Objet d’étude : La littérature d’idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle
Œuvre : Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d’Olympe de Gouges
Texte : Olympe de Gouges, extrait 2, « Préambule » et les 4 premiers articles
Préambule
Les mères, les filles, les sœurs représentantes de la Nation, demandent à être
constituées en Assemblée nationale. Considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris
des droits de la femme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption
des gouvernements, ont résolu d’exposer, dans une déclaration solennelle, les droits
5 naturels, inaltérables et sacrés de la femme, afin que cette déclaration constamment
présente à tous les membres du corps social leur rappelle sans cesse leurs droits et
leurs devoirs, afin que les actes du pouvoir des femmes et ceux du pouvoir des
hommes, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution
politique en soient plus respectés, afin que les réclamations des citoyennes, fondées
10 désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien
de la Constitution, des bonnes mœurs et au bonheur de tous. En conséquence, le sexe
supérieur en beauté comme en courage dans les souffrances maternelles reconnaît et
déclare, en présence et sous les auspices de l’Être suprême, les droits suivants de la
femme et de la citoyenne :
15 Article 1. La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. Les distinctions
sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.
Article 2. Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels
et imprescriptibles de la femme et de l’homme. Ces droits sont : la liberté, la
prospérité, la sûreté et surtout la résistance à l’oppression.
20 Article 3. Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation, qui
n’est que la réunion de la femme et de l’homme ; nul individu ne peut exercer
d’autorité qui n’en émane expressément.
Article 4. La liberté et la justice consistent à rendre tout ce qui appartient à autrui ;
ainsi l’exercice des droits naturels de la femme n’a de bornes que la tyrannie
25 perpétuelle que l’homme lui oppose ; ces bornes doivent être réformées par les lois
de la nature et de la raison.
[Extrait p. 49-51, dans l’édition Étonnants Classiques Flammarion, 2021]