Pour approfondir les concepts abordés dans le document, voici des détails supplémentaires sur les processus
cognitifs, les niveaux d'analyse textuelle et les techniques de transposition entre le français et l'arabe.
1. Le processus cognitif : Le modèle interprétatif
La traduction n'est pas un simple "transcodage" de mots, mais une opération sur le sens. Selon Danica
Seleskovitch et Marianne Lederer, elle repose sur la saisie du « vouloir-dire » de l’auteur. Ce processus se
décline en trois phases :
Compréhension et interprétation : Le traducteur décode l'intention de l'auteur en allant
au-delà du sens littéral pour accéder aux significations profondes, aux métaphores et aux
non-dits.
Réflexion : Choix de la manière la plus adéquate de reformuler le contenu.
Réexpression : Production d'un message respectant les normes discursives et les usages
de la langue cible.
2. Approfondissement des niveaux d'analyse (Modèle de Gémar)
Jean-Claude Gémar propose cinq plans pour une analyse rigoureuse :
Plan Sémantique : Il distingue le sens de prédicat libre (sens général du dictionnaire,
ex: « tête » comme partie du corps) du sens de prédicat lié (sens contextuel, ex: « la tête
de l'entreprise » pour désigner le chef).
Plan Syntaxique : Le traducteur agit en comparatiste, analysant comment l'ordre des
mots diffère (ex: l'adjectif avant le nom en anglais « red house », mais souvent après en
français « maison rouge »).
Plan Lexical : Une attention particulière est portée aux nuances (ex: le verbe « redouter »
peut signifier craindre, avoir peur ou paniquer selon l'intensité du contexte).
Plan Stylistique : Il s'agit de repérer les figures de style comme la métonymie (ex: «
boire un verre » pour le contenu) ou la synecdoche (ex: « chercher un toit » pour une
maison) et de maintenir le registre de langue (familier vs soutenu).
3. Focus sur les procédés de Vinay et Darbelnet
Le document détaille les sept outils fondamentaux pour résoudre les divergences structurelles ou culturelles :
L'Emprunt : Utilisation du mot original pour combler une lacune lacunaire ou créer un effet
(ex: « fatwa », « sahel », « djellaba »).
Le Calque : Traduction littérale d'une expression figée (ex: « Gratte-ciel » pour skyscraper
ou « Guerre Froide »).
La Traduction littérale : Passage mot à mot correct (ex: « Where are you ? » / « Où êtes-
vous ? »).
La Transposition : Changement de catégorie grammaticale (ex: « Avant la rentrée »
[Nom] devient en anglais « Before school started » [Verbe]).
La Modulation : Changement de point de vue (ex: l'affirmation « It is difficult » devient la
négation « Ce n'est pas facile »).
L'Équivalence : Traduction globale d'une situation, indispensable pour les proverbes (ex: «
Qui se ressemble s'assemble »).
L'Adaptation : Substitution culturelle pour des réalités inexistantes dans la culture cible
(ex: traduire « Baseball » par « Football » dans certains contextes pour garder l'idée de
sport populaire).
4. Spécificités de la traduction vers l'Arabe
Le traducteur doit naviguer entre deux systèmes temporels très différents :
Le système français : Riche d'une vingtaine de temps et six modes.
Le système arabe : Repose sur le Madi (accompli) et le Mudari' (inaccompli).
o Pour rendre l'imparfait français, on utilise la structure : مضارع+ ( كانex: « il jouait »
= kana yal'abu).
o Pour le plus-que-parfait, on utilise : فعل ماض+ قد+ كان.
o La particule ( قدqad) exprime la certitude avec le passé (passé composé), mais
l'incertitude ou le conditionnel avec le présent.
Enfin, le document note des tendances stylistiques : l'arabe accepte volontiers la répétition et les structures
relatives fréquentes, alors que le français cherche à les éviter pour plus de fluidité.