0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
1 vues21 pages

Graphique

Le document analyse la répartition de la population en âge de travailler en République Démocratique du Congo, mettant en évidence des différences significatives entre les sexes et les provinces. Il souligne que le taux d'emploi des jeunes est inférieur à celui des adultes, avec une majorité d'entre eux travaillant dans le secteur primaire, souvent dans des conditions précaires. Enfin, il aborde la situation professionnelle des jeunes, indiquant une forte proportion de travailleurs indépendants et un accès limité aux avantages sociaux.

Transféré par

kasongakalala
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
1 vues21 pages

Graphique

Le document analyse la répartition de la population en âge de travailler en République Démocratique du Congo, mettant en évidence des différences significatives entre les sexes et les provinces. Il souligne que le taux d'emploi des jeunes est inférieur à celui des adultes, avec une majorité d'entre eux travaillant dans le secteur primaire, souvent dans des conditions précaires. Enfin, il aborde la situation professionnelle des jeunes, indiquant une forte proportion de travailleurs indépendants et un accès limité aux avantages sociaux.

Transféré par

kasongakalala
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

taires (50,44%) que les adultes (49,56%). Globalement, la général.

En outre, selon le sexe, les jeunes femmes sont


répartition de la population en âge de travailler, laisse en- plus nombreuses que les jeunes hommes dans 20 pro-
trevoir un écart de 2,08 points entre les hommes (48,96%) vinces. La proportion des jeunes hommes en âge de
et les femmes (51,04%). Chez les jeunes par contre, cet travailler n’est supérieure à celle des femmes que dans
écart est estimé à près de 5 points et ce, en faveur des les provinces de Maniema, Nord-Ubangi, Haut-Lomami,
femmes, soit 52,40% contre 47,60% pour les hommes. Sud-Ubangi, Kwilu et Lualaba (tableau A.1, annexe). Par-
Selon les provinces, il ressort que c’est en Ituri que la mi ces jeunes en âge de travailler, nombreux ont atteint
proportion des jeunes est élevée (56,65%) et le niveau le niveau secondaire (52,3%). Ils sont aussi relativement
le plus bas s’observe en revanche dans la province du nombreux à n’avoir aucun niveau d’instruction (25,0%).
Kwilu (44,60%). Dans 12 provinces sur 26, la proportion Seulement 5,4% ont atteint le niveau supérieur. (Figure
des jeunes en âge de travailler reste inférieure au niveau A.1, en annexe).

Figure 1.1. Structure de la population en âge de travailler selon le sexe

Source : Enquête par Grappes à Indicateurs des ODD, 2020.

Taux de participation et d’activité des jeunes sur le marché du travail

Parmi les personnes composant la population en âge de Figure 1.2. Structure de la population de la RDC
travailler, 22,3% d’entre elles font partie de la population selon la situation d’activité
hors de la main-d’œuvre (inactif). Cette catégorie de la po-
pulation est majoritairement constituée de jeunes (72,4%).
En général, seuls 13,5% de la population en âge de tra-
vailler font partie de la main-d’œuvre potentielle. Cette ca-
tégorie regroupe les personnes qui cherchent un emploi
mais ne sont pas disponibles, celles qui sont disponibles
mais ne cherchent pas un emploi, celles qui disent vou-
loir travailler mais qui ne cherchent pas un emploi et ne
sont pas disponibles ainsi que celles qui ne savent pas
comment chercher du travail tout en manquant un emploi
(Figure 1.2).

En comparant les groupes d’âge, le taux d’activité des


jeunes (60,6%) est relativement plus bas que celui des
adultes (89,8%). Chez les jeunes, 54% d’individus fai-
sant partie de la main-d’œuvre potentielle sont ceux qui
cherchent l’emploi mais ne sont pas disponibles (dont
66,5% chez les femmes contre 44,6% chez les hommes). Source : Enquête par Grappes à Indicateurs des ODD, 2020.
64,4% (65,8% et 64% respectivement chez les hommes
et les femmes) ne sont pas disponibles et ne cherchent
pas du travail, mais désirent travailler. Les jeunes femmes jeunes hommes (63%) dans la catégorie des individus
sont relativement nombreuses (64,4%) par rapport aux qui manquent un emploi et ne savent pas comment le

20
observer que moins d’un jeune sur deux occupe un em- Figure 1.3. Taux d’emploi selon le groupe d’âge
ploi (47,1%), contre plus de ¾ pour les adultes (76,3%),
soit un écart important de 29,2 points de pourcentage.

L’analyse provinciale atteste que c’est dans la province


de Kinshasa que le taux d’emploi des jeunes est faible
(19,4%). Le taux plus élevé (81,8%) est observé dans la
Province du Nord Ubangi. Il ressort par ailleurs que 17
provinces sur 26 présentent un taux d’emploi des jeunes
supérieur à la moyenne nationale (47,1). Selon le sexe,
dans 14 provinces3, le taux d’emploi des jeunes femmes
est relativement supérieur à celui des jeunes hommes
(Tableau A.3, en annexe). Il apparaît cependant évident
que ces différences puissent trouver leur explication
dans d’autres facteurs aussi bien celles liées aux carac-
téristiques de la population en âge de travailler d’une
part et celles liées au fonctionnement du marché de tra-
vail d’autre part, tel qu’illustré dans les sous-sections 3.2
et 3.3 relatives au profil et aux déterminants de l’emploi Source : Calculs effectués à partir des données
de l’EGI-ODD 2020.
des jeunes.

1.2. DES EMPLOIS DE MAUVAISE QUALITÉ POUR LES JEUNES

La qualité de l’emploi est devenue un thème central dans cent4 (BIT, 1999a, 1999b, 2001a) qui considèrent qu’il faut
les différentes politiques de l’emploi tant dans les pays que les hommes et les femmes accèdent à un travail dé-
développés que dans les pays en voie de développement cent et productif, dans des conditions de liberté, d’équité,
(Abdelkhalek et coll., 2009). Cette tendance trouve son de sécurité et de dignité et ceci dans un cadre de conver-
fondement dans les travaux sur la question de travail dé- gence de quatre objectifs stratégiques, à savoir la promo-

3 Il s’agit de Kongo Central, Kwilu, Equateur, Tshuapa, Bas-Uelé, Nord Kivu, Sud Kivu, Maniema, Haut Katanga, Haut Lomami, Sankuru, Lomami, Kasaï ainsi que Kasaï
Central.
4 C’est en 1999 lors de la 87è Conférence Internationale sur le Travail, que le concept « Travail décent a été utilisé pour la première fois par le Directeur général du BIT
(Ghai, 2003).

22
nier emploie près de la moitié des jeunes travailleurs (soit
Figure 1.4. Répartition des actifs occupés selon les
49,8%) et 53,1% des adultes. En deuxième position, les
secteurs d’activités
ménages5 emploient 38,7% des travailleurs, en majorité
les jeunes. Ces derniers occupent près de 44% des em-
plois contre 35,6% pour les adultes.

Le taux assez élevé des jeunes dans les ménages peut se


justifier par le fait que souvent, dans cette tranche d’âge,
nombreux sont les jeunes qui sont encore pris en charge
par leurs parents ou tuteurs, et par conséquent, leur pro-
pension à travailler dans les ménages quelle que soit la
rémunération est plus grande que celle des adultes qui
en principe font face à plusieurs charges familiales. Ain-
si, pour les adultes, un emploi rémunéré reste le premier
choix.

Le secteur public est le troisième pourvoyeur d’emplois,


bien que l’écart soit très élevé avec les deux premiers (fig.
1.4). Compte tenu de ses spécificités et plus particuliè-
rement du contexte congolais marqué par la pléthore de
fonctionnaires publics et les dysfonctionnements dans Source : Calculs effectués à partir des données de l’EGI-ODD 2020.
le processus de mise à la retraite jusqu’à l’installation
récente de la CNSSAP, les jeunes sont très minoritaires
dans la fonction publique. Ils ne représentent que moins En associant le niveau de scolarisation des travailleurs,
d’un tiers des emplois. En dernier lieu, les ONG et les or- on observe des différences assez prononcées au niveau
ganisations internationales emploient très peu d’individus de chaque secteur d’activités. La figure 1.5 montre que le
(2,1%) et ce, quel que soit le groupe d’âge considéré. secteur privé reste le secteur qui emploie plus d’individus
En effet, si ce secteur d’activité peut paraître attrayant et ce, quel que soit le niveau d’étude. En général, l’emploi
en termes de conditions de travail et de rémunération, il dans les ménages est principalement exercé par ceux qui
est aussi très exigeant. Les emplois dans ce secteur sont ont le niveau d’étude secondaire (48,0%) et le niveau pri-
souvent de nature à durée déterminée, ce qui peut aus- maire (46,8%). Les jeunes sans instruction représentent
si justifier le faible niveau d’accès. Le besoin de sécurité par contre 39,2% dans ce même secteur. Aussi, la pro-
étant une contrainte inter-temporelle non négligeable. portion des jeunes travaillant dans les ménages et ayant

Figure 1.5. Secteur institutionnel des travailleurs selon le plus haut niveau d’étude atteint

Source : Calculs effectués à partir des données de l’EGI-ODD 2020.

5 personnel de maison dans un ménage (domestique, bonne à tout faire, chauffeur, jardinier, gardien) qui travaille pour le compte d’un ménage, en vue d’un avantage
monétaire ou non monétaire.

24
une éducation supérieure reste aussi non négligeable hommes et jeunes femmes travailleurs est quasiment si-
(22,3%). Cependant, comparés aux jeunes moins édu- milaire dans tous les secteurs d’activités. Toutefois, la pré-
qués, les jeunes avec une éducation supérieure sont rela- sence assez importante des jeunes travailleuses dans le
tivement plus nombreux dans le secteur public (20,1%) et secteur des ménages (46,3%) est susceptible de s’expli-
dans les ONG/OI (3,7%). quer par le fait que culturellement ce secteur est consacré
aux femmes. Comparés aux jeunes travailleurs de sexe
Chez les travailleurs adultes, les plus instruits sont glo- masculin évoluant dans ce secteur, il se dégage un écart
balement mieux situés, avec des concentrations relative- d’emploi de 5,1 points de pourcentage, alors que dans
ment plus importantes dans le secteur public (41,3%) et d’autres secteurs, cet écart ne dépasse pas 3 points.
les ONG/OI (4,4%). Ainsi, quelle que soit la tranche d’âge,
les individus avec une éducation supérieure sont bien Enfin, selon le milieu de résidence, les jeunes travailleurs
plus susceptibles de travailler dans le secteur public que sont répartis différemment dans les quatre secteurs.
les individus moins instruits. D’après la figure 1.7, en milieu rural, les jeunes travail-
leurs sont bien plus nombreux (46,9%) à travailler dans
En mettant en exergue les différences de taux d’emploi des ménages que les jeunes en milieu urbain (32,3%).
qui peuvent être observées entre les jeunes selon le sexe, L’emploi dans le secteur public accorde également plus
il ressort néanmoins de la figure 1.6 que malgré quelques de chance aux jeunes en milieu urbain (6,9%) par rapport
écarts du niveau d’emploi, la répartition des jeunes à ceux travaillant en milieu rural (3,7%).

Figure 1.6. Secteur institutionnel des jeunes Figure 1.7. Secteur institutionnel des jeunes
travailleurs selon le sexe travailleurs selon le milieu de résidence

Source : Calculs effectués à partir des données Source : Calculs effectués à partir des données
de l’EGI-ODD 2020. de l’EGI-ODD 2020.

Branches d’activités
Les travailleurs dans leur grande majorité, quelle que marché du travail congolais, en particulier les jeunes.
soit la tranche d’âge, sont situés dans les emplois du
secteur primaire. Selon la figure 1.8, les adultes et es- Comparés aux jeunes, les adultes sont relative-
sentiellement les jeunes travaillent principalement dans ment nombreux dans le secteur de services (23,8%),
le secteur primaire qui englobe les activités agricoles et alors que dans d’autres branches comme le com-
extractives. Alors que dans cette branche, les activités merce ou l’industrie, la répartition des jeunes et des
sont très peu rémunératrices en plus d’être peu produc- adultes est quasiment similaire. Les activités dans la
tives ; elles se caractérisent aussi par des conditions de branche industrie restent très peu développées en
travail difficiles. Le fait que cette branche soit celle qui RDC ; ce qui traduit son faible taux d’emploi (2,4%).
emploie 61,2% des travailleurs, avec 63,1% chez les
jeunes et 59,3% chez les adultes, il traduit le niveau Par ailleurs, des différences nettes apparaissent lorsqu’on
de qualité des emplois occupés par les individus sur le considère le niveau d’éducation des travailleurs dans les

25
Figure 1.8. Répartition des employés selon les branches d’activités

Source : Calculs effectués à partir des données de E-QUIBB, 2016.


Note : 1) La catégorie sans instruction inclut les individus qui n’ont jamais fréquenté l’école ainsi que
les individus qui ne sont pas allés au-delà de la maternelle. 2) les branches d’activité sont définies
à partir de l’enquête comme suit : Primaire = agriculture, mine/carrière et production ; Industrie =
transformation et construction/BTP ; Commerce = commerce/vente ; Services = transport, service,
santé, éducation, administration et autre.

différentes branches d’activités. Pour les jeunes, il ressort jeunes travailleurs avec un niveau d’études supérieures
que comparés à ceux qui sont sans instruction (78,7%), opèrent très majoritairement dans le secteur des services
les jeunes ayant atteint le niveau d’études supérieures ne (68,5%), tandis que dans le commerce et l’industrie, ils
représentent que 9,8% dans le secteur primaire. Aussi, les représentent respectivement 19,4% et 2,2% (Figure 1.9).

Figure 1.9. Branches d’activités des travailleurs selon le plus haut niveau d’étude atteint

Source : Calculs effectués à partir des données de E-QUIBB, 2016.

26
Figure 1.10. Branche d’activités des jeunes travailleurs selon le sexe

Source : Calculs effectués à partir des données de E-QUIBB, 2016.

En s’intéressant aux jeunes travailleurs selon le sexe, le secteur de services (28,6%) et dans l’industrie (4,0%).
les femmes sont relativement plus nombreuses que les
hommes à travailler dans le secteur primaire. D’après Selon le milieu de résidence, il ressort qu’en milieu ru-
la figure 1.10, les femmes représentent 68,3% dans ce ral, l’économie est fortement dominée par le secteur
secteur tandis que les hommes représentent 57,2%. primaire. En effet, ce secteur enregistre 81,5% des
Le commerce reste aussi la branche d’activités où l’on jeunes travailleurs. En revanche, en milieu urbain par
retrouve beaucoup de jeunes travailleurs femmes. contre, ce secteur n’emploie que 13,4% des jeunes
Dans cette branche, il ressort un écart de 9,5 points de (Figure 1.11). Le secteur de services (44,6%) et de
pourcentage (19,7% pour les femmes et 10,2% pour commerce (35,9%) restent les deux branches d’ac-
les hommes). Pour leur part, les jeunes travailleurs tivités en milieu urbain qui emploient plus de jeunes
hommes sont toutefois plus nombreux à travailler dans

Figure 1.11. Branche d’activités des jeunes travailleurs selon le milieu de résidence

Source : Calculs effectués à partir des données de E-QUIBB, 2016.

27
Situation dans la profession

Analyser la situation des travailleurs dans leur profession nombreux à travailler à leur propre compte (64,4%). Près
permet d’illustrer le niveau de vulnérabilité à laquelle sont de 18% sont des salariés, 4,1% sont des employeurs
exposés les individus dans l’exercice de leur profession. tandis que les aides familiales représentent 13,7% dans
En RDC, cette question est d’autant plus cruciale, car cette tranche d’âge.
elle renseigne sur le niveau de précarité des travailleurs,
leur difficulté à accéder aux avantages sociaux ou mé- En considérant le niveau d’instruction des travailleurs,
canisme de protection sociale et à la difficulté de pos- la figure 1.12 illustre que les jeunes travailleurs avec un
séder un emploi formel. Appréhendé à partir du taux de diplôme universitaire sont principalement des salariés
vulnérabilité, cet indicateur mesure la part des travailleurs (49,3%) tandis que ceux n’ayant aucun niveau d’ins-
exerçant pour leur propre compte (dans l’informel comme truction, travaillent principalement à leur propre compte
les unités de production informelle ou de l’auto-emploi) et (55,8%). Les employeurs sont principalement ceux qui
des travailleurs familiaux non rémunérés dans le total des ont le niveau supérieur d’instruction (5,6%). Bien que
travailleurs. la part des jeunes comme employeurs soit très faible, il

Figure 1.12. Répartition des travailleurs selon la situation dans la profession

Source : Calculs effectués à partir des données de l’EGI-ODD 2020.

En effet, des chiffres consignés dans la figure 1.12 ressort que l’éducation serait un facteur qui pousserait à
montrent que si huit travailleurs sur 10 occupent des la culture entrepreneuriale. En outre, la part d’aides fa-
emplois vulnérables, les jeunes constituent la catégorie miliales est trois fois moins élevée parmi les jeunes tra-
la plus exposée (87,9%) comparés aux adultes (78,2%). vailleurs avec une éducation supérieure (12,3%) que
Il ressort que seulement 2,5% des jeunes sont des em- parmi les jeunes travailleurs sans instruction (37,8%).
ployeurs, 9,6% d’entre eux évoluent dans le salariat. Dans
leur grande majorité, les jeunes travaillent pour leur propre En somme, le taux d’emploi vulnérable diminue avec le
compte (49,4%) et comme des aides familiales (38,5%). niveau d’instruction, et cette décroissance est surtout très
Mais, chez les adultes, la répartition des travailleurs dans prononcée parmi les travailleurs ayant atteint le niveau se-
les différentes professions montre qu’ils sont bien plus condaire et le niveau supérieur. Cependant, la décroissance

28
Figure 1.13. Répartition des travailleurs selon la situation dans la profession et le plus
haut niveau d’études atteint

Source : Calculs effectués à partir des données de l’EGI-ODD 2020.

de la vulnérabilité de l’emploi chez les plus instruits ainsi D’après la figure 1.14, les jeunes femmes se répar-
constatée est plus importante chez les adultes. Les travail- tissent entre 50,7% des travailleuses pour leur propre
leurs de cette tranche d’âge, avec un niveau d’instruction compte, 39,9% comme aides familiales, 6,9% sont sa-
supérieur, ne sont que 25,2% à occuper un emploi vulné- lariées et seules 2,4% sont des employeuses. En re-
rable contre 73,9% pour les travailleurs avec une éducation vanche, chez les jeunes hommes travailleurs, bien que
secondaire et 90,5% pour ceux qui sont sans instruction. la répartition dans les différentes professions soit relati-
vement identique à celle des jeunes femmes, l’on peut
En comparant les deux sexes, les jeunes femmes sont
observer que dans le salariat, les jeunes hommes re-
plus nombreuses à être affectées par la vulnérabili-
présentent quasiment le double des jeunes femmes.
té (90,7%) par rapport aux jeunes hommes (84,7%).

Figure 1.14. Répartition des jeunes travailleurs selon la situation dans la profession et le sexe

Source : Calculs effectués à partir des données de l’EGI-ODD 2020.

29
Selon le milieu de résidence, la situation dans la profession confirme que le salariat reste typiquement un phénomène
et la vulnérabilité de l’emploi font apparaitre des dispari- urbain. Les emplois vulnérables sont, dans une large me-
tés assez importantes entre les jeunes travailleurs urbains sure, situés en milieu rural où il ressort un taux de 93,2%
et les jeunes travailleurs ruraux. Il se dégage de la figure (avec 42,3% d’aides familiales et 50,9% de travailleurs à
1.15 que la part de jeunes travailleurs salariés en milieu leur propre compte) contre 68,1% (dont 43,8% de travail-
urbain est six fois plus élevée (28,9%) que ceux du milieu leurs à leur propre compte et 24,3% d’aides familiales).
rural (4,5%). Ce faible taux d’emploi salarial en milieu rural

Figure 1.15. Répartition des jeunes travailleurs selon la situation dans la profession
et le milieu de résidence

Source : Calculs effectués à partir des données de l’EGI-ODD 2020.

Informalité de l’emploi
Figure 1.16. Taux d’emploi informel en RDC
Le marché du travail en RDC reste largement dominé par
les activités du secteur informel (84,0%). L’emploi informel
comprend ici toutes les entreprises non publiques qui ne
sont pas enregistrées auprès des autorités compétentes
ou qui ne tiennent pas une comptabilité écrite dans leur
fonctionnement. D’après la figure 1.16, bien qu’il reste la
norme en RDC, le secteur informel emploie beaucoup plus
de jeunes (88,6%) que d’adultes (79,3%). La moindre expé-
rience professionnelle des jeunes constitue sans doute un
frein pour s’insérer dans le secteur formel de l’économie.

En mobilisant le facteur niveau d’instruction des travail-


leurs, il ressort que si l’éducation est susceptible d’amé-
liorer la situation des individus sur le marché du travail,
la figure 1.17 montre que c’est essentiellement chez les
jeunes travailleurs ayant le niveau d’études supérieur que
le taux d’emploi informel baisse, même s’il reste relative-
ment élevé (53,0%) par rapport aux adultes avec le même Source : Calculs effectués à partir des données
niveau d’études (26,2%). de E-QUIBB, 2016.

30
Figure 1.17. Part de l’emploi dans le secteur informel selon le niveau d’études atteint

Source : Calculs effectués à partir des données de E-QUIBB, 2016.

Globalement, les jeunes hommes sont relativement moins jusqu’au secondaire puis la tendance s’inverse remar-
nombreux à travailler dans les entreprises informelles quablement au niveau supérieur. En effet, la figure 1.18
(84,6%) que les jeunes femmes (92,2%). Cependant, les montre que 60,1% de jeunes hommes ayant atteint l’en-
résultats divergent selon le niveau d’éducation des indivi- seignement supérieur travaillent dans le secteur informel
dus. L’informalité est plus présente chez les jeunes femmes contre seulement 36,3% pour leurs homologues féminins.

Figure 1.18. Part de l’emploi des jeunes dans le secteur informel selon
le niveau d’études et le sexe

Source : Calculs effectués à partir des données de E-QUIBB, 2016.

31
Sous-emploi sur le marché du travail

La question du sous-emploi est très cruciale dans l’ana- cupés travaillent en dessous des heures légales du travail.
lyse de la qualité des emplois occupés par les individus. Chez les travailleurs adultes, 33,9% sont concernés par
Elle nourrit en effet la problématique du travail décent le sous-emploi contre 29,8% chez les travailleurs jeunes.
dans les pays en développement. Selon Maynard et Par contre, si les adultes sont relativement assez nom-
Feldman (2011), le sous-emploi renvoie à une situation breux à travailler moins que les heures prévues, les jeunes
d’emploi dans laquelle il existe une inadéquation entre les sont par contre plus nombreux à être suremployés. Glo-
caractéristiques et/ou aspirations d’un individu et les exi- balement, près de six travailleurs sur 10 travaillent au-de-
gences de son emploi, l’appréciation de cette divergence là de la durée hebdomadaire du travail : chez les jeunes,
se référant à un standard. Cette définition est en adéqua- cette proportion est estimée à 65,4% contre 60,1% chez
tion avec le cadre conceptuel de référence du sous-em- les adultes. Toutefois, aussi bien chez les jeunes occupés
ploi défini par le Bureau International du Travail (BIT) en que chez les adultes occupés, très peu parmi eux ont une
1998. D’après cette institution, il convient de distinguer durée hebdomadaire de travail estimée exactement à 45
deux formes de sous-utilisation de la main-d’œuvre chez heures. Dans l’ensemble, seulement 4,6% de travailleurs
les actifs occupés ; il s’agit du sous-emploi lié au temps sont situés dans la durée de 45 heures. Chez les adultes,
de travail et des formes d’emploi inadéquats. il est estimé à 6% contre 4,8% chez les jeunes.

Dans le cadre de cette étude, les informations utilisées Le taux de sous-emploi lié à la durée du travail décroit
permettent de mesurer le sous-emploi des actifs occu- avec le niveau d’éducation essentiellement chez les ac-
pés selon la durée du travail d’une part et selon le revenu tifs occupés avec le niveau secondaire et ceux avec le
d’autre part. Le sous-emploi lié au revenu est appréhendé niveau supérieur. Les résultats consignés dans le tableau
à partir du taux de bas revenu. Ce dernier renvoie à la 1.1 montrent que parmi les jeunes, ce taux baisse de près

Figure 1.19. Répartition des travailleurs selon la durée hebdomadaire de travail

Source : Calculs effectués à partir des données de l’EGI-ODD 2020.

proportion des actifs occupés ayant un revenu horaire du de 5 points de pourcentage, passant de 28,2% pour les
travail inférieur au SMIG. Pour ce qui est de la durée du individus sans instruction à 29,7% pour les individus avec
travail, le seuil de 45 heures est utilisé conformément au une éducation secondaire, puis à 23,3% pour les indivi-
code du travail comme durée hebdomadaire du travail. dus avec une éducation supérieure. Chez les travailleurs
adultes, la même tendance s’observe également, bien que
Selon la figure 1.19, près de 36% (soit 35,8%) d’actifs oc- la proportion des travailleurs sous-employés reste encore

32
relativement élevée comparée aux jeunes. Ce taux diminue soient pas assez importantes entre les jeunes hommes
en passant de 34,2% pour les sans instructions à 30,9% travailleurs (31,1%) et les jeunes filles travailleuses
pour ceux ayant le niveau supérieur. Principalement, le (28,7%), ces chiffres tendent à confirmer l’idée selon la-
sous-emploi lié à la durée de travail se manifeste chez quelle pour autant que l’emploi puisse donner lieu à une
les hommes, chez les travailleurs ayant au plus le niveau rémunération, les hommes sont plus enclins à accepter
d’étude primaire ainsi que chez les travailleurs en milieu un emploi que les femmes. Ainsi, dans le processus de
urbain et ce, quelle que soit la tranche d’âge considérée. recherche d’emploi, les femmes porteraient davantage
leur attention sur les conditions de travail, alors que
Bien que les différences des taux de sous-emploi ne les hommes privilégieraient leur carrière (Jones, 1989).

Tableau 1.1 Taux de sous-emploi lié à la durée du travail selon le plus haut niveau d’instruction atteint,
le sexe et le milieu de résidence

Jeunes Adultes
Moins de 45 heures 45 heures Plus de 45 heures Moins de 45 heures 45 heures Plus de 45 heures

Education

Sans instruction 28,23 8,68 63,09 34,21 7,29 58,51

Primaire 33,04 4,46 62,50 36,31 4,37 59,32

Secondaire 29,71 2,48 67,81 33,27 4,54 62,19

Supérieur 23,27 6,43 70,30 30,86 10,75 58,39

Sexe

Hommes 31,05 4,38 64,57 34,75 6,82 58,43

Femmes 28,68 5,26 66,07 33,0 4,98 62,02



Milieu de résidence

Urbain 31,49 3,8 64,71 34,39 5,22 60,39

Rural 29,34 5,13 65,53 33,70 6,37 59,92

Source : Calculs effectués à partir des données de l’EGI-ODD 2020.

Revenu du travail
Il est très important d’analyser la distribution des revenus médian6 pour les jeunes et les adultes, et renseigne que
de ceux qui participent au marché du travail et exercent les jeunes sont globalement moins bien rémunérés (21,5
un emploi. Le revenu a une importance fondamentale USD) que les adultes (37,6 USD).
parce qu’il détermine le bien-être économique et social
des individus. Cette section analyse la distribution de re- Dans l’ensemble, si le revenu mensuel médian des jeunes
venu mensuel médian des travailleurs en associant cer- travailleurs représente que 72% de revenu mensuel mé-
tains facteurs susceptibles de justifier les écarts consta- dian des actifs occupés, il ressort que les adultes occu-
tés entre les jeunes et les adultes d’une part et parmi les pés gagnent près de 1,7 fois le revenu mensuel médian
jeunes lorsqu’ils sont considérés de manière spécifique des jeunes travailleurs.
d’autre part. La figure 1.20 présente le revenu mensuel

6 Le revenu mensuel du travail est calculé en prenant en compte l’emploi principal et l’emploi secondaire, et en utilisant le taux de conversion de l’enquête (1 USD =
930CDF).

33
Dés lors que l’on prend en compte le niveau d’instruc- Figure 1.20. Distribution du revenu mensuel
tion des travailleurs, l’écart de revenu entre les jeunes et médian des travailleurs en USD
les adultes devient important lorsqu’on passe d’un niveau
inférieur à un niveau supérieur. D’après les chiffres consi-
gnés dans la figure 1.21, chez les actifs occupés sans ins-
truction, le revenu mensuel médian des adultes affiche un
écart 22% à celui des jeunes. Cet écart passe à 92% pour
le primaire et 138% pour le secondaire. Pour les actifs
occupés ayant le niveau supérieur, bien que cet écart se
réduit comparé aux travailleurs ayant le diplôme secon-
daire, il reste cependant élevé (114%). Toutefois, l’éduca-
tion à elle seule ne peut expliquer de tels écarts de revenu.
La prise en compte d’autres facteurs comme l’expérience
professionnelle qui limite les jeunes étant donné leur ca-
ractéristique des primo-entrants. En plus de l’expérience
professionnelle, on peut également relever d’autres fac-
teurs explicatifs du revenu mensuel des individus notam-
ment le nombre d’heures travaillées, le secteur d’activité
et la catégorie socioprofessionnelle.
Source : Calculs effectués à partir des données
de l’EGI-ODD 2020.

Figure 1.21. Revenu mensuel médian des travailleurs selon le plus haut niveau
d’études atteint, en USD

Source : Calculs effectués à partir des données de E-QUIBB 2016.

Parmi les jeunes, les femmes sont bien moins loties élevé pour les hommes). Par ailleurs, l’écart se résorbe
avec un revenu mensuel médian de moitié moindre (15,1 totalement parmi les individus ayant atteint l’enseigne-
USD) par rapport à celui des hommes (29 USD). L’écart ment supérieur qui bénéficient d’un revenu mensuel mé-
de revenu entre les sexes est particulièrement impor- dian de 75,3 USD (Figure 1.22). Ce résultat démontre
tant parmi les individus avec une éducation primaire l’importance des études supérieures dans l’atténua-
(deux fois plus élevé pour les hommes), ainsi que parmi tion des inégalités de genre sur le marché du travail.
les individus avec une éducation secondaire (87% plus

34
Figure 1.22. Revenu mensuel médian des jeunes travailleurs selon le plus haut niveau
d’études atteint et le sexe, en USD

Source : Calculs effectués à partir des données de E-QUIBB 2016

La figure 1.23 se penche du côté du revenu du travail des le fait que les emplois dans les zones rurales ont comme
jeunes selon leur milieu de résidence. En comparant les caractéristique principale la prédominance des activités
deux milieux (urbain et rural), il ressort que les jeunes tra- évoluant dans le secteur informel d’une part, et les activi-
vailleurs ruraux gagnent 3 fois moins que les jeunes tra- tés agricoles de subsistance d’autre part. Ce qui, toutes
vailleurs urbains. Cet écart de revenu assez prononcé en choses restant égales par ailleurs, limite l’accès des actifs
défaveur des jeunes en milieu rural peut s’expliquer par occupés à un emploi de qualité.

Figure 1.23. Revenu mensuel médian des jeunes travailleurs selon le milieu de résidence, en USD

Source : Calculs effectués à partir des données de E-QUIBB 2016.

35
Taux de bas revenu
Cet indicateur renseigne la part des travailleurs dont les Figure 1.24. Taux de bas revenus des travailleurs
revenus mensuels totaux du travail perçus dans l’emploi
principal et l’emploi secondaire sont inférieurs au SMIG7.
Le taux de bas revenu permet de saisir le niveau de
sous-emploi invisible sur le marché du travail (celui lié au
revenu du travail), car en plus du niveau de rémunération,
il permet de rendre compte de la capacité des travailleurs
à échapper à la pauvreté et à la vulnérabilité grâce aux
emplois qu’ils occupent.

Cette section met en exergue la situation des travailleurs


pauvres et dans quelle mesure la prise en compte de
certains facteurs comme l’éducation, le sexe ou le milieu
de résidence permettent aux actifs occupés d’échapper
à cette situation selon qu’il s’agit des travailleurs jeunes
comparés aux travailleurs adultes.

Des résultats consignés dans la figure 1.25, il ressort que


nombreux sont les travailleurs qui gagnent mensuelle-
ment en dessous du SMIG. Si parmi les jeunes, 7 sur 10
sont concernés par le bas revenu, la situation n’est pas
aussi favorable chez les adultes. Pour ces derniers, bien
que la proportion recevant moins que le SMIG soit moins
Source : Calculs effectués à partir des données de E-QUIBB 2016.
élevé par rapport aux jeunes travailleurs, il se dégage que
plus de la moitié (51,8%) parmi eux se retrouvent dans
cette situation.
Figure 1.25. Taux de bas revenus des travailleurs selon
Le taux de bas revenu décroit avec le niveau d’instruc- le plus haut niveau d’instruction atteint.
tion, principalement entre l’enseignement secondaire et
l’enseignement supérieur. Parmi les jeunes, le taux passe
de 85,3% pour les individus sans instruction à 66,1%
pour les individus avec une éducation secondaire, puis à
27,5% pour les individus avec une éducation supérieure.
La baisse est encore plus marquée pour les adultes qui ne
sont que 13,4% à percevoir moins que le SMIG avec une
éducation supérieure, contre 40,7% pour les individus
avec une éducation secondaire et 79,4% pour les indivi-
dus sans instruction (Figure 1.24). La corrélation négative
entre l’éducation (en particulier le niveau supérieur) et le
taux de bas revenu atteste une fois de plus le rôle majeur
de l’éducation dans l’atténuation du sous-emploi lié au
revenu du travail.

Tout comme parmi les jeunes, les travailleurs hommes


tirent de leurs emplois un revenu mensuel supérieur à
celui des femmes, il ressort également de la figure 1.26 Source : Calculs effectués à partir des données de E-QUIBB 2016.
que les femmes sont plus nombreuses à gagner moins
que le SMIG, soit un taux de bas revenu estimé à près de en général, les femmes particulièrement font face à des
80% contre 60,1% chez les hommes. Le niveau élevé de contraintes supplémentaires notamment celles liées aux
bas revenu chez les femmes justifie le fait qu’en plus des normes culturelles et sociétales restreignant ainsi leur
contraintes liées souvent au manque d’expérience as- participation au marché du travail. A ce sujet, l’étude ré-
sez solide dans la profession auquel font face les jeunes alisée par Dinkelman et Ngai (2022) montre que le temps

7 Etant donné que pour cette section, les données de l’enquête QUIBB sont utilisées, nous prenons comme référence le SMIG en vigueur en 2016 pour un manœuvre
ordinaire qui constitue la catégorie socioprofessionnelle qui requiert le moins de qualifications. Selon l’ordonnance n°80/040 du 30 avril 2008, pour un manœuvre ordi-
naire, la rémunération journalière est fixée à 1680 CDF. Ainsi, pour obtenir le SMIG mensuel, on multiplie le SMIG journalier par le nombre de jours de travail normal par
semaine (soit 5 jours), puis par le nombre moyen de semaines par mois (soit 4,33 semaines).

36
de travail que consacrent les femmes dans les activités géographique qui regorge un nombre assez important des
économiques, est souvent contraint par la charge de tra- jeunes travailleurs pauvres. Il ressort que comparé aux
vail dans la sphère domestique, ce qui les pousse sou- jeunes travailleurs en milieu urbain, le taux de bas revenu
vent à s’orienter vers des emplois indépendants, flexibles en milieu rural est près de 2 fois élevé (soit 80,8% contre
mais moins rémunérateurs. Le milieu rural reste la zone 43,0%).

Figure 1.26. Taux de bas revenus des jeunes travailleurs selon le sexe et le milieu de résidence.

Source : Calculs effectués à partir des données de E-QUIBB 2016.

1.3. UN CHÔMAGE DES JEUNES PLUS IMPORTANT

Les jeunes congolais sont exposés aussi bien au pro- gnostic, d’autant plus que le chômage est une autre réali-
blème d’emploi qu’à celui de la qualité de celui-ci, une té à laquelle ils font face quotidiennement.
fois obtenu. Cependant, considérer qu’il s’agit des seuls
défis auxquels ils font face constitue une erreur de dia- L’objet de cette section est justement d’aborder cette

37
réalité. Elle s’ouvre par un portrait dépeint afin de saisir respective, la durée du chômage et les causes microéco-
l’étendue du problème du chômage. Ensuite, de manière nomiques sont envisagées afin de préciser ce défi.

Portrait de la situation du chômage


Dans les pays en développement, le chômage représente mage. La situation est davantage très prononcée chez les
un défi majeur dans la mesure où il existe des coûts éco- jeunes où il est indiqué un taux de chômage de 17,1%
nomiques, sociaux et individuels liés à ce phénomène. pour ceux ayant atteint le niveau supérieur alors que chez
En effet, si du point de vue macroéconomique, l’on peut ceux n’ayant aucun niveau d’instruction le chômage ne
considérer que la non contribution des chômeurs à la représente que 0,5%. Ces résultats confortent ceux ob-
production et à la fiscalité comme étant une perte, du servés en grande partie dans les pays africains (Kuépié
point de vue microéconomique, le chômage induit un en- et coll., 2013). Si l’évolution du taux de chômage selon le
semble d’effets indésirables allant de la dépréciation du plus haut niveau d’éducation atteint suit le même rythme
capital humain au risque de pauvreté et à la vulnérabili- pour les jeunes que pour les adultes, il s’observe que
té (Zamo-Akono, 2019). Accorder une attention particu- l’ampleur du phénomène concerne plus les jeunes et à
lière à l’analyse de ce phénomène, et plus singulièrement leur détriment. Visiblement, l’expérience semble épargner
à la durée du chômage, est susceptible de contribuer à les universitaires les plus âgés dans la mesure où plus
l’identification des mesures de politiques économiques l’âge s’accroit, moins on est affecté par le chômage. En
susceptibles de réduire suffisamment l’importance de ce effet, selon l’Observatoire Congolais du Développement
phénomène en RDC.

En considérant la définition du chômage au sens du BIT8, Figure 1.27. Taux de chômage au sens du BIT
les statistiques attestent qu’entre 2019 et 2020, le taux
de chômage en RDC a augmenté de 1,33 point de pour-
centage (passant de 1,67% à 3%). A la suite de plusieurs
facteurs pouvant expliquer cette hausse du chômage,
l’enquête réalisée par la Fédération des entreprises du
Congo (FEC) et l’Elan-RDC attribue cette situation à la
conjonction des chocs d’offre et de demande résultant
de la Covid-19. En effet, les résultats de cette enquête
montrent que 91% d’entreprises considérées dans cette
étude ont été affectées par la Covid-19 et son impact
s’est notamment traduit par des fermetures des activités
totalement ou en partie, la détérioration des conditions de
travail et des problèmes de chaîne d’approvisionnement9.
Selon la figure 1.27, par rapport aux jeunes dont le taux
de chômage est estimé à 2,5%, les adultes (1,4%) sont
moins affectés par le chômage. Les jeunes étant souvent
des primo-entrants, donc moins expérimentés profes-
sionnellement, ils sont les derniers à être recrutés mais les
premiers à subir le licenciement, en particulier en période Source : Calculs effectués à partir des données de EGI-ODD 2020.
de crise10.

En mettant en relation l’éducation et le niveau de chô- Durable et l’Institut National de Statistique (2021), cette
mage, la figure 1.28 indique que l’éducation n’épargne situation de vulnérabilité11 s’explique moins par les dé-
pas les individus du chômage, au contraire ce dernier missions ou les licenciements, mais beaucoup plus par la
augmente avec le niveau d’études. Les individus les sortie de l’inactivité. Cette dernière raison est intimement
plus instruits sont également les plus exposés au chô- liée à la jeunesse qui sort du système éducatif.

8 Est chômeur, au sens de BIT, toute personne en âge de travailler qui : (i) est sans emploi, mais (ii) disponible pour travailler (immédiatement ou dans les 15 jours qui
suivent la date de l’enquête) et (iii) activement à la recherche d’un emploi (au cours des sept jours qui précèdent la date de l’enquête). Cependant, le taux de chômage
au sens du BIT n’est pas vraiment adapté aux marchés du travail africains où la plupart des individus trouvent un emploi à travers des canaux informels, principalement
la famille et les amis. En conséquence, il a été suggéré d’utiliser le taux de chômage selon la définition élargie qui exclut le critère restrictif de recherche active d’emploi,
ainsi qu’une définition plus précise du chômage qui inclut les demandeurs d’emploi découragés. Les données de l’EGI-ODD ne permettent malheureusement pas de
calculer ces définitions alternatives du chômage ; cette section se contente donc de la définition stricte du BIT.
9 Elan RDC et FImpact de la covid-19 : Différentes itérations, [Link]
10 Cette hypothèse est connue sous le vocable « last in first out ».
11 La probabilité d’entrer au chômage pendant une période donnée au sein de la population.

38
Figure 1.28. Taux de chômage (BIT) selon le plus haut niveau d’études atteint

Source : Calculs effectués à partir des données de EGI-ODD 2020.

Par ailleurs, ce phénomène affecte différemment les jeunes nomie caractérisée par le poids écrasant du secteur infor-
hommes et les jeunes femmes. En comparant les deux mel et traditionnel et un secteur moderne résiduel offrant
sexes, il ressort que nombreux sont les hommes (3%) qui des opportunités d’emploi limitées. En d’autres termes,
sont exposés au chômage que les femmes (1,9%). Aus- l’essentiel des activités pourvoyeuses de ressources en
si, selon la figure 1.29, le chômage est un phénomène milieu rural relève de l’agriculture de subsistance. Hormis
localisé. Il touche principalement les urbains (8,6%), les cette question structurelle de l’économie congolaise, il est
ruraux étant relativement épargnés (0,6%). Cette disparité important de rappeler que la composition de la population
spatiale se comprend aisément dans ce sens que le milieu active et la mobilité géographique sont des éléments à
rural est essentiellement déconnecté de la partie moderne considérer (RESEN III-RDC, 2022)13.
de l’économie dans une perspective dualiste – une éco-

Figure 1.29. Taux de chômage (BIT) selon le sexe et le milieu de résidence

Source : Calculs effectués à partir des données de EGI-ODD 2020.

13 Etude non encore publiée.

40
Chômage de longue durée

En plus du fait que le chômage reste encore un phéno- Figure 1.30. Taux de chômage de longue durée au sens
mène préoccupant, sa durée demeure aussi une problé- du BIT
matique assez complexe du marché du travail congolais.
Entendu au sens strict du BIT comme la part des chô-
meurs qui sont à la recherche d’un emploi depuis au
moins 1 an, l’analyse de la durée du chômage permet de
décrire la transition des individus entre la situation de chô-
mage et l’accès au premier emploi ou l’accès à une autre
opportunité d’emploi après une période de sans emploi.
D’après la figure 1.30, plus de la moitié des individus au
chômage (61.5%) le sont depuis au moins un an. Selon
les tranches d’âge, le taux de chômage de longue durée
s’établit à un niveau très important et relativement simi-
laire entre les adultes (61,2%) et les jeunes (61,8%). Cette
photographie montre que l’employabilité ne semble pas
très élevée en RDC. Pour cause, le comportement des
demandeurs d’emploi suggère un découragement pro-
gressif qui explique le niveau élevé du chômage.
Source : Calculs effectués à partir des données de EGI-ODD 2020.
Cependant, lorsqu’on prend en compte le niveau d’ins-
truction des chômeurs de longue durée, il ressort de la
Figure 1.31 que l’éducation améliore plus l’employabilité Figure 1.31. Taux de chômage de longue durée selon le
des adultes (61,1%) que celle des jeunes (80,1%) avec plus haut niveau d’études atteint
un niveau d’instruction supérieur, alors que pour les indi-
vidus au chômage avec un niveau secondaire, le taux de
chômage de longue durée des jeunes (56.1%) est moins
élevé que celui des adultes (61,4%). Si les individus les
adultes avec le niveau d’instruction supérieur sont les
plus susceptibles de quitter le chômage pour un emploi,
ceci pourrait s’expliquer par plusieurs facteurs aussi bien
du point de vue de l’offre de travail que de la demande.
En effet, selon Zamo-Akono (2018), les plus instruits pré-
sentent de meilleures aptitudes dans la recherche d’em-
ploi, ils disposent de plus d’informations sur le fonction-
nement du marché du travail et sont plus flexibles dans le
choix de certains emplois même s’ils sont en dessous de
leurs qualifications. A cela, il faut également ajouter que
nombreux sont les adultes qui sont chefs de ménage ; il
est donc évident que la charge familiale pousse davan-
tage les adultes à la recherche active de l’emploi étant
donné le coût d’opportunité plus élevé du chômage.
Source : Calculs effectués à partir des données de EGI-ODD 2020.

Du point de vue de la demande du travail, la trappe à


l’inactivité est susceptible de prolonger la durée de chô- Toutefois, la durée du chômage n’affecte pas les jeunes
mage des jeunes, ce qui a pour conséquence la détério- hommes de la même manière que les jeunes femmes.
ration des aptitudes professionnelles. Etant donné que Chez les jeunes hommes, près de 60% sont dans une
l’efficacité du dispositif de la politique de l’emploi est li- situation de chômage de longue durée contre 65% chez
mitée et ne permet pas de prendre en charge la formation les femmes. Ce constat renforce celui déjà mentionné par
des jeunes en majorité primo-demandeurs (Ministère du Kalemasi (2021). En effet, en analysant les disparités de
Plan/RDC, 2022), les employeurs se montrent exigeants, genre dans la dynamique du marché du travail en RDC,
en imposant une certaine expérience professionnelle l’auteur montre que la durée moyenne de chômage est
préalable à l’embauche. Ainsi, dans un tel paysage, la du- passée de 55,3 à 97,6 mois dans l’ensemble de la po-
rée du chômage des jeunes est vue par les employeurs pulation entre 2005 et 2012. Comparées aux hommes,
comme un signal négatif des aptitudes du travailleur. les femmes connaissent des durées moyennes de chô-

41
mage plus longues, soit 103,7 mois contre 94,8 en 2012, durée. Alors que les femmes dans cette catégorie expéri-
alors qu’elles présentaient des durées moyennes moins mentent relativement moins le chômage de longue durée
importantes en 2005. A cela, il faut ajouter le fait que, les (87,5%) par rapport aux hommes (87,6%), il se dégage
primo-demandeurs femmes expérimentent une durée de cependant qu’elles passent en moyenne 100,8 mois pour
chômage plus longue (106,6 mois, soit 8 ans et 9 mois) obtenir un emploi contre 94,6 mois pour les hommes.
que les hommes dont la durée a été estimée à 94,9 mois. Dans l’ensemble, les anciens actifs occupés ont une du-
Le même constat est établi pour les chômeurs de longue rée moyenne de chômage de 97,2 mois.

Causes microéconomiques du chômage des jeunes


Outre le fait que les individus soient au chômage, l’ana- et y rester pendant un moment relativement long que les
lyse des causes susceptibles de justifier leur situation est adultes, question d’acquérir une expérience avant de se
pertinent en termes d’orientation des politiques d’emploi. lancer dans la recherche d’un autre emploi (Figure 1.32).
Les données de l’enquête EGI-ODD permettent de retenir
plusieurs causes du chômage, allant de celles liées à la En revanche, très peu d’individus (2,3%) sont au chômage
décision des chômeurs eux-mêmes à celles liées au fonc- à cause d’un départ volontaire de leur emploi antérieur et
tionnement du marché du travail. Globalement, le marché cela aussi bien chez les adultes que chez les jeunes. Intui-
du travail congolais est caractérisé par les chômeurs qui tivement, si les actifs occupés ne quittent volontairement
sont à la recherche de leur premier emploi (43,3%) et des pas leur emploi pour en rechercher un autre, les distor-
anciens actifs occupés à la recherche d’un emploi meil- sions sur le marché du travail peuvent en être la raison.
leur (40,8%). Aucune surprise ne peut être constatée chez En effet, étant donné que le marché du travail n’offre pas

Figure 1.32. Répartition des individus selon différentes causes du chômage

Source : Calculs effectués à partir des données de EGI-ODD 2020.

les jeunes chômeurs à la recherche d’un premier emploi assez d’opportunités aux individus à la recherche, pour
(56,3%), étant donné que nombreux parmi eux sont les se prémunir du risque du chômage et surtout du chô-
primo-demandeurs. Comparés aux jeunes (36,5%), nom- mage de longue durée, le travailleur acceptera de rester
breux sont les adultes (45,2%) au chômage à cause de la dans son emploi même quand celui-ci ne correspond pas
recherche d’un emploi meilleur. Un constat tout à fait intuitif à celui voulu. Par contre, ce sont les chômeurs adultes
pour les jeunes car à la quête de l’expérience profession- (17,5%) qui connaissent plus de départs involontaires
nelle, les jeunes seraient trop enclins à accepter un emploi de l’emploi antérieur comme cause de leur chômage.

42
un potentiel congolais de transition démographique, qui n’est pas l’unique facteur important. Il y a lieu de rappeler
débouchera sur un dividende démographique : la figure que les paramètres comme la population en âge de tra-
1.31 montre que la part des congolais de 0 à 24 passera vailler et les cohortes en âge de travailler sont également
de 65% en 2020 à 55,4% en 2050. Le taux de croissance à considérer. A ce titre, la RDC figure parmi les cinq pays
démographique passera, pour la première fois depuis les africains dont le taux de croissance de la population en
années 50, en deçà de 2% pour se situer à 1,94% entre âge de travailler sera important entre 2013 et 2060 (Ewi-
2040-2045 et 1,80% entre 2045-2050. Aussi, à cette pé- nyu et coll., 2019). Selon les estimations faites dans cette
riode-là, selon les prévisions de la Banque mondiale, le dernière étude, les congolais âgés de 0-24 ans repré-
ratio de dépendance totale va-t-elle décroitre, soit de 95,4 senteront 63,3% de la croissance démographique entre
en 2020 à 66,2 en 2050, en passant par 85 en 2030. On 2013-2023, dont 21,5% proviendront de tranche de 15-24

Figure 1.33. Projections démographiques

70 250 000
60
200 000
50
40 150 000

30 100 000
20
50 000
10
0 0
2020 2025 2030 2035 2040 2045 2050

DRC/Afrque

Part des congolais âgés de 0 à 24 ans/Population congolaise

Population (en millier)

Source : Nations-Unies, World Population Prospect 2019

constatera aussi une amélioration significative du rapport ans. Le taux de ces deux cohortes baissera à 55,3% au
de dépendance des jeunes – rapport de la population de cours de la décennie 2023-2033 (avec une contribution
moins de 15 ans sur la population active : le pays devrait de l’ordre de 23,2 points de pourcentage pour les jeunes)
atteindre un ratio de 59,3 en 2050, alors qu’il était de 89,5 et à 44,9% en 2033-2045 (avec une contribution en points
en 2020, en transitant autour de 79 en 2030. A terme, la de pourcentage équivalant à 18,5 pour les jeunes de 15-
fenêtre d’opportunité liée à la transition démographique 24 ans). Au final, ces deux cohortes vont représenter res-
semble possible. En des termes différents, la pression pectivement 12,1% et 13,4% entre 2053-2063. De plus, la
économique sur la population active pour subvenir aux figure 1.32 révèle une rupture assez nette pour les enfants
besoins des inactifs va baisser. après la fin de l’Agenda 2030 et une évolution allant à la
hausse pour les adultes et les vieux. Cependant, pour les
En outre, la taille de la population de manière absolue jeunes la courbe de la tendance semble stationnaire.

Figure 1.34. Cohortes en âge de travailler en pourcentage de la population totale en âge


de travailler, par tranche d’âge, 2013–2063

Source : Ewinyu et al. (2019)

44

Vous aimerez peut-être aussi