les réels, et considérer
un y tel que le n-ième chiffre après la virgule de y soit distinct de 0, 9 et du n-ième chiffre de xn . Le réel
y peut-il être dans l’énumération ? Pourquoi prendre la précaution de prendre les chiffres distincts de 0 et
9? Ź
Cette preuve est connue sous le nom d’« argument diagonal de Cantor », dont une généralisation donne un
deuxième élément de réponse à la question initiale :
Théorème 2.2.17 – Cantor, HP
Soit X un ensemble infini. Alors CardpXq ă CardpPpXqq (i.e. X est subpotent à PpXq, mais pas équipo-
tent)
Ÿ Éléments de preuve.
S’il existe une surjection f : X Ñ PpXq, considérer Y Ă X constitué des éléments x tels que x R f pxq, et
obtenir une contradiction en considérant l’appartenance de c à Y , c étant un élément de X tel que f pcq “ Y .
Ź
On peut donc construire une chaîne infini d’ensembles ayant des cardinaux strictement croissants. Il y a donc
une infinité de cardinaux infinis distincts.
II Dénombrabilité 29
Remarque 2.2.18
En quoi le résultat précédent empêche-t-il l’existence d’un « ensemble des ensembles » ?
30 CHAPITRE 2. CARDINAUX ET DÉNOMBRABILITÉ
3
Espaces vectoriels normés
Le but de ce chapitre est d’introduire un cadre qui permettra de généraliser l’analyse réelle de première année
au cas de fonctions définies d’un espace vectoriel vers un autre. En particulier, la notion importante à la base de
la notion de limite (et à partir de là, de continuité et de dérivabilité) est la notion de convergence d’une suite.
On aimerait donc donner un cadre rigoureux à l’étude de la convergence de suites dans un espace vectoriel E
sur R ou C. Si cet espace est de dimension finie, il suffit d’étudier la convergence coordonnée par coordonnée
relativement à une base fixée. On verra dans un chapitre ultérieur que la propriété de convergence ne dépend
alors pas du choix de la base. Ainsi, dans ce contexte, toute notion « raisonnable » de convergence équivaut à
la convergence coordonnée par coordonnée.
Lorsque E n’est pas de dimension finie, les choses sont beaucoup moins claires, et nécessitent de revenir à
l’intuition et la définition de la convergence, en terme d’approximation : une suite réelle ou complexe pun qnPN
converge vers ℓ, si et seulement si, pour toute qualité d’approximation ε ą 0, à partir d’un certain rang, un est
presque égal à ℓ, à ε près. Cette définition nécessite de mesurer une distance de un à ℓ.
Pour généraliser cette définition, nous introduisons la notion de norme sur un espace vectoriel, permettant de
définir ensuite une distance. Beaucoup de notions d’analyse réelle (notamment dans un premier temps d’analyse
séquentielle) se généralisent alors dans le cadre des espaces vectoriels normés (c’est-à-dire munis d’une norme).
On montrera par exemple dans le chapitre suivant des généralisations de certaines propriétés des fonctions
continues, rencontrées dans le cadre de fonctions réelles : le théorème des bornes atteintes, le théorème des
valeurs intermédiaires et le théorème de Heine par exemple.
Nous ferons remarquer dans la dernière partie (HP) qu’il est possible de définir directement une notion plus
générale de distance, sans passer par une norme, ce qui est suffisant pour pouvoir définir de façon satisfaisante
la notion de convergence.
La propriété de positivité est en fait redondante, mais ce n’est généralement pas la plus dure à montrer dans
les situations concrètes.
Proposition 3.1.2
Soit N : E Ñ R vérifiant les points (i), (ii) et (iii) de la propriété précédente. Alors pour tout x P R,
N pxq ě 0 (et par conséquent, N est une norme).
Ÿ Éléments de preuve.
Considérer N px ` p´xqq et appliquer les trois points. Ź
Exemples 3.1.4
‚ Si E “ K, | ¨ | est uneanorme.
‚ Si E “ R2 , px, yq ÞÑ x2 ` y 2 est une norme.
Le deuxième exemple est un cas particulier d’une situation plus générale déjà croisée en première année.
Alors } ¨ } est une norme sur E, appelée norme euclidienne associée au produit scalaire x¨, ¨y.
Ÿ Éléments de preuve.
Pour l’inégalité triangulaire, développer d’un côté xx ` y, x ` yy, d’un autre p}x} ` }y}q2 et comparer les
deux. Ź
N 1 pxq “ N pφpxqq
Ÿ Éléments de preuve.
Vérifications faciles par linéarité, et caractérisation de l’injectivité par le noyau. Ź
I Normes sur un espace vectoriel 33
Ÿ Éléments de preuve.
Le seul point un peu délicat est l’inégalité triangulaire pour } ¨ }2 dans le cas où K “ C. On peut se ramener
au cas réel en considérant le vecteur X̃ “ p|x1 |, . . . , |xn |q. On peut aussi adapter la démonstration du cas
réel, en définissant un produit « hermitien » :
n
ÿ
xX, Y y “ xi yi ,
i“1
Remarque 3.1.10
1. Si K “ R, } ¨ }2 est la norme euclidienne associée au produit scalaire canonique.
2. Un même espace vectoriel peut être muni de plusieurs normes ! Comme la notion de convergence
est définie à l’aide des normes, elle peut être fortement dépendant du choix de la norme. Ainsi, une
suite peut très bien converger pour une norme et pas pour une autre. On verra des exemples en
exercice.
Avertissement 3.1.12
Toute norme sur un R-espace vectoriel n’est pas euclidienne. Par exemple, } ¨ }8 n’est pas euclidienne.
Ÿ Éléments de preuve.
La formule de polarisation donne l’unique candidat à être le produit scalaire associé. Trouver un défaut de
bilinéarité. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Même type de démonstration que dans le cas de la dimension finie Ź
Remarque 3.1.14
1. Ces normes s’étendent-elle au cas des fonctions continues par morceaux ? (la réponse n’est pas
forcément la même suivant les normes).
2. Dans la définition de } ¨ }8 , le sup est-il un max ?
La norme }.}8 peut être définie dans un contexte beaucoup plus général.
@x P A, }f px} ď M.
}f }8 “ sup }f paq}.
aPA
L’application } ¨ }8 est une norme sur BpA, Eq, appelée norme de la convergence uniforme sur BpA, Eq.
Ÿ Éléments de preuve.
Même preuve que dans le cas C 0 pra, bs, Kq. Ź
Et dans un contexte plus analytique, on peut définit les normes } ¨ }1 , } ¨ }2 , } ¨ }8 associées aux fonctions
polynomiales définies par les polynômes formels.
Remarque 3.1.18
La définition des normes séquentielles ci-dessus s’étend à certains sous-espaces de l’espace des suites KN
(les sous-espaces permettant d’assurer la bonne définition de ces normes).
Remarque 3.1.19
1. Si K “ R, la norme } ¨ }2 est associée au produit scalaire canonique sur Mn pRq, défini par
ÿ
xA, By “ trpAJ Bq “ ai,j bi,j .
1ďi,jďn
Ÿ Éléments de preuve.
‚ La matrice constituée uniquement de 1 est un contre-exemple pour } ¨ }1 et } ¨ }8
‚ Le cas de } ¨ }2 résulte de l’inégalité de CS. Ce résultat est classique (nombreux exercices) mais pas au
programme. La démonstration doit donc être connue.
Ź
L’existence d’une norme matricielle est d’une grande utilité dans l’étude de convergences de séries matricielles
par exemple, notamment des séries faisant intervenir des puissances d’une matrice A. C’est le cas par exemple
de la série exponentielle, permettant de définir l’exponentielle d’une matrice carrée :
`8
ÿ An
exppAq “ .
n“0
n!
Nous justifierons ultérieurement que cette série est convergente (indépendamment de la norme choisie). L’un
des points clés (outre l’équivalence des normes en dimension finie) sera de pouvoir majorer }An } par }A}n , pour
pouvoir se ramener à la convergence d’une série numérique.
Nous définirons dans le chapitre suivant une autre norme matricielle sur Mn pKq, notée ~A~, et appelée norme
triple, ou norme d’opérateur.
Ce sont des normes. La norme } ¨ }8 ainsi définie est appelée norme produit des normes Ni .
Ÿ Éléments de preuve.
Adaptation facile du cas de Kn . Ź
Remarque 3.1.23
La notation }¨}8 n’indique que la dernière couche de la définition de la norme. Les normes internes utilisées
sur chaque composante peuvent ne pas être des normes infinies.
II Topologie d’un espace vectoriel normé 37
dpx, yq “ }y ´ x}.
Remarque 3.2.3
‚ La propriété (iv) découle des 3 autres.
‚ Les propriétés (i) à (iii) ci-dessus (et donc aussi (iv)) permettent de définir des distances sur des
ensembles beaucoup plus généraux (qui n’ont pas besoin d’être des espaces vectoriels).
Dans ce qui suit, on se place dans un e.v.n. E, dont la norme sera notée } ¨ }, et la distance associée sera notée
d.
Définition 3.2.4 – Boules ouvertes, boules fermées, sphère
Soit a P E, et r P R`
(i) La boule ouverte de centre a et de rayon r est définie par Bpa, rq “ tx P E | dpx, aq ă ru ;
(ii) La boule fermée de centre a et de rayon r est définie par Bpa, rq “ tx P E | dpx, aq ď ru ;
(iii) La sphère de centre a et de rayon r est définie par Spa, rq “ ty P E dpx, aq “ ru.
Pour lever une éventuelle ambiguïté, cela arrive d’utiliser la notation B̊pa, rq pour désigner la boule ouverte
Bpa, rq.
r r
y y
dpx, yq dpx, yq
x x
B̊px, rq Bpx, rq
Exemples 3.2.5
1. Les boules dans R2 au sens de la norme } ¨ }2 sont représentées dans la figure 3.1. Essayez de
représenter de la même façon les boules pour la norme } ¨ }1 et la norme } ¨ }8 , et observez qu’un
boule n’est pas toujours ronde !
2. À quoi ressemble la boule Bpf, εq, pour f P Cpra, bs, Rq, muni de la norme } ¨ }8 ?
Exemple 3.2.6
Dans R, les boules sont des intervalles (voir figure 3.2) :
‚ Bpx, rq “sx ´ r, x ` rr
‚ Bpx, rq “ rx ´ r, x ` rs
En fait, tout intervalle borné ouvert est une boule ouverte, tout intervalle borné fermé est une boule
fermée :
` ˘
‚ sa, br“ B a`b b´a
2 , 2 ˘,
` a`b
‚ ra, bs “ B 2 , b´a 2
x y x y
x´r x`r x´r x`r
r dpx, yq r dpx, yq
B̊px, rq Bpx, rq
Ÿ Éléments de preuve.
Utiliser l’inégalité triangulaire. Faire un dessin ! Ź
L’inégalité triangulaire implique également une autre propriété des boules, bien visible sur tous les exemples
étudiés : la convexité (au sens géoémtrique).
Exemple 3.2.9
Par définition, les intervalles sont les sous-ensembles convexes de R.
Ÿ Éléments de preuve.
Encore un petit coup d’inégalité triangulaire. Ź
II Topologie d’un espace vectoriel normé 39
E1 E2
‘
ˆ
Figure 3.3 – Un sous-ensemble convexe E1 et un sous-ensemble non convexe E2 de R2
V1 V2
a
a
‘
ˆ
Figure 3.4 – Voisinage de a
En gros, V est un voisinage de x si x est « à l’intérieur de V », et non sur un bord. En s’éloignant un peu de x,
on ne sort pas de V .
č
(iii) Si I est fini, Vi P Vpaq.
iPI
Exemple 3.2.14
Trouver dans R un exemple de famille infinie de voisinages de a P R dont l’intersection n’est pas un
voisinage de a.
@x P U, Dε ą 0, Bpx, εq Ă U.
Intuitivement, un ouvert est un ensemble dont le « bord » est flou : on peut s’en approcher, mais jamais
l’atteindre en restant dans U . Ainsi, l’image qu’il faut en garder est qu’un ouvert est un ensemble ne contenant
pas son bord. Évidemment, n’ayant pas défini la notion de bord, ceci reste une image.
Cette fois, intuitivement, c’est le complémentaire qui ne contient pas son bord, donc F , lui contient tout son
bord.
Exemples 3.2.17
1. Les intervalles ouverts sont des sous-ensembles ouverts de R.
2. Les intervalles fermés sont des sous-ensembles fermés de R.
3. Les intervalles semi-ouverts ne sont ni ouverts ni fermés.
4. R et ∅ sont des sous-ensembles à la fois fermés et ouverts de R.
5. On peut montrer que les sous-ensembles ouverts de R sont les unions disjointes d’intervalles ouverts
(voir exercices)
Ÿ Éléments de preuve.
1. Si x est dans l’union, il existe une boule centrée en x restant dans l’un des ouverts, donc dans leur
union.
2. Prendre le minimum des rayons des boules centrées en x restant dans chaque ouvert. Pourquoi doit-on
se limiter au cas fini ?
3. Par complémentation
4. De même.
Exemples 3.2.21
Voici deux contre-exemples à bien garder en tête :
`8 ȷ „
č 1
1. Contre-exemple pour une intersection infinie d’ouverts : ´ , 1 “ r0, 1r.
n“1
n
`8 „ ȷ
ď 1
2. Contre-exemple pour une union infinie de fermés : , 1 “s0, 1s.
n“1
n
Å “ ta P E | Dε ą 0, Bpa, εq Ă Au.
Exemples 3.2.26
1. Décrire l’intérieur d’un intervalle.
˚
2. Décrire Bpa,
˚ rq ?
˚
3. Justifier que Q̊ “ ∅. A-t-on A˙ Y B “ Å Y B̊ ?
A “ ta P E | @ε ą 0, Bpa, εq X A ‰ ∅u.
L’adhérence est donc l’ensemble des points qui « collent » à A, dans le sens où on peut en trouver des points de
A arbitrairement proches.
Exemples 3.2.28
1. Décrire Q. A-t-on A X B “ A X B ?
2. Que dire de l’adhérence d’un intervalle de R ?
3. Décrire B̊pa, rq
4. Soit F “ tx ÞÑ e´nx , n P N˚ u Ă C 0 pr0, 1s, Rq. Montrer que la fonction nulle est adhérente à F
pour la norme } ¨ }1 mais pas pour la norme } ¨ }8 .
5. Soit A une partie non vide et bornée de R. Montrer que suppAq et infpAq sont adhérents à A.
On donne une autre caractérisation en terme de distance. Pour cela, on définit dans un premier temps la distance
d’un point à une partie.
FrpAq “ AzÅ “ A X Ac .
Il s’agit donc des points arbitrairement proche de points de A et de points qui ne sont pas dans A.
Exemples 3.2.35
1. Quelle est la frontière de ra, br dans R ?
2. Quelle est la frontière de Q dans R ?
3. Déterminer la frontière de B̊pa, rq. Quelle est la frontière de Bpa, rq ?
4. De façon générale, étant donné A Ă E, a-t-on FrpAq “ FrpAq ? A-t-on FrpAq “ FrpÅq ?
@b P B, @ε ą 0, Da P A, dpa, bq ă ε.
(ii) Soit A une partie de E. On dit que A est partout dense si A “ E (ce qui équivaut donc à dire que
A est dense dans E.
Exemples 3.2.38
1. Q Ă R est partout dense (dans R). Il est dense dans r0, 1s.
2. Escpra, bs, Rq est dense dans C 0 pra, bs, Rq, ainsi que dans Cm
0
pra, bs, Rq (espace des fonctions continues
par morceaux), pour la norme } ¨ }8 (pourquoi est-elle bien définie ?)
3. GLn pCq est dense dans Mn pCq pour la norme } ¨ }8 (et donc pour toute norme, en admettant
provisoirement l’équivalence des normes en dimension finie)
44 CHAPITRE 3. ESPACES VECTORIELS NORMÉS
Exemple 3.2.40
1. On se place dans l’e.v.n. C. Soit a P R. Alors sa ´ 1, a ` 1r est un voisinage relatif de a dans R,
mais ce n’est pas un voisinage de a dans C
2. On se place dans l’e.v.n. R. Soit a P R. Alors ra, a ` 1r est un voisinage relatif de a dans ra, `8r.
Exemples 3.2.44
1. Décrire les ouverts relatifs convexes de r0, 1s dans R.
2. Que dire des ouverts relatifs de A si A est ouvert ?
3. Montrer que A et ∅ sont toujours des ouverts relatifs de A.
Exemples 3.2.46
1. Que dire des fermés relatifs de A lorsque A est fermé ?
2. Montrer que A et ∅ sont toujours des fermés relatifs de A.
III Convergences 45
III Convergences
III.1 Suites convergentes
Les notions de convergence vues pour les suites réelles et complexes se généralisent sans peine au cas des suites
à valeurs dans un evn.
Proposition/Définition 3.3.1 – Convergence d’une suite d’éléments d’un e.v.n.
Soit pun qnPN une suite d’éléments d’un e.v.n. E, et ℓ P E. Les propriétés suivantes sont équivalentes :
(i) (point de vue métrique) @ε ą 0, DN P N, @n ě N, }un ´ ℓ} ď ε.
(ii) (réexpression du point de vue métrique) @ε ą 0, DN P N, @n ě N, un P Bpℓ, εq.
(iii) (point de vue topologique) @V P Vpℓq, DN P N, @n ě N, un P V .
Si ces propriétés sont vérifiées, on dit que pun q converge vers ℓ, ou que pun q admet ℓ comme limite.
Remarque 3.3.2
Dans le point (i), l’inégalité }un ´ ℓ} ď ε peut être exprimée indifféremment avec une inégalité large ou
stricte, sans que cela ne modifie le sens de la propriété. C’est ce que suggère l’équivalence avec le point
(ii).
Cette unicité permet de définir sans ambiguïté LA limite d’une suite (en cas d’existence).
Exemples 3.3.5
1. Quelle est la limite, pour la norme } ¨ }8 , de la suite pAn q P M2 pRqn par
˜ ¸
1 1
2n 2 ` n`1
An “ ` ˘n .
1 ` n1 1
2. Quelle est la limite dans RrXs muni de la norme } ¨ }8 sur les coefficients, de la suite définie pour
n ě 0 par
n
ÿ 1
Pn “ ` n˘ X k
k“0
pk ` 1q k
3. Quelle est la limite pour la norme de la convergence en moyenne sur r0, 1s de la suite
fn : x ÞÑ e´nx .
46 CHAPITRE 3. ESPACES VECTORIELS NORMÉS
Ainsi, la notion de convergence est fortement dépendante de la norme (en tout cas en dimension infinie).
Xn “ px1,n , . . . , xp,n q.
Alors pXn qnPN converge vers L “ pℓ1 , . . . , ℓp q si et seulement si pour tout k P J1, pK, pxk,n qnPN converge
vers ℓk .
En particulier, on retrouve l’équivalence entre la convergence dans Rn et la convergence coordonnée par coor-
donnée pour } ¨ }8 .
En particulier, cela permet d’exploiter un certain nombre de techniques de majorations vues dans le cadre de
réels.
Méthode 3.3.9
Pour montrer que un Ñ ℓ, il suffit de trouver une majoration
@n P N, }un ´ ℓ} ď Mn ,
Comme il n’y a a priori pas dans E d’autres opérations que l’addition et la multiplication par un scalaire.
Ÿ Éléments de preuve.
Majorer la norme de la différence avec la limite présumée en utilisant l’inégalité triangulaire. Ź
Nous donnons dès maintenant une règle opératoire concernant les produits, mais elle sera démontrée plus tard,
nécessitant quelques propriétés liées à la continuité des applications linéaires et multilinéaires.
III Convergences 47
Exemple 3.3.12
˜ ` ˘ ?1
¸42
cos n1 e n
Calculer la limite lorsque n tend vers `8 de 1 .
lnpnq 1 ` n12
Corollaire 3.3.14
En particulier, toute suite convergente d’éléments de A converge dans A.
Autrement dit, F est fermé si et seulement si F est stable par passage à la limite.
Par restriction à A, on obtient de même une caractérisation des fermés relatifs.
Ainsi formellement, une suite extraite de pun q est une composée de un : N ÝÑ R par une fonction strictement
croissante φ : N ÝÑ N. En pratique, cela signifie que pvn q est constitué de termes de pun q, dans l’ordre, et sans
répétition d’indice.
Le comportement des suites extraites à l’infini donne des indications quant au comportement de la suite initiale.
Si le comportement de la suite initiale détermine le comportement d’une suite extraite, il est beaucoup plus
délicat de faire chemin arrière, une suite extraite ne pouvant fournir qu’une information partielle sur la suite
totale.
Théorème 3.4.2 – Théorème de convergence des suites extraites
Soit pun qnPN une suite convergente dans E. Alors toutes les suites extraites de pun qnPN sont convergentes,
de même limite que pun q.
Ÿ Éléments de preuve.
La stricte croissance de l’extractrice φ montre que pour tout n, φpnq ě n. Le résultat est alors immédiat
par la définition de la limite. Ź
Proposition 3.4.3
Soit pun qnPN une suite réelle ou complexe. Alors pun qnPN converge dans R ou C si et seulement si pu2n qnPN
et pu2n`1 qnPN convergent vers une même limite ℓ, et dans ce cas, lim un “ ℓ.
Ÿ Éléments de preuve.
Sens direct déjà acquis. Pour le sens réciproque, considérer εi ą 0, associé à chaque φi , ainsi qu’un rang de
validité Ni , puis se placer au delà du plus grand des Ni . Ź
La notion de suite extraite est intimement liée à celle de valeur d’adhérence :
Définition 3.4.5 – Valeur d’adhérence
Soit pun qnPN P E N , et a P E. On dit que a est une valeur d’adhérence de la suite pun qnPN s’il existe une
suite extraite puφpnq q de pun q telle que lim uφpnq “ x.
Ainsi, l’ensemble des valeurs d’adhérence d’une suite pun qnPN est l’ensemble de toutes les limites (finies) des
suites extraites de pun qnPN .
IV Valeurs d’adhérence et compacité 49
Exemples 3.4.6
1. Décrire les valeurs d’adhérence de la suite p´1qn .
¨¨ ˛n ˛
0 1 0
2. Décrire les valeurs d’adhérence de la suite ˝˝1 0 0‚ ‚ dans Mn pKq muni de la norme } ¨ }1 .
˚˚ ‹ ‹
1
0 0 2 nPN
3. Décrire une suite réelle n’ayant pas de valeur d’adhérence.
Ÿ Éléments de preuve.
C’est une réexpression du théorème de convergence des suites extraites. Ź
Avertissement 3.4.8
La réciproque est fausse !
Exemples 3.4.9
Construire une suite réelle non convergente et admettant une seule valeur d’adhérence.
Ÿ Éléments de preuve.
Faire une double-extraction, ce qui revient à composer les extractrices. Attention au sens dans lequel écrire
cette composée. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
‚ piq ùñ piiq : utiliser la définition topologique de la convergence d’une suite extraite vers a ;
‚ piiq ùñ pivq : les boules centrées en a sont des voisinages de a ;
‚ piiq ðñ piiiq et pivq ðñ pvq car un sous-ensemble de N est infini si et seulement si il est non borné ;
‚ pvq ùñ piq en construisant une suite puφpnq q associée à une suite pεn q convergent vers 0.
Ź
50 CHAPITRE 3. ESPACES VECTORIELS NORMÉS
Ÿ Éléments de preuve.
On peut faire une dichotomie, en gardant toujours une moitié de l’intervalle contenant une infinité de termes
de la suite pun q. Ź
Tout ce qui précède reste évidemment valide, mais on peut également s’intéresser dans ce cadre à la convergence
vers `8 ou ´8, et donc définir des valeurs d’adhérence infinies.
Ÿ Éléments de preuve.
Discuter suivant que pun q est bornée ou non, pour pouvoir appliquer le théorème de Bolzano-Weierstrass.
Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Sens direct déjà étudié. Sens réciproque : pour tout voisinage V de a (unique valeur d’adhérence), seul
un nombre fini de termes de un est hors de V (sinon on peut en extraire une suite convergente d’après la
proposition précédente, et on obtient une deuxième valeur d’adhérence). Ź
Avertissement 3.4.16
Attention à bien considérer les éventuelles valeurs d’adhérences infinies. Comme on l’a vu sur un exemple,
l’existence et l’unicité d’une valeur d’adhérence réelle n’est pas suffisante pour assurer la convergence.
Exemples 3.4.18
1. Les intervalles ra, bs fermés bornés sont des compacts de R.
2. U est un compact de C.
3. Un sous-ensemble fini de E est compact.
Propriétés 3.4.19
Soit E un e.v.n., et K un compact.
1. K est fermé et borné.
2. Soit F un fermé relatif de K. Alors F est compact.
Avertissement 3.4.20
On prendra garde que (i) ne permet pas de caractériser les compacts. On montrera que c’est le cas en
dimension finie. En revanche, un théorème célèbre (théorème de Riesz) affirme que la boule fermée Bp0, 1q
est compacte si et seulement si E est de dimension finie, ce qui donne un contre-exemple en dimension
infinie.
Ÿ Éléments de preuve.
Si pun q a une unique v.a. ℓ et ne converge pas, on peut extraire une suite ne s’approchant pas trop de ℓ.
Cette suite doit avoir une v.a. qui ne peut pas être ℓ. Ź
Remarque 3.4.22
Du fait même de sa définition (équivalente à l’existence d’une valeur d’adhérence), la notion de compacité
joue un rôle central dans de nombreux problèmes existentiels. L’hypothèse de compacité permet par
exemple d’obtenir l’existence d’extrema de fonctions continues.
Ÿ Éléments de preuve.
Par extractions successives, on en déduit une version plus générale. Ź
52 CHAPITRE 3. ESPACES VECTORIELS NORMÉS
Ÿ Éléments de preuve.
C’est un cas particulier du théorème précédent :
‚ tout d’abord pour récupérer BW sur C
‚ puis en décomposant E en produit de droites.
À chaque étape, le caractère borné permet de se restreindre à un intervalle fermé borné de la droite
considérée, donc compact. Ź
Une variante de ce résultat est le très important résultat suivant :
Ÿ Éléments de preuve.
C’est une réexpression du résultat précédent, à quoi on ajoute le caractère fermé de la boule. Ź
V Comparaison de normes
Comme on l’a vu dans plusieurs énoncés (par exemple le théorème de Bolzano-Weierstrass), il est souvent plus
pratique de travailler avec une norme particulière. En général, ce n’est pas suffisant pour pouvoir généraliser le
résultat pour une norme quelconque. On s’intéresse ici à des conditions permettant de nous assurer que pour
l’étude d’un problème particulier, deux normes sont interchangeables (i.e. que travailler avec l’une plutôt que
l’autre est équivalent).
V.1 Domination
Définition 3.5.1 – Domination de normes
Soit E un espace vectoriel sur K, et N1 et N2 deux normes sur E. On dit que N1 est dominée par N2 s’il
existe α P R˚` tel que
@x P E, N1 pxq ď αN2 pxq.
Exemple 3.5.4
Dans R2 :
‚ } ¨ }1 est dominée par } ¨ }2
‚ } ¨ }2 est dominée par } ¨ }8
‚ } ¨ }8 est dominée par } ¨ }1 .
Plus généralement :
Soit alors E un e.v.n. muni d’une base B. En considérant la décomposition de E comme produit cartésien de
droites, on en déduit une comparaison similaire entre } ¨ }B,1 , } ¨ }B,2 et } ¨ }B,8 .
Ÿ Éléments de preuve.
Peut se faire soit par majoration soit par les voisinages en utilisant la propriété précédente. Ź
Exemples 3.5.9
1. Dans C 0 pr0, 1sq } ¨ }1 est dominée par } ¨ }8 , mais } ¨ }8 n’est pas dominée par } ¨ }1
2. Montrer que dans KrXs, } ¨ }8 est dominée par } ¨ }1 mais } ¨ }1 n’est pas dominée par } ¨ }8 .
De manière équivalente, cela revient à dire qu’il existe pα, βq P R˚` tels que
Proposition 3.5.11
Cela définit une relation d’équivalence sur l’ensemble des normes sur E.
Proposition 3.5.12
Les comparaisons faites dans le paragraphe précédent amènent :
‚ les normes } ¨ }1 , } ¨ }2 et } ¨ }8 sont équivalentes sur un produit fini d’e.v.n. ;
‚ les normes } ¨ }B,1 , } ¨ }B,2 et } ¨ }B,8 sont équivalentes sur E de dimension finie, muni d’une base B.
Les comparaisons des topologies et propriétés de convergence établies dans le paragraphe précédent amènent :
En particulier, les objets et propriétés topologiques et séquentiels (définis soit avec les ouverts ou voisinages, soit
avec des propriétés de convergence) sont les mêmes pour deux normes équivalentes. Notamment, deux normes
équivalentes définissent les mêmes compacts.
Ainsi, la compacité, montrée pour un produit cartésien de compacts au sens de la topologie produit (définie
avec } ¨ }8 ) reste donc aussi valide avec les normes } ¨ }1 et } ¨ }2 .
L’équivalence des normes permet donc de choisir, parmi celles équivalentes à la norme donnée initialement, celle
qui est le plus adaptée à la situation. Comme on l’a vu à plusieurs reprises, la norme } ¨ }8 est souvent assez
pratique à manipuler. Mais parfois, cela peut être intéressant de « panacher » les normes au gré des étapes du
raisonnement.
Attention toutefois à ne faire cela qu’avec des normes équivalentes !
On verra dans le chapitre suivant que c’est toujours le cas lorsque E est de dimension finie.
Comme on l’a vu, cela implique en particulier la positivité. La propriété 3.2.2 pourquoi la réf ne marche pas
bien ? affirme alors que l’application px, yq ÞÑ }y ´ x} est une distance.
Exemples 3.6.2
‚ Soit A une partie d’un e.v.n.. La distance associée à la norme de E se restreint en une distance sur
A.
‚ Distance entre 2 sommets d’un graphe non orienté connexe (en un seul morceau), comme étant le
VI Espaces métriques (HP) 55
On peut alors définir dans un espace métrique pE, dq, de même que dans un e.v.n., des boules, des voisinages,
des ouverts, et des fermés.
Ce point de vue permet de clarifier la définition de la topologie relative (les ouverts et fermés relatifs) vue en
cours de chapitre.
Le but de ce chapitre est de généraliser la définition des intégrales au cas d’intervalles non bornés, ou d’intervalles
aux bornes desquels la fonction f n’est pas définie, et n’admet pas de limite finie.
Le procédé est le même que celui qui permet de passer des sommes finies aux séries, à savoir passer à la limite
sur les bornes. D’ailleurs, comme vous vous en rendrez compte, l’étude des intégrales généralisées possède des
similarités très fortes avec l’étude des séries.
Pour cela, afin de pouvoir définir l’intégrale de f sur un intervalle I quelconque, il est déjà nécessaire de pouvoir
définir son intégrale sur tout segment ra, bs Ă I. Le programme de première année nous donne une condition
suffisante simple à énoncer pour l’intégrabilité sur un segment : la continuité par morceaux de f . Même si ce
n’est qu’un condition nécessaire et pas nécessaire, c’est ce cadre que nous adoptons.
Nous rappelons donc la définition importante suivante :
0
On notera Cm pra, bs, Kq l’espace des fonctions continues par morceaux. La notation n’étant pas complètement
standard, la redéfinir si vous l’utilisez.
Exemples 4.0.2
1. x ÞÑ txu est continue par morceaux sur R.
#X \
1
x si x ą 0
2. x ÞÑ n’est pas continue par morceaux sur r0, `8r.
0 si x “ 0
Sa restriction à s0, `8r est continue par morceaux.
définie sur ra, br, admet une limite finie (i.e. dans K) lorsque x tend vers b.
żb
‚ Lorsque f est convergente, sa valeur est notée d’une des façons suivantes, et définie par :
a
ż ż żb żb żx
f“ f ptq dt “ f“ f ptq dt “ lim f ptq dt.
I I a a xÑb´ a
żb
‚ Si f n’est pas convergente, on dit qu’elle est divergente.
a
On parle aussi parfois d’intégrale impropre et de borne impropre pour désigner la borne b qui est exclue du
domaine.
Exemples 4.1.2
ż `8
dt
1. est divergente.
0 t
ż `8
2. e´t dt est convergente.
0
ż1
3. lnptq dt est convergente.
0
Remarque 4.1.3
ż `8
La forte ressemblance avec les séries pourrait faire croire que si f converge, alors f pxq Ñ 0. Est-ce le
a
cas ?
Exemple 4.1.5
ż1
sinptq
Justifier la convergence de dt.
0 t
I Intégrales sur un intervalle quelconque 59
Remarque 4.1.6
żb
En particulier, si f est c.p.m sur ra, bs, considérer l’intégrale f ptq dt au sens de Riemann, ou au sens
a
de l’intégrale généralisée de f|ra,br revient au même. Cela donne une certaine cohérence à la notation, et
permet de s’assurer que la relation
żb żx
f ptq dt “ lim f ptq dt
a xÑb´ a
reste aussi vrai pour des fonctions déjà c.p.m. (donc Riemann-intégrables) sur ra, bs.
żb żb żb
2. Si f est convergente et g est divergente, alors pf ` gq est divergente.
a a a
żb żb żb
3. Si f et g sont divergentes, on ne peut rien dire en toute généralité de pf ` gq.
a a a
3. (Stricte positivité) Si f est continue et positive sur ra, br, non partout nulle, et d’intégrale conver-
gente, alors
żb
f ą 0.
a
Remarque 4.1.9
La propriété de stricte positivité s’utilise souvent dans sa version contraposée : si f est continue et positive
sur I, d’intégrale (convergente) nulle, alors f est identiquement nulle.
est bien définie sur ra, br. De plus, F est dérivable sur ra, br, et
Attention au signe moins, provenant du fait que la dépendance se fait sur la borne inférieure de l’intégrale.
Remarques 4.1.12
1. Attention à l’hypothèse de continuité, la c.p.m ne suffit pas ici !
żb
2. Par composition, on en déduit des formules de dérivation pour x ÞÑ f ptq dt, comme dans le
αpxq
cas d’intégrales définies.
żx
3. Le signe disparaît lorsqu’on adapte à l’intervalle sb, as : la dérivée de F : x ÞÑ f est dans ce cas
b
f pxq.
Exemples 4.1.16
ż1 ż `8
dt dt
‚ ? est convergente, alors que ? est divergente.
ż01 t 1
ż `8 t
dt dt
‚ est divergente, alors que est convergente.
t2 t2
ż01 ż `8 1
dt dt
‚ et sont toutes deux divergentes.
0 t 1 t
Nous
ż `8 verrons un peu plus tard d’autres intégrales de référence, appelées intégrales de Bertrand, de la forme
1
dt, qui peuvent être utiles pour affiner un peu les comparaisons (notamment quand α devient
1 t lnptqβ
α
proche de 1, ou égal à 1). Mais ces intégrales ne sont pas explicitement au programme, et il faudra savoir
redonner les justifications idoines au cas par cas.
Un autre exemple qu’on peut obtenir par un calcul explicite, mais qui sert assez rarement d’intégrale de référence
du fait de son comportement peu marqué, est l’intégrale du logarithme en 0. Comme ce n’est pas une intégrale
de référence officielle du programme, elle n’a que le statut d’exemple.
Exemple 4.1.17
ż1
L’intégrale lnptq dt est convergente.
0
Les séries de référence ont été étudiées de façon purement calculatoire en revenant à la définition : le calcul
explicite de l’intégrale pertielle a permis dans chacun des cas d’étudier l’existence d’une limite.
Assez rapidement, cette méthode devient insuffisante pour l’étude de la convergence des intégrales, soit parce que
les calculs deviennent trop complexes, soit (cela arrive), parce qu’on n’est pas en mesure de calculer explicitement
l’intégrale à étudier, en se servant des fonctions usuelles.
Les techniques de comparaisons nous permettrons de contourner ce point de vue calculatoire, exactement comme
lors de l’étude des séries.
On travaille toujours sur un intervalle I “ ra, br, b P R Y t`8u.
Remarque 4.1.19
żb
1. Dans le cas positif, on peut donc considérer f ptq dt avant toute étude de convergence
a
2. Le programme stipule expressément qu’ « un calcul aboutissant à un résultat fini vaut preuve de
convergence ». Autrement dit, cela autorise à mener une méthode calculatoire sans se préoccuper
I Intégrales sur un intervalle quelconque 63
de la convergence.
3. Cela permet aussi de justifier la convergence par majoration en obtenant après calculs une majo-
ration stricte par `8 (ce qui utilise implicitement les théorèmes de comparaison qu’on va établir
ci-dessous).
Remarque 4.1.22
Il suffit d’avoir la comparaison 0 ď f ď g au voisinage à gauche de b seulement. Par ailleurs, les intervalles
de définition de f et g n’ont pas besoin d’avoir la même borne inférieure.
Exemple 4.1.26
Pour quelles valeurs de x l’intégrale ż1
tx´1 e´t dt
0
64 CHAPITRE 4. INTÉGRALES GÉNÉRALISÉES
est-elle convergente ?
Avertissement 4.1.29
Dans l’expression sous forme de double limite, les deux bornes doivent bien être indépendante. Si on lie
les bornes, il peut y avoir des compensations qui faussent l’étude.
Exemple 4.1.30
ż `8 żx
L’intégrale sinptq dt est divergente, mais lim sinptq dt “ 0.
´8 xÑ`8 ´x
Les propriétés vues dans le cadre des intégrales généralisées en une seule borne s’étendent facilement.
Théorème 4.1.31 – Chasles
Soit I un intervalle quelconque, d’extrémités a ă b dans R, et c tel que a ă c ă b. Alors :
żb żc żb
1. f ptq dt est convergente si eu seulement si f ptq dt et f ptq dt le sont.
a a c
I Intégrales sur un intervalle quelconque 65
2. Dans ce cas,
żb żc żb
f ptq dt “ f ptq dt ` f ptq dt.
a a c
Ÿ Éléments de preuve.
C’est juste un théorème bilan regroupant tous les cas qu’on a déjà vus.
‚ Si I est fermé borné, c’est la relation de Chasles usuelle pour les fonctions Riemann-intégrables sur un
segment
‚ Si I est semi-ouvert, c’est le théorème 4.1.10.
‚ Si I est ouvert, c’est la définition de la convergence 4.1.27
Ź
żb żb żb
2. Si f est convergente et g est divergente, alors pf ` gq est divergente.
a a a
I.5 Intégrabilité
Comme pour les séries, l’étude de la convergence d’une intégrale peut parfois s’étudier en étudiant d’abord la
convergence de l’intégrale de son module. Cela permet de ramener l’étude au cas d’une intégrale d’une fonction
positive, et donc d’exploiter les méthodes du paragraphe précédent, notamment les techniques de comparaison.
Avertissement 4.1.35
‚ Attentionżà bien avoir la bonne
ż terminologie, l’intégrabilité d’une fonction se définit par la conver-
gence de |f | et non de f .
I I
‚ De plus, la notion d’intégrabilité porte sur la fonction, et non sur l’intégrale
‚ Faire le parallèle avec la notion de sommabilité des familles pai qiPI !
Remarques 4.1.36
ż
1. Si f est c.p.m sur ra, br et de signe constant, la convergence de f équivaut à l’intégrabilité de f .
I
Cela reste en particulier vrai si f est de signe constant au voisinage de b.
2. La notion d’intégrabilité en b est une notion locale, qui permet d’évacuer momentanément les
problèmes qu’il pourrait y avoir à un autre endroit de l’intervalle I.
Remarque 4.1.38
Avec les notations de la proposition, si a P I, l’intégrabilité en a est acquise, et il ne reste dans le second
point que l’intégrabilité en b à étudier.
La propriété importante permettant de ramener dans beaucoup de situations l’étude de la convergence d’une
intégrale à l’étude de l’intégrabilité de l’intégrande est similaire à la propriété reliant la convergence absolue et
la convergence des séries.
Ÿ Éléments de preuve.
‚ On commencer par étudier le cas K “ R, en décomposant f “ f ` ´ f ´ , et en utilisant le fait que
0 ď f ` , f ´ ď |f |. Le théorème de comparaison et la linéarité permettent de conclure.
‚ On passe de même de R à C en décomposant f en partie réelle et partie imaginaire.
Ź
Exemple 4.1.40
ż `8
cosptq
Montrer la convergence de dt
1 t2
Avertissement 4.1.41
Attention, comme pour les séries, la réciproque est fausse : il peut exister des fonctions f telles que
żb żb
f ptq dt converge sans que f soit intégrable. On dira dans ce cas que f ptq dt est semi-convergente.
a a
I Intégrales sur un intervalle quelconque 67
Exemple 4.1.42
ż pn`1qπ´ π6
| sinpxq| sinpxq
‚ En minorant dx, montrer que f : x ÞÑ n’est pas intégrable sur r1, `8r
nπ` π
6
x x
ż `8
sinpxq
‚ En effectuant une IPP sur l’intégrale partielle, montrer que dx est semi-convergente.
1 x
Ainsi, l’étude d’une intégale généralisée passe souvent par l’étude d’une intégrale de fonction positive. Pour
cette raison, il peut être commode de remarquer qu’on peut toujours donner une valeur dans R à l’intégrale
d’une fonction positive :
Remarques 4.1.44
1. Selon les termes du programme, « pour une fonction à valeurs dans R` , un calcul aboutissant à un
résultat fini vaut preuve de convergence ».
2. Cela signifie concrètement que si f est positive, on peut commencer à manipuler (calculer ou
żb
majorer) f sans s’être préoccupé au préalable de la convergence de cette intégrale
a
3. Cette remarque vaut notamment pour l’étude de l’intégrabilité de f . On peut toujours considé-
żb
rer |f |, sans justification préalable de sa convergence. Dans ce contexte, selon les termes du
a ż
programme officiel, « un calcul montrant que |f | ă `8 vaut preuve d’intégrabilité ».
I
4. Dans ce cadre, les manipulations liées à la linéarité et aux majorations restent valides dans R quelle
que soit la nature des intégrales, ce qui découle de la proposition suivante.
Ÿ Éléments de preuve.
Dans le cas où tout converge, c’est déjà vu, et dans les autres cas, il suffit d’exprimer le fait que les
divergences se font toujours vers `8 dans le cadre positif.
ż intégrales divergent, puisque λ ą 0, il ne
‚ Pour la linéarité, il s’agit aussi de constater que si les deux
peut pas y avoir de compensation entre les deux termes, et f `λg est nécessairement divergente aussi.
I
‚ Pour la comparaison, utiliser les théorèmes de comparaison pour l’étude des convergences.
68 CHAPITRE 4. INTÉGRALES GÉNÉRALISÉES
Ź
Les théorèmes de comparaison s’adaptent pour l’étude de l’intégrabilité en une borne.
Exemple 4.1.47
1
pe´ t ´ 1q sinptq
Montrer l’intégrabilité sur t0u, `8r de f : x ÞÑ .
t
On note dans la suite de ce paragraphe L1c pI, Kq le sous-espace de L1 pI, Kq constitué des fonctions intégrables sur
I et continues. La notation n’est pas standard et n’apparaît pas dans le programme officiel. Il faut la réintroduire
si vous l’utilisez.
Le résultat suivant a déjà été vu lorsque I “ ra, br. Le cas général s’en déduit en recollant deux intervalles
semi-ouverts.
Proposition 4.1.51 – Positivité, et stricte positivité
ż
Soit f P L1c pI, Rq telle que f ě 0. Alors f ě 0, le cas d’égalité étant obtenu si et seulement si f “ 0.
I
II Méthodes calculatoires
Cette section a pour but d’étendre au cas des intégrales généralisées les méthodes calculatoires établies pour les
intégrales sur un segment, à savoir les changements de variable, et les intégrations par parties.
Dans cette section, I désigne un intervalle de bornes a ă b dans R, les bornes étant indifféremment ouvertes ou
fermées. On désigne toujours par K le corps R ou C.
Ÿ Éléments de preuve.
Le théorème de la bijection assure que lim φ´1 pxq “ α et lim φ´1 pbq “ β.
xÑa xÑb
şB
Ainsi, faire d’abord le changement de variable sur l’intégrale partielle A f pxq dx, pour a ă A ă B ă b,
puis faire tendre A vers a et B vers b. Ź
Exemple 4.2.3
ż `8
2 ?
On admet la valeur de l’intégrale de Gauss : e´t dt “ π.
´8
ż `8
2
1. Que vaut e´t dt ?
0
ˆ ˙ ż `8 ´t
1 e
2. En déduire la valeur de Γ “ ? dt.
2 0 t
Remarques 4.2.4
‚ Selon les termes du programme, « on applique ce résultat sans justification dans des cas de chan-
gements de variables usuels », ce qui est très vague. Cela englobe en tout cas les changements de
variable affine. Pour le reste... c’est flou...
‚ Le théorème de changement de variable permet aussi de comparer la nature des intégales. Donc
c’est aussi un moyen d’étude de convergence.
Exemple 4.2.5
ż `8
1
Déterminer la nature de dx (intégrale de Bertrand)
2 x lnpxqβ
Ÿ Éléments de preuve.
A savoir faire car classique, bien que HP. Cela doit donc être refait en cas de nécessité.
‚ Le cas α ‰ 1 en `8 s’obtient facilement par comparaison à des séries de Riemann.
‚ On peut ramener l’étude en 0 à la précédente par changement de variable y “ x1 .
Ź
Remarque 4.2.9
Selon les termes du programme, « pour les applications pratiques, on ne demande pas de rappeler les
hypothèses de régularité », c’est à dire le caractère C 1 de f et g.
Avertissement 4.2.10
Sous l’hypothèse d’existence des limites de f g, la convergence
ż `8 des intégrales est préservée, mais pas l’in-
sinptq
tégrabilité, comme le montre l’exemple déjà étudié de dt.
1 t
żb żb
3. si f „ g, alors f „ g
b x xÑb x
Exemples 4.3.2
ży
1. Soit x ą 0. Trouver un équivalent simple lorsque y tend vers 0 de tx´1 e´t dt.
0
ż `8
2. Soit x P R. À l’aide d’une IPP, trouver un équivalent simple lorsque y tend vers `8 de tx´1 e´t .
y
Dans le cas divergent, ce sont les intégrales partielles qu’on pourra comparer.
Exemples 4.3.4
ż `8
1. Soit x ă 0. Déterminer un équivalent en 0 de y ÞÑ tx´1 e´t dt.
y
żx
dt
2. À l’aide d’une IPP, donner un équivalent simple de quand x tend vers `8.
2 lnptq
@n P N, |fn | ď φ.
Ÿ Éléments de preuve.
L’intégrabilité des fn et de f provient des théorèmes de comparaison. Le reste de la preuve est (vraiment)
hors-programme, le bon cadre n’étant par celui de l’intégrale de Riemann, mais celui de l’intégrale de
Lebesgue. Ce théorème sera donc admis. Ź
Exemples 4.3.6
ż π
4
1. Déterminer lim tanpxqn dx
nÑ`8 0
żn ´ x ¯n
2. Déterminer lim 1´ dx.
nÑ`8 0 n
ż1 ?
nx
3. Déterminer lim px ` nqe´ dx
nÑ`8 0
Remarques 4.3.7
1. Lorsque la suite pfn q est décroissante ce qui est le cas du premier exemple, alors on pourra toujours
dominer la suite par f0 , à condition qu’elle soit intégrable.
2. Lorsque la suite est croissante, et que la limite f est intégrable, alors on pourra dominer pfn q par
f . C’est le cas du deuxième exemple.
3. Le dernier exemple montre un cas où pfn q n’est ni croissante ni décroissante.
74 CHAPITRE 4. INTÉGRALES GÉNÉRALISÉES
5
Fonctions continues sur un e.v.n.
Le but de ce chapitre est d’étendre la notion de continuité aux applications d’un e.v.n. dans un autre. Certains
résultats d’analyse réelle se généralisent dans ce cadre : le théorème de Heine, le théorème des bornes atteintes
(à juste titre aussi appelé théorème de compacité), et le théorème des valeurs intermédiaires, qui nécessite, pour
sa généralisation, d’introduire la notion de connexité par arcs. Nous étudierons pour terminer la continuité des
applications linéaires.
Remarque 5.1.2
La signification de cette définition :
‚ @ε ą 0 : « Quelle que soit la marge d’erreur ε qu’on se donne, aussi petite soit-elle ... »
‚ Dη ą 0 : « ... il existe une petite boule de rayon η centrée en a, quitte à prendre η très petit ... »
‚ @x P A, }x ´ a}E ă η ùñ ... : « ... tel que si x est à la fois dans A et dans cette boule ... »
‚ ... ùñ }f pxq ´ b}F ă ε : « alors f pxq est proche à ε près de b. »
Autrement dit : « À condition de prendre x P A suffisamment proche de a, on peut rendre f pxq arbitrairement
proche de b ».
Remarques 5.1.3
1. L’hypothèse a P A est nécessaire pour pouvoir considérer des points aussi proches qu’on veut de a.
2. L’inégalité à obtenir est d’autant plus contraignante que ε est petit. On peut se contenter d’étudier
le cas de valeurs de ε inférieures à une valeur ε0 donnée.
3. On peut généraliser cette définition à des fonctions définies entre deux espaces métriques. La conti-
nuité en a s’exprime alors de la manière suivante :
@ε ą 0, Dη ą 0, @x P A, dE px, aq ă η ùñ dF pf pxq, bq ă ε,
76 CHAPITRE 5. FONCTIONS CONTINUES SUR UN E.V.N.
Proposition 5.1.4
On peut remplacer une ou plusieurs des inégalités larges }x ´ a}E ď η et }f pxq ´ b}F ď ε par des inégalités
strictes, cela donne une définition équivalente
Ÿ Éléments de preuve.
Le quantificateur universel sur ε nous assure que l’on peut aussi remplacer ε par ε{2. On déduit alors
l’équivalence de la chaîne d’inclusions :
ε
Bpb, q Ă Bpb, εq Ă Bpb, εq
2
et des inclusions similaires avec a et η2 (il sera alors peut-être nécessaire de considérer comme valeur de
sortie η2 et non η, ce qui nous donne aussi la validité de notre quantification existentielle). Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Soit ℓ est la limite de f en a. Puisque a vérifie toujours |a ´ a| ď η, on doit avoir, pour tout ε ą 0,
|f paq ´ ℓ| ď ε. Ź
Avec les notations de la définition, soit B une partie de E. On note
Il s’agit donc de l’image directe de B par f (étendu au cas où B n’est pas inclus dans le domaine de f ). La
définition de la limite peut alors se réécrire de façon plus synthétique.
@M P R, Dη ą 0, @x P A, }x ´ a}E ď η ùñ f pxq ě M ;
@M P R, Dη ą 0, @x P A, }x ´ a}E ď η ùñ f pxq ď M ;
I Limites dans un e.v.n. 77
Exemple 5.1.8
On considère dans cet exemple (et ceux qui suivent) C comme R-e.v.n., pour la norme définie par le
1
module. Étudier la limite en z0 de f : Cztz0 u Ñ R définie par f pzq “ |1´z0|
.
Remarque 5.1.9
On peut réexprimer la définition de la sorte : f pxq ÝÑ `8 si et seulement si
xÑa
@ε ą 0, Dλ ą 0, @x P A, x ě λ ùñ }f pxq ´ b}F ă ε;
Exemple 5.1.11
Étudier la limite dans pC 0 pr0, 1sq, } ¨ }8 q de la fonction x ÞÑ fx lorsque x tend vers `8, où fx est la fonction
définie par
fx ptq “ p1 ´ tqtx .
Remarque 5.1.12
Le cas de la convergence de suites à valeurs dans un e.v.n. pF, }¨}F q est un cas particulier de cette définition,
lorsque A “ N Ă R.
On peut adapter cette définition dans le cas où pE, } ¨ }E q est un e.v.n. quelconque, mais au lieu de faire tendre
x vers un infini dans une direction précise, on fait tendre x vers un infini non directionnel, c’est-à-dire qu’on
fait tendre }x} vers `8.
Remarque 5.1.14
1. En termes plus ensembliste, f pxq ÝÑ b quand }x} Ñ 8 ssi
2. On peut évidemment de façon similiaire définir f pxq ÝÑ `8, lorsque f est à valeurs dans R.
}x}Ñ8
Exemple 5.1.15
1
Soit f : C Ñ C définie par f pzq “ 1`z 2 . Montrer que f pzq tend vers 0 lorsque |z| Ñ `8.
Remarque 5.1.16
Toutes les définitions données dans le cadre des fonctions réelles (notamment les limites infinies ou les
limites en des points infinis) ont été données, dans le cadre du programme de première année, dans le cas
où f est définie sur un intervalle (ou une union finie d’intervalles) et où a est un point de cet intervalle ou
une extrémité. Cette contrainte avait pour but de se limiter à des points adhérents au domaine, mais sans
le dire. Les définitions s’étendent sans peine au cas d’un point a P X, éventuellement infini (on rappelle
que `8 P X si et seulement si X n’est pas majoré).
Exemple 5.1.17
Soit f définie sur Q par f pxq “ 1q où x “ pq est la représentation irréductible de x (le signe éventuel se
reportant sur p). Soit a P RzQ. Étudier la limite de f pxq lorsque x Ñ a.
Remarque 5.1.20
Toute comme dans le cas de voisinages de points finis, l’intersection d’un nombre fini de voisinages de
l’infini est encore un voisinage de l’infini.
La notion de voisinage permet de condenser tous les cas distincts pour la définition des limites en un seul. C’est
surtout intéressant dans le cas réel où il faut distinguer les infinis au départ et à la source.
Dans la caractérisation suivante, les cas a et/ou b “ ˘8 sont pertinents lorsque A et/ou B est une partie de R
non majorée (resp. non minoré). Le cas a “ 8 est pertinent lorsque A n’est pas borné.
I Limites dans un e.v.n. 79
Ÿ Éléments de preuve.
Remarquer que }x ´ a}E ă ε équivaut à x P Bpa, εq
Au départ, on passe alors du cas topologique au cas métrique en remarquant que tout voisinage de a
contient une boule Bpa, εq, et du cas métrique au cas topologique en remarquant qu’une boule Bpa, εq est
un voisinage de a. Quelle différence à l’arrivée ? Ź
Remarque 5.1.22
On peut aussi avoir des caratérisations mixtes, que j’énonce uniquement dans le cas fini, pour éviter d’avoir
à donner trop de cas. Avec les notations de la définition, les propriétés suivantes sont équivalentes :
(i) f pxq tend vers b lorsque x tend vers a ;
(ii) (métrique/topologique) @W P Vpbq, Dη ą 0, @x P A, }x ´ a}E ă η ùñ f pxq P W
(i.e. f pBpa, ηq Ă W )
(iii) (topologique/métrique) @ε ą 0, DV P Vpaq, @x P V X A, }f pxq ´ b}F ă ε
(i.e. f pV q Ă Bpa, ηq).
Ÿ Éléments de preuve.
Même principe que pour les limites de suites : si b1 ‰ b2 (y compris infini si on est dans R), on peut trouver
V1 P Vpb1 q et V2 P Vpb2 q tels que V1 X V2 “ ∅. Ź
Proposition 5.1.24
Soit f : A Ñ F admettant une limite finie en a. Alors lim f pxq P f pAq.
xÑa
En notant par abus x Ñ 8 pour désigner }x} Ñ `8, et xn Ñ 8 lorsque }xn }E Ñ `8, on peut généraliser la
caractérisation séquentielle que vous connaissez dans le contexte réel.
Ÿ Éléments de preuve.
‚ Dans le sens direct, utiliser la caractérisation topologique pour ne pas avoir besoin de distinguer les cas.
‚ Dans le sens réciproque, raisonner par contraposée, et construire des voisinages collant de plus en plus
à a, et dont l’image n’est pas incluse dans un certain voisinage bien choisi de b.
80 CHAPITRE 5. FONCTIONS CONTINUES SUR UN E.V.N.
Ź
Nous dirons qu’une fonction f admet une propriété P au voisinage d’un point a P A, s’il existe un voisinage
V de a dans R (au sens étendu ci-dessus pour a infini) tel que la propriété P soit vérifiée par f sur l’ensemble
V X X.
La notion de limite permet alors de « contrôler » une fonction au voisinage d’un point. Ainsi, on obtient par
exemple :
Proposition 5.1.26
Soit f une fonction admettant une limite finie en un point a de A. Alors, f est bornée au voisinage de a.
Ÿ Éléments de preuve.
La définition de la limite par ε donne un encadrement local de f . Comment s’arranger pour ne pas avoir
besoin de distinguer les cas de limites en un point fini ou en un point infini ? Ź
@x P X X V, f pxq “ gpxq.
Ÿ Éléments de preuve.
Par voisinage pour ne pas avoir de discussion, en remarquant que si V0 est un voisinage de a sur lequel f et
g coïncide, alors pour tout voisinage U de a, U X V0 est un voisinage de a, sur lequel f et g coïncident. Ź
Exemple 5.1.29
Trouver un exemple de fonctions réelles telles que f et g coïncident sur ra, bs, et que f admette une limite
en a mais pas g.
Ÿ Éléments de preuve.
Critère séquentiel. Ź
I Limites dans un e.v.n. 81
Cet énoncé reste vrai dans les cas où a et b peuvent prendre des valeurs `8, ´8 ou 8.
Ÿ Éléments de preuve.
Par voisinages, ce qui permet d’englober aussi les cas évoqués tout à la fin. Ź
Remarque 5.1.32
Le théorème de convergence des suites extraites est un cas particulier de ce résultat.
Remarque 5.1.34
La norme produit est la norme } ¨ }8 définie sur le produit cartésien. Comme on l’a vu, elle est équivalente
aux normes } ¨ }1 et } ¨ }2 , donc cette propriété reste vraie avec ces normes-là.
Exemple 5.1.35
Le cas des limites des fonctions f : R Ñ C est un cas particulier, la norme usuelle sur C correspondant à
la norme } ¨ }2 sur le produit cartésien R ˆ R. Ainsi, f admet une limite en a si et seulement si sa partie
réelle et sa partie imaginaire admettent une limite en a.
L’hypothèse a P A X X est nécessaire du fait que A X X est le domaine de définition de la restriction f|X .
82 CHAPITRE 5. FONCTIONS CONTINUES SUR UN E.V.N.
Exemples 5.1.37
1. Pour f une fonction d’un sous-ensemble de R dans R, la limite à gauche de f en a est la limite
selon s ´ 8, ar.
2. De même, la limite à droite de f en a est la limite selon sa, `8r.
3. Si X “ tx0 u, a est adhérent à X X A si et seulement si x0 “ a, et a P A. La limite selon tau est
alors f paq.
lim f pxq.
4. Limite épointée xÑa
x‰a
Vous savez caractériser l’existence d’une limite en un point a P R par l’existence et l’égalité des limites à gauche,
à droite et de la valeur au point ; c’est-à-dire l’existence et l’égalité des limites selon s ´ 8, ar, sa, `8 et tau.
Voici une généralisation de cette caractérisation
Exemple 5.1.39
Étudier la limite en px0 , 0q de la fonction f : R2 Ñ R définie par
$
& sinpxyq
? si y ą 0
y
f px, yq “
%0 sinon.
Remarque 5.1.40
Les propriétés sur les limites (et celles sur la continuité qui suivent) sont notamment valides dans le
contexte de fonctions f : A Ñ R, où A est une partie de Rn (fonction réelle de n variables réelles). Il faut
a priori se donner une norme sur Rn , mais comme on le verra à la fin du chapitre, toutes les normes sur
Rn sont équivalentes, et le choix de la norme importe peu. On peut ainsi choisir la norme qui convient le
mieux à l’étude en cours.
Vous pouvez admettre ce point, et utiliser dès à présent dans les exercices l’équivalence des normes sur
Rn .
II Continuité
II.1 Continuité en un point
Dans tout le paragraphe, pE, } ¨ }E q et pF, } ¨ }F q sont deux e.v.n., et A Ă E est une partie de E.
Remarque 5.2.2
Le point a est dans le domaine de f . Ainsi, si f est continue en a, la limite en a est nécessairement f paq.
De façon équivalente :
Ÿ Éléments de preuve.
Équivalences déjà vues dans le cadre des limites. Le seul ingrédient supplémentaire est l’égalité de la limite
avec f paq, ce qui, comme on l’a vu, est toujours le cas lorsque a est dans le domaine de f . Ź
Remarque 5.2.4
Comme on l’a vu dans le cadre des limites, les inégalités }x ´ a}E ď η et }f pxq ´ f paq}F ď ε peuvent être
indifféremment larges ou strictes.
Avertissement 5.2.6
Cela n’équivaut pas à la continuité de f|B . Pouvez-vous trouver un contre-exemple ?
Ÿ Éléments de preuve.
On a déjà vu dans cette situation l’équivalence de l’existence des limites, et leur égalité. Ź
Corollaire 5.2.8
Soit f et g définies sur A Ă E, et U un ouvert tel que U X A ‰ ∅. Alors, si f|U XA “ g|U XA et si g est
continue sur U X A, alors f aussi.
Exemple 5.2.9
Étude de la continuité de la fonction f : R2 Ñ R définie par
$
& sinpxyq
? si y ą 0
y
f px, yq “
%0 sinon.
Ÿ Éléments de preuve.
Conséquence directe de la caractérisation séquentielle pour les limites, et de la valeur de la limite lorsque
a est dans le domaine. Ź
Exemple 5.2.12
Déterminer toutes les fonctions continues f : R ÝÑ R telles que pour tout px, yq P R2 , f px ` yq “
f pxq ` f pyq.
Remarque 5.2.16
1. Cela reste valide en remplaçant la norme produit par } ¨ }1 ou } ¨ }2 qui lui sont équivalentes.
2. En particulier, cela permet d’étudier la continuité d’une application à valeurs dans Rn en étudiant
chacun de ses coordonnées, si Rn est muni d’une des 3 normes } ¨ }1 , } ¨ }2 ou } ¨ }8 , ou plus
généralement de n’importe quelle norme, en admettant provisoirement l’équivalence des normes en
II Continuité 85
dimension finie.
Si pour tout ε, on peut trouver un η convenable pour toute valeur de x, on parlera de continuité uniforme.
Remarquez qu’il ne s’agit de rien de moins que d’une interversion de quantificateurs par rapport à la définition
de la continuité sur un domaine.
Définition 5.2.18 – Continuité uniforme
Soit f : A Ñ F une fonction définie sur une partie A d’un e.v.n. E. Soit B Ă A. On dit que f est
uniformément continue sur B si
Ÿ Éléments de preuve.
Évident : c’est juste enlever une contrainte de dépendance. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Le sens direct est une conséquence immédiate de la définition de la continuité uniforme et de la convergence
de suites. Réciproquement, raisonner par la contraposée. Ź
Un exemple important de classe de fonctions uniformément continues est la classe des fonctions lipschitziennes.
Définition 5.2.21 – Applications lipschitziennes
Soit f : A Ñ F une application définie sur une partie A d’un e.v.n. E. Soit B Ă A. Soit k P R` .
‚ On dit que f est k-lipschitzienne sur B si
‚ On dit dans ce cas que k est un facteur de Lipschitz pour la fonction f sur B.
‚ On dit que f est lipschitzienne sur B s’il existe k P R` tel que f soit k-lipschitzienne.
‚ On dit que f est contractante s’il existe k P r0, 1r tel que f soit k-lipschitzienne.
Ÿ Éléments de preuve.
Par inégalité triangulaire. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Majorer dpx, zq ´ dpy, zq par IT, puis dpx, Aq ´ dpy, Aq, puis intervertir les rôles. Ź
pE px, yq “ x et pF px, yq “ y
Ÿ Éléments de preuve.
Probablement encore un coup de M. Rudolf Lipschitz. Ź
Voici un corollaire qui permet souvent de se ramener à la continuité de fonctions usuelles d’une variable.
Corollaire 5.2.26
Soit pE1 , } ¨ }E1 q, pE2 , } ¨ }E2 q et pF, } ¨ }F q trois e.v.n., et f : E1 Ñ F une application continue. Alors
#
E1 ˆ E2 ÝÑ F
f˜ “
px, yq ÞÝÑ f pxq
est continue.
Ÿ Éléments de preuve.
Composer par la projection. Ź
Exemple 5.2.27
III Continuité et topologie 87
Un autre résultat, permettant de travailler « à isomorphisme près » (par exemple en assimilant } ¨ }B,8 sur E à
} ¨ }8 sur l’espace Kn des coordonnées dans la base B) :
Ÿ Éléments de preuve.
Ce sont même des isométries ! Ź
II.5 Prolongements
Proposition/Définition 5.2.29 – Prolongement par continuité
Soit f : A Ñ F définie sur une partie A d’un e.v.n., et continue sur A. Soit a P AzA tel que f pxq admet
une limite b P F lorsque x tend vers a.
Alors il existe une unique fonction f˜ : A Y tau Ñ F , coïncidant avec f sur A et continue sur A Y tau. Elle
est définie par : $
&f pxq si x P A
f˜pxq “
% lim f pyq si x “ a.
yÑa
Les situations de densité permettent aussi d’obtenir des propriétés d’unicité de prolongements.
Corollaire 5.2.31
Soit A une partie de E et B Ă A une partie dense dans A. Soit f : B Ñ F une application continue. Alors
f admet au plus un prolongement g défini et continu sur A.
Exemple 5.2.32
Déterminer toutes les applications continues f : R Ñ R telles que pour tout px, yq P R2 , f px ` yq “
f pxq ` f pyq.
Ce théorème est notamment très utile pour montrer de façon efficace que certaines parties de Rn sont des ouverts
ou des fermés.
Exemples 5.3.2
1. Le demi-plan de R2 d’équation x ě 0 est un fermé.
2. tpx, yq P R2 | x ă 3y ` 2 et x2 ą yu est un ouvert de R2 .
3. Redémontrer le fait que Bpa, rq et Spa, rq sont des fermés de E, et que B̊pa, rq est un ouvert.
Ÿ Éléments de preuve.
Quelle fonction continue permet de caractériser l’inversibilité ? Ź
Avertissement 5.3.4
En général, l’image directe d’un ouvert (resp. fermé) par une fonction continue n’est pas ouvert (resp.
fermé)
Exemple 5.3.5
Trouvez (graphiquement) des exemples dans le cas de fonctions R Ñ R.
Pour les fermés, c’est cependant presque vrai, avec une petite condition en plus (la compacité).
Ÿ Éléments de preuve.
La continuité permet de préserver la convergence d’une suite extraite. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Par le théorème de compacité, f pKq est fermé et borné. Donc sup f pKq P f pKq. Ź
IV Connexité 89
Remarque 5.3.8
1. On retrouve l’énoncé de première année dans le cadre de fonctions définies sur un intervalle fermé
borné de R en remarquant qu’un intervalle ra, bs est compact.
2. L’importance de ce théorème se fait particulièrement sentir dans le cadre de la recherche d’extremas
globaux : le théorème des bornes atteintes se réexprime en effet en disant qu’une fonction f : K Ñ R
définie sur un compact admet un minimum et un maximum sur K.
Exemple 5.3.9
Soit P une fonction polynomiale sur R2 prenant au moins une valeur strictement positive. Existence
Montrer que l’application f : R2 Ñ R définie par
2
`y 2 q
f px, yq “ e´px P px, yq
Une autre propriété des fonctions continues sur un compact généralise une propriété de première année.
Ÿ Éléments de preuve.
De même que le cas réel, par contraposée, en niant le critère séquentiel. Ź
IV Connexité
On cherche dans cette partie à généraliser le théorème des valeurs intermédiaires.
Remarque 5.4.2
Faites un dessin pour illustrer la notion !
Exemple 5.4.5
1. Déterminer les composantes connexes par arcs de R˚
2. Montrer que C˚ est connexe par arcs.
3. Montrer que le « plan fendu » CzR´ est connexe par arcs
4. CzR est-il connexe par arc ?
5. Étudier la connexité par arcs de Spa, rq dans un e.v.n..
(ii) On dit que A est étoilée s’il existe a tel que A soit étoilée par rapport à A.
Proposition 5.4.7
Une partie convexe est étoilée.
Ÿ Éléments de preuve.
On peut joindre b à c en 2 temps, en faisant un petit détour. Ź
Exemple 5.4.9
1. Les boules sont connexes par arcs.
2. Montrer que tout sous-espace vectoriel de E est connexe par arcs.
Dans le cas où E “ F “ R, les connexes par arcs étant les intervalles, on retrouve le fait que l’image d’un
intervalle par une fonction continue est un intervalle, qui est l’un des énoncés possibles du TVI.
On peut se servir de cette propriété pour montrer que certains ensembles ne sont pas connexes par arcs.
V Continuité des applications linéaires 91
Exemple 5.4.12
1. En considérant det, montrer que GLn pRq n’est pas connexe par arcs.
2. De même pour On pRq.
}upxq}F
~u~ “ sup }upxq}F “ sup
xPSp0,1qq xPEzt0u }x}E
On dit que ~u~ est la norme subordonnée (aux normes } ¨ }E et } ¨ }F ) de l’application linéaire continue u.
On parle aussi de norme triple, ou de norme d’opérateur, et on rencontre parfois la notation } ¨ }op .
Exemples 5.5.3
1. Soit pE, } ¨ }q un e.v.n.. Déterminer ~IdE ~.
2. Soit E “ RrXs muni de } ¨ }8 sur les coefficients, et a Ps ´ 1, 1r. Montrer que u : P ÞÑ P paq est
continue, et déterminer ~u~. Que dire lorsque |a| ą 1 ?
~v ˝ u~ ď ~v~ ¨ ~u~.
Exemple 5.5.6
Donner un exemple montrant qu’on peut avoir ~u ˝ v~ ă ~u~ ¨ ~v~.
On généralise l’étude de la continuité des applications linéaires au cas des applications multilinéaires.
92 CHAPITRE 5. FONCTIONS CONTINUES SUR UN E.V.N.
Ÿ Éléments de preuve.
La démonstration n’est pas exigible. On note } ¨ } la norme produit sur E1 ˆ ¨ ¨ ¨ ˆ En .
‚ piiq ùñ piiiq : Dans le sens direct, prendre k “ η1n , où η est tel que
‚ piiiq ùñ piq Faire un télescopage (comme pour la continuité d’un produit), de sorte à former une
différence yi ´ xi sur l’une des coordonnées dans chaque terme.
Ź
Exemples 5.5.8
1. L’application K ˆ E Ñ E, telle que pλ, xq ÞÑ λx.
2. L’application d’évalution Lc pE, F q ˆ E Ñ F telle que pu, xq ÞÑ upxq.
3. L’application Lc pE, F q ˆ Lc pF, Gq Ñ Lc pE, Gq telle que pu, vq ÞÑ v ˝ u.
4. Si E est un espace euclidienne, et } ¨ } la norme euclidienne associée, x¨, ¨y est continue.
5. Si E est une algèbre tel que } ¨ }E est une norme d’algèbre (i.e. sous-multiplicative), le produit
px, yq ÞÑ xy de E ˆ E dans E est continu.
6. Si f, g : A Ñ R sont deux applications continues, alors f g est continue.
7. Si f, g : A Ñ Mn pRq sont deux applications continues, alors f g est continue (en admettant l’équi-
valence des normes sur Mn pRq.
On y arrive justement, à cette propriété d’équivalence des normes qu’on a déjà évoquée un certain nombre de
fois.
Ÿ Éléments de preuve.
Fixer une base B et comparer une norme N quelconque à la norme } ¨ }8 “ } ¨ }B,8 .
‚ Montrer que N est lipschitzienne pour la norme } ¨ }8 , donc continue.
‚ Terminer en utilisant la compacité de Bp0, 1q pour } ¨ }B,8 .
Ź
VI E.v.n. de dimension finie, et conséquences sur la continuité 93
Un espace de dimension finie pouvant toujours être muni d’une norme (par exemple la norme } ¨ }B,8 associée à
une base), on a une topologie naturelle d’e.v.n. unique, indépendante de la norme choisie. En particulier, toutes
les propriétés de continuité et de convergence sont les mêmes quelle que soit la norme choisie. Le caractère borné
est aussi préservé d’une norme à l’autre.
Il en résulte que le choix de la norme n’a pas beaucoup d’importance, et en général, elle ne sera pas préciser.
Parler de convergence ou de continuité dans un espace de dimension finie E, sans préciser de norme, se réfère
de façon implicite à la topologie définie par l’une quelconque des normes qui peuvent être définies sur E. Cela
nous amène à la définition suivante :
Définition 5.6.2
Topologie naturelle Soit E un espace vectoriel de dimension finie sur R ou C. La topologie naturelle de E
est la topologie définie par n’importe quelle norme sur E.
Lorsqu’il s’agit d’étudier des convergences, ou des propriétés topologiques le théorème précédent nous permet
notamment de choisir une norme à notre convenance, dans le but de simplifier les calculs et les majorations,
certaines normes pouvant être plus pratiques que d’autres suivant le contexte.
Ainsi, comme on l’a déjà vu, il peut être intéressant, dans un contexte matriciel (donc en dimension finie),
d’utiliser une norme matricielle (donc sous-multiplicative).
En particulier, la convergence peut toujours s’étudier avec la norme } ¨ }B,8 , ce qui permet de justifier le résultat
suivant.
ÿ d
ÿ
@n P N, un “ un,k bk et @x P A, f pxq “ fk pxqbk .
k“1 k“1
1. La suite pun qnPN converge vers L tel que rLsB “ pℓ1 , . . . , ℓd q si et seulement si pour tout k P J1, dK,
pun,k qnPN converge vers ℓk .
2. L’application f admet une limite L “ pℓ1 , . . . , ℓd q lorsque x tend vers a si et seulement si pour tout
k P J1, dK, fk pxq ÝÑ ℓk .
xÑa
3. L’application f est continue en b P A si et seulement si pour tout k P J1, dK, fk est continue en b.
Autrement dit, la convergence (de suites, de fonctions) et la continuité peuvent s’étudier coordonnée par
coordonnée.
Exemple 5.6.4
Trouver dans RrXs une suite non convergente pour la norme } ¨ }8 sur les coefficients, mais convergeant
coordonnée par coordonnée dans la base canonique.
Avertissement 5.6.5
1. Les propriétés liées à la convergence et à la topologie sont préservées ; en revanche, les distances
ne sont pas préservées. Ainsi, une propriété }x} ď λ}y} pour une norme ne s’exprimera pas avec la
même constante λ pour une autre norme.
2. On peut définir des métriques sur E associées à d’autres topologies ! Ainsi, l’unicité de la topologie
sur E de dimension finie est valide dans le contexte où on ne regarde que les topologies issues de
normes.
94 CHAPITRE 5. FONCTIONS CONTINUES SUR UN E.V.N.
Ÿ Éléments de preuve.
Cela avait été démontré pour } ¨ }B,8 , après choix d’une base. Par équivalence des normes, cela reste vrai
pour toute norme. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Un sens a déjà été vu. L’autre résulte de BW et du caractère fermé. Ź
Corollaire 5.6.9 – Caractérisation de la CV par les v.a. dans un e.v.n. de dim finie
Soit E un e.v.n. de dimension finie, et pun q un suite bornée. Alors pun q converge si et seulement si elle a
une unique valeur d’adhérence.
Ÿ Éléments de preuve.
pun q est à valeurs dans une boule fermée, donc compacte. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Utiliser une base de VectpF Y tℓuq, où ℓ est la limite d’une suite convergente d’éléments de E, et introduire
une base convenable de cet espace pour étudier la convergence coordonnée par coordonnée. Ź
Exemple 5.6.11
ř |un |
C’est faux en dimension infinie. En effet soit E l’espace des suites réelles telles que n2 converge. Pour
u “ pun q, on définit
`8
ÿ |un |
N puq “ .
n“0
n2
Soit F le sous-espace de E des suites à support fini (donc nulles àpcr). Montrer que N est une norme
sur E, et que F n’est pas fermé (on pourra constuire une suite d’éléments de F convergeant vers la suite
constante de valeur 1).
VI E.v.n. de dimension finie, et conséquences sur la continuité 95
Lc pE, F q “ LpE, F q.
Ÿ Éléments de preuve.
Munir E d’une norme } ¨ }8 “ } ¨ }B,8 , et majorer upBp0, 1qq. Ź
La norme triple ~ ¨ ~ peut donc être définie sur LpE, F q tout entier.
Si F est lui-même de dimension finie, LpE, F q est isomorphe à un espace de matrices Mn,p pKq. Plus précisément,
M P Mn,p pKq représente une application linéaire de Kp dans Kn , définie par
X ÞÑ M X.
Ainsi, quelle que soit la norme } ¨ }n choisie sur Kn et la norme } ¨ }p choisie sur Kp , l’application linéaire définie
par M est continue, ce qui permet de définir la norme triple associée à M
~M N ~ ď ~M ~ ¨ ~N ~.
Ÿ Éléments de preuve.
On l’a déjà vu dans le contexte des AL continues. Ź
Plus généralement,
Ÿ Éléments de preuve.
Récurrence sur p. Ź
Exemples 5.6.16
1. Soit E de dimension finie, muni d’une base B. Le déterminant detB : E Ñ K est multilinéaire sur
E, donc continue, quelle que soit la norme de E.
2. det : Mn pKq est continue par rapport à ses colonnes, pour n’importe quelle norme sur l’espace Kn
des colonnes.
3. pM, N q ÞÑ M N de Mn,p pKq ˆ Mp,q pKq dans Mn,q pKq est continue.
4. De même, la composition des AL entre espaces de dimension finie.
96 CHAPITRE 5. FONCTIONS CONTINUES SUR UN E.V.N.
Exemple 5.6.18
L’application f définie sur R3 par f px, y, zq “ 3x2 yz 4 ´ xy ` 2 est une application polynomiale.
Proposition 5.6.19
Les applications polynomiales sont continues sur leur domaine de définition, et ceci indépendamment des
normes choisies.
Ÿ Éléments de preuve.
Travailler avec la norme 8 pour obtenir la continuité des projections, puis les règles sur le produit per-
mettent de conclure. Ź
Exemple 5.6.20
Étudier la continuité de f : R2 Ñ R2 définie par
ˆ ˙
2 2 2 cospxyq
f : px, yq ÞÑ lnpx ` xy ` y ` 1q, 2
x ` y4 ` 1
Ÿ Éléments de preuve.
Avec ce point de vue, tr et det sont polynomiales. La continuité de tr provient également de sa linéarité (et
de la dimension finie). Ź
Plus généralement, on peut définir des applications polynomiales sur un espace quelconque :
En travaillant coordonnée par coordonnée (sur F ) avec la norme } ¨ }B,8 sur E, les raisonnements ci-dessus
s’adaptent bien, et on obtient :
VI E.v.n. de dimension finie, et conséquences sur la continuité 97
I.1 Convergences
Définition 6.1.1 – Convergence d’une série
Soit pun q une suite de réels ou complexes.
(i) Les sommes partielles Sn de la série de terme général un sont :
n
ÿ
@n P N, Sn “ uk .
k“0
ř
(ii) On dit que la série un de terme général un converge si la suite pSn qnPN de ses sommes partielles
admet une limite finie.
(iii) On note alors
`8
ÿ n
ÿ
un “ lim Sn “ lim uk .
nÑ`8 nÑ`8
n“0 k“0
`8
ÿ `8
ÿ
@n P N, Rn “ uk “ uk ´ Sn .
k“n`1 k“0
Ÿ Éléments de preuve.
Si la série converge, un “ Sn ´ Sn´1 tend vers 0. Ź
100 CHAPITRE 6. SÉRIES NUMÉRIQUES ET VECTORIELLES
Ÿ Éléments de preuve.
`8
ÿ
ř
Sous ces hypothèses, la somme partielle de la série un est croissante, et majorée par vk . Ź
k“0
Ÿ Éléments de preuve.
‚ Pour le cas réel, utiliser le TCSTP avec 0 ď u` ´
n ď |un | et 0 ď un ď |un |.
‚ Pour le cas complexe, utiliser le cas réel, et le TCSTP avec 0 ď |Repun q| ď |un | et 0 ď | Impun q| ď |un |
Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Combinaison de la propriété de linéarité des sommes finies et de la propriété de linéarité de la limite. Ź
Ÿ Éléments de preuve. żx
C’est bien sûr Chasles, d’abord. Puis la croissance de x ÞÑ f ptq dt, qui assure l’existence d’une limite
n0
dans R quand x tend vers `8. Ź
I Rappels et compléments sur les séries numériques 101
Ÿ Éléments de preuve.
Les points (ii) et (iii) sont équivalents par positivité de f .
Pour l’équivalence entre piiq et piiiq, encadrer sur un intervalle rn, n ` 1s par décroissance de f :
ż n`1
f pn ` 1q ď f ptq dt ď f pnq,
n
Ÿ Éléments de preuve.
On avait montré le théorème similaire pour les intégrales. Il faut juste s’assurer de la monotonie àpcr. Pour
α ‰ 1, on peut aussi le retrouver facilement par comparaison à une série de Riemann. Ź
Les techniques de comparaison entre séries et intégrales permettent en général d’obtenir mieux que juste la
convergence ou la divergence d’une série. En effet, il s’agit d’un encadrement en général suffisamment fin de
la série par deux intégrales pour obtenir une estimation (majoration, ou équivalent) de sommes partielles ou
de restes. Il n’y a pas de résultat particulier à connaître, simplement une bonne maîtrise de ces techniques
de comparaison. Pour citer le programme officiel : « Les étudiants doivent savoir utiliser la comparaison série-
intégrale pour établir des convergences et des divergences de séries, estimer des sommes partielles de séries
divergentes, ou des restes de séries convergentes, notamment dans le cas d’une fonction monotone. »
Nous voyons donc un certain nombre d’exemples, à bien étudier pour être en mesure de les adapter à d’autres
situations.
Exemples 6.1.12
n `8
ÿ 1 ÿ 1
1. Trouver un équivalent de α
pour α ď 1, de α
pour α ą 1.
k“1
k k“n`1
k
`8
ÿ lnpkq
2. Déterminer un équivalent de .
k“n`1
k2
n
ÿ lnpkq
3. Déterminer un équivalent de ?
k“0 k
102 CHAPITRE 6. SÉRIES NUMÉRIQUES ET VECTORIELLES
Ÿ Éléments de preuve.
Un O se traduit par une inégalité àpcr sur les valeurs absolues, ce qui nous ramène au TCSTP.
Un équivalent se réécrit avec o. Ź
Avertissement 6.1.14
La comparaison par équivalents permet de comparer la nature de séries de signe constant, ou la CVA,
mais ne permet pas d’établir une semi-convergence, par exemple.
Une façon commode de comparer à une série géométrique consiste à comparer asymptotiquement le quotient
un`1
un au quotient similaire (constant égal à la raison) qu’on obtiendrait avec une série géométrique. Cela est à
la base de la règle suivante :
Proposition 6.1.15 – Règle de d’Alembert
ř
Soit un une série réelle ˇ ou complexe
ˇ telle que pour tout n P N, un ‰ 0 (ou au moins à partir d’un certain
ˇ un`1 ˇ
rang). On suppose que ˇ un ˇ ÝÑ ℓ P R` .
ř
(i) Si 0 ď ℓ ă 1, alors un converge absolument.
ř
(ii) Si ℓ ą 1, alors un diverge grossièrement.
(iii) Le cas ℓ “ 1 est indéterminé.
Ÿ Éléments de preuve.
(i) si ℓ ă a ă 1, àpcr, |un | ď an´n0 |un0 |.
(ii) àpcr, |un`1 | ą |un |, ce qui empêche la convergence vers 0 du terme général
(iii) Considérer par exemple les séries de Riemann qui se placent toutes dans ce cas.
Ź
Remarque 6.1.16
La règle de Riemann ˇ sera ˇ un outil important dans l’étude du domaine convergence des séries entières
an xn . En effet si ˇ aan`1
ř
ˇ Ñ ℓ, alors
ˇ ˇ
n
ˇ ˇ
ˇ an`1 xn`1 ˇ
ˇ an xn ˇ ÝÑ ℓ|x|,
ˇ ˇ
I Rappels et compléments sur les séries numériques 103
et la série va converger absolument si |x| ă 1ℓ et diverger grossièrement si |x| ą 1ℓ (dans C). Ainsi, le
domaine est un disque pouvant contenir (ou non) certains points de sa frontière. Le réel 1ℓ est appelé rayon
de convergence de la série entière.
On montrera que le domaine de convergence des séries entières est toujours de cette forme, même lorsque
la règle de d’Alembert n’est pas applicable.
Exemples 6.1.17
ÿ zn
1. Rayon de convergence de la série exponentielle
n! ÿ
2. Rayon de convergence de la série géométrique dérivée pn ` 1qxn .
ÿ xn
3. Rayon de convergence de la série du logarithme .
ně1
n
I.4 Semi-convergence
Définition 6.1.18 – Semi-convergence
Une serie semi-convergente est une série convergente, mais pas absolument convergente.
gente.
Ÿ Éléments de preuve.
En notant Sn la somme partielle, montrer que pS2n q et pS2n`1 q sont adjacentes. Ź
Méthode 6.1.20
ÿ p´1qn ÿ p´1qn
L’étude des séries ou est alors immédiate. On peut souvent s’y ramener par DL.
nα nα lnpnqβ
Exemple 6.1.21
ř p´1qn
Nature de p´1qn `nα .
Méthode 6.1.22
‚ Dans des situations d’agencements de signes plus complexes, une bonne idée consiste souvent à
regrouper les termes consécutifs de même signe (faire des paquets), puis :
˚ vérifier que la somme sur chaque paquet ne tend pas vers 0, ce qui suffit à établir la divergence ;
˚ ou vérifier que la sommation par paquet se ramène à l’étude d’une série alternée. Il faut ensuite
contrôler ce qui se passe entre les paquets, mais c’est assez « automatique » vu les propriétés de
signes.
‚ On peut aussi faire des paquets qui permettent des compensations de signe pour se ramener à des
paquets de signe constant.
104 CHAPITRE 6. SÉRIES NUMÉRIQUES ET VECTORIELLES
Ÿ Éléments de preuve.
La démonstration peut se faire par ε exactement comme dans le cas des intégrales. On peut aussi être
flemmard et se ramener au cas des comparaisons intégrales, en introduisant les fonctions fu : x ÞÑ utxu et
fv : x ÞÑ vtxu . Ź
Ÿ Éléments de preuve.
‚ Si ℓ fini, écrire un ´ ℓ “ op1q et sommer.
‚ Si ℓ “ `8, 1 “ opun q et sommer. Adapter pour ´8.
Ź
On retrouve, avec une technique un peu allégée, les équivalents trouvés précédemment pour les séries de Riemann.
Le résultat lui-même est HP, mais il est attendu qu’on sache le retrouver rapidement.
n
ÿ 1
3. Si α “ 1, „ lnpnq
k“1
k `8
Ÿ Éléments de preuve.
1 1
Procéder par télescopage, en trouvant un équivalent simple de ´ , ou de lnpn ` 1q ´ lnpnq
pn ` 1qα´1 nα´1
dans le dernier cas. Ź
On peut appliquer cela (sauf la première étape déjà faite) aux séries de Riemann elles-mêmes. Par exemple :
La constante γ est appelée constante d’Euler-Mascheroni. À l’heure actuelle, malgré de nombreuses re-
cherches à ce propos, on ne sait toujours pas si γ est rationnelle ou non.
Exemples 6.1.28
n ˆ ˙
` 1
˘ ÿ 1
‚ Trouver un DA à la précision o n2 de sin . On n’explicitera pas la constante.
k“1
k
n
ÿ
`1˘ 1
‚ Trouver un DA à la précision o n de k 2 e k . À nouveau, on n’explicitera pas la constante.
k“1
ř
‚ Le vecteur S est alors appelé somme de la série un , et on note
`8
ÿ N
ÿ
S“ un “ lim un .
N Ñ`8
n“0 n“0
Exemple 6.2.2
1. Soit E “ RN et un “ pδn,m qmPN “ 1tnu pmq. On munit E de la norme
|uk |
}pxm qmPN } “ sup .
kPN k
ř
Montrer que un converge, et en donner sa somme.
2. On reprend le même exemple, mais on munit cette fois E de la norme
La technique mise en oeuvre dans le deuxième exemple nous montre que certains principes d’étude des suites
numériques s’adaptent, notamment :
Un certain nombre de propriétés connues dans le cadre numérique restent vraies. Par exemple :
Remarque 6.2.5
ř ř
1. Que dire si un et vn divergent ?
2. Si on considère une somme de p séries, à quelles conditions de convergence peut-on déduire à coup
sûr la nature de la série de la somme ?
Dans la plupart des cas, on essayera de se ramener au cadre réel positif, de la même manière que lorsqu’on étudie
la convergence absolue dans le cadre des séries numériques, grâce au théorème qui suit. Attention à l’hypothèse
de finitude indispensable dans ce théorème.
Comme dans le cas réel, l’étude de la convergence de suites peut se ramener à l’étude de la convergence de séries
télescopiques :
II Séries dans un e.v.n. 107
Ÿ Éléments de preuve.
Travailler avec la norme } ¨ }8 pour se ramener à la convergence absolue coordonnée par coordonnée. Ź
Exemple 6.2.9
ř An
Soit A P Mn pKq. Alors la série n! converge.
L’exponentielle matricielle est notamment l’outil adéquat pour la résolution des systèmes différentiels, généra-
lisant ainsi la résolution connue en dimension 1.
Nous étudierons plus en détail les propriétés de l’exponentielle matricielle dans un chapitre ultérieur.
108 CHAPITRE 6. SÉRIES NUMÉRIQUES ET VECTORIELLES
7
Structures algébriques
Ce chapitre a pour but de compléter l’étude des structures algébriques vues en MPSI, en approfondissant
notamment les propriétés combintoires, algébriques et arithmétiques.
I Groupes
I.1 Rappels
Définition 7.1.1 – Groupe
On rappelle qu’un groupe G est un ensemble muni d’une loi de composition interne ‹ telle que :
‚ ‹ est associative ;
‚ il existe un élément neutre e pour la loi ‹ ;
‚ tout élément x admet un symétrique xs .
Le neutre est alors unique, ainsi que le symétrique d’un élément x donné.
Définition 7.1.2 – Groupe abélien ou commutatif
On dit qu’un groupe pG, ‹q est abélien (ou commutatif) si la loi de G est commutative.
Une structure algébrique vient toujours accompagnée des applications qui ont un sens dans le contexte, c’est-à-
dire qui respectent la structure.
Définition 7.1.4 – Homomorphisme de groupes
Soit pG, ‹q et pH, ˛q deux groupes.
‚ On dit qu’une application f : G ÝÑ H est un homomorphisme de groupes (ou plus simplement
morphisme de groupes) si pour tout px, yq P G, f px ‹ yq “ f pxq ˛ f pyq.
On note HompG, Hq l’ensemble des homomorphismes de G dans H.
‚ Si pG, ‹q “ pH, ˛q, on dit que f est un endomorphisme de pG, ‹q.
‚ Un homomorphisme bijectif est appelé isomorphisme.
110 CHAPITRE 7. STRUCTURES ALGÉBRIQUES
Ÿ Éléments de preuve.
Considérer f pxqf px´1 q. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Vérifications faciles pour la composée
Pour la réciproque, considérer f ´1 pf pf ´1 pxqf ´1 pyqqq. Ź
I.2 Sous-groupes
Définition 7.1.8 – Sous-groupe
Soit pG, ‹q un groupe. Un sous-ensemble H de G est appelé sous-groupe de G si H est stable pour la loi
de G et si la loi induite définit sur H une structure de groupe.
Dans la pratique, pour montrer que H est non vide, on vérifie souvent que eG P H.
On traduit cette dernière propriété dans les deux cas les plus fréquents :
‚ pour un sous-groupe d’un groupe additif, la vérification de stabilité à faire est donc :
@px, yq P H 2 , x ´ y P H;
‚ pour un sous-groupe d’un groupe multiplicatif, la vérification de stabilité à faire est donc :
@px, yq P H 2 , xy ´1 P H.
On trouve notamment des sous-groupes en prenant des images directes ou réciproques de sous-groupes connus.
Une autre façon de construire un sous-groupe à partir d’autres est d’en prendre l’intersection :
Ÿ Éléments de preuve.
Sans difficulté à l’aide de l’une ou l’autre des caractérisations des sous-groupes. Ź
Cela nous permet de définir le plus petit sous-groupe contenant une partie donnée :
Proposition 7.1.16 – Description par le bas du sous-groupe engendré par une partie
Soit X une partie d’une groupe G. Alors xXy est l’ensemble des éléments pouvant s’écrire sous la forme
x1 ¨ ¨ ¨ xn , n P N, où les xi vérifient soit xi P X, soit x´1
i P X. Le produit vide est par convention égal au
neutre e de G.
112 CHAPITRE 7. STRUCTURES ALGÉBRIQUES
Ÿ Éléments de preuve.
Justifier que l’ensemble de ces éléments est forcément inclus dans xXy, et que c’est une sous-groupe conte-
nant X. Ź
Lorsque X est un singleton on écrira plutôt xxy au lieu de xtxuy, pour alléger les notations.
Par exemple Z “ x1y. Plus généralement, tous les sous-groupes de Z vont pouvoir se décrire avec un unique
générateur :
Proposition 7.1.18
Les sous-groupes de Z sont les groupes aZ “ xay, a P N.
Ÿ Éléments de preuve.
Considérer a l’élément minimal de G X N˚ . Justifier que aZ Ă G, et si l’inclusion est stricte, contredire la
minimalité de a en effectuant une division euclidienne. Ź
Exemples 7.1.21
Décrire la table des lois de Z{nZ, pour n P t2, 3, 4u.
Ÿ Éléments de preuve.
Montrer piq ðñ piiq, qui est assez clair, et piiq ðñ piiiq qui provient de Bezout. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Le sens direct est évident. Réciproquement (ii) donne la condition pour que la valeur de f soit la même
pour tout représentant d’une classe de congruence, ce qui donne une façon naturelle de définit g. Le reste
n’est que de la vérification facile. Ź
Ainsi, pour définir un morphisme de groupe issu de Z{nZ, on le définira d’abord sur Z, puis on vérifiera
l’hypothèse (ii) pour le « passer au quotient ».
Ÿ Éléments de preuve.
2 i πk
Considérer Z ÝÑ Un défini par f pkq “ e n , puis passer au quotient. Ź
Exemples 7.1.27
1. pZ, `q est monogène, engendré par 1 ou par ´1. Ce sont les seuls générateurs possibles de Z.
2. Tous les sous groupes de Z sont monogènes. En effet, ils sont de la forme aZ “ xay “ x´ay. Ce sont
les seuls éléments générateurs de aZ.
114 CHAPITRE 7. STRUCTURES ALGÉBRIQUES
Ÿ Éléments de preuve.
Dans le cas 2, passer φx au quotient par la proposition 7.1.24 pour définir φ
Ăx : Z{nZ Ñ G. Vérifier que
c’est un isomorphisme. Ź
Exemples 7.1.31
1. Dans pZ, `q, ordp1q “ `8
2. Dans pZ{nZ, `q, ordp1q “ n.
3. Dans pZ{42Z, `q, ordp12q “ 7.
xk “ e ðñ ordpxq | k.
I Groupes 115
Ainsi l’ordre d’un élément d’un groupe fini divise l’ordre de ce groupe.
Ÿ Éléments de preuve.
que dansźle cas où G est abélien. Montrer que l’application φ : g ÞÑ xg est
La démonstration n’est exigible ź
une bijection et en déduire que g“ pxgq, puis simplifier. Ź
gPG gPG
Le théorème 7.1.33 est en fait une conséquence directe d’un théorème plus général (théorème 7.1.38) donc nous
esquissons la preuve (constituant ainsi une preuve du théorème 7.1.33 sans se retreindre au cas abélien).
Ÿ Éléments de preuve.
C’est la partition associée à la relation d’équivalence définie sur G par
x ”g y rHs ðñ x´1 y P H
Remarque 7.1.36
Lorsque G “ Z et H “ nZ (et en revenant aux notations additives), la congruence modulo H correspond
à la congruence modulo n bien connue.
Ÿ Éléments de preuve.
L’application h ÞÑ ah est une bijection de H dans aH. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
On a partitionné G avec des parts qui ont toutes le même cardinal que H. Ź
Le théorème de Lagrange pour l’ordre des éléments s’en déduit en appliquant le théorème de Lagrange pour
l’ordre des sous-groupes avec H “ xxy.
116 CHAPITRE 7. STRUCTURES ALGÉBRIQUES
II Anneaux et idéaux
II.1 Rappels
Un anneau est un groupe abélien (additif) auquel on rajoute une loi multiplicative :
Exemples 7.2.3
1. Z, R, Q et C munis des opérations usuelles sont des anneaux. R, Q et C sont même des corps.
2. Pour tout n P N˚ , Z{nZ est un anneau commutatif.
3. L’ensemble KrXs des polynômes à coefficients dans un corps K est un anneau commutatif
4. L’ensemble Mn pKq des matrices carrées est un anneau non commutatif.
Les éléments non nul d’un anneau ne sont donc en général pas inversibles, contrairement à un corps. Leur
ensemble possède tout de même une structure intéressante.
stable pour la loi ˆ, et la loi induite munit Aˆ d’une structure de groupe multiplicatif.
La régularité est à la base de la résolution de grand nombre d’équations, par factorisation. Voici un cadre qui
nous permet d’exploiter ce type de technique :
Comme pour les groupes, on a une caractérisation assez efficace des sous-anneaux :
Proposition 7.2.11 – Caractérisation des sous-anneaux
Un sous-ensemble B d’un anneau A est un sous-anneau de A si et seulement si :
(i) 1A P B.
(ii) pour tout px, yq P B, x ´ y P B
(iii) pour tout px, yq P B, xy P B
Enfin, comme pour les groupes, on peut munir un produit cartésien d’anneaux d’une structure d’anneau produit.
On le définit pour un produit de deux anneaux, mais cela se généralise évidemment pour un produit cartésien
d’un nombre fini d’anneaux.
Proposition/Définition 7.2.12 – Anneau produit
‚ Soit pA, `, ˆq et pB, `, ˆq deux anneaux. On munit le produit cartésien AˆB des deux opérations :
‚ Muni de ces deux lois, A ˆ B est un anneau, donc les neutres sont p0A , 0B q et p1A , 1B q.
‚ Si de plus, A et B sont commutatifs, il en est de même de A ˆ B.
II.2 Idéaux
Les anneaux sont des environnements propices à l’arithmétique. En effet, les propriétés liés aux produits per-
mettent, sous certaines conditions, d’envisager des notions de divisibilité.
Dans le cas de l’anneau Z (et donc de l’arithmétique usuelle sur les entiers), la relation de congruence modulo
n est omniprésente. C’est elle qui permet notamment de synthétiser de façon concise toutes les propriétés se
rapportant à l’étude des restes de la division euclidienne.
Dans ce cadre, le sous-objet qui nous intéresse dans Z est l’ensemble nZ des multiples de n, et les différentes
classes de congruence, qui correspondent à des translatés k ` nZ de nZ. Cependant, nZ n’est pas un sous-
anneau de Z, mais est un peu plus riche qu’un sous-groupe additif (car aussi stable par multiplication). Ainsi,
même si la notion de sous-anneau n’est pas ininterressante en soi, elle n’est pas la notion appropriée pour les
études arithmétiques. Cela motive la définition suivante, introduisant un type de sous-ensembles particuliers
d’un anneau. On se limite, conformément au programme, au cas des anneaux commutatifs. Une notion similaire
peut être définie également pour des anneaux non commutatifs, mais il convient alors de distinguer les idéaux à
droites des idéaux à gauche. Si un sous-ensemble est alors à la fois idéal à gauche et idéal à droite, on dira dans
ce cas que c’est un idéal bilatère. Ces distinctions n’ont pas lieu d’être dans la situation qui nous intéresse.
Définition 7.2.14 – Idéal d’un anneau commutatif
Soit A un anneau commutatif. Un idéal de A est une partie I Ă A telle que :
(i) I est un sous-groupe de pA, `q
II Anneaux et idéaux 119
@a P A, @x P I, ax P I.
On rappelle que le noyau d’un morphisme d’anneau est le noyau du morphisme de groupe additif sous-jacent,
c’est-à-dire Kerpf q “ f ´1 pt0A uq.
Un autre exemple important d’idéal qui sera à la base de l’arithmétique est l’idéal engendré par un élément.
Remarque 7.2.18
La plupart des idéaux que nous rencontreront seront principaux, mais il existe des idéaux non principaux.
Enfin, voici deux constructions sur les idéaux, qui seront à la base de caractérisations du pgcd et du ppcm dans Z
ou KrXs (et pourront même permettre de définir des pgcd et ppcm dans des anneaux principaux quelconques).
120 CHAPITRE 7. STRUCTURES ALGÉBRIQUES
Dans la suite du chapitre, on s’intéresse à 3 familles d’anneaux en particulier, tout d’abord Z, puis les anneaux
Z{nZ, qui nous fournissent des outils algébriques importants pour l’arithmétique des entiers, et enfin les anneaux
de polynômes KrXs, dont l’étude des idéaux permettra également d’établir un certain nombre de propruétés
arithmétiques qui seront d’une grande utilité dans l’étude des endomorphismes d’un K-espace vectoriel, et
notamment en vue de réduire (diagonaliser par exempl) ces endomorphismes.
Ÿ Éléments de preuve.
Les idéaux de Z sont en particulier des sous-groupes, dont on connaît la description ! Ź
Les idéaux permettent de redéfinir, ou de caractériser le PGCD et le PPCM tel qu’ils ont été définis en MPSI.
Définition 7.2.24 – (Re)définition du pgcd d’un nombre fini d’entiers
Soit n ě 2 et a1 , . . . , an des entiers naturels, non tous nuls, et m un entier naturel. Le pgcd m “ a1 ^
a2 ^ ¨ ¨ ¨ ^ an de a1 , . . . , an est l’unique entier positif engendrant l’idéal a1 Z ` a2 Z ` ¨ ¨ ¨ ` an Z. Ainsi, il est
caractérisé par l’égalité
mZ “ a1 Z ` a2 Z ` ¨ ¨ ¨ ` an Z.
m “ a1 u1 ` ¨ ¨ ¨ ` an un ;
‚ réciproquement, si c vérifie
c “ a1 u1 ` ¨ ¨ ¨ ` an un ,
alors m divise c.
ppcm de a et b.
On retrouvera cette situation dans KrXs.
Il n’est en général pas intègre. Par exemple, dans Z{6Z, 2 ˆ 3 “ 0. Ainsi, il n’est pas principal (même si ses
idéaux sont principaux, comme on peut le montrer facilement), donc pas un cadre favorable pour l’arithmétique
via les idéaux.
En revanche, cet anneau étant étroitement lié à la notion de congruence modulo n, son étude permet tout de
même d’apporter des outils algébriques à certains problèmes arithmétiques.
Pour commencer, on décrit les propriétés d’inversibilité.
Proposition 7.3.2 – Inversibles de Z{nZ
Soit n P N˚ et k P Z{nZ. Les propositions suivantes sont équivalentes:
(i) k est inversible ;
(ii) il existe u et v dans Z tels que uk ` vn “ 1 ;
(iii) k ^ n “ 1
Ÿ Éléments de preuve.
Immédiat par traduction des congruences, et par le théorème de Bézout. Ź
Méthode 7.3.3
Le point (ii) nous dit comment trouver un inverse de k modulo n : il suffit de déterminer une relation de
Bézout, et de la réduire modulo n.
Ÿ Éléments de preuve.
Si p P P, tout élément de J1, p ´ 1K est premier avec p. Réciproquement, si p R P, un diviseur strict de p
n’est pas premier avec p et sa classe n’est pas inversible dans Z{pZ. Ź
Exemple 7.3.5
Le corps F2 a seulement deux éléments. Le corps F3 en a 3. Décrire leurs lois.
Ÿ Éléments de preuve.
Pour montrer que c’est un isomorphisme, étudier le noyau en se ramenant à des propriétés arithmétiques.
Ź
En d’autres termes, l’ensemble des solutions est de la forme x0 `pa1 ¨ ¨ ¨ an qZ. C’est donc une classe de congruence
modulo a1 . . . an .
Exemple 7.3.10
$
&x ” 2 r5s
’
’
x ” 6 r9s
’
’
%x ” ´2 r11s
III Anneau Z{nZ 123
Lorsque les modules de congruence ne sont pas premiers entre eux, on peut se ramener à cette situation en
séparant la contribution de chaque facteur premier, et en comparant les congruences modulo les puissances d’un
même facteur premier. Plutôt que de longs discours, voici un exemple :
Exemple 7.3.11
Résoudre les deux systèmes suivants :
#
x ” 3 r42s
1.
x ” 10 r49s
#
x ” 3 r42s
2.
x ” 9 r49s
Ÿ Éléments de preuve.
C’est le théorème de Lagrange dans le groupe pZ{nZqˆ Ź
On cherche maintenant à expliciter l’indicatrice d’Euler φpnq, connaissant la décomposition en facteurs premiers
de n.
Proposition 7.3.16 – Multiplicativité arithmétique de φ
Soit pm, nq P pN˚ q2 tel que m ^ n “ 1. Alors φpmnq “ φpmqφpnq.
Ÿ Éléments de preuve.
En passant aux inversibles dans le théorème choinois, sachant qu’un isomorphisme préserve l’inversibilité.
Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Dénombrement direct, sachant que k n’est pas premier avec p P P si et seulement s’il est multiple de p. Ź
124 CHAPITRE 7. STRUCTURES ALGÉBRIQUES
Ÿ Éléments de preuve.
S’aider de la division euclidienne, comme pour montrer que Z est principal. C’est une propriété général
de tout anneau muni d’une division euclidienne (anneau euclidien). La deuxième partie provient de la
description des inversibles de KrXs. Ź
On peut alors caractériser (ou définir) le pgcd de la même manière que dans Z :
Comme pour les entiers, on retrouve la notion définie en MSPI via le résultat suivant :
Exemples 7.4.5
1. Les polynômes X ´ λ sont irréductibles (λ P K)
2. Dans RrXs, tout polynôme aX 2 ` bX ` c tel que ∆ ă 0 est irréductible.
3. Ces polynômes ne sont pas irréductibles dans CrXs.
On rappelle que :
Ÿ Éléments de preuve.
Considérer un diviseur non constant de degré minimal. Ź
P “ λP1 ¨ ¨ ¨ Pk .
Ÿ Éléments de preuve.
Par récurrence, en divisant par un facteur irréductible unitaire. Pour l’unicité, aussi par récurrence, en
remarquant qu’un facteur irréductible unitaire de P se retrouve dans toute décomposition, d’après le lemme
d’Euclide. Ź
126 CHAPITRE 7. STRUCTURES ALGÉBRIQUES
8
Compléments d’algèbre linéaire
On admet que toute l’algèbre linéaire vue en MPSI reste valide lorsque K, le corps de base, est un corps
quelconque. En particulier, les coefficients peuvent, par exemple, être pris sur K “ Fp , p P P. Cependant,
lorsque des polynômes interviendront, (notamment dans la troisième partie de ce chapitre), il convient de faire
un peu plus attention, car des choses particulières peuvent se produire. Par exemple, les règles sur les degrés
peuvent ne pas être les mêmes. Par exemple, dans Fp rXs, la dérivée de X p n’est pas de degré p ´ 1, et à peu près
pour cette raison, les polynômes de degré p ´ 1 n’admettent pas de primitive. On observe par la même occasion
que pour ce polynôme X p , la caractérisation de la multiplicité de la racine 0 par les dérivées successives n’est
pas valide.
Pour éviter ce type de problème, dès lors que des polynômes interviendront dans notre étude, nous supposerons
que K est un sous-corps de C, même si un grand nombre de résultats associés restent valides dans un contexte
plus général.
Nous ne reprenons pas le cours de MPSI. Nous nous contentons d’en rappeler ci-dessous les grandes lignes, à
bien maîtriser :
‚ Notion d’espace vectoriel, de sous-espace vectoriel ;
‚ Notion de famille libre, de famille génératrice, de base ; une famille libre maximale est une base ;
‚ Notion de somme de 2 espaces, de somme directe de 2 espaces. Lien avec les bases.
‚ Applications linéaires, détermination d’une application linéaire sur les vecteurs d’une base, endomor-
phisme, isomorphisme, automorphisme
‚ Projecteurs et symétries, caractérisation algébrique (p2 “ p, s2 “ id), caractérisation géométrique.
‚ Sous-espaces affines d’un espace vectoriel
‚ Théorie de la dimension : espace de dimension finie (par existence d’une famille génératrice finie), théo-
rème de la dimension, dimension d’une somme directe, formule de Grassmann
‚ Applications linéaires en dimension finie, dont surtout, le théorème du rang et la caractérisation de la
bijectivité par l’injectivité ou la surjectivité en cas d’égalité des dimensions.
‚ Représentation matricielle d’une AL par choix de 2 bases. Cas d’un endomorphisme (avec la même base
au départ et à l’arrivée). Propriétés de composition, d’évaluation.
‚ Rang d’une matrice, version matricielle du théorème du rang, calcul du rang d’une matrice par méthode
du pivot.
‚ Changements de base. Matrices équivalentes. Toute matrice est équivalente à une Jn,p,r ; deux matrices
sont équivalentes ssi elles ont même rang.
‚ Déterminant d’une application linéaire dans une base, déterminant d’une matrice. Lien entre les deux.
‚ Méthodes calculatoires pour les déterminants : pivot, développement suivant une ligne ou une colonne.
‚ Exemple important : déterminant de Vandermonde.
128 CHAPITRE 8. COMPLÉMENTS D’ALGÈBRE LINÉAIRE
Ÿ Éléments de preuve.
‚ C’est un sev, par vérifications simples
‚ Il inclut tous les Fi
‚ Par stabilité par somme, si un sev G inclut tous les Fi , il inclut aussi leur somme.
Ź
Remarque 8.1.4
La propriété (v) montre que la somme globale est directe, si et seulement si à chaque étape, le terme qu’on
ajoute est en somme directe avec les précédents. Combiné aux propriétés d’associativité, cela permet
d’écrire :
àn
Fi “ pppF1 ‘ F2 q ‘ F3 q ‘ ¨ ¨ ¨ ‘ Fn´1 q ‘ Fn .
i“1
I Sommes directes et blocs 129
Avertissement 8.1.5
Attention à l’erreur courante consistant à caractériser la somme directe par le fait que les intersections
deux à deux sont réduites à t0u (autrement dit les Ei sont 2 à 2 en somme directe.
C’est clairement insuffisant, comme le montre l’exemple de 3 droites vectorielles non confondues dans le
plan.
X ! Y “ px1 , . . . , xk , y1 , . . . , yℓ q
Le point 1 montre qu’il existe toujours une base adaptée à une décomposition en somme directe.
πi : x1 ` ¨ ¨ ¨ ` xn ÞÑ xi .
1. Pour tout i P J1, nK, πi est un projecteur. Plus précisément, c’est le projecteur sur Ei parallèlement
à la somme des autres Ek .
2. Les πi vérifient :
n
ÿ
πi “ idE et @pi, jq P J1, nK2 πi ˝ πj “ δi,j .
i“1
On peut montrer que réciproquement, si pπ1 , . . . , πn q sont des projecteurs vérifiant le point 2, leurs images
forment une déomposition de E en somme directe dont ils sont les projecteurs associés.
130 CHAPITRE 8. COMPLÉMENTS D’ALGÈBRE LINÉAIRE
Ÿ Éléments de preuve.
Une analyse synthèse sans difficulté. Ź
c’est-à-dire la matrice obtenue en juxtaposant dans une même grande matrice les matrices des ui
dans l’ordre.
2. Réciproquement, pour u P LpE, F q, et une décomposition en blocs
´ ¯
MatB,C puq “ A1 A2 ¨ ¨ ¨ An ,
Aj “ MatBj ,F pu|Ej q.
m
à
On s’intéresse maintenant au problème dual, lorsque F “ Fi admet une décomposition en somme directe.
i“1
On note ρ1 , . . . , ρm les projections associées, et j u la corestriction à Fj de ρi ˝ u. Ainsi, pour tout x P E, j upxq
àm
est la composante sur Fj de la décomposition de upxq dans la somme directe Fi . On a alors j u P LpE, Fj q.
i“1
I Sommes directes et blocs 131
En combinant ces deux représentations on peut avoir une représentation d’un endomorphisme u relativement
n
à
à des bases adaptées à deux décompositions en somme directe, l’une de l’espace de départ E “ Ej , l’autre
j“1
m
à
de l’espace d’arrivée E “ Fi , les deux espaces E et F étant supposés de dimension finie. Pour u P LpE, F q,
i“1
pour tout j P J1, nK, uj désigne comme avant la restriction de u à Ej , et pour tout i P J1, mK, on peut alors
considérer i uj la corestriction de ρi ˝ uj à Fi . Ainsi, i uj P LpEj , Fi q.
Soit, pour tout j P J1, nK, Bj une base de Ej et pour tout i P J1, mK une base de Fi . On note
B “ B1 ! ¨ ¨ ¨ ! Bn et C “ C1 ! ¨ ¨ ¨ ! Cm les bases adaptées correspondantes de E et F . Alors on
obtient la représentation par blocs suivante :
¨ ˛
MatB1 ,C1 p1 u1 q ¨ ¨ ¨ MatBn ,C1 p1 uj q
˚ .. .. ‹
MatB,C puq “ ˚
˝ . .
‹,
‚
MatB1 ,Cm pm u1 q . . . MatBn ,Cm pm un q
tels que :
‚ à i fixé, les Ai,j , j P J1, nK ont toutes même nombre de ligne ;
‚ à j fixé, les Ai,j , i P J1, mK ont toutes même nombre de colonnes ;
alors, en regroupant convenablement les vecteurs de la base B, il existe des décompositions en somme
directe de E et F dont B et C sont des bases adaptées, telles que, avec les notations préédentes,
Soit pour tout i P J1, nK, Bi une base de Ei , et B “ B1 ! ¨ ¨ ¨ ! Bn une base adaptée.
Soit u P LpEq tel que pour tout i P J1, nK, Ei est stable par u. Alors
¨ ˛
MatB1 puE1 q 0 ¨ ¨ ¨ 0
˚ .. .. .. ‹
˚ 0 . . . ‹
MatB puq “ ˚ ‹,
˚ ‹
.. .. ..
. .
˚
0
‹
˝ . ‚
0 ¨¨¨ 0 MatBn puEn q
On dira que les deux découpages par blocs ont des tailles compatibles si pour tout j P J1, nK, le nombre
de colonnes des Ai,j est égal au nombre de lignes des Bj,k .
Remarques 8.1.17
1. Attention, on ne peut pas permuter A et B dans cette définition.
2. Cette condition permet de considérer, pour tout j P J1, nK, le produit Ai,j Bj,k . De plus, le format
de cette matrice ne dépend pas de j. Ainsi, la matrice suivante est bien définie :
n
ÿ
Ai,j Bj,k .
j“1
134 CHAPITRE 8. COMPLÉMENTS D’ALGÈBRE LINÉAIRE
3. D’un point de vue vectoriel, si A et B sont interprétés comme des matrices d’applications linéaires
u P LpF, Gq et v P LpE, F q respectivement, relativement à des bases B, C et D, les découpages par
blocs définissent des décompositions en somme directe de E, F et G. La compatibilité des tailles
des blocs dit simplement que les blocs de A et B définissent la même décomposition en somme
directe de F .
Ÿ Éléments de preuve.
La démonstration n’est pas exigible.
Considérer u P LpF, Gq et v P LpE, F q des endomorphismes associés à A et B, avec des décompositions en
somme directe associées de E, F et G, de projections respectives πk , ρj et σi . Décomposer
ÿ
πk ˝ u ˝ v ˝ σi “ πk ˝ u ˝ ρj ˝ ρj ˝ v ˝ σi
j
Alors pour tout n P N, An est aussi triangulaire par blocs, avec des blocs de même taille que A, et
¨ ˛
An1,1 ‚ ¨¨¨ ‚
˚ .. .. .. ‹
n
˚ 0 . . . ‹
A “˚ . ‹.
˚ ‹
˚ . .. ..
. .
‹
˝ . ‚ ‚
0 ¨¨¨ 0 Anq,q
I Sommes directes et blocs 135
2. On dit que A est diagonale par blocs si pour tout i ‰ j, Ai,j “ 0, donc
¨ ˛
A1,1 0 ¨ ¨ ¨ 0
˚ .. .. .. ‹
˚ 0 . . . ‹
A“˚ . ‹.
˚ ‹
˚ . .. ..
. . 0 ‚
‹
˝ .
0 ¨¨¨ 0 Aq,q
Alors pour tout n P N, An est aussi diagonale par blocs, avec des blocs de même taille que A, et
¨ ˛
An1,1 0 ¨ ¨ ¨ 0
˚ .. .. .. ‹
˚ 0 . . . ‹
An “ ˚ . ‹.
˚ ‹
˚ . .. ..
. . 0 ‚
‹
˝ .
0 ¨¨¨ 0 Anq,q
Ÿ Éléments de preuve.
Comme pour les matrices exprimées avec des coefficients scalaires. Inutile de refaire. Ź
Exemple 8.1.20
¨ ˛
1 1 0 0 0
˚0 1 1 0 0‹
˚ ‹
Calcul des puissances successives de ˚0 0 1 0 0‹
˚ ‹
˚ ‹
˝0 0 0 2 1‚
0 0 0 0 2
les blocs diagonaux étant triangulaires, et les blocs étant de taille compatible avec ceux de A pour effectuer
le produit.
Ÿ Éléments de preuve.
C’est la même chose que dans le cas scalaire, à adapter grâce aux règles de produit matriciel par blocs. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
En effet, la matrice Ei,k,T est triangulaire (vraiment, pas seulement par blocs), de coefficients diagonaux
tous égaux à 1. Ź
Lemme 8.1.24
˜ ¸
I 0
1. det “ detpBq
C B
˜ ¸
I C
2. det “ detpBq
0 B
Ÿ Éléments de preuve.
1. Une transvection fait sauter C, puis faire des développements suivant des colonnes pour se débarrasser
du I.
2. Transposer.
Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Par récurrence, se ramener au cas n “ 2, pour lequel on peut décomposer
˜ ¸ ˜ ¸˜ ¸
A C I C A 0
“
0 B 0 B 0 I
Exemple 8.1.26
˜ ¸
A B
Exprimer det en fonction de detpA ´ Bq et detpA ` Bq.
B A
II Algèbres 137
II Algèbres
II.1 Définitions générales
Soit K un corps quelconque.
Définition 8.2.1 – Algèbre
Soit pA, `, ¨, ˆq un ensemble muni de 2 l.c.i. ` et ˆ et d’une l.c.e. ¨ sur le corps K. On dit que A est une
algèbre sur K si :
(i) pA, `, ¨q est un espace vectoriel sur K
(ii) pA, `, ˆq est un anneau
(iii) Pour tout pλ, x, yq P K ˆ A ˆ A, pλ ¨ xq ˆ y “ λ ¨ px ˆ yq “ x ˆ pλ ¨ xq.
Remarque 8.2.2
1. En particulier, une algèbre est unitaire, dans le sens où elle possède un neutre multiplicatif. Dans
certains ouvrages plus généraux, ce n’est pas toujours le cas. Se méfier.
2. La définition est redondante, puisque certaines propriétés de ` se retrouvent à la fois dans la
structure d’anneau et dans la structure d’espace vectoriel
3. Pour éviter ces redondances, on peut définir une algèbre comme un K-ev enrichi d’une multiplication
ˆ associative, unitaire, et bilinéaire. La bilinéarité englobe à la fois les propriétés de distributivité
et la propriété (iii).
4. Les signes opératoires ˆ et ¨ sont souvent omis. Il n’y a pas de confusion possible entre les deux,
puisque l’une des deux lois implique des scalaires et pas l’autre. L’examen de la nature des objets
en jeu permet donc de lever toute ambiguité.
Exemples 8.2.3
1. pK, `, ¨, ¨q est une K-algèbre (le produit externe et le produit interne sont ici égaux).
2. KrXs est une K-algèbre.
3. KrX, Y s (combinaison linéaire de monômes X i Y j ) aussi.
4. Mn pKq est une K-algèbre
5. Si E est un K-ev, LpEq est une K-algèbre.
6. KX “ FpX, Kq est une K-algèbre.
7. C est une R-algèbre.
8. Soit a P R, et Qras “ tP paq, P P QrXsu. Alors Qras est une Q-algèbre.
Ÿ Éléments de preuve.
Comme toujours dans ce type de propriété, une fois la stabilité acquise, toutes les propriétés universelles
sont préservées par restriction. Il faut juste s’assurer des propriétés existentielles. Ź
Exemples 8.2.7
1. K est une sous-algèbre de KrXs (le corps K étant identifié aux polynômes constants).
2. Plus généralement, si A est une K-algèbre, K ¨ 1A “ Vectp1A q est une sous-algèbre de A
3. KrXs est une sous-algèbre de KrX, Y s.
4. L’ensemble Dn pKq des matrices diagonales est une sous-algèbre de Mn pKq.
5. De même, Tn` pKq est une sous-algèbre de Mn pKq.
6. Tn`` pKq (matrices strictement triangulaires supérieures) est-elle une sous-algèbre de Mn pKq ?
Exemples 8.2.9
1. K ¨ 1A est isomorphe à K.
2. f : RrXs Ñ C définie par f pP q “ P piq est un morphisme d’algèbre.
3. Plus généralement pour a P K, l’évaluation eva : KrXs Ñ K définie par eva pP q “ P paq est un
morphisme d’algèbre.
4. Si a est transcendant (i.e. non racine d’un polynôme de QrXs), alors Qras est isomorphe à QrXs.
B.
Remarque 8.2.12
1. La spécialisation P pxq est bien définie, puisqu’on sait :
‚ faire des produits (donc prendre des puissances) dans A, y compris un produit vide (la puissance
d’ordre 0), puisque A est unitaire : pour tout x P A, x0 “ 1A ;
‚ multiplier un élément de A par un scalaire ai P K ;
‚ sommer entre eux des éléments de A.
2. Le terme « évaluation » pour désigner P pxq est en général réservé au cas où x P K. Ainsi, on ne peut
évaluer qu’en des éléments du corps de base, mais on peut spécialiser sur des objets plus complexes.
3. L’évaluation est un cas particulier de spécialisation, en considérant A “ K, qui est bien une algèbre.
Exemples 8.2.13
1. Spécialisation en une matrice carrée : si M P Mn pKq, on peut considérer P pM q.
˜ ¸
2 1 1
Par exemple, déterminer P pM q lorsque P “ 2X ` X ` 1 et M “ .
0 2
2. Spécialisation en un endomorphisme : si u P LpEq, P puq est bien défini, et est un élément de LpEq,
les puissances qui interviennent correspondant à l’itération de la composition.
Par exemple si P “ 2X 2 ` X ` 1, P puq est l’endomorphisme défini par :
Ÿ Éléments de preuve.
Le seul point un peu délicat à montrer est le respect du produit qui nécessite une petite manipulation de
sommes. Ź
140 CHAPITRE 8. COMPLÉMENTS D’ALGÈBRE LINÉAIRE
Alors Krxs est une sous-algèbre commutative de A, et est minimale parmi les sous-algèbres de A contenant
x. On l’appelle sous-algèbre de A engendrée par x.
Exemples 8.2.16
1. Pour A “ LpEq et u P LpEq, le produit dans LpEq étant la composition, le respect du produit par
Su s’écrit :
P puq ˝ Qpuq “ pP Qqpuq “ pQP qpuq “ Qpuq ˝ P puq.
L’égalité du milieu exploite la commutativité dans KrXs, qui permet donc d’obtenir la commuta-
tivité de l’algèbre pKrus, `, ¨, ˝q.
˜ ¸
0 1
2. Décrire KrM s, où M “ .
1 0
On remarque que cette propriété de commutation est un cas particulier d’un résultat un peu plus général :
Ÿ Éléments de preuve.
Par manipulation de sommes, en remarquant que uk v ℓ “ v ℓ uk . Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Le 1 est classique et se démontre indépendamment de ce qui précède. Le 2 consiste à appliquer le 1 aux
endomorphismes P puq et Qpvq qui commutent. Ź
Proposition 8.3.2 – Existence d’un polynôme annulateur non nul en dimension finie
Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie, et u P LpEq. Alors u admet au moins un polynôme
annulateur non nul.
Ÿ Éléments de preuve.
2
Pour n “ dimpEq, la famille pu0 , u1 , . . . , un q est liée car dimpLpEqq “ n2 . Ź
Exemple 8.3.3
C’est faux en dimension infinie. Pouvez-vous trouver un exemple simple d’un endomorphisme sur RrXs
sans polynôme annulateur non nul ?
Connaître un polynôme annulateur d’un endomorphisme donne beaucoup d’informations sur cet endomor-
phisme. Outre un accès aux valeurs propres (voir chapitre ultérieur), et donc à des propriétés liées à la diago-
nalisation, cela permet, de façon plus élémentaire, d’avoir un accès assez simple aux puissances et à l’inverse.
Exemples 8.3.5
1. Soit A une matrice vérifiant A2 “ A ` 2. Exprimer, pour tout n P N, An sous forme d’un polynôme
142 CHAPITRE 8. COMPLÉMENTS D’ALGÈBRE LINÉAIRE
Ÿ Éléments de preuve.
C’est une conséquence de la proposition 8.3.2 Ź
dim Krus “ d,
Ÿ Éléments de preuve.
Caractère générateur par division euclidienne. Liberté par minimalité du degré de µu . Ź
Ainsi, le polynôme minimal µu est l’unique polynôme unitaire tel que pour tout polynôme annulateur P de u,
µu | P . C’est donc aussi, parmi les polynômes annulateurs unitaires non nuls, celui dont le degré est minimal.
On peut évidemment traduire ces définitions en termes matriciels. Pour M P Mn pKq, l’ensemble des polynômes
2
annulateurs de M est l’idéal KerpSM q, non réduit à 0 car pM 0 , . . . , M n q est liée, et engendrée par un unique
polynôme annulateur unitaire µM ou πM , appelé polynôme minimal de M .
Avant de voir des exemples de polynômes minimaux, on donne une définition :
d “ mintk P N, uk “ 0LpEq u
est appelé indice de nilpotence de u. C’est donc le plus petit entier positif tel que ud “ 0.
L’indice de nilpotence d’un endomorphisme nilpotent est toujours au moins égal à 1 (car ud “ id, et même à 2,
sauf si u “ 0.
Cette définition s’adapte bien entendu aux matrices.
Exemples 8.3.10
Les exemples suivants doivent être pris comme des exemples du cours.
1. Polynôme minimal de 0LpEq .
2. Polynôme minimal d’une matrice scalaire λIn , λ ‰ 0.
III Polynômes d’endomorphismes 143
¨ ˛
0 1 0 ¨¨¨ 0
˚. .. .. .. .. ‹
˚ .. . . . .‹
˚ ‹
˚. .. .. ‹
˚ ..
3. Polynôme minimal de Jn “ ˚ . . 0‹ P Mn pCq
‹
˚.
..
‹
˚.
.
‹
˝. 1‚
0 ¨¨¨ ¨¨¨ ¨¨¨ 0
4. Les projecteurs sont définis algébriquement par un polynôme annulateur X 2 ´X. À quelle condition
est-ce le polynôme annulteur
5. De même, X 2 ´ 1 est un polynôme annulateur de toute symétrie. À quelle condition est-ce le
polynôme minimal ?
Proposition 8.3.11 – Caractérisation d’un endomorphisme nilpotent par son pol. min.
Soit u P LpEq. Les propositions suivantes sont équivalentes:
(i) u est nilpotente d’indice de nilpotence d ;
(ii) µu “ X d .
Par ailleurs, on sait comparer le degré de µd à n “ dimpEq, dans ce cas particulier, grâce au lemme suivant.
Ÿ Éléments de preuve.
Montrer qu’il existe x P E tel que px, upxq, . . . , ud´1 pxqq soit libre. Ź
Ainsi, le polynôme minimal d’un endomorphisme minimal est toujours de degré inférieur à dimpEq. Ce résultat
se généralisera à tout polynôme minimal plus tard, grâce au théorème de Cayley-Hamilton, qui fournit un
polynôpme annulateur de degré n “ dimpEq (ce qui assure de facto que le polynôme minimal est de degré plus
petit).
Ÿ Éléments de preuve.
Par récurrence immédiate, la primalité 2 à 2 impliquant en particulier que Pk est premier avec P1 . . . Pk´1 ,
il suffit de le montrer lorsque r “ 2.
Pour r “ 2, se servir d’une relation de Bézout, à la fois pour montrer l’inclusion directe, et pour montrer
le caractère directe de la somme. Ź
144 CHAPITRE 8. COMPLÉMENTS D’ALGÈBRE LINÉAIRE
Exemples 8.3.15
1. Si p est un projecteur, on retrouve E “ Kerppq ‘ Kerpp ´ idq
2. Si s est une symétrie, on retrouve E “ Kerps ´ idq ‘ Kerps ` idq.
3. Dans les deux exemples précédents, trouver une base B de E telle que MatB ppq (resp. MatB psqq soit
diagonale.
Le dernier point nous fait bien comprendre l’utilité de ce résultat dans des études de diagonalisabilité. Ainsi,
on obtient par exemple le résultat important suivant (qui sera repris et complété dans le chapitre suivant) :
Ÿ Éléments de preuve.
Par le lemme de décomposition des noyaux, puis prendre une base de chaque terme de la somme directe.
C’est même une équivalence, comme on le justifiera plus tard. D’où la terminologie « caractérisation ». Ź
9
Réduction des endomorphismes
Le problème de la réduction des endomorphismes consiste à trouver une base dans laquelle la forme de la matrice
associée sera suffisamment simple pour être propice aux calculs.
L’idéal est par exemple de trouver une base dans laquelle la matrice est diagonale. C’est le principe de la
diagonalisation. Ce n’est pas toujours possible, c’est pourquoi on recherche parfois des formes un peu plus
générale, comme des matrices triangulaires par exemple.
Lorsqu’on adapte la situation aux matrices, il s’agit donc de travailler sur l’endomophisme f de Kn canoni-
quement associé à une matrice M , et de trouver une base dans laquelle la nouvelle matrice N de f sera d’une
forme particulière, par exemple diagonale ou triangulaire. Par la formule de changement de base, on a donc une
relation du type M “ P N P ´1 , où P P GLn pKq.
Cette relation est un peu plus forte que la relation d’équivalence, puisqu’on impose l’égalité des deux matrices
de passage. De fait, deux matrices semblables sont équivalentes mais la réciproque est fausse.
Ainsi, le problème de la réduction des endomorphismes se ramène donc à la recherche de représentants simples
dans une classe de similitude donnée. Dans l’idéal, on souhaiterait donner même un représentant privilégié
dans chaque classe de similitude, comme on l’avait fait avec les matrices Jn,p,r pour les classes d’équivalence
matricielle, de sorte à pouvoir classifier les classes de similitude. Comme on le verra, c’est un problème assez
dur, auquel on ne répondra pas complètement cette année.
Réciproquement, une droite Kb est stable si et seulement si upbq P Kb, donc s’il existe λ P K tel que upbq “ λb,
c’est-à-dire pu ´ λidqpbq “ 0.
3. Les éléments non nuls de Eλ puq sont alors appelés vecteurs propres associés à la valeur propre λ.
Remarque 9.1.2
1. Par définition, si λ est une valeur propre, Eλ puq ‰ t0u, et il existe donc au moins un vecteur propre
associé à λ.
Une valeur propre λ se caractérise donc par le fait qu’il existe x P Ezt0u tel que upxq “ λx.
2. Il arrive parfois, pour des raisons techniques (éviter des discussions) d’étendre la notation Eλ puq
au cas où λ n’est pas une valeur propre. Dans ce cas, λ est une valeur propre ssi Eλ puq ‰ t0u.
3. Lorsque E est de dimension infinie, la non injectivité de u´λid n’équivaut pas à sa non inversibilité.
La non inversibilité définit ce qu’on appelle les valeurs spectrales de u (hors programme).
4. Les sev propres sont parfois aussi notés SEPλ puq.
Exemple 9.1.3
Décrire les valeurs propres et les sous-espaces propres d’un projecteur.
Remarque 9.1.5
En dimension infinie, le spectre est défini non pas avec les valeurs propres, mais avec les valeurs spectrales,
raison pour laquelle cette définition n’est ici donnée qu’en dimension finie.
Ÿ Éléments de preuve.
Par le lemme de décomposition des noyaux. Peut aussi se montrer facilement directement par récurrence,
c’est un bon entraînement, mais c’est un peu plus fastidieux. Ź
Corollaire 9.1.7
Soit pxi qiPI une famille de vecteurs propres associés à des valeurs propres 2 à 2 distinctes. Alors pxi qiPI
est libre.
I Élements propres d’un endomorphisme 147
Ÿ Éléments de preuve.
Ce sont des vecteurs non nuls de sous-espaces vectoriels en somme directe. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Soit par l’examen des dimensions, soit par le corollaire précédent qui donne sinon une famille libre trop
grande. Ź
Dans le but d’étudier des propriétés de réduction simultanée, nous aurons besoin du lemme suivant :
Ÿ Éléments de preuve.
Application directe de 8.2.17. Ź
Remarque 9.1.10
En particulier, puisque u commute avec lui-même, les sous-espaces propres de u sont stables par u. Cela
se comprend bien de façon directe, sans passer par ce résultat, et c’est une évidence, mais ça ne fait pas
de mal que ce soit dit explicitement au moins une fois !
Enfin, remarquons qu’une façon de restreindre la recherche des valeurs propres de u est de s’intéresser à des
polynômes annulateurs :
Ÿ Éléments de preuve.
1. Par récurrence, si x est un vecteur propre associé à λ, un pxq “ λn ¨ x, puis P puqpxq “ P pλq ¨ x.
2. Pour le point 2, une inclusion est acquise. Si l’inclusion est stricte, on peut factoriser P puq par u ´ λid,
où λ n’est pas une valeur propre. L’injectivité de u ´ λid permet alors de contredire la minimalité de
µu .
Remarque 9.1.12
Lorsque E est de dimension finie, on peut réexprimer ces propriétés à l’aide du spectre :
1. Pour tout polynôme annulateur P de u, Sppuq Ă RacpP q ;
2. Sppuq “ Racpµu q.
Exemples 9.1.13
1. Quelle est la seule valeur propre possible d’un endomorphisme nilpotente ?
148 CHAPITRE 9. RÉDUCTION DES ENDOMORPHISMES
¨ ˛
0 0 1
3
2. Déterminer les valeurs propres dans C de l’endomorphisme de C canoniquement associé à ˝1 0 0‚.
˚ ‹
0 1 0
Ÿ Éléments de preuve.
Si M et N sont semblables, M ´ λIn et N ´ λIn le sont aussi, donc ont même rang. Ź
Le lien entre éléments propres d’une matrice et éléments propres d’un endomorphisme se fait via les résultats
suivants.
Proposition 9.1.15 – Élements propres de u et de MatB puq
Soit u P LpEq et B une base de E. Alors :
1. Sppuq “ SppMatB puqq ;
2. x est vecteur propre de u associé à λ ssi rxsB est vecteur propre de MatB puq associé à λ ;
3. Pour λ P Sppuq, Eλ pMB puqq “ φB pEλ puqq, où φB : x ÞÑ rxsB .
Sur les matrices, on dispose d’une opération d’extension des scalaires, consistant à voir les matrices de Mn pKq
comme des matrices de Mn pK1 q, dès lors que K1 est un corps contenant K. C’est notamment ce qu’il se pro-
duit lorsqu’on considère une matrice à coefficients réels comme une matrice à coefficients complexes. Dans cet
exemple, on peut notamment se demander si le spectre d’une matrice réelle M reste le même selon qu’on consi-
dère M comme une matrice réelle ou comme une matrice complexe. La réponse est non en général, mais une
inclusion est vraie.
I Élements propres d’un endomorphisme 149
Ÿ Éléments de preuve.
Un vecteur propre X P Mn,1 pKq est aussi un vecteur propre dans Mn,1 pK1 q. Ź
Exemple 9.1.18
˜ ¸
0 ´1
L’inclusion peut être stricte, comme le montre l’exemple de M “ .
1 0
Ÿ Éléments de preuve.
Par la formule de développement, tous les termes sont de degré au plus n ´ 2, sauf celui indexé par id. En
effet, une permutation de Sn ne peut pas avoir exactement n ´ 1 points fixes.
On obtient donc les termes de degré n et n ´ 1 en développant pX ´ a1,1 q ¨ ¨ ¨ pX ´ an,n q, ce qui se fait avec
les relations de Viète.
Le coefficient a0 s’obtient par évaluation. Ź
150 CHAPITRE 9. RÉDUCTION DES ENDOMORPHISMES
Ÿ Éléments de preuve.
λ est racine ssi detpλIn ´ M q “ 0. Qu’est-ce que cela signifie sur l’inversibilité de la matrice ? Ź
Voici une situation dans laquelle le polynôme caractéristique est simple à calculer :
Par conséquent, vu les deux derniers résultats obtenus, si on recherche une matrice triangulaire T semblable à
une matrice M , les coefficients diagonaux de T sont les valeurs propres de M , leur multiplicité sur la diagonale de
T correspondant à leur multiplicité dans le polynôme caractéristique de M . C’est ce qu’on appelle la multiplicité
algébrique d’une valeur propre.
Le dernier résultat permet aussi de définir le polynôme caractéristique d’un endomorphisme u d’un espace E
de dimension finie. En effet, si B et C sont deux bases de E, MatB puq et MatC puq sont semblables.
Les propriétés du polynôme caractéristique de u sont alors similaires à celles d’une matrice représentant u.
Par exemple, comme la trace de u est également définie comme étant la trace commune des matrices représentant
u dans une base quelconque, et comme le déterminant vérifie aussi cette propriété, on en déduit que
Ÿ Éléments de preuve.
Dans une base convenable, la matrice de u est triangulaire par bloc, l’un des blocs étant une matrice de
uF . Utiliser le calcul du déterminant de matrices triangulaires par blocs. Ź
Exemples 9.1.28
1. Déterminer les valeurs propres et les espaces propres associés de l’endomorphisme D : f ÞÑ f 1 du
C-ev C 8 pR, Cq.
2. Déterminer les valeurs propres et les sous-espaces propres de M P M2n pCq définie par
¨ ˛
0 ¨¨¨ ¨¨¨ ¨¨¨ 0 ´1
˚.
.
˚ ..
‹
..
..
˚ 0‹ ‹
˚. .. ‹
.
˚ ..
..
..
´1 . ‹
M “ ˚.
˚ ‹
.. ‹
.
˚.
..
..
1
‹
˚. . ‹
.. ‹
˚ ‹
.
˚
..
..
˝0 . ‚
1 0 ¨¨¨ ¨¨¨ ¨¨¨ 0
˜ ¸ ˜ ¸
1 4 3 1
3. Déterminer les valeurs propres et les sous-espaces propres de et de .
3 2 ´1 1
Remarque 9.1.30
Les deux notions peuvent différer, comme le montre le dernier exemple du 9.1.28.
En d’autres termes, la dimension du sous-espace propre Eλ puq est majorée par la multiplicité de λ en tant que
racine de χu .
Ÿ Éléments de preuve.
Considérer le polynôme caractéristique de uEλ puq , l’endomorphisme induit par u sur le sous-espace stable
Eλ puq. Ź
Faisons pour terminer un bilan des résultats obtenus pour les endomorphismes induits.
Ÿ Éléments de preuve.
Démonstration non exigible.
Les deux énoncés sont évidemment équivalents. On montre le cas matriciel.
ÿn n´1
ÿ
Écrire χA pXq “ ak X k , et CompXIn ´ AqJ “ X k Ck .
k“0 k“0
Avec la formule de Cayley, trouver une relation matricielle reliant Ck , Ck´1 , A et ak . Former alors χA pAq
par télescopage. Ź
II Diagonalisation 153
II Diagonalisation
Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie.
(iv) χu est scindé, et pour tout λ P SppEq, la multiplicité algébrique de λ est égale à la multiplicité
géométrique de λ.
Ÿ Éléments de preuve.
‚ piq ùñ piiq : toute base de diagonalisation est une famille libre de vecteurs propres.
‚ piiq ùñ piiiq par propriété de la dimension d’une somme directe.
‚ piiiq ùñ pivq car la multiplicité géométrique est toujours inférieure à la multiplicité algébrique, et car
le degré de χu est connu.
‚ pivq ùñ piq : construire une base de diagonalisation à partir de bases des Eλ puq.
Ź
Ÿ Éléments de preuve.
ř
1. Dans ce cas, on a nécessairement dim Eλ puq ě n, et trivialement dans l’autre sens aussi.
2. C’est un corollaire du point 1. On peut aussi remarquer que cela implique que la multiplicité algébrique
et la multiplicité géométrique de toutes les valeurs propres sont égales.
Ź
154 CHAPITRE 9. RÉDUCTION DES ENDOMORPHISMES
Ÿ Éléments de preuve.
ź
‚ piq ùñ piiq : Considérer pX ´ λq, et utiliser le décomposition de E en somme directe de sev
λPSppEq
propres.
‚ piiq ùñ piiiq : Dans ce cas, le polynôme minimal est un diviseur d’un polynôme scindé.
‚ piiiq ùñ piq : par le lemme de décomposition des noyaux.
Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Le lemme implique qu’alors uF est simplement scindé. Ź
On en déduit le résultat suivant, hors-programme mais archi-classique en concours.
Théorème 9.2.8 – Codiagonalisabilité, HP
Soit u et v deux endomorphismes de E tels que u ˝ v “ v ˝ u. Si u et v sont diagonalisable, alors il existe
une base commune B de diagonalisation (c’est-à-dire une base dont les éléments sont tous à la fois des
vecteurs propres de u et des vecteurs propres de v).
Ÿ Éléments de preuve.
Les Eλi puq sont stables par v. L’endomorphisme induit vi est alors diagonalisable. Il existe donc une base
de Eλi puq formée de vecteurs propres de v. Faire cela pour chaque sev Eλi puq et concaténer toutes ces
bases. Ź
II Diagonalisation 155
Ÿ Éléments de preuve.
‚ piq ðñ piiq par la formule de changement de base.
‚ piiq ðñ piiiq est la définition de matrices semblables.
Ź
Du fait même de cette correspondance très forte entre diagonalisabilité d’un endomorphisme et diagonalisabilité
d’une matrice, ainsi que d’après les propositions 9.1.15 et 9.1.16, toutes les propriétés vues dans le paragraphe
précédent reste valides pour les matrices, et en particulier :
‚ la caractérisation géométrique 9.2.2 de la diagonalisabilité par la décomposition de E en somme directe
de sous-espaces propres, ou par l’égalité entre multiplicité algébrique et géométrique des valeurs propres ;
‚ la diagonalisabilité d’une matrice de Mn pKq ayant n valeurs propres distinctes (corollaire 9.2.3) ;
‚ la caractérisation algébrique 9.2.4 de la diagonalisabilité par les polynômes simplement scindés.
‚ la propriété (HP) de codiagonalisabilité.
Remarque 9.2.13
La diagonalisation permet par exemple de calculer les puissances d’une matrice A “ P DP ´1 . En effet,
par simplification des termes intermédiaires, An “ P Dn P ´1 .
On peut donc aussi notamment calculer ainsi des exponentielles matricielles.
Exemples 9.2.14
Diagonalisabilité, et le cas échéant, diagonalisation des matrices suivantes :
¨ ˛ ¨ ˛
1 0 1 2 ´1 1
A “ ˝0 1 1‚ et B “ ˝1 0 1‚.
˚ ‹ ˚ ‹
1 ´1 2 1 ´1 2
III Trigonalisation
Toutes les matrices ne sont donc pas diagonalisables. On peut déterminer, sur C, des formes réduites privilégiées
(sous forme de matrices diagonales par blocs du type λI ` J, où J est une matrice de Jordan), valide de façon
plus gérénale dès que le polynôme caractéristique est scindé sur K (réduction de Jordan).
Cette décomposition n’est pas simple à obtenir (même si cela reste accessible avec les outils de classe prépara-
toire). Nous nous contentons d’étudier une propriété intermédiaire un peu dégradée, qui est l’existence d’une
base B de E dans laquelle la matrice de u est triangulaire (c’est le cas de la réduction de Jordan).
D’autres types de réduction existent, valides sous des conditions sur K plus générales, par exemple la décom-
position de Forbenius qui donne une forme réduite diagonale par blocs, avec des blocs diagonaux égaux à des
« matrices compagnons » de certains polynômes.
E désigne toujours un K-espace vectoriel de dimension finie.
Les deux définitions (vectorielle et matricielle) se ramènent l’une à l’autre, comme dans le cas de la diagonali-
sabilité.
Proposition 9.3.2 – Trigonalisabilité d’un endomorphisme versus matrice
Soit u P LpEq et B une base de E
1. u est trigonalisable si et seulement si MatB puq est trigonalisable.
2. En particulier, M est trigonalisable si et seulement si l’endomorphisme fM P LpKn q canoniquement
associé à M est trigonalisable.
t0u “ E0 Ă E1 Ă E2 Ă ¨ ¨ ¨ Ă En “ E
Une telle suite d’espaces vectoriels est parfois appelée drapeau de l’espace E.
La pratique de la trigonalisation est quelque chose de technique et compliqué, vous serez nécessairement guidé
dans la démarche. En revanche, il existe une condition très simple de trigonalisabilité. Cette CNS a évidemment
un analogue matriciel.
Ÿ Éléments de preuve.
‚ piq ùñ piiq : exprimer le polynôme caractéristique à partir d’une base de trigonalisation.
‚ piiq ùñ piiiq : d’après Cayley-Hamilton
‚ piiiq ùñ pivq : car µu divise alors un polynôme scindé
‚ pivq ùñ piq : faire une récurrence, en distinguant suivant que µu est constant ou non. S’il n’est pas
constant, il a une racine, qui est alors une valeur propre de u. Considérer une base commençant par un
vecteur propre associé.
Ź
Remarque 9.3.5
On peut se dispenser de l’utilisation du théorème de Cayley-Hamilton ici, en remarquant que piiq ùñ piq
peut se faire comme pivq ùñ piq, et que piq ùñ piiiq peut se faire directement, en considérant le polynôme P
simplement scindé dont les racines sont les coefficients diagonaux d’une matrice triangulaire T représentant
u, et en remarquant que P pT q est strictement triangulaire supérieure. On a alors pP pT qqn “ 0, donc P n
est un polynôme annulateur scindé de T .
Corollaire 9.3.6
Toute matrice de Mn pCq est trigonalisable
Ÿ Éléments de preuve.
C’est d’Alembert-Gauss Ź
De la même façon, toutes les propriétés qui suivent, utilisant une hypothèse de scindement du polynôme carac-
téristique, sont systématiquement vraies sur C.
Ÿ Éléments de preuve.
Trigonaliser. Les coefficients diagonaux sont les valeurs propres, avec leur multiplicité algébrique.
On peut aussi retrouver ce résultat à l’aide des relations de Viète sur le polynôme caractéristique. Ź
158 CHAPITRE 9. RÉDUCTION DES ENDOMORPHISMES
Le sous-espace Nλ puq (parfois aussi noté SECλ puq) est appelé sous-espace caractéristique associé à la valeur
propre λ de u.
Ÿ Éléments de preuve.
Les points 1 et 2 sont immédiats. On déduit du 2 que le polynôme caractéristique de puλ ´λidq est pX ´λqdλ ,
où dλ “ dim Nλ puq.
III Trigonalisation 159
Corollaire 9.3.12
k
ź
Soit u un endomorphisme tel que χu “ pX ´ λi qmi .
i“1
Alors il existe une base B telle que MatB puq soit diagonale par blocs, de blocs diagonaux A1 , . . . , Ak
vérifiant :
(i) la matrice Ai est de taille mi ;
(ii) la matrice Ai est triangulaire à coefficients diagonaux tous égaux à λi .
On remarquera que cette matrice est en particulier triangulaire, et cela donne une forme possible un peu plus
précise de la trigonalisation de u.
Corollaire 9.3.13
k
ź
Soit M P Mn pKq à polynôme caractéristique scindé χM “ pX ´ λi qmi .
i“1
Alors M est semblable à une matrice T diagonale par blocs, de blocs diagonaux A1 , . . . , Ak vérifiant :
(i) la matrice Ai est de taille mi ;
(ii) la matrice Ai est triangulaire à coefficients diagonaux tous égaux à λi .
’ On termine cette section par un théorème, grand classique des concours, mais à la marge du programme.
Dans ce chapitre, on étudie les suites et séries de fonctions. De façon naturelle, on peut définir, si elle existe,
la valeur point par point (c’est-à-dire la limite de fn pxq) à x fixé, pour une suite pfn q). On peut alors se poser
la question de savoir si certaines propriétés des suites fn passent bien à la limite (par exemple la continuité, la
dérivabilité etc) et si cela revient au même de faire certaines opérations terme à terme ou sur la somme totale,
par exemple si la somme des intégrales est égale à l’intégrale de la somme (ou de même pour les limites). Il s’agit
donc de propriété d’interversion de certains symboles, définis à base de limites. En général ces interversions ne
seront pas possibles et il faudra des modes de convergence plus contraignants.
Remarque 10.1.3
1. La propriété de convergence simple, ainsi que la valeur de la limite simple f , ne dépend pas de la
norme sur F
2. L’espace E n’a pas besoin d’être muni d’une norme pour définir la convergence simple.
3. Les règles usuelles sur les limites de suites à valeurs dans F s’appliquent (sommes, produits si
pertinent etc). Par exemple, si pfn q et pgn q admettent des limites simples f et g, alors pfn ` λgn q
converge simplement vers f ` λg.
162 CHAPITRE 10. SUITES ET SÉRIES DE FONCTIONS
4. L’indice x pour désigner le rang Nx dans la définition est indiqué pour insister sur la dépendance de
N par rapport à x (il dépend aussi de ε, mais ce point est plus « évident », alors que la dépendance ou
non par rapport à x est justement la subtilité qui différentie la convergence simple de la convergence
uniforme)
Exemples 10.1.4
Étudier la convergence simple de la suite pfn q où, pour tout n P N, fn : R` Ñ R est définie par :
1. fn pxq “ e´nx ;
2. fn pxq “ nxe´nx .
3. fn pxq “ ne´nx
Remarque 10.1.5
Comme on l’a fait remarquer dans le préambule, certaines propriétés ne se conservent pas. Ici, dans
l’exemple 1, la continuité des fn n’est par exemple pas préservée au passage à la limite simple f . Il faut,
pour que ce soit le cas, un mode de convergence plus fort
2. Soit B Ă A. On dit que pfn q converge uniformément sur B si ppfn q|B q converge uniformément, donc
si
@ε ą 0, DN P N, @x P B, @n P N, n ě N ùñ }fn pxq ´ f pxq}F ď ε.
Remarque 10.1.7
1. La différence essentielle avec la convergence simple est l’indépendance de N par rapport à x. La
convergence est donc « aussi rapide » en chaque point.
2. Graphiquement, pour des fonctions réelles, cela signifie qu’àpcr, la courbe de fn est dans un « tube »
de rayon ε autour de la courbe de f .
3. La quantité }fn ´f }8 étant bien définie dans R (égale à `8 si f ´fn n’est pas bornée), la définition
peut se réexprimer de la façon suivante :
}fn ´ f }8 ÝÑ 0,
nÑ0
Exemples 10.1.12
1. Parmi les exemples précédents, y en a-t-il qui CVU sur R` ? sur ra, `8r, a>0 ?
2. Étudier la convergence uniforme sur R des suites définies par :
2
‚ fn pxq “ e´pt`nq
1 2
‚ fn pxq “ e´pt` n q .
`x˘
‚ fn pxq “ cos n .
3. Étudier la convergence uniforme sur Bp0, rq de la suite pApzqn qnPN , où r Ps0, 1r et A : C Ñ Mn pCq
est définie par ¨ ˛
z 1 0 ... 0
˚
˚0 z .. ‹
˚ 1 .‹‹
Apzq “ ˚
˚ .. .. ‹
˚0 0 . . 0‹
‹
˚.
..
‹
˚.
.
‹
˝. z 1‚
0 0 ... 0 z
Exemple 10.1.14
Montrer que les exemples 10.1.4 sont uniformément convergents au voisinage de tout point de R˚` , mais
par uniformément continue sur R˚` .
Attention au fait que la convergence uniforme sur une partie B de A n’implique pas nécessairement la convergence
uniforme locale au voisinage de tout point de B :
Exemple 10.1.15
164 CHAPITRE 10. SUITES ET SÉRIES DE FONCTIONS
#
1 si x ă 0
Soit fn : x ÞÑ .
´nt
e si x ě 0
Montrer que pfn q CVU sur s ´ 8, 0s, mais ne converge pas uniformément au voisinage de 0.
Dans le cas d’une fonction définie sur un intervalle I de R, on peut se contenter d’étudier la convergence uniforme
sur tout segment inclus dans I.
Ÿ Éléments de preuve.
Le premier point implique facilement les deux autres. Pour montrer 1, poser un ε et décomposer
ˆ ˙ ˆ ˙ ˆ ˙ ˆ ˙
3k ` 1 3k ` 2 3k ` 2 3k ` 1
fn`1 “ f n et f n`1 “ f n .
3n`1 3n`1 3n`1 3n`1
Montrer que pfn q converge vers une fonction f et que f est continue.
En représentant les fonctions pfn q, on se doute bien que les irrégularités de plus en plus nombreuses vont
être un frein à la dérivabilité. De fait, on peut montrer que f est une fonction continue sur r0, 1s, mais
dérivable en aucun point de r0, 1s. C’est historiquement le premier exemple d’une fonction continue nulle
part dérivable, découvert par Bolzano vers 1830.
Avertissement 10.2.3
Si la propriété de CVU ne porte pas sur A tout entier, attention à l’hypothèse d’ouverture. En particulier,
si on travaille dans R, et que A et B sont des intervalles, il faut faire attention aux bornes.
Exemple 10.2.4
La suite définie par $
&0
’
’ si x ď ´ n1
fn pxq “ nx ` 1 si x Ps ´ n1 , 0r
’
’
%1 si x ě 0
est uniformément convergente sur r0, `8r, et les fn sont toutes continues sur cet intervalle. Pourtant, la
limite 1R` n’est pas continue en 0.
On doit se ramener à une convergence uniforme sur un ouvert (relatif, mais ici, A “ R tout entier donc
c’est la même chose). Donc tout ce qu’on peut obtenir ici, c’est la continuité sur R˚` , qui est bien vérifiée.
II.2 Double-limite
La propriété de continuité correspond à une interversion limxÑa / limnÑ`8 :
Si pfn q CVU au voisinage de a P A en lequel les fn q sont tous continus, alors
On peut se demander si une telle propriété subsiste au bord du domaine, lorsque a P AzA. Cela reste valide,
mais un peu plus délicat, car la valeur de la double-limite est un peu moins accessible.
Ÿ Éléments de preuve.
La démonstration est hors-programme. Le point délicat est de prouver la convergence de pℓn q, car une fois
celle-ci acquise, on peut se ramener au théorème de continuité par prolongement.
On peut en fait assez facilement montrer d’abord que pℓn q est bornée (en commençant par majorer }fn ´
fn0 }8 , pour un n0 convenable), pour trouver une valeur d’adhérence, puis par ε, montrer que f pxq ÝÑ ℓ.
La convergence de la suite pℓn q s’en déduit par une propriété d’unicité de la limite de f , amenant l’unicité
de la valeur d’adhérence de pℓn q. Ź
Ainsi, l’existence de limites (finies) ℓn pour tous les fn assure l’existence d’une limite pour f , égale à la limite
des elln . Ou encore, sous ces hypothèses :
Avertissement 10.2.7
Sans hypothèse de CVU, une telle interversion peut être fausse, même si toutes les limites existent.
Exemple 10.2.8
La suite définie par fn pxq “ e´nx sur R˚` vérifie :
Nous savons déjà que la limite uniforme d’une suite de fonctions fn continues sur un segment ra, bs est continue,
donc intégrable au sens de Riemann. On peut légitimement se demander si son intégrale est obtenue en passant
les intégrales des fn à la limite. Nous montrons dans un premier temps un résultat un peu plus fort.
Ÿ Éléments de preuve.
ˇż x ˇ
ˇ ˇ
Remarquer que ˇˇ fn ptq ´ f ptq dtˇˇ ď |b ´ a| ¨ }fn ´ f }8 Ź
a
II Régularité des limites de suites de fonctions 167
Ÿ Éléments de preuve.
Prendre la limite simple en x “ b dans le théorème précédent. Ź
Remarque 10.2.11
Ce théorème affirme
ż donc que sous les hypothèses de continuité et de convergence uniforme, on peut
intervertir lim et , ou, en d’autres termes, « passer à la limite sous l’intégrale » :
żb żb
lim fn ptq dt “ lim fn ptq dt.
a nÑ`8 nÑ`8 a
Exemple 10.2.12
ż1
Soit f la fonction de Bolzano définie dans un exemple précédent. Calculer f pxq dx.
0
Avertissement 10.2.13
‚ L’hypothèse de convergence uniforme est importante.
‚ L’hypothèse de continuité est moins importante, le résultat restant vrai sous la seule hypothèse
d’intégrabilité (mais l’intégrabilité de la limite est un peu plus délicate à démontrer)
Exemples 10.2.14
Soit fn définie sur r0, 1s, pour n ě 1, par
$
2 1
&n x si x P r0, 2n s
’
’
1 1
fn pxq “ n ´ n2 x si x Ps 2n , ns
’
1
’
%0 si x Ps n , 1s.
ż1 ż1
Comparer lim fn ptq dt et lim fn ptq dt.
nÑ`8 0 0 nÑ`8
Remarque 10.2.15
Le théorème d’interversion limite/intégrale en cas de convergence uniforme peut être vu comme un cas
particulier assez simple du théorème de convergence dominé, appliqué sur un segment à la suite pfn ´ f q,
dominée à partir d’un certain rang par une fonction constante, intégrable sur un segment. Mais vu sous
cet angle, ce résultat reposerait sur une boîte noire non démontrée, alors que c’est un résultat assez simple
Exemples 10.2.16
1. Soit fn définie pour tout n P N˚ sur r0, 1s par
# 1 `1˘
x1` n sin x si x Ps0, 1s
fn pxq “ .
0 sinon.
Montrer que pfn q converge uniformément vers une fonction f à déterminer. Montrer que pour tout
n P N˚ , fn est dérivable sur r0, 1s, mais pas f
xn
2. Soit fn définie pour tout n P N˚ sur r0, 1s par fn pxq “ n .
Montrer que pfn q converge uniformément vers une limite f , dérivable, mais que pfn1 q ne converge
pas vers f 1 sur r0, 1s.
Ainsi, même une hypothèse de convergence uniforme, portant sur la suite pfn q, n’est pas suffisante. De fait, il
faut bien une hypothèse de convergence uniforme pour pouvoir intervertir limite et dérivation, mais elle doit
porter sur la suite des dérivées.
Théorème 10.2.17 – Dérivation d’une suite de fonctions
Soit pfn q une suite de fonctions définies d’un intervalle I Ă R dans un e.v.n. F de dimension finie. On
suppose que :
(i) les fn sont de classe C 1 sur I ;
(ii) la suite pfn q converge simplement vers f
(iii) la suite pfn1 q converge uniformément sur I vers une application g : I Ñ F .
Alors pfn q converge uniformément vers f sur I, est de classe C 1 sur I, et pour tout x P I,
Ÿ Éléments de preuve. żx
Appliquer le théorème de primitivation à la suite pfn1 q, pour comparer f et x ÞÑ f paq ` gpxq. Ź
a
Par récurrence, on obtient facilement la version pour la classe C p
Théorème 10.2.18 – Classe C p d’une limite
Soit pfn q une suite de fonctions définies d’un intervalle I Ă R dans un e.v.n. F de dimension finie, et p P N.
On suppose que :
(i) les fn sont de classe C p sur I ;
pkq
(ii) pour tout k P J0, p ´ 1K la suite pfn q converge simplement ;
ppq
(iii) la suite pfn q converge uniformément sur I.
Alors :
‚ La limite f de pfn q est de classe C p , (resp sur tout ra, bs Ă Iq ;
pkq
‚ pour tout k P J0, pK, pfn q converge uniformément sur I vers f pkq .
En particulier, pour tout k P J0, pK, pour tout x P I,
Remarque 10.2.19
1. Si on remplace piiiq du théorème 10.2.17 peut être remplacé par :
(iii’) la suite pfn1 q converge vers une application g, uniformément sur tout segment inclus
dans I.
III Séries de fonctions 169
Alors pfn q CVU aussi uniformément sur les segments, et est dérivable sur I de dérivée égale à g
2. Un arrangement similaire est possible pour le théorème 10.2.18
Il suffit donc de majorer Rn pxq par une suite indépendante de x, et tendant vers 0. Le plus naturel est d’essayer
de majorer la série en normes, ce qui nous ramnène à la définition suivante
Remarque 10.3.4
1. Autrement dit, la convergence normale correspond à la convergence absolue de la série dans pBpA, F q, }¨
}8 q.
2. En pratique, la convergence uniforme, ou la convergence normale, seront souvent obtenues sur des
sous-parties B adéquates, comme dans le cas des suites de fonctions. Ce sera en général suffisant
pour obtenir les propriétés de continuité.
170 CHAPITRE 10. SUITES ET SÉRIES DE FONCTIONS
Ÿ Éléments de preuve.
Le reste de la série des normes est indépendant de x, tend vers 0, et majore }Rn pxq}. Ź
Remarque 10.3.6
ř
Il suffit, pour utiliser ce théorème, que les fn soient bornées à partie d’un certain rang n0 , et que fn
něn0
soit normalement convergente.
Exemples 10.3.7
ř xn
1. Montrer que n! converge uniformément sur r´A, As, pour tout A P R` .
1
ř
2. Montrer que x2 `n2 converge uniformément sur R.
ně1
3. Soit ζ la fonction de Riemann, définie par
`8
ÿ 1
ζpzq “ z
.
n“1
n
Montrer que ζ est définie sur D “ tz P C | Repzq ą 1u, et que la somme définissant ζ est
uniformément convergente sur Da “ ttz P C | Repzq ą au, pour tout a ą 1.
Exemples 10.3.9
ř xn
1. n! ne converge pas normalement sur R.
ř xn
2. n ne converge pas normalement sur s ´ 1, 1r.
ř ´nx
3. xe converge simplement sur R` , mais pas normalement.
4. Les trois séries précédentes ne sont pas non plus uniformément convergentes sur les intervalles
donnés.
5. La somme définissant ζ n’est pas uniformément sur s1, `8r.
Avertissement 10.3.10
La CVN n’est pas une condition nécessaire à la CVU. Une série peut converger uniformément sur un
ensemble A sans y converger normalement. Nous donnons des exemples, après avoir donné des méthodes
pour gérer cette situation.
III Séries de fonctions 171
Exemples 10.3.12
ř p´1qn xn
1. Montrer que n converge uniformément sur r0, 1s, mais pas normalement.
n
x
ř
2. Montrer que cospnq ?n est uniformément convergente sur r0, 1s.
ř cospnxq
3. Monter que n converge uniformément sur rε, 2π ´ εs.
Exemples 10.3.14
1. Continuité de la fonction ζ sur s1, `8r.
2. Continuité de M ÞÑ exppM q sur Mn pCq.
ř
Le théorème de la double limite s’adapte en un théorème d’interversion lim / .
ř
Théorème 10.3.15 – Passage à la limite sous
ř `8
ř
Soit fn une série uniformément convergente sur A et f “ fn . Soit a P A. On suppose que pour tout
ř n“0
n P N, fn pxq Ñ ℓn P F . Alors ℓn converge, et f admet une limite en a, égale à
`8
ÿ
lim f pxq “ fn pxq.
xÑa
n“0
En d’autres termes,
`8
ÿ `8
ÿ
lim fn pxq “ lim fn pxq.
xÑa xÑa
n“0 n“0
172 CHAPITRE 10. SUITES ET SÉRIES DE FONCTIONS
Exemples 10.3.16
1
1. Déterminer lim .
xÑ`8 x2
` n2
2. Déterminer lim ζpxq.
xÑ`8
ř ş
Théorème 10.3.17 – Interversion ´ sur un segment
Soit pfn q une suite de fonctions continues sur intervalle I, à valeurs dans un e.v.n. F de dimension finie,
et soit a P I.
ř
1. Si fn est uniformément convergente sur I, alors
`8
ÿ żx
x ÞÑ fn ptq dt
n“0 a
ż x `8
ÿ
converge uniformément sur I vers x ÞÑ fn ptq dt.
a n“0
ř
2. En particulier, si fn est uniformément convergente sur le segment ra, bs,
ż b `8
ÿ `8
ÿ żb
fn ptq dt “ fn ptq dt.
a n“0 n“0 a
Exemples 10.3.18
1. Montrer que pour tout x Ps ´ 1, 1r,
`8
ÿ p´1qk`1 xk
lnp1 ` xq “ .
k“1
k
ż1
lnp1 ´ xq π2
2. À l’aide de l’exemple précédent, calculer dx. On admettra que ζp2q “ .
0 x 6
`8
ÿ
S 1 pxq “ fn1 pxq.
n“0
Ce théorème permet donc de dériver une série terme à terme (sous les hypothèses idoines).
III Séries de fonctions 173
sur I, et
`8
ÿ
S pjq pxq “ fnpjq pxq.
n“0
Exemples 10.3.21
1. Montrer que ζ est dérivable à tout ordre sur s1, `8r, et exprimer sa dérivée à tout ordre sous forme
d’une somme.
2. Montrer que pour tout x Ps ´ 1, 1r, et tout n P N,
`8
ÿ n!
pk ` nq . . . pk ` 1qxk “ .
k“0
p1 ´ xqn`1
On retrouve ainsi la formule du binôme négatif, déjà établie par récurrence en utilisant des produits
de Cauchy.
Exemple 10.3.23
Déterminer la limite de ζ quand x Ñ 1` .
La méthode utilisée pourrait s’exprimer sous forme d’une proposition, mais la démonstration doit être remise
en oeuvre à chaque fois. Nous la présentons donc sous forme d’une méthode.
Méthode 10.3.24 – Limite infinie au bord du domaine, HP
Soit pfn q une suite de fonctions définies de ra, bs dans R. On suppose que :
(i) pour tout n P N, fn ě 0,
174 CHAPITRE 10. SUITES ET SÉRIES DE FONCTIONS
ř
(ii) fn converge (simplement) sur sa, bs,
(iii) Les fonctions fn sont continues en a
ř
(iv) fn paq diverge.
Alors :
ř
1. Montrer à l’aide du théorème de la limite monotone que fn paq a une limite dans R
`8
ÿ
2. Minorer Spxq “ fk pxq par ses sommes partielles
k“0
`8
ÿ
lim fn pxq “ `8.
xÑa`
n“0
Exemples 10.3.26
1. Équivalent en `8 de ζpxq ´ 1. Développement asymptotique à 3 termes de ζ en `8
2. Équivalent en 1 de ζpxq.
`8
ÿ 1
3. Équivalent en `8 de .
k“0
x2 ` k2
`8
ÿ pan xqn 1
4. Équivalent en `8 de , où an “ p2n ` 1q n`1 . On pourra faire un développement asymp-
n“0
n!
totique de an .
IV Approximations uniformes
IV.1 Principes généraux
Définition 10.4.1 – Approximation uniforme à ε près
Soit f : A Ñ F une application d’une partie A de E dans l’e.v.n. de dimension finie F . On dit que
IV Approximations uniformes 175
Remarque 10.4.2
Cela implique implicitement que g ´ f doit être borné ; mais g et f ne le sont pas nécessairement.
Exemple 10.4.3
1 1
La fonction x ÞÑ x2 est une approximation uniforme à ε “ 100 près de x ÞÑ x2 ` 100 sinpxq sur R.
On cherche à savoir si une fonction f donnée peut être approchée uniformément arbitrairement proche par des
fonctions d’un certain type.
Exemple 10.4.5
On dit que f : R Ñ R est en escalier si elle est en escalier sur tout ra, bs. On remarquera par exemple que
x ÞÑ txu est alors en escalier sur R (mais non bornée). En effet, contrairement au cas d’une fonction en
escalier sur un segment, on peut avoir une infinité de paliers.
Soit L ą 0. Montrer que toute fonction L-lipschitzienne f : R Ñ R peut être approchée uniformément par
des fonctions en escalier.
Remarque 10.4.6
1. Si G Ă BpA, Rq, alors les propositions suivantes sont équivalentes:
(i) f peut être approchée uniformément par des fonctions de G
(ii) f P G (pour la norme } ¨ }8 ).
Dans ce cas, f est nécessairement aussi bornée.
2. Ainsi, si F, G Ă B, les propositions suivantes sont équivalentes:
(i) tout f de F peut être approché uniformément par des fonctions de G ;
(ii) G est dense dans F (pour la norme } ¨ }8 ).
α “ σ0 ă ¨ ¨ ¨ ă σn “ b
176 CHAPITRE 10. SUITES ET SÉRIES DE FONCTIONS
de ra, bs telle que f est constante sur chaque intervalle sσi , σi`1 r de la subdivision.
On note Escpra, bs, F q l’ensemble des fonctions en escalier sur ra, bs, à valeurs dans F .
Un premier théorème d’approximation uniforme a déjà été vu dans le cas réel au moment de définir l’intégrale
de Riemann.
Ÿ Éléments de preuve.
Cela provient de la continuité uniforme de f , issue du théorème de Heine. On peut alors considérer une
subdivision régulière suffisamment fine. Ź
0
On note CM pI, Cq l’ensemble des applications continues par morceaux de I dans R.
0
Corollaire 10.4.10 – Approximation uniforme de CM par Esc
Les fonctions continues par morceaux sur ra, bs peuvent être approchées uniformément par des fonctions
en escalier sur ra, bs.
0
Autrement dit, Escpra, bs, F q est dense dans CM pra, bs, F q.
Ÿ Éléments de preuve.
Approcher uniformément f sur chaque part d’une subdivision associée (on peut à chaque fois prolonger
fsσi ,σi`1 r par continuité pour se ramener à une fonction continue sur un segment). Ź
Un autre théorème est nettement plus délicat à obtenir. Sa démonstration est de fait hors-programme. On
rappelle que K “ R ou C. Pour S une partie de R, on note KS rxs l’ensemble des fonctions polynomiales à
coefficients dans K, restreintes à S.
Ÿ Éléments de preuve.
Hors-programme. On le verra peut-être en DM. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Les fonctions polynomiales sont de classe C 8 . Ź
11
Intégrales à paramètres
g:Λ Ñ Kż
x ÞÑ f px, tq dt
I
Nous avions montré un résultat plus général, concernant la convergence uniforme d’une suite de primitives.
Exemple 11.1.2
ż π6
Calculer lim tanpxqln n dx.
nÑ`8 0
Avertissement 11.1.3
C’est faux si I n’est pas un segment.
Exemple 11.1.4
1 ´nx
Soit żfn : R` Ñ R définie par fn pxq “ ne . Montrer que pfn q CVU vers une fonction f sur R` , mais
ş
que fn ne tend pas vers R` f .
R`
Méthode 11.1.6
Si certains points empêchent la CVU, ou si l’intégrale n’est pas définie sur tout le segment on peut soit se
rabattre sur le théorème de convergence dominé, soit, si ce n’est pas possible, couper autour de la borne.
Exemple 11.1.7
ż π4
Calculer lim tanpxqn dx
nÑ`8 0
L’outil le plus efficace, et plus général que le précédent (puisque valide sur des intervalles quelconques) reste le
suivant, qu’on a déjà donné, sans le démontrer/
I Suites et séries d’intégrales 179
Exemples 11.1.9
1. Reprendre les exemples précédents, y compris celui où on n’avait pas CVU sur tout l’intervalle.
żn´
x ¯n
2. Déterminer lim 1´ dx.
nÑ`8 0 n
ż1
3. Déterminer lim lnpx ` nqe´nx dx
nÑ`8 0
ż1 ?
4. Déterminer lim plnpx ` nqqα e´ nx
dx, α ą 0.
nÑ`8 0
Remarques 11.1.10
1. Lorsque la suite pfn q est décroissante (ce qui est le cas des premiers exemples), alors on pourra
toujours dominer la suite par f0 , à condition qu’elle soit intégrable.
2. Lorsque la suite est croissante, et que la limite f est intégrable, alors on pourra dominer pfn q par
f . C’est le cas du deuxième exemple.
3. Le troisième exemple montre un cas où pfn q n’est ni croissante ni décroissante.
Pour rappel, ce résultat est une conséquence d’un résultat plus général, donnant également la convergence
uniforme de la somme des primitives des fn vers la primitive de la somme.
L’intégrabilité sur un segment quelconque I n’ayant été définie que pour des fonctions à valeurs dans K, les
autres énoncés se placent dans ce contexte ; ils peuvent s’adapter sans réelle difficulté au cadre d’e.v.n. de
dimension finie, en regardant coordonnée par coordonnée dans une base.
Théorème 11.1.12 – Intégration terme à terme, cas positif
Soit, pour tout n P N, fn : I Ñ R. On suppose que :
(i) pour tout n P N, fn ě 0 ;
ř
(ii) fn converge simplement vers une fonction S ;
ně0
(iii) Les fn sont intégrables sur I ;
180 CHAPITRE 11. INTÉGRALES À PARAMÈTRES
Ÿ Éléments de preuve.
Démonstration hors programme. Elle reste abordable avec le TCD.
ř
1. Si fn est intégrable, dominer la somme partielle par la somme totale et utiliser le TCD
2. Sinon, on a divergence sur une des deux bornes de I, disons la borne supérieure. Soi a P I. Justifier
qu’il existe x0 tel que pour tout x ě x0 ,
ż x `8
ÿ
fn pxq dx ě A,
a n“0
`8
ÿ ż
A étant posé arbitrairement. Utiliser encore le TCD sur ra, xs, pour montrer que fn est minoré
n“0 I
par tout A réel.
Ź
Remarque 11.1.13
ÿ `8
ÿ ż
En particulier, si les fn sont positifs, on peut justifier l’intégrabilité de fn en majorant fn ptq dt.
n“0 n“0 I
Exemple 11.1.14
`8
ÿ 1
1. Intégrabilité de x ÞÑ sur r0, `8r ?
n“1
x3 ` n3
`8
ÿ 1
2. Intégrabilité de x ÞÑ sur s0, `8r.
n“1
1 ` n2 x2
ż 1 `8
ÿ
3. Calculer n2 1r0, 1
s
n4
0 n“1
ż `8
t
4. Calculer dt, en fonction de ζp2q.
0 et ´1
Remarques 11.1.15
1. Le TITT positif peut s’utiliser dans des cas où on n’a pas convergence uniforme, et permet donc
ř ş
de gérer des cas plus variés que le théorème d’interversion { par CVU. C’est par exemple le cas
du troisième exemple.
2. Le dernier exemple montre une situation typique dans laquelle on combine un développement en
série et une intégration terme à terme pour calculer une intégrale. Les exemples de ce type sont
nombreux, pensez-y !
3. Le point le plus délicat à justifier dans le cas positif est souvent la c.p.m. de la somme. Le programme
stipule explicitement de ne pas trop s’attarder sur ces justifications.
4. Le résultat resterait vrai en remplaçant l’hypothèse d’intégrabilité de fn par la c.p.m. et en tra-
vaillant dans R. En effet, dans ce cas, on peut justifier que les deux membres de l’égalité sont égaux
à `8.
I Suites et séries d’intégrales 181
Ÿ Éléments de preuve.
Démonstration hors-programme. On peut le démontrer un peu plus facilement sous une hypothèse supplé-
ř
mentaire, en supposant de plus |fn | c.p.m.. Ź
Exemple 11.1.17
ż1
lnp1 ` tq
Calculer dt sous forme d’une somme de Riemann alternée.
0 t
Remarque 11.1.18
Remarquez la similitude entre ces résultats d’intégration terme à terme, et les théorèmes de Fubini pour
les familles sommables (version positive dans R, et version générale). D’ailleurs, les théorèmes de Fubini
peuvent se retrouver à partir des théorèmes d’ITT, en considérant des fonctions en escalier fn prenant la
valeur an,p sur l’intervalle rp, p ` 1r. Ces théorèmes peuvent être vus comme une version continue/discrète
des théorèmes de Fubini discret/discret. Il en existe aussi une version pour les intégrales doubles (version
continue/continue), mais celle-ci n’est pas au programme.
řş
Méthode 11.1.19 – Si I
|fn | “ `8
Dans le cas où les conditions du TITT ne sont pas vérifiées, on peut parfois utiliser le TCD sur la somme
partielle pSn q. C’est notamment assez fréquent avec des séries alternées, puisqu’on parvient dans ce cas à
encadrer la somme S entre S0 et S1 . L’hypothèse de domination est donc assez facile à obtenir.
Exemple 11.1.20
ż `8 `8
ÿ ?
Justifier l’intégrabilité, et exprimer sous forme d’une somme la valeur de p´1qn e´ n¨t
dt
0 n“1
Remarque 11.1.21
Le caractère alterné permet aussi l’étude facile de la CVU, donc de la continuité sur les compacts, ce qui
nous assure la continuité par morceaux (au moins sur l’intervalle ˚
I, ce qui est suffisant).
`8
ÿ żx
vers la borne voulue en étudiant la convergence uniforme de fn ptq dt, pour pouvoir utiliser le
n“0 a
théorème de la double limite.
Exemple 11.1.23
`8 `8
ÿ ÿ p´1qn`1
En considérant x ÞÑ p´xqn , montrer que “ lnp2q.
n“0 n“1
n
Ÿ Éléments de preuve.
On montre directement la version plus générale ci-dessous. Ź
Une version un peu plus générale, pas explicitement au programme (mais pouvant se déduire du théorème de
continuité qui suit, après prolongement de chaque f px, ¨q), et exprimée, comme on le fait souvent, en notation
fonctionnelle plutôt que familiale, permet de considérer un paramètre dans un e.v.n..
Dans cet énoncé, f étant une fonction définie sur un produit cartésien AˆI, f p¨, tq désigne la fonction x ÞÑ f px, tq
définie sur A, obtenue en fixant la deuxième variable égale à t. De même f px, ¨q désigne la fonction d’une variable
obtenue en faixant la première variable égale à x.
Ÿ Éléments de preuve.
Par critère séquentiel, on se ramène au TCD discret. Ź
II Limite et continuité d’intégrales à paramètre dans un e.v.n. 183
Exemple 11.2.3
ż `8
x ` lnptq
Déterminer lim 3 dt.
xÑ`8 0 1 ` x2 t 2
Ÿ Éléments de preuve.
C’est l’application directe du TCD, dans sa version continue vectorielle, en un point du domaine. Ź
On en déduit de façon immédiate :
Exemple 11.2.6
ż `8
2
1. Étudier la continuité de x ÞÑ sinpxtqe´t dt.
0
2. Transformée de Laplace :
Soit f une fonction intégrable sur s0, `8r. Soit A “ tp P C | Reppq ě 0u.
ż `8
Étudier l’existence et la continuité sur A de la transformée de Laplace F ppq “ f ptqe´pt dt.
0
Remarque 11.2.7
En pratique, il est fréquent de ne pas vérifier l’hypothèse de domination sur A tout entier. Par exemple,
si A est un intervalle de R, on peut se contenter de dominer sur tout segment de A.
184 CHAPITRE 11. INTÉGRALES À PARAMÈTRES
Exemple 11.2.8
ż `8
Étudier la continuité sur R˚` de Γ : x ÞÑ tx´1 e´t .
0
Ÿ Éléments de preuve.
Former le taux d’accroissement. L’IAF et les hypothèses permettent l’utilisation du TCD continu. Ź
Exemple 11.3.2
ˆż x ˙2
´t2
Soit F : x ÞÑ e dt . Exprimer la dérivée de F sous forme de la dérivée d’une intégrale à para-
0 ż `8
2
mètres, et en déduire la valeur de e´t dt.
0
B jf
ż
@j P J0, kK, @x P A, g pjq pxq “ px, tq dt.
I Bxj
Exemple 11.3.5
ż `8
Montrer que la fonction Γ : x ÞÑ tx´1 e´t dt est de classe C 8 et exprimer sa dérivée sous forme
0
intégrale.
Ÿ Éléments de preuve.
Pour le 2, se ramener à l’intégrale de Gauss par changement de variable. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Premier point évident. Pour le deuxième, on peut remarquer que t ÞÑ t lnptq est convexe, et minorer par sa
tangente en 1 pour montrer que Γ1 p2q ě 0. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
La dernière propriété entraînant la première, on peut la montrer d’abord, avec l’identité remarquable. La
deuxième s’obtient par croissance et les valeurs particulières déjà trouvées. Ź
La fonction Γ possède bien d’autres propriétés, et est d’une grande importance, notamment car elle intervient
dans le calcul de nombreuses transformées de Laplace. Nous aurons peut-être l’occasion de prolonger notre étude
de Γ en DM.
12
Endomorphismes d’un espace
euclidien
Le but de ce chapitre est d’étudier certains types d’endomorphismes d’un espace euclidien. On s’intéresse en
particulier aux isométries vectorielles (les endomorphismes conservant les distances) et aux endomorphismes
autoadjoint, dont la matrice dans une base orthonormale est symétrique.
On montrera notamment que, dans une base orthonormale bien choisie, les isométries f ont une matrice diagonale
par blocs, chaque bloc étant de taille 1 ou 2, et correspondant à une direction stable sur laquelle f agit comme
une symétrie ou l’identité (pour les blocs de taille 1), ou a un plan stable sur lequel f agit comme une rotation.
On montrera également que les endomorphismes autoadjoints (ou symétriques) sont diagonalisables en base
orthonormale, ce qui se réexprime en disant que toute matrice symétrique réelle est diagonalisable. C’est le
théorème spectral. Enfin, nous caractériserons, pour un endomorphisme autoadjoint a, la positivité de la forme
quadratique x ÞÑ xx, apxqy (ou matriciellement X ÞÑ X J AX) par la positivité du spectre. Cette propriété sera
utile en particulier pour l’étude des points critiques des fonctions de plusieurs variables, en vue de faire de
l’optimisation (recherche d’extrema).
φpx, yq “ X J M Y.
L’expression matricielle d’une forme bilinéaire s’applique aussi aux produits scalaires, et donc, en notant M
la matrice du produit scalaire x¨, ¨y dans une base B et X et Y les vecteurs-colonne coordonnées de x et y, le
produit scalaire s’exprime :
xx, yy “ X J M Y.
S’il n’y a pas d’ambiguïté sur le produit scalaire, on parlera plus simplement de l’espace préhilbertien E, au
lieu de pE, x¨, ¨yq.
I Rappels sur les espaces euclidiens 189
I.2 Orthogonalité
On suppose que E est un espace euclidien. La plupart des notions se généralise au cas préhilbertien réel, mais
certains propriétés peuvent être fausses en revanche.
On rappelle que deux vecteurs x et y sont orthogonaux si, par définition, xx, yy “ 0.
Le procédé de Gram-Schmidt permet, à partir d’une famille libre pe1 , . . . , en q, de construire une famille ortho-
normale pf1 , . . . , fn q telle que pour tout k P J1, nK
Plus précisément, en appliquant le procédé de Gram-Schmidt à une base obtenue en complétant une famille
orthonormale :
Théorème 12.1.13 – Théorème de la base orthonormale incomplète
Soit E un espace euclidien. Alors toute famille orthonormale peut être complétée en une base orthonormale.
Avertissement 12.1.17
C’est faux si E n’est pas de dimension finie (cadre préhilbertien réel au lieu d’euclidien).
sont les coordonnées de x et y dans la b.o.n. B, le produit scalaire et la norme s’expriment par les formules
usuelles :
n
ÿ ÿn
xx, yy “ xi yi “ X J Y et }x}2 “ x2i “ X J X.
i“1 i“1
Ces relations traduisent le fait que la matrice du produit scalaire dans une base orthonormale pour ce produit
scalaire est égale à In .
I Rappels sur les espaces euclidiens 191
P J P “ In “ P P J , donc: P ´1 “ P J .
Ÿ Éléments de preuve.
Utiliser la formule de changement de base pour la matrice du ps dans les bases B et C. On peut aussi le
retrouver à l’aide de la desciption explicite de PBC et des expressions des xci , cj y en b.o.n. B. Ź
Exemples 12.1.25
˜ ¸ ˜ ¸
cospθq ´ sinpθq cospθq sinpθq
1. Dans Mn pRq, les matrices Rpθq “ et Spθq “
sinpθq cospθq sinpθq ´ cospθq
2. La matrice In , la matrice ´In , et plus généralement, toute matrice obtenue de In en changeant les
signes de certains de ses coefficients diagonaux, et en permutant les colonnes.
Une matrice orthogonale peut se caractériser également par l’orthonormalité de ses colonnes ou ses lignes :
Théorème 12.1.27 – Caractérisation d’une matrice orthogonale par ses colonnes ou lignes
Soit P P Mn pRq. Les propositions suivantes sont équivalentes:
(i) P est orthogonale
(ii) P J est orthogonale
(iii) Les colonnes de P forment une base orthonormale de Rn » Mn,1 pRq
(iv) Les lignes de P forment une base orthonormale de Rn » M1,n pRq.
Théorème 12.1.28 – Caractérisation des matrices de passage entre b.o.n. par orthogonalité
Soit E un espace euclidien.
1. Toute matrice de passage d’une b.o.n. de E à une autre b.o.n. de E est une matrice orthogonale.
2. Réciproquement, soit B une b.o.n. de E, et P une matrice orthogonale. Alors il existe une unique
base C telle que P soit la matrice de passage de B à C, et cette base C est une b.o.n. de E.
192 CHAPITRE 12. ENDOMORPHISMES D’UN ESPACE EUCLIDIEN
3. De même, si C est une b.o.n. de E, et P une martice orthogonale, il existe une unique base B telle
que P soit la matrice de passage de B à C, et cette base B est une b.o.n. de E.
Ÿ Éléments de preuve.
1. Résulte de la définition.
2. Remarquer que si x et y sont deux vecteurs de coordonnées X et Y dans une b.o.n, et si φ est le psc,
xx, yy “ φpX, Y q. Justifier que ceci permet de définir une b.o.n. dont les coordonnées dans B sont les
colonnes de P .
3. Appliquer ce qui précède à P ´1 qui est encore orthogonal.
Ÿ Éléments de preuve.
Montrer que c’est un sous-groupe de GLn pRq ; les vérifications sont simples. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Appliquer le det à l’égalité P J P “ In . Ź
Le noyau de ce morphisme est donc un sous-groupe de On pRq.
Remarque 12.1.33
Si n P N˚ , le sous-groupe SOn pRq n’est pas égal à Opnq tout entier. En effet, la matrice Diagp´1, 1, ¨ ¨ ¨ , 1q
est dans OpnqzSOpnq.
Plus précisément, on peut alors montrer qu’il y a « autant » d’éléments dans SOpnq que dans OpnqzSOpnq.
Ainsi, orienter l’espace E consiste à choisir une base de référence B0 . Toute base de la même orientation que B0
sera alors appelée base directe.
Proposition 12.1.38 – Caractérisation de l’orientation pour les b.o.n.
Soit B et B 1 deux b.o.n. d’un espace euclidien E. Les propositions suivantes sont équivalentes:
(i) B et B 1 ont même orientation ;
1
(ii) PBB “ MatB pB 1 q P SOpnq
(iii) detB pB 1 q “ 1
(iv) detB “ detB1 .
II Endomorphismes autoadjoints
II.1 Adjoint d’un endomorphisme
194 CHAPITRE 12. ENDOMORPHISMES D’UN ESPACE EUCLIDIEN
Ÿ Éléments de preuve.
Le premier point est une vérification élémentaire. Le second provient du théorème de représentation de
Riesz.
Le fait que u˚ soit un endomorphisme provient de l’unicité dans le théorème de représentation de Riesz, en
constatant que λu˚ pxq ` u˚ px1 q répond au problème de la représentation de la forme linéaire xλx ` x1 , ¨y.
Ź
pv ˝ uq˚ “ u˚ ˝ v ˚ .
Ÿ Éléments de preuve.
Vérifier que xu˚ ˝ v ˚ pxq, yy “ xx, v ˝ uy, égalité qui caractérise l’adjoint pv ˝ uq˚ . Ź
pu˚ q˚ “ u.
Ÿ Éléments de preuve.
Simplifier xpu˚ q˚ pxq, yy. La symétrie du produit scalaire pourra être utile pour se ramener de façon précise
à la définition. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Sens direct : calculer xu˚ pxq, yy pour x P F K et y P F .
Sens réciproque : cela se ramène au sens direct, par involutivité du passage à l’adjoint et du passage au
supplémentaire orthogonal. Ź
II Endomorphismes autoadjoints 195
Ÿ Éléments de preuve.
La première égalité provient de l’équivalence x P Kerpu˚ q ssi @y P E, xu˚ pxq, yy “ 0, puis utiliser la
définition de l’adjoint.
La seconde égalité se ramène à la première en remplaçant u par u˚ . Ź
rgpu˚ q “ rgpuq.
Une interprétation matricielle permet de relier ce résultat à un résultat déjà connu, démontré de façon algorith-
mique.
Ÿ Éléments de preuve.
Les formes bilinéaires px, yq ÞÑ xu˚ pxq, yy et px, yq ÞÑ xx, upyqy ont des matrices dans B respectivement
associées à MatB pu˚ qJ et à MatB puq, et sont égales. Ź
L’égalité des rangs de u et u˚ provient alors de l’invariance du rang par transposition. Ce résultat est plus
général que celui qu’on a prouvé ci-dessus (car valide pour des matrices de tout format), mais la démonstration
ci-dessus donne un éclairage géométrique à un résultat qui sinon reste purement algorithmique. D’ailleurs, on
pourrait adapter cette démonstration à la situation générale, en considérant des applications linéaires entre 2
espaces euclidiens E et F .
Le déterminant, la trace, le polynôme minimal et le polynôme caractéristique sont aussi invariants par transpo-
sition. On obtient donc :
Proposition 12.2.9 – Rang, trace, déterminant, spectre d’un adjoint
Soit E un espace euclidien, et u P LpEq. Alors :
1. rgpu˚ q “ rgpuq
2. trpu˚ q “ trpuq
3. detpu˚ q “ detpuq
4. µu˚ “ µu
5. χu˚ “ χu
6. Sppu˚ q “ Sppuq, avec égalité des multiplicités (algébriques).
Remarque 12.2.11
La notation utilisée se réfère à la terminologie « endomorphisme symétrique », qui s’explique par l’aspect
matriciel évoqué ci-dessous. Mais le programmme officiel stipule explicitement de privilégier la terminologie
« endomorphisme autoadjoint ».
La propriété de stabilité des supplémentaires orthogonaux se réexprime dans ce contexte de la façon suivante :
Ÿ Éléments de preuve.
‚ piq ðñ piiq par définition
‚ piq ùñ piiiq par description matricielle de l’adjoint.
‚ piiiq ùñ pivq par existence d’une b.o.n.
‚ pivq ùñ piq aussi par description matricielle de l’adjoint.
Ź
Ainsi, les endormophismes autoadjoints sont exactement les endomorphismes dont la matrice est symétrique
(réelle) en base orthonormale.
Vous avez peut-être déjà remarqué au cours d’exercices que lorsque vous exprimez la matrice d’un projecteur
orthogonal en base orthonormale, vous obtenez une matrice symétrique. Cela n’est pas un hasard, et résulte de
la proposition suivante.
Dans tout ce paragraphe, E est un espace euclidien. Le corps de base est donc R, et le spectre est donc un
sous-ensemble de R. Même lors des traductions matricielles, le spectre sera toujours considéré dans R.
Le point clé permettant la diagonalisation des endomorphismes autoadjoints est l’existence d’au moins une
valeur propre réelle d’une matrice symétrique réelle.
Lemme 12.2.15 – Spectre d’une matrice symétrique réelle
Soit M P Sn pRq. Alors SppM q ‰ ∅.
Ÿ Éléments de preuve.
Considérer (exceptionnellement) une valeur propre complexe λ (pourquoi en existe-t-il une ?) et un vecteur
J J
propre complexe X associé. Considérer X M X “ λX X, transposer et conjuguer, pour conclure que
λ “ λ. Qu’en déduire sur les racines du polynôme caractéristique de M ?
C’est la seule incursion dans les complexes, désormais, on travaille exclusivement dans R. Ź
Avertissement 12.2.19
Une matrice symétrique de Mn pCq n’est pas nécessairement diagonalisable !
Exemples 12.2.26
1. Pour toute matrice M P Mn pRq, M J M est symétrique positive. Elle est définie positive ssi M P
GLn pRq.
2. Une matrice M est symétrique définie positive ssi c’est la matrice d’un produit scalaire relativement
à une base B arbitraire.
3. Une matrice M est symétrique définie positive si et seulement s’il existe P P GLn pRq telle que
M “ P JP .
4. Les matrices suivantes sont-elles positives, définies positives ?
?1
¨ ˛ ¨ ˛ ¨ ˛
1 0 1 1 0 12 1 0 2
M1 “ ˝0 1 1‚, M2 “ ˝ 0 1 2 ‚, 1‹
M3 “ ˝ 0 1 ?1 ‚.
˚ ‹ ˚ ˚ ‹
2
1 1 ?1 ?1
1 1 1 2 2 1 1
2 2
III Isométries vectorielles 199
Ÿ Éléments de preuve.
‚ La conservation de la norme et la séparation des normes permet de décrire facilement Kerpuq, pour
u P Opnq. Un argument de dimension montre alors l’inclusion dans GLpEq.
‚ La structure de sous-groupe se vérifie facilement ensuite.
Ź
Exemples 12.3.3
Les endomorphismes de R2 (muni du ps usuel) canoniquement associés à Rpθq et Spθq sont des isométries.
Pouvez-vous les décrire géométriquement en analysant l’image de la base canonique ?
Remarque 12.3.5
‚ Une symétrie orthogonale par rapport à une droite D est appelée symétrie d’axe D.
‚ Une symétrie orthogonale (mais il n’y a pas trop le choix...) par rapport à t0u est appelée symétrie
centrale.
Ÿ Éléments de preuve.
Décomposer x “ xF ` xF K , exprimer spxq à l’aide de cette décomposition, et comparer }x} et }spxq} grâce
au théorème de Pythagore. Ź
200 CHAPITRE 12. ENDOMORPHISMES D’UN ESPACE EUCLIDIEN
Ÿ Éléments de preuve.
‚ piq ùñ piiq en considérant }upx ` yq}. La réciproque est évidente.
‚ piiq ùñ piiiq ùñ pivq ùñ pviq ùñ pvq ùñ pviiq ùñ piiq ; ce n’est évidemment pas le seul parcours
possible.
Ź
Remarques 12.3.8
1. En particulier, le point (ii) assure qu’une isométrie conserve l’orthogonalité. Mais la conservation
de l’orthogonalité n’est pas suffisante pour caractériser les isométries.
2. Les points (v) et (vi) justifient la terminologie « endomorphisme orthogonal. Le programme men-
tionne les deux terminologies, mais stipule de privilégier « isométrie vectorielle ».
3. Les points (v) et (vi) justifient également la ressemblance de notation et la correspondance des
terminologies utilisées pour désigner le groupe des isométries et le groupe des matrices orthogonales.
Plus précisément, u ÞÑ MatB puq est un isomorphisme entre OpEq et On pRq.
Exemple 12.3.9
‚ Soit s une symétrie orthogonale. Trouver une b.o.n. dans laquelle MatB psq est orthogonale. Remar-
quez que cela propose une alternative à la preuve précédente du caractère isométrique des symétries
orthogonales.
‚ Une symétrie s P LpEq est orthogonale ssi s˚ “ s
Ce dernier point permet de caractériser les symétries qui sont des isométries.
Les points pvq et pviq donnent accès au déterminant d’une isométrie vectorielle
Remarques 12.3.13
‚ L’égalité |detpuq| “ 1 est assez naturelle, puisque le déterminant calcule l’effet sur les volumes de
l’endomorphisme u : detpuq est le coefficient de proportionnalité entre le volume orienté du parallélo-
tope engendré par px1 , . . . , xn q et le volume orienté du parallélotope engendré par pupx1 q, . . . , upxn qq.
Ainsi, l’égalité |detpuq| “ 1 ne fait que traduire le fait qu’un isométrie conserve les configurations
spaciales, et donc les volumes.
‚ Les isométries directes sont celles qui conservent l’orientation des b.o.n., les isométries indirectes
sont celles qui inverse l’orientation des b.o.n.
Exemple 12.3.14
‚ Caractériser les syémtries orthogonales qui sont dans SOpEq.
‚ Une réflexion est-elle une isométrie directe ?
‚ À quelle condition sur E une symétrie d’axe D est-elle une isométrie directe ?
Ÿ Éléments de preuve. ˜ ¸
cospθq
En notant C1 et C2 les colonnes de M , C1 est de norme 1 et peut donc s’écrire . Le vecteur C2
sinpθq
doit être orthogonal à C1 et unitaire aussi. Cela ne laisse que deux possibilités. Ź
On note : ˜ ¸ ˜ ¸
cospθq ´ sinpθq cospθq sinpθq
Rpθq “ et Spθq “ .
sinpθq cospθq sinpθq ´ cospθq
Ÿ Éléments de preuve.
Calcul direct et peu intéressant, basé sur les formules de trigonométrie Ź
En particulier, on reconnaît en SOp2q un groupe qu’on a déjà rencontré.
Ÿ Éléments de preuve.
Montrer qu’on peut passer θ ÞÑ Rpθq au quotient (de R par 2πZ). Ź
D’après les résultats précédents sur les matrices Rpθq, on obtient ρθ “ ρθ1 ssi θ ” θ1 r2πs.
Ÿ Éléments de preuve.
Le premier point résulte de la description de SO2 pRRq et de la définition des rotations.
Pour le second point, une inclusion est déjà acquise. Pour la seconde, constater que Spθq2 “ I2 , donc les
éléments de Op2qzSOp2q sont des symétries. Une propriété précédente caractérise les symétries isométriques
parmi toutes les symétries. Ź
Les règles de produit matriciel dans SOp2q amènent directement les règles de composition des rotations, dont
l’interprétation géométrique est assez intuitive :
III Isométries vectorielles 203
Nous pouvons définir la notion d’angle orienté entre deux vecteurs grâce aux rotations. Pour cela, nous utilisons
le lemme suivant :
Lemme 12.3.22
Soit E un espace euclidien orienté, et soit x et y deux vecteurs de norme 1 de E. Il existe une unique
rotation ρ telle que ρpxq “ y.
Ÿ Éléments de preuve.
Si on se fixe une orientation, il existe une unique b.o.n. directe B de premier vecteur x et une unique b.o.n.
directe C de premier vecteur y. La rotation ρ doit nécessairement envoyer B sur C. Ź
Soit E un espace vectoriel orienté, et x et y deux vecteurs non nuls de E. Alors l’angle orienté px,
z yq est
l’angle θ, défini modulo 2π, de l’unique rotation ρ telle que
ˆ ˙
x y
ρ “ .
}x} }y}
Ÿ Éléments de preuve.
Faire un changement de base pour exprimer s dans l’unique base pu, vq telle que pu, vq soit orthonormale
de même orientation que B. Que peut-on dire de la matrice de passage ?
Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Passer par u˚ , et le fait que u´1 est un isomorphisme. Ź
204 CHAPITRE 12. ENDOMORPHISMES D’UN ESPACE EUCLIDIEN
Ÿ Éléments de preuve.
Considérer un facteur irréductible P de χu , de degré d, et un vecteur x P KerpP puqq. Justifier que
Vectpx, upxq, . . . , ud´1 pxqq est stable par u. Ź
Réciproquement, tout endomorphisme se réduisant ainsi en base orthonormale est une isométrie.
Ÿ Éléments de preuve.
Par récurrence forte. Puisque le lemme donnant l’existence d’un sous-espace stable strict est valide uni-
quement à partir de la dimension 3, il faut initialiser pour E de dimension inférieure ou égale à 2. L’étude
précédente nous donne le cas dimpEq “ 2. Ź
On étudie dans ce chapitre un cas particulier important de séries de fonctions : les séries entières, de la forme
an xn . Ces séries apparaissent notamment de façon naturel comme prolongement à l’infini de developpements
ř
limités en 0, et on peut donc légitimement se demander si une fonction f de classe C 8 peut s’écrire, au moins
localement, sous forme d’une série entière, qui correspondrait au prolongement infini de ses développements
limités (donc de la formule de Taylor-Young), c’est-à-dire à sa série de Taylor.
Nous nous intéresserons à cette question en fin de chapitre, après avoir donné les définitions et les propriétés
générales liées à la convergence, ainsi qu’à la régularité de la somme.
Dans tout ce chapitre, K “ R ou C.
I Définitions, convergence
I.1 Définition
Définition 13.1.1 – Série entière
ř
‚ Une série entière est une suite de fonctions fn où pfn q est de la forme
fn : x ÞÑ an xn , avec pan q P KN .
ÿ
an z n la série entière associée à la suite pan q, ou éventuellement an z n si l’indexation
ř
‚ On note
něn0
commence au rang n0 ą 0.
Avertissement 13.1.3
Les coefficients an doivent être indépendants de la variable z (ou x ou t).
Exemples 13.1.4
Les séries de fonctions suivantes sont-elles des séries entières ?
ř n
1. z
ř n
2. nz
ř n´1
3. nz
206 CHAPITRE 13. SÉRIES ENTIÈRES
nz n´2
ř
4.
2
lnpnqz n
ř
5.
ně1
ř z n
6. 2 z
Ÿ Éléments de preuve. ˇ ˇ
ˇ z ˇn
Écrire |an z n | “ |an z0n | ¨ ˇˇ ˇˇ Ź
z0
Remarque 13.1.6
En particulier, si an z0n converge, alors an z n converge absolument sur B̊p0, |z0 |q.
ř ř
Exemples 13.1.8
nα z n , α P R, à partir de la définition.
ř
1. Rayon de convergence de
ř zn
2. Rayon de convergence de n!
n!z n .
ř
3. Rayon de convergence de
3. La convergence pour |z| “ R peut varier suivant les séries et suivant la valeur de z.
an z n ,
ř
B̊p0, Rq est appelé disque ouvert (ou intervalle ouvert dans R) de convergence de la série entière
et est parfois aussi noté DO p0, Rq.
I Définitions, convergence 207
Ÿ Éléments de preuve.
Pour z P B̊p0, Rq, considérer r tel que |z| ă r ă R, et appliquer le lemme d’Abel. Ź
Remarque 13.1.11
Le théorème de convergence des séries entières donne un moyen de déterminer le rayon de convergence,
par étude directe du domaine de convergence. Le rayon R délimite alors la zone de convergence et la zone
de divergence. Il n’est pas nécessaire d’étudier toutes les propriétés de convergence : par exemple, trouver
un z0 tel que an z0n converge, mais an z n diverge si |z| ą |z0 | permet de déterminer R.
ř ř
Exemples 13.1.12
1. Reprendre les exemples précédents.
2
2. Rayon de convergence de lnpnqz n
ř
Remarque 13.1.13
‚ Si an Rn converge absolument, alors an z n est convergente (absolument) sur Bp0, Rq.
ř ř
Nous recontrerons cette situation en probabilités : si X est une variable aléatoire à valeurs dans N, cela permet
de s’assurer que le rayon de convergence de P pX “ nqtn est au moins égal à 1. Cette série est appelée série
ř
Remarque 13.1.16
|an |
Ainsi, sous réserve d’existence de cette limite, R “ lim .
nÑ`8 |an`1 |
Exemple 13.1.17
ř `2n˘
Rayon de convergence de n zn.
208 CHAPITRE 13. SÉRIES ENTIÈRES
Avertissement 13.1.18
Attention au fait qu’il est important ici que l’indice de an corresponde bien à l’exposant en z. Le résultat
ne peut pas être mis en oeuvre pour des séries « à trous ».
Exemples 13.1.19
ř `2n˘ 2n`1
1. Rayon de convergence de n z .
2
n n
ř
2. Rayon de convergence de e z .
Les propriétés suivantes permettent de comparer les rayons de convergence de deux séries entières.
Théorème 13.1.20 – Théorème de comparaison des rayons de convergence
Soit an z n et bn z n deux séries entières, de rayons respectifs Ra et Rb , et n0 P N.
ř ř
Ÿ Éléments de preuve.
Pour 1, on peut revenir à la définition. Pour 2, on se ramène à 1, en utilisant la comparaison des rayons de
bn z n et de M bn z n . Le 3 résulte directement de 2.
ř ř
Ź
Corollaire 13.1.21
Soit an z n une série entière de rayon de convergence R. Alors něn0 nan z n est de rayon de convergence
ř ř
R.
Ÿ Éléments de preuve.
Une inégalité provient de la comparaison an “ Opnan q.
La deuxième s’obtient par comparaison de nan z n à an rn , pour |z| ă r ă R. Ź
Exemples 13.1.22
an z n , nan z n et nan z n´1 ont même rayon de convergence.
ř ř ř
1.
ně1
ř an n
an z n et
ř
2. n z ont même rayon de convergence.
ně1
3. Pour toute fraction rationnelle F non nulle, et n0 assez grand, něn0 F pnqan z n a même rayon de
ř
convergence que an z n .
ř
‚ Parfois une unique valeur peut suffire : la divergence non grossière de an z n ou la semi-convergence
ř
I Définitions, convergence 209
de an z n suffisent à savoir que z est sur le cercle limite. Ainsi, la divergence non grossière de n1
ř ř
ř zn
suffit à conclure que n est de rayon de convergence 1.
‚ On peut aussi revenir à la définition et étudier le caractère borné de pan z n q, notamment à l’aide
des croissances comparées.
‚ Enfin, dans des situations un peu plus abstraites on pourra procéder par comparaisons.
n
ÿ
cn “ ak bn´k .
k“0
Ÿ Éléments de preuve.
an z n et bn z n lorsque
ř ř
Les séries étant absolument convergentes, on peut faire le produit de Cauchy de
|z| ă minpRa , Rb q. Ź
Avertissement 13.1.26
L’inégalité peut être stricte.
Exemple 13.1.27
ř 1 n
p´1qn xn et de
ř
1. Rayon de convergence du produit de Cauchy de n x .
4t 2 u
2. Rayon de convergence du produit de Cauchy de pδn,0 ` 2 qz et p´1qδn,0 z n .
n n
ř ř
Ce dernier exemple montre que le rayon de convergence du produit de Cauchy peut même être strictement
plus grand que le plus grand des deux rayons (merci Bertrand Hauchecorne pour cet exemple, extrait de Les
contre-exemples en mathématiques)
Remarque 13.1.28
On peut montrer que si pour tout n P N, an ě 0 et bn ě 0, alors Rc “ minpRa , Rb q.
210 CHAPITRE 13. SÉRIES ENTIÈRES
Ÿ Éléments de preuve.
Comparer à |an |rn qui converge puisque an z n est absolument convergente dans B̊p0, Rq.
ř ř
Ź
Remarque 13.2.2
Si an Rn converge absolument, la preuve s’adapte facilement pour montrer que an z n est uniformément
ř ř
Le cas où on a un point du disque en lequel on a une semi-conevergence est plus délicat, mais on peut quand
même en dire quelque chose. Quitte à faire une rotation (consistant à remplacer an par an ei nθ ), on peut supposer
qu’on a convergence au point R.
Ÿ Éléments de preuve.
`8
ÿ
Montrer que le reste ak z k converge uniformément vers 0, en faisant une transformation d’Abel, en
k“n`1
écrivant ak Rk “ Rk ´ Rk`1 , où
`8
ÿ
Rn “ ak Rk .
k“n`1
Ź
Remarque 13.2.4
1. Comme dit plus haut, ce résultat n’a d’intérêt que si la convergence n’est pas absolue. Dans le cas
d’une CVA, le résultat obtenu est plus fort
2. Attention à ne pas en conclure que an Rn converge uniformément au voisinage de R. Ceci est
ř
faux en général, et nécessiterait de maîtriser l’approche de R dans toutes les directions (en restant
dans le disque de convergence). Ici, on ne s’approche de R qu’en suivant un rayon.
Remarque 13.2.6
Si an Rn est absolument convergente, on a même la continuité de A sur Bp0, Rq.
ř
II Régularité de la somme d’une série entière 211
converge, alors ÿ
lim an xn “ an Rn
xÑR´
xPR
Ÿ Éléments de preuve.
La démonstration est HP, pour éviter le théorème de CVU sur un rayon, dont le théorème d’Abel radial
est une conséquence immédiate par théorème de la double-limite.
Remarque : même si le théorème de CVU sur un rayon est HP, le théorème d’Abel radial est, lui, bien au
programme. Ź
n n
ř ř
Autrement dit, en combinant les deux résultats précédents, si an z est de rayon R et an R converge, la
fonction de la variable réelle x ÞÑ an xn est continue sur r0, Rs.
ř
Exemple 13.2.8
ř`8 n`1
On retrouver lnp2q “ n“1 p´1qn , connaissant le développement du logarithme sur s ´ 1, 1r.
Remarquez que la preuve qu’on en avait donnée reposait sur une transformation d’Abel. Il s’agissait donc
en fait de la preuve du théorème d’Abel radial, exprimée dans cette situation particulière.
Remarque 13.2.9
Le programme ne donne pas de résultat de primitivation spécifique aux séries entières, mais la convergence
uniforme sur les Bp0, rq, r ă R, permet d’utiliser le théorème de primitivation (et d’intégration) des suites
de fonctions sur tout intervalle ra, bs Ăs ´ R, Rr.
Pour étudier les propriétés de dérivabilité, on se limite à la variable réelle. On pourrait obtenir des propriétés
de dérivabilité en la variable complexe aussi (la dérivée étant aussi définie par limite du taux d’accroissement),
mais cela débouche sur la théorie des fonctions holomorphes, et dépasse largement le cadre du programme.
Apxq, pour x Ps ´ R, Rr. Alors A est de classe C 8 sur s ´ R, Rr, et pour tout p P N, et tout x Ps ´ R, Rr,
`8
ÿ
Appq pxq “ pn ` 1q . . . pn ` pqxn .
n“0
Exemple 13.2.12
212 CHAPITRE 13. SÉRIES ENTIÈRES
Apnq
an “ .
n!
On termine par une étude de dérivabilité au bord, qui sera bien utile en probabilités, pour l’étude des séries
génératrices de variables aléatoires, et le rapport avec les calculs d’espérance et de variance.
nan Rn´1
ř
définir A sur s ´ R, Rs. On suppose de plus que A est dérivable à gauche en R. Alors
ně1
converge, et
`8
ÿ
A1 pRq “ nan Rn´1 .
n“1
Ÿ Éléments de preuve.
1. Dans le sens direct, c’est le théorème radial d’Abel et le théorème de la classe C 1 par prolongement
(corollaire du théorème de la limite de la dérivée).
2. La démonstration du sens réciproque n’est pas exigible. Les hypothèses de positivité permettent d’ob-
řn
tenir la convexité sur s0, Rr, donc aussi sur s0, Rs. Majorer alors k“1 kak xn par A1 pRq, puis passer à
la limite quand x Ñ R´ , puis quand n Ñ `8.
Ź
III Développements en séries entières 213
Remarque 13.2.16
Ce théorème n’est explicitement au programme que dans un contexte de probabilités, avec un rayon R “ 1,
et des coefficients tous positifs. Il doit donc être en théorie redémontré dans toute autre circonstance,
notamment le sens direct, lorsqu’on n’a pas l’hypothèse de positivité.
Pour un r ą 0 tel que cette égalité soit satisfaite, on dira que f est développable en série entière sur
B̊p0, rq.
Exemple 13.3.4
1
Soit f définie par f pxq “ e´ x2 si x ‰ 0, et f p0q “ 0. Montrer que f est de classe C 8 sur R, que sa série
de Taylor converge sur R tout entier, mais que f n’est pas développable en série entière au voisinage de 0.
Ÿ Éléments de preuve.
Rechercher f sous la forme an xn , dériver et injecter dans l’équation différentielle. La relation sur pan q et
ř
Remarque 13.3.7
1. Retenir cette méthode de recherche de développement en s’aidant d’une équation différentielle. Cela
permet de trouver de façon efficace le DSE de fonctions solutions d’équations différentielles. Il est
assez fréquent de commencer par rechercher ainsi les solutions développables en série entière d’une
ED, qui aident souvent à trouver les autres.
2. Une fois l’existence d’une telle fonction obtenue, toutes les propriétés vue en première année sont
valides. En particulier, les propriétés liées à la résolution des équations différentielles d’ordre 1. En
particulier, le théorème de Cauchy Lipschitz pour les équations différentielles d’ordre 1 est vérifié,
ce qui assure en particulier l’unicité de la solution de f 1 “ f , tel que f p0q “ 1. On en déduit que la
fonction exp est non seulement unique parmi les fonctions DSE, mais également parmi toutes les
focntions dérivables.
Ÿ Éléments de preuve.
Même technique que pour exp, mais maintenant on connaît par avance l’unicité de la solution de cette ED.
Ź
Remarque 13.3.9
On peut aussi trouver les DSE de cos et sin en montrant que le reste de Taylor-Lagrange tend vers 0, par
exemple avec l’inégalité de Taylor-Lagrange.
exppzq “ ez “ ex ei y .
Ÿ Éléments de preuve.
Par produit de Cauchy. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
1. Vu au paragraphe précédent
216 CHAPITRE 13. SÉRIES ENTIÈRES
2. Somme géométrique.
3. Produits de Cauchy
4. Résolution de l’ED p1 ` xqy 1 “ αy.
5. Par intégration (ou, ce qui revient en même, en dérivant cette série entière).
6. Vu précédemment
7. Vu précédemment
8. À partir du DSE de l’exponentielle
9. Idem
10. Par intégration.
Ź
14
Espaces probabilisés
Le cours de probabilité de première année se contruit entièrement dans le cadre d’un univers Ω fini.
Dans ce cadre, une expérience d’univers des possibles Ω est un processus aléatoire amenant un résultat (une
issue) ω appartenant à Ω. Un évènement A est alors un sous-ensemble de Ω. Dire que A lors d’une expérience
signifie que l’expérience débouche sur une issue ω appartenant à A.
Nous voyons dans ce chapitre comment élargir ce cadre, en acceptant notamment des univers infinis. Ce cadre
formel un peu abstrait est indispensable pour pouvoir définir de façon rigoureuse une mesure de probabilité.
I Espaces probabilisés
Dans cette section, Ω désigne un ensemble quelconque, fini ou infini.
Nous complétons les propriétés imposées par la définition par les suivantes :
Proposition 14.1.3 – Propriétés des tribus
Soit T une tribu d’événements sur Ω.
1. ∅ P T ;
2. @pA, Bq P PpΩq, pA, Bq P T 2 ùñ A Y B P T (stabilité par union finie) ;
Ş
3. Pour tout famille dénombrable pAi qiPI d’éléments de T , Ai P T .
iPI
4. @pA, Bq P PpΩq, pA, Bq P T 2 ùñ A X B P T (stabilité par intersection finie) ;
Ÿ Éléments de preuve.
Le point 2 se montre en complétant la famille pA, Bq en une famille dénombrable, en ajoutant l’ensemble
vide, ce qui ne change pas l’union. Les autres s’obtiennent par passage au complémentaire. Ź
Par une récurrence immédiate, les points 2 et 4 se généralisent facilement aux unions ou intersections d’un
nombre fini quelconque d’événements.
Définition 14.1.4 – Espace probabilisable et événements
‚ Un espace probabilisable est un couple pΩ, T q, où Ω est un ensemble quelconque, appelé univers, et
T une σ-algèbre d’événements sur Ω.
‚ Les éléments de T sont appelés événements (de l’espace probabilisable pΩ, T q).
Remarque 14.1.5
1. Une tribu est aussi fréquemment notée A au lieu de T (en référence à la terminologie σ-algèbre).
C’est la notation utilisée dans le programme officiel
2. « La manipulation des tribus n’est pas un objectif du programme », dixit le programme officiel. La
notion est surtout donnée pour avoir le bon cadre de travail. Ce cadre sera souvent fourni dans les
exercices ou problème, sans que vous ayez à vous demander précisément à quoi il correspond.
3. En particulier, toute la très riche théorie des tribus, indispensable à une théorie un peu plus poussée
des probabilités, ne sera pas abordée.
Exemple 14.1.6
PpΩq est une tribu sur Ω. Dans le cas où Ω est fini ou dénombrable, on choisira en général cette tribu. Elle
s’avère en général trop riche lorsque Ω n’est pas dénombrable, et on devra dans ces cas définir des tribus
plus petites pour éviter certains écueils techniques.
On rappelle alors le vocabulaire probabiliste usuel, qui est le même que dans le cas fini
Terminologie 14.1.7 – Vocabulaire probabiliste
Soit pΩ, T q un espace probabilisé. On définit les terminologies ci-dessous.
‚ Événement : un objet A P T
‚ Événement élémentaire, ou épreuve : un événement de la forme tomu (attention, tout singleton
n’est pas nécessairement un événement)
‚ Événement certain : l’événement Ω.
I Espaces probabilisés 219
Remarque 14.1.10
Très souvent I “ N. Dans ce contexte, la famille pPpAn qqnPN étant positive, sa sommabilité équivaut à la
ř
convergence de la série PpAn q.
Ÿ Éléments de preuve.
ř
Pp∅q s’obtient en étudiant la convergence de Pp∅q, convergence assurée par la σ-additivité. L’additivité
en découle en complétant la famille finie pA, Bq en une famille dénombrable par ajout de ∅. Les points
3,4,5,6 sont évident, en décomposant le plus grand ensemble en union disjointe d’ensembles plus petits. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Sans perte de généralité, considérer I “ J1, nK, et faire une récurrence sur N à partir de l’expression de
PpA Y Bq qui nous donne le cas n “ 2. Ź
On verra un peu plus loin que cette propriété se généralise au cas dénombrable.
Proposition 14.1.14 – Probabilités associées à un SCE
ÿ
Soit pAi qiPI un SCE au plus dénombrable. Alors PpAi q “ 1.
iPI
Remarque 14.1.16
Un résultat sur les familles sommables (démontré dans le chapitre sur la dénombrabilité) montre alors que
tω | Ppωq ‰ 0u est au plus dénombrable, ce qui justifie la terminologie.
L’ensemble tω P Ω, pω ‰ 0u est appelé support de la distribution de probabilités ppω qωPΩ , et est au plus
dénombrable, en vertu de la remarque précédente.
Ainsi, pΩ, T , Pq est un espace probabilisé discret si et seulement si T contient les singletons, et si pPpωqqωPΩ est
une distribution de probabilités discrète sur Om.
Proposition/Définition 14.1.18 – Probabilité définie par une distribution discrète
Soit Ω un ensemble quelconque, et ppω qωPΩ une distribution de probabilités discrète. On définit, pour
A P PpΩq, ÿ
PpAq “ pω ,
ωPA
Ÿ Éléments de preuve.
Unicité car les singletons engendrent PpΩq. Expliciter p ainsi obtenue en fonction des probabilités des
singletons, et vérifier qu’il s’agit bien d’une mesure de probabilité. Ź
Ainsi, pour définir une mesure de probabilité sur Ω fini ou dénombrable, il suffit de se donner une distribution
de probabilités ppω qωPΩ .
Exemple 14.1.20 – Probabilité uniforme sur un univers fini
1
Si Ω est fini, on peut définir la mesure de probabilité uniforme en posant Pptωuq “ |Ω| . On obtient alors,
pour tout événement A P PpΩq,
|A|
PpAq “ (formule de Laplace)
|Ω|
Ÿ Éléments de preuve.
ď ě
Écrire An “ pAn zAn´1 q, avec A´1 “ ∅, puis σ additivité. Passer au complémentaire pour l’inter-
nPN nPN
section. Ź
222 CHAPITRE 14. ESPACES PROBABILISÉS
Exemple 14.1.22
Lors d’une succession infinie de tirages à Pile ou Face, calculer la probabilité de n’obtenir que des Piles.
Corollaire 14.1.23
Soit pAn qnPN une famille quelconque d’événements. Alors
˜ ¸ ˜ ¸ ˜ ¸ ˜ ¸
ď N
ď č N
č
P An “ lim P An et P An “ lim P An .
N Ñ`8 N Ñ`8
nPN n“0 nPN n“0
ď
En définissant pour une suite croissante pAn q, An “ lim Ò An et de même pour une suite décroissante,
č nPN
An “ lim Ó An , la propriété ci-dessus se réécrit :
nPN
Il s’agit donc d’une propriété de continuité séquentielle, d’où le nom donné au théorème.
Par exemple, calculer la probabilité que lors d’une suite infinie de tirages à P/F, la suite obtenue soit
stationnaire.
Corollaire 14.1.26
Soit pAn q une suite d’événements.
‚ La probabilité qu’un nombre infini de Ak se réalisent est
˜ ¸
8
ď
Pplim sup An q “ lim P Ak .
k“n
I Espaces probabilisés 223
Exemple 14.1.27
On tire une infinité de fois à P ou F. Probabilité que la suite de P/F soit stationnaire.
Remarque 14.1.28
`8
ď
Si pAn q est décroissante, Ak “ An et lim sup An “ lim Ó An ; de même si pAn q est croissante,
k“n
lim inf An “ lim Ò An . Le corollaire précédent englobe donc le théorème de continuité monotone.
Exemple 14.1.30
Les événements « n’obtenir que des P » lors d’une succession infinie de tirages P/F, ou « obtenir une suite
stationnaire » sont quasi-impossibles, sans être impossibles.
Leur complémentaire est donc presque sûr, sans être certain.
Remarque 14.1.31
La terminologie recommandée par le programme officiel est « négligeable » et « presque sûr », mais les
autres terminologies sont aussi très répandues dans les ouvrages.
Ÿ Éléments de preuve.
Par sous-additivité dénombrable, puis complémentation. Ź
Remarques 14.1.33
1. Dans pΩ, T , Pq, par convention, si I est vide,
ď č
Ai “ ∅ et Ai “ Ω.
iPI iPI
Ainsi, les propriétés sont aussi vraies pour des familles vides.
2. À condition d’enlever le cas des familles vides, la propriété est aussi trivialement vraie pour les
224 CHAPITRE 14. ESPACES PROBABILISÉS
Ainsi, laďdifférence avec un système complet réside dans le fait que certaines parts peuvent être vides, et que
l’union Ai n’est égale à Ω qu’à un ensemble négligeable près.
iPI
Un système complet est bien entendu aussi quasi-complet, la réciproque étant fausse.
Proposition 14.1.35 – Système quasi-complet à probabilités non nulles
Soit pAi qiPI un SQCE, et J “ ti P I, P pAi q ą 0u. Alors pAj qjPJ est encore un SQCE.
II Conditionnement et indépendance
II.1 Probabilités conditionnelles
Les définitions relatives aux probabilités conditionnelles s’étendent bien au contexte étendu qu’on vient de
définir.
Définition 14.2.1 – Probabilités conditionnelles
Soit pΩ, T , Pq un espace probabilisé, A et B deux événements de T tels que B ne soit pas presque-
impossible. Alors, la probabilité conditionnelle de A en B (ou la probabilité de A sachant B) est :
PpA X Bq
PB pAq “ .
PpBq
Cette définition se comprend bien pour la mesure uniforme : il s’agit dans ce cas de la proportion des éléments
de B qui satisfont A (c’est-à-dire la proportion des éléments de B qui sont dans A X B).
Proposition 14.2.2
Soit B un événement non presque-impossible. Alors PB définit une mesure de probabilités sur l’espace
probabilisable pΩ, T q.
Ÿ Éléments de preuve.
Vérifications sans difficulté. Ź
Remarque 14.2.3
La définition des probabilités conditionnelles est souvent utilisée sous la forme suivante : PpA X Bq “ PpA |
BqPpBq.
En effet, expérimentalement, on a plus facilement accès aux probabilités conditionnelles qu’aux probabilités
d’intersections, et on s’en sert pour le calcul de probabilités d’intersections. C’est d’ailleurs le cas initial
II Conditionnement et indépendance 225
Remarque 14.2.5
1. La formule des probabilités totales permet de retrouver une probabilité PpBq connaissant les pro-
babilités conditionnelles PpB | Ai q. Ainsi, on peut calculer PpBq en « distinguant suivant un certain
nombre de cas » (suivant que Ai est réalisé), si ces cas partagent l’ensemble (ou presque) des cas
possibles. Ainsi, cette formule est adapté au cas où le résultat d’une expérience dépend de résultats
antérieurs, donc si on est amené à faire une discussion pour décrire le résultat de l’expérience.
2. Si un SCE ou un SQCE contient des événements quasi-impossibles, on a vu ci-dessus qu’en enlevant
ces événements, on obtient encore un SQCE avec lequel la formule des probabilités totales est valide.
Ainsi, plus généralement, si pAi qiPI est un SQCE quelconque,
ÿ
PpBq “ PpB | Ai qPpAi q.
iPI
tq P pAi q‰0
Ÿ Éléments de preuve.
Récurrence sur n. Ź
Remarque 14.2.7
L’intérêt de cette formule est de donner une formule pour le calcul des probabilités d’intersections d’événe-
ments, notamment dans le cas d’une succession d’expérience. Cette formule dévoile toute son utilité lorsque
les événements considérés ne sont pas mutuellement indépendants. En cas d’indépendance mutuelle, elle
ne dit rien de plus que la proposition 14.2.15 ci-dessous.
226 CHAPITRE 14. ESPACES PROBABILISÉS
PpB | AqPpAq
PpA | Bq “
PpBq
Ÿ Éléments de preuve.
Calculer PpA X Bq en conditionnant de deux manières. Ź
De façon plus générale, la connaissance des probabilités d’un système complet, et des probabilités d’un événement
B conditionnées au système complet permet de retourner une à une les probabilités conditionnelles :
PpB | Aj qPpAj q
PpAj | Bq “ ř .
PpB | Ai qPpAi q
iPI
Ÿ Éléments de preuve.
Exprimer PpBq avec la formule des probabilités totales dans la formule précédente. Ź
Exemple 14.2.11
Dans une population composée d’autant d’hommes que de femmes, 5 % des hommes et 0,25 % des femmes
sont daltoniens. Quelle est la probabilité pour qu’une personne daltonienne choisie au hasard soit une
femme ?
II.3 Indépendance
Les probabilités conditionnelles mesurent l’impact de la réalisation d’un événement sur un autre. Si cet impact
est nul (c’est-à-dire si la connaissance de la réalisation d’un événement n’influe pas sur la probabilité de l’autre),
on dira que ces deux événements sont indépendants.
Ainsi, intuitivement, deux événements A et B sont indépendants si la connaissance de l’un ne modifie pas la
probabilité de l’autre, donc si PpA | Bq “ PpAq et PpB | Aq “ PpBq. L’inconvénient de cette définition réside
dans le fait qu’elle n’est valable que sous une hypothèse de non quasi-impossibilité, afin de pouvoir considérer les
probabilités conditionnelles. On constate cependant que dans le cas de non quasi-impossibilité, les deux égalités
sont équivalentes à l’égalité : PpA X Bq “ PpAqPpBq. Cette égalité pouvant être considérée sans hypothèse de
quasi-impossibilité, c’est elle que nous prenons comme définition de l’indépendance. Elle a en outre l’avantage
d’être symétrique.
II Conditionnement et indépendance 227
Avertissement 14.2.16
L’égalité précédente ne suffit pas à avoir l’indépendance. Il faut bien contrôler TOUS les produits des
sous-familles (finies)
On verra dans le paragraphe suivant comment calculer la probabilité d’une intersection lorsque les événements
ne sont pas indépendants (formule des probabilités composées, théorème 14.2.6).
Exemple 14.2.17
On fait des tirages à pile ou face
‚ A est réalisé si et seulement si le premier tirage est Pile.
‚ B est réalisé si et seulement si lors des 3 premiers tirages, il y a au plus un Pile.
‚ C“B
On a PpA X B X Cq “ 18 “ PpAqPpBqPpCq, mais les événements ne sont clairement pas indépendants !
Avertissement 14.2.19
La réciproque est fausse : l’indépendance 2 à 2 d’une famille n’implique pas l’indépendance (mutuelle).
Exemple 14.2.20
On procède à trois tirages à Pile ou Face. Soit A l’événement consistant à obtenir exactement 1 Pile lors
des tirages 2 et 3, B de même lors des tirages 1 et 3, C de même lors des tirages 1 et 2. Les événements
A, B et C sont 2 à 2 indépendants, mais pas mutuellement.
Ÿ Éléments de preuve.
Prendre une intersection finie de tels ensembles, c’est aussi une intersection finie de Ai . Écrire par indépen-
dance la probabilité comme produit de PpAi q, puis regrouper par paquets de Ik en réutilisant l’indépendance
sur ces paquets. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Calculer PpA X Bq “ PpAzpA X Bqq. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Considérer l’intersection d’une sous-famille. Seul cas à voir : A1 est dans la sous-famille. Se ramener au cas
précédent en justifiant que A1 est indépendant de l’intersection des autres termes de la sous-famille. Ź
Ainsi, il est important de savoir s’orienter rapidement vers la bonne technique de calcul (probabilité d’une union,
d’une intersection), suivant la situation rencontée. Voici les différents cas rencontrés les plus fréquemment :
@A P T , PpAq “ 1 ´ PpAq.
On a intérêt dans ce cas à considérer l’événement complémentaire. On est alors ramené au calcul
de la probabilité d’une intersection d’événements mutuellement indépendants.
‚ Union d’un nombre fini d’événements lorsqu’on a des informations sur les intersections :
On utilise la formule du crible de Poincaré. Les cas n “ 2 et n “ 3 sont les plus utiles :
˚ n “ 2 : PpA1 Y A2 q “ PpA1 q ` PpA2 q ´ PpA1 X A2 q
˚ n “ 3 : PpA1 Y A2 Y A3 q “ PpA1 q ` PpA2 q ` PpA3 q ´ PpA2 X A3 q ´ PpA1 X A3 q ´ PpA1 X A2 q `
PpA1 X A2 X A3 q
Méthode 14.3.5 – Cas d’une expérience dont l’issue dépend de résultats antérieurs
Dans certaines situations, par exemple lorsque le mode opératoire d’une expérience (par exemple la com-
position d’une urne) dépend du résultat d’une expérience précédente, il peut être nécessaire de discuter
suivant le résultat obtenu lors de l’expérience antérieure : autrement dit, dans ces situations, il est aisé de
calculer des probabilités conditionnellement à chacun des résultats possibles de la première expérience. Il
faut ensuite récupérer la probabilité globale à partir de toutes ces probabilités conditionnelle. On utilise
pour cela la formule des probabilités totales.
Enfin, vu qu’elles interviennent dans de nombreuses formules, nous faisons quelques remarques concernant le
calcul des probabilités conditionnelles.
pPB qC “ PBXC .
À titre d’exemple, voici la formule des probabilités totales pour une probabilité conditionnelle : pAi qiPI
étant un système complet au plus dénombrable tel que pour tout i P I PC pAi q ‰ 0, on a :
ÿ
PpB | Cq “ PpAi | CqPpB | C X Ai q.
iPI
Avertissement 14.3.7
Attention, on ne peut pas définir de notion d’événement conditionnel. Ce n’est pas l’événement qui est
conditionnel, mais sa réalisation. Ainsi, si vous adoptez la démarche générale de rédaction :
‚ ne décrivez pas l’événement conditionnel (cela n’a pas de sens), mais donnez bien une condition
nécessaire et suffisante de réalisation, conditionnellement à un certain événement :
« Sachant que B est réalisé, A est réalisé si et seulement si ... »
‚ Gardez-vous bien de transcrire cette phrase de manière ensembliste ; cela vous amènerait inévitable-
ment à considérer des « événements conditionnels ». Sautez cette étape et passez directement aux
probabilités. Vous pouvez transcrire votre phrase de façon ensembliste à l’intérieur des probabilités,
la condition étant alors précisée non pas au niveau des ensembles, mais au niveau de la probabilité.
Avertissement 14.3.8
L’indépendance est une notion dépendant de la mesure de probabilité. Ce n’est pas parce que A et B sont
indépendants (lorsqu’on dit cela, on sous-entend l’indépendance pour la mesure de probabilité totale P)
III Bilan des méthodes calculatoires en probabilités 231
Exemple 14.3.9
On effectue 3 tirages à Pile ou Face indépendants. L’événement C est réalisé si et seulement si on obtient
exactement 1 Pile lors des tirages 1 et 2, A de même avec les tirages 2 et 3. et B de même avec les tirages
1 et 3.
Les événements A et B sont indépendants pour P, mais pas pour PC .
232 CHAPITRE 14. ESPACES PROBABILISÉS
15
Variables aléatoires discrètes
Dans ce chapitre, sauf mention contraire, pΩ, T , Pq désigne un espace probabilisé quelconque.
La situation à laquelle vous serez le plus fréquemment confrontés est celle d’une variable aléatoire discrète à
valeurs réelles (variable aléatoire réelle), ou à valeurs dans Rn (on parle de vecteur aléatoire, c’est équivalent à
la donnée de n variables aléatoires réelles) mais on peut définir une variable aléatoire discrète à valeurs dans
n’importe quel ensemble E.
La définition d’une variable aléatoire X générale (non discrète) dépasse en revanche le cadre du programme, et
nécessite un cadre un peu plus précis : l’ensemble E dans lequel X prend ses valeurs doit lui-même être muni
d’une tribu, et X doit vérifier une propriété de « mesurabilité », qui est en quelque sorte un respect des tribus,
comme la continuité est le respect des topologies.
@A P PpEq, X ´1 pAq P T .
Ÿ Éléments de preuve.
C’est la stabilité par union finie ou dénombrable, du fait que XpΩq X A est fini ou dénombrable. Ź
234 CHAPITRE 15. VARIABLES ALÉATOIRES DISCRÈTES
Remarque 15.1.5
Les notations pX P Aq et tX P Au figurent toutes deux dans le programme, contrairement à rX P As, qui
est néanmoins largement présente dans beaucoup d’ouvrages (en particulier pour les événements rX “ xs).
Nous laisserons désormais de côté cette notation.
Ÿ Éléments de preuve.
‚ f pXq´1 ptyuq est une union au plus dénombrable de X ´1 ptxuq.
‚ f : XpΩq Ñ f pXqpΩq est une surjection, et XpΩq est au plus dénombrable.
Ź
On en déduit :
Ÿ Éléments de preuve.
2 et 4 s’obtiennent en composant pX, Y q par la somme ou le produit. Ź
I Loi d’une variable aléatoire discrète 235
Proposition 15.1.10
Soit X une variable aléatoire discrète sur pΩ, T , Pq à valeurs dans E. Alors
‚ la famille ptX “ xuqxPXpΩq est un SCE d’événements ;
‚ la famille pPpX “ xqqxPXpΩq est une distribution de probabilités.
Ÿ Éléments de preuve.
Le premier point est de la vérification facile (c’est en fait la partition associée à une surjection
Le deuxième point et la σ-additivité utilisée sur le SCE précédent. Ź
Remarque 15.1.12
Au besoin, il est possible de définit P sur l’espace probabilisable pF, PpF qq, pour tout ensemble F tel que
XpΩq Ă F , en prolongeant la mesure de probabilité pP pX “ xqqxPXpΩq , en posant
#
PpX “ xq si x P XpΩq
px “
0 sinon.
Cela permet par exemple de définir PX sur pE, PpEqq tout entier.
Ÿ Éléments de preuve.
Écrire A comme union de singletons. Ź
Remarque 15.1.14
En définissant PX sur pE, PpEqq, on peut plus généralement écrire
ÿ ÿ
@A P PpEq, PX pAq “ PpX P Aq “ PpX “ xq “ PpX “ xq,
xPA xPAXXpΩq
@x P S1 “ S2 , P1 pX “ xq “ P2 pY “ xq.
Exemple 15.1.16
Si X “ Y presque sûrement (i.e. il existe Ω1 Ă Ω tel que PpΩ1 q “ 1 et pour tout ω P Ω1 , Xpωq “ Y pωq),
alors X „ Y .
Remarque 15.1.17
1. Contrairement à l’exemple précédent, la relation X „ Y ne nécessite pas que X et Y soient définis
sur le même espace probabilisé.
2. La relation „ est clairement réflexive, symétrique et transitive. Mais dans le cadre du programme, il
est un peu abusif d’en déduire que c’est une relation d’équivalence, car son « domaine » de définition
n’est pas très bien défini. Il n’est pas clair que l’ « ensemble » des variables aléatoires discrètes soit
bien un ensemble, car, même en fixant E, la relation nécessite de faire varier Ω. Or, la collection
des ensembles n’est pas un ensemble.
On peut bien évidemment aussi définir des lois conditionnelles. En effet, la définition d’une variable aléatoire
X : Ω Ñ E n’implique que l’espace probabilisable pΩ, T q, et non l’espace probabilisé pΩ, T , Pq. Ainsi, étant
donné un événement B P T , on peut munir pΩ, T q de la mesure de probabilité conditionnelle PB et définir la
loi de la variable X en référence à l’espace probabilisé pΩ, T , PB q. Concrètement, la loi conditionnelle de X est
donc définie par la distribution de probabilités
´1 .
Pf pXq “ PX ˝ fy
2. En particulier, ÿ
@x P f pXpΩqq, Ppf pXq “ xq “ PpX “ yq.
y|f pyq“x
yPXpΩq
Ÿ Éléments de preuve.
Ź
I Loi d’une variable aléatoire discrète 237
Pour éviter l’abus de notations techniques stériles, nous donnons les définitions dans le cas de couples de vriables
aléatoires, elles s’étendent facilement au cas de vecteurs aléatoires à davantage de coordonnées.
Pour commencer, on peut remarquer que si pX, Y q est une couple de variables aléatoires réelles discrètes, et
V “ pX, Y q, alors
V pΩq Ă XpΩq ˆ Y pΩq.
De la même façon, on parle de la loi conjointe, et de la k-ième loi marginale d’un n-uplet pX1 , . . . , Xn q.
De façon évidente :
De façon similaire, la k-ième loi marginale d’un n-uplet pX1 , . . . , Xn q s’obtient en sommant sur toutes les valeurs
possibles prises par les n ´ 1 autres variables aléatoires.
Avertissement 15.1.25
Les lois marginales sont déterminées par la loi conjointe, mais la réciproque est fausse : les lois marginales
ne déterminent pas la loi conjointe !
Exemple 15.1.26
Soit une urne contenant 1 boule blanche, 1 boule noire. On effectue un tirage, avec équiprobabilité. On
note X1 , Y1 et X2 les trois variables (égales l’une à l’autre) égales à 1 si on tire la boule noire, et 0 sinon.
On note Y2 la variable égale à 1 si on tire la boule blanche, et 0 sinon. Alors, les lois marginales de pX1 , Y1 q
et de pX2 , Y2 q sont les mêmes, pourtant les lois conjointes sont distinctes.
(iii) Pour tout px, yq P XpΩq ˆ Y pΩq, les événements tX “ xu et tY “ yu sont indépendants, i.e.
Remarques 15.1.28
1. Conformément à la remarque faite lors de la définition de la loi d’une variable aléatoire, on peut se
contenter de considérer pA, Bq P PpXpΩqq ˆ PpY pΩqq.
2. Si X K
K Y , les lois marginales de X et Y déterminent la loi conjointe !
(iii) pour toute famille pxk qkPK telle que pour tout k P K, xk P Xk pΩq, les événements tXk “ xk u, k P K,
sont indépendants ;
(iv) pour tout J P Pf pKq et toute famille pxj qjPJ telle que pour tout j P J, xj P Xj pΩq,
˜ ¸
č ź
P tXj “ xj u “ PptXj “ xj uq.
jPJ jPJ
Dans ce cas, on dit que les variables aléatoires Xk , k P K, sont indépendantes (ou mutuellement indépen-
dantes).
Ÿ Éléments de preuve.
Démonstration un peu technique, en exprimant tout en fonction des répartitions de probabilités des Xi . Ź
Par récurrence, on en déduit la version générale, qu’on exprime volontairement sous une forme un peu lâche.
Ÿ Éléments de preuve.
Le cas K infini et I fini s’obtient par récurrence à partir du lemme des 2 coalitions (seul un nombre fini de
Xk intervenant, puisque les parts Ki sont finies)
Le cas I infini provient alors du fait que l’indépendance d’une famille équivaut à l’aindépendance de toutes
ses sous-familles finies. Ź
On admet le résultat suivant, qui permet d’assurer l’existence d’espaces probabilisés modélisant des situations
un peu complexes, notamment infinies. Par exemple, la modélisation précise d’une succession infinie de tirages
à Pile ou Face indépendants n’est pas chose facile. L’univers Ω est naturellement t0, 1uN , mais cet ensemble est
en bijection avec R, et le munir de la tribu PpΩq ne permet pas ici de modéliser correctement le tirage à pile ou
face.
En effet, on peut montrer que toute mesure de probabilité sur pR, PpRq, Pq est déterminée par une répartition
de probabilités discrète. Or, pour tout ω P Ω, on obtient alors dans cet espace probabilisé Ppωq “ 0 (par le
même calcul que la probabilité de n’obtenir que des Piles). Ceci contredit le fait que P soit déterminée par une
répartition de probabilités discrète.
La construction d’un modèle convenable est difficile, et n’est pas un objectif du programme. Nous utiliserons
donc le théorème suivant, admis, pour justifier l’existence d’un modèle convenable.
@n P N, PXn “ Pn .
Ÿ Éléments de preuve.
Démonstration hors-programme. Ź
Il est fréquent, pour étudier les caractéristiques d’une expérience, de la répéter une infinité de fois dans les
mêmes conditions, de façon indépendante, et d’observer le résultat sous forme de valeur prise par une variable
aléatoire.
Si les Xi suivent une loi classique, on dira, par exemple, que pXn qnPN est une suite i.i.d. de variables suivant
une loi binomiale Bpn, pq.
En appliquant cela à une loi de Bernoulli Bppq, on obtient l’existence d’un espace probabilisé modélisant une
succession infinie de tirages (éventuellement déséquilibrés) à Pile ou Face
II Espérance et variance
On étend les définitions vues en première année au cas des variables discrètes.
Dans toute cette section,
‚ pΩ, T , Pq désigne un espace probabilisé qu’on ne réintroduira pas à chaque énoncé ;
‚ sauf mention explicite du contraire, les variables sont définies sur pΩ, T , Pq, et à valeurs dans R ou C.
Remarque 15.2.2
Si `8 P XpΩq :
‚ si PpX “ `8q ą 0, alors EpXq “ `8 ;
‚ si PpX “ `8q “ 0, alors X a même espérance que sa restriction à Ω1 “ ΩztX “ `8u
Plus généralement,
Remarque 15.2.4
Une variable aléatoire X positive peut admettre une espérance infinie même si X ne prend que des valeurs
finies.
Exemple 15.2.5
6
XpΩq “ N˚ et @n P N˚ , PpX “ nq “
π 2 n2
Dans le cas de variables à valeurs dans N, on dispose d’une autre description possible de EpXq.
Remarque 15.2.9
Il arrive souvent que l’ensemble dénombrable XpΩq soit énuméré, c’est-à-dire décrit sous forme d’une suite
pxn qnPN . La condition d’existence d’une espérance finie équivaut dans ce cas à la convergence absolue de
ř
la série xn PpX “ xn q.
On prendra garde au fait que la semi-convergence n’est pas suffisante pour assurer la sommabilité.
En effet, comme on l’a vu, la valeur de la somme est dans ce cas fortement dépendante de l’ordre de
sommation. Or l’ordre de sommation défini par l’énumération pxn qnPN est purement arbitraire, et n’a pas
de raison d’être privilégié par rapport à un autre.
Exemple 15.2.10
6
XpΩq “ tp´1qn n, n P N˚ u, et : @n P N˚ , PpX “ p´1qn nq “ .
π 2 n2
Remarque 15.2.11
Lorsque X ě 0, X P L1 ðñ EpXq ă `8.
En revanche, lorsque X n’est pas positive, cela n’a pas de sens de donner une valeur infinie à EpXq.
Comme dans le cas positif, on peut comparer l’espérance de deux variables de même loi.
Ÿ Éléments de preuve.
Partir de l’espérance de f pXq, et, par propriété d’associativité positive, regrouper les valeurs de x selon les
parts tf pXq “ yu. Ź
II Espérance et variance 243
Exemple 15.2.15
Si X est une variable discrète réelle. En cas de sommabilité,
ÿ
EpX k q “ xk PpX “ kq.
xPXpΩq
Remarque 15.2.16
Si pX, Y q est un couple de variables aléatoires définies sur E et F respectivement, et f : E ˆ F Ñ C,
on peut considérer pX, Y q comme une variable aléatoire à valeurs dans E ˆ F , ce qui permet d’utiliser la
formule de transfert : f pX, Y q admet une espérance finie ssi pf px, yqPpX “ x, Y “ yqqpx,yqPXpΩqˆY pΩq est
sommable. Dans ce cas,
ÿ
Epf pX, Y qq “ f px, yqPpX “ x, Y “ yq.
px,yqPXpΩqˆY pΩq
X P L1 ðñ Ep|X|q ă `8,
et dans ce cas,
|EpXq| ď Ep|X|q.
Ÿ Éléments de preuve.
Théorème de transfert, appliqué à f : px, yq ÞÑ λx ` y, puis manipulations simples de somme et expression
des lois marginales en fonction de la loi conjointe. Ź
La propriété de positivité de la proposition suivante a déjà été démontré.
244 CHAPITRE 15. VARIABLES ALÉATOIRES DISCRÈTES
Ÿ Éléments de preuve.
Dire que X ě Y ps signifie qu’il existe Ω1 Ă Ω tel que PpΩ1 q “ 1 et @ω P Ω1 , Xpωq ě Y pωq. Ź
EpXY q “ EpXqEpY q.
Par récurrence immédiate, si X1 , . . . , Xn sont des variables indépendantes et L1 , alors X1 ¨ ¨ ¨ Xn est aussi L1 ,
et
n
ź
EpX1 . . . Xn q “ EpXk q.
k“1
‚ On dit que X admet un moment d’ordre 2 fini (et on note X P L2 ) si EpX 2 q ă `8.
Ÿ Éléments de preuve.
XY P L1 s’obtient en majorant |XY |. Ensuite, développer EppλX ` Y q2 q. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Prendre Y “ 1. Ź
‚ Dans l’inégalité précédente, le cas d’égalité est obtenu si et seulement si X et Y sont colinéaires
presque sûrement, donc s’il existe des constantes λ et µ réelles telles que λX ` µY „ 0.
Ÿ Éléments de preuve.
C’est l’inégalité de Cauchy Schwarz pour la forme bilinéaire symétrique positive pX, Y q ÞÑ EpXY q définie
sur L2 pΩ, Rq.
On rappelle que l’inégalité de Cauchy-Schwarz pour une forme bilinéaire symétrique positive φ peut être
obtenue sans l’hypothèse de séparation, et que le cas d’égalité est alors obtenu pour le couple px, yq si et
seulement s’il existe λ et µ tels que φpλx ` µy, λx ` µyq “ 0. Ź
Afin d’alléger les énoncés, nous ne rappelons plus par la suite à chaque fois que les vaiables consédérées sont
réelles discrètes (ce que nous sous-entendrons par l’écriture X P L2 que nous n’avons définie que dans ce cas).
‚ l’écart type de X : a a
σpXq “ VpXq “ EppX ´ EpXqq2 q.
VpaX ` bq “ a2 VpXq.
Il arrive souvent, de normaliser les variables aléatoires, afin de pouvoir les comparer. Il faut dans ce cas à la fois
normaliser la valeur moyenne et la dispersion.
X ´ EpXq
X˚ “ .
σpXq
Ÿ Éléments de preuve.
Analyse synthèse par linéarité de E et quadraticité de V. Ź
II.5 Covariance
Pour l’instant, contrairement au cas de l’espérance, nous n’avons pas donné de moyen de calculer la variance
d’une somme. Nous avons en effet besoin pour cela d’un outil supplémentaire, qui nous permet de mesurer la
dépendance entre deux variables.
En effet on comprend bien que la variance de X ` Y va fortement dépendre de la corrélation entre X et Y .
Pour prendre deux cas extrêmes, supposons que X et Y suivent une même loi symétrique par rapport à 0 :
‚ si X “ Y , on aura alors VpX ` Y q “ Vp2Xq “ 4VpXq ;
‚ si X “ ´Y , on aura alors VpX ` Y q “ 0.
Ainsi, la seule donnée des lois de X et Y ne peut pas suffire à déterminer VpX ` Y q. La covariance covpX, Y q
va nous permettre de mesurer la propension de deux variables à évoluer de façon parallèle ou opposée.
Ÿ Éléments de preuve.
Assez immédiat par linéarité de l’espérance. Ź
Avertissement 15.2.37
La réciproque de la dernière propriété est fausse : il existe des variables décorrélées, mais non indépendantes.
Voir les exercices pour des exemples.
Les propriétés 2, 3 et 4 permettent d’affirmer que cov est une forme bilinéaire symétrique positive, de forme
quadratique associée égale à la variance. En particulier, on dispose d’une deuxième inégalité de Cauchy-Schwarz :
Remarque 15.2.39
Sans être explicitement au programme, cette inégalité peut être considérée comme étant au programme,
puisqu’il ne s’agit de rien d’autre que l’inégaliét de Cauchy-Schwarz pour l’espérance appliquée aux va-
riables centrées X ´ EpXq et Y ´ EpY q.
Cette formule est dans notre contexte surtout utilisée pour calculer la variance d’une somme à l’aide des
covariances. Nous la reexprimons donc de la façon suivante :
248 CHAPITRE 15. VARIABLES ALÉATOIRES DISCRÈTES
2. Si de plus X K
K Y , alors VpX ` Y q “ VpXq ` VpY q.
En utilisant la propriété de bilinéarité généralisée, on obtient de même l’expression de la variance d’une somme
de n terme :
Proposition 15.2.42 – Variance de X1 ` ¨ ¨ ¨ ` Xn
1. Soit X1 , . . . , Xn P L2 ; alors X1 ` ¨ ¨ ¨ ` Xn P L2 et :
ÿ
VpX1 ` ¨ ¨ ¨ ` Xn q “ VpX1 q ` ¨ ¨ ¨ ` VpXn q ` 2 ¨ covpXi , Xj q.
1ďiăjďn
Ainsi, la variance est la somme des coefficients de la matrice des variances-covariances. Ce point de vue simplifie
souvent les manipulation sommatoires, notamment lorsque l’expression des covariances suit un motif en diago-
nales (constante sur chaque diagonale par exemple). Les considérations combinatoires déviennent plus évidentes
sur la représentation matricielle.
Remarque 15.3.5
Si R ą 1, le point 2 est redondant. En revanche, il apporte une information nouvelle si R “ 1.
Les fonctions génératrices donnent un outil calculatoire efficace d’étude des variables aléatoires. En particulier,
elle permet de reconnaître et comparer des variables aléatoires. En effet :
La fonction génératrice donne également un accès direct à l’espérance, et presque directe à la variance.
Ÿ Éléments de preuve.
‚ Si le rayon R de la série génératrice vérifie R ą 1, R est aussi le rayon de la série dérivée, et cela résulte
des propriétés de dérivation des séries entières.
‚ Sinon, le résultat est un corollaire du théorème 13.2.15 (la dérivabilité correspond dans ce cas à la
dérivabilité à gauche)
Comme le théorème 13.2.15 n’est pas explicitement au programme, on rappelle que le sens direct piq ùñ
piiq est une application simple du théorème d’Abel radial. La démonstration du sens réciproque piiq ùñ
piq n’est pas exigible.
Ź
250 CHAPITRE 15. VARIABLES ALÉATOIRES DISCRÈTES
Ÿ Éléments de preuve.
X P L2 ssi XpX ´ 1q P L1 . Cela correspond, par formule de transfert, à la dérivée seconde de la série
génératrice.
Ensuite utiliser la formule de König-Huygens. Ź
Une dernière propriété importante est l’accès facile à la loi d’une somme de variables indépendantes.
Ÿ Éléments de preuve.
Le point 1 par produit de Cauchy. Le point 2 par récurrence. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
C’est juste pour refaire le calcul avec la fonction génératrice, qui donne une version plutôt plus compliquée
ici que la méthode directe. Ź
Pour tout ensemble fini E, on note plus généralement X „ UpEq pour une v.a.r. suivant la loi uniforme sur X,
c’est-à-dire une v.a.r. telle que :
1
@x P E, PpX “ xq “ .
|E|
Plus généralement, si X est une variable suivant une loi uniforme sur l’ensemble Ja, bK, elle vérifie :
a`b pb ´ a ` 1q2 ´ 1
EpXq “ et VpXq “ .
2 12
Ÿ Éléments de preuve.
Un peu trivial... Mais le vérifier aussi avec la série génératrice. Ź
Une expérience telle que décrite dans la proposition précédente est usuellement appelée « expérience de Ber-
noulli ».
Remarque 15.3.17
Toute variable aléatoire prenant ses valeurs dans t0, 1u est une variable de Bernoulli, à condition d’élargir
la définition en acceptant de considérer les cas dégénérés p “ 0 et p “ 1.
De façon équivalente, si une variable aléatoire à valeurs dans N a une fonction génératrice affine, alors il
s’agit d’une variable de Bernoulli (avec cette dafinition étendue).
252 CHAPITRE 15. VARIABLES ALÉATOIRES DISCRÈTES
n ˆ ˙
ÿ n k
Ceci définit bien une loi de probabilités. En effet : p p1 ´ pqn´k “ pp ` p1 ´ pqqn “ 1.
k“0
k
Un calcul élémentaire (fait en MPSI) amène :
Ÿ Éléments de preuve.
La série génératrice se calcule par la formule du binôme. Dériver pour obtenir l’espérance et la variance. Ź
Ainsi, la valeur `8 n’est pas pertinente dans la description de la loi, et on peut définir la loi générique de X
sans la valeur infinie.
Définition 15.3.22 – Loi géométrique
On dit que X suit une loi géométrique de paramètre p Ps0, 1r, si pX P N˚ q est presque sûr, et
On note X „ Gppq.
Ÿ Éléments de preuve.
On présente le calcul de l’espérance de X par fonction génératrice et par calcul direct. Ź
λn
XpΩq “ N et @n P N, PpX “ nq “ e´λ ¨ .
n!
D’après les résultats sur les séries exponentielles, cela définit bien une loi de probabilité. De plus :
λk
@k P N, PpXn “ kq ÝÑ e´λ .
k!
On dit que la suite pXn q converge en loi vers une loi de Poisson de paramètre λ.
Remarque 15.3.28
Pour cette raison, la loi de Poisson modélise le nombre de succès lorsque le succès est un événement rare
(i.e. de petite probabilité) et que la population est très grande.
Une situation typique est l’affluence (à un magasin, à un parc d’attraction etc), lors d’un laps de temps
donné (par exemple une journée, dans une population très grande. Chaque individu de la population a
une probabilité p très faible d’aller à ce lieu lors d’une journée donnée, et la population N est très grande.
Ainsi, la loi BpN, pq représentant l’affluence au lieu donné pendant la période donnée est assez voisine de
la loi PpN pq. Ainsi, en posant λ “ N p, la loi de Poisson Ppλq est une bonne modélisation de l’affluence.
Ÿ Éléments de preuve.
Se comprend bien par l’expérience. Assez immédiat par fonctions génératrices. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Même principe de calcul. Ź
IV Inégalités probabilistes
Pour terminer, nous généralisons au cas de variables discrètes les inégalités de Markov et de Bienaymé-Tchebychev
vues en MPSI pour les varables finies.
EpXq
PpX ě aq ď .
a
Ÿ Éléments de preuve.
Par croissance de E, en remarquant que X ě a1tXěau . Ź
EpX 2 q
Pp|X| ě εq ď .
ε2
Ÿ Éléments de preuve.
Si EpX 2 q ‰ 0, appliquer ce qui précède à X 2 . Et sinon ? Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Inégalité de Markov quadratique appliquée à... Ź
IV Inégalités probabilistes 255
Un des exemples les plus importants de convergence en probabilité est celle qui résulte du calcul de la moyenne
obtenue lors d’une répétition de variables aléatoires.
` ˘ σ2
@ε ą 0, @n P N˚ , P |Zn ´ m| ě ε ď 2 .
nε
Ÿ Éléments de preuve.
Inégalité de B-T appliquée à Zn dont on sait facilement déterminer l’espérance et la variance. Ź
L’objectif de ce chapitre est l’étude de propriétés généralisant la dérivation, dans le cadre de fonctions définies
sur un e.v.n. de dimension finie E.
En MPSI, vous avez par exemple étudié le cas de fonctions de 2 variables, c’est-à-dire de fonctions f : Ω Ñ K
où K “ R ou C, et Ω est un ouvert de R2 . Tout élément de Ω peut être décrit dans la base canonique sous
forme d’un couple px, yq P Ω, ce qui permet de considérer une telle fonction comme une fonction de 2 variables
réelles x et y. On a notamment vu dans ce cadre comment définir des dérivées partielles, et plus généralement
des dérivées selon un vecteur.
On comprend facilement comment généraliser pour des fonctions de n variables, c’est à dire définies sur un
ouvert Ω de Rn et à valeurs dans K, ou plus généralement, à valeurs dans un K-e.v.n. F .
De façon encore plus générale, on peut se demander si on peut s’affranchir de ce cadre très rigide de Rn pour la
variable de départ, c’est-à-dire si on peut directement considérer des fonctions de Ω dans F , où Ω est un ouvert
d’un R-e.v.n. E, et F est un K-e.v.n..
La notion de dérivée selon un vecteur se définit alors de même, et, si on est en dimension finie, est indépendante
du choix des normes. Les dérivées partielles correspondent à des dérivées selon certains vecteurs particuliers
formant une base de E. Les dérivées partielles peuvent donc se définir de façon plus générale en référence à une
base de E.
Le point de vue des dérivées partielles est pratique d’un point de vue calculatoire, mais donne souvent un
point de vue un peu trop partiel et morcelé sur la fonction f étudiée. Il peut être intéressant de regrouper
les informations. Dans ce but, nous définirons la notion de différentielle en un point a, qui est un objet qui
regroupe toutes les dérivées directionnelles en un point. Plus précisément, la différentielle de f au point a est
(sous réserve d’existence et de linéarité) l’application qui à tout vecteur ⃗u de E associe le vecteur dérivé en a
selon la direction de ⃗u.
Cette notion de différentielle permet d’avoir des formules beaucoup plus compactes et naturelles que celles
provenant de l’étude des dérivées partielles, et surtout, elle permet de s’affranchir de la donnée d’une base.
Dans tout le chapitre, K désigne le corps R ou C, E est un R-e.v.n. (nécessairement réel) de dimension finie,
F un K-e.v.n. de dimension finie, et Ω un ouvert de E. Dans certains contextes liés à l’optimisation (recherche
d’extrema), il pourra cependant être intéressant de considérer des fonctions définies sur un fermé, ou même sur
un compact, afin d’assurer l’existence d’extrema globaux.
258 CHAPITRE 16. CALCUL DIFFÉRENTIEL ET OPTIMISATION
Remarque 16.1.2
Le terme d’erreur sera toujours contrôlé par une fonction à valeur dans R, et non une fonction vectorielle.
Alors
‚ f pxq “ opgpxqq si et seulement si pour tout i P J1, nK, fi pxq “ opgi pxqq ;
x0 x0
‚ f pxq “ Opgpxqq si et seulement si pour tout i P J1, nK, fi pxq “ Opgi pxqq ;
x0 x0
Ÿ Éléments de preuve.
Écrire α avec ses coordonnées, et utiliser la norme } ¨ }B,8 . Ź
Exemples 16.1.4
¨ ˛
t
1. ˝ t2 ‚ “ opt3 q
˚ ‹
`8
lnptq
˜ ¸ ˜ ¸
et sinptq 1`t t
2. 1 “ ` Opt2 q.
1`t Arctanptqq 0 1´t t
n
ÿ Ak
3. Pour A P Mn pCq, eA “ ` op~A~n q.
AÑ0
k“0
k!
I Compléments sur les fonctions vectorielles 259
La situation la plus fréquente sera le cas d’un terme d’erreur en }x}α , x étant une variable de l’e.v.n. E de
dimension finie.
Lemme 16.1.5 – Invariance vis-à-vis de la norme en dimension finie
Soit E de dimension finie et } ¨ }1 et } ¨ }2 deux normes quelconques sur E. Soit D Ă E et f : E Ñ F , et
x0 P F . Soit α P R. Alors
f pxq “ op}x}α α
1 q ðñ f pxq “ op}x}2 q
xÑx0 xÑx0
et
f pxq “ Op}x}α α
1 q ðñ f pxq “ Op}x}2 q.
xÑx0 xÑx0
Lorsque F “ R ou C, on peut former des quotients, et on retrouve la caractérisation usuelle, généralisée au cas
d’une variable vectorielle.
Proposition 16.1.7 – Caractérisation de o par le quotient
Si g : D Ñ R ne s’annule pas au voisinage de x0 , les propositions suivantes sont équivalentes:
(i) f pxq “ opgpxqq ;
x0
f pxq
(ii) ÝÑ 0.
gpxq xÑ0
Les propriétés opératoires sur les o et O sont les mêmes que dans le cas réel (sommation, transitivité etc).
f pxq ´ f paq
τx0 f pxq “
x´a
admet une limite finie ℓ P F lorsque x tend vers a. Le vecteur dérivé en a est alors défini par :
La deuxième limite est prise en considérant h P I ´ x0 “ tx ´ x0 , x P Iu. Ainsi, si x0 est la borne inférieure de
I, il s’agit d’une limite lorsque h tend vers 0` .
260 CHAPITRE 16. CALCUL DIFFÉRENTIEL ET OPTIMISATION
f pyq ´ f pxq
@x P I, f 1 pxq “ lim .
yÑx y´x
Exemples 16.1.11
1. Dérivée de f : t ÞÑ tX0 , X0 P K.
2. Plus généralement, dérivée de f : t ÞÑ gptqX0 , g : I Ñ R étant une fonction dérivable en a , et X0
un vecteur de F .
3. Dérivée de t ÞÑ ei t .
la décomposition de f suivant ses composantes sur la base B. Les propositions suivantes sont équivalentes:
(i) f est dérivable en x0 ;
(ii) pour tout i P J1, nK, fi est dérivable en x0 .
Dans ce cas, on a
n
ÿ
f 1 px0 q “ fi1 px0 qbi .
i“1
Ÿ Éléments de preuve.
Former le taux d’accroissement coordonnée par coordonnée, et utiliser la caractéristique similaire pour les
limites. Ź
La caractérisation par les coordonnées permet de montrer qu’en définissant la dérivabilité à gauche et à droite
comme dans le cas d’une fonction réelle, et en utilisant la caractérisation de la dérivée par les dérivées à gauche
et à droite sur chacune de coordonnée, cela permet d’obtenie une caractérisation similaire dans le cas vectoriel.
2. Si φ : J Ñ I est une fonction réelle dérivable, et f : I Ñ F une fonction vectorielle dérivable, alors
Ÿ Éléments de preuve.
Voir coordonnées par coordonnées. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
La caractérisation précédente nous ramène au cas des fonctions d’une variable. On peut aussi utiliser
directement la propriété suivante (DL à l’ordre 1, qu’on peut ensuite restreindre à l’ordre 0). Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Caractérisation de o par quotient, puisque h ne s’annulle pas au voisinage épointé de 0. Ou encore, se
ramener la la dérivabilité coordonnée par coordonnée. Ź
On donne une première conséquence, qui est plutôt un exemple, suffisamment important pour qu’il soit un
résultat du cours (il servira pour l’étude des équations différntielles).
@t P R, f 1 ptq “ A exppAtq.
Une autre conséquence de la caractérisation par les DL est l’interprétation du vecteur dérivé en terme d’ap-
proximation de la trajectoire.
Exemple 16.1.20
Décrire la trajectoire, et la vitesse instantanée d’un point, dont la position est définie pour t P R` par
Ÿ Éléments de preuve.
Voir dans une base. Ź
On a encore f 1 : I Ñ F , et on peut donc étudier la dérivabilité de f 1 , et ainsi de suite, comme dans le cas réel.
Si f est dérivable p fois, on note f pkq sa dérivée d’ordre k.
Ÿ Éléments de preuve.
Ces propriétés sont bien connues pour les fonctions à valeurs réelles. S’y ramener en travaillant sur les
coordonnées. Ź
II Dérivées partielles et différentielles 263
Remarque 16.2.2
1. La fonction partielle fa,⃗u est bien définie au voisinage de 0, car Ω est ouvert.
2. La flèche sur ⃗u est présente ici uniquement pour faire remarquer que c’est la structure affine naturelle
de E qui est en jeu ici. Les éléments de E jouent donc un rôle double de points et de vecteurs. Les
éléments en lesquels f est évalué correspondent plutôt à des points, alors que ⃗u donne une direction
de translation, et doit plutôt être considéré comme un vecteur. La fonction fa,⃗u correspond plus ou
moins, après reparamétrage, à la restriction de f à la droite affine passant par a et dirigée par le
vecteur ⃗u.
1 f pa ` t⃗uq ´ f paq
D⃗u f paq “ fa,⃗
u p0q “ lim P F.
tÑ0 t
Remarque 16.2.4
1. Dans la suite, afin d’alléger les notations, on omettra la flèche sur u, en notant simplement Du f paq.
2. L’existence d’une dérivée selon u en a n’implique pas l’existence de dérivées selon d’autres vecteurs
non colinéaires ; en revanche, si v ‰ 0 est colinéaire à u, l’existence de Du f paq équivaut à celle de
Dv f paq, et on peut relier les deux quantités.
Exemple 16.2.5
Étudier l’existence des dérivées en 0 selon u P R2 de f : R2 Ñ R définie par
Ÿ Éléments de preuve.
Revenir à la définition par taux d’accroissement. Ź
Avertissement 16.2.8
L’existence de toutes les dérivées directionnelles en a n’est pas suffisante pour assurer la continuité en a
Figure 16.1 – Une fonction non continue en p0, 0q mais y admettant des dérivées selon toute direction
On obtient facilement, du fait de la possibilité de choisir la norme qu’on veut (en dimension finie) et donc
notamment par exemple la norme } ¨ }B,8 que :
‚ f est continue en x ssi f˜ est continue en rxsB ;
‚ f admet en x une dérivée partielle selon bk ssi f˜ admet en rxsB une dérivée partielle selon ek
(vecteur de la base canonique), et alors
Notation 16.2.12
Bf
Lorsque Ω est un ouvert de Rn , on note aussi paq la k-ième dérivée partielle par rapport à la base
Bxk
canonique. Ainsi, pour a “ pa1 , . . . , an q, sous réserve d’existence,
Bf f pa1 , . . . , ak ` t, . . . , an q ´ f pa1 , . . . , an q
paq “ lim .
Bxk tÑ0 t
On l’appelle aussi dérivée partielle par rapport à la k-ième variable.
B f˜
px1 , . . . , xn q “ Dek pf˜qpx1 , . . . , xn q “ BB,k f pxq.
Bxk
Notation 16.2.14
Après avoir fixé la base B et identifié f à f˜, on pourra donc aussi identifier la k-ième dérivée partielles par
rapport à la base B à la dérivée partielle par rapport à la k-ième variable de f˜, et on s’autorisera à écrire,
s’il n’y a pas d’ambiguïté sur la base :
Bf
Bk f paq “ paq.
Bxk
Par ailleurs, il arrive souvent, dans le cadre d’une application d’un ouvert de Rn dans Rp (situation à laquelle
on se ramène par choix de bases), de travailler coordonnée par coordonnée. Dans ce cadre, on est ramené au
calcul de dérivées partielles d’une fonction à valeurs dans R :
et dans ce cas, ˆ ˙
Bf Bf1 Bfp
paq “ paq, . . . , paq .
Bxk Bxk Bxk
Par ailleurs, on rappelle comment, concrètement, calculer les dérivée partielles d’une fonction dont on connaît
l’expression :
Méthode 16.2.16 – Calcul d’une dérivée partielle
Soit f une application de Ω Ă Rn dans R (ce à quoi on peut se ramener d’après toutes les propriétés
précédentes d’identification ou de travail par coordonnées). Pour calculer la dérivée partielle par rapport
à xk , on utilise les règles usuelles de calcul de la dérivée en utilisant l’expression de f , dans laquelle on
dérive par rapport à la variable xk , en considérant que toutes les autres variables sont des constantes.
Exemple 16.2.17
Calculer la dérivée partielle par rapport à x de f : px, y, zq ÞÑ pxy lnpx ` ez q, sinpxez q cospyqq.
Avertissement 16.2.18
L’existence des dérivées partielles par rapport à une base n’implique pas l’existence de dérivées selon toutes
les directions en un point a.
Figure 16.2 – Une fonction admettant des dérivées partielles en p0, 0q, mais pas de dérivée selon p1, 1q
Remarque 16.2.20
Cependant, sous des hypothèses supplémentaires de régularité, les dérivées partielles suffisent à retrouver
les dérivées directionnelles. Par exemple, dans le cas des fonctions de 2 variables, vous avez montré l’année
dernière que si f est de classe C 1 au voisinage de a (dans le sens
¨ où ses˛deux dérivées partielles existent et
Bf
˚ Bx pXq‹
sont continues au voisinage de a), alors, en notant ∇f pXq “ ˝ Bf ‚:
pXq
Bx
II Dérivées partielles et différentielles 267
Bf Bf
‚ pour tout u “ pux , uy q, Du f paq “ x∇f paq, uy “ ux paq ` uy paq,
Bx By
‚ au voisinage de a “ pax , ay q, en notant X “ px, yq,
Bf Bf
f pXq “ f paq ` px ´ ax q paq ` py ´ ay q paq ` op}X ´ a}q “ f paq ` xX ´ a, ∇f paqy ` op}X ´ a}q
Bx By
(formule de Taylor-Young)
II.2 Différentielles
En particulier, d’après la remarque clôturant le paragraphe précédent, les fonctions de 2 variables suffisamment
régulières se comportent à première approximation comme la fonction affine
X ÞÑ f paq ` xX ´ a, ∇f paqy ,
Ainsi, sous certaines conditions de régularité, la dérivée directionnelle en a est une application linéaire en la
direction, et permet de définir un développement limité à l’ordre 1.
C’est l’existence de cette approximation linéaire qui définit la notion de différentiabilité d’une application (tout
comme la dérivabilité d’une fonction d’une variable équivaut à l’existence d’un DL1 ).
2. Dans ce cas, l’application linéaire u vérifiant cette égalité est unique, est notée df paq, et est appelée
différentielle de f au point a, ou application linéaire tangente à f en a.
Remarque 16.2.22
Attention à bien comprendre les significations des différentes parenthèses. Si f est différentiable sur tout
Ω par exemple,
df : Ω Ñ LpE, F q
est une fonction qui à tout point de Ω associe une application liénaire, qui est la partie linéaire de l’ap-
proximation affine de f en a. Pour tout a,
df paq : E Ñ F
est donc une application linéaire, qu’on peut ensuite évaluer en h P E. Nous verrons plus loin que, comme
dans le cas d’une fonction de deux variables, df paq ¨ h est la dérivée directionnelle en a selon u.
268 CHAPITRE 16. CALCUL DIFFÉRENTIEL ET OPTIMISATION
Cette définition est à rapprocher de la caractérisation de la dérivabilité des fonctions d’une variable réelle par
le DL1 . D’ailleurs, cette caractérisation permet d’en déduire le rapport entre dérivée et diférentielle dans le cas
d’une fonction d’un intervalle I de R dans R.
Proposition 16.2.23 – Différentielle d’une application d’une variable réelle
Soit Ω un ouvert de R, f : Ω Ñ F et a P Ω. Alors f est différentiable en a si et seulement si f est dérivable
en a, et dans ce cas :
df paq : R ÝÑ F
h ÞÝÑ f 1 paq ¨ h
Cette proposition permet de voir la plupart des résultats suivants comme généralisation de la situation réelle
bien connue.
Méthode 16.2.24 – Montrer que f est différentiable, méthode 1
Pour montrer que f est différentiable en a et calculer sa différentielle, on peut effectuer un DL1 en a.
Exemples 16.2.25
sinpxq ´ 1
1. Différentiabilité et différentielle en p0, 2, 1q de la fonction définie sur R3 par f px, y, zq “ .
1`x´y´z
Þ M k , définie sur Mn pRq à valeurs dans Mn pRq
2. Différentiabilité en M et différentielle de M Ñ
3. Différentiabilité et différentielle en 0 de exp : Mn pRq Ñ Mn pRq.
Ÿ Éléments de preuve.
Par DL ! Remarquer que df paq est continue en 0 puisque linéaire en dimension finie. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Encore par DL. Ź
En effet, l’exemple 16.1 définit une fonction admettant des dérivées directionnelles mais non continue en 0, donc
non différentiable.
Définition 16.2.31 – Jacobienne d’une application de Ω Ă Rn dans Rp
Si E “ Rn et F “ Rp , la matrice de df paq relativement aux bases canoniques est appelée matrice jacobienne
de f en a, et notée Jf paq. Ainsi :
¨ Bf Bf1 ˛
1
¨¨¨
˚ Bx1 Bxn ‹
˚ . .. ‹
˚ ..
Jf paq “ ˚ . ‹ P Mp,n pKq,
‹
˝ Bf Bf ‚
p p
¨¨¨
Bx1 Bxn
où f “ pf1 , . . . , fp q.
Exemple 16.2.33
3
Étudier la différentiabilité en p0, 0q de f : px, yq ÞÑ x2x`y4 , prolongée par 0 en 0.
NB : en exercice, assurez-vous que trouver un DL1 de façon directe n’est pas aisé du tout !
Autrement dit, pour tout a P Ω, df paq est l’application linéaire nulle de E dans F .
df paq “ f.
270 CHAPITRE 16. CALCUL DIFFÉRENTIEL ET OPTIMISATION
Les notations dx, dy, etc, très utilisée par les physiciens notamment, peuvent être définies rigoureusement
comme des cas particuliers de la proposition précédente.
Ainsi, en tout a P E,
dxi paq “ pi i.e. @h P E, dxi paq ¨ h “ hi ,
où hi est la coordonnée selon bi de h sur la base B.
La notation dxi , bien qu’adhérente au programme et utile pour justifier les notations des physiciens, n’est pas
explicitement au programme.
II.3 Gradient
On généralise dans cette section la notion de gradient introduite l’année dernière dans le cadre de fonctions
de fonctions de deux variables réelles à valeurs dans R. Dans ce contexte, le gradient a été défini en un point
a comme le vecteur de R2 formé des deux dérivées partielles en a, autrement dit des deux dérivées selon les
vecteurs d’une base.
On pourrait définir le gradient de la même manière, par rapport à une base, mais c’est plus commode de
le définir sans référence à une base particulière. Pour cela, on se place dans le contexte où E est un espace
euclidien et F “ R, et on utilise le lemme suivant, qu’on a déjà utilisé pour justifier l’existence de l’adjoint d’un
endomorphisme.
tel que
@h P E, df paq ¨ h “ x∇f paq, hy .
Remarque 16.2.42
Si Ω Ă Rn et f : Ω Ñ R est différentiable en a, alors la jacobienne en a est
ˆ ˙
Bf Bf
Jf paq “ Matbc pdf paqq “ paq, . . . , paq P M1,n pRq.
Bx1 Bxn
∇f paq
max Du f paq ðñ u “
}u}“1 }∇f paq}
Ÿ Éléments de preuve.
C’est l’inégalité de Cauchy-Schwarz et son cas d’égalité, le choix du signe étant dicté par le fait que
D´u f paq “ ´Du f paq, par linéarité de df paq. Ź
Ainsi, en tout point de différentiabilité, le gradient indique la direction de plus forte pente.
Ÿ Éléments de preuve.
Revenir à la définition par DL. Ź
est différentiable en a, et
n
ÿ
@h P E, dM pf1 , . . . , fn qpaq ¨ h “ M pf1 paq, . . . , dfk paq ¨ h, . . . , fn paqq.
k“1
Ÿ Éléments de preuve.
Par DL et majoration de la forme multilinéaire (par continuité) Ź
Exemple 16.2.46
1. Soit f, g : Ω Ñ K, Ω Ă E. Exprimer la différentielle de f g.
2. Si f : Ω Ñ F avec F euclidien, et si f est différentiable en a, montrer que }f }2 est différentiable en
a et exprimer sa différentielle.
3. En particulier, si E est un espace euclidien, exprimer la différentielle en tout point de X ÞÑ }X}2 .
Remarque 16.2.48
C’est une généralisation de la dérivée d’un produit (le produit est bilinéaire !)
Corollaire 16.2.49
Voici 3 cas particuliers classiques, a
1. Si L est une application linéaire de F dans G, et f : I Ñ F dérivable en a, alors pL ˝ f q aussi, et
xf, gy aussi, et
d @ D @ D
xf ptq, gptqy “ f 1 ptq, gptq ` f ptq, g 1 ptq .
dt
3. Soit E un espace vectoriel de dimension n, et B une base de E. Alors, si f1 , . . . , fn sont à valeurs
dans E et dérivables,
n
d ÿ
detB pf1 , . . . , fn q “ detB pf1 , . . . , fk1 , . . . , fn q.
dt k“1
Exemples 16.2.50
1. Exprimer la dérivée de t ÞÑ AptqBptq, où
Ÿ Éléments de preuve.
Composer les DL. Ź
Exemples 16.2.53
1. Différentiabilité de x ÞÑ }x} en tout x ‰ 0 dans un espace euclidien.
2. Différentiabilité de }f } lorsque f l’est.
Exemples 16.2.55
Dérivée de t ÞÑ f pa ` thq. Cohérence en 0.
Avertissement 16.2.57
Attention à ne pas confondre Bi gpf paqq et Bi pg ˝ f qpaq.. Quelle est la différence entre les deux ?
B Bf1 Bfp
gpf1 pXq, . . . fp pXqq “ B1 gpf1 pXq, . . . , fp pXqq ¨ pXq ` ¨ ¨ ¨ ` Bp gpf1 pXq, . . . , fp pXqq ¨ pXq.
Bxk Bxk Bxk
On utilise souvent cette formule pour une seule variable réelle :
d
gpf1 ptq, . . . fp ptqq “ B1 gpf1 ptq, . . . , fp ptqq ¨ f11 ptq ` ¨ ¨ ¨ ` Bp gpf1 ptq, . . . , fp ptqq ¨ fp1 ptq.
dt
III Applications de classe C n 275
Exemple 16.2.59
Soit f une application de R3 dans R admettant des dérivées partielles en tout px, y, zq. Exprimer les
dérivées partielles de
gpu, v, wq “ f pu2 ` v, 2v, 3w ´ ev q.
Remarque 16.2.61
Retrouver de la sorte l’expression de la jacobienne.
Exemples 16.3.2
1. Soit f : E Ñ F une application linéaire, alors f est de classe C 1 .
2. Soit f une application constante, alors f est de classe C 1 .
Ÿ Éléments de preuve.
Attention à bien comprendre sur quelle variable porte la continuité (le point x P Ω en lequel on considère
la différentielle). Cela conditionne la validité de l’argument donné. Par exemple, pour la composée, la
différentielle dpg ˝ f q s’exprime comme composée de deux différentielles, mais la composée porte sur la
variable h, et non sur a qui est à voir plutôt comme un paramètre. Donc on ne peut pas obtenir la
continuité de cette différentielle par propriété de continuité d’une composée.
En revanche, puisque la composition se fait entre applications linéaires d’espaces de dimension finie, l’ap-
plication pf, gq ÞÑ g ˝ f est une application bilinéaire entre espaces de dimension finie, donc elle-même
continue. C’est ce point qui est en jeu ici.
Pour 2, on peut remarquer que si M : E n Ñ F est une application multilinéaire, alors M̃ : E k´1 ˆLpE, F qˆ
E n´k Ñ LpE, F q définie par
est également multilinéaire, donc continue, tous les espaces en jeu étant de dimension finie. Ź
Vous avez défini l’année dernière le caratère C 1 des fonctions de 2 variables à l’aide des dérivées partielles. On
retrouve ce point de vue via la caractérisation 16.3.5. On démontre d’abord le résultat suivant, qui n’apparaît
qu’implicitement au programme (cela peut être vu comme un sous-produit de la caractérisation 16.3.5 et de la
définition de la différentielle)
où ph1 , . . . , hn q “ rhsB
Ÿ Éléments de preuve.
Utiliser la formule de Taylor pour les fonctions d’une variable, successivement pour chacune des n variables.
Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Démonstration non exigible.
‚ Se ramener à fi : Ω Ñ K, en considérant les coordonnées dans une base C de F .
n
ÿ
‚ Utiliser la décomposition dfi paq “ Bk fi .
k“1
III Applications de classe C n 277
Cela revient en gros à utiliser le fait que df est continue si et seulement si MatB,C pdf q est continue, ce qui
est la matrice des dérivées partielles des coordonnées dans C (l’analogue de la jacobienne)
Dans le sens piiq ùñ piq, ne pas oublier de montrer d’abord la différentiabilité de f , en utilisant la formule
de Taylor-Young. Ź
Remarque 16.3.6
Dans le cas euclidien, la formule de Taylor 16.3.4 se réécrit alors simplement
Avertissement 16.3.8
Comme on l’a déjà vu, l’existence seule des dérivées partielles (et même plus généralement des dérivées
directionnelles) ne suffit pas à établir la continuité.
Ÿ Éléments de preuve.
L’intégrande est la dérivée de f ˝ γ : r0, 1s Ñ F . Ź
Remarque 16.3.10
Ce théorème peut être vu comme une généralisation du théorème fondamental de l’analyse, puisqu’en
prenant E “ R et γ : t ÞÑ ap1 ´ tq ` bt, puis en faisant un changement de variable affine, on retrouve
żb
f ptq dt “ f pbq ´ f paq
a
Exemple 16.3.11
1. Si f est de classe C 1 sur l’ouvert Ω et si ra, bs Ă Ω, alors
ż1
f pbq ´ f paq “ df pap1 ´ tq ` btq ¨ pb ´ aq dt
0
3. Si f est de classe C 1 sur l’ouvert Ω et si γ : r0, 1s Ñ Ω est un lacet de classe C 1 (i.e. γpaq “ γpbq),
278 CHAPITRE 16. CALCUL DIFFÉRENTIEL ET OPTIMISATION
alors ż1
df pγptqq ¨ γ 1 ptq dt “ 0.
0
Ÿ Éléments de preuve.
‚ Le sens direct est déjà vu.
‚ Pour le sens réciproque, utiliser le théorème 16.3.9 sur une paramétrisation du segment ra, bs pour
montrer que pour tout a, b P Ω, f paq “ f pbq.
Ź
Ce théorème admet une généralisation qui est aussi au programme, mais sans sa démonstration (que nous
esquissons quand même).
Ÿ Éléments de preuve.
Démonstration hors-programme.
C’est toujours la réciproque qui reste à voir.
On pourrait essayer d’adapter la preuve précédente, en montrant que si Ω est ouvert et connexe par arcs,
on peut toujours joindre deux points par un arc de classe C 1 . Mais cette construction n’est pas si évidente
que cela à faire.
On procède donc autrement, en « grignotant » petit à petit.
Soit a P Ω, et Ω1 Ă Ω l’ensemble des points x P Ω tels que f paq “ f pxq. Si Ω1 ‰ Ω, considérer b P ΩzΩ1
et joindre a à b. Montrer l’existence d’un point c sur cet arc, étant sur la frontière de Ω1 . Trouver une
contradiction en utilisant la caractérisation (1) et la convexité d’une petite boule centrée en c. Ź
Exemples 16.3.15
1. Quels sont les vecteurs tangents à ∅ ?
2. 0 est tangent à tout X non vide.
3. Décrire les vecteurs tangents à R ˆ R` en p0, 0q.
Ÿ Éléments de preuve.
L’inclusion directe est évidente en paramétrant des droites incluses dans X passant par B.
Réciproquement la dérivée de γ est limite d’un taux d’accroissement qui est dans V . Comme on est en
dimension finie, V est fermé. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Considérer les grands cercles passant par x.
Pour l’autre inclusion, vérifier que si γ est à valeurs dans S, sa dérivée est orthogonale au rayon (dériver
un produit scalaire). Ź
Exemple 16.3.19
Décrire sous forme d’une équation le plan vectoriel TA pSq où S “ Sp0, 1q Ă R3 et A “ pa, b, cq P S.
La figure 16.3 est en fait (à condition de rajouter les axes au bon endroit) le graphe de la fonction
2
px, yq ÞÑ , le point de tangence étudié étant en p1, 0q.
1 ` 2x2 ` 2y 2
Bf Bf
h pX0 q ` k pX0 q “ ℓ,
Bx By
Ÿ Éléments de preuve.
Comme dans les autres exemples, étudier les propriétés des arcs du graphe, et réciproquement, trouver des
arcs adéquats. Ź
Dans le cas général (Ω Ă E, E de dimension finie), on obtient la description suivante :
Ta X “ Kerpdf paqq.
Ÿ Éléments de preuve.
Hors-programme. Ź
Exemple 16.3.23
1. Retrouver à l’aide de ce théorème la description des vecteurs tangents à un espace affine de Rn ,
décrit par une équation
a1 x1 ` ¨ ¨ ¨ ` an xn “ b.
2. De même, retrouver la description des vecteurs tangents de la sphère unité de l’espace euclidien Rn .
3. Retrouver la description de l’espace des vecteurs tangents au graphe d’une fonction f : Ω Ñ R où
Ω Ă R2 , lorsque f est de classe C 1 au voisinage de X0 . Généraliser pour Ω Ă Rn .
III Applications de classe C n 281
Ÿ Éléments de preuve.
Dans le contexte euclidien, cette formulation est équivalente à cette du théorème, par définition du gradient.
On peut le démontrer indépendamment du théorème, en considérant un arc à valeurs dans X, et en dérivant
f ˝ γ. Ź
Exemple 16.3.25
Retrouver l’équation des hyperplans des vecteurs tangents à la sphère unité de Rn .
Remarque 16.3.26
1. Si E “ R2 , X est la ligne de niveau de valeur 0. Plus généralement, en considérant f ´ b au lieu de
f , on peut décrire de la sorte toutes les lignes de niveau. La proposition affirme que le gradient en
a est orthogonal à la droite tangente à la ligne de niveau en a, ce qu’on peut réexprimer de façon
plus abrégée en disant que le gradient est orthogonal aux lignes de niveau.
2. Ainsi, si f est de classe C 1 sur un ouvert de R2 , en combinant les deux interprétations, la direction
de plus forte pente au point a est toujours orthogonale à la ligne de niveau en a.
x2 ` y 3
Figure 16.5 – Courbe de niveau “ 1, tangente et gradient en A “ p1, 1, 1q.
x4 ` y 2
282 CHAPITRE 16. CALCUL DIFFÉRENTIEL ET OPTIMISATION
On peut définir des différentielles d’ordre supérieur, mais cette notion est hors programme, et les objets manipulés
deviennent de plus en plus complexes. Pour cette raison, nous définissons la classe C k à l’aide des dérivées
partielles d’ordre k. Cette définition est une généralisation de la caractérisation de la classe C 1 par les dérivées
partielles premières, mais nécessite de prendre une précaution préalable, sur l’indépendance vis-à-vis du choix
de la base.
Lemme 16.3.29 – Inépendance vis-à-vis de la base de l’existence des dérivées k-ièmes
Soit f : E Ñ F et B et C deux bases de E (toujours supposé de dimension finie). Alors :
‚ Si f admet toutes les dérivées partielles à l’ordre k par rapport à la base B, il en est de même des
dérivées partielles à l’ordre k par rapport à la base C.
‚ Si de plus, les dérivées d’ordre k relatives à la base B sont toutes continues, il en est de même pour
celles relatives à la base C.
Ÿ Éléments de preuve.
Par récurrence sur k, l’hérédité se faisant en commençant par exprimer BC,i f à l’aide des BB,j f , puis en
appliquant l’hypothèse de récurrence à chaque BB,j f . Ź
Remarque 16.3.31
Si f est de classe C k , alors :
‚ f est de classe C j pour tout j ď k ;
‚ plus généralement, si ℓ ď k et pi1 , . . . , iℓ q P J0, nKℓ , Bi1 ,...,iℓ f est de classe C k´ℓ .
Pour étudier la classe C k , il y a donc a priori 2k dérivées à étudier. Mais en pratique, cela en fait moins, car
sous des conditions assez peu restrictives, on va retrouver plusieurs fois la même, dans le sens où l’ordre de
dérivation (i.e. le choix de l’ordre des variables par rapport auxquelles on dérive) n’importe pas. C’est ce que
dit le théorème suivant.
Théorème 16.3.32 – Théorème de Schwarz
Soit f : Ω Ñ F , B “ pb1 , . . . , bn q une base de E, et a P Ω. Si f est de classe C 2 au voisinage de a, alors
Ÿ Éléments de preuve.
Démontration non exigible.
En fixant toutes les autres variables, on est ramené au cas de fonctions de 2 variables. Exprimer un DL2
de f px ` h, y ` kq ´ f px, yq en H “ ph, kq, de deux manières différentes, en intercalant f px ` h, yq, ou
f px, y ` kq, et en se ramenant à la formule de Taylor-Young à l’ordre 2 pour les fonctions d’une variable
(en fixant l’autre). Identifier les deux DL obtenus (justifier proprement cette identification). Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Les dérivées partielles successives commutent 2 à 2. On peut donc ramener d’abord i1 en position initiale,
par échange successif, pour faire ensuite une récurrence. Ou directement utiliser le fait que Sn est engendré
par les transpositions pi i ` 1q. Ź
Ainsi, l’ordre des variables de dérivation importe peu, dès lors que la fonction est de classe C k , ce qui permet
de regrouper éventuellement les dérivées selon les variables, afin d’écrire ces dérivées sous la forme :
Bk f
, α1 ` ¨ ¨ ¨ ` αn “ k.
Bxα
1
1
. . . Bxα
n
n
Cette notation signifie qu’on a dérivé α1 fois par rapport à x1 , α2 fois par rapport à x2 etc. Certains αi peuvent
B3 f
être nuls et peuvent être omis dans la notation. On notera par exemple la dérivée d’ordre 3 d’une fonction
BxBz 2
de 3 variables x, y, z, obtenue en dérivant une fois par rapport à x et 2 fois par rapport à z, mais aucune fois
par rapport à y.
1
4. Si f : Ω Ñ K ne s’annule pas et est de classe C k , alors f aussi.
5. Soit pour i P J1, qK, fi : Ω Ñ Fi , et f : Ω Ñ F1 ˆ ¨ ¨ ¨ ˆ Fq définie par
Ÿ Éléments de preuve.
Démonstrations non exigibles, un peu fastidieuse mais sans difficulté. Faire une récurrence, en dérivant une
première fois. Ź
Exemples 16.3.35
1. Les fonctions polynomiales f : Rn Ñ K, de n variables réelles et à coefficients dans K, sont de
classe C 8 .
2. Les fractions rationnelles aussi, sur leur domaine de définition.
3. det : Mn pRq Ñ R est de classe C 8 .
4. M ÞÑ M ´1 définie sur GLn pRq est de classe C 8 .
Dans le cas de fonctions d’une seule variable réelle, on rajoute une propriété, concernant la dérivée itérée d’une
forme bilinaire. Lorsqu’on applique cette formule au cas du produit de deux réels, on retrouve la formule de
Leinbniz classique.
Ÿ Éléments de preuve.
C’est une réexpression du théorème de Schwarz. Ź
III Applications de classe C n 285
on obtient la relation :
2 2
fa,U ptq “ DU pa ` tU q.
La matrice hessienne va nous permettre d’exprimer de façon élégante la formule de Taylor-Young, c’est-à-dire
l’expression d’un DL à l’ordre 2 à l’aide des dérivées d’ordre 1 et 2, sous les hypothèses idoines de régularité.
Nous avons déjà obtenu une première version de cette formule, lorsque f est une fonction de 2 variables de
classe C 2 au voisinage d’un point a, lors de la démontration du théorème de Schwarz :
Bf Bf 1 B2 f B2 f 1 B2 f
f px ` h, y ` kq “ f px, yq ` h px, yq ` k px, yq ` h2 2 px, yq ` hk px, yq ` k 2 2 px, yq ` op}H}2 q,
Bx By 2 Bx BxBy 2 By
˜ ¸
h
où H “ . À l’aide du lemme précédent, on obtient une réexpression synthétique de cette formule, en posant
k
˜ ¸
x
X“ :
y
1
f pX ` Hq “ f pXq ` x∇f pXq, Hy ` H J Hf pxqH ` op}H}2 q.
2
Plus généralement :
Ÿ Éléments de preuve.
Démonstration non exigible. On peut procéder comme dans le cas de 2 variables, en utilisant la formule de
Taylor-Young pour les fonctions d’une variables, successivement sur chaque variable. Ź
Bf
Proposition 16.3.41 – Résolution de “0
Bxi
Soit i P J1, nK. Soit Ω un ouvert convexe de Rn . Soit Ωi “ tpx1 , . . . , xi´1 , xi`1 , . . . , xn q | px1 , . . . , xn q P Ωu.
Les propositions suivantes sont équivalentes:
Bf
(i) f : Ω Ñ R est de classe C 1 et vérifie “ 0 sur Ω
Bxi
(ii) il existe g P C 1 pΩi , Rq tel que pour tout px1 , . . . , xn q P Ω,
Ÿ Éléments de preuve.
Pour px1 , . . . , xi´1 , xi`1 , . . . , xn q P Ω1 , soit I “ tt P R | px1 , . . . , xi´1 , t, xi`1 , . . . , xn qinΩ. Les hypothèses
impliquent que I est un intervalle, et t ÞÑ f px1 , . . . , xi´1 , t, xi`1 , . . . , xn q y est constante. Définir g par la
valeur commune. La classe C 1 de g provient de celle de f , en utilisant le fait que Ω est ouvert, de sorte à
fixer la valeur de xi sur un voisinage de X pour définir g. Ź
Bf
En d’autres termes, les solutions de l’EDP “ 0 sont les fonctions ne dépendant pas de la vaiable xi et de
Bxi
classe C 1 par rapport aux autres variables.
Exemple 16.3.42
Bf Bf
Résolution de a `b “ 0, par changement de variable.
Bx By
Exemples 16.3.43
B2 f
1. Résoudre “ 0 où f P C 2 pR2 , Rq.
BxBy
B2 f B2 f
2. Résoudre ´ a “ 0, où f P C 2 pR2 , Rq. On cherchera un changement de variable linéaire.
Bx2 By 2
IV Optimisation
IV.1 Principes généraux
L’optimisation consiste en l’étude des extrema d’une fonction f (globaux ou locaux).
Le but de cette section est de donner des principes de recherche des extrema (locaux ou globaux).
IV Optimisation 287
Les sous-sections suivantes donneront des méthodes pour trouver en quels points de D il existe un extremum, lo-
cal ou global. Pour commencer, nous nous intéressons à l’existence d’un extremum global (ou local par restriction
à un voisinage).
Nous rappelons le théorème de compacité, outil incontournable dans ce contexte.
Il est fréquent d’étudier des fonctions qui ne sont pas définies sur des compacts. Mais il est possible de s’y
ramener, soit en restreignant (si D n’est pas borné), soit en prolongeant (si D est borné).
Ÿ Éléments de preuve.
Se ramener à la CN similaire pour les fonctions d’une variable réelle, par l’étude de toutes les dérivées
directionnelles df paq ¨ h. Ou alors, montrer directement la proposition 16.4.15 qui est une version plus
générale de ce théorème. Ź
Ce théorème motive la définition suivante, comme dans le cas des fonctions d’une variable réelle.
288 CHAPITRE 16. CALCUL DIFFÉRENTIEL ET OPTIMISATION
x2 y ´ 3y ` y 2
Figure 16.6 – f : x ÞÑ “1
p1 ` x2 ` y 2 q
e ´ exy
Figure 16.7 – g : x ÞÑ
1 ´ px2 ` y 2 q
Remarque 16.4.7
Si f est une fonction d’une variable réelle, a P D̊ est point critique si et seulement si f est dérivable en a
et l’application linéaire df paq : h ÞÑ f 1 paqh est nulle, c’est-à-dire si et seulement si f 1 paq “ 0. On retrouve
la notion de point critique définie en MPSI.
Exemple 16.4.9
e ´ exy
Rechercher les points critiques de g : px, yq ÞÑ sur B̊p0, 1q, et en déduire l’existence et la valeur
1 ´ x2 ´ y 2
d’un minimum global.
Remarque 16.4.10
Si le nombre de points critiques est peu élevé et si on a pu montrer l’existence d’extrema locaux, comme
dans le paragraphe précédent, l’étude de la CN du premier ordre peut être suffisante pour conclure.
Avertissement 16.4.11
Comme dans le cas d’une fonction d’une variable réelle, df paq “ 0 n’est pas une CN pour avoir un
extremum local.
Figure 16.8 – f : x ÞÑ xy
DzD̊.
Le paragraphe suivant donne justement des techniques en vue de l’étude des extrema d’une fonction retreinte.
Cela permet notamment l’étude aux bords (si D lui-même peut être plongé dans un ouvert Ω de sorte que DzD̊
soit une partie de Ω).
@h P Ta X, df paq ¨ h “ 0.
En d’autres termes, dpaq s’annule en tout vecteur tangent à X, c’est-à-dire Ta X Ă Ker df paq.
Ÿ Éléments de preuve.
Dériver f pαptqq, où α “ r´ε, εs Ñ X vérifie αp0q “ a et α1 p0q “ h. Ź
Remarques 16.4.16
1. En prenant X “ D̊, puisque X est un voisinage de a, Ta X “ E, et on retrouve donc le théorème
16.4.5.
2. Si E est euclidien, la proposition 16.4.15 affirme que si f|X admet un extremum local en a,
∇f paqKTa X.
Si l’ensemble X est défini par une équation gpxq “ 0, on peut combiner le résultat précédent et le théorème
16.3.22.
Théorème 16.4.17 – Optimisation sous contrainte - Théorème des extrema liés
Soit f, g : Ω Ñ R de classe C 1 , et X “ tx P Ω, gpxq “ 0u. Si f|X admet un extremum local en a P X tel
que dgpaq ‰ 0, alors df paq et dgpaq sont colinéaires.
Remarque 16.4.18
Dans le cas où E est euclidien, la colinéarité de df paq et dgpaq se traduit par la colinéarité de ∇f paq et
∇gpaq.
Exemple 16.4.19
Après avoir montré leur existence, déterminer les extrema globaux de f : px, yq ÞÑ x2 `xy ´2y 2 sur Bp0, 1q.
Ÿ Éléments de preuve.
D’après la formule de Taylor-Young, le signe de f pa ` hq ´ f paq est celui de hJ Hf paqh. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Toujours le contrôle du signe par Taylor-Young, en travaillant avec une norme adaptée à Hf paq. Ź
Avertissement 16.4.22
‚ La CN du second ordre n’est pas une CS.
‚ La CS du second ordre n’est pas une CN
Exemples 16.4.23
Étudier les CN et CS du second ordre pour les fonctions suivantes, en 0.
1. f : px, yq ÞÑ px2 ` y 2 q2 .
2. g : px, yq ÞÑ x3 y 3 .
Exemples 16.4.26
Étudier la nature du point critique p0, 0q dans les 3 cas suivants :
1. f1 px, yq “ y 4 ` x2 y ` x2 ` 2xy ` 2y 2
2. f2 px, yq “ x3 y ` x2 ´ 4xy ` y 2
292 CHAPITRE 16. CALCUL DIFFÉRENTIEL ET OPTIMISATION
3. f3 px, yq “ xy 2 ` x3 ´ x2 ` 2xy ´ 2y 2 .
17
Intégration vectorielle et équations
différentielles linéaires
Ce chapitre consiste en un certain nombre de rappels concernant la résolution des équations différentielles
linéaires, ainsi qu’un certain nombre de compléments. En effet, le contexte des e.v.n., et les techniques matricielles
(notamment la diagonalisation et l’utilisation de l’exponentielle complexe) nous permettent d’avoir des outils
efficaces pour gérer des situations bien plus générales que ce que vous avez vu en MPSI.
Les fonctions que nous considérerons sont des fonctions y : I Ñ E, définies sur un intervalle I de R, et à valeurs
dans un e.v.n. E de dimension finie sur le corps K, égal à R ou C. Une équation différentielle est une équation
reliant les valeurs de f et de ses dérivées successives, évaluées au même point t P I. Nous nous limitons dans ce
chapitre à une forme bien particulière d’équations différentielles : les équations différentielles linéaires. Les autres
types d’équations différentielles sont bien plus complexes à étudier, et il n’est pas toujours possible d’expliciter
les solutions.
Les équations différentielles apparaissent de façon naturelle dans de nombreux contextes, en particulier en
physique. Le cas linéaire est souvent suffisant, les physiciens étant des habitués de la linéarisation, donnant
souvent (mais pas toujours) des approximations suffisamment précises pour être pertinentes pour la situation
étudiée.
I Compléments d’intégration
On présente dans cette section quelques rappels et compléments sur les intégrales de fonctions d’une variable
réelle, à valeurs dans un K-e.v.n. F de dimension finie n (où K “ R ou C). Les fonctions seront définie sur un
segment I “ ra, bs.
S’il n’y a pas d’ambiguïté sur la base, on notera simplement fi au lieu de fB,i .
CHAPITRE 17. INTÉGRATION VECTORIELLE ET ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES
294 LINÉAIRES
Ÿ Éléments de preuve.
Découle de la caractérisation coordonnée par coordonnée de la continuité et des limites. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Exprimer le changement de base matriciellement, et utiliser la linéarité de l’intégrale scalaire. Ź
En travaillant coordonnées par coordonnées, on transfert de façon quasi-immédiate une grande partie des pro-
priétés usuelles de l’intégrale scalaire.
Ÿ Éléments de preuve.
Le point 1 se ramène à la propriété similaire pour les fonctions scalaires, par caractérisation par les coor-
données.
Le point 2 s’obtient en choisissant une base contenant u.
Le point 3 est conséquence des 2 premiers, en tranvaillant encore dans une base B. On utilise d’abord la
linéarité de L pour entrer L dans la somme, puis la linéarité de l’intégrale pour sortir L de l’intégrale, et
encore la linéarité de L pour entrer l’intégrale dans L ! Ź
I Compléments d’intégration 295
Ÿ Éléments de preuve.
Encore les coordonnées. Ź
Le point suivant se généraliserait sur des subdivisions non régulières dont le pas tend vers 0, mais seul le cas
des subdivisions régulières est au programme.
Ÿ Éléments de preuve.
On peut voir F comme un R-ev (même si au départ il est complexe). Se ramener au cas de fonctions à
valeurs réelles en travaillant dans une R-base. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Par sommes de Riemann. Ź
Même si l’inégalité est vraie quelle que soit la norme de F choisie, les valeurs de ces intégrales dépendent de la
norme.
Avertissement 17.1.7
1. Il faut évidemment utiliser la même norme de F dans les deux membres de l’inégalité !
2. Attention ici à l’hypothèse a ă b. Si b ă a, il faut rajouter un signe pour contrer l’inversion des
bornes. Ou rajouter une valeur absolue externe.
Remarque 17.1.8
Le cas des fonctions f : I Ñ C est déjà connu (programme de MPSI). Cependant, on peut remarquer
qu’on le retrouve ici, à partir du cas f : I Ñ R, en voyant C comme un R-e.v.n..
Ÿ Éléments de preuve.
Par linéarité de la dérivation, et caractérisation des fonctions contantes. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Ź
Voici une réexpression classique du théorème fondamental.
}f pbq ´ f paq} ď |b ´ a| ¨ }f 1 }8 .
Les propriétés calculatoires (formule de changement de variable, formule d’intégration par parties) peuvent
s’obtenir de même que dans le cas scalaire, à l’aide du théorème fondamental. Ces formules ne sont pas au
programme, et seront établies en exercice seulement.
Le théorème fondamental de l’analyse permet aussi de dériver des intégrales vectorielles dépendant de façon C 1
de leur borne, en se ramenant à des dérivées de composées.
Ÿ Éléments de preuve.
Se ramener à la formule de Taylor scalaire appliquée aux fonctions coordonnées. On peut aussi procéder
directement vectoriellement, en faisant une IPP itérée, à condition de démontrer d’abord la formule d’IPP
vectorielle (voir exercices). Ź
Remarque 17.1.15
Cette formule ne nécessite pas d’hypothèse a ă b. Elle reste valide lorsque b ď a.
Ÿ Éléments de preuve.
Coordonnée par coordonnée, les dérivées à tout ordre et les o se caractérisant bien ainsi. Ź
a ¨ x “ apxq P E.
CHAPITRE 17. INTÉGRATION VECTORIELLE ET ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES
298 LINÉAIRES
Les équations différentielles linéaires font intervenir des fonctions a : I Ñ LpEq. Ainsi, pour t P I, aptq est
un endomorphisme de E. La notation s’explique alors par le fait qu’elle offre un peu plus de clarté dans les
écritures, puisqu’elle permet d’écrire aptq ¨ x au lieu du très lourd aptqpxq.
Par ailleurs, dans le cas courant où E “ K, un endomorphisme consiste en la multiplication par un scalaire. Via
l’identification des endomorphismes aux scalaires de K, l’évaluation apxq correspond au produit ax, ce qui rend
la notation ci-dessus cohérente et compatible avec cette situation.
où :
‚ pour tout k P J0, rK, ak P C 0 pI, LpEqq ;
‚ b P C 0 pI, Eq.
2. L’équation différentielle sera souvent notée de façon abrégée et abusive :
Ainsi,
S “ y0 ` SH .
l’espace affine S correspond à la fibre de Φ passant par b, c’est-à-dire à l’image réciproque de b, qui est un
sous-espace affine passant par un antécédent quelconque y0 , et dirigée par le noyau de Φ, qui n’est autre que
SH .
II Propriétés générales des EDL 299
Pour la recherche d’une solution particulière, on peut parfois « isoler les difficultés » en séparant le second
membre en somme de plusieurs fonctions pour lesquelles une solution particulière est plus simple à exprimer.
On reconstitue alors une solution particulière de l’équation initiale grâce au résultat ci-dessous.
Ÿ Éléments de preuve.
Vérification facile, par linéarité de la dérivation. Ź
Exemples 17.2.8
1. Déterminer toutes les solutions développables en séries entières au voisinage de 0, de l’équation
1
px2 ` 1qy 1 ` x3 y “ .
1´x
On se contentera de donner une relation de récurrence permettant de calculer les coefficients de
ces solutions, mais sans les expliciter. On ne demande pas non plus d’écrire ces solutions avec les
fonctions usuelles. En revanche, on vérifiera que le rayon de convergence est non nul.
2. Montrer qu’il n’existe qu’une solution de l’équation
lnp1 ` xqy 1 ` y “ x
développable en série entière au voisinage de 0. Exprimer une relation permettant de calculer les
CHAPITRE 17. INTÉGRATION VECTORIELLE ET ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES
300 LINÉAIRES
Remarque 17.2.11
Si dans l’équation pEq du paragraphe I-2, pour tout t P I, ar ptq P GLpEq, alors on peut mettre pEq sous
forme normale en posant
@k P J0, r ´ 1K, @t P I, αk ptq “ ´ar ptq´1 ˝ ak ptq et bptq “ ´ar ptq´1 ¨ bptq.
On verra des exemples plus tard, lorsqu’on aura revu les méthodes usuelles de résolution des EDL normalisées.
Ÿ Éléments de preuve.
‚ L’équivalence entre (i) et (ii) provient du choix d’une base dans un sens, et du fait que (ii) est de la
forme de (i) dans E “ Mn pKq. Ainsi, (i) est une forme plus générale de (ii), mais pouvant toujours se
ramener à (ii) pâr choix d’une base.
‚ L’équivalence entre (ii) et (iii) est claire en explicitant le produit matriciel coefficient par coefficient.
On vérifiera que les propriétés de continuité sont bien préservés à chaque implication. Ź
Nous adopterons le plus souvent le point de vue matriciel.
Remarque 17.3.4
Traduire la définition et la propriété qui suit dans les points de vue vectoriel et système linéaire.
Voici un résultat d’une importance capitale, qui peut se généraliser, au moins localement, sous certaines hypo-
thèses dans un contexte non linéaire.
CHAPITRE 17. INTÉGRATION VECTORIELLE ET ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES
302 LINÉAIRES
Ÿ Éléments de preuve.
Démonstration non exigible (mais pas hors-programme).
‚ Existence. On définit Φ : C 0 pI, Kn q Ñ C 0 pI, Kn q qui à Y associe le membre de droite de l’expres-
sion intégrale du problème de Cauchy. On en cherche un point fixe. Considérer pFn qnPN définie par la
récurrence
Fn`1 “ ΦpFn q,
ř
et F0 constante de valeur Y0 . Montrer que pFn`1 ´ Fn q converge normalement sur tout compact K de
I. On pourra pour cela majorer sa norme par récurrence par le terme général d’une série exponentielle
de paramètre ℓpKq.
‚ Unicité. Si F et G vérifient tous deux les conditions de Cauchy, adapter le raisonnement précédent pour
montrer que F ´ G est nécessairement nul.
Ź
Ÿ Éléments de preuve.
La linéarité est évidente. La bijectivité provient du théorème de Cauchy linéaire, donnant l’existence et
l’unicité d’un antécédent de tout élément de Kn . Ź
Ÿ Éléments de preuve.
L’isomorphisme evt0 envoie base sur base, ainsi que sa réciproque. Ź
Un autre résultat qui peut se voir comme conséquence du théorème de Cauchy est une propriété importante
de l’exponentielle matricielle, qu’on a déjà démontrée de façon un peu laborieuse par produit de Cauchy. La
démonstration recommandée par le programme est celle ci-dessous.
Nous donnons un point de vue alternatif sur 2 résultats que nous avons déjà justifiés.
d tA
e “ AetA .
dt
Ÿ Éléments de preuve.
Par théorème de dérivation des séries de fonctions. Ź
Ÿ Éléments de preuve.
Démonstration recommandée par le programme : considérer f ptq “ expptpA`Bqq et gptq “ expptAq expptBq.
Vérifier que f et g sont solutions du même problème de Cauchy. Ź
Pour pouvoir exploiter les propriétés de réduction dans le cadre de méthodes calculatoires, nous pourrons nous
reposer sur le lemme suivant.
Lemme 17.3.11 – Exponentielle de deux matrices semblables
Soit A et B deux matrices semblables de Mn pCq. Alors exppAq et exppBq sont semblables.
Plus particulièrement, si P P GLn pCq vérifie B “ P ´1 AP , alors exppBq “ p´1 exppAqP .
Ÿ Éléments de preuve.
D’abord le faire sur une somme partielle, et justifier le passage à la limite par un argument de continuité.
Ź
Ce lemme nous permet de nous ramener par diagonalisation ou par trigonalisation au calcul d’exponentielles de
matrices diagonales ou triangulaires.
Proposition 17.3.12 – Exponentielle d’une matrice triangulaire
¨ ˛ ¨ ˛
λ1 ‚ ¨ ¨ ¨ ‚ eλ1 ‚ ¨¨¨ ‚
˚ 0 ... ...
˚ .. ‹ ˚ .. .. .. ‹
. ‹ ˚ 0 . . . ‹
1. Soit T “ ˚ . ‹. Alors exppT q “ ˚ . ‹.
˚ ‹ ˚ ‹
˚. .. .. ˚ . .. ..
. . ‚‚ . .
‹ ‹
˝. ˝ . ‚ ‚
0 ¨¨¨ 0 λn 0 ¨¨¨ 0 eλn
¨ ˛ ¨ ˛
λ1 0 ¨ ¨ ¨ 0 eλ1 0 ¨¨¨ 0
˚ 0 ... ...
˚ .. ‹ ˚ .. .. .. ‹
. ‹ ˚ 0 . . . ‹
2. Soit D “ ˚ . ‹. Alors exppDq “ ˚ . ‹.
˚ ‹ ˚ ‹
˚. .. .. ˚ . .. ..
. . 0‚ . .
‹
0 ‚
‹
˝. ˝ .
0 ¨¨¨ 0 λn 0 ¨¨¨ 0 eλn
3. Ces propriétés restent valides dans le cadre de calcul matriciel par blocs.
En particulier, la décomposition de E en somme des sous-espaces caractéristiques nous permet de nous ramener
au cas où A est diagonale par blocs, chaque blocs étant de la forme λIk ` N , N étant une matrice nilpotente.
CHAPITRE 17. INTÉGRATION VECTORIELLE ET ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES
304 LINÉAIRES
S0 “ ty : x ÞÑ CeApxq , C P Ku,
Ÿ Éléments de preuve.
Poser zpxq “ ypxqe´Apxq et dériver z. Ź
Exemples 17.3.16
1. Résolution de y 1 “ ay (a constant)
2. Résolution de y 1 “ yxα sur R si α ě 0, sur R˚` sinon.
‚ Dans les autres situations, la méthode de variation de la constante donne une méthode systématique,
qui permet d’avoir une expression d’une solution particulière sous forme intégrale.
Exemples 17.3.18
1. Résoudre y 1 “ 2y ` sinpxq ` ex ` x sur R.
2. Résoudre y 1 “ y ` xex .
x2
3. Résoudre y 1 “ x2 y ` 1`x2 sur R˚` .
Exemples 17.3.20
1. Retrouver les solutions des deux premières équations de l’exemple précédent par la méthode de
variation de la constante.
2. Résoudre y 1 “ ´ xy ` Arctanpxq sur R˚` .
Remarque 17.3.21
On peut retrouver le théorème de Cauchy linéaire dans le cas scalaire d’ordre 1 de façon élémentaire, grâce
à l’explicitation donnée par la méthode de variation de la constante.
Pour terminer cette étude, on étudier le problème des raccordements, qui intervient lors de l’étude d’équations
non normalisées.
Méthode 17.3.22 – Raccordements
Pour l’étude d’une ED apxqy 1 ` bpxqy “ cpxq, où a, b, c : I Ñ K sont continues, et où a s’annule un en
nombre fini des points t1 ă ¨ ¨ ¨ ă tn :
‚ considérer les intervalles I1 , I2 , . . . , In`1 ouverts en x1 , . . . , xn , et dont l’union fait Iztx1 , . . . , xn u ;
‚ sur chacun de ces intervalles, on peut normaliser l’ED pour se ramener aux méthodes précédentes ;
‚ une solution sur I définissant par restriction des solutions sur chaque Ik , elle s’obtient en « recollant »
les morceaux obtenus sur chaque intervalle ;
‚ ces recollements (ou raccordements) doivent être continus (ce qui donne en général soit des obs-
tructions fortes, soit des relations entre les différentes constantes) ;
‚ ils doivent aussi être dérivables au point de raccordement : le vérifier par taux d’accroissement,
par dérivée à gauche et droite, ou encore en utilisant le théorème de la limite de la dérivée, ce qui
permet d’exploiter de façon efficace l’expression de l’équation différentielle ;
‚ vérifier rapidement que les valeurs de f et f 1 au point de raccordement vérifient bien l’ED.
Exemple 17.3.23
Résoudre sur R les équations différentielles suivantes :
a
1. |x|y 1 “ y
CHAPITRE 17. INTÉGRATION VECTORIELLE ET ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES
306 LINÉAIRES
2. xy 1 “ y.
Y 1 “ AY ` Bptq,
Y 1 “ AY et Y pt0 q “ Y0
Avertissement 17.3.25
La position de Y0 par rapport à l’exponentielle est importante. D’ailleurs, dans l’autre sens, cela pose un
problème de compatibilité des formats.
Remarque 17.3.26
Donner la traduction dans le langage vectoriel de ce résultat, lorsqu’on considère l’équation y 1 “ a ¨ y, où
a P LpEq ; c’est-à-dire
@t P I, y 1 ptq “ apyptqq.
Ainsi, la résolution d’une équation différentielle matricielle à coefficients constants (donc d’un système linéaire
différentiel à coefficients constants) se ramène au calcul d’une exponentielle matricielle exppsAq (s “ pt ´ t0 q).
On rappelle les situations favorables à ce calcul, déjà vues dans un chapitre antérieur.
Exemples 17.3.28
IV EDL scalaires d’ordre supérieur 307
1. Résoudre le système $
1
& x
’ “ 6x ´ 3y ` 3z
y1 “ 3x ´ 2y ` 5z
’
% z1 “ 3x ` y ` 2z
2. Résoudre le système #
x1 “ ´x ` y
y1 “ ´4x ` 3y
On considère
une équation différentielle scalaire, de fonction inconnue y P Dr pI, Kq, les fonctions ak et b étant dans C 0 pI, Kq.
Une première remarque importante, qui permet d’adapter à cette situation tous les résultats théoriques et
pratiques de la partie précédente, est le fait que toute équation de ce type se ramène à une équation différentielle
matricielle d’ordre 1.
On définit donc un problème de Cauchy pour les équations scalaires d’ordre r de cette façon.
où y0 , . . . , yr´1 P K.
2. On dit que y est une solution du problème de Cauchy ci-dessus si y est solution de pEq, et vérifie
les conditions de Cauchy
s’adaptent aussi.
Ÿ Éléments de preuve.
La linéarité est évidente. La bijectivité provient du théorème de Cauchy linéaire. Ź
où ar´1 , . . . , a0 sont des constantes de K, et b : I Ñ K est continue. On note pEHq l’équation homogène associée.
On note χpXq “ X r ´ ar´1 X r´1 ´ ¨ ¨ ¨ ´ a0 le polynôme caractéristique de l’équation différentielle pEq.
IV EDL scalaires d’ordre supérieur 309
Ÿ Éléments de preuve.
Cette démonstration ne sera pas faite en cours, mais fait l’objet d’un exercice du TD.
Écrire χpDq “ pD ´ λ1 Idqα1 ˝ ¨ ¨ ¨ ˝ pD ´ λk Idqαk pour calculer χpDqpfj q. Ź
yptq “ tα Qptqeλt ,
Ÿ Éléments de preuve.
Cette démonstration ne sera pas faite en cours, mais fait l’objet d’un exercice du TD.
Encore une fois, il s’agit d’écrire χpDq sous forme factorisée, pour comprendre son effet sur les polynômes
précédant l’exponentielle. Ź
yptq zptq
@t P I, Wy,z ptq “
y 1 ptq z 1 ptq
x1 “ a1 ptqx.
Ainsi, on sait déterminer tous les wronskiens possibles, à une constante multiplicative près, par les méthodes
usuelles de résolution des équations d’ordre 1. C’est cette capacité calculatoire sur le wronskien qui en donne
l’intérêt.
Par définition même, il permet de caractériser la liberté d’un couple de solutions de (EH). Comme l’espace des
solutions est de dimension 2, cela donne une caractérisation des bases de l’espace des solutions de (EH).
Ÿ Éléments de preuve.
C’est un peu ce qu’on a dit depuis le début ! Ź
Ainsi, W étant connu à un paramètre près, on trouve φ par primitivation, avec 2 paramètres (ce
qui correspond à la dimension de l’espace des solutions).
2. Méthode 2 : variation de la constante. Toujours sur un intervalle sur lequel φ0 ne s’annule pas,
rechercher φptq sous la forme λptqφ0 ptq. En injectant dans l’équation, il vient
λ2 φ0 ` λ1 p2φ10 ´ a1 φ0 q “ 0.
Remarque 17.4.11
En fait, les deux méthodes sont complètement équivalentes. La deuxième méthode ne fait que contourner
le wronskien, mais l’ED obtenue correspond à l’ED W 1 “ a1 W pour le wronskien du couple pφ, φ0 q. Ainsi,
IV EDL scalaires d’ordre supérieur 311
en vue d’avoir des calculs plus structurés (et de pouvoir éventuellement réutiliser le wronskien par la suite),
la méthode 1 est préférable.
Exemple 17.4.12
1
Résoudre l’équation y 1 ´ t2 y “ 0 par la méthode du wronskien.
Ainsi, la résolution d’une ED scalaire homogène d’ordre 2 se ramène le plus souvent à la recherche d’une solution
particulière.
Exemple 17.4.14
1. Trouver une solution de y 2 “ y 1 ` e2t y, en essayant de deviner une solution. Résoudre ensuite
l’équation.
2. Faire un changement de variable u “ et dans l’équation précédente, et retrouver la solution parti-
culière.
1
3. Trouver une solution particulière de y 2 “ t2 `t`1 py
1
` 2yq
On termine enfin cette étude par la recherche d’une solution particulière de l’équation non homogène pEq,
connaissant une base pφ, ψq de l’espace des solutions de pEHq.
Ÿ Éléments de preuve.
Ajouter « artificiellement » la première condition pour éviter la propagation des dérivées de plus grand
ordre (ajouter une condition n’est pas gênant pour la rechercher de CS). Ź
Exemple 17.4.17
Résoudre le système y 2 ` y “ tanptq.