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Deguste

Le rapport évalue la pauvreté en Guinée, en mettant en lumière les défis liés au capital humain, à la croissance des revenus ruraux et à la vulnérabilité des ménages. Il propose des recommandations pour améliorer la situation, notamment en renforçant le capital humain et en soutenant la résilience des ménages. Les résultats sont basés sur des données collectées par l'Institut national de statistique de Guinée et la Banque mondiale.

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Le rapport évalue la pauvreté en Guinée, en mettant en lumière les défis liés au capital humain, à la croissance des revenus ruraux et à la vulnérabilité des ménages. Il propose des recommandations pour améliorer la situation, notamment en renforçant le capital humain et en soutenant la résilience des ménages. Les résultats sont basés sur des données collectées par l'Institut national de statistique de Guinée et la Banque mondiale.

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les vulnérables :
Investir dans les pauvres et

É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E
2 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

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1818 H Street NW
Washington DC 20433
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Ce travail est un produit du personnel de la Banque mondiale avec des contributions externes. Les résultats, interprétations
et conclusions exprimés dans ce travail ne reflètent pas nécessairement les opinions de la Banque mondiale, de son
Conseil d’administration ou des gouvernements qu’ils représentent.

La Banque mondiale ne garantit pas l’exactitude des données incluses dans cet ouvrage. Les frontières, couleurs,
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Droits et autorisations
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É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 3

REMERCIEMENTS

Ce rapport a été préparé sous la direction de Aissatou Ouedraogo (Économiste, EAWPV) et Roy Katayama (Économiste
Principal, ELCPV, précédemment Économiste Principal, EAWPV). Les autres membres de l’équipe de base étaient Awa Sanou,
Ayala Wineman, Anne Olivier, Yasuka Tateishi (Consultants, EAWPV) et Guy Morel (Consultant, EECPV). Mohammed Coulibaly
(Consultants, EAWPV) a soutenu l’estimation des tendances de la pauvreté à l’aide de la technique d’estimation aréolaire. Le
rapport a été préparé en collaboration avec l’Institut national de statistique de Guinée (INS).

L’équipe remercie la Commission de l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) pour sa collaboration
inestimable tout au long de la mise en œuvre de l’Enquête harmonisée sur les conditions de vie des ménages (EHCVM), de
la gestion des données et de la mesure des agrégats de bien-être. Un remerciement spécial à Aly Komah (INS) pour l’étroite
collaboration dans la préparation des données de l’EHCVM et les travaux de mesure des indicateurs nationaux de pauvreté
ainsi qu’à Aboubacar Kaba (Directeur général, INS).

L’équipe tient à souligner les nombreuses contributions et commentaires de l’équipe pays. Tout au long de la préparation
du rapport, l’équipe a reçu des commentaires et soutiens utiles de Mariama Altine Mahamane (Économiste Agricole
Senior, SAWA4), Ibrahim Magazi (Spécialiste Senior de la Santé, HAWH3), Teegwende Valerie Porgo (Consultante ET, HAWH3),
Assane Dieng (Spécialiste de l’Éducation, HAWE2), Karine M. Pezzani (Responsable Senior des Opérations, HAWE2), Claudia
Zambra (Spécialiste Senior de la Protection Sociale, HAWS2), Susana Sanchez (Économiste principale, EAWM1), Boulel Toure
(Économiste Principal, EAWM1), Carlos Rodriguez Castelan (Économiste en chef, EAWPV), Aly Sanoh (Économiste Principal) et
Aboudrahyme Savadogo (Économiste) (EAWPV).

Le rapport a grandement bénéficié des commentaires des évaluateurs pairs Yele Batana (Économiste Principal, EAEPV) pour les
chapitres sur l’analyse de la pauvreté et du revenu rural et de la note conceptuelle du projet, Emmanuel Skoufias (Économiste
en chef, EAEPV) et Waly Wane (Chef de d’expertise, HAWE2) pour les chapitres sur le capital humain et la vulnérabilité et les
chocs, Essama Nssah (Conseiller Économique et TTL de l’évaluation de la pauvreté en Guinée de 1997) pour le rapport global.
Le projet a également bénéficié des commentaires utiles de Kathleen Beegle (Économiste en chef, HGNDR) qui a examiné la
note conceptuelle du projet.

L’équipe remercie Johan Mistiaen (Directeur de Pôle d’expertise, EAWPV), Andrew Dabalen (Directeur de Pôle d’expertise,
ESAPV et ex-Directeur du Pôle d’expertise, EAWPV), Nestor Coffi (Représentant Résident, AWMGN), Coralie Gevers (Directrice
des Operations, AWCF2), Abebe Adugna (Directeur Régional, EAWDR) et Andrea Coppola (Chef de Programme, EAWDR).

L’équipe remercie Etsehiwot B. Albert (Assistante de Programme), Senait Kassa Yifru (Analyste des Opérations), Santosh Kumar
Sahoo (Assistante de Programme), Arlette Sourou (Assistante Principale de Programme) (EAWPV) ; Lydie J. Sankara (Agent
des Opérations); Salimatou Drame-Bah, (Assistante Exécutive) et Racky Dia Camara (Assistante de Programme) (AWMGN),
Mamadou Bah (Officier des affaires extérieures, ECRAW), et Oumou Kassi-Coulibaly (Assistant de Programme, AWCF2) pour
l’assistance logistique et le soutien à la communication tout au long de la préparation du rapport. Enfin, l’équipe tient à
remercier tous les membres de l’INS et de la Banque Mondiale qui ont contribué à faire de ce projet un effort de collaboration.
4 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

ABRÉVIATIONS ET ACRONYMES

ADER Besoins Energétiques Alimentaires Moyens PAM Programme Alimentaire Mondial


AGRA Alliance pour une Révolution Verte en PCIMNE Stratégie de Gestion Intégrée des Maladies
Afrique du Nouveau-né et de l’Enfant
AIDI Indice de Développement des PDI personnes déplacées internes
Infrastructures en Afrique PIB Produit Intérieur Brut
CONACILLS Comité National du Comité Permanent Inter- PNDES Plan National de Développement
Etats de Lutte contre la Sécheresse dans le Économique et Social
Sahel PNDS Plan National de Développement de la
DES Apport Energétique Alimentaire Santé
DHS Enquêtes Démographiques sur la Santé PNDS Politique Nationale de Développement de
DSC Diagnostic Systématique Pays la Santé
DSRP Document de Stratégie Nationale pour la PNUD Programme des Nations unies pour le
Réduction de la Pauvreté développement
EHCVM Enquête Harmonisée auprès des Ménages PPTE Pays Pauvres Très Endettés
ELEP Enquête Légère pour l’Évaluation de la PRODEG Projet pour les Résultats de la Petite
Pauvreté Enfance et de l’Éducation de Base
EPT Education Pour Tous PSA Programmes Sociaux Adaptatifs
FAO Organisation des Nations Unies pour PSE Programme Sectoriel de l’Education
l’alimentation et l’agriculture RCCM Registre du Crédit à la Consommation
FIES Échelle d’expérience de l’insécurité RGPH Recensement Général de la Population et
alimentaire du Logement
FEWS NET Réseau de systèmes d’alerte précoce contre SWEDD Programme pour l’Autonomisation des
la famine Femmes et le Dividende Démographique au
FMI Fond Monétaire International Sahel
GNF Franc Guinée TIC Technologies de l’Information et de la
GPI Indice de Parité Hommes-Femmes Communication
HFPS Enquête Téléphonique à Haute Fréquence UEMOA Union Économique et Monétaire Ouest-
ICH Indice du Capital Humain Africaine
IDA Association Internationale de UNESCO Organisation des Nations Unies pour
Développement l’Education, la Science et la Culture
INS Institut national de statistique de Guinée UNFPA Fonds des Nations Unies pour la Population
IPM Indice de Pauvreté Multidimensionnelle UNHCR Haut-Commissariat des Nations Unies pour
Nafa Programme d’Inclusion productive et de les Réfugiés
Renforcement des Systèmes USAID Agence des États-Unis pour le
NIF Numéro d’Identification Fiscale Développement International
OIT Organisation Internationale du Travail WAAP Programme de Productivité Agricole de
OMS Organisation Mondiale de la Santé l’Afrique de l’Ouest
ONU Organisation des Nations Unies WCARO Bureau de la région Afrique Occidentale et
OPHI Initiative d’Oxford sur la Pauvreté et le Centrale
Développement Humain ZLECAf Zone de Libre-Échange Continentale
PASANDAD Programme Accéléré de Sécurité Alimentaire Africaine
et Nutritionnelle et de Développement
Agricole Durable
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 5

TABLE DES MATIÈRES

Remerciements 3
Table des Matières 5
Liste des Figures et Tableaux 7
Liste des Tableaux 10
Liste des Encadrés 11
Sommaire 12
Contexte Pays 12
Qu’est-ce qui entrave la réduction de la pauvreté en Guinée ? 13
Faiblesse du capital humain 13
Contraintes à la croissance du revenu rural 13
Vulnérabilité à la pauvreté 14
Que peut-on faire pour favoriser la réduction de la pauvreté en Guinée ? 15
Accroître le capital humain 15
Accélérer la croissance des revenus ruraux 15
Renforcer et accroître la résilience des ménages ruraux 16
Chapitre 1. Mesures et tendances de la pauvreté en Guinée 17
1.1. Dimension monétaire de la pauvreté : tendances et géographie 18
1.2. Dimensions non monétaires de la pauvreté : tendances et géographie 25
1.2.1. Pauvreté multidimensionnelle 25
1.2.2. Pauvreté subjective 31
1.3. Le défi de la Guinée pour parvenir à une réduction durable de la pauvreté 31
1.4. La pauvreté à l’ère de la pandémie de COVID-19 36
Chapitre 2. Profil de Pauvreté 40
2.1. Caractéristiques des ménages pauvres 41
2.1.1. Emploi 41
2.1.2. Éducation 43
2.1.3. Autres caractéristiques du ménage 45
2.2. Conditions de vie des pauvres 48
2.2.1. Accès à l’eau potable 48
2.2.2. Accès à l’électricité 50
2.2.3. Accès à l’assainissement 51
2.2.4. Matériaux de logement 52
2.2.5. Outils de communication, inclusion financière et propriété d’actifs 53
2.3. Pauvreté subjective 55
6 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Chapitre 3. Le capital humain en Guinée 58


3.1. Indice du capital humain 59
3.2. Éducation 60
3.3. Santé 72
3.4. L’éducation et la santé à l’ère de la COVID-19 83
3.5. Recommandations stratégiques 85
Chapitre 4. Revenus en Guinée Rurale 90
4.1. Revenus ruraux 91
4.1.1. Aperçu de la pauvreté, des revenus ruraux et des activités génératrices de revenus 91
4.1.2. Caractéristiques des fermes agricoles rurales 96
4.1.3. Caractéristiques des entreprises rurales non agricoles 100
4.1.4. Transferts de fonds et migration 101
4.2. Sources potentielles de croissance du revenu rural 103
4.3. Contraintes à la croissance du revenu rural 111
4.4. Recommandations stratégiques 116
Chapitre 5. Vulnérabilité et Chocs en Guinée 121
5.1. Vulnérabilité à la pauvreté 121
5.2. Apparition de chocs 125
5.3. Mécanismes d’adaptation 131
5.4. Impact de l’épidémie de COVID-19 135
5.5. Conclusion et recommandations stratégiques 139
Références 142
Annexes 148
A-1. Différence entre l’EHCVM 2018/19 et l’ELEP 2012 148
A-2. Mesurer les taux de pauvreté de 2018 150
A-3. Prédire la pauvreté en 2014 à l’aide de la technique d’imputation d’enquête à enquête 151
A-4. Tendance de la perception du bien-être, 2012-2018 153
A-5. Urbanisation en Guinée, 2012-2018 153
A-6. Calcul de l’indice de pauvreté multidimensionnelle (IPM) 154
A-7. Vulnérabilité à la pauvreté 156
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 7

LISTE DES FIGURES

Figure 1 : Tendances de la Pauvreté en Guinée, 2014-2018 18


Figure 2 : Incidence, profondeur et sévérité de la pauvreté en Guinée, 2018 20
Figure 3 : Incidence de la pauvreté et nombre de pauvres, 2018 22
Figure 4 : Structure des inégalités de consommation, 2018 23
Figure 5 : Courbes d’incidence de la croissance par zone de résidence, 2014-2018 24
Figure 6 : Mesures et tendances de la pauvreté multidimensionnelle 25
Figure 7 : Tendances de l’IPM dans les régions en Guinée, 2012-2018 28
Figure 8 : L’IPM et la contribution de chaque dimension par région, 2012-2018 29
Figure 9 : Ratio de personnes non encore autonomes par domaine (censored headcount), 2012-2018 29
Figure 10 : Chevauchement entre pauvreté monétaire et privation non monétaire, 2018 30
Figure 11 : Perception du bien-être par lieux de résidence, 2012-2018 31
Figure 12 : Taux de croissance annuels du PIB et du PIB par habitant, 2000-2019 33
Figure 13 : Tendances des parts de l’emploi et de la valeur ajoutée par travailleur par secteur, 1991-2019 34
Figure 14 : Croissance du PIB et de la production agricole par habitant, 2007-2019 35
Figure 15 : Les canaux de transmission de la COVID-19 sur le bien-être des ménages 36
Figure 16 : Répartition de la population par niveau de bien-être suite à l’épidémie de COVID-19 38
Figure 17 : Expériences d’insécurité alimentaire à la suite de l’épidémie de COVID-19 39
Figure 18 : Incidence de la pauvreté selon l’emploi du chef de ménage 42
Figure 19 : Pauvreté et secteurs d’emploi par région en Guinée 42
Figure 20 : Pauvreté selon le statut et le titre d’emploi du chef de ménage 43
Figure 21: Incidence de la pauvreté selon le niveau d’éducation et d’alphabétisation du chef de ménage 44
Figure 22: Niveau de scolarité des pauvres et non-pauvres 2018/19 45
Figure 23: Incidence de la pauvreté selon la démographie du chef de ménage et les caractéristiques
du ménage 47
Figure 24: Accès à des sources améliorées d’eau potable et d’eau courante 49
Figure 25: Accès à des sources améliorées d’eau potable par région 49
Figure 26: Accès à l’électricité par lieu résidence et statut social 50
Figure 27: Accès à l’électricité par région 51
Figure 28: Accès à des toilettes améliorées 52
Figure 29: Matériaux de logement durables (murs, plancher et toit) 53
Figure 30: Accès à Internet, aux banques et aux actifs 54
Figure 31: Pauvreté monétaire et pauvreté subjective par région et lieu résidence 55
Figure 32: Montant moyen nécessaire déclaré pour sortir de la pauvreté 56
Figure 33: Facteurs contribuant à la pauvreté subjective 57
Figure 34. Taux nets de scolarisation selon le sexe et le groupe d’âge 62
Figure 35 : Taux bruts de scolarisation par sexe et par groupe d’âge 62
Figure 36. Taux nets de scolarisation par groupe d’âge, quintile de richesse et statut de pauvreté 63
8 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Figure 37. Ratios nets de scolarisation par région, 2018 63


Figure 38. Probabilité d’être inscrit à l’école 65
Figure 39. Indice de parité hommes-femmes pour la scolarisation, 2005–2018 66
Figure 40. Raisons pour n’avoir jamais fréquenté une école formelle 67
Figure 41 : Heures hebdomadaires moyennes de travail domestique par sexe, groupe d’âge et scolarisation 67
Figure 42 : Proportion de personnes en âge scolaire qui travaillent à l’extérieur de la maison 68
Figure 43. Problèmes signalés dans les écoles par type d’école 69
Figure 44. Taux d’alphabétisation par sexe, statut de pauvreté et groupe d’âge 70
Figure 45. Taux d’alphabétisation par région (15-49 ans), 2018 70
Figure 46 : Mobilité intergénérationnelle du niveau d’éducation 71
Figure 47. Santé maternelle par sous-groupe de populations, 2018 73
Figure 48 : Taux de mortalité liée à la grossesse, 2005-2016 74
Figure 49. Tendances et géographie de la santé infantile 75
Figure 50 : Tendances et géographie de la nutrition infantile 75
Figure 51. Expériences de maladie et de visite d’un établissement de santé,
par statut de pauvreté et par groupe d’âge 76
Figure 52. Raisons de ne pas visiter un centre de santé en cas de maladie par quintile de richesse (%) 77
Figure 53. Problèmes signalés dans les établissements de santé publics et privés 79
Figure 54. Répartition du statut de sécurité alimentaire par échelle d’expérience
de l’insécurité alimentaire (FIES) 81
Figure 55. Insécurité alimentaire dans toutes les régions 82
Figure 56. Probabilité d’être en sécurité alimentaire selon les caractéristiques du ménage
et de la communauté 82
Figure 57. Activités éducatives pendant la fermeture des écoles 83
Figure 58. Répartition de l’état de sécurité alimentaire pendant la pandémie de COVID-19 84
Figure 59. Probabilité d’être incapable de répondre aux besoins de base depuis mars 2020 85
Figure 60. Zones de subsistance en Guinée 91
Figure 61. Pauvreté rurale et revenu non agricole dans les zones de subsistance 92
Figure 62. Activités génératrices de revenus des ménages ruraux 94
Figure 63. Part du revenu des ménages en zones rurales de Guinée 95
Figure 64. Activités de la semaine dernière chez les jeunes ruraux (18 à 35 ans)
et les non-jeunes (35 ans et plus) 95
Figure 65. Contrôle sur le revenu chez les adultes ruraux (18 ans et plus) 95
Figure 66. Productivité foncière dans les zones de subsistance (millions de GNF par hectare cultivé) 96
Figure 67. Répartition des entreprises rurales non agricoles par secteur/sous-secteur 100
Figure 68. Années d’exploitation d’entreprises rurales non agricoles 100
Figure 69. Transferts de fonds reçus par les ménages ruraux 102
Figure 70. Statut et lieu d’origine du migrant, par sexe et résidence actuelle 102
Figure 71. Valeur ajoutée agricole dans les pays de référence 104
Figure 72. Valeur ajoutée par travailleur agricole dans les pays de référence 105
Figure 73. Productivité foncière dans les pays de référence 105
Figure 74. Corrélats de la productivité foncière 106
Figure 75. Corrélats de la commercialisation agricole 108
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 9

Figure 76. Valeur du commerce agricole en Guinée 109


Figure 77. Corrélats de la part du revenu non agricole 110
Figure 78. Score d’aide à l’accès à des semences de haute qualité aux agriculteurs. 111
Figure 79. Défis auxquels sont confrontées les entreprises rurales non agricoles 112
Figure 80. Inclusion financière des hommes et des femmes en milieu rural 116
Figure 81. Taux de pauvreté et de vulnérabilité par zone de résidence 122
Figure 82. Chevauchement entre vulnérabilité et pauvreté selon la zone de résidence 122
Figure 83. Vulnérabilité attribuée aux chocs covariants et aux chocs idiosyncratiques 123
Figure 84. Taux de vulnérabilité et de pauvreté par région 124
Figure 85. Taux de vulnérabilité covariants et idiosyncratiques par région 124
Figure 86. Taux de vulnérabilité induits par le risque et la pauvreté en Guinée 124
Figure 87. Taux de vulnérabilité induits par le risque et la pauvreté par région 124
Figure 88. Probabilité d’être vulnérable à la pauvreté 125
Figure 89. Apparition de chocs covariants et idiosyncratiques par emplacement 127
Figure 90. Apparition de chocs covariants et idiosyncratiques selon les types et l’emplacement 127
Figure 91. Apparition de chocs covariants et idiosyncratiques par région 128
Figure 92. Apparition de chocs covariants et idiosyncratiques par type et par région 128
Figure 93. Apparition de chocs covariants et idiosyncratiques selon le sexe du chef de ménage 129
Figure 94. Apparition de chocs covariants et idiosyncratiques selon les types et le sexe du chef de ménage 128
Figure 95. Apparition de chocs covariants et idiosyncratiques selon le statut de pauvreté 130
Figure 96. Apparition de chocs covariants et idiosyncratiques selon les types et le statut de pauvreté 130
Figure 97. Stratégies d’adaptation en Guinée 131
Figure 98. Stratégies d’adaptation par région 132
Figure 99. Stratégies d’adaptation selon le sexe du chef de ménage 133
Figure 100. Stratégies d’adaptation par statut de pauvreté 134
Figure 101. Réduction des indicateurs de bien-être à la suite de chocs 135
Figure 102. Types de chocs qui conduisent à l’adoption de mécanismes d’adaptation négatifs 135
Figure 103. Survenance de chocs pendant la pandémie 136
Figure 104. Situation d’emploi des sondés 138
Figure 105. Salariés qui ne pouvaient pas se rendre au travail ou travailler à domicile comme d’habitude 138
Figure 106. Stratégies d’adaptation en septembre-octobre 2020 139
Figure A-1. Imputation des tendances de la pauvreté en Guinée, 2007-2018 152
Figure A-2. Perception de la difficulté à vivre par région, 2012-2018 153
Figure A-3. Part de la population urbaine par région, 2012-2018 153
10 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

LISTE DES TABLEAUX

Tableau 1 : Incidence de la pauvreté, répartition des pauvres et part de la population urbaine, 2018 21
Tableau 2 : Impact simulé combiné de la perte de revenu et de l’inflation sur l’incidence de la pauvreté 37
Tableau 3: Taille du ménage, nombre d’enfants et taux de dépendance 46
Tableau 4: Part de la population selon le statut monétaire et la pauvreté subjective (%) 55
Tableau 5 : Indice du capital humain et ses composantes dans les pays de référence en 2020 59
Tableau 6 : Investissements dans l’éducation et performances scolaires dans les pays de référence, 2018 61
Tableau 7 : Choix des établissements de santé pour les consultations (%) 78
Tableau 8. Indicateurs de sécurité alimentaire dans les pays voisins 80
Tableau 9. Résumé des recommandations stratégiques 88
Tableau 10. Résumé démographique des zones de subsistance 92
Tableau 11. Caractéristiques des ménages ruraux 96
Tableau 12. Caractéristiques des exploitations agricoles 98
Tableau 13. Caractéristiques de 0 l’élevage 99
Tableau 14. Commercialisation des produits agricoles 99
Tableau 15. Taux d’application des intrants agricoles et recherche agricole dans les pays de référence 107
Tableau 16. Défis de commercialisation auxquels sont confrontés les producteurs de cultures 112
Tableau 17. Accès des ménages ruraux aux l’infrastructures 113
Tableau 18. Inclusion financière au sein de la population rurale dans les pays de référence 115
Tableau 19. Définitions des chocs covariants et idiosyncratiques à l’aide de l’EHCVM 2018/19 126
Tableau 20. Définition des chocs idiosyncratiques et covariants dans l’enquête téléphonique
à haute fréquence 136
Tableau A-1. Répartition de la Population dans l’EHCVM 2018/19 148
Tableau A-2. Liste des éléments inclus dans le calcul de l’agrégat de consommation 150
Tableau A-3. Statistiques sommaires des variables utilisées pour la prévision de l’estimation
des petites superficies 151
Tableau A-4. Comparaison des indicateurs utilisés pour construire l’IPM 155
Tableau A-5. Statistiques sommaires des variables utilisées dans l’estimation du taux
de vulnérabilité à la pauvreté 155
Tableau A-6. Score coefficient de l’indice des actifs et des infrastructures basé sur l’analyse
en composantes principales 157
Tableau A-7. Proportion de ménages exposés aux chocs 158
Tableau A-8. Proportion de ménages dirigés par des hommes et des femmes exposés à des chocs 159
Tableau A-9. Proportions de ménages exposés à des chocs à la suite de l’éclosion de COVID-19
selon la zone de résidence 160
Tableau A-10. Proportions de ménages exposés à des chocs à la suite de l’épidémie
de COVID-19 en raison de leur statut de pauvreté et du sexe du chef de ménage 160
Tableau A-11. Stratégies d’adaptation à la suite de l’éclosion de la COVID-19 161
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 11

LISTE DES ENCADRÉS

Encadré 1 : Évaluer les tendances de la pauvreté en Guinée 19


Encadré 2. Quelle est la source des différences dans les chiffres de la pauvreté imputés pour 2014 ? 19
Encadré 3. Mesurer l’IPM à partir de l’EHCVM 2018/19 et l’ELEP 2012 25
Encadré 4. Infrastructures en Guinée 112
12 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

RÉSUMÉ
Contexte Pays l’IPM a été enregistrée dans toutes les régions, à la seule
exception de Labé, qui affiche également la plus forte
Malgré une période récente de forte croissance avant incidence de pauvreté monétaire. Cependant, l’incidence
la COVID-19, l’incidence nationale de la pauvreté a été de la pauvreté a probablement augmenté de 4 points
estimée à 44 pour cent en 2018 alors que la Guinée de pourcentage en 2020 en raison de la pandémie de
continue de faire face à de multiples défis pour Covid-19. Cela correspond à près d’un demi-million de
maintenir les progrès en matière de réduction de la personnes supplémentaires poussées dans la pauvreté,
pauvreté. La reprise économique de la Guinée a été effaçant ainsi la plupart des progrès réalisés en matière
catalysée par un programme de réforme visant à atteindre de réduction de la pauvreté au cours des cinq dernières
le point d’achèvement des pays pauvres très endettés années.
(PPTE) et récemment stimulée par le boom minier de
Plus de 80 pour cent des 5,3 millions de Guinéens
2016-2017. Cependant, la croissance économique ne s’est
pauvres vivent dans des zones rurales présentant des
pas traduite par une forte réduction de la pauvreté en
disparités régionales substantielles dans l’incidence
raison d’une combinaison de facteurs, notamment un
et la profondeur de la pauvreté. Le taux de pauvreté
déficit de capital humain, des taux de fécondité élevés,
estimé en 2018 dans les zones rurales était de 55,4 pour
une faible productivité agricole et d’importantes lacunes
cent contre 22,2 pour cent dans les zones urbaines.
en matière d’infrastructures. Malgré un taux de croissance
Encore plus frappant, alors qu’environ 65 pour cent
économique moyen de 4 pour cent entre 2014 et 2018,
de la population guinéenne est rurale, 82 pour cent
l’incidence estimée de la pauvreté a diminué d’un peu
des pauvres vivent en zones rurales. En outre, il existe
plus d’un point de pourcentage par an depuis 2014.
une différence considérable dans la profondeur de la
La transformation structurelle a été limitée, la part du
pauvreté dans les zones rurales et urbaines (16,9 pour
secteur primaire restant presque stagnante au cours
cent et 4,5 pour cent, respectivement). Avec un seuil de
des trois dernières décennies. Cela rend l’économie peu
pauvreté national estimé à 5 006 362 GNF par habitant
diversifiée et fortement dépendante d’un secteur agricole
et par an, ces résultats impliquent qu’il faudrait environ
à faible productivité et d’un secteur minier qui génère
851 100 GNF en moyenne par an pour sortir un pauvre
peu d’emplois locaux et représente environ 80 pour cent
rural de la pauvreté, contre 225 300 GNF pour un citadin
des exportations guinéennes.
pauvre. Les disparités régionales dans l’incidence de la
Les simulations suggèrent que la pandémie de COVID-19 pauvreté sont également considérables, la région de Labé
a probablement contrebalancé la plupart des progrès affichant l’incidence de pauvreté la plus élevée, suivie
réalisés en faveur de la réduction de la pauvreté de Faranah et de Kindia, tandis que la région de Kankan
depuis 2014. Les résultats de simulation indiquent a le taux le plus bas après Conakry. La concentration
une diminution de l’incidence de la pauvreté d’environ de la pauvreté dans les zones rurales est évidente dans
49 pour cent en 2014 à 44 pour cent en 2018. Cette toutes les régions et reflète probablement les sources
amélioration du bien-être monétaire se reflète également de moyens de subsistance. L’agriculture est le principal
dans les indicateurs de bien-être non monétaires, tels moyen de subsistance des ménages ruraux, et la plupart
que l’Indice de Pauvreté Multidimensionnelle (IPM), qui des pauvres réside dans un ménage où le chef est
est passé de 0,36 à 0,32 entre 2012 et 2018. La réduction de principalement employé dans le secteur agricole. Le
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 13

fait que la pauvreté demeure un phénomène rural met au PIB est passée de 6 à 4 pour cent entre 2015 et 2017,
en évidence l’importance d’améliorer les moyens de tombant en dessous de la moyenne de 5 pour cent en
subsistance ruraux pour parvenir à une réduction durable Afrique subsaharienne. Plus important encore, le système
de la pauvreté. de santé reste inaccessible et inefficace avec peu de
professionnels qualifiés. En conséquence, la Guinée est
Qu’est-ce qui entrave la réduction de la mal performante par rapport à d’autres pays d’Afrique
pauvreté en Guinée ? subsaharienne. Selon le rapport sur l’Indice du Capital
Humain (ICH), l’ICH en Guinée n’est que de 0,37, suggérant
Trois grandes contraintes ressortent : (i) la faiblesse du
qu’un enfant guinéen né aujourd’hui ne pourra atteindre
capital humain, (ii) les obstacles à l’accélération de la
que 37 pour cent de son potentiel lorsqu’il sera adulte.
croissance des revenus ruraux, et (iii) la vulnérabilité à la
Ce qui est relativement faible comparé aux pays pairs tels
pauvreté due aux chocs.
que le Bénin et le Togo, où les chiffres correspondants
sont respectivement de 0,40 et 0,43.
Faiblesse du capital humain

Contraintes à la croissance du revenu rural


Le taux de pauvreté élevé de la Guinée s’explique en
partie par la faiblesse du capital humain. Les résultats
La faible productivité agricole limite la réduction de la
du présent rapport indiquent une forte corrélation entre
pauvreté dans les zones rurales. Quatre-vingt-treize pour
le niveau de scolarité du chef de ménage et son statut
cent des ruraux pauvres sont classés dans la catégorie
de pauvreté. Plus précisément, près de 60 pour cent de
des ménages agricoles (engagés dans la production
la population qui réside dans un ménage où le chef n’est
agricole et animale). Pourtant, comme dans de nombreux
pas scolarisé est pauvre. Cette part diminue fortement
pays d’Afrique subsaharienne, le secteur agricole
à mesure que le niveau d’éducation du chef de ménage
guinéen est confronté à de nombreux défis en termes
augmente. La forte corrélation entre l’éducation et la
d’investissement et de commercialisation. L’adoption de
pauvreté est particulièrement préoccupante, car les
technologies d’amélioration du rendement est limitée, très
données suggèrent une transmission intergénérationnelle
peu de ménages utilisent des engrais ou des semences
du niveau d’éducation. Plus précisément, 51 pour cent
améliorées et quasiment aucun ménage n’a recours à
des personnes dont le père n’a pas d’éducation n’ont pas
l’irrigation. Cela est dû aux risques de production et à
d’éducation formelle elles-mêmes. Cette statistique est
la faiblesse des marchés financiers qui entraînent des
supérieure à 80 pour cent dans les zones rurales. Cette
contraintes de liquidité, un manque d’accès aux marchés
mobilité très limitée de l’éducation intergénérationnelle,
des intrants et un manque de connaissances dans
associée à la forte corrélation entre l’éducation et la
l’utilisation des technologies agricoles modernes. Du côté
pauvreté, suggère une persistance à long terme du statut
de la réglementation, l’environnement n’est pas favorable.
de revenu.
En effet, selon le rapport 2019 de la Banque mondiale
sur le développement d’un environnement favorable à
La Guinée présente l’un des taux de morbidité les
l’entrepreneuriat agricole, la Guinée obtient des résultats
plus élevés de la région, ce qui peut avoir un impact
plutôt médiocres par rapport aux pays pairs en termes de
sur la productivité et les revenus. Malgré les efforts
la qualité de la réglementation ainsi que le temps et les
du gouvernement dans le secteur de la santé, les défis
coûts pour enregistrer une nouvelle variété de semences.
pour répondre aux besoins de santé de la population
Le faible taux d’utilisation des intrants modernes conduit
qui étaient évidents lors de l’épidémie d’Ébola de 2014
à une faible productivité dans le secteur agricole. En
persistent à ce jour, certainement en raison de la marge
conséquence, les pauvres ont des difficultés à répondre
de manœuvre budgétaire limitée pour atteindre ces
à leurs besoins en matière de sécurité alimentaire et
objectifs. La part des dépenses de santé par rapport
ne peuvent générer d’excédents de production pour la
14 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

commercialisation, limitant ainsi leurs opportunités de Selon le rapport de l’Enquête Démographique et de


revenus agricoles. Santé, 83 pour cent des femmes (âgées de 15 à 49 ans)
sont d’accord avec l’affirmation selon laquelle un mari a
Le manque d’infrastructures et l’inaccessibilité aux raison de battre sa femme si elle sort sans le lui dire. Ces
marchés constituent un défi majeur. Quatre-vingt-cinq contraintes de mobilité, combinées à un taux de fécondité
pour cent des ménages pauvres citent l’impraticabilité élevé – entraînant des demandes liées à l’éducation des
des routes comme un défi lors de la commercialisation de enfants – peuvent affecter les préférences des femmes à
leurs produits agricoles, contre 63 pour cent pour les non- chercher du travail en dehors de la maison. Ils peuvent
pauvres. En outre, une plus grande proportion de ménages également limiter l’accès des femmes à l’éducation, aux
pauvres cite la distance par rapport au marché comme un marchés, aux services financiers et à des réseaux sociaux,
défi. Ces contraintes reflètent des différences dans l’accès qui sont importants pour les opportunités économiques.
aux infrastructures, 62 pour cent des non-pauvres résidant En effet, seulement 1 pour cent des femmes des zones
dans un village avec son propre marché, contre 50 pour rurales de Guinée participent au marché du travail salarié,
cent pour les pauvres. En outre, la proportion de pauvres contre 8 pour cent pour les hommes. En outre, les résultats
qui déclarent avoir une réception téléphonique constante de l’enquête EHCVM montrent que les hommes sont plus
dans leur village est de 78 pour cent, contre 88 pour cent susceptibles de contrôler toutes les sources de revenu, y
pour les non-pauvres. Les ménages pauvres sont également compris le revenu de transfert (pour lequel les femmes
confrontés à une privation relativement plus importante sont plus susceptibles d’être bénéficiaires). En outre, le
de l’accès à l’électricité, qui est importante pour la valeur mariage des enfants et la première naissance précoce ainsi
ajoutée dans le système agroalimentaire. Ces contraintes que le taux de fécondité élevé augmentent non seulement
ont des implications importantes en termes de coûts de les risques pour la santé des femmes, mais réduisent
transaction auxquels sont confrontés les ménages pauvres également le temps dont elles disposent pour participer
pendant les campagnes de commercialisation. pleinement aux opportunités économiques.

En outre, il existe des contraintes dans l’augmentation Vulnérabilité à la pauvreté


des revenus dans le secteur non agricole. Les entreprises
non agricoles sont dominées par l’informel (avec La vulnérabilité de la Guinée aux chocs de santé
seulement 2 pour cent des entreprises qui maintiennent publique entrave davantage sa capacité à parvenir à une
une comptabilité d’entreprise écrite) et présentent des réduction durable de la pauvreté. La crise d’Ébola a frappé
perspectives limitées de création d’emplois salariés pour l’économie guinéenne en 2014 et a eu un impact significatif
les personnes non-membres du ménage. Le secteur est sur la pauvreté. En effet, les simulations basées sur le
également confronté à un faible accès au marché, 50 pour recensement de 2014 suggèrent que la pauvreté a augmenté
cent des ménages signalant que le manque de demande d’environ 2 points de pourcentage entre 2012 et 2014. En
constitue un défi pour leurs entreprises non agricoles. De outre, comme mentionné précédemment, la pandémie de
plus, les entreprises non agricoles ont tendance à être « COVID-19 a probablement poussé jusqu’à un demi-million
jeunes », plus de la moitié d’entre elles étant en activité de personnes supplémentaires dans la pauvreté. D’après
depuis 5 ans ou moins. Bien que cela puisse suggérer les résultats de l’Enquête téléphonique à haute fréquence
une prolifération de nouvelles entreprises au cours des auprès des ménages, l’impact de la pandémie de COVID-19
dernières années, cela est plus probablement dû à la faible sur les pertes d’emploi et de revenus n’a pas diminué en
résilience de ces entreprises, entraînant ainsi un taux élevé février 2021. La perspective d’un impact négatif durable de
de sortie. la pandémie de COVID-19, combinée à la nouvelle épidémie
de virus Ébola, est susceptible de menacer davantage les
L’inégalité entre les sexes est un autre défi crucial pour progrès vers la réduction de la pauvreté.
la réduction de la pauvreté dans les zones rurales.
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 15

La vulnérabilité à la pauvreté est un phénomène fortement les plus rentables pour permettre l’accumulation de
rural. Dans l’ensemble, 64 pour cent des Guinéens capital humain à long terme et accroître l’autonomisation
sont pauvres ou vulnérables à la pauvreté. Le chiffre des femmes, (iii) d’investir dans une éducation de qualité
correspondant dans les zones rurales est nettement plus aux niveaux secondaire et supérieur, et (iv) d’assurer une
élevé, atteignant 82 pour cent. Cette grande vulnérabilité formation professionnelle appropriée pour développer les
à la pauvreté est due à des chocs tels que la maladie compétences qui sont en demande sur le marché du travail.
ou la mort d’un membre du ménage, des précipitations Actuellement, le taux net de scolarisation préscolaire est
irrégulières et des maladies des cultures ou des animaux de 9 pour cent au niveau national et de seulement 4 pour
qui affectent de manière disproportionnée les pauvres des cent chez les pauvres.
zones rurales. Malheureusement, les ménages confrontés
à ces chocs ont très peu d’options formelles pour les L’augmentation de l’accumulation de capital humain
mécanismes d’adaptation. Seulement 1 pour cent des pour les femmes est essentielle dans la lutte contre la
ménages déclarent avoir reçu de l’aide du gouvernement à pauvreté. L’intensification des efforts visant à maintenir
la suite d’un choc. Par conséquent, la plupart des ménages les filles à l’école plus longtemps serait essentielle
ont recours à des stratégies informelles de filet de sécurité pour relever l’âge de la première grossesse et réduire le
(en comptant notamment sur l’aide de parents et d’amis), taux de fécondité ; cela aurait des effets importants sur
ce qui peut ne pas être viable dans un contexte de choc l’accumulation de capital humain et l’élargissement des
mondial tel que la pandémie de COVID-19 qui touche possibilités économiques offertes aux femmes. La Guinée
simultanément de nombreux ménages. Les ménages peut tirer profit du programme pour l’autonomisation des
adoptent souvent des stratégies d’adaptation négatives femmes et le dividende démographique au Sahel (Sahel
telles que la réduction de la consommation alimentaire ou Women’s Empowerment and Demographic Dividend,
la vente d’actifs, en particulier d’actifs productifs tels que SWEDD, en anglais) afin d’accroître l’accumulation de
le bétail. De telles stratégies maintiennent les ménages capital humain à long terme pour les filles et les femmes.
pauvres dans la pauvreté ou poussent les ménages Il convient de noter qu’il a été démontré que les crises et
vulnérables dans la pauvreté. les pandémies augmentent la fécondité et ralentissent la
transition démographique. L’effet de la pandémie actuelle
Que peut-on faire pour favoriser la réduction de COVID-19 qui réduit la fréquentation scolaire déjà faible
de la pauvreté en Guinée ? des filles en Guinée est susceptible d’augmenter leur
fécondité. Cela nécessite des politiques proactives pour
Pour parvenir à une réduction durable de la pauvreté et réduire la fécondité, conformément aux recommandations
stimuler une prospérité partagée en Guinée, les options identifiées dans l’étude de la Banque mondiale de 2019
politiques qui peuvent surmonter les trois contraintes « Guinée : Les Avantages Économiques d’une Société
décrites ci-dessus comprennent (i) l’augmentation du Inclusive Fondée sur le Genre. »
capital humain, (ii) l’accélération de la croissance des
revenus ruraux et (iii) le renforcement de la résilience des Accélérer la croissance des revenus ruraux
ménages aux chocs.
Étant donné que la situation de pauvreté est désastreuse,
Accroître le capital humain il est important de donner la priorité aux politiques qui
peuvent générer des gains rapides en améliorant le
L’augmentation du capital humain est cruciale pour fonctionnement des marchés pour une croissance plus
parvenir à une réduction durable de la pauvreté en rapide des revenus ruraux. Ces politiques comprennent
Guinée. Cela impliquera (i) de renforcer le système de : (i) encourager l’investissement dans les technologies
santé du pays, (ii) d’investir dans l’éducation de la petite d’amélioration du rendement afin d’augmenter la
enfance, car il s’est avéré que c’est l’une des interventions productivité agricole et de générer des excédents pour
16 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

la commercialisation et, par conséquent, permettre aux essentiels à la protection et au développement du capital
pauvres ruraux de générer des revenus, (ii) organiser humain, (iii) promouvoir l’égalité des chances en ciblant les
les agriculteurs pour mieux accéder aux marchés des groupes vulnérables, y compris les jeunes et les femmes,
intrants et des productions agricoles, et améliorer le en mettant l’accent sur les premières années de vie des
fonctionnement des chaînes de valeur,(iii) accroître enfants, (iv) soutenir le développement de compétences
l’accès aux installations de stockage pour permettre aux fondamentales et de niveau supérieur pour augmenter les
agriculteurs de bénéficier de prix plus élevés et (iv) profiter rendements sur le marché du travail des investissements
de la pénétration mobile pour (a) fournir des informations en capital humain, (v) développer des programmes sociaux
sur les prix du marché, (b) diffuser les connaissances adaptatifs (PSA) pour ceux qui se trouvent dans les zones
en technologie agricole (par exemple, en intensifiant le rurales et qui sont vulnérables aux chocs covariants ou
programme de vulgarisation électronique entrepris dans liés au climat, en particulier dans les régions de Mamou et
le cadre du Projet de Développement Agricole Intégré de Labé où les ménages sont les plus touchés par les chocs
la Guinée), et c) accroître la transparence des subventions. covariants naturels.

Une intervention ciblée visant à accroître l’autonomisation Pour renforcer la résilience des ruraux pauvres, il
économique des femmes est essentielle pour accélérer la faudra concevoir des solutions multisectorielles. Une
croissance des revenus ruraux. Compte tenu des normes grande partie de la population guinéenne présente des
strictes liées au genre et du rôle important des femmes chevauchements entre la privation monétaire et non
dans l’économie rurale, l’inclusion économique des monétaire, en particulier parmi la population rurale.
femmes dans tout ce qui précède sera essentielle pour Environ 41 pour cent de la population rurale est à la fois
accélérer la croissance des revenus ruraux. Bien que les financièrement pauvre et privée d’éducation, contre 11,4
normes ne changent pas radicalement, elles peuvent être pour cent pour la population urbaine. De même, 20,4 pour
influencées par des interventions transformatrices liées cent de la population rurale est financièrement pauvre
au genre telles que le mentorat et le développement des et privée de santé, tandis que le chiffre correspondant
compétences féminines, les hommes servant d’alliés pour pour la population urbaine est de 4,9. Ces résultats
les aider à entrer dans des activités économiques plus suggèrent que les politiques axées exclusivement sur
productives qui ont tendance à être dominées par les l’une des privations (par exemple, cibler uniquement
hommes. la privation monétaire dans les zones rurales) peuvent
ne pas réduire le degré de privation, en particulier pour
Renforcer et accroître la résilience des ménages ruraux ceux qui souffrent de privations d’éducation et de santé
et qui présentent un taux de vulnérabilité plus élevé à la
La principale conclusion tirée de cette analyse est que
pauvreté. Cela met en évidence l’importance des politiques
la vulnérabilité dans les zones rurales est induite par la
multisectorielles pour renforcer la résilience des ménages.
pauvreté. En conséquence :
Cela peut être réalisé en construisant des plates-formes
de prestation, telles que des registres sociaux intégrés,
La principale priorité devrait être accordée aux politiques
pour des approches multisectorielles afin d’atteindre les
visant à développer et à étendre la couverture d’un
pauvres et les personnes vulnérables. Ce dernier objectif
système de protection sociale efficace destiné aux
peut être atteint en partie grâce à un engagement fort
ménages souffrant de pauvreté chronique dans les zones
entre le gouvernement guinéen et la Banque mondiale
rurales. Ces programmes devraient : (i) fournir un soutien
dans le cadre du Programme d’Inclusion productive et de
en termes de revenu et d’information pour renforcer
Renforcement des Systèmes (Nafa) en cours.
le capital humain et prévenir la détérioration du capital
humain face aux chocs, (ii) faciliter l’accès aux services
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 17

Mesures et tendances de la pauvreté en


CHAPITRE 1 Guinée
Ce chapitre présente d’abord des estimations de taux de pauvreté à l’aide des
données nationales les plus récentes sur les ménages (Enquête Harmonisée sur
les Conditions de Vie des Ménages – EHCVM) collectées dans le cadre du Projet
d’harmonisation des enquêtes sur les ménages de l’Union Économique et Monétaire
Ouest-Africaine (UEMOA) (voir Encadré 1). Le chapitre examine ensuite les tendances
et la répartition géographique de la pauvreté monétaire et non monétaire. Il est
important de noter que les chiffres de la pauvreté monétaire de 2018 ne sont pas
parfaitement comparables aux taux de pauvreté des années précédentes en raison des
différences dans les enquêtes et, par conséquent, dans la mesure de la pauvreté. Pour
pallier cette lacune, une technique d’imputation d’enquête à enquête est appliquée
pour examiner les tendances de la pauvreté monétaire. Le chapitre aborde ensuite
les défis auxquels la Guinée est confrontée pour parvenir à une réduction durable de
la pauvreté. Il conclut avec la présentation des premiers résultats sur l’impact de la
pandémie de COVID-19 à partir d’une enquête téléphonique à haute fréquence (HFPS)
conçue pour surveiller l’impact de la pandémie sur le bien-être des ménages guinéens.
18 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

1.1. Dimension monétaire de la pauvreté : national a atteint 57,7 pour cent en 2014, probablement en

tendances et géographie raison de l’épidémie d’Ébola (Banque mondiale, 2018). En


raison des différences méthodologiques dans les enquêtes
La pauvreté reste répandue en Guinée, avec 43,7 pour et les mesures de la pauvreté, il est impossible de
cent de la population vivant dans la pauvreté en 2018 déterminer comment la pauvreté a évolué en comparant
(Figure 1). Cela correspond à environ 5,3 millions de simplement les chiffres de pauvreté de 2018 à ceux des
personnes vivant en dessous du seuil national de pauvreté années précédentes. Cette question de non-comparabilité
(estimé à 5 006 362 GNF par habitant et par an).1 Malgré est abordée avec la méthode d’estimation aréolaire (voir
un coefficient de Gini relativement faible (27,2), la Guinée l’encadré 1 pour plus de détails), à partir des données du
présente de fortes disparités géographiques en matière de Recensement de 2014 et l’Enquête auprès des ménages
pauvreté, plus de 80 pour cent des pauvres résidant dans de 2018 pour étudier l’évolution probable de la pauvreté
les zones rurales, alors que seulement environ 65 pour entre 2014 et 2018 (voir l’encadré 1 pour la justification de
cent de la population totale est rurale. Cela montre une l’utilisation de 2014 au lieu de 2012). Plus précisément, nous
répartition fortement déséquilibrée des pauvres dans les appliquons l’approche d’imputation d’enquête à enquête
zones rurales et urbaines à la fois au niveau national et avec la méthode d’estimation aréolaire pour imputer
régional. des estimations comparables du bien-être pour 2014 qui
peuvent être comparées à celles de 2018. L’une des limites
L’incidence de la pauvreté en 2018 n’est pas comparable de la méthode d’enquête à enquête est qu’elle empêche
aux taux de pauvreté des années précédentes. Le chiffre une analyse détaillée des tendances de la pauvreté à un
de pauvreté le plus récent à partir d’une enquête nationale niveau plus désagrégé, par exemple au niveau régional. Par
date de 2012 (ELEP), lorsqu’il était estimé à 55,2 pour conséquent, l’analyse actuelle se concentre uniquement
cent. Les simulations basées sur le recensement de 2014 sur les changements au niveau national et dans les zones
suggèrent que l’incidence de la pauvreté au niveau rurales et urbaines.

Figure 1 : Tendances de la Pauvreté en Guinée, 2014-20182

80 69.1
70
Incidence de la pauvreté (%)

57.7
60
55.4
50 36.4 61.2
43.7
40 48.5
30
20 22.4
24.6
10
0
2014 2018 2014 2018 2014 2018
Guinée Urbain Rural

Imputée de l’ELEP Imputée de l’EHCVM EHCVM

Sources : Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur le RGPH 2014 et l’EHCVM 2018/19.

1 Notez que USD 1= 10,140 Franc Guinée GNF (à la date du 25 janvier 2021).
2 Les chiffres de la pauvreté pour 2014 (ELEP) sont obtenus en appliquant une méthode d’imputation d’enquête sur les agrégats de bien-être pour
2014 à l’aide des données ELEP de 2012. La même méthode a été appliquée pour obtenir les chiffres de 2014 (EHCVM) en utilisant les données EHCVM de 2018.
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 19

Encadré 1 : Évaluer les tendances de la pauvreté en Guinée

À propos de l’enquête EHCVM 2018/19

L’enquête EHCVM s’inscrit dans le cadre de l’effort conjoint entre les bureaux nationaux de statistique, la Banque Mondiale et la
Commission de l’UEMOA pour mener des enquêtes harmonisées représentatives au niveau national auprès des ménages dans les pays
membres de l’UEMOA, ainsi qu’en Guinée et au Tchad. La collecte de données a été organisée en deux vagues. En Guinée, la première
vague a eu lieu de juillet à septembre 2018 et la deuxième vague a eu lieu d’avril à juin 2019. La principale base de sondage est la base de
données des zones de dénombrement établie après le troisième recensement général de la population et du logement (RGPH-3) en 2014,
qui a été mise à jour en 2017 par l’Institut National de la Statistique. Dans cette enquête, 15 strates ont été définies à partir desquelles
l’échantillon a été tiré. Le lieu de résidence (urbain ou rural) dans chaque région administrative comprend une strate : il y a huit strates
urbaines et sept strates rurales puisque Conakry n’a pas de zones rurales. Malheureusement, une simple comparaison de la pauvreté
monétaire entre les enquêtes n’est pas possible en raison des différences dans le questionnaire, la collecte de données et la mesure de
la consommation (voir les annexes A-1 et A-2 pour plus de détails). En Guinée, la précédente enquête auprès des ménages a été réalisée
en 2012 (Enquête Légère pour l’Évaluation de la Pauvreté : ELEP).

Pourquoi évaluer la tendance de la pauvreté entre 2014 et 2018 ?

Dans l’analyse actuelle, nous utilisons les agrégats de bien-être de l’EHCVM de 2018 pour imputer des valeurs pour 2014 plutôt que
pour 2012 parce que : (i) l’enquête EHCVM de 2018 a utilisé le recensement de 2014 comme base d’échantillonnage, ce qui augmente la
probabilité de similitudes dans la distribution de l’échantillon entre les deux enquêtes ; et (ii) les paramètres de consommation des
ménages sont plus susceptibles de changer entre 2012 et 2018 avec la crise Ébola en 2014. En outre, la tendance de la pauvreté entre
2012 et 2014 a déjà été estimée dans le diagnostic systématique pays (DSC) de 2018, qui a révélé que la pauvreté avait augmenté entre
2012 et 2014 en raison de la crise Ébola. Par conséquent, l’étude de la tendance de la pauvreté depuis 2014 peut être assez instructive
pour comprendre l’évolution de la pauvreté depuis la crise d’Ébola.

Encadré 2. Quelle est la source des différences dans les chiffres de la pauvreté imputés pour 2014 ?

Dans la Figure 1, la différence dans les chiffres imputés pour la même année, 2014, peut être attribuée à des différences méthodologiques
entre l’ELEP 2012 (utilisé pour imputer la valeur de 2014 et indiquée avec des losanges) et l’EHCVM 2018 (utilisé pour imputer la valeur de
2014 et indiquée avec des carrés et des lignes pointillées). Ces différences sont dues à des améliorations substantielles des instruments
et de la méthodologie appliqués à l’EHCVM 2018 en termes de questionnaires, de collecte de données et de mesure des agrégats de
bien-être (tel que décrit à l’annexe A-1). Ces changements méthodologiques introduisent une discontinuité dans le seuil de tendance de
la pauvreté, ce qui rend les deux chiffres non comparables. Il est important de garder à l’esprit que le taux de pauvreté correspondant
à 2014 est un contrefactuel de ce qui aurait été le nombre de pauvreté en 2014, si des instruments et des méthodologies comparables à
ceux de l’EHCVM 2018 avaient été utilisés pour mesurer le nombre de pauvreté cette année-là (c’est-à-dire 2014).
20 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Les données indiquent une diminution de la pauvreté L’écart et la gravité de la pauvreté sont plus prononcés
entre 2014 et 2018 en Guinée. L’incidence de la pauvreté parmi la population rurale que dans la population urbaine
imputée qui en résulte en 2014 est estimée à 48,5 pour (Figure 2b). L’indice de l’écart de pauvreté est la différence
cent, ce qui indique une baisse de l’incidence nationale de entre les dépenses annuelles par habitant et le seuil de
la pauvreté d’environ 5 points de pourcentage entre 2014 pauvreté, en proportion du seuil de pauvreté multiplié
et 2018. Cette diminution de l’incidence de la pauvreté
3
par la population totale, tandis que l’indice de gravité de
s’est produite dans toutes les zones de résidence, avec la pauvreté rend compte de l’intensité de la pauvreté (c.-
une réduction plus importante dans les zones rurales à-d. l’écart de pauvreté au carré). L’écart de pauvreté a
où le taux de pauvreté a diminué de près de 6 points de été estimé à 12,5 pour cent au niveau national en 2018/19,
pourcentage, contre environ 2 points de pourcentage dans indiquant qu’une grande partie de la population est
les zones urbaines (Figure 1). La baisse de la pauvreté entre relativement proche du seuil de pauvreté. Cependant, il
2014 et 2018 est conforme à la tendance macroéconomique existe une différence considérable dans l’écart de pauvreté
de la même période, au cours de laquelle le pays a dans les zones rurales et urbaines, la valeur pour les zones
enregistré sa plus forte croissance du PIB réel par habitant rurales étant plus de trois fois supérieure à celle observée
au cours des trois dernières décennies (voir la section dans les zones urbaines (16,9 pour cent et 4,5 pour cent,
1-3). Bien qu’il y ait des limites à l’utilité de la technique respectivement). L’une des conséquences de l’écart élevé
d’imputation d’enquête à enquête, les tendances d’autres de pauvreté dans les zones rurales est que beaucoup plus
indicateurs – y compris la croissance économique, l’indice de ressources seront nécessaires pour sortir les pauvres
de pauvreté multidimensionnelle (IPM) et d’autres mesures des zones rurales de la pauvreté. Plus précisément, avec
non monétaires – sont cohérentes avec une diminution un seuil de pauvreté national estimé à 5 006 362 GNF par
estimée de la pauvreté monétaire. Nous analysons ces habitant et par an, il faudrait environ 851 100 GNF par an
aspects dans les sections suivantes. pour sortir un pauvre rural de la pauvreté, en moyenne,
contre 225 300 GNF pour une personne pauvre urbaine.

Figure 2 : Incidence, profondeur et sévérité de la pauvreté en Guinée, 2018


(a) Incidence de la pauvreté par région et zone de résidence (b) Écart et sévérité de la pauvreté par région et zone de
résidence
70 25
60
Incidence de la pauvreté (%)

20
Incidence de la pauvreté (%)

50

40 15

30 10
20
5
10

0 0
Guinée

UrbaIn

Rural

Boké

Conakry

Faranah

Kankan

Kindia

Labé

Mamou

N’Zérékoré

Guinée

UrbaIn

Rural

Boké

Conakry

Faranah

Kankan

Kindia

Labé

Mamou

N’Zérékoré

Écart de pauvreté Sévérité de la pauvreté


Sources : Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

3 Les sources potentielles de la différence entre ce nombre imputé et celui obtenu par imputation à l’aide de l’ELEP 2012 sont expliquées dans
l’Encadré 2.
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 21

Les taux de pauvreté varient considérablement d’une Alors que 64,6 pour cent de la population est rurale, 81,8
région à l’autre. La différence d’incidence de la pauvreté pour cent des pauvres vivent dans des zones rurales
entre les régions les plus pauvres et les moins pauvres (Tableau 1). L’incidence élevée de la pauvreté dans les
est d’environ 50 points de pourcentage. Labé, Faranah et zones rurales se traduit par une plus grande concentration
Kindia sont les trois régions les plus pauvres, avec des taux des pauvres dans les zones rurales que dans les zones
de pauvreté de 60 pour cent ou plus. Les taux de pauvreté urbaines à travers toutes les régions. Kindia, avec le taux
rurale de Labé (connu pour la production animale) et de de pauvreté le plus élevé dans les zones rurales (75,8
Kindia (avec une économie locale fortement dépendante pour cent), représente également la part la plus élevée de
de l’agriculture et avec des possibilités limitées de valeur pauvres au niveau national (16,5 pour cent), suivie de Labé
ajoutée) se distinguent avec environ 3 personnes sur rural (13,8 pour cent) et de N’Zérékoré (13,0 pour cent). En
4 vivant en dessous du seuil de pauvreté national. Il en chiffres absolus, ces statistiques correspondent à plus d’un
résulte une grande différence à travers les régions dans million d’individus vivant en dessous du seuil de pauvreté
les taux de pauvreté rurale et urbaine, avec une différence à Kindia et à plus de 800 000 à N’Zérékoré (Figure 3). Cette
de 54,6 et 45,4 points de pourcentage pour Labé et Kindia, répartition régionale des pauvres est cohérente avec les
respectivement. Malgré le taux de pauvreté élevé à Labé, tendances d’urbanisation. Les régions à faible population
la région a un taux de pauvreté urbaine similaire à celui urbaine ont tendance à avoir une plus grande part de
de Conakry. Les zones rurales sont donc des contributeurs pauvres dans les zones rurales. En effet, Labé et Mamou,
importants aux taux de pauvreté élevés à Labé et à Kindia. les régions les moins urbanisées, ont la plus faible part de
En revanche, l’écart entre les taux de pauvreté urbaine pauvres urbains tandis que Kindia, l’une des régions les
et rurale est faible (moins de 20 points de pourcentage) plus urbanisées après Conakry, a la plus grande part de
à Kankan et à N’Zérékoré. Faranah présente des taux de pauvres urbains.
pauvreté relativement élevés dans les zones urbaines et
rurales.

Tableau 1 : Incidence de la pauvreté, répartition des pauvres et part de la population urbaine, 2018

Incidence de la Pauvreté (%) Part des Pauvres (%) Part de la Population Urbaine (%)

Urbain Rural Total Urbain Rural Total

Boké 26.4 53.5 46.4 1.6 9.3 10.9 26.2


Conakry 15.7 - 15.7 5.7 - 5.7 100.0
Faranah 46.3 68.9 63.8 2.1 10.9 13.1 22.5
Kankan 16.1 34.2 30.5 1.4 11.6 13.0 20.6
Kindia 30.4 75.8 59.5 3.7 16.5 20.2 35.9
Labé 17.8 72.4 66.1 0.4 13.8 14.3 11.6
Mamou 21.2 48.6 44.7 0.5 6.6 7.1 14.1
N’Zérékoré 32.3 49.9 45.6 2.7 13.0 15.7 24.0

Guinée 22.4 55.4 43.7 18.2 81.8 100.0 35.4

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19


22 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Figure 3 : Incidence de la pauvreté et nombre de pauvres, 2018

(a) Incidence de la pauvreté (b) Nombre de pauvres

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

Les régions les moins pauvres se caractérisent par la analyse indiquent des résultats similaires dans la région
disponibilité de plus de moyens de subsistance et de de Kankan. Plus précisément, avec seulement environ 16,3
meilleures infrastructures. Conakry, avec une incidence de pour cent des chefs de ménage à Kankan (et 19,3 pour
pauvreté de 15,7 pour cent, est la région la moins pauvre. cent des résidents de plus de 20 ans) travaillant dans le
Ceci n’est pas surprenant, étant donné que Conakry se secteur minier, le taux de pauvreté plutôt faible dans la
caractérise par de plus grandes opportunités d’activités région indique que certains ménages sont susceptibles
génératrices de revenus, en raison de son importance de bénéficier des retombées positives de l’exploitation
stratégique en tant que capitale économique, financière minière dans la région. En outre, les investissements
et culturelle de la Guinée. La région de Kankan, où les gouvernementaux dans les infrastructures à Kankan au
activités minières sont plus répandues que dans d’autres cours des dernières années ont peut-être également
régions, est la région la moins pauvre du pays en dehors contribué aux faibles taux de pauvreté observés.
de la capitale (voir Chapitre 4). La faible incidence de la
pauvreté à Kankan est probablement associée au récent Malgré un coefficient de Gini relativement faible en matière
boom du secteur minier, qui peut augmenter le revenu de bien-être (27,2 en 2018/19), la Guinée présente une
des ménages directement ou indirectement. En effet, il inégalité inter-quintile substantielle dans la répartition
a été démontré ailleurs que l’exploitation minière offre du bien-être.4 La consommation du quintile le plus pauvre
des opportunités de croissance du revenu des ménages ne représente que 9 pour cent de la consommation globale
directement par le biais d’opportunités d’emploi (revenus du pays, tandis que le nombre correspondant pour le plus
provenant de l’exploitation minière) et par des retombées riche est de 36 pour cent. La valeur moyenne annuelle de
dans les économies locales telles que la demande accrue la consommation des ménages du quintile le plus riche est
de biens et de services autour des sites miniers (Bazillier d’environ 11 millions de GNF, soit environ quatre fois plus
& Girard, 2020). Les résultats des travaux de la présente que celle des plus pauvres.

4 Il est important de tenir compte du fait que l’indice de bien-être utilisé pour calculer le coefficient de Gini est ajusté spatialement, c’est-à-dire
qu’il reflète déjà les différents coûts de la vie d’une région à l’autre. Ainsi, il est possible que le coefficient de Gini de 0,27 sous-estime l’inégalité réelle de
consommation. Le coefficient de Gini prend la valeur de 0,30 lorsque les dépenses ne sont pas ajustées spatialement.
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 23

L’étude de la structure des inégalités nous permet des chefs de ménage et la situation géographique. Parmi
d’identifier les sources d’inégalité pour des interventions les caractéristiques sociodémographiques des ménages
politiques plus éclairées en faveur d’une croissance sélectionnées, le secteur de l’emploi et le niveau de
inclusive. L’analyse de l’indice de Theil permet de mieux scolarité du chef de ménage sont les principaux facteurs
comprendre la nature de l’inégalité en décomposant contribuant à l’inégalité globale (17 pour cent et 14 pour
l’inégalité en sous-groupes inter et intra population. cent, respectivement), suivis du type de ménage (avec ou
Le niveau global d’inégalité est égal à la somme des sans enfants) et de la situation matrimoniale du chef de
composantes intra et inter ménage (Figure 4b). La situation géographique explique
est la valeur de l’indice de Theil). La comparaison de la également une grande partie des inégalités. La région et la
part de la composante intergroupes dans les zone de résidence (urbaine/rurale) contribuent également
ménages peut mettre en évidence les attributs qui sont à l’inégalité, chacune représentant environ 17 pour cent de
corrélés avec les différences dans le niveau de bien-être l’inégalité totale. Cela s’explique principalement par l’écart
entre les sous-groupes de population. important entre les zones urbaines et rurales ainsi que par
le degré limité d’urbanisation dans certaines régions (voir
Les inégalités en Guinée sont largement dues aux
l’annexe A-5 pour les cartes sur les niveaux d’urbanisation).
différences dans le niveau d’éducation, le secteur d’emploi

Figure 4 : Structure des inégalités de consommation, 2018

(a) Courbe de Lorenz des dépenses par habitant (b) Décomposition des inégalités selon les caractéristiques
des ménages et les emplacements géographiques

Secteur d’emploi du chef

Région

Urbain/rural

Niveau d’instruction du chef

Ménage avec/sans enfants

Etat civil du chef

Âge du chef

Membre handicapé

Le chef est employé/sans emploi

Sexe de la tête

0 5 10 15 20
Contribution à l’inégalité globale (%)

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19


Note: « Ménages avec/sans enfants » fait référence à la différence entre les ménages qui ont on ou pas en leur sein au moins un individu de moins de 14
ans. « Situation matrimoniale du chef » compare les éléments suivants : célibataire, marié (monogame), marié (polygame), veuve/veuf, et séparé/divorcé.
« Âge du chef de ménage » regroupe les ménages selon l’âge du chef : 15-24, 25-34, 35-44, 45-54, 55-64 et plus de 65 ans.
24 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Les données suggèrent que l’amélioration du bien-être résultats indiquent que le faible taux de croissance chez
entre 2014 et 2018 n’était pas favorable aux pauvres au les plus pauvres est principalement dû à la tendance de
niveau national (Figure 5). Alors que la majeure partie de croissance de la consommation au sein de la population
la population semble avoir connu une croissance positive rurale, les citadins pauvres semblent avoir connu une
de la consommation, les données semblent suggérer que croissance positive de la consommation. En outre, le taux
les plus pauvres ont connu une situation contraire. La de croissance médian et moyen dans les zones urbaines
désagrégation des résultats par localisation géographique est presque nul, alors qu’il est sensiblement positif dans
révèle un contraste frappant. Plus précisément, les les zones rurales.

Figure 5 : Courbes d’incidence de la croissance par zone de résidence, 2014-2018

Guinée Urbain Rural

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19 et le RGPH 2014.
Note: Les estimations du RGPH 2014 sont imputées.
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 25

1.2. Dimensions non monétaires de la inférieur à un seuil donné (0,33), tandis que l’intensité

pauvreté : tendances et géographie mesure le score moyen de privation des personnes


pauvres de manière multidimensionnelle. L’IPM est ensuite
1.2.1. Pauvreté multidimensionnelle calculée en multipliant l’incidence et l’intensité.5

Pour comprendre la pauvreté, il est crucial de regarder La Guinée a fait des progrès modestes dans la pauvreté
au-delà de la mesure de la pauvreté monétaire ou basée multidimensionnelle, bien que le pays reste à la traîne
sur la consommation, car la pauvreté a de nombreuses par rapport à ses pairs. Les résultats indiquent une
dimensions non monétaires. Cette section présente les diminution substantielle de l’incidence de la pauvreté
tendances de la pauvreté multidimensionnelle en Guinée multidimensionnelle, qui est passée de 63,4 pour cent
entre 2012 et 2018 en analysant les changements de en 2012 à 54,3 pour cent en 2018, soit une baisse globale
l’indice de pauvreté multidimensionnelle (IPM), qui intègre de 9,1 points de pourcentage (Figure 6c). Cette baisse est
trois dimensions avec des pondérations équivalentes en grande partie attribuable aux progrès réalisés dans
: l’éducation, la santé et le niveau de vie. Une personne les régions rurales ; les zones urbaines ont même connu
est identifiée comme pauvre multidimensionnelle, ou une légère augmentation de l’incidence de la pauvreté
pauvre en IPM, si elle est privée dans au moins un tiers multidimensionnelle. L’absence d’amélioration dans
des indicateurs pondérés de l’IPM qui vont de 0 (pas du les zones urbaines peut résulter des flux migratoires en
tout démuni) à 1 (complètement démuni) (voir l’annexe A-6 provenance des zones rurales, de sorte que la fourniture
pour plus de détails). L’IPM combine des informations sur de services publics dans les villes ne pourrait pas répondre
l’incidence et l’intensité de la pauvreté. L’incidence de la à la demande accrue (comme nous le verrons au
pauvreté mesure la part de la population qui est pauvre chapitre 2).
de façon multidimensionnelle, avec un score de privation

Encadré 3. Mesurer l’IPM à partir de l’EHCVM 2018/19 et l’ELEP 2012

Il existe plusieurs indicateurs dans les trois dimensions de l’IPM (santé, éducation et niveau de vie). Malheureusement, les questionnaires
de l’EHCVM et de l’ELEP ne peuvent pas être utilisés pour construire les variables IMP de l’indice exactement comme guidé par le PNUD
et l’OPHI (Oxford Poverty and Human Development Initiative). Le principal défi vient de la dimension sanitaire, car les questionnaires
manquaient d’informations sur les niveaux de nutrition et de mortalité infantile. Nous avons donc utilisé une variable différente pour
mesurer la privation dans la dimension santé : la consultation d’un médecin en case maladie. De plus, notre indicateur d’assainissement
ne tient pas compte du fait qu’un ménage partage une installation avec d’autres ménages. Les définitions des indicateurs sont identiques
entre l’EHCVM et l’ELEP, ce qui nous permet d’évaluer la tendance de 2012 à 2018. Voir l’annexe A-6 pour plus de détails sur notre
approche IPM. Nous devons être prudents dans l’interprétation de l’IPM en raison de la différence de définition par rapport à l’indice
officiel. Néanmoins, l’IPM calculé à partir de l’EHCVM 2018/19 est proche de celui calculé à partir des enquêtes démographiques et de
santé en 2018 : l’IPM est de 0,373 au niveau national, de 0,124 dans les zones urbaines et de 0,503 dans les zones rurales (OPHI, 2020) ; les
chiffres de l’EHCVM sont de 0,316 en Guinée, de 0,114 dans les zones urbaines et de 0,427 dans les zones rurales.

5 Pour la définition officielle de l’IPM, voir PNUD (2020).


26 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Kankan et Faranah sont les seules régions qui ont connu l’IPM est resté inchangé à environ 0,11 au cours de la même
une baisse de l’incidence et de l’intensité de la pauvreté période. Kankan a connu la plus forte baisse de l’IPM,
multidimensionnelle. Une baisse de l’incidence des taux passant de 0,43 en 2012 à 0,33 en 2018 (Figure 7). Cela pourrait
de pauvreté multidimensionnelle est observée dans toutes être le résultat d’investissements gouvernementaux pour
les régions en dehors de Conakry, Kankan enregistrant la fournir des services publics dans cette région minière, ainsi
plus grande amélioration avec une baisse de 16,5 points de que de l’augmentation des revenus des ménages à mesure
pourcentage de l’incidence de la pauvreté non monétaire. que de plus en plus de ménages ruraux s’impliquent dans
En ce qui concerne l’intensité de la pauvreté, elle a l’exploitation minière artisanale à petite échelle (attribuée
légèrement augmenté, passant de 57,3 pour cent à 58,2 à la prévalence accrue des détecteurs de métaux). L’IPM
pour cent entre 2012 et 2018 au niveau national. Kankan à Faranah et à Labé demeure le plus élevé dans toutes
et Faranah affichent les baisses les plus marquées, tandis les régions et a connu des progrès marginaux entre 2012
que Labé et Kindia ont vu cette mesure de la pauvreté et 2018. Ces deux régions ont également la plus forte
augmenter (Figure 7b). incidence de pauvreté monétaire (voir la section 1-1).

Comme la tendance observée dans l’incidence de la À la seule exception de Labé, toutes les régions ont
pauvreté, l’IPM a diminué entre 2012 et 2018, la plupart connu une baisse de l’IPM, ce qui reflète la tendance
des progrès ayant été observée dans les zones rurales. observée au niveau national. Labé, dont l’IPM est passé
Cependant, contrairement à la diminution substantielle de 0,43 en 2012 à 0,45 en 2018, demeure mal desservi par
de l’incidence de la pauvreté, la Guinée n’a connu qu’une les ressources publiques. Les estimations de 2017 montrent
baisse modeste de l’IPM de seulement 0,05 point, passant que Labé est à la traîne en termes d’infrastructures avec
de 0,36 en 2012 à 0,32 en 2018. Cela est dû à l’absence seulement 45 kilomètres de routes pavées dans toute
de progrès dans l’intensité globale de la pauvreté en la région (Gouvernement de la Guinée, 2015). En ce qui
Guinée. Plus précisément, l’intensité de la pauvreté concerne la prestation de services de santé, Labé comptait
multidimensionnelle a été estimée à 58,2 en 2018, soit 160 des 2 860 médecins du pays en 2017 (Sory, et al., 2019)
une légère augmentation de 0,9 point de pourcentage et avait l’allocation budgétaire la plus faible pour la santé,
depuis 2012. Cette augmentation a été beaucoup plus recevant respectivement 6,7 pour cent, 6,5 pour cent et 7,2
forte dans les zones rurales où l’intensité de la pauvreté pour cent des dépenses gouvernementales totales pour
multidimensionnelle a dépassé celle des zones urbaines la santé en 2014, 2015 et 2016 (Gouvernement de guinée,
au cours de cette période. Cela suggère que les pauvres 2018), malgré le fait que la région compte environ 10 pour
multidimensionnels dans les zones rurales souffrent cent de la population totale. Une lacune est également
davantage de privation que leurs homologues dans les observée dans le système éducatif de Labé où 80 pour cent
zones urbaines. des écoles n’offrent pas les six classes du cycle primaire,
de sorte qu’un pourcentage plus élevé d’enfants ne sont
Les disparités régionales dans la pauvreté
pas en mesure de terminer leurs études primaires (Banque
multidimensionnelle ont persisté entre 2012 et 2018,
mondiale, 2019b). Cette tendance de la pauvreté non
Kankan enregistrant la plus forte amélioration. Comme
monétaire est semblable à celle de la pauvreté monétaire
pour l’incidence de la pauvreté multidimensionnelle, les
où Labé réalise un faible résultat par rapport à toutes
progrès de l’IPM sont largement tirés par les zones rurales
les autres régions, à l’exception de Faranah, qui a une
qui ont connu une baisse de 0,06 point, passant de 0,48 en
incidence de pauvreté de 66,1 pour cent.
2012 à 0,43 en 2018, par rapport aux zones urbaines dont
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 27

Figure 6 : Mesures et tendances de la pauvreté multidimensionnelle

(a) Comparaison IPM avec les pays de référence (b) Incidence et intensité de la pauvreté multidimension-
nelle dans les pays de référence
0.35
0.32 70
0.30 0.30
0.30
0.25 60
0.25
50
0.20

Pourcentage
0.20 0.19
40
IPM

0.15 30
0.10 20
0.05 10
0.00 0
Guinée Guinée Benin Senegal Côte Togo Guinée Guinée Benin Senegal Côte Togo
Bissau d’Ivoire Bissau d’Ivoire

Incidence Intensité

(c) Incidence de la pauvreté multidimensionnelle dans les (d) Intensité de la pauvreté multidimensionnelle dans les
régions en Guinée, 2012-2018 régions en Guinée, 2012-2018

90 70
80 60
70
50
60
Incidence (%)

Intensité

50 40
40 30
30
20
20
10 10
0 0
Guinée

UrbaIn

Rural

Boké

Conakry

Faranah

Kankan

Kindia

Labé

Mamou

N’Zérékoré

Guinée

UrbaIn

Rural

Boké

Conakry

Faranah

Kankan

Kindia

Labé

Mamou

N’Zérékoré

2012 2018 2012 2018

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’ELEP 2012 et l’EHCVM 2018/19
28 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Figure 7 : Tendances de l’IPM dans les régions en Guinée, 2012-2018

(a) 2012 (b) 2018

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’ELEP 2012 et l’EHCVM 2018/19

La Guinée a fait des progrès dans deux des trois matière de santé. Cela a probablement été encore aggravé
dimensions de la pauvreté multidimensionnelle (à par l’épidémie d’Ébola en 2014, qui a réduit le personnel
savoir l’éducation et le niveau de vie) entre 2012 et de santé en Guinée et entraîné une baisse drastique de
2018 dans la plupart des régions du pays – sauf à Labé. l’utilisation des services de santé. Cette dernière peut
Alors que l’importance relative de la privation dans le être attribuée à une faible capacité du système de santé à
domaine de la santé a considérablement augmenté dans fournir des services de routine et à répondre aux urgences,
toutes les régions, la privation en termes de niveau de ainsi qu’à la méfiance entre les travailleurs de la santé et
vie et d’éducation a diminué (Figure 8). La situation de les communautés (Leno, et al., 2018).
privation sanitaire à Labé s’est aggravée de 2012 à 2018,
ce qui explique en partie l’augmentation de l’IPM au cours Bien que des progrès aient été réalisés dans la réduction
de la même période. Une autre constatation frappante de la privation d’accès à l’eau potable, l’amélioration de
est la forte contribution de la composante santé à l’IPM l’assainissement et le combustible de cuisson moderne,
à Conakry. Plus précisément, la contribution de cette les taux de privation restent encore relativement élevés.
composante représente à elle seule la moitié de l’IPM En 2018, 27,4 pour cent des personnes pauvres de manière
global, et elle est restée stagnante entre 2012 et 2018. Même multidimensionnelle ont été privées d’accès à l’eau potable,
si la population guinéenne est passée d’environ 10 652 000 44,4 pour cent ont été privées d’accès à l’assainissement et
habitants en 2012 à 12 414 000 en 2018 (Banque mondiale, 54,3 pour cent ont été privées de combustible de cuisson
s.d.), les dépenses de santé du gouvernement guinéen en moderne et propre. Compte tenu des complications
pourcentage du PIB ont diminué, en partant d’un niveau sanitaires associées à l’exposition à un combustible de
peu élevé, passant de 5,8 pour cent en 2015 à 4,1 pour cent cuisson impur, à un mauvais assainissement et au manque
en 2017 (Banque mondiale, s.d.). Cela implique que, malgré d’eau potable, l’absence d’amélioration observé en termes
les intentions du gouvernement de renforcer le système de d’accès aux soins de santé est une préoccupation politique
santé, les investissements ont été insuffisants pour avoir majeure.
un impact significatif sur la réduction de la privation en
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 29

Figure 8 : L’IPM et la contribution de chaque dimension par région, 2012-2018

(a) 2012 (b) 2018

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’ELEP 2012 et l’EHCVM 2018

Figure 9 : Ratio de personnes non encore autonomes par domaine (censored headcount), 2012-2018

70
60
Censored Headcount (%)

50
40

30
20

10
0
Années de Fréquentation Consultation Boire de Électricité Assainissement Logement Combustible Les atouts
scolarité scolaire l’eau de cuisine
Éducation Santé Niveau de vie

2012 2018

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’ELEP 2012 et l’EHCVM 2018/19
30 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Il y a des chevauchements entre les dimensions monétaires 15 pour cent (six fois supérieur). En outre, 45,1 pour cent
et non monétaires de la pauvreté. La discussion dans les de la population rurale sont confrontés à une privation
sections précédentes sur les dimensions monétaires et monétaire et d’éducation, contre 11,4 pour cent dans les
non monétaires de la pauvreté nous permet d’évaluer les zones urbaines. Ces chevauchements importants dans
privations plutôt que le bien-être général. Le diagramme de les mesures de privation dans les zones rurales, où la
Venn de la Figure 10 montre la proportion de personnes qui pauvreté est plus répandue, sont conformes aux résultats
sont pauvres sur le plan monétaire, privées d’éducation et d’autres régions (Schoch, Lakner, Ngyen et Baah, 2020). Les
privées de santé. Il est important de comprendre l’ampleur résultats du présent rapport suggèrent que les politiques
du chevauchement entre chacune de ces dimensions qui sont dirigées exclusivement vers l’une des privations
pour aider à façonner les politiques visant à combler ces (par exemple, cibler la privation monétaire dans les zones
lacunes interdépendantes. rurales) peuvent s’avérer inefficace dans la réduction du
degré de privation d’une grande proportion de personnes
Environ 11 pour cent de la population guinéenne est
qui souffrent également de privation d’éducation et qui
privée simultanément dans les dimensions monétaires,
présentent une plus grande vulnérabilité à la pauvreté
éducative et sanitaire. Une analyse géographique
(voir le Chapitre 5). Cela met en évidence la complexité de
révèle une disparité saisissante dans la façon dont ces
la pauvreté, en particulier au sein de la population rurale,
dimensions se chevauchent entre les zones rurales
et souligne l’importance de concevoir des interventions
et urbaines. Plus précisément, seulement environ 2,5
multidimensionnelles pour des programmes efficaces de
pour cent de la population urbaine est confrontée une
réduction de la pauvreté.
privation dans les trois dimensions, tandis que le chiffre
correspondant pour la population rurale est de près de

Figure 10 : Chevauchement entre pauvreté monétaire et privation non monétaire, 2018

Guinea Urbain Rural

30.3
22.7 8.8 8.9 20.5
8.1 24.8 7.8 27.1

2.5
10.5 2.2 14.8
2.4 2.4 2.5
4.5 5.9 5.6
3.0 1.4

Privé monétaire Privé monétaire Privé monétaire


Éducation privée Éducation privée Éducation privée
Santé privée Santé privée Santé privée

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19


Note: Les chiffres dans le diagramme désignent le pourcentage de la population qui appartient à chaque type de privation. La définition de la privation
d’éducation et de santé est la même que celle de l’IPM utilisé dans ce chapitre.
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 31

Figure 11 : Perception du bien-être par lieux de résidence, 2012-2018

2012 24 46 29
Conakry

2018 27 49 24

2012 24 45 31
urbain
Autre

2018 18 53 29

2012 20 43 36
Rural

2018 14 46 40

0 20 40 60 80 100
Bon Passable Médiocre

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’ELEP 2012 et l’EHCVM 2018/19

1.2.2. Pauvreté subjective population rurale. La pauvreté subjective et sa relation


avec la dimension monétaire seront examinées plus en
Bien que les données suggèrent des progrès vers la détail dans la section 2-3.
réduction monétaire et non monétaire de la pauvreté, les
points de vue subjectifs sur le bien-être ne se sont pas 1.3. Le défi de la Guinée pour parvenir à une
améliorés. L’ELEP 2012 et l’EHCVM 2018/19 ont interrogé les réduction durable de la pauvreté
personnes sondées sur leurs perceptions de leurs propres
conditions de vie. La fraction des personnes estimant une Les années 2000 ont été caractérisées par une instabilité

amélioration de leurs conditions de vie a baissé de 21 politique et des taux d’inflation élevés qui ont eu un

pour cent à 17 pour cent entre les deux périodes, avec des impact négatif sur l’économie guinéenne. Après avoir

différences significatives selon les zones de résidence. Plus atteint une croissance du PIB d’environ 5,2 pour cent

précisément, le proportion de la population de Conakry et un taux d’inflation de 6,1 pour cent en 2002, le taux

ayant une bonne perception de leurs conditions de vie de croissance du PIB est tombé à environ 1,2 pour cent

a augmenté de 3 points de pourcentage, tandis que les en 2003. Cela pourrait être associé à l’élection de 2003

statistiques similaires relatives à ceux des autres zones caractérisée par des boycotts de partis d’opposition. Après

urbaines et rurales ont diminué de 6 points de pourcentage 2003, le taux d’inflation de la Guinée a dépassé celui des

chacun. À l’inverse, la part de la population rurale qui autres pays, atteignant 34,7 pour cent en 2006. La même

perçoit son niveau de vie comme difficile a augmenté de 4 année, des grèves générales et des manifestations ont

points de pourcentage entre les deux périodes, tandis que secoué le pays. La croissance du PIB a encore atteint 6,8

cette proportion a diminué chez les populations qui vivent pour cent en 2007, soit une augmentation de 5,6 points

à Conakry et dans d’autres zones urbaines. La divergence de pourcentage par rapport à sa valeur de 2006. Pourtant,

entre les tendances monétaires et subjectives de la le taux de pauvreté a été estimé à 53 pour cent en 2007,

pauvreté est révélatrice des aspirations non satisfaites à équivalent à une diminution de seulement 2,1 points de

de meilleures conditions de vie, en particulier parmi la pourcentage par rapport à sa valeur de 2002. Ce faible taux
32 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

de progrès était probablement lié aux chocs politiques l’épidémie d’Ébola et par une baisse des prix des produits
susmentionnés, ainsi qu’au taux d’inflation qui est resté de base. Les simulations basées sur le recensement de
élevé en 2007 (18,2 pour cent). En fait, cette baisse modeste 2014 suggèrent que l’incidence de la pauvreté au niveau
provient principalement des progrès réalisés dans les national a probablement atteint 58 pour cent en 2014, les
zones rurales, où la pauvreté a diminué de 4 pour cent, zones urbaines et rurales connaissant une pauvreté accrue
contre seulement 1 pour cent dans les zones urbaines. (Banque mondiale, 2018). Les résultats d’une enquête sur
les téléphones mobiles menée auprès de 2 467 ménages en
Une prise de pouvoir par les militaires en 2008, suivie septembre 2015 ont corroboré les résultats de la simulation,
de sanctions économiques de la part des États-Unis, suggérant même que la pauvreté pourrait avoir augmenté
de l’UE, de l’Union africaine et d’autres pays majeurs, a plus que prévu précédemment (Banque mondiale, 2018).
encore affecté l’économie. Cela a conduit à un taux de Cette augmentation dans les années 2010 est cohérente
croissance négatif du PIB d’environ 1,2 pour cent en 2009, avec l’évolution des taux de croissance et les pertes
équivalent à un taux de croissance négatif du PIB par sociales causées par l’épidémie d’Ébola. Les mesures de la
habitant de 3,3 pour cent. Il s’agit de la pire performance profondeur et de la gravité de la pauvreté suivent la même
économique de la Guinée au cours des deux dernières tendance, affichant de fortes augmentations entre 2012 et
décennies (Figure 12). Malgré une reprise notable de la 2014 (Banque mondiale, 2018).
croissance au début des années 2010, grâce aux réformes
économiques menées à la suite des efforts déployés par Par la suite, l’économie guinéenne s’est redressée
le pays pour atteindre le point d’achèvement de l’initiative rapidement grâce à la réponse mondiale à l’épidémie
Pays Pauvre Très Endetté (PPTE) (Banque mondiale, d’Ébola et à l’essor de l’exploitation minière. En 2015,
2018), la combinaison de la crise financière mondiale et le secteur minier représentait environ 80 pour cent des
de l’instabilité sociopolitique fréquente a entraîné une exportations totales de la Guinée, contribuant à une
légère augmentation de la pauvreté entre 2007 et 2012 croissance économique rapide qui a culminé à environ
de 2,2 points de pourcentage, compensent quasiment les 10,8 pour cent en 2016. Le taux de croissance du PIB s’est
modestes progrès précédemment enregistrés entre 2002 et élevé en moyenne à 6 pour cent entre 2000 et 2019, ce qui
2007. La stagnation du taux de pauvreté en Guinée entre est supérieur à la moyenne de 3,5 pour cent de l’Afrique
2007 et 2012 peut également être présentée comme le subsaharienne (à l’exclusion des pays à revenu élevé), ainsi
résultat d’inégalités persistantes combinées à une faible qu’aux moyennes des pays à faible revenu (4,0 pour cent) et
croissance économique. Plus précisément, l’indice de Gini des pays de l’Association Internationale de Développement
sur l’inégalité des revenus en Guinée est resté inchangé (IDA) (4,7 pour cent). Cela est principalement dû au taux
entre 2007 et 2012 à environ 31 pour cent. de croissance annuel exceptionnellement élevé de plus
de 10 pour cent en 2016 et 2017, lorsque le secteur minier
La crise d’Ébola a durement frappé l’économie guinéenne a connu une croissance moyenne d’environ 50 pour cent
et aggravé le bien-être de la population guinéenne. Bien par an. Cependant, ce boom minier – principalement dans
que le taux de croissance moyen de la Guinée dans les l’exploitation minière industrielle – n’a peut-être pas
années 2000 ait été positif, il a été à la traîne par rapport à contribué à la réduction de la pauvreté, étant donné son
d’autres pays d’Afrique subsaharienne qui ont connu une rôle limité dans la création d’emplois pour les pauvres
croissance rapide au cours de cette période. En 2014 et (Beegle & Christiaensen, 2019).
2015, l’économie guinéenne a été frappée à la fois par
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 33

Figure 12 : Taux de croissance annuels du PIB et du PIB par habitant, 2000-2019

2
10
Taux de croissance annuel (%)

8
6
4
3
0
-2
-4
-6
2000 2005 2010 2015
PIB PIB par habitant

Source: Indicateurs du Développement dans le Monde

La transformation structurelle a été limitée en Guinée. de changement notable au cours des trois dernières
6
Malgré un taux de croissance économique élevé ces décennies (Figure 13a). Comme indiqué dans le chapitre
dernières années – 10,3 pour cent, 6,2 pour cent et 5,6 sur les revenus ruraux (Chapitre 4), le secteur agricole
pour cent en 2017, 2018 et 2019, respectivement (Banque est limité par une faible productivité et une valeur
mondiale, s.d.) – le pays s’est caractérisé par une ajoutée limitée. Les ménages sont confinés au niveau de
transformation structurelle limitée. Les contributions subsistance, plus de 3 ménages agricoles sur 10 citant
sectorielles au PIB sont inférieures à 20 pour cent pour le le manque de production suffisante pour leur propre
secteur primaire (agriculture), à environ 30 pour cent pour consommation comme l’une des principales raisons de
le secteur secondaire (industrie) et à environ la moitié ne pas s’engager dans la commercialisation. En outre, le
pour le secteur tertiaire (services). De plus, ces valeurs secteur agricole souffre de plusieurs facteurs, notamment
sont demeurées constantes depuis 2006. l’insuffisance des infrastructures de transport pour relier
les agriculteurs aux marchés. L’analyse du revenu rural
La majeure partie de la main-d’œuvre guinéenne continue
révèle que les ménages qui se concentrent des activités
de travailler dans le secteur agricole, qui est dominé par
en dehors de l’exploitation agricole sont beaucoup moins
l’agriculture de subsistance. En 2019, 61,7 pour cent de la
susceptibles d’être pauvres que ceux qui se concentrent
population guinéenne travaillait dans le secteur agricole,
essentiellement sur l’exploitation agricole (à 38 pour cent
ce qui est considérablement plus élevé que les parts dans
contre 58 pour cent).
les secteurs des services (32,1 pour cent) et de l’industrie
(6,2 pour cent). Ces parts de l’emploi n’ont pas enregistré

6 La transformation structurelle est caractérisée par cinq processus distincts, à savoir (1) la baisse de la part de l’agriculture dans le PIB, (2)
la baisse de la part de l’agriculture dans l’emploi, (3) l’exode rural, (4) la croissance des secteurs des services et de la fabrication, et (5) la transition
démographique avec une réduction du taux de croissance démographique (Lele, Agarwal et Goswani, 2018).
34 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Figure 13 : Tendances des parts de l’emploi et de la valeur ajoutée par travailleur par secteur, 1991-2019

(a) Part de l’emploi par secteur (b) Valeur ajoutée par travailleur et par secteur
100
90
80 15,000
Censored Headcount (%)

70

Constant 2010 US$


60
10,000
50
40
30 5,000
20
10
0 0
1990 1995 2000 2005 2010 2015
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
2019

Agriculture Industrie Services Agricultural* Industrie Services


*comprend la forêt et la pêche
Source: Indicateurs du Développement dans le Monde

De plus, le secteur agricole est très vulnérable aux chocs et commerciales (y compris les cultures exportables) et
agro-climatiques et aux covariants naturels. Comme le de renforcer la résilience pour stimuler la croissance dans
montre la Figure 14,les fluctuations du secteur agricole les secteurs agricole et non agricole afin de favoriser
sont beaucoup plus importantes que celles de l’ensemble la croissance de l’économie rurale et de réduire, par
de l’économie. Plus précisément, alors que la croissance conséquent, la pauvreté.
du PIB par habitant a diminué de 0,3 point de pourcentage
entre 2013 et 2014 à la suite de l’épidémie d’Ébola, la baisse Le passage de l’agriculture à l’industrie – qui peut être un
correspondante dans le secteur agricole a été de près de 8 puissant moteur de réduction de la pauvreté – est attendu
points de pourcentage. En réponse à ces chocs covariants au cours de la transformation structurelle, mais en Guinée,
(ainsi qu’à des chocs idiosyncratiques), les ménages sont cette transition est orientée principalement vers les
contraints de recourir à diverses stratégies négatives services. Historiquement, l’industrie (y compris le secteur
d’adaptation (telles que la réduction de la consommation manufacturier) offre des revenus plus élevés et absorbe de
alimentaire ou la vente d’actifs) qui rendent difficile nombreux pauvres en raison de sa nature à forte intensité
leur capacité à s’échapper du cycle de pauvreté et de de main-d’œuvre et orientée vers l’exportation (Beegle &
vulnérabilité (voir le Chapitre 5 pour plus de détails). Christiaensen, 2019). En effet, comme le montre la Figure
Étant donné que la décomposition de l’emploi est restée 13b, le secteur industriel guinéen a la plus grande valeur
relativement statique depuis 1990, avec seulement une ajoutée par travailleur. Cependant, la part de l’emploi dans
petite frange de la main-d’œuvre passant de l’agriculture le secteur industriel est restée constamment faible (moins
aux services (Figure 13a), les données suggèrent que le de 6 pour cent) au cours des trois dernières décennies,
secteur agricole doit être un moteur de la réduction de indiquant une implication plutôt limitée de la main-
la pauvreté dans un scénario de statu quo. En d’autres d’œuvre guinéenne dans ce secteur. Par exemple, selon
termes, étant donné l’existence d’un lien étroit entre l’enquête EHCVM 2018/19, seulement environ 4,2 pour cent
l’économie agricole et l’emploi non agricole, il est essentiel des chefs de ménage travaillent au niveau national dans
de stimuler la productivité agricole des cultures vivrières ce secteur. Même dans la région de Kankan, région en tête
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 35

Figure 14 : Croissance du PIB et de la production agricole par habitant, 2007-2019

30

25
Taux de croissance annuel (%)

20

15

10

-5

-10
2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019
Croissance de la production agricole par habitant PIB par habitant par habitant
Source: Calcul du personnel de la Banque Mondiale basé sur les comptes nationaux et les indicateurs du développement dans le monde.

de l’extraction de l’or, seulement 15 pour cent des chefs de croissance de revenus, offrant ainsi une perspective limitée
ménage sont engagés dans cette activité extractive. Plus d’accélération de la réduction de la pauvreté.
important encore, il convient de noter que cette valeur
inclut les travailleurs du secteur minier artisanal, de sorte La faible productivité dans le secteur agricole pousse les

que la part des personnes impliquées dans l’exploitation gens vers l’exode rural, ce qui conduit à une urbanisation

minière industrielle serait plus faible. En conséquence, rapide et non planifiée. Les données suggèrent que

même si le secteur minier a été l’un des principaux moteurs l’exode rural entraîne la transmission de la pauvreté des

de la croissance économique de la Guinée ces dernières zones rurales aux zones urbaines. Entre 1996 et 2014, la

années, ce secteur n’apporte pas d’avantage distributif population urbaine a augmenté en moyenne de 3 pour

significatif à la réduction de la réduction de la pauvreté.7 cent par an (à la fois par la migration et les naissances
naturelles), tandis que la population rurale n’a augmenté
La transition observée de l’agriculture vers le secteur que de 1,8 pour cent par an. Cette urbanisation rapide
des services, caractérisé par l’informalité et une marge exerce une énorme pression socio-économique sur des
de création d’emplois limitée, entrave la réduction de la villes déjà fragiles en termes de chômage, d’infrastructures
pauvreté. Le passage de l’agriculture aux services plutôt et de services sociaux. Ainsi, l’une des conséquences des
qu’à l’industrie reflète les faibles obstacles à l’entrée flux migratoires intérieurs est la détérioration du bien-être
et à la sortie, ainsi que les faibles besoins en capital dans les zones urbaines. En effet, les taux de pauvreté dans
humain et physique, dans le secteur des services. En les zones urbaines sont passés de 30,9 pour cent en 2002
outre, pour la plupart des ménages, en particulier les à 35,4 pour cent en 2012 et augmentent deux fois plus que
pauvres, l’engagement dans le secteur des services est la pauvreté rurale. De même, comme il est indiqué à la
caractérisé par des entreprises créées par nécessité. section 1-2, l’IPM a légèrement augmenté dans les zones
Celles-ci ont tendance à être petites, très informelles, urbaines entre 2012 et 2018.
à faible productivité et avec des possibilités limitées de

7 La valeur ajoutée brute du secteur minier (en termes constants) a augmenté d’environ 50 pour cent entre 2016 et 2017, ce qui s’est traduit par une
contribution de 45 pour cent au PIB.
36 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

1.4. La pauvreté à l’ère de la pandémie de Pour surveiller l’impact de la pandémie sur le bien-être

COVID-19 des ménages, la Banque mondiale et l’Institut National


de la Statistique ont mis en place un HFPS représentatif

La pandémie de COVID-19 affecte négativement la Guinée. à l’échelle nationale. Ces enquêtes ciblent un sous-

Au 3 décembre 2020, la Guinée avait enregistré 13 119 cas échantillon d’environ 2 000 ménages précédemment inclus

de COVID-19 avec environ 12 045 guérisons et 76 décès. dans la dernière enquête nationale auprès des ménages

Malgré les mesures rapides prises par le gouvernement en 2018-2019. Cette section présente les principales

pour atténuer l’impact de l’épidémie et l’assouplissement conclusions des deux premières vagues du HFPS. La

progressif des restrictions pour contrôler la propagation première vague a été menée entre juillet et août et la

de la COVID-19, la pandémie devrait avoir des effets seconde entre septembre et octobre 2020. L’analyse est

durables sur le bien-être des ménages. Les projections également approfondie par des simulations utilisant les

macroéconomiques indiquent que la situation économique données EHCVM 2018/19 complétées par des informations

de la Guinée devrait diminuer à 4,2 pour cent et que le déficit provenant du HFPS afin de donner un aperçu de la façon

budgétaire se creusera à 3,4 pour cent du PIB en 2020 en dont l’épidémie de COVID-19 est susceptible d’avoir affecté

raison de l’épidémie de COVID-19 (Banque mondiale, 2020). la pauvreté en Guinée.

Cela ralentira la réduction de la pauvreté. Les principaux


canaux de transmission par lesquels la COVID-19 devrait
affecter la pauvreté sont présentés à la Figure 15.

Figure 15 : Les canaux de transmission de la COVID-19 sur le bien-être des ménages

Manque à gagner pour cause de


maladie

Impacts économiques Dépenses de santé à la charge du


directs client

Perturbation de la prestation des


services de base

Épidémie de covid-19

Perte de revenu du travail

Impacts économiques Perte de revenu non lié au travail


indirects

Inflation des prix due à la


perturbation du marché et de la
chaîne d’approvisionnement

Source: Cadre élaboré par le personnel de la Banque Mondiale


É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 37

Les résultats du HFPS indiquent que les ménages guinéens Les revenus non liés au travail – principalement les
ont été confrontés à de graves baisses de revenus du transferts et l’aide des proches – ont également été
travail et non liés au travail, ainsi qu’à des hausses des affectés. En effet, près de 9 ménages sur 10 qui dépendent
prix alimentaires pendant la pandémie. L’interruption de l’aide de non-membres de la famille et de transferts
d’emploi est l’un des principaux canaux de transmission domestiques signalent des réductions de revenus. Les
par lesquels la pandémie touche les ménages. Sur la base baisses de revenus s’accompagnent de hausses des prix
des résultats du HFPS, environ 10 pour cent de tous les des denrées alimentaires qui touchent environ 56 pour cent
arrêts de travail ont été directement attribués à la crise. des ménages, avec une part légèrement plus importante
Des secteurs tels que le commerce, les transports et les dans les zones rurales et autres zones urbaines (58 pour
services personnels sont les plus durement touchés (89 cent contre 43 pour cent à Conakry). La proportion de
pour cent, 85 pour cent et 77 pour cent des arrêts de ménages signalant une augmentation du prix des produits
travail, respectivement) dans ces interruptions d’emploi. alimentaires essentiels comme le riz, le sucre et l’huile est
Les résultats montrent également que plus de 8 ménages encore plus élevée, à environ 90 pour cent.
sur 10 ont connu une baisse de leur revenu total depuis
l’épidémie de COVID-19. Cela a touché tous les ménages, Les résultats de la simulation suggèrent que la pauvreté

quelle que soit leur zone de résidence, les ménages ruraux devrait augmenter d’environ 4 points de pourcentage

et ceux des zones urbaines à l’extérieur de Conakry étant après l’épidémie de COVID-19. Cela correspond à l’impact

légèrement plus touchés (84 pour cent et 82 pour cent, cumulatif simulé d’une diminution de 25 pour cent du

respectivement, contre 75 pour cent à Conakry). La baisse revenu total parmi les ménages qui ont signalé une

du revenu du travail a été très hétérogène d’un secteur diminution du revenu total (environ 85 pour cent de

à l’autre. Les ménages les plus touchés sont ceux qui l’ensemble des ménages) ainsi qu’à l’hypothèse d’une

tirent leurs moyens de subsistance principalement des hausse de 1,3 point de pourcentage de l’inflation.8 Cette

entreprises non agricoles (88,6 pour cent), suivis de ceux augmentation de 4 pour cent du taux de pauvreté se

de l’agriculture, de l’élevage ou de la pêche (83,5 pour cent) traduit par plus de 492 000 pauvres supplémentaires. La

et de ceux qui tirent un revenu d’un emploi salarié (72,5 répartition des nouveaux pauvres est concentrée parmi

pour cent). les ménages au milieu de la distribution, plus précisément


dans le cinquième décile (Figure 16).

Tableau 2 : Impact simulé combiné de la perte de revenu et de l’inflation sur l’incidence de la pauvreté

Perte de revenu (25 %) Inflation Accélérée Impact cumulatif Nombre supplémentaire de pauvres

Conakry 1.8 0.8 2.9 54,897


Autres villes 2.1 1.2 3.5 81,383
Rural 3.6 1.0 4.6 356,110

Guinée 3.0 1.0 4.1 492,390

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19


Note: Les chiffres des trois premières colonnes (perte de revenu, inflation et cumulatif) montrent les augmentations estimées des taux de pauvreté (en
points de pourcentage).

8 Environ 8 pour cent des répondants à l’enquête HFPS ont déclaré avoir subi une perte de revenu après l’épidémie de COVID-19. Bien que nous ne
disposions pas d’informations sur le pourcentage exact de baisse de revenu pour chaque ménage, nous avons simulé l’effet de la pandémie en utilisant les
élasticités de consommation de l’EHCVM 2018/19. Nous avons estimé qu’environ 85 pour cent des ménages sélectionnés au hasard dans le sondage EHCVM
ont connu une baisse de 25 pour cent de chaque source de revenu et calculé la baisse moyenne de la consommation de l’ensemble de l’échantillon.
38 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Figure 16 : Répartition de la population par niveau de bien-être suite à l’épidémie de COVID-19

100
90
80
Part de la population (%)

70
60
50
40
30
20
10
0
D1 D2 D3 D4 D5 D6 D7 D8 D8 D10

Structurellement pauvre Nouveaux pauvres Structurellement riche

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19


Note: Les personnes structurellement pauvres comprennent celles qui vivaient déjà en dessous du seuil de pauvreté, et les nouveaux pauvres se réfèrent
à la population qui n’était pas considérée comme pauvre dans l’EHCVM 2018/19, mais qui tombera probablement dans la pauvreté en raison de l’épidémie
de COVID-19. Ceux qui ne sont structurellement pas pauvres sont des personnes qui vivent toujours au-dessus du seuil de pauvreté avant et après la crise
de la COVID-19. D1 = premier décile.

Selon les résultats du HFPS, environ 6 ménages sur 10 précédant l’enquête est de 59,8 pour cent, contre 53,2
ont connu une augmentation des prix des aliments à la pour cent pour les ménages dirigés par un homme. Les
suite de l’épidémie de COVID-19. La baisse des revenus résultats indiquent également que les ménages des zones
associée à la hausse des prix des denrées alimentaires rurales sont plus susceptibles d’avoir sauté des repas (59,1
aggrave l’insécurité alimentaire en Guinée. Les résultats pour cent), suivis de ceux des autres zones urbaines (55,6
du HFPS, menés entre septembre et octobre 2020, révèlent pour cent), tandis que ceux de Conakry sont de loin les
qu’environ 9 ménages sur 10 s’inquiètent de ne pas avoir moins touchés (37,4 pour cent). De même, la peur de ne pas
assez de nourriture, et c’est le cas quel que soit le lieu manger autant que nécessaire était plus répandue chez les
de résidence ou le niveau de richesse. La proportion de ménages dirigés par une femme et les ménages en dehors
ménages signalant une augmentation du prix des produits de Conakry (Figure 17). Une exploration plus détaillée de
alimentaires essentiels comme le riz, le sucre et l’huile est l’impact de la pandémie sur l’insécurité alimentaire des
encore plus élevée, à environ 90 pour cent. ménages est présentée au chapitre 3, avec des résultats
indiquant que les pauvres ont été touchés de manière
L’impact sur la consommation alimentaire est hétérogène,
disproportionnée par la pandémie. Compte tenu des liens
les ménages ruraux et dirigés par des femmes étant les
étroits entre le capital humain, la sécurité alimentaire,
plus touchés, tandis que les ménages de Conakry sont
l’éducation et la santé, ces impacts hétérogènes de la
les moins touchés. Plus précisément, la proportion de
pandémie de COVID-19 sont susceptibles d’accroître les
ménages dirigés par une femme qui ont déclaré avoir dû
inégalités dans la pauvreté non monétaire.
sauter un repas au moins une fois au cours des 30 jours
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 39

Figure 17 : Expériences d’insécurité alimentaire à la suite de l’épidémie de COVID-19

(a) Selon le sexe du chef de ménage (b) Selon la zone de résidence

Sauter un repas Sauter un repas

Ne pas manger Ne pas manger


autant que autant que
nécessaire nécessaire

Toujours manger Toujours manger


la même chose la même chose

0 20 40 60 80 100 0 20 40 60 80 100
Part des ménages (%) Part des ménages (%)

Mâle Femelle Conakry Autre urbain Rural

Source: Calcul du personnel de la Banque mondiale basé sur le HFPS, Septembre-Octobre 2020
40 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Profil de Pauvreté
CHAPITRE 2 Comprendre les caractéristiques sociodémographiques et géographiques associées à la
pauvreté est une étape clé pour comprendre les facteurs qui limitent les opportunités
économiques en Guinée et renseigner les politiques visant à atténuer efficacement la
pauvreté. Ce chapitre examine et compare les caractéristiques des pauvres et des non-
pauvres selon de multiples dimensions, notamment la géographie, la démographie,
le capital humain, les activités économiques, les conditions de vie et la propriété des
actifs. Cela permet de comprendre qui sont les pauvres, où ils vivent et dans quels
types d’activités ils s’engagent, et permet de clairement identifier les corrélats de la
pauvreté. Ce chapitre compare également des mesures subjectives et objectives de la
pauvreté pour mieux comprendre comment les pauvres perçoivent leur bien-être. La
plupart des caractéristiques sociodémographiques de ce chapitre concernent le chef
de ménage. Une analyse plus détaillée au niveau individuel – portant principalement
sur le capital humain et prenant en compte l’éducation et la santé – est présentée au
chapitre 3.
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 41

2.1. Caractéristiques des ménages pauvres génératrices de revenus9 (Fisher, Mwaipopo, Mutagwaba,
Nyange et Yaron, 2009). Cela est particulièrement vrai pour
2.1.1. Emploi Kankan, la deuxième région la moins pauvre du pays avec
la plus grande part de chefs de ménage tirant leur revenu
Le fait d’être dans un ménage dont le chef travaille du secteur secondaire (23,5 pour cent). Dans cette région,
dans les secteurs de l’agriculture, de l’élevage ou de la 16,3 pour cent des chefs de ménage sont impliqués dans le
pêche augmente la probabilité d’être pauvre. Le secteur secteur minier. Ce taux est relativement élevé par rapport
économique qui emploie le chef de ménage donne une à d’autres régions ou moins de 2 pour cent des chefs
idée de ce qui a un effet sur l’incidence de la pauvreté travaillent dans le secteur minier. Ainsi, l’emploi minier
en Guinée. 60,9 et 52,3 pour cent de ceux qui vivent dans pourrait jouer un rôle important dans la réduction de la
un ménage dans lequel le chef travaille dans l’agriculture pauvreté. Cependant, une part limitée de la population
et l’élevage/pêche sont pauvres, respectivement (Figure totale du pays a un chef de ménage engagé dans des
18a). Les résultats au niveau régional sont cohérents avec activités minières.
cette tendance, où les régions les plus pauvres du pays,
Faranah et Labé, ont la plus grande part de travailleurs Il existe une forte corrélation entre la part des travailleurs
dans le secteur primaire (74,7 pour cent et 73,8 pour du secteur primaire dans une population et l’incidence
cent, respectivement). Dans le contexte guinéen, la faible de la pauvreté. Les zones urbaines affichent généralement
productivité agricole associée à une faible utilisation des de faibles taux de pauvreté avec de faibles proportions
technologies modernes est probablement à l’origine des de travailleurs du secteur primaire, tandis que la majorité
incidences élevées de pauvreté dans le secteur primaire de la population rurale travaille dans le secteur primaire
(voir chapitre 4). et est également pauvre, à l’exception de la zone rurale
de Kankan. En d’autres termes, il existe une corrélation
Contrairement au secteur primaire, les secteurs positive entre la part des travailleurs du secteur primaire
secondaire (31,5 pour cent) et tertiaire (24,9 pour cent) parmi les chefs de ménage et l’incidence de la pauvreté
présentent une incidence de pauvreté plus faible, (Figure 19a). Il en résulte qu’une grande partie des pauvres
probablement en raison du flux de revenus stables que vivent dans un ménage dans lequel un chef travaille dans
les ménages tirent de ces activités. Le secteur minier, avec le secteur primaire. Au niveau national, 70,5 pour cent des
une incidence de pauvreté de 17,8 pour cent, surpasse les pauvres sont issus de ménages dirigés par un membre
autres secteurs secondaires et la majeure partie du secteur travaillant dans le secteur primaire, contre 10,4 pour cent
tertiaire. En effet, des données provenant d’autres pays dans le secteur secondaire et 19,1 pour cent dans le secteur
indiquent que les personnes travaillant dans l’exploitation tertiaire. Cette tendance s’applique à toutes les régions, à
minière, en particulier artisanale et à petite échelle, l’exception de Conakry, où la majorité des pauvres sont
sont moins susceptibles de vivre en dessous du seuil de dirigés par une personne travaillant dans le secteur
pauvreté que celles qui se livrent à d’autres activités tertiaire (Figure 19b).

9 Alors que le secteur minier industriel contribue grandement au PIB, son rôle dans la création d’emplois pour les pauvres est limité par rapport à
l’exploitation minière artisanale à petite échelle.
42 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Figure 18 : Incidence de la pauvreté selon l’emploi du chef de ménage

(a) Incidence de la pauvreté par secteur d’emploi du (b) Part de la population par secteur d’emploi du chef
chef de ménage de ménage

Agriculture 60.9
Primaire

Elevage/Pêche 52.3 Conakry


Exploitation minière 17.8
Secondaire

Autre industrie 36.2 Autre urbain

Construction 40.1
Rural
Commerce 28.6
Transports/communications 23.5 0 20 40 60 80 100
Tertiaire

Éducation/santé 27.7 Part de la population (%)

Hôtel/restaurant/personnel 27.3 Agriculture Commerce


Elevage/Pêche Transports/communications
Autres services 13.0
Exploitation minière Éducation/santé
0 20 40 60 80 Autre industrie Hôtel/restaurant/personnel
Incidence de la pauvreté (%) Construction Autres services

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

Figure 19 : Pauvreté et secteurs d’emploi par région en Guinée

(a) Incidence de la pauvreté et proportion des chefs de (b) Répartition des pauvres par secteur d’emploi des chefs
ménage travailleurs du secteur primaire de ménage

80 Kindia Guinea
Labé
Incidence de la pauvreté (%)

70 Boké

60 Faranah Conakry
Boké
50 Faranah Faranah
Mamou Kankan
40 Kindia N'Zérekoré
N'Zérekoré
30 Kindia
Boké Kankan
20 Mamou Labé
Labé Mamou
10
Conakry Kankan N’Zérékoré
0
0 20 40 60 80 100 0 20 40 60 80 100
Part des travailleurs du secteur primaire (%)
Part de la population (%)
Urbain Rural
Primaire Secondaire Tertiaire

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19


É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 43

Figure 20 : Pauvreté selon le statut et le titre d’emploi du chef de ménage

(a) Incidence de la pauvreté selon le statut et le titre d’em- (b) Part de la population par titre d’emploi du
ploi du chef de ménage chef de ménage

Avec emploi 43.9 Conakry


Statut

Sans emploi 42.0 Autre urbain

Propriétaire d’entreprise Rural


48.8
familiale

Employé rémunéré
Titre

25.5 0 20 40 60 80 100
Part de la population (%)
Gestionnaire/
16.6 Propriétaire d’entreprise familiale Gestionnaire/superviseur
superviseur
Employé rémunéré Autre
0 20 40 60
Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

Le taux de pauvreté est plus élevé chez les personnes 2.1.2. Éducation
issues de ménages dont le chef travaille dans une
entreprise familiale (y compris l’agriculture). Si le secteur Plus de la moitié des personnes sont pauvres dans les
d’emploi du chef de ménage semble être corrélé au statut ménages où le chef de ménage n’a pas d’éducation. Les
de pauvreté, son titre d’emploi est également important. estimations de l’enquête EHCVM montrent que 84,2 pour
Pour les 81,8 pour cent de Guinéens qui résident dans cent des pauvres résident dans un ménage dans lequel le
un ménage dirigé par un individu travaillant dans une chef de ménage n’a reçu aucune éducation formelle, contre
entreprise familiale, le taux de pauvreté est estimé à 48,8 63,1 pour cent des non-pauvres. Il s’ensuit que l’incidence
pour cent (Figure 20a), soit 5,1 points de pourcentage de plus de la pauvreté est considérablement plus élevée (à 50,9
que la moyenne nationale. Cela indique que les entreprises pour cent) chez les personnes appartenant à des ménages
familiales peuvent afficher une faible productivité. D’autre dirigés par une personne sans éducation. Cette incidence
part, les postes de direction (cadres, cadres supérieurs de la pauvreté diminue de 17,1 points de pourcentage
et cadres intermédiaires / superviseurs) et les employés pour les personnes appartenant à des ménages dirigés
rémunérés sont associés à des incidences de pauvreté de par une personne ayant terminé ses études primaires et
16,6 et 25,5 pour cent, respectivement. L’incidence de la diminue encore plus lorsque le chef d’établissement a un
pauvreté ne diffère pas selon le statut d’emploi du chef de diplôme d’études secondaires ou postsecondaires. Cela
ménage : 42,0 pour cent des personnes résidant dans un
10 concorde avec les données probantes selon lesquelles
ménage dont le chef est au chômage sont pauvres, contre des années de scolarité supplémentaires sont associées
43,9 pour cent pour les chefs d’entreprise (Figure 20a). Cela à de meilleurs résultats de vie, comme il est indiqué
peut être attribué au fait que 92,7 pour cent des chefs de au chapitre 3 (Fonseca, Michaud et Zheng, 2020). Cette
ménage sont employés en Guinée et que les ménages tendance est évidente dans les zones urbaines et rurales.
ayant un chef au chômage ne représentent qu’une Néanmoins, une constatation frappante est que l’incidence
faible proportion. de la pauvreté chez les personnes rurales ayant un chef de

10 Nous considérons un individu comme chômeur s’il/elle ne s’engage dans aucune activité génératrice de revenus dans les 7 jours précédant
l’enquête.
44 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

ménage ayant fait des études postsecondaires (27,3 pour des proportions plus faibles de personnes qui vivent avec
cent) n’est pas substantiellement différente de celle des un chef de ménage sans éducation, et la tendance inverse
personnes urbaines ayant un chef de ménage qui n’a pas est observée dans les zones rurales. Alors que la part des
fait d’études (29,4 pour cent) (Figure 21a). Cela suggère un pauvres sans éducation oscille autour de 85,1 pour cent
retour limité de la scolarisation dans les zones rurales. pour toutes les autres régions, à Conakry, elle est de 69,4
pour cent. La Guinée affiche également de faibles taux
Dans toutes les régions, la majorité des pauvres n’ont d’alphabétisation, avec seulement 39,6 pour cent des
pas d’éducation et ne sont pas alphabétisés. En dehors personnes âgées de plus de 15 ans capables de lire et
de Conakry, où environ 52,5 pour cent des individus vivent d’écrire dans n’importe quelle langue11. Les faibles taux
dans un ménage dans lequel le chef a au moins une d’alphabétisation touchent particulièrement les pauvres,
certaine éducation primaire, plus de 77,0 pour cent des car seulement 25,2 pour cent d’entre eux sont alphabétisés,
individus ailleurs dans le pays sont issus d’un ménage dont contre 48,5 pour cent pour les non-pauvres. En outre, les
le chef n’a pas d’éducation. Il existe une forte corrélation personnes appartenant à des ménages dirigés par une
entre les taux de pauvreté et la proportion de personnes personne alphabétisée sont moins susceptibles d’être
appartenant à un ménage dirigé par une personne sans pauvres (29,6 pour cent) en comparaison des ménages
éducation (Figure 21b). Les zones urbaines présentent dirigés par une personne analphabète (53,1 pour cent).
généralement des taux de pauvreté plus faibles ainsi que

Figure 21: Incidence de la pauvreté selon le niveau d’éducation et d’alphabétisation du chef de ménage

(a) Incidence de la pauvreté selon le niveau d’éducation et (b) Incidence de la pauvreté et proportion de personnes
d’alphabétisation du chef de ménage issues d’un ménage dont le chef n’est pas scolarisé

80 Kindia
Incidence de la pauvreté (%)

Aucun
Éducation la plus élevée

Faranah Labé
70
Primaire 60 Boké
Faranah
Secondaire 50
N'Zérekoré
40 Mamou
Post-secondaire N'Zérekoré
30 Boké Kindia Kankan
L’alphabétisation

Illetrè Mamou
20 Conakry
Labé
Lettrè 10
Kankan
0
0 20 40 60 80 40 50 60 70 80 90 100
Proportion de chefs non scolarisés (%)
Incidence de la pauvreté (%)
Urbain Rural
Urbain Rural
Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

11 Nous considérons que les individus sont alphabétisés lorsqu’ils peuvent lire et écrire un petit texte en Français, dans la langue locale ou dans
d’autres langues (déclarées).
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 45

Figure 22: Niveau de scolarité des pauvres et non-pauvres 2018/19

(a) Homme (b) Femme


100 100
Part de la population (%)

Part de la population (%)


80 80

60 60

40 40

20 20

0 0
15-19
20-24
25-29
30-34
35-39
40-44
45-49
15-19
20-24
25-29
30-34
35-39
40-44
45-49

15-19
20-24
25-29
30-34
35-39
40-44
45-49
15-19
20-24
25-29
30-34
35-39
40-44
45-49
Non-pauvre Pauvre Non-pauvre Pauvre

Aucun Secondaire Aucun Secondaire


Primaire Post-secondaire Primaire Post-secondaire

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

L’accès à la scolarisation s’est amélioré au fil du temps, dans un ménage dirigé par un homme et le reste dans des
bien que l’écart entre les sexes persiste tant pour les ménages dirigés par une femme. Il existe une différence
pauvres que pour les non-pauvres (Figure 22). Aussi marginale dans l’incidence de la pauvreté des individus
bien pour les non-pauvres que pour les pauvres, la issus de ménages dirigés par des hommes (43,5 pour cent)
proportion de personnes sans éducation formelle parmi et des ménages dirigés par des femmes (44,9 pour cent)
les personnes de moins de 20 ans est beaucoup plus faible (Figure 23).
que pour les cohortes plus âgées. Cela implique que de
meilleures possibilités d’éducation peuvent s’ouvrir aux Les ménages polygames, les grands ménages et ceux qui
jeunes générations, bien qu’il soit à noter qu’il subsiste un ont un taux de dépendance élevé ont tendance à avoir
écart dans le taux d’achèvement des études secondaires une plus grande probabilité d’être pauvres. Les relations
et postsecondaires entre les pauvres et les non-pauvres. conjugales polygames représentent 29,8 pour cent des
En outre, il existe un écart important entre les hommes et chefs de ménage guinéens, tandis que 58,9 pour cent sont
les femmes. 25,5 pour cent des hommes non pauvres et caractérisées par des mariages monogames. Un examen de
38,5 pour cent des hommes pauvres âgés de 15 à 19 ans l’incidence de la pauvreté selon ces dimensions révèle une
n’ont pas d’éducation, tandis que cette valeur passe à 47,3 différence de 18,1 points de pourcentage entre les ménages
pour cent et 57,2 pour cent pour les femmes non pauvres et polygames (56,6 pour cent) et monogames (38,5 pour cent)
pauvres âgées respectivement de 15 à 19 ans. Le chapitre 3 (Figure 23). Une hypothèse plausible pour cette tendance
explore plus en détail l’écart entre les sexes en matière de est la plus grande rareté des ressources dans les ménages
niveau de scolarité. polygames par rapport aux ménages monogames, en
raison de leur forte probabilité d’avoir un grand nombre
2.1.3. Autres caractéristiques du ménage d’enfants. La taille moyenne des ménages pauvres est de
7,1 individus, soit 20 pour cent de plus que celle des non-
Les personnes issues de ménages dirigés par des hommes
pauvres (5,6 individus) (Tableau 3). En outre, les ménages
et des femmes ont des taux de pauvreté similaires.
pauvres ont tendance à avoir plus d’enfants de moins de
Environ 83,3 pour cent de la population guinéenne vit
14 ans, ce qui se traduit par un taux de dépendance plus
46 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

élevé (1,7 pour les pauvres et 1,1 pour les non-pauvres)12. élevé associé au mariage précoce est probablement lié
Dans l’ensemble, l’incidence de la pauvreté est plus élevée aux effets négatifs de cette pratique. Pour les femmes,
dans les ménages plus importants et ceux qui ont une forte mariage précoce est corrélé à un risque plus élevé de
proportion d’enfants (moins de 14 ans) et de personnes mortalité et de morbidité maternelles et à de faibles
âgées (Figure 23). taux d’alphabétisation, et donc à un accès plus faible aux
opportunités économiques. L’incidence de la pauvreté est
Le mariage précoce est associé à une probabilité plus également relativement élevée si un chef de ménage est
élevée de pauvreté. Il y a une diminution généralisée de veuf, séparé ou divorcé, ce qui indique que ces groupes
l’incidence de la pauvreté à mesure que l’âge au premier sont potentiellement marginalisés en raison de leur état
mariage d’un chef de ménage augmente (Figure 23). En effet, matrimonial.
environ 57,2 pour cent des personnes issues de ménages
dirigés par une personne qui s’est mariée avant l’âge de 15 La probabilité d’être pauvre augmente si un membre
ans sont pauvres, et 92,3 pour cent de ces ménages sont du ménage est handicapé. Les personnes issues de
dirigés par des femmes. En d’autres termes, les ménages ménages dont les membres sont handicapés connaissent
dirigés par une femme qui a connu un mariage précoce une incidence de pauvreté plus élevée que la moyenne
ont tendance à vivre en dessous du seuil de pauvreté. Cela nationale. Environ 52 pour cent des personnes vivant
contraste avec une incidence de pauvreté de 35,0 pour cent dans un ménage comptant au moins un membre ayant
pour les ménages dont le chef s’est marié pour la première une déficience grave13 sont pauvres, tandis que pour des
fois après avoir atteint l’âge de 31 ans. La plupart de ces ménages dont aucun membre est handicapé, le chiffre
chefs de ménage sont des hommes. Le taux de pauvreté correspondant est d’environ 43 pour cent (Figure 23).

Tableau 3: Taille du ménage, nombre d’enfants et taux de dépendance

Conakry Autres villes Rural Guinée

Nombre moyen d’enfants de moins de 14 ans


Non pauvre 2.3 2.6 2.6 2.5
Pauvre 3.9 4.0 3.9 3.9
Taille moyenne des ménages
Non pauvre 5.8 5.8 5.5 5.6
Poor 8.0 7.8 6.9 7.1
Ratio moyen de dépendance
Non pauvre 0.9 1.1 1.2 1.1
Poor 1.3 1.5 1.7 1.7

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

12 Le taux de dépendance d’un ménage est défini comme le rapport entre les membres à charge (âgés de 0 à 14 ans et plus de 65 ans) et les
membres en âge de travailler (âgés de 15 à 64 ans).
13 Nous considérons que les répondants a l’enquête sont gravement handicapés s’ils répondent « beaucoup de difficulté » ou « pas capable de
faire du tout » pour au moins l’une des catégories suivantes : voir (même avec des lunettes), entendre, marcher ou monter les escaliers, se souvenir ou se
concentrer, effectuer des tâches quotidiennes telles que se laver et s’habiller, et communiquer ou de se faire comprendre dans leur langue habituelle.
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 47

Figure 23: Incidence de la pauvreté selon la démographie du chef de ménage et les caractéristiques du ménage

Homme 43.5
mariage (chef) matrimoniale (chef) (chef)
Sexe

Femme 44.9
Célibataire 11.7
Marié (monogame) 38.5
Situation

Marié (polygame) 56.6


Veuve/Veuf 42.2
Séparé/divorcé 32.4
Moins de 15 57.2
Âge du premier

16-20 46.7
21-25 48.0
26-30 37.1
Plus de 31 35.0
0.0 - 0.5 19.6
Taux dépendance

0.5 -1.0 30.4


1.0 - 1.5 43.3
1.5 -2.0 49.7
2.0 et plus 63.3
1 10.7
Taille du ménage

2-3 21.9
4-5 37.7
5-8 50.3
9 et plus 60.3
Aucun membre avec handicap 42.6
Handicap

Membre avec handicap 51.5


0 10 20 30 40 50 60 70
Incidence de la pauvreté (%)
Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19
48 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

2.2. Conditions de vie des pauvres


Les régions de l’ouest du pays, à l’exception de Conakry,
2.2.1. Accès à l’eau potable
présentent généralement de faibles taux d’accès à
Environ 3 Guinéens sur 4 ont accès à des sources des sources d’eau potable améliorées. La mesure dans
d’eau potable améliorées, bien que l’accès à l’eau laquelle un individu peut accéder à de meilleures sources
par canalisation soit principalement limité aux zones d’eau potable diffère non seulement selon la richesse, mais
urbaines14. L’accès à de meilleures sources d’eau potable15 aussi selon la région. En Guinée, il existe une différence
est un élément important de l’assainissement. Boire de l’eau marquée entre les régions de l’est (Kankan, Faranah et
provenant de sources dangereuses provoque la diarrhée N’Zérékoré) et de l’ouest (Boké, Kindia, Labé et Mamou)
et d’autres maladies. En outre, l’amélioration des sources en dehors de Conakry (Figure 25a). Environ 80 pour cent
d’eau réduit souvent le temps que les femmes doivent de la population est en mesure d’accéder à de meilleures
passer à aller chercher de l’eau et libère ainsi du temps sources d’eau potable dans les régions de l’Est, tandis que
qu’elles peuvent pour d’autres activités économiques. les taux d’accès ne sont que de 50 à 60 pour cent dans
Selon l’enquête EHCVM, 73,1 pour cent de la population a les régions de l’Ouest. Dans aucune de ces régions, l’eau
accès à de meilleures sources d’eau potable, bien que la courante n’est pas une source d’eau améliorée courante ;
disponibilité de l’eau potable soit beaucoup plus limitée la plupart des ménages qui déclarent avoir accès à de l’eau
pour ceux qui vivent dans les zones rurales (Figure 24). potable améliorée l’obtiennent d’autres sources, comme
Le fossé entre les zones urbaines et rurales en matière des puits et des eaux de surface protégées (Figure 25b).
d’accès à de meilleures sources d’eau est plus grand que L’accès à l’eau par canalisation est le plus faible à Labé (7,2
la différence entre les pauvres et les non-pauvres. Plus de pour cent), suivi de N’Zérékoré (8,1 pour cent) et de Mamou
90 pour cent des citadins peuvent accéder à de meilleures (9,9 pour cent). Conakry est exceptionnellement agglomère,
sources d’eau potable chez les pauvres et les non-pauvres, de sorte que presque tous les individus ont accès à des
tandis que dans les zones rurales, seulement 71,1 pour sources d’eau améliorées ; toutefois, la couverture de
cent des non-pauvres et 56,7 pour cent des pauvres y ont l’accès à l’eau par canalisation est de 70 pour cent, ce qui
accès. Les défis résident également dans l’accès à l’eau par indique qu’il y a encore des opportunités d’amélioration
canalisation ; la fourniture d’eau de canalisation permet dans l’approvisionnement public en sources d’eau
de mieux réguler et contrôler la contamination des eaux améliorées.
souterraines et est préférée aux ménages qui dépendent
de leurs propres sources. En Guinée, seulement 21,6 pour
cent de la population utilise l’eau par canalisation, et c’est
principalement la population urbaine qui en bénéficie.
Ainsi, seuls 5,4 pour cent des non-pauvres et 4,2 pour cent
des pauvres qui vivent dans les zones rurales bénéficient
de l’approvisionnement en eau par canalisation. En outre,
il faut plus de temps aux pauvres pour atteindre un point
d’accès à l’eau que pour les non-pauvres.

14 Les définitions des sources d’eau potable et d’assainissement améliorées et non améliorées sont basées sur le diagnostic WASH de la Banque
mondiale. Pour plus de détails, voir Kullmann, et al. (2018).
15 Nous considérons qu’un ménage a accès à des services d’eau améliorés si l’eau est canalisée ou si les membres utilisent un puits couvert /
protégé, un puits foré, une eau de surface protégée ou de l’eau embouteillée pour la saison sèche et la saison des pluies.
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 49

Figure 24: Accès à des sources améliorées d’eau potable et d’eau courante
Part de la population avec accès (%)

100

80

60

40

20

0
Guinée Pauvre Non-pauvre Pauvre Non-pauvre Le plus 2ème 3ème 4ème Le plus
pauvre riche
Urbain Rural Quintile

Eau potable Eua corante


Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

Figure 25: Accès à des sources améliorées d’eau potable par région

(a) Part de la population ayant accès à des sources (b) Sources d’eau potable par région
améliorées d’eau potable par région
Boké

Conakry

Faranah

Kankan

Kindia

Labé

Mamou
N’Zérékoré

0 20 40 60 80 100
Part de la population (%)
Accès à l’eau courante
Accès à d’autres sources d’eau potable
Pas d’accès à l’eau potable

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19


50 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

2.2.2. Accès à l’électricité les plus pauvres dépendent davantage des lampes que
de l’électricité comme source de lumière, et l’accès à
Seul un tiers des Guinéens ont l’électricité chez eux, et l’électricité augmente avec la richesse (Figure 26b).
le fossé entre les zones urbaines et rurales est criant.
L’accès limité à des services énergétiques améliorés et Plus la région est éloignée de Conakry, moins les gens
stables peut se traduire par un manque de combustibles de ont accès à l’électricité. L’inégalité d’accès est encore
cuisson modernes et donc par une inefficacité des travaux mise en évidence par le taux d’accès à Conakry, le plus
ménagers. Les services énergétiques sont également élevé de toutes les villes du pays (Figure 27a). La part de la
utilisés pour alimenter les établissements de santé et population qui bénéficie de l’électricité est généralement
sont donc essentiels à l’amélioration des indicateurs de plus élevée dans les régions proches de Conakry: 32,7 pour
santé tels que la mortalité infantile et maternelle. En cent des individus à Kindia, et 21,7 pour cent à Boké, vivent
Guinée, seulement 33,0 pour cent de la population vit dans dans une maison connectée à l’électricité. L’accès à Kankan
une maison raccordée à un réseau électrique, et l’accès (18,0 pour cent), la deuxième région la moins pauvre du
à l’électricité est particulièrement faible dans les zones pays, est similaire à celui de Mamou (17,8 pour cent), mais
rurales (Figure 26a). Alors que la majeure partie de la d’autres régions de l’est ont des taux d’accès inférieurs à 10
population urbaine est connectée à l’électricité, ce n’est pour cent (Labé, Faranah et N’Zérékoré). De plus, certains
le cas que pour 9,1 pour cent pour les ruraux non pauvres ménages y ont accès par l’intermédiaire de leurs voisins
et 2,8 pour cent pour les ruraux pauvres. Cela suggère ou en se connectant directement à un poteau électrique
que non seulement il est difficile pour les pauvres de se (Figure 27b). L’utilisation des générateurs est limitée à
payer l’électricité, mais aussi que le réseau électrique ne seulement 1,9 pour cent d’un ménage en Guinée.
s’étend pas aux zones rurales. En outre, les personnes

Figure 26: Accès à l’électricité par lieu résidence et statut social

(a) Part des personnes vivant dans une maison raccordée à (b) Source de lumière par quintiles de bien-être
l’électricité

Le plus
100 pauvre
Proportion de la population (%)

80 86.1 2nd

60 71.9
3rd

40
4th
33.0
20
2.8 Le plus
9.1 riche
0
Guinée Pauvre Non-pauvre Pauvre Non-pauvre 0 20 40 60 80 100
Urbain Rural Proportion de la population (%)

Électricité Panneau solaire


Lampe Autre

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19


É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 51

Figure 27: Accès à l’électricité par région

(a) Part de la population vivant dans une maison raccordée à (b) Type de raccordement à l’électricité par région
l’électricité par région
Boké

Conakry

Faranah

Kankan

Kindia

Labé

Mamou
N’Zérékoré

0 20 40 60 80 100
Part de la population (%)
Connecté à l’électricité
Connecté à l’électricité du voisin
Connecté au poteau électronique
Pas de connection

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

2.2.3. Accès à l’assainissement commodités, Conakry est l’exception pour sa part élevée
de la population ayant accès à des installations sanitaires
Moins de 40 pour cent de la population a accès à des (76,8 pour cent), alors que cette valeur est inférieure à
installations sanitaires améliorées. Les mauvaises 30 pour cent dans de nombreuses régions (Figure 28b).
conditions d’assainissement et la défécation à l’air L’accès à des toilettes améliorées est également associé à
libre posent des risques importants pour la santé et, la pauvreté, de sorte que la proportion de personnes ayant
en Guinée, seulement 32,3 pour cent de la population accès à des installations sanitaires augmente avec des
utilise des toilettes améliorées (Figure 28a). Même si les niveaux de consommation (richesse) plus élevés. Il est à
toilettes sont améliorées, elles sont souvent partagées noter que ceux qui se trouvent au milieu de la distribution
avec d’autres ménages, ce qui augmente le risque de de la consommation présentent également un faible
transmission de maladies. En fait, seulement 14,3 pour accès aux installations sanitaires, car moins d’un tiers de
cent de la population utilise une installation de toilettes la population dans chacun des 1er à 4ème quintiles de
améliorée qui n’est pas partagée avec les voisins. Les richesse utilise des toilettes qui répondent à la norme
zones rurales sont particulièrement à la traîne en termes internationale d’amélioration de l’assainissement. Par
d’accès à l’assainissement, bien que l’accès dans les zones conséquent, il s’agit d’un domaine qui doit être abordé
urbaines soit également faible. Comme pour les autres pour améliorer les conditions de santé publique en Guinée.
52 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Figure 28: Accès à des toilettes améliorées

(a) Accès à des toilettes améliorées et si elles sont (b) Accès à des toilettes améliorées par région
partagées avec d’autres ménages

Guinée

Le plus pauvre
Quintile

2nd
3rd
4th
Le plus riche

Conakry
Residence

Autre urbain
Rural

0 20 40 60 80 100
Part de la population (%)
Amélioré et non partagé avec d’autres ménages
Amélioré et partagé avec d’autres ménages
Pas amélioré
Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

2.2.4. Matériaux de logement entre les pauvres et les non-pauvres est particulièrement
frappante pour les matériaux de sol, de sorte que 90,8
Les pauvres sont plus susceptibles de résider dans une pour cent de ceux du quintile le plus riche utilisent des
maison avec des matériaux bruts pour le toit, le sol et les matériaux améliorés pour le sol, tandis que cette valeur est
murs. Les conditions de logement sont l’un des prédicteurs de 42,5 pour cent pour le quintile le plus pauvre. En outre,
les plus forts du bien-être général et, selon l’enquête il existe un fossé important entre les zones urbaines et
EHCVM, 64,1 pour cent de la population guinéenne vit dans rurales avec plus de 90 pour cent de la population urbaine
un logement avec des matériaux améliorés pour les murs, utilisant des matériaux de logement améliorés, tandis
67,8 pour cent pour le sol et 80,3 pour cent pour le toit. Il qu’une plus petite partie de la population rurale réside
est clair que les personnes les plus riches ont tendance à dans une maison avec des matériaux améliorés (48,6 pour
avoir des matériaux de logement améliorés16 (Figure 29a), cent pour les murs, 70,5 pour cent pour le toit et 51,6 pour
car seulement 41,5 pour cent de ceux du quintile inférieur cent pour le sol). En termes de répartition géographique,
ont amélioré les murs et les matériaux de plancher et 66,4 Conakry est à nouveau l’exception, avec un accès de près
pour cent pour les matériaux de toiture, comparativement de 100 pour cent de la population ayant accès a des
à un taux de couverture supérieur à 80 pour cent pour les matériaux de logement améliorés.
trois catégories pour le quintile le plus riche. La différence

16 Les matériaux améliorés utilises pour la construction des murs impliquent du ciment / béton / pierres, des briques cuites au four et des bacs
ou des fenêtres en aluminium. Les matériaux améliorés du toit se réfèrent aux dalles de ciment, aux tuiles et aux tôles. Les matériaux de sol améliorés
comprennent les carreaux / marbre et le ciment / béton.
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 53

Figure 29: Matériaux de logement durables (murs, plancher et toit)

(a) Part de la population qui vit dans une maison dont les (b) Proportion de personnes qui vivent dans une maison
matériaux sont améliorés : mur, plancher et toit dans laquelle tous les matériaux sont améliorés

Guinée

Urbain
Rural

Boké
Conakry
Faranah
Kankan
Kindia
Labé
Mamou
N’Zérékoré
0 20 40 60 80 100
Part de la population (%)
Mur Plancher Toit
Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

2.2.5. Outils de communication, inclusion financière et les non-pauvres. Cela peut s’expliquer par le cout d’accès
propriété d’actifsp a un smartphone, une tablette ou un ordinateur portable,
est trop cher pour les pauvres. Une autre raison potentielle
La plupart des pauvres ont accès à des téléphones est que les pauvres, dont 74,8 pour cent sont analphabètes,
portables. L’accès aux téléphones mobiles et à l’internet ne peuvent pas bénéficier d’Internet même s’ils ont des
facilite l’information, et il a été démontré que l’accès aux téléphones mobiles, ce qui peut les empêcher de profiter
téléphones et à Internet peut aider les agriculteurs à des opportunités économiques offertes dans le monde
accéder aux marchés et aux informations sur les pratiques numérique.
agricoles. L’utilisation du téléphone portable est plutôt
élevée en Guinée, même parmi les pauvres. 93,9 pour cent Seul un petit nombre de personnes ont un compte
des ménages ont un téléphone cellulaire, et la différence bancaire. L’inclusion financière joue un rôle important
dans les taux de possession d’un téléphone entre les dans la réduction de la pauvreté, et l’accès à des services
pauvres (85,7 pour cent) et les non-pauvres (95,2 pour cent) financiers formels et informels tels que l’épargne et le
est faible. crédit peut aider les pauvres à faire face aux chocs de
revenu et à lisser la consommation. Un indicateur clé de
Cependant, l’accès à Internet se trouve principalement l’inclusion financière est l’accès à un compte bancaire. En
parmi les non-déposants. Malgré le taux élevé de Guinée, l’ensemble de données de l’EHCVM indique que
possession de téléphones mobiles, l’accès à Internet reste seulement 12,5 pour cent des ménages guinéens ont accès
faible en Guinée avec un taux d’accès de 16,4 pour cent à des comptes bancaires (Figure 30b). Parmi les pauvres,
pour les personnes âgées de plus de 20 ans. L’écart d’accès seulement 8,5 pour cent des ménages urbains et 2,6 pour
entre les pauvres et les non-pauvres est frappant (Figure cent des ménages ruraux possèdent un compte bancaire,
30a), car seulement 4,2 pour cent des pauvres de plus de contre 29,3 pour cent des ménages urbains non pauvres et
20 ans ont accès à Internet, contre 24,0 pour cent parmi 7,5 pour cent des ménages ruraux non pauvres. Cela suggère
54 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

que les services bancaires peuvent être extrêmement guinéens possède des actifs durables, et les non-pauvres
limités à la population riche des zones urbaines. Ainsi, des sont plus susceptibles de posséder des biens ménagers
efforts politiques peuvent être nécessaires pour étendre que les pauvres (graphique 30c). Une exception notable est
les services bancaires aux pauvres, dont la plupart résident la radio, avec une différence relativement faible dans les
dans les zones rurales. taux de possession entre les pauvres (27,8 pour cent) et
les non-pauvres (31,3 pour cent). Il est naturel de supposer
La possession d’articles ménagers reflète à la fois le qu’une radio est l’outil le plus accessible pour accéder à
caractère abordable de ces actifs et le statut de pauvreté l’information pour les pauvres, car l’alphabétisation n’est
d’un ménage. Les pauvres ont non seulement de faibles pas nécessaire et le prix est moins cher qu’un téléviseur. Il
niveaux de consommation, mais ont également peu accès existe une différence marquée dans les taux de possession
aux biens durables, ce qui les oblige à dépenser un montant des téléviseurs et des congélateurs entre les pauvres et les
plus élevé pour leur consommation quotidienne. Il arrive non-pauvres, ce qui suggère que l’accès des pauvres est
souvent que les plus pauvres n’aient pas les moyens limité, bien que la demande puisse être élevée. Cependant,
d’acheter des biens qui pourraient améliorer leur niveau cela peut aussi refléter le faible accès à l’électricité parmi
de vie. Par exemple, les réfrigérateurs et les congélateurs les pauvres et ceux qui vivent dans les zones rurales. Seule
permettent aux gens de conserver des légumes crus, de la une part limitée des ménages possède un réfrigérateur (4,5
viande ou du poisson pendant de plus longues périodes et pour cent), une voiture (3,4 pour cent) ou un ordinateur
réduisent ainsi le temps nécessaire pour aller au marché personnel (2,6 pour cent), et le taux de possession est
tous les jours. Les personnes peuvent également réduire proche de zéro pour les pauvres. Cela suggère que ces
les coûts de transport s’ils possèdent un vélo, une moto articles sont des produits de luxe pour la plupart des
ou une voiture. Toutefois, seule une fraction des ménages Guinéens.

Figure 30: Accès à Internet, aux banques et aux actifs

(a) Accès à Internet par groupe d’âge (c) Propriété des actifs au niveau des ménages
40
Part de la population (%)

Téléphoner
30
Radio
20
Moto
10
TV
0
15-19 20-29 30-39 40-49 50-59
Vélo
Pauvre Non-pauvre

(b) Part des ménages ayant un compte bancaire Congélateur

Guinée Réfrigérateur

Pauvre Auto
Urbain

Non-pauvre
PC
Pauvre
Rural

Non-pauvre 0 20 40 60 80 100
Part des ménages (%)
0 10 20 30 40
Pauvre Non-pauvre
Part des ménages (%)
Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 55

2.3. Pauvreté subjective Plus d’un tiers (38,8 pour cent) de la population n’est pas
considérée comme pauvre par rapport au seuil de pauvreté
La pauvreté peut également être mesurée en fonction national, mais se considère toujours comme pauvre ou très
du bien-être subjectif, sur la base de l’opinion des gens pauvre (Tableau 4).
sur leur niveau de vie. L’auto-évaluation du bien-être
Il existe une forte corrélation entre la pauvreté
peut compléter des indicateurs objectifs de pauvreté, tels
monétaire et la pauvreté subjective. Une grande partie
que des mesures monétaires basées sur les niveaux de
des personnes qui vivent dans des régions où le taux de
consommation et/ou de dépenses. Dans le questionnaire
pauvreté monétaire est élevé estiment que leur niveau de
EHCVM, les répondants ont été invités à évaluer le bien-
vie est médiocre (Figure 31). En général, le taux de pauvreté
être et les conditions de vie de leur ménage. Cette section
subjective est plus élevé dans les zones rurales (81,7 pour
explore les évaluations subjectives de la pauvreté en
cent) que dans les zones urbaines (18,3 pour cent). Les
Guinée afin de comprendre ce que les pauvres pensent de
populations rurales de Labé, Kindia et Faranah affichent
leur propre niveau de vie.
des taux de pauvreté subjective de plus de 80 pour cent.
Plus de 3 personnes sur 4 en Guinée estiment que le Les taux de pauvreté subjectifs sont également élevés pour
bien-être de leur ménage est médiocre, ce qui est environ les populations urbaines dans certaines régions, allant de
1,5 fois plus élevé que le taux de pauvreté monétaire. 58,1 pour cent (Labé) à 80,1 pour cent (Kindia). Il convient
Selon l’enquête EHCVM, 63,7 pour cent des individus se également de noter que le taux de pauvreté subjective
considèrent comme pauvres et 13,0 pour cent comme très est relativement plus faible chez les habitants des zones
pauvres, ce qui se résume à un taux de pauvreté subjectif rurales de Kankan (75,2 pour cent), où l’incidence de la
de 76,7 pour cent. Il s’agit d’une divergence significative pauvreté monétaire est considérablement plus faible que
par rapport au niveau de pauvreté monétaire, étant donné dans d’autres régions rurales.
que le taux de pauvreté en 2018 était de 43,7 pour cent.

Tableau 4: Part de la population selon le statut Figure 31: Pauvreté monétaire et pauvreté subjective par
monétaire et la pauvreté subjective (%) région et lieu résidence

80
Subjective Monetaire Labé Kindia
Taux de pauvreté monétaire (%)

70
Non-pauvre Pauvre Total Faranah
60 Boké
Non-pauvre 17.5 5.8 23.2 N'Zérekoré
50 Mamou
Faranah
Pauvre 38.8 38.0 76.8 40
Kankan N'Zérekoré
Total 56.3 43.7 100.0 30 Mamou Kindia
20 Labé Boké
10 Conakry
Kankan
0
50 60 70 80 90 100
Taux de pauvreté subjective (%)
Urbain Rural

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19


56 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Figure 32: Montant moyen nécessaire déclaré pour sortir de la pauvreté


Montant moyen déclaré, par habitant et

25

20
par an (Millions GNF)

15

10

0
Guinée Pauvre Non- Urbain Rural Q1 Q2 Q3 Q4 Q5
pauvre

Seuil national de pauvreté

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

Le montant minimum estimé nécessaire pour sortir de la (63,4 pour cent) et des dépenses liées à la scolarisation
pauvreté est supérieur au seuil de pauvreté national. Il des enfants, notamment pour les fournitures (59,6 pour
est fréquent que la pauvreté autoproclamée et la pauvreté cent). Moins de personnes avaient des difficultés à payer
monétaire divergent, et les résultats de l’enquête EHCVM leur loyer (31,2 pour cent). Dans toutes les catégories, les
sont cohérents avec cette tendance. Le montant moyen pauvres étaient plus susceptibles de souffrir de contraintes
déclaré nécessaire pour sortir de la pauvreté était en financières que les non-pauvres.
moyenne plus de deux fois plus élevé que le seuil de
pauvreté national (graphique 32),bien que cette valeur ait La pénurie d’emplois, le coût élevé de la vie, la mauvaise
tendance à être plus faible pour ceux qui se trouvent en gestion des ressources publiques et la corruption sont
dessous du seuil de pauvreté. Cependant, même ceux qui cités comme les principales raisons de la pauvreté en
se répartissent dans le quintile de consommation le plus Guinée. Dans l’enquête EHCVM, les répondants ont été
pauvre estiment que le montant minimum nécessaire est invités à choisir jusqu’à trois raisons principales de la
supérieur au seuil de pauvreté national. pauvreté. 65,3 pour cent des personnes perçoivent qu’une
pénurie d’emplois contribue à la pauvreté de leur ménage
Les dépenses de santé, les frais de transport et les frais et 57,4 pour cent considèrent que le coût de la vie est trop
liés à l’éducation des enfants sont cités comme les élevé, tandis que 45 pour cent ont signalé une mauvaise
dépenses les plus difficiles à assumer. La Figure 33a montre gestion des ressources publiques et la corruption(Figure
la proportion de ménages qui ont éprouvé de la difficulté 33b). Il est à noter que le manque d’infrastructures et de
à faire face aux paiements au cours des 12 derniers mois. services, les faibles niveaux de détention d’actifs et les
La catégorie la plus courante pour laquelle les ménages chocs covariants (inondations et sécheresses) ne sont pas
ont fait face à un manque d’argent était les dépenses de considérés comme aussi importants que l’effet de l’emploi
santé (67,7 pour cent), suivies des coûts liés au transport et du coût de la vie sur la pauvreté.
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 57

Figure 33: Facteurs contribuant à la pauvreté subjective

(a) Expérience de difficultés de paiement au niveau des (b) Raisons d’être pauvre au niveau individuel
ménages

Dépenses de santé 67.7 Pénurie d’emplois 65.3

Les coûts de transport 63.4 Le coût élevé de la vie 57.4

Livres et fournitures scolaires 59.6 Mauvaise gestion/corruption... 45.4

Frais de scolarité 57.3 Manque de routes 34.8

Factures de services publics 55.5 Pas d’éducation 30.5

Louer 31.2 Manque d’eau 15.4

0 50 100
Paresse 11.3
Part des ménages (%)
Faibles ventes de récolte 5.2

Sécheresses/inondations fréquentes 4.5

Pénurie de troupeau 4.4

0 50 100

Source: World Bank staff calculation based on EHCVM 2018/19


58 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Le capital humain en Guinée


CHAPITRE 3 Les mesures non monétaires de la pauvreté présentées à la section 1-2 suggèrent que
la Guinée a réalisé des progrès substantiels entre 2012 et 2018 dans la réduction de
l’incidence de la pauvreté multidimensionnelle. Toutefois, les progrès globaux de l’IPM
sont restés modestes, en raison d’une augmentation de la sévérité de la pauvreté
multidimensionnelle, qui a des implications pour le développement du capital
humain, qui s’est avérée lui-même être étroitement lié à la productivité. Ce chapitre se
concentre sur l’indice du capital humain, qui mesure la productivité future attendue
de la population, en tenant compte des performances réalisées en matière de santé et
d’éducation (Banque mondiale, 2020).
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 59

3.1. Indice du capital humain L’ICH pour la Guinée a été estimé à 0,37 en 2020, ce qui
classe le pays au 163ème rang sur 174 pays. L’ICH de 0,37

L’Indice du Capital Humain (ICH) est une mesure agrégée indique qu’un enfant typique né aujourd’hui en Guinée

des composantes clés du capital humain dans un pays. peut s’attendre à n’atteindre que 37 pour cent de son

L’indice met l’accent sur la survie, l’éducation et la santé en potentiel productif à l’âge adulte (Banque mondiale,

évaluant cinq mesures clés liées à la productivité : la survie 2020). L’ICH est resté constant ces dernières années avec

de l’enfant (probabilité de survie jusqu’à l’âge de 5 ans), les années 2017 et 2018 enregistrant une valeur de 0,37.

la quantité d’éducation (années de scolarité prévues), la Comparée à un ensemble de pays de référence, la Guinée

qualité de l’éducation (résultats harmonisés aux tests), la a de moins bons résultats, à l’exception du Mali (Tableau

croissance saine chez les enfants (fraction des enfants non 5). L’ICH de la Guinée est en dessous de la moyenne des

rabougris) et les taux de survie des adultes (proportion de pays de référence, qui est de 0,40, une autre indication de

jeunes de 15 ans qui vivent jusqu’à 60 ans). Les indicateurs sa faible performance. Un examen plus approfondi des

comprennent le taux de mortalité des enfants de moins de performances de la Guinée à travers les composantes ICH

5 ans, le nombre d’années de fréquentation scolaire à l’âge montre que les enfants en Guinée peuvent s’attendre à

de 18 ans, les résultats harmonisés aux tests, la proportion atteindre 7 ans de scolarité, et 76 pour cent des jeunes

d’enfants de 15 ans qui survivent jusqu’à l’âge de 60 ans et de 15 ans peuvent s’attendre à survivre jusqu’à 60 ans.

le taux de retard de croissance chez les enfants de moins En outre, la Guinée se classe au rang le plus bas parmi

de 5 ans. L’indice prend une valeur unique comprise entre les pays de référence dans deux indicateurs : 90 pour

0 et 1 pour chacune des trois dimensions, en fonction de la cent des enfants survivent jusqu’à 5 ans et 30 pour cent

contribution de chaque composant à la productivité d’un des enfants de moins de 5 ans sont rabougris. Bien que

adulte (Banque mondiale, 2020). En plus de fournir aux la Guinée affiche un faible niveau d’années attendues de

pays une indication de leurs progrès à ce jour, l’indice aide fréquentation scolaire, elle obtient de meilleurs résultats

les gouvernements à évaluer et à hiérarchiser les besoins que la plupart des pays de référence en termes de résultats

d’investissement pour les gains économiques futurs. aux tests harmonisés ; La Guinée se classe deuxième avec
une estimation de 408 points, soit plus de 30 points de
plus que la moyenne des pays de référence qui est de 374
(Banque mondiale, 2020).

Tableau 5 : Indice du capital humain et ses composantes dans les pays de référence en 2020

Indice du capital Années d’études Score de test Probabilité de Fraction d’enfants Taux de survie, 15-
humain attendues harmonisé survie jusqu’à l’âge non rabougris ( %) 60 ans (%)
de 5 ans (%)

Benin 0.40 9.2 383.9 0.91 N/A 0.77


Côte d’Ivoire 0.38 8.1 373.2 0.92 0.78 0.66
Guinée 0.37 7.0 408.2 0.90 0.70 0.76
Mali 0.32 5.2 307.4 0.90 0.73 0.75
Senegal 0.42 7.3 412.5 0.96 0.81 0.83
Togo 0.43 9.7 383.7 0.93 0.76 0.74

Source: Indicateur du développement dans le monde


Note: Les données pour la fraction des enfants de moins de 5 ans qui n’ont pas de retard de croissance ne sont pas disponibles pour le Bénin. Les
résultats des tests internationaux sont convertis en résultats d’apprentissage harmonisés, avec des valeurs allant d’environ 300 à 600 dans tous les pays.
Le taux de survie, 15-60 est la soustraction du taux de mortalité adulte du chiffre 1, où le taux de mortalité adulte est la probabilité de mourir entre 15 et
60 ans.
60 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

3.2. Éducation 2020 (Gouvernement de la Guinée, 2015). De plus, entre


2007 et 2012, le pays a connu une amélioration de divers
L’afflux de réfugiés en âge scolaire en provenance des indicateurs de l’éducation. Par exemple, le taux brut de
pays voisins, associé à une importante population de scolarisation préscolaire est passé de 6 pour cent à 11 pour
personnes déplacées internes (PDI) en Guinée, a mis une cent, et le taux de scolarisation au niveau primaire est
pression énorme sur un système scolaire déjà surchargé. passé de 79 à 81 pour cent, celui des filles augmentant de 4
Depuis que la Guinée a obtenu son indépendance en points de pourcentage (Gouvernement guinéen, 2014). Bien
1958, le pays a connu un environnement politique interne qu’il reste faible, le taux d’achèvement de l’enseignement
instable, y compris des coups d’État et un contrôle militaire primaire s’est amélioré de 57 à 58,5 pour cent entre 2010
sur le transfert du pouvoir, ainsi qu’un conflit en 2004 qui a et 2012 (FMI, 2013). Le taux d’inscription à l’université, bien
suivi une diminution des rations alimentaires. L’instabilité que nettement inférieur à celui des pays voisins, a plus que
politique est également d’origine externe, les conflits en triplé au cours des 15 dernières années, passant de 3 pour
Côte d’Ivoire, au Libéria et en Sierra Léone ayant entraîné cent en 2005 à 11,5 pour cent en 2014 (Banque mondiale,
un afflux important de réfugiés qui ont rivalisé avec les s.d.). La Guinée a également réussi à augmenter le nombre
communautés d’accueil sur des ressources déjà limitées. d’écoles publiques, privées et communautaires, avec une
Plus de la moitié de ces réfugiés avaient moins de 18 augmentation de 81 pour cent de la construction d’écoles
ans (HCR, 2005). Cela a aggravé l’accès aux ressources et de salles de classe entre 2010 et 2017 (Banque mondiale,
éducatives dans un pays déjà mis à rude épreuve avec une 2018).
part élevée de la population (43 pour cent) de moins de 14
Malgré ces progrès remarquables en matière
ans (UNFPA WCARO,2018). L’épidémie d’Ébola en 2014-2015
d’inscription, de nombreux défis restent liés à l’accès
a également réduit la disponibilité des services éducatifs
et à la qualité de l’éducation. Il s’agit notamment d’une
en Guinée.
pénurie de personnel avec un ratio élèves-enseignant
Au fil des ans, le gouvernement a été l’instigateur de estimé à 60 dans les zones urbaines et allant de 120 à 150
plusieurs initiatives dans le secteur de l’éducation qui dans les zones rurales (Gouvernement de guinée, 2014).
ont permis d’améliorer la scolarisation. Le gouvernement Le diagnostic du secteur de l’éducation de 2019 indique
a donné la priorité au renforcement du système éducatif que cette pénurie est potentiellement due à la répartition
par l’adoption d’initiatives telles que l’Éducation Pour Tous inefficace des enseignants entre les sites, car 23 pour
(EPT) en 2003, le Programme Sectoriel de l’Éducation (PSE cent des enseignants payés par le gouvernement ne sont
1) (2008-2015), PSE 2 (2015-2017), le Projet pour les Résultats pas affectés en fonction du nombre d’élèves. Il existe
de la Petite Enfance et de l’Éducation de Base (PRODEG) également une grande disparité géographique dans l’accès
(2020-2029), et le Plan National de Développement à l’éducation, les écoles étant concentrées dans les zones
Économique et Social (PNDES) (2016-2020) et le Document urbaines. (Il faut noter que 65 pour cent de la population
de Stratégie Nationale pour la Réduction de la Pauvreté réside dans les zones rurales, selon l’enquête EHCVM.) En
(DSRP 3). La Guinée a connu une augmentation des taux outre, une forte proportion des écoles sont privées, limitant
nets de scolarisation à l’école primaire, passant de 43,7 pour potentiellement l’accès aux enfants issus des ménages à
cent en 2005 à 60,5 pour cent en 2018 (ICF International, faible revenu. En 2012, 30 pour cent des salles de classe en
s.d.). Cependant, il convient de noter que l’amélioration
17 Guinée étaient privées et fortement concentrées dans les
de cet indicateur a été à la traîne par rapport à l’objectif régions urbaines, la capitale, Conakry, revendiquant la part
de 77,5 pour cent pour 2020 établi dans le PNDES 2016- la plus élevée avec 79 pour cent (FMI, 2013). De 2007 à 2012, la

17 Cette statistique, tirée du programme de compilation STAT de l’EDS (Enquête Démographique et de Santé), est différente de la valeur de 84 pour
cent qui a été publiée dans l’annuaire statistique basé sur le Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH 3).
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 61

Tableau 6 : Investissements dans l’éducation et performances scolaires dans les pays de référence, 2018

Dépenses publiques Dépenses publiques Scolarisation nette à Scolarisation nette Scolarisation nette Scolarisation nette
consacrées à consacrées à l’école primaire, total à l’école primaire, dans l’enseignement dans l’enseignement
l’éducation (% du PIB) l’éducation (% des (%) femmes (%) secondaire, total (%) secondaire, femmes
dépenses publiques (%)
totales)

Benin 2.9 17.7 97.2 83.6a 46.6b 39.8c


Côte d’Ivoire 3.3 18.3 90.3 86.6 40.2 35.1
Guinée 2.3 14.9 76.0 68.8b 32.2d 25.6d
Mali 3.8a 16.5a 58.9 55.8 29.9 26.8
Senegal 4.8 21.5 75.4 a
79.6a
37.7 a
39.4a
Togo 5.4 21.8 90.7 88.3 41.0a 33.5a

Source: Indicateurs du développement dans le monde


Note: Les chiffres se réfèrent généralement aux statistiques de 2018, à quelques exceptions près. a : 2017, b : 2016, c : 2015, d : 2014 et e : 2008.

proportion d’élèves admis au cycle secondaire a augmenté Une tendance similaire est évidente en ce qui concerne
de 7 pour cent dans les écoles publiques contre 19,5 pour les dépenses d’éducation en pourcentage des dépenses
cent dans les écoles privées (Gouvernement de guinée, publiques totales. Il est donc logique que la performance
2014). Cela indique que la concentration des écoles privées de la Guinée en termes de scolarisation dans les écoles
dans les zones urbaines contribue à la disparité entre les primaires et secondaires la place au rang le plus bas, par
zones urbaines et rurales dans les performances scolaires rapport aux pays de référence. En Guinée, plus de la moitié
et, par conséquent, à l’accumulation de capital humain. des élèves du primaire ne poursuivent pas leurs études au
Les taux de rétention des élèves diffèrent également à secondaire.
travers les régions urbaines et rurales, avec un taux moyen
de rétention de la 1ère à la 5ème année de 87 et 68 pour En moyenne, les garçons sont plus susceptibles d’être

cent en zones urbaines et rurales, respectivement, alors scolarisés que les filles, et les taux de scolarisation

que le taux moyen de progression vers la 6ème année était parmi les ménages pauvres sont les plus faibles. De

de 72 et 36 pour cent dans les zones urbaines et rurales, l’école primaire à l’école postsecondaire, les taux de

respectivement (Berete, et al., 2005). scolarisation des filles diminuent considérablement


avec l’âge, augmentant ainsi l’écart entre les sexes en
Par rapport aux pays de référence, la Guinée affiche de matière d’éducation (Figure 34). Cela peut être dû à la
faibles performances en matière d’investissements et forte incidence du mariage des enfants chez les filles et
d’éducation. En 2016, le gouvernement guinéen a consacré les jeunes femmes en Guinée (Male & Wodon, 2016). Les
2,3 pour cent de son PIB à l’éducation (Tableau 6). Bien que taux de scolarisation nets et bruts des garçons baissent
la Guinée ait un PIB par habitant plus élevé que le Togo et également avec l’âge, bien qu’à un rythme plus lent que
le Mali (Banque mondiale, s.d.), elle se classe au plus bas celui des filles, suggérant que les garçons ne sont pas
en termes de dépenses d’éducation en pourcentage du PIB. soumis aux mêmes attentes sociales que les filles.18 Une

18 « Le taux net de scolarisation est le nombre total d’élèves du groupe d’âge officiel pour un niveau d’éducation donné qui sont inscrits à n’importe
quel niveau d’enseignement, exprimé en pourcentage de la population correspondante. Le taux brut de scolarisation est le nombre d’élèves inscrits à
un niveau d’éducation donné, quel que soit leur âge, exprimé en pourcentage de la population officielle d’âge scolaire correspondant au même niveau
d’éducation. Pour le niveau tertiaire, la population utilisée est le groupe d’âge de 5 ans à partir de l’âge officiel d’obtention du diplôme d’étude secondaire »
(UNESCO, s.d.).
62 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

constatation frappante est que la Guinée présente un taux redoubler leurs classes ou d’abandonner l’école (Evans et
de scolarisation brut beaucoup plus élevé par rapport au Kosec, 2012). De même, il est confirmé qu’il y a un effet à
taux net de scolarisation dans l’enseignement secondaire, long terme sur les revenus plus élevés dans la vie adulte,
ce qui indique des niveaux élevés de redoublement à ce tandis que la qualité de l’éducation de la petite enfance
niveau. En outre, il convient de noter que les ménages est un facteur important de réussite scolaire (UNICEF, 2019).
non pauvres ont un taux de scolarisation plus élevé que Malgré l’impact positif substantiel de l’éducation de la
les pauvres pour tous les groupes d’âge (Figure 36). Cela petite enfance, l’accès à l’école maternelle est extrêmement
suggère un cercle vicieux dans lequel les conditions socio- limité en Guinée. Le taux net de scolarisation préscolaire
économiques des pauvres les enferment dans une situation (3-6 ans) n’est que de 9 pour cent pour les garçons et les
de faible capital humain, limitant ainsi opportunités filles. En termes de résultats scolaires liées aux objectifs
économiques et, par conséquent, exacerbant les défis liés fixés dans le PNDES 2016-2020, le pays a réalisé des
à la croissance économique et la réduction de la pauvreté. progrès modestes dans cet indicateur qui s’élevait à 8,4
pour cent en 2014 et devait augmenter à 12,5 pour cent en
L’inscription dans les écoles maternelles (3-6 ans) n’est 2020 (Gouvernement de la Guinée, 2015). Il est nettement
pas courante en Guinée, malgré le fait que l’éducation de inférieur pour les pauvres (4 pour cent) que pour les non-
la petite enfance a le potentiel d’avantages considérables pauvres (14 pour cent). Depuis 2020, la Guinée a rejoint la
en termes de développement humain. Des données deuxième vague du Projet de Dividendes Démographiques
provenant d’autres pays suggèrent que ceux qui ont reçu et d’Autonomisation des Femmes au Sahel (SWEDD2) initié
une éducation à l’école maternelle sont plus susceptibles par la Banque mondiale. Le projet vise à cibler l’éducation
d’avoir de meilleures compétences cognitives et des de la petite enfance sur les enfants défavorisés du pays.
résultats aux tests plus élevés à un stade ultérieur de
la scolarité ; ils sont également moins susceptibles de

Figure 34. Taux nets de scolarisation selon le sexe et Figure 35 : Taux bruts de scolarisation par sexe et par
le groupe d’âge groupe d’âge
8.7 8.8
Préscolaire (3-6 ans) Préscolaire (3-6 ans)
8.7 8.7

66.9 100.9
Primaire (7-12 ans) Primaire (7-12 ans)
62.0 90.9

Premier cycle du secondaire 21.6 78.2


Premier cycle du secondaire
(13-15 ans) 18.3 51.9

6.5 Secondaire supérieur 30.2


Secondaire supérieur (16-18 ans)
5.6 (16-18 ans) 23.9

8.5 14.1
Post secondaire (19-24 ans) Post secondaire (19-24 ans)
3.2 5.2

0 20 40 60 80 0 20 40 60 80 1000 120
Taux net de scolarisation (%) Taux brut de scolarisation (%)
Homme Femme Homme Homme

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM
2018/19 2018/19
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 63

Figure 36. Taux nets de scolarisation par groupe d’âge, quintile de richesse et statut de pauvreté

(a) Selon le quintile de richesse (b) Selon le statut de pauvreté

90 80
Taux net de scolarisation (%)

Taux net de scolarisation (%)


80 70
70 60
60 50
50
40
40
30
30
20 20
10 10
0 0
Préscolaire Primaire Secondaire Secondaire Poster Préscolaire Primaire Secondaire Secondaire Poster
inférieur supérieur Secondaire inférieur supérieur Secondaire

Le plus pauvre 2nd 3rd 4th Le plus riche Pauvre Non-pauvre

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

Figure 37. Ratios nets de scolarisation par région, 2018

(a) Primaire (b) Secondaire

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19


64 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Il existe des disparités géographiques dans les taux de élevés, Boké se classant au deuxième rang après Conakry.
scolarisation, avec des niveaux plus élevés observés dans Il est possible que les enfants continuent d’être impliqués
les zones urbaines que dans les zones rurales. Il existe un dans des activités minières artisanales, en particulier avec
écart de 27,2 points de pourcentage dans les taux nets de l’utilisation de plus en plus courante de détecteurs de
scolarisation à l’école primaire entre les zones urbaines métaux, qui peuvent être plus facilement manipulés par
(82,8 pour cent) et rurales (55,6 pour cent). L’écart se creuse les enfants. Parmi les particularités de la région de Kankan,
dans l’enseignement secondaire, avec 44,4 pour cent de le PNDES note des taux d’abandon scolaire relativement
scolarisation nette en milieu urbain contre 14,2 pour cent en élevés au profit des activités minières (Gouvernement
milieu rural. Conakry, la capitale, a le taux net d’inscription de la Guinée, 2015). En effet, des études ont révélé un
à l’école primaire le plus élevé (86,6 pour cent) ; Ce taux impact négatif généralisé de l’extraction de l’or sur les
est nettement supérieur au taux de scolarisation à Faranah résultats scolaires des enfants travaillant dans ces mines
(48,3 pour cent) et à Kankan (50,1 pour cent), qui ont les (N’Diaye, 2013). Les familles pauvres qui ont la possibilité
taux nets de scolarisation primaire les plus bas en Guinée de gagner de l’argent peuvent préférer le faire plutôt que
(Figure 37). Sans aucun doute, l’un des facteurs à l’origine d’investir dans une éducation aux rendements futurs
de la disparité des taux de scolarisation lorsque l’on incertains (Ahlerup, Baskaran et Bigste, 2020). En outre, il
compare Conakry et d’autres régions est la concentration y a une pénurie d’enseignants prêts à travailler dans les
des écoles dans les régions urbaines. Par exemple, en 2015, communautés minières, et ceux qui sont prêts à vivre dans
98 pour cent des écoles maternelles en Guinée étaient ces régions s’éloignent souvent de l’enseignement pour se
non seulement privées, mais également concentrées dans tourner vers des activités minières plus lucratives (Camara,
des zones urbaines. Même à des niveaux d’éducation plus Ngom et Sanchez, 2020).
élevés, une tendance similaire est observée avec 47 pour
cent des centres d’enseignement technique et de formation Les enfants des ménages dirigés par une personne qui
professionnelle de guinée situés à Conakry (Gouvernement travaille dans le secteur minier sont moins susceptibles
de la Guinée, 2015). d’être inscrits à l’école. Pour compléter ce résumé
descriptif, nous utilisons un modèle logit multivarié
Le faible niveau de scolarisation à Kankan peut être lié afin d’estimer les déterminants de la probabilité d’être
à son secteur minier, une source de préoccupations en inscrit à l’école. Dans l’ensemble de l’échantillon (Figure
matière de travail des enfants. Lorsque la scolarisation 38a), la probabilité d’être inscrit à l’école diminue
à l’école primaire est juxtaposée aux niveaux de pauvreté considérablement si le chef de ménage travaille dans le
dans les régions administratives, les niveaux de revenu ne secteur minier, suggérant un effet négatif plus important
semblent pas présenter de lien étroit avec la scolarisation. que celui d’un chef de ménage travaillant dans le secteur
Même si Labé a le taux de pauvreté le plus élevé (66,1 pour primaire. Nous constatons également que les enfants en
cent), suivie de Faranah (63,8 pour cent) et de Kindia (59,5 âge d’aller à l’école primaire (âgés de 7 à 12 ans) sont
pour cent), cet ordre change en ce qui concerne les taux de plus susceptibles d’être inscrits à l’école, tandis que les
scolarisation nette à l’école primaire, Faranah ayant le taux filles des zones rurales ont une faible probabilité d’être
net de scolarisation à l’école primaire le plus bas (48,3 pour inscrites. Les enfants issus de ménages plus riches sont
cent), suivie de Kankan (50,1 pour cent) et de Labé (59,7 pour également plus susceptibles d’être inscrits à l’école. Ces
cent). Cependant, une tendance plus claire apparaît lorsque résultats restent cohérents lorsque nous limitons l’analyse
l’on compare les taux de scolarisation à l’école primaire et aux seuls ménages de la région de Kankan (Figure 38b),
les activités de subsistance courantes. L’extraction de l’or les résultats révélant à nouveau que les enfants des
est une activité génératrice de revenus courante à Kankan, ménages dans lesquels le chef travaille dans l’exploitation
Faranah et Labé. En outre, les régions où l’horticulture est minière sont moins susceptibles d’être inscrits à l’école.
une activité de subsistance commune (à savoir Kindia, Des recherches plus approfondies sont nécessaires sur la
Boké et Mamou) ont des taux de scolarisation relativement cause profonde de cette tendance remarquable.
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 65

Figure 38. Probabilité d’être inscrit à l’école

a) Résultats d’estimation pour la Guinée


Rural
Femme
Enfant du chef de ménage
7-12 ans
13-15 ans
16-18 ans
Le père a le moins d’études primaires
La mère a le moins d’éducation primaire
2e quintile de richesse
3e quintile de richesse
4e quintile de richesse
Quintile supérieur de richesse
École dans un village/communauté
Chef travaille dans le secteur primaire
Chef d’entreprise dans le secteur minier

-.2 0 .2 .4
Effets marginaux moyens avec IC à 95 %

b) Résultats d’estimation pour la région de Kankan uniquement

Rural
Femme
Enfant du chef de ménage
7-12 ans
13-15 ans
16-18 ans
Le père a le moins d’études primaires
La mère a le moins d’éducation primaire
2e quintile de richesse
3e quintile de richesse
4e quintile de richesse
Quintile supérieur de richesse
École dans un village/communauté
Chef travaille dans le secteur primaire
Chef d’entreprise dans le secteur minier

-.2 0 .2 .4
Effets marginaux moyens avec IC à 95 %

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19


Notes: Le graphique montre la probabilité de fréquentation dans n’importe quel niveau d’étude avec les effets marginaux d’une régression logit avec des
intervalles de confiance de 95 pour cent. « Autres enfants scolarisés » est un indicateur du fait que d’autres membres du ménage sont inscrits à l’école. «
L’école dans un village / communauté » est un indicateur de la présence d’une école dans un village qui convienne à une personne compte tenu de l’âge
de scolarisation. Cette régression est limitée aux 3 à 18 ans.
66 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Le faible indice de parité hommes-femmes (GPI) souligne Figure 39. Indice de parité hommes-femmes pour la
en outre qu’il existe un écart dans la réussite scolaire scolarisation, 2005–2018
entre les garçons et les filles, avec un effet plus prononcé
1.0
au niveau de l’enseignement secondaire. Le GPI est le ratio

Taux net de scolarisation (%)


du taux de scolarisation des filles par rapport aux garçons 0.9
; une valeur GPI plus proche de 1 traduit une plus grande
égalité des sexes. Le GPI, estimé à 0,93 pour la fréquentation 0.8
nette de l’école primaire et à 0,78 pour la fréquentation
nette de l’enseignement secondaire, indique que l’égalité 0.7
des sexes se détériore dans les niveaux scolaires supérieurs
(Figure 39). Alors que le GPI pour la fréquentation nette de
0.6
l’école primaire est plus proche de l’objectif de 1 fixé dans
0.5
le PNDES 2016-2020, le GPI pour la fréquentation nette de
2005 2012 2018
l’enseignement secondaire était relativement inférieur à
l’objectif de 0,9 (Gouvernement de la Guinée, 2015). Le GPI Filet primaire Brut primaire

est particulièrement faible au niveau de l’enseignement Filet secondaire Brut secondaire

secondaire dans les zones rurales et dans les régions de Source: Enquêtes démographiques et de santé
l’Est, qui présentent également de faibles taux nets de
fréquentation de l’enseignement secondaire. En effet, la Le manque de moyens financiers ou de soutien familial

Guinée est la moins performante de tous les pays pairs à la scolarité sont les raisons les plus courantes de la

en termes de taux nets de scolarisation secondaire pour non-fréquentation d’une école formelle. Bien que les

les filles. Le fait que les pays voisins aient atteint une garçons et les filles le classent comme la principale raison

plus grande égalité dans les taux de scolarisation – par de la non-fréquentation d’une école formelle, le manque

exemple, le Sénégal a un GPI de 1,09 dans le primaire et de soutien familial était légèrement plus élevé chez les

de 1,12 dans l’enseignement secondaire – suggère que des filles que les garçons, avec 29,6 pour cent contre 23,8 pour

améliorations sont encore possibles en Guinée. À l’intérieur cent, respectivement (Figure 40). En outre, le fait d’être

du pays, le GPI est particulièrement faible au niveau de une fille expliquerait pourquoi 6,4 pour cent des filles non

l’enseignement secondaire dans les régions de l’Est, avec scolarisées resteraient à la maison. Pour les garçons, le

seulement 0,54 à N’Zérékoré et 0,63 à Kankan et Faranah. coût élevé de la scolarité est la principale raison de la non-

La faiblesse du GPI parmi les ménages pauvres est plus fréquentation d’une école formelle. Les garçons indiquent

prononcé au niveau secondaire. Cette inégalité fondée sur que le coût, l’absence de conviction sur l’utilité de l’école

le sexe en matière de niveau de scolarité peut se traduire et les problèmes d’accès (absence d’école / distance)

par des inégalités dans les opportunités génératrices expliqueraient la non-fréquentation d’une école formelle.

de revenus avec des répercussions sur la croissance Il convient toutefois de noter que les garçons et les filles

économique et la réduction de la pauvreté. ont cité l’absence d’école ou la distance pour s’y rendre
comme un obstacle à la scolarisation. Des proportions
similaires de garçons et de filles qui n’ont jamais été
scolarisés ont déclaré que leur participation à un travail
rémunéré ou non rémunéré était une raison pour ne pas
aller à l’école.
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 67

Figure 40. Raisons pour n’avoir jamais fréquenté une école formelle

Garçons Manque de ressources financières


30 24 19 15 3 9
Refusé par la famille
Filles 23 30 19 13 6 6 7 Travail rémunéré / non rémunéré
Pas d’école / Trop loin
Non-pauvre 20 31 24 6 6 4 9 Être une fille
L’école n’est pas adaptée
Pauvre 31 24 14 20 22 7
Autre

0 20 40 60 80 100
Part de la population (%)
Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19
Notes:Cette statistique est limitée aux personnes âgées de 7 à 24 ans.

Les garçons et les filles, qu’ils soient inscrits ou non à en dehors du domicile (Figure 41). Ainsi, les filles non
l’école, sont impliqués dans le travail domestique, les scolarisées consacrent en moyenne 18 heures au travail
filles consacrant plus d’heures au travail domestique domestique, contre 14 heures pour les filles scolarisées.
que les garçons de tous les groupes d’âge. Le travail des De plus, la scolarisation est négativement corrélée à la
enfants en Guinée est considérablement plus élevé que la probabilité que les enfants travaillent à l’extérieur de la
moyenne de l’Afrique subsaharienne (OIT, 2017). En effet, maison. Parmi les enfants âgés de 7 à 24 ans non scolarisés,
dans le PNDES 2016-2020, le pays s’est engagé à réduire le 42 pour cent des garçons travaillent en dehors du domicile,
taux de travail des enfants chez les 6-14 ans de 38,4 pour contre 37,5 pour les filles. Pour ceux qui sont scolarisés, 6
cent en 2014 à 12 pour cent en 2020 (Gouvernement de la pour cent des garçons travaillent à l’extérieur de la maison,
Guinée, 2015). Au-delà du travail domestique, les filles et contre 3 pour cent pour les filles. Ainsi, cette tendance est
les garçons sont impliqués dans le travail à l’extérieur de similaire pour les garçons / hommes et les filles / femmes.
la maison, les garçons passant plus de temps à travailler

Figure 41 : Heures hebdomadaires moyennes de travail domestique par sexe, groupe d’âge et scolarisation
(a) Primaire (b) Secondaire
25 25

20 20
Heures par semaine

Heures par semaine

15 15

10 10

5 5

0 0
3-6 ans 7-12 ans 12-15 ans 16-18 ans 19-24 ans 3-6 ans 7-12 ans 12-15 ans 16-18 ans 19-24 ans

Inscrit Pas inscrit Inscrit Pas inscrit

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19


68 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Figure 42 : Proportion de personnes en âge scolaire qui travaillent à l’extérieur de la maison


(a) Homme (b) Feme

70 70
60 60
Part de la population (%)

Part de la population (%)


50 50
40 40
30 30
20 20
10 10
0 0
3-6 ans 7-12 ans 12-15 ans 16-18 ans 19-24 ans 3-6 ans 7-12 ans 12-15 ans 16-18 ans 19-24 ans

Inscrit Pas inscrit Inscrit Pas inscrit

Source: World Bank staff calculation based on EHCVM 2018/19

Malgré les problèmes dans les écoles, y compris le déficit dans les mêmes proportions. Par ailleurs, 62,3 pour
d’enseignants et de fournitures ainsi que les salles cent des élèves interrogés dans les écoles publiques
de classe surpeuplées, les parents semblent toujours déclarent que les salles de classe surpeuplées entravent
satisfaits des écoles. Les écoles publiques représentent l’apprentissage. La deuxième plainte la plus courante dans
62,5 pour cent des écoles en Guinée, suivies des écoles les écoles communautaires et publiques est le manque
privées (34,4 pour cent) et des écoles communautaires (3,2 de fournitures. Ces écoles sont donc soumises à des défis
pour cent). Comme indiqué précédemment, la majorité des qui s’étendent sur la faible disponibilité des ressources
écoles privées sont concentrées dans les zones urbaines humaines et matérielles. Par rapport aux statistiques sur
(Gouvernement de guinée, 2014).19 Ces différences dans l’absentéisme des enseignants dans d’autres pays, les taux
l’accès influencent probablement les disparités du capital d’absence de 40 à 55 pour cent enregistrés en Guinée sont
humain entre les zones rurales et urbaines ainsi qu’entre assez élevés. Ce phénomène pourrait être un facteur clé
les niveaux de richesse, car les ménages les plus pauvres contribuant aux mauvaises performances d’apprentissage
sont moins en mesure de payer les frais de scolarité dans le pays. Dans l’ensemble, les écoles privées semblent
privés. Les écoles communautaires et publiques semblent offrir la meilleure expérience d’apprentissage. Malgré la
présenter le plus grand nombre de problèmes, tandis que pléthore de problèmes qui existent dans les écoles, près
les écoles privées ont des environnements d’apprentissage de 7 répondants sur 10 se disent satisfaits des écoles,
légèrement meilleurs (Figure 43). Le principal problème avec une proportion plus élevée parmi les ménages non
signalé dans les écoles communautaires est le déficit pauvres (71,5 pour cent contre 65,4 pour cent pour les
d’enseignants (72,6 pour cent) qui n’affecte pas les écoles ménages pauvres).
publiques (30,8 pour cent) et privées (6,6 pour cent)

19 Les écoles communautaires sont généralement créées et gérées par des communautés, mais peuvent être financées par des donateurs ou des
organisations non gouvernementales (ONG).
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 69

Le taux d’alphabétisation en Guinée reste faible avec de 32,5 points de pourcentage. En comparaison, les femmes
grandes disparités régionales et les femmes (ménages du groupe d’âge 15-24 ans sont plus susceptibles d’être
pauvres) ont de moins bonnes performances que les plus proches en termes d’alphabétisation que leurs pairs
hommes (ménages non pauvres), en moyenne. Avec 26,6 du sexe masculin, avec un écart d’environ 26 points de
pour cent, la Guinée a l’un des taux d’alphabétisation des pourcentage. Cela suggère qu’il y a eu des progrès dans
femmes les plus bas d’Afrique subsaharienne. Le groupe la réduction de l’écart dans les taux d’alphabétisation
d’âge des 15-24 ans a le taux d’alphabétisation le plus entre les sexes au cours des dernières années. Cependant,
élevé, dans l’ensemble, bien que l’écart entre les hommes d’importantes différences régionales subsistent, Conakry
et les femmes soit encore assez important (Figure 44). ayant le taux d’alphabétisation le plus élevé tandis que
L’écart entre les sexes dans le taux d’alphabétisation est le Kankan affiche le taux le plus bas, suivi de Faranah, Labé et
plus important pour le groupe d’âge des 25 à 34 ans, soit Mamou (Figure 45).

Figure 43. Problèmes signalés dans les écoles par type d’école

Des salles de classe en mauvais état


Fréquence de paiement des frais de scolarité
Manque de salle de bain
Manque de tables/matériel
Manque de livres/fournitures
Manque d’enseignants
Classes surpeuplées
Mauvais enseignement
Absence du professeur
0 10 20 30 40 50 60 70 80
Part des personnes ayant signalé les problèmes (%)

Privée Publique Écoles communautaires


Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19
70 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Figure 44. Taux d’alphabétisation par sexe, statut de pauvreté et groupe d’âge
(a) Selon le sexe (b) Selon le statut de pauvreté
80 69.6 80
70 62.6 70 58.9
54.7
Taux d’alphabétisation (%)

Taux d’alphabétisation (%)


60 60
47.7
50 43.5 42.2 50 44.2 41.1
38.7
40 33.8 40 33.8 32.8
30.1 29.3
30 30 22.2
15.7 16.4 18.3 16.9
20 12.4 11.5 20
9.6
10 10
15.6
0 0
15-24 25-34 35-44 45-54 55-64 65+ 15-24 25-34 35-44 45-54 55-64 65+

Homme Femme Non-pauvre Pauvre

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

Figure 45. Taux d’alphabétisation par région (15-49 ans), 2018


(a) Homme (b) Femme

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19


É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 71

Les faibles taux de scolarisation reflètent également zones urbaines. Moins de 10 pour cent de ce groupe – c’est-
un problème plus profond de mobilité très limitée de à-dire ceux dont le père n’a pas d’éducation formelle –
l’éducation intergénérationnelle, en particulier dans les atteignent un niveau supérieur à l’enseignement primaire,
zones rurales, avec des implications pour la persistance à contre 37 pour cent dans les zones urbaines. La mobilité
long terme du statut de revenu et des inégalités. En Guinée, intergénérationnelle limitée de l’éducation dans les zones
73 pour cent de la population adulte (15 ans ou plus) sans rurales, où résident plus de 80 pour cent des pauvres, pose
aucune éducation formelle (66 pour cent de l’ensemble de de graves préoccupations, étant donné la forte corrélation
la population adulte) a un père qui n’a pas non plus reçu entre le niveau d’éducation et la pauvreté (voir chapitre
d’éducation formelle. La mobilité intergénérationnelle du 2). En effet, si la mobilité éducative est perçue comme
niveau d’éducation est particulièrement limitée dans les un indicateur de la fluidité du statut économique, il est
zones rurales, où seulement 16 pour cent des adultes probable que les inégalités dans les zones rurales ne se
dont les pères n’ont fait aucune étude formelle ont pu soient pas améliorées au cours des dernières décennies.
atteindre un niveau d’éducation quelconque (Figure 46). Les personnes issues de familles pauvres ont tendance à
Ce chiffre dans les zones rurales est étonnamment bas ; rester pauvres et sont exclues des meilleures opportunités
il est plus de trois fois plus élevé (49 pour cent) dans les économiques.

Figure 46 : Mobilité intergénérationnelle du niveau d’éducation


(a) Urbain (b) Rural

100 100 1
11 12 7 4 4 10
19 8 17
Niveau de scolarité des individus (%)

Niveau de scolarité des individus (%)

28
80 80 34
26 35
38 25
60 60
12 46
46 21
84 20
40 18 40
51 14 53
20 10 20 41
32 34
21 16
0 0
Aucun Primaire Secondaire Post Aucun Primaire Secondaire Post
secondaire secondaire
Niveau d’instruction du père Niveau d’instruction du père

Aucun Primaire No education Primary

Secondaire Post secondaire Secondary Post secondaire

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19


Note: L’échantillon est limité aux personnes de plus de 15 ans.
72 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

3.3. Santé naissances vivantes en Guinée, estimé à 576, a diminué ces


dernières années, il reste supérieur à la moyenne de 534 en
Le gouvernement guinéen a pris diverses mesures Afrique subsaharienne (Banque mondiale, s.d.). En outre,
au fil des ans pour renforcer le système national de malgré les efforts du gouvernement dans le secteur de la
santé. Parmi celles-ci Figurent l’adoption de l’Initiative santé, les défis pour répondre aux besoins de santé de la
de Bamako qui visait à accroître l’accès aux soins de population qui étaient évidents lors de l’épidémie d’Ébola
santé primaires ; l’élaboration d’un Plan National de de 2014 persistent à ce jour. C’est peut-être parce que
Développement de la Santé (PNDS) ; l’introduction d’une l’engagement déclaré d’investir dans le système de santé
Stratégie de Gestion Intégrée des Maladies du Nouveau- n’a pas été reflété dans les dépenses gouvernementales
né et de l’Enfant (PCIMNE) ; et des Stratégies Nationales pour atteindre ces objectifs. Ainsi, les dépenses de santé
pour la Nutrition et la Planification Familiale.20 La Politique en pourcentage du PIB sont passées de 6 à 4 pour cent
Nationale de Développement de la Santé (PNDS) 2015- entre 2015 et 2017, tombant en dessous de la moyenne de 5
2024 de la Guinée vise à parvenir à un pays « où tous pour cent de l’Afrique subsaharienne (en excluant les pays
les groupes de population sont en bonne santé, sont à revenu élevé) (Banque mondiale, s.d.). En outre, la Guinée
économiquement et socialement productifs, bénéficiant continue d’afficher de mauvaises performances en matière
d’un accès universel à des services de santé et à des de santé, car le système de santé reste inaccessible et
soins de santé de qualité, avec leur pleine participation » inefficace, les services étant concentrés dans les zones
(Ministère de la Santé de Guinée, 2015). Ces objectifs sont urbaines et avec relativement peu de professionnels
raisonnables compte tenu des dépenses de santé élevées qualifiés.
(environ 45 USD par personne, dont plus de 50 pour cent
L’épidémie d’Ébola de 2014-2015 a eu un impact négatif
sont des dépenses personnelles) et de l’incidence élevée
et persistant sur les performances en matière de santé.
des maladies transmissibles, maternelles, néonatales et
L’épidémie d’Ébola a mis au défi un système de santé qui
nutritionnelles telles que le paludisme et les infections des
se caractérisait déjà par un manque d’agents de santé et
voies respiratoires inférieures (Vos, et al., 2020). Le PNDS
de mauvaises infrastructures. Dans la prise en charge et le
cherche à ralentir le taux de croissance démographique
diagnostic du paludisme, une baisse a été observée dans
et à réduire le taux de fécondité en investissant dans la
les visites en clinique et les cas de paludisme signalés dans
planification familiale et la santé afin de développer une
les districts touchés par Ébola en comparaison aux districts
main-d’œuvre productive. Le PNDS cherche également à
non touchés (Kolie, et al., 2018). Une tendance similaire
améliorer l’accès et la fourniture de services de soins de
a été observée en ce qui concerne les taux de mortalité
santé de qualité (Gouvernement de la Guinée, 2015). Ces
maternelle. Un renversement des tendances a également
efforts ont apporté quelques améliorations. Par exemple,
été noté dans d’autres indicateurs de santé maternelle tels
la part des naissances assistées par du personnel de santé
que les accouchements avec des accoucheuses qualifiées
qualifié est passée de 35 pour cent en 2000 à 45 pour cent
et les femmes effectuant au moins trois visites prénatales
en 2010 et à 55 pour cent en 2018. Cependant, la pénurie
(Delamou, et al., 2017). Même si l’épidémie d’Ébola a entraîné
de professionnels de la santé formés reste un goulot
une augmentation de l’aide à la Guinée visant à renforcer
d’étranglement dans la prestation des services de santé
le système de santé, les données montrent que les défis
(Banque mondiale, s.d.).
persistent. En janvier 2021, le pays a signalé une flambée
Malgré les progrès observés pour les indicateurs de santé, épidémique dans une communauté rurale de la région de
la Guinée continue d’afficher de mauvaises performances N’Zérékoré suite à la confirmation de trois cas (OMS, 2021a).
par rapport à d’autres pays d’Afrique subsaharienne. Bien que le gouvernement réagisse rapidement en mettant
Même si le taux de mortalité maternelle pour 100 000 en œuvre la vaccination des populations à haut risque
pour contenir la propagation du virus (OMS, 2021b), cette

20 L’Initiative de Bamako, menée par l’UNICEF et l’OMS, a été adoptée par les ministres africains de la Santé en 1987 dans le but d’accroître l’accès
aux soins de santé primaires.
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 73

nouvelle épidémie est susceptible de menacer le système Les femmes en Guinée connaissent un taux élevé de
de santé du pays si des mesures logistiques adéquates mariage précoce, l’âge médian national au premier
ne sont pas mises en place pour assurer une couverture mariage est estimé à 18,5 ans. Ce phénomène est
nationale en termes de vaccinations. motivé par une multitude de structures socioculturelles
et économiques qui soutiennent le mariage précoce, y
L’accès aux services de santé sexuelle et procréative compris les croyances religieuses et culturelles ; le mariage
reste faible, en particulier pour les femmes rurales, tandis précoce est utilisé pour réduire le fardeau du ménage en
que les femmes non pauvres dans les zones urbaines situation de pauvreté ; et le mariage précoce est utilisé
bénéficient d’un meilleur accès. Le taux national de pour maximiser la fertilité là où la mortalité infantile est
femmes mariées utilisant la contraception en Guinée est de élevée (Walker, 2012). Le mariage précoce, cependant,
10,9 pour cent (Figure 47), tandis que l’utilisation globale de entraîne des effets néfastes tels qu’un risque plus élevé
contraceptifs pour les femmes âgées de 15 à 49 ans s’élève de mortalité et de morbidité maternelles et de faibles taux
à 9 pour cent, nettement inférieur à la moyenne de 32 pour d’alphabétisation pour les femmes, réduisant ainsi les
cent de l’Afrique subsaharienne en 2017 (Banque mondiale, opportunités d’emploi (Parsons, et al., 2015). Cette situation
s.d.). L’indice synthétique de fécondité s’est établi à 4,8 en touche principalement les femmes des zones rurales et
2018, ce qui est même inférieur à l’objectif de 5,0 pour celles des ménages les plus pauvres (Figure 47). Alors que
2020 (contre 5,6 en 2014) identifié dans le PNDES 2016-2020 le taux de mortalité liée à la grossesse a considérablement
(Gouvernement de la Guinée, 2015). Il y a donc des progrès diminué entre 2005 et 2016 (Figure 48), le chiffre actuel de
considérables sur ce front. L’âge médian des femmes au 550 pour 100 000 naissances vivantes en Guinée reste parmi
premier mariage est plus élevé dans les ménages urbains les plus élevées comparé à ceux des pays de référence. Par
ou les ménages à revenu élevé, par rapport aux femmes exemple, la mortalité liée à la grossesse au Sénégal était
dans les ménages ruraux ou pauvres. Les femmes du de 273 pour 100 000 naissances vivantes en 2017 et de 373
quintile de richesse le plus élevé et celles des ménages au Mali en 2018.
urbains sont plus susceptibles d’utiliser la contraception
et ont évidemment un meilleur accès aux services de santé
reproductive (Figure 47).

Figure 47. Santé maternelle par sous-groupe de populations, 2018


(a) Indice synthétique de fécondité (15-49 ans) (b) Proportion de femmes mariées utilisant
n’importe quelle méthode de contraception

7 20
Part de la population (%)

6
Taux de fécondité (%)

5 15

4
10
3
2 5
1
0 0
Guinée

Urbain

Rural

Le plus pauvre

2ème

3ème

4ème

Le plus riche

Guinée

Urbain

Rural

Le plus pauvre

2ème

3ème

4ème

Le plus riche
74 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

(c) Âge médian des femmes au premier mariage (15-49 ans) Figure 48 : Taux de mortalité liée à la grossesse, 2005-2016

25 1,200

Décès pour 100,00 naissances vivantes


20 1,000

15 800
Âge

10 600

5
400
0
200
Guinée

Urbain

Rural

Le plus pauvre

2ème

3ème

4ème

Le plus riche 0
2005 2012 2016

Source: Enquêtes démographiques et de santé Sources: Enquêtes démographiques et de santé pour 2005 et 2012,
Enquêtes par grappes d’indicateurs multiples pour 2016.

L’amélioration des taux de mortalité des moins de cinq L’amélioration des principaux indicateurs en matière
ans a ralenti et les gains récents sont concentrés dans de santé infantile a été marginale, et de nombreux
les centres urbains. Le taux de mortalité des moins enfants continuent de subir un retard de croissance. La
de cinq ans a connu une baisse constante, passant de proportion d’enfants en retard de croissance, souffrant
177 pour 1 000 naissances vivantes en 1999 à 111 pour 1 d’insuffisance pondérale ou amaigris a diminué entre
000 naissances vivantes en 2018 (Figure 49a). La Guinée 2005 et 2018, mais à un rythme très lent (Figure 50a). Les
reste l’un des rares pays de la région à avoir un taux de gains les plus importants ont été autour de la proportion
mortalité des moins de cinq ans supérieurs à 100 pour 1 d’enfants avec un retard de croissance, qui est également
000 naissances vivantes. Au Bénin, par exemple, un pays l’indicateur le moins performant parmi les trois cités. Le
avec un PIB par habitant similaire à la Guinée, le taux de retard de croissance chez les enfants est un indicateur
mortalité des moins de cinq ans en 2018 était de 96 pour 1 clé de la malnutrition chronique. En 2018, 30,3 pour cent
000 naissances vivantes. Il est frappant de constater que la des enfants ont connu un retard de croissance tandis
région de Kankan présente le taux de mortalité des moins que 16,1 pour cent avaient une insuffisance pondérale. La
de cinq ans le plus élevé, bien qu’elle soit la région la proportion d’enfants amaigris a plafonné autour de 9-10
moins pauvre après Conakry. Fait encourageant, certaines pour cent depuis 1999. Les taux de retard de croissance
régions de Guinée, à savoir Conakry, Mamou et N’Zérékoré, chez les enfants varient considérablement entre les zones
affichent déjà des taux de mortalité de moins de cinq ans urbaines et rurales. En effet, la part des enfants ayant un
inférieurs à 100 pour 1 000 naissances vivantes (Figure 49b). retard de croissance dans les zones urbaines s’élevait à 22
Au cours des dernières années, le taux de déclin de cette pour cent, soit environ 12,2 pour cent de moins que dans les
mesure a ralenti, avec une différence d’environ 12 points zones rurales. De plus, les enfants nés à Conakry ont une
entre 2012 et 2018. En outre, le déclin à l’échelle nationale probabilité plus faible de souffrir de retard de croissance
est principalement concentré dans les zones urbaines, de que leurs pairs dans des régions telles que Mamou, Labé
sorte que l’écart entre les zones rurales et urbaines en ce et Faranah (Figure 50b). Bien que la région de Kankan
qui concerne le taux de mortalité des moins de cinq ans obtienne de meilleures performances que d’autres régions
s’est creusé au cours des dernières décennies. si l’on considère la proportion d’enfants en retard de
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 75

Figure 49. Tendances et géographie de la santé infantile


(a) Taux de mortalité des moins de cinq ans pour 1 000 (b) Taux de mortalité des moins de cinq ans pour 1 000
naissances, 1999-2018 naissances par région, 2018
200
Décès pour 100,00 naissances vivantes

180
160
140
120
100
80
60
40
20
0
1999 2005 2012 2016
Sources: Enquêtes démographiques et de santé

Figure 50 : Tendances et géographie de la nutrition infantile


(a) Proportion d’enfants ayant un retard de croissance, (b) Proportion d’enfants souffrant d’un retard de croissance,
amaigris et une insuffisance pondérale, 1999-2018 2018 (%)

45
40
35
Part des enfants (%)

30
25
20
15
10
5
0
1999 2005 2012 2016

Enfants rabougris
Enfants en sous-poids
Enfants gaspillés

Sources: Enquêtes démographiques et de santé


Note: La prévalence du retard de croissance suit la catégorisation de de Onís, Monteiro, Akré et Clugston (1993).
76 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

croissance, le taux de 35,9 pour cent reste surprenant. Cela et au-delà ont été en moyenne plus malades que leurs
pourrait être le reflet de difficultés liées à la satisfaction pairs masculins. Alors que les filles du groupe d’âge 10-14
des besoins alimentaires des enfants dans les régions ans ont également visité un établissement de santé à un
minières en raison d’une série de facteurs, notamment la taux plus élevé que les garçons, moins de femmes dans
faible disponibilité de produits frais ou les contraintes de le groupe d’âge de 65 ans et plus ont fait de même par
temps pour l’approvisionnement en nourriture (Klemm, rapport aux hommes de la même tranche d’âge. L’incidence
Nordhagen et Winch, 2020). de la maladie est comparable parmi les ménages pauvres
(70,7 pour cent) et non pauvres (77,3 pour cent) (Figure
L’incidence de la maladie semble être comparable selon 51a). Cependant, 61,4 pour cent des ménages non pauvres
le statut de pauvreté, mais les ménages pauvres sont visitent un établissement de santé lorsqu’ils sont malades,
moins susceptibles de demander des services de santé. contre seulement 46,5 pour cent des ménages pauvres.
Des proportions similaires d’hommes et de femmes ont Dans tous les groupes d’âge, les pauvres sont moins
été malades dans tous les groupes d’âge, à quelques susceptibles de se rendre dans un établissement de santé
exceptions près. Une plus grande proportion de filles du même quand ils sont malades (Figure 51b).
groupe d’âge de 10 à 14 ans et de femmes âgées de 65 ans

Figure 51. Expériences de maladie et de visite d’un établissement de santé, par statut de pauvreté et par groupe d’âge
(a) Expérience d’une maladie ou d’un accident au cours des 30 derniers jours (%)

100
Part de la population (%)

80

60

40

20

0
0-4 5-9 10-14 15-24 25-34 35-44 45-54 55-64 65+
Pauvre Non-pauvre

(b) Proportion de personnes ayant visité un établissement de santé parmi les personnes ayant été malades (%)

80
Part de la population (%)

60

40

20

0
0-4 5-9 10-14 15-24 25-34 35-44 45-54 55-64 65+

Pauvre Non-pauvre

Sources: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19


É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 77

L’accès aux services de santé reste un défi en Guinée en Les longues distances parcourues pour se rendre dans
raison des contraintes financières qui limitent les visites les établissements de santé apparaissent également
dans les établissements de santé. Bien que la majorité comme une contrainte, en particulier parmi les plus
des personnes aient déclaré ne pas avoir besoin de pauvres. Les établissements de santé publique sont les
consultation médicale en cas de maladie, une proportion fournisseurs de soins les plus courants, recevant 75 pour
importante d’entre elles sont confrontées à des contraintes cent de toutes les visites de patients, comme indiqué dans
pour se rendre dans les établissements de santé. Après l’EHCVM. Cependant, ces installations n’ont pas une bonne
l’automédication, le manque de moyens financiers et le « couverture géographique dans tout le pays, en particulier
manque de ressources » sont les raisons les plus courantes dans les régions rurales. En moyenne, les résidents
pour ne pas se rendre dans un établissement de santé, et ruraux parcourent plus de quatre kilomètres pour visiter
cela est vrai dans tous les quintiles de richesse (Figure 52). un établissement de santé, tandis que cette distance est
La proportion de ceux qui ont dû faire face à des contraintes réduite de moitié dans les zones urbaines qui ont tendance
financières augmente à mesure que le niveau de bien-être à bénéficier d’une meilleure infrastructure routière. Cela
diminue, 1 personne sur 5 dans le quintile le plus pauvre ne indique que le défi de la distance est une contrainte plus
consultant pas un médecin en cas de maladie. Il convient importante dans les zones rurales, où vivent la majorité des
de noter que les personnes des quintiles inférieurs étaient pauvres. En effet, environ 5 pour cent des personnes dans
souvent incapables de se rendre dans un établissement de les premiers et second quintile de richesse ont déclaré que
santé en raison de la longue distance parcourue, suggérant la longueur de la distance vers les établissements de santé
une couverture insuffisante des établissements de santé était une contrainte, comparativement à moins de 2 pour
dans le pays. cent pour leurs pairs des quatrième et cinquième (les plus
élevés) quintiles de richesse.

Figure 52. Raisons de ne pas visiter un centre de santé en cas de maladie par quintile de richesse (%)

Le plus pauvre 57 20 17 6 1

2ème 67 20 14 5 1

3ème 57 20 17 3 1

4ème 70 13 13 21

Le plus riche 75 8 14 11

0 20 40 60 80 100

Automédication Pas d’argent / trop cher Pas nécessaire Trop loin Autre

Sources: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19


78 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Tableau 7 : Choix des établissements de santé pour les consultations (%)

Hôpital public Autre public Hôpital privé Autres Pharmacie Guérisseur


traditionnel

Résidence
Urbain 20.5 42.8 13.1 12.0 7.8 3.8
Rural 6.6 37.2 1.8 4.5 40.6 9.3
Statut de pauvreté
Non pauvre 16.0 41.8 10.2 9.9 17.4 4.7
Pauvre 12.1 37.8 4.7 6.9 29.5 9.0

Guinée 14.8 40.5 8.5 8.9 21.2 6.0

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

Les pauvres sont plus susceptibles que les non-pauvres les établissements privés (Figure 53). Les trois principaux
à visiter les pharmacies et les praticiens de la santé problèmes signalés dans les établissements de santé
traditionnelle au lieu des hôpitaux ou d’autres centres de publique sont, par ordre d’importance, les coûts élevés
santé. Dans l’enquête EHCVM, les sondés ont indiqué le type des services, les longues files d’attente et le déficit de
d’établissements de santé qu’ils visitent habituellement médicaments. Au total, 60,7 pour cent des participants
lorsqu’ils sont malades. L’option la plus populaire était à l’enquête EHCVM ont déclaré que les visites dans les
les centres de santé publique (Tableau 7). Il existe une établissements de santé publique étaient trop coûteuses,
différence dans la structure des visites à l’hôpital entre les contre 49,6 pour cent de ceux qui fréquentaient les
populations urbaines et rurales, ainsi que les pauvres et établissements de santé privés. Les longs temps d’attente
les non-pauvres. Les pauvres et ceux des zones rurales ont sont beaucoup plus susceptibles d’être cités comme un
tendance à compter sur les pharmacies et les guérisseurs problème dans les établissements de santé publique que
traditionnels (guérisseur), tandis que les non-pauvres dans les établissements privés. Une explication à cela peut
et les citadins sont plus susceptibles de consulter un être les taux élevés d’absentéisme (d’environ 40 pour cent)
médecin. Ainsi, les pauvres sont enclins à compter sur des enregistrés parmi les agents de santé employés par le
établissements de santé informels en cas de maladie. gouvernement (van de Pas, Kolie, Delamou et Van Damme,
2019). De plus, environ un quart des sondés ont déclaré
Les coûts élevés des services de santé privés et publics
que les établissements de santé publique manquaient
continuent de limiter l’accès aux soins de santé, posant
de fournitures médicales telles que les médicaments. En
d’importantes contraintes dans la prestation des services
revanche, cette statistique s’élevait à 12,8 pour cent pour
de santé. Dans l’ensemble, les établissements de santé
les établissements de santé privés.
publique sont en proie à beaucoup plus de problèmes que
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 79

Figure 53. Problèmes signalés dans les établissements de santé publics et privés

70
Part de la population ayant visité les

60
établissements de santé (%)

50
40
30
20

0
Trop cher Longue file Pas de Etablissement Manque de Personnel non Traitement Mauvaise
d’attente médicament pas propre personnel qualifié inefficace réception

Privé Public

Sources: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

La Guinée continue de faire face à des niveaux élevés augmentant les capacités de production agricole), ainsi
d’insécurité alimentaire, bien que le gouvernement ait que de promouvoir une agriculture durable résiliente au
reconnu le problème. Environ 6 pour cent des enfants changement climatique.
âgés de 6 à 59 mois souffrent de malnutrition aiguë (PAM,
2020). Environ 41 pour cent de la population de Nzérékoré Malgré les niveaux élevés de malnutrition, une
est touchée par l’insécurité alimentaire, ce qui en fait la comparaison des indicateurs de sécurité alimentaire
plus grande zone d’insécurité alimentaire du pays, tandis entre les pays de référence révèle que la Guinée s’en
que Mamou et Labé suivent avec une prévalence d’environ sort mieux que d’autres. L’adéquation moyenne de
28 pour cent (PAM, 2018). Ces régions ont également les l’approvisionnement énergétique alimentaire en Guinée est
taux de pauvreté les plus élevés du pays, ce qui indique de 122, ce qui est similaire à celui du Bénin (124) et de la Côte
une corrélation entre la pauvreté et la sécurité alimentaire. d’Ivoire (123) (Tableau 8).21 Cependant, en ce qui concerne
Bien que la Guinée soit considérée comme le « château la part de l’apport énergétique alimentaire provenant des
d’eau » de l’Afrique de l’Ouest, en raison de ses nombreux céréales, des racines et des tubercules, la Guinée a la
fleuves, elle présente de faibles niveaux de production valeur la plus faible parmi les pays de référence, indiquant
agricole (ONU, 2005). Certains facteurs à l’origine de que la part d’autres types d’aliments tels que les protéines
l’insécurité alimentaire sont liés au climat, car la Guinée animales est plus élevée que dans les pays de référence.
connaît non seulement des sécheresses et des inondations Une meilleure performance est également notée dans la
fréquentes, mais aussi des feux de brousse, qui réduisent résistance de l’offre alimentaire de la Guinée aux chocs,
considérablement la production agricole. Dans le récent où elle se classe au deuxième rang avec une variabilité de
Plan National de Développement Économique et Social de l’approvisionnement alimentaire par habitant de 21 points,
la Guinée (PNDES), le gouvernement a proposé d’adresser ce qui est nettement inférieur à la moyenne de 32 points
la question de la sécurité alimentaire en mettant l’accent des pays de référence. Cependant, avec 61,9 pour cent, la
sur la promotion de l’égalité des sexes (par exemple, Guinée a la part la plus faible de la population ayant accès
en renforçant le régime foncier des femmes et en aux services d’eau potable de base (Gouvernement de la

21 L’apport énergétique alimentaire moyen « exprime l’apport énergétique alimentaire (DES) en pourcentage des besoins énergétiques alimentaires
moyens (ADER). L’approvisionnement moyen en calories de chaque pays ou région pour la consommation alimentaire est normalisé par les besoins
énergétiques alimentaires moyens estimés pour sa population afin de fournir un indice d’adéquation de l’approvisionnement alimentaire en termes de
calories » (FAO, s.d.)
80 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Tableau 8. Indicateurs de sécurité alimentaire dans les pays voisins

Adéquation moyenne Part de l’approvisionnement Variabilité de Personnes utilisant au moins


de l’approvisionnement énergétique alimentaire l’approvisionnement les services d’eau potable de
énergétique alimentaire a provenant des céréales, des alimentaire par habitant c base (%) c
racines et des tubercules b
Benin 0.40 9.2 383.9 0.91
Côte d’Ivoire 0.38 8.1 373.2 0.92
Guinée 0.37 7.0 408.2 0.90
Mali 0.32 5.2 307.4 0.90
Senegal 0.42 7.3 412.5 0.96
Togo 0.43 9.7 383.7 0.93

Source: Organisation des Organisations des Pays-Alimentaires et de l’Agriculture


Notes: Les statistiques sont pour a : 2017-19, b : 2015-17, c : 2017. La variabilité de l’approvisionnement alimentaire par habitant est l’écart-type de
l’approvisionnement alimentaire par habitant (en énergie alimentaire) au cours des 5 dernières années.

Guinée, 2015). Cela reflète une amélioration de seulement ménages non pauvres sont trois fois plus susceptibles
0,01 point de pourcentage depuis 2014 et est bien en deçà d’être en sécurité alimentaire que les ménages pauvres,
de l’objectif de 75,6 pour cent établi dans le PNDES 2016- et l’insécurité alimentaire sévère s’élève à 58,9 pour cent
2019. Ceci est préoccupant, en particulier pour les enfants parmi ces derniers. Alors que 54,2 pour cent des ménages
de moins de 5 ans présentant une forte susceptibilité à la ruraux sont caractérisés par une situation d’insécurité
maladie. De plus, étant donné que les facteurs de risque alimentaire sévère, c’est 32,7 pour cent pour les ménages
liés à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène sont à l’origine urbains, soit une différence marquée de 21,5 points de
de certaines des principales causes de décès et d’invalidité pourcentage.
dans le pays, il s’agit d’un domaine qui pèse sur la charge
de morbidité (Murray, et coll., 2020). Dans l’ensemble, la sécurité alimentaire des ménages
est meilleure dans la capitale, Conakry, et à Kankan,
De nombreux ménages connaissent l’insécurité une région à forte activité minière. La Guinée a quatre
alimentaire, avec une prévalence plus élevée parmi les zones climatiques : les plaines côtières qui ont les
ménages pauvres et ruraux. L’EHCVM contient un ensemble précipitations les plus élevées, la région montagneuse, la
de questions qui saisissent les expériences des ménages région de savane boisée et la région forestière. L’insécurité
en matière de sécurité alimentaire au cours de l’année alimentaire des ménages est la plus mauvaise dans la
précédente, et les réponses sont utilisées pour construire région de Nzérékoré située dans la région de Forestière.
une échelle d’expérience de l’insécurité alimentaire Même si la production agricole, qui est l’activité principale
(FIES). 22
Cela nous permet de classer les ménages comme de nombreux ménages, a augmenté au fil des ans, cela
étant en sécurité alimentaire ou en situation d’insécurité est principalement dû à la croissance de la superficie
alimentaire légère, modérée ou grave. Seuls 14 pour cent cultivée plutôt qu’à l’amélioration des performances du
des ménages guinéens sont en sécurité alimentaire, le secteur agricole (PAM, 2018). Ainsi, la Guinée continue de
pourcentage étant deux fois plus élevé dans les zones faire face à une insécurité alimentaire provoquée par des
urbaines que dans les zones rurales (Figure 54). Les chocs climatiques et socio-économiques, ainsi que par

22 Basé sur le module FIES (Food Insecurity Experience Scale) de l’EHCVM 2018/19, dans lequel huit questions sont posées aux personnes sondées
sur les expériences de leur ménage au cours de l’année écoulée en matière de sécurité alimentaire (FAO 2017). Ces questions vont de l’inquiétude de ne
pas avoir assez de nourriture et de limiter la fréquence ou la diversité des aliments consommés, à passer une journée complète sans manger. D’après les
réponses, les ménages sont classés comme étant en situation de sécurité alimentaire (s’ils n’ont répondu par l’affirmative à aucune question) ou en situation
d’insécurité alimentaire légère, modérée ou grave (s’ils ont répondu par l’affirmative à deux, quatre ou huit questions).
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 81

Figure 54. Répartition du statut de sécurité alimentaire par échelle d’expérience de l’insécurité alimentaire (FIES)

Guinée 14 16 23 47

Urbain 21 20 26 33

Rural 10 14 22 53

Chef - homme 14 17 23 45

Chef - femme 12 12 23 53

0 20 40 60 80 100
Part des ménages (%)
Sécurité alimentaire Légèrement en sécurité alimentaire Sécurité alimentaire modérée Sévèrement en sécurité alimentaire
Sources: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

une production agricole qui n’a pas pleinement répondu respectivement). La médiocrité des infrastructures est un
aux exigences nationales. autre facteur qui affaiblit la sécurité alimentaire. Même si
l’accès physique aux marchés s’avère satisfaisant pour la
Les régions largement dominées par l’agriculture vivrière majorité des marchés guinéens (avec un accès moyen de
ont des taux de sécurité alimentaire plus élevés. N’Zérékoré 11 mois par an), certaines régions comme Labé, Kankan,
est une exception, en ce sens que bien qu’étant en tête Mamou, Boké et Faranah ont des routes non aménagées
en matière de production de cultures de base au niveau qui sont affectées par les changements saisonniers. A
national, cette région a un faible score moyen de sécurité Nzérékoré, l’accès au marché de Yomou est un grand défi
alimentaire (Figure 55a). Cela ne reflète probablement pas en saison pluvieuse (PAM, 2018).
uniquement les indicateurs déclarés étant donné que la
région de N’Zérékoré a la proportion la plus élevée de la La richesse est un déterminant clé de la sécurité
population avec des scores de consommation alimentaire alimentaire, et les ménages à l’extrémité supérieure du
inférieurs à 35, comme indiqué dans la Figure 55b. De spectre de la richesse sont plus susceptibles d’être en
même, si l’on considère le seuil de pauvreté alimentaire, 59 sécurité alimentaire que les autres. Ceci est confirmé par
pour cent des habitants de N’Zérékoré sont classés comme une analyse logistique multivariée (Figure 56). Les chefs
pauvres, ce qui est parmi les plus élevés du pays. En effet, 23
de ménage titulaires d’un diplôme d’étude secondaire ont
la plus grande partie de la production alimentaire locale également tendance à avoir un meilleur statut en matière
n’est pas accessible aux habitants de N’Zérékoré, étant de sécurité alimentaire que ceux qui ont terminé leurs
donné que la majeure partie de la production locale est études primaires. Ceci est cohérent avec la littérature qui
expédiée à Conakry ou dans les pays voisins (PAM, 2018). constate que des années supplémentaires de scolarité
En revanche, Boké et Mamou (connu pour la production sont associées à de meilleurs résultats de vie, y compris
horticole) et Labé (connu pour l’élevage) se classent au la sécurité alimentaire (Fonseca, Michaud et Zheng, 2020).
sommet de l’échelle d’insécurité alimentaire. Il existe En revanche, les ménages dirigés par une femme et les
également une corrélation avec les niveaux de revenu, ménages dirigés par une personne handicapée physique
car Labé a la plus forte incidence de pauvreté (66 pour ou mentale ou qui travaille dans l’agriculture ont moins de
cent) tandis que Kankan et Conakry ont la plus faible chances d’être en sécurité alimentaire.
incidence de pauvreté (30,5 pour cent et 16 pour cent

23 La part des ménages pauvres en alimentation à Kindia, Labé et Faranah sont respectivement de 61, 64 et 66 pour cent.
82 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Figure 55. Insécurité alimentaire dans toutes les régions


a) Échelle moyenne de l’expérience en matière b) Part de la population ayant un score de consommation
d’insécurité alimentaire (FIES) dans toutes les régions alimentaire (FCS)<35 dans toutes les régions

Sources: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19


Note: Le FIES prend les valeurs de 0 à 8, et 0 est la sécurité alimentaire et 8 est l’insécurité alimentaire.

Figure 56. Probabilité d’être en sécurité alimentaire selon les caractéristiques du ménage et de la communauté

Rural
2e quintile de richesse
3e quintile de richesse
4e quintile de richesse
Quintile supérieur de richesse
Tête féminine
Chef -secteur primaire

Chef -enseignement primaire


Chef - enseignement secondaire
La tête a un handicap
Ratio de dépendance
Population (log)
Marché permanent
Route asphaltée

-.2 0 .2 .4
Effets marginaux moyens avec IC à 95 %

Sources: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19


Notes: La figure montre les effets marginaux logit avec des intervalles de confiance de 95 pour cent. « Chef – secteur primaire » est un indicateur de la
principale occupation du chef de ménage étant l’agriculture, l’élevage ou la pêche ; « Chef – école primaire » est l’indicateur qu’un chef de ménage a fait
des études primaires, et « Chef – école secondaire » implique qu’un chef de ménage a achevé des études secondaires ou supérieures ; « Chef – handicap
» est un indicateur que le chef de ménage a un handicap physique ou mental ; « Population », « Marché permanent » et « Route goudronnée » sont des
variables au niveau de la communauté.
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 83

3.4. L’éducation et la santé à l’ère de la entre septembre et octobre 2020 qui contenaient des

COVID-19 questions liées au capital humain.

L’apprentissage continu pendant la fermeture des


Comme beaucoup d’autres pays dans le monde, la Guinée
écoles est accessible à certains, mais principalement
a mis en œuvre un certain nombre d’actions pour freiner
par le biais de cours à domicile. Environ 50,4 pour cent
la propagation du nouveau coronavirus. Les fermetures
des ménages urbains ont déclaré que les enfants en âge
d’écoles, qui étaient en vigueur du 24 mars au 29 juin 2020,
scolaire s’engageaient dans l’apprentissage à la maison,
sont susceptibles d’avoir des répercussions négatives à
comparativement à seulement 32,9 pour cent dans les
long terme pour de nombreux élèves, en particulier pour
zones rurales (Figure 57). Ce n’est pas surprenant car,
les filles qui sont moins susceptibles de retourner à l’école
contrairement aux élèves ruraux, les élèves urbains sont
après une absence prolongée (Acosta et Evans, 2020).
plus susceptibles d’avoir un membre de leur famille ou un
Les examens nationaux ont également été reportés. Pour
tuteur qui peut les enseigner à la maison. En outre, les
soutenir l’apprentissage continu pendant la fermeture des
enfants pouvaient suivre des cours donnés à la télévision
écoles, le gouvernement a offert des cours en ligne ainsi
ou à la radio, bien que ce mode d’apprentissage soit plus
que des émissions de radio et de télévision pour les élèves
accessible aux enfants urbains. L’enseignement à distance
en classe d’examen. Bien que les impacts potentiels de la
par la télévision ou la radio est également plus fréquent
pandémie soient susceptibles de faire dérailler les progrès
chez les ménages non pauvres (42 pour cent) que chez les
réalisés dans les domaines de l’éducation, de la santé et de
ménages pauvres (35 pour cent). Bien que la proportion
la sécurité alimentaire, le gouvernement et ses partenaires
de sondés qui ont déclaré que leurs enfants ne se sont
sont les mieux à même de répondre à la crise en prenant
engagés dans aucune activité éducative soit inférieure à 10
des décisions fondées sur des données probantes. À cette
pour cent dans les zones rurales et urbaines, la prévalence
fin, la Banque mondiale et l’Institut national de statistique
relativement élevée de l’apprentissage auto-organisé
ont mis en œuvre une enquête téléphonique à haute
pour les enfants indique que les mesures prises par les
fréquence (HFPS) représentative à l’échelle nationale (voir
gouvernements pendant la fermeture des écoles n’ont pas
le chapitre 1 pour plus de détails). L’analyse ci-dessous
répondu aux besoins de la majorité.
n’utilise que les données de la deuxième vague recueillies

Figure 57. Activités éducatives pendant la fermeture des écoles

6.1
Aucune activité
7.7

6.7
Cours à domicile
1.5

Apprentissage à la télévision ou 7.7


à la radio 4.6

50.4
Devoirs
32.9

16.1
Apprentissage virtuel
10.1

0 20 40 60
Part de la population (%)
Urbain Rural
Sources: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’enquête HFPS, Septembre-Octobre 2020
84 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Plus de la moitié des ménages ont connu une grave ce qui avait été constaté en 2018/19 (mesurée au cours
insécurité alimentaire pendant la pandémie, l’effet étant de l’année précédente), il est évident que l’insécurité
plus prononcé chez les pauvres. L’enquête téléphonique à alimentaire a augmenté en Guinée pendant la pandémie
haute fréquence comprend un module permettant de saisir de COVID-19.
l’échelle d’expérience de l’insécurité alimentaire (FIES) au
cours du mois précédent. Il convient de noter que ce délai La perte d’emploi et d’autres mesures indirectes du déficit
est plus court que la période de référence d’un an utilisée de revenus limitent la capacité des ménages à acheter de
dans l’EHCVM. Cela nous permet de classer les ménages la nourriture et des médicaments pendant la pandémie.
en situation de sécurité alimentaire ou en situation En utilisant des questions d’enquête sur la capacité d’un
d’insécurité alimentaire légère, modérée ou grave (Figure ménage à acheter des aliments de base et des médicaments
58). Au niveau national, sept ménages sur dix sont classés pendant la pandémie, nous avons construit une mesure
dans la catégorie des ménages en situation d’insécurité des besoins de base. Cette mesure est ensuite utilisée dans
alimentaire grave ou modérée, mais ce nombre tombe à une analyse de régression pour identifier les corrélats de
deux ménages sur trois à Conakry, indiquant que ceux de l’incapacité à répondre aux besoins fondamentaux depuis
la capitale sont plus résilients sur cette mesure. En outre, mars 2020. Les résultats (Figure 58) suggèrent que la perte
les ménages pauvres ont un statut de sécurité alimentaire d’emploi est significativement associée à l’impossibilité
moins bon que les ménages non pauvres. Bien que le d’acheter des produits alimentaires ou des médicaments.
module FIES de l’enquête téléphonique à haute fréquence Ceux qui étaient déjà en situation d’insécurité alimentaire
ne se réfère qu’au mois précédent, nous pouvons comparer avant l’épidémie de COVID-19 ont également plus de
prudemment la répartition des catégories de sécurité difficultés à acheter de la nourriture ou des médicaments.
alimentaire à ce qui a été observé en 2018/19. Étant Les ménages dirigés par une femme étaient légèrement
donné que la part des ménages en situation d’insécurité plus susceptibles de subir les effets négatifs de la
alimentaire grave et modérée (mesurée au cours du mois pandémie.
précédent) est supérieure de 8 points de pourcentage à

Figure 58. Répartition de l’état de sécurité alimentaire pendant la pandémie de COVID-19

Guinée 4 17 26 53

Urbain 7 18 29 45

Rural 2 16 25 57

Non-pauvre 5 19 27 50

Pauvre 3 14 25 57

0 20 40 60 80 100
Part des ménages (%)

Sécurité alimentaire Légèrement en sécurité Sécurité alimentaire Sévèrement en


alimentaire modérée sécurité alimentaire

Sources: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’enquête HFPS 2020
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 85

Figure 59. Probabilité d’être incapable de répondre aux besoins de base depuis mars 2020

Rural
Tête féminine
Chef -secteur primaire
Chef -enseignement primaire
Chef - enseignement secondaire
Ratio de dépendance
Insécurité alimentaire légère en 2018/19

Insécurité alimentaire modérée en 2018/19


Insécurité alimentaire sévère en 2018/19
Emploi perdu
Maladie d’un soutien économique dans un ménage
Faillite d’une entreprise familiale non agricole

-.2 0 .2 .4
Effets marginaux moyens avec IC à 95 %

Sources: Calcul du personnel de la Banque mondiale basé sur l’enquête HFPS 2020
Notes: La figure montre les effets marginaux logit avec des intervalles de confiance de 95 pour cent. Les besoins fondamentaux sont définis comme
l’accès aux produits alimentaires et aux médicaments de base. « Chef – secteur primaire » est un indicateur de la principale occupation du chef de
ménage étant l’agriculture, l’élevage ou la pêche ; « Chef – école primaire » est l’indicateur qu’un chef de ménage a fait des études primaires, et «
Chef – école secondaire » implique qu’un chef d’établissement a achevé des études secondaires ou supérieures ; « Légèrement », « Modérément » ou «
Insécurité alimentaire grave 2018/19 » fait référence au statut du ménage tel qu’il est décrit dans l’EHCVM 2018/19 ; « La perte d’emploi, la « maladie d’un
salarié du ménage » et la « faillite d’une entreprise familiale non agricole » font référence aux déclarations de perte de revenus depuis le début de la
crise de la COVID-19.

3.5. Recommandations stratégiques à Kankan, Faranah et Labé. À court terme, les approches
possibles pour accroître l’équité dans l’éducation
Le défi du faible capital humain en Guinée demande la comprennent l’établissement de quotas d’inscription
conception ou le recalibrage d’une série de politiques pour les groupes défavorisés, les bourses et les transferts
capables d’aider le pays à atteindre ses objectifs de monétaires, ainsi que la suppression des frais d’utilisation
développement. Dans un contexte où le gouvernement dans l’enseignement primaire (UNESCO, 2020). Une autre
fonctionne avec des ressources limitées, il est également mesure à court terme pourrait être de revoir l’affectation
nécessaire de prioriser la mise en œuvre. Par conséquent, des enseignants payés par le gouvernement à l’aide d’un
les recommandations stratégiques ci-dessous sont système de gestion de l’information qui tient compte du
alternativement applicables à court, moyen et long terme. nombre d’élèves. La baisse spectaculaire des taux nets
de scolarisation entre l’école primaire et secondaire
Pour remédier à la faiblesse de l’ICH, le pays doit indique également que des mesures à moyen terme pour
concevoir des politiques qui adressent les faibles taux maintenir la scolarisation à tous les niveaux scolaires sont
de scolarisation et de qualité d’apprentissage. Ces nécessaires, en particulier dans les régions où les niveaux
interventions politiques devront accorder une attention d’inscription sont atténués par la participation des enfants
particulière aux disparités régionales dans les composantes à l’exploitation minière artisanale. À long terme, les
de l’ICH, telles que les faibles taux de scolarisation observés investissements dans la formation des enseignants à l’aide
86 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

d’outils numériques capables de fournir des ressources et type de campagne est immédiatement réalisable. À long
des conseils en temps opportun sont également essentiels terme, le gouvernement pourrait examiner la faisabilité
à la refonte de la qualité du système éducatif. d’introduire une politique d’action positive à l’égard des
filles par la suppression partielle ou totale des frais de
Il faut également remédier aux faibles taux de scolarité comme moyen de combler l’écart entre les sexes.
scolarisation dans l’éducation de la petite enfance et
au manque d’écoles maternelles publiques. Accorder de La corrélation négative entre l’emploi des chefs de
l’attention aux premières années de développement de la ménage dans le secteur minier et la scolarisation
petite enfance est essentiel pour renforcer la qualité du mérite également d’être pris en compte. Les contraintes
système éducatif à long terme. En effet, la scolarisation économiques et la forte actualisation des rendements
des enfants âgés de 3 à 6 ans constitue une base futurs semblent stimuler l’engagement des enfants dans
essentielle pour le développement cognitif et social. La les activités minières. Des campagnes de sensibilisation
fréquentation préscolaire est associée à de plus grandes immédiates sur l’importance de l’éducation ciblant les
chances d’inscription future à l’école primaire, ainsi qu’à membres adultes des ménages dans les zones minières
de meilleures capacités de résolution de problèmes, de pourraient contribuer à améliorer les taux de scolarisation.
résultats socio-émotionnels et de revenus (Martinez, En outre, à moyen terme, des mesures incitatives visant à
Naudeau et Pereira, 2012 ; Yoshikawa et Kabay, 2015). Plus améliorer la volonté des enseignants de s’installer dans
important encore, le développement de la petite enfance les communautés minières pourraient augmenter les taux
est un domaine où les interventions politiques peuvent de scolarisation dans ces régions.
être très rentables, avec des rendements économiques
qui dépassent les coûts d’investissement d’un facteur de Pour résoudre le défi des ressources humaines dans le
10 ou plus (Barnett et Masse, 2007). À moyen terme, des secteur de la santé, il est essentiel de comprendre la
investissements dans la construction d’écoles maternelles dynamique du marché du travail. À la suite de la crise
publiques et la formation d’éducateurs qualifiés pourraient d’Ébola de 2014-2015, l’élan en vue de réformer le personnel
contribuer à stimuler les inscriptions à ce niveau. de santé en Guinée s’est traduit par une augmentation
de l’offre de médecins et d’infirmières. D’une part, bon
L’écart entre les sexes en matière d’accès à l’éducation nombre de ces nouveaux professionnels de la santé n’ont
peut être réduit en abaissant les frais de scolarité, en pas été en mesure de trouver un emploi ; d’autre part, de
modifiant les normes sociales et en réduisant les taux nombreux agents de santé affectés dans les zones rurales
de mariage précoce. Les initiatives d’éducation inclusive ne se sont pas présentés à leurs affectations (Jansen,
en matière de genre pourraient réduire les cas de mariage Codjia, Cometto, Yansané et Dieleman, 2014). Ainsi, outre
précoce, évitant ainsi certains des impacts négatifs associés les mesures à long terme visant à remédier à la pénurie
à cette pratique. À court terme, le gouvernement pourrait d’agents de santé, il convient d’accorder à moyen terme une
adopter des politiques et des mesures législatives qui attention particulière à la mise au point de mécanismes et
protègent les filles du mariage précoce et donnent à leur d’incitations pour une plus grande rétention du personnel
éducation le même poids que les garçons (Coleman, 2017). de santé, en particulier dans les zones rurales. Certaines
Les campagnes de changement de comportement centrées de ces mesures peuvent nécessiter une augmentation de
sur les mérites de l’éducation pourraient changer les l’allocation budgétaire du secteur de la santé ; le budget
attitudes sociales et culturelles et promouvoir le soutien de actuel étant insuffisant, comme le souligne le PNDES
la famille à la fréquentation scolaire, en particulier pour les (Gouvernement de Guinée, 2015). Ceci est crucial, étant
filles. De telles campagnes peuvent également contribuer donnée l’exposition du pays aux épidémies, comme l’a
à réduire le nombre d’heures que les filles consacrent au montré la récente épidémie de virus Ébola.
travail domestique par rapport à leurs pairs masculins. Ce
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 87

À court terme, de simples mécanismes de suivi petits agriculteurs afin de renforcer leur résilience aux
pourraient réduire les frais supplémentaires encourus chocs (PAM, 2018). Dans la recherche d’un accès plus
dans les établissements de santé et d’éducation. Le large aux intrants agricoles productifs à long terme, une
chapitre a montré que, dans les secteurs de la santé et attention particulière devrait être accordée aux ménages
de l’éducation, de nombreux Guinéens qui interagissent ruraux et pauvres plus susceptibles d’être en situation
avec des prestataires de services publics, par opposition d’insécurité alimentaire.
aux prestataires privés, se plaignent de frais élevés. Bien
que les frais nominaux dans les établissements publics Malgré la pression sociale et économique accrue
puissent être inférieurs à ceux des établissements provoquée par la pandémie de COVID-19, cette crise offre
privés, les consommateurs peuvent faire face à des coûts une opportunité pour renforcer les systèmes de santé.
supplémentaires dissimulés imposés à la discrétion des Pour faire face aux coûts élevés des services de santé
fournisseurs de services. En effet, les secteurs de l’éducation privés et publics qui continuent de limiter l’accès aux soins
et de la santé, entre autres, ont été pointés du doigt en de santé, le gouvernement pourrait envisager de mettre
ce concerne la corruption (Gouvernement de la Guinée, en œuvre la couverture sanitaire universelle, en particulier
2015). Avec un coût relativement faible, le gouvernement pour les plus vulnérables (c’est-à-dire les résidents les
peut établir des canaux de dénonciation des pratiques plus pauvres et ruraux). Cette recommandation à long
irrégulières dans les établissements de santé publique et terme exige d’abord à moyen terme une évaluation des
d’éducation (par exemple, une ligne téléphonique dédiée types d’avantages à inclure dans un tel régime, ainsi
à la dénonciation). qu’une compréhension claire de l’opérationnalisation pour
un ciblage efficace.
La forte prévalence de l’insécurité alimentaire dans
de nombreux ménages, en particulier ceux qui sont Compte tenu des faibles taux d’enseignement à distance
pauvres ou qui résident en zones rurales, doit également pendant les fermetures d’écoles consécutives à la
être abordée. Avec un approvisionnement énergétique pandémie de COVID-19, il existe un besoin de programmes
alimentaire moyen de 122, la Guinée a suffisamment de qui faciliteront la réinscription et soutiendront les élèves
calories grâce à sa propre production et à ses importations dans leur parcours éducatif. L’expérience récente des
pour répondre aux besoins énergétiques de sa population. maladies infectieuses présentant un caractère d’urgence
Cela indique que la chaîne d’approvisionnement agricole comme la crise d’Ébola en Guinée, en Sierra Leone et au
est probablement confrontée à des inefficacités telles que Libéria montre que les fermetures d’écoles peuvent avoir
des infrastructures physiques médiocres qui entravent un impact négatif sur l’apprentissage et les compétences
la distribution adéquate de nourriture à travers le pays. non cognitives, ainsi que sur les revenus à long terme des
Les investissements planifiés à long terme dans des élèves. De plus, le risque d’abandon de la scolarité est
infrastructures physiques reliant les zones de production plus élevé chez les filles (Hallgarten, 2020). Ainsi, dans
agricole aux grands centres de consommation comme l’immédiat, il sera essentiel de concevoir des programmes
Conakry seraient les bienvenus. Par exemple, la région qui soutiennent non seulement la réinscription de tous
de Kankan, la moins pauvre après Conakry, présente une les étudiants, mais prennent également en considération
insécurité alimentaire et pourrait bénéficier de chaînes leurs différents besoins. Des programmes axés sur le
d’approvisionnement améliorées en aliments frais la genre prenant en compte les demandes concurrentes sur
reliant à une région productrice d’aliments stables comme le temps des filles peuvent être nécessaires (Bandiera,
N’Zérékoré. Deuxièmement, à court terme, il est impératif Buehren, Goldste, Rasul et Smurra, 2019).
de fournir des services techniques et une formation aux
88 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Tableau 9. Résumé des recommandations stratégiques

Mesures politiques Horizon temporel

Éducation
Pour accroître l’équité dans l’éducation et augmenter les taux de scolarisation, le gouvernement pourrait Court terme
utiliser des quotas d’inscription pour les groupes défavorisés, des bourses et des transferts en espèces, et
peut supprimer les frais d’utilisation dans l’enseignement primaire.
Pour augmenter les taux de scolarisation dans les communautés minières, il est nécessaire d’investir dans des Moyen terme
campagnes de sensibilisation et d’inciter les enseignants à s’installer dans ces communautés.
Pour améliorer la qualité de l’apprentissage, des investissements dans la formation des enseignants sont
Long terme
justifiés.
Pour augmenter les taux de scolarisation dans les écoles maternelles, le gouvernement pourrait investir dans
Moyen terme
la construction d’écoles maternelles publiques et la formation d’éducateurs qualifiés.
Pour réduire l’écart entre les sexes dans l’accès à l’éducation, des mesures telles que la réduction des frais de
scolarité, l’évolution des normes sociales par le biais de campagnes de changement de comportement et la Long terme
réduction des taux de mariage précoce par des mesures législatives pourraient être des pistes prometteuses.
Santé et sécurité alimentaire
Pour remédier à la pénurie de professionnels de santé qualifiés, il est nécessaire d’investir dans des
programmes de formation et d’élaborer des mécanismes pour améliorer le maintien en poste de ceux qui sont Long terme
déjà dans le système public. Cela peut nécessiter une augmentation du budget du secteur de la santé.
Pour améliorer la sécurité alimentaire des pauvres et des habitants des zones rurales, il est nécessaire de
Court terme
rationaliser le déploiement des services techniques et de formation des petits agriculteurs.
Les investissements dans les infrastructures physiques reliant les zones de production agricole aux grands
Long terme
centres de consommation comme Conakry seraient les bienvenus.
Pour élargir l’accès aux intrants agricoles productifs, il est nécessaire de revoir les programmes existants et
de développer des solutions ciblées pour les ménages ruraux et pauvres qui sont plus susceptibles d’être en Moyen terme
situation d’insécurité alimentaire.
Contraintes liées à la COVID-19
Pour faire face aux coûts élevés des services de santé privés et publics, il est nécessaire d’envisager un régime
Long terme
de couverture sanitaire universelle de base.
Pour soutenir la réinscription à l’école après la pandémie, il est nécessaire de tenir compte des besoins
différenciés des élèves et d’explorer des moyens pour faciliter leur retour à l’école. Par exemple, certains Court terme
élèves peuvent avoir besoin de séances de tutorat au-delà des heures normales de classe.
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 89

CHAPTER 4
90 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Revenus en Guinée Rurale

La Guinée est un pays à prédominance rurale, avec près des deux tiers de la population
résidant en zones rurales. Les principales sources de revenus des ménages en Guinée
rurale comprennent la production agricole et animale, le travail indépendant dans
l’économie rurale non agricole et les envois de fonds reçus d’anciens membres du
ménage ou d’autres membres de la famille. Pour cette raison, il est plus probable
que la croissance des revenus dans les zones rurales de Guinée émerge grâce à
des améliorations agricoles, à la croissance de l’économie rurale non agricole ou à
l’émigration. Ce chapitre met en évidence le potentiel de croissance de la productivité
agricole (à travers l’utilisation accrue de la technologie), la commercialisation agricole
(à travers l’amélioration des niveaux de production, de l’infrastructure et de l’accès aux
marchés d’exportation), les entreprises non agricoles (via les effets multiplicateurs de
la croissance agricole et à l’amélioration des infrastructures) et les envois de fonds
(en facilitant la migration, en particulier vers les petites villes). Ce chapitre examine
également les contraintes susceptibles d’entraver la croissance du revenu rural, y
compris les faibles niveaux de productivité agricole qui empêchent la commercialisation
de la production excédentaire ; le mauvais état des infrastructures en Guinée rurale ;
la demande limitée d’entreprises non agricoles (elle-même conséquence de la faible
productivité agricole) ; de faibles niveaux d’inclusion financière ; et le niveau élevé
du chômage urbain qui limite la possibilité pour les migrants urbains de soutenir
leur famille. S’appuyant sur cette analyse, le chapitre conclut avec un ensemble de
recommandations politiques visant à faciliter la croissance des revenus ruraux en
Guinée.

Ce chapitre s’appuie sur l’EHCVM, un ensemble de données d’enquête sur les


ménages représentatif à l’échelle nationale recueillies en 2018-2019. L’analyse est
parfois menée dans les 11 zones de subsistance de la Guinée, qui délimitent les moyens
de subsistance dominants dans la géographie de la Guinée (FEWS NET, 2013) (Figure
60). Ces zones vont des régions de pêche et de production rizicole le long de la côte
aux régions spécialisées dans l’extraction de l’or à l’est aux zones forestières au sud.
Une attention particulière est également accordée aux différences entre les ménages
pauvres et non pauvres, entre hommes et femmes et entre les ménages selon qu’ils
soient dirigés par un homme ou une femme. Pour évaluer les performances de la
Guinée par rapport aux autres pays de la région, des comparaisons sont faites avec
quatre pays de référence, notamment le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Togo.
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 91

Figure 60. Zones de subsistance en Guinée

Sources: FEWS NET, 2013 (reproduit par les auteurs)

4.1. Revenus ruraux production de fonio, d’arachide et de riz), ainsi que dans
la zone de savane boisée (LZ09, où les ménages ruraux
4.1.1. Aperçu de la pauvreté, des revenus ruraux et des dépendent de la production de riz, manioc et arachides,
activités génératrices de revenus ces dernières étant vendues comme culture commerciale).
Des taux de pauvreté plus faibles sont observés dans l’est,
Zones de subsistance rurales et pauvreté en particulier dans la zone nord-est (LZ08) avec un fort
accent économique sur l’exploitation minière artisanale
La pauvreté24 est principalement un problème rural et un taux de pauvreté rurale de seulement 25 pour cent.
en Guinée, avec une majorité (55 pour cent) de la L’analyse qui suit explorera comment ces taux sont liés
population de la Guinée rurale vivant en dessous du seuil aux activités dominantes génératrices de revenu dans
de pauvreté national.25 Étant donné que près de quatre chaque zone. Pour concevoir des programmes efficaces de
Guinéens pauvres sur cinq vivent en zones rurales, toute réduction de la pauvreté, il convient également de noter
baisse de la pauvreté sera inextricablement liée au rythme où les pauvres sont concentrés. Dans toutes les zones de
du développement rural. Le taux de pauvreté rurale varie subsistance, le plus grand nombre de ruraux pauvres se
d’une zone de subsistance à l’autre en Guinée (Figure 61), trouve dans les zones du plateau central et du Piémont
avec des taux relativement plus élevés observés dans (LZ03 et LZ02). Selon l’EHCVM 2018/19, ces deux zones de
les zones montagneuses du nord (LZ04 et LZ05, où les subsistance représentaient à elles seules 29 pour cent de
ménages ruraux dépendent de l’élevage et de la la population rurale totale (Tableau 10).

24 Le statut de pauvreté est déterminé ici en fonction de la valeur de la consommation plutôt que de la valeur du revenu du ménage. Il est courant
dans les enquêtes auprès des ménages que les estimations de la consommation dépassent les estimations du revenu, bien que les deux mesures soient
positivement corrélées dans l’EHCVM (coefficient de corrélation = 0,4656, P = 0,000).
25 Le seuil national de pauvreté en Guinée en 2018/19 était de 13 716 francs guinéens (GNF) par habitant et par jour (soit environ 1,5 USD ou 864
FCFA).
92 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Figure 61. Pauvreté rurale et revenu non agricole dans les zones de subsistance

(a) Taux de pauvreté rurale (individus) (b) Part moyenne du revenu non agricole rural (ménages)

Sources: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

Tableau 10. Résumé démographique des zones de subsistance

Part de la Taille moyenne des Chef de Ménages agricoles


population (%) ménages ménage (%)
femme (%)
LZ01 - Côtier : Riz, Pêche, Huile de palme 5.5 5.9 11.6 53.7
LZ02 - Piémont : Riz, Arachide, Horticulture 13.9 6.0 15.9 73.1
LZ03 - Plateau central : Horticulture, Fonio, Élevage 15.8 5.9 24.3 79.7
LZ04 - Montagne : Bétail, Fonio, Arachide 7.8 6.3 33.1 93.3
LZ05 - Montagne : Riz, Bétail, Fonio 2.9 5.6 27.2 88.7
LZ06 - Plateau Nord : Riz, Arachide, Bétail 3.6 5.2 30.2 92.0
LZ07 - Savane avec arbustes : Riz, Extraction d’or, Bétail 13.7 6.9 5.4 79.4
LZ08 - Nord : Maïs, Extraction d’or, Élevage 8.0 6.2 2.0 70.1
LZ09 - Savane boisée : Riz, Manioc, Arachide 3.9 6.8 6.5 87.7
LZ10 - Zone pré-forestière : Riz, Manioc, Bétail 10.6 7.4 3.9 81.5
LZ11 - Forêt : Riz, Huile de palme, Café 14.4 5.9 16.0 82.8

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19


É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 93

Sources du revenu rural contre 22 pour cent) et dans un travail salarié non agricole
(à 11 pour cent contre 0,5 pour cent), en comparaison aux
Les activités génératrices de revenus les plus courantes ménages agricoles. Dans le même temps, les ménages
entreprises par les ménages en Guinée rurale sont la non agricoles ont encore tendance à s’engager dans une
production végétale et animale, le travail indépendant certaine production agricole et animale, suggérant qu’ils
dans les entreprises non agricoles et la réception des ont « un pied dedans et un pied en dehors » de la ferme.
transferts de fonds. Cependant, certaines différences clés
sont évidentes entre les sous-populations (Figure 62). Il Composition du revenu rural
est plus fréquent que les ménages pauvres s’engagent
dans la production agricole (à 84 pour cent contre 69 pour Une part considérable des revenus des ménages en

cent), mais plus fréquent pour les ménages non pauvres Guinée rurale provient de l’économie rurale non agricole

de s’engager dans un travail indépendant non agricole qui tend à présenter des taux de pauvreté inférieurs à ceux

(à 57 pour cent contre 39 pour cent) et de recevoir des de l’économie rurale agricole. En moyenne, seulement

transferts de fonds (à 72 pour cent contre 63 pour cent). 43 pour cent du revenu des ménages ruraux provient de

Les ménages pauvres et non pauvres sont également la production végétale ou animale, tandis que 33 pour

susceptibles de s’engager dans la production animale cent proviennent d’un travail indépendant non agricole

(environ 58 pour cent), alors qu’il est assez inhabituel pour (Figure 63).26,27 Les ménages pauvres tirent en moyenne

un ménage quelconque de s’engager dans des travaux une plus petite part (seulement un quart) de leur revenu

agricoles ou non agricoles. Plus des trois quarts (79 pour d’un travail indépendant non agricole. Cela indique que la

cent) des ménages en Guinée rurale sont dirigés par des réduction de la pauvreté dans les zones rurales en Guinée

hommes, et les différences dans les activités de revenu doit passer par l’amélioration des performances agricoles

sont également évidentes entre les ménages dirigés par pour ceux qui sont en dessous du seuil de pauvreté et qui

des hommes et des femmes, ceux dirigés par des hommes dépendent fortement de leurs exploitations agricoles. Il

ayant beaucoup plus de chances de s’engager dans un convient de noter que pour la moitié des ménages ruraux

travail indépendant non agricole (à 54 pour cent contre 29 qui maintiennent une activité non agricole, le revenu

pour cent), tandis que ceux dirigés par des femmes sont hors agriculture représente en moyenne 92 pour cent

plus susceptibles de recevoir des transferts (à 82 pour cent de leur revenu. De plus, les ménages non agricoles sont

contre 64 pour cent). Des différences dans les activités beaucoup moins susceptibles d’être pauvres que ceux

génératrices de revenus sont également perceptibles qui les ménages agricoles (38 pour cent contre 58 pour

entre les ménages qui se focalisent sur une activité liée cent). Ainsi, la structure de la part des revenus moyens

à l’exploitation agricole (tirant au moins un tiers de leur non agricoles dans les zones de subsistance, telle que

revenu de l’agriculture) et les ménages non agricoles, présentée à la Figure 61, est inversement corrélée à la

environ la moitié de la population rurale appartenant à structure géographique de la pauvreté rurale, l’économie

chaque catégorie. Plus précisément, il est beaucoup plus non agricole jouant le rôle le plus marginal dans certaines

courant pour les ménages non agricoles de s’engager dans des zones de subsistance les plus pauvres (LZ04 et LZ05).

un travail indépendant non agricole (à 76 pour cent

26 La valeur de la production végétale et animale comprend tout ce qui est produit, y compris ce qui est consommé, stocké, vendu ou donné. Les
valeurs des produits qui ne sont pas vendus sont imputées à l’aide du prix de vente médian local à la plus petite unité géographique pour laquelle il y a au
moins 5 observations.
27 La pêche est incluse dans « autre », car seulement 2 pour cent des ménages ruraux déclarent des activités de pêche. Toutefois, la pêche peut être
économiquement importante dans certaines zones, telles que la zone côtière (LZ01).
94 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Revenu rural et genre non agricole que les hommes (21 pour cent contre 26
pour cent) et ne sont presque jamais embauchées comme
Les activités génératrices de revenus diffèrent selon le travailleuses salariées (1 pour cent contre 8 pour cent). Cela
sexe et les groupes d’âge dans les zones rurales en Guinée. concorde avec d’autres observations selon lesquelles les
Dans l’ensemble, les hommes sont plus susceptibles femmes en Guinée sont moins susceptibles de rejoindre
que les femmes d’avoir effectué des travaux agricoles la population active formelle et ont moins d’opportunités
au cours de la dernière semaine, tandis que les femmes économiques que les hommes (Banque mondiale, 2019c).
sont plus susceptibles de s’être livrées à l’entretien du
ménage, notamment les tâches ménagères, la garde des Le contrôle sur le revenu a également tendance à différer
enfants et la collecte d’eau et de bois de chauffe (Figure entre les hommes et les femmes dans les zones rurales
64). Ceci est cohérent avec le constat que les femmes ont en Guinée. Comme l’illustre la Figure 65, les hommes
tendance à faire face à des contraintes de mobilité qui les sont plus susceptibles que les femmes à contrôler le
maintiennent près de chez elles (Beegle & Christiaensen, revenu des cultures, le revenu du bétail et le revenu des
2019). Cependant, tant pour les hommes que pour les entreprises (travail indépendant non agricole), et sont plus
femmes, les activités diffèrent également chez les 18-35 ans susceptibles d’avoir un revenu salarial ou d’autres revenus
et plus de 35 ans. Ainsi, 74 pour cent des hommes plus âgés, (comme le revenu sur le loyer). Les hommes sont en
mais seulement 48 pour cent des hommes plus jeunes, général, beaucoup plus que les femmes, les bénéficiaires
ont effectué des travaux agricoles au cours de la semaine individuels des transferts, bien que les ménages dirigés
précédente. Dans le même temps, les jeunes hommes et par une femme soient plus susceptibles que ceux dirigés
les jeunes femmes sont plus susceptibles que leurs pairs par un homme à recevoir des transferts. Ces différences
plus âgés à s’engager dans un travail indépendant non reflètent des normes de genre profondément ancrées dans
agricole, indiquant que ce travail en dehors de la ferme est la Guinée rurale qui ont des implications pour les options
une activité plus « jeune ». En général, les femmes sont un économiques disponibles pour les hommes et les femmes
peu moins susceptibles d’avoir eu un travail indépendant (Banque mondiale, 2019c).

Figure 62. Activités génératrices de revenus des ménages ruraux

La production agricole Non-pauvre Pauvre


Par statut de pauvreté

La production animale
Travail indépendant non agricole
Travail salarié non agricole
Travail salarié agricole
Recevoir des virements
Autre
La production agricole Hors ferme À la ferme
La production animale
Par foyer agricole

Travail indépendant non agricole


Travail salarié non agricole
Travail salarié agricole
Recevoir des virements
Autre
0 20 40 60 80 100
Part des ménages (%)
Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 95

Figure 63. Part du revenu des ménages en zones rurales de Guinée


Source de revenus

Rural (tous) La production agricole


La production animale
Non-pauvre
Travail indépendant non agricole
Pauvre Travail salarié non agricole
Travail salarié agricole
Accent mis sur la ferme
Transferts
Orientation hors ferme
Autre
0 20 40 60 80 100
Part du revenu du ménage (moyenne %)
Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

Figure 64. Activités de la semaine dernière chez les jeunes ruraux (18 à 35 ans) et les non-jeunes (35 ans et plus)

Travaux agricoles Jeunesse Non-jeunes

Travail indépendant
Homme

Travail salarié
Entretien ménager

Travaux agricoles

Travail indépendant
Femme

Travail salarié

Entretien ménager
0 20 40 60 80 100
Part des individus (%)

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19


Note: La proportion de femmes qui ont un emploi rémunéré est la même (1 %) chez les jeunes et les non-jeunes.

Figure 65. Contrôle sur le revenu chez les adultes ruraux (18 ans et plus)

Contrôle le revenu des cultures Femme Homme

Contrôle les revenus de l’élevage

Contrôle les revenus de l’entreprise

A un revenu salarial

A un revenu non lié à l’emploi

Reçoit des virements

0 10 20 30 40 50
Part des individus (%)

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19


96 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

4.1.2. Caractéristiques des fermes agricoles rurales que des cultures et moins probable que les ménages
pauvres ne possèdent que du bétail. Néanmoins, les
La plupart des ménages en Guinée rurale sont engagés ménages agricoles pauvres et non pauvres possèdent en
dans l’agriculture. Plus précisément, 89 pour cent de tous moyenne deux unités d’élevage tropicales, et en ce qui
les ménages – et 93 pour cent des ménages pauvres – concerne les fermes agricoles, les deux sous-populations
sont classés comme agricoles, en ce sens qu’ils cultivent cultivent en moyenne trois hectares de terres. Comme
ou possèdent du bétail (Tableau 11). Parmi les ménages on le démontrera, le statut de pauvreté en Guinée rurale
agricoles, 20 pour cent ne produisent que des cultures, semble être plus étroitement corrélé à l’accès au revenu
14 pour cent ne possèdent que du bétail et 66 pour cent non agricole qu’aux caractéristiques de l’exploitation
produisent des cultures et possèdent du bétail. Il est un agricole.
peu plus probable que les ménages pauvres ne produisent

Tableau 11. Caractéristiques des ménages ruraux

Part de tous les ménages (%)

Tous les ménages Ménages pauvres Ménages non-pauvres

Ménage agricole (%) 89 93 86


Parmi les ménages agricoles
Cultures seulement (%) 20 23 17
Bétail seulement (%) 14 8 20
Cultures et bétail (%) 66 69 63

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

Figure 66. Productivité foncière dans les zones de subsistance (millions de GNF par hectare cultivé)

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19


É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 97

La productivité des terres est la plus faible dans les zones est associée à des revenus plus élevés. En moyenne, les
de plateau et de montagne. La Figure 66 présente la valeur ménages agricoles pauvres et non pauvres atteignent
moyenne de la production végétale par hectare cultivé des niveaux similaires de productivité des terres (Tableau
dans les 11 zones de subsistance de la Guinée.28 Les zones 12). Cependant, les deux groupes ont tendance à différer
les plus productives semblent être la zone pré-forestière dans leur utilisation de la technologie et dans l’allocation
(LZ10), connue pour le riz et le manioc, et la zone côtière de la main-d’œuvre. Seulement 19 pour cent des fermes
(LZ01), connue pour le riz et l’huile de palme (FEWS NET, agricoles préparent des terres en utilisant une traction non
2017). Les zones les moins productives sont les plateaux manuelle, telle qu’une charrue ou un tracteur ; 5 pour cent
centraux et septentrionaux et les zones montagneuses utilisent des variétés de semences améliorées ; et 9 pour
(LZ03–06). Cela peut indiquer que l’agriculture dans ces cent appliquent tout engrais inorganique. Il est plus courant
zones, qui sont également parmi les plus pauvres (Figure (à 39 pour cent) pour les fermes d’appliquer des produits
61), n’a pas le potentiel pour stimuler la croissance des agrochimiques, les herbicides étant plus largement utilisés
revenus. Cependant, ces zones ont également tendance que les pesticides ou les fongicides29 À l’exception de
à avoir une économie non agricole plutôt limitée, ce qui l’irrigation, qui n’est utilisée par presqu’aucun agriculteur,
pourrait également entraver la croissance des revenus les exploitations des non pauvres sont plus susceptibles
tirée par l’activité non agricole. Des différences dans d’utiliser toutes les technologies. Les ménages non-
la productivité des terres sont observées entre les pauvres sont également plus susceptibles d’embaucher
ménages dirigés par des hommes et des femmes, selon de la main-d’œuvre (à 65 pour cent contre 55 pour cent)
une tendance cohérente avec celle observée ailleurs et d’embaucher en moyenne une plus grande proportion
en Afrique subsaharienne (Mukasa et Salami, 2015). En de la main-d’œuvre dédiée à l’agriculture. Les ménages
moyenne, les ménages dirigés par des hommes réalisent pauvres semblent utiliser la main-d’œuvre de manière
une productivité de 2,7 millions de francs guinéens (GNF) plus intensive. En conséquence, la productivité du travail
par hectare, contre 2,4 millions de GNF par hectare pour les dans les exploitations agricoles des pauvres est inférieure
ménages dirigés par une femme. à celle des exploitations des non pauvres. En outre, il va
de soi que si les agriculteurs non pauvres utilisent des
Les ménages agricoles pauvres et non pauvres produisent
technologies peu exigeantes en main-d’œuvre (telles
des cultures similaires, bien que les ménages non pauvres
que les tracteurs ou les herbicides) et libérer de la main-
utilisent plus de technologie tandis que les ménages
d’œuvre du travail agricole, ils alloueraient plus de main-
pauvres appliquent plus de main-d’œuvre. Presque toutes
d’œuvre aux activités non agricoles.
les fermes agricoles produisent des céréales, telles que le
riz, le maïs, le fonio, le mil ou le sorgho, tandis qu’environ Les taux d’utilisation des engrais sont particulièrement
31 pour cent produisent des légumes secs ou frais. Il est bas en Guinée. Plus précisément, 18 kg d’engrais sont
relativement rare que les exploitations agricoles produisent appliqués par hectare cultivé, tandis que 109 kg sont
des fruits, des légumes ou des cultures commerciales, appliqués par hectare fertilisé. Les ménages agricoles
comme le coton ou le caoutchouc. Cependant, les pauvres qui appliquent des engrais le font à une intensité
ménages non pauvres sont un peu plus susceptibles que plus faible (à 97 kg par hectare fertilisé) que les ménages
les ménages pauvres (à 7 pour cent contre 3 pour cent) de agricoles non pauvres (à 115 kg par hectare fertilisé).
produire des cultures de rente, suggérant que cette activité Comme nous le verrons dans la section 4-3, la Guinée

28 Les valeurs moyennes de la productivité des terres ont été calculées après exclusion des exploitations de moins de 0,1 hectare, car on suppose
qu’elles fonctionnent principalement comme des jardins. Des pondérations ajustées en fonction de la superficie ont été utilisées pour refléter la valeur
moyenne par hectare.
29 Les herbicides représentent la plupart des utilisations agrochimiques en Guinée, ce qui peut expliquer pourquoi d’autres estimations de
l’utilisation de produits chimiques qui se concentrent uniquement sur les pesticides (Banque mondiale 2018) enregistrent un taux d’utilisation inférieur à
celui observé dans l’EHCVM 2018/19.
98 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

est à la traîne par rapport à trois des pays de référence 12 mois précédents, et moins d’un quart ont déparasité
(Bénin, Sénégal et Côte d’Ivoire) en ce qui concerne les ou administré un traitement médical au bétail. Il n’est pas
taux d’utilisation d’engrais, ainsi qu’en ce qui concerne les surprenant que les ménages d’élevage non-pauvres soient
rendements céréaliers, suggérant qu’une faible utilisation un peu plus susceptibles d’avoir vacciné, déparasité ou
d’engrais contribue à de mauvais rendements agricoles en traité leur bétail.
Guinée (FAO, s.d.).
Les niveaux de commercialisation agricole sont faibles
Les fermes d’élevage dans les zones rurales en Guinée tant pour les fermes agricoles que l’élevage. Cinquante-
ont tendance à être petites, avec de faibles niveaux de huit pour cent des agriculteurs vendent en moyenne 25
vaccination ou de soins vétérinaires. Le nombre moyen pour cent de la valeur totale de la production agricole
d’unités de bétail tropical détenues par les fermes d’élevage commercialisée (Tableau 14). Les cultures les plus
est de 2,4 (coefficients des unités de bétail tropical dérivés susceptibles d’être commercialisées comprennent le coton
de la FAO (2011)). L’élevage moyen possède 5 grands (avec 100 pour cent de la production vendue), le café,
ruminants, tels que des vaches, 4 petits ruminants, tels l’huile de palme et la noix de cajou. Cependant, les cultures
que des moutons ou des chèvres, et 7 volailles (Tableau les plus courantes en Guinée sont moins susceptibles
13). La moitié des exploitations d’élevage produisent de la d’être commercialisées. Plus précisément, 23 pour cent
viande destinée à la consommation ou à la vente ; environ de la valeur du riz paddy produit par les ménages est
la moitié vendent des animaux vivants ; 18 pour cent commercialisée, tandis que cette valeur est de 32 pour cent
produisent des œufs ; et 16 pour cent produisent du lait. pour l’arachide, 28 pour cent pour le manioc, 21 pour cent
Moins de la moitié des fermes d’élevage dans les zones pour le fonio et 17 pour cent pour le maïs. Un peu moins
rurales en Guinée ont fait vacciner du bétail au cours des de la moitié des éleveurs vendent des produits d’élevage

Tableau 12. Caractéristiques des exploitations agricoles

Moyenne ou part des fermes (%)

Tous les ménages Ménages pauvres Ménages non-pauvres

Taille de la ferme (ha) 3 3 3


Nombres de cultures cultivées 2 2 2
Productivité de la terre (100,000s GNF/ha) 115 114 116
Emploi de la main d’œuvre (% des fermes) 60 55 65
Part de la main d’œuvre qui est employée (moyenne %) 16 13 19
Intensité du travail (nombre de jours de travail/ha) 840 895 778
Productivité du travail (GNF/jour de travail) 29,077 25,287 33,395
Technologie (% des fermes)
Utilisation de la traction non-manuelle 19 16 21
Utilisation de la semence améliorée 5 3 7
Utilisation d’engrais inorganiques 9 7 12
Utilisation de l’irrigation 0 0 0
Utiliser de produits agrochimiques 39 35 44

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19


É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 99

Tableau 13. Caractéristiques de 0 l’élevage

Part des fermes (%) ou valeurs moyennes

Tous les ménages Ménages pauvres Ménages non-pauvres

Nombre de grands ruminants 5 4 5


Nombre de petits ruminants/porcs 4 4 4
Nombre de volailles 7 7 7
Produit de la viande pour consommation ou vente (%) 50 52 49
Vente d’animaux vivants (%) 47 51 44
Produit des œufs (%) 18 19 18
Produit du lait (%) 16 14 18
Bétail…
Vacciné (%) 46 45 46
Vermifugé (%) 24 23 26
Reçoit un traitement (%) 18 15 20

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

(y compris des animaux vivants), et en moyenne 50 pour dépendent principalement d’entreprises non agricoles
cent de la valeur de la production animale est vendue pour leur revenu. Parmi les ménages agricoles, 65 pour cent
(cela inclut la valeur des œufs et du lait produits, la valeur commercialisent leurs productions agricoles, représentant
des ventes de bétail et de viande et la valeur de la viande en moyenne 32 pour cent de la valeur de la production
abattue pour la consommation domestique). Il semble totale vendue. L’élevage des ménages pauvres est un peu
donc que les fermes d’élevage soient plus orientées plus susceptible d’être commercialisé contrairement aux
vers le commerce que les fermes agricoles, et il se peut ménages non-pauvres, bien que l’inverse soit vraie pour
que certains ménages classés comme fermes agricoles les agriculteurs.
cultivent un jardin pour la production à domicile alors qu’ils

Tableau 14. Commercialisation des produits agricoles

Tous les ménages Ménages pauvres Ménages non-pauvres

Récoltants Vente des récoltes (% des fermes) 58 58 59


Part de la valeur des récoltes vendue (% moyen) 25 24 27
Éleveurs Vente du bétail (% des fermes) 49 52 46
Part du bétail vendu (% moyen) 50 51 48
Tous les Vente de produits agricoles (% des fermes) 65 68 63
ménages
agricoles Part de la production agricole vendue (% moyen) 32 31 33

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19


100 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

4.1.3. Caractéristiques des entreprises rurales non Les entreprises rurales non agricoles ont tendance à
agricoles être « jeunes », instables et informelles. Quinze pour
cent de ces entreprises existent depuis moins de deux
L’économie rurale non agricole est diversifiée, l’économie ans, 36 pour cent sont opérationnelles depuis 2 à 5 ans,
alimentaire non agricole jouant un rôle important. 27 pour cent existent depuis 5 à 10 ans et 21 pour cent
Comme nous l’avons déjà mentionné, plus de la moitié (57 existent depuis plus de 10 ans (Figure 68). Quatre-vingt-
pour cent) des ménages ruraux tirent un revenu du travail cinq pour cent des entreprises qui fonctionnaient au
indépendant non agricole, ce qui représente en moyenne cours des 12 mois précédents ont été déclarées comme
39 pour cent du revenu de cette source. La Figure 67 affiche étant « actuellement opérationnelles », ce qui suggère
la répartition des entreprises rurales non agricoles par une impermanence considérable. Ces entreprises sont
secteur/sous-secteur, montrant que le commerce de détail également très saisonnières, car seulement 62 pour cent
constitue le type d’entreprise non agricole le plus courant. des entreprises ont été opérationnelles pendant au moins
Plus précisément, 27 pour cent des entreprises vendent 10 mois au cours de la dernière année, tandis que 31 pour
des aliments (dont 26 pour cent dans la vente au détail de cent ont été opérationnelles pendant 4 à 9 mois et les 7
produits alimentaires et 1 pour cent dans les restaurants), pour cent restants ont fonctionné jusqu’à 3 mois. Parmi
10 pour cent sont engagées dans la transformation des les entreprises qui n’étaient pas opérationnelles à temps
aliments et 4 pour cent sont engagées dans des activités plein, 61 pour cent ont déclaré que la raison en était la
de vente d’aliments en gros. Cela démontre l’importance saisonnalité (susceptible de compléter le calendrier
de l’économie alimentaire en Guinée rurale, y compris agricole), 14 pour cent ont cité un déficit de clients et 8
en dehors des fermes. Les activités extractives, telles que pour cent ont cité des problèmes de santé (les 17 pour
l’exploitation minière artisanale, représentent 25 pour cent cent restants énumérant d’autres raisons). Ces entreprises
des entreprises non agricoles, tandis que la vente au détail ont également tendance à être informelles, car seulement
non alimentaire représente 12 pour cent et les produits 2 pour cent ont une comptabilité écrite, 1 pour cent sont
manufacturés 8 pour cent. Les « autres » catégories enregistrés au Registre du Crédit à la Consommation
comprennent les entreprises qui fournissent des services (RCCM) et 0,2 pour cent ont un Numéro d’Identification
de construction, de transport et de services personnels. Fiscale (NIF).

Figure 67. Répartition des entreprises rurales non agricoles Figure 68. Années d’exploitation d’entreprises rurales non

27+10+52513812
par secteur/sous-secteur agricoles

Commerce de détail
Part des entreprises non agricoles (%)

non alimentaire Vente d’aliments


au détail
35
12%
Fabrication 27% 30
8% 25
20
15
10
Autre
13% Préparation des 5
aliments 0
27%
0-2 2-5 5-10 10-20 20+
Activité extractive Commerce de
années années
25% gros alimentaire
Années de fonctionnement
4%
Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM
2018/19 2018/19
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 101

Bien que les entreprises non agricoles constituent une le ménage moyen dirigé par une femme reçoit près du
source importante du travail indépendant, elles ont double du montant reçu par le ménage moyen dirigé par
tendance à ne pas être « créatrices d’emplois » qui un homme. Cela peut être dû au fait que les ménages
génèrent des emplois salariés pour les non-membres dirigés par une femme ont des chefs de ménage plus âgés
du ménage. Pour compléter la main-d’œuvre domestique et sont moins en mesure de gagner un revenu grâce à leur
disponible pour travailler dans ces entreprises domestiques, travail, ce qui les rend plus dépendants des transferts de
13 pour cent embauchent de la main-d’œuvre. Le nombre fonds. Les ménages dirigés par une femme sont également
moyen de travailleurs engagés dans chaque entreprise est plus susceptibles de recevoir des fonds de l’extérieur de
de 1,5, avec une moyenne de 0,3 personne embauchée. En la Guinée, suggérant que ce sont parfois leurs époux qui
prenant en compte le nombre de jours de travail alloués à travaillent à l’étranger. Parmi les ménages qui reçoivent
chaque entreprise, 8 pour cent en moyenne proviennent de des fonds, 92 pour cent reçoivent des transferts de parents,
la main-d’œuvre embauchée, tandis que les 92 pour cent 52 pour cent reçoivent des transferts d’un ancien membre
restants sont des travaux ménagers. (Il convient de noter du ménage (y compris des membres de la famille) et 14
que, alors que les entreprises indépendantes ont tendance pour cent reçoivent des transferts de non-parents.
à être plus grandes en Guinée urbaine (avec une moyenne
de 460 jours de travail par an, contre 283 dans les zones La migration interne, en particulier la migration rurale
rurales), une part similaire de ces jours de travail (8 pour vers les zones urbaines, sous-tend ces flux de transferts
cent) proviennent de la main-d’œuvre embauchée.) En ce de fonds vers la Guinée rurale. C’est le cas de Conakry,
qui concerne les entreprises, le secteur de la construction, capitale et plus grande ville de Guinée, ainsi que des
dont 64 pour cent des entreprises embauchent une petites villes que l’on trouve dans chacune des autres
partie de la main d’œuvre, fournit des emplois au plus régions de Guinée. À Conakry, 33 pour cent des hommes et
grand nombre de personnes avec un nombre moyen de 36 pour cent des femmes se déclarent nouveaux arrivants,
1,7 travailleurs. Les entreprises engagées dans la vente au et ces chiffres sont similaires dans d’autres zones urbaines.
détail de produits alimentaires sont, avec 6 pour cent, les Cela est cohérent avec les taux relativement élevés de
moins susceptibles d’embaucher des travailleurs. migration interne en Guinée (Banque mondiale, 2018).
En outre, 14 pour cent des hommes et 15 pour cent des
4.1.4. Transferts de fonds et migration femmes à Conakry (et 8 pour cent des hommes et 10
pour cent des femmes dans les autres zones urbaines)
Les ménages des zones rurales en Guinée dépendent
indiquent être originaire d’une zone rurale. (Par rapport
des transferts de fonds provenant de sources nationales
aux flux migratoires ruraux vers les zones urbaines, la
et internationales. Comme nous l’avons mentionné
migration rurale vers les zones rurales est moins courante,
précédemment, 68 pour cent des ménages reçoivent
en particulier chez les hommes.) Parmi tous les migrants
certains transferts, et dans l’ensemble des ménages,
ruraux vers les zones urbaines, 60 pour cent résident
ceux-ci représentent en moyenne 17 pour cent du revenu
actuellement à Conakry tandis que 40 pour cent résident
du ménage. La Figure 69 présente le montant moyen des
dans d’autres villes, comme Nzérékoré, Coyah, Kankan,
transferts de fonds reçus par les ménages ruraux, ventilé
Boké, Dubreka, Kindia, Siguiri, Kissidougou et Labé. Ces
selon que l’expéditeur réside en Guinée ou à l’extérieur
petites villes peuvent être choisies comme destinations
des frontières du pays. Dans l’ensemble des ménages, 72
de migrants parce qu’elles sont plus proches des zones
pour cent des transferts de fonds proviennent en moyenne
rurales et donc plus accessibles. Elles servent également
de sources nationales, souvent d’un membre du ménage
de nœuds de prestation de services pour les zones rurales
qui a quitté le ménage temporairement ou définitivement.
(y compris les services agricoles) et sont des sites d’emploi
Les ménages non pauvres reçoivent en moyenne une plus
non agricole dans l’agro-transformation, en plus d’autres
grande valeur transfert de fonds (la causalité étant difficile
activités commerciales ou industrielles (AGRA 2020 ;
à déterminer à l’aide de ces statistiques descriptives), et
Christiaensen et al., 2013).
102 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Figure 69. Transferts de fonds reçus par les ménages ruraux

Tous les ménages En Guinée Hors Guinée

Ménages pauvres

Ménages non pauvres

Ménages dirigés par une femme

Ménages dirigés par des hommes

0 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20
Envois de fonds reçus (100 000 GNF, valeurs moyennes)
Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

Figure 70. Statut et lieu d’origine du migrant, par sexe et résidence actuelle

Rural
Homme

Autre urbain

Conakry Lieu d’origine

Rural Localité actuelle


Zone rurale
Femme

Autre urbain
Autre zone urbaine
Conakry Conakry
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 200
Part des adultes (%)

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19


Note: Analyse limitée aux adultes âgés de 18 ans et plus.

L’exode rural est souvent motivé par la recherche d’emploi relocalisation, tandis qu’une majorité de femmes citent
et des préoccupations économiques. Parmi les hommes le mariage ou la famille comme principale raison de leur
qui migrent des zones rurales vers les villes, 40 pour cent migration. Néanmoins, il est possible que les personnes
indiquent que le « travail » est la raison principale de leur sondées aient pu choisir leurs conjoints sur la base de
relocalisation, tandis que 35 pour cent citent des raisons considérations économiques. Par exemple, une femme
familiales alors que 24 pour cent évoquent des raisons ayant migré en ville avec l’intention de rejoindre un époux
liées à l’école. L’emploi semble jouer un rôle beaucoup qui peut y trouver du travail peut également évoquer le
plus faible pour les femmes des zones rurales qui migrent mariage comme la raison principale de sa relocalisation.
vers les villes, n’expliquant que 9 pour cent de leur
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 103

4.2. Sources potentielles de croissance du était de 151 USD (en dollars constants de 2010 (Banque

revenu rural mondiale, s.d.)) ; en 2019, ce chiffre était passé à 250 USD,
indiquant que le taux de croissance de la valeur ajoutée

La croissance des revenus ruraux en Guinée peut provenir agricole a effectivement dépassé le taux de croissance

de trois sources principales, à savoir l’agriculture, démographique en Guinée rurale.

l’économie informelle non agricole et les transferts de


La croissance agricole en Guinée peut être réalisée au
fonds. Comme indiqué précédemment, 48 pour cent des
moins en partie par l’expansion de la superficie des
ménages (et 55 pour cent de la population) en Guinée
terres cultivées, bien que les priorités environnementales
rurale sont pauvres. Bien que la direction de la causalité
devraient guider une telle stratégie. La Guinée compte 6,2
soit difficile à déterminer, les ménages cultivant avec
millions d’hectares de terres arables (qui comprennent
au moins 5 hectares de terres sont moins susceptibles
des terres sous cultures temporaires, des prairies et
d’être pauvres (à 44 pour cent) que les petits exploitants.
des pâturages temporaires et des jachères temporaires,
Les ménages agricoles ayant au moins deux unités de
excluant ainsi les terres forestières), dont 25 pour cent sont
gros bétail tropical sont également moins susceptibles
cultivés. Au cours des dernières décennies, la croissance
d’être pauvres (à 46 pour cent) que ceux ayant moins
agricole s’est largement produite grâce à l’expansion des
d’animaux. Les ménages ruraux qui exercent un travail
terres cultivées, avec une augmentation moyenne de 3
indépendant non agricole sont moins susceptibles d’être
pour cent par an entre 2000 et 2013 (FAO, s.d. ; FEWS NET
pauvres (39 pour cent) que les autres. (Il en va de même
2017). Cela indique un certain potentiel (quoique limité) de
pour ceux qui ont un revenu salarial, bien que ce revenu
croissance des revenus ruraux grâce à l’expansion de la
soit si marginal qu’il est peu probable qu’il stimule une
taille des exploitations agricoles. Comme indiqué dans le
croissance généralisée du revenu rural.) Enfin, les ménages
Tableau 12, la taille moyenne des exploitations agricoles
qui reçoivent certains transferts de fonds sont moins
en Guinée est de 3 hectares. Plus de la moitié (55 pour
susceptibles d’être pauvres (à 45 pour cent) que d’autres,
cent) des exploitations ont moins de 2 hectares, 30 pour
suggérant que ces flux monétaires augmentent les revenus
cent ont entre 2 et 5 hectares, 11 pour cent ont entre 5 et
ruraux.
10 hectares et 3 pour cent ont plus de 10 hectares. Alors

Les revenus ruraux en Guinée devraient augmenter que la taille moyenne d’une exploitation d’un ménage

avec la croissance agricole continue. La taille du secteur dirigé par un homme est de 3,0 hectares, cette valeur est

agricole guinéen a augmenté au cours des 20 dernières de 1,6 hectare pour un ménage dirigé par une femme. Les

années (Figure 71). Bien que la valeur en dollars de cette ménages ayant de petites exploitations, en particulier ceux

croissance soit relativement faible, passant de 825 millions qui ont une orientation économique agricole, pourraient

USD en 2000 à un peu plus de 2 milliards USD en 2019, elle probablement bénéficier d’un accès à de plus grandes

représente une multiplication par 2,5. Une comparaison superficies, et bien que toutes les terres arables ne soient

avec les pays de référence de la Guinée indique que le pas économiquement viables, cela indique un certain

taux de croissance agricole sur cette période est similaire potentiel de croissance du revenu rural en rendant plus de

à celui du Bénin et supérieur à celui du Sénégal ou du zones (déjà peuplées) économiquement viables. Il convient

Togo. Bien entendu, l’ampleur d’une telle croissance sur toutefois de souligner qu’une telle stratégie devrait donner

les revenus ruraux dépend du rythme auquel la population la priorité à la protection et à la préservation des forêts et

rurale a augmenté au cours de cette période. En 2000, la autres écosystèmes sensibles et viser à limiter autant que

valeur du secteur agricole par habitant de la Guinée rurale possible les occupations humaines.
104 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

La croissance de la productivité agricole, y compris le dans la déforestation pour répondre à leurs besoins en
rendement du travail et de la terre, est essentielle pour nourriture et en revenus (USAID, 2011). La Figure 73 montre
augmenter les revenus ruraux. La Figure 72 montre qu’il que la productivité des terres en Guinée a augmenté ces
y a eu une croissance constante depuis 2000 de la valeur dernières années, mais très lentement. Plus précisément,
ajoutée agricole par travailleur en Guinée et, à partir il n’a augmenté que de 40 pour cent entre 2000 et 2018.
d’un point de départ relativement bas, la productivité Ce taux de croissance est similaire à celui des pays de
de la main-d’œuvre agricole en Guinée a augmenté référence, comme le Sénégal, mais il met en évidence la
(de 429 à 773 USD par travailleur) d’un facteur de 1,8. Ce nécessité d’améliorer encore la productivité foncière en
taux de croissance est à égalité avec celui du Bénin et Guinée.
du Sénégal et au-dessus de celui du Togo. Malgré cette
croissance continue, le niveau de productivité du travail L’amélioration de la productivité foncière peut être
dans l’agriculture en Guinée semble être bien inférieur obtenue grâce à une plus grande utilisation de la
à celui des pays de référence. Comme nous le verrons, technologie, à une sécurité foncière formalisée et à des
il sera peut-être possible d’augmenter cette valeur en efforts visant à combler l’écart de productivité entre les
l’alignant aux évolutions des pays de référence en termes sexes. Une analyse de régression de la productivité des
d’utilisation d’intrants et de recherche et développement terres dans les exploitations agricoles en Guinée (Figure
agricoles, tout en facilitant l’adoption de technologies peu 74) révèle que la fertilité des sols est un fort corrélat
exigeantes en main-d’œuvre (telles que les tracteurs et les d’une productivité plus élevée, tout comme l’utilisation
herbicides) qui augmenteraient la productivité du travail d’engrais et de produits agrochimiques. Par conséquent,
et libéreraient de la main-d’œuvre pour des activités il semble que l’adoption croissante par les agriculteurs
non agricoles. La croissance de la productivité des terres de technologies d’amélioration des sols pourrait élargir
est également nécessaire pour atteindre la croissance la voie vers des revenus agricoles plus élevés. L’utilisation
agricole, car une stratégie de croissance basée uniquement de traction non manuelle pour la préparation du sol est
sur l’expansion de la superficie finira par se heurter aux également corrélée à une productivité plus élevée, ce qui
limites physiques des ressources foncières de la Guinée. suggère que faciliter l’accès à la technologie des tracteurs
Déjà, les pressions démographiques croissantes et le (par exemple, par le biais de systèmes de location) pourrait
manque de développement agricole dans les zones déjà augmenter la productivité agricole. Une autre constatation
peuplées ont poussé les populations rurales à s’engager remarquable est que la détention d’un document

Figure 71. Valeur ajoutée agricole dans les pays de référence

Source: Indicateurs du Développement dans le Monde


Note: Les informations pour la Côte d’Ivoire ne sont disponibles qu’à partir de 2008.
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 105

Figure 72. Valeur ajoutée par travailleur agricole dans les pays de référence

Source: Indicateurs du Développement dans le Monde


Note: Les informations pour la Côte d’Ivoire ne sont disponibles qu’à partir de 2008.

Figure 73. Productivité foncière dans les pays de référence

Source: Calcul du personnel de la Banque mondiale basé sur FAOSTAT

juridique est positivement corrélée à la productivité après dirigés par des femmes réalisent une productivité foncière
avoir contrôlé la qualité des terres et des intrants. Les plus faible, même après avoir contrôlé la main-d’œuvre
exploitations agricoles en Guinée ont tendance à citer de et d’autres intrants. L’écart entre les sexes en matière de
faibles niveaux d’insécurité foncière, avec seulement 5 pour productivité agricole est couramment observé en Afrique
cent des agriculteurs signalant une probabilité positive de subsaharienne et reflète au moins en partie des biais
désaccord sur les droits fonciers. Cette valeur reflète ce systématiques en faveur des hommes (Mukasa et Salami,
que d’autres ont observé en Guinée (Stickler et Huntington, 2015 ; Oseni, Corral et Goldstein, 2015). Les efforts visant à
2015). Néanmoins, 4 pour cent des ménages agricoles combler cet écart pour les 20 pour cent des exploitations
possèdent un titre foncier et 4 pour cent disposent d’un agricoles dirigées par des femmes augmenteraient
autre document juridique. La politique foncière rurale en également la productivité en Guinée. Alors qu’une analyse
Guinée appelle à la formalisation des droits coutumiers, des avantages économiques de la réduction de cet écart
permettant aux droits de propriété d’être enregistrés et entre les sexes en Guinée a révélé que cela augmenterait
d’obtenir un statut en vertu de la loi formelle (USAID, 2011), le taux de croissance annualisé du PIB par habitant de
et la détention de documents formels est évidemment seulement 0,06 point de pourcentage (Banque mondiale,
corrélée à une productivité foncière plus élevée. Une 2019c), cela aurait un impact plus substantiel sur les
dernière observation sur la Figure 74 est que les ménages revenus ruraux.
106 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Figure 74. Corrélats de la productivité foncière

Taille de l’exploitation (ha, exploité)


Fertilité moyenne du sol
Haute fertilité du sol
Utiliser une traction non manuelle
Irrigué
Utiliser des semences améliorées
Effets à l’égard de

Utiliser de l’engrais
Utiliser des produits agrochimiques
Jours de travail par ha (enregistrés)
A un document légal
Précarité foncière
Coopération agricole dans le village
Extension agricole dans le village
Chef - Un peu d’éducation
Ménage dirigé par une femme

-.1 -.5 0 .5 1
Effets sur la valeur de la production agricole par ha (GNF, Logged)

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19


Note: La figure montre les coefficients de régression linéaire avec des intervalles de confiance de 95 %.

L’utilisation accrue de la technologie, couplée à des que les agriculteurs pourraient adopter. Cependant, la
investissements accrus dans la recherche pour mettre au Guinée est également à la traîne par rapport à tous les
point des technologies appropriées, pourrait augmenter autres pays de référence en termes de dépenses de
la productivité agricole. Une comparaison de la Guinée recherche agricole en pourcentage de la valeur ajoutée
avec les pays de référence révèle que la Guinée est à la agricole. En fait, la Guinée ne consacre que 0,2 pour cent de
traîne en termes de taux d’application des intrants agricoles la valeur ajoutée agricole à la recherche, soit moins de 20
(Tableau 15). Selon FAOSTAT, alors que le Bénin applique pour cent de l’intensité des dépenses du Sénégal. (L’Union
14 kg par hectare d’azote aux terres cultivées, la Guinée africaine suggère un objectif de 1 pour cent pour cette
n’applique que 2,5 kg par hectare. (Notez que ces valeurs mesure). La Guinée est également loin derrière le Bénin, la
sont calculées selon des méthodes différentes de celles Côte d’Ivoire et le Togo en termes de nombre de chercheurs
de l’analyse des données d’enquête et qu’elles incluent agricoles pour 100 000 agriculteurs. Des investissements
toutes les terres agricoles du pays, y compris les grandes plus importants dans le développement technologique et
exploitations non familiales). Seul le Togo présente un une campagne visant à encourager et à faciliter l’adoption
taux d’application d’azote plus faible. La Guinée applique de la technologie pourraient donc générer des revenus
également moins de pesticides par hectare que le Sénégal ruraux plus élevés, en particulier parmi les ménages
ou le Togo. Grâce à la recherche agricole, la Guinée pourrait pauvres qui sont profondément dépendant de l’agriculture.
développer des technologies et des pratiques appropriées
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 107

Tableau 15. Taux d’application des intrants agricoles et recherche agricole dans les pays de référence

Nitrogène (kg/ha) Pesticide (kg/ha) Dépenses de recherche Chercheurs agricoles pour 100
agricole (part de la valeur 000 agriculteurs
ajoutée agricole, %)
Benin 14.1 0.6 11.2
Côte d’Ivoire 4.6 0.0 0.5 10.1
Guinée 2.5 0.1 0.2 5.5
Senegal 11.3 0.2 0.9 3.0
Togo 1.5 0.5 0.2 7.2
Source: FAOSTAT 2020.
Note: Les valeurs se réfèrent aux années 2018 (pour les intrants) et 2016 (pour la recherche agricole). Informations non disponibles pour l’utilisation des
pesticides au Bénin.

Les revenus ruraux en Guinée peuvent également le rôle le plus commun parmi ceux-ci est de fournir des
s’améliorer avec une commercialisation accrue des services de commercialisation. Contre toute attente, le
produits agricoles. L’intégration des agriculteurs guinéens fait d’avoir une coopérative agricole dans un village qui
dans le système de marché est explicitement mise fournit des services de commercialisation n’est pas corrélé
en évidence dans le Programme Accéléré de Sécurité avec le niveau de commercialisation agricole d’un ménage
Alimentaire et Nutritionnelle et de Développement agricole, suggérant que ces coopératives pourraient ne pas
Agricole Durable (PASANDAD, 2016-2020) (République de être efficaces.
Guinée, 2017). La Figure 75 présente les résultats d’une
analyse de régression afin d’identifier les corrélats de la Une plus grande commercialisation de la production
commercialisation agricole. Ces résultats confirment une agricole par les agriculteurs guinéens pourrait supplanter
corrélation forte et positive entre la taille de l’exploitation les importations de produits alimentaires et répondre
(en termes de revenu net) et la part de la valeur de la aux besoins nationaux par la production nationale.
production agricole commercialisée. Cela suggère au Environ 25 pour cent des besoins alimentaires totaux de
moins que les exploitations ayant une orientation plus base (en particulier le riz, le principal aliment de base
commerciale voient des revenus plus élevés. En outre, de la Guinée) proviennent des importations, et de 2010 à
les résultats montrent que le fait d’avoir un marché et 2014, la production nationale n’a fourni que 73 pour cent
une route bitumée ou en terre battue dans le village est de riz et 47 pour cent d’huile de palme (FEWS NET, 2017).
positivement corrélé avec le niveau de commercialisation La réduction des importations de produits alimentaires
agricole, indiquant qu’un meilleur accès au marché pourrait est soulignée comme un objectif dans le PASANDAD 2016-
également augmenter les revenus. Bien qu’une réception 2020 (République de Guinée, 2017). Néanmoins, depuis
mobile constante soit négativement corrélée au niveau de 2000, le niveau des importations agricoles en Guinée a
commercialisation agricole, cela peut être attribué à des considérablement augmenté (Figure 76). Cela suggère
niveaux particulièrement faibles de réception téléphonique qu’il est possible d’accroître les revenus ruraux par la
dans la zone LZ11, où les ménages produisent de l’huile substitution des importations, en particulier en vendant
de palme et du café, qui sont tous deux des cultures sur les marchés urbains à une population guinéenne en
commerciales. Un tiers des ménages agricoles ruraux pleine croissance.
résident dans un village avec une coopérative agricole, et
108 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Figure 75. Corrélats de la commercialisation agricole

Revenu net de l’exploitation (GNF, logarithmique)


La ferme utilise la technologie

Chef - Un peu d’éducation

Ménage dirigé par une femme

A une voiture ou une moto


Effets à l’égard de

A vélo

A un téléphone

Distance à la ville (km, enregistré)

Marché dans le village


Route d’asphalte ou d’argile dans le village
Accueil mobile en village

Atteint par le réseau électrique

Coopérative agricole - Commercialisation

-.1 -.05 0 .05 1


Effets sur la moyenne conditionnelle de la proportion de la valeur agricole vendue

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19


Note: La figure montre les effets marginaux à partir d’une régression logit avec des intervalles de confiance de 95 %.

La demande intérieure de produits agricoles de valeur (AGRA, 2020 ; Zhou et Staatz, 2016). En Guinée, on a déjà
supérieure, tels que les légumes et les produits animaux, observé une augmentation rapide de la demande de
devrait augmenter dans les années à venir. Une analyse produits d’élevage ces dernières années, la consommation
de l’offre et de la demande projetées dans plusieurs d’œufs augmentant plus rapidement que celle de la viande
pays d’Afrique de l’Ouest (à l’exclusion de la Guinée mais ou du lait (Kula, Carson et Dupras, 2015, cité dans FEWS
incluant trois de ses pays de référence) indique que la NET, 2017). La demande d’aliments transformés, préparés et
demande de féculents de base dépassera la production périssables devrait augmenter particulièrement rapidement
au cours des prochaines décennies, ce qui rendra les à mesure que les populations urbaines augmentent, que
importations nécessaires (Zhou & Staatz, 2016). Cependant, les femmes travaillent de plus en plus à l’extérieur de
la demande de produits de plus grande valeur et d’aliments la maison et que les contraintes de temps poussent les
transformés devrait augmenter encore plus rapidement. consommateurs vers des aliments moins exigeants en
En général, à mesure que les revenus augmentent avec le main-d’œuvre et des aliments loin de chez eux (AGRA,
développement économique, les dépenses alimentaires 2019 ; AGRA, 2020 ; Hollinger et Staatz, 2015). Il convient de
par habitant et par jour devraient augmenter dans toute noter que les ménages relativement plus riches en Guinée
l’Afrique de l’Ouest (par exemple, d’un facteur de 2,1 au ont tendance à acheter plus de riz local, tandis que les
Sénégal et au Togo et de 2,2 en Côte d’Ivoire), et compte ménages les plus pauvres achètent plus de riz importé
tenu de la loi de Bennet, la divergence entre l’offre et la (FEWS NET, 2017). Cela représente une opportunité pour les
demande s’élargira plus rapidement pour les groupes agriculteurs guinéens de commercialiser des produits, y
d’aliments non céréaliers ayant une forte élasticité-revenu compris du riz local, auprès des consommateurs urbains
de la demande, tels que la viande, les produits laitiers, les guinéens.
fruits de mer, les fruits et légumes et les huiles végétales
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 109

Figure 76. Valeur du commerce agricole en Guinée

Source: ReSAKSS, n.d.

Il est possible d’accroître les exportations agricoles La croissance de la productivité agricole peut également
de la Guinée. Alors que le niveau des importations catalyser l’économie rurale non agricole par des effets
agricoles a augmenté ces dernières années, le niveau multiplicateurs locaux. Comme l’augmentation de la
des exportations agricoles ne l’a pas été (Figure 76). Les productivité agricole conduit à une plus grande production
principales exportations agricoles en Guinée sont le café, excédentaire, les ménages agricoles ont un revenu
le cacao, la noix de cajou, le caoutchouc et la mangue supplémentaire avec lequel ils peuvent acheter des biens
(Banque mondiale, 2018) ; les légumes, tels que le poivre et services à forte intensité de main-d’œuvre dans leurs
séché, la pomme de terre irlandaise, le poisson séché et le communautés. Cette circulation de liquidité approfondit
fonio sont également exportés vers les pays voisins (FEWS l’économie rurale non agricole (Mellor, 2017). Cela
NET, 2017). L’avènement du changement climatique peut augmente également la demande d’emplois non agricoles,
présenter une opportunité inattendue d’élargissement ce qui stimule la sortie de la main-d’œuvre de l’agriculture
des exportations de la Guinée, car on s’attend à ce que en faveur d’activités non agricoles à rendement plus élevé.
le changement climatique soit plus préjudiciable pour La croissance de la productivité agricole permet également
les voisins de la Guinée au nord que pour la Guinée cette sortie de l’agriculture en produisant des marchés
elle-même. Plus précisément, les baisses de rendement alimentaires plus fiables avec une production excédentaire
devraient être plus importantes dans le nord de l’Afrique et une plus grande commercialisation. Avec l’accès à
de l’Ouest (la zone Soudano-Sahélienne, avec une baisse l’alimentation basé sur le marché, il devient plus facile de
médiane de 18 pour cent) que dans le sud de l’Afrique se détacher de la terre et de passer à des entreprises non
de l’Ouest (la zone guinéenne, avec une baisse médiane agricoles. La dernière voie par laquelle la croissance de la
de 13 pour cent) (Roudier, Sultan, Ouirion et Berg, 2011). productivité agricole peut affecter l’économie rurale non
Potentiellement, la Guinée pourrait être en mesure de agricole est de permettre aux ménages de financer des
répondre en commercialisant des produits agricoles investissements dans des entreprises non agricoles et la
auprès des pays voisins qui seront de moins en moins migration vers les centres urbains (McMillan et Harttgen,
susceptibles de répondre à leurs besoins par le biais de 2014).
leur propre production nationale.
110 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

La croissance de l’économie rurale non agricole peut être Comme l’exploitation minière (en particulier l’exploitation
réalisée grâce à l’amélioration des infrastructures et à minière artisanale) est une source importante de
un meilleur accès aux marchés urbains. Une analyse de revenus non agricoles dans les zones rurales en Guinée,
régression des corrélats de la part du revenu des ménages l’amélioration de l’exploitation minière peut également
provenant de sources non agricoles révèle l’importance de augmenter les revenus ruraux. Le déterminant le plus
l’infrastructure dans l’amélioration des opportunités du important de la part du revenu non agricole d’un ménage
revenu non agricole (Figure 77). Ainsi, l’accès du village au est l’engagement dans l’exploitation minière (Figure 77).
réseau électrique et à une réception mobile est corrélé à Environ 1 ménage rural sur 10 se livre à l’exploitation
une plus grande orientation des ménages vers l’économie minière artisanale, une activité qui vient en complément
non agricole. Les ménages qui sont plus proches des villes de la saisonnalité de l’agriculture et qui est évidemment
sont également plus susceptibles de tirer une plus grande très lucrative. En revanche, le travail salarié dans les
part de leur revenu de sources non agricoles ; il semble que mines semble jouer un rôle beaucoup plus faible dans
l’accès aux marchés urbains soit plus important que d’avoir les moyens de subsistance ruraux, avec seulement 1 pour
un marché directement dans le village. Les ménages qui cent déclarant un emploi minier. Selon Hilson (2016), « la
ont un compte financier sont également plus susceptibles réduction de la pauvreté dans les zones rurales d’Afrique
de s’orienter vers une activité non agricole, suggérant que subsaharienne pourrait dépendre de la reconnaissance et
l’inclusion financière est essentielle à la croissance de du renforcement des liens entre les activités du secteur
l’économie rurale non agricole. Le faible niveau actuel de [minier à petite échelle] et l’agriculture de subsistance ».
l’inclusion financière sera examiné comme une contrainte Hilson (2016) recommande des efforts pour uniformiser
dans la section 4-4. les règles du jeu pour les mineurs à grande et à petite
échelle, tels que la simplification de la procédure d’octroi
de licences pour l’exploitation minière artisanale et à
petite échelle et la délimitation des terres minéralisées
aux mineurs à petite échelle autorisés.
Figure 77. Corrélats de la part du revenu non agricole

Chef < 35 ans


Ménage dirigé par une femme
Chef - Un peu d’éducation
A une voiture ou une moto
A vélo
A un téléphone
Effets à l’égard de

Membre d’un groupe d’entraide


A un compte financier
Engagé dans l’exploitation minière
Encaissements reçus
Population du village (enregistrée)
Distance à la ville (km, enregistré)
Marché dans le village
Transport en commun dans le village
Atteint par le réseau électrique
Accueil mobile en village

-.1 0 .1 .2 .3
Effets sur la moyenne conditionnelle de la part des revenus non agricoles
Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19
Note: La figure montre les effets marginaux à partir d’une régression logit avec des intervalles de confiance de 95 %.
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 111

Les revenus ruraux peuvent bénéficier de l’émigration Figure 78. Score d’aide à l’accès à des semences de haute
temporaire ou permanente de certains membres du qualité aux agriculteurs
ménage lorsque les transferts de fonds sont partagés 80
69.6
avec les ménages ruraux. Comme indiqué précédemment,
les transferts de fonds représentent en moyenne 17 pour 60
cent des revenus des ménages ruraux, et ces transferts
sont souvent reçus d’anciens membres du ménage ou 40
d’autres membres de la famille. En outre, la majorité de ces
20 14.9
transferts proviennent de l’intérieur du pays. La migration 7.4
3.7
rurale vers les villes peut potentiellement être facilitée par
0
des services de recherche d’emploi qui mettent en relation
Côte d’Ivoire Togo Benin Guinée
les demandeurs d’emploi ruraux avec les employeurs
Source: Banque mondiale, 2019a
urbains. D’autres zones urbaines autres que Conakry
peuvent jouer un rôle important dans la migration rurale- Des facteurs tels que le nombre limité d’acheteurs, les
urbaine, car les petites villes peuvent être des destinations prix bas ou des coûts de transport élevés ont rarement
plus pratiques pour les migrants ruraux tout en permettant été mentionnés par les agriculteurs. Il est clair que la
aux migrants de maintenir un lien plus fort avec leurs croissance de la production et de la productivité agricoles
communautés d’origine. (valeur produite par hectare ou par jour de travail) est
une condition préalable à l’amélioration de l’orientation
4.3. Contraintes à la croissance du revenu commerciale des agriculteurs. Parmi ceux qui vendent des
rural récoltes, 37 pour cent déclarent éprouver des difficultés, et
ici, l’insuffisance des infrastructures est mise en évidence
Contraintes à la transition de l’agriculture de subsistance à comme un problème (voir Encadré 4 pour un aperçu des
l’agriculture commerciale infrastructures routières en Guinée). Plus précisément, 75
pour cent des vendeurs se plaignent de l’état des routes
Les obstacles les plus importants à la commercialisation
rurales alors que 59 et 45 pour cent évoquent la distance
agricole comprennent les faibles niveaux de productivité
par rapport aux marchés et aux routes, respectivement.
et de production agricoles. Parmi les raisons invoquées
Ces valeurs sont encore plus élevées pour les agriculteurs
par les agriculteurs pour ne pas vendre une partie ou la
pauvres, mettant en évidence le lien entre l’infrastructure
totalité de ce qu’ils produisent, les agriculteurs ont souvent
et les revenus agricoles. Une plus petite proportion de
noté la nécessité de conserver les semences pour la
vendeurs rapporte que les coûts de transport sont élevés,
production future et de conserver la production pour leur
que les prix à la production sont bas ou qu’il y a un déficit
propre consommation (Tableau 16). L’environnement n’est
d’acheteurs. Dans l’ensemble, cette analyse souligne
non plus pas favorable au niveau réglementaire. Selon
l’importance des progrès agricoles pour s’assurer d’abord
le rapport 2019 de la Banque mondiale sur l’Habilitation
que les agriculteurs ont un excédent à vendre, suivi d’une
des Entreprises Agricoles (Banque mondiale, 2019a), la
infrastructure adéquate pour s’assurer que les vendeurs
Guinée obtient de très mauvais résultats par rapport aux
peuvent ensuite accéder aux marchés.
pays pairs en termes de réglementation sur la qualité des
intrants ainsi que le temps et le coût d’enregistrement
d’une nouvelle variété de semences (Figure 78).
112 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Tableau 16. Défis de commercialisation auxquels sont confrontés les producteurs de cultures

Part de ménages agricoles (%)

Tous les ménages Ménages pauvres Ménages non-pauvres

Parmi les agriculteurs Le ménage vend ses récoltes 58 58 59


récoltants
Garde une partie des récoltes pour 42 43 41
la semence
Pas suffisant pour propre 30 31 30
consommation
Raisons de ne pas vendre
Prix bas 2 1 3
Pas d’acheteurs 0 0 0
Pas de routes 0 0 0
Parmi les vendeurs A des difficultés à vendre ses récoltes 37 38 36
Pas d’accès par la route 75 85 63
Les marchés sont trop éloignés 59 64 53

Difficultés lors de la mise en Les routes sont trop distantes 45 48 42


vente Prix sont trop bas 38 34 43
Couts élevés des transports 36 34 39
Manque d’acheteurs 18 18 18
Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

Encadré 4. Infrastructures en Guinée

Selon l’Indice de Développement des Infrastructures en Afrique (AIDI) de la Banque Africaine de Développement, le score de 11,64 de
la Guinée est meilleur que celui de certains pays de référence, notamment le Mali (8,39) et le Togo (9,62), mais pire que celui de la Côte
d’Ivoire (16,09) et le Sénégal (18,04) (Banque africaine de développement, s.d.). Cela indique qu’il est nécessaire d’améliorer l’état des
infrastructures en Guinée. Le transport routier, qui est le principal mode de transport intérieur dans le pays, est en mauvais état tant en
termes de qualité que de quantité. La Guinée avait un réseau routier total de seulement 43 300 km en 2018, avec seulement 6 pour cent
des routes bitumées. Sur le réseau de chemins de terre, on estime qu’environ 61 pour cent sont en mauvais état.

Les mauvaises conditions routières en Guinée entravent les activités sociales et économiques non seulement à l’intérieur du pays, mais
aussi avec les pays voisins. La connectivité est faible entre Conakry, qui accueille environ un tiers de la population du pays, et les régions
de production agricole et les villes secondaires. La Guinée rurale est particulièrement vulnérable au mauvais état des routes, ce qui rend
difficile l’accès aux marchés pour les producteurs agricoles. La situation est exacerbée pendant la saison des pluies, car il devient plus
difficile pour la circulation des personnes et des marchandises en raison du déficit de routes praticables. Les changements climatiques
récents associés à des températures plus élevées et à une plus grande variabilité de la saison des pluies entraînent de plus en plus des
coûts de maintenance des routes plus élevés. Cela risque de mettre à rude épreuve l’état des routes dans le pays, car les allocations
budgétaires pour les infrastructures devront inclure des dispositions pour l’entretien et la modernisation.
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 113

L’état des infrastructures en Guinée rurale est un obstacle un déterminant de la commercialisation agricole comme
à l’adoption de la technologie et à la commercialisation indiqué dans la Figure 75). Compte tenu de l’importance
dans les fermes guinéennes. Dans l’ensemble des également de l’électricité pour les chaînes de valeur
ménages ruraux, la distance moyenne jusqu’à une ville est du lait et d’autres produits périssables, il convient de
de 43 km, ce qui indique la nécessité des infrastructures noter que seulement 13 pour cent des ménages résident
afin de relier les producteurs ruraux aux consommateurs dans un village accessible par un réseau électrique ; ce
urbains (Tableau 17). Les distances moyennes parcourues chiffre n’est que 6 pour cent pour les ménages agricoles.
par les fournisseurs de semences, d’engrais et de matériel Une infrastructure de communication est également
agricole sont respectivement de 17 km, 27 km et 37 km. Cela nécessaire pour permettre aux agriculteurs de recueillir
donne à penser que l’accès aux intrants est probablement des informations pertinentes pour leurs opérations
entravé par les coûts de transport et la praticabilité des agricoles et de se connecter avec les commerçants et les
infrastructures de transport, en plus d’autres facteurs. acheteurs. Cependant, 17 pour cent des ménages dans les
Pour 57 pour cent des ménages, il y a un marché dans le zones rurales de Guinée n’ont pas une réception régulière
village où ils résident, bien que ce chiffre soit plus élevé du téléphone portable dans leur village, ce qui rend les
(62 pour cent) pour les ménages non pauvres. En ce qui échanges sur le marché beaucoup moins susceptibles
concerne les routes qui pourraient relier les villages aux de se produire. Enfin, le déficit d’infrastructures rurales
centres urbains, seulement 11 pour cent et 52 pour cent ne laisse aux agriculteurs d’autre choix que de vendre
des ménages ruraux vivent dans un village relié par une aux commerçants locaux, ce qui diminue leur pouvoir de
route bitumée ou en terre battue, respectivement (ceci est négociation.

Tableau 17. Accès des ménages ruraux aux l’infrastructures

Tous les ménages Ménages pauvres Ménages non-pauvres

Population du village (nombre de personnes) 3,656 3,091 4,177


Distance vers la ville la plus proche (km) 43 44 42
Valeurs
Distance jusqu’au vendeur d’équipements agricoles (km) 37 23 46
moyennes
Distance jusqu’au vendeur d’engrais (km) 27 25 28
Distance jusqu’au vendeur de semences (km) 17 18 15
Part des Réseau téléphonique de qualité 83 78 88
ménages
Présence d’un marché dans le village 57 50 62
(%)
Transport publique dans le village 89 87 92
Accès au réseau téléphonique 13 9 17
Accès au réseau d’eau 10 10 10
Village connecte par une route asphaltée 11 10 13
Village connecte par une route d’argile 52 51 54
Village avec une banque ou IMF 10 17 14
Village avec une station de bus 14 11 17

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19


114 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Contraintes à la croissance de l’économie rurale non Les entreprises non agricoles en Guinée rurale sont
agricole confrontées à des défis dans leur environnement
commercial qui entravent leur succès et leur croissance.
L’expansion de l’économie rurale non agricole est Dans le rapport 2020 sur la facilité de faire des affaires,
émoussée par le mauvais état des infrastructures. En la Guinée se classe au 156ème rang sur 190 pays évalués
ralentissant la circulation des marchandises entre les (Banque mondiale, s.d.), avec un environnement des
zones rurales et urbaines, les longues distances limitent affaires caractérisé par la bureaucratie, la petite corruption,
nécessairement la capacité des entreprises à acquérir un système financier peu développé et de fréquentes
des intrants, à déplacer des produits le long d’une chaîne pannes d’électricité (Banque mondiale, 2015). Comme nous
d’approvisionnement ou à atteindre plus de clients. l’avons mentionné précédemment, ces entreprises ont
Lorsqu’on a demandé aux propriétaires d’entreprises tendance à être instables et peu d’entre elles sont assez
non agricoles d’énumérer les défis qu’ils ont rencontrés grandes pour créer des emplois au-delà du ménage. Parmi
(Figure 79), 11 pour cent ont cité l’accès à l’électricité, 16 les défis énumérés par les propriétaires d’entreprise, un
pour cent ont cité d’autres problèmes d’infrastructure (tels environnement des affaires faible caractérisé par peu de
que l’accès aux services d’eau et de téléphone) et 20 pour clients et la concurrence d’autres entreprises (vécues par 50
cent ont cité l’accès à l’équipement, qui pourrait être lié pour cent et 52 pour cent des entreprises, respectivement)
à l’infrastructure disponible. Lorsque les ménages pauvres arrivent en tête de liste (Figure 79). D’autres défis, tels
sont situés plus loin des marchés, ils ont moins d’options que l’accès au crédit, une fiscalité excessive et des
pour diversifier leurs revenus au moyen d’activités hors infrastructures inadéquates (telles que les services d’eau
marché agricoles, comme la vente au détail. et de téléphone), sont moins souvent cités. La plupart du

Figure 79. Défis auxquels sont confrontées les entreprises rurales non agricoles

Trop de concurrence
Manque de clients
Fourniture de matières premières
Insécurité
Accès au matériel
Accès au crédit
Autres infrastructures
Manque de place
Trop d’impôts
Accès à l’électricité
Des pannes de courant
Manque d’employés qualifiés
l’Internet

0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 50 55
Part des entreprises non agricoles (%)
Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 115

temps, cela semble indiquer un goulot d’étranglement pour quelqu’un d’avoir un compte d’argent mobile dans
dans la clientèle qui ne peut être résolu que par des les zones rurales de Côte d’Ivoire que la Guinée. Dans
investissements dans l’agriculture qui créeraient une l’ensemble, le faible niveau d’inclusion financière devrait
demande de produits et de services dans l’économie non limiter le potentiel de croissance et de prospérité des
agricole grâce à des effets multiplicateurs locaux. Dans entreprises rurales non agricoles en Guinée.
une moindre mesure, la base de clientèle limitée pourrait
également être adressée par une infrastructure physique Des normes strictes relatives aux sexes limitent les
améliorée qui pourrait étendre la portée géographique des opportunités économiques offertes aux femmes en Guinée,
entreprises. ce qui semble contraindre la croissance des revenus
ruraux. Selon le rapport de l’Enquête Démographique
Le faible niveau d’inclusion financière dans les zones et de Santé, 83 pour cent des femmes (âgées de 15 à 49
rurales en Guinée, en particulier chez les femmes, est ans) sont d’accord avec l’affirmation selon laquelle un
également considéré comme limitant la croissance mari a raison de battre sa femme si elle sort sans le lui
économique non agricole. Comme le montre la Figure dire. Les contraintes de mobilité, associées à un taux de
77, le fait d’avoir un compte financier est corrélé à une fécondité élevé (et aux responsabilités subséquentes en
plus grande proportion du revenu des ménages non matière d’éducation des enfants), peuvent affecter les
agricoles. Cependant, seulement 15 pour cent des adultes préférences des femmes pour des activités génératrices
ont un compte financier, et cette valeur est beaucoup de revenus en dehors du foyer. Elles peuvent également
plus élevée pour les hommes que pour les femmes (à limiter l’accès des femmes à l’éducation, aux marchés,
25 pour cent contre 8 pour cent) (Figure 80). Les services aux services financiers et aux réseaux sociaux. Comme
bancaires mobiles sont le type de compte le plus courant, nous l’avons mentionné précédemment, les femmes sont
bien que seulement 5 pour cent des femmes aient un moins susceptibles d’avoir eu un travail indépendant non
compte bancaire mobile. Les personnes sondées semblent agricole que les hommes (21 pour cent contre 26 pour cent)
rarement avoir des épargnes dans un compte financier, et et sont beaucoup moins susceptibles d’être embauchées
même lorsque l’attention est limitée au sous-ensemble de comme travailleuses salariées (1 pour cent contre 8 pour
la population ayant un compte, 57 pour cent des titulaires cent) (Figure 64).
de compte masculins et 43 pour cent des titulaires de
comptes féminins disposent d’épargnes dans leurs Contraintes à l’émigration et aux envois de fonds
comptes. Cependant, les femmes sont plus susceptibles
Les flux migratoires des zones rurales vers les zones
que les hommes de faire partie d’un groupe d’entraide ou
urbaines, qui rendent possibles les flux de transferts
de tontine, qui peut également être utilisé pour constituer
de fonds dans le sens inverse, sont limités par une
une épargne, et qui est également corrélé avec une part
mauvaise planification urbaine. Conakry, en particulier,
plus élevée du revenu non agricole. Une comparaison du
se caractérise par un processus d’urbanisation mal géré
niveau d’inclusion financière en Guinée et dans les pays
avec une fourniture aléatoire et insuffisante de services et
de référence est présentée dans le Tableau 18. La Guinée
d’infrastructures de base. Pour cette raison, Conakry détient
est à la traîne par rapport à tous les autres pays (Bénin,
un grand nombre de bidonvilles urbains de logements
Côte d’Ivoire, Sénégal et Togo) en termes de proportion
insalubres, d’occupations précaires et d’aménagements
d’adultes ruraux ayant un compte ou une épargne dans
fonciers non durables (Banque mondiale, 2018). Dans
les institutions financières, et est également à la traîne par
l’ensemble, l’offre de logements urbains n’est pas en
rapport à toutes les autres dans la proportion d’adultes
mesure de répondre à la demande croissante entraînée
ruraux disposant d’un compte d’argent mobile et la part
par l’afflux de migrants ruraux vers les villes (USAID, 2011).
d’adultes ayant envoyé ou reçu des transferts de fonds
Un autre obstacle à la migration est le niveau élevé du
dans le pays. Par exemple, il est trois fois plus probable
116 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

chômage urbain en Guinée, et 27 pour cent des adultes


4.4. Recommandations stratégiques
dans les zones urbaines déclarent n’avoir ni fréquenté
un établissement scolaire ni participé en leur propre L’analyse précédente indique que la croissance
compte à une activité non agricole, un travail salarié ou du revenu rural en Guinée est plus susceptible de
un apprentissage, la semaine précédente. Ce chiffre est provenir de l’amélioration de la productivité agricole,
de 18 pour cent pour tous les hommes urbains et de 36 de l’augmentation de la commercialisation agricole,
pour cent pour toutes les femmes urbaines. Cependant, il de la croissance des entreprises non agricoles et de la
est un peu plus élevé pour les migrants ruraux dans les facilitation des flux de transferts de fonds. Ces voies
villes, à 19 pour cent pour les hommes et 41 pour cent pour sont complémentaires et interdépendantes, car la
les femmes. Pour les hommes migrants ruraux en ville, ce croissance agricole se traduit par une plus grande base
chiffre est un peu plus faible à Conakry (à 16 pour cent) et de consommateurs pour l’économie non agricole, et les
plus élevé dans d’autres zones urbaines (à 24 pour cent). Il revenus ainsi que les transferts de fonds non agricoles
convient de noter que toutes les personnes qui n’exercent peuvent atténuer les goulots d’étranglement de l’économie
pas un travail rémunéré ou ne vont pas à l’école ne sont agricole. Dans le même temps, d’autres contraintes doivent
pas nécessairement « au chômage ».

Figure 80. Inclusion financière des hommes et des femmes en milieu rural

A un compte Femme Homme


Compte Services bancaires mobiles
Compte Carte prépayée

Compte Banque conventionnelle


Compte Institution de Microfinance
Compte Bureau de poste
A des économies en compte
A reçu un prêt
Membre d’un groupe d’entraide

0 10 20 30
Part des individus (%)
Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

Tableau 18. Inclusion financière au sein de la population rurale dans les pays de référence

A un compte dans une A un compte épargne dans une A un compte bancaire A envoyé et reçu des
institution financière institution financière mobile transferts d’argent

Benin 29 9 16 40
Côte d’Ivoire 13 6 31 53
Guinée 2.5 0.1 0.2 5.5
Senegal 11.3 0.2 0.9 3.0
Togo 32 11 23 41

Source: Global FINDEX (Banque mondiale 2020b).


Note: Ces valeurs reflètent l’année 2017 pour les personnes âgées de 15 ans et plus.
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 117

encore être adressées dans chacun de ces domaines, engrais et autres produits agrochimiques, ainsi que la
notamment les faibles niveaux de productivité agricole vaccination du bétail et les soins vétérinaires. Dans une
qui empêchent la commercialisation de la production certaine mesure, l’accès à des intrants améliorés peut
excédentaire ; le mauvais état des infrastructures ; la être facilité par des subventions. Un récent programme
clientèle limitée des entreprises non agricoles ; et le niveau de subventions en vigueur de 2011 à 2016 a été considéré
élevé du chômage urbain. Ensemble, les opportunités et comme inefficace en raison d’un mauvais ciblage, d’une
les contraintes donnent lieu à plusieurs recommandations disponibilité limitée des intrants et d’un manque de
de politiques à l’intention du Gouvernement guinéen et de services de vulgarisation (Banque mondiale, 2018) ; il
ses partenaires au développement. faut veiller à éviter ces erreurs. Dans le même temps, le
gouvernement ne devrait pas évincer les acteurs privés
Avec plus de la moitié de la population rurale en Guinée impliqués dans la fourniture d’intrants, ce qui se produirait
vivant en dessous du seuil de pauvreté, il est essentiel de avec un système de fourniture d’intrants qui fonctionne
concevoir des politiques qui augmenteront les revenus parallèlement au marché (AGRA, 2019). Il est recommandé
ruraux. Les activités génératrices de revenus les plus aux gouvernements d’utiliser plutôt des bons qui peuvent
courantes entreprises par les ménages en Guinée rurale être échangés auprès de revendeurs agricoles privés (Jayne,
sont la production agricole, le travail indépendant dans Mason, Burke et Ari, 2018). Dans le même ordre d’idée, la
les entreprises non agricoles et la réception de transferts Banque mondiale a récemment soutenu la Guinée par le
des migrants ruraux dans les villes. Pour cette raison, il est biais du Programme de Productivité Agricole de l’Afrique
très probable que la croissance du revenu rural en Guinée de l’Ouest (WAAP), un programme de bons électroniques
émerge grâce à des améliorations agricoles, à la croissance pour les subventions aux engrais qui couvrait environ 170
de l’économie rurale non agricole ou à l’émigration. 000 exploitations agricoles (Banque mondiale, 2016). Les
Il existe un potentiel de croissance de la productivité installations de stockage constituent une autre technologie
agricole (grâce à l’utilisation accrue de la technologie), qui peut être mise à la disposition des agriculteurs, car
de commercialisation des produits agricoles (grâce à les prix de la production agricole en Guinée présentent
l’amélioration des niveaux de production, de l’infrastructure une forte saisonnalité, avec des prix bas pendant la
et de l’accès aux marchés d’exportation), des entreprises période de récolte et des prix plus élevés observés plus
non agricoles (grâce aux effets multiplicateurs de la tard dans l’année, à mesure que les stocks sont épuisés.
croissance agricole et à l’amélioration des infrastructures) L’accès au stockage peut permettre aux agriculteurs et aux
et des transferts de fonds (en facilitant la migration, en petits commerçants de conserver leur produit jusqu’à la
particulier vers les petites villes). Cependant, ces voies vers période de hausse des prix du marché (FEWS NET, 2017).
des revenus plus élevés se heurtent également à certains L’irrigation est encore une autre technologie qui peut
obstacles. L’état des infrastructures en Guinée rurale est être soutenue, car moins de 10 pour cent des terres
médiocre ; les entreprises non agricoles sont contraintes potentiellement irrigables de la Guinée sont actuellement
par une petite clientèle ; et le chômage urbain limite la développées pour l’irrigation (Banque mondiale, 2018).
possibilité pour les migrants urbains d’envoyer des envois Comme indiqué précédemment, la Guinée est à la traîne
de fonds chez eux. Plusieurs recommandations politiques par rapport au Bénin, à la Côte d’Ivoire, au Sénégal et au
peuvent être tirées de cette analyse des revenus en Guinée Togo en termes de dépenses de recherche agricole et de
rurale. nombre de chercheurs par agriculteur. Il n’est donc pas
surprenant qu’entre 2011 et 2014, l’Institut guinéen de
Étant entendu que la transition de l’agriculture de recherche agronome n’ait commercialisé aucune nouvelle
subsistance à l’agriculture commerciale dépend de variété de culture (Domgho, Béavogui, Diawara et Stads,
l’amélioration de la productivité agricole, le Gouvernement 2017). Pourtant, la recherche est nécessaire pour concevoir
guinéen devrait faciliter l’accès des agriculteurs aux des technologies et des recommandations adaptées au
technologies, y compris la traction non manuelle, les contexte guinéen.
118 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

La politique alimentaire et la recherche agricole devraient aussi du manque d’installations de stockage, y compris
être orientées vers les produits susceptibles d’augmenter l’entreposage frigorifique. Cela est d’autant plus inquiétant
en demande au cours des prochaines années, y compris que la demande urbaine de denrées périssables devrait
les fruits et légumes, les produits d’origine animale et les augmenter avec l’augmentation des revenus. Le système
aliments transformés. Bien que la politique alimentaire de commercialisation du bétail en Guinée est également
en Afrique de l’Ouest se soit historiquement concentrée entravé par la détérioration des routes d’accès au marché,
sur les céréales, la croissance de la population urbaine les coûts de transport élevés et les options inadéquates de
guinéenne et l’évolution des régimes alimentaires qui transport (FEWS NET, 2017). Le Plan National d’Investissement
accompagnent la hausse des revenus exigent une plus Agricole et de Sécurité Alimentaire (PNIASA) en 2013 met
grande importance accordée aux produits pour lesquels la l’accent sur la réhabilitation des infrastructures rurales
demande devrait augmenter (Zhou & Staatz, 2016). Notant avec un appel à la construction de 1 500 km de routes par
que les produits périssables nécessitent des systèmes an et à l’amélioration de 3 000 km de routes rurales (FEWS
de commercialisation plus sophistiqués, coordonnés et NET, 2017). Le gouvernement devrait donner suite à cette
exigeants en ressources (avec un besoin d’entreposage intention et, dans la mesure du possible, mettre à niveau
frigorifique et, par conséquent, d’électricité constante), d’autres types d’infrastructures, y compris les marchés
l’attention des politiques et de la recherche devrait être (et les marchés de gros), les installations de stockage,
focalisée sur tous les nœuds de ces chaînes de valeur, y l’électricité, les services de téléphonie mobile et l’accès
compris la production, la transformation, le transport et à Internet. Les systèmes d’information sur les marchés
la commercialisation. Il convient également d’accorder sont un autre outil qui peut être utilisé pour connecter
une attention particulière à l’élevage, car le secteur de les petits agriculteurs et les commerçants informels aux
l’élevage se caractérise par une faible productivité typique marchés urbains (AGRA, 2020).
des systèmes traditionnels de production agropastorale
(FEWS NET, 2017). Pourtant, de 2011 à 2015, le bétail ne Pour entrer sur les marchés d’exportation régionaux,
représentait que 5 pour cent de l’investissement public la Guinée devrait soutenir pleinement la Zone de
total dans l’agriculture, et seulement 14 pour cent des Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf) et y
chercheurs agricoles guinéens ont mené des recherches participer. Selon Zhou et Staatz (2016), il y aura des
sur l’élevage (Domgho, Béavogui, Diawara et Stads, 2017). variations considérables entre les pays d’Afrique de
Compte tenu de la croissance de la demande de produits l’Ouest en termes de produits alimentaires en demande
animaliers en cours en Guinée (Kula et al. 2015, cités dans au cours des prochaines décennies. En outre, les
FEWS NET 2017), une plus grande attention devrait être exercices de cartographie des flux de production et de
accordée à ce secteur. commercialisation alimentaires en Afrique montrent
que les frontières politiques séparent souvent les zones
Il est urgent d’améliorer les infrastructures en Guinée de production excédentaire des marchés alimentaires
rurale. Ce thème est apparu à maintes reprises tout au urbains les plus proches (AGRA, 2020). Un système plus
long de ce chapitre, soulignant l’importance cruciale des fluide de commerce régional pourrait permettre à la
infrastructures en vue d’accroître la productivité agricole, Guinée d’exporter plus facilement les produits qui sont en
permettre aux agriculteurs de commercialiser et faire demande ailleurs et d’importer ce qui est en pénurie chez
croître l’économie rurale non agricole. Le mauvais état elle. La ZLECAf, qui a été officiellement lancée le 1er janvier
des infrastructures rend extrêmement difficile le transport 2021, vise à créer un marché unique dans une Afrique plus
de produits hautement périssables, tels que les légumes intégrée économiquement, à promouvoir l’harmonisation
(FEWS NET, 2017). En fait, environ 20 pour cent des produits des procédures commerciales sur l’ensemble du continent
agricoles guinéens commercialisés pourrissent sur le et à réduire les obstacles qui entravent actuellement le
chemin du marché (Banque mondiale, 2018), en raison commerce alimentaire (AGRA, 2020). La Guinée applique
non seulement de la mauvaise qualité des routes, mais actuellement une franchise de droits de douane sur les
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 119

exportations de produits agricoles domestiques alors vont maintenant du savoir-faire dans l’utilisation des
que les importations de principaux aliments de base, tels technologies modernes à l’utilisation des technologies de
que le riz, la farine de blé et les huiles comestibles, sont l’information et de la communication (TIC) pour accéder à
exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée (FEWS NET 2017). l’information sur le marché et à la vulgarisation. Cependant,
La Guinée a signé et ratifié la ZLECAf (Partenariat Afrique- la Guinée rurale se caractérise par un niveau très élevé
UE, 2019) et devrait participer activement à cet accord. d’analphabétisme (en particulier chez les femmes), et la
qualité de l’éducation et de la formation professionnelle
Pour développer l’économie rurale non agricole, il tend à ne pas produire les compétences les plus
convient d’accorder une attention particulière à la adaptées au marché du travail (Banque mondiale, 2018).
production et aux services liés à l’alimentation, y Les étudiants qui parviennent à fréquenter l’université
compris la transformation, l’emballage, le transport, le reçoivent une éducation principalement théorique, même
stockage, la distribution et la vente au détail d’aliments. si les entreprises guinéennes ont tendance à valoriser
Selon Allen, Heinrigs et Heo (2018), les activités liées à l’expérience pratique (acquise par l’apprentissage) et des
l’alimentation, en particulier le transport d’aliments, la compétences plus pratiques. Il est donc nécessaire de
vente en gros et la vente au détail, représentent 31 pour prévoir une formation plus technique et professionnelle,
cent de l’emploi total non agricole en Afrique de l’Ouest. particulièrement orientée vers les secteurs émergents
Selon l’EHCVM 2018/19, 41 pour cent des entreprises et vers les secteurs d’exportation, tels que les industries
rurales non agricoles en Guinée opèrent dans l’économie minières, de la construction et de l’agriculture (Banque
alimentaire. En outre, les femmes se retrouvent dans les mondiale, 2015).
segments non agricoles de l’économie alimentaire, jouant
un rôle important dans la transformation du riz, du poisson Pour faciliter l’exode rural, les politiques devraient
et de l’huile de palme, et représentant une grande partie encourager le développement de villes secondaires en
des distributeurs d’aliments de base et une majorité de Guinée. La population urbaine en Guinée est inégalement
détaillants alimentaires (FEWS NET, 2017). Les politiques répartie, Conakry étant de loin la plus grande ville.
devraient viser à soutenir les entreprises privées (en Cependant, les petites villes (également appelées villes
particulier les petites et moyennes entreprises (PME)) qui secondaires) jouent un rôle important pour la population
créent effectivement des marchés pour les agriculteurs, rurale et pour les migrants potentiels des zones rurales vers
notant que ces acteurs privés fournissent régulièrement les villes. Pour la plupart des fermes agricoles familiales,
des informations, des crédits, une assistance logistique et les petites villes et les villes secondaires sont les points
d’autres services aux agriculteurs dans le cadre de leurs d’entrée de l’économie alimentaire, où se produisent des
interactions avec le marché (Liverpool-Tasie, et al., 2020). activités non agricoles, telles que la transformation et la
vente en gros (Allen, Heinrigs et Heo, 2018). Les petites villes
Pour faire croître l’économie rurale non agricole, il est sont également susceptibles d’être des destinations plus
également nécessaire de veiller à ce que les jeunes ruraux attrayantes pour les migrants ruraux qui souhaitent rester
reçoivent une formation appropriée en adéquation aux près de chez eux, et si davantage de migrants choisissent
compétences qui sont en demande. À mesure que le de s’installer dans des villes plus petites, cela peut aider
système agroalimentaire se transforme et se modernise, à atténuer la pression de l’immigration sur Conakry. Il
les opportunités d’emploi y afférent exigent un ensemble existe un potentiel pour les décideurs politiques d’aider
de compétences en constante évolution. Les aliments les petites villes à absorber les migrants par le biais de
périssables et transformés nécessitent plus de valeur programmes qui incitent les entreprises à opérer dans
ajoutée à mi-chemin de la chaîne de valeur alimentaire, ces villes, générant plus d’emplois, et par des efforts pour
en particulier autour de la transformation, de l’emballage faciliter aux migrants potentiels l’accès aux opportunités
et des chaînes du froid (Allen et al. 2018). Même au sein d’emploi dans ces petits centres urbains.
de l’agriculture, les compétences nécessaires pour réussir
120 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

CHAPTER 5
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 121

Vulnérabilité et Chocs en Guinée

CHAPITRE 5 5.1. Vulnérabilité à la pauvreté


La vulnérabilité à la pauvreté est définie comme la probabilité qu’un ménage soit
en dessous du seuil de pauvreté à l’avenir. En revanche, la définition statique de la
pauvreté fait référence à l’état de pauvreté actuel d’un ménage sans tenir compte de
la dynamique temporelle de la pauvreté. Pour faire la distinction entre les ménages
qui sont structurellement pauvres et ceux qui sont pauvres en transition mais qui
ont accès à des actifs suffisants pour échapper à la pauvreté (Baulch et Hoddinott,
2000; Barrett, Carter et Chavas, 2018), il convient d’estimer la vulnérabilité à la pauvreté
future dans l’univers de tous les ménages, y compris ceux qui sont pauvres ou pas.

Une mesure de la vulnérabilité à la pauvreté peut être utilisée pour estimer l’ampleur
dans laquelle la vulnérabilité d’un ménage est induite par la pauvreté ou le risque.
Un ménage est qualifié de « structurellement vulnérable » (avec une vulnérabilité
induite par la pauvreté) lorsque sa consommation moyenne attendue se situe en
dessous du seuil de pauvreté (Günther & Harttgen, 2009). C’est le cas des ménages
dont les niveaux de consommation sont constamment faibles, qui à leur tour sont
enracinés dans de faibles niveaux de capital physique et humain. D’autre part, un
ménage est qualifié de « vulnérable induit par le risque » lorsque sa consommation
moyenne attendue se situe au-dessus du seuil de pauvreté, mais une forte volatilité de
la consommation fait que le ménage est classé comme pauvre (Günther & Harttgen,
2009). La somme de la vulnérabilité induite par la pauvreté et de la vulnérabilité induite
par le risque mesure le taux global de vulnérabilité à la pauvreté. Il est important
d’estimer si les ménages sont plus exposés à la vulnérabilité induite par la pauvreté
ou à la vulnérabilité induite par le risque, car la prédominance de l’un ou l’autre peut
avoir des implications politiques importantes. Par exemple, la vulnérabilité induite
par la pauvreté exige davantage de transferts monétaires et d’autres systèmes de
redistribution de revenus, tandis que la vulnérabilité induite par le risque justifie la
mise en place de marchés d’assurance. De plus, étant donné que la vulnérabilité à la
pauvreté est étroitement liée à l’exposition d’un ménage aux chocs, nous pouvons
estimer la part de la vulnérabilité induite par le risque qui est attribuée aux chocs
covariants et idiosyncratiques. Les chocs covariants affectent tout le monde dans une
zone géographique définie en même temps, tandis que les chocs idiosyncratiques
varient d’un individu ou d’un ménage à l’autre et ont des effets distincts.
122 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

En utilisant les données de l’EHCVM 2018/19, nous pour cent des ménages guinéens qui risquent d’être dans
estimons la vulnérabilité à la pauvreté en Guinée. Nous la pauvreté à l’avenir, comme l’indique la vulnérabilité
utilisons une méthode d’estimation mise au point par élevée à la pauvreté.30 Environ 48 pour cent des Guinéens
Gunther et Harttgen (2009) afin d’estimer la moyenne et sont à la fois pauvres (sur la base de la consommation
la variance attendues de la consommation en utilisant courante par rapport au seuil de pauvreté national de la
des informations sur les caractéristiques des ménages Guinée) et vulnérables à la pauvreté (Figure 82).31 Dans
et des communautés (voir le Tableau A-5 pour une brève le même temps, parmi ceux qui sont classés comme non
description des variables). Tout d’abord, nous quantifions pauvres sur la base du seuil de pauvreté, 16 pour cent sont
la vulnérabilité à la pauvreté et examinons ses sources vulnérables à la pauvreté. Au niveau national, seulement
(pauvreté ou risque induit). Ensuite, nous identifions les environ 38 pour cent des individus ne sont ni pauvres ni
déterminants de la vulnérabilité à la pauvreté à l’aide vulnérables à la pauvreté, selon le modèle estimé. Les
d’une analyse de régression. chocs idiosyncratiques dominent parmi les types de chocs
qui entraînent la vulnérabilité. Le taux de vulnérabilité
Environ 63 pour cent des Guinéens sont vulnérables à la
associé aux chocs idiosyncratiques est d’environ 62 pour
pauvreté. Selon la mesure statique de la pauvreté (le taux
cent, contre 52 pour cent pour les chocs covariants (Figure
de pauvreté), environ 44 pour cent des Guinéens sont
83).
pauvres (Figure 81). Cette mesure néglige évidemment 29

Figure 81. Taux de pauvreté et de vulnérabilité par zone de Figure 82. Chevauchement entre vulnérabilité et pauvreté
résidence selon la zone de résidence

16%
Conakry
20% Conakry 11% 9% 80%

Autre urbain 28%


Autre urbain 23% 14% 62%
38%

55%
Rural Rural 64% 18% 19%
81%

44% Guinée 48% 16% 37%


Guinée
63%

0% 20% 40% 60% 80% 100% 0% 20% 40% 60% 80% 100%

Taux de pauvreté réel Taux de vulnérabilité Pauvre et vulnérable


Pas pauvre et vulnérable
Pas pauvre et pas vulnérable

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

30 Il convient de noter que le taux de pauvreté et le taux de vulnérabilité ne doivent pas être additionnés, car il s’agit de mesures distinctes de la
pauvreté. Pour classer les ménages comme vulnérables à la pauvreté, nous avons choisi un seuil de 29 pour cent, au-dessus duquel un ménage est considéré
comme vulnérable à la pauvreté.
31 Le taux de pauvreté « réel » est basé sur le seuil de pauvreté national guinéen de 5 006 362 GNF par habitant et par an. Le taux de vulnérabilité
est basé sur un modèle de consommation qui exploite les caractéristiques des ménages et des communautés pour estimer la vulnérabilité à la pauvreté.
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 123

Figure 83. Vulnérabilité attribuée aux chocs covariants et aux chocs idiosyncratiques

19%
Conakry
13%

Autre urbain 36%


27%

81%
Rural
69%

62%
Guinée
52%

0% 20% 40% 60% 80% 100%

Vulnérabilité idiosyncratique Vulnérabilité covariable

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

Les ménages ruraux sont extrêmement vulnérables à la cent dans les zones rurales, contre 36 et 19 pour cent dans
pauvreté en Guinée. Environ 81 pour cent de la population les autres zones urbaines et Conakry, respectivement. Le
rurale est vulnérable à la pauvreté, contre 38 pour cent taux de vulnérabilité aux chocs covariants est de 69 pour
des autres citadins et 20 pour cent des individus à cent dans les zones rurales, mais de 27 pour cent et de
Conakry. Les populations rurales représentant plus de 13 pour cent dans les autres zones urbaines et à Conakry,
la moitié de la population, cela implique qu’il existe une respectivement. Cependant, l’impact relatif du choc
forte concentration de vulnérabilité à la pauvreté dans covariant est plus important dans les zones rurales parce
les zones rurales (voir l’annexe A-7 sur la répartition des que le ratio idiosyncratique/covariant de la vulnérabilité
caractéristiques démographiques des ménages). Il existe est plus faible dans les zones rurales (1,2) que dans les
un contraste frappant entre les zones urbaines (y compris zones urbaines (1,4). Ainsi, les chocs covariants ont un
Conakry) et les zones rurales si l’on considère la part des impact relativement plus important sur la vulnérabilité
populations qui ne sont ni pauvres ni vulnérables à la des ménages ruraux, tandis que l’impact relatif des chocs
pauvreté. Seulement 19 pour cent des populations rurales idiosyncratiques est plus important chez les ménages
ne sont ni pauvres ni vulnérables à la pauvreté. Ce taux est urbains.
beaucoup plus élevé à Conakry, 80 pour cent des individus
n’étant ni pauvres ni vulnérables. La vulnérabilité structurelle ou induite par la pauvreté
domine, en particulier dans les zones rurales. Environ 48
La vulnérabilité aux chocs covariants est responsable pour cent des personnes sont exposées à une vulnérabilité
d’une plus grande proportion de la vulnérabilité globale induite par la pauvreté, tandis que 16 pour cent sont
dans les zones rurales, comparées aux zones urbaines. La confrontées à une vulnérabilité induite par le risque
décomposition de la vulnérabilité en chocs idiosyncratiques (Figure 86).32 Dans les zones rurales, 64 pour cent de la
et covariants montre que les chocs idiosyncratiques ont un population est soumise à une vulnérabilité induite par la
impact plus important que les chocs covariants. Le taux pauvreté, contre environ 18 pour cent qui sont confrontés
de vulnérabilité idiosyncratique estimé est de 81 pour à une vulnérabilité induite par le risque. Dans d’autres

32 La vulnérabilité induite par la pauvreté, ou pauvreté structurelle, reflète des niveaux de consommation constamment faibles, qui à leur tour sont
enracinés dans de faibles niveaux de capital physique et humain. Pendant ce temps, la vulnérabilité induite par le risque est entraînée par la volatilité de la
consommation.
124 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Figure 84. Taux de vulnérabilité et de pauvreté par région Figure 85. Taux covariants et idiosyncratiques de vul-
nérabilité par région
100% 100%
80% 80%

60% 60%

40% 40%

20% 20%

0% 0%
Boké

Conakry

Faranah

Kankan

Kindia

Labé

Mamou

N’Zérékoré

Boké

Conakry

Faranah

Kankan

Kindia

Labé

Mamou

N’Zérékoré
Taux de pauvreté réel Taux de vulnérabilité Vulnérabilité idiosyncratique Vulnérabilité covariable

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

Figure 86. Taux de vulnérabilité induits par le risque et la Figure 87. Taux de vulnérabilité induits par le risque et la
pauvreté en Guinée pauvreté par région
100% 100%
80% 80%
16%
60% 16%
60%

40% 64% 40%


14% 48%
20% 9% 20%
23%
11%
0% 0%
Conakry Autre urbain Rural Guinée
Boké

Conakry

Faranah

Kankan

Kindia

Labé

Mamou

N’Zérékoré
Vulnérabilité induite par Vulnérabilité induite par la Vulnérabilité induite par Vulnérabilité induite par la
le risque pauvreté le risque pauvreté

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

zones urbaines et à Conakry, nous observons une tendance La vulnérabilité induite par la pauvreté est la plus
similaire, mais dans une moindre mesure, avec un ratio de grande dans les régions de Faranah et de N’Zérékoré. La
vulnérabilité induite par la pauvreté / vulnérabilité induite vulnérabilité induite par la pauvreté est entre 1,3 et 4,6 fois
par le risque de 3,6 dans les zones rurales contre 1,6 et 1,3 plus élevée que la vulnérabilité induite par le risque dans
dans les autres zones urbaines et Conakry, respectivement. toutes les régions (Figure 87). À Faranah et à N’Zérékoré,
Cela signifie que la vulnérabilité induite par la pauvreté la vulnérabilité induite par la pauvreté est respectivement
est 3,6 fois plus élevée que la vulnérabilité induite par 4,4 et 4,6 fois supérieure à la vulnérabilité induite par le
le risque dans les ménages ruraux. Le niveau élevé de risque. En revanche, la vulnérabilité induite par le risque
vulnérabilité induite par la pauvreté reflète la faiblesse du a un impact relativement plus important sur la population
capital humain et la faible accumulation d’actifs, rendant de Conakry et de la région de Mamou.
les ménages moins résistants aux chocs (Günther &
Harttgen, 2009).
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 125

Figure 88. Probabilité d’être vulnérable à la pauvreté

Rural
La taille du ménage
Nombre d’enfants de moins de 14 ans
Âge du chef de ménage (ans)
Ménage dirigé par une femme
Pas d’éducation (tête)
Enseignement primaire (chef)
Enseignement secondaire (chef)
Travaille dans l’industrie primaire (chef)
Travaille dans l’industrie minière (chef)
Travaille dans une autre industrie (chef)
Propriétaire d’entreprise (chef)
Chômeur (chef)
Possède du bétail
A un compte bancaire

-.3 -.2 -.1 0 .1 .2 .3


Effets marginaux moyens avec IC à 95 %
Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19
Notes: La figure montre les effets marginaux à partir d’une régression logit avec des intervalles de confiance de 95 cents.

5.2. Apparition de chocs pour cent de la population. Comparés aux populations des
pays de référence comme le Bénin (81 pour cent), le Mali
Les chocs sont une préoccupation majeure pour tous les (71 pour cent) et le Sénégal (48 pour cent), les Guinéens
Guinéens, en particulier les chocs idiosyncratiques et s’en sortent moins bien en termes d’exposition aux chocs.
surtout pour les ménages ruraux. Environ 88 pour cent C’est donc l’un des pays les plus vulnérables aux chocs
des Guinéens sont touchés par l’apparition de tout type de dans la région. Voir le Tableau 19 pour la catégorisation des
chocs (Figure 89), avec des différences notables entre les chocs idiosyncratiques et covariants.
zones urbaines et rurales. La probabilité d’être confronté
Les résidents ruraux sont plus susceptibles de faire face
à des chocs est plus grande chez les ménages ruraux (92
à des chocs covariants naturels que leurs pairs des en
pour cent) que chez les ménages urbains (81 pour cent).
zones urbaines. Les résidents ruraux subissent à la fois
Des tendances similaires ont été observées dans les pays
des chocs idiosyncratiques (66 pour cent) et des chocs
du Sahel où les ménages sont souvent confrontés à une
covariants (64 pour cent) à un taux plus élevé que leurs
incidence élevée de chocs répétés (Brunelin, Ouedraogo
pairs des autres zones urbaines et de Conakry. Cependant,
et Tandon, 2020). Au niveau national, les cinq principaux
l’écart d’exposition aux chocs entre les zones rurales et les
chocs qui affectent les Guinéens sont la maladie ou les
résidents de Conakry et d’autres zones urbaines est plus
blessures graves d’un membre du ménage (36 pour cent),
important pour les chocs covariants (33 à 26 points de
les prix élevés des denrées alimentaires (31 pour cent),
pourcentage) que pour les chocs idiosyncratiques (14 à 6
le décès d’un membre du ménage (23 pour cent), le vol
points de pourcentage). Cette différence pourrait être liée
d’argent/ d’actifs / production (12 pour cent) et les taux
à l’hétérogénéité des principales activités économiques
élevés de maladies animales (10 pour cent). Trois d’entre
dans les zones rurales par rapport aux zones urbaines, la
eux sont des chocs idiosyncratiques. En effet, l’occurrence
production agricole dominant dans les premières et les
de chocs idiosyncratiques, qui affectent 65 pour cent de la
secteurs secondaire ou tertiaire dans les secondes. Les
population, domine les chocs covariants, qui affectent 54
126 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

chocs économiques covariants, comme les prix élevés des démographiques idiosyncratiques touchent environ 52
denrées alimentaires, touchent également les résidents pour cent des ménages guinéens : 55 pour cent dans les
ruraux et urbains, bien que les taux de chocs covariants zones rurales et autres zones urbaines et 37 pour cent
naturels et de violence diffèrent (Figure 90). En effet, en à Conakry (Figure 90). Les principaux types de chocs
raison de leur dépendance à l’égard de la production démographiques idiosyncratiques sont les maladies ou
végétale et animale, les résidents ruraux sont plus exposés les blessures graves et le décès d’un membre du ménage,
à des taux élevés de maladies animales (15 contre 2 pour qui sont tous deux plus élevés chez les résidents ruraux
cent dans d’autres zones urbaines et moins de 1 pour cent à que chez les résidents urbains. Ces types de chocs ont des
Conakry), à des sécheresses/précipitations irrégulières (12 implications désastreuses pour les activités économiques
pour cent contre 2 pour cent dans d’autres zones urbaines qui dépendent fortement du travail familial. Avec la faiblesse
et moins de 1 pour cent à Conakry) et à des taux élevés de des marchés du travail et les contraintes de liquidité pour
maladies des cultures (11 pour cent contre 1 pour cent dans embaucher de la main-d’œuvre, un travailleur en situation
d’autres zones urbaines et zéro pour cent à Conakry). En d’incapacité est incapable de participer à des activités de
outre, l’apparition de conflits entre agriculteurs et éleveurs production agricole ou au fonctionnement d’entreprises
est répandue dans les zones rurales. familiales non agricoles. Cela a des conséquences directes
sur la sécurité alimentaire et les activités informelles non
Les chocs démographiques idiosyncratiques prévalent génératrices de revenus.
en Guinée et ont probablement des effets néfastes
sur la conduite des activités économiques. Les chocs

Tableau 19. Définitions des chocs covariants et idiosyncratiques à l’aide de l’EHCVM 2018/19

Chocs idiosyncratiques Chocs covariants

Maladie ou blessure grave d’un membre du ménage Naturel Sécheresse/précipitations irrégulières


Démographique Décès d’un membre du ménage Inondation
Divorce/séparation Feu
Économique Fin des transferts réguliers depuis d’autres ménages Taux élevé de maladies des cultures
Perte importante de revenu non agricole Taux élevé de maladies animales
Faillite d’une entreprise non agricole Attaques de criquets ou autres
ravageurs
Perte importante de revenus salariaux
Éboulement
Perte d’emploi salarié
Économique Baisse significative du prix à la
Vol d’argent, d’actifs, de production ou d’autres
production
biens
Prix élevés des intrants

Prix élevés des denrées alimentaires


Liés à la violence Conflit entre agriculteurs et pasteurs
Conflits armés/violence/insécurité

Source: Cadre élaboré par le personnel de la Banque mondiale sur la base de l’EHCVM 2018/19.
Note: La question suivante a été posée aux sondés de l’EHCVM : « Au cours des trois dernières années, le ménage a-t-il été affecté négativement
par le problème suivant ? » L’ampleur de chaque choc est sujette à l’interprétation de chaque sondé, ce qui signifie que chaque sondé a déterminé
subjectivement si le choc était important.
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 127

Figure 89. Apparition de chocs covariants et Figure 90. Apparition de chocs covariants et
idiosyncratiques par emplacement idiosyncratiques selon les types et l’emplacement

Rural Choc covariable de violence

Choc covariable
Choc covariable économique
Autre urbain

Choc covariable naturel


Conakry

Choc idiosyncratique
Choc idiosyncratique
économique
Guinée
Choc idiosyncratique
démographique

0% 20% 40% 60% 80% 100% 0% 20% 40% 60%

Choc covariable Rural Conakry


Choc idiosyncratique Autre urbain Guinée
Tout choc

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

Les régions de Mamou, N’Zérékoré et Faranah sont les plus Les chocs démographiques idiosyncratiques dominent
touchées par l’apparition de chocs. Mamou, N’Zérékoré dans toutes les régions, mais cela s’accompagne souvent
et Faranah ont la plus forte proportion de résidents qui de niveaux variables d’exposition à d’autres types de
signalent l’occurrence de chocs (Figure 91). Cela contraste chocs. Les ménages de N’Zérékoré sont de loin les plus
avec Kindia et Conakry, les régions les moins touchées où exposés aux chocs démographiques idiosyncratiques,
moins de 80 pour cent des ménages sont confrontés à des suivis de ceux de Faranah. Entre 45 et 49 pour cent des
chocs. L’exposition aux chocs idiosyncratiques est la plus ménages dans les deux régions déclarent faire face à une
élevée dans les régions de N’Zérékoré et de Faranah, ce maladie grave ou à une blessure d’un membre du ménage.
qui explique probablement les taux élevés de vulnérabilité Outre les chocs démographiques idiosyncratiques, les
induits par la pauvreté dans ces régions. Bien que la chocs économiques affectent le plus les ménages de la
fréquence des chocs idiosyncratiques soit plus importante région de Boké, car près de 1 ménage sur 5 signale le vol
que celle des chocs covariants dans la plupart des régions, d’argent/ d’actifs / de production. La région de Mamou se
les ménages de Mamou et de Labé sont plus touchés distingue par la plus forte incidence de chocs covariants
par les chocs covariants. Les chocs idiosyncratiques naturels, entraînée par des taux élevés de maladies
sont donc des facteurs importants du niveau global animales (27 pour cent), de maladies des cultures (19 pour
d’exposition aux chocs en Guinée. Les niveaux relativement cent) et de sécheresse / précipitations irrégulières (11 pour
disparates d’exposition aux types de chocs d’une région cent). Labé, pour sa part, enregistre la plus forte incidence
à l’autre nécessitent des interventions potentiellement de chocs covariants économiques, 3 ménages sur 7 étant
différenciées pour soutenir les ménages. touchés par les prix élevés des aliments. Les ménages de
la région de Faranah sont les plus touchés par les conflits
entre agriculteurs et éleveurs (8 pour cent).
128 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Figure 91. Apparition de chocs covariants et idiosyncratiques par région

100%
80%

60%

40%

20%

0%
Conakry Kindia Boké Kankan Labé Faranah N’Zérékoré Mamou

Tout choc Choc idiosyncratique Choc covariable

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

Figure 92. Apparition de chocs covariants et idiosyncratiques par type et par région

80%

60%

40%

20%

0%
Conakry Kindia Kankan Boké Labé Mamou Faranah N’Zérékoré

Choc idiosyncrasique démographique Choc covariable naturel Violence Choc covariable


Choc économique idiosyncrasique Choc covariable économique
Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

Il existe des différences limitées dans la probabilité est légèrement plus élevée pour les ménages dirigés par
d’exposition aux chocs entre les ménages dirigés par les des femmes que pour ceux dirigés par des hommes (Figure
femmes et les hommes. Comparés à la moyenne nationale, 94). Cela s’explique probablement par le fait qu’une plus
les ménages dirigés par une femme ne sont que 2 points de grande proportion de ménages dirigés par une femme (30
pourcentage de plus susceptibles de subir des chocs que pour cent) déclare être touchés par le décès d’un membre
les ménages dirigés par des hommes (Figure 93).33 Alors du ménage, comparativement aux ménages dirigés par des
que le niveau d’exposition aux chocs idiosyncratiques hommes (21 pour cent). D’autre part, les ménages dirigés
est légèrement plus élevé pour les ménages dirigés par par des hommes sont légèrement plus touchés par les
une femme, l’inverse est vrai pour les chocs covariants. chocs covariants économiques et naturels que leurs pairs
Au niveau des chocs idiosyncratiques, la probabilité dirigés par des femmes.
d’exposition à des chocs démographiques idiosyncratiques

33 Il convient de noter que l’enquête ne montre pas si les ménages dirigés par une femme ont été classés comme tels en raison d’un choc auquel ils
ont été confrontés au cours des trois années précédant l’enquête.
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 129

Figure 93. Apparition de chocs covariants et Figure 94. Apparition de chocs covariants et idiosyncratiques
idiosyncratiques selon le sexe du chef de ménage selon les types et le sexe du chef de ménage

Choc covariable Choc covariable de violence

Choc covariable
Choc covariable économique
Choc
idiosyncratique
Choc covariable naturel

Choc idiosyncratique
Tout choc Choc idiosyncratique
économique

0% 50% 100% Choc idiosyncratique


démographique
Ménage dirigé par une femme
Ménage dirigé par un homme
0% 50% 100%
Ménage dirigé par une femme
Ménage dirigé par un homme
Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

Les ménages pauvres sont plus susceptibles de déclarer The probability of exposure to a covariate shock seems to
une exposition à des chocs covariants naturels que les decrease with higher levels of education of the household
ménages non pauvres. Il n’y a qu’une légère différence head. Across levels of educational attainment of household
dans la probabilité d’exposition à des chocs entre les head, the share of households facing idiosyncratic shocks
ménages pauvres et non pauvres (Figure 95). Cependant, ranges from 58 to 70 percent (a range of 12 percentage
la proportion de ménages pauvres (60 pour cent) exposée points). This may indicate that education has a relatively
à des chocs covariants est supérieure de 10 points de low effect on the extent of exposure to idiosyncratic
pourcentage à celle des ménages non pauvres (50 pour shocks. In contrast, a similar comparison for the share of
cent). L’écart est encore plus grand pour les chocs covariants households experiencing covariate shocks reveals a much
naturels, car la proportion de ménages pauvres touchés wider range of 27 percentage points. Households headed
est proche du double de celle des ménages non pauvres by a person with more education are the least likely to
(Figure 96). Le niveau élevé d’exposition des ménages be subject to this category of shocks. This is attributed
pauvres aux chocs covariants naturels n’est pas propre to the fact that only 6 percent of household heads with
à la Guinée, car la même tendance a été documentée au a higher education (post-secondary education) experience
Sahel (Brunelin, Ouedraogo et Tandon, 2020). Inversement, natural covariate shocks, compared to 33 and 23 percent
les ménages non pauvres ont une probabilité légèrement for household heads with no education and primary
plus élevée que les ménages pauvres de faire face à des education, respectively.
chocs économiques covariants et idiosyncratiques. Cela
soulève la nécessité d’investiguer davantage les options
politiques qui tournent autour des taux élevés de maladies
des cultures et des animaux, ainsi que des systèmes de
protection sociale adaptés à la sécheresse dans le contexte
guinéen.
130 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Figure 95. Apparition de chocs covariants et Figure 96. Apparition de chocs covariants et
idiosyncratiques selon le statut de pauvreté idiosyncratiques selon les types et le statut de pauvreté

Choc covariable Choc covariable de violence

Choc covariable
Choc covariable économique
Choc
idiosyncratique
Choc covariable naturel

Choc idiosyncratique
Tout choc Choc idiosyncratique
économique

0% 20% 40% 60% 80% 100% Choc idiosyncratique


démographique
Pauvre
0% 10% 20% 30% 40% 50% 60%
Non-pauvre
Pauvre
Non-pauvre
Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

La probabilité d’exposition à un choc covariant semble services. Plus de 90 pour cent des chefs de ménage dans
diminuer avec des niveaux de scolarité plus élevés du l’agriculture sont exposés à des chocs. Comme prévu, ces
chef de ménage. Selon les niveaux de scolarité du chef de ménages (71 pour cent) ont également une plus grande
ménage, la proportion de ménages confrontés à des chocs probabilité de faire face à des chocs covariants en raison
idiosyncratiques varie de 58 à 70 pour cent (une fourchette de la nature de leur activité que les ménages dirigés par un
de 12 points de pourcentage). Cela peut indiquer que individu exerçant dans les secteurs des services (40 pour
l’éducation a un effet relativement faible sur l’ampleur cent) ou de l’industrie (40 pour cent).
de l’exposition aux chocs idiosyncratiques. En revanche,
une comparaison similaire sur la proportion des ménages En moyenne, les ménages avec au moins un enfant de
subissant des chocs covariants révèle une fourchette moins de cinq ans ont une exposition légèrement plus
beaucoup plus large de 27 points de pourcentage. Les élevée aux chocs que ceux sans enfants de bas âge.
ménages dirigés par une personne beaucoup plus Environ 90 pour cent des ménages ayant des enfants de
scolarisée sont les moins susceptibles d’être soumis à cette moins de cinq ans déclarent faire face à des chocs, contre
catégorie de chocs. Cela est attribué au fait que seulement 86 pour cent pour ceux qui n’ont pas d’enfants de moins de
6 pour cent des chefs de ménage ayant fait des études cinq ans. Cette différence est plus importante lorsque l’on
supérieures (études postsecondaires) subissent des chocs considère l’exposition à des chocs covariants, les chocs
covariants naturels, comparativement à 33 pour cent et 23 covariants naturels étant le principal type de chocs parmi
pour cent pour les chefs de ménage sans éducation et sans les ménages ayant au moins un enfant de moins de cinq
éducation primaire, respectivement. ans. Cela suggère qu’il s’agit également de ménages qui
exercent des activités agricoles et sont donc soumis à des
Les chefs de ménage employés dans l’agriculture sont taux élevés de maladies animales ou végétales, ainsi qu’à
près de six fois plus susceptibles d’être soumis à des des sécheresses / précipitations irrégulières.
chocs covariants naturels que leurs pairs du secteur des
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 131

Figure 97. Stratégies d’adaptation en Guinée

Aide de la famille et des amis


Utiliser les économies
Acheter de la nourriture bon marché
Autres
Réduire la consommation
Emprunt
Vendre du bétail
Actif de vente
Placer les enfants en famille d’accueil
Vendre du stock alimentaire
Aide du gouvernement
Aide de l’ONG

0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70%

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

5.3. Mécanismes d’adaptation Peu de ménages n’utilisent aucune stratégie d’adaptation


en réponse aux chocs. Par rapport aux populations des

Au niveau national, les Guinéens comptent dans pays de référence, peu de Guinéens répondent aux chocs

l’ensemble sur des stratégies d’adaptation informelles avec une stratégie d’adaptation. En effet, seulement 2 pour

basées sur l’assistance et l’épargne personnelle en cas de cent n’ont adopté aucune stratégie d’adaptation, alors

choc. Les stratégies d’adaptation peuvent être classées en qu’au Mali, cette statistique est de 14 pour cent et jusqu’à

trois groupes : (i) la consommation (par exemple, réduire 29 pour cent au Sénégal. Les ménages de Conakry (4 pour

la consommation) ; ii) les actifs (vente d’actifs) ; et iii) l’aide cent) sont plus susceptibles de ne pas adopter de stratégie

(transferts gouvernementaux, aide de la famille) (Heltberg, d’adaptation que leurs pairs des autres zones urbaines et

Hossain, Reva et Turk, 2012). Environ 65 et 63 pour cent des rurales (2 pour cent). Il n’y a pas de différences majeures

ménages se sont tournés vers leur famille et leurs amis entre les ménages pauvres et non pauvres lorsque

ou ont eu recours à leurs épargnes, respectivement, pour l’on considère l’absence de stratégies d’adaptation, et

faire face aux chocs (Figure 97). Par rapport à des pays seulement une légère différence entre les ménages dirigés

comme le Mali (40 pour cent) et le Sénégal (22 pour cent), par une femme (1 pour cent) et les ménages dirigés par un

les ménages guinéens sont plus susceptibles d’utiliser leur homme (2 pour cent).

épargne en cas de chocs. C’est également le cas lorsqu’il


L’achat d’aliments bon marché, la réduction de la
s’agit de recourir à la famille et aux amis en cas de chocs,
consommation et l’emprunt d’argent apparaissent
car 35 et 28 pour cent des ménages au Mali et au Bénin,
également comme des mécanismes d’adaptation clés,
respectivement, reçoivent l’aide de parents et d’amis. Ainsi,
en particulier au sein des ménages ruraux. Au niveau
les ménages guinéens se rabattent sur des mécanismes
national, entre 13 et 27 pour cent des ménages ont recours
d’adaptation informels à un rythme plus élevé que les
à ces stratégies (Figure 97). Dans les zones rurales, 1
ménages des pays de référence.
ménage sur 3 achète des aliments bon marché en réponse
132 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Figure 98. Stratégies d’adaptation par région

100%
80%

60%

40%

20%

0%
Boké Conakry Faranah Kankan Kindia Labé Mamou N’Zérékoré

Réduire la consommation Emprunt Bétail Acheter de la nourriture bon marché


Autres Utiliser les économies Aide de la famille et des amis

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

aux chocs, contre 1 sur 4 dans les autres zones urbaines Les ménages dirigés par une femme reçoivent de l’aide
et seulement 1 sur 6 à Conakry. L’emprunt est également de la famille et des amis à un taux plus élevé que les
plus répandu en tant que stratégie d’adaptation parmi ménages dirigés par des hommes en réponse aux chocs.
les ménages ruraux (15 pour cent) que parmi les ménages Les ménages dirigés par des femmes sont 15 points de
urbains (13 pour cent dans d’autres zones urbaines et pourcentage plus susceptibles que ceux dirigés par des
seulement 2 pour cent à Conakry). La vente de bétail est hommes de compter sur leur famille et leurs amis pour
presque exclusivement utilisée par les ménages ruraux faire face à l’impact des chocs (Figure 99). Ils ont également
(7 pour cent) en cas de chocs. Une stratégie telle que la tendance à acheter des aliments bon marché un peu plus
réduction de la consommation, qui est pratiquée par 17 souvent que les ménages dirigés par des hommes. Les
pour cent des résidents ruraux, aide certainement les choix différenciés de mécanismes d’adaptation entre les
ménages à surmonter l’impact négatif d’un choc à court ménages dirigés par des hommes et des femmes reflètent
terme. Cependant, à long terme, cela a probablement des probablement les types d’options disponibles pour chaque
effets néfastes sur le bien-être économique et social. En groupe. En effet, il n’est pas surprenant qu’une plus grande
particulier, la réduction de la consommation peut avoir un proportion de ménages dirigés par des hommes utilisent
impact négatif sur la croissance et le développement des leur épargne par rapport aux ménages dirigés par des
enfants (Barrett, Carter et Chavas, 2018). femmes. Cela s’explique peut-être par le fait que les
ménages dirigés par une femme ont tendance à épargner
Bien que les ménages aient tendance à adopter des moins que leurs pairs masculins.
stratégies d’adaptation similaires dans toutes les régions,
la vente de bétail, la réduction de la consommation et Les ménages pauvres comptent sur toutes les formes
le placement d’enfants en famille d’accueil sont plus de stratégies d’adaptation à un rythme légèrement plus
fréquents dans certaines régions que dans d’autres. élevé que les ménages non pauvres, à l’exception de
Environ 13 et 5 pour cent des ménages de la région de l’épargne. Les trois principales stratégies d’adaptation
Mamou vendent du bétail et placent des enfants en famille parmi les ménages pauvres, qui reflètent étroitement la
d’accueil, respectivement, en réponse à un choc ; 31 et 40 tendance observée au niveau national, sont l’aide de la
pour cent réduisent la consommation et achètent des famille et des amis, l’utilisation de l’épargne et l’achat
aliments bon marché, respectivement, dans la région de de nourriture bon marché (Figure 100). L’écart entre la
Kindia (Figure 98). proportion des ménages pauvres et non pauvres qui se
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 133

Figure 99. Stratégies d’adaptation selon le sexe du chef de ménage

Aide de la famille et des amis


Utiliser les économies
Acheter de la nourriture bon marché
Autres
Réduire la consommation
Emprunt
Vendre du bétail
Placer les enfants en famille d’accueil
Actif de vente
Aide de l’ONG
Vendre du stock alimentaire
Aide du gouvernement

0% 20% 40% 60% 80% 100%


Ménage dirigé par une femme Ménage dirigé par un homme
Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

rabattent sur leur épargne en cas de choc est le plus élevé. péril l’accumulation de richesse au fil du temps, parfois
En effet, il apparaît que les ménages non pauvres ont une nécessaire pour maintenir les ménages au-dessus du seuil
plus grande capacité à constituer un fonds d’urgence en de pauvreté (Brunelin, Ouedraogo et Tandon, 2020). Les
prévision de la saison pluvieuse ou des temps difficiles, ménages de Conakry sont plus exposés à cette menace
ce qui leur permet de bénéficier de cette stratégie en cas que ceux des autres zones urbaines et des zones rurales.
de choc. La probabilité d’adopter une stratégie d’adaptation
préjudiciable à la suite d’un choc covariant naturel est
Les ménages sont plus susceptibles d’adopter des également élevée, comme le rapportent 28 pour cent
stratégies d’adaptation négatives à la suite de chocs des ménages au niveau national et 31 pour cent dans les
démographiques idiosyncratiques, notamment à Conakry. zones rurales. Quant à l’apparition de chocs économiques
Les stratégies d’adaptation négatives les plus récurrentes idiosyncratiques, elle tend à déclencher l’adoption de
sont la vente de bétail ou d’actifs et le placement d’enfants stratégies d’adaptation négatives chez les autres résidents
en famille d’accueil.34 Environ 38 pour cent des ménages urbains (31 pour cent). Cela est similaire à la réalité des
confrontés à des chocs démographiques idiosyncratiques pays de référence tels que la Côte d’Ivoire et le Togo, où
ont recours à des stratégies qui ont des effets néfastes l’exposition aux chocs covariants économiques conduit
à long terme sur leur bien-être (Figure 102). En effet, également à l’adoption de mécanismes d’adaptation
l’adoption de stratégies d’adaptation négatives met en négatifs.

34 L’ensemble des stratégies d’adaptation négatives pris en compte dans ce texte sont le mariage précoce, le travail des enfants, le retrait des
enfants de l’école, la migration des membres du ménage, la réduction des dépenses de santé et d’éducation, la vente d’actifs durables, la vente de terres
/ biens immobiliers, la vente de bétail, le placement d’enfants en famille d’accueil. Outre la vente de bétail ou d’actifs ou la mise en famille d’accueil, les
autres stratégies sont adoptées par moins de 1 pour cent des ménages.
134 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Figure 100. Stratégies d’adaptation par statut de pauvreté

Aide de la famille et des amis


Utiliser les économies
Acheter de la nourriture bon marché
Autres
Réduire la consommation
Emprunt
Vendre du bétail
Actif de vente
Placer les enfants en famille d’accueil
Vendre du stock alimentaire
Aide de l’ONG
Aide du gouvernement

0% 20% 40% 60% 80%

Pauvre Non-pauvre

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19

Les baisses des niveaux de revenus et d’actifs, suivies Les baisses des indicateurs de bien-être, tels que la
de baisses des stocks alimentaires, sont fréquentes à la production végétale et l’élevage, sont plus importantes
suite de chocs. Environ 87 pour cent et 85 pour cent des chez les ménages pauvres des zones rurales, ceux qui
ménages connaissent une baisse de leur revenu et de travaillent dans le secteur agricole et ceux qui ont un
leurs actifs, respectivement, à la suite de chocs (Figure chef non scolarisé. En effet, l’écart dans la proportion
101). Ceci est similaire à l’effet des chocs dans les pays de des ménages qui signalent une baisse de la production
référence tels que le Bénin et le Togo, où des proportions agricole et du bétail est de 35 et 22 points de pourcentage,
similaires de ménages subissent des baisses de revenus respectivement. Cela n’est pas surprenant étant donné que
et d’actifs à la suite de chocs. La proportion de ménages la production végétale et animale domine dans les zones
signalant une baisse des stocks alimentaires à la suite rurales. La même tendance est évidente à tous les niveaux
de chocs est également considérable, car elle touche 69 d’éducation, avec une plus grande proportion de ménages
pour cent des ménages. Dans un contexte caractérisé par dirigés par une personne non scolarisée signalant une
des taux d’insécurité alimentaire déjà élevés, les chocs baisse de la production agricole et du bétail. Il n’y a pas
contribuent encore à la détérioration de cet indicateur de différences importantes dans l’impact des chocs sur les
pour de nombreux ménages. indicateurs de bien-être entre les sexes ou entre ceux qui
reçoivent et ne reçoivent pas de transferts.
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 135

Figure 101. Réduction des indicateurs de bien-être à la suite Figure 102. Types de chocs qui conduisent à l’adoption de
de chocs mécanismes d’adaptation négatifs

Réserve alimentaire Choc covariable de violence

Choc idiosyncratique
Bétail économique
Diminution de

La production agricole Choc covariable économique

Les atouts Choc covariable naturel

Revenu Choc idiosyncratique


démographique

0% 20% 40% 60% 80% 100% 0% 10% 20% 30% 40% 50% 60%

Rural Autre urbain Rural Autre urbain


Conakry National Conakry National

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM
2018/19 2018/19

5.4. Impact de l’épidémie de COVID-19 Les types de chocs pris en compte dans le HFPS mené
à la suite de l’épidémie de COVID-19 sont légèrement

La Banque mondiale, en collaboration avec l’Institut différents des chocs définis dans l’enquête EHCVM

National de Statistique de Guinée, a mis en œuvre 2018/19. La période de rappel est également différente.

une enquête téléphonique à haute fréquence (HFPS) Néanmoins, la liste suivante des chocs idiosyncratiques
35

représentative au niveau national pour évaluer l’impact et covariants a été créée pour permettre de comparer les

de la pandémie sur les ménages. Ces enquêtes ciblent un données du HFPS avec celles de l’enquête EHCVM.

sous-échantillon de 2 409 ménages précédemment inclus


En septembre-octobre 2020, environ 74 pour cent des
dans la dernière enquête nationale auprès des ménages
ménages guinéens ont été exposés à des chocs. Les
(EHCVM) en 2018/19. La première vague de l’enquête a eu
ménages de Conakry ont été touchés dans une moindre
lieu entre juillet et août 2020, la deuxième entre septembre
mesure que ceux des autres zones urbaines et rurales
et octobre 2020 et la troisième entre octobre et novembre
(Figure 103). Sans surprise, l’impact des chocs covariants,
2020. La collecte de données couvrait Conakry, ainsi que
en particulier des chocs covariants économiques, est plus
d’autres zones urbaines et rurales. L’analyse ci-dessous
prononcé. Encore une fois, à Conakry, moins de ménages ont
exploite des sections des trois cycles d’enquête pour
souffert de chocs covariants économiques. Les prix élevés
évaluer l’impact de la pandémie sur les ménages.

35 La période de rappel pour l’EHCVM 2018/19 était de plus de trois ans avant la date de l’enquête, alors que dans le HFPS, elle est « depuis le début
du mois de mars 2020 ».
136 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Tableau 20. Définition des chocs idiosyncratiques et covariants dans l’enquête téléphonique à haute fréquence

Chocs idiosyncrasiques Chocs covariants

Décès ou invalidité d’un membre adulte actif du Naturel Criquets ou autres parasites
ménage Économique Baisse significative du prix à la
Démographique Décès d’une personne qui envoie de l’argent au production
ménage Prix élevés des intrants
Maladie d’un salarié du ménage
Prix élevés des denrées alimentaires
Économique Perte d’une connaissance importante
Perte d’emploi salarié
Faillite d’une entreprise non agricole
Vol d’argent, d’actifs, de production ou d’autres
biens
Mauvaise récolte due au manque de main-d’œuvre

Source: Cadre élaboré par le personnel de la Banque mondiale sur la base du HFPS.

des denrées alimentaires sont le principal choc covariant ménage (16 pour cent), tandis que leurs pairs masculins
économique, car affectant 56 pour cent des ménages. Sur sont confrontés à des chocs covariants tels que les prix
la base des sexes, les ménages dirigés par une femme élevés des intrants (15 pour cent). Il n’y a pas de différences
sont plus susceptibles de déclarer être confrontés à des notables dans l’incidence des chocs entre les ménages
chocs idiosyncratiques tels que la maladie d’un salarié du pauvres (72 pour cent) et non pauvres (75 pour cent).

Figure 103. Survenance de chocs pendant la pandémie

Choc covariable Choc covariable économique

Choc Choc covariable naturel


idiosyncratique

Choc idiosyncratique
Tout choc économique

0% 20% 40% 60% 80% Choc idiosyncratique


démographique

0% 20% 40% 60% 80%

Rural Autre urbain Rural Autre urbain


Conakry National Conakry National

Source: Calcul du personnel de la Banque mondiale basé sur le HFPS, septembre-octobre 2020
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 137

La pandémie a déjà un effet dévastateur sur les ménages. Les impacts négatifs de la pandémie sont particulièrement
La période de rappel de l’enquête EHCVM 2018-2019 est évidents en ce qui concerne les moyens de subsistance.
de trois ans, mais dans le HFPS, la période de rappel est Entre juillet et août 2020, environ 19 pour cent des
comprise entre cinq et six mois, selon le moment où les sondés avaient cessé de travailler depuis mars, avec
ménages ont été interrogés. Bien qu’une comparaison une proportion légèrement plus élevée parmi les autres
directe ne soit pas appropriée, les résultats nous aident à résidents urbains (26 pour cent) (Figure 104). Lors de la
évaluer dans quelle mesure la pandémie affecte déjà les deuxième série d’enquêtes en septembre-octobre, les
ménages dans les plus brefs délais considérés. Les résultats arrêts de travail sont restés à des niveaux similaires, mais
indiquent que 74 pour cent des Guinéens déclarent avoir avec des proportions plus élevées à Conakry par rapport
été confrontés à des chocs pendant la pandémie, contre à d’autres zones urbaines. Une plus grande proportion de
88 pour cent au moment de l’EHCVM. En outre, les types de ménages dirigés par des hommes ont cessé de travailler en
chocs auxquels les sondés du rapport HFPS sont les plus juillet-août, comparativement aux ménages dirigés par des
confrontés incluent la cherté des denrées alimentaires femmes, et ces niveaux sont demeurés constants d’octobre
(56 pour cent) et des intrants (14 pour cent), à contraster à novembre. La proportion de ménages dirigés par une
avec les maladies ou blessures graves (36 pour cent) et femme qui ont cessé de travailler a légèrement augmenté
la cherté des denrées alimentaires (31 pour cent) dans de près de 5 points de pourcentage entre juillet-août et
l’enquête EHCVM (voir le Tableau A-7 et Tableau A-9 en octobre-novembre. De plus, les sondés qui ont déclaré des
annexe). Une note d’information publiée par le Cadre interruptions d’emploi attribuées à la COVID-19 travaillent
Harmonisé de la Guinée en collaboration avec le Comité principalement dans les secteurs de l’agriculture, de la
Permanent Inter-États pour la Sécheresse au Sahel (CILSS) foresterie et de la pêche (32 pour cent), du commerce
en décembre 2020 souligne également que, par rapport à (11 et 10 pour cent en juillet-août et octobre-novembre,
la période octobre-décembre 2019, les prix des denrées respectivement) et d’autres services (14 et 16 pour cent
alimentaires en 2020 sont plus élevés en raison des en juillet-août et octobre-novembre, respectivement). Les
mesures de confinement liées à la COVID-19 ainsi que des interruptions de travail chez les salariés ont le plus touché
contraintes de transport (CONACILLS, 2020). Les prix des les pauvres de manière disproportionnée, avec une légère
denrées alimentaires devraient maintenir une trajectoire amélioration au fil du temps (40 et 35 pour cent en juillet-
haussière en 2021, ce qui risque de menacer la sécurité août et octobre-novembre, respectivement) (Figure 105).
alimentaire des ménages. Plus précisément, les résultats
du Cadre Harmonisé indiquent que 589 567 personnes Environ un quart des ménages n’ont adopté aucun
ont été contraintes à l’insécurité alimentaire en 2020, et mécanisme d’adaptation à la suite de la pandémie de
que 645 105 personnes supplémentaires pourraient être COVID-19. Cependant, les ménages dirigés par des hommes
poussées dans l’insécurité alimentaire d’ici août 2021. Cela (26 pour cent) et les ménages non pauvres (26 pour cent)
suggère que la hausse des prix des denrées alimentaires sont moins susceptibles de n’avoir pris aucune mesure
est un type important de choc qui doit être traité dans que les ménages dirigés par une femme (16 pour cent)
le pays dans des circonstances normales et pendant les et les ménages pauvres (19 pour cent), respectivement.
périodes de fortes perturbations comme l’épidémie de La proportion des ménages n’ayant adopté aucune
COVID-19. mesure pour faire face à la crise actuelle est environ 12
fois supérieure à celle des ménages qui n’ont rien fait en
réponse aux chocs de l’enquête EHCVM 2018/18.
138 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Figure 104. Situation d’emploi des sondés

100%
80%
60%
40%
20%
0%
Juil-Août Oct-Nov Juil-Août Oct-Nov Juil-Août Oct-Nov Juil-Août Oct-Nov
2020 2020 2020 2020 2020 2020 2020 2020
Guinée Conakry Autre urbain Rural
Le répondant ne travaille pas et n’a pas travaillé avant mars 2020
Le répondant travaille
Le répondant a cessé de travailler (mais travaillait avant mars 2020)
Source: Calcul du personnel de la Banque mondiale basé sur le HFPS, juillet-août et octobre-novembre 2020

Figure 105. Salariés qui ne pouvaient pas se rendre au travail ou travailler à domicile comme d’habitude

50%
40%

30%

20%

10%
0%
Guinée 40 % les plus 60 % les plus Conakry Autre urbain Rural
pauvres riches

Juil-Août 2020 Oct-Nov 2020

Source: Calcul du personnel de la Banque mondiale basé sur le HFPS, juillet-août et octobre-novembre 2020.

Les trois principaux mécanismes d’adaptation sont leurs pairs à Conakry et dans d’autres zones urbaines.
la réduction de la consommation non alimentaire (46 Les ménages dirigés par une femme (53 pour cent) et les
pour cent) et alimentaire (44 pour cent), ainsi que l’aide ménages pauvres (50 pour cent) sont plus susceptibles de
de la famille et des amis (34 pour cent). Ces tendances réduire leur consommation alimentaire que les ménages
sont présentées à la Figure 106. Bien qu’il n’y ait pas de dirigés par des hommes (42 pour cent) et les ménages
différences majeures dans les stratégies d’adaptation non pauvres (42 pour cent). Pratiquement aucun ménage
entre les zones de résidence, certaines hétérogénéités ne déclare avoir reçu de l’aide du gouvernement pour
méritent d’être notées. Les ménages de Conakry sont moins faire face au choc signalé. Cependant, environ 3 pour
susceptibles de recourir à la réduction de toute forme de cent des ménages déclarent recevoir un transfert public,
consommation que leurs pairs des autres zones urbaines cette statistique étant légèrement plus élevée pour les
et rurales. En parallèle, ils se rabattent sur leur épargne plus pauvres à 5 pour cent. Cela suggère l’existence d’un
à un rythme plus rapide. Les ménages ruraux contractent soutien public mais limité en faveur des pauvres.
un prêt auprès d’amis ou de parents plus souvent que
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 139

Figure 106. Stratégies d’adaptation en septembre-octobre 2020

Réduire la consommation non alimentaire

Réduire la consommation alimentaire

Aide de la famille ou des amis

Prendre un prêt auprès d’amis ou de la famille

Chercher un complément de revenu

Utilisation de l’épargne

Acheter à crédit

Vendre la récolte à l’avance

Autre

Vendre des actifs

0% 10% 20% 30% 40% 50% 60%

Rural Autre urbain Conakry All

Source: Calcul du personnel de la Banque mondiale basé sur le HFPS, septembre-octobre 2020

5.5. Conclusion et recommandations même temps, le taux de vulnérabilité à la pauvreté s’élève

stratégiques à 63 pour cent, indiquant qu’une plus grande partie des


ménages risquent de tomber dans la pauvreté à l’avenir.

Consciente des contraintes budgétaires et de capacité Qu’ils se trouvent dans les zones rurales ou urbaines,

en Guinée, cette section donne la priorité aux politiques les ménages sont principalement confrontés à une

liées aux principales conclusions de l’analyse. Par vulnérabilité induite par la pauvreté. En outre, les chocs

conséquent, les options politiques proposées à l’examen covariants ont un impact relativement plus important sur

se focalisent sur la constatation que la vulnérabilité est la vulnérabilité des ménages ruraux, tandis que l’impact

principalement induite par la pauvreté, en particulier dans relatif des chocs idiosyncratiques est plus important chez

les zones rurales. les ménages urbains. À court terme, il convient de donner
la priorité aux politiques ciblant les ménages les plus
À court terme, il sera essentiel de mettre en œuvre des vulnérables et les plus pauvres et aux politiques capables
mesures politiques ciblant les ménages souffrant de de s’attaquer aux causes profondes de la vulnérabilité. Ces
pauvreté chronique dans les zones rurales en vue de politiques devraient cibler les pauvres chroniques dans les
renforcer et d’élargir la couverture des systèmes de zones rurales en fonction des déterminants observables
protection sociale. Le taux de pauvreté actuel indique de la pauvreté (tels que les actifs et le niveau d’éducation).
qu’environ 44 pour cent des Guinéens sont pauvres. Dans le
140 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Ainsi, la prédominance de la vulnérabilité induite par la ménages pauvres par rapport aux ménages non pauvres.
pauvreté, qui est due à la faiblesse du capital humain Compte tenu de l’importance du secteur agricole pour les
et des actifs physiques/d’élevage, exige des systèmes ménages ruraux (et notamment les pauvres), les chocs liés
de protection sociale renforcés et élargis. Ces systèmes au climat ont tendance à limiter ces ménages à s’engager
devraient être en mesure : i) de renforcer le capital dans des activités à faible risque mais peu rentables.
humain et de préserver les gains existants face à différents Dans de telles circonstances, l’offre de polices d’assurance
types de chocs et de crises (climatiques, conflictuels ou contre les risques climatiques, d’assurance indiciel et
économiques) grâce à l’octroi d’une aide au revenu ; ii) d’assurance du bétail peut aider à réduire l’exposition aux
protéger et maintenir le capital humain en facilitant l’accès chocs covariants naturels et à stimuler les investissements
à l’éducation, à la nutrition et aux services de santé des agricoles risqués et rentables. Le développement d’une
enfants ; iii) mettre l’équité au premier plan en mettant agriculture intelligente face au climat est également
l’accent sur la petite enfance, les groupes vulnérables, y nécessaire pour renforcer la résilience des agriculteurs
compris les jeunes (incluant les adolescentes et les jeunes et s’adapter au changement climatique. Cela augmentera
chômeurs) et les femmes ; iv) accroître le rendement des durablement la productivité ainsi que les revenus
investissements sur le marché du travail dans l’éducation agricoles. En outre, l’adoption de régimes de protection
et la formation grâce à des programmes spécialisés pour sociale adaptative (PSA) s’est avérée efficace pour
les compétences de niveau supérieur ; et v) atteindre les compenser l’impact négatif des chocs covariants dans
plus vulnérables en concevant et en mettant en œuvre des d’autres contextes (Abay, Berhane, Hoddinott et Tafere,
plateformes de prestation multisectorielles telles que des 2020) et pourrait également être explorée dans le contexte
registres sociaux intégrés, des systèmes d’identification guinéen, en particulier dans les régions de Mamou et de
fondamentaux et des systèmes de paiement. En outre, Labé qui sont soumises à une forte occurrence de chocs
un engagement fort entre le gouvernement et la Banque covariants naturels. En outre, il est important d’examiner
Mondiale sur le Programme d’Inclusion Productive et les effets des chocs climatiques sur les prix des denrées
de Renforcement des Systèmes (Nafa) en cours sera alimentaires, qui sont les plus susceptibles d’affecter
nécessaire pour renforcer la mise en œuvre et atteindre de manière disproportionnée les citadins pauvres et les
les plus pauvres. Par l’intermédiaire de la Nafa, la Banque personnes vulnérables qui ne sont pas nécessairement
Mondiale soutient le gouvernement dans ses efforts visant pauvres, mais qui peuvent être affectées négativement.
à accroître les revenus et à soutenir le développement du Cela souligne encore l’importance d’étendre les registres
capital humain parmi les ménages pauvres ciblés tout en des programmes de filet sociaux aux pauvres et aux
renforçant les capacités institutionnelles et les systèmes personnes vulnérables dans les zones urbaines.
d’inclusion économique et sociale.
Une autre option politique à moyen terme pourrait
À moyen terme, des efforts pourraient être concentrés consister à renforcer les filets de sécurité sociale pour
sur la modification des politiques de développement faire face au risque de chocs idiosyncratiques dans les
agricole, y compris des mécanismes de protection zones rurales et urbaines. De nombreux ménages sont
sociale adaptatifs, afin de cibler les ménages ruraux touchés par des chocs démographiques idiosyncratiques,
pauvres et chroniques touchés par des chocs covariants comme la maladie grave ou le décès d’un membre du
naturels. Les ménages ruraux sont plus susceptibles ménage. Ces risques sont légèrement plus graves chez les
que leurs pairs urbains d’être gravement touchés par les ménages dirigés par une femme et ceux qui dépendent de
chocs, en particulier les chocs covariants naturels sous l’agriculture ou des entreprises familiales non agricoles.
la forme de taux élevés de maladies des cultures ou des Les programmes de filets sociaux capables de protéger
animaux et, dans une certaine mesure, de sécheresse ou les ménages contre les pertes irréversibles liées à la
de précipitations irrégulières. Il en va de même pour les survenance de chocs défavorables pourraient se concentrer
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 141

sur l’atténuation de l’impact de la maladie ou de la mort négatifs à long terme. Pour répondre rapidement aux chocs,
sur le bien-être économique et social des ménages. Les il faut également être capable d’atteindre efficacement
stratégies de ciblage et d’atteinte des ménages pauvres les pauvres et les personnes vulnérables vivant dans les
et vulnérables pourraient tirer parti du registre social de zones les plus susceptibles d’être touchées par des chocs
l’Agence Nationale pour l’Inclusion Économique et Sociale naturels (tels que des taux élevés de maladies animales
(ANIES), qui est la contrepartie gouvernementale dans la ou végétales, ainsi que des précipitations irrégulières) où
mise en œuvre du programme Nafa. les plus pauvres sont les plus susceptibles de recourir à
des mécanismes d’adaptation négatifs. L’augmentation
À long terme, la Guinée pourrait également utiliser un récente de la production de données dans la région peut
système de protection sociale adaptatif pour aider les être mise à profit pour améliorer la couverture PSA en
ménages à préserver leurs actifs productifs, à réduire la remplissant les registres sociaux nationaux d’informations
variabilité de la consommation et à combler les lacunes sociodémographiques de base actualisées sur les
dans les investissements dans le capital humain. Les pauvres et les personnes vulnérables dans différentes
chocs ont tendance à être suivis d’une baisse significative zones géographiques. Cela facilitera l’identification des
du revenu des ménages, des niveaux d’actifs et des stocks personnes les plus vulnérables et améliorera la couverture
alimentaires. Les transferts directs aux ménages les plus et garantira également la capacité d’accroître l’échelle de
vulnérables pourraient les aider à surmonter l’impact couverture en cas de besoin.
d’événements indésirables sans recourir à des stratégies
qui réduisent leur potentiel productif à long terme. Ceci est Enfin, le déclenchement de la pandémie de COVID-19
particulièrement pertinent lorsque l’on considère l’impact appelle à fournir une aide immédiate pour s’assurer que
des chocs sur les investissements dans l’éducation, la santé les ménages peuvent répondre à leurs besoins de base
et la nutrition des enfants. Par ailleurs, il a également été et accéder aux intrants agricoles. Une grande partie des
démontré que des crises telles que la COVID-19 augmentent ménages guinéens sont actuellement confrontés à des
la fécondité et ralentissent la transition démographique. prix alimentaires élevés, ainsi qu’à des revenus réduits
Cela nécessite des politiques proactives visant à réduire en raison de la perte d’emplois salariés. La situation
les taux de fécondité futurs élevés. Pour être couronnées risque d’être exacerbée si la récente épidémie de virus
de succès, des réponses réalisables doivent être planifiées Ébola n’est pas rapidement contenue. Les transferts en
de manière proactive. Cela nécessite de mobiliser des espèces et en nature aux ménages vulnérables pourraient
fonds ex ante pour les rendre facilement disponibles au apporter un soulagement immédiat à court terme, tandis
niveau décentralisé afin de garantir une réponse rapide que l’investissement dans les infrastructures physiques et
aux chocs avant que les ménages ne recourent à des commerciales pourrait accroître la disponibilité de denrées
stratégies d’adaptation coûteuses ayant des impacts alimentaires abordables à long terme.
142 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

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ANNEXES

A-1. Différence entre l’EHCVM 2018/19 et Différence dans la méthodologie de collecte

l’ELEP 2012 L’EHCVM est une enquête complète qui prend en compte
toutes les dimensions de la pauvreté, tandis que l’ELEP
Différence entre les questionnaires EHCVM et ELEP
est une enquête légère, spécialement conçue pour fournir

• L’EHCVM a une section spéciale qui traite des repas une évaluation succincte de la pauvreté. La collecte

pris à l’extérieur du ménage comme mesure de la des données EHCVM s’est faite en deux phases de 3

consommation alimentaire. Le questionnaire ELEP ne mois chacune (soit 6 mois). La première phase pendant

comprenait pas une telle section. la saison creuse (juillet, août et septembre 2018) et la
deuxième phase pendant la bonne saison (avril, mai, juin
• Un questionnaire communautaire a été conçu pour 2019). En ce qui concerne l’ELEP, la collecte des données
l’EHCVM par opposition à l’ELEP, qui a permis la s’est faite en seulement 35 jours, du 27 février au 5 mars
valorisation des unités d’habitation. 2012. Cette période de collecte ne permet pas de saisir
les paramètres liés à la saisonnalité et aux habitudes
• Pour la consommation alimentaire des ménages, alimentaires des ménages avec le temps. De plus, la
l’EHCVM collecte la quantité consommée au cours des collecte de données pour l’EHCVM a été effectuée sur CAPI
7 derniers jours, tandis que l’ELEP collecte la somme avec le Survey Solutions ; en ce qui concerne l’ELEP, la
dépensée au cours du mois. collecte des données s’est faite sur papier.

• Pour les dépenses non alimentaires, l’EHCVM Différence dans la méthodologie de mesure de la
spécifie les produits en fonction de la fréquence de pauvreté
consommation (7 derniers jours, 30 derniers jours,
3 derniers mois, 6 derniers mois, 12 derniers mois). Contrairement à l’EHCVM, pour la mesure de la pauvreté,
D’autre part, l’ELEP a agrégé tous les produits sans l’ELEP 2012 n’a pas pris en compte les agrégats suivants :
tenir compte de ces fréquences et a collecté les
dépenses mensuelles (pour les produits fréquents). • Repas pris à l’extérieur du ménage

• Consommation alimentaire de fête et de cérémonie

• Pour calculer le seuil de pauvreté, l’EHCVM a utilisé


un panier pour chaque zone agro-écologique (région
naturelle) et environnementale. D’autre part, ELEP a
utilisé un seul panier : le panier national.
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 149

Tableau A-1. Répartition de la Population dans l’EHCVM 2018/19

Lieu de Résidence Région Statut de Pauvreté

Conakry 16% Boké 10% Non pauvre 56%


Autre urbain 20% Conakry 16% Pauvre 44%
Rural 65% Faranah 9%
Kankan 19%
Kindia 15%
Labé 9%
Mamou 7%
N’Zérékoré 15%

Sexe du Chef de Ménage Éducation du Chef de Ménage Secteur d’Emploi du Chef de Ménage

Homme 83% Non Scolarisé 72% Agriculture 52%


Femme 17% Primaire 8% Industrie 15%
Secondaire 12% Services 34%
Supérieure 8%

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19


150 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

A.2. Mesurer les taux de pauvreté de 2018 Tableau A-2. Liste des éléments inclus dans le calcul de
l’agrégat de consommation
La pauvreté monétaire est mesurée en deux étapes : (i) Catégorie Article
calculer l’agrégat de consommation, et (ii) construire
le seuil de pauvreté au niveau national. L’agrégat de Repas dans le ménage
Alimentaire
consommation fait référence à la consommation annuelle Repas à l’extérieur du ménage
des ménages, utilisée comme indicateur d’un niveau Biens et services non durables
de bien-être. Elle est calculée en additionnant la valeur Éducation
de la consommation alimentaire et non alimentaire. Le Santé
Non alimentaire
présente la composition de l’agrégat de consommation. Biens durables (valeur d’usage)
D’une part, les aliments pris dans le ménage sont Coûts du logement
déclarés en quantité provenant de l’achat sur un marché,
Loyer (déclaré ou imputé)
de la production propre des ménages et des cadeaux et
Source: Cadre élaboré par le personnel de la Banque Mondiale.
transferts reçus. Les valeurs des aliments sont également
disponibles si un article est acheté, et cette information
est utilisée pour estimer la consommation de toutes Ravallion (1998). Premièrement, un seuil de pauvreté
sortes. D’autre part, les repas pris à l’extérieur du ménage alimentaire est estimé à partir de la valeur d’un panier
ont été déclarés en valeurs pour les sept derniers jours de denrées alimentaires. Le panier est déterminé
de l’entrevue. Les ménages ont également déclaré par la consommation d’une population de référence,
leurs dépenses pour des articles non alimentaires, tels ce qui exclut les échantillons ayant des niveaux de
que des articles ménagers, ainsi que des dépenses de consommation extrêmes. En Guinée, nous avons utilisé les
santé, d’éducation et le loyer. Certains ajustements sous-échantillons de population du 3ème au 8ème décile.
sont effectués pour estimer la valeur de certaines Le panier alimentaire couvre 90 pour cent des aliments
marchandises. En ce qui concerne les biens durables, les plus consommés pour la population de référence. Le
la valeur d’usage a été estimée en fonction de la valeur seuil de pauvreté alimentaire est la valeur nécessaire
d’acquisition, de l’âge de l’actif, du taux d’inflation et de pour consommer des aliments du panier fournissant
la dépréciation économique. En outre, la valeur du loyer à un individu 2 300 kilocalories par jour ; cela se situe
est imputée aux logements indépendants, aux logements dans la fourchette de la norme internationalement
gratuits et aux valeurs manquantes. L’imputation est acceptée. Deuxièmement, une part des dépenses non
basée sur l’emplacement et les conditions d’hébergement alimentaires est ajoutée au seuil de pauvreté alimentaire
(par exemple, le nombre de chambres, les matériaux pour constituer le seuil de pauvreté. Le seuil national
de construction) et l’accès aux services. L’agrégat de de pauvreté est la moyenne de deux seuils. Le seuil
consommation a ensuite été ajusté avec des déflateurs minimum fait référence à la consommation totale
temporels et spatiaux : le premier prend en compte moyenne des personnes dont la consommation totale se
l’inflation dans le temps et le second est appliqué situe à moins de 20 points de pourcentage du seuil de
pour ajuster les disparités du coût de la vie entre les pauvreté alimentaire, et le seuil maximal fait référence
différentes régions et localités du pays. à la consommation totale moyenne des personnes dont
la consommation alimentaire se situe à moins de 20
Le seuil de pauvreté est la valeur de l’indicateur points de pourcentage du seuil de pauvreté alimentaire.
de bien-être qui permet aux individus de satisfaire Enfin, l’incidence de la pauvreté est calculée comme la
le niveau minimum de leurs besoins vitaux. Notre proportion d’individus dont le niveau de consommation
approche suit le coût des besoins de base proposé dans est inférieur au seuil de pauvreté national.
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 151

A.3. Prédire la pauvreté en 2014 à l’aide et ses corrélats est supposée stable dans le temps. Ces

de la technique d’imputation d’enquête à deux conditions sont essentielles pour que l’imputation
d’enquête à enquête prédise correctement les statistiques
enquête de pauvreté (Newhouse, Shivakumaran, Takamatsu et
Yoshida, 2014). L’ensemble des variables utilisées dans
L’utilisation de l’approche d’imputation d’enquête à
le modèle sur les caractéristiques socio-économiques
enquête dans cette analyse correspondait à la méthode
et démographiques des ménages sont énumérées ci-
d’estimation aréolaire d’Elbers, Lanjouwet Lanjouw (2003)
dessous (TableauA-3). Nous avons également effectué un
et Christiaensen, Lanjouw, Luoto et Stifel (2012). Nous
certain nombre de tests en exécutant le modèle afin de
utilisons cette approche pour générer une consommation
prédire les agrégats de bien-être dans différents sous-
par habitant prédite à partir des données du recensement
échantillons et en comparant les résultats attendus avec
DE 2014 du RGPH. Pour ce faire, nous utilisons à la fois
les agrégats de bien-être réels. Dans l’ensemble, sur la
les informations disponibles sur les caractéristiques
base des résultats des différents tests, le nombre de
des ménages (caractéristiques socio-économiques et
pauvreté prédit présenté à la Figure 1 (ceux correspondant
démographiques) dans les données du recensement de
à 2014, imputés à partir de l’EHCVM) peut servir de bonne
2014 ainsi que les estimations de paramètres obtenues
approximation aux taux de pauvreté contrefactuels en
à partir d’un modèle de consommation estimée à l’aide
2014, ce qui est comparable aux chiffres de pauvreté de
des données EHCVM 2018. Les variables explicatives
2018 et permet de comprendre la tendance de la pauvreté
utilisées dans le modèle doivent être comparables entre
entre les deux périodes.
les deux enquêtes, et la relation entre la consommation

Table A.3. Statistiques sommaires des variables utilisées pour la prévision de l’estimation des petites superficies

Urbain Rural

2014 2018 2014 2018

Chef de ménage – femme 0.16 (0.00) 0.20 (0.01) 0.11 (0.00) 0.15 (0.01)
Âge du chef de ménage 49.0 (0.06) 45.7 (0.32) 50.1 (0.06) 46.3 (0.36)
Chef – célibataire 0.03 (0.00) 0.03 (0.00) 0.01 (0.00) 0.01 (0.00)
Chef – marié 0.92 (0.00) 0.84 (0.01) 0.96 (0.00) 0.92 (0.01)
Chef – veuve/veuf 0.05 (0.00) 0.84 (0.01) 0.03 (0.00) 0.07 (0.01)
Chef – non scolarisé 0.52 (0.00) 0.51 (0.01) 0.85 (0.00) 0.84 (0.01)
Chef – éducation primaire 0.11 (0.00) 0.10 (0.01) 0.07 (0.00) 0.07 (0.01)
Chef – éducation secondaire 0.21 (0.00) 0.21 (0.01) 0.06 (0.00) 0.07 (0.01)
Chef – éducation supérieure 0.16 (0.00) 0.18 (0.01) 0.01 (0.00) 0.02 (0.00)
Chef est employé 0.78 (0.00) 0.88 (0.01) 0.86 (0.00) 0.95 (0.01)
Vit dans une case 0.03 (0.00) 0.02 (0.00) 0.40 (0.00) 0.28 (0.02)
Vit dans une maison individuelle 0.44 (0.01) 0.36 (0.01) 0.30 (0.00) 0.38 (0.02)
Vit sous une tente / abri 0.00 (0.00) 0.00 (0.00) 0.00 (0.00) 0.00 (0.00)
Matériau du toit – béton / tuile 0.02 (0.00) 0.03 (0.00) 0.01 (0.00) 0.00 (0.00)
Matériau du toit – tôle 0.95 (0.00) 0.96 (0.00) 0.59 (0.00) 0.70 (0.02)
Matériau du toit – paille 0.03 (0.00) 0.02 (0.00) 0.40 (0.00) 0.29 (0.02)
152 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Urbain Rural

2014 2018 2014 2018

Matériau du sol – carrelage 0.18 (0.00) 0.27 (0.02) 0.02 (0.00) 0.02 (0.00)
Matériau du sol – ciment 0.73 (0.00) 0.70 (0.02) 0.30 (0.00) 0.50 (0.02)
Accès à l’eau par tuyau 0.64 (0.01) 0.54 (0.02) 0.08 (0.00) 0.06 (0.01)
Accès à l’eau du puits 0.34 (0.01) 0.44 (0.02) 0.69 (0.00) 0.81 (0.01)
Utilise l’électricité pour l’éclairage 0.62 (0.01) 0.86 (0.01) 0.06 (0.00) 0.20 (0.02)
Utilise des toilettes à chasse d’eau 0.12 (0.00) 0.33 (0.02) 0.03 (0.00) 0.05 (0.01)
Utilise des latrines 0.86 (0.00) 0.65 (0.02) 0.67 (0.00) 0.80 (0.02)
Possède une télévision 0.63 (0.00) 0.70 (0.01) 0.06 (0.00 0.08 (0.01)
Possède une voiture 0.20 (0.00) 0.10 (0.01) 0.03 (0.00) 0.01 (0.00)
Possède une radio 0.64 (0.00) 0.27 (0.01) 0.54 (0.00) 0.36 (0.01)

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19 et le RGPH-3 2014
Note: les chiffres décrivent la proportion de ménages dans chaque catégorie. L’âge du chef de ménage correspond à l’âge moyen de l’échantillon. Les
chiffres entre parenthèses affichent les erreurs-types.

Figure A-1. Imputation des tendances de la pauvreté en Guinée, 2007-2018

Sources: The statistics for 2007 and imputed values in 2014 with ELEP are from World Bank (2018). Other values are the World Bank staff calculation based
on ELEP 2012 and EHCVM 2018/19. Les statistiques pour 2007 et les valeurs imputées en 2014 avec ELEP proviennent de la Banque mondiale (2018). Les
autres valeurs sont le Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’ELEP 2012 et l’EHCVM 2018/19.
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 153

A.4. Tendance de la perception du bien-être, 2012-2018

Figure A.2. Perception de la difficulté à vivre par région, 2012-2018


(a) 2012 (b) 2018

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’ELEP 2012 et l’EHCVM 2018
Notes: Les statistiques font référence à la proportion de la population qui a évalué le revenu de son ménage difficile à gagner sa vie.

A.5. Urbanisation en Guinée, 2012-2018

Figure A.3. Part de la population urbaine par région, 2012-2018


(a) 2012 (b) 2018

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’ELEP 2012 et l’EHCVM 2018
154 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

A.6. Calcul de l’indice de pauvreté censurés de chaque indicateur avec des pondérations.

multidimensionnelle (IPM) Deuxièmement, la contribution de chaque dimension


montre dans quelle mesure elle (santé, éducation et vie

L’indice de pauvreté multidimensionnelle (IPM) se standard) attribue un score of de privation à l’IPM global.

compose de trois dimensions : la santé, l’éducation et le Cela équivaut à la somme pondérée des taux d’effectifs

niveau de vie. Chaque dimension reçoit un poids égal de moyens censurés des indicateurs de chaque dimension

1/3. Il y a plusieurs indicateurs dans une dimension, et un divisés par l’IPM. L’examen du facteur de contribution

ménage obtient un score de 1 pour chacune s’il ne remplit nous aide à comprendre les zones où la population est la

pas les conditions et 0 dans le cas contraire. Un score de plus démunie et nous conduit donc à un meilleur ciblage

privation des ménages est calculé en les additionnant politique.

avec le poids associé à chaque indicateur. Ce score prend


Le choix des indicateurs pour chaque dimension et leurs
une valeur entre 0 (pas du tout démunie) à 1 (totalement
définitions sont fournis par le Programme des Nations
démunie). Les ménages dont le score est inférieur au seuil
Unies pour le développement (PNUD) et le Oxford
de 33,3 pour cent sont définis comme multidimensionnels
Poverty and Human Development Initiative (OPHI).
pauvres. L’IPM est le produit de l’incidence de la pauvreté
Malheureusement, les questionnaires de l’EHCVM et de
multidimensionnelle (H) et de l’intensité de la pauvreté
l’ELEP ne permettent pas de construire les variables
multidimensionnelle (A), c’est-à-dire IPM = H · A. Plus
IPM exactement selon les manuels du PNUD et l’OPHI.
précisément, H est la proportion des individus dont le
Le principal défi vient de la dimension sanitaire, étant
score de privation du ménage est inférieur au seuil, et
donné que l’absence de questions relatives à la mesure
A est le score de privation moyen des personnes multi-
du niveau de nutrition et de mortalité infantile. Nous
dimensionnellement pauvres. Un score IPM plus élevé
avons donc construit des variables qui remplacent
suggère que les personnes originaires d’un pays donné
les indicateurs manquants. Le Tableau A-4 compare
ou d’un sous-groupe sélectionné de la population sont
les définitions et les pondérations des indicateurs
multi-dimensionnellement plus démunies.
de l’EHCVM 2018 et de l’ELEP 2012 avec celles des

Il y a deux statistiques supplémentaires qui sont indicateurs correspondants au niveau du PNUD et de

utiles pour caractériser la structure de la privation. l’OPHI. La dimension sanitaire est uniquement mesurée

Premièrement, le taux de l’effectif moyen censuré est par un indicateur de consultation, et l’indicateur

la proportion de personnes qui sont à la fois multi- d’assainissement ne tient pas compte du fait qu’un

dimensionnellement pauvres et démunies en termes ménage partage une installation avec d’autres ménages.

de l’indicateur spécifique. Ceci est utile pour révéler Chaque indicateur d’une dimension est toujours affecté

sous quel aspect une plus grande proportion de la avec un poids égal. Les définitions des indicateurs sont

population est défavorisée. L’IPM peut également être identiques dans l’EHCVM et l’ELEP, ce qui nous permet de

calculé en additionnant les taux d’effectifs moyens faire une comparaison directe dans le temps.
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 155

Table A.4. Comparaison des indicateurs utilisés pour construire l’IPM

Définition du PNUD / OPHI EHCVM 2018 / ELEP 2012

Santé Nutrition (1/6) Consultation (1/3)


Tout adulte de moins de 70 ans ou tout enfant dont Au cours des 30 derniers jours, un membre du ménage est
l’information nutritionnelle est disponible est sous- tombé malade mais n’a pas pu consulter un service de santé
alimenté. parce que c’était trop cher ou trop loin.
Mortalité infantile (1/6)
Tout enfant de moins de 18 ans est décédé dans la famille
au cours de la période de cinq ans précédant l’enquête.
Éducation Années de scolarité (1/6)
Aucun membre du ménage en âge de scolarisation six ans ou plus n’a terminé six années de scolarité. (Guinée : 12 ans
et plus)
Fréquentation scolaire (1/6)
Tout enfant en âge de scolarisation (Guinée : 6 à 14 ans) ne fréquente pas l’école jusqu’à l’âge auquel il terminerait la
classe de huitième.
Niveau de vie Électricité36 (1/18)
Un ménage n’a pas d’électricité.
Eau potable (1/18)
Le ménage n’a pas accès à une source d’eau potable améliorée ou à une source d’eau potable améliorée à au moins 30
minutes à pied de la maison, aller-retour.
Assainissement (1/18) Assainissement37 (1/18)
L’installation sanitaire du ménage n’est pas améliorée, ou L’installation sanitaire du ménage n’est pas améliorée.
elle est améliorée mais partagée avec d’autres ménages.
Logement (1/18)
Au moins un des trois matériaux de logement pour le toit, les murs et le sol est inadéquat : le sol est en matériaux
naturels et / ou le toit et / ou les murs sont en matériaux naturels ou rudimentaires.
Combustible de cuisson (1/18)
Un ménage cuisine avec du fumier, du bois, du charbon de bois ou du charbon.
Actif (1/18)
Un ménage ne possède pas plus d’un de ces biens : radio, télévision, téléphone, ordinateur, chariot à animaux, vélo,
moto ou réfrigérateur, et ne possède pas de voiture ou de camion.

Source: PNUD (2020) – Note technique

36 Pour l’EHCVM et l’ELEP, nous considérions qu’un ménage était privé d’électricité s’il n’utilisait pas d’électricité ou de panneaux solaires comme
principale source d’éclairage.
37 L’information sur le fait qu’un ménage partage une toilette avec d’autres ménages n’est pas disponible dans l’ELEP, nous n’avons donc examiné
que le type d’installation.
156 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

A.7. Vulnérabilité à la pauvreté

Table A.5. Statistiques sommaires des variables utilisées dans l’estimation du taux de vulnérabilité à la pauvreté

Variables Conakry Autre urbain Rural Total

Caractéristiques du ménage
Taille du ménage 6.1 6.4 6.3 6.3
Résidence ( %) 15.8 19.6 64.6 100.0
Âge chef de ménage 46.1 45.5 46.3 46.1
Nombre d’enfants de moins de 14 ans 2.5 3.0 3.3 3.1
Ménage dirigé par une femme ( %) 18.8 20.8 15.0 16.7
Travailleur du secteur primaire (chef de 1.6 8.3 71.9 48.3
ménage) ( %)
Propriétaire de l’entreprise (chef de 44.8 59.9 89.5 76.6
ménage) (%)
Chômeurs (chef de ménage) (%) 12.8 11.2 5.2 7.6
Années de scolarité (chef de ménage) (%) 6.5 5.2 1.4 2.9
Nombre de bovins 0.1 0.9 5.4 3.6
Possession d’un compte bancaire ( %) 32.8 23.3 6.0 13.6
Diversité dans la consommation 0.101 0.111 0.143 0.130
alimentaire (HHI)
Caractéristiques communautaires
Établissement de soins maternels (%) 70.0 70.9 14.0 34.0
École secondaire (%) 64.7 66.0 29.7 42.4
Enseignement supérieur (%) 55.2 52.5 11.8 26.6
Hôpital (%) 19.4 31.3 5.3 12.6
Centre de santé (%) 82.9 72.0 14.5 36.6
Pharmacie (%) 62.6 48.0 13.4 27.9
Banque / centre de microfinance (%) 26.9 37.8 10.6 18.5
Marché permanent (%) 63.9 52.2 14.6 29.7
Marché périodique (%) 6.1 23.6 51.8 39.1
Route goudronnée (%) 62.2 52.6 12.2 28.0

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19


Note: La diversité de la consommation alimentaire est mesurée par l’Indice Herfindahl-Hirschman (HHI). La formule est est la part de la
consommation du nème article dans la consommation totale. L’IHH varie de 1/n à 1 et la valeur 1 suggère que la consommation alimentaire d’un ménage
est entièrement concentrée sur un seul article. Plus l’IHH est élevé, plus la diversité de la consommation alimentaire est faible, il s’agit d’une mesure
inverse de la variété de la consommation alimentaire.
É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 157

Table A.6. Score coefficient de l’indice des actifs et des infrastructures basé sur l’analyse en composantes principales

Indice d’actifs Indice d’infrastructure

Gaz/plaque électronique 0.300 Établissement de soins maternels 0.350


Congélateur 0.429 Collège 0.339
Éventail 0.451 Enseignement supérieur 0.375
Télévision 0.462 Hôpital 0.287
Climatiseur 0.290 Centre de santé 0.349
Voiture 0.345 Pharmacie 0.336
Tablette/Ordinateur 0.325 Banque/centre de microfinance 0.317
Marché permanent 0.350
Marché périodique 0.019
Route goudronnée 0.285

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19


Note: L’indice de l’actif est composé de 7 éléments et inclus comme variable pour les caractéristiques des ménages. L’indice d’infrastructure est construit
à partir de 10 variables au niveau de la communauté. La moyenne est de 0,000.
158 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Table A.7. Proportion de ménages exposés aux chocs

Chocs National Conakry Autres urbain Rural

Maladie ou blessure grave 36% 23% 38% 39%


Prix élevés des denrées alimentaires 31% 29% 32% 31%
Décès d’un membre du ménage 23% 16% 24% 24%
Vol d’argent/d’actifs/de production 12% 9% 15% 12%
Taux élevé de maladies animales 10% 0% 2% 16%
Sécheresse/précipitations irrégulières 8% 0% 2% 12%
Taux élevé de maladies des cultures 7% 0% 1% 11%
Prix élevés des intrants 5% 0% 1% 8%
Faillite d’une entreprise non agricole 5% 4% 9% 3%
Inondation 4% 1% 2% 6%
Conflit entre agriculteurs et pasteurs 4% 0% 1% 6%
Fin des transferts réguliers 3% 2% 4% 3%
Divorce/séparation 3% 2% 4% 3%
Perte d’emploi salarié 3% 6% 6% 1%
Feu 3% 1% 2% 3%
Baisse importante des prix à la production 2% 0% 0% 3%
Perte importante de revenu non agricole 2% 2% 2% 2%
Autre 1% 1% 1% 1%
Attaques de criquets ou autres ravageurs 1% 0% 0% 1%
Conflits armés/violence 1% 1% 1% 1%
Perte importante de revenu salarial 0% 1% 1% 0%
Éboulement 0% 0% 0% 0%

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19


É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 159

Table A.8. Proportion de ménages dirigés par des hommes et des femmes exposés à des chocs

Chocs Homme Femme

Maladie ou blessure grave 37% 35%


Conflit entre agriculteurs et pasteurs 30% 33%
Prix élevés des denrées alimentaires 21% 30%
Prix élevés des intrants 10% 11%
Perte importante de revenu non agricole 12% 10%
Taux élevé de maladies des cultures 7% 7%
Vol d’argent/d’actifs/de production 9% 7%
Décès d’un membre du ménage 2% 5%
Fin des transferts réguliers 3% 5%
Perte d’emploi salarié 5% 4%
Taux élevé de maladies animales 5% 3%
Inondation 6% 2%
Autre 5% 2%
Sécheresse/précipitations irrégulières 3% 2%
Baisse importante des prix à la production 3% 2%
Divorce/séparation 2% 1%
Éboulement 1% 1%
Faillite d’une entreprise non agricole 2% 1%
Conflits armés/violence 1% 0%
Attaques de criquets ou autres ravageurs 1% 0%
Feu 0% 0%
Perte importante de revenu salarial 0% 0%

Source: Calcul du Personnel de la Banque Mondiale basé sur l’EHCVM 2018/19


160 É VA LUAT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E

Table A.9. Proportions de ménages exposés à des chocs à la suite de l’éclosion de COVID-19 selon la zone de résidence

Chocs Tout Conakry Autre urbain Rural

Prix élevés des denrées alimentaires 56% 43% 58% 58%


Prix élevés des intrants 14% 1% 6% 20%
Maladie d’un salarié du ménage 12% 11% 14% 11%
Mauvaise récolte due au manque de main-d’œuvre 10% 0% 4% 15%
Perte d’emploi salarié 10% 15% 17% 6%
Faillite d’une entreprise non agricole 10% 6% 11% 10%
Baisse importante des prix à la production 7% 1% 6% 9%
Décès d’une personne qui envoie de l’argent au ménage 6% 6% 8% 5%
Vol d’argent, d’actifs, de production ou d’autres biens 4% 1% 3% 5%
Décès ou invalidité d’un membre adulte actif du ménage 4% 4% 4% 4%
Attaques de criquets ou autres ravageurs 3% 0% 1% 4%
Perte d’une connaissance importante 3% 3% 4% 2%
Autre 1% 3% 1% 1%

Source: Calcul du personnel de la Banque mondiale basé sur le HFPS.

Table A.10. Proportions de ménages exposés à des chocs à la suite de l’épidémie de COVID-19 en raison de leur statut de
pauvreté et du sexe du chef de ménage

Chocs Chef de ménage – Chef de ménage – Pauvre Non pauvre


homme femme
Prix élevés des denrées alimentaires 57% 51% 54% 57%
Prix élevés des intrants 15% 11% 18% 12%
Maladie d’un salarié du ménage 11% 16% 11% 12%
Mauvaise récolte due au manque de main-d’œuvre 11% 9% 12% 10%
Perte d’emploi salarié 10% 8% 8% 11%
Faillite d’une entreprise non agricole 9% 11% 7% 11&
Baisse importante des prix à la production 6% 12% 11% 5%
Décès d’une personne qui envoie de l’argent au ménage 5% 9% 6% 6%
Vol d’argent, d’actifs, de production ou d’autres biens 4% 4% 5% 3%
Décès ou invalidité d’un membre adulte actif du ménage 4% 4% 4% 4%
Attaques de criquets ou autres ravageurs 4% 0% 3% 3%
Perte d’une connaissance importante 2% 4% 3% 2%
Autre 1% 1% 1% 1%

Source: Calcul du personnel de la Banque mondiale basé sur le HFPS.


É VA LU AT I O N D E L A PA U V R E T É E N G U I N É E 161

Table A.11. Stratégies d’adaptation à la suite de l’éclosion de la COVID-19

Stratégies Tout Conakry Autre urbain Rural

Réduire la consommation non alimentaire 46% 34% 45% 49%


Réduire la consommation alimentaire 44% 29% 45% 47%
Aide de la famille ou des amis 34% 34% 34% 34%
Prendre un prêt auprès d’amis ou de la famille 19% 12% 16% 21%
À la recherche d’un revenu supplémentaire 16% 15% 17% 16%
Utilisation des économies 16% 24% 18% 13%
Achat à crédit 7% 3% 6% 8%
Vendre la récolte à l’avance 6% 1% 3% 8%
Autre 5% 8% 6% 4%
Vente d’actifs 4% 1% 3% 5%
Retarder le remboursement du prêt 1% 0% 1% 1%
Recevoir un paiement anticipé de l’employeur 1% 0% 0% 1%
Aide d’ONG 0% 0% 0% 0%
Aide du gouvernement 0% 0% 1% 0%
Prendre un prêt auprès d’une institution financière 0% 0% 0% 0%
Utilisation d’une police d’assurance 0% 0% 0% 0%

Source: Calcul du personnel de la Banque mondiale basé sur le HFPS.


Banque Mondiale Pôle d’Expertise Pauvreté et Équité
Région Afrique

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