Pérennité
Pérennité
8 DOCUMENT DE TRAVAIL
Série Synthèses
N° 04 - S03
1
8RESUME
ENTREPRISES ET DEVELOPPEMENT DURABLE
Irène CABY
On assiste depuis quelques années à une floraison de discours, de rapports et de livres sur le
développement durable dans les entreprises ou sur la responsabilité sociale des entreprises
(corporate social responsability), expression utilisée plus volontiers dans le monde anglo-
saxon. Ces discours traduisent le souci croissant des entreprises d’investir le champ social et
environnemental. Leur responsabilité première est de générer de la valeur économique, mais
elles peuvent aussi contribuer à des objectifs sociaux et à la protection de l’environnement,
au-delà des prescriptions et incitations publiques, en intégrant la responsabilité sociale comme
véritable investissement stratégique. Plus qu’une possibilité offerte aux entreprises,
l’intégration de cette notion dans leurs stratégies est une nécessité pour atteindre le
développement durable de l’humanité. Les modes de production et de consommation actuels
ne garantissent pas aujourd’hui que les générations futures aient les mêmes capacités que les
générations actuelles pour répondre à leurs besoins. Aucune conception ou mise en oeuvre
d’un objectif de développement durable ne peut faire l’impasse des entreprises sans perdre
tout réalisme.
Il n’existe pas une définition communément admise, mais plutôt un inventaire de matières qui
tombe sous la « responsabilité sociétale des entreprises » (RSE). Celle-ci est considérée, dans
ce document, comme la déclinaison des principes du développement durable à l’échelle de
l’entreprise. Succinctement, la RSE signifie essentiellement que les entreprises, de leur propre
initiative, contribuent à améliorer la société et à protéger l’environnement dans un objectif de
développement durable, en liaison avec leurs parties prenantes.
2
Le comportement stratégique des entreprises en matière de RSE peut être très variable, depuis
des comportements de refus ou d’évitement, jusqu’à des stratégies pro-actives ou de
bouleversement, en passant par des comportements d’intégration partielle.
En pratique, les entreprises engagées avancent avec prudence : « il faut essayer d’avoir une
longueur d’avance sur la concurrence, mais seulement une. Deux, c’est risqué ». Leur
approche de la RSE est contingente : il n’existe pas une liste identifiée de thèmes sur lesquels
elles devraient se positionner. Elles hiérarchisent les enjeux qu’elles identifient, et ciblent
leurs actions. Dans leur démarche de responsabilité sociétale, les entreprises peuvent
s’appuyer sur certains outils. Ils sont en construction et présentent tous des avantages et des
inconvénients. On peut notamment citer la notation et l’évaluation externe des performances
sociétales, le reporting « développement durable », la normalisation et les partenariats
entreprise/ONG.
Ce document n’engage que ses auteurs et non les institutions auxquelles ils appartiennent.
L’objet de cette diffusion est de stimuler le débat et d‘appeler des commentaires et des
critiques.
3
SOMMAIRE
1. Introduction ................................................................................................... 5
4
1. Introduction
On assiste depuis quelques années à une floraison de discours, de rapports et de livres sur le
développement durable dans les entreprises ou sur la responsabilité sociale des entreprises
(corporate social responsability), expression utilisée plus volontiers dans le monde anglo-
saxon1. Ces discours traduisent le souci croissant des entreprises d’investir le champ social et
environnemental. Leur responsabilité première est de générer de la valeur économique, mais
elles peuvent aussi contribuer à des objectifs sociaux et à la protection de l’environnement,
au-delà des prescriptions et incitations publiques, en intégrant la responsabilité sociale comme
véritable investissement stratégique.
Plus qu’une possibilité offerte aux entreprises, l’intégration de cette notion dans leurs
stratégies est une nécessité pour atteindre le développement durable de l’humanité. Les
entreprises, qu’elles soient industrielles ou de service, constituent un groupe « d’acteurs »
essentiel. Aucune conception ou mise en oeuvre d’un objectif de développement durable ne
peut faire l’impasse des entreprises sans perdre tout réalisme. Toute activité a des impacts sur
l’environnement et la société, et les entreprises, créatrices d’emploi et de richesses, sont
particulièrement concernées par le développement durable.
Les entreprises sont par ailleurs les seules organisations à avoir su se transformer en des
joueurs « mondiaux »2. Les institutions internationales des Nations Unies s'avèrent
aujourd'hui incapables de mettre en place le cadre institutionnel, législatif et réglementaire
permettant de réguler les conséquences environnementales et sociales de la mondialisation
économique. Cette incapacité ne tient pas aux institutions elles-mêmes, mais à leur mandat
politique. La déclaration de Johannesburg pouvait affirmer que « pour atteindre nos objectifs
de développement durable, il nous faut des institutions internationales et multilatérales plus
efficaces, plus démocratiques et plus comptables de leurs actes », mais majoritairement les
pays n'en veulent pas. Les pays peuvent aujourd'hui choisir à la carte de ratifier telle ou telle
convention internationale. Les Etats Unis refusent de ratifier les engagements sur le climat (le
protocole de Kyoto) tel autre pays en développement refusera de ratifier les accords de
l'Organisation Internationale du Travail. Face à ce constat, les multinationales apparaissent
comme des acteurs mondiaux qui possèdent un réel pouvoir de décision.
D’un point de vu global, on comprend l’intérêt de l’engagement des entreprises, mais qu’est-
ce qui motivent les entreprises à relever le défi, en dehors de raisons « morales » ? Quel est la
pérennité de leur engagement ? Comment peuvent-elles agir pour un développement durable ?
1
Des précisions sont apportées dans la première partie sur la définition de cette notion.
2
cf. : travaux du Groupe de Lisbonne
5
2. Le concept de responsabilité sociale des entreprises
Ainsi comprise, la RSE se résume essentiellement à des initiatives volontaires pour construire
des relations sereines et durables avec les « parties prenantes » de l’entreprise. On s’éloigne
de la définition du développement durable selon le rapport Brundtland, puisque cette
conception de la RSE n’inclut les effets de l’action des entreprises sur l’équité intra et
intergénérationnelle que dans la mesure où cette attente est portée par des « parties
prenantes ».
La définition donnée par le Commission européenne dans son livre vert sur la RSE de juillet
2001 est succincte et ne définit pas de façon précise les champs que recouvre cette
responsabilité sociale. « Le concept de responsabilité sociale des entreprises signifie
3
L’ORSE, association d’entreprises au niveau national, a choisi de parler de responsabilité sociétale
et non sociale des entreprises. Pour plus d’information sur l’ORSE, cf. : annexe 1.
4
Pour plus d’information sur le WBCSD, cf. : annexe 1.
6
essentiellement que celles-ci décident de leur propre initiative de contribuer à améliorer la
société et rendre plus propre l'environnement. » Cette définition est précisée dans la suite du
texte, où apparaît la notion de « relation avec les parties prenantes » : « intégration volontaire
des préoccupations sociales et écologiques des entreprises à leurs activités commerciales et
leurs relations avec leurs parties prenantes. » Deux critères émergent pour caractériser des
actions socialement responsables :
La Commission ne limite pas la RSE à la gestion des relations avec ses parties prenantes,
même si la définition reste floue. Cette réduction de la notion paraît par ailleurs contradictoire
avec la notion globalisante de développement durable, qui vise à créer un équilibre entre les
trois aspects économique, social et environnemental de l’activité humaine. La RSE doit plutôt
être considérée comme la déclinaison des principes du développement durable à l’échelle de
l’entreprise. Un développement durable qui ne se réduit pas, comme cela arrive souvent, aux
problèmes globaux d’environnement (ozone, CO2, épuisement des ressources naturelles),
mais une RSE qui ne les oublie pas pour autant.
Dans ce contexte d’incertitude sur la rentabilité de telles démarches, pourquoi les entreprises
s’engagent-elles ? Les raisons profondes sont toujours les mêmes, mais en fonction de l’état
de maturité de l’entreprise dans sa réflexion sur le développement durable, elles ne sont pas
perçues de la même manière.
7
3.1. Des raisons profondes
L’entreprise et le système capitaliste dans son ensemble font face à une crise de légitimité
d’une ampleur inégalée depuis les années 30. Plusieurs évènements en témoigne :
Ces éléments, qui touchent à l’image et à la place de l’entreprise dans la société, ne laissent
pas indifférents nombre de managers.
Dans le contexte de crise de confiance, les attentes des parties prenantes (ONG, syndicats,
riverains, consommateurs...) en matière d’environnement, d’hygiène-sécurité, de ressources
humaines et de gouvernance sont croissantes et l’entreprise ne pourra y répondre qu’en
instaurant un climat de confiance, fondé sur un dialogue ouvert où « l’expertise » des parties
prenantes pourrait être reconnue. La RSE est l’occasion, pour les dirigeants, de montrer que
l’entreprise a d’autres finalités que la rentabilité.
Selon Franck Aggeri, la RSE peut aussi être considérée comme une réponse aux
renforcements législatifs, suite aux scandales financiers, qui se traduisent par une étroite
surveillance des managers. N’est-ce pas une manière de reconquérir un espace de liberté ? 5
Pour une meilleure efficacité, la contrainte doit plutôt venir du marché. Les deux principaux
leviers d’action sont ainsi :
5
Aggeri F., Pezet E., Abrassart C., Acquier A., 2004, Le développement durable à l’épreuve de
l’entreprise, co-édition Vuibert/ADEME, collection Entreprendre (à paraître)
8
traditionnels de rentabilité financière, ces investisseurs sélectionnent des valeurs à
partir de critères d’exclusion (pas d’armes, pas de tabac...) ou des critères de
croissance durable, c’est-à-dire bénéfiques à l’évolution de l’environnement et de la
société. L’ISR est ainsi une force motrice de la RSE6. Pour identifier les placements
socialement responsables, les sociétés de gestion s’appuient sur des agences de
notation, telles Vigéo, Core Ratings ou Innovest.
- La consommation durable. Tout consommateur peut choisir des produits qui limitent
les effets négatifs de la consommation sur l’environnement et inciter les offreurs à
proposer sur le marché de nouveaux biens plus respectueux des milieux naturels et
des droits économiques et sociaux de ceux qui participent à leur production. Il
s’efforce ainsi d’inverser les modes de consommation écologiquement et
éthiquement non viables et de privilégier ceux qui le sont.
Dans ce contexte, le rôle de l’Etat est de faciliter l’émergence et l’organisation des attentes du
marché. L’Etat peut intervenir essentiellement de deux manières :
o Par les achats publics, l’Etat peut montrer l’exemple d’une consommation
durable. Le nouveau code des marchés publics, adopté le 7 janvier 2004, ne
fait pas directement référence au développement durable mais il autorise
désormais l’intégration de critères environnementaux. Un Groupe permanent
d’étude des marchés « Développement durable, environnement » a été créé,
avec pour mission, d’une part, de proposer des clauses de cahiers des charges
permettant l’intégration du développement durable et de la protection de
l’environnement dans les marchés publics, et d’autre part, d’élaborer des
documents techniques d’aide à l’achat public favorables au développement
durable et à la protection de l’environnement.
6
En matière d’ISR, la France demeure en retrait par rapport à d’autres pays européens. Le montant
géré est estimé à 800 millions d’euros en 2001 contre 50 milliards de livres au Royaume-Uni, le
leader en Europe. Les fonds institutionnels, comme le Fond de réserve des retraites, ont des objectifs à
long terme correspondant bien aux valeurs du développement durable. Ils représentent des masses
financières importantes qui s’orientent progressivement vers l’ISR.
9
o Le site internet Consodurable7, initiative du secrétariat d’Etat à la
consommation et du ministère de l’écologie et du développement durable,
ouvert en juin 2004, informe les consommateurs sur les actions des entreprises
en faveur du développement durable dans le secteur des produits de grande
consommation, afin qu’ils puissent intégrer ces critères dans leurs achats.
o l’article 116 de la loi sur les nouvelles régulations économiques (loi NRE)
permet une meilleure diffusion d’informations extra-financières, afin de
développer l’ISR. Il impose aux entreprises cotées8 de préciser dans leur rapport
annuel aux actionnaires la manière dont elles prennent en compte les conséquences
sociales et environnementales de leurs activités.
Dans le cas de cet article de loi, l’intention du législateur n’était pas qu’une régulation de
l’information diffusée : les pouvoirs publics français ont souhaité promouvoir la RSE en
donnant un cadre légal aux informations RSE fournies par les entreprises à leurs actionnaires.
En définitive, la loi NRE et son décret d'application ont étendu " l'obligation de dire " au-delà
des seuls actionnaires à de nouveaux champs (social, territoire, environnement), et à toutes les
parties prenantes (ONG, syndicats, riverains, consommateurs...). Le rapport de gestion annuel
est public. Cette innovation n'engendre pas pour les entreprises une quelconque " obligation
de faire " supplémentaire. En effet, la loi n'a pas imposé de nouvelles règles sociales sur la
parité, de nouveaux seuils d'émissions polluantes, ni le recours aux énergies renouvelables
etc.. Elle oblige l'entreprise à s'exprimer sur ces questions. La seule contrainte d'action est la
collecte d'informations et la rédaction du rapport.
Les rapports sur la première année d’application souligne son intérêt : pousser les entreprises
à se mettre en mouvement et à réfléchir au développement durable de leurs activités. Les
7 [Link]
8 Nombre de sociétés cotées : 936 fin 2001, 873 fin 2002
10
responsables « développement durable » ont par ailleurs eu la possibilité de s’appuyer sur
cette loi pour obtenir des moyens et un soutien de la direction.
Le fait pour une entreprise de mieux prendre en compte l’impact environnemental, social ou
sociétal de ses activités est une manière pour elle de répondre à des pressions déclarées ou
anticipées et de prévenir des risques qui peuvent à tout moment compromettre son avenir ou
sa rentabilité.
Les risques environnementaux et sociaux individuels des entreprises sont croissants, ne serait
ce que parce que la société y attache beaucoup plus d’importance, et que le risque de
réputation représente aujourd’hui un enjeu clé. Le boycott de produits est de plus en plus
courant, avec des effets non négligeables pour les entreprises concernées. L’opposition de
certaines ONG peut être à l’origine de campagnes médiatiques aux conséquences néfastes. La
campagne de protestation de Greenpeace contre le sabordage de la plate-forme pétrolière
Brent Star, appartenant à Shell, est un exemple flagrant de la nécessité d’instaurer un climat
de confiance entre entreprises et ONG : tout en étant de bonne foi, Shell a dû adopter une
solution onéreuse et son image dans l’opinion publique a été ternie. On peut aussi citer
l’importance croissante, pour les jeunes diplômés, des valeurs de l’entreprise dans leurs choix
de travail9.
Cette approche par le risque est particulièrement sensible pour les entreprises. Elle est
comprise par les financiers en terme d’augmentation des primes d’assurance ou de réduction
de l’accès aux fonds d’investissements10.
Le management des risques, visant à assurer, au meilleur coût, leur maîtrise globale et une
exposition à un niveau acceptable pour l’organisation, est souvent considéré comme pouvant
devenir l’outil de l’intégration de la responsabilité sociétale de l’entreprise dans son
management économique et financier.
Récapitulatif des risques potentiels auxquels s’expose une entreprise ne s’engageant pas dans la RSE
- risques de gouvernance (opposition des actionnaires, conflit avec les parties prenantes)
- risques de réputation en termes commerciaux (boycott, atteinte à l’image des marques) et en termes
de ressources humaines (fuite de talents)
Ce discours sur l’anticipation des risques peut facilement se transformer en un discours sur
l’anticipation des opportunités : plutôt que de parler de risque de fuite de talents, on peut
évoquer l’opportunité de meilleurs recrutements sur le marché du travail, grâce à une
meilleure image de marque, par exemple. L’entreprise Lafarge qui développe depuis plusieurs
années un dialogue fourni avec ses parties prenantes autour de ses cimenteries et les réhabilite
en tenant compte de l’avis des riverains obtient plus facilement de nouveaux permis
d’exploitation.
Une véritable intégration de la RSE nécessite de passer de ces approches de risques vers des
approches plus positives d’exploitation des opportunités.
Comme le souligne Claire Boasson11, la RSE paraît être un atout fort pour les entreprises qui
la mettent en pratique, car c’est une formidable source d’innovations. Elle conduit en effet les
entreprises à explorer des voies nouvelles pour parvenir à concilier des exigences à première
vue contradictoires relevant de registres d’action et de temps différenciés. L’innovation
concerne les produits et services, mais aussi les métiers. Pour les entreprises qui s’engagent
en faveur du développement durable, le principal enjeu consiste à intégrer les exigences de
responsabilité sociétale au coeur même de la conception de leurs produits et service. On
assiste alors, en amont de la transformation des produits et services sur le marché, à une
transformation progressive de leur métiers.
Cette présentation de la RSE comme atout économique doit cependant être relativisée : la
réalité n’est pas si simple, sinon de tels avantages seraient recherchés par toutes les
entreprises sans exception. Les investissements nécessaires, dont la rentabilité à long terme
n’est que probable, restent importants et ils sont souvent passés sous silence dans la littérature
11
Boasson C., Développement durable et performance globale des entreprises, premières analyses de
stratégies et pratiques. Entreprise et Personnel/CSR Europe, 2002.
12
sur le sujet. Comme le soulignent Michel Capron et Françoise Quairel, « un arbitrage entre
rentabilité économique (surtout à court terme) et intégration des objectifs de développement
durable est en permanence nécessaire »12.
Pour tirer pleinement parti de l’approche RSE, les entreprises sont amenées à faire évoluer
l’organisation du travail et leurs pratiques, ce qui les conduit à innover en termes de
management et d’organisation. La RSE apparaît ainsi comme un puissant accélérateur de
changement, qui peut être très bénéfique pour des entreprises en mutation.
Un facteur décisif, qui peut expliquer que certaines entreprises s’engagent, semble lié au rôle
des dirigeants de l’entreprise et à leur style de direction. Dans son analyse de stratégies et
pratiques de responsabilité sociale d’entreprises, Claire Boasson met en lumière la richesse
des ressources qu’une entreprise peut trouver dans sa propre culture et dans la connaissance
de ses métiers, dès lors qu’elle cherche à intégrer les principes de la RSE à sa stratégie. Elle
constate cependant qu’assez peu d’entreprises s’engagent effectivement dans cette voie.
Trouver, au coeur du métier et de la culture d’entreprise, les ressources nécessaires à
l’exercice de la RSE suppose une action décisive de la part des dirigeants. Les responsables
interrogés par Claire Boasson ont tous évoqué spontanément l’implication de leur Président
comme une condition nécessaire à l’engagement de l’ensemble de l’entreprise.
12
Capron M., Quairel-Lanoizelée F., Mythes et réalités de l’entreprise responsable, Editions La
Découverte, Paris, 2004
13
4. Comment faire ?
La RSE repose sur des démarches volontaires des entreprises, dont une typologie est
présentée en annexe 2.
Le comportement stratégique des entreprises en matière de RSE peut être très variable, depuis
des comportements de refus ou d’évitement, jusqu’à des stratégies pro-actives ou de
bouleversement, en passant par des comportements d’intégration partielle. Parmi les
entreprises qui manifestent un intérêt pour la responsabilité sociétale, Michel Capron
distingue trois types de comportement en fonction du degré d’intégration de la RSE dans la
stratégie globale :
Une démarche complète implique pour une entreprise d’intégrer la RSE à sa stratégie, à ses
modes de management et de fonctionnement, et jusque dans la conception de ses produits et
services. La mise en oeuvre de processus permettant d’intégrer la RSE à leurs pratiques
courantes demeure un défi majeur et une préoccupation de premier plan pour les entreprises
engagées.
14
Dans leur processus pour assumer pleinement leur responsabilité sociétale, les entreprises
adoptent une démarche progressive. En suivant le point de vue de Christian Brodhag13, on
peut considérer qu’il existe plusieurs niveaux de responsabilité. Le but est d’atteindre le
dernier. Suivant les thèmes que recouvrent la RSE, une même entreprise peut se situer à des
niveaux différents.
Cinq niveaux de responsabilité Prise en compte du marché sous le seul angle du prix de vente, sans
considération de qualité et de service fourni.
2 - Conformité réglementaire, limitation des pollutions directes par les activités de l’entreprise et par
les produits,
maîtrise des responsabilités directes à travers la gestion des parties intéressées les plus
immédiates,
gestion des risques et des opportunités, notamment par la coopération avec d’autres acteurs.
3 - Préservation des intérêts des parties qui ne pourraient pas rétroagir directement sur l’entreprise :
gestion des risques de long terme et préservation de valeurs d’option pour les générations
futures (effet de serre, biodiversité) et acteurs distants (commerce équitable).
h h d é t ti d l’ t i h l i ti d l iété
En pratique, les entreprises avancent avec prudence : « il faut essayer d’avoir une longueur
d’avance sur la concurrence, mais seulement une. Deux, c’est risqué ». Leur approche de la
RSE est contingente : il n’existe pas une liste identifiée de thèmes sur lesquels les entreprises
devraient se positionner. Les raisons fondamentales pour lesquelles les entreprises s’engagent
et les objectifs principaux qu’elles se fixent diffèrent beaucoup d’une entreprise à l’autre, en
fonction des métiers, de l’histoire des entreprises, ainsi que de leurs agendas stratégiques du
moment. Les entreprises hiérarchisent les enjeux qu’elles identifient, et ciblent leurs actions.
La liste des priorités peut évoluer au cours du temps.
Dans leur démarche de responsabilité sociétale, les entreprises peuvent s’appuyer sur certains
outils. Ils sont en construction et présentent tous des avantages et des inconvénients :
13
Christian Brodhag était directeur de recherche à l’école des Mines de Saint-Etienne. En juillet
2004, il a été nommé Délégué Interministériel au Développement Durable.
15
- partenariats entreprise/ONG
Face aux attentes croissantes des parties prenantes (ONG, syndicats, riverains,
consommateurs...) en matière d’environnement, d’hygiène-sécurité, de ressources humaines et
de gouvernance, plusieurs entreprises cherchent à y répondre en instaurant un climat de
confiance, fondé sur un dialogue ouvert où « l’expertise » des parties prenantes pourrait être
reconnue. C’est ainsi que sont nés les partenariats avec des ONG. Pour les entreprises
engagées sur ce thème, un partenariat est un gage d’ouverture et de transparence, et le moyen
de bénéficier de compétences que les entreprises ne détiennent pas. Les partenariats ne sont
pas simples à construire, vu l’hétérogénéité des acteurs en présence et des objectifs
poursuivis. Lafarge a ainsi conclu un contrat cadre avec WWF sur différents sujets
environnementaux (réhabilitation de carrières, émissions de CO2, déchets...). Ce partenariat
est le fruit de longues négociations et, afin d’éviter les conflits éventuels, les engagements
réciproques sont limités et réversibles. Chaque partenaire garde même la possibilité d’exercer
son droit de critique publique envers l’autre. Le partenariat de Lafarge avec Care, pour la
gestion du sida en Afrique est aussi le résultat de longue négociation et l’exemple même de
l’apport de compétence non disponibles dans l’entreprise.
- reporting sociétal
16
légales, site internet, rapport, mais aussi articles de presse, bases de données d’organisme
financier ou d’associations professionnelles...), de questionnaires spécifiques, de rencontres
avec des responsables d'entreprises, de consultations des parties prenantes de l’entreprises, de
consultation des autres organismes d’analyse et éventuellement d’études universitaires. Cette
notation dite « déclarative », à destination des gestionnaires de fonds ISR, ne peut être
négligée par les grandes entreprises cotées, vu l’essor de l’ISR. Elle leur pose quelques
difficultés car chaque agence de notation a sa propre méthodologie et beaucoup d’entreprises
ont du mal à faire face à l’afflux de questionnaires. Ces différences de méthodologie ne
simplifient pas la comparaison entre les différentes notes obtenues.
A côté de ce produit, les agences de notation proposent souvent une notation dite
« sollicitée », demandée et financée par l’entreprise, qui peut s’en servir pour faire évoluer sa
stratégie de développement durable et comme outil de management en interne. Elle consiste
en une évaluation approfondie des performances sociétales de l’entreprise, avec un accès
interne à l’information pour un périmètre contractuellement défini. Ce deuxième type de
notation se rapproche d’une démarche d’audit, où l’on cherche à identifier les points à
améliorer dans les systèmes de gestion des entreprises.
- normalisation
Les normes sont destinées à établir des types de comportement attendus d’un individu (ou
d’un groupe) par un autre groupe. Vu les enjeux économiques et politiques que comporte une
normalisation du développement durable, une sorte de course de vitesse s’est instaurée entre
les prétendants à la normalisation pour développer et imposer leur propre référentiel. Les
entreprises ont ainsi un panel de choix assez vaste et la plus grande difficulté est de se
retrouver dans ce foisonnement de textes de référence et d’instruments pouvant servir de point
de départ à l’élaboration d’une politique de RSE. Dans son rapport, le forum européen sur la
RSE recense 13 textes porteurs de grands principes (cf. : cadre suivant). A ceux-ci s’ajoutent
les différents référentiels plus pragmatiques développés par les organismes nationaux de
normalisation (c’est le cas du guide SD21000 développé en France par l’AFNOR, et du projet
SIGMA au Royaume-Uni, mais il existe aussi des initiatives en Israël, en Australie, au
Québec...) ou par des organismes privés (référentiel SA 8000 du Council of economic
priorities, démarche AA 1000, développée par certaines entreprises, démarche de bilan
sociétal, conçu par le Centre des jeunes dirigeant et acteurs de l’économie sociale (CJDES)...)
En préparant son rapport technique en vue de l’élaboration d’une norme internationale de
RSE, l’Organisation internationale des normes (ISO) a ainsi recensé 83 dispositifs relatifs à ce
domaine. On se perd « dans le maquis des normes, principes, engagements, lignes directrices,
17
reportings, notations, régulation nationales ou internationales, générales ou par branche
professionnelle, démarches volontaires, audits, certifications, communication,
14
indicateurs... »
En dehors des leviers d’action décrits au III.2. (consommation et ISR), d’autres mécanismes
peuvent jouer un rôle non négligeable dans la diffusion et l’appropriation de la RSE.
Tout d’abord, on peut compter sur un effet d’émulation et de mimétisme, encouragé par les
consultants qui cherchent à édifier les « bonnes pratiques » comme nouvelles normes de
management.
A travers les réflexions de la GRI ou de l’Organisation internationale des normes (ISO) qui
vient de décider, en juin dernier, de démarrer des travaux sur la responsabilité sociétale, la
normalisation du développement durable est cependant en marche.
Dans l’optique de promouvoir la RSE auprès des PME/PMI, on peut aussi compter sur l’effet
d’entraînement des grandes entreprises vis-à-vis de leurs sous-traitants. Tout comme l’Etat à
travers les marchés publics, les donneurs d’ordre peuvent influencer leurs prestataires via
l’introduction, dans leur politique d’achat ainsi que dans celle d’audit, de critères sociaux et
environnementaux.
Le Global Compact
14
Capron M., Quairel-Lanoizelée F., Mythes et réalités de l’entreprise responsable, Editions La
Découverte, Paris, 2004
18
Lancé en juillet 2000, suite au discours de M Kofi Annan au forum économique mondial de
Davos en janvier 1999, l’objectif du Pacte mondial est d’encourager l’alignement des
politiques et des pratiques des entreprises ou des autres partenaires avec des valeurs et des
buts agréés universellement et applicables internationalement dans trois domaines : les droits
humains, le travail et l’environnement. Les participants s’engagent à intégrer neufs principes
au coeur de leur activité économique, provenant de la Déclaration universelle des Droits de
l’homme, de la Déclaration de l’Organisation internationale du travail (OIT) relative aux
principes et aux droits fondamentaux du travail et de la Déclaration de Rio sur
l’environnement et le développement :
Avant de détailler le contenu des rapports, les lignes directrices énoncent des principes de
reporting. Leur enjeu est :
L’application des lignes directrices est volontaire. Tenant compte des différences existantes
entre les secteurs d’activité et des niveaux variables d’expériences dans le reporting
développement durable, la GRI laisse beaucoup de souplesse dans la mise en pratique des
lignes directrices (rapport en totale conformité ou approche plus informelle) et développe des
approches sectorielles.
L’OCDE
Les Principes directeurs de l'OCDE à l'intention des entreprises multinationales (dernière
version adoptée en 2000 par 33 pays) sont des recommandations non contraignantes, mais les
pouvoirs publics se sont engagés à œuvrer en faveur de leur respect et de l'efficacité de leur
mise en œuvre. Leur objectif est d'aider les entreprises multinationales à agir en conformité
avec les politiques gouvernementales et les attentes de la société. Ils ont été approuvés par les
gouvernements des pays membres de l'OCDE, ainsi que de plusieurs pays non membres. Ils
ont le soutien des organisations patronales et syndicales, ainsi que de nombreuses
organisations non gouvernementales, et sont étayés par un dispositif dit des " circonstances
20
spécifiques " qui permet aux parties intéressées de porter à l'attention d'un point de contact
national tout soupçon de non-respect, par une entreprise, des recommandations énoncées dans
les Principes directeurs
Depuis 1998, le développement durable a figuré parmi les priorités stratégiques de l’OCDE.
Les principes directeurs ont ainsi été révisés en 2000 : des recommandations ont été adjointes
sur la suppression du travail des enfants et du travail forcé, la gestion environnementale, les
droits de l’homme, la lutte contre la corruption, la protection des consommateurs et le
gouvernement d’entreprise.
Le conseil européen de Lisbonne en 2000, a inscrit la RSE au premier rang des priorités
politiques de l’Union Européenne.
Après avoir publié le Livre vert « Promouvoir un cadre européen pour la responsabilité
sociale des entreprises (RSE) » en juillet 2001 afin d'enclencher un débat sur le sujet et de
contribuer à l'élaboration d'un cadre européen pour la promotion du concept, la Commission
compte poursuivre son action à travers des propositions concrètes énoncées dans sa
communication sur la RSE de juillet 2002.
Étant donnés les déficits constatés dans le domaine de la RSE, la Commission propose de
fonder sa stratégie de promotion de la RSE sur certains principes :
21
- prise en compte des besoins spécifiques des PME ;
- respect des accords et instruments internationaux existants [par exemple
normes de travail de l'Organisation internationale du travail (OIT), principes
directeurs de l'Organisation de coopération et de développement économiques
(OCDE) etc.].
Plus précisément, la Commission compte agir dans les domaines suivants :
- Accroître la connaissance des bénéfices que les entreprises et les pays peuvent
tirer de la RSE ;
- Développer les échanges de bonnes pratiques entre entreprises et entre États
membres ;
- Promouvoir les principes de la RSE dans l'enseignement général et dans les
formations à la gestion d'entreprise ;
- Inciter les PME à adopter des stratégies de RSE ;
- Renforcer la transparence des pratiques et des instruments de la RSE ;
- Créer un Forum plurilatéral sur la responsabilité sociale des entreprises à
l'échelon communautaire ;
- Intégrer la RSE dans les politiques communautaires.
Lancé en octobre 2002, le Forum plurilatéral européen est composé d'une vingtaine
d'organisations représentant au niveau européen, les employeurs, les réseaux d'entreprises, les
salariés et la société civile. Présidé par la Commission, les tables rondes se concentrent sur
quatre thèmes précis: expériences et bonnes pratiques, PME, instruments, développement de
la RSE. Le Forum a rendu ses conclusions fin juin 2004. Elles s’articulent autour de neufs
recommandations :
22
- les pouvoirs publics doivent s’assurer qu’une combinaison adéquate des cadres
économiques, environnementaux et sociaux existe afin de stimuler l’esprit
d’entreprise ainsi que le développement durable des sociétés et des économies.
En se basant sur le rapport du forum, la Commission va évaluer les progrès accompli dans le
cadre de sa stratégie de 2002 et devrait adopter une nouvelle communication en la matière
d’ici la fin de l’année 2004.
Les entreprises, de leur côté, se mobilisent. Un certain nombre ont engagé des démarches de
RSE. Leur action peut aussi être collective. Dans cette perspective, différentes instances ont
émergé en France (ORSE, Orée,..), en Europe (CSR Europe) et au niveau international
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la SNDD est disponible sur le site du Ministère de l’écologie et du développement durable :
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Nombre de sociétés cotées : 936 fin 2001, 873 fin 2002
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(WBCSD) qui visent à échanger des expériences, à définir des doctrines et des positions
communes sur les thèmes du développement durable.
Le WBCSD est une coalition de 170 entreprises internationales, unies par un engagement
partagé pour un développement durable fondé sur les trois piliers de la croissance
économique, de l’équilibre écologique et du progrès social. Ses membres sont issus d’une
trentaine de pays et d’une vingtaine de secteurs industriels majeurs. Le WBCSD constitue le
principal avocat de la cause du développement durable pour les entreprises. Sa démarche se
déploie en fonction des débats politiques et économiques du développement durable. Ainsi les
travaux du WBCSD sont largement structurés par les programmes et conclusions des
sommets internationaux. L’ambition est de traduire ces enjeux pour les entreprises
concernées, et de les aider à construire leurs argumentaires en faveur du développement
durable. Dans cette perspective, les objectifs de WBCSD sont les suivants :
- Être le porte-voix de référence des entreprises sur les enjeux liés au développement
durable
- participer au développement de règles et politiques afin de créer un cadre permettant
aux entreprises de contribuer efficacement au développement durable
- Être un pôle d’apprentissage et d’échange, d’identification des meilleures pratiques
de gestion associées au développement durable.
Très présente au sommet de Johannesburg en 2002, le WBCSD a formulé à cette occasion sa
vision des relations entre les responsables d’entreprises et l’objectif de progrès humain
durable, dans sa déclaration « Les entreprises face au développement durable ».
CSR Europe est un réseau européen d'entreprises créé en 1996, qui leur permet de partager
leurs savoirs et leurs expériences. Sa mission est d'encourager et aider les entreprises à
stimuler l'emploi, augmenter l'employabilité et empêcher l'exclusion sociale. L'objectif final
vise au développement durable et à une société plus équitable. CSR Europe, par son
partenariat avec la Commission Européenne, établit un pont entre les entreprises membres, et
les dirigeants nationaux et hommes politiques européens, ces entreprises ont ainsi la
possibilité de participer à la définition d'une politique de responsabilité sociale européenne,
CSR Europe était très impliqué dans l’organisation du Forum plurilatéral européen.
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Site internet : [Link]
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Site internet : [Link]
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- ORSE (Observatoire sur la responsabilité sociétale des entreprises)19
Association loi 1901, l'ORSE a été créé en juin 2000, à l'instigation d'une trentaine de grandes
entreprises, sociétés de gestion de portefeuille, organisations syndicales, institutions de
prévoyance et mutuelles. L'ORSE s'est donné pour mission de collecter, analyser et faire
connaître des informations, documents et études sur la responsabilité sociétale des entreprises
et sur l'investissement socialement responsable, en France et à l'étranger, et de diffuser cette
information auprès de ses membres afin de les aider dans leurs réflexions et leurs actions.
L'ORSE propose des groupes de travail réunissant, autour des représentants des entreprises,
des experts, des universitaires et des syndicalistes.
On voit ainsi que les entreprises ne subissent pas les évolutions, mais l’intégration du
développement durable n’est pas non plus laissé à leur seule initiative. Il n’existe ni grand
Architecte, ni lieu unique de production des référentiels, mais une multiplicité de réseaux
d’acteurs, de lieux d’échange et de dispositifs d’action collective.
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Site internet : [Link]
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Annexe 2 : Les différents types de démarches volontaires d’entreprises
Dans le cadre des programmes volontaires publics (ou " réglementations facultatives "), les
entreprises participantes acceptent librement des normes élaborées par les pouvoirs publics
qui cherchent à promouvoir, au sein des entreprises, des bonnes pratiques de RSE. Il s'agit par
exemple d'outils certifiant la mise en place d'un système de management environnemental
(EMAS et ISO 14001) ou certifiant la qualité écologique d'un produit (écolabel), comme dans
le cas de l'agriculture biologique (label AB). Si les entreprises les adoptent, elles sont alors
autorisées à utiliser un logo écologique, tels que l'écolabel européen.
Les accords négociés prennent la forme d'un contrat, à l'échelon national, entre les pouvoirs
publics et les professionnels d'un secteur. Ils comportent une " cible " et un calendrier de
réalisation. Le respect de leur mise en oeuvre est assuré par la crainte de nouvelles
dispositions réglementaires plus contraignantes dans le cas où l'accord n'atteindrait pas ses
objectifs. L'élaboration de ce cahier des charges met au coeur de la démarche la négociation
impliquant, selon les cas, les pouvoirs publics, les industriels, les victimes de la pollution, les
associations industrielles... Les coûts de transaction entre acteurs qui ne se connaissent pas
étant ici très élevés, il arrive que les pouvoirs publics soient sollicités pour en assumer
partiellement la charge.
Par exemple, à l'échelle de l'Union, un accord global entre l'association européenne des
constructeurs automobiles (ACEA) et la Commission a porté sur une réduction de 25% des
émissions de Co2 pour les véhicules neufs entre 1995 et 2008.
Les engagements unilatéraux sont pris par les entreprises qui définissent elles-mêmes les
objectifs à atteindre ainsi que les moyens. Elles peuvent choisir un contrôleur externe pour
asseoir la crédibilité de leur démarche. De manière générale, les objectifs fixés sont plus
souvent de nature qualitative que quantitative : codes de conduites, lignes directrices... Les
engagements unilatéraux ne prévoient ni surveillance, ni sanction et les pouvoirs publics sont
absents de ces programmes qui peuvent souffrir d'un manque de crédibilité aux yeux du
public. Les engagements unilatéraux prévoyant un système de surveillance et de sanctions, tel
que le programme " gestion responsable " de l'industrie chimique canadienne, sont
l'exception.
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Passés entre entreprises et organisations de droit privé, les accords privés donnent lieu à une
« labélisation » n'ayant aucun caractère public ou para-public. Il existe un petit nombre de
« labélisations privées », dont les deux plus importantes sont le label FSC, qui traite de la
gestion durable des forêts, et le label Max Havelaar qui traite du commerce équitable.
Le tableau suivant présente les avantages et inconvénients de ces différents types d'accords
volontaires (source : novethic20)
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[Link]
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L’Association des entreprises pour la réduction de l’effet de serre (AERES) regroupe 33 entreprises
et 4 fédérations professionnelles. Chaque entreprise s’est fixé un objectif volontaire quantifié de
maîtrise des émissions.
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