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Fiche Inconscient

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PHILOSOPHIE · TERMINALE · FICHE DE RÉVISION

LA NOTION DE

L’INCONSCIENT
Définitions · Philosophes · Citations · Plans de dissertation

I. ÉTYMOLOGIE & DÉFINITIONS


A. Étymologie

Latin : in + conscientia Préfixe privatif in- + conscientia (savoir avec soi). L’inconscient est
littéralement ce dont on n’a pas conscience, ce qui échappe au regard
intérieur du sujet. Le terme philosophique apparaît tardivement, au XIXe
siècle.

Allemand : das Terme introduit par Eduard von Hartmann (Philosophie de l’inconscient,
Unbewusste 1869) et adopté par Freud. Unbewusste = ce qui n’est pas (un-) présent
à la conscience (Bewusstsein). Freud le distinguera rigoureusement du
préconscient (Vorbewusste).

Grec : absence de terme Les Grecs ne disposaient pas de concept d’inconscient au sens
moderne. Mais la notion de phusis (nature profonde), de destin (moira),
de démon (daimon) et les rêves envoyes par les dieux esquissent un «
autre » du sujet qui le dépasse.

Philosophie mod. : Leibniz (Nouveaux essais, 1704) parle de « petites perceptions » :


Leibniz perceptions infinimément petites dont on n’a pas conscience mais qui
influencent l’âme. Premier précurseur philosophique de l’idée d’un
psychisme infra-conscient.

B. Les trois sens philosophiques de l’inconscient

1. L’inconscient au sens descriptif (adjectif)


Est inconscient tout état psychique dont le sujet n’a pas conscience à un moment donné : un
souvenir non activé, une habitude automatique, une réaction physiologique. Sens faible, non
spécifiquement freudien : tout le monde admet que la vie mentale dépasse la conscience actuelle.

2. L’inconscient au sens topique (Freud) : lieu psychique


L’inconscient est un système psychique à part entière, doté de lois propres (processus primaire :
condensation, déplacement), de contenus spécifiques (désirs refoulés, fantasmes) et d’une énergie
propre (libido). Il n’est pas simplement « pas encore conscient » mais activement résistant à la
conscience. C’est la grande découverte freudienne.

3. L’inconscient au sens existentiel : ce que je refuse de savoir


Pour Sartre, l’« inconscient » freudien est une contradiction dans les termes : on ne peut se cacher
quelque chose à soi-même sans savoir ce qu’on cache (c’est la mauvaise foi). Il n’y a pas
d’inconscient mais une conscience en fuite devant elle-même, qui se ment. La méconnaissance
de soi est toujours un refus conscient et honteux.

C. Les deux topiques freudiennes


Première topique Trois instances : Conscient / Préconscient / Inconscient. Le préconscient
contient ce qui peut devenir conscient (souvenirs, connaissances).
L’inconscient contient les représentations refoulées, barrées par la
censure. C’est le modèle de L’Interprétation des rêves (1900).

Deuxième topique Trois instances : Ça / Moi / Surmoi. Le Ça est le réservoir des pulsions et
des désirs refoulés, entièrement inconscient. Le Moi est partiellement
conscient, partiellement inconscient. Le Surmoi est l’instance morale,
héritée des interdits parentaux, elle aussi partiellement inconsciente.

Processus primaire Mode de fonctionnement de l’inconscient : condensation (plusieurs


représentations fusionnent en une), déplacement (l’énergie se transfère
d’une représentation à une autre), absence de contradiction et de temps.

Processus secondaire Mode de fonctionnement du conscient et du préconscient : logique,


causalité, chronologie, principe de réalité. Le rêve est un exemple de
processus primaire qui fait irruption dans la vie éveillée.

D. Distinctions conceptuelles essentielles

Inconscient / Le préconscient est ce qui n’est pas actuellement conscient mais peut le
Préconscient devenir sans résistance (un souvenir que l’on peut rappeler).
L’inconscient est barré par le refoulement : il ne peut devenir conscient
qu’avec effort (psychanalyse).

Inconscient / Freud rejette le terme « subconscient » : il suggère une conscience


Subconscient atténuée, une conscience « en dessous ». L’inconscient freudien n’est
pas une conscience faible mais un autre système psychique avec ses
propres lois.

Inconscient / Habitude L’habitude (Bergson, Ravaisson) est une mémoire corporelle,


automatique, non consciente. Mais elle n’est pas refoulée au sens
freudien : elle ne résiste pas à la conscience, elle est simplement
automatisée.

Inconscient / Mauvaise Sartre critique Freud : la mauvaise foi n’est pas un inconscient mais une
foi conscience qui se ment à elle-même. Le censeur (instance qui refoule)
doit savoir ce qu’il refoule, donc la censure ne peut être véritablement
inconsciente.

II. THEMES MAJEURS DE LA NOTION


1. Les précurseurs de Freud : un inconscient avant Freud
L’idée d’un psychisme infra-conscient ne commence pas avec Freud. Leibniz (petites perceptions), Schopenhauer
(la Volonté aveugle et irrationnelle qui sous-tend la conscience), Nietzsche (les pulsions vitales pré-conscientes, la
« raison des passions »), Janet (dissociation de la personnalité), Charcot et Breuer (hypnose et suggestion). Tous
pressentent que la conscience n’est qu’une surface. Freud hérite de tout cela mais en fait une théorie systématique.

2. Le refoulement : mécanisme fondateur de l’inconscient


Le refoulement (Verdängung) est la pièce maîtresse de la théorie freudienne. Un désir, une représentation
incompatible avec les exigences du Moi ou du Surmoi est chassé(e) de la conscience et maintenu(e) dans
l’inconscient par une force active. Mais le refoulé ne disparaît pas : il cherche à revenir sous des formes déguisées
(rêve, symptôme, lapsus, acte manqué, sublimation). Le refoulé fait « retour ».

3. Les voies royales de l’inconscient


Freud découvre plusieurs accès privilégiés à l’inconscient. Le rêve : « voie royale » vers l’inconscient, le rêve est
une réalisation de désir déguisée. Le lapsus et l’acte manqué (Psychopathologie de la vie quotidienne) : errors
révélatrices de désirs inconscients. Le symptôme névrotique : expression somatique ou comportementale d’un
conflit psychique refoulé. La blague (Le Mot d’esprit) : voie économique de satisfaction déguisée.
4. L’inconscient remet-il en cause la liberté et la responsabilité ?
Si l’inconscient détermine nos actes à notre insu, peut-on encore parler de liberté et de responsabilité ? Objection
déterministe : nos désirs, nos peurs, nos choix sont commandés par des forces qui nous échappent. Réponse
freudienne : la psychanalyse vise précisément à rendre l’inconscient conscient — « là où Ça était, Je dois advenir
». La connaissance de l’inconscient est donc une voie vers une liberté plus lucide et moins illusoire.

5. La critique philosophique de l’inconscient


Sartre (L’Être et le Néant) : l’inconscient freudien est contradictoire. Si le censeur refoule un désir, il doit connaître
ce désir pour le refouler. Donc la censure est consciente. Il n’y a pas d’inconscient mais de la mauvaise foi : une
conscience en fuite devant elle-même. Alain : « L’inconscient est une cave où l’on met ce qu’on ne veut pas voir. »
L’idée même d’un « sujet inconscient » est une contradiction : le sujet, c’est précisément ce qui est conscient.

6. L’inconscient cognitif : au-delà de Freud


Les neurosciences et la psychologie cognitive contemporaines reconnaissent l’existence de processus mentaux
non conscients, mais dans un sens différent de Freud : traitement automatique de l’information, mémoire implicite,
biais cognitifs, amorçage. Ces processus ne sont pas refoulés au sens freudien mais simplement hors du champ
de la conscience attentive. L’inconscient cognitif est plus « fonctionnel » que dramatique.

7. Inconscient collectif : Jung et au-delà


Carl Gustav Jung rompt avec Freud en proposant l’idée d’un inconscient collectif : un réservoir d’images, de
symboles et de structures psychiques (archétypes) partagés par toute l’humanité, indépendamment de l’expérience
individuelle. Les archétypes (l’Ombre, l’Anima, le Soi, le Héros) se manifestent dans les mythes, les rêves et les
réligions de toutes les cultures. Cette idée dépasse le cadre clinique pour toucher à l’anthropologie et à la
philosophie de la culture.

8. L’inconscient remet-il en cause la psychologie introspective ?


Avant Freud, la psychologie était essentiellement introspective : on étudie l’âme par l’observation de soi.
L’inconscient ruine cette méthode : si les forces essentielles de la vie psychique sont cachées, l’introspection ne
saisit qu’une surface déformée. Il faut une méthode indirecte (association libre, interprétation des rêves) pour
accéder à la vérité du sujet. C’est l’une des révolutions les plus profondes dans l’histoire de la pensée.

III. LES PHILOSOPHES ET LEURS OEUVRES

GOTTFRIED WILHELM LEIBNIZ (1646–


1716)

Oeuvre(s) clé(s) Nouveaux essais sur l’entendement humain


(1704)
Monadologie (1714)
Discours de métaphysique (1686)
Thèse principale Premier philosophe à théoriser
systématiquement un psychisme infra-
conscient. Les « petites perceptions » sont
des perceptions qui ne dépassent pas le
seuil de la conscience mais qui
s’accumulent et influencent l’âme. La
conscience n’est que la partie émergée
d’une activité perceptive continue.
Citation “Il y a à chaque moment une infinité de
perceptions en nous, sans aperception et
sans réflexion.”

Argument central Expérience du bruit de la mer : on entend la


mer sans entendre chaque vague
particulière. Les petites perceptions des
vagues s’accumulent en une grande
perception consciente. Analogie avec la vie
psychique : mille petits désirs, sensations,
souvenirs sous le seuil de conscience
composent nos états conscients.
Notion-clé Petites perceptions, Apperception, Seuil de
conscience, Monade, Continuum psychique

ARTHUR SCHOPENHAUER (1788–1860)

Oeuvre(s) clé(s) Le Monde comme volonté et comme


représentation (1818)
Aphorismes sur la sagesse dans la vie
(1851)
Thèse principale La volonté (Wille) est le fond irrationnel,
aveugle et inconscient de toute réalité. La
conscience et la raison ne sont que des
instruments au service de cette volonté
profonde que nous ne contrôlons pas.
Nous croyons agir librement et
rationnellement, mais nous sommes en
réalité des marionnettes de forces vitales
qui nous dépassent.

Citation “La volonté est le fond de notre être ; la


raison et la conscience n’en sont que des
instruments superficiels.”

Argument central Précurseur majeur de Freud : la volonté


inconsciente chez Schopenhauer
annonce la pulsion (Trieb) chez Freud. La
sexualité, l’instinct de conservation, la
volonté de vivre sont des forces aveugles
qui agissent en nous indépendamment
de notre conscience. Influence directe et
reconnue sur Freud et Nietzsche.
Notion-clé Volonté (Wille) aveugle, Représentation,
Pulsion vitale, Irrationalisme,
Pessimisme, Corps comme manifestation
de la Volonté

FRIEDRICH NIETZSCHE (1844–1900)

Oeuvre(s) clé(s) La Généalogie de la morale (1887)


Par-delà le bien et le mal (1886)
Le Gai Savoir (1882)
Thèse principale La conscience est superficielle et tardive :
l’essentiel de la vie psychique se passe en
dessous d’elle. Les pulsions, les instincts,
les affects qui nous gouvernent sont pré-
conscients et irréductibles à la raison. Ce
que nous appelons nos « raisons » d’agir
ne sont souvent que des rationalisations a
posteriori de forces vitales.
Citation “La plus grande part de notre activité
intellectuelle se déroule de façon
inconsciente et nous est imperceptible.”

Argument central Généalogie de la morale : les valeurs


morales que nous croyons librement
choisies ont en réalité des origines
pulsionnelles cachées (ressentiment, peur,
volonté de pouvoir). La conscience morale
est une rationalisation de forces
inconscientes. Freud reconnaît avoir évité
de lire Nietzsche pour ne pas être
influencé.
Notion-clé Pulsions vitales, Volonté de puissance,
Généalogie, Rationalisation, Instinct,
Ressentiment

SIGMUND FREUD (1856–1939)

Oeuvre(s) clé(s) L’Interprétation des rêves (1900)


Psychopathologie de la vie quotidienne
(1901)
Le Moi et le Ça (1923)
Introduction à la psychanalyse (1916)
Cinq leçons sur la psychanalyse (1909)
Thèse principale L’inconscient est un système psychique
autonome, doté de lois propres, contenant
des désirs refoulés qui cherchent à se
réaliser. Le Moi n’est pas maître dans sa
propre maison. La psychanalyse est la
méthode d’accès à l’inconscient par
l’association libre et l’interprétation des
productions de l’inconscient.
Citation “Là où Ça était, Je dois advenir.”
Argument central Deux topiques : (1) Cs / Pcs / Ics — (2) Ça /
Moi / Surmoi. Le refoulement est le
mécanisme central : une représentation
incompatible est chassée de la conscience
et maintenue dans l’Ics. Le refoulé fait
retour : rêve, lapsus, acte manqué,
symptôme. La cure vise à lever les
résistances et rendre conscient ce qui était
inconscient.
Notion-clé Inconscient (Ics), Refoulement, Pulsion
(Trieb), Rêve, Lapsus, Transfert, Ça / Moi /
Surmoi, Libido, Oedipe

CARL GUSTAV JUNG (1875–1961)

Oeuvre(s) clé(s) Psychologie de l’inconscient (1912)


Types psychologiques (1921)
L’Homme et ses symboles (1964)
Thèse principale Jung élargit l’inconscient freudien
(personnel) à un inconscient collectif : un
substrat psychique partagé par toute
l’humanité, contenant des archétypes
(structures universelles de l’imagination).
Les archétypes se manifestent dans les
mythes, les réligions, les rêves et l’art de
toutes les cultures.
Citation “L’inconscient collectif est une partie de la
psyché qui se distingue de l’inconscient
personnel par le fait qu’il ne doit pas son
existence à l’expérience personnelle.”
Argument central Rupture avec Freud sur deux points : (1) la
libido n’est pas exclusivement sexuelle mais
une énergie psychique générale. (2)
l’inconscient n’est pas seulement un
réservoir de refoulé personnel mais un
héritage symbolique universel. Archétypes
principaux : l’Ombre, l’Anima/Animus, le
Soi, le Héros, la Grande Mère.
Notion-clé Inconscient collectif, Archétypes, Ombre,
Individuation, Anima/Animus, Soi (Self),
Synchronicité

JEAN-PAUL SARTRE (1905–1980)

Oeuvre(s) clé(s) L’Être et le Néant (1943)


Esquisse d’une théorie des émotions (1939)
Saint Genet, comédien et martyr (1952)
Thèse principale Sartre réfute l’inconscient freudien comme
contradictoire. La conscience est toujours
transparente à elle-même : elle ne peut
ignorer ses propres contenus sans les
connaître. Ce que Freud appelle
inconscient n’est pas l’effet d’une force
cachée mais d’une mauvaise foi : la
conscience en fuite devant sa propre
liberté.
Citation “La mauvaise foi est possible parce que la
réalité humaine, dans son être, est ce
qu’elle n’est pas et n’est pas ce qu’elle
est.”

Argument central Argument contre le refoulement : le censeur


qui refoule doit connaître ce qu’il censure
pour le censurer. Donc la censure est
consciente. La théorie de Freud se contredit
elle-même. La mauvaise foi est une
alternative : je sais et je ne veux pas savoir,
je me mens à moi-même. Responsabilité
pleine du sujet maintenue.
Notion-clé Mauvaise foi, Conscience translucide, Pour-
soi, Liberté radicale, Responsabilité,
Réflexion compl ice / purifiante

HENRI BERGSON (1859–1941)

Oeuvre(s) clé(s) Essai sur les données immédiates de la


conscience (1889)
Matière et Mémoire (1896)
L’Évolution créatrice (1907)

Thèse principale Bergson distingue deux formes de mémoire


: la mémoire-habitude (mémoire corporelle
automatisée, inconsciente) et la mémoire
pure (souvenir pur, conservé « en soi »
sans être actualisé dans le présent).
L’inconscient bergsonien n’est pas refoulé
mais simplement non actualisé : passé qui
‘survit’ dans l’être.
Citation “Le passé se conserve de lui-même,
automatiquement. Le tout du passé nous
suit à chaque instant.”

Argument central Concept du cône de la mémoire :


l’ensemble des souvenirs existe à différents
niveaux de tension entre le passé pur et
l’action présente. L’inconscient bergsonien
est plus « ontologique » que clinique : c’est
le passé en tant qu’il est, même s’il n’est
pas actuellement représenté à la
conscience.
Notion-clé Mémoire pure / mémoire-habitude, Durée,
Passé qui ‘est’, Cône de la mémoire,
Actualisation, Souvenir pur

PAUL RICOEUR (1913–2005)

Oeuvre(s) clé(s) De l’interprétation — Essai sur Freud


(1965)
Soi-même comme un autre (1990)
La Mémoire, l’Histoire, l’Oubli (2000)
Thèse principale Ricoeur propose une lecture philosophique
de Freud qui dépasse le conflit entre
hermeneutique du sens et explication
causale. La psychanalyse est une «
herméneutique du soupçon » : elle
interprète les productions de l’inconscient
(rêves, lapsus) comme des textes à
déchiffrer. Elle prend place aux côtés de
Marx et Nietzsche comme maître du
soupçon.
Citation “L’interprétation est le travail de pensée qui
consiste à déchiffrer le sens caché dans le
sens apparent.”

Argument central Les trois « maîtres du soupçon » (Marx,


Nietzsche, Freud) partagent une même
opération : démasquer les illusions de la
conscience. Marx : la conscience est dictée
par les intérêts économiques. Nietzsche :
par les pulsions vitales. Freud : par les
désirs refoulés. Tous trois suspectent la
signification « évidente » de la conscience.
Notion-clé Herméneutique du soupçon, Maîtres du
soupçon, Identité narrative, Interprétation,
Conflit des interprétations

IV. CITATIONS ESSENTIELLES À RETENIR

“Le moi n’est pas maître dans sa propre maison.”


— Sigmund Freud, Introduction à la psychanalyse, 1916
“Là où Ça était, Je dois advenir.”
— Sigmund Freud, Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, 1933

“Il y a à chaque moment une infinité de perceptions en nous, sans aperception et sans
réflexion.”
— Gottfried Wilhelm Leibniz, Nouveaux essais sur l’entendement humain, 1704

“La plus grande part de notre activité intellectuelle se déroule de façon inconsciente et nous est
imperceptible.”
— Friedrich Nietzsche, Humain, trop humain, 1878

“Le rêve est la voie royale qui mène à la connaissance de l’inconscient dans la vie psychique.”
— Sigmund Freud, L’Interprétation des rêves, 1900

“La mauvaise foi est possible parce que la réalité humaine, dans son être, est ce qu’elle n’est
pas et n’est pas ce qu’elle est.”
— Jean-Paul Sartre, L’Être et le Néant, 1943

“L’inconscient collectif est une partie de la psyché qui se distingue de l’inconscient personnel
par le fait qu’il ne doit pas son existence à l’expérience personnelle.”
— Carl Gustav Jung, Les Archétypes et l’inconscient collectif, 1954

“Le passé se conserve de lui-même, automatiquement. Tout notre passé nous suit à chaque
instant.”
— Henri Bergson, L’Énergie spirituelle, 1919

“L’interprétation est le travail de pensée qui consiste à déchiffrer le sens caché dans le sens
apparent.”
— Paul Ricoeur, De l’interprétation — Essai sur Freud, 1965

“Les hommes se croient libres parce qu’ils sont conscients de leurs volitions et ne pensent pas
aux causes qui les disposent à vouloir.”
— Baruch Spinoza, Éthique, III, prop. 2, scolie

V. PLANS DE DISSERTATION TYPES


Sujet 1 — « L’hypothèse de l’inconscient est-elle scientifiquement acceptable ? »

I. OUI : l’inconscient explique ce que la conscience ne peut expliquer


• Freud : l’inconscient rend compte des rêves, lapsus, symptômes névrotiques inexplicables
autrement
• La psychanalyse a une cohérence interne et une valeur clinique reconnue (guérisons
observées)
• Les neurosciences confirment l’existence de processus cérébraux non conscients qui
influencent le comportement
II. NON : l’inconscient freudien n’est pas falsifiable
◦ Karl Popper : une théorie scientifique doit pouvoir être réfutée. La psychanalyse interprète
tout — y compris les échecs thérapeutiques — comme confirmation
◦ L’inconscient freudien ne peut être directement observé : c’est une construction théorique
inferée
◦ Sartre : le concept est auto-contradictoire (le censeur doit connaître ce qu’il censure)
III. DÉPASSEMENT : un statut épistémique spécifique
• L’inconscient n’est pas une science naturelle mais une herméneutique : une science de
l’interprétation (Ricoeur)
• Distinguer l’inconscient freudien (clinique, symbolique) de l’inconscient cognitif
(expérimental, mesurable)
• La valeur de la psychanalyse est peut-être moins scientifique que pratique et
philosophique

Sujet 2 — « L’inconscient supprime-t-il la liberté humaine ? »

I. OUI : l’inconscient détermine nos actes à notre insu


• Freud : nos choix, nos amours, nos peurs sont commandés par des désirs refoulés qui
nous échappent
• Schopenhauer : la Volonté aveugle nous gouverne ; la raison et la conscience ne sont que
des instruments
• Nietzsche : nos « raisons » ne sont souvent que des rationalisations de forces vitales pré-
conscientes
II. NON : l’inconscient peut être éclairé et la liberté reconquise
◦ Freud lui-même : « Là où Ça était, Je dois advenir » — la cure vise l’émancipation par la
conscience
◦ Spinoza : la connaissance des causes qui nous déterminent (même inconscientes) est une
forme de liberté
◦ La psychanalyse suppose elle-même une liberté minimale du sujet : sans elle, la cure
serait impossible
III. DÉPASSEMENT : une liberté lucide, non illusoire
• Sartre : l’inconscient est une excuse — la mauvaise foi consiste à se croire déterminé pour
fuir la responsabilité
• La liberté post-analytique n’est pas naïve : elle connaît ses déterminismes et les intègre
• Bergson : la liberté n’est pas absence de détermination mais création continue à partir de
son passé intégral

Sujet 3 — « Peut-on se connaître soi-même malgré l’inconscient ? »

I. L’inconscient rend la connaissance de soi illusoire


• Freud : l’introspection ne saisit qu’une surface — les vraies motivations sont cachées dans
l’inconscient
• Nietzsche : « Nous sommes nécessairement étrangers à nous-mêmes » — la conscience
masque les pulsions réelles
• Marx : notre conscience est fausse, dictée par notre position sociale et nos intérêts
économiques
II. La psychanalyse ouvre une voie vers la connaissance de soi
◦ Freud : la cure psychanalytique vise précisément à accéder à l’inconscient et à se
connaître mieux
◦ L’interprétation des rêves, des lapsus, des actes manqués révèle des vérités sur soi
◦ Jung : l’individuation — processus d’intégration de l’inconscient — est un chemin vers la
totalité de soi
III. DÉPASSEMENT : une connaissance de soi indirecte et narrative
• Ricoeur : on se connaît par l’interprétation de son propre récit de vie (identité narrative)
• Hegel : on ne se connaît qu’à travers le regard d’autrui et l’action dans le monde
• Le « Connais-toi toi-même » reste un idéal régulateur : une tâche toujours inachevée,
jamais impossible

VI. NOTIONS CONNEXES À MOBILISER

Conscience L’inconscient est défini en opposition à la conscience. Mais il n’est pas


son simple négatif : il est un autre système psychique avec ses propres
lois. La relation conscience/inconscient est dynamique, conflictuelle.

Liberté L’inconscient semble menacer la liberté en déterminant nos actes à


notre insu. Mais la connaissance de l’inconscient (psychanalyse,
Spinoza) peut fonder une liberté plus lucide.

Responsabilité Peut-on tenir quelqu’un responsable d’actes commandés par


l’inconscient ? Le droit pénal distingue discernement et irresponsabilité.
Freud : l’inconscient est « le mien », donc je reste concerné par ses
effets.

Désir L’inconscient est essentiellement le réservoir des désirs refoulés. La


théorie freudienne du désir comme tension tendue vers la décharge
(principe de plaisir) structure toute la théorie de l’inconscient.

Corps L’inconscient parle à travers le corps : symptômes hystyriques,


conversion somatique, maladies psychosomatiques. Le corps est un «
texte » où s’inscrivent les conflits inconscients.

Langage Lacan (élève de Freud) : « L’inconscient est structuré comme un


langage. » Le refoulement agit sur les représentations verbales.
L’association libre — laisser parler sans censure — est la méthode
d’accès à l’inconscient.

Mémoire L’inconscient est lié à la mémoire : souvenirs refoulés (Freud), mémoire


corporelle automatisée (Bergson), passé qui ‘est’ sans être actualisé. La
mémoire inconsciente agit sur le présent sans que le sujet s’en
souvienne explicitement.

Vérité L’inconscient est présenté par Freud comme la vérité cachée du sujet.
Mais cette vérité est toujours interprétée, construite dans la relation
analytique — elle n’est pas donnée directement.
FORMULE D’ACCROCHE UNIVERSELLE
L’inconscient est peut-être la notion qui a le plus transformé la vision que l’homme a de lui-même
au XXe siècle. En affirmant que « le moi n’est pas maître dans sa propre maison », Freud inflige à
la conscience cartesienne — transparente, certaine, souveraine — une blessure dont elle ne s’est
jamais tout à fait remise. Toute dissertation sur l’inconscient devra nécessairement se positionner
sur deux axes fondamentaux : l’inconscient existe-t-il véritablement comme système psychique
autonome (Freud) ou n’est-il qu’une fiction commode pour éviter la responsabilité de notre liberté
(Sartre) ? Et si l’inconscient existe, condamne-t-il la liberté humaine ou, au contraire, sa
connaissance est-elle le chemin d’une liberté plus authentique ?

L’inconscient est la vérité la plus profonde du sujet — et la plus difficile à atteindre.

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