Cours Fractions Rationnelles
Cours Fractions Rationnelles
10 juin 2026
1
K désigne l’un des corps R ou C.
1 Généralités
1.1 Vocabulaire de base
1.1.1 Définitions :
Définition
On appelle fraction rationnelle à coefficients dans K, à l’indéterminée X, toute fonction F de la forme
A
F =
B
2
où (A, B) ∈ K [X] et B ̸= 0
Notation et vocabulaire :
Remarques :
A
(i) Pour tout A ∈ K [X], on a A = ; où 1 est le polynôme constant unité.
1
Donc les polynômes de K [X] sont des fractions rationnelles à coefficients dans K particulières. En d’autres
termes on a :
K [X] ⊂ K (X)
En particulier, les polynômes 0 et 1 sont des fractions rationnelles à coefficients dans K particulières.
2 A λ.A
(ii) Soit F ∈ K (X) et (A, B) ∈ K [X] tel que B ̸= 0 et F = . Alors pour tout λ ∈ K∗ , on a F =
B λ.B
A
Donc l’écriture F = n’est pas unique et le couple (A, B) n’est qu’un représentant, parmi d’autres, de
B
la fraction F . On dit que (A, B) est un représentant de la fraction rationnelle F
Définition :
A C
Soit F = et G = deux fractions rationnelles à coefficients dans K.
B D
On dit que F est égale à G si et seulement si A.D = B.C
On écrit F = G
2
Remarque :
A
Soit F = ∈ K (X) et λ ∈ K.
B
Alors F = λ si et seulement si A = λ.B
λ
En effet, en tant que fractions rationnelles, λ = ; donc :
1
Proposition :
2
∀ (F, G) ∈ K (X) , F RG ⇐⇒ F = G
Preuve :
Définition :
2
Soit F ∈ K (X). Un couple (A, B) ∈ K [X] , tel que B ̸= 0, est dit un représentant irréductible de F
si et seulement si
F = A
B
A ∧ B = 1
Exemple :
X2 − 1
Soit F =
X3 + 1
(X − 1) (X + 1) X −1
On a : F = = 2 , car (X − 1) (X + 1) X 2 − X + 1 = (X + 1) X 2 − X + 1 (X − 1)
(X + 1) (X 2 − X + 1) X −X +1
De plus (X − 1) ∧ X 2 − X + 1 = 1
Donc, X − 1, X 2 − X + 1 est un représentant irréductible de F
Vocabulaire :
A A
Si F = ∈ K (X) et A ∧ B = 1 on dit que la fraction est une fraction irréductible ou, par abus de
B B
A
langage, que est un représentant irréductible de la fraction F .
B
3
Théorème :
A
Soit F = une fraction irréductible de K (X). Alors :
B
λA
1. Les représentants irréductibles de F sont les ; où λ ∈ K∗
λB
D.A
2. Les représentants de F sont les ;où D ∈ K [X] ∖ {0}
D.B
Preuve :
λA b (A ∧ B) = 1.1 = 1
1. Soit λ ∈ K∗ , F = et (λA) ∧ (λB) = λ.
λB
λA
Donc, est un représentant irréductible de F .
λB
C A C
Réciproquement, soit un représentant irréductible de F . On a donc = , d’où AD = BC
D B D
On en déduit :
B / A.D
A ∧ B = 1
Notons que D est forcément non nul, car Q ̸= 0. Portons maintenant la valeur Q = DB dans la relation
Proposition :
Preuve :
• On calcule D = A ∧ B
4
• On calcule les quotients A1 et B1 par D de A et B respectivement : A = D.A1 , B = D.B1
Alors
F = A = D.A1 = A1
B D.B1 B1
A 1 ∧ B 1 = 1
A1
Donc est une fraction irréductible représentant F .
B1
2. Laissé en exercice.
Vocabulaire :
Proposition et définition :
A
Soit F ∈ K (X) et une fraction irréductible représentant F . Alors :
B
Les racines de A et leurs multiplicités ainsi que les racines de B et leur multiplicités ne dépendent pas
A
de la fraction irréductible représentant F .
B
Les racines de A s’appellent les racines (ou zéros) de la fraction F ; et les racines de B s’appellent les
pôles de la fractions F .
Preuve :
A
Si est un représentant irréductible de la fraction F alors ses autres représentants irréductibles sont
B
λA
les ; où λ décrit K∗ , en sorte que λA et A [resp. λB et B] possèdent les mêmes racines ainsi que
λB
leurs multiplicités
N.B
Les racines et pôles d’une fraction rationnelle F ∈ K (X) n’ont de sens que par rapport un représentant
irréductible de F
N.B
A
Soit λ ∈ K et F = une fraction irréductible.
B
• Supposons que λ est une racine de F .
On parle de pôle [resp. racine] simple, double, triple, quadruple,....etc, lorsque ce pôle [resp. racine]
5
Remarque :
Une fraction rationnelle F ∈ K (X) n’admet qu’un nombre fini de pôles ; et si elle est non nulle, elle
Remarque :
Les seules fractions de C (X) n’ayant pas de pôles sont les polynômes de C [X]
Notation :
Soit F ∈ K (X). L’ensemble des pôles de F est noté PK (F ) ou simplement P (F ) s’il n’y a pas d’ambiguïté.
A
Si F = est une fraction irréductible, PK (F ) n’est rien d’autre que l’ensemble ZK (B) des racines de B
B
dans K. Cela explique pourquoi il dépend du corps K.
Remarque
Toute fraction rationnelle F de R (X) pourra être vue comme une fraction rationnelle de C (C) et on a
PR (F ) ⊂ PC (F )
Exercice :
Proposition et définition :
A
Soit F = ∈ K (X)
B
A
Alors le nombre deg (A) − deg (B) ne dépend pas du représentant de F .
B
On l’appelle le degré de la fraction F ; on note
Preuve :
Soit F ∈ K (X)
A1 A1
On se donne une fraction irréductible fixée représentant la fraction F : F =
B1 B1
6
A
Soit un représentant quelconque de F . Alors (voir la démonstration d’un théorème précédent), on
B
dispose d’un polynôme D non nul de K [X] tel que A = D.A1 et Q = D.B1
D’où
deg (A) − deg (B) = deg (D.A1 ) − deg (D.B1 )
= (deg (D) + deg (A1 )) − (deg (D) + deg (B1 ))
= deg (A1 ) − deg (B1 )
car deg (D) ∈ N (puisque D ̸= 0)
A
deg (A) − deg (B) est donc indépendant du choix du représentant de F .
B
Exemples :
X2 − X + 1 X 4 + 3X + 5 X 5 − 2X 3 − X
Les fractions , et ont pour degrés −1, 0 et 3
X3 2 3
+ 2X + X − 2 (X + 1) (X − X) X2 + X − 7
respectivement
Remarques :
(ii) Pour deux polynômes A et B de K [X] , tels que B ̸= 0, on a deg (B) ∈ N ; donc
On en déduit que
A A
deg = −∞ ⇐⇒ deg (A) = −∞ ⇐⇒ A = 0 ⇐⇒ =0
B B
Autrement dit la seule fraction rationnelle à coefficients dans K de degré −∞ est la fraction nulle.
(iii) On a
A
deg = 0 ⇐⇒ deg (A) = deg (B)
B
A
deg < 0 ⇐⇒ deg (A) < deg (B)
B
A
deg > 0 ⇐⇒ deg (A) > deg (B)
B
A
(iv)Soit A ∈ K [X]. On sait qu’en tant que fraction rationnelle on a : A = et deg (A) = deg (A)−deg (1)
1
Et comme deg (1) = 0, il s’avère que le degré de A en tant que fraction rationnelle est égal à son degré
Théorème et Définition :
A C
Soit F = et G = deux fractions rationnelles à coefficients dans K. Alors :
B D
A.D + B.C A C
la fraction rationnelle ne dépend pas des représentants et de F et G ; on l’appelle
B.D B D
la fraction somme de F et G et on la note F + G
7
Preuve :
A1 C1
Fixons deux fractions irréductibles et qui représentent F et G respectivement :
B1 D1
A A1 C C1
F = = et G= =
B B1 D D1
D’après un théorème du paragraphe 1.1, on dispose de deux polynômes non nuls P et Q tels que :
A = P A et B = P B
1 1
C = QC1 et D = QD1
Théorème et Définition :
A C
Soit F = et G = deux fractions rationnelles à coefficients dans K. Alors :
B D
AC A C
La fraction rationnelle ne dépend pas des représentants et de F et G ; on l’appelle
BD B D
la fraction produit de F et G ; on la note F × G
Preuve :
Elle est laissée en exercice (utiliser des représentants irréductibles fixés de F et G).
N.B
On retient que dans K (X) (tout comme dans l’ensemble Q des nombres rationnels) on additionne et
A C A+C
On a aussi, comme cas particulier : + = (prendre D = B et réduire)
B B B
Remarque :
On dispose donc de deux l.c.i + et × sur K (X) et on constate que Les restrictions de ces deux lois à
Remarque :
A
Soit F = ∈ K (X) et λ ∈ K
B
λ
On sait qu’en tant que fraction rationnelle on a : λ =
1
λ.A λA
Donc λ × F = = .
1.B B
Par abus de notation, on notera λ.F (ou simplement λF ) pour λ × F et F.G pour F × G
8
Théorème
L’ensemble K (X) est un corps pour les l.c.i + et ×, et K [X] en est un sous anneau
Preuve :
N.B
A B 1
On vérifiera aisément que pour F = ∈ K (X) ∖ {0}, l’inverse de F est F −1 = . On la note
B A F
On rappelle que : F =
̸ 0 signifie A ̸= 0.
Notation :
2 F 1
Pour (F, G) ∈ K (X) tel que G ̸= 0, on note =F× = F × G−1
G G
Remarque :
4
Pour (A, B, C, D) ∈ K [X] tel que B ̸= 0, C ̸= 0 et D ̸= 0, on a
A
B = A×D
C B C
D
Théorème :
2
Soit (F, G) ∈ K (X) et λ ∈ K∗ . Alors :
1. deg (F + G) ≤ max (deg (F ) , deg (G))
2. deg (λ.F ) = deg (F )
3. deg (F.G) = deg (F ) + deg (G)
Preuve :
Exercice :
2
Soit (F, G) ∈ K (X) et (λ, µ) ∈ K2 .
1. Si l’on suppose que deg (F ) ̸= deg (G), a-t-on deg (F + G) = max (deg (F ) , deg (G))
2. Montrer que deg (λ.F + µ.G) ≤ max (deg (F ) , deg (G))
9
Preuve
A (x)
En effet pour tout x ∈ K ∖ P (B), F (x) = ∈ K car (A (x) , B (x)) ∈ K × K∗ .
B (x)
Remarque
A
Si F = est une fonction rationnelle irréductible de K [X].
B
e
A
Alors Fe = , où A e et B
e sont les fonctions polynômes associées respectivement à A et B.
Be
En particulier, si B = 1, c’est à dire que F ∈ K [X], Fe = A.
e Cela signifie que la fonction polynôme d’un
polynôme de K [X] est aussi sa fonction rationnelle si on le considère comme fraction rationnelle.
Proposition
2
Soit (F, G) ∈ K (X) et λ ∈ K. Alors :
^
F Fe
(i) F^
+ G = Fe + G
e ; (ii) f = λFe
λF ; (iii) g = Fe .G
F.G e ; (iv) si G ̸= O, =
G Ge
Preuve
Remarque
Théorème
2
Soit (F, G) ∈ K (X) .
Alors
F =G si et seulement si Fe = G
e
Preuve
L’implication F = G =⇒ Fe = G
e étant claire, il suffit de montrer la réciproque.
En notant P (F ) (resp. P (G)) l’ensemble des pôles de F (resp. G), on a par hypothèse P (F ) = P (G) et pour
tout x ∈ K ∖ P (F ) = K ∖ P (G) :
A (x) C (x)
=
B (x) D (x)
c’est à dire
A (x) D (x) = B (x) C (x)
Le polynômes AD − BC admet donc une infinité de racines (car K ∖ P (F ) = K ∖ P (G) est infini !).
A C
Il est donc nul. Il vient AD = BC, donc = , c’est à dire F = G.
B D
10
1.4 Dérivation formelle des fractions rationnelles
Théorème et définition :
A
Soit F = ∈ K (X).
B
A′ B − AB ′ A
Alors la fraction rationnelle 2
ne dépend pas du représentant de F ; on l’appelle la fraction
B B
dérivée de F et on la note F ′
Preuve :
On retient
′
A A′ B − AB ′
=
B B2
Théorème :
2
Pour tout (F, G) ∈ K (X) et pour tout λ ∈ K, on a :
′
1. (F + G) = F ′ + G′
′
2. (λ.F ) = λ.F ′
′
3. (F.G) = F ′ .G + F.G′
Preuve :
Elle est laissée en exercice (utiliser des représentants irréductibles fixés de F et G).
Définition :
Soit F ∈ K (X) et n ∈ N.
On appelle fraction rationnelle dérivée d’ordre n de F la fraction rationnelle noté F (n) définie par :
F (0) = F
F (n) = F (n−1) ′ ; si n ≥ 1
′
Ainsi F (1) = F (0) = F′
On utilisera aussi les notations F ′′ ,F ′′′ , ....etc pour signifier respectivement F (2) , F (3) , ....etc
Théorème :
2
Soit (F, G) ∈ K (X) , λ ∈ K et n ∈ N. Alors :
(n)
1. (F + G) = F (n) + G(n)
(n)
2. (λ.F ) = λ.F (n)
(n) Pn n
3. (F.G) = k=0 k F (k) .G(n−k) (Formule de Leibnitz)
Preuve :
11
Exercice :
Preuve :
Existence :
A
Posons F = ; où (A, B) ∈ K [X]2 et B ̸= 0
B
Par division euclidienne de A par B, on dispose d’un couple (E, R) de polynômes de K [X] tel que :
A = BE + R
deg (R) < deg (B)
BE + R BE R R
Alors : F = = + =E+
B B B B
R
Le polynôme E, ainsi défini, convient car deg (F − E) = deg <0
B
N.B
Ent (F ) n’est rien d’autre que le quotient dans la division euclidienne du numérateur par le dénominateur
de F .
Remarque :
Si la fraction F est en particulier un polynôme alors Ent (F ) = F , car deg (F − F ) = deg (0) = −∞ < 0.
Proposition :
2
Soit (F, G) ∈ K (X) et (λ, µ) ∈ K2 . Alors : :
1. Ent (F ) = 0 si et seulement si deg (F ) < 0
2. Ent (λF + µG) = λEnt (F ) + µEnt (G)
12
Preuve :
Laissée en exercice.
Exercice :
X3 − X2 + X − 1 X +2
(i) F = ; (ii) F =
X +1 X 2 + 5X + 6
X 5 − 2X 4 + 3X 3 + X nX n+1 − (n + 1) X n
(iii) F = ; (iv) F =
X2 + X + 1 X −1
nX n + X n−1 + ... + X + 1 2X n+1 + X n + ... + X + 1
(v) F = 2 n ; (vi) F = n n
n X + X n−1 + 2X n−2 + ... + (n − 1) X + n X − X n−1 + .... + (−1)
A
F =
Qα
Remarque :
a
α;
(X − λ)
où (a, λ) ∈ C2 et α ∈ N∗
a
α;
(X − λ)
soit du type
aX + b
α;
(X 2 + pX + q)
où (a, b, p, q) ∈ R4 , avec p2 − 4q < 0, et α ∈ N∗ (deuxième espèce)
13
Lemme 1 :
Soit n ∈ N∗ , C1 , ..., Cn , Q1 , ..., Qn des polynômes de K (X) tels que
Les Qi (1 ≤ i ≤ n) sont premiers entre eux deux à deux
P our tout i ∈ J1, nK , deg (Ci ) < deg (Qi )
C1
Cn
+ ... + =0
Q1 Qn
Alors C1 = ... = Cn = 0
Preuve :
Soit C1 , ..., Cn+1 , Q1 , ..., Qn+1 des polynômes de K (X) tels que
Les Qi (1 ≤ i ≤ n + 1) sont premiers entre eux deux à deux (1)
P our tout i ∈ J1, n + 1K , deg (Ci ) < deg (Qi ) (2)
C C
1 + ... + n+1 = 0 (3)
Q1 Qn+1
Montrons que C1 = ... = Cn+1 = 0, ce qui montre que le résultat vrai au rang n + 1.
On en déduit que Qn+1 / Q1 ...Qn .Cn+1 , puis, sachant par (1) que Qn+1 est premier avec Q1 ...Qn , on a
Qn+1 / Cn+1 . Mais, par (2), deg (Cn+1 ) < deg (Qn+1 ) ; donc Cn+1 = 0
Lemme 2 :
A 2
Soit F = ∈ K (X) et (Q1 , Q2 ) ∈ K [X] tel que Q1 ∧ Q2 = 1 et Q = Q1 .Q2
Q
2 A1 A2
Alors il existe (A1 , A2 ) ∈ K [X] tel que F = +
Q1 Q2
Preuve :
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Théorème :
A n
Soit n ∈ N∗ , F = ∈ K (X) et (Q1 , ...., Qn ) ∈ K [X] tel que les Qi (1 ≤ i ≤ n) sont premiers entre
Q
eux deux à deux et Q = Q1 ...Qn .
Alors la fraction F se décompose de manière unique sous la forme :
A1 An
F =E+ + ... + ;
Q1 Qn
n+1
où (E, A1 , ..., An ) ∈ K [X] tel que pour tout i ∈ J1, nK , deg (Ai ) < deg (Qi ).
Preuve :
Unicité :
Supposons donnée (E, A1 , ..., An ) ∈ K [X]n+1 et (H, B1 , ..., Bn ) ∈ K [X]n+1 tels que :
A1 An
F = E + Q + ... + Q
(1)
1 n
(Hn ) : B1 Bn
F =H+ + ... + (2)
Q1 Qn
∀i ∈ J1, nK , [deg (Ai ) < deg (Qi ) et deg (Bi ) < deg (Qi )] (3)
0 = Ent
(0)
C1 Cn
= Ent P + + ... +
Q1 Qn
C1 Cn
= P + Ent + ... + Ent
Q1 Qn
Ci
Mais pour tout i ∈ J1, nK ,on a deg (Ci ) ≤ max (deg (Ai ) , deg (Bi )) < deg (Qi ), donc Ent = 0.
Qi
Alors 0 = P , donc E = H.
Existence :
• Pour n = 1, on n’a qu’à prendre comme (E, A1 ) le couple (quotient, reste) dans la division euclidienne
de A par Q = Q1 : on a A = Q.E + A1 = Q1 .E + A1 avec deg (A1 ) < deg (Q) = deg (Q1 )
A Q1 .E + A1 A1
Avec ce couple (E, A1 ), on a F = = =E+ .
Q Q1 Q1
• Soit n ∈ N∗ ; supposons l’existence acquise au rang n.
A
Soit F = ∈ K (X) et (Q1 , ...., Qn+1 ) ∈ K [X]n+1 tel que les Qi (1 ≤ i ≤ n + 1) sont premiers entre
Q
15
eux deux à deux et Q = Q1 ...Qn+1 .
Comme Qn+1 est premier avec chacun des Qi (1 ≤ i ≤ n), il est premier avec Q1 ...Qn et le lemme 2
B Bn+1
s’applique. On dispose donc d’un couple (B, Bn+1 ) ∈ K [X]2 tel que F = +
Q1 ...Qn Qn+1
Maintenant, sachant que les Qi (1 ≤ i ≤ n) sont premiers entre eux deux à deux, l’H.R assure l’existence
B B1 Bn
de (B1 , ..., Bn ) ∈ K [X]n tel que = + ... +
Q1 ...Qn Q1 Qn
B1 Bn+1
Ainsi ce (n + 1) −uplet (B1 , ..., Bn , Bn+1 ) de polynômes de K [X] vérifie : F = + ... +
Q1 Qn+1
Finalement, par division euclidienne de Bi par Qi , on dispose d’un couple (Ei , Ai ) ∈ K [X]2 tel que :
Bi = Qi .Ei + Ai , avec deg (Ai ) < deg (Qi ), et cela pour tout i ∈ J1, n + 1K
Q1 .E1 + A1 Qn+1 .En+1 + An+1 A1 An
D’où F = + ... + =E+ + ... + ; où E = E1 + ... + En+1
Q1 Qn+1 Q1 Qn
Le (n + 1) −uplet (E, A1 , ..., An ) convient et l’existence est prouvée au rang n + 1.
Théorème :
A
Soit n ∈ N∗ et F = ∈ K (X) ; où A ∈ K [X], Q ∈ K [X] ∖ {0}.
Qn
Alors la fraction F se décompose de manière unique sous la forme :
A1 A2 An
F =E+ + 2 + ... + n ;
Q Q Q
n+1
où (E, A1 , ..., An ) ∈ K [X] et deg (Ai ) < deg (Q) (1 ≤ i ≤ n)
Preuve :
Existence :
• Pour n = 1, On prend comme couple (E, A1 ) le couple (quotient, reste) de la division euclidienne de
A E.Q + A1 A1
A par Q = Q ; on a : F = = =E+ et deg (A1 ) < deg (Q)
Q Q Q
L’existence est vérifiée au rang n = 1.
Unicité :
16
On raisonne là aussi par récurrence sur n.
• Cas n = 1.
A
Supposons donnée une fraction F = ∈ K (X).
Q
Pour tout (E, A1 ) ∈ K [X]2 , on a :
F = E + A 1
A = E.Q + A1
A = EQ + A
1
Q ⇐⇒ Q Q ⇐⇒
deg (A1 ) < deg (Q)
deg (A1 ) < deg (Q) deg (A1 ) < deg (Q)
A1
Donc F =E+ et deg (A1 ) < deg (Q) si et seulement si (E, A1 ) est le couple (quotient, reste) de
Q
la division euclidienne de A par Q, ce qui prouve l’unicité dans le cas n = 1.
An+1 A − An+1
On note G = F − =
Qn+1 Qn+1
A1 A2 An C
D’après (i), G = E + + 2 + ... + n = n ; où C = [Link] + A1 .Qn−1 + ... + An−1 .Q + An ∈ K [X]
Q Q Q Q
En multipliant par Qn+1 dans (i) et (iii), on a :
Alors par unicité du reste dans la division euclidienne de A par Q, on a : An+1 = Bn+1
An+1 Bn+1
D’où, déjà G = F − = F − n+1
Qn+1 Q
A1 A2 An B1 B2 Bn
D’après (i) et (ii), On a G = E + + 2 + ... + n = H + + 2 + ... + n
Q Q Q Q Q Q
Or, par HR, il y a unicité de la décomposition ; donc (E, A1 , ..., An ) = (H, B1 , ..., Bn )
A 2
Soit F = ∈ K (X) ; où (A, B) ∈ K [X] et B est non constant.
B α1
Soit B = Q1 ...Qαn la factorisation canonique de B en facteurs irréductibles, en sorte que les poly-
n
nômes
Qi (1 ≤ i ≤ n) sont deux à deux non associés et les αi (1 ≤ i ≤ n) sont des entiers naturels non nuls.
Alors la fraction F se décompose de manière unique sous la forme :
X αi
n
X
A i,j
(D) : F = E + j
;
i=1 j=1 Q i
où E et les Ai,j (1 ≤ i ≤ n et 1 ≤ j ≤ αi ) sont des polynômes de K [X] vérifiant deg (Ai,j ) < deg (Qi )
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N.B
Ai,j
Les quantités sont des éléments simples de K (X) et la formule (D) est dite la décomposition en
Qji
éléments simples de F
Le polynôme E est, clairement, la partie entière de la fraction F car
X n X αi
Ai,j
deg (F − E) = deg
j
<0
i=1 j=1 Qi
Vocabulaire :
P
αi A
i,j
Dans la formule (D) le paquet est appelé la partie polaire de F relative au facteur irréductible
j=1 Qji
Qi , en sorte que la décomposition en éléments simples d’une fraction rationnelle de K (X) traduit que
celle-ci est somme de sa partie entière et de ses parties polaires.
A
Si l’écriture F = est celle d’une fraction irréductible et pour un certain i ∈ J1, nK, il existe ai ∈ K
B
Pαi A
i,j
tel que Qi = X − ai alors ai est un pôle de F de multiplicité αi et la partie polaire j
s’écrit
j=1 Qi
Pαi Ai,j
j
, où les Ai,j sont des scalaires. On dit dans ce cas qu’elle est la partie polaire relative
j=1 (X − ai )
au pôle ai
Preuve du théorème :
A αi
On a F = αn ; de plus, sachant que les Qi sont irréductibles et deux à deux non associés, les Qi
Qα 1
1 ...Qn
sont deux à deux premiers entre eux.
D’après le premier théorème de ce paragraphe, Il existe un unique (A1 , ..., An ) ∈ K [X]n tel que :
Xn
Ai
F = αi
i=1
Q i
Ai
D’autre part, d’après le deuxième théorème de ce paragraphe, on a, pour tout i ∈ J1, nK, α se
Qi i
décompose sous la forme :
Xαi
Ai Ai,j
α = E i + j
;
Qi i j=1 Qi
où pour tout j ∈ J1, αi K, Ai,j ∈ K [X] et deg (Ai,j ) < deg (Qi )
D’où
n
X αi
X n
X αi
X
Ai,j Ai,j
F = Ei + =E+
i=1 j=1 Qji i=1 j=1 Qji
et cela en posant
n
X
E= Ei
i=1
Les polynômes E et Ai,j (1 ≤ i ≤ n, 1 ≤ j ≤ αi ) conviennent à la décomposition souhaitée.
D’où l’existence.
18
où E, H, les Ai,j et Bi,j (1 ≤ i ≤ n, 1 ≤ j ≤ αi ) sont des polynômes de K [X] vérifiant :
deg (A ) < deg (Q )
i,j i
deg (Bi,j ) < deg (Qi )
E = Ent (F ) = H
où (Ai , Bi ) ∈ K [X]2 .
L’égalité
Xn Xn
Ai Bi
αi = α
i=1
Qi i=1
Qi i
et l’unicité dans le premier théorème de ce paragraphe permettent de déduire que
∀i ∈ J1, nK , Ai = Bi
Par suite,
Ai,1 Ai,2 Ai,αi Bi,1 Bi,2 Bi,αi
+ + ... + α = + + ... + α
Qi Q2i Qi i Qi Q2i Qi i
Donc, par unicité dans le deuxième théorème de ce paragraphe,
Ainsi
E = H
∀i ∈ J1, nK , ∀j ∈ J1, αi K , Ai,j = Bi,j
Remarque :
A
Le résultat ne suppose pas forcément que soit un représentant irréductible de la fraction F , mais
B
il est bien clair que la réalisation de la décomposition serait plus commode et moins calculatoire si on
Exercice :
A
Montrer que si dans le théorème est un représentant irréductible de la fraction F alors dans la
B
décomposition (D) on a : ∀i ∈ J1, nK , Ai,αi ̸= 0
Connaissant la nature des polynômes irréductibles de C [X] et R [X], et celle des éléments simples de
C (X) et R (X), le théorème de décomposition en éléments simples a les deux versions suivantes
19
Théorème (de D.E.S dans C [X]) :
A 2
Soit F = ∈ C (X) ; où (A, B) ∈ C [X] et B est non constant.
B α α
Soit B = µ (X − a1 ) 1 ... (X − an ) n la factorisation de D’Alembert de B, en sorte que les nombres
ai (1 ≤ i ≤ n) sont les racines distinctes de B et les αi (1 ≤ i ≤ n) sont leurs multiplicités.
Alors la fraction F se décompose de manière unique sous la forme :
n
X Xαi
bi,j ;
(D) : F = E + j
i=1 j=1 (X − ai )
A 2
Soit F = ∈ R (X) ; où (A, B) ∈ R [X] et B est non constant.
B β1 β m
α α
Soit B = µ (X − a1 ) 1 ... (X − an ) n X 2 + p1 X + q1 ... X 2 + pm X + qm la factorisation de
D’Alembert-
Gauss de B, en sorte que les ai (1 ≤ i ≤ n) sont les racines distinctes de B, les αi (1 ≤ i ≤ n) sont
leurs
multiplicités et les (pj , qj ) sont des couples distincts de réels tels que p2j − 4qj < 0.
Alors la fraction F se décompose de manière unique sous la forme :
!
n αi m βj
X X bi,k X X cj,k X + dj,k
(D) : F = E + + ;
k 2 k
i=1 k=1 (X − ai ) j=1 k=1 (X + pj X + qj )
Proposition
A
Soit F = une fraction rationnelle de K (X) et a ∈ K un pôle simple de F , en sorte que
B
α A (a) A (a)
, où α = = ′
X −a C (a) B (a)
Preuve
D’après le théorème général de D.E.S, il existe une fraction rationnelle G de K (X) n’ayant pas le pôle a et un scalaire
α ∈ K tel que
α
F = +G
X −a
D’où en multipliant par X − a :
(X − a) F = α + (X − a) G
20
c’est à dire
A
= α + (X − a) G
C
Il vient en substituant à X a :
A (a)
= α + 0.G (a) = α
C (a)
D’autre part, on a
B ′ = ((X − a) C)′ = C + (X − a) C ′
D’où
B ′ (a) = C (a)
Donc
A (a) A (a)
α= = ′
C (a) B (a)
CQFD.
Notation
A (a) A (x)
La relation α = s’écrit aussi α = ⌋x=a
C (a) C (x)
Remarque
A m
Pour un pôle multiple a de F = , il existe m ∈ N ∖ {0, 1} et C ∈ K [X] tel que B = (X − a) C et
B
C (a) ̸= 0.
α1 α2 αm
+ + ... + m
X − a (X − a)2 (X − a)
α1 α2 αm
F = + 2 + ... + m +G
X − a (X − a) (X − a)
m A m−1 m
(X − a) F = = α1 (X − a) + ... + αm−1 (X − a) + αm + (X − a) G
C
A (a) A (x)
αm = = ⌋x=a
C (a) C (x)
Proposition
21
Preuve
A
Posons F = , où (A, B) ∈ R [X]2 , B ̸= O et A ∧ B = 1.
B
1. z est une racine complexe non réelle du polynôme B. On sait alors, sachant que B est à coefficients
réels, que z est une racine de B de même multiplicité que z. Cela fait de z un pôle de F de même multiplicité que le pôle z.
2. La D.E.S de F dans C (X) s’écrit
α α r αi
!
X Aj X Bj X X bi,k
F = E+ + +
j=1 (X − z)j j=1 (X − z)j i=1 k=1 (X − ai )k
où E est la partie entière de F (qui est forcément dans R [X] ! !), les a1 , ..., ar sont les pôles complexes de F distincts de z
et z, les α1 , ..., αr sont leurs multiplicités respectives et les Aj , Bj bi,k sont des nombres complexes.
Pour tout u ∈ C ∖ {z, z, a1 , ..., ar }, on a
α α r αi
!
X Aj X Bj X X bi,k
F (u) = E (u) + j
+ +
j=1 (u − z) j=1 (u − z)j i=1 k=1 (u − ai )k
2.3.4 Exemples
Exemple 1
X3 − X2
Soit F =
X2 − X − 2
On a B = X 2 − X − 2 = (X + 1) (X − 2) ; il est scindé et ses seules racines −1 et 2 ne sont pas racines
de A = X 3 − X 2 . Donc A ∧ B = 1 et la fraction F est irréductible.
α
La D.E.S de F est la somme de la partie entière E = Ent (F ) et des deux parties polaires et
X +1
β α β
relatives aux pôles −1 et 2 respectivement : F = E + +
X −2 X +1 X −2
E s’obtient comme quotient dans la division euclidienne de A par B.
X3 − X2 X2 − X − 2
−X 3 + X 2 + 2X X D’où E = Ent (F ) = X
2X
A (x) A (−1) 2 A (x) A (2) 4
De plus, on a α = ⌋x=−1 = = et β = ⌋x=2 = =
x−2 −1 − 2 3 x+1 2+1 3
D’où
X3 − X2 2 4
F = 2
=X+ +
X −X −2 3 (X + 1) 3 (X − 2)
22
Exemple 2
X2 + 1
Soit F = 2
X (X − 1) (X 2 + X + 1)
F est une fraction de R (X) dont les facteurs irréductibles du dénominateur sont X, X − 1 et X 2 + X + 1.
La partie entière de F est nulle car deg (F ) < 0. Donc la D.E.S de F se réduit à
α β γ δX + µ
F = + + + 2 (∗)
X X − 1 (X − 1)2 X +X +1
Il s’agit de α
X et il est question de déterminer α. Comme le pôle 0 est simple, on a
x2 + 1 02 + 1
α= 2 ⌋x=0 = 2 =1
(x − 1) (x2 + x + 1) (0 − 1) (02 + 0 + 1)
X2 + 1 2
γ= 2
⌋x=1 =
X (X + X + 1) 3
D’autre part, en considérant que F peut-être aussi considérée comme une fraction rationnelle de C (X),
on a
z2 + 1 βz 2z δz 2 + µz
∀ z ∈ C ∖ {1} , zF (z) = 2 =1+ + 2 + 2
(z − 1) (z 2 + z + 1) z − 1 3 (z − 1) z +z+1
D’où pour z = i, on a
βi 2i δi2 + µi
0=1+ + 2 + 2
i − 1 3 (i − 1) i +i+1
D’où
βi (−1 − i)
0=1+ − i (−δ + µi)
2
c’est à dire
β β
0=1+ +µ+i − +δ
2 2
Alors
β β
1+ +µ=0 et − +δ =0
2 2
23
Ainsi
β+δ = −1
β
− +δ =0 =0
2
β
+µ = −1
2
On en déduit
2 1 2
β = − , δ = − et µ = −
3 3 3
En conclusion, la D.E.S de F est
1 2 2 X +2
F = − + −
X 3 (X − 1) 3 (X − 1)2 3 (X 2 + X + 1)
Exercice
x2 + 1
Montrer que la fonction f : x 7→ 2 n’est pas intégrable sur ]0, 1[ ni sur ]1, +∞[.
x (x − 1) (x2 + x + 1)
Déterminer une primitive de f sur ]1, +∞[.
Z +∞
Montrer que l’intégrale f (t) dt converge et calculer sa valeur.
2
Exemple 3
1
Soit F =
X6+1
F est une fraction irréductible de R (X) de partie entière O car deg (F ) < 0. et sans pôles dans R
Le but ici est de décomposer F en éléments simples dans R (X), en utilisant sa D.E.S dans C (X).
Les pôles de F sont les racines 6-ièmes de −1. Comme i est une racine 6-ièmes de −1, les pôles de F
2kπ kπ kπ π (2k+3)π
i 3 +2
sont donc les iei 6 = iei 3 =e = ei 6 , k ∈ J0, 5K.
1
On ainsi F =
Q
5 (2k+3)π
X − ei 6
k=0
La D.E.S ne comporte que les parties polaires de F relatives aux pôles cités ci-dessus :
a b c d e f
F = π + 5π + 7π + 3π + 11π + 13π
i2
X −e X− ei 6 X− ei 6 X− ei 2 X− ei 6 X − ei 6
a b c d e f
= + 5π + 12π−π + + 12π−π +
12π+π
X −i X +i
X− ei 6 X −e i 6 X −e i 6 X + ie
i 6
a b c d e f
= + + + + +
X −i 5π 5π X + i X − e−i π6 π
X − ei 6
X− ei 6 X− e−i 3
Ici le six pôles complexes sont non réels et conjugués deux à deux (comme attendu puisque F ∈ R (X)).
Or tous les pôles de F sont simples. Donc en notant A = 1 et B = X 6 +1 les numérateur et dénominateurs
24
de F , on a
π 5π
A (u) 1 i A (u) 1 e−i 6 A (u) 1 ei 6
a= ′ ⌋u=i = 5 = − , b= ′ ⌋ 5π = 25π = , e= ′ ⌋ π =
5π =
B (u) 6i 6 B (u) u=ei 6 6 B (u) u=e−i 6 6
6ei 6 6e−i 6
D’où
π π 5π 5π
i e−i 6 ei 6 i ei 6 e−i 6
F =− + + + + π + π
6 (X − i) 5π 5π 6 (X + i) 6 X − e−i 6 X − ei 6
6 X − ei 6 6 X − e−i 3
!
π
−i 6
π 5π 5π
i 1 1 1 e e i6
1 ei 6 e−i 6
= − − + + + +
6 X −i X +i 6 5π 5π 6 X − e−i π6 π
X − ei 6
X− ei 6 X− e−i 6
π 5π
2 cos
X +2 2 cos X +2
1 6 6
= + + π
3 (X 2 + 1) 5π 6 X 2 − 2 cos X +1
6 X 2 − 2 cos X +1 6
6
Soit √ √
1 3X + 2 3X − 2
F = + √ − √
6 (X 2 + 1) 6 X 2 + 3X + 1 6 X 2 − 3X + 1
25