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Vers

Le vers est un énoncé linguistique soumis à des contraintes métriques, souvent associé à la poésie, mais qui peut également se présenter sous d'autres formes. Il existe plusieurs types de mètres, notamment syllabiques, quantitatifs et accentuels, chacun ayant ses propres règles de composition. La reconnaissance d'un vers dépend des conventions culturelles et des contraintes spécifiques à chaque style poétique.

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Le vers est un énoncé linguistique soumis à des contraintes métriques, souvent associé à la poésie, mais qui peut également se présenter sous d'autres formes. Il existe plusieurs types de mètres, notamment syllabiques, quantitatifs et accentuels, chacun ayant ses propres règles de composition. La reconnaissance d'un vers dépend des conventions culturelles et des contraintes spécifiques à chaque style poétique.

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Pour les articles ayant des titres homophones, voir Vair, Ver (homonymie), Verre
(homonymie) et Vert (homonymie).

Poème El Regalo Campestre.

Le vers (du latin versus, « le sillon, la ligne d'écriture », puis « le vers », historiquement « ce qui
retourne à la ligne ») est un énoncé linguistique soumis à des contraintes formelles d'ordre métrique.
Du respect de telles contraintes, qui peuvent être implicites ou explicites, dépendra, dans une culture
donnée et à une époque donnée, la reconnaissance d'un énoncé en tant que vers.

En poésie littéraire imprimée, le vers est souvent repérable grâce à un retour à la ligne indépendant
de la bordure de la page. Le vers est souvent associé à la poésie, mais toute poésie n'est pas
forcément versifiée, de même que toute forme versifiée n'est pas nécessairement poétique.
L'énoncé qui constitue un vers ne se confond pas nécessairement avec une phrase : une phrase peut
s'étendre sur plusieurs vers et, inversement, un seul vers peut toucher à plusieurs phrases. Le rejet et
le contre-rejet sont des cas où l'organisation des vers s'écarte de la structure syntaxique.

Le vers français se décompose en plusieurs unités appelées « syllabes » (de préférence à pieds, terme
réservé à la métrique latine ou grecque). En fonction de ces syllabes, on peut mesurer les différents
vers et les grouper ; il suffit, pour cela, de compter les syllabes.
Une notion difficile à définir

Il n'existe pas de propriété intrinsèque qui permette de distinguer, infailliblement et pour toutes les
cultures, le vers du « non-vers ». Lorsque Maurice Grammont[1] tente de le définir comme :

« un élément linguistique comptant un nombre déterminé de syllabes, dont certaines sont


obligatoirement accentuées et dont la dernière assone [ou rime] avec la syllabe correspondante d'un
ou de plusieurs autres vers. »

on comprend bien que, non content de limiter sa définition au vers français, il en exclut par la même
occasion le vers « blanc » (non rimé), ou le célèbre « Chantre », de Guillaume Apollinaire, dont
l'unique vers serait bien en peine de rimer à quoi que ce soit :

Et l'unique cordeau des trompettes marines.

Cette définition exclut de même le « vers libre », dont le nombre de syllabes peut ne connaître
aucune régularité.

À défaut de mieux, il faudra bien se contenter du jugement social (est réputé vers tout ce qui est,
plus ou moins consensuellement, reconnu comme tel) tout en s'appliquant à expliciter, pour chaque
culture, chaque période et chaque style, les contraintes métriques spécifiques qui servent de base à
une telle reconnaissance. Plus ces contraintes métriques sont fortes, plus elles auront tendance à
agir à leur tour sur l'énoncé linguistique sous-jacent : inversions, curiosités syntaxiques ou lexicales,
archaïsmes, licences orthographiques sont autant d'éléments qui aideront à identifier un vers comme
tel.

Vers et prose

La prose se caractérise par l'absence des contraintes métriques qui font le vers : tout énoncé qui
n'est pas en vers est en prose, mais il est toujours possible d'oublier qu'un vers est un vers et,
partant, de le lire comme de la prose.

Par écrit, la prose s'organise en paragraphes. Chaque vers est en principe suivi d'un retour à la ligne.
La cohérence graphique du vers est telle qu'on en marque souvent la première lettre par
une majuscule, même si le mot la portant n'est pas le premier d'une phrase. De même, si, par
manque de place, on ne peut écrire un vers en entier sur une ligne, on le signale :

Je me tiens sur le seuil de la vie et de la mort les yeux baissés

[les mains vides

(Louis Aragon, fragment d'« Épilogue », in Les Poètes)

La partie rejetée à la ligne suivante, ne constituant pas un nouveau vers, est précédée d'un crochet
gauche et alignée à droite (ou fortement décalée).

Groupement des vers

On tend à grouper les vers : dans la chanson de geste, une suite, de longueur variable, de vers
partageant la même assonance s'appelle une laisse. Dans les genres lyriques, on appellera strophe un
bloc de vers. Souvent de longueur fixe, la strophe peut se caractériser par un arrangement particulier
de ses rimes. Traditionnellement, on groupe les vers du sonnet en deux quatrains et deux tercets.
Dans les éditions modernes, on sépare les strophes par une ligne blanche, ce qui n'a pas toujours été
le cas. Il n'est pas rare que la strophe coïncide avec une unité syntaxique, ou ait une cohérence
sémantique.

Le mètre

Le vers traditionnel ou classique se définit donc surtout par son mètre, c'est-à-dire par un ensemble
de contraintes formelles auxquelles il se soumet.

On connaît trois grandes familles de mètres :

 les mètres syllabiques qui, insensibles à leurs propriétés prosodiques, se bornent à


dénombrer les syllabes ;

 les mètres quantitatifs, qui s'appuient sur la quantité ou durée des syllabes constituant
des pieds ;

 les mètres accentuels, qui s'appuient sur l'accent tonique,

Les longs vers sont presque invariablement divisés par une césure, contrainte qui est l'une des rares à
être communes à toutes les familles de mètres. Cette universalité pourrait bien être due à
l'incapacité de l'esprit humain à appréhender globalement des longues suites de syllabes.

La rime est une contrainte métrique fréquente, qu'on s'attend à trouver avant tout en métrique
syllabique, souvent aussi en métrique accentuelle. Elle est généralement absente des métriques
quantitatives.

La notion de pied, présente en métrique quantitative comme en métrique accentuelle, n'a aucun
sens en métrique syllabique puisque les syllabes n'y sont pas hiérarchisées.

Mètre syllabique

Prédominant dans la poésie des langues romanes, le vers à mètre syllabique est déterminé par son
nombre de syllabes. La poésie française y a recours de manière prépondérante, ce qui ne l'empêche
pas de frayer à l'occasion avec les mètres quantitatifs voire accentuels (cf. par exemple hexamètre
dactylique et strophe sapphique).

Vers français

Mètres

Le mètre des vers français est caractérisé par le nombre de ses syllabes (ou de ses voyelles), à
l'exclusion des syllabes féminines surnuméraires pouvant survenir en fin de vers (vers féminins) ou,
dans certains cas, à la césure (césure « épique »). Certains mètres sont plus courants que d'autres
(bien que, dans la poésie contemporaine — et, pour les vers chantés, déjà à la période classique —
règne une grande liberté). Ils sont signalés ici par la mise en gras. De manière générale, les vers pairs
sont plus fréquents que les vers impairs :

 une syllabe : monosyllabe

 deux syllabes : dissyllabe

 trois syllabes : trisyllabe

 quatre syllabes : tétrasyllabe ou quadrisyllabe


 cinq syllabes : pentasyllabe

 six syllabes : hexasyllabe

 sept syllabes : heptasyllabe

 huit syllabes : octosyllabe

 neuf syllabes : ennéasyllabe

 dix syllabes : décasyllabe

 onze syllabes : hendécasyllabe

 douze syllabes : alexandrin ou dodécasyllabe.

En poésie française traditionnelle, les vers sont rimés. De plus, les décasyllabes et les alexandrins
comportent une césure tombant toujours entre deux mots. Cette césure est le plus souvent à la
quatrième position pour les premiers (4 // 6) et à la sixième (6 // 6, ou césure à l'hémistiche) pour les
seconds. On décrit aussi des décasyllabes avec césure sixième (6 // 4) ou cinquième (5 // 5, appelé
alors taratantara[2]), mais ils sont tout à fait exceptionnels. On rencontre aussi occasionnellement,
moins souvent toutefois que la césure à l'hémistiche, des alexandrins avec double césure (4 // 4 // 4).

Quand un poème, ou une strophe, ne sont composés que de vers identiques, on les qualifie
d'« isométriques ». Dans le cas contraire, ils sont dits « hétérométriques ».

Comment dire les vers français ?

Dire les vers est un art pour lequel il n'existe aucune règle absolue, valable indépendamment de la
position esthétique adoptée. Les uns veulent « casser le vers » et s'ingénient à faire oublier ses
régularités métriques, comme s'ils voulaient qu'on n'entende que de la prose. D'autres [3] défendent
un jeu restreint de règles de diction. D'autres encore[4] proposent d'asseoir la diction poétique sur
une étude de son histoire et de lui appliquer, en somme, l'approche « historiquement informée »
qu'ont largement adoptée les interprètes de la musique ancienne. On est donc aujourd'hui très loin
des dogmes véhiculés par les traités de déclamation du XIXe siècle.

Une diction « neutre » du vers français est-elle possible ? Peut-être, mais à condition de renoncer au
préalable à toute prétention esthétique et à tout souci d'exactitude historique. Ce qu'on peut
proposer alors, c'est une diction « scolaire » des vers syllabiques français, qui se borne à en rendre
perceptibles les régularités métriques, à l'image de ce qu'il est convenu d'appeler la scansion pour les
vers gréco-latins. Sans aucune valeur artistique, elle peut constituer un point de départ dans
l'apprentissage de la déclamation, quitte à être modifiée et adaptée en fonction de la position
esthétique choisie.

Une telle diction devrait au minimum se conformer aux règles suivantes :

 Faire entendre de manière distincte toutes les syllabes numéraires du vers, quitte à s'écarter
de l'usage courant,

 en élidant tous les e féminins finaux devant voyelle initiale,

 en prononçant tous les e féminins non élidés,

 en respectant la pratique du poète en termes de diérèse ([lijɔ̃ ] pour lion) et


de synérèse ([sɑ̃ glje]pour sanglier).
 en faisant des liaisons qui seraient « interdites » en prose, chaque fois qu'une voyelle
initiale succède à une consonne finale,

 Distinguer les vers féminins des vers masculins en faisant entendre légèrement leur syllabe
féminine surnuméraire.

 Marquer un repos à la césure et en fin de vers (même en cas d'enjambement ou de rejet).

On peut illustrer ces règles « scolaires » minimales par la transcription approximative (en API) des
vers suivants extraits du poème LIII « L'Invitation au voyage » de Charles Baudelaire (Les Fleurs du
Mal, « Spleen et Idéal ») :

— Les soleils couchants [le sɔlɛj kuʃɑ̃ ] 5 syll.

Revêtent les champs [ʁəvɛtə le ʃɑ̃ ] 5 syll.


Les canaux, la ville entièr(e), [le kano la vil ɑ̃ tjɛʁ] 7 syll. fém.
D'hyacinthe et d'or ; [d‿ijasɛt̃ e d‿ɔʁ] 5 syll. (diérèse sur hy-
Le monde s'endort [lə mɔd̃ ə s‿ɑd ̃ ɔʁ] acinthe)
Dans une chaude lumière. [dɑz̃ ‿ynə ʃodə lymjɛʁ] 5 syll.
Là tout n'est qu'ordre et [la tu n‿ɛ k‿ɔʁdʁ e 7 syll. fém.
beauté, bote] 7 syll.
Luxe, calme et volupté. [lyksə kalm e volypte] 7 syll.

Vers espagnol

Extrait du poème « Romance Sonámbulo » de Federico García Lorca (avec la prononciation


européenne académique)

— Verde que te quiero verde. [ˈberðe ke te ˈkjeɾo ˈβerðe] 8 syll.

Verde viento. Verdes ramas. [ˈberðe ˈβjento ˈberðes ˈramas] 8 syll.


El barco sobre la mar [el ˈbarko ˈsoβre la ˈmar] 8 syll.
y el caballo en la montaña. [ʝ el kaˈβaʎo en la mon ˈtaɲa] 8 syll.
Con la sombra en la cintura [kon la ˈsomβra en la θinˈtuɾa] 8 syll.
ella sueña en su baranda, [eλa ˈsweɲa en su βaˈɾanda] 8 syll.
verde carne, pelo verde, [ˈberðe ˈkarne ˈpelo ˈβerðe] 8 syll.
con ojos de fría plata. [kon ˈoxos ðe ˈfria ˈplata] 8 syll.
Verde que te quiero verde. [berðe ke te kjeɾo ˈβerðe]) 8 syll.
Bajo la luna gitana, [ˈbaxo la ˈluna xiˈtana] 8 syll.
las cosas la están mirando [las ˈkosas la esˈtan miˈɾanðo] 8 syll.
y ella no puede mirarlas. [ʝ eλa no ˈpweðe miˈrarlas] 8 syll.

L'accent, dans la versification espagnole, modifie notamment le rythme du vers. La versification


espagnole se soucie plutôt de maintenir le rythme, le nombre de syllabes étant à ce propos modifié.
La structure rythmique exige que l'accent porte sur la pénultième (avant-dernière) syllabe : (_)(´)(_).

Si l'accent porte sur la dernière syllabe (_)(_)(´), il faut y ajouter un silence équivalent à une syllabe
pour que la structure redevienne (_)(´)(_): El barco so(bre)(la)(mar) > el barco sobre (la)(mar)(_).

Si l'accent porte sur l'antépénultième (avant-avant-dernière) syllabe (´)(_)(_), il faut supprimer la


valeur rythmique de celle qui la suit pour que la structure redevienne (´)(supprimée)(_), donc (_)(´)
(_) : Agitan dulcemente las brisas (cá)(li)(das) > Agitan dulcemente las bri(sas)(cáli)(das). On ne doit
jamais supprimer la syllabe, mais sa valeur rythmique.

Pour que le vers soit régulier, le poète doit tenir en compte ces faits lorsqu'il écrit, puisque ceci
modifie le calcul des syllabes : (_)(´)(_) = calcul habituel ; (_)(_)(´) = +1 ; (´)(_)(_) = -1. De ce fait, le vers
« El barco sobre la mar » n'a pas sept (7) syllabes, mais sept-plus-une (7+1=8) syllabes ; le vers
devient ainsi régulier.

Quant à la « sinalefa », il faut tenir en compte que deux sons vocaliques contigus font partie de la
même syllabe s'ils appartiennent à des mots différents : Con la sombra en la cintura = Con-la-som-
braen-la-cin-tu-ra. Deux sons vocaliques contigus dans le même mot constituent une syllabe s'il s'agit
d'une diphtongue: Verde viento. Verdes ramas. = Ver-de-vien-to-Ver-des-ra-mas. Par contre, deux
sons vocaliques font partie de deux syllabes différentes s'il s'agit d'un hiatus: con ojos de fría plata =
con-o-jos-de-frí-a-pla-ta. Les licences de non respect des « sinalefas » on les appelle « hiatos » ; les
licences de non respect des diphtongues, « diéresis » ; les licences de non respect des hiatus,
« sinéresis ».

Vers espérantophone

Voici un poème de l'espérantophone letton Nikolajs Ķurzēns (1910-1959) :

Ankoraŭ devas nigri vera nokto [anˈkoɾaw ˈdevas ˈniɡɾi ˈveɾa ˈnokto] 11 syll.

ankoraŭ devas fajri vera tago [anˈkoɾaw ˈdevas ˈfajɾi ˈveɾa ˈtaɡo] 11 syll.
ne povas ja de grizo ĉio pleni. [ne ˈpovas ja de ˈɡɾizo ˈt͡ʃio ˈpleni] 11 syll.

Voici un vers de l'espérantophone tchèque Eli Urbanová (1922-2012) :

La dolĉe lula belo betula [la ˈdolt͡ʃe ˈlula ˈbelo beˈtula] 10 syll.

Vers italien

 Versification populaire dans l'Italie du Moyen Âge.

 Le vers de la tradition par excellence est l'endecasillabo, comme ce v. 3 de La


Comédie (Enfer, I, 3) : « che la diritta via era smarrita » (tr. fr. "où la voie droite avait été
perdue" - positions fortes de 6 et 10, avec un contre-accent sur la 7e position). Chez Leopardi,
par ex. « fin sopra gli astri il mortal grado estolle » (La ginestra o il fiore del deserto - Canti -
positions fortes en 4, 8 et 10) : tr. fr. "élève l’ordre humain au-dessus des astres".

 Un exemple d'ennéasyllabe (le novenario pascoliano classique) : « Nascondi le cose


lontane » - Nebbia - Canti di Castelvecchio (tr. fr. "Tu caches les choses lointaines" - Brume[5]).

 La dernière position forte (la dixième pour le vers hendécasyllabique traditionnel par ex.) est
très majoritairement suivie d'une syllabe finale, d'où les termes de senario (accent du vers
sur la 5e), settenario (sur la 6e), ottonario, novenario, decasillabo, endecasillabo, etc.

 Il existe aussi de nombreux essais d'imitation de la métrique antique (quantitative), comme


dans ce vers sapphique de Pascoli : « Splende al plenilunïo l’orto; il melo » (Solon, Poemi
Conviviali), dont la longueur est compatible avec l'endecasillabo, mais la structure est :
trochée, trochée, dactyle (accent fort sur la 5e position), trochée, trochée ; tr. fr[6]. "Brille au
clair de lune l’enclos ; les arbres".

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