CHAPITRE PRELIMINAIRE : LES QUASI CONTRATS
Le quasi contrat est un fait volontaire et licite, dont il résulte un engagement de celui qui en
profite sans y avoir droit. C’est un acte qui a été voulu, mais dans un but autre que celui de
créer des obligations. La gestion d’affaires, le paiement de l’indu et l’enrichissement sans
cause sont des quasi-contrats.
SECTION 1 : LA GESTION D’AFFAIRES
La gestion d’affaires résulte de l’accomplissement d’un acte par une personne, le gérant, dans
l’intérêt d’une autre, le géré ou maître de l’affaire, sans en avoir été chargée par celle-ci, c’est-
à-dire sans mandat.
PARAGRAPHE 1 : LES CONDITIONS DE LA GESTION D’AFFAIRES
I) LES PROTAGONISTES DE LA GESTION D’AFFAIRES
A) LES CONDITIONS RELATIVES AU GERANT D’AFFAIRES
L’intention de gérer l’affaire d’autrui : le gérant doit avoir eu la volonté d’intervenir dans les
affaires d’autrui et pour le compte d’autrui, c’est-à-dire dans l’intérêt du géré, maître de
l’affaire.
La jurisprudence est très peu exigeante. Ainsi, la gestion d’affaires s’applique lorsque le gérant
a agi à la fois pour lui et pour autrui. Le Code civil prévoit spécifiquement deux hypothèses
dans lesquelles il y a place pour la gestion d’affaires : d’une part, l’article 29, alinéa 2 du Code
civil concernant le régime primaire des relations entre époux, d’autre part l’article 815-4 du
Code civil relatif aux rapports entre indivisaires.
La capacité du gérant : si le gérant est un mineur ou un majeur protégé, la gestion d’affaires
ne fera naître des obligations qu’à la charge du géré.
B) LES CONDITIONS RELATIVES AU MAITRE DE L’AFFAIRE
Peu importe que le maître de l’affaire soit capable ou non.
Il ne peut y avoir gestion d’affaires que lorsque le maître de l’affaire ne manifeste pas sa
volonté au moment de l’acte, mais il peut être au courant de la gestion d’affaires.
Le gérant doit s’abstenir si le maître de l’affaire s’oppose à son intervention. S’il l’accepte, les
règles contractuelles, et plus exactement celle du mandat, s’appliquent en lieu et place de
celles de la gestion d’affaires.
II) LES CONDITIONS RELATIVES A L’ACTE DE GESTION
A) L’OBJET DE LA GESTION
La gestion peut avoir pour objet des actes juridiques ou des actes matériels. Si elle porte sur
un acte juridique, on distingue la gestion avec représentation dans laquelle le gérant agit au
nom et pour le compte du géré, et la gestion sans représentation, lorsque le gérant agit pour
le compte du géré, mais en son propre nom.
Le gérant d’affaires ne peut exercer une action en justice dans le cadre de la gestion d’affaires.
B) L’UTILITE DE LA GESTION
L’affaire doit avoir été bien administrée. Il n’est pas nécessaire que la gestion soit urgente.
L’utilité s’apprécie au moment où l’acte intervient. En définitive, la condition d’utilité de la
gestion se ramène pour l’essentiel à une condition d’opportunité de la gestion.
PARAGRAPHE 2 : LES EFFETS DE LA GESTION D’AFFAIRES
I) LES EFFETS DE LA GESTION D’AFFAIRES DANS LES RAPPORTS ENTRE
LE GERANT ET LE GERE
Lorsque le maître ratifie la gestion, les effets de la gestion d’affaires ne se produisent pas.
Cette ratification le rend obligé. On considère traditionnellement que l’opération se
transforme en mandat. En l’absence de ratification, la gestion d’affaires créera des obligations
aussi bien à l’égard du géré que du gérant. On parle alors parfois de quasi-contrat
synallagmatique.
A) LES OBLIGATIONS DU GERANT
Le gérant d’affaires est tenu des mêmes obligations qu’un mandataire :
- il doit apporter à la gestion d’affaires tous les soins raisonnables ;
- il doit rendre compte de sa gestion ;
- il ne répond pas des cas fortuits ;
- il est tenu de continuer la gestion qu’il a commencé jusqu’à son terme, à moins que le
géré ou ses héritiers ne la refusent ;
- il doit se charger également de toutes les dépendances de l’affaire.
B) LES OBLIGATIONS DU GERE
En principe, le maître de l’affaire est tenu des mêmes obligations que le mandant :
- il doit accomplir les obligations que le gérant a contractées en son nom ;
- il doit payer au gérant toutes les dépenses utiles et nécessaires qu’il a faites ;
- il doit l’indemniser des pertes qui ne sont pas dues à ses fautes ;
- il n’ a pas l’obligation de le rémunérer.
II) LES EFFETS DE LA GESTION D’AFFAIRES A L’EGARD DES TIERS
Le gérant d’affaires est engagé envers les tiers avec lesquels il a traité en son nom personnel.
Le maître de l’affaire est engagé envers les tiers avec lesquels le gérant d’affaires a agi pour le
compte du maître.
SECTION 2 : LE PAIEMENT DE L’INDU
« Tout paiement suppose une dette : ce qui a été payé sans être dû, est sujet à répétition ».
PARAGRAPHE 1 : LES CONDITIONS DE LA REPETITION
I) LA CONDITION OBJECTIVE : L’ABSENCE DE DETTES
On distingue 4 cas de paiement de l’indu (art. 1376 et 1377, [Link].) :
- le solvens paie une dette qui n’existe pas ;
- le solvens paie une dette qui n’existe plus ;
- le solvens paie sa dette à une personne qui n’est pas son créancier ;
- le solvens paie une dette dont il n’est pas débiteur.
II) LES CONDITIONS SUBJECTIVES
L’action en répétition de l’indu est exclue pour les obligations naturelles. Il y a répétition de
l’indu lorsque l’on paye une dette qui n’existe pas ou lorsque l’on paie plus que ce que l’on
doit.
Selon la jurisprudence, l’action en répétition de l’indu peut être exercée contre celui qui a reçu
le paiement ou contre celui pour le compte duquel il a été reçu.
A) DU COTE DU SOLVENS
Le solvens a droit à la répétition de l’indu dès lors qu’il a payé alors qu’il n’était pas débiteur.
La répétition de l’indu est subordonnée à l’existence d’une erreur de la part du solvens.
L’erreur peut être de fait ou de droit. La preuve de l’erreur doit être rapportée par le solvens.
Elle peut être établie par tout moyen.
Dans le cas où il y a eu annulation ou résolution de la dette, postérieurement au paiement de
celle-ci, le solvens n’a pas à prouver une quelconque erreur pour bénéficier de la répétition.
B) DU COTE DE L’ACCIPIENS
L’action en répétition de l’indu du solvens ne peut prospérer que si l’accipiens n’est pas son
créancier.
Si tel est le cas, la notion d’indu est écartée, étant donne que celui qui a reçu le paiement est
effectivement le créancier du débiteur.
Par ailleurs, la répétition est recevable si l’accipiens était un créancier du débiteur, mais que
la dette ait finalement été annulée ou résolue.
En effet, en cas d’annulation ou de résolution de la dette postérieurement au paiement de
cette dernière, le solvens peut intenter une action en répétition, puisque par l’effet de cette
résolution ou annulation, l’accipiens perd sa qualité de créancier.
PARAGRAPHE 2 : LES MODALITES DE LA REPETITION
I) LES MODALITES LIEES A LA SITUATION DE L’ACCIPIENS
Pour déterminer les modalités de la répétition liées à l’accipiens, il faut distinguer l’accipiens
de bonne foi de l’accipiens de mauvaise foi.
L’accipiens de bonne foi est tenu de restituer ce dont il s’est enrichi, c’est-à-dire le capital ou
la chose perçus, mais pas les intérêts et fruits qu’il a perçus ou consommés. Il ne doit restituer
que le prix de la vente s’il a vendu la chose ; si elle a péri, il doit en rembourser le prix de vente.
L’accipiens de bonne foi ne répond que des pertes et détériorations dues à sa faute.
L’accipiens de mauvaise foi est tenu de restituer ce dont il s’est enrichi, c’est-à-dire le capital
ou la chose perçus, mais également les intérêts et fruits qu’il a perçus ou consommés.
L’accipiens de mauvaise foi doit restituer la valeur de la chose au jour du remboursement
lorsque celle-ci a péri par cas fortuit ou a été aliénée.
II) LES MODALITES LIEES AU SOLVENS
Le solvens doit rembourser à l’accipiens les dépenses nécessaires et utiles à la conservation
de la chose en totalité et les dépenses utiles jusqu’à concurrence de la plus-value qu’elles ont
donnée à cette chose.
Le solvens auquel une chose est restituée doit rendre compte à l’accipiens, même de mauvaise
foi, de toutes dépenses nécessaires et utiles que celui-ci a faites sur la chose. Quand le solvens
s’est montré négligent ou imprudent, il peut voir sa responsabilité engagée envers l’accipiens
et le montant de la répétition pourra être diminué.
SECTION 3 : L’ENRICHISSEMENT SANS CAUSE
« Nul ne doit s’enrichir injustement aux dépens d’autrui.»
La jurisprudence a admis l’action de in rem verso dans des termes très généraux dès 1892.
Cette action n’est soumise à aucune condition déterminée. La jurisprudence postérieure a
posé des conditions, reprises en partie par le législateur.
PARAGRAPHE 1 : LES CONDITIONS DE L’ACTION DE IN REM VERSO
I) LES CONDITIONS D’ORDRE ECONOMIQUE
L’action de in rem verso suppose qu’une personne se soit appauvrie et l’autre enrichie. Les
deux doivent être liés.
A) L’EXISTENCE D’UN ENRICHISSEMENT ET D’UN APPAUVRISSEMENT
L’enrichissement est constitué par tout avantage appréciable en argent (accroissement d’actif
ou diminution de passif ou perte évitée). Selon la jurisprudence, l’enrichissement peut être
intellectuel, moral, mais c’est très rare dans la pratique. L’action ne peut être exercée si
l’enrichissement n’existe pas encore ou a disparu : l’enrichissement doit subsister au moment
où l’action est intentée. La charge de la preuve de l’enrichissement incombe au demandeur
de l’action de in rem verso. L’appauvrissement peut résulter d’une perte matérielle, d’un
service rendu ou d’un travail fait sans rémunération.
B) UN ENRICHISSEMENT ET UN APPAUVRISSEMENT CORRELATIFS
Le même événement doit être à l’origine à la fois de l’appauvrissement et de l’enrichissement.
L’enrichissement ne doit pas nécessairement être direct : il ne doit pas obligatoirement se
réaliser dans les rapports entre l’enrichi et l’appauvri. L’enrichissement peut donc être
indirect, c’est-à-dire procuré par l’intermédiaire du patrimoine d’un tiers.
II) LES CONDITIONS D’ORDRE JURIDIQUE
A) L’ABSENCE DE CAUSE
L ’enrichissement doit être sans cause, c’est-à-dire qu’il ne doit exister aucune raison juridique
fondant l’appauvrissement, qu’il s’agisse de la loi, d’une décision judiciaire ou d’un contrat. La
faute d’imprudence ou de négligence de l’appauvri exclut en revanche l’action de in rem verso.
B) LA SUBSIDIARITE DE L’ACTION DE IN REM VERSO
Le demandeur ne peut exercer une action de in rem verso si pour obtenir ce qui lui est dû, il a
à sa disposition une autre action naissant d’un contrat, d’un quasi-contrat, d’un délit ou d’un
quasi-délit. Néanmoins, en cas d’enrichissement indirect, l’appauvri doit agir d’abord contre
le tiers puis ensuite contre l’enrichi.
PARAGRAPHE 2 : LES EFFETS DE L’ACTION DE IN REM VERSO
L’appauvri peut obtenir une indemnisation de la part de l’enrichi. L’indemnité ne peut
dépasser ni le montant de l’enrichissement ni celui de l’appauvrissement.
Si les deux montants sont différents, l’indemnité sera fixée à la moins élevée des deux
sommes.
L’appauvrissement s’apprécie au jour où il s’est réalisé et l’enrichissement s’apprécie au jour
de la demande en justice.
CHAPITRE 1 : LES MODALITES DE L’OBLIGATION
Les obligations de faire, de ne pas faire ou de donner peuvent se présenter sous des modalités
diverses. Celles-ci peuvent affecter soit le rapport d’obligation lui-même, c’est-à-dire le lien
de droit entre créancier/débiteur, soit les parties à ce rapport d’obligation.
SECTION 1 : LES MODALITES DU RAPPORT D’OBLIGATION LUI-MEME OU
MODALITES STRICTO SENSU
Les parties peuvent décider que leurs obligations s’éteindront ou prendront effet à l’arrivée
d’un certain événement. Ils utilisent alors un terme ou une condition.
PARAGRAPHE 1 : LA CONDITION
La condition est un événement futur et incertain dont dépend l’existence même d’une
obligation, c’est-à-dire sa naissance ou son maintien. L’événement doit être possible et
conforme aux bonnes mœurs.
I) LA DIVERSITE DES CONDITIONS
A) LA CLASSIFICATION DES CONDITIONS EN FONCTION DE LEURS EFFETS
– Condition suspensive : les effets du contrat (naissance de l’obligation) dépendent d’un
événement futur et incertain.
– Condition résolutoire : les effets du contrat (naissance de l’obligation) se produisent mais
disparaissent si la condition se produit.
B) LA CLASSIFICATION DES CONDITIONS EN FONCTION DE LA NATURE DE
L’EVENEMENT
– Condition casuelle : il s’agit de celle qui dépend du hasard et qui n’est nullement au pouvoir
du créancier ni du débiteur
– Condition potestative :
• condition purement potestative : elle dépend de la volonté pure et simple d’une personne
(du créancier ou du débiteur). Elle est valable si elle dépend du seul créancier. Est nulle
l’obligation soumise à une condition purement potestative de la part du débiteur.
• condition simplement potestative : elle dépend de la volonté de l’un des intéressés et d’un
événement extérieur. Elle est en principe valable, sauf dans les donations.
– Condition mixte : l ’événement dépend à la fois de la volonté de l’un des intéressés et de la
volonté d’un tiers.
II)LE REGIME DES CONDITIONS
Avant l’arrivée de la Après l’arrivée de la
condition condition
Condition suspensive Le contrat existe mais ne Le contrat est censé produire
produit pas ses effets. Le ses effets depuis le jour de sa
créancier peut faire des formation; en cas de
actes conservatoires. Son défaillance de la condition,
droit est transmissible entre les actes accomplis par le
vifs et peut être cédé à cause créancier sont
de mort. rétroactivement anéantis
Condition résolutoire Tout se passe comme si le Le contrat est censé n’avoir
contrat était un contrat pur jamais existé ; le contrat est
et simple. Le terme ne doit définitivement consolidé en
pas obligatoirement être cas de défaillance de la
fixé. Dans ce cas, la condition condition.
[...] n’est censée défaillir que
lorsqu’«il est devenu certain
que l’événement n’arrivera
pas».
PARAGRAPHE 2 : LE TERME
Le terme est un événement futur et certain dont dépend l’exigibilité ou la durée de
l’obligation.
I) LES DIFFERENTES SORTES DE TERMES
On distingue traditionnellement :
– le terme suspensif : il suspend l’événement d’une obligation exigible jusqu’à un certain
moment ;
– le terme extinctif : il fixe le moment où une obligation cesse d’être due.
Il y a plusieurs catégories de termes quant à l’origine de celui-ci :
– le terme conventionnel : il est prévu par les parties ;
– le terme légal : il est déterminé par la loi ;
– le terme judiciaire : il est accordé par un tribunal.
II)LES EFFETS DU TERME
A) LE MECANISME DU TERME
Les effets du terme varient selon la période considérée :
– avant la survenance du terme : la créance existe mais elle n’est pas exigible. La prescription
ne peut commencer à courir ;
– lors de la survenance du terme : la survenance du terme rend la créance exigible. Le
créancier peut agir en exécution forcée après une mise en demeure préalable du débiteur.
B) LA DISPARITION DU TERME
Il existe trois modalités de disparition du terme :
– l’échéance du terme : c ’est la modalité « normale » d’extinction du terme ;
– la renonciation au bénéfice du terme : seul le bénéficiaire peut renoncer au terme ;
– la déchéance du terme : il s’agit d’une sanction du bénéficiaire.
SECTION 2 : LES MODALITES RELATIVES AUX SUJETS DU RAPPORT
D’OBLIGATION : LA PLURALITE DE SUJETS
PARAGRAPHE 1 : LE PRINCIPE DE FRACTIONNEMENT
L’obligation peut avoir plusieurs sujets, c’est-à-dire plusieurs créanciers ou plusieurs
débiteurs ; il s’agit là d’obligations conjointes. Quand il y a pluralité de sujets, la créance ou la
dette se divise entre les créanciers ou entre les débiteurs : c’est le principe de fractionnement.
Ce principe de division connaît trois sortes d’exceptions : la solidarité, l’obligation in solidum
et l’indivisibilité.
PARAGRAPHE 2 : LA SOLIDARITE
Il existe deux types de solidarité :
I) LA SOLIDARITE ACTIVE
Entre les créanciers, elle se manifeste quand il y a plusieurs créanciers pour la même créance
et que chacun d’eux a le droit de demander le paiement intégral au débiteur (exemple :
comptes bancaires joints).
Chacun des créanciers peut demander le paiement intégral de la créance au débiteur. Le
débiteur qui a payé à l’un des créanciers est libéré à l’égard de tous. Le créancier qui a été
ainsi payé doit alors rembourser leur part à chacun des autres créanciers.
II) LA SOLIDARITE PASSIVE
C’est le mécanisme par lequel il y a plusieurs débiteurs pour la même dette, qui sont chacun
tenus pour la totalité de celle-ci.
La solidarité passive doit être stipulée dans le contrat qui fait naître la dette ou doit être
prévue par la loi. Elle peut également trouver sa source dans les usages. Ainsi, elle se présume
en matière commerciale pour les dettes nées d’une même opération juridique.
Le créancier peut demander le paiement de la totalité de la dette à l’un quelconque des
codébiteurs. Le paiement de la dette libère tous les débiteurs ; le paiement partiel les libère
partiellement.
La solidarité peut disparaître par le décès de l’un des codébiteurs solidaires.
Dans ce cas, sa part de dettes se divise entre ses codébiteurs.
Si l’un des codébiteurs est insolvable, la perte se répartit entre tous.
La solidarité peut également disparaître par la remise de dette qui peut être expresse ou
tacite, totale ou partielle.
PARAGRAPHE 3 : L’OBLIGATION IN SOLIDUM
La notion d’obligation in solidum a été créée par la doctrine puis reprise par la jurisprudence.
Elle permet de mettre à la charge de plusieurs personnes une même dette en l’absence de
solidarité. Les effets de la solidarité, décrits dans le paragraphe précédent s’appliquent à
l’obligation in solidum.
PARAGRAPHE 4 : L’INDIVISIBILITE
L’obligation indivisible est insusceptible d’être exécutée partiellement. La jurisprudence a
parfois utilisé la notion d’indivisibilité pour expliquer les liens qui peuvent unir certains
contrats qui faisaient partie d’un ensemble contractuel. L’indivisibilité ne se présume pas, elle
doit être prouvée.
CHAPITRE 2 : LA TRANSFORMATION DE L’OBLIGATION
Dans un rapport d’obligation, il peut arriver qu’un tiers se substitue à l’une des parties. Cette
situation est possible à travers la cession de créance, la cession de contrat et la subrogation.
SECTION 1 : LA CESSION DE CREANCE
La cession de créance est la convention par laquelle le créancier (cédant) transfère sa créance
contre le débiteur (cédé) à un contractant (cessionnaire). Elle obéit aux conditions suivantes :
- La cession doit être constatée par écrit pour sa validité
- La cession doit être signifiée au débiteur cédé pour être opposable à ce dernier.
Il est important de relever que le consentement du débiteur n’est pas requis pour la validité
de l’opération.
Lorsqu’elle se réalise, la cession de créance produit des effets dans les rapports entre le
cessionnaire et le débiteur cédé, mais également entre le cessionnaire et le cédant.
- Dans les rapports cessionnaire cédé
Le cessionnaire devient créancier du débiteur. A ce titre, il bénéficie de tous les droits et
sûretés attaches à la créance.
En revanche, le débiteur cédé peut opposer au cessionnaire toutes les exceptions qui ont pu
être acquises avant la signification de la cession.
- Dans les rapports cédant cessionnaire
Le cédant est tenu de garantir au cessionnaire l’existence de la créance et des sûretés qui y
sont attachées.
SECTION 2 : LA CESSION DE CONTRAT
La cession de contrat consiste dans la cession à la fois des dettes et des créances qui découlent
d’un contrat.
Autrement dit, il s’agit d’une opération juridique à travers laquelle un tiers (cessionnaire) va
remplacer un cocontractant dans ses droits et obligations, sauf stipulation contraire. Elle obéit
aux conditions suivantes :
- La cession doit être constatée par écrit pour sa validité
- Le contractant cédé doit donner son consentement au cédant.
Lorsqu’elle se réalise, la cession de contrat produit des effets dans les rapports entre le
cessionnaire et le contactant cédé, mais également entre le cessionnaire et le cédant.
- Dans les rapports cessionnaire contractant cédé
Le cessionnaire devient une partie au contrat en remplacement du cédant. A ce titre, il
bénéficie de tous les droits et obligations découlant du contrat.
Le cessionnaire est tenu du contrat transmis envers le cédé pour la période postérieure au
contrat.
En revanche, le contractant cédé peut opposer au cessionnaire toutes les exceptions qui ont
pu être acquises avant la cession de contrat.
- Dans les rapports cédant cessionnaire
Le cédant est tenu de garantir au cessionnaire l’existence du contrat, sa validité ainsi que les
sûretés qui l’accompagnent.
SECTION 3 : LA SUBROGATION
Il existe deux types de subrogation.
La première consiste pour un créancier à subroger dans ses droits un tiers duquel il a reçu le
paiement de sa créance.
Elle doit être constatée par écrit et intervenir en même temps que le paiement pour être
valable.
La seconde consiste pour un débiteur à subroger dans les droits de son créancier, un tiers qui
lui a prêté une somme d’argent ou une chose fongible pour payer sa dette.
Elle peut intervenir sans le consentement préalable du créancier.
Dans les deux cas de subrogation, le tiers subroge bénéficie de tous les accessoires et sûretés
attaches à la créance.
CHAPITRE 3 : L’EXTINCTION DES OBLIGATIONS
Le paiement est la manière la plus courante d’éteindre une obligation mais il en existe
d’autres.
SECTION 1 : LE PAIEMENT
PARAGRAPHE 1 : LE PAIEMENT VOLONTAIRE
I) LES PARTIES CONCERNEES
Le solvens est celui qui paie, c’est-à-dire le débiteur lui-même ou son représentant ou toute
personne qui a intérêt à l’acquittement de la dette (mandataire, codébiteur, caution...). Le
créancier ne peut refuser le paiement fait par un tiers que lorsqu’il s’agit d’une obligation de
faire conclue intuitu personae. L’accipiens est celui qui reçoit le paiement. Il peut s’agir du
créancier lui-même ou de son représentant, à condition que celui-ci ait reçu le pouvoir
d’encaisser ce paiement légalement, judiciairement ou conventionnellement.
Pour que le paiement soit valable, le solvens doit répondre à deux conditions : le solvens doit
« être propriétaire de la chose donnée en paiement et doit être capable.
II) L’OBJET DU PAIEMENT
Le créancier ne peut être contraint de recevoir une autre chose que celle qui lui est due,
quoique la valeur de la chose offerte soit égale ou même plus grande. Il est libre de refuser un
paiement partiel.
Le principe est celui du paiement en espèces en monnaie fiduciaire. Le paiement en monnaie
scripturale, c’est-à-dire par chèque est également possible et même obligatoire dans certains
cas. Le paiement par monnaie électronique (carte bancaire) est aujourd’hui en plein
développement. On applique le principe du nominalisme monétaire.
III) LES CIRCONSTANCES DU PAIEMENT
Le paiement a lieu au terme fixé par les parties. Il existe des exceptions à ce principe :
– le délai de grâce judiciaire ;
– le moratoire : mesure collective destinée à suspendre les poursuites ou voies d’exécution
contre une certaine catégorie de débiteurs dans certains cas (mesure législative ou
réglementaire) ;
– le paiement immédiat s’il n’y a pas de terme fixé.
Le paiement est fait au lieu du domicile du débiteur mais les parties peuvent convenir d’un
autre lieu.
PARAGRAPHE 2 : LE PAIEMENT FORCE
I) LES RAPPORTS ENTRE CREANCIER ET DEBITEUR
Le créancier peut agir contre son débiteur pour obtenir le paiement. Il ne peut agir sur la
personne de son débiteur ; il doit par conséquent agir sur son patrimoine. L’action du créancier
contre le débiteur nécessite une mise en demeure préalable ainsi qu’un titre exécutoire. Le
créancier dispose d’un droit de gage général sur les biens du débiteur : tous les biens du
débiteur garantissent toutes ses dettes. Le créancier peut pratiquer toute mesure
conservatoire pour assurer la sauvegarde de ses droits. Le créancier peut également avoir
recours à des mesures d’exécution :
– l’exécution forcée directe :
• obligation de payer une somme d’argent : saisie et vente forcée des biens du débiteur (saisie
vente de biens meubles corporels, saisie immobilière...),
• obligations autres que de sommes d’argent : toute obligation de faire ou de ne pas faire se
résout en dommages et intérêts, en cas d’inexécution de la part du débiteur ;
• obligations de donner : le juge peut condamner le débiteur à remettre la chose
convenue.
– l’exécution forcée indirecte : l’astreinte consiste à condamner le débiteur à payer une
somme d’argent par jour/semaine/mois de retard dans l’exécution de l’obligation.
II) LES RAPPORTS ENTRE LE CREANCIER ET LES TIERS
Pour obtenir le paiement, le créancier a parfois la possibilité d’agir contre des tiers par le biais
de différents moyens :
– des mesures de conservation (les mêmes que lorsque le créancier agit directement contre
son débiteur) et d’exécution (le créancier peut saisir entre les mains d’un tiers les créances de
son débiteur portant sur une somme d’argent) ;
– l’action oblique : il s’agit également d’un moyen pour le créancier d’agir contre le débiteur
de son débiteur. L’action appartient au débiteur mais est exercée en son nom par le créancier,
contre le débiteur du premier ;
– l’action paulienne : elle permet au créancier d’attaquer en son nom personnel les actes faits
par son débiteur en fraude de ses droits ;
– les actions directes : il s’agit d’actions exercées par le créancier en son nom personnel contre
le débiteur de son débiteur. L’action directe n’existe que si le législateur l’a prévue.
SECTION 2 : LA REMISE DE DETTE
Le créancier peut décider unilatéralement de renoncer à son droit consécutif à un rapport
d’obligation.
En le faisant, il libère ainsi le débiteur, qui n’est donc plus tenu d’exécuter son obligation.
Dans sa mise en œuvre, la remise de dette peut porter sur une partie du droit du créancier ;
on parle alors de remise partielle, ou porter sur la totalité du droit ; on parlera dans ce cas de
remise totale.
Le créancier n’agit pas toujours de manière désintéressée.
En effet, il peut renoncer à sa créance sous réserve d’une contrepartie, tout comme il peut y
renoncer sans rien attendre en retour de la part du débiteur.
SECTION 3 : LA DATION EN PAIEMENT
Il est constant que l’objet du paiement doit porter sur la prestation convenue par les parties.
Donc, le créancier ne saurait être contraint de recevoir autre chose que ce qui a été convenu.
Toutefois, lorsqu’ il éprouve des difficultés à honorer son obligation, le débiteur peut, avec
l’accord du créancier, effectuer une prestation de remplacement en nature.
L’obligation primitive disparait des lors au profit d’une nouvelle obligation.
Si la nouvelle obligation est exécutée, le débiteur est libéré.
S’il ne s’en acquitte pas, le créancier a le choix entre l’exécution forcée de l’obligation primitive
ou l’exécution forcée de l’obligation de remplacement.
SECTION 4 : L’IMPOSSIBLE EXECUTION DE LA PRESTATION
Tout débiteur animé de bonne foi ou soucieux d’éviter les tracasseries judiciaires n’a qu’un
seul objectif : payer sa dette.
Cependant, des évènements extérieurs peuvent venir le contrarier.
La survenance de ces évènements va rendre impossible l’exécution de l’obligation du
débiteur.
Lorsque le corps certain convenu entre les parties vient à périr ou se perd sans la faute du
débiteur, ce dernier est libéré.
De même, si après la conclusion de la convention, le fait promis par le débiteur devient illicite,
par l’effet d’une nouvelle loi par exemple, celui-ci est libéré, puisqu’il en est légalement
empêché.
SECTION 5 : LA COMPENSATION
Lorsqu‘il existe des dettes réciproques entre le créancier et le débiteur, il peut s’opérer entre
elles une compensation qui éteint ces dettes.
La compensation n’a lieu qu’entre dettes de sommes d’argent ou de choses fongibles, liquides,
exigibles et saisissables.
Elle produit ses effets jusqu’à concurrence de la plus faible des deux dettes.
Il convient de préciser que la compensation ne peut être opposée à l’État et aux collectivités
locales.
SECTION 6 : LA PRESCRIPTION
La prescription est l’acquisition ou la perte d’un droit suite à l’écoulement d’un certain délai.
Ainsi, se dégagent deux formes de prescription : celle acquisitive et celle extinctrice.
Dans le cadre de l’extinction des obligations, c’est bien évidemment la seconde qui nous
intéresse.
Si le créancier est inactif pendant le délai de prescription, il perd ses droits sur sa créance,
libérant ainsi le débiteur.
Ce délai de prescription est de 10 ans pour les obligations de droit commun, 5 ans en matière
commerciale, 5 ans pour les obligations à exécution périodique telles que les loyers, et 1 an
pour les salaires.
Les différents délais étant connus, l’on peut légitimement se demander à quel moment court
le délai de prescription et à quel moment est-ce qu’il prend fin.
A cet égard, nous pouvons retenir que le délai de prescription court à compter du lendemain
du jour où l’obligation est exigible, et expire au jour anniversaire, même férié.
Il convient en revanche de souligner que la computation du délai n’est pas toujours linéaire.
En effet, la computation peut être affectée par des causes de suspension ou des causes
d’interruption du délai de prescription.
Chaque délai de prescription peut souffrir de ces causes, mais nous allons aborder ici celles
qui sont liées au délai de prescription de droit commun.
La prescription de droit commun est suspendue par l’état d’incapacité légale du créancier, la
force majeure ou le cas fortuit.
L’arrivée de ces évènements entraine l’arrêt de la computation du délai de prescription.
Lorsqu’ils disparaissent, le délai recommence à courir, en tenant compte du délai déjà écoulé.
La survenance d’une cause d’interruption va également conduire à l’arrêt de la computation
du délai de prescription, à la seule différence que l’entier délai recommence à courir à compter
de cette cause d’interruption, et sans tenir compte cette fois ci de la période déjà écoulée.
Les causes d’interruption de la prescription se manifestent à travers l’aveu du débiteur, le
commandant de payer, l’exécution forcée de l’obligation et la citation en justice.