Cours Mat Gen
Cours Mat Gen
Jean-Philippe Nicolas
LMBA,
Université de Brest, 6 avenue Victor Le Gorgeu,
29200 Brest.
Bureau H109
email : [Link]@[Link]
Page web : https: // jnicolas. pages. math. cnrs. fr/
2
Table des matières
1 Nombres complexes 5
1.1 Les ensembles de nombres usuels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.2 Les nombres complexes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.2.1 Représentation cartésienne ou algébrique . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.2.2 Représentation polaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.3 Racines n-ièmes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
1.4 Equations du second degré . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
1.4.1 Cas réel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
1.4.2 Cas complexe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
1.4.3 Une propriété importante . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
1.4.4 Interprétation géométrique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
1.5 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
2 Arithmétique dans Z 21
2.1 Divisibilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
2.2 PGCD, PPCM . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
2.3 Nombres premiers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
2.4 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
4 Equations différentielles 47
4.1 Définitions et équations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
4.2 Equations du premier ordre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
4.2.1 Résolution de l’équation homogène . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
4.2.2 Résolution de l’équation complète . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
3
4 TABLE DES MATIÈRES
5 Intégration 61
5.1 Définition de l’intégrale de Riemann . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
5.2 Calcul et propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
5.3 Intégrations par parties et changement de variable . . . . . . . . . . . . . . 64
5.4 Quelques intégrales de fractions rationnelles . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
5.5 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
Chapitre 1
Nombres complexes
5
6 Nombres complexes
Remarque 1.1. A noter que comme i2 = −1, il suit que i(−i) = 1 et donc −i = 1i .
Définition 1.1. Pour un nombre complexe z = x + iy, x s’appelle sa partie réelle et y sa
partie imaginaire, on note
x = Re z , y = Im z .
On appelle module d’un nombre complexe z = x + iy le nombre réel positif
p
|z| = x2 + y 2 ,
c’est la distance entre le point (x, y) ∈ R2 et l’origine (0, 0). Le complexe conjugué de z
est le nombre complexe
z̄ = x − iy .
On remarque que
z z̄ = |z|2 .
Une conséquence importante de la définition de C est que si z et w sont deux nombres
complexes, alors on a
z = w si et seulement si (Re z = Re w et Im z = Im w).
En particulier, un nombre complexe z est nul si et seulement si Re z = 0 et Im z = 0.
Lorsqu’on considère l’inverse d’un nombre complexe non nul écrit sous forme al-
gébrique, on peut aussi l’écrire sous forme algébrique par un calcul simple. Soit donc
z = x + iy avec x ou y non nul,
1 x − iy x − iy
= = 2 .
x + iy (x + iy)(x − iy) x + y2
Sans utiliser explicitement la représentation algébrique, ceci s’écrit, pour z ̸= 0
1 z̄ z̄
= = 2. (1.1)
z z z̄ |z|
On a les propriétés à peu près évidentes suivantes :
Proposition 1.1. Soit deux nombres complexes z et w. On a :
1. z̄¯ = z,
2. z + z̄ = 2Re z, z − z̄ = 2iIm z,
3. |z̄| = |z|,
6. si z ̸= 0,
1 1 1 1 w w̄ w |w|
= , = , = , = .
z z̄ z |z| z z̄ z |z|
Preuve. Les trois premières propriétés sont des conséquences directes des définitions.
La quatrième propriété se montre facilement. Soit z = x + iy ∈ C, on a clairement
x2 ≤ x2 + y 2
puisque y 2 ≥ 0. On en déduit √ p
x2 ≤ x2 + y 2 ,
c’est-à-dire
|x| ≤ |z| ,
autrement dit
|Re z| ≤ |z| .
De même en partant de
y 2 ≤ x2 + y 2
on obtient que
|y| = |Im z| ≤ |z| .
Les propriétés suivantes se montrent par calcul direct en utilisant les précédentes. Traitons-
les dans l’ordre.
on a donc bien
zw = z̄ w̄ .
La troisième propriété est une conséquence des précédentes. En effet, on a
On prend maintenant la racine carrée dans l’égalité ci-dessus et comme les modules
sont tous positifs, on obtient |zw| = |z||w|.
Les nombres complexes 9
et
1 1 x + iy x + iy
= = = 2 .
z̄ x − iy (x − iy)(x + iy) x + y2
On a donc bien
1 1
= .
z z̄
Soit z et w deux nombres complexes avec z non nul,
w
1 1 1 w̄
=w = w̄ = w̄ = .
z z z z̄ z̄
De plus, elles sont équivalentes, c’est-à-dire qu’on peut déduire l’une de l’autre et inverse-
ment.
10 Nombres complexes
|z + w|2 = (z + w)(z + w)
= z z̄ + z w̄ + wz̄ + ww̄
= |z|2 + 2Re (z w̄) + |w|2
≤ |z|2 + 2|Re (z w̄)| + |w|2
et comme
|Re (z w̄)| ≤ |z w̄| = |z||w| ,
il suit
|z + w|2 ≤ |z|2 + 2|z||w| + |w|2 = (|z| + |w|)2 .
Montrons maintenant l’équivalence des deux formes (1.2) et (1.3). On commence par
montrer la seconde en utilisant la première :
et donc
|z| − |w| ≤ |z − w| .
donc
|z + w| ≤ |z| + |w| .
x = r cos θ , y = r sin θ ,
où p
r= x2 + y 2 = |z|
et θ est l’angle orienté Ox,
\ Oz (on verra cet angle sur un dessin en cours).
L’angle θ est appelé l’argument de z et noté Arg(z). Il est unique si on décide qu’il
appartient à [0, 2π[ (ou à tout autre intervalle semi-ouvert de longueur 2π, comme ]−π, π]),
sinon il est défini modulo 2π. On peut aussi écrire (1.4) de la façon suivante :
z = |z|eiθ . (1.6)
Remarque 1.2.
p
1. |eiθ | = (cos θ)2 + (sin θ)2 = 1.
3. La notation (1.5) qui fait apparaître l’exponentielle est en fait un résultat que l’on
démontre mais qui nécessite des outils qui seront vus plus tard (les séries). Dans le
cours d’analyse complexe de deuxième année, on définit l’exponentielle comme une
fonction sur C et on vérifie alors la propriété (1.5). Cette année, on se contentera
de considérer qu’il s’agit simplement d’une notation.
On a la propriété suivante que l’on peut démontrer à l’aide des formules trigonométriques
usuelles
12 Nombres complexes
et on a alors
z = |z|(cos θ + i sin θ) .
On essaye souvent de choisir θ ∈ [0, 2π[, il est alors unique. Mais on peut aussi faire
d’autres choix.
Deux exemples.
√ √
1. Soit z = 1 + i. Le module de z est donné par |z| = 1 + 1 = 2 et donc
√
1 1
z = 2 √ + i√ .
2 2
On cherche alors θ tel que
1
cos θ = sin θ = √ ,
2
θ = π/4 convient. On a donc
√ iπ/4
1+i= 2e .
On écrit donc
4 3
w=5 +i .
5 5
Il y a bien un unique θ ∈ [0, 2π[ (ici même entre 0 et π/2) tel que
4 3
cos θ = et sin θ =
5 5
mais il ne fait pas partie de notre liste et on ne connait pas sa valeur explicite.
On déduit de la Proposition 1.2 le Théorème de Moivre :
14 Nombres complexes
Proposition 1.3. Soit deux nombres complexes z et w. Si on note leur forme polaire :
z = reiθ , w = Reiφ , avec r = |z|, R = |w|, on a
z̄ = re−iθ , zw = rRei(θ+φ) ,
et pour n ∈ N,
z n = rn einθ .
C’est-à-dire que
De plus si z ̸= 0, on a
1 1
= e−iθ .
z r
Cette proposition nous donne une façon de calculer les racines n-ièmes d’un nombre
complexe. Nous allons développer ceci dans la prochaine section.
wn = z
z = reiθ
où r = |z| et θ = Arg (z). Les n racines n-ièmes distinctes de z sont alors données par
θ 2kπ
wk = r1/n ei( n + n ) , avec k = 0, 1, 2, ..., n − 1 .
Racines n-ièmes 15
Cas particulier des racines carrées. On a deux racines carrées de z qui sont
√ √ θ 2π √
rei( 2 + 2 ) =
θ θ
w0 = rei 2 , w1 = rei 2 eiπ = −w0 .
a2 − b2 + 2iab = x + iy .
On écrit donc les équations qui identifient les parties réelles d’un côté et les parties imag-
inaires de l’autre. Pour simplifier la résolution, on écrit aussi l’égalité du module de z et
du module de w2 . On a donc le système de trois équations suivant:
2
a − b2 = x
Re (w2 ) = Re z
Im (w2 ) = Im z ⇔ 2ab = yp
2 2
|w | = |z| a + b2 = x2 + y 2
w1 = 1 + 2i , w2 = −1 − 2i .
On peut essayer de généraliser la deuxième méthode pour des racines d’ordre plus élevé.
Prenons le cas d’une racine cubique. Soit z = x + iy =
̸ 0. On cherche w = a + ib tel que
w = z, c’est-à-dire tel que
3
a3 − 3ab2 = x , (1.7)
3a2 b − b3 = y . (1.8)
ou encore
a2 + b2 = (x2 + y 2 )1/3 .
Si on fait la somme de (1.7) et (1.8), on obtient
a3 − b3 + 3ab(a − b) = x + y ,
et comme
a3 − b3 = (a − b)(a2 + ab + b2 ) ,
on obtient
(a − b)(a2 + 4ab + b2 ) = x + y .
On voit donc que (1.10) est équivalente à l’équation suivante, appelée la forme canonique
de (1.10)
2
b2 − 4ac
b
z+ = . (1.11)
2a 4a2
On note
∆ := b2 − 4ac
et on l’appelle le discriminant du polynôme az 2 + bz + c. La forme canonique est encore
équivalente à l’équation suivante, obtenue en multipliant (1.11) par 4a2 et qui est la plus
utile pour trouver les solutions de (1.10) :
(2az + b)2 = ∆ . (1.12)
Equations du second degré 17
Il suit que (1.12), ainsi que (1.10), a deux solutions complexes conjuguées l’une de
l’autre données par
p p
−b − i |∆| −b + i |∆|
z1 = , z2 = = z1 .
2a 2a
Le polynôme az 2 + bz + c se factorise alors sous la forme
az 2 + bz + c = a(z − z1 )(z − z2 ) .
18 Nombres complexes
az 2 + bz + c = a(z − z0 )2 .
∆ = |∆|eiθ , θ = Arg(∆) .
L’équation (1.12) de même que (1.10) a donc deux racines complexes (qui en général
ne sont pas conjuguées l’une de l’autre)
p p
−b − |∆|eiθ/2 −b + |∆|eiθ/2
z1 = , z1 = .
2a 2a
Le polynôme az 2 + bz + c se factorise alors sous la forme
az 2 + bz + c = a(z − z1 )(z − z2 ) .
√
|∆|
c’est-à-dire que z est sur le cercle de centre et de rayon 2|a| .
b
− 2a
L’équation (1.15) signifie que
2
b 1 b − 4ac
Arg z + = Arg mod (π) ,
2a 2 4a2
1.5 Exercices
Exercice 1.1. Effectuer les calculs suivants :
1 + i iπ/2
(1 + 5i)(4 + 8i) , , e (3 + 6i) , (2 + i)(1 + i)(3 + i) .
1−i
Exercice 1.2. Mettre les nombres complexes suivants sous la forme a + ib :
2 2
3 + 6i 1 + 2i 1+i 3 + 6i 2 + 5i 2 − 5i
, + , + ,
3 − 4i 2+i 2−i 3 − 4i 1 − i 1+i
√ !3
5 + 2i 1 3 (1 + i)9
, − +i , .
−2i 2 2 (1 − i)7
Exercice 1.4. Représenter sous forme polaire les nombres complexes suivants
√ 1+i 2 √
1, − 2, i, 1 − i, 1 + i, 1 + i 3, √ , − i, − 3 − 1.
1+i 3 5
Exercice 1.5. Trouver toutes les solutions dans C des équations suivantes :
z 2 + z + 1 = 0 , z 3 = 1 , z 3 = −1 , z 4 = 16 ,
z 2 − 3iz − 4 = 0 , z 4 + z 2 + 1 = 0 .
Chapitre 2
Arithmétique dans Z
2.1 Divisibilité
Définition 2.1. Etant donnés a et b des éléments de Z, on dit que a est un diviseur de
b, ou de façon équivalente que b est un multiple de a, s’il existe c ∈ Z tel que ac = b. On
écrit alors a|b.
Soit a ∈ Z, a ̸= 0, on note D(a) l’ensemble des diviseurs de a.
Exemples.
• 0 est multiple de tous les entiers mais n’en divise aucun autre que lui-même.
a|b ⇔ ax|bx .
Proposition 2.3.
21
22 Arithmétique dans Z
2. Soit a, b, c trois entiers relatifs. On suppose que c|a et que c|b. Alors quels que soient
les entiers relatifs m et n, on a
c|ma + nb .
• Existence. On prend
1
q= max{nb , n ∈ Z ; nb ≤ a}
b
et r = a − bq.
Remarque 2.1. Pour la partie concernant l’existence, à noter que si b > 0 alors
a
q = max{n ∈ Z ; n ≤ }
b
qui correspond à la formule dans le cas où a et b sont des entiers naturels, mais si b < 0
alors
a
q = min{n ∈ Z ; n ≥ } .
b
Divisibilité 23
18 = 5 × 3 + 3 ,
−18 = 5 × (−4) + 2 .
23 = 7 × 3 + 2 ,
−23 = (−7) × 4 + 5 .
38 = 7 × 5 + 3 ,
38 = (−7) × (−5) + 3 .
Bien sûr dans les cas où le reste est nul, tout marche toujours bien :
28 = 7 × 4 ,
−28 = 7 × (−4)
= −7 × 4 .
−4932 = 8 × (−617) + 4 .
Définition 2.2 (Congruence). Soit m ∈ N∗ . Alors deux entiers a, b ∈ Z sont dits congrus
modulo m s’ils ont le même reste par la division euclidienne par m. On écrit
a ≡ b (mod m) .
a = mq1 + r1 ,
b = mq2 + r2 .
b − a = m(q2 − q1 ) + r2 − r1 .
r2 − r1 = b − a − m(q2 − q1 ) ,
il suit donc que m|r2 − r1 . Mais on sait aussi que 0 ≤ r2 < m et que 0 ≤ r1 < m, d’où
0 ≤ |r2 − r1 | < m et |r2 − r1 | est un multiple de m. On en déduit que r2 − r1 = 0,
c’est-à-dire que a ≡ b (mod m).
1. pour tout a ∈ Z, on a
a ≡ a (mod m)
on dit que la relation est réflexive ;
2. pour tous a, b ∈ Z si a ≡ b (mod m) alors b ≡ a (mod m), on dit que la relation est
symétrique ;
Preuve. Les deux premières propriétés sont des conséquences directes de la définition.
Pour montrer la troisième, on va utiliser la proposition précédente. Supposons que a ≡
b (mod m) et que b ≡ c (mod m). D’après la proposition précédente, cela signifie que
m|b − a et que m|c − b. On en déduit donc que m|c − b + b − a = c − a c’est-à-dire que
a ≡ c (mod m).
Divisibilité 25
1. r ≡ a (mod |b|) ;
2. r = 0 ⇔ b|a.
Preuve. On a
a = bq + r .
1. On voit que a − r = bq c’est-à-dire que b|a − r et donc |b| divise a − r, ce qui, d’après
la Proposition 2.4 signifie que a ≡ r (mod |b|).
a + a′ ≡ b + b′ (mod m) ,
a − a′ ≡ b − b′ (mod m) ,
aa′ ≡ bb′ (mod m) .
2. Divisibilité par 3 ou 9
Un entier m est divisible par 3 si et seulement si la somme de ses chiffres l’est.
Un entier m est divisible par 9 si et seulement si la somme de ses chiffres l’est.
3. Suit directement du fait que 100, et donc 10n pour n ≥ 2, est un multiple de 4, 25.
4. Comme 10 ≡ −1 (mod 11), il suit que 10n ≡ (−1)n (mod 11) et donc
k
X k
X
n
m= an 10 ≡ an × (−1)n (mod 11) .
n=0 n=0
1. m = PPCM(a, b) ;
m m
2. a|m, b|m et PGCD ,
a b
= 1.
Preuve. Si m est un multiple commun de a et b, cela revient à dire que a|m, b|m. Si
maintenant les entiers ma
et mb ne sont pas premiers entre eux, ils ont un diviseur commun
k > 1, autrement dit akm
∈ N∗ et bk
m
∈ N∗ . Donc a| m
k
et b| m
k
, ce qui équivaut à dire que m
k
,
qui est strictement inférieur à m, est un multiple commun de a et b. Donc m n’est pas le
PPCM de a et b.
1. 1 ≤ PGCD(a, b) ≤ min{a, b} ;
PGCD(a, b) = PGCD(r, b) .
Preuve.
2. Dire que b|a équivaut à dire que D(b) ⊂ D(a) et donc D(a) ∩ D(b) = D(b).
• Si d ∈ D(a) ∩ D(b), alors d|a et d|bq, donc d|a − bq = r. D’où d ∈ D(r) ∩ D(b).
• Si d ∈ D(r) ∩ D(b) alors d|a = bq + r. D’où d ∈ D(a) ∩ D(b).
Donc D(a) ∩ D(b) = D(r) ∩ D(b) et les plus grands éléments de ces deux ensembles
sont les mêmes.
Le second point a le corollaire important suivant, que nous utiliserons notamment lors de
la résolution d’équations diophantiennes.
28 Arithmétique dans Z
1. ∆ = PGCD(a, b) ;
Un autre corollaire des résultats précédents est l’algorithme d’Euclide qui permet de
calculer le PGCD de deux nombres. L’idée est basée sur la Proposition 2.9.
Algorithme d’Euclide
• r0 = a
• r1 = b
• 46 = 4 × 10 + 6, r2 = 6.
• 10 = 1 × 6 + 4, r3 = 4. On conclut que 46 ∧ 10 = 2.
• 6 = 1 × 4 + 2, r4 = 2.
Théorème 2.3 (Identité de Bézout). Soit a et b deux entiers relatifs non nuls et soit
∆ = PGCD(a, b). Alors il existe (x, y) ∈ Z2 tels que
ax + by = ∆ .
72 = 2 × 33 + 6 , donc 6 = 72 − 2 × 33
33 = 5 × 6 + 3 , donc 3 = 33 − 5 × 6
= 33 − 5 × (72 − 2 × 33)
= −5 × 72 + 11 × 33
6 = 2 × 3 + 0.
On obtient donc
PGCD(72, 33) = 3 , −5 × 72 + 11 × 33 = 3 .
Théorème 2.4 (de Gauss). Soit a, b, c ∈ N∗ , on suppose que a|bc et que a et b sont
premiers entre eux, alors a|c.
Preuve. Soit deux entiers relatifs u et v tels que au + bv = 1. Donc cau + cbv = c.
Comme a|bc, on a aussi a|cbv mais aussi a|cau et donc a|c.
On a ce corollaire assez remarquable.
Corollaire 2.3. Soit m ∈ N et a, b ∈ N∗ tels que a|m, b|m et a et b sont premiers entre
eux, alors ab|m.
PGCD(a, b) × PPCM(a, b) = a × b .
Preuve. Soit ∆ = PGCD(a, b), alors a = ∆a′ et b = ∆b′ avec a′ et b′ premiers entre
eux. Soit
ab
m= .
PGCD(a, b)
30 Arithmétique dans Z
Remarque 2.3. Le calcul pratique du PPCM peut donc se faire en calculant le PGCD.
ax + by = c (2.3)
a′ x + b ′ y = c ′ . (2.4)
• On cherche une solution particulière de (2.4). On prend (x0 , y0 ) une solution parti-
culière de
a′ x + b′ y = 1
donnée par l’algorithme d’Euclide étendu et on pose
x1 = c′ x0 , y1 = c′ y0 .
a′ x + b ′ y = c ′
a′ x1 + b′ y1 = c′ .
a′ (x − x1 ) + b′ (y − y1 ) = 0 .
PGCD, PPCM 31
Donc a′ |b′ (y − y1 ) et comme a′ et b′ sont premiers entre eux, alors par le Théorème
de Gauss, a′ |(y − y1 ) et on a donc
y = y1 + ka′ .
Donc
a′ (x − x1 ) + b′ ka′ = 0 .
Il est clair que x et y ainsi obtenus sont solutions de (2.4). La solution générale de
(2.4) est donc donnée par
x = x1 − kb′ , y = y1 + ka′ , k ∈ Z .
39 = 1 × 27 + 12 , donc 12 = 39 − 27
27 = 2 × 12 + 3 , donc 3 = 27 − 2 × 12
= 27 − 2 × (39 − 27)
= 3 × 27 − 2 × 39
12 = 4 × 3 .
Donc 39 ∧ 27 = 3 qui divise bien 18. On va donc trouver une infinité de solutions. On
divise l’équation par 3, on obtient
13x + 9y = 6 . (2.6)
Prenons une solution particulière de la même équation avec 1 comme second membre. On
l’a déjà grâce à l’utilisation de l’algorithme d’Euclide étendu, c’est x0 = −2, y0 = 3. Une
solution particulière de (2.6) est donc x1 = −12, y1 = 18. Et la solution générale de (2.5)
est donc donnée par
x = −12 + 9k , y = 18 − 13k , k ∈ Z .
32 Arithmétique dans Z
On va maintenant travailler avec des entiers naturels pour éviter les indéterminations
à ±1 près.
Exemples de nombres premiers. 2, 3, 5, 7, 11, 13, 17, 19, 23, ...
Le Théorème de Gauss implique le résultat suivant.
∗
√ 2.10. Pour tout nombre m ∈ N composé, il existe p ∈ N premier tel que
Proposition
p|m et p ≤ m.
1. Si m admet un
√ seul diviseur premier p ∈ N , alors m = p avec α ∈ N, α ≥ 2 et il
∗ α
suit que p ≤ m.
Théorème 2.6. Soit p un nombre premier et n ∈ N∗ tel que p ne divise pas n, alors n et
p sont premiers entre eux.
Théorème 2.7. Tout nombre m ∈ N \ {0, 1} se décompose de façon unique sous la forme
Dans la proposition qui suit, on écrit les décompositions en produit de facteurs premiers
de deux nombres en utilisant les mêmes nombres premiers. Cela veut en général dire que
certaines puissances sont égales à 0, on verra cela sur un exemple. Cette notation ne sera
pas unique contrairement au théorème ci-dessus mais elle permet de calculer simplement
le PGCD et le PPCM de deux nombres.
leurs décompositions en produit de facteurs premiers où les pi sont des nombres premiers
2 à 2 distincts. Alors
min(α1 ,β1 ) min(α2 ,β2 )
PGCD (a, b) = {p1 p2 ...pnmin(αn ,βn ) ,
max(α1 ,β1 ) max(α2 ,β2 )
PPCM (a b) = {p1 p2 ...pnmax(αn ,βn ) .
2.4 Exercices
Exercice 2.1.
1. En utilisant l’algorithme d’Euclide étendu, calculer le PGCD de 28 et 105 puis
trouver deux nombres entiers relatifs u et v tels que
28u + 105v = P GCD(28, 105) .
A(X) = a0 + a1 X + ... + an X n
A : K → K
x 7→ A(x) = a0 + a1 x + ... + an xn .
Définition 3.2 (Opérations élémentaires sur les polynômes à coefficients dans K). Soit
A(X) et B(X) deux éléments de K[X]
On écrit les opérations dans le cas où n ≥ m, on peut aisément les adapter dans le cas
où n < m.
35
36 Arithmétique des polynômes
L’élément neutre de l’addition est le polynôme nul, simplement noté 0 et qui s’identifie
à l’élément 0 de K.
• d◦ (A(X)) = −∞ si A(X) = 0.
Dans le cas où d◦ (A(X)) = n ≥ 0, le coefficient an (qui est non nul) s’appelle le coefficient
dominant de A(X).
Définition 3.4 (Polynôme unitaire ou normalisé). Soit A(X) ∈ K[X] un polynôme de dé-
gré positif ou nul. On dira que A(X) est unitaire, ou normalisé, si le coefficient dominant
de A(X) est égal à 1.
Définition 3.5. Soit A(X) et B(X) deux polynômes dans K[X], on dit que A(X) divise
B(X) s’il existe un polynôme Q(X) ∈ K[X] tel que A(X)Q(X) = B(X). On écrit alors
A(X)|B(X). On dit aussi que B(X) est un multiple de A(X).
Propriétés.
• Les polynômes de degré 0 (c’est-à-dire les constantes non nulles) divisent tous les
polynômes.
• Si A(X)|B(X) et A(X)|C(X) alors A(X)|B(X)U (X) + C(X)V (X) pour tous poly-
nômes U (X) et V (X) dans K[X].
Exemples.
• X + 1 divise 2X + 2.
Proposition 3.2. Soit A(X) et B(X) deux polynômes non nuls dans K[X], les deux
propriétés suivantes sont équivalentes :
1. A(X)|B(X) et B(X)|A(X) ;
Preuve. (2) ⇒ (1) est évident. Montrons que (1) ⇒ (2). Si A(X)|B(X), il existe
C1 (X) ∈ K[X] non nul tel que B(X) = C1 (X)A(X). Et si B(X)|A(X), il existe C2 (X) ∈
K[X] non nul tel que A(X) = C2 (X)B(X). Il suit que A(X) = C2 (X)C1 (X)A(X). Donc
d◦ (A(X)) = d◦ (C2 (X)) + d◦ (C1 (X)) + d◦ (A(X)). On en déduit que C1 (X) et C2 (X) sont
des polynômes de degré 0, c’est-à-dire des constantes non nulles.
Théorème 3.1 (Division euclidienne de polynômes). Soit A(X) et B(X) deux éléments
de K[X] avec B(X) ̸= 0, alors il existe un unique couple (Q(X), R(X)) ∈ K[X]2 tel que
Le polynôme Q(X) est appelé le quotient de la division euclidienne de A(X) par B(X) et
R(X) son reste.
• A(X) = 1 + X − X 3 et B(X) = 1 + X + X 2 . On a
1 + X − X 3 = (1 − X).(1 + X + X 2 ) + X ;
Q(X) = 1 − X et R(X) = X.
P (X) = (X − a)Q(X) + λ .
2. Soit A(X) et B(X) deux polynômes, B(X) divise A(X) si et seulement si le reste
de la division euclidienne de A(X) par B(X) est nul.
3. On voit donc qu’un polynôme A(X) ∈ K[X] est divisible par X − a si et seulement
si P (a) = 0.
4. Soit A(X) et B(X) deux polynômes non nuls, si d◦ (A(X)) < d◦ (B(X)), alors la
division euclidienne de A(X) par B(X) s’écrit
• Etape 1. On commence par les termes de plus haut degré de A(X) et B(X) :
X 4 = X 2 .X 2 . On prend
Q(X) := X 2 ,
R(X) := A(X) − X 2 .B(X)
= X 4 − 2X 3 + 3X 2 − X + 1 − X 4 − 2X 3 + X 2
= −4X 3 + 4X 2 − X + 1 .
PGCD, PPCM 39
• Etape 2. On recommence avec les termes de plus haut degré de R(X) et B(X) :
−4X 3 = −4X.X 2 . On pose
Q(X) := Q(X) − 4X = X 2 − 4X ,
R(X) := R(X) + 4X.B(X)
= −4X 3 + 4X 2 − X + 1 + 4X 3 + 8X 2 − 4X
= 12X 2 − 5X + 1 .
• Etape 3. On recommence avec les termes de plus haut degré de R(X) et B(X) :
12X 2 = 12 × X 2 . On pose
Q(X) := Q(X) + 12 = X 2 − 4X + 12 ,
R(X) := R(X) − 12B(X)
= 12X 2 − 5X + 1 − 12X 2 − 24X + 12 = −29X + 13 .
A(X) = a0 + a1 X + ... + an X n , n ∈ N , an ̸= 0 ,
B(X) = b0 + b1 X + ... + bp X p , p ∈ N , bp ̸= 0 .
• sinon pour k = 0 à p
◦ ck := rn−k /bp
◦ Q(X) := Q(X) + ck X n−p−k
◦ R(X) := R(X) − ck X n−p−k B(X)
• Fin
1. D(X) divise A(X) et B(X) (ce qui implique en particulier que D(X) ̸= 0),
2. si E(X) ∈ K[X] divise à la fois A(X) et B(X), alors E(X) divise D(X).
Un polynôme D(X) vérifiant ces deux propriétés s’appelle un PGCD de A(X) et B(X).
D’après les propriétés vues au premier paragraphe du chapitre, on a le résultat impor-
tant suivant.
Proposition 3.3. Soit A(X) et B(X) deux éléments non nuls de K[X] et soit D1 (X) et
D2 (X) deux PGCD de A(X) et B(X). Alors il existe λ ∈ K non nul tel que
Corollaire 3.1. Soit A(X) et B(X) deux éléments non nuls de K[X] il existe un unique
PGCD de A(X) et B(X) qui soit normalisé, c’est-à-dire ayant 1 pour coefficient domi-
nant.
Définition 3.6 (Polynômes premiers entre eux). Soit A(X) et B(X) deux éléments non
nuls de K[X]. On dit qu’ils sont premiers entre eux si 1 est PGCD de A(X) et B(X).
Le Théorème et l’identité de Bézout se généralisent aux polynômes sans modification.
Théorème 3.3 (de Bézout). Soit A(X) et B(X) deux éléments non nuls de K[X], alors
les propriétés suivantes sont équivalentes :
1. A(X) et B(X) sont premiers entre eux ;
Théorème 3.4 (Identité de Bézout). Soit A(X) et B(X) deux éléments non nuls de
K[X]. Soit D(X) ∈ K[X] un PGCD de A(X) et B(X), alors il existe des polynômes
U (X) et V (X) tels que
Théorème 3.6 (et définition du PPCM). Soit A(X) et B(X) deux éléments non nuls de
K[X]. Alors il existe des polynômes M (X) tels que
Un polynôme M (X) vérifiant ces deux hypothèses s’appelle un PPCM de A(X) et B(X).
Proposition 3.4. Soit A(X) et B(X) deux éléments non nuls de K[X].
• Si M1 (X) et M2 (X) sont deux PPCM de A(X) et B(X), alors il existe λ ∈ K \ {0}
tel que M2 (X) = λM1 (X).
• Il existe un unique PPCM de A(X) et B(X) qui soit normalisé, c’est-à-dire tel que
son coefficient dominant soit égal à 1.
De plus.
Théorème 3.7. Soit A(X) et B(X) deux éléments non nuls de K[X] et soit D(X) et
M (X) un PGCD et un PPCM de A(X) et B(X). Alors il existe λ ∈ K \ {0} tel que
Définition 3.7. Un polynôme A(X) ∈ K[X] est dit irréductible s’il est non constant
(c’est-à-dire de degré supérieur ou égal à 1) et si ses seuls diviseurs sont les λ ∈ K∗
(polynômes de degré 0) et les λ × A(X) avec λ ∈ K∗ .
Proposition 3.5.
• Soit A(X) ∈ K[X] et B(X) ∈ K[X] deux polynômes irréductibles. Alors ou bien il
existe λ ∈ K∗ tel que A(X) = λB(X) ou bien A(X) et B(X) sont premiers entre
eux.
• Soit A(X) ∈ K[X] et B(X) ∈ K[X] deux polynômes irréductibles normalisés. Alors
ou bien A(X) = B(X) ou bien A(X) et B(X) sont premiers entre eux.
Le théorème fondamental suivant généralise la décomposition d’un entier non nul en
produit de facteurs premiers.
Théorème 3.8. Soit A(X) ∈ K[X] un polynôme non nul. Alors A(X) se décompose de
façon unique en produit d’un polynôme de degré 0 et de polynômes irréductibles normalisés
distincts, i.e.
A(X) = λ(P1 (X))α1 (P2 (X))α2 ...(Pn (X))αn
où λ ∈ K∗ , n ∈ N, P1 (X), P2 (X), ...,Pn (X) sont des polynômes irréductibles normalisés
et α1 , α2 , ..., αn ∈ N∗ .
On a alors les généralisations des théorèmes vus pour les entiers naturels concernant le
PGCD et le PPCM et leur écriture en fonction des facteurs premiers. La seule différence
est qu’on aura toujours la liberté d’un facteur λ ∈ K∗ .
Selon que K = R ou C, les polynômes irréductibles seront différents.
Théorème 3.9.
• Les polynômes irréductibles normalisés de C[X] sont les polynômes X −a avec a ∈ C.
Cette partie est due à d’Alembert (XVIII e s).
• Les polynômes irréductibles normalisés de R[X] sont les X − a avec a ∈ R et les
X 2 + bX + c avec b, c ∈ R tels que le discriminant ∆ = b2 − 4c < 0.
Ainsi on a le résultat essentiel suivant.
Corollaire 3.2.
• Tout polynôme A(X) ∈ C[X] non nul se décompose de manière unique sous la forme
A(X) = λ(X − a1 )α1 (X − a2 )α2 ...(X − an )αn
où λ ∈ K∗ , n ∈ N, les ai ∈ C sont deux à deux distincts et les αi ∈ N∗ .
• Tout polynôme A(X) ∈ R[X] non nul se décompose de manière unique sous la forme
n
! m !
Y Y
A(X) = λ (X − ai )αi (X 2 + bj X + cj )βj
i=1 j=1
∗
où λ ∈ K , n ∈ N, m ∈ N, les ai ∈ R sont deux à deux distincts, les (bj , cj ) ∈ R × R
sont deux à deux distincts et tels que b2j − 4cj < 0 et les αi et βj sont dans N∗ .
Il n’existe pas d’algorithme ou de formule générale pour factoriser un polynôme en
produit de polynômes irréductibles, sauf pour les petits degrés (mais de toutes façons au
delà du degré 2 c’est compliqué).
Fractions rationnelles et éléments simples 43
où les Pij (X) ∈ K[X] sont tels que d◦ (Pij (X)) < d◦ (Bi (X)). Les fractions rationnelles
Pij (X)
(Bi (X))j
sont appelées des éléments simples. Si on travaille dans C[X], elles sont toutes de la forme
α
, α ∈ C∗ , j ∈ N∗ .
(X − a)j
En revanche si on travaille dans R[X] elles sont de deux types
α
, α ∈ R∗ , j ∈ N∗ ,
(X − a)j
βX + γ
avec b2 − 4c < 0 , (β, γ) ∈ R2 , (β, γ) ̸= (0, 0) , k ∈ N∗ .
(X 2 + bX + c) k
44 Arithmétique des polynômes
X3
F (X) = 3 .
X − X 2 + 4X − 4
La division euclidienne de X 3 par X 3 − X 2 + 4X − 4 est simplement
X 3 = 1 × (X 3 − X 2 + 4X − 4) + X 2 − 4X + 4 .
On a donc
X 2 − 4X + 4
F (X) = 1 + 3 .
X − X 2 + 4X − 4
Le dénominateur se factorise clairement sous la forme
X 3 − X 2 + 4X − 4 = (X − 1)(X 2 + 4)
a bX + c
F (X) = 1 + + 2 .
X −1 X +4
Le coefficient a se calcule simplement de la façon suivante : on pose
On a
X3 bX + c
G(X) = = X − 1 + a + (X − 1) .
X2 + 4 X2 + 4
On voit alors que
1
a = G(1) = .
5
C’est une méthode générale pour les coefficients de tous les éléments simples
correspondant à des polynômes du premier degré au dénominateur.
Si on veut suivre une méthode totalement systématique, mieux vaut décomposer
bX + c
X2 + 4
Fractions rationnelles et éléments simples 45
Equations différentielles
Dans ce chapitre, nous allons étudier des équations différentielles pour des fonctions à
valeurs dans R ou C. Nous noterons K pour signifier R ou C. Lorsque nous travaillerons
uniquement avec des fonctions à valeurs dans R ou à valeurs dans C, nous le préciserons.
• On appelle solution sur I de (E) toute fonction y : I → K dérivable sur I telle que
• On appelle équation homogène associée à (E) (ou équation sans second membre)
l’équation
a(t)y ′ (t) + b(t)y(t) = 0 . (E0 )
Remarque 4.1. Comme a ne s’annule pas sur I, on peut écrire (E) et (E0 ) respective-
ment sous la forme
y ′ (t) = α(t)y(t) + β(t) , (Ẽ)
y ′ (t) = α(t)y(t) (Ẽ0 )
47
48 Equations différentielles
2. Cette proposition montre aussi que si y est solution de (Ẽ0 ) et si y n’est pas iden-
tiquement nulle sur I, alors y ne s’annule pas sur I. Autrement dit, si une solution
s’annule en un seul point, alors elle est nulle partout sur I.
3. Dans le cas réel, on voit facilement pourquoi les solutions sont λeA(t) : a, b et y sont
à valeurs réelles et on suppose que y ne s’annule pas sur I, alors
y ′ (t)
= (ln |y(t)|)′ = α(t) .
y(t)
Donc la fonction ln |y(t)| est une primitive de α(t), i.e. il existe K ∈ R tel que
ln |y(t)| = A(t) + K. Il suit |y(t)| = CeA(t) où C = eK ∈ R+∗ . La fonction y
étant dérivable, et donc continue, sur I et ne s’annulant pas sur I, elle est de signe
50 Equations différentielles
constant sur I. On a donc : y(t) = CeA(t) si y est positive sur I et y(t) = −CeA(t)
si y est négative sur I. Les solutions ne s’annulant pas sur I sont donc y(t) = λeA(t)
avec λ ∈ R∗ . On en déduit que l’espace vectoriel des solutions est l’ensemble des
fonctions y(t) = λeA(t) , λ ∈ R.
Exemple. Si a et b sont constantes sur I, i.e., pour tout t ∈ I, a(t) = c1 ̸= 0, b(t) = c2 ,
alors α est la fonction constante égale à k = −c2 /c1 sur I. Une primitive de α sur I est
A(t) = kt, donc les solutions de
c1 y ′ (t) + c2 y(t) = 0
y ′ = αy
et y2 est solution de
a(t)y ′ (t) + b(t)y(t) = c2 (t)
alors λ1 y1 (t) + λ2 y2 (t) est solution de
Ce principe est utile pour calculer des solutions particulières d’équations dont le second
membre est une combinaison linéaire de fonctions simples.
Exemple : on considère l’équation
y(t) = λe−t , λ ∈ R .
y ′ (t) + y(t) = et
y ′ (t) + y(t) = e−t
i.e.
λ′ (t) = e(1+k)t .
Si k ̸= −1, on peut prendre
1 (1+k)t
λ(t) = e
1+k
et si k = −1, on a λ′ (t) = 1 et λ(t) = t convient. Pour notre équation, on additionne les
solutions particulières pour k = 1 et k = −1 ; on obtient la solution particulière
1
z(t) = et + te−t .
2
Equations du second ordre à coefficients constants 53
Proposition 4.6. Pour r ∈ C, la fonction ϕ(t) = ert est solution de (e0 ) si et seulement
si
ar2 + br + c = 0 . (k)
L’équation (k) est appelée équation caractéristique de (e0 ).
2. Si l’équation caractéristique ar2 +br+c = 0 admet une racine double r0 , les solutions
de (e0 ) sont
y(t) = (λ1 + λ2 t) er0 t , λ1 , λ2 ∈ C .
Remarque 4.3. La proposition (4.7) montre que l’ensemble des solutions de (e0 ) dans le
cas complexe est un C-espace vectoriel de dimension 2.
Cas réel
On considère l’équation (e0 ) dans le cas où a, b et c sont réels et où on cherche des solutions
réelles (on suppose toujours a ̸= 0).
Remarque 4.4. Lorsque a, b et c sont réels, on peut aussi chercher les solutions complexes
de (e0 ). On peut alors appliquer la proposition 4.7, ou encore appliquer la proposition 4.8
en prenant λ1 et λ2 dans C. Les deux méthodes sont équivalentes.
Si d = P , polynôme de degré p
On cherche une solution particulière z(t) sous la forme d’un polynôme
• de degré p si c ̸= 0,
• de degré p + 1 si c = 0 et b ̸= 0,
• de degré p + 2 si b = c = 0.
Dans les trois cas, az ′′ (t) + bz ′ (t) + cz(t) est un polynôme de degré p et on identifie ses
coefficients avec ceux de P pour calculer les coefficients de z(t).
Exemple. On cherche les solutions réelles de y ′′ (t) + y(t) = 1 + t2 .
Alors
z ′′ (t) + z(t) = 2a2 + a0 + a1 t + a2 t2
et
f (r) = ar2 + br + c ,
le fait que m soit racine simple de f signifie que f (m) = 0 et f ′ (m) ̸= 0. Nous avons
donc 2am + b ̸= 0. Le coefficient de Q est donc nul dans R(t) mais pas celui de Q′ .
Comme Q est ici un polynôme de degré p + 1, R est de degré p.
Principe de superposition
et si y2 est solution de
ay ′′ (t) + by ′ (t) + cy(t) = d2 (t) ,
Nous écrivons :
λt 1 (λ+iµ)t 1
e (cos(µt)P (t) + sin(µt)Q(t)) = e P (t) + Q(t)
2 2i
(λ−iµ)t 1 1
+e P (t) − Q(t) .
2 2i
On pose
1 1
m1 = λ + iµ , P1 (t) = P (t) + Q(t) ,
2 2i
1 1
m2 = λ − iµ , P2 (t) = P (t) − Q(t) .
2 2i
Par le principe de superposition, z(t) = z1 (t) + z2 (t) est une solution particulière de
Remarque 4.5. La vitesse dans l’exemple ci-dessus est en fait un vecteur de R3 ayant
une longueur et une direction. Mais on peut simplifier le problème en considérant qu’on
lance la balle verticalement, alors la direction est connue et seule la valeur numérique de
la vitesse (la longueur du vecteur) compte. La fonction inconnue est alors simplement
l’altitude de la balle.
Pour résoudre le problème de Cauchy (4.2), si on connait une solution particulière z(t)
et si elle est définie en t0 , on prend la forme générale des solutions et on impose les deux
conditions initiales, on en déduit les valeurs des constantes λ1 et λ2 .
4.5 Exercices
Exercice 4.1. Donner l’ensemble des solutions des équations différentielles suivantes :
y ′ − 4y = 3 ,
y ′ + y = 2et ,
y
y′ − = t.
t
Exercice 4.2. Résoudre les problèmes de Cauchy suivants :
y ′ − 2y = 4 , y(0) = 0 ,
1
y ′ − 2y = 2t , y(0) = ,
4
y+1
y′ = , y(0) = 0 ,
t
y ′ + 2y = 2te−2t , y(0) = 1 .
58 Equations différentielles
y(t)
y ′ (t) − = t. (4.5)
t
1. Donner toutes les solutions de l’équation homogène
y(t)
y ′ (t) − = 0. (4.6)
t
2t t2 + 2
y ′ (t) − y(t) = , sur ]0, +∞[ . (4.7)
t2 + 2 t
1. Donner la solution générale de l’équation homogène associée à (4.7).
y ′′ − y ′ − 2y = 0 ,
y ′′ − 2y ′ + y = 0 ,
y ′′ + y = 0 .
Exercices 59
y ′′ − y ′ − 2y = 0 , y(0) = 0 , y ′ (0) = 1 ,
y ′′ − 2y ′ + y = 0 , y(0) = 1 , y ′ (0) = 1 ,
y ′′ + y = 0 , y(0) = 2 , y ′ (0) = −1 .
y ′′ − 3y ′ + 2y = 4t2 ,
y ′′ − 2y ′ = −4t + 2 ,
y ′′ = t2 .
Intégration
Dans tout le chapitre on travaillera sur un intervalle [a, b]. Pour les deux premières
sections, on aura −∞ < a < b < +∞, ensuite on ne supposera plus nécessairement que
a < b.
tels que
x0 = a < x1 < x2 < x3 < ... < xn−1 < xn = b .
L’intégrale de Riemann va être définie sur une classe de fonctions qu’on appelle con-
tinues par morceaux sur [a, b]. Le cadre général est en fait plus large mais plus difficile
à définir et les fonctions continues par morceaux sont le cadre le plus usuel pour cette
intégrale.
Définition 5.2. Une fonction f : [a, b] → R ou C est dite continue par morceaux sur
[a, b] s’il existe une subdivision {x0 , x1 , x2 , x3 , ..., xn−1 , xn } de [a, b] telle que f soit continue
sur chaque intervalle ouvert ]xk , xk+1 [ et admette des limites finies à gauche et à droite
en chaque xk (simplement à droite en x0 et à gauche en xn ). Autrement dit les seules
discontinuités de f sont de première espèce et sont en nombre fini.
On va commencer par définir l’intégrale pour des fonctions continues par morceaux
positives.
61
62 Intégration
Définition 5.3. Soit f une fonction continue par morceaux et positive sur [a, b]. Pour
n ∈ N∗ , on définit la subdivision {x0 , x1 , x2 , x3 , ..., x2n −1 , x2n } de [a, b] par
b−a
xk = a + k .
2n
On définit deux suites :
n
X b−a
an = inf{f (x) ; x ∈]xk , xx+1 [} ,
k=0
2n
n
X b−a
An = sup{f (x) ; x ∈]xk , xx+1 [} .
k=0
2n
On étend l’intégrale à des fonctions de signe quelconque puis à des fonctions complexes
de la façon suivante.
Définition 5.4. Soit une fonction continue par morceaux sur [a, b] à valeurs réelles. On
définit sa partie positive f + et sa partie négative f − de la façon suivante
Les fonctions f + et f − sont positives et sont également continues par morceaux sur [a, b].
On définit alors l’intégrale de f entre a et b de la façon suivante
Z b Z b Z b
f (x)dx := +
f (x)dx − f − (x)dx .
a a a
Soit maintenant f une fonction continue par morceaux sur [a, b] à valeurs dans C. Sa
partie réelle et sa partie imaginaire sont continues par morceaux sur [a, b] à valeurs réelles.
On définit Z b Z b Z b
f (x)dx := Re f (x)dx + i Im f (x)dx .
a a a
Théorème 5.1 (fondamental du calcul intégral). Soit f une fonction continue par morceaux
sur [a, b] et soit F une primitive de f sur [a, b]. Alors
Z b
f (x)dx = F (b) − F (a) .
a
En particulier, la fonction Z x
ϕ(x) = f (x)dx
a
est la primitive de f sur [a, b] qui s’annule en a.
L’intégrale de Riemann a les propriétés utiles suivantes.
• L’intégrale comme mesure d’aire. Pour une fonction continue par morceaux
f : [a, b] → [0, +∞[, l’intégrale
Z b
f (x)dx
a
mesure l’aire entre l’axe Ox, les droites verticales {x = a} et {x = b} et le graphe
de f , c’est-à-dire l’aire du domaine de R2
{(x, y) ∈ R2 ; a ≤ x ≤ b , 0 ≤ y ≤ f (x)} .
Théorème 5.2 (Intégration par parties). Soit u et v deux fonctions continûment dériv-
ables sur [a, b], alors
Z b Z b
′
u(x)v (x)dx = [u(x)v(x)]ba − u′ (x)v(x)dx
a a
où
[u(x)v(x)]ba = u(b)v(b) − u(a)v(a) .
Preuve. Elle est très simple et repose simplement sur le Théorème fondamental du
calcul intégral et sur la formule de Leibnitz
(uv)′ = u′ v + uv ′ .
et d’autre part
Z b Z b Z b
′ ′
(uv) (x)dx = u (x)v(x)dx + u(x)v ′ (x)dx .
a a a
D’où le résultat.
Cette méthode fonctionne notamment pour les intégrales suivantes :
Quelques intégrales de fractions rationnelles 65
Rb Rb Rb R b kx
1. a
sin(kx) cos(mx)dx, a
sin(kx) sin(mx)dx, a
cos(kx) cos(mx)dx, a
e cos(mx)dx
on fait deux intégrations par parties successives (on peut aussi se ramener à des ex-
ponentielles et intégrer directement) ;
Rb Rb Rb
2. a p(x) cos(mx)dx ou a p(x) sin(mx)dx ou a p(x)emx dx où p est un polynôme de
degré n ; on fait n intégrations par parties successives.
Théorème 5.3 (Changement de variables). Soit deux intervalles fermés bornés [a, b] et
[c, d]. Soit f : [a, b] → R ou C une fonction continue par morceaux et φ : [c, d] → [a, b] une
fonction bijective, dérivable, de dérivée continue, telle que a = φ(c) et b = φ(d). Alors on
a: Z b Z d
f (x)dx = f (φ(t))φ′ (t)dt .
a c
cx + d A B
f (x) = = +
(x − x1 )(x − x2 ) x − x1 x − x 2
A ln |x − x1 | + B ln |x − x2 | + K , K ∈ R .
A = (x − x1 )f (x)|x=x1 , B = (x − x2 )f (x)|x=x2 .
d d
f (x) = =
x2 + 2ax + b (x + a) + b − a2
2
d 1
=
b − a 1 + √x+a 2 2
2
b−a
d √
x+a d x+a
b − a arctan √
2 +K = √ arctan √ +K,
b − a2 b − a2 b − a2 b − a2
avec K ∈ R.
Cas 4 : a2 < b (∆ < 0, le dénominateur n’a pas de racine réelle et la fraction
rationnelle est un élément simple) et c ̸= 0, on écrit f de la façon suivante :
c 2x + 2a d − ac
f (x) = 2
+ 2 .
2 x + 2ax + b x + 2ax + b
La première fraction a pour primitives évidentes
c
ln(x2 + 2ax + b) + K , K ∈ R
2
(pas de valeur absolue dans le log car le trinôme est partout strictement positif)
et la seconde se traite comme dans le cas 3 (on remplace juste d par d − ac).
Exercices 67
5.5 Exercices
Exercice 5.1. Trouver toutes les primitives des fonctions suivantes en indiquant leur
domaine de définition :
2x −1 1
f1 (x) = 2
, f2 (x) = cos(x)esin x , f3 (x) = 2
, f4 (x) = √ .
1+x 1+x 2x − 1
Exercice 5.2. Calculer l’intégrale suivante par intégration par parties
Z x
ln(t)dt .
2
Exercice 5.3. Calculer les intégrales suivantes à l’aide d’intégrations par parties :
Z 2 Z Z 2 Z 1
2 −x
x ln xdx , π cos x sin(2x)dx , x e dx , arctan xdx .
1 0 0 0