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Introduction

Léopold Sédar Senghor, écrivain sénégalais, utilise son recueil 'Chants d'ombre' pour célébrer la culture africaine et défendre la dignité des Africains face aux abus coloniaux. Le recueil, composé de poèmes écrits dans les années 1930, aborde des thèmes tels que la nostalgie pour l'Afrique, l'amour, et la fonction du poète, tout en intégrant un style unique qui reflète les traditions africaines. Senghor, à travers son œuvre, cherche à rétablir l'identité et la richesse culturelle de l'Afrique, tout en s'affirmant comme un ambassadeur de la négritude.

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Introduction

Léopold Sédar Senghor, écrivain sénégalais, utilise son recueil 'Chants d'ombre' pour célébrer la culture africaine et défendre la dignité des Africains face aux abus coloniaux. Le recueil, composé de poèmes écrits dans les années 1930, aborde des thèmes tels que la nostalgie pour l'Afrique, l'amour, et la fonction du poète, tout en intégrant un style unique qui reflète les traditions africaines. Senghor, à travers son œuvre, cherche à rétablir l'identité et la richesse culturelle de l'Afrique, tout en s'affirmant comme un ambassadeur de la négritude.

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INTRODUCTION

Pendant la période coloniale (XIXème-XXème siècle), les africains subissaient des abus
de la part des européens. Aussi, leur culture et leurs mœurs étaient-elles dépravées par
ceux-ci. Devant cette triste réalité, les intellectuels africains entendent combattre pour
la sauvegarde de la souveraineté et de la dignité de l’Africain. Ainsi, certains créent des
syndicats tandis que d’autres valorisent l’image de l’Afrique par des écrits. C’est dans
ce dernier contexte que s’inscrit Léopold Sédar Senghor, écrivain sénégalais, qui fait
naître en 1945, Chants d’ombre, un recueil de poèmes exaltant les valeurs nègres. Dans
cette œuvre qui fait l'objet de notre étude, nous analyserons le temps et l'espace.
I. BIOGRAPHIE DE L’AUTEUR
Léopold Sédar Senghor naît le 9 octobre 1906 à Joal, petite ville côtière située au sud de
Dakar, Sénégal. Son père, Basile Diogoye Senghor, est un commerçant catholique.
Originaire de Djilor, sa mère, Gnilane Ndiémé Bakhoum, morte en 1948, que Senghor
appelle dans Élégies « Nyilane la douce », appartient à l’ethnie sérère et à la lignée
Tabor mais a des origines peules. C’est la troisième épouse de Basile Diogoye Senghor,
dont elle aura quatre filles et deux garçons. Le prénom sérère Sédar signifie « qu’on ne
peut humilier ». Son prénom catholique « Léopold » lui fut donné par son père en
souvenir de Léopold Angrand, riche commerçant métis ami et employeur ponctuel de
son père. Avant son baptême, Sédar Gnilane (il était alors d’usage que le prénom du fils
fût accompagné de celui de sa mère), futur Léopold, passe les premières années de sa
vie chez sa famille maternelle, les Bakhoum. Puis de retour chez son père, le jeune
Léopold fréquente plus tard la maison catholique de Joal (auprès du père Dubois) où il
apprend le catéchisme et les premiers rudiments de la langue française.
Senghor commence ses études au Sénégal, d’abord chez les Pères Spiritains à Ngazobil
pendant six ans, puis à Dakar au collège-séminaire François Libermann et au cours
secondaire de la rue Vincens, qui s’appellera plus tard le lycée Van-Vollenhoven et
aujourd'hui lycée Lamine-Guèye. Il est déjà passionné de littérature française. Bon
élève, il réussit le baccalauréat, notamment grâce au français et au latin. Le directeur du
lycée et ses professeurs recommandent d’envoyer Senghor poursuivre ses études en
France. Il obtient une demi-bourse de l’administration coloniale et quitte pour la
première fois le Sénégal à l’âge de 22 ans. Il appartient à la petite minorité d’élèves
destinée à constituer l’élite noire de la colonie.
II. BIBLIOGRAPHIE DE L’AUTEUR
Symbole majeur de la francophonie en Afrique, Léopold Sédar Senghor fait d'abord ses
études au Sénégal, à la mission catholique de Ngasobil, puis à Dakar, et enfin à Paris, au
lycée Louis Le Grand et à la Sorbonne.
Il est reçu à l'agrégation de grammaire en 1935 et commence à enseigner à Tours, tout
en suivant les cours de linguistique négro-africaine à l'Ecole pratique des hautes études
et à l'Institut d'ethnologie de Paris.
Héros de la Seconde Guerre mondiale, il est mobilisé en 1939, fait prisonnier dès juin
1940 puis réformé pour maladie deux ans plus tard. Il entre alors dans la Résistance.
L'année 1945 est un cap important dans la vie de Léopold Sédar Senghor. Elle marque le
début de sa carrière politique. Il devient député du Sénégal en 1946 puis occupe
diverses fonctions au Conseil de l'Europe, à l'Unesco et à l'ONU. En France, il est
secrétaire d'Etat à la présidence du Conseil dans le cabinet d'Edgar Faure entre 1955 et
1956 et ministre-conseiller du gouvernement de la République française en 1959. Dans
sa patrie de naissance, le Sénégal, il devient maire de Thiès en 1956 avant d'être élu
premier président de la République du Sénégal en 1960. Il ne quittera ce poste qu'en
1980.
Côté lettres, il est l'auteur de nombreux ouvrages de poésie et d'essais. Il est d'ailleurs
primé à maintes reprises et reçoit notamment la médaille d'or de la langue française.
Docteur honoris causa de trente-sept universités, Léopold Sédar Senghor est élu à
l'Académie française en 1983.
Il décède le 20 décembre 2001 à Verson, en Normandie.
III. STRUCTURE ET THEMES DU RECUEIL CHANTS D’OMBRE :
1. LE TITRE :
Le titre semble revêtir une double signification : pour Senghor le chant exprime une
spécificité culturelle en Afrique où la création littéraire reste essentiellement orale et se
transmet souvent par le chant. Le chant, pour SENGHOR, est synonyme de poésie, de
moyen de communication avec l'autre. L'ombre, quant à elle, peut aussi bien suggérer
l'inquiétude, le mystère, que la sagesse, le sacré, la couleur noire, en un mot l'Afrique.
En effet, la plupart des titres de poèmes ou de recueils de poèmes de SENGHOR
renvoient soit à la couleur noire (Nuit de Sine, Femme noire, Hosties noires,
Nocturnes ...) soit à des réalités typiquement africaines (Masque nègre, Au Guélowâr,
Que m'accompagnent kôras et balafong, Lettres d'Hivernage ...)
2. COMPOSITION ET THÈMES :
Chants d'ombre, publié en 1945, est composé de poèmes écrits vers les années 1930 et
pour la plupart ayant pour cadre la France. Ce recueil est structuré en sous parties ou
sections qui sont les suivantes :
• Première section
Elle est composée de 17 poèmes dont 2 sont dédiés à Aimé Césaire et à Pablo Picasso.
Cette section traduit le mal du poète et sa nostalgie pour l'Afrique. Elle exprime aussi
l'esthétique nègre, l'affirmation d'une culture noire, la reconnaissance du poète.
• Deuxième section (« Que m'accompagnent kôras et Balafong »)
Le poète y fait un va-et-vient entre le passé (son enfance, sa formation intellectuelle et
religieuse) et le présent marqué par son écartèlement entre deux cultures symbolisées
par deux jeunes filles et le choix à faire. Pour l'action future, le poète veut rétablir
l'ordre ancien et traditionnel que l'Europe avait bouleversé en falsifiant l'histoire réelle.
Enfin, le poète fait une synthèse entre hier et aujourd'hui en mettant en relief
l'esthétique nègre.
• Troisième section (« Par-delà Eros »)
Comme l'indique le titre, on retrouve dans cette partie des poèmes d'amour. Il s'agit de
l'amour pour différentes femmes de races variées. Le poète s'amuse à brouiller ses
souvenirs en utilisant souvent la métonymie.
• Quatrième section (« Le retour de l'enfant prodigue »)
Après une longue absence, le poète rentre à la maison paternelle. Pour se défaire de
l'influence de la civilisation européenne, il fait appel aux « Anciens ». Ambassadeur de
sa race, le poète veut libérer son peuple asservi et exploité en sollicitant le soutien des
« Anciens » et en ressuscitant le passé lointain. Il fait alterner le passé (fait de bonheur)
et le présent (synonyme de négation des valeurs humaines) qui s'éclairent
mutuellement par contraste.
Dans Chants d'ombre SENGHOR développe plusieurs thèmes parmi lesquels on pourrait
retenir le royaume d'enfance, la femme, le syncrétisme religieux, la civilisation de
l'universel, la fonction du poète, la mort ...
Le poète fait souvent référence au Royaume d'enfance qui représente pour lui l'Afrique,
le passé idéalisé. Ce thème permet de retourner à la pureté première qui est aussi
source d'inspiration pour SENGHOR qui déclarera : « Et puisqu'il faut m’expliquer sur
mes poèmes, je confesserai encore que presque tous les êtres et choses qu' ils
évoquent sont de mon canton : quelques villages sérères perdus parmi les tanns (les
terres plates que recouvre la mer ou le bras de mer à l'époque des grandes marées), les
bois, les bolongs (les bras de mer ou chenaux, bordés de palétuviers) et les champs. Il
me suffit de les nommer pour revivre le Royaume d'enfance... »
Dans les poèmes de SENGHOR, même si la femme semble représenter l'Afrique, elle
symbolise aussi bien la femme noire que la femme blanche. Avec ce thème SENGHOR
réussit d'innombrables variations, ne se lassant jamais d'évoquer le visage, la poitrine,
la voix des signares ou les yeux, les cheveux, les mains de la Normandie. Ce souci de
symbiose culturelle sera développée par le thème de la civilisation de l’universel
(Négritude=enracinement +ouverture) et le syncrétisme religieux (cohabitation
bénéfique ente les religions)
Le thème de la fonction du poète donne tout son sens à ce recueil. En effet, il permet à
SENGHOR de définir le rôle que l'écrivain noir doit jouer au sein de sa société en étant
comme le propose Césaire « la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche ». Il doit
être griot, le « dyâli » c'est-à-dire celui qui transmet une parole, qui vient du passé et
qui demeure puissance de vie pour les auditeurs présents. Il ne s'agit pas seulement
pour le poète de maîtriser le pouvoir de la parole mais aussi et surtout de porter aux
oreilles du monde la parole retrouvée de son peuple (Donne-moi de mourir pour la
querelle de mon peuple, et s’il le faut dans l'odeur de la poudre et du canon. / Conserve
et enracine dans mon cœur libéré l'amour premier de ce même peuple / Fais de-moi ton
Maître de langue ; mais non, nomme-moi son ambassadeur).
Ce thème définit bien la poésie senghorienne qui est défense et illustration de la
négritude, reconstitution d'une image positive de l'Afrique.
Le thème de la mort est constant chants d’ombre sous une forme lyrique, angoissante.
Elle est parfois apaisante car en Afrique « les morts ne sont pas morts » et Senghor
ajoutera que « En Afrique, la mort marque le passage, une simple porte, mais une porte
importante entre la vie et la mort. La mort, c’est le commencement d’une autre vie avec
les ancêtres ». En outre, la poésie permettrait au poète d’apprivoiser la mort.
3. LE STYLE DANS CHANTS D’OMBRE
Le poète définit son style comme le style nègre, le style qui n'est pas répétition, le style
qui n'est pas soumission en un mot le style qui n'est pas logique.
SENGHOR fait état des reproches qui sont faits à Aimé Césaire, en particulier celui de
« lasser » de fatiguer « par son rythme de tam-tam » ; et SENGHOR ajoute : « ... comme
si le propre du zèbre n'était pas de porter des zébrures. » Il y aurait donc un rapport
intime, étroit, nécessaire, entre le rythme et les traditions poétiques négro-africaines.
Le poète s'en explique en associant le rythme et l'authenticité : le Nègre, dit-il « est
d'un monde où la parole se fait spontanément rythme dès que l'homme est ému, rendu à
lui-même, à son authenticité. »
L'importance des traditions africaines, dans le rôle qu'il attribue au rythme, est
immédiatement marquée par le fait que le poète donne parfois des indications sur les
instruments africains (tam-tams, kôras, balafong) qui doivent accompagner certains
poèmes (Que m'accompagnent kôras et balafong ; Le retour de l'enfant prodigue).
Malgré l'influence de la poésie française, l'on sent bien que SENGHOR ne se contente
pas de juxtaposer ce qui pourrait s'appeler octosyllabes, décasyllabes alexandrins, etc.
Il crée des vers réclamant une ampleur de respiration plus exigeante que les vers
français traditionnels, et qu'on aura tendance à appeler des versets. (Le verset c'est
initialement, chacun des petits paragraphes traditionnellement constitués pour diviser
un texte sacré, comme la Bible ou le Coran. Mais ce nom est employé également, depuis
1933, pour désigner une phrase ou une suite de phrases rythmées d'une seule
respiration, et découpées dans un texte poétique à la façon des versets des psaumes.)
Même si l'utilisation du verset à la place du vers traditionnel dans la poésie
senghorienne a parfois été considérée comme une influence de Claudel ou de Saint
John-Perse, il n'en demeure pas moins que la poésie de Chants d'ombre revêt une
John-Perse, il n'en demeure pas moins que la poésie de Chants d'ombre revêt une
originalité incontestable. Cette originalité est en effet marquée par :
• l'omniprésence de la nomination : cf. « Joal », « Masques ! O Masques »,
« Femme noire ». Dans la culture dont il vient, le pouvoir du verbe ne se
définit pas comme dans la culture occidentale. En effet, dit-il, dans les
langues négro-africaines, « presque tous les mots sont descriptifs ».
Qu'est-ce que cela veut dire ? Que dans ces langues, nommer une réalité,
c'est décrire - c'est donc véritablement, rendre cette réalité présente, (alors
que depuis la fin du XIXème siècle un certain nombre de poètes français,
symbolistes notamment, ont pensé que nommer, c'était désigner les choses
en absence, et, d'une certaine façon, faire briller leur absence.)
• On note l'emploi d'un lexique inhabituel et exotique puisé dans la réalité
africaine (Ex : Dyâli, tyédo, signares, guélowâr...) ; d'un vocabulaire
religieux et profane (Hostie, Tatum Ergo, pangoles) ; de multiples figures de
style telles que l'anaphore (femme noire), la personnification, l'allégorie
(représentation de l'Afrique) ; des rejets qui mettent en valeur un mot clé ou
une réalité : « A peine » (p. 12) et des procédés sonores qui compensent
l'absence de rimes (voici que décline la lune lasse vers son lit de mer étale)
• Le style dans Chants d'ombre est aussi marqué par des images
surréalistes et des associations de mots étranges, des écarts syntaxiques
qui réveillent l'imaginaire du lecteur et lui suggère plus de pistes
d'interprétations ; des écarts lexicaux qui produisent plus de sens parce
qu'ils échappent à la banalité : « Les patènes des joues », « je t'adore o
beautés, de mon œil monocorde » p. 16
• On peut aussi noter la rareté de la ponctuation qui est parfois absente, ce
que SENGHOR revendique comme « ponctuation expressive » qui assure une
fluidité et une ampleur de la pensée.
• L'originalité de la poésie senghorienne se trouve aussi dans le mélange
entre la tonalité épique (par exemple quand le poète veut faire revivre le
passé de l'Afrique et sa grandeur mythique) et la tonalité lyrique (quand il
évoque ses propres sentiments).
CONCLUSION
Léopold Sédar Senghor, l'éminent négritudien dans chants d'ombre, nous présente un
espace africain totalement différent de l'espace européen. En Afrique nous avons un
espace de vivre ensemble. Ce qui favorise la cohésion sociale, la solidarité et l'union.
Tandis qu'en Europe, c'est la solitude. Aussi présente-t-il un temps agréable à la
cohabitation humaine en Afrique. Ce qui n'est pas le cas en Europe. Ce sont alors les
valeurs nègres qui sont exaltées.

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