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Cours Mat Gen

Le document présente un cours de mathématiques générales, abordant des sujets tels que les nombres complexes, l'arithmétique dans Z, les polynômes, les équations différentielles et l'intégration. Il inclut des définitions, des propriétés et des exercices pour chaque thème. Les nombres complexes y sont définis et illustrés par leur représentation algébrique et leurs opérations.
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Le document présente un cours de mathématiques générales, abordant des sujets tels que les nombres complexes, l'arithmétique dans Z, les polynômes, les équations différentielles et l'intégration. Il inclut des définitions, des propriétés et des exercices pour chaque thème. Les nombres complexes y sont définis et illustrés par leur représentation algébrique et leurs opérations.
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Mathématiques générales

Jean-Philippe Nicolas
LMBA,
Université de Brest, 6 avenue Victor Le Gorgeu,
29200 Brest.
Bureau H109
email : [Link]@[Link]
Page web : https: // jnicolas. pages. math. cnrs. fr/
2
Table des matières

1 Nombres complexes 5
1.1 Les ensembles de nombres usuels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.2 Les nombres complexes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.2.1 Représentation cartésienne ou algébrique . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.2.2 Représentation polaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.3 Racines n-ièmes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
1.4 Equations du second degré . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
1.4.1 Cas réel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
1.4.2 Cas complexe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
1.4.3 Une propriété importante . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
1.4.4 Interprétation géométrique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
1.5 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20

2 Arithmétique dans Z 21
2.1 Divisibilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
2.2 PGCD, PPCM . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
2.3 Nombres premiers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
2.4 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34

3 Arithmétique des polynômes 35


3.1 Polynômes et degré . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
3.2 L’algorithme de la division euclidienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
3.3 PGCD, PPCM . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
3.4 Polynômes irréductibles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
3.5 Fractions rationnelles et éléments simples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43

4 Equations différentielles 47
4.1 Définitions et équations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
4.2 Equations du premier ordre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
4.2.1 Résolution de l’équation homogène . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
4.2.2 Résolution de l’équation complète . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50

3
4 TABLE DES MATIÈRES

4.2.3 Résolution du problème de Cauchy . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51


4.2.4 Principe de superposition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
4.3 Equations du second ordre à coefficients constants . . . . . . . . . . . . . . 53
4.3.1 Résolution de l’équation homogène . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
4.3.2 Résolution de l’équation complète . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
4.4 Problème de Cauchy . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
4.5 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57

5 Intégration 61
5.1 Définition de l’intégrale de Riemann . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
5.2 Calcul et propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
5.3 Intégrations par parties et changement de variable . . . . . . . . . . . . . . 64
5.4 Quelques intégrales de fractions rationnelles . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
5.5 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
Chapitre 1

Nombres complexes

1.1 Les ensembles de nombres usuels


Jusqu’à présent, vous avez manipulé quatre grands ensembles de nombres :
• les nombres entiers naturels
N = {0, 1, 2, 3, 4, ...} ;

• les nombres entiers relatifs


Z = {... − 3, −2, −1, 0, 1, 2, 3, 4, ...} ;

• les nombres rationnels


a
Q = {x = ; a, b ∈ Z , b ̸=} ;
b
(souvent on préfère choisir a et b de façon à ce qu’ils n’aient pas de diviseur commun,
mais x = −6/9 est un nombre rationnel même si on peut l’écrire plus simplement)
• R la droite réelle. On a l’habitude de manipuler les nombres réels, mais ce ne
sont pas des objets si simples ni évidents, la construction de R n’est d’ailleurs pas
totalement évidente.
On a les inclusions suivantes
N ⊂ Z ⊂ Q ⊂ R.
Ces ensembles sont tous infinis mais N, Z et Q sont dénombrables, c’est-à-dire qu’on
peut étiqueter tous leurs éléments avec un nombre entier naturel différent. Pour N c’est
évident, on pourra voir au tableau comment le faire pour Z et Q. Ainsi, en un certain
sens, N, Z et Q contiennent autant d’éléments, on peut en fait construire des bijections
entre ces ensembles. En revanche R n’est pas dénombrable, il contient strictement (et
largement) plus d’éléments que les trois autres ensembles.

5
6 Nombres complexes

1.2 Les nombres complexes


Les nombres complexes ont été découverts au XVIe siècle en Italie par Cardano et ses
élèves. Tout le monde était bien conscient que certaines équations algébriques comme
x2 = −1
n’ont
√ pas de solution. Cardano décide de considérer une solution à cette équation notée
−1. Evidemment il ne s’agit pas d’un nombre réel, car aucun nombre réel n’a un carré
égal à −1. Mais il décide de le manipuler comme si c’était un nombre usuel et de calculer
avec. Il a ainsi
√ accès à toute un ensemble de nombres dits imaginaires et qui sont de la
forme a + b −1 où a et b sont des nombres réels. Cela donne des méthodes efficaces pour
résoudre des équations algébriques de degrés 2, 3 et 4. Même si les solutions sont des
nombres réels, le fait d’utiliser ces nombres imaginaires permet de résoudre les équations
alors qu’en se limitant aux nombres réels, on n’a pas de méthodes systématiques.
Les nombres complexes ne seront correctement formalisés que beaucoup plus tard, par
Hamilton en 1835. Il définit un nombre complexe comme un couple z = (x, y) de nombres
réels. Pour deux nombres complexes z = (x, y) et z ′ = (x′ , y ′ ), on définit leur somme et
leur produit de la façon suivante :
z + z ′ = (x + x′ , y + y ′ ) , zz ′ = (xx′ − yy ′ , xy ′ + x′ y) .
Cela revient exactement à considérer que l’ensemble C des nombres complexes est muni
d’une base canonique (un repère) notée :
1 = (1, 0) , i = (0, 1)
vérifiant 1.i = i.1 = i, 12 = 1, i2 = −1. C’est à dire que
z = (x, y) = x + iy , z ′ = (x′ , y ′ ) = x′ + iy ′ , z + z ′ = x + x′ + i(y + y ′ ) ,
zz ′ = (x + iy)(x′ + iy ′ ) = xx′ + ixy ′ + ix′ y + i2 yy ′ = xx′ − yy ′ + i(xy ′ + x′ y) .

1.2.1 Représentation cartésienne ou algébrique


La définition de l’ensemble C des nombres complexes nous donne la première représenta-
tion de ces nombres, appelée représentation algébrique, selon laquelle on écrit un nombre
complexe sous la forme
z = x + iy .
L’ensemble C est donc décrit comme
C = {z = x + iy , x, y ∈ R} .
Un nombre complexe z = (x, 0) = x + i0 est simplement noté x et s’identifie ainsi au
nombre réel x. Les nombres complexes z = x + iy avec x = 0 et y ̸= 0 sont qualifiés
d’imaginaires purs.
Les nombres complexes 7

Remarque 1.1. A noter que comme i2 = −1, il suit que i(−i) = 1 et donc −i = 1i .
Définition 1.1. Pour un nombre complexe z = x + iy, x s’appelle sa partie réelle et y sa
partie imaginaire, on note
x = Re z , y = Im z .
On appelle module d’un nombre complexe z = x + iy le nombre réel positif
p
|z| = x2 + y 2 ,

c’est la distance entre le point (x, y) ∈ R2 et l’origine (0, 0). Le complexe conjugué de z
est le nombre complexe
z̄ = x − iy .
On remarque que
z z̄ = |z|2 .
Une conséquence importante de la définition de C est que si z et w sont deux nombres
complexes, alors on a
z = w si et seulement si (Re z = Re w et Im z = Im w).
En particulier, un nombre complexe z est nul si et seulement si Re z = 0 et Im z = 0.
Lorsqu’on considère l’inverse d’un nombre complexe non nul écrit sous forme al-
gébrique, on peut aussi l’écrire sous forme algébrique par un calcul simple. Soit donc
z = x + iy avec x ou y non nul,
1 x − iy x − iy
= = 2 .
x + iy (x + iy)(x − iy) x + y2
Sans utiliser explicitement la représentation algébrique, ceci s’écrit, pour z ̸= 0
1 z̄ z̄
= = 2. (1.1)
z z z̄ |z|
On a les propriétés à peu près évidentes suivantes :
Proposition 1.1. Soit deux nombres complexes z et w. On a :
1. z̄¯ = z,

2. z + z̄ = 2Re z, z − z̄ = 2iIm z,

3. |z̄| = |z|,

4. |Re z| ≤ |z|, |Im z| ≤ |z|,

5. z + w = z̄ + w̄, zw = z̄ w̄, |zw| = |z||w|,


8 Nombres complexes

6. si z ̸= 0,
 
1 1 1 1  w  w̄ w |w|
= , = , = , = .
z z̄ z |z| z z̄ z |z|

Preuve. Les trois premières propriétés sont des conséquences directes des définitions.
La quatrième propriété se montre facilement. Soit z = x + iy ∈ C, on a clairement

x2 ≤ x2 + y 2

puisque y 2 ≥ 0. On en déduit √ p
x2 ≤ x2 + y 2 ,
c’est-à-dire
|x| ≤ |z| ,
autrement dit
|Re z| ≤ |z| .
De même en partant de
y 2 ≤ x2 + y 2
on obtient que
|y| = |Im z| ≤ |z| .
Les propriétés suivantes se montrent par calcul direct en utilisant les précédentes. Traitons-
les dans l’ordre.

Propriété 5. Soit z = x + iy et w = a + ib. La propriété z + w = z̄ + w̄ est immédiate.


Vérifions la suivante

zw = (x + iy)(a + ib) = xa + iya + ixb − yb = (xa − yb) + i(ya + xb) ,


zw = (xa − yb) − i(ya + xb) ,
z̄ w̄ = (x − iy)(a − ib) = xa − iya − ixb − yb = (xa − yb) − i(ya + xb) ,

on a donc bien
zw = z̄ w̄ .
La troisième propriété est une conséquence des précédentes. En effet, on a

|zw|2 = zwzw = zwz̄ w̄ = z z̄ww̄ = |z|2 |w|2 .

On prend maintenant la racine carrée dans l’égalité ci-dessus et comme les modules
sont tous positifs, on obtient |zw| = |z||w|.
Les nombres complexes 9

Propriété 6. Soit z = x + iy,


   
1 x − iy x + iy
= 2 2
= 2
z x +y x + y2

et
1 1 x + iy x + iy
= = = 2 .
z̄ x − iy (x − iy)(x + iy) x + y2
On a donc bien  
1 1
= .
z z̄
Soit z et w deux nombres complexes avec z non nul,
w    
1 1 1 w̄
=w = w̄ = w̄ = .
z z z z̄ z̄

Pour les modules, si z ̸= 0, on a


1
z =1
z
donc
1 1
z = |z| = |1| = 1
z z
donc
1 1
= .
z |z|
Enfin, on a
w 1 1 1
= w = |w| = |w| .
z z z |z|

Ceci conclut la preuve.


Une autre propriété fondamentale est l’inégalité triangulaire, qui existe sous deux
formes équivalentes.

Théorème 1.1 (Inégalité triangulaire). On a les deux propriétés suivantes :

Pour tout z, w ∈ C , |z + w| ≤ |z| + |w| , (1.2)


Pour tout z, w ∈ C , ||z| − |w|| ≤ |z − w| . (1.3)

De plus, elles sont équivalentes, c’est-à-dire qu’on peut déduire l’une de l’autre et inverse-
ment.
10 Nombres complexes

Preuve. Commençons par montrer la première forme, on montrera ensuite l’équivalence


des deux. Soit z = x + iy ∈ C et w = a + ib ∈∈ C. Le module de z est la norme du
vecteur (x, y) et celui de w est celle du vecteur (a, b). Il s’agit donc de l’inégalité trian-
gulaire classique pour les triangles dans le plan, disant que la longueur d’un côté d’un
triangle est inférieure à la somme des longueurs des deux autres côtés. On peut aussi en
faire une preuve directe en utilisant les propriétés précédentes :

|z + w|2 = (z + w)(z + w)
= z z̄ + z w̄ + wz̄ + ww̄
= |z|2 + 2Re (z w̄) + |w|2
≤ |z|2 + 2|Re (z w̄)| + |w|2

et comme
|Re (z w̄)| ≤ |z w̄| = |z||w| ,

il suit
|z + w|2 ≤ |z|2 + 2|z||w| + |w|2 = (|z| + |w|)2 .

On en déduit donc que


|z + w| ≤ |z| + |w| .

Montrons maintenant l’équivalence des deux formes (1.2) et (1.3). On commence par
montrer la seconde en utilisant la première :

|z| = |(z − w) + w| ≤ |z − w| + |w|

et donc
|z| − |w| ≤ |z − w| .

En échangeant les rôles de z et w on obtient aussi

|w| − |z| = −(|z| − |w|) ≤ |w − z| = |z − w| .

On a donc la deuxième forme (1.3). Reste à établir (1.2) en utilisant (1.3) :

|z + w| − |w| ≤ ||z + w| − |w|| ≤ |z + w − w| = |z| ,

donc
|z + w| ≤ |z| + |w| .

Le théorème est donc démontré.


Les nombres complexes 11

1.2.2 Représentation polaire


Soit z = x + iy ∈ C, on peut utiliser la représentation polaire du couple (x, y) ∈ R2

x = r cos θ , y = r sin θ ,

où p
r= x2 + y 2 = |z|
et θ est l’angle orienté Ox,
\ Oz (on verra cet angle sur un dessin en cours).

Définition 1.2. La forme polaire de z est l’expression suivante

z = |z| cos θ + i|z| sin θ . (1.4)

L’angle θ est appelé l’argument de z et noté Arg(z). Il est unique si on décide qu’il
appartient à [0, 2π[ (ou à tout autre intervalle semi-ouvert de longueur 2π, comme ]−π, π]),
sinon il est défini modulo 2π. On peut aussi écrire (1.4) de la façon suivante :

Re z = |z| cos θ , Im z = |z| sin θ .

On introduit une notation synthétique

eiθ := cos θ + i sin θ . (1.5)

La forme polaire de z peut alors s’écrire sous la forme plus courte

z = |z|eiθ . (1.6)

Remarque 1.2.
p
1. |eiθ | = (cos θ)2 + (sin θ)2 = 1.

2. On parle parfois de représentation trigonométrique pour (1.4) et de représentation


exponentielle pour (1.6). Ce sont deux versions équivalentes de la représentation
polaire.

3. La notation (1.5) qui fait apparaître l’exponentielle est en fait un résultat que l’on
démontre mais qui nécessite des outils qui seront vus plus tard (les séries). Dans le
cours d’analyse complexe de deuxième année, on définit l’exponentielle comme une
fonction sur C et on vérifie alors la propriété (1.5). Cette année, on se contentera
de considérer qu’il s’agit simplement d’une notation.

On a la propriété suivante que l’on peut démontrer à l’aide des formules trigonométriques
usuelles
12 Nombres complexes

Proposition 1.2. Soit θ, φ ∈ R, on a


ei(θ+φ) = eiθ eiφ .
Remarque 1.3. La non unicité de la forme polaire si on n’impose pas de choisir θ dans
un intervalle donné de longueur 2π, se traduit ici simplement par le fait que pour tout
k ∈ Z et tout θ ∈ R,
ei(θ+2kπ) = eiθ .
La question qui se pose naturellement est : “Comment passer d’une forme à l’autre?”
La forme polaire, d’après sa définition, permet de retrouver naturellement la forme al-
gébrique. Prenons quelques exemples. Tout d’abord, nous avons les quelques valeurs de
θ pour lesquelles on connait explicitement les valeurs de leur cosinus et de leur sinus :
ei0 = cos 0 + i sin 0 = 1 ,
eiπ = cos π + i sin π = −1 ,
eiπ/2 = cos(π/2) + i sin(π/2) = i ,
1 1
eiπ/4 = cos(π/4) + i sin(π/4) = √ + i √ ,
2 2

1 3
eiπ/3 = cos(π/3) + i sin(π/3) = + i ,
2√ 2
3 1
eiπ/6 = cos(π/6) + i sin(π/6) = +i .
2 2
On peut aussi déduire d’autres valeurs des relations usuelles suivantes :
cos(−θ) = cos θ , sin(−θ) = − sin θ ,
π  π 
cos − θ = sin θ , sin − θ = cos θ ,
 π2  2π 
cos + θ = − sin θ , sin + θ = cos θ ,
2 2
cos(π − θ) = − cos θ , sin(π − θ) = sin θ ,
cos(π + θ) = − cos θ , sin(π + θ) = − sin θ .
Quelques autres exemples :
5ei3π/2 = 5 cos(3π/2) + 5i sin(3π/2) = −5i ,
√ √
i5π/4 i(π+π/4) iπ iπ/4 iπ/4 2 2
e = e =e e = −e =− −i ,
2 2
√ !
1 3 √
2e−iπ/3 = 2 cos(−π/3) + 2i sin(−π/3) = 2 −i = 1 − i 3.
2 2
Pour passer de la forme algébrique à la forme polaire, la méthode est simple, c’est la même
que pour trouver les coordonnées polaires d’un point de R2 . Prenons z = x + iy ∈ C :
Les nombres complexes 13

1. on commence par factoriser le module de z dans l’expression de z


!
p x y
z = x + iy = x2 + y 2 p + ip ;
2
x +y 2 x + y2
2

2. ensuite on trouve θ tel que


x y
p = cos θ , p = sin θ
x2 + y2 x + y2
2

et on a alors
z = |z|(cos θ + i sin θ) .
On essaye souvent de choisir θ ∈ [0, 2π[, il est alors unique. Mais on peut aussi faire
d’autres choix.
Deux exemples.
√ √
1. Soit z = 1 + i. Le module de z est donné par |z| = 1 + 1 = 2 et donc

 
1 1
z = 2 √ + i√ .
2 2
On cherche alors θ tel que
1
cos θ = sin θ = √ ,
2
θ = π/4 convient. On a donc
√ iπ/4
1+i= 2e .

2. Soit maintenant w = 4 + 3i. Alors



|w| = 16 + 9 = 5 .

On écrit donc  
4 3
w=5 +i .
5 5
Il y a bien un unique θ ∈ [0, 2π[ (ici même entre 0 et π/2) tel que
4 3
cos θ = et sin θ =
5 5
mais il ne fait pas partie de notre liste et on ne connait pas sa valeur explicite.
On déduit de la Proposition 1.2 le Théorème de Moivre :
14 Nombres complexes

Corollaire 1.1 (Théorème de Moivre). Pour tout n ∈ N et tout θ ∈ R

(cos θ + i sin θ)n = cos nθ + i sin nθ .

On a les propriétés importantes de la forme polaire qui suivent directement de la


définition et de la Proposition 1.2 :

Proposition 1.3. Soit deux nombres complexes z et w. Si on note leur forme polaire :
z = reiθ , w = Reiφ , avec r = |z|, R = |w|, on a

z̄ = re−iθ , zw = rRei(θ+φ) ,

et pour n ∈ N,
z n = rn einθ .
C’est-à-dire que

|z̄| = |z| , Arg(z̄) = −Arg(z) mod (2π) ,


|zw| = |z||w| , Arg(zw) = Arg(z) + Arg(w) mod (2π) ,
|z n | = |z|n , Arg(z n ) = nArg(z) mod (2π) .

De plus si z ̸= 0, on a
1 1
= e−iθ .
z r
Cette proposition nous donne une façon de calculer les racines n-ièmes d’un nombre
complexe. Nous allons développer ceci dans la prochaine section.

1.3 Racines n-ièmes


On cherche à calculer les racines n-ièmes d’un nombre complexe z ∈ C donné pour n ∈ N∗
donné, c’est-à-dire à résoudre dans C

wn = z

Si z = 0, il n’y a que 0 qui soit solution, mais si z est différent de 0, on a toujours n


racines n-ièmes distinctes. On les obtient simplement à partir de la forme polaire de z :

z = reiθ

où r = |z| et θ = Arg (z). Les n racines n-ièmes distinctes de z sont alors données par
θ 2kπ
wk = r1/n ei( n + n ) , avec k = 0, 1, 2, ..., n − 1 .
Racines n-ièmes 15

Cas particulier des racines carrées. On a deux racines carrées de z qui sont
√ √ θ 2π √
rei( 2 + 2 ) =
θ θ
w0 = rei 2 , w1 = rei 2 eiπ = −w0 .

Lorsque z ̸= 0 on a donc exactement deux racines carrées opposées l’une de l’autre.


Bien sûr, tout ceci fonctionne si on est capable de déterminer explicitement l’argument
de z, ce qui n’est pas toujours le cas. Pour déterminer les racines carrées d’un nombre
complexe il existe aussi une autre méthode qui utilise la forme cartésienne et qui permet
de trouver le résultat même lorsqu’on ne peut pas déterminer simplement l’argument de
z. Soit z = x + iy ̸= 0. On cherche w = a + ib tel que w2 = z, c’est-à-dire tel que

a2 − b2 + 2iab = x + iy .

On écrit donc les équations qui identifient les parties réelles d’un côté et les parties imag-
inaires de l’autre. Pour simplifier la résolution, on écrit aussi l’égalité du module de z et
du module de w2 . On a donc le système de trois équations suivant:
 2
 a − b2 = x

 Re (w2 ) = Re z
Im (w2 ) = Im z ⇔ 2ab = yp
2  2
|w | = |z| a + b2 = x2 + y 2

On voit que les lignes 1 et 3 permettent de calculer a2 et b2 et la ligne 2 nous donne le


signe du produit ab. On trouve ainsi deux couples (a, b) qui vérifient les équations et qui
sont opposés l’un de l’autre. On peut traiter un exemple en cours, comme z = −3 + 4i
dont les deux racines carrées sont

w1 = 1 + 2i , w2 = −1 − 2i .

On peut essayer de généraliser la deuxième méthode pour des racines d’ordre plus élevé.
Prenons le cas d’une racine cubique. Soit z = x + iy =
̸ 0. On cherche w = a + ib tel que
w = z, c’est-à-dire tel que
3

(a + ib)3 = a3 + 3ia2 b − 3ab2 − ib3 = x + iy .

Ceci est équivalent à dire que

a3 − 3ab2 = x , (1.7)
3a2 b − b3 = y . (1.8)

Ce à quoi on peut ajouter que


|w3 | = |w|3 = |z| ,
c’est-à-dire que

|w|6 = (a2 + b2 )3 = a6 + 3a4 b2 + 3a2 b4 + b6 = |z|2 = x2 + y 2 , (1.9)


16 Nombres complexes

ou encore
a2 + b2 = (x2 + y 2 )1/3 .
Si on fait la somme de (1.7) et (1.8), on obtient
a3 − b3 + 3ab(a − b) = x + y ,
et comme
a3 − b3 = (a − b)(a2 + ab + b2 ) ,
on obtient
(a − b)(a2 + 4ab + b2 ) = x + y .

1.4 Equations du second degré


On cherche maintenant à résoudre les équations de la forme
az 2 + bz + c = 0 , (1.10)
où a, b, c sont des nombres complexes avec a ̸= 0. On commence par ré-écrire la partie
gauche de l’équation (1.10) sous une forme plus utile
 
2 2 b c
az + bz + c = a z + z +
a a
2 !
b2

b c
= a z+ + − 2
2a a 4a
2 !
b2

b c
= a z+ + − 2
2a a 4a
2 !
b2 − 4ac

b
= a z+ − .
2a 4a2

On voit donc que (1.10) est équivalente à l’équation suivante, appelée la forme canonique
de (1.10)
2
b2 − 4ac

b
z+ = . (1.11)
2a 4a2
On note
∆ := b2 − 4ac
et on l’appelle le discriminant du polynôme az 2 + bz + c. La forme canonique est encore
équivalente à l’équation suivante, obtenue en multipliant (1.11) par 4a2 et qui est la plus
utile pour trouver les solutions de (1.10) :
(2az + b)2 = ∆ . (1.12)
Equations du second degré 17

1.4.1 Cas réel


Commençons par traiter le cas où les coefficients sont réels (a, b, c ∈ R). On a trois cas :
1er cas : ∆ > 0. Alors l’équation (1.12) dit exactement que

2az + b = ± ∆ .
Il suit que (1.12), et donc (1.10), a deux solutions réelles distinctes données par
√ √
−b − ∆ −b + ∆
x1 = , x2 = .
2a 2a
Le polynôme az 2 + bz + c se factorise alors sous la forme
az 2 + bz + c = a(z − x1 )(z − x2 ) .

2eme cas : ∆ = 0. Alors (1.12) s’écrit


(2az + b)2 = 0
ce qui équivaut à 2az + b = 0. On voit donc que l’équation (1.12), comme (1.10),
admet une unique solution, qui est réelle et donnée par
b
x0 = − .
2a
Le polynôme az 2 + bz + c se factorise alors sous la forme
az 2 + bz + c = a(z − x0 )2 ,
ce qui est la même chose que a(z − x1 )(z − x2 ) dans le cas où x1 = x2 = x0 .
3eme cas : ∆ < 0. Dans ce cas, l’équation (1.12)
(2az + b)2 = ∆ < 0
n’a pas de solution réelle. Comme ∆ < 0, sa forme polaire s’écrit
∆ = −|∆| = |∆|eiπ .
Le discriminant a donc deux racines carrées dans C données par
|∆|eiπ/2 = i |∆| et − i |∆| .
p p p

Il suit que (1.12), ainsi que (1.10), a deux solutions complexes conjuguées l’une de
l’autre données par
p p
−b − i |∆| −b + i |∆|
z1 = , z2 = = z1 .
2a 2a
Le polynôme az 2 + bz + c se factorise alors sous la forme
az 2 + bz + c = a(z − z1 )(z − z2 ) .
18 Nombres complexes

1.4.2 Cas complexe


On suppose maintenant que a, b, c ∈ C avec a ̸= 0.
1. Lorsque ∆ = 0 la situation est la même que dans le cas réel. L’équation (1.12) dit
que
(2az + b)2 = 0
ce qui équivaut à 2az + b = 0 car le seul nombre complexe dont le carré soit 0 est 0.
On a donc une seule solution pour (1.12) et (1.10) donnée par
b
z0 = − .
2a
Le polynôme az 2 + bz + c se factorise alors sous la forme

az 2 + bz + c = a(z − z0 )2 .

2. Lorsque ∆ ̸= 0, on écrit la forme polaire de ∆

∆ = |∆|eiθ , θ = Arg(∆) .

Les deux racines carrées de ∆ s’écrivent


p p
|∆|eiθ/2 et − |∆|eiθ/2 .

L’équation (1.12) de même que (1.10) a donc deux racines complexes (qui en général
ne sont pas conjuguées l’une de l’autre)
p p
−b − |∆|eiθ/2 −b + |∆|eiθ/2
z1 = , z1 = .
2a 2a
Le polynôme az 2 + bz + c se factorise alors sous la forme

az 2 + bz + c = a(z − z1 )(z − z2 ) .

1.4.3 Une propriété importante


Reprenons l’équation (1.10) dans le cas général. On peut l’écrire sous la forme
b c
z2 + z + = 0 .
a a
Si on note z1 et z2 les solutions de l’équation (qui sont égales lorsque ∆ = 0), on a
b c
z1 + z2 = − , z1 z2 = .
a a
Equations du second degré 19

On voit donc que le trinôme z 2 + ab z + c


a
s’écrit aussi
z 2 − Sz + P

S = z1 + z2 , P = z1 z2 .
On peut vérifier cette propriété facilement en utilisant la factorisation du trinôme vue
précédemment. On a
az 2 + bz + c = a(z − z1 )(z − z2 )
et donc en divisant l’égalité par a et en développant le membre de droite, on obtient
b c
z2 + z + = (z − z1 )(z − z2 )
a a
= z 2 = z1 z − z2 z + z1 z2
= z 2 − (z1 + z2 )z + z1 z2 .
En identifiant les coefficients des deux côtés de l’égalité, on obtient
b c
= −(z1 + z2 ) et = z1 z2 .
a a

1.4.4 Interprétation géométrique


Dans le cas où a, b et c sont réels avec a ̸= 0, on a des interprétations géométriques
naturelles de l’équation du second degré et de ses solutions réelles. Puisqu’on ne s’intéresse
qu’aux solutions réelles, on ré-écrit (1.10) en notant la variable x au lieu de z:
ax2 + bx + c = 0 (1.13)
Le graphe du polynôme ax2 + bx + c est une parabole et les solutions réelles de (1.13) sont
les abscisses des intersections du graphe avec l’axe Ox. On peut représenter au tableau
des exemples de situations correspondant aux trois cas ∆ > 0, ∆ = 0 et ∆ < 0.
Dans le cas général où a, b et c sont complexes, on décompose la forme canonique
(1.11) comme deux équations réelles
2
b2 − 4ac

b |∆|
z+ = 2
= , (1.14)
2a 4a 4|a|2
 2 !  2 
b b − 4ac
Arg z+ = Arg mod (2π) . (1.15)
2a 4a2

L’équation (1.14) dit que


1/2
p
b b2 − 4ac |∆|
z+ = = ,
2a 4a2 2|a|
20 Nombres complexes


|∆|
c’est-à-dire que z est sur le cercle de centre et de rayon 2|a| .
b
− 2a
L’équation (1.15) signifie que
   2 
b 1 b − 4ac
Arg z + = Arg mod (π) ,
2a 2 4a2

c’est-à-dire que z est sur la droite passant par − 2a


b
et de pente tan(θ/2) où
 2 
b − 4ac
θ = Arg .
4a2
Les deux solutions de (1.11) sont donc données comme les deux intersections du cercle
et de la droite. Lorsque ∆ = 0 le cercle a un rayon nul, il est réduit au point − 2a b
.
Lorsque ∆ ̸= 0, comme la droite passe par le centre du cercle on a toujours deux solutions
diamétralement opposées sur le cercle.

1.5 Exercices
Exercice 1.1. Effectuer les calculs suivants :
1 + i iπ/2
(1 + 5i)(4 + 8i) , , e (3 + 6i) , (2 + i)(1 + i)(3 + i) .
1−i
Exercice 1.2. Mettre les nombres complexes suivants sous la forme a + ib :
 2  2
3 + 6i 1 + 2i 1+i 3 + 6i 2 + 5i 2 − 5i
, + , + ,
3 − 4i 2+i 2−i 3 − 4i 1 − i 1+i
√ !3
5 + 2i 1 3 (1 + i)9
, − +i , .
−2i 2 2 (1 − i)7

Exercice 1.3. Ecrire les nombres complexes suivants sous la forme a + ib :

z1 = 2eπ/3 , z2 = 3e−π/4 , z3 = eiπ/2 .

Exercice 1.4. Représenter sous forme polaire les nombres complexes suivants
√ 1+i 2 √
1, − 2, i, 1 − i, 1 + i, 1 + i 3, √ , − i, − 3 − 1.
1+i 3 5
Exercice 1.5. Trouver toutes les solutions dans C des équations suivantes :

z 2 + z + 1 = 0 , z 3 = 1 , z 3 = −1 , z 4 = 16 ,
z 2 − 3iz − 4 = 0 , z 4 + z 2 + 1 = 0 .
Chapitre 2

Arithmétique dans Z

2.1 Divisibilité
Définition 2.1. Etant donnés a et b des éléments de Z, on dit que a est un diviseur de
b, ou de façon équivalente que b est un multiple de a, s’il existe c ∈ Z tel que ac = b. On
écrit alors a|b.
Soit a ∈ Z, a ̸= 0, on note D(a) l’ensemble des diviseurs de a.

Exemples.

• 0 est multiple de tous les entiers mais n’en divise aucun autre que lui-même.

• 1 et −1 divisent tous les entiers mais ne sont multiples que d’eux-mêmes.

• L’ensemble des diviseurs de 6 est {±1, ±2, ±3, ±6}.

Les trois propositions suivantes sont des conséquences immédiates de la définition.

Proposition 2.1. Les deux propriétés suivantes sont équivalentes :

(i) a|b et b|a ;

(ii) |a| = |b|.

Proposition 2.2. Si x ∈ Z∗ , alors

a|b ⇔ ax|bx .

Proposition 2.3.

1. Soit a, b, c trois entiers relatifs. Si a|b et si b|c alors a|c.

21
22 Arithmétique dans Z

2. Soit a, b, c trois entiers relatifs. On suppose que c|a et que c|b. Alors quels que soient
les entiers relatifs m et n, on a

c|ma + nb .

En particulier c|a + b et c|a − b.


Théorème 2.1 (Division euclidienne).
1. Dans N. Soit a ∈ N et b ∈ N, b ̸= 0. Il existe un unique couple d’entiers (q, r) ∈
N × N tels que
a = bq + r avec 0 ≤ r < b . (2.1)

• q est appelé le quotient de la division euclidienne de a par b.


• r est appelé le reste de la division euclidienne de a par b.

2. Dans Z. Soit a ∈ Z et b ∈ Z, b ̸= 0. Il existe un unique couple d’entiers (q, r) ∈


Z × N tels que
a = bq + r avec 0 ≤ r < |b| . (2.2)

• q est appelé le quotient de la division euclidienne de a par b.


• r est appelé le reste de la division euclidienne de a par b.

Preuve du Théorème 2.1.


• Unicité.
Supposons qu’il existe (q, r) ∈ Z × N et (x, y) ∈ Z × N distincts tels que a = bq + r =
bx + y avec 0 ≤ r < |b| et 0 ≤ y < |b|. A noter que cela veut dire que q ̸= x et r ̸= y
car on ne peut pas avoir q ̸= x et r = y ni q = x et r ̸= y. Alors b(q − x) = y − r avec
0 ≤ |y − r| < |b| et |b||q − x| ≥ |b|. C’est impossible, il suit donc que (q, r) = (x, y).

• Existence. On prend
1
q= max{nb , n ∈ Z ; nb ≤ a}
b
et r = a − bq.
Remarque 2.1. Pour la partie concernant l’existence, à noter que si b > 0 alors
a
q = max{n ∈ Z ; n ≤ }
b
qui correspond à la formule dans le cas où a et b sont des entiers naturels, mais si b < 0
alors
a
q = min{n ∈ Z ; n ≥ } .
b
Divisibilité 23

Remarque 2.2. Si a et b sont des entiers naturels avec b ̸= 0, le quotient de la division


euclidienne de −a par b n’est pas en général l’opposé du quotient de la division euclidienne
de a par b, du fait que le reste est positif dans les deux cas. Par exemple, prenons le cas
où a = 18 et b = 5 :

18 = 5 × 3 + 3 ,
−18 = 5 × (−4) + 2 .

De même le quotient de la division euclidienne de −a par −b n’est pas en général égal à


celui de la division euclidienne de a par b. En prenant a = 23 et b = 7 :

23 = 7 × 3 + 2 ,
−23 = (−7) × 4 + 5 .

Par contre le quotient de la division euclidienne de a par −b est l’opposé de celui de la


division euclidienne de a par b. Prenons par exemple a = 38 et b = 5, on a :

38 = 7 × 5 + 3 ,
38 = (−7) × (−5) + 3 .

Bien sûr dans les cas où le reste est nul, tout marche toujours bien :

28 = 7 × 4 ,
−28 = 7 × (−4)
= −7 × 4 .

Exemple. Division euclidienne de 4932 par 8 :


4 9 3 2 | 8
−− −− −− −− −− −− −− −−
4 8 | 6 1 6
1 3 |
8 |
5 2 |
4 8 |
4 |
d’où
4932 = 8 × 616 + 4 .
Et si on écrit la division euclidienne de −4932 par 8, on trouve

−4932 = 8 × (−617) + 4 .

A noter que le reste est le même du fait que 4 = 8 − 4.


24 Arithmétique dans Z

Définition 2.2 (Congruence). Soit m ∈ N∗ . Alors deux entiers a, b ∈ Z sont dits congrus
modulo m s’ils ont le même reste par la division euclidienne par m. On écrit

a ≡ b (mod m) .

Proposition 2.4. Soit a, b ∈ Z et m ∈ N∗ , alors a ≡ b (mod m) si et seulement si m|b−a.

Preuve. On écrit les divisions euclidiennes de a par m et de b par m :

a = mq1 + r1 ,
b = mq2 + r2 .

Supposons que a ≡ b (mod m), alors r1 = r2 et donc b − a = m(q2 − q1 ), ce qui implique


que m|b − a.
Supposons maintenant que m|b − a. On a

b − a = m(q2 − q1 ) + r2 − r1 .

Comme m|b − a et m|m(q2 − q1 ) et de plus

r2 − r1 = b − a − m(q2 − q1 ) ,

il suit donc que m|r2 − r1 . Mais on sait aussi que 0 ≤ r2 < m et que 0 ≤ r1 < m, d’où
0 ≤ |r2 − r1 | < m et |r2 − r1 | est un multiple de m. On en déduit que r2 − r1 = 0,
c’est-à-dire que a ≡ b (mod m).

Proposition 2.5. La congruence modulo m est une relation d’équivalence, c’est-à-dire


que :

1. pour tout a ∈ Z, on a
a ≡ a (mod m)
on dit que la relation est réflexive ;

2. pour tous a, b ∈ Z si a ≡ b (mod m) alors b ≡ a (mod m), on dit que la relation est
symétrique ;

3. pour tous a, b, c ∈ Z, si a ≡ b (mod m) et b ≡ c (mod m) alors a ≡ c (mod m), on


dit que la relation est transitive.

Preuve. Les deux premières propriétés sont des conséquences directes de la définition.
Pour montrer la troisième, on va utiliser la proposition précédente. Supposons que a ≡
b (mod m) et que b ≡ c (mod m). D’après la proposition précédente, cela signifie que
m|b − a et que m|c − b. On en déduit donc que m|c − b + b − a = c − a c’est-à-dire que
a ≡ c (mod m).
Divisibilité 25

Proposition 2.6. Soit a, b ∈ Z, b ̸= 0, si q est le quotient et r le reste de la division


euclidienne de a par b, alors :

1. r ≡ a (mod |b|) ;

2. r = 0 ⇔ b|a.

Preuve. On a
a = bq + r .

1. On voit que a − r = bq c’est-à-dire que b|a − r et donc |b| divise a − r, ce qui, d’après
la Proposition 2.4 signifie que a ≡ r (mod |b|).

2. Si r = 0, on a a = bq et donc b|a. Réciproquement, si b|a, alors il existe c ∈ Z tel


que a = bc et donc la division euclidienne de a par b admet pour quotient c et pour
reste 0, c’est-à-dire que r = 0.

On a la propriété suivante qui est une conséquence du théorème de division euclidienne.

Proposition 2.7. Soit a, a′ , b, b′ , c ∈ Z et m ∈ N∗ . Si a ≡ b (mod m) et a′ ≡ b′ (mod m),


alors

a + a′ ≡ b + b′ (mod m) ,
a − a′ ≡ b − b′ (mod m) ,
aa′ ≡ bb′ (mod m) .

Ceci va nous permettre d’énoncer quelques critères pratiques de divisibilité.

1. Divisibilité par 2, 5 ou 10.


Un entier m est divisible par 2 si et seulement si son dernier chiffre est pair.
Un entier m est divisible par 5 si et seulement si son dernier chiffre est 0 ou 5.
Un entier m est divisible par 10 si et seulement si son dernier chiffre est 0.

2. Divisibilité par 3 ou 9
Un entier m est divisible par 3 si et seulement si la somme de ses chiffres l’est.
Un entier m est divisible par 9 si et seulement si la somme de ses chiffres l’est.

3. Divisibilité par 4 ou 25.


Un entier m est divisible par 4 si et seulement si le nombre formé de ses deux derniers
chiffres l’est.
Un entier m est divisible par 25 si et seulement si le nombre formé de ses deux
derniers chiffres l’est.
26 Arithmétique dans Z

4. Divisibilité par 11.


Un entier m est divisible par 11 si et seulement si la somme alternée de ses chiffres
l’est.
Preuve des critères.
1. Suit immédiatement du fait que 10, et donc 10n pour n ∈ N∗ , est un multiple de
2, 5, 10.

2. On voit que 10 ≡ 1 (mod 3, 9) et donc 10n ≡ 1 (mod 3, 9). On en déduit que


k
X k
X k
X
n
m= an 10 ≡ an × 1 (mod 3, 9) ≡ an (mod 3, 9) .
n=0 n=0 n=0

3. Suit directement du fait que 100, et donc 10n pour n ≥ 2, est un multiple de 4, 25.

4. Comme 10 ≡ −1 (mod 11), il suit que 10n ≡ (−1)n (mod 11) et donc
k
X k
X
n
m= an 10 ≡ an × (−1)n (mod 11) .
n=0 n=0

2.2 PGCD, PPCM


Définition 2.3. Soit a et b deux entiers naturels non nuls.
• L’ensemble D(a) ∩ D(b) des diviseurs communs à a et b est une partie de N qui est
non vide car elle contient 1 et qui est majorée par min{a, b}. Donc elle contient un
plus grand élément. C’est le PGCD, ou plus grand commun diviseur, de a et b, noté
PGCD(a, b) ou encore a ∧ b.

• L’ensemble des multiples strictement positifs communs de a et b est une partie de


N non vide car elle contient ab. Elle contient donc un plus petit élément. C’est le
PPCM, ou plus petit commun multiple, de a et b, noté PPCM(a, b) ou encore a ∨ b.
Soit a et b des entiers relatifs non nuls, on définit

PGCD(a, b) := PGCD(|a|, |b|) , PPCM(a, b) := PPCM(|a|, |b|) .

La notion de PGCD permet de définir la notion fondamentale suivante.


Définition 2.4 (Nombres premiers entre eux). Soit a et b deux entiers relatifs non nuls.
On dit que a et b sont premiers entre eux si PGCD(a, b) = 1.
On peut caractériser le PPCM de la façon suivante.
PGCD, PPCM 27

Proposition 2.8. Soit a, b ∈ N∗ , les propositions suivantes sont équivalentes :

1. m = PPCM(a, b) ;
m m

2. a|m, b|m et PGCD ,
a b
= 1.

Preuve. Si m est un multiple commun de a et b, cela revient à dire que a|m, b|m. Si
maintenant les entiers ma
et mb ne sont pas premiers entre eux, ils ont un diviseur commun
k > 1, autrement dit akm
∈ N∗ et bk
m
∈ N∗ . Donc a| m
k
et b| m
k
, ce qui équivaut à dire que m
k
,
qui est strictement inférieur à m, est un multiple commun de a et b. Donc m n’est pas le
PPCM de a et b.

Proposition 2.9. Soit a et b des entiers naturels non nuls, on a :

1. 1 ≤ PGCD(a, b) ≤ min{a, b} ;

2. si b|a alors PGCD(a, b) = b ;

3. si a = bq + r avec r ̸= 0, alors D(a) ∩ D(b) = D(r) ∩ D(b) et donc

PGCD(a, b) = PGCD(r, b) .

Preuve.

1. Comme 1 est un diviseur commun de a et b, alors 1 ≤ PGCD(a, b). De plus,


comme PGCD(a, b)|a, alors PGCD(a, b) ≤ a et de même comme PGCD(a, b)|b,
alors PGCD(a, b) ≤ b. Il suit que PGCD(a, b) ≤ min(a, b).

2. Dire que b|a équivaut à dire que D(b) ⊂ D(a) et donc D(a) ∩ D(b) = D(b).

3. Montrons les deux inclusions réciproques.

• Si d ∈ D(a) ∩ D(b), alors d|a et d|bq, donc d|a − bq = r. D’où d ∈ D(r) ∩ D(b).
• Si d ∈ D(r) ∩ D(b) alors d|a = bq + r. D’où d ∈ D(a) ∩ D(b).

Donc D(a) ∩ D(b) = D(r) ∩ D(b) et les plus grands éléments de ces deux ensembles
sont les mêmes.

Corollaire 2.1. Soit a et b deux entiers naturels non nuls.

1. D(a) ∩ D(b) = D(PGCD(a, b)).

2. Pout tout c ∈ N∗ , PGCD(ca, cb) = PGCD(a, b) × c.

Le second point a le corollaire important suivant, que nous utiliserons notamment lors de
la résolution d’équations diophantiennes.
28 Arithmétique dans Z

Corollaire 2.2. Soit a, b ∈ N∗ , les propositions suivantes sont équivalentes :

1. ∆ = PGCD(a, b) ;

2. il existe a′ , b′ ∈ N tels que a = ∆a′ , b = ∆b′ et a′ et b′ sont premiers entre eux.

Un autre corollaire des résultats précédents est l’algorithme d’Euclide qui permet de
calculer le PGCD de deux nombres. L’idée est basée sur la Proposition 2.9.

Algorithme d’Euclide

Soit a et b deux entiers naturels avec a ≥ b.

• r0 = a

• r1 = b

• Tant que rn ̸= 0, rn+1 est le reste de la division euclidienne de


rn−1 par rn .

• L’algorithme s’arrête quand rn+1 = 0 et on a alors rn = a ∧ b.

C’est-à-dire que le PGCD de a et b est le dernier reste non nul dans la


suite de divisions euclidiennes.

Exemple. On calcule le PGCD de 10 et 46.


• r0 = 46, r1 = 10.

• 46 = 4 × 10 + 6, r2 = 6.

• 10 = 1 × 6 + 4, r3 = 4. On conclut que 46 ∧ 10 = 2.

• 6 = 1 × 4 + 2, r4 = 2.

• 4 = 2 × 2, le reste est nul.


Théorème 2.2 (de Bézout). Soit a, b ∈ N∗ alors a et b sont premiers entre eux si et
seulement si il existe u, v ∈ Z tels que au + bv = 1.

Preuve. Supposons qu’il existe u, v ∈ Z tels que au + bv = 1 et montrons que a et b sont


premiers entre eux. Soit d le PGCD de a et b, alors d divise a et b et donc aussi au + bv,
d’où d divise 1 et donc d = 1.
Réciproquement, supposons que a et b sont premiers entre eux. La preuve de l’existence
de u et v s’obtient à l’aide de l’algorithme d’Euclide étendu que nous verrons plus bas.
Un corollaire du Théorème de Bézout et du Corollaire 2.2 est le théorème suivant.
PGCD, PPCM 29

Théorème 2.3 (Identité de Bézout). Soit a et b deux entiers relatifs non nuls et soit
∆ = PGCD(a, b). Alors il existe (x, y) ∈ Z2 tels que

ax + by = ∆ .

Voyons maintenant l’algorithme d’Euclide étendu qui permet, en plus du calcul du


PGCD, de calculer des entiers u et v qui vérifient l’identité de Bézout du corollaire ci-
dessus. Nous le décrivons sur un exemple: le calcul du PGCD de 72 et de 33.

Algorithme d’Euclide étendu.

72 = 2 × 33 + 6 , donc 6 = 72 − 2 × 33
33 = 5 × 6 + 3 , donc 3 = 33 − 5 × 6
= 33 − 5 × (72 − 2 × 33)
= −5 × 72 + 11 × 33
6 = 2 × 3 + 0.

On obtient donc

PGCD(72, 33) = 3 , −5 × 72 + 11 × 33 = 3 .

Théorème 2.4 (de Gauss). Soit a, b, c ∈ N∗ , on suppose que a|bc et que a et b sont
premiers entre eux, alors a|c.

Preuve. Soit deux entiers relatifs u et v tels que au + bv = 1. Donc cau + cbv = c.
Comme a|bc, on a aussi a|cbv mais aussi a|cau et donc a|c.
On a ce corollaire assez remarquable.

Corollaire 2.3. Soit m ∈ N et a, b ∈ N∗ tels que a|m, b|m et a et b sont premiers entre
eux, alors ab|m.

Preuve. On a ca = m et db = m donc b|ca et comme a et b sont premiers entre eux,


il suit du Théorème de Gauss que b|c. On peut donc trouver e tel que c = eb et donc
m = eab et on en déduit que ab|m.
Un autre corollaire est le résultat important suivant :

Théorème 2.5. Pour a, b ∈ N∗ on a

PGCD(a, b) × PPCM(a, b) = a × b .

Preuve. Soit ∆ = PGCD(a, b), alors a = ∆a′ et b = ∆b′ avec a′ et b′ premiers entre
eux. Soit
ab
m= .
PGCD(a, b)
30 Arithmétique dans Z

On a donc m = ∆a′ b′ . C’est un multiple commun de a et b car m = ab′ = a′ b. Supposons


qu’il existe x un multiple commun de a et b qui soit strictement plus petit que m. Comme
x est un multiple commun de a et b, on a x = ca = db où c, d ∈ N∗ , c’est-à-dire x =
c∆a′ = d∆b′ . Il suit que ca′ = db′ . D’après le Théorème de Gauss, on en déduit que a′ |d,
donc que a′ b|db c’est-à-dire que m = a′ b|db = x. Ceci contredit le fait que x < m. On en
conclut donc que m = PPCM(a, b).

Remarque 2.3. Le calcul pratique du PPCM peut donc se faire en calculant le PGCD.

Application du Théorème de Gauss : résolution d’équations diophantiennes.


On cherche à résoudre une équation de la forme

ax + by = c (2.3)

où a, b, c ∈ Z, a ̸= 0 et b ̸= 0, et on cherche des solutions x, y ∈ Z.

• L’équation n’a de solutions que si c est un multiple de ∆ = PGCD(a, b). On va


diviser l’équation par ∆. On pose a = ∆a′ , b = ∆b′ et c = ∆c′ . Alors a′ et b′ sont
premiers entre eux et (2.3) est équivalente à

a′ x + b ′ y = c ′ . (2.4)

• On cherche une solution particulière de (2.4). On prend (x0 , y0 ) une solution parti-
culière de
a′ x + b′ y = 1
donnée par l’algorithme d’Euclide étendu et on pose

x1 = c′ x0 , y1 = c′ y0 .

Alors (x1 , y1 ) est une solution de (2.4).

• Le Théorème de Gauss va nous donner les solutions générales. Considérons (x, y)


solution de l’équation (2.4). On a d’une part

a′ x + b ′ y = c ′

et d’autre part, du fait que (x1 , y1 ) est une solution de (2.4),

a′ x1 + b′ y1 = c′ .

On soustrait les deux équations et on obtient

a′ (x − x1 ) + b′ (y − y1 ) = 0 .
PGCD, PPCM 31

Donc a′ |b′ (y − y1 ) et comme a′ et b′ sont premiers entre eux, alors par le Théorème
de Gauss, a′ |(y − y1 ) et on a donc

y = y1 + ka′ .

Donc
a′ (x − x1 ) + b′ ka′ = 0 .

On divise par a′ et on obtient


x = x1 − kb′ .

Il est clair que x et y ainsi obtenus sont solutions de (2.4). La solution générale de
(2.4) est donc donnée par

x = x1 − kb′ , y = y1 + ka′ , k ∈ Z .

Exemple. Résolution de l’équation diophantienne

39x + 27y = 18 . (2.5)

Commençons par déterminer le PGCD de 39 et 27 en utilisant l’algorithme d’Euclide


étendu.

39 = 1 × 27 + 12 , donc 12 = 39 − 27
27 = 2 × 12 + 3 , donc 3 = 27 − 2 × 12
= 27 − 2 × (39 − 27)
= 3 × 27 − 2 × 39
12 = 4 × 3 .

Donc 39 ∧ 27 = 3 qui divise bien 18. On va donc trouver une infinité de solutions. On
divise l’équation par 3, on obtient

13x + 9y = 6 . (2.6)

Prenons une solution particulière de la même équation avec 1 comme second membre. On
l’a déjà grâce à l’utilisation de l’algorithme d’Euclide étendu, c’est x0 = −2, y0 = 3. Une
solution particulière de (2.6) est donc x1 = −12, y1 = 18. Et la solution générale de (2.5)
est donc donnée par
x = −12 + 9k , y = 18 − 13k , k ∈ Z .
32 Arithmétique dans Z

2.3 Nombres premiers


Définition 2.5 (Nombre premier). Soit a un entier relatif non nul et distinct de 1 et
de −1, on dit que a est premier si ses seuls diviseurs sont ±a et ±1. Les nombres non
premiers sont dits composés. Un entier naturel non nul et distinct de 1 est premier si et
seulement si il n’est divisible que par 1 et lui-même.

On va maintenant travailler avec des entiers naturels pour éviter les indéterminations
à ±1 près.
Exemples de nombres premiers. 2, 3, 5, 7, 11, 13, 17, 19, 23, ...
Le Théorème de Gauss implique le résultat suivant.

√ 2.10. Pour tout nombre m ∈ N composé, il existe p ∈ N premier tel que
Proposition
p|m et p ≤ m.

Preuve. Comme m est composé, on a deux cas.

1. Si m admet un
√ seul diviseur premier p ∈ N , alors m = p avec α ∈ N, α ≥ 2 et il
∗ α

suit que p ≤ m.

2. Si maintenant m a au moins deux diviseurs premiers distincts a et b, comme a et b


sont premiers ils sont donc premiers entre√eux et comme a|m,
√ b|m, il suit que ab|m.
Donc m = abc et il suit que ou bien a ≤ m ou bien b ≤ m.

On a le résultat évident mais utile.

Théorème 2.6. Soit p un nombre premier et n ∈ N∗ tel que p ne divise pas n, alors n et
p sont premiers entre eux.

On a aussi un corollaire du Théorème de Gauss dans un esprit analogue.

Corollaire 2.4. Soit a, b ∈ N∗ et p un nombre premier. Si p|ab alors p|a ou p|b.

Le théorème fondamental de cette section est le suivant.

Théorème 2.7. Tout nombre m ∈ N \ {0, 1} se décompose de façon unique sous la forme

m = pα1 1 pα2 2 ...pαnn

où les pi ∈ N \ {0, 1} sont des nombres premiers et les αi sont dans N∗ .

On traite un exemple, comme la décomposition en produit de facteurs premiers de 18


ou celle de 60.
Cette décomposition en produit de facteurs premiers rend très simple le calcul du
PGCD et du PPCM. Commençons par écrire l’ensemble des diviseurs d’un nombre en
utilisant sa décomposition en produit de facteurs premiers.
Nombres premiers 33

Proposition 2.11. Soit a ∈ N \ {0, 1} et

a = pα1 1 pα2 2 ...pαnn

sa décomposition en produit de facteurs premiers où les pi sont des nombres premiers 2 à


2 distincts. Alors l’ensemble des diviseurs de a est

D(a) = {pβ1 1 pβ2 2 ...pβnn , 0 ≤ βi ≤ αi } .

Dans la proposition qui suit, on écrit les décompositions en produit de facteurs premiers
de deux nombres en utilisant les mêmes nombres premiers. Cela veut en général dire que
certaines puissances sont égales à 0, on verra cela sur un exemple. Cette notation ne sera
pas unique contrairement au théorème ci-dessus mais elle permet de calculer simplement
le PGCD et le PPCM de deux nombres.

Proposition 2.12. Soit a, b ∈ N \ {0, 1} et

a = pα1 1 pα2 2 ...pαnn ,


b = pβ1 1 pβ2 2 ...pβnn ,

leurs décompositions en produit de facteurs premiers où les pi sont des nombres premiers
2 à 2 distincts. Alors
min(α1 ,β1 ) min(α2 ,β2 )
PGCD (a, b) = {p1 p2 ...pnmin(αn ,βn ) ,
max(α1 ,β1 ) max(α2 ,β2 )
PPCM (a b) = {p1 p2 ...pnmax(αn ,βn ) .

Exemple. Calcul du PGCD et du PPCM de 12 et 42.


Un exemple d’application de la Proposition 2.10. Déterminons √ les facteurs
premiers de 632. On cherche des facteurs premiers inférieurs à 632 = 25, 1396... c’est-
à-dire inférieurs ou égaux à 25. On voit que 2 divise 632 mais pas 3 ni 5, ni 11. On pose
les divisions euclidiennes pour les autres, on trouve que ni 7, ni 13, ni 17, ni 19, ni 23 ne
divisent 632.
On trouve
632 = 23 × 791 .

La méthode du crible d’Eratosthène permet de déterminer tous les nombres


premiers par exclusion des nombres composés. Le principe est simple, on prend les entiers
dans l’ordre croissant depuis 2. On note le nombre 2 dans la liste des nombres premiers,
on retire tous ses multiples et on continue. On arrive à 3, on le note dans la liste des
nombres premiers, on retire tous ses multiples et on continue. Ensuite, 4 a été éliminé,
on arrive à 5, etc...
34 Arithmétique dans Z

2.4 Exercices
Exercice 2.1.
1. En utilisant l’algorithme d’Euclide étendu, calculer le PGCD de 28 et 105 puis
trouver deux nombres entiers relatifs u et v tels que
28u + 105v = P GCD(28, 105) .

2. Effectuer la décomposition en produit de facteurs premiers de 28 et de 105.


3. En déduire P GCD(28, 105) et P P CM (28, 105).
Exercice 2.2. Déterminer le reste de la division euclidienne de 332333 par 3.
Exercice 2.3. Déterminer le reste de la division euclidienne de 1901237 par 5.
Exercice 2.4. Déterminer le reste de la division euclidienne de 874223 par 7.
Exercice 2.5. Décomposer en produits de facteurs premiers les deux nombres a = 210
et b = 126, puis en déduire leur PGCD et leur PPCM.
Exercice 2.6. On considère l’équation diophantienne :
84x + 70y = 42 . (2.7)
1. Déterminer le PGCD de 84 et 70.
2. L’équation (2.7) admet-elle des solutions dans Z × Z?
3. Si oui trouver une solution de (2.7) puis trouver toutes les solutions de (2.7) dans
Z × Z.
Exercice 2.7. 1. On considère l’équation diophantienne :
24x + 56y = 55 . (2.8)
(a) Déterminer le PGCD de 24 et 56.
(b) L’équation (2.8) admet-elle des solutions dans Z × Z?
(c) Si oui trouver une solution de (2.8) puis trouver toutes les solutions de (2.8)
dans Z × Z.
2. On considère l’équation diophantienne :
49x + 63y = 21 . (2.9)
(a) Déterminer le PGCD de 49 et 63.
(b) L’équation (2.9) admet-elle des solutions dans Z × Z?
(c) Si oui trouver une solution de (2.9) puis trouver toutes les solutions de (2.9)
dans Z × Z.
Chapitre 3

Arithmétique des polynômes

L’arithmétique dans N ou Z est essentiellement basée sur la division euclidienne. On


peut définir une division euclidienne sur l’ensemble des polynômes à coefficients réels ou
complexes. A partir de là, on pourra étendre à l’ensemble des polynômes à peu près toutes
les notions d’arithmétique qu’on a vues dans le chapitre précédent. Dans tout le chapitre,
K désigne R ou C.

3.1 Polynômes et degré


Définition 3.1. On appelle polynôme à coefficients dans K toute expression de la forme

A(X) = a0 + a1 X + ... + an X n

où n ∈ N et a0 , a1 , ..., an sont des éléments de K appelés les coefficients du polynôme.


X est appelée l’indéterminée du polynôme.
L’ensemble des polynômes à coefficients dans K est noté K[X].
A un polynôme A(X) = a0 + a1 X + ... + an X n ∈ K[X] correspond une application A
de K dans K définie par

A : K → K
x 7→ A(x) = a0 + a1 x + ... + an xn .

Définition 3.2 (Opérations élémentaires sur les polynômes à coefficients dans K). Soit
A(X) et B(X) deux éléments de K[X]

A(X) = a0 + a1 X + ... + an X n , B(X) = b0 + b1 X + ... + bm X m .

On écrit les opérations dans le cas où n ≥ m, on peut aisément les adapter dans le cas
où n < m.

35
36 Arithmétique des polynômes

• Addition. (A + B)(X) est l’élément de K[X] défini par


n 
X
k ak + bk si k ≤ m ,
(A + B)(X) = ck X , ck =
ak si k > m .
k=0

L’élément neutre de l’addition est le polynôme nul, simplement noté 0 et qui s’identifie
à l’élément 0 de K.

• Multiplication. (AB)(X) est l’élément de K[X] défini par


n+m
X X k
X
k
(AB)(X) = ck X , ck = ai b j = ai bk−i ,
k=0 i+j=k i=0

où on remplace ai par 0 pour i > n et bj par 0 pour j > m.


L’élément neutre de la multiplication est le polynôme 1 (dont le seul coefficient est
a0 = 1) et qui s’identifie à l’élément 1 de K.

Définition 3.3 (Degré d’un polynôme et coefficient dominant). Soit

A(X) = a0 + a1 X + ... + an X n ∈ K[X] ,

le degré de A(X), noté d◦ (A(X)), est défini par :

• d◦ (A(X)) = max{k ∈ N ; ak ̸= 0} si A(X) ̸= 0 ;

• d◦ (A(X)) = −∞ si A(X) = 0.

Dans le cas où d◦ (A(X)) = n ≥ 0, le coefficient an (qui est non nul) s’appelle le coefficient
dominant de A(X).

Définition 3.4 (Polynôme unitaire ou normalisé). Soit A(X) ∈ K[X] un polynôme de dé-
gré positif ou nul. On dira que A(X) est unitaire, ou normalisé, si le coefficient dominant
de A(X) est égal à 1.

Le résultat suivant est évident.

Proposition 3.1. Soit A(X) et B(X) deux éléments de K[X], on a :

• d◦ (A + B)(X) ≤ max(d◦ A(X), d◦ B(X))


avec égalité si d◦ (A(X)) ̸= d◦ (B(X)) ; dans le cas où le degré est le même, on voit
par exemple que pour A(X) = X 2 − 2X et B(X) = −X 2 + 1, on a A(X) + B(X) =
−2X + 1 et

d◦ (A(X) + B(X)) = 1 < max(d◦ A(X), d◦ B(X)) = 2 ;


Polynômes et degré 37

• d◦ (AB)(X) = d◦ A(X) + d◦ B(X).

Définition 3.5. Soit A(X) et B(X) deux polynômes dans K[X], on dit que A(X) divise
B(X) s’il existe un polynôme Q(X) ∈ K[X] tel que A(X)Q(X) = B(X). On écrit alors
A(X)|B(X). On dit aussi que B(X) est un multiple de A(X).

Propriétés.

• Le polynôme nul est multiple de tout polynôme.

• Les polynômes de degré 0 (c’est-à-dire les constantes non nulles) divisent tous les
polynômes.

• Si A(X)|B(X) et B(X)|C(X) alors A(X)|C(X).

• Si A(X)|B(X) et A(X)|C(X) alors A(X)|B(X)U (X) + C(X)V (X) pour tous poly-
nômes U (X) et V (X) dans K[X].

• Soit A(X), B(X) ∈ K[X]. Si A(X)|B(X) et si B(X) ̸= 0, alors d◦ A(X) ≤ d◦ B(X).

Preuve. C’est une conséquence directe de la définition et de la Proposition 3.1.

Exemples.

• (X − 1)(X + 2) divise (X 2 − 1)(X + 2)(X − 3) ;

• X + 1 divise 2X + 2.

Proposition 3.2. Soit A(X) et B(X) deux polynômes non nuls dans K[X], les deux
propriétés suivantes sont équivalentes :

1. A(X)|B(X) et B(X)|A(X) ;

2. il existe λ ∈ K non nul tel que B(X) = λA(X).

Preuve. (2) ⇒ (1) est évident. Montrons que (1) ⇒ (2). Si A(X)|B(X), il existe
C1 (X) ∈ K[X] non nul tel que B(X) = C1 (X)A(X). Et si B(X)|A(X), il existe C2 (X) ∈
K[X] non nul tel que A(X) = C2 (X)B(X). Il suit que A(X) = C2 (X)C1 (X)A(X). Donc
d◦ (A(X)) = d◦ (C2 (X)) + d◦ (C1 (X)) + d◦ (A(X)). On en déduit que C1 (X) et C2 (X) sont
des polynômes de degré 0, c’est-à-dire des constantes non nulles.

Théorème 3.1 (Division euclidienne de polynômes). Soit A(X) et B(X) deux éléments
de K[X] avec B(X) ̸= 0, alors il existe un unique couple (Q(X), R(X)) ∈ K[X]2 tel que

1. A(X) = B(X) × Q(X) + R(X)

2. d◦ R(X) < d◦ B(X).


38 Arithmétique des polynômes

Le polynôme Q(X) est appelé le quotient de la division euclidienne de A(X) par B(X) et
R(X) son reste.

Exemples. • A(X) = 4X 2 + 8X − 3 et B(X) = X + 2. On a


4X 2 + 8X − 3 = 4X.(X + 2) − 3 ;
Q(X) = 4X et R(X) = −3.

• A(X) = 1 + X − X 3 et B(X) = 1 + X + X 2 . On a
1 + X − X 3 = (1 − X).(1 + X + X 2 ) + X ;
Q(X) = 1 − X et R(X) = X.

Propriétés. 1. Soit a ∈ K et P (X) ∈ K[X]. Le reste de la division euclidienne de


P (X) par (X − a) est un polynôme de degré < 1, c’est-à-dire une constante.

P (X) = (X − a)Q(X) + λ .

On remplace X par a : P (a) = (a − a)Q(a) + λ = 0 + λ, on voit que λ = P (a).


Le reste de la division euclidienne de P (X) par (X − a) est P (a).

2. Soit A(X) et B(X) deux polynômes, B(X) divise A(X) si et seulement si le reste
de la division euclidienne de A(X) par B(X) est nul.

3. On voit donc qu’un polynôme A(X) ∈ K[X] est divisible par X − a si et seulement
si P (a) = 0.

4. Soit A(X) et B(X) deux polynômes non nuls, si d◦ (A(X)) < d◦ (B(X)), alors la
division euclidienne de A(X) par B(X) s’écrit

A(X) = B(X) × Q(X) + R(X) où Q(X) = 0 et R(X) = A(X) .

3.2 L’algorithme de la division euclidienne


Voyons d’abord un exemple : A(X) = X 4 − 2X 3 + 3X 2 − X + 1, B(X) = X 2 + 2X − 1.

• Etape 1. On commence par les termes de plus haut degré de A(X) et B(X) :
X 4 = X 2 .X 2 . On prend

Q(X) := X 2 ,
R(X) := A(X) − X 2 .B(X)
= X 4 − 2X 3 + 3X 2 − X + 1 − X 4 − 2X 3 + X 2
= −4X 3 + 4X 2 − X + 1 .
PGCD, PPCM 39

• Etape 2. On recommence avec les termes de plus haut degré de R(X) et B(X) :
−4X 3 = −4X.X 2 . On pose

Q(X) := Q(X) − 4X = X 2 − 4X ,
R(X) := R(X) + 4X.B(X)
= −4X 3 + 4X 2 − X + 1 + 4X 3 + 8X 2 − 4X
= 12X 2 − 5X + 1 .

• Etape 3. On recommence avec les termes de plus haut degré de R(X) et B(X) :
12X 2 = 12 × X 2 . On pose

Q(X) := Q(X) + 12 = X 2 − 4X + 12 ,
R(X) := R(X) − 12B(X)
= 12X 2 − 5X + 1 − 12X 2 − 24X + 12 = −29X + 13 .

Conclusion : A(X) = B(X) × Q(X) + R(X) où Q(X) = X 2 − 4X + 12 et R(X) =


−29X + 13.

Algorithme de la division euclidienne pour les polynômes


Données : A(X), B(X) ∈ K[X]

A(X) = a0 + a1 X + ... + an X n , n ∈ N , an ̸= 0 ,
B(X) = b0 + b1 X + ... + bp X p , p ∈ N , bp ̸= 0 .

On veut effectuer la division euclidienne de A(X) par B(X).


Initialisation des variables : Q(X) := 0, R(X) := A(X).

• Si p > n, alors Fin

• sinon pour k = 0 à p

◦ ck := rn−k /bp
◦ Q(X) := Q(X) + ck X n−p−k
◦ R(X) := R(X) − ck X n−p−k B(X)

• Fin

3.3 PGCD, PPCM


Théorème 3.2 (et définition de PGCD). Soit A(X) et B(X) deux éléments non nuls de
K[X]. Alors il existe des polynômes D(X) ∈ K[X] tels que
40 Arithmétique des polynômes

1. D(X) divise A(X) et B(X) (ce qui implique en particulier que D(X) ̸= 0),

2. si E(X) ∈ K[X] divise à la fois A(X) et B(X), alors E(X) divise D(X).
Un polynôme D(X) vérifiant ces deux propriétés s’appelle un PGCD de A(X) et B(X).
D’après les propriétés vues au premier paragraphe du chapitre, on a le résultat impor-
tant suivant.
Proposition 3.3. Soit A(X) et B(X) deux éléments non nuls de K[X] et soit D1 (X) et
D2 (X) deux PGCD de A(X) et B(X). Alors il existe λ ∈ K non nul tel que

D2 (X) = λD1 (X) .

Corollaire 3.1. Soit A(X) et B(X) deux éléments non nuls de K[X] il existe un unique
PGCD de A(X) et B(X) qui soit normalisé, c’est-à-dire ayant 1 pour coefficient domi-
nant.
Définition 3.6 (Polynômes premiers entre eux). Soit A(X) et B(X) deux éléments non
nuls de K[X]. On dit qu’ils sont premiers entre eux si 1 est PGCD de A(X) et B(X).
Le Théorème et l’identité de Bézout se généralisent aux polynômes sans modification.
Théorème 3.3 (de Bézout). Soit A(X) et B(X) deux éléments non nuls de K[X], alors
les propriétés suivantes sont équivalentes :
1. A(X) et B(X) sont premiers entre eux ;

2. il existe des polynômes U (X) et V (X) tels que

A(X)U (X) + B(X)V (X) = 1 .

Théorème 3.4 (Identité de Bézout). Soit A(X) et B(X) deux éléments non nuls de
K[X]. Soit D(X) ∈ K[X] un PGCD de A(X) et B(X), alors il existe des polynômes
U (X) et V (X) tels que

A(X)U (X) + B(X)V (X) = D(X) .

Les algorithmes d’Euclide et d’Euclide étendu se généralisent aux polynômes sans


modification. Ils vont donner un PGCD, pas nécessairement celui dont le coefficient
dominant est égal à 1.
On a aussi le Théorème de Gauss.
Théorème 3.5 (de Gauss pour les polynômes). Soit A(X), B(X), C(X) ∈ K[X]. On
suppose que A(X)|B(X)C(X) et que A(X) et B(X) sont premiers entre eux. Alors
A(X)|C(X).
Polynômes irréductibles 41

Théorème 3.6 (et définition du PPCM). Soit A(X) et B(X) deux éléments non nuls de
K[X]. Alors il existe des polynômes M (X) tels que

1. A(X)|M (X) et B(X)|M (X) ;

2. si C(X) ∈ K[X] est tel que A(X)|C(X) et B(X)|C(X), alors M (X)|C(X).

Un polynôme M (X) vérifiant ces deux hypothèses s’appelle un PPCM de A(X) et B(X).

Comme pour le PGCD, on a les propriétés suivantes.

Proposition 3.4. Soit A(X) et B(X) deux éléments non nuls de K[X].

• Si M1 (X) et M2 (X) sont deux PPCM de A(X) et B(X), alors il existe λ ∈ K \ {0}
tel que M2 (X) = λM1 (X).

• Il existe un unique PPCM de A(X) et B(X) qui soit normalisé, c’est-à-dire tel que
son coefficient dominant soit égal à 1.

De plus.

Théorème 3.7. Soit A(X) et B(X) deux éléments non nuls de K[X] et soit D(X) et
M (X) un PGCD et un PPCM de A(X) et B(X). Alors il existe λ ∈ K \ {0} tel que

D(X)M (X) = λA(X)B(X) .

3.4 Polynômes irréductibles


Les polynômes irréductibles sont l’équivalent des nombres premiers pour l’arithmétique
dans K[X]. Ils sont définis comme suit.

Définition 3.7. Un polynôme A(X) ∈ K[X] est dit irréductible s’il est non constant
(c’est-à-dire de degré supérieur ou égal à 1) et si ses seuls diviseurs sont les λ ∈ K∗
(polynômes de degré 0) et les λ × A(X) avec λ ∈ K∗ .

Les polynômes irréductibles ont les propriétés suivantes.

Proposition 3.5.

• Si A(X) ∈ K[X] est un polynôme irréductible, alors pour tout λ ∈ K∗ le polynôme


λA(X) est aussi irréductible.

• Soit A(X) ∈ K[X] un polynôme irréductible et B(X) ∈ K[X]. Alors ou bien


A(X)|B(X) ou bien A(X) et B(X) sont premiers entre eux.
42 Arithmétique des polynômes

• Soit A(X) ∈ K[X] et B(X) ∈ K[X] deux polynômes irréductibles. Alors ou bien il
existe λ ∈ K∗ tel que A(X) = λB(X) ou bien A(X) et B(X) sont premiers entre
eux.
• Soit A(X) ∈ K[X] et B(X) ∈ K[X] deux polynômes irréductibles normalisés. Alors
ou bien A(X) = B(X) ou bien A(X) et B(X) sont premiers entre eux.
Le théorème fondamental suivant généralise la décomposition d’un entier non nul en
produit de facteurs premiers.
Théorème 3.8. Soit A(X) ∈ K[X] un polynôme non nul. Alors A(X) se décompose de
façon unique en produit d’un polynôme de degré 0 et de polynômes irréductibles normalisés
distincts, i.e.
A(X) = λ(P1 (X))α1 (P2 (X))α2 ...(Pn (X))αn
où λ ∈ K∗ , n ∈ N, P1 (X), P2 (X), ...,Pn (X) sont des polynômes irréductibles normalisés
et α1 , α2 , ..., αn ∈ N∗ .
On a alors les généralisations des théorèmes vus pour les entiers naturels concernant le
PGCD et le PPCM et leur écriture en fonction des facteurs premiers. La seule différence
est qu’on aura toujours la liberté d’un facteur λ ∈ K∗ .
Selon que K = R ou C, les polynômes irréductibles seront différents.
Théorème 3.9.
• Les polynômes irréductibles normalisés de C[X] sont les polynômes X −a avec a ∈ C.
Cette partie est due à d’Alembert (XVIII e s).
• Les polynômes irréductibles normalisés de R[X] sont les X − a avec a ∈ R et les
X 2 + bX + c avec b, c ∈ R tels que le discriminant ∆ = b2 − 4c < 0.
Ainsi on a le résultat essentiel suivant.
Corollaire 3.2.
• Tout polynôme A(X) ∈ C[X] non nul se décompose de manière unique sous la forme
A(X) = λ(X − a1 )α1 (X − a2 )α2 ...(X − an )αn
où λ ∈ K∗ , n ∈ N, les ai ∈ C sont deux à deux distincts et les αi ∈ N∗ .
• Tout polynôme A(X) ∈ R[X] non nul se décompose de manière unique sous la forme
n
! m !
Y Y
A(X) = λ (X − ai )αi (X 2 + bj X + cj )βj
i=1 j=1

où λ ∈ K , n ∈ N, m ∈ N, les ai ∈ R sont deux à deux distincts, les (bj , cj ) ∈ R × R
sont deux à deux distincts et tels que b2j − 4cj < 0 et les αi et βj sont dans N∗ .
Il n’existe pas d’algorithme ou de formule générale pour factoriser un polynôme en
produit de polynômes irréductibles, sauf pour les petits degrés (mais de toutes façons au
delà du degré 2 c’est compliqué).
Fractions rationnelles et éléments simples 43

3.5 Fractions rationnelles et éléments simples


Définition 3.8 (Fraction rationnelle). Une fraction rationnelle est le quotient de deux
polynômes
A(X)
F (X) = , A(X) , B(X) ∈ K[X] .
B(X)
La fraction rationnelle F (X) est dite irréductible si les polynômes A(X) et B(X) sont
premiers entre eux.
Décomposition en éléments simples.
Soit une fraction rationnelle
A(X)
F (X) = .
B(X)
Considérons d’une part la division euclidienne de A(X) par B(X)

A(X) = B(X)Q(X) + R(X)

et d’autre part la décomposition en produits de facteurs irréductibles du dénominateur


n
Y
B(X) = λ (Bi (X))αi
i=1

où λ ∈ K∗ , les Bi (X) ∈ K[X] sont des polynômes irréductibles normalisés et les αi ∈ N∗ .


Alors F (X) se décompose de façon unique sous la forme suivante
n X αi
X Pij (X)
F (X) = Q(X) +
i=1 j=1
(Bi (X))j

où les Pij (X) ∈ K[X] sont tels que d◦ (Pij (X)) < d◦ (Bi (X)). Les fractions rationnelles
Pij (X)
(Bi (X))j
sont appelées des éléments simples. Si on travaille dans C[X], elles sont toutes de la forme
α
, α ∈ C∗ , j ∈ N∗ .
(X − a)j
En revanche si on travaille dans R[X] elles sont de deux types
α
, α ∈ R∗ , j ∈ N∗ ,
(X − a)j
βX + γ
avec b2 − 4c < 0 , (β, γ) ∈ R2 , (β, γ) ̸= (0, 0) , k ∈ N∗ .
(X 2 + bX + c) k
44 Arithmétique des polynômes

Une fois qu’on a la décomposition en produit de polynômes irréductibles du dénominateur


(pour laquelle malheureusement il n’existe pas de méthode systématique), on peut sim-
plement poser la forme de la décomposition de la fraction rationnelle en éléments simples,
réduire au même dénominateur et identifier. C’est souvent horrible, mais c’est algorith-
mique. Heureusement il existe des façons de trouver certains coefficients de façon simple
dans des cas particuliers.
Traitons un exemple. Soit la fraction rationnelle sur R

X3
F (X) = 3 .
X − X 2 + 4X − 4
La division euclidienne de X 3 par X 3 − X 2 + 4X − 4 est simplement

X 3 = 1 × (X 3 − X 2 + 4X − 4) + X 2 − 4X + 4 .

On a donc
X 2 − 4X + 4
F (X) = 1 + 3 .
X − X 2 + 4X − 4
Le dénominateur se factorise clairement sous la forme

X 3 − X 2 + 4X − 4 = (X − 1)(X 2 + 4)

qui est un produit de polynômes irréductibles normalisés. Ainsi, la décomposition en


éléments simples de F (X) a la forme

a bX + c
F (X) = 1 + + 2 .
X −1 X +4
Le coefficient a se calcule simplement de la façon suivante : on pose

G(X) = (X − 1)F (X) .

On a
X3 bX + c
G(X) = = X − 1 + a + (X − 1) .
X2 + 4 X2 + 4
On voit alors que
1
a = G(1) = .
5
C’est une méthode générale pour les coefficients de tous les éléments simples
correspondant à des polynômes du premier degré au dénominateur.
Si on veut suivre une méthode totalement systématique, mieux vaut décomposer
bX + c
X2 + 4
Fractions rationnelles et éléments simples 45

en éléments simples dans C


bX + c α β
2
= + ,
X +4 X − 2i X + 2i
remplacer dans la décomposition de F
1/5 α β
F (X) = 1 + + + ,
X − 1 X − 2i X + 2i
calculer α et β par la méthode ci-dessus, puis recombiner. Plus précisément on a pour α
X3
G(X) := (X − 2i)F (X) = ,
(X − 1)(X + 2i)
−8i −2 2
α = G(2i) = = = (1 + 2i) ,
(2i − 1)(4i) 2i − 1 5
puis pour β
X3
G(X) := (X + 2i)F (X) = ,
(X − 1)(X − 2i)
8i −2 2
β = G(−2i) = = = (1 − 2i) .
(−2i − 1)(−4i) −2i − 1 5
On a ensuite
α β 2 1 2 1
+ = (1 + 2i) + (1 − 2i)
X − 2i X + 2i 5 X − 2i 5 X + 2i
2 (1 + 2i)(X + 2i) + (1 − 2i)(X − 2i)
=
5 X2 + 4
2 2X − 8 4 16
= 2
, c’est-à-dire b = et c = − .
5X +4 5 5
Selon les cas (ici notamment) il peut être plus simple de simplement choisir des valeurs
pour X afin de calculer b et c. Prenons deux valeurs. On commence par 0 qui permet
d’éliminer b et on en déduit c. Ensuite on prend une autre valeur (1 est interdit car il est
racine du dénominateur) pour calculer b.
1/5 c 16
X = 0 → F (0) = 0 = 1 + + , d’où c = − ,
−1 4 5
1/5 2b − 16/5 4
X = 2 → F (2) = 1 = 1 + + , d’où b = .
1 8 5
On obtient donc
1 1 2 2X − 8
F (X) = 1 + + .
5 X − 1 5 X2 + 4
46 Arithmétique des polynômes
Chapitre 4

Equations différentielles

Dans ce chapitre, nous allons étudier des équations différentielles pour des fonctions à
valeurs dans R ou C. Nous noterons K pour signifier R ou C. Lorsque nous travaillerons
uniquement avec des fonctions à valeurs dans R ou à valeurs dans C, nous le préciserons.

4.1 Définitions et équations


Définition 4.1 (Equations différentielles linéaires du premier ordre). Une équation dif-
férentielle linéaire (E.D.L.) du premier ordre est une équation de la forme

a(t)y ′ (t) + b(t)y(t) = c(t) (E)

où a, b et c sont des fonctions continues de I dans K, a ne s’annulant pas sur I et


y : I → K est la fonction inconnue.

• On appelle solution sur I de (E) toute fonction y : I → K dérivable sur I telle que

a(t)y ′ (t) + b(t)y(t) = c(t) ∀t ∈ I .

• Si c ≡ 0 sur I, on dit que l’équation est homogène.

• On appelle équation homogène associée à (E) (ou équation sans second membre)
l’équation
a(t)y ′ (t) + b(t)y(t) = 0 . (E0 )

Remarque 4.1. Comme a ne s’annule pas sur I, on peut écrire (E) et (E0 ) respective-
ment sous la forme
y ′ (t) = α(t)y(t) + β(t) , (Ẽ)
y ′ (t) = α(t)y(t) (Ẽ0 )

47
48 Equations différentielles

où les fonctions α et β sont les fonctions continues sur I définies par


−b(t) c(t)
α(t) = , β(t) = .
a(t) a(t)
Définition 4.2 (E.D.L. du second ordre à coefficients constants). Une E.D.L. du second
ordre à coefficients constants est une équation de la forme
ay ′′ (t) + by ′ (t) + cy(t) = d(t) (e)
où a, b, c ∈ K a ̸= 0, d est une fonction continue de I dans K et y : I → K est la fonction
inconnue. La plupart du temps, pour ce type d’équation on aura I = R.
• On appelle solution sur I de (e) toute fonction y : I → K deux fois dérivable sur I
telle que
ay ′′ (t) + by ′ (t) + cy(t) = d(t) ∀t ∈ I .
• Si d ≡ 0 sur I, on dit que l’équation est homogène.
• On appelle équation homogène associée à (e) (ou équation sans second membre)
l’équation
ay ′′ (t) + by ′ (t) + cy = 0 . (e0 )
Proposition 4.1. Soit S0 l’ensemble des solutions de (Ẽ0 ) et s0 l’ensemble des solutions
de (e0 ). S0 et s0 sont des espaces vectoriels ; on verra la définition au second semestre,
essentiellement cela veut dire que si y1 et y2 sont dans S0 et si λ, µ ∈ K, alors λy1 + µy2 ∈
S0 et la même chose est vraie pour s0 .
Proposition 4.2 (Ensemble des solutions de (Ẽ) et (e)).
1. Soit z une solution de (Ẽ), alors l’ensemble des solutions de (Ẽ) est
S = {z + y ; y ∈ S0 } .
2. Soit z une solution de (e), alors l’ensemble des solutions de (e) est
s = {z + y ; y ∈ s0 } .
C’est-à-dire que pour résoudre (Ẽ), ou (e), il suffit de connaître l’ensemble des solutions
de l’équation homogène ainsi qu’une solution de l’équation complète.
Preuve de la proposition. On la fait dans le cas de l’équation du premier ordre, elle
est identique pour le second ordre. Soit y1 et y2 deux solutions de (Ẽ), on a
a(t)y1′ (t) + b(t)y1 (t) = c(t) ,
a(t)y2′ (t) + b(t)y2 (t) = c(t) .
On fait la différence des deux équations et on pose z(t) = y2 (t) − y1 (t) et on trouve
a(t)z ′ (t) + b(t)z(t) = 0 .
Ainsi, la différence de deux solutions de (Ẽ) est solution de (Ẽ0 ). Ceci prouve la propo-
sition.
Equations du premier ordre 49

4.2 Equations du premier ordre


On se place dans le cadre de la définition 4.1.

4.2.1 Résolution de l’équation homogène


Proposition 4.3. Soit A : I → K, une primitive sur I de la fonction α : I → K définie
par α(t) = −b(t)/a(t). L’ensemble des solutions de (Ẽ0 ) est l’ensemble des fonctions de
la forme :
y(t) = λeA(t) , λ ∈ K .
Démonstration. On démontre ce résultat par la méthode de la variation de la
constante. Nous pouvons raisonner par équivalence de la façon suivante :
y est solution de (Ẽ0 )

⇔ y est dérivable sur I et vérifie l’équation (Ẽ0 ) pour tout t ∈ I,

⇔ la fonction z(t) = y(t)e−A(t) est dérivable sur I et vérifie pour tout t ∈ I

z ′ (t) = y ′ (t)e−A(t) − A′ (t)y(t)e−A(t)


= α(t)y(t)e−A(t) − α(t)y(t)e−A(t) = 0 ,

⇔ la fonction z(t) = y(t)e−A(t) est constante sur I, i.e. z(t) = λ ∈ K fixé,

⇔ y(t) = λeA(t) , λ ∈ K fixé.


Remarque 4.2. 1. La proposition précédente montre que S0 est un espace vectoriel
de dimension 1. En particulier, si on connaît une solution Y de (Ẽ0 ), Y non
identiquement nulle, alors toutes les solutions de (Ẽ0 ) sont de la forme λY (t), λ ∈
K.

2. Cette proposition montre aussi que si y est solution de (Ẽ0 ) et si y n’est pas iden-
tiquement nulle sur I, alors y ne s’annule pas sur I. Autrement dit, si une solution
s’annule en un seul point, alors elle est nulle partout sur I.

3. Dans le cas réel, on voit facilement pourquoi les solutions sont λeA(t) : a, b et y sont
à valeurs réelles et on suppose que y ne s’annule pas sur I, alors
y ′ (t)
= (ln |y(t)|)′ = α(t) .
y(t)
Donc la fonction ln |y(t)| est une primitive de α(t), i.e. il existe K ∈ R tel que
ln |y(t)| = A(t) + K. Il suit |y(t)| = CeA(t) où C = eK ∈ R+∗ . La fonction y
étant dérivable, et donc continue, sur I et ne s’annulant pas sur I, elle est de signe
50 Equations différentielles

constant sur I. On a donc : y(t) = CeA(t) si y est positive sur I et y(t) = −CeA(t)
si y est négative sur I. Les solutions ne s’annulant pas sur I sont donc y(t) = λeA(t)
avec λ ∈ R∗ . On en déduit que l’espace vectoriel des solutions est l’ensemble des
fonctions y(t) = λeA(t) , λ ∈ R.
Exemple. Si a et b sont constantes sur I, i.e., pour tout t ∈ I, a(t) = c1 ̸= 0, b(t) = c2 ,
alors α est la fonction constante égale à k = −c2 /c1 sur I. Une primitive de α sur I est
A(t) = kt, donc les solutions de

c1 y ′ (t) + c2 y(t) = 0

sont les fonctions y(t) = λekt , λ ∈ K.

4.2.2 Résolution de l’équation complète


Il suffit de trouver une solution z de (Ẽ).

Dans certains cas, une telle solution est évidente


Par exemple, pour l’équation
y ′ = αy + β
où α et β sont des constantes, α ̸= 0, la fonction constante z(t) = −β/α est clairement
solution. Les solutions de l’équation homogène

y ′ = αy

sont y(t) = λeαt , λ ∈ K, d’où les solutions de l’équation complète sont


β
y(t) = − + λeαt , λ ∈ K .
α

Méthode de la variation de la constante


Lorsqu’il n’y a pas de solution évidente à (Ẽ), on cherche une solution particulière sous
la forme
z(t) = λ(t)eA(t) ,
i.e. on remplace la constante λ par une fonction de t dans l’expression des solutions de
(Ẽ0 ). La fonction z est solution si et seulement si :

z ′ (t) = λ′ (t)eA(t) + λ(t)A′ (t)e−A(t)


= λ′ (t)eA(t) + α(t)λ(t)e−A(t)
= λ′ (t)eA(t) + α(t)z(t)
= α(t)z(t) + β(t) ,
Equations du premier ordre 51

i.e. si et seulement si λ′ (t) = β(t)e−A(t) , ce qui équivaut à λ primitive de β(t)e−A(t) . On


cherche une primitive B(t) de β(t)e−A(t) et la solution générale de (Ẽ) est donnée par
y(t) = B(t)eA(t) + λeA(t) , λ ∈ K .
Exemple. On considère l’équation
ty ′ (t) − y(t) = t2 et sur ]0, +∞[ .
L’équation homogène est
1
y ′ (t) = y(t) sur ]0, +∞[ .
t
A(t) = ln(t) est une primitive de 1/t sur ]0, +∞[, les solutions de l’équation homogène
sont donc
y(t) = λeln(t) = λt , λ ∈ R .
On cherche une solution de l’équation complète sous la forme z(t) = λ(t)t. On a alors
tz ′ (t) − z(t) = t2 λ′ (t) + tλ(t) − λ(t)t = t2 et ,
d’où, λ′ (t) = et , i.e, λ doit être une primitive de et , λ(t) = et convient1 . Une solution
particulière de l’équation complète est donc donnée par z(t) = tet et la solution générale
à valeurs réelles est donc :
y(t) = tet + λt , λ ∈ R .

4.2.3 Résolution du problème de Cauchy


Définition 4.3. Le problème de Cauchy pour (Ẽ) est le problème suivant : soit t0 ∈ I,
soit y0 ∈ K, on cherche une solution y de (Ẽ) telle que y(t0 ) = y0 . C’est-à-dire qu’on
impose une “condition initiale” à la solution.
Proposition 4.4. Soit t0 ∈ I et y0 ∈ K, le problème de Cauchy ci-dessus admet une
unique solution.
Démonstration. La solution générale de (Ẽ) est
y(t) = B(t)eA(t) + λeA(t) , λ ∈ K ,
où A(t) est une primitive donnée de α(t) et B(t) une primitive donnée de β(t)e−A(t) . Pour
y solution de (Ẽ), y(t0 ) = y0 équivaut à
B(t0 )eA(t0 ) + λeA(t0 ) = y0
i.e. à
λ = y0 − B(t0 )eA(t0 ) e−A(t0 ) .


C’est-à-dire que la solution y de (Ẽ) correspondant à λ = y0 − B(t0 )eA(t0 ) e−A(t0 ) est




l’unique solution de (Ẽ) vérifiant y(t0 ) = y0 .


t2 et − ln(t)
1
A noter qu’ici β(t)e−A(t) = t e = tet 1t = et .
52 Equations différentielles

4.2.4 Principe de superposition


Proposition 4.5. Si y1 est solution de

a(t)y ′ (t) + b(t)y(t) = c1 (t)

et y2 est solution de
a(t)y ′ (t) + b(t)y(t) = c2 (t)
alors λ1 y1 (t) + λ2 y2 (t) est solution de

a(t)y ′ (t) + b(t)y(t) = λ1 c1 (t) + λ2 c2 (t) .

Ce principe est utile pour calculer des solutions particulières d’équations dont le second
membre est une combinaison linéaire de fonctions simples.
Exemple : on considère l’équation

y ′ (t) + y(t) = et + e−t sur R .

La solution générale de l’équation homogène est

y(t) = λe−t , λ ∈ R .

On cherche une solution particulière de chacune des équations suivantes :

y ′ (t) + y(t) = et
y ′ (t) + y(t) = e−t

et on les additionne. De façon générale, on cherche une solution particulière de

y ′ (t) + y(t) = ekt , k ∈ R , (4.1)

par variation de la constante. z(t) = λ(t)e−t est solution de (4.1) si et seulement si

λ′ (t)e−t − λ(t)e−t + λ(t)e−t = ekt

i.e.
λ′ (t) = e(1+k)t .
Si k ̸= −1, on peut prendre
1 (1+k)t
λ(t) = e
1+k
et si k = −1, on a λ′ (t) = 1 et λ(t) = t convient. Pour notre équation, on additionne les
solutions particulières pour k = 1 et k = −1 ; on obtient la solution particulière
1
z(t) = et + te−t .
2
Equations du second ordre à coefficients constants 53

4.3 Equations du second ordre à coefficients constants


On va maintenant étudier la résolution de l’équation (e) dans le cas où I = R.

4.3.1 Résolution de l’équation homogène


Cas complexe
On considère l’équation (e0 ) dans le cas où a, b, c ∈ C et I = R.

Proposition 4.6. Pour r ∈ C, la fonction ϕ(t) = ert est solution de (e0 ) si et seulement
si
ar2 + br + c = 0 . (k)
L’équation (k) est appelée équation caractéristique de (e0 ).

Démonstration. La preuve est immédiate :

ϕ(t) = ert est solution de (e0 )

⇔ aϕ′′ (t) + bϕ′ (t) + cϕ(t) = ar2 ert + brert + cert = 0

⇔ ar2 + br + c = 0 car ert ̸= 0 pour tout r ∈ C et t ∈ R.

Proposition 4.7. 1. Si l’équation caractéristique ar2 + br + c = 0 a deux racines


distinctes r1 et r2 , les solutions de (e0 ) sont

y(t) = λ1 er1 t + λ2 er2 t , λ1 , λ2 ∈ C .

2. Si l’équation caractéristique ar2 +br+c = 0 admet une racine double r0 , les solutions
de (e0 ) sont
y(t) = (λ1 + λ2 t) er0 t , λ1 , λ2 ∈ C .

Remarque 4.3. La proposition (4.7) montre que l’ensemble des solutions de (e0 ) dans le
cas complexe est un C-espace vectoriel de dimension 2.

Cas réel
On considère l’équation (e0 ) dans le cas où a, b et c sont réels et où on cherche des solutions
réelles (on suppose toujours a ̸= 0).

Proposition 4.8. 1. Si l’équation caractéristique ar2 +br+c = 0 a deux racines réelles


distinctes r1 et r2 , les solutions réelles de (e0 ) sont

y(t) = λ1 er1 t + λ2 er2 t , λ1 , λ2 ∈ R .


54 Equations différentielles

2. Si l’équation caractéristique ar2 + br + c = 0 a une racine double r0 , les solutions


de (e0 ) sont
y(t) = (λ1 + λ2 t) er0 t , λ1 , λ2 ∈ R .

3. Si l’équation caractéristique ar2 + br + c = 0 a deux racines complexes conjugués


l’une de l’autre r1 = µ + iσ et r2 = µ − iσ, σ ̸= 0, les solutions réelles de (e0 ) sont

y(t) = (λ1 cos(σt) + λ2 sin(σt)) eµt , λ1 , λ2 ∈ R .

Remarque 4.4. Lorsque a, b et c sont réels, on peut aussi chercher les solutions complexes
de (e0 ). On peut alors appliquer la proposition 4.7, ou encore appliquer la proposition 4.8
en prenant λ1 et λ2 dans C. Les deux méthodes sont équivalentes.

4.3.2 Résolution de l’équation complète


Soit a, b et c trois nombres complexes, a ̸= 0, et soit une fonction d : I → C continue. On
cherche les solutions de l’équation (e). Les solutions de l’équation homogène sont données
par la proposition 4.7 (par la proposition 4.8 si a, b et c sont réels et si on cherche des
solutions réelles ; il faut alors aussi que d soit à valeurs réelles). Il suffit maintenant de
trouver une solution particulière de (e). S’il n’y a pas de solution particulière évidente,
on a plusieurs méthodes selon la forme de d.

Si d = P , polynôme de degré p
On cherche une solution particulière z(t) sous la forme d’un polynôme

• de degré p si c ̸= 0,

• de degré p + 1 si c = 0 et b ̸= 0,

• de degré p + 2 si b = c = 0.

Dans les trois cas, az ′′ (t) + bz ′ (t) + cz(t) est un polynôme de degré p et on identifie ses
coefficients avec ceux de P pour calculer les coefficients de z(t).
Exemple. On cherche les solutions réelles de y ′′ (t) + y(t) = 1 + t2 .

1. Equation homogène : y ′′ (t) + y(t) = 0. L’équation caractéristique r2 + 1 = 0 a deux


racines complexes conjugués i et −i. Les solutions réelles sont donc

y(t) = λ1 cos t + λ2 sin t , λ1 , λ2 ∈ R .

2. Equation complète : le coefficient de y(t) est différent de 0. On cherche donc une


solution sous la forme
z(t) = a0 + a1 t + a2 t2 .
Equations du second ordre à coefficients constants 55

Alors
z ′′ (t) + z(t) = 2a2 + a0 + a1 t + a2 t2
et

z ′′ (t) + z(t) = 1 + t2 ⇔ 2a2 + a0 = 1 , a1 = 0 , a2 = 1 ,


⇔ a2 = 1 , a1 = 0 , a0 = −1 .

La solution générale de l’équation est donc :

y(t) = −1 + t2 + λ1 cos t + λ2 sin t , λ1 , λ2 ∈ R .

Si d(t) = emt P (t), où m ∈ C et P polynôme de degré p


On cherche une solution particulière sous la forme z(t) = emt Q(t) où Q est un polynôme
• de degré p si m n’est pas racine de ar2 + br + c,

• de degré p + 1 si m est racine simple de ar2 + br + c,

• de degré p + 2 si m est racine double de ar2 + br + c.


Dans les trois cas, az ′′ (t)+bz ′ (t)+cz(t) est alors de la forme emt R(t) où R est un polynôme
de degré p et on identifie les coefficients de R avec ceux de P pour calculer les coefficients
de Q.
Vérifions que az ′′ (t) + bz ′ (t) + cz(t) est toujours de la forme emt R(t) où R est un
polynôme de degré p. Nous avons

az ′′ (t) + bz ′ (t) + cz(t) = aQ′′ (t) + (2am + b) Q′ (t) + am2 + bm + c Q(t) em t .


  
| {z }
R(t)

• Si m n’est pas racine de l’équation caractéristique, alors le coefficient de Q dans


R(t) est non nul et R est donc bien de degré p.

• Si m est racine simple, alors am2 + bm + c = 0. Cependant, si on pose

f (r) = ar2 + br + c ,

le fait que m soit racine simple de f signifie que f (m) = 0 et f ′ (m) ̸= 0. Nous avons
donc 2am + b ̸= 0. Le coefficient de Q est donc nul dans R(t) mais pas celui de Q′ .
Comme Q est ici un polynôme de degré p + 1, R est de degré p.

• Si m est racine double, nous avons am2 +bm+c = 0 et m = −b


2a
. Donc les coefficients
de Q et Q sont nuls, mais bien sûr pas celui de Q car a =
′ ′′
̸ 0. Q est ici de degré
p + 2, R est donc de degré p.
56 Equations différentielles

Principe de superposition

Proposition 4.9. Si y1 est solution de

ay ′′ (t) + by ′ (t) + cy(t) = d1 (t)

et si y2 est solution de
ay ′′ (t) + by ′ (t) + cy(t) = d2 (t) ,

alors pour tout λ1 , λ2 ∈ C, λ1 y1 + λ2 y2 est solution de

ay ′′ (t) + by ′ (t) + cy(t) = λ1 d1 (t) + λ2 d2 (t) .

Application au cas où d(t) = eλt (cos(µt)P (t) + sin(µt)Q(t)), avec λ, µ ∈ R, P et Q


polynômes.

Nous écrivons :
 
λt 1 (λ+iµ)t 1
e (cos(µt)P (t) + sin(µt)Q(t)) = e P (t) + Q(t)
2 2i
 
(λ−iµ)t 1 1
+e P (t) − Q(t) .
2 2i

On pose

1 1
m1 = λ + iµ , P1 (t) = P (t) + Q(t) ,
2 2i
1 1
m2 = λ − iµ , P2 (t) = P (t) − Q(t) .
2 2i

On cherche une solution particulière z1 de

ay ′′ (t) + by ′ (t) + cy(t) = em1 t P1 (t) ,

puis une solution particulière z2 de

ay ′′ (t) + by ′ (t) + cy(t) = em2 t P2 (t) .

Par le principe de superposition, z(t) = z1 (t) + z2 (t) est une solution particulière de

ay ′′ (t) + by ′ (t) + cy(t) = d(t) .


Problème de Cauchy 57

4.4 Problème de Cauchy


Du fait que l’équation (e) est du second ordre, on aura besoin de deux données pour le
problème de Cauchy. On peut par exemple penser au lancer d’une balle. On idéalise la
situation en considérant qu’on est dans un champ de gravité uniforme, on sait qu’après
avoir lancé la balle elle suivra une parabole. Ce qui détermine la parabole n’est pas
seulement l’endroit et l’instant où on lance la balle mais aussi la vitesse avec laquelle on
la lance. A l’instant du lancer, on a donc besoin des deux données : l’endroit où on lâche
la balle et la vitesse qu’elle a à ce moment-là.

Remarque 4.5. La vitesse dans l’exemple ci-dessus est en fait un vecteur de R3 ayant
une longueur et une direction. Mais on peut simplifier le problème en considérant qu’on
lance la balle verticalement, alors la direction est connue et seule la valeur numérique de
la vitesse (la longueur du vecteur) compte. La fonction inconnue est alors simplement
l’altitude de la balle.

Le problème de Cauchy pour l’équation (e), pour t0 ∈ R, y0 ∈ R ou C et y1 ∈ R ou C


est le problème suivant :

Trouver y solution de (e) telle que y(t0 ) = y0 et y ′ (t0 ) = y1 . (4.2)

Pour résoudre le problème de Cauchy (4.2), si on connait une solution particulière z(t)
et si elle est définie en t0 , on prend la forme générale des solutions et on impose les deux
conditions initiales, on en déduit les valeurs des constantes λ1 et λ2 .

4.5 Exercices
Exercice 4.1. Donner l’ensemble des solutions des équations différentielles suivantes :

y ′ − 4y = 3 ,
y ′ + y = 2et ,
y
y′ − = t.
t
Exercice 4.2. Résoudre les problèmes de Cauchy suivants :

y ′ − 2y = 4 , y(0) = 0 ,
1
y ′ − 2y = 2t , y(0) = ,
4
y+1
y′ = , y(0) = 0 ,
t
y ′ + 2y = 2te−2t , y(0) = 1 .
58 Equations différentielles

Exercice 4.3. On considère l’équation différentielle suivante

y ′ (t) − 2ty(t) = t . (4.3)

1. Donner toutes les solutions de l’équation homogène

y ′ (t) − 2ty(t) = 0 . (4.4)

2. Trouver une solution particulière de (4.3).

3. Donner toutes les solutions de (4.3).

4. Trouver la solution y de (4.3) telle que y(0) = 1.

Exercice 4.4. On considère l’équation différentielle suivante définie pour t > 0

y(t)
y ′ (t) − = t. (4.5)
t
1. Donner toutes les solutions de l’équation homogène

y(t)
y ′ (t) − = 0. (4.6)
t

2. Trouver une solution particulière de (4.5).

3. Donner toutes les solutions de (4.5).

4. Trouver la solution y de (4.5) telle que y(1) = 1.

Exercice 4.5. On considère l’équation différentielle suivante :

2t t2 + 2
y ′ (t) − y(t) = , sur ]0, +∞[ . (4.7)
t2 + 2 t
1. Donner la solution générale de l’équation homogène associée à (4.7).

2. Donner la solution générale de (4.7).

Exercice 4.6. Résoudre les équations différentielles suivantes :

y ′′ − y ′ − 2y = 0 ,
y ′′ − 2y ′ + y = 0 ,
y ′′ + y = 0 .
Exercices 59

Exercice 4.7. Résoudre les problèmes de Cauchy suivants :

y ′′ − y ′ − 2y = 0 , y(0) = 0 , y ′ (0) = 1 ,
y ′′ − 2y ′ + y = 0 , y(0) = 1 , y ′ (0) = 1 ,
y ′′ + y = 0 , y(0) = 2 , y ′ (0) = −1 .

Exercice 4.8. Résoudre les équations différentielles suivantes :

y ′′ − 3y ′ + 2y = 4t2 ,
y ′′ − 2y ′ = −4t + 2 ,
y ′′ = t2 .

Exercice 4.9. On considère l’équation différentielle

y ′′ (t) − 2y ′ (t) − 8y(t) = 0 (4.8)

1. Trouver toutes les solutions de (4.8).

2. Trouver la solution de (4.8) telle que y(0) = 1 et y ′ (0) = −1.

Exercice 4.10. On considère l’équation différentielle

y ′′ (t) − 4y ′ (t) + 3y(t) = 0 (4.9)

1. Trouver toutes les solutions de (4.9).

2. Trouver la solution de (4.9) telle que y(0) = 0 et y ′ (0) = −2.


60 Equations différentielles
Chapitre 5

Intégration

Dans tout le chapitre on travaillera sur un intervalle [a, b]. Pour les deux premières
sections, on aura −∞ < a < b < +∞, ensuite on ne supposera plus nécessairement que
a < b.

5.1 Définition de l’intégrale de Riemann


Définition 5.1 (Subdivision). On appelle subdivision de [a, b] une famille finie et stricte-
ment croissante de nombres

S = {x0 , x1 , x2 , x3 , ..., xn−1 , xn }

tels que
x0 = a < x1 < x2 < x3 < ... < xn−1 < xn = b .

L’intégrale de Riemann va être définie sur une classe de fonctions qu’on appelle con-
tinues par morceaux sur [a, b]. Le cadre général est en fait plus large mais plus difficile
à définir et les fonctions continues par morceaux sont le cadre le plus usuel pour cette
intégrale.

Définition 5.2. Une fonction f : [a, b] → R ou C est dite continue par morceaux sur
[a, b] s’il existe une subdivision {x0 , x1 , x2 , x3 , ..., xn−1 , xn } de [a, b] telle que f soit continue
sur chaque intervalle ouvert ]xk , xk+1 [ et admette des limites finies à gauche et à droite
en chaque xk (simplement à droite en x0 et à gauche en xn ). Autrement dit les seules
discontinuités de f sont de première espèce et sont en nombre fini.

On va commencer par définir l’intégrale pour des fonctions continues par morceaux
positives.

61
62 Intégration

Définition 5.3. Soit f une fonction continue par morceaux et positive sur [a, b]. Pour
n ∈ N∗ , on définit la subdivision {x0 , x1 , x2 , x3 , ..., x2n −1 , x2n } de [a, b] par
b−a
xk = a + k .
2n
On définit deux suites :
n
X b−a
an = inf{f (x) ; x ∈]xk , xx+1 [} ,
k=0
2n
n
X b−a
An = sup{f (x) ; x ∈]xk , xx+1 [} .
k=0
2n

Pour tout n ∈ N∗ on a an ≤ An , la suite an est croissante, la suite An est décroissante et


de plus An − an tend vers 0. Leur limite commune est appelée l’intégrale de f entre a et
b et est notée Z b
f (x)dx .
a

On étend l’intégrale à des fonctions de signe quelconque puis à des fonctions complexes
de la façon suivante.
Définition 5.4. Soit une fonction continue par morceaux sur [a, b] à valeurs réelles. On
définit sa partie positive f + et sa partie négative f − de la façon suivante

f + (x) := max{0, f (x)} , f − (x) := max{0, −f (x)} .

Les fonctions f + et f − sont positives et sont également continues par morceaux sur [a, b].
On définit alors l’intégrale de f entre a et b de la façon suivante
Z b Z b Z b
f (x)dx := +
f (x)dx − f − (x)dx .
a a a

Soit maintenant f une fonction continue par morceaux sur [a, b] à valeurs dans C. Sa
partie réelle et sa partie imaginaire sont continues par morceaux sur [a, b] à valeurs réelles.
On définit Z b Z b Z b
f (x)dx := Re f (x)dx + i Im f (x)dx .
a a a

5.2 Calcul et propriétés


Tout ça définit certes l’intégrale mais ne permet pas forcément de la calculer. Le calcul
de l’intégrale repose sur une propriété essentielle qu’on appelle le Théorème fondamental
du calcul intégral et que nous énonçons maintenant.
Calcul et propriétés 63

Théorème 5.1 (fondamental du calcul intégral). Soit f une fonction continue par morceaux
sur [a, b] et soit F une primitive de f sur [a, b]. Alors
Z b
f (x)dx = F (b) − F (a) .
a

En particulier, la fonction Z x
ϕ(x) = f (x)dx
a
est la primitive de f sur [a, b] qui s’annule en a.
L’intégrale de Riemann a les propriétés utiles suivantes.
• L’intégrale comme mesure d’aire. Pour une fonction continue par morceaux
f : [a, b] → [0, +∞[, l’intégrale
Z b
f (x)dx
a
mesure l’aire entre l’axe Ox, les droites verticales {x = a} et {x = b} et le graphe
de f , c’est-à-dire l’aire du domaine de R2
{(x, y) ∈ R2 ; a ≤ x ≤ b , 0 ≤ y ≤ f (x)} .

• RPour une fonction continue par morceaux de signe quelconque. L’intégrale


b
a
f (x)dx, représente l’aire délimitée par le graphe de f au dessus de l’axe Ox moins
l’aire délimitée par le graphe de f au dessous de l’axe Ox.
• Linéarité de l’intégrale.
Z b Z b Z b
(f + g)(x)dx = f (x)dx + g(x)dx ,
a a a
Z b Z b
αf (x)dx = α f (x)dx .
a a

• Inégalités. Soit f et g deux fonctions continues sur [a, b] à valeurs dans R.


Z b
f (x) ≥ 0 sur [a, b] ⇒ f (x)dx ≥ 0 ,
a
Z b
f (x) > 0 sur ]a, b[ ⇒ f (x)dx > 0 ,
a
Z b Z b
f (x) ≥ g(x) sur [a, b] ⇒ f (x)dx ≥ g(x)dx ,
a a
Z b Z b
f (x)dx ≤ |f (x)|dx .
a a
64 Intégration

• Orientation et découpage. Les formules avec lesquelles nous avons construit


l’intégrale de a à b permettent également de construire l’intégrale de b à a en
échangeant les rôles de a et b et on a alors
Z b Z a
f (x)dx = − f (x)dx .
a b

On peut aussi concaténer les intégrales. Pour c ∈]a, b[,


Z b Z c Z b
f (x)dx = f (x)dx + f (x)dx .
a a c

5.3 Intégrations par parties et changement de variable


Dans cette section, on travaille sur des intervalles fermés bornés pour lesquels les bornes
ne sont pas nécessairement écrites dans le sens croissant, i.e. on peut avoir [a, b] avec
a > b.

Théorème 5.2 (Intégration par parties). Soit u et v deux fonctions continûment dériv-
ables sur [a, b], alors
Z b Z b

u(x)v (x)dx = [u(x)v(x)]ba − u′ (x)v(x)dx
a a


[u(x)v(x)]ba = u(b)v(b) − u(a)v(a) .

Preuve. Elle est très simple et repose simplement sur le Théorème fondamental du
calcul intégral et sur la formule de Leibnitz

(uv)′ = u′ v + uv ′ .

En effet on a d’une part


Z b
(uv)′ (x)dx = [u(x)v(x)]ba
a

et d’autre part
Z b Z b Z b
′ ′
(uv) (x)dx = u (x)v(x)dx + u(x)v ′ (x)dx .
a a a

D’où le résultat.
Cette méthode fonctionne notamment pour les intégrales suivantes :
Quelques intégrales de fractions rationnelles 65

Rb Rb Rb R b kx
1. a
sin(kx) cos(mx)dx, a
sin(kx) sin(mx)dx, a
cos(kx) cos(mx)dx, a
e cos(mx)dx
on fait deux intégrations par parties successives (on peut aussi se ramener à des ex-
ponentielles et intégrer directement) ;
Rb Rb Rb
2. a p(x) cos(mx)dx ou a p(x) sin(mx)dx ou a p(x)emx dx où p est un polynôme de
degré n ; on fait n intégrations par parties successives.
Théorème 5.3 (Changement de variables). Soit deux intervalles fermés bornés [a, b] et
[c, d]. Soit f : [a, b] → R ou C une fonction continue par morceaux et φ : [c, d] → [a, b] une
fonction bijective, dérivable, de dérivée continue, telle que a = φ(c) et b = φ(d). Alors on
a: Z b Z d
f (x)dx = f (φ(t))φ′ (t)dt .
a c

5.4 Quelques intégrales de fractions rationnelles


Si on souhaite intégrer une fraction rationnelle sur un intervalle fermé borné sur lequel
elle est bien définie, on peut la décomposer en éléments simples. Les éléments simples
dans R sont tous assez faciles à intégrer dans la mesure où on peut leur construire à tous
des primitives. Nous détaillons le calcul pour deux types de fractions rationnelles qui ne
sont pas toutes des éléments simples.
• Les fractions rationnelles de la forme
1
f (x) = , a ∈ R,
x−a
sont des éléments simples et ont pour primitives les fonctions ln |x − a| + K, K ∈ R.
• Les fractions rationnelles de la forme
cx + d
f (x) = 2 , a, b, c, d ∈ R
x + 2ax + b
ne sont pas toutes des éléments simples. Selon les valeurs des coefficients, on utilise
différentes techniques. On note ∆ le discriminant du dénominateur
∆ = 4a2 − 4b = 4(a2 − b) .
Cas 1 : a2 = b (∆ = 0), le dénominateur est un carré : (x + a)2 . On écrit f sous
la forme (décomposition en éléments simples)
cx + d c(x + a) + d − ac c d − ac
f (x) = 2
= 2
= +
(x + a) (x + a) x + a (x + a)2
et les primitives de f sont données par
1
c ln |x + a| − (d − ac) + K , K ∈ R.
x+a
66 Intégration

Cas 2 : a2 > b, le discriminant du dénominateur est strictement positif. On dé-


compose f en éléments simples (x1 et x2 sont les racines du dénominateur, ce
sont des réels) :

cx + d A B
f (x) = = +
(x − x1 )(x − x2 ) x − x1 x − x 2

et les primitives de f sont

A ln |x − x1 | + B ln |x − x2 | + K , K ∈ R .

On rappelle que A et B se calculent de la façon suivante

A = (x − x1 )f (x)|x=x1 , B = (x − x2 )f (x)|x=x2 .

Cas 3 : a2 < b (∆ < 0, le dénominateur n’a pas de racine réelle et la fraction


rationnelle est un élément simple) et c = 0. Alors on écrit le dénominateur de
f sous forme canonique, c’est-à-dire (voir aussi dans le chapitre sur les nombres
complexes (1.11))

d d
f (x) = =
x2 + 2ax + b (x + a) + b − a2
2

d 1
=
b − a 1 + √x+a 2 2
2 
b−a

et les primitives de f sont données par

d √
   
x+a d x+a
b − a arctan √
2 +K = √ arctan √ +K,
b − a2 b − a2 b − a2 b − a2
avec K ∈ R.
Cas 4 : a2 < b (∆ < 0, le dénominateur n’a pas de racine réelle et la fraction
rationnelle est un élément simple) et c ̸= 0, on écrit f de la façon suivante :

c 2x + 2a d − ac
f (x) = 2
+ 2 .
2 x + 2ax + b x + 2ax + b
La première fraction a pour primitives évidentes
c
ln(x2 + 2ax + b) + K , K ∈ R
2
(pas de valeur absolue dans le log car le trinôme est partout strictement positif)
et la seconde se traite comme dans le cas 3 (on remplace juste d par d − ac).
Exercices 67

5.5 Exercices
Exercice 5.1. Trouver toutes les primitives des fonctions suivantes en indiquant leur
domaine de définition :
2x −1 1
f1 (x) = 2
, f2 (x) = cos(x)esin x , f3 (x) = 2
, f4 (x) = √ .
1+x 1+x 2x − 1
Exercice 5.2. Calculer l’intégrale suivante par intégration par parties
Z x
ln(t)dt .
2

En déduire toutes les primitives de ln x.

Exercice 5.3. Calculer les intégrales suivantes à l’aide d’intégrations par parties :
Z 2 Z Z 2 Z 1
2 −x
x ln xdx , π cos x sin(2x)dx , x e dx , arctan xdx .
1 0 0 0

Exercice 5.4. Calculer les intégrales suivantes à l’aide de changements de variables :


Z 1√
1 − x2 dx , on posera x = sin t ,
0
Z e2
dx
, on posera x = et ,
e x ln x
3
ex
Z
dx , on posera u = ex .
1 1 + ex
Exercice 5.5. Montrer que l’intégrale suivante vaut zéro :
Z 7
4
xex dx .
−7

Indication : on pourra faire un changement de variables x = −t.

Exercice 5.6. Calculer les intégrales suivantes :


Z 0 Z 2 Z 1 Z 1
x+1 x+2 1 x−1
2
dx , 2
dx , 2
dx , 2
dx .
−1 x − 2x + 1 0 x − 2x − 3 0 x + 2x + 2 0 x + 2x + 2

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