Rapport alternatif sur le Burkina Faso
Comité des droits de l’homme (CCPR)
Soumis le 03/02/2025
1. Auteur du rapport
Le présent rapport a été préparé par le Service international pour les droits de l’homme (ISHR,
[Link]).
● ISHR est une ONG internationale basée à Genève avec des bureaux à New York et
Abidjan. ISHR travaille pour la reconnaissance et la protection des dé[Link] des
droits humains, par le renforcement de capacités, du plaidoyer et du contentieux auprès
des organismes internationaux de protection des droits humains. Contact: Adélaïde
ETONG KAME, Senior Programme Manager (Africa), [Link]@[Link], Antoine
TREMBLAY, Africa Fellow, [Link]@[Link].
2. Droits violés
Article 2 (droit à l’égalité)
Situation
Lors du dernier examen du Burkina Faso en 20161, le Comité a recommandé de protéger les
communautés d’éleveurs (peuls) contre les violations des droits humains dont ils sont victimes.
Il a également recommandé au Burkina Faso d’amender sa législation afin d’interdire la
discrimination fondée sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre.
La communauté peule, groupe ethnique majoritaire dans le Nord-Est du pays, fait l’objet de
discriminations et de stigmatisations. En effet, elle a fait l’objet d’appels au meurtre,
d’amalgames avec le terrorisme et d’autres discous haineux en août 20222sur la plateforme
WhatsApp3 sous la forme de messages vocaux enregistrés; cette dérive a été condamnée par
le gouvernement et des chefs religieux4, sans mener à une enquête. Avant cela, en 2020, des
dizaines de personnes peules avaient trouvé la mort dans des attaques dans les villages de
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Dinguila et Barga. Entre janvier et mars 2019, 150 personnes peules selon la société civile et 50
selon les autorités ont trouvé la mort en représailles à l’attaque du village de Yirgou (Nord) par
des présumés terroristes.
De nombreux groupes sont victimes de discriminations particulières au Burkina Faso. La loi n.
064-2015/CNT5 du 20 octobre 2015 portant liberté d’association au Burkina Faso ne reconnaît
pas officiellement les associations LGBTQI+. Du fait du contexte social et religieux, certaines
personnes LGBTQI+ sont victimes de stigmatisations, d’exclusion et d’agression. En effet, de
nombreux meurtres ont été enregistrés au sein de la communauté LGBTQI+, notamment celui
de l’artiste franco-algérienne transgenre Ouassila Kharourne en 20226. Par ailleurs, le
gouvernement a décidé en juillet 2024 de criminaliser l’homosexualité7 et les “pratiques
assimilées”.
Recommandations
Nous recommandons au Burkina Faso d’adopter une loi générale contre toutes les formes de
discrimination, y compris sur la base de l’origine ethnique, l’orientation sexuelle et l’identité de
genre.
Nous recommandons au Burkina Faso de revenir sur sa décision de criminaliser
l’homosexualité, conformément à ses obligations conventionnelles en vertu du Pacte
international relatif aux droits civils et politiques.
Article 3 (égalité des hommes et des femmes)
Situation
Lors du dernier examen périodique du Burkina Faso en 2016, le Comité a recommandé au
Burkina Faso de favoriser la participation des femmes aux affaires publiques.
Aussi, le Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes, dans ses
observations finales de 2010 à l’intention du Burkina Faso, a recommandé à l’Etat de faciliter
l’accès des femmes à la justice, notamment l’accès à la Commission nationale des droits
humains. Le Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes a également
recommandé de pleinement intégrer les femmes à la vie publique et politique.
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Finalement, la participation des femmes à la résolution du conflit armé qui sévit au Burkina Faso
reste faible, alors qu’elles en sont les premières victimes. Le Plan d’action national intégré pour
la mise en oeuvre de l’Agenda Femmes, Paix et Sécurité au Burkina Faso8, adopté en 2020
pour la période 2023-2025, reste encore à mettre en œuvre, conformément à la résolution 1325
du Conseil de sécurité des Nations Unies9.
Recommandations
Nous recommandons au Burkina Faso de faciliter l’accès à la Commission nationale des droits
humains pour toutes et tous, y compris les femmes, afin de permettre un meilleur recours à la
justice en cas de violations.
Nous recommandons au Burkina Faso de favoriser la participation des femmes à la résolution
du conflit armé qui sévit sur le territoire en mettant pleinement en œuvre le Plan d’action
national intégré pour la mise en œuvre de l’Agenda Femmes, Paix et Sécurité au Burkina Faso
(2023-2025).
Article 6 (droit à la vie)
Situation
Lors du dernier examen du Burkina Faso en 2016, le Comité a recommandé au Burkina Faso
de garantir la sécurité de la population sur l’ensemble du territoire, de conduire des enquêtes et
poursuivre les auteurs présumés de violations des droits humains et, s’ils sont reconnus
coupables, les condamner à des sanctions appropriées. En particulier, le Comité a recommandé
de veiller à ce que les membres des forces de l’ordre et des forces de sécurité ne fassent pas
un usage excessif et disproportionné de la force.
En 2022, le Burkina Faso a connu un coup d’Etat, entraînant la suspension de nombreux droits
humains10 suivie d’importantes violences11 12 et un climat général d’insécurité13. Un état
d’urgence a été déclaré14.
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En 2024, entre 13015 et 40016 personnes civiles ont été tuées par des membres d’un groupe
armé islamiste lors du massacre de Barsalogho, dans le Centre-Nord du pays. Les personnes
tuées avaient été mobilisées par les forces armées régulières pour creuser des tranchées.
En 2023, les forces armées ont commis des massacres, comme dans les villages de Nondin et
de Soro (Province du Yantenga) où 223 personnes ont été tuées, dont 56 [Link]
écoles ont aussi été réquisitionnées pour être utilisées à des fins militaires par les autorités,
notamment une école primaire dans le village de Bougui, dans la province de Gourma, où deux
hommes détenus ont été retrouvés morts en 202218. Toujours en 2022, une manifestation
estudiantine a été réprimée par la police à l’Université Nazi Boni, à Dobo-Dioulasso, plusieurs
étudiants ayant été blessés.
En février 2019, des exécutions sommaires commises par les forces armées dans la lutte contre
le terrorisme ont fait 146 morts présumés terroristes19. En décembre 2018, un massacre de
personnes peules à Yirgou, qualifié de ‘génocide’, a fait au moins 210 morts20, sans que la
lumière n’ait encore été complètement faite sur les évènements et sans que justice n’ait encore
été rendue.
Toujours en 2019, deux défenseurs des droits humains, Fahadou Cissé et Hama Balima,
membres de l’Organisation démocratique de la jeunesse (ODJ), ont été tués par balles dans la
province du Yagha, sans qu’une autopsie n’ait pu être effectué sur leurs corps afin de faire la
lumière sur les circonstances exactes de leurs morts. Les corps sont à ce jour encore conservés
à la morgue de l’Hôpital de Bogodogo et les auteurs des assassinats jouissent encore de
l’impunité21.
Recommandations
Nous recommandons au Burkina Faso de mettre immédiatement fin aux exactions commises
par les forces armées dans le cadre du conflit armé sur le territoire;
Nous recommandons de veiller diligemment à ce que les forces armées prennent toutes les
précautions nécessaires afin de ne pas indûment mettre les populations civiles à risque dans le
cadre de leurs opérations, que ce soit activement ou par omission; et,
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Nous recommandons de mener des enquêtes sur les exactions et violations commises et de
traduire promptement les responsables en justice, notamment lorsqu’il s’agit de défenseurs des
droits humains, conformément à la Loi portant protection des défenseurs des droits humains au
Burkina Faso de 2017.
Article 8 (interdiction des détentions arbitraires)
Situation
Lors du dernier examen du Burkina Faso en 2016, le Comité a recommandé de prendre les
mesures nécessaires afin d’éviter les détentions abusives et excessives. De même, le Comité a
recommandé qu’en cas de garde à vue ou de détention préventive, que les personnes
concernées soient informées de leurs droits, notamment le droit à un avocat et le droit de
contacter un proche.
Depuis la transition de janvier 2022, les défenseurs des droits humains du Burkina Faso sont
arrêtés arbitrairement, enlevés et/ou conscrits dans les forces armées afin d’être envoyés au
front, l’intention dans tous les cas étant vraisemblablement de faire taire toute critique à l’égard
du régime.
En août 2024, sept magistrats ont été conscrits par les forces armées pour aller combattre à
Kaya, dans la région de Sanmatenga22. Les magistrats, y compris juges et procureurs, visés par
les autorités sont ceux ayant pris position en faveur de défenseurs des droits humains ou contre
la transition.
En juin 2024, Adama Bayala, Serge Oulon et Kalifara Séré, trois journalistes de Press Échos,
l'Évènement et 7Infos, respectivement, ont été arrêtés à Ouagadougou et sont tous portés
disparus. Les trois hommes avaient exprimé des opinions critiques de la transition. Le Centre
national de la presse Norbert Zongo a estimé que l’objectif de ces attaques était de réduire la
presse au silence23.
En mai-juin 2024, le docteur Arouna Louré, membre de l’Ordre des médecins et du
Rassemblement pour le salut national (RSN), une organisation de la société civile, a été victime
d’une disparition forcée lors d’un déplacement entre l’Hôpital de Shiphra et le CHU de
Bogodogo, à Ouagadougou, intercepté par des hommes en civil24. On est depuis sans nouvelle
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de lui. Le Dr Arouna Louré avait auparavant fait l’objet d’une réquisition forcée de trois mois
dans les forces armées à l’automne 2023.
En mars 2024, les autorités ont reconnu avoir arrêté Me Guy-Hervé Kam, avocat au Barreau et
fondateur du mouvement Balai citoyen, pour ‘atteinte à la sûreté de l’État’25. Pendant six
semaines, Me Kam a notamment été détenu incommunicado. En juillet 2024, il a été libéré sous
contrôle judiciaire26, mais arrêté de nouveau août 202427 et accusé de complot et d’association
de malfaiteurs. Ces atteintes aux libertés fondamentales de Me Kam avaient pour but de
décourager ses activités légitimes en tant que défenseur des droits humains. Il y en a eu
d’autres. Toujours en mars 2024, Boukaré Ouédraogo, un défenseur des droits humains, a été
arrêté. En juillet 2023, Issa Dicko, un travailleur humanitaire de Médecins sans frontières, a
aussi été enlevé28.
En décembre 2023, Daouda Diallo, secrétaire général du Collectif contre l’impunité et la
stigmatisation des communautés, avait lui aussi été conscrit et envoyé au front pour combattre.
M. Daouda faisait partie de plus de défenseurs et journalistes réquisitionnés sur la base du
décret d’avril 2023 sur la mobilisation générale et la mise en garde, dont c’est principalement
les défenseurs et autres voix critiques qui en ont fait les frais.
En novembre 2023, Lamine Ouattara, un membre du Mouvement burkinabè des droits de
l’homme et des peuples (MBDHP), a été enlevé à son domicile à Ouagadougou.29 Il aurait par la
suite été enrôlé de force dans les forces armées depuis30.
Recommandations
Nous recommandons de mettre fin aux attaques contre les défenseurs des droits humains et
notamment de mettre fin aux détentions arbitraires et aux disparitions forcées, conformément à
l’article 12 à la Loi portant protection des défenseurs des droits humains au Burkina Faso, et
aux conscriptions de défenseurs; et,
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Nous recommandons d’abroger le décret portant mobilisation générale, compte tenu des effets
néfastes sur les défenseurs, sur leur travail et sur l’espace civique en général.
Article 14 (droit à un procès équitable)
Situation
Lors du dernier examen du Burkina Faso en 2016, le Comité a recommandé de garantir de
manière effective l’indépendance et l’impartialité de la justice et renforcer les mesures visant à
garantir l’accès à la justice.
Depuis la transition de 2022, la procédure de conscription des défenseurs des droits humains, y
compris les journalistes et les magistrats, n’est pas toujours transparente et les mécanismes de
recours contre une décision ne sont pas toujours efficaces ni équitables. En décembre 2023,
Issaka Lingani, un journaliste, et Bassirou Badjo et Rasmane Zinaba, membres du mouvement
Balai citoyen, ont tous les trois bénéficié d’une ordonnance suspendant leur conscription au
motif qu’elle portait atteinte à leur liberté d’expression, leur liberté de circulation et à leur droit à
l’intégrité physique31, sans qu’il ne soit clair pourquoi une telle mesure ne soit pas étendue à
d’autres personnes conscrites. De même, en août 2023, deux magistrats, sur un groupe de
sept, ont obtenu un jugement suspendant leur conscription au motif d’atteinte à leurs libertés
fondamentales32; cette mesure n’a été étendue aux autres magistrats qu’en décembre 2024.
Finalement, en 2019, le panafricaniste franco-béninois Kémi Séba a été arrêté et condamné par
la justice burkinabè pour ‘outrage au président’, en violation de son droit à la liberté
d’expression33.
Recommandation
Nous recommandons d’assurer la possibilité d’un recours effectif pour contester les
conscriptions forcées des défenseurs.
Articles 19, 21 et 22 (libertés d’expression, de réunion et d’association)
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Situation
Lors du dernier examen du Burkina Faso en 2016, le Comité a recommandé au Burkina Faso
de garantir la pleine jouissance des droits consacrés, notamment, à l’article 21 du Pacte.
Les défenseurs des droits humains du Burkina Faso opèrent dans un environnement
caractérisé par l’absence d’un gouvernement démocratique, constitutionnel et légitime, depuis
le renversement en janvier 2022 du gouvernement civil du Président Roch Kaboré par des
militaires. Ceci a notamment entraîné la restriction des libertés et des mouvements des
défenseurs sur le territoire34.
En avril 2023, le président de la transition a signé un décret portant mobilisation générale et
mise en garde35. Ce décret, qui visa à ‘défendre l’intégrité du territoire national, restaurer la
sécurité sur l’ensemble du territoire et assurer la protection des populations et de leurs biens
contre la menace et les actions terroristes’, contient des dispositions excessivement vagues et a
été instrumentalisé pour permettre aux autorités de la transition de régler leurs comptes avec
des défenseurs critiques de la transition.
En 2017, le Burkina Faso a adopté la Loi no. 039-2017/AN du 27 juin 2017 portant protection
des défenseurs des droits humains au Burkina Faso36 et, en 2020, la Commission nationale des
droits humains (CNDH) du Burkina Faso a mis en place un Mécanisme national de protection
des défenseurs. Déjà à l’époque, la présidente de la CNDH du Burkina Faso avait reconnu les
importants défis en matière de protection de l’espace civique et de promotion d’un
environnement favorable au travail des défenseurs des droits humains, appelant les différents
acteurs à appuyer et accompagner le Mécanisme en tant que premier soutien des défenseurs37.
Pourtant, le Mécanisme ne peut pas remplir sa mission sans le soutien matériel et politique des
autorités, lesquelles s’en prennent encore aux défenseurs des droits humains.
Recommandations
Nous recommandons que le Burkina Faso mette pleinement en œuvre la Loi n°039-2017/AN
portant protection des défenseurs des droits humains, garantisse effectivement les droits qu’elle
contient et mette fin aux représailles pour la revendication de droits; et,
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Nous recommandons que la CNDH et le Mécanisme national de protection des des
défenseurs en particulier soient pleinement opérationalisés et reçoivent tout le soutien matériel
et politique nécessaire pour mener à bien leurs activités.