Urbanisation et métropolisation : Approche de la géographie de l’aménagement
El houssine NEJMI, Professeur de Géographie et Aménagement du territoire
Professeur à l’Institut National d’Aménagement et d’Urbanisme (INAU), Rabat,
Maroc.
Résumé
Cet article traite de la question de l’urbanisation au Maroc d’un point de vue de la géographie de
l’aménagement, en considérant le phénomène dans sa dimension démo-spatiale. Le processus évolutif de
l’urbanisation et notamment de l’armature urbaine, a fait émerger des questions sur la métropole et la
métropolisation qui de plus en plus interpellent les géographes tournés vers l’aménagement sur les
changements des échelles d’espaces.
Introduction
A l’aune du XXIème siècle, plus de la moitié de la population marocaine est urbaine. Organiser, planifier,
gérer et gouverner la croissance des villes, particulièrement les grandes villes, est une question fondamentale.
Il faut dire que les références urbaines touchent tous les domaines de la société et toute approche de la
géographie de l’aménagement renvoie, directement ou indirectement, à la question de l’urbain.
Toutefois, si les travaux des géographes nous rappellent de l’évolution du phénomène et son universalité
actuelle et que par ailleurs la concentration urbaine et l’étalement urbain sont des phénomènes qui dévoilent
de l’ampleur du processus; les nouvelles dynamiques de cette urbanisation soulèvent encore des questions
qui doivent prendre en considération les mutations spatiales et rendre compte des dynamiques des aires
urbaines qui tiennent compte des dynamiques démographiques spatiales et des échanges et des relations entre
la ville et ses territoires
1. Les territoires de l’urbanisation au Maroc : mesure et qualification
1.1. Le périmètre administratif :
Le recours au critère administratif constitue le support et la base de toute démarche d’analyse des
dynamiques spatiales. C’est un critère qui se révèle plus opératoire dans la délimitation des différents
espaces emboités dans la mesure où le découpage administratif est établi de manière officielle et constitue le
support à l’action publique et aux diverses autorités administratives.
En effet, le critère administratif renvoie aussi à la compétence territoriale des différentes représentations de
l’Etat (commune, provinces et préfectures, régions,) auxquelles sont associés des moyens humains,
administratifs, financiers et techniques. Il s’agit alors de s’appuyer sur la trame administrative existante par
souci de ne pas franchir une limite régionale ou préfectorale et ou provinciale ; cela permet par ailleurs de
respecter les unités statistiques.
7
A. Le périmètre communal : élément indispensable à l’analyse de l’urbanisation
Aujourd’hui, si la ville peut être examinée dans le cadre de son « unité urbaine » ou de son « aire urbaine »,
comme nous le verrons par la suite, le
découpage communal (1) (administratif)
demeure l’élément de base de toute analyse
du fait urbain et de l’urbanisation. Il importe
donc de s’interroger sur la géographie
administrative des communes qui composent
les villes marocaines. En complément de
l’échelle administrative, qui nous renseigne
sur le maillage territoriale et ses
délimitations distinctes correspondant à la
commune, la géographie quantitative nous
permettra de mieux saisir le fait urbain dans
sa dimension territoriale rapportant un
éclaircissement à la ville entant qu’entité
administrative donc communale et la ville
entant qu’entité spatiale incorporant ainsi les
dimensions de la géographie quantitative et
spatiales expliquant par-là les deux échelles : la ville dans sa dimension administrative donc communale et la
ville dans sa dimension quantitative donc morphologique et démo-spatiale.
Toutefois, la connaissance de l’urbain sur la base communale donc administrative ne peut renseigner que sur
une partie du territoire urbain.
B- Le périmètre préfectoral : une entité administrative plus étendues
Le périmètre préfectoral constitue un dispositif imposé par le processus d'urbanisation irréversible des
grandes agglomérations débordant leurs limites communales. Aujourd’hui, la Maroc compte 13 préfectures
(2) qui totalisent une population de 11.217.219 (3).
1 La loi organique n°113-14, précise, dans l’article n°2, que « la commune constitue le niveau de base de l’organisation
territoriale du Maroc ; c’est une « une collectivité territoriale de droit public doté de la personnalité morale et de
l’autonomie administrative et financière ». Dahir n°1-15-85 du 20 ramadan 1437 du 7 juillet 2015 portant
promulgation de la loi organique n°113-14. (Bulletin Officiel n°6440 du 18 février 2016.
2 La loi organique n°112-14 relative aux préfectures et provinces stipule que « la préfecture ou la province est une
collectivité territoriale de droit public, dotée de la personnalité morale et de l’autonomie administrative et financière.
Elle constitue l’un des niveaux de l’organisation territoriale du Royaume.
3 La loi organique n° 113-14 relative aux communes, dans son titre VI, apporte des dispositions particulières appliquées
aux communes soumises au régime d’arrondissements. Les articles n° 216 et 217 stipulent que les grandes communes
de Casablanca, Rabat, Tanger, Marrakech, Fès et Salé, sont soumises aux règles applicables aux communes et que des
8
Les articles n° 216 et 217 stipulent que les grandes communes de Casablanca, Rabat, Tanger, Marrakech, Fès
et Salé, sont soumises aux règles applicables aux communes et que des arrondissements sont créés dans ses
communes. Ce dispositif particulier a été appliqué aux communes dont la population dépasse 500.000
habitants et sont par la suite érigés au statut de préfecture d’arrondissements.
Il faut noter que ce dispositif préfectoral spécifique aux grandes municipalités remonte aux années 1950, lors
de l’établissement du dahir du 13 octobre 1956, qui établit une organisation administrative divisant le pays
en préfectures et provinces. Ce
premier découpage préfectoral
et provincial a été remanié à
plusieurs reprises et les grandes
villes de Fès, Meknès et
Marrakech ont été tour à tour
érigées en préfectures
autonomes puis transformées
en chefs-lieux des provinces du
même nom. Le dahir et le
décret du 2 décembre 1959 ont
finalement divisé le territoire
marocain en seize provinces (4)
tout en promouvant les deux
municipalités de Casablanca et
de Rabat au statut de
préfecture. Le Dahir du 12
septembre 1963 va entériner l’organisation des deux préfectures et des 16 provinces, tout en annexant la
municipalité de Salé à la préfecture de Rabat (5). La création de ses deux entités territoriales a été dictée par
la géographie urbaine, notamment la dimension spatiale des deux plus grandes agglomérations marocaines.
arrondissements sont créés dans ses communes. Ce dispositif particulier a été appliqué aux communes dont la
population dépasse 500.000 habitants et sont par la suite érigés au statut de préfecture d’arrondissements
4 Les seize provinces sont : Rabat, Meknès, Fès, Taza, Oujda, Ksar-es-Souk, Ouarzazate, Marrakech, Agadir, Tarfaya,
Casablanca, Beni Mellal, Tanger, Nador, Al Hoceima, Tétouan.
5 En ce qui concerne les deux préfectures de Rabat et de Casablanca, le législateur a été conduit, pour respecter les
dispositions de la constitution, à les ériger en collectivités locales distinctes de deux communes urbaines de Rabat et de
Casablanca qui, en tout état de cause, devaient garder leur entité juridique propre. Il n’était pas légalement ni
pratiquement possible d'élire une assemblée préfectorale juxtaposée ou superposée au conseil municipal de Rabat ou de
Casablanca et appelée à exercer des attributions identiques dans le cadre d'un même territoire. Ce furent par conséquent
tous les conseillers communaux de ces communes qui élirent les membres des assemblées préfectorales dont les
attributions et les règles de fonctionnement sont identiques à celles des assemblées provinciales. (Nicolas MOURER,
Les collectivités locales dans l'administration territoriale du Royaume du Maroc, Annuaire de l’Afrique du Nord, Paris,
CNRS, Volume n°2, 1963, p. 129-160.)
9
Au double point de vue économique et social, il était rationnel et logique de concevoir, voire de réviser à
chaque fois est nécessaire les limites de chaque préfecture en fonction des impératifs d'urbanisme imposés
par le processus d'urbanisation irréversible qui continue de faire de Casablanca et de Rabat-Salé des grandes
agglomérations débordant largement leurs limites communales. C'est pourquoi, à la faveur de l'institution,
des assemblées préfectorales ont été créés : le grand-Rabat-Salé et le grand Casablanca par un autre dahir du
12 septembre 1963. La « préfecture de Rabat-Salé » - telle est sa nouvelle dénomination officielle - a
incorporé dans le périmètre préfectoral, outre la ville de Rabat, la ville de Salé et les deux communes rurales
de Témara et de Bouknadel, trois communes satellites qui préservent cependant leur autonomie communale.
Quant à la « préfecture de Casablanca », elle comprend les villes de Casablanca et de Mohammedia et huit
communes rurales satellites de Bouskoura, Dar Bouazza, Tit Mellil, Aïn-Harrouda, Mediouna, Ellouizia, Sidi
Moussa Benali et Nouaceur. Aujourd’hui, la Maroc compte 13 préfectures ( 6) qui totalisent une population
de 10.119.459.
Tableau : Espace et population des Préfectures marocaines (RGPH 2024)
Commune
Préfecture Municipalité Population Population Centre Population Ensemble
rurale
Tanger-Assilah 3 1402668 9 9745 2 2525 1414938
M'Diq-Fnideq 3 240745 2 13319 - - 254064
Oujda-Angad 3 518150 8 54304 - - 572454
Meknès 5 722592 15 162655 8 57698 942945
Fès 1 1256172 3 25142 2 47060 1328374
Rabat 1 515619 - - - - 515619
Salé 2 988699 2 76884 1 23971- 1089554
Skhirate- Témara 5 613240 5 47768 3 122467 783475
Casablanca 1 3218036 - - - - 3218036
Mohammadia 2 210162 4 116742 2 142153 422618
Marrakech 1 1014813 13 331094 5 119660 1382166
Ensemble 27 10700896 61 837653 23 491563 10119459
*. Les Municipalités de Méchouar de Rabat, Fès, Meknès, Marrakech et de Casablanca sont associées à leurs villes
constituant une seule municipalité
6 L’article n° de la loi organique n°112-14 relative aux préfectures et provinces stipule que « la préfecture ou la
province est une collectivité territoriale de droit public, dotée de la personnalité morale et de l’autonomie administrative
et financière. Elle constitue l’un des niveaux de l’organisation territoriale du Royaume.
10
Encart 1 : Les collectivités territoriales
Les collectivités territoriales du Maroc reposent sur trois niveaux, la région, la préfecture et la province et la
commune. Selon la constitution de 2011, la nouvelle organisation du territoire marocain repose sur les
principes de libre administration, de coopération et de solidarité (art136).
Le Maroc a franchi une nouvelle étape de la décentralisation intervenue avec l’adoption de la
constitutionnelle du 29 Juillet 2011 et de la loi organique des collectivités territoriales du 7 juillet 2015.
Désormais, les régions, les préfectures et les provinces et les communes sont dotés de compétences plus
larges (compétences propres, partagées avec l’Etat ou transférées par cette dernières (art.80). De plus, leur
place est mieux reconnue (autonomie administrative et financière). Désormais, avec ce nouveau dispositif,
les collectivités territoriales participent à la mise en œuvre de la politique générale de l’Etat et à l’élaboration
des politiques territoriales à travers leurs représentants à la Chambre des Conseillers.
Région
La région est promue collectivité territoriale à la suite de la nouvelle constitution du Royaume (Dahir n° 1-
11-91 du 29 Juillet 2011) et la loi organique de décentralisation (loi n° 111-14 du 7 juillet 2015). Elle est
désormais mentionnée dans la Constitution en tant que collectivité territoriale au même titre que la commune,
la préfecture et la province. Le Maroc compte 12 régions. La région assure un rôle prééminent par rapport
aux autres collectivités territoriales dans l’élaboration, l’exécution et le suivi des programmes de
développement régional et des schémas régionaux d’aménagement du territoire (art.5 de loi organique 111-
14).
Préfecture et Provinces
La préfecture ou la province est reconnue comme collectivité territoriale de droit public doté de la
personnalité morale et de l’autonomie administrative et financière (art.2), avec un organe délibérant et un
exécutif élu. Les affaires de la préfecture ou de la province sont gérées par un conseil dont les membres sont
élus pour une durée de 6 ans au suffrage universel. Le conseil élie le président du conseil de la préfecture ou
de la province et ses vices présidents. Le Maroc compte 13 préfectures et 62 provinces.
Commune
Les communes constituent la base de la division administrative. Elles sont divisées en communes urbaines
(municipalités) et en communes rurales. La commune a connu un début d’autonomie avec la loi du 30
Septembre 1976 avant d’être renforcée par les lois de 2002, de 20009 et de 2015. La commune est
aujourd’hui, une collectivité territoriale de droit public, dotée de la personnalité morale et de l’autonomie
financière (art 2). Le Maroc compte aujourd’hui 1503 communes (1282 communes rurales et 221communes
urbaines).
Nombre de
Nombres de
Id. Nombre de Nombre de communes
Région Communes
Région Préfectures Provinces urbaines
Rurales
(Municipalités)
01. Tanger-Tétouan-Al Hoceima 2 6 17 129
02. Oriental 1 7 28 96
03. Fès-Meknès 2 7 33 161
04. Rabat-Salé-Kénitra 3 4 23 91
05. Béni Mellal-Khénifra 0 5 16 119
06. Grand Casablanca-Settat 2 7 29 124
07. Marrakech-Safi 1 7 23 228
08. Drâa-Tafilalet 0 5 16 112
09. Souss-Massa 2 4 21 154
10. Guelmim-Oued Noun 0 4 8 45
11. Laayoune-Sakia El Hamra 0 4 5 15
12. Eddakhla-Oued Eddahab 0 2 2 8
Total 13 62 221 1282
11
2. Le périmètre fonctionnel et d’aménagement
2.1. La métropole : un dispositif et un enjeu d’échelle pour l’aménagement du territoire au Maroc
La métropole et la métropolisation interpellent les géographes tournés vers l’aménagement sur les
changements des échelles d’espace et de temps, par lesquelles la territorialisation des activités et la spatialité
des mouvements des populations est désormais modelée. Il faut ajouter aussi que ces changements et ses
mutations sont plus intenses et prennent une acuité d’autant plus grande que les mouvements sont sous
influence métropolitaine directe. C’est donc un enjeu qui concerne l’espace-temps des mobilités et des flux
de natures différentes qui obligent à tenir désormais simultanément compte de plusieurs métriques
d’espacement et de plusieurs étalons de mesure du temps. Ces mobilités et ses mouvements de personnes, ou
des migrations d’établissements industriels permettent de souligner la nécessité de prise en compte de ces
complexités croissantes dans l’aménagement, la planification urbaine et régionale.
2.2. Référentiel : Schéma National d’Aménagement du Territoire (SNAT). Maroc
Le Schéma National d’Aménagement du Territoire a fait de la question métropolitaine une des
préoccupations majeures en matière d’organisation du territoire, voir un outil d’aménagement du territoire à
l’échelle nationale. La prééminence de la ville de Casablanca a constitué, dès les années 1990, l’une des
préoccupations principales en matière d’aménagement et elle a suscité une politique dont la volonté est
d’organiser, d’harmoniser voire d’équilibrer le développement spatial au Maroc, en préconisant la promotion
de six (6) métropoles nationales à savoir : les agglomérations de Rabat-Salé, Marrakech, Fès, Oujda, Tanger
et Agadir, en initiant une politique de mise à niveau métropolitaine et en créant les conditions pour
accompagner leurs dynamismes. Ce choix
La loi Rang-raille : Maroc 2014 et 2024 stratégique provient de la volonté de constituer un
10 000 000
réseau urbain qui renforce le niveau supérieur de
[Link].2014
[Link].2024 l’armature urbaine marocaine, tout en créant les
conditions nécessaires d’organisation urbaine
1 000 000 régionale.
La Métropole : une complexification territoriale
Du point de vue d’aménagement du territoire,
100 000 l’urbanisation et la métropolisation sont deux
Population
processus liés. Au Maroc, si le processus
d’urbanisation se manifeste par une croissance assez
10 000 marquée de la population urbaine, ce processus se
déploie aussi à l’échelle spatiale marquant des
modifications substantielles dans la répartition du
peuplement et dans l’organisation de l’espace. Donc,
1 000
1 10 100 1000
Rang
12
l’urbanisation et la métropolisation sont deux processus liés mais différenciés.
L’armature urbaine marocaine : hégémonie des grandes villes
L’étude de l’armature et du réseau urbaine renvoie à la question de dynamique que connait le système urbain
marocain en général et celui des grandes villes en particulier ce qui permet d’avancer les questions
suivantes : Quelle image de l’organisation spatiale du Maroc nous révèle le diagnostic de l’armature urbaine
à l’aune du RGPH 2024 ? et Quelles sont les opportunités à saisir d’une convergence plus efficace des
politiques publiques ?
Les spécificités de l’organisation urbaine au Maroc avec son maillage dense des villes et centres urbains de
tailles diverses, sont désormais reconnues (7). Toutefois, les données du recensement général de 2024, sur le
plan démographique, montrent des évolutions contrastées à l’échèle du territoire marocain, entre le nord et le
sud et entre la frange littorale et les espaces montagneux.
Evolution de la population marocaine
Année Population Population urbaine Population rurale
RGPH Effectif Effectif % Effectif %
1960 11 662 470 3 389 613 29,2 8 236 857 70,8
1971 15 379 259 5 401 971 35,1 9 977 288 64,9
1982 20 419 555 8 730 399 42,8 11 689 156 57,2
1994 26 023 412 13 367 105 51,4 12 656 307 48,6
2004 29 760 562 16 367 101 55,0 13 336 461 44,8
2014 33 848 242 20 432 439 60,4 13 415803 39,6
2024 36 828 330 23 110 108 62,7 13 718 222 37,3
L’examen du réseau urbain de 2024 permet de constater comme phénomène distinctif d’une part, une
confirmation, à côté de Casablanca, de villes millionnaires ou proches du million; il s’agit respectivement de
quatre villes à savoir : Tanger (1 275 428 hab.), Fès (1 167 842 hab.), Marrakech (1 002 697 hab.) et Salé
(945 101 hab.) ; d’autre part, une forte concentration de la population autour des grandes villes (de plus de
500 000 hab.) : Meknès (551 503 hab.), Rabat (509 916 hab.), Kenitra (507 736 hab.), Oujda (506 227 hab.)
et Agadir (504 768 hab.). Ces ensembles urbains concentrent 43% de la population urbaine marocaine. Cette
évolution de l’armature urbaine ouvre le débat sur la métropolisation et la réforme territoriale et interroge sur
l’évolution de l’organisation du système urbain marocain.
7 NEJMI El Houssine, 2019, Villes et régions au Maroc : l’épreuve de l’aménagement du territoire, Les Cahiers du
Plan, Haut-Commissariat au plan, N° 52.
13
Classification des dix premières villes en 2014 et 2024
Villes Rang 2014 Rang 2024 Recul Egal avancé
Casablanca 1 1 0
Fès 2 3 -1
Tanger 3 2 - +1
Marrakech 4 4 0
Salé 5 5 0
Rabat 6 7 -1
Meknès 7 6 0 +1
Oujda 8 9 -1 -
Kenitra 9 8 - +1
Agadir 10 10 - 0
La métropolisation, entant que processus et dynamique, s’accompagne à la fois d’une croissance
démographique et de l’amplification du phénomène de l’urbanisation selon un double mouvement de
densification et de dilatation (8). La nécessité de se loger et la pression sur le foncier accompagnées de
mobilités de plus en plus croissantes ont développé de nouveaux territoires, notamment périurbains, liés à la
« ville-centre ». Ses dynamiques font que la population vit et se meuve sur de vastes « zones urbaines »
traversant et ou fréquentant des espaces qui appartiennent de plus en plus à des bassins d’habitats et
d’emplois différents. Afin de mesurer et qualifier le potentiel métropolitain, il faut le considérer dans le cadre
de région urbaine qu’il faudrait d'abord définir.
8 François ASCHER, Métapolis, ou l'avenir des villes, Paris, Odile Jacob, 1995.
14
3. Lecture géographique de la métropolisation
La réflexion méthodologique, que nous tentons d’explorer, a pour intérêt d’offrir une plateforme de base à la
définition du périmètre métropolitain, c’est-à-dire de la ville Métropole et ses interactions spatiales, sociales
et fonctionnelles.
En s’intéressant à la question métropolitaine, il est nécessaire de l’insérer au fond de la question de la
polarisation en rapport avec le territoire et l’aire polarisée, en la débordant voir même cassant le schéma
acquit d’armature urbaine. Ce qui fait de la métropolisation un processus complexe dont les dynamiques
s’expriment à travers les mouvements de redéploiement des populations, des activités et des équipements sur
le territoire métropolitain.
La majorité des chercheurs s’accordent sur la définition du terme de métropolisation comme notion forgée
par extension du terme "métropole" pour désigner un processus, d’abord de concentration des populations et
des activités dans les principales villes du système urbain ; ensuite de transformations qualitatives, à la fois
fonctionnelles et morphologiques de ses villes. En précisant, la métropolisation que nous entendons ici, est
une forme spatiale résultant de la mise en mobilité accrue des populations et des activités se traduisant par un
processus d'étalement spatiale formant ainsi une aires urbaines caractérisée par une tendance à la polarisation
15
ou à la multi-polarisation (9). Ceci, fait de la ville-métropole une grande structure urbaine qui constitue un
cadre géo-spatial pertinent de reconversion des structures de développement en « pôle métropolitain (10) »,
constituant par là un cadre pertinent d’élaboration et de régulation de projets métropolitains. Une telle
structure de pilotage et de gestion énoncerait des coopérations à géométrie variable, par lesquelles les
collectivités territoriales pourront déléguer au pôle-métropolitain la maîtrise d’ouvrage des opérations
d’intérêt métropolitain, la réalisation d’équipements métropolitains structurants et le pilotage de programmes
de promotion économique, culturelle, et sociales.
3.1. La métropole : une considération spatiale
En même temps que la notion de « région » émerge au niveau de l’analyse des flux et des relations
fonctionnelles, l’apport de l’analyse géographique s’est tourné vers les constats des régularités et des
irrégularités des réseaux urbains et des hiérarchies urbaines, mais aussi liant les niveaux de l’armature
urbaine aux dynamiques qui rendent compte des inégalités territoriales et l’aggravation des déséquilibres. Et
il faut dire que cette réflexion débouche incontestablement, au niveau politique à des décisions
d’aménagement du territoire. Toutefois, en évoquant la notion de « métropole » se pose le problème de
délimitation et donc « d’aire métropolitaine » poussant à casser même le schéma acquis d’armature urbaine
dans une dynamique accélérée de l’urbanisation ce qui modifie la ville elle-même et les relations entre les
villes plaçant dans l’urbain des nouveaux signes et d’indicateurs de déséquilibres et de pathologies. La ville-
métropole apparait donc comme un organisme qui se dissous dans sa propre expansion, voir se décomposer
et se diluer en espace(s) urbain(s) plus ou moins flous dans son dessin et ses contours.
Au sens géographique du terme, si le concept d’agglomération renvoie à l’individualité urbaine et à la
continuité physique, le concept région urbaine, assimilé à la région métropolitaine, est par contre ambigu. Le
concept de « région urbaine » définit d’abord l’espace fonctionnel. C’est-à-dire la zone où s’exercent les
effets de domination, d’attraction et de rayonnement de la ville. Et la région au sens où nous l’entendons, se
confond voire s’identifie avec l’espace organisé par la métropole et ses satellites. De là, on précise qu’a un
niveau plus restreint de la région urbaine, le concept se rapproche de celui de conurbation correspondant aux
formes plus diffuses de l’agglomération étendues autours du pôle principal, englobant aussi des villes
secondaires et absorbant une partie de l’espace agricole. Mais la question qui se pose est de savoir à quel
point s’écarte –t- on du concept d’agglomération pour intégrer celui d’aire métropolitaine ? Cette question
pousse la réflexion vers le raisonnement suivant : Entre l’agglomération continue (de type ancien) bien
9 Avec le terme de métropolisation, nous faisons référence à une idée qui est liée, à la fois aux dynamiques spatiales et
au mode d'occupation des sols, et aux dynamiques des populations, et leurs mobilités.
10 L’Exemple français de pôle métropolitain comme outil institutionnel. Le pôle métropolitain est une structure créée
par la loi de Réforme des Collectivités Territoriales du 16 décembre 2010 (dite loi RCT) qui stipule que : le pôle
métropolitain est un syndicat mixte constitué en vue d’actions d’intérêt métropolitain, portant sur le développement
économique, la promotion de l’innovation, de la recherche, de l’enseignement supérieur et de la culture,
l’aménagement de l’espace et le développement des infrastructures et des services de transport. Le pôle métropolitain
regroupe des établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre formant un ensemble de plus de
300 000 habitants.
16
individualisé et l’agglomération éclatée, les ensembles territoriaux de forte concentration, de la région
urbaine et la région métropolitaine, la différence n’est pas seulement d’échelle, ou de dimension de forme,
mais elle est nécessairement de mécanismes, d’autonomie et de diversités à la fois fonctionnelle et sociale.
Mais les limites sont-elles claires ? Tous les travaux récents témoignent de la difficulté à cerner le concept de
« région métropolitaine ». Pour éclaircir cette question, nous la situerons dans une classification d’échelle
scalaire :
1) A l’échelon supérieur de la région urbaine : on reste dans la problématique de l’aménagement régional et
de l’armature urbaine, selon des schémas complexes en essayant de répondre de mieux aux évolutions de
l’urbanisation et en prônant l’analyse des oppositions des régions fortes et des régions faibles.
2) A l’échelon intermédiaire entre l’agglomération concentrée, l’agglomération diffuse et la région
métropolitaine, apparaissent les éléments de cohésion, de l’unité du marché du travail et les brassages
quotidiens. Et c’est justement cette notion d’espace de vie et d’espace d’emploi qui s’impose comme
ancien et nouveau territoire métropolitain de dynamisme que l’on qualifie de Bassin de vie et d’emploi.
Là aussi il faudrait tenir compte des ruptures d’échelles ; des crises de centralités, des différenciations
sociales, des déséquilibres des espaces et des logiques et des conflits fonciers. Et c’est là justement où
s’exercent directement la relation entre division fonctionnelle et division sociale. Et par conséquence où
s’inscrivent le plus directement sur le sol et s’articulent avec les formes géographiques.
Orientation d’analyse des dynamiques métropolitaines et les considérations des phénomènes
spatiaux
Du point de vue d’aménagement, l’orientation d’analyse devrait porter sur deux composantes principales et
non les seules. D’une part, La prise en considération de la dynamique territoriale globale, notamment les
structures spatiales du peuplement et de l’emploi au sein de l’aire polarisée en les centrant sur les dimensions
démo-sociales et économiques et les mutations spatiales que connaissent les métropoles marocaines. D’autre
part, tenir compte des changements induits par le processus de métropolisation et les impacts sur les espaces
environnants. Ceci pose d’emblée, des problèmes d’équilibres fonctionnels, sociaux et démographiques,
donc des problèmes d’aménagement et d’urbanisme.
Conclusion
L’urbanisation que connait aujourd’hui le Maroc accorde une place grandissante à la grande ville
déterminant par-là une forme d’armature qui se construit autour de ses villes constituant des pôles urbains
dont les caractéristiques géographiques, économiques et sociaux se conjuguent contribuant ainsi à la
formation d’aires urbaines de plus en plus étendues. Cette réalité interpelle les chercheurs, les spécialistes et
les praticiens tournés vers l’aménagement à en définir les contours et les dynamiques. L’aspect spatial de
cette urbanisation du territoire métropolitain doit être analysé selon deux niveaux :
17
Le premier niveau est d’échelle méso-géographique, celui des villes et de leur environnement proche,
c’est-à-dire de « l’aire urbaine » sous influence du pôle. C’est à ce niveau que l’analyse prend un caractère à
la fois distinctif et évolutif par la prise en compte des territoires en cours d’urbanisation.
Le deuxième niveau est d’échelle macro-géographique qui s’impose pour définir ainsi les contours des
aires métropolitaines (urbaines-rurales) des grandes agglomérations marocaines et la manière dont se
structure le territoire autours de ses villes-métropoles.
Cependant, plusieurs questions restent en suspens et méritent des éclaircissements dans le cas
marocain : Quel territoire à considérer pour une analyse évolutive de l’urbanisation du territoire ?
Il faut dire que l’instabilité des périmètres des communes urbaines rend la tâche difficile pour de tel type
d’analyse et les défis sont à surmonter. Toutefois, l’entrée par l’analyse des pôles urbains pour traiter de la
question de l’urbanisation permettrait de mieux saisir les mécanismes et les contours en prônant une analyse
évolutive de l’urbanisation qui se justifie par un examen approfondi de la périurbanisation qui en est le
corollaire et le résultat.
Bibliographie
Ouvrages
ASCHER François, 1995, Métapolis ou l’avenir des villes, Editions Jacob, Paris.
BAUER G. et ROUX J.-M., 1976, la rurbanisation ou la ville éparpillée, Éditions du Seuil, 192 p.
CHEVALIER Jacques (coordonné par), 1999, Réseau urbain et réseaux de villes dans l’Ouest de la France,
Ed. Économica, Collection Villes, 162p.
DAMETTE Félix, 1994, la France en villes, Paris, La Documentation française, DATAR, 271p.
DUMONT Gérard-François (s-d), 2010, la France en villes, Paris, Sedes., 352 p.
DUMONT Marc HELLIER Emmanuelle, 2010, Les nouvelles périphéries urbaines, Rennes, coll. Espaces et
Territoire, PUR.
DUREAU Françoise, DUPONT Véronique, LELIEVRE Éva, LEVY Jean-Pierre, LULLE Thierry, (Coordonné
par), 2000, Métropoles en mouvement, une comparaison internationale, Ed. Économica, Collection Villes,
656p.
HURIOT Jean Marie (s.d), 1998, la ville ou la proximité organisée, Ed. Économica, Collection Villes, 237p.
JOUVE Bernard, LELIEVRE Christian (coordonné par), 1999, Villes, métropoles-les nouveaux territoires du
politique, Ed. Économica, Collection Villes, 205p.
MERLIN Pierre, 1989, Géographie de l’aménagement, Paris, PUF, collection Espace et Liberté, 334p.
MOINE Alexandre, 2008, Le territoire : comment observer un système complexe ? Collection Itinéraires
Géographiques, édit. L’Harmattan, Paris.
MOTTE Alain (dir.), 2007, les agglomérations françaises face aux défis métropolitains, Collection Villes,
Editions Economica, Anthropos, Paris.
RONCAYOLO Marcel, 1990, La ville et ses territoires, Collection Folio essais, Gallimard, 285p.
VELTZ Pierre, 1996, Métropolisation, villes et territoires, Editions PUF, Paris.
18
19