UNIVERSITÉ CATHOLIQUE DU CONGO
FACULTE DE SCIENCES POLITIQUES
2, Avenue de l’Université
B.P. 1534
KINSHASA/Mont Ngafula
LA PROBLÈMATIQUE DU BIEN PUBLIC
INTERNATIONAL DANS LES ORGANISATIONS
D'INTÉGRATION ÉCONOMIQUE
Travail présenté par
KANYINDA MULOMBO RUFUS
MULEMBWE NGAMA CHRISTEVIE
Promotion : M2 SPO
Option : Management
Professeur : MBAYA
ANNEE-ACADEMIQUE 2025-2026
INTRODUCTION
Dans un monde de plus en plus interdépendant, la notion de biens publics internationaux (BPI)
prend une importance capitale. Ces biens, qui bénéficient à tous sans distinction et dont personne ne
peut être exclu, sont essentiels à la stabilité et à la prospérité globales. La paix et la sécurité
internationales, la stabilité financière mondiale, la lutte contre le changement climatique et les
pandémies, ainsi que la promotion du développement durable en sont des exemples éloquents.1
Dans ce contexte globalisé, les organisations d'intégration économique (OIE) émergent comme
des acteurs ambivalents. D'une part, elles bénéficient directement de la fourniture de BPI, car un
environnement mondial stable et prospère favorise leur propre croissance et développement. D'autre
part, elles sont potentiellement des fournisseurs de BPI, grâce à leur capacité à coordonner les politiques
de leurs États membres, à mobiliser des ressources financières et à promouvoir des normes communes2
Cependant, la contribution des OlE à la production de BPI est loin d'être automatique et se heurte
à de nombreux obstacles. Les enjeux de souveraineté nationale, les divergences d'intérêts entre les États
membres, les mécanismes de gouvernance complexes et les contraintes budgétaires limitent souvent leur
capacité d’action. De plus, les OlE sont parfois critiquées pour leur focalisation sur des objectifs
régionaux, au détriment des préoccupations globales
Ainsi, la question de savoir si les organisations d'intégration économique peuvent réellement jouer
un rôle moteur dans la fourniture de biens publics internationaux reste ouverte. Il est essentiel d'analyser
les défis et les opportunités auxquels elles sont confrontées, ainsi que les stratégies qu'elles peuvent
adopter pour maximiser leur contribution au bien-être de la communauté internationale.
I. La notion de bien public international : fondements et portée.
Pour bien comprendre la problématique des biens publics internationaux (BPI) au sein des
organisations d'intégration économique, il est essentiel de définir clairement ce que l'on entend par BPI
et d'en identifier les caractéristiques fondamentales.
1.1. Définition :3
Le concept de bien public international s'inspire de la théorie économique des biens publics,
formulée par Paul Samuelson dans les années 1950. Un bien public se définit comme un bien dont la
consommation par un individu ne réduit pas la possibilité de consommation pour un autre (non-rivalité)
et dont l'usage ne peut être restreint (non-exclusion).
Lorsqu'un tel bien dépasse les frontières nationales et profite à l'ensemble de la communauté
mondiale, il devient un bien public international (BPI). Ainsi, un bien public international répond à trois
critères essentiels :
• Il présente une portée transnationale, c'est-à-dire que ses effets ou bénéfices concernent plusieurs pays
ou l'humanité entière.
1
Joseph Stiglitz, gouvernance mondiale est-elle au service de l’intérêt général global ? Un Autre Monde,
Fayard, 2006.
2
Améliorer les données à vocation publique : quel rôle pour les organisations internationales ?
[Link]
data/. Consulté le 14 novembre 2025 a 22h 40.
3
Les Biens Publics Mondiaux, [Link] Consulté le 14
novembre 2025 à 22h 45.
• Il engendre un intérêt collectif global dépassant les souverainetés étatiques.
• Sa production, sa préservation ou sa réglementation nécessitent une coopération internationale.
Un bien public international (BPI) se distingue par sa nature non-exclusive et non-rivale à l'échelle
mondiale. Approfondissons ces deux aspects fondamentaux :
Non-rivalité : Cela signifie que la consommation du bien par un acteur (un pays, une entreprise,
un individu) n'empêche pas sa consommation par un autre. Le coût marginal de la mise à
disposition du bien pour un utilisateur supplémentaire est nul. Par exemple, la diffusion
d'informations météorologiques par satellite profite à tous ceux qui y ont accès, sans diminuer
la qualité de l'information pour les autres. Un grand nombre de personnes peut le consommer
sans surcoût.
Non-exclusion : Il est impossible, ou extrêmement coûteux, d'empêcher quiconque de bénéficier
du bien, qu'il ait contribué ou non à sa production. Cette caractéristique pose un défi majeur en
termes de financement, car elle incite les acteurs à adopter un comportement de "passager
clandestin", en profitant du bien sans en supporter le coût. Il est impossible d'empêcher un
consommateur d'y accéder par un mécanisme tarifaire.
Il est important de souligner que la distinction entre biens publics nationaux et internationaux réside
dans leur portée géographique et dans les mécanismes de gouvernance nécessaires à leur fourniture.
Alors que les biens publics nationaux relèvent de la responsabilité d'un État souverain, les BPI
nécessitent une coopération internationale et des institutions multilatérales pour assurer leur production
et leur gestion.
1.2. Les types de biens publics internationaux4
Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) a proposé une typologie
particulièrement pertinente des biens publics mondiaux, fondée sur leur origine et sur la nature du
problème collectif auquel ils sont associés.
Cette typologie distingue trois grandes catégories de biens publics internationaux :
a) Les biens publics mondiaux naturels
Cette première catégorie regroupe les biens environnementaux issus de la nature et partagés par
l'ensemble de la planète.
On y retrouve notamment :
• la stabilité climatique,
• la biodiversité,
• la couche d'ozone,
• les océans et forêts tropicales.
4
WIKI n°6 : Les biens publics mondiaux, [Link]
6_RS_Gouv_Les-[Link]. Consulté le 14 novembre 2025 à 22h 47.
Ces biens présentent la particularité d'être des stocks naturels dont la disponibilité dépend directement
de l'exploitation humaine.
Leur principale problématique est celle de la surutilisation : chaque acteur (État, entreprise, individu) a
intérêt à exploiter ces ressources sans nécessairement tenir compte de leur régénération, conduisant à
des phénomènes de surexploitation et de dégradation globale (par exemple, les émissions excessives
de CO2 ou la déforestation).
b) Les biens publics mondiaux d'origine humaine
Cette deuxième catégorie concerne les biens créés par l'activité humaine, dont la production dépend de
la connaissance, de la recherche et du développement collectif.
Les exemples les plus typiques incluent :
• les connaissances scientifiques et technologiques,
• les informations numériques libres,
• les innovations médicales accessibles à tous.
Le problème collectif qui se pose ici est celui de la sous-utilisation : bien que ces biens puissent être
diffusés à grande échelle, ils restent souvent réservés à certaines régions, institutions ou populations,
notamment à cause des barrières de propriété intellectuelle, du coût de l'accès ou d'un manque de
diffusion des savoirs. Ainsi, la véritable question n'est pas la préservation, mais la juste diffusion et la
démocratisation de l'accès à ces biens.
C) Les résultats politiques globaux
La troisième catégorie, dite des résultats politiques globaux, regroupe les biens publics qui résultent de
processus institutionnels et de coopération internationale plutôt que de ressources naturelles ou
humaines. Ces biens sont produits par l'action concertée des Etats et des organisations internationales
et comprennent :
• la paix et la sécurité internationale,
• la stabilité du système financier mondial,
• la santé publique mondiale (prévention des pandémies),
• la gouvernance globale et la justice internationale.
Leur problématique centrale est celle de la sous-production : ces biens nécessitent un engagement
politique constant, des financements coordonnés et une gouvernance efficace à long terme.
Contrairement aux deux catégories précédentes, ils ne sont pas des stocks que l'on prélève ou répartit,
mais des processus dynamiques et continus qui doivent être entretenus par la coopération
internationale. Lorsque cette coopération faiblit, la production de ces biens diminue - entraînant des
crises de sécurité, de santé ou financières.
II. Le rôle des organisations d'intégration économique dans la production de biens publics
internationaux
Les organisations d'intégration économique (OlE), sont des regroupements d'États qui mettent
en œuvre des politiques communes visant à faciliter les échanges économiques, à harmoniser les
réglementations et à approfondir la coopération dans divers domaines.5 Elles peuvent jouer un rôle
important dans la production de biens publics internationaux (BPI), en raison de leur capacité à agir
collectivement et à mobiliser des ressources
Les OIE peuvent contribuer à la production de BPI de plusieurs manières :
En interne :
Les OIE contribuent à la création d'un environnement régional stable et prospère en favorisant
la croissance économique, la stabilité financière et la convergence des politiques.
L'intégration économique a pour conséquence une augmentation des échanges et des
investissements au sein de la zone, une stimulation de la concurrence, une baisse des prix, des économies
d'échelle et une plus grande synchronisation des cycles économiques.6 De plus, l'harmonisation des
réglementations environnementales, sanitaires et sociales au sein d'une OIE peut avoir des effets positifs
sur la production de BPI, en encourageant des normes plus élevées et en réduisant les externalités
négatives.7 Enfin, les OlE peuvent financer des projets régionaux qui contribuent à la production de BPI,
tels que des projets de lutte contre la pollution transfrontalière, de gestion des ressources en eau ou de
développement des infrastructures de transport.8
En externe :
Les OIE peuvent agir collectivement dans les négociations internationales sur les BPI, en
défendant des positions communes et en exerçant une influence plus importante que celle des Etats
agissant individuellement.9 En outre, les OlE peuvent fournir une aide au développement aux pays les
plus pauvres, contribuant ainsi à la réduction de la pauvreté, à l'amélioration de la santé et de l'éducation,
et à la promotion du développement durable.10
Les OIE peuvent également promouvoir des normes et des valeurs communes en matière de
droits de l'homme, de démocratie et d'État de droit, contribuant ainsi à la création d'un environnement
international plus pacifique et plus juste. Enfin, les OlE peuvent aider à la gestion des biens communs,
comme les ressources halieutiques ou les bassins fluviaux, en mettant en place des règles et des
mécanismes de coopération pour éviter la surexploitation et les conflits.
Exemples :
5
Toupictionnaire: Le dictionnaire de politique,
[Link] Consulté le 14 novembre 2025 a 22h 40.
6
Toupictionnaire: Le dictionnaire de politique,
[Link] Consulté le 14 novembre 2025 à 22h 56.
7
Les organisations régionales s'inscrivent-elles dans la mondialisation ? [Link]
[Link]/fiches/38170-les-organisations-regionales-sinscrivent-elles-dans-la-mondialisation. Consulté le 14
novembre 2025 a 23h 10.
8
Améliorer les données à vocation publique : quel rôle pour les organisations internationales ?
[Link]
data/. Consulté le 15 novembre 2025 à 9h 40.
9
Les organisations régionales s'inscrivent-elles dans la mondialisation ? [Link]
[Link]/fiches/38170-les-organisations-regionales-sinscrivent-elles-dans-la-mondialisation. Consulté le 15
novembre 2025 a 9Hh 50.
10
Direction générale de la Coopération internationale et du Développement, Ministère des Affaires étrangères,
Les biens publics mondiaux, république française, p14
L'Union européenne (UE) est un exemple d'OlE qui joue un rôle important dans la production de BPI, à
travers ses politiques environnementales, son aide au développement, sa participation aux négociations
internationales sur le climat et sa contribution à la stabilité financière mondiale.
L'Union européenne est la forme la plus développée d'intégration économique régionale.
L'Association des nations de l'Asie du Sud-Est
(ASEAN) contribue à la paix et à la sécurité régionales, ainsi qu'à la promotion du développement
économique et social dans la région
Le Mercosur (Marché commun du Sud) favorise l'intégration économique et la coopération politique
entre les pays d'Amérique du Sud.
III. Défis et obstacles à la fourniture de biens publics internationaux dans les organisations
d'intégration économique11
Les organisations d'intégration économique (OIE) jouent un rôle essentiel dans la production de
biens publics internationaux (BPI), mais elles se heurtent à plusieurs obstacles majeurs qui limitent leur
efficacité. Les divergences d'intérêts entre les États membres, liées à leurs priorités économiques,
politiques ou environnementales, compliquent souvent la prise de décisions collectives et freinent
l'adoption de politiques communes ambitieuses. À cela s'ajoutent des problèmes de coordination et de
gouvernance, tels que la lenteur des processus décisionnels, le manque de transparence et la faible
implication de la société civile, qui réduisent la légitimité et l'impact des actions régionales. Par ailleurs,
les contraintes budgétaires freinent la mise en œuvre de projets d'envergure, surtout dans les
organisations rassemblant des pays à faibles ressources. Le phénomène du passager clandestin, où
certains États bénéficient sans contribuer équitablement au financement des BPI, aggrave encore cette
difficulté. S'y ajoutent des défis méthodologiques, la mesure et l'évaluation des BPI restant délicates en
raison du manque d'indicateurs fiables. Enfin, les facteurs externes - tels que les crises économiques, les
conflits, le changement climatique ou la concurrence d'autres acteurs internationaux - limitent la capacité
d'action et la marge d'influence des OlE. Ces éléments combinés montrent que, malgré leur potentiel,
les OlE doivent encore surmonter d'importants défis structurels, financiers et politiques pour devenir de
véritables moteurs de la production de biens publics internationaux.
Exemples :
Les difficultés rencontrées par l'Union européenne pour adopter une politique énergétique
commune ambitieuse, en raison des divergences d'intérêts entre les États membres et des contraintes
budgétaires, illustrent les défis liés à la fourniture de BPI dans les OlE. Le problème du passager
clandestin est également visible dans certaines OlE, où certains États membres ne respectent pas leurs
engagements financiers ou ne mettent pas en œuvre les politiques communes.
IV. Piste des solutions
La résolution de la problématique des biens publics internationaux dans les organisations
d'intégration économique passe par plusieurs actions clés. Il faut d'abord renforcer la gouvernance
régionale en consolidant les institutions et en assurant le respect des décisions communautaires. Ensuite,
harmoniser les politiques économiques et juridiques pour favoriser la cohérence et réduire les conflits
entre États. La création de mécanismes de financement régionaux et la mutualisation des risques
11
Idem.
renforceraient la solidarité et la résilience collective. Parallèlement, la consolidation de la paix et de la
sécurité, le développement d'infrastructures régionales, la protection de l'environnement et la
coopération sanitaire et sociale sont indispensables pour garantir une intégration durable et équitable.
Ensemble, ces mesures visent à faire des organisations régionales de véritables moteurs de production
et de gestion des biens publics internationaux.
CONCLUSION
En définitive, la question des biens publics internationaux (BPI) au sein des organisations
d'intégration économique (OIE) met en lumière la complexité croissante des interdépendances
mondiales et la nécessité d'une action collective cohérente. Les OIE disposent d'un potentiel
considérable pour contribuer à la production et à la gestion de ces biens essentiels - qu'il s'agisse de la
paix, de la stabilité économique, de la protection de l'environnement ou de la santé publique mondiale.
Cependant, leur efficacité demeure conditionnée par la résolution de multiples obstacles liés à la
gouvernance, aux divergences d'intérêts, aux contraintes financières et au problème du passager
clandestin.
Pour surmonter ces défis, le renforcement institutionnel, l'harmonisation des politiques, la
solidarité entre États membres et le financement durable apparaissent comme des leviers stratégiques.
En approfondissant leur intégration et en mutualisant leurs ressources, les organisations régionales
peuvent non seulement améliorer le bien-être de leurs populations, mais aussi devenir des acteurs
incontournables de la gouvernance mondiale des biens publics. Ainsi, au-delà de leur vocation
économique, elles sont appelées à jouer un rôle structurant dans la construction d'un ordre international
plus coopératif, équitable et durable, où la production des biens publics repose sur la responsabilité
partagée et la solidarité entre nations.
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