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Pere Valentin Diff

Ce document présente les contributions de Valentin Père au contrôle et au dimensionnement des micro-réseaux utilisant l'apprentissage par renforcement, en mettant l'accent sur les systèmes de production d'énergie renouvelable et de stockage hybride batterie-hydrogène. La thèse explore les méthodologies de modélisation, de contrôle et d'optimisation des micro-réseaux, ainsi que les défis associés à la gestion de l'énergie. Les résultats obtenus visent à améliorer l'efficacité et la durabilité des systèmes énergétiques décentralisés.

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Pere Valentin Diff

Ce document présente les contributions de Valentin Père au contrôle et au dimensionnement des micro-réseaux utilisant l'apprentissage par renforcement, en mettant l'accent sur les systèmes de production d'énergie renouvelable et de stockage hybride batterie-hydrogène. La thèse explore les méthodologies de modélisation, de contrôle et d'optimisation des micro-réseaux, ainsi que les défis associés à la gestion de l'énergie. Les résultats obtenus visent à améliorer l'efficacité et la durabilité des systèmes énergétiques décentralisés.

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Contributions au contrôle et au dimensionnement des

micro-réseaux par apprentissage par renforcement :


application aux systèmes avec production renouvelable et
stockage hybride batterie-hydrogène
Valentin Père

To cite this version:


Valentin Père. Contributions au contrôle et au dimensionnement des micro-réseaux par apprentissage par ren-
forcement : application aux systèmes avec production renouvelable et stockage hybride batterie-hydrogène.
Génie des procédés. Ecole des Mines d’Albi-Carmaux, 2023. Français. ⟨NNT : 2023EMAC0018⟩. ⟨tel-04690194⟩

HAL Id: tel-04690194


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THÈSE
en vue de l’obtention du

DOCTORAT DE L’UNIVERSITÉ DE TOULOUSE


délivré par
IMT – École Nationale Supérieure des Mines d’Albi-Carmaux

présentée et soutenue par


Valentin PÈRE
le 7 décembre 2023

Contributions au contrôle et au dimensionnement des


micro-réseaux par apprentissage par renforcement :
application aux systèmes avec production renouvelable et
stockage hybride batterie-hydrogène

École doctorale et discipline ou spécialité :


MEGEP : Énergétique et Transferts

Unité de recherche :
Centre RAPSODEE, UMR CNRS 5302, IMT Mines Albi

Direction de thèse :
Jean-Louis DIRION, Maître assistant HDR, IMT Mines Albi

Autres membres du jury :


Stéphane GRIEU, Professeur, Université de Perpignan, Rapporteur
Robin ROCHE, Professeur, Université de Franche-Comté, Rapporteur
Hossam AFIFI, Professeur, Telecom SudParis, Examinateur
Catherine AZZARO-PANTEL, Professeure, INP ENSIACET, Présidente
Vincent DEBUSSCHERE, Maître de conférence HDR, Université Grenoble Alpes, Examinateur
Fabien BAILLON, Maître-assistant, IMT Mines Albi, Co-encadrant
Mathieu MILHÉ, Maître-assistant, IMT Mines Albi, Co-encadrant, Invité
Rachid OUARET, Enseignant-chercheur, INP ENSIACET, Invité
Remerciements

Je tiens à remercier Jean-Louis Dirion, mon directeur de thèse. Je le remercie d’avoir placé
sa confiance en moi depuis le début. Il a su me guider en m’empêchant de partir dans de
mauvaises directions. Un directeur attentif à ce que je raconte, tout en ayant un franc-parler
pour donner son avis, je n’aurais pas pu rêver mieux ! Merci Mathieu Milhé pour sa force de
proposition et son humour au quotidien, des idées, du rire, je n’aurais pas pu m’en passer.
Merci également à Fabien Baillon pour m’avoir fait profiter de son recul et son expertise
technique sur divers problèmes qui gravitent autours de mes recherches. J’aurais été souvent
au point mort sans lui. Ces trois personnes m’ont laissé parcourir mon bout de chemin avec
bienveillance, en se rendant disponibles et en me réorientant au moindre égarement. On
formait une super équipe et vous allez me manquer.
Je tiens également à remercier Claire Billet, qui m’a donné l’opportunité de connaître la
recherche en IA et en énergie. Cette thèse en fut la suite logique. Merci à Rachid Ouaret
pour les échanges mutuellement enrichissants, les pistes évoquées. Merci également à Robin
Roche et à Stéphane Grieu qui m’ont fait l’honneur d’être rapporteurs de ma thèse. Merci
aux membres du jury, Hossam Afifi, Catherine Azzaro-Pantel et Vincent Debusschere pour
cette série de questions plus intéressantes les unes que les autres.
Si cette thèse me rend si fier aujourd’hui, c’est parce que sa construction a été une bataille
au long terme, que l’on a fini par remporter. De l’appropriation du sujet à la correction
de la conclusion générale, rien n’a été lisse. Mon encadrement a eu l’oeil, ils ont su déceler
que je travaille mieux dans un environnement de confiance, et ont tout mis en œuvre pour
que cela se déroule harmonieusement. Cependant, l’aventure de la thèse constitue une part
importante de ma vie, qui dépasse le simple temps de travail. Cette confiance, je la dois aussi
à mes proches, à ma famille, à mes amis. Ce bien être quotidien, ces zones de lumières dans
laquelle je peux être moi-même et avancer avec assurance, vous avez su me les apporter aux
moments où j’en avais le plus besoin.

iii
Sommaire

Remerciements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . iii
Sommaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . v

Introduction générale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1

Partie I Contexte et cadre scientifique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5


1 Les micro-réseaux électriques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.1 Définition et intérêts des micro-réseaux électriques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.2 Contrôle des micro-réseaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.3 Méthodes de dimensionnement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
1.4 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
2 L’apprentissage par renforcement . . . . . . . . . . . . . .......... . . . . . 19
2.1 Des processus de décision de Markov à l’apprentissage par renforcement . . . . . 19
2.2 Apprentissage par renforcement profond . . . . . . . . . . . . .......... . . . . . 30
2.3 Apprentissage par renforcement hors ligne . . . . . . . . . . . .......... . . . . . 34
2.4 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .......... . . . . . 38
3 L’apprentissage par renforcement appliqué au contrôle des micro-
réseaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
3.1 Formulation des différents problèmes de contrôle haut niveau . . . . . . . . . . . . . 40
3.2 Planification des systèmes de stockage et engagement des unités . . . . . . . . . . . 41
3.3 Gestion de la demande . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
3.4 Échange d’énergie entre plusieurs micro-réseaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
3.5 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
Synthèse de la partie I . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55

Partie II Contributions scientifiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57


4 Méthodologie et modélisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
4.1 Modélisation du micro-réseau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
4.2 Méthodologie de contrôle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
4.3 Dimensionnement du micro-réseau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
4.4 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
5 Contrôle à long terme du système de stockage d’un micro-réseau . . . 79

v
Sommaire

5.1 Apprentissage d’une stratégie de contrôle du stockage hydrogène sur un horizon


d’un an . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
5.2 Contrôle à long terme avec dégradation de la batterie . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
5.3 Analyse de la stratégie de contrôle et évaluations avec des indicateurs clés . . . . 99
5.4 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 110
6 Dimensionnement sous contrôle optimal . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
6.1 Transfert de politique de contrôle par apprentissage par renforcement hors ligne 113
6.2 Méthode d’optimisation globale par méta-heuristique pour le dimensionnement
bi-niveaux du micro-réseau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 120
6.3 Résultats de l’optimisation bi-niveaux du micro-réseau et analyse de la méthodologie 128
6.4 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 139
Conclusions générales et perspectives . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 141
Conclusions générales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 141
Perspectives . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 144

A Annexe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 147
A.1 Apprentissage par renforcement inverse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 147
A.2 Schémas des flux de puissance hebdomadaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 149

Table des figures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 153


Liste des tableaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 157
Liste des symboles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 159
Modélisation du micro-réseau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 159
Apprentissage par renforcement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 159
Exposants . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 160
Indices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 160
Acronymes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 161
Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 163
Table des matières . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 179
Abstract . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 182
Résumé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 183

vi
Introduction générale

Selon Valérie Masson-Delmontte, ancienne co-présidente du groupe de travail 1 du GIEC,


« Chaque degré compte, chaque année compte et chaque décision compte : ne pas agir
aujourd’hui c’est ajouter au fardeau des générations futures. Limiter le réchauffement à
1,5 ∘C n’est pas impossible mais nécessite une politique forte et immédiate. ». La réduction
des gaz à effet de serre est un challenge à relever à toutes les échelles. En France, l’industrie
de l’énergie représente 11 % des émissions de CO2 en 2022 (Citepa, 2023). Le secteur du
transport routier est le plus émetteur, avec 32,3 % des émissions totales. La décision du
Parlement Européen d’interdire la vente de voitures neuves à essence et au diesel à partir
de 2035 (Règlement Du Parlement Européen et Du Conseil 2023) va fortement accélérer
l’industrialisation des véhicules électriques. Le secteur de l’énergie doit s’adapter rapidement
sans augmenter son impact carbone.
Les énergies renouvelables sont les sources d’énergie peu carbonées ayant le plus grand
potentiel de déploiement pour leur prix et leur facilité à s’intégrer sur le territoire (H. Lee
et al., 2023). En revanche, ces énergies ont des potentiels de production variables et peu
contrôlables, c’est le cas des énergies éolienne et solaire photovoltaïque. La topologie du
réseau électrique français permet de les intégrer de manière décentralisée au réseau de
distribution. Avec l’augmentation des sources de production d’énergie renouvelable, le réseau
de distribution doit s’adapter à des systèmes de production décentralisés (Lebrouhi et al.,
2022). Les points de charge des véhicules électriques vont fortement augmenter la demande
sur ces réseaux. Le gestionnaire du réseau de distribution est le garant de la sécurité et de la
qualité de fourniture de l’électricité, et il doit faire face à des challenges de flexibilité et de
résilience.
Dans une répartition distribuée des installations de production, le stockage d’électricité
permet de lisser les intermittences. Grâce au stockage électrique, l’électricité produite peut
être conservée puis utilisée à des moments où la production est faible ou inexistante. Le
micro-réseau électrique permet de regrouper localement stockages, points de consommation
et unités de production (au sein d’une résidence, d’un quartier ou d’une zone commerciale
économique par exemple). Ces systèmes permettent d’atteindre l’équilibre entre la demande
et la production lorsqu’elle est intermittente. Leur adaptabilité leur permet de les déconnecter
du réseau de distribution en cas de besoin. Les conditions pour garantir autonomie et viabilité
économique reposent sur un dimensionnement adapté et une gestion intelligente des unités
de stockage. L’opération des micro-réseaux repose sur des variables aléatoires, comme les
variables météorologiques ou la consommation électrique à chaque instant. Ainsi, l’équilibre
du réseau local dépend d’unités pilotables et de variables incontrôlables. Le contrôle de
micro-réseaux électriques s’effectue en adaptant les consignes de charge des systèmes de
stockage, en décalant l’utilisation de certains appareils et en modifiant des puissances en
consigne d’appareils contrôlables par exemple. Ces consignes sont prises par des systèmes de
gestion de l’énergie ou Energy Management Systems (EMS). La modélisation analytique des

1
Introduction générale

différentes unités qui constituent le micro-réseau affine la précision des consignes de contrôle
de l’EMS en intégrant les dynamiques et les interactions entre les différentes composantes.
De plus, un modèle basé sur des données est essentiel afin qu’il puisse mieux prendre en
considération les variables aléatoires.
L’objectif de cette thèse est de développer une méthodologie de dimensionnement et de
contrôle d’un micro-réseau comportant une source d’énergie photovoltaïque, une batterie
électrochimique et un stockage hydrogène adaptés aux demandes et productions électriques.
La modélisation du micro-réseau inclut des modèles dynamiques des unités et des données
pour simuler les phénomènes aléatoires. La stratégie de contrôle est construite à partir de
l’apprentissage par renforcement profond, qui permet de prendre des décisions séquentielles
dans un environnement soumis à de fortes incertitudes. Le dimensionnement est effectué
grâce à une méthode d’optimisation bi-niveau avec une méta-heuristique employée pour
l’exploration de l’espace de solution en boucle externe et la stratégie de contrôle du micro-
réseau développée en boucle interne. Une attention particulière est attribuée à la réduction
du temps de calcul pour l’apprentissage des politiques de contrôle. Cet apprentissage peut
s’avérer long et est répété dans le processus de dimensionnement bi-niveau.

Les verroux scientifiques suivants seront levés dans ce travail de thèse :

• L’étude de l’influence des paramètres de l’apprentissage par renforcement sur la politique


de contrôle du stockage hydrogène dans un micro-réseau n’est pas explicite dans la
littérature. En particulier, comment ajuster la valeur des paramètres pour assurer une
stratégie de contrôle pertinente quand l’environnement de simulation se complexifie ?
• La simulation du micro-réseau inclut des modèles dynamiques des unités et des données
pour simuler des phénomènes aléatoires. Son contrôle doit être mené à long terme en
tenant compte de la dégradation de la batterie que cela implique. Comment construire,
évaluer et analyser une politique de contrôle dans une simulation à horizon temporel
long comprenant l’usure du stockage à court terme ?
• Le dimensionnement du micro-réseau comprend des coûts d’investissement, de mainte-
nance et d’opération. Les coûts d’opération doivent être calculés selon des objectifs
d’autonomie ou de rentabilité en tenant compte des variables aléatoires. Comment
garantir l’inclusion d’incertitudes liées à la différence entre l’environnement de dévelop-
pement d’une stratégie de contrôle et son application réelle, dans la méthodologie de
dimensionnement d’un micro-réseau, tout en garantissant des résultats optimaux ?
• Le temps d’entraînement des agents d’apprentissage par renforcement est conséquent.
La volonté de considérer les coûts d’opération dans le processus de dimensionnement
implique l’élaboration d’une stratégie de contrôle pour chaque dimensionnement consi-
déré, ce qui accroît le temps de calcul. Quelle solution intégrer à la méthodologie de
dimensionnement et de contrôle pour réduire ce temps de calcul ?
Ce manuscrit de thèse est organisé en deux parties. La première définit le contexte et le cadre
scientifique et la seconde présente les contributions scientifiques apportées par ce travail.
Elles sont décomposées en trois chapitres, chacune de la manière suivante :

Partie 1 : Contexte et Cadre Scientifique


1 Le Chapitre 1 définit les micro-réseaux électriques et leur intérêt dans le contexte
actuel. Leur topologie et modes d’opération sont introduits. Le contrôle est classé en
différentes catégories et les objectifs du dimensionnement sont présentés.

2 Les principes de l’apprentissage par renforcement sont introduits dans le Chapitre 2.


Ce chapitre permet d’appréhender le fonctionnement des algorithmes et leur évolution

2
avec notamment l’intégration de l’apprentissage profond pour gérer des problèmes plus
complexes. Une revue des différents algorithmes est proposée, mettant en lumière leurs
caractéristiques distinctives afin de pouvoir sélectionner l’algorithme pertinent pour le
travail proposé.

3 Le Chapitre 3 présente une analyse exhaustive et méthodique des travaux antérieurs


sur l’application de l’apprentissage par renforcement au contrôle des micro-réseaux.
Cet état de l’art est décomposé selon la nature des problèmes de contrôle résolus par
les algorithmes d’apprentissage par renforcement.

Partie 2 : Contributions scientifiques


4 La modélisation du micro-réseau choisie est détaillée dans le Chapitre 4. Il expose la
méthode de contrôle et son implémentation, ainsi que la formulation et le cadrage du
problème de dimensionnement du micro-réseau. Ce chapitre présente l’interdépendance
entre le contrôle et le dimensionnement et justifie le développement d’une méthodologie
de dimensionnement couplée au contrôle à long terme du micro-réseau.

5 Le Chapitre 5 expose les travaux réalisés sur le contrôle du micro-réseau. Les différentes
études de sensibilité sur l’apprentissage des modèles, leur adaptation à l’introduction
de la dégradation des systèmes de stockage et l’analyse des stratégies développées
par l’EMS sont présentées. Les paramètres de l’apprentissage par renforcement sont
réajustés afin de développer une politique généralisable à des horizons temporels de
simulation plus longs que ceux sur laquelle elle a été construite. Une analyse technico-
économique est menée sur les différentes stratégies développées.

6 Le Chapitre 6 est consacré au dimensionnement du micro-réseau. La méthode de


transfert de politique par apprentissage hors-ligne est d’abord introduite, suivie d’une
explication détaillée sur le choix de l’algorithme d’optimisation bi-niveau. Le chapitre
se conclut par la présentation des résultats. Des indicateurs permettent de mener une
analyse multi-critère sur la fiabilité du micro-réseau tel qu’il est dimensionné par la
méhode d’optimisation proposée. La performance et la fiabilité de la méthodologie
sont analysées selon le temps de calcul et sa capacité à converger efficacement vers un
optimum global.

Enfin, les conclusions tirées de ce travail de thèse sont présentées, suivies des perspectives
et des recommandations pour des recherches futures.

3
I
Contexte et cadre scientifique

5
1
Les micro-réseaux électriques

1.1 Définition et intérêts des micro-réseaux électriques . . . . . . . . . . . . . . . . . 8


1.1.1 Besoin émergeant de micro-réseaux électriques . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.1.2 Modes d’opération . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.1.3 Gestion et stockage de l’énergie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
1.2 Contrôle des micro-réseaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.2.1 Catégories de contrôle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.2.2 Méthodologies de contrôle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
1.3 Méthodes de dimensionnement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
1.3.1 Objectifs et indicateurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
1.3.2 Méthodologies de dimensionnement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
1.4 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17

Le rapport d’analyse de la politique énergétique de la France en 2021 par l’International Energy


Agency (International Energy Agency, 2021) recommande au gouvernement d’accélerer le
déploiement des énergies renouvelables décentralisées afin de tenir ses objectifs de neutralité
carbone fixés pour 2050. Les ressources fossiles sont progressivement abandonnées en raison
de préoccupations environnementales, et les structures nucléaires du parc français vieillissent,
nécessitant souvent des maintenances et rénovations (Transport d’Électricité, 2023 et France,
2022). Par conséquent, la maîtrise de sources d’énergies décarbonnées et résilientes devient
indispensable. La production centralisée d’énergie renouvelable ne constitue pas une solution
viable pour compenser cette diminution de production (Cany et al., 2016), car elle est
fortement affectée par les fluctuations intermittentes de la disponibilité des ressources. La
décentralisation de la production d’énergie offre des opportunités pour déployer les énergies
renouvelables localement à travers le territoire. Compatible avec la production centralisée
d’énergie, elle favorise l’accès à des énergies propres à des communautés éloignées des centrales
de productions. De ce fait, une gestion efficace et adaptable de ces ressources devient d’autant
plus cruciale. D’après International Energy Agency et al., 2021, l’intégration d’une part
importante d’énergies renouvelables nécessite une utilisation optimale de toutes les ressources
de flexibilité, qu’elles soient en génération, en stockage ou en demande énergétique.
Par l’offre de solutions innovantes pour l’orchestration de ces ressources flexibles, les micro-
réseaux peuvent être envisagés comme une réponse aux besoins changeants du système
énergétique. Ils facilitent la gestion décentralisée des énergies intermittentes en rapprochant
le producteur d’énergie du consommateur.
La définition d’un micro-réseau et son intérêt dans ce contexte seront présentés à la section 1.1.
Le fonctionnement d’un micro-réseau et les méthodologies développées pour son contrôle sont
décrits dans la section 1.2. Enfin, des méthodologies de dimensionnement des micro-réseaux
sont mises en lumière à la section 1.3.

7
Les micro-réseaux électriques

1.1 Définition et intérêts des micro-réseaux


électriques
1.1.1 Besoin émergeant de micro-réseaux électriques
Un micro-réseau électrique est un réseau local regroupant la production et la demande d’élec-
tricité (Schwaegerl et al., 2013). En générant de l’électricité près de la consommation, les
pertes de charges dues au transport (résistance des câbles) sont évitées. Cela a aussi pour effet
de réduire la dépendance de la demande aux infrastructures centralisées. Ainsi, la génération
d’électricité locale peut compléter ou remplacer ces structures, ce qui améliore la résilience
du système dans son ensemble. Les unités de productions présentes dans le micro-réseau
produisent de l’électricité directement utilisable dans le réseau local. Prenant la forme de
panneaux photovoltaïques (PV), micro-turbines, piles à combustibles (PAC), générateurs
diesels ou à gaz et éoliennes, ces unités produisent de l’électricité à faible puissance comparées
aux générateurs centralisés. Elles sont appelées micro-générations.
L’intégration progressive de ces ressources énergétiques distribuées exerce une influence sur
les réseaux de distribution électrique (Lopes et al., 2019). Les micro-générations rendent
la demande aux points de consommation variable selon l’énergie produite du point de vue
du gestionnaire du réseau de distribution (GRD). Les points de couplage comportant des
micro-générations sont à considérer dans la distribution comme une demande flexible ou
une production d’électricité, ce qui introduit des défis de gestion. Le flux traditionnel de
l’électricité depuis la génération jusqu’à la consommation passant par le transport et la
distribution est alors à revoir (Mourshed et al., 2015). Pour cela, le paradigme de Smart
Grid est introduit. La gestion du réseau de distribution devient active, disposant de points
d’injection en plus des points de soutirage traditionnels.
Un management à tous les niveaux (production, transport, distribution, consommation) doit
s’organiser autour de la micro-génération et des demandes flexibles. Les micro-réseaux sont
des systèmes particulièrement adaptés en raison de leur capacité à réagir aux fluctuations
et incertitudes du réseau central auquel ils sont connectés, telles que des déséquilibres de
fréquences et des risques de pannes généralisées. Les points de demande de consommation
électrique ne doivent plus être vus comme des demandes passives, mais sont actifs et sensibles
à la politique de distribution de l’électricité.

1.1.2 Modes d’opération


Une caractéristique notable du micro-réseau est qu’il est capable d’opérer en mode connecté
comme îloté. S’il est connecté, il échange avec le réseau central de distribution ; s’il est
îloté, il est isolé de tout autre réseau électrique. Un micro-réseau comprend un système de
gestion de l’énergie ou Energy Management System (EMS) qui communique avec le réseau
de distribution lorsque c’est possible. L’EMS orchestre les décisions de contrôle des unités
dans le micro-réseau en optimisant leur fonctionnement selon des conditions changeantes. Les
micro-réseaux peuvent être urbains (quartier, immeuble), ruraux (maisons), privés (résidences,
espace commercial, industrie), publics (hôpital, campus, collectivités) ou totalement isolés du
réseau de distribution (camp militaire, zone non-desservie). L’objectif du déploiement d’un
micro-réseau prend différentes natures selon le contexte. S’il est totalement isolé, il permet
d’électrifier une zone tout en réduisant les coûts de carburant, généralement liés à l’utilisation
d’un générateur contrôlable, avec un contrôle intelligent. Si connecté au réseau principal,
le micro-réseau favorise une intégration plus efficace des sources d’énergie intermittentes,
optimise la gestion des pannes, réduit les coûts énergétiques et accroît l’efficacité énergétique
des infrastructures concernées.
Le micro-réseau électrique constitue un réseau de basse tension fonctionnant le plus souvent

8
Définition et intérêts des micro-réseaux électriques

en courant alternatif (AC), afin d’assurer une compatibilité avec les exigences des charges
locales et le réseau de distribution. Cette configuration permet une gestion adaptative des
unités en réponse à divers aléas, tels que la production intermittente, l’état du réseau de
distribution et les variations de la demande (A. Hirsch et al., 2018). En revanche, elle re-
quiert de nombreux convertisseurs électroniques de puissance. De plus, lors du passage du
mode îloté au mode connecté, appelé resynchronisation, l’alignement de la tension, de la
fréquence et de la phase au Point de Couplage Commun (PCC) est un processus technique et
complexe (Kandari et al., 2022). Il existe des micro-réseaux fonctionnant en courant continu
(DC). Ils sont plus efficaces énergétiquement, car le besoin de convertisseurs électroniques
est moindre (ils sont compatibles avec de nombreuses sources de production électrique).
Les micro-réseaux DC sont moins courants, principalement parce que les infrastructures
historiques ont été construites en utilisant du courant alternatif. L’AC a été favorisé pour le
réseau de distribution, car il minimise les pertes sur de grandes distances. Toutefois, avec
l’augmentation de l’utilisation des panneaux PV, des batteries et des bornes de recharge pour
véhicules électriques (EV), qui sont plus aisément intégrés dans les micro-réseaux DC, ces
derniers deviennent une option de plus en plus pertinente dans les nouvelles structures. Les
applications spéciales de micro-réseau comme celles pour les navires, les véhicules électriques
et les systèmes de communication fonctionnent souvent en DC (Justo et al., 2013).

1.1.3 Gestion et stockage de l’énergie


En intégrant les énergies renouvelables comme unique système de production électrique, les
micro-réseaux s’exposent à des fluctuations importantes de génération, ce qui déséquilibre
l’offre et la demande locale. Le stockage électrique est une solution efficace qui permet de
stocker l’électricité excédentaire produite en période de forte production pour la restituer en
période de faible production ou de forte demande (Rohit et al., 2017). Ainsi, le micro-réseau est
plus stable et l’intégration des énergies renouvelables est plus efficace. Le stockage électrique
réduit aussi la dépendance du micro-réseau aux générateurs contrôlables le cas échéant. Les
technologies les plus utilisées dans les micro-réseaux sont les batteries (Lithium-ion, flux
redox, nickel, plomb-acide), le stockage chimique (hydrogène), le stockage électrochimique
(supercondensateurs) et le stockage mécanique (volant d’inertie) (Kandari et al., 2022).
La combinaison de plusieurs technologies est courante pour assumer différents rôles (Amrouche
et al., 2015). Dans un micro-réseau avec production PV, il est courant que l’hydrogène assume
le rôle de stockage énergétique à long terme (en stockant le surplus énergétique de l’été pour
l’hiver) et soit combiné à une batterie qui stocke la production de jour pour la nuit.

Densité de
Catégorie Type Densité Rendement Durée de vie Coût
Puissance
Énergétique
Batterie Lithium-ion Élevée Moyenne Élevé Moyenne Élevé
Flux Redox Faible Moyenne Moyen Élevée Moyen
Nickel Moyenne Moyenne Moyen Moyenne Moyen
Plomb-acide Faible Moyenne Moyen Faible Faible
Stockage Chimique Hydrogène Élevée Moyenne Faible Moyenne Élevé
Électrochimique Super- Faible Élevée Élevé Élevée Élevé
condensateurs
Volant d’iner-
Mécanique Faible Élevée Élevé Moyenne Élevé
tie

Table 1.1 – Comparaison des caractéristiques des technologies de stockage d’énergie


selon les valeurs relevées par diverses sources.

9
Les micro-réseaux électriques

Des caractéristiques spécifiques à chaque technologie guident le choix des systèmes de


stockage d’un micro-réseau. La table 1.1 présente une comparaison de ces caractéristiques
entre les technologies de stockage citées. Les intervalles précis de valeurs pour les différentes
caractéristiques ne sont pas exposés, car les valeurs diffèrent d’une source à l’autre. La densité
énergétique, exprimée en Wh/kg ou Wh/L, définit la quantité maximale d’énergie qu’une
technologie de stockage peut contenir par unité de masse ou de volume. En contraste, la
densité de puissance, mesurée en W/kg ou W/L, caractérise la vitesse avec laquelle cette
technologie peut libérer ou absorber de l’énergie par unité de masse et de volume. Les valeurs
de densité énergétique et de puissance peuvent varier considérablement pour un même moyen
de stockage, selon qu’elles sont exprimées par unité de masse ou de volume. Les technologies
de batterie à flux redox ont une densité énergétique faible, la batterie lithium-ion a une
densité de puissance forte par rapport aux autres batteries (Kebede et al., 2022, Espinar et al.,
2011 et Townsend et al., 2022). La densité énergétique des batteries et du stockage hydrogène
permet d’intégrer les énergies renouvelables au réseau, en lissant les pics de production et de
demande. Les supercondensateurs et le volant d’inertie ont une densité de puissance élevée,
ils peuvent absorber et restituer la puissance électrique facilement. Leur intérêt est donc
de régler des perturbations pour des durées très courtes sur le réseau (Espinar et al., 2011).
Peu flexibles à cause de leur faible densité énergétique, leur emploi seul comme système de
stockage à moyen et long terme n’est pas idéal.
Le rendement des systèmes de stockage, exprimé en pourcentage, est le taux de conservation
de l’énergie sous forme d’électricité après le processus de stockage et de restitution. Dans le
contexte d’un micro-réseau cherchant à intégrer les énergies renouvelables, un rendement
élevé permet d’optimiser l’utilisation des ressources énergétiques fournies par les énergies
renouvelables, minimisant ainsi les pertes et contribuant à une gestion énergétique plus
efficace. Enfin, le coût peut contraindre le choix des technologies impliquées dans un micro-
réseau. Une batterie plomb-acide peut être privilégiée à une batterie lithium-ion pour son
prix et sa durée de vie, malgré une densité énergétique, une densité de puissance et un
rendement plus faibles (Kebede et al., 2022 et Townsend et al., 2022). La durée de vie de
l’unité doit être prise en considération parallèlement à son coût, car un remplacement sera
nécessaire lorsque l’usure atteindra un certain seuil. D’autres caractéristiques sont prises
en compte selon l’usage. Par exemple, le taux d’autodécharge n’est pas à négliger sur un
système de stockage long terme. La précision avec laquelle est évalué l’état de charge d’une
unité et la fréquence avec laquelle il est mesurable pendant l’opération sont importantes pour
une régulation plus fine de l’énergie. Les densités énergétiques et de puissance de la batterie
lithium-ion la rendent intéressante pour les usages mobiles. En revanche, sa puissance dépend
de sa capacité maximale qui décroît à mesure de son vieillissement. Il est estimé qu’une telle
batterie n’est plus utilisable pour un usage mobile lorsque sa capacité est dégradée à plus de
20% (Hesse et al., 2017). L’usure de la batterie lithium-ion étant fonction de son utilisation,
une surveillance régulière et fréquente de divers indicateurs techniques est essentielle. Cela
permet un contrôle précis de l’état de la batterie, contribuant ainsi à minimiser les coûts
de remplacement en prévenant une dégradation accélérée. Les indicateurs pertinents sont
collectés par le système de gestion de la batterie, connu sous l’acronyme BMS (pour Battery
Management System), qui fonctionne en liaison avec l’EMS. Ce système supervise et contrôle
la batterie à court terme. La Figure 1.1 illustre les différentes typologies de micro-réseaux
présentées dans cette section.

10
Contrôle des micro-réseaux

Figure 1.1 – Diagramme résumant les classifications des typologies de micro-réseaux


présentées.

1.2 Contrôle des micro-réseaux


1.2.1 Catégories de contrôle
Le contrôle des micro-réseaux peut être catégorisé en trois niveaux selon la résolution tempo-
relle des décisions de contrôle, ou l’horizon temporel considéré lors de la prise de décision
(De Brabandere et al., 2007, Shahgholian, 2021, Salehi et al., 2022) :

— Niveau primaire : Régulation réactive de la puissance entre différents onduleurs pour le


contrôle de la tension et de la fréquence à une échelle de temps inférieure à la seconde.
— Niveau secondaire : Contrôle en régime permanent pour corriger les écarts de tension
et de fréquence en programmant l’énergie dans la production et le stockage.

11
Les micro-réseaux électriques

— Niveau tertiaire : Planification à long terme pour un fonctionnement optimal du micro-


réseau en termes de coûts.

Les trois niveaux de contrôle dans un micro-réseau ont des fonctions distinctes et sont
interconnectés (F. Gao et al., 2019). Le niveau tertiaire et le niveau secondaire sont gérés par
l’EMS, qui prend des décisions basées sur la connaissance des états des différentes unités du
micro-réseau. Ces niveaux se concentrent sur l’optimisation à long terme et la coordination des
ressources, respectivement. Le niveau de contrôle primaire, en revanche, est propre à chaque
unité et fonctionne sans communication avec les autres, en se concentrant sur la régulation
instantanée et l’équilibre local. C’est un mode de contrôle décentralisé. Le niveau de contrôle
secondaire peut être centralisé ou décentralisé (Bharath et al., 2019, Ouramdane et al., 2021).
Le contrôle est considéré comme centralisé lorsque l’EMS détermine conjointement les opéra-
tions de toutes les unités, à partir d’informations transmises par celles-ci et sur des données
exogènes telles que l’ensoleillement et le prix de l’électricité. Bien que la solution avancée
par l’EMS puisse satisfaire l’ensemble des contraintes (qui lui sont accessibles), la collecte de
données augmente les risques d’erreur, d’autant plus que de multiples variables sont intégrées
dans les équations. Le contrôle est décentralisé s’il inclut une solution de contrôle calculée
localement depuis chaque unité. Les unités reçoivent des informations via leurs capteurs et
des consignes de l’EMS. Les décisions de contrôle sont prises selon les contraintes de chaque
unité. L’EMS tranche sur les décisions finales retenues en considérant les contraintes glo-
bales du micro-réseau. Cela requiert la présence d’outils rapides de communication et de calcul.

Cette structure hiérarchique avec trois niveaux de contrôle permet une gestion flexible et
efficace du micro-réseau. Bien que les trois niveaux de contrôle soient largement étudiés
et présentent des défis et opportunités variés (Vandoorn et al., 2013, F. Gao et al., 2019,
Rodriguez-Martinez et al., 2023), l’effort visant à intégrer les énergies renouvelables afin de
rendre le système plus résilient, économiquement viable et respectueux de l’environnement,
est intrinsèquement lié à la planification à long terme. Cela se situe principalement au niveau
de contrôle tertiaire. Par conséquent, les travaux menés et présentés se focaliseront sur ce
niveau spécifique. Il est défini ici comme la prise de décision sur les flux d’énergie dans un
micro-réseau en fonctionnement stationnaire (Rios et al., 2022), qu’il soit complètement isolé
ou connecté au réseau central de distribution, avec une résolution temporelle minimale de 15
minutes.
Le contrôle tertiaire ou de haut-niveau des micro-réseaux peut être classé en trois catégories
(Battula et al., 2021, Sarwar et al., 2022, Allwyn et al., 2023) :

— Planification des systèmes de stockage et engagement des unités


— Gestion de la demande
— Partage d’énergie entre plusieurs micro-réseaux

Il y a une dépendance entre le type de contrôle et la configuration du micro-réseau, caractérisée


par plusieurs facteurs. Parmi eux, la faisabilité de chaque type de contrôle est influencée
par des éléments tels que la flexibilité de la consommation, la présence de systèmes de
stockage ou d’unités contrôlables de production électrique, et la possibilité de mettre en
liaison plusieurs micro-réseaux. Ces facteurs déterminent les modalités de contrôle dans le
cadre de l’exploitation d’un micro-réseau. La résolution de certains problèmes demande une
combinaison de plusieurs catégories de contrôle.
La planification des systèmes de stockage et l’engagement des unités consistent à
contrôler les systèmes de stockage et de production d’électricité (K. Gao et al., 2021, Battula
et al., 2021). Le stockage absorbe les déséquilibres entre demande et production électrique
en se chargeant et en se déchargeant. Ainsi, l’électricité produite en excès par des sources

12
Contrôle des micro-réseaux

de production renouvelables à certaines heures peut satisfaire des demandes à des heures
ou la production est moins abondante. La gestion d’un générateur contrôlable augmente
l’autonomie du micro-réseau en répondant aux demandes électriques avec une ressource
supplémentaire. L’intérêt est plus marqué lorsque les ressources se font rares (en hiver pour
un micro-réseau à production PV par exemple). Cependant, les unités de production d’énergie
contrôlables sont souvent des unités qui émettent des gaz polluants. Leur utilisation est liée à
un coût environnemental et à un coût d’approvisionnement en combustible. La consommation
du micro-réseau peut être déplacée ou effacée. Lors du fonctionnement du micro-réseau en
mode îloté, la capacité à subvenir de manière autonome aux demandes énergétiques devient
primordiale. Dans ce cas, le pilotage efficace des systèmes de stockage et des unités de
production contrôlables est essentiel.
La gestion de la demande permet de gérer les déséquilibres du réseau en pilotant directe-
ment la demande énergétique (Kanakadhurga et al., 2022, Dahiru et al., 2023). La diminution
de la demande peut stabiliser le réseau, mais dégrade la satisfaction des consommateurs. Un
compromis entre la satisfaction des utilisateurs et la stabilité du réseau est recherché. Le
délestage, le déplacement de charge et l’effacement énergétique sont des techniques de gestion
orientées sur la demande. Le chauffage et la purification de l’air sont des consommations
flexibles, dont l’alimentation peut être programmée. Les horaires d’utilisation des lave-linges
et des lave-vaisselles sont déplaçables : ils peuvent être décalés pendant les heures creuses.
Certains contrôleurs utilisent un prix virtuel de l’électricité au sein du micro-réseau afin
d’influencer les comportements des unités de production et des consommateurs. Il dépend
généralement de la différence entre la génération et la demande d’énergie ainsi que du prix
d’achat de l’électricité extérieure au réseau (dans le cas où le micro-réseau n’est pas îloté)
qui varie avec le temps.
Le partage d’énergie entre plusieurs micro-réseaux améliore l’autonomie de plusieurs
micro-réseaux proches géographiquement (Rashidi et al., 2021). Puisque plusieurs micro-
réseaux peuvent être connectés les uns aux autres, un micro-réseau, avec des problèmes de
stabilité énergétique à un instant, peut être approvisionné par d’autres. Les micro-réseaux
qui surproduisent peuvent également échanger l’énergie excédentaire à un micro-réseau
proche. Des politiques de partage efficaces sont établies, notamment grâce au développement
d’algorithmes qui optimisent un objectif commun préalablement convenu. Pour cela, les
évolutions du prix de l’électricité, de la production, de la consommation et de la capacité de
stockage de chacun doivent être anticipées. Un système de tarification est souvent utilisé pour
donner la priorité à la transmission d’énergie entre les micro-réseaux plutôt qu’à l’échange
avec un réseau extérieur. Le prix de l’électricité fixé entre les micro-réseaux, qu’il soit virtuel
ou non, doit être plus intéressant que l’offre d’un réseau externe.

1.2.2 Méthodologies de contrôle


Le contrôle du micro-réseau peut se faire en minimisant une fonction coût associée à un objectif
(Ahmad Khan et al., 2016). Cet objectif peut être environnemental (émissions), économique
(coûts de carburant, de maintenance, d’achat d’énergie), ou divers (mécontentement des
utilisateurs, pannes, stockage). La stratégie de contrôle peut concilier des objectifs multiples.
S’ils sont contradictoires, un compromis doit être trouvé.
Des algorithmes sont déployés dans l’EMS pour orienter le processus décisionnel. Dans la
littérature, la fréquence décisionnelle de l’EMS sur le contrôle de l’énergie au niveau tertiaire
varie généralement de toutes les heures à toutes les 24 heures (Ahmad et al., 2023). Les entrées
de l’EMS incluent des informations détaillées sur le système à chaque instant, notamment
les données captées par le BMS et les autres unités. Ces informations sont essentielles pour
la prise de décision au sein de l’EMS. Dans les situations où la gestion du micro-réseau est
effectuée en simulation plutôt qu’avec un système réel, une modélisation dynamique des
différentes unités est nécessaire afin de reproduire fidèlement les conditions opérationnelles.

13
Les micro-réseaux électriques

Des contraintes propres au système et à ses unités sont à considérer dans la modélisation
dynamique du micro-réseau. Dans la littérature, les micro-réseaux sont contrôlés de différentes
manières.
Les algorithmes basés sur des règles sont des algorithmes déterministes et ont l’avantage
d’être simples à implémenter. Ces algorithmes opèrent en suivant des règles logiques pré-
établies, où des conditions spécifiques sous la forme de « si [...], alors [...] » régissent les
décisions. Bien que pertinents pour des scénarii où la clarté et la rapidité d’exécution sont
prioritaires, ils peuvent manquer de flexibilité et ne s’appuient que sur des données mesurées
directement (Kanwar et al., 2015).
L’optimisation hors ligne consiste à planifier les décisions à un horizon temporel fixé selon
la modélisation physique du système et des prévisions des données aléatoires. Un algorithme
d’optimisation est utilisé pour résoudre un problème de planification qui consiste à minimiser
un coût sous contrainte. Ces algorithmes sont déterministes et ne mènent pas à une prise
de décision optimale en temps réel mais permettent d’élaborer une stratégie décisionnelle
prévisionnelle. Toute incorporation de données actualisées impliquerait un nouveau calcul
dans son intégralité. Les résultats sont grandement affectés par la qualité des prédictions
(Battula et al., 2021). Il est parfois bénéfique de combiner des modèles de prédiction à la
modélisation analytique du système pour déterminer la valeur de certaines variables (Gamarra
et al., 2015). Pour illustrer cette démarche, Mohamed et al., 2013 a utilisé une modélisation
thermique d’une maison basée sur un circuit RC et l’a combinée à des modèles de données
pour estimer les températures extérieures. Cette approche intégrée, en tenant compte du gain
thermique, a permis de déduire les températures intérieures. Ces méthodologies mixtes sont
nommées boîtes grises, car elles contiennent les caractéristiques des boîtes noires (modèles de
données dont les mécanismes internes ne sont pas explicitement définis) et des boîtes blanches
(modèles analytiques où les équations sont posées).
La Commande prédictive ou Model Predictive Control (MPC) (García et al., 1989)
s’appuie aussi sur les caractéristiques physiques du modèle du micro-réseau pour minimiser
un objectif selon des contraintes. La différence avec l’optimisation hors ligne est que cette
méthodologie intègre les valeurs actualisées des variables à mesure du temps. Contrairement
à l’optimisation hors ligne, le MPC incorpore les mises à jour en temps réel des variables.
Cette approche utilise des algorithmes d’optimisation à plusieurs reprises en adoptant une
fenêtre temporelle glissante (Kamal et al., 2022, Erazo-Caicedo et al., 2022). Cela permet de
recalculer la planification en fonction des nouvelles conditions, adaptant ainsi la solution aux
évolutions et écarts des prédictions initiales.
Il existe une grande variété d’algorithmes d’optimisation pouvant être utilisés pour le contrôle
de micro-réseaux en optimisation hors ligne ou en MPC. Il n’est pas intéressant de les lister
ici de manière exhaustive, mais leurs spécificités permettent de les catégoriser et de les choisir
selon le type de problème à résoudre.
Certains algorithmes sont conçus pour optimiser des variables continues et d’autres des
variables discrètes (ou combinatoires). Un problème d’optimisation intégrant des variables
continues et discrètes est dit à variables mixtes. Si l’espace de valeur des variables est un
ensemble dénombrable, le problème est combinatoire.
Un algorithme d’optimisation peut être déterministe ou stochastique. Alors que ces termes
peuvent évoquer la certitude sur les données en jeu, comme évoqué précédemment pour
distinguer l’optimisation hors ligne du MPC, ils peuvent également qualifier la méthodologie
employée pour la résolution. Une méthode déterministe poursuit un cheminement précis pour
trouver la solution au problème d’optimisation, tandis qu’une méthode stochastique incorpore
des éléments aléatoires pour explorer l’espace des solutions. L’optimisation déterministe est
adaptée à la résolution de problèmes représentables par un modèle dans leur totalité et permet
de calculer un résultat optimal. En revanche, ces méthodologies ne sont pas adaptées aux
problèmes partiellement modélisés. L’optimisation stochastique ne permet pas de parvenir
à un résultat optimal avec certitude, mais elle est adaptée aux variables aléatoires et à la

14
Méthodes de dimensionnement

résolution de problèmes non-convexes.


Parmi les algorithmes stochastiques, les algorithmes méta-heuristiques sont des algorithmes
génériques, développés pour être adaptés à la résolution de nombreux problèmes complexes
(Collet et al., 2007). Ils sont construits pour explorer l’espace des solutions de manière
efficace tout en incorporant des processus aléatoires. Les algorithmes méta-heuristiques sont
couramment inspirés de phénomènes naturels comme l’évolution (Katoch et al., 2021), le
comportement en essaim (Kennedy et al., 1995) ou en meute (Mirjalili et al., 2014).
Enfin, certaines approches de contrôle de micro-réseau sont basées sur des agents. Chaque
entité de contrôle prend des décisions de manière séquentielle et indépendante. Le contrôle
basé sur des agents est adapté pour des décisions prises en temps réel. Si le contrôle est
centralisé, un agent est utilisé pour prendre les décisions séquentiellement. La programmation
dynamique (Bellman, 1958) et l’apprentissage par renforcement (Sutton et al., 1995) sont
des catégories d’algorithmes basées sur un agent. Si le contrôle est décentralisé, on parle de
systèmes multi-agents (Altin et al., 2023). Dans ce cas, les agents prennent des décisions
distinctement et peuvent avoir des objectifs différents. Ces systèmes multi-agents permettent
à chaque entité décisionnelle d’être indépendante et autonome. La théorie des jeux peut être
utilisée pour coordonner la prise de décision des différents agents de manière à atteindre un
équilibre à chaque instant (J.-W. Lee et al., 2021).

1.3 Méthodes de dimensionnement


Le dimensionnement d’un micro-réseau doit être optimisé pour que l’achat des équipements
puisse être amorti tout en conservant l’atteinte des objectifs associés. La localisation du
micro-réseau est la première décision de dimensionnement lorsqu’elle est réalisable. L’accès
aux énergies renouvelables dépend fortement de la localisation du micro-réseau puisqu’une
zone ensoleillée ou bénéficiant de vents réguliers permet de générer plus d’électricité à
partir des ressources naturelles. Les équipements sont dimensionnés selon le productible
renouvelable déterminé en fonction de la localisation et des habitudes de consommation des
utilisateurs. Le stockage et les unités de production sont choisis pour que la demande soit
satisfaite à chaque instant, en considérant les pics de consommation. Le choix des valeurs de
dimensionnement dépend généralement d’autres objectifs à atteindre et se déterminent selon
différents indicateurs présentés à la sous-section 1.3.1. Les différentes méthodologies utilisées
pour le dimensionnement des micro-réseaux sont présentées à la sous-section 1.3.2.

1.3.1 Objectifs et indicateurs


Le coût d’investissement lié à la conception du micro-réseau peut être important, mais il
est nécessaire de prendre en compte des coûts liés à sa phase d’opération pour atteindre
les objectifs associés. Ces objectifs sont de différentes natures (Upadhyay et al., 2014) :
économiques, techniques et liés à l’utilisation d’énergie renouvelable. La réalisation ou non
d’objectifs est vérifiée grâce à des indicateurs.

Indicateurs économiques
Parmi les objectifs économiques, l’indicateur le plus populaire est le coût nivelé de l’énergie, ou
Levelized cost of energy (LCE), exprimé en €/kWh. Son expression est donnée par l’équation
1.1.
CAPEX + OPEX
LCE = ∑︀T (1.1)
t D(t)

Avec CAPEX les dépenses de capital, OPEX les dépenses d’exploitation, D(t) la demande
à l’instant t et T le temps maximum de l’intervalle sur lequel l’indicateur est calculé. En

15
Les micro-réseaux électriques

général, le LCE est comparé au prix de l’électricité du réseau central auquel le micro-réseau
est connecté (François-Lavet, 2017), ou à une valeur cible à ne pas dépasser si le micro-réseau
est isolé. Il est calculable sur des échelles de temps variées allant de la durée de vie du
micro-réseau à la journée. La valeur net actualisée (VNA) est un autre indicateur économique
(Chebabhi et al., 2023) calculé par la soustraction des coûts (comprenant l’investissement)
aux flux de trésorerie actualisés du micro-réseau. Si elle est positive, alors le micro-réseau
est rentable. Le taux de rendement interne (TRI) est un indicateur lié à la VNA puisqu’il
s’agit du facteur d’actualisation nécessaire pour que la VNA soit nulle. Plus cette valeur est
grande et plus le projet est rentable.

Indicateurs liés à l’utilisation d’énergie renouvelable


Les objectifs liés à l’utilisation d’énergie renouvelable prennent différentes formes selon la
nature du micro-réseau. Les générateurs contrôlables sont généralement les unités émettant le
plus de gaz à effet de serre parmi les unités de productions électriques décentralisées. Lorsqu’il
y en a, leur utilisation est souvent associée à un coût d’émission. Le mix énergétique du réseau
central de distribution est pris en compte dans le calcul des émissions d’un micro-réseau
électrique opérant en mode connecté. Une fonction liée aux émissions est donc calculable
(Upadhyay et al., 2014). L’intégration des énergies renouvelables est un objectif considérable
dans la conception d’un micro-réseau électrique. La quantité d’énergie renouvelable produite
en excès (c’est-à-dire ne pouvant être ni stockée ni utilisée pour les demandes locales) est
à minimiser. Le ratio d’excès d’énergie (REE) (An et al., 2015) permet de comparer cette
quantité sur différents horizons temporels. Son expression est donnée par l’équation 1.2.
EPE
REE = (1.2)
EPL + ESR
Avec EPE , EPL et ESR respectivement l’énergie produite en excès, l’énergie produite localement
et l’énergie soutirée au réseau central de distribution. La fraction d’énergie renouvelable
(FER) est un rapport utilisé pour quantifier la part d’énergie d’origine renouvelable utilisée
pour satisfaire la demande locale. L’équation 1.3 présente son expression.
EPR
FER = (1.3)
EPL + ESR
Avec EPR l’énergie produite d’origine renouvelable. Lors du dimensionnement, la minimisation
du REE et la maximisation du FER sont recherchées. D’autres facteurs environnementaux
comme l’analyse de cycle de vie peuvent être optimisés lors du dimensionnement (Mori et al.,
2021).

Indicateurs techniques
Les objectifs techniques sont liés à la satisfaction des utilisateurs. La satisfaction de la
demande des utilisateurs est un objectif primordial pour un micro-réseau, particulièrement
lorsqu’il est isolé. Le facteur de perte équivalent ou Equivalent loss factor (ELF) est le ratio
entre la demande non-approvisionnée et la demande totale (Ardakani et al., 2010). Cette
relation est présentée dans l’équation 1.4.
T
1 ∑︁ DL (t)
ELF = (1.4)
T t=0 D(t)

Avec DL (t) la demande non-approvisionnée à l’instant t. Ce rapport est utile pour déterminer
l’autonomie d’un micro-réseau isolé. Il s’applique à un micro-réseau connecté en ajoutant

16
Conclusion

l’énergie soutirée au réseau central au numérateur et les charges des unités de stockage
au dénominateur. Du point de vue de l’utilisateur, il est nécessaire d’évaluer le nombre de
coupures plutôt que leur amplitude. La probabilité de perte de charge ou loss of power supply
probability (LPSP), dont l’expression est donnée par l’équation 1.5, permet de déterminer
une probabilité de panne (H. Yang et al., 2008).
T
∑︁ tc (t)
LPSP = (1.5)
t=0
T

Avec tc (t) le temps de coupure sur le pas de temps t. L’acceptabilité sociale du projet est à
considérer comme critère d’évaluation lorsque le projet peut susciter de la résistance. L’impact
visuel, acoustique et les effets sur la biodiversité sont à inclure dans la conception (Stigka
et al., 2014).

1.3.2 Méthodologies de dimensionnement


Les objectifs de dimensionnement d’un micro-réseau dépendent de la nature de son fonc-
tionnement, donc des contraintes et de la modélisation dynamique des composants. Une
simulation incluant la phase opératoire est nécessaire puisque des données d’opérations réelles
ne peuvent exister avant la conception du micro-réseau.
Les méthodes de dimensionnement dépendent des outils et des données à disposition. Si les
équations mathématiques qui régissent le système à dimensionner sont disponibles, alors un
modèle analytique peut être employé (Upadhyay et al., 2014). Ces modèles permettent de
décrire les contraintes du micro-réseau. Des algorithmes d’optimisation analytiques (Atia
et al., 2016) ou méta-heuristiques (Abdel-hamed et al., 2019) permettent alors de trouver un
dimensionnement optimal selon les données et la typologie du problème (Ren et al., 2023). Des
outils de simulation et des logiciels spécialisés (HOMER, ODYSSEY, Simulink) permettent
de modéliser et simuler les contraintes et les comportements dynamiques pré-établis lors du
dimensionnement.
Lorsque les données ne sont pas accessibles, des scénarii hypothétiques sont simulés. Afin que
le dimensionnement soit adapté à toute situation et pas uniquement aux scénarii typiques et
attendus, des conditions extrêmes peuvent être simulées. Le dimensionnement optimal pour
de telles conditions est appelé dimensionnement robuste (Pecenak et al., 2020, Gazijahani
et al., 2018).
Lorsqu’un jeu de données est exploitable, le recours à l’optimisation déterministe comme
décrite dans la sous-section 1.2.2 est possible (Roy et al., 2021). Si de nombreuses données
sont disponibles, des modèles prédictifs permettent de les estimer ou de les reproduire avec
une certaine marge d’erreur. L’adaptabilité de la méthodologie s’accroît si le modèle peut
être appliqué à d’autres données en conservant une erreur de prediction limitée (B. Li et al.,
2017). De cette manière, le dimensionnement s’établit avec des données différentes des don-
nées d’entraînement du modèle prédictif et incorpore les éventuelles erreurs de prédictions
observables en conditions réelles.

1.4 Conclusion
Le besoin de décentraliser la production des énergies renouvelables pour faciliter leur intégra-
tion tout en maintenant une stabilité acceptable des réseaux de distribution électriques a
contribué au développement des micro-réseaux électriques. Ces réseaux regroupent localement
la production, la demande et souvent le stockage de l’électricité, et augmentent l’autonomie
des consommateurs vis-à-vis du réseau central de distribution. Ils peuvent opérer en mode
connecté ou îloté.

17
Les micro-réseaux électriques

À cause des fluctuations dans la production d’énergie d’origine renouvelable, leur autonomie
repose sur la qualité du pilotage effectué par un EMS. Le contrôle des unités s’effectue à
différents horizons temporels, entre des temps inférieurs à la seconde pour la sécurité des
installations et jusqu’à plusieurs mois pour la planification à long terme des flux énergétiques.
Le contrôle peut être centralisé ou décentralisé et s’applique à tout type d’unité : production,
stockage et demande électrique. La politique d’échange d’électricité entre des micro-réseaux
est contrôlable dans le cas où ils sont proches. Le contrôle d’un micro-réseau s’effectue avec
un algorithme basé sur des règles, de l’optimisation hors ligne, de la commande prédictive
ou avec une approche basée sur un agent. L’apprentissage par renforcement est une mé-
thodologie stochastique avec un agent dont la stratégie est basée sur des données et une
simulation de l’environnement. Cela rend la politique de contrôle particulièrement adaptable
aux micro-réseaux à production d’électricité renouvelable avec une demande incertaine. Cette
méthodologie sera présentée au chapitre 2 et son utilisation pour le contrôle des micro-réseaux
au chapitre 3.
Le dimensionnement d’un micro-réseau est essentiel pour garantir sa viabilité et vérifier que
ses objectifs sont atteints. Les méthodologies de dimensionnement dépendent des outils de
simulation et des données à disposition.

18
L’apprentissage par renforcement
2
2.1 Des processus de décision de Markov à l’apprentissage par renforcement . . . 19
2.1.1 Processus de décision de Markov . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
2.1.2 Principes de l’apprentissage par renforcement . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
2.1.3 Programmation dynamique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
2.1.4 Algorithmes usuels d’apprentissage par renforcement . . . . . . . . . . . . 27
2.2 Apprentissage par renforcement profond . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
2.2.1 Deep Q-learning . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
2.2.2 Méthodes fondées sur le gradient de politique . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
2.3 Apprentissage par renforcement hors ligne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
2.3.1 Apprentissage par imitation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
2.3.2 Apprentissage par renforcement par batch . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
2.4 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38

L’apprentissage par renforcement ou Reinforcement Learning (RL) est une forme d’appren-
tissage automatique, il n’est ni supervisé ni non-supervisé. C’est l’interaction entre un agent
(apprenant) et son environnement qui produit les données d’apprentissage. Cette classe
d’algorithme est particulièrement adaptée à la résolution de problèmes de Markov avec
prises de décision séquentielles. Dans ce chapitre, les processus de décision de Markov et
la programmation dynamique seront abordés dans la Section 2.1, avant d’introduire les
méthodes usuelles d’apprentissage par renforcement. La Section 2.2 présentera les grandes
classes d’algorithmes d’apprentissage par renforcement profond. Puis la Section 2.3 détaillera
le fonctionnement de certains algorithmes hors ligne d’apprentissage par renforcement.

2.1 Des processus de décision de Markov à


l’apprentissage par renforcement
2.1.1 Processus de décision de Markov
Un processus de décision de Markov ou Markov Decision Process (MDP) est la représentation
mathématique de prises de décision dont les effets sont en partie déterministes et en partie
aléatoires. La prise de décision dans un MDP est séquentielle selon le temps, les décisions
sont prises les unes après les autres. Le but des MDP est de déterminer quelle suite de
prises de décision a la meilleure espérance conformément à un objectif. Différentes entités
définissent un MDP. L’agent est le preneur de décision. Il envoie des signaux d’action At
à son environnement à chaque pas de temps. L’environnement est caractérisé à chaque
instant par des états St , dont chacun est observable ou non par l’agent.

19
L’apprentissage par renforcement

Figure 2.1 – Interaction entre agent et environnement dans un processus de décision


de Markov

Dans de nombreuses représentations de problème, l’environnement inclut l’agent, et ses


caractéristiques sont des états. L’espace d’états de l’environnement et l’espace d’actions
de l’agent sont respectivement 𝒮 et 𝒜. Certains états de l’environnement sont affectés par
l’action de l’agent prise à chaque instant. En plus des signaux d’états observables, l’agent
reçoit un signal numérique appelé récompense Rt : 𝒮 × 𝒜 → R à chaque instant 𝑡. Ces
signaux permettent de considérer la pertinence des états de l’environnement par rapport à un
objectif. Lorsque l’agent a exécuté une action At depuis un état St , l’environnement réagit :
Il change d’état et renvoie le nouvel état St+1 dans lequel il se situe et une récompense Rt ,
positive, nulle ou négative indique la pertinence immédiate de l’action à l’agent. Le but de
l’agent est donc de maximiser les récompenses perçues à long terme.
La Figure 2.1 illustre de manière schématique les échanges de signaux entre agent et envi-
ronnement dans un MDP. L’action prise dans un état ne suffit pas à déterminer le prochain
𝑎
état de l’environnement, on parle de probabilité de transition 𝑃𝑠𝑠 ′ : 𝒮 × 𝒜 × 𝒮 → [0, 1]. La

définition de cette probabilité est donnée avec les Équations 2.1 et 2.2.
𝑎 ′
𝑃𝑠𝑠′ = P (s | s, a) (2.1)
= P (St+1 = s′ | St = s, At = a) (2.2)
𝑎 ′
𝑃𝑠𝑠 ′ est donc la probabilité pour l’environnement d’atteindre l’état 𝑠 à l’instant t + 1 en

sachant qu’il était dans l’état 𝑠 et que l’agent a choisi l’action 𝑎 à l’instant t. Les récompenses
étant dépendantes des états de l’environnement, on peut donc les définir comme dépendantes
de l’action prise par l’agent et de l’état dans lequel l’environnement était au moment de la
prise de décision.

𝑟(𝑠, 𝑎) = E [Rt | St = s, At = a] (2.3)

La probabilité de choisir chaque action selon l’état de l’environnement est appelée politique
et notée 𝜋 : 𝒜 × 𝒮 → [0, 1]. Puisqu’il s’agit d’une probabilité, pour 𝑛 actions possibles depuis
l’état s, on a :
𝑛
∑︁
𝜋(At = a𝑖 | St = s) = 1 (2.4)
𝑖

Une politique étant une probabilité de choisir chaque action selon un état, la probabilité de
prendre chaque action depuis l’état 𝑠 est notée 𝜋(s), la probabilité de choisir une action 𝑎
depuis l’état 𝑠 est notée 𝜋(a | s). La prise de décision dans un MDP est représentée sous la
forme d’arbre décisionnel présenté sur la Figure 2.2. Les MDP peuvent être finis ou infinis.

20
Des processus de décision de Markov à l’apprentissage par renforcement

Figure 2.2 – Représentation d’une décision dans le MDP sous forme d’arbre

Si un MDP est fini, alors il existe au moins un état dans lequel l’interaction agent-
environnement s’arrête. Cet état est appelé état terminal et l’instant auquel il est atteint est
noté 𝑡 = 𝑇 . Si un MDP est fini, les interactions agent-environnement entre l’état initial et
l’état terminal forment un épisode. L’enchaînement d’états et d’actions échantillonnés lors
d’un épisode forment une trajectoire 𝜏 de l’état initial à l’état final. La politique utilisée
pour générer une trajectoire 𝜋(𝜏 ) et les récompenses perçues sur la trajectoire s’expriment
respectivement selon les Équations 2.5 et 2.6.
𝑇
∏︁
𝜋(𝜏 ) = 𝜋(A𝑡 | S𝑡 ) (2.5)
𝑡=0

𝑇
∑︁
𝑅𝜏 = 𝑅𝑡 (2.6)
𝑡=0

La politique d’une trajectoire est la probabilité de choisir chaque action état par état. C’est
donc le produit des politiques de chaque état. Le but de l’apprentissage par renforcement est
de trouver une politique 𝜋 capable de maximiser les récompenses perçues par l’agent que le
MDP soit fini ou non. Dans les sections suivantes on ne s’intéresse qu’aux MDP finis, car
les problèmes liés à cette thèse sont résolus avec un horizon de temps fixé. L’objectif 𝐽 à
maximiser est donc une espérance s’écrivant selon les Équations (2.7, 2.8, 2.9).
[︃ 𝑇 ]︃
∑︁
𝐽(𝜋) = E R𝑡 | 𝜋(S𝑡 , A𝑡 ) (2.7)
𝑡=0
∑︁
= P (𝜏 | 𝜋) R𝜏 (2.8)
𝜏
∑︁
= 𝜋(𝜏 )𝑟(𝜏 ) (2.9)
𝜏

L’Équation 2.7 montre que c’est l’espérance des récompenses obtenues sur un épisode qui
doit être maximisée. Or elle dépend de la politique à chaque état observé. L’Équation 2.8
apparait lorsque cette espérance s’exprime comme la somme des produits entre la valeur
de la variable aléatoire R𝜏 et sa probabilité. Enfin, l’utilisation de l’Équation 2.3 permet
l’obtention de l’Équation 2.9, car la somme des récompenses espérées sur les trajectoires
échantillonnées dépend aussi de la politique 𝜋 sur une trajectoire.

21
L’apprentissage par renforcement

2.1.2 Principes de l’apprentissage par renforcement


Valeur d’état V
Les principes de l’apprentissage par renforcement (RL) reposent sur les interactions entre
agent et environnement. Comme pour les MDP, la fonction à maximiser est l’objectif 𝐽.
L’agent doit apprendre à choisir les meilleures actions dans chaque état dans le but de
maximiser les récompenses perçues tout au long de ces interactions. De la même manière
qu’en apprentissage supervisé une fonction coût doit être minimisée au fur et à mesure des
interactions. Le terme d’entraînement désigne l’apprentissage de l’agent. L’entraînement doit
permettre la convergence vers une séquence d’états pour lesquels les valeurs des récompenses
sont les plus grandes possibles. Pour cela, l’agent utilise les récompenses perçues pour calculer
des valeurs associées aux états de l’environnement. Ces valeurs permettent de cartographier les
bonnes et mauvaises trajectoires pour maximiser les récompenses perçues. Des valeurs élevées
correspondent aux états qui ont mené l’agent à percevoir des récompenses élevées. L’agent
doit donc prendre des décisions qui maximisent les probabilités d’observer les états avec des
valeurs maximales à chaque instant. Les valeurs d’états sont représentées par V : 𝒮 → R à
chaque pas de temps 𝑡. Puisque la valeur dépend de la récompense perçue après décision de
l’agent lorsque St est observé, V(S𝑡 ) dépend du choix d’action de l’agent. V (St ) dépend de
la politique 𝜋 (St ) de l’agent depuis l’état St . On note alors V𝜋 (s) la valeur d’un état s. La
valeur d’un état ne peut qu’être estimée empiriquement, car elle dépend des récompenses
perçues lors de l’interaction entre agent et environnement. On note V ^ l’estimation d’une
valeur d’état. Lorsque l’agent a perçu une récompense Rt suite à une décision At prise depuis
l’état St , la mise à jour de l’estimation V ^ 𝜋 (St ) se fait selon l’Assignation 2.10.

^ 𝜋 (St ) ← V
^ 𝜋 (St ) + 𝛼 Rt − V ^ 𝜋 (St )
[︁ ]︁
V (2.10)

Le coefficient 𝛼 ∈ [0, 1] est le taux d’apprentissage (ou learning rate), c’est un hyper-paramètre
qui nivelle la force de la mise à jour. À chaque nouvelle récompense reçue par l’agent pour
un état s, la valeur de l’état est recalculée. Ainsi, plus un état sera observé, plus l’estimation
de sa valeur sera précise. La récompense R𝑡 dépend de la politique 𝜋(S𝑡 ) de l’agent. Le calcul
de l’estimation de la valeur V ^ 𝜋 (s) peut s’écrire comme sur l’Assignation 2.11.

^ 𝜋 (𝑠) ← V ^ 𝜋 (𝑠) + 𝛼 𝑟(𝑠, 𝜋(𝑠)) − V


^ 𝜋 (𝑠)
[︁ ]︁
V (2.11)

Dans la mesure où le choix de l’agent est fondé sur la maximisation d’un enchaînement de
plusieurs valeurs d’état, la valeur d’un état doit prendre en compte les états suivants. Si la
mise à jour de l’estimation V ^ 𝜋 se fait uniquement selon l’équation 2.10, l’agent ne considère
pas les états futurs, mais uniquement la récompense immédiate. Un facteur d’actualisation
(ou discount factor) 𝛾 ∈ [0, 1] est un hyper-paramètre utilisé pour prendre en compte les
récompenses futures. Pour 𝛾 = 1, toutes les récompenses futures ont le même impact que
la récompense immédiate. Si 𝛾 = 0, seule la récompense immédiate est considérée dans le
calcul de V^ 𝜋 (s). L’ajustement de la valeur d’un état en fonction des suivants s’effectue de
manière récursive et empirique. Lorsqu’un agent observe un état St , il utilise l’estimation de
la valeur de l’état suivant St+1 pour mettre à jour V ^ (St ). Si on sait que l’agent arrivera à un

état s depuis l’état s en appliquant sa politique 𝜋 (s), alors la mise à jour de V ^ 𝜋 (s) s’écrit
selon l’Assignation 2.12.

^ 𝜋 (𝑠) ← V^ 𝜋 (𝑠) + 𝛼 𝑟(𝑠, 𝜋(𝑠)) + 𝛾 V^ 𝜋 (𝑠′ ) − V


^ 𝜋 (𝑠)
[︁ ]︁
V (2.12)

L’équation de mise à jour de l’estimation de la valeur d’un état est toujours de la forme
V ← V + 𝛼 (B − V). Le terme multiplié par 𝛼 est la fonction de coût (ou loss function). Il
correspond à l’erreur de l’estimation et doit être minimisé. Le terme B est la valeur cible
(ou target). C’est la valeur vers laquelle l’algorithme cherche à faire converger l’estimation à

22
Des processus de décision de Markov à l’apprentissage par renforcement

chaque pas de temps. On définit donc la valeur d’un état, cible de l’estimation de l’agent à
travers l’Équation 2.13.
V𝜋 (St ) = 𝑟(𝑠, 𝜋(𝑠)) + 𝛾V𝜋 (𝑠′ ) (2.13)
En réalité, l’application de la politique 𝜋(s) depuis l’état s ne mène pas forcément à l’état s′
si l’environnement est stochastique. L’état de l’environnement suivant la prise de décision
𝜋(𝑠)
n’est pas connu à l’avance. V𝜋 dépend de la probabilité de transition 𝑃𝑠𝑠′ . En explicitant
cette dépendance, l’équation 2.13 devient 2.14.
∑︁ 𝜋(𝑠)
V𝜋 (𝑠) = 𝑟(𝑠, 𝜋(𝑠)) + 𝛾 𝑃𝑠𝑠′ V𝜋 (𝑠′ ) (2.14)
𝑠′
∑︁
= 𝑟(𝑠, 𝜋(𝑠)) + 𝛾 P (𝑠′ | 𝑠, 𝜋 (𝑠)) V𝜋 (𝑠′ ) (2.15)
𝑠′

Enfin, la dépendance des valeurs d’état à la politique 𝜋 s’explicite dans l’Équation 2.16.
[︃ ]︃
∑︁ ∑︁ 𝜋(𝑠)
𝜋 𝜋 ′
V (𝑠) = 𝜋 (𝑎 | 𝑠) 𝑟(𝑠, 𝜋(𝑠)) + 𝛾 𝑃𝑠𝑠′ V (𝑠 ) (2.16)
𝑎 𝑠′

V se définit aussi sous la forme d’une espérance (voir Équation 2.17) :

V𝜋 (𝑠) = E [Gt | St = 𝑠; 𝜋] (2.17)

∑︀𝑇
avec 𝐺𝑡 = k=𝑡 𝛾 k-t Rk appelé retour amorti à partir de l’instant 𝑡.
Chercher à maximiser Gt revient à maximiser les récompenses ultérieures à chaque prise de
décision. La trajectoire maximisant le retour amorti sera identique à la trajectoire maximisant
les récompenses.

Valeur de couple action-état


Une alternative courante à l’estimation des valeurs d’état est l’estimation de la valeur des
couples action-état ou Q-valeur Q : 𝒮 × 𝒜 → R. Cette valeur dépend aussi de la politique 𝜋.

Q𝜋 (s, a) = E [Gt | St = s, At = a; 𝜋] (2.18)

La Q-valeur représente l’espérance du retour amorti suite à la prise de la décision 𝑎 depuis


l’état 𝑠 à l’instant 𝑡. En développant l’Équation 2.18, la Q-valeur peut s’exprimer d’une autre
manière :
[︃ 𝑇 ]︃
∑︁
𝜋 t-k
Q (s, a) = E 𝛾 Rk | St = s, At = a; 𝜋 (2.19)
k=𝑡
[︃ [︃ 𝑇
]︃]︃
∑︁ ∑︁ ∑︁
0 ′ 1 k-t+1 ′
=𝛾 P (St+1 = s , Rt = r | St = s, At = a) r + 𝛾 E 𝛾 Rk | St+1 = s ; 𝜋
s′ r k=t+1
(2.20)
∑︁
𝑎 ′
= 𝑟(s, a) + 𝛾 𝑃𝑠𝑠 ′ E [𝐺t+1 | St+1 = 𝑠 ; 𝜋] (2.21)
𝑠′
∑︁
𝑎 𝜋 ′
= 𝑟(s, a) + 𝛾 𝑃𝑠𝑠 ′ V (s ) (2.22)
s′

La relation entre valeur d’état et Q-valeur (Équation 2.23) est obtenue à partir des Équations
2.22 et 2.16. ∑︁
𝑉 𝜋 (𝑠) = 𝑄𝜋 (s, a)𝜋 (a | s) (2.23)
𝑎

23
L’apprentissage par renforcement

L’estimation empirique Q ^ de la Q-valeur selon la politique 𝜋 se fait aussi itérativement


et de manière récursive à mesure des interactions entre l’agent et l’environnement selon
l’Assignation 2.24.

^ 𝜋 (s, a) ← Q^ 𝜋 (s, a) + 𝛼 𝑟(s, a) + 𝛾 Q


^ 𝜋 (s′ , a′ ) − Q
^ 𝜋 (s, a)
[︁ ]︁
Q (2.24)

Des valeurs peuvent être associées à des états ou à des couples action-état de manière à
maximiser le retour amorti et donc le cumul des récompenses. Lorsque les valeurs de couples
action-états sont bien approximées, la politique générant les trajectoires qui maximisent les
récompenses est identifiable. Elle s’obtient en choisissant l’action pour laquelle la valeur Q
est la plus élevée à chaque état.

Politique optimale
Afin de définir une politique optimale, il est nécessaire de comparer les différentes politiques.
Une politique 𝜋 est supérieure à une politique 𝜋 ′ si toutes les valeurs d’état V𝜋 (s) sont

supérieures à V𝜋 (s), quel que soit s (Voir Équivalence 2.25).

𝜋 ≥ 𝜋 ′ ⇐⇒ ∀s ∈ 𝒮, V𝜋 (s) ≥ V𝜋 (s) (2.25)
*
Une politique 𝜋 * est donc optimale si la fonction valeur d’état associée V𝜋 est toujours
supérieure aux autres, quels que soient les états parcourus (voir Équation 2.26).
*
∀s ∈ 𝒮, V𝜋 (s) = maxV𝜋 (s) (2.26)
𝜋

Les fonctions valeurs d’état ont une équation d’optimalité pour chaque choix d’action (Voir
Équation 2.27). Maximiser une politique revient à choisir l’action qui maximise le retour
espéré depuis chaque état.
(︃ )︃
𝜋* ′
∑︁
𝜋 𝑎
max (V (s)) = max 𝑟(s, a) + 𝛾 𝑃𝑠𝑠′ V (s ) (2.27)
𝜋 a
s′

Ceci est valable pour la fonction associée aux Q-valeurs (voir Équation 2.28).
(︃ )︃
𝜋* ′ ′
∑︁
𝜋 𝑎
max (Q (𝑠, 𝑎)) = 𝑟(𝑠, 𝑎) + 𝛾max

𝑃𝑠𝑠′ Q (𝑠 , 𝑎 ) (2.28)
𝜋 𝑎
𝑠′

La politique optimale pour un état 𝑠 et une action 𝑎 dépend donc du choix de l’action
ultérieure 𝑎′ pour la fonction associée aux Q-valeurs. Il en est de même pour la fonction des
valeurs d’état puisqu’elle dépend de l’action maximisant le retour amorti de l’état suivant 𝑠′ .
Une fois la cartographie des fonctions associées aux valeurs effective, l’action optimale 𝑎*
peut être déterminée à chaque instant selon l’Équation 2.29
(︁ * )︁
𝑎* = arg max Q𝜋 (𝑠, 𝑎) (2.29)
𝑎

En revanche, obtenir une politique optimale peut s’avérer très coûteux en temps de calcul
selon la taille du MDP, à cause de l’exploration que nécessite la cartographie des fonctions V
et Q.

2.1.3 Programmation dynamique


𝑎
Lorsque les probabilités de transitions 𝑃𝑠𝑠′ et la politique de l’agent 𝜋(s, a) sont connues, l’en-

vironnement est parfaitement défini. Dans ce cas, on parle d’apprentissage par renforcement

24
Des processus de décision de Markov à l’apprentissage par renforcement

avec modèle. Si ce n’est pas le cas, l’apprentissage par renforcement est sans modèle. La Pro-
grammation Dynamique ou Dynamic Programming (DP) est une méthode de résolution avec
modèle. Elle est peu utilisable en pratique, car les environnements parfaitement connus sont
rares. La DP est néanmoins présentée dans le but d’appréhender les méthodes de résolution
de problèmes sans modèle. La DP est une succession de deux processus : l’évaluation de la
politique et l’amélioration de la politique. Selon la manière dont ils se succèdent, on parle
d’itération sur la politique ou d’itération sur la valeur.

Évaluation de la politique
Il a été notifié dans la sous-section 2.1.2 que les valeurs d’états et Q-valeurs sont calculées
itérativement. En appelant V𝑘 (s) la valeur de V𝜋 (s) à la k-ième itération, l’Équation 2.16
peut être utilisée pour affecter itérativement des valeurs à V𝑘 (s) :
[︃ ]︃
∑︁ ∑︁ 𝜋(s)

∀s ∈ 𝒮, V𝑘+1 (s) ← 𝜋 (a | s) 𝑟(s, 𝜋(s)) + 𝛾 𝑃ss′ V𝑘 (s ) (2.30)
a s′

Ainsi, en répétant l’Assignation 2.30, la politique d’un agent peut être évaluée.

Algorithme 1 Évaluation de la politique


Entrées : Politique 𝜋 devant être évaluée, 𝜃 ∈ R+ , 𝛾 ∈ [0, 1]
Initialisation : V0 (𝑠) = 0, ∀𝑠 ∈ 𝒮, Δ = 0
Répéter :
∀𝑠 ∈ 𝒮 :
𝑣 ← V(𝑠) [︁ ]︁
𝜋(𝑠)
V(𝑠) ← 𝑎 𝜋 (𝑎 | 𝑠) 𝑟(𝑠, 𝜋(𝑠)) + 𝛾 𝑠′ 𝑃𝑠𝑠′ V(𝑠′ )
∑︀ ∑︀

Δ ← max (Δ, |𝑣 − V(𝑠)|)


Jusqu’à Δ < 𝜃
Sortie : V ≈ V𝜋

L’Algorithme 1 calcule itérativement la fonction valeur d’état V𝜋 de chaque état s selon la


politique 𝜋. Ainsi, il est possible d’évaluer une politique lorsque le MDP est basé sur un
modèle.

Amélioration de la politique
Afin d’obtenir une politique optimale, il faut améliorer la politique au sens de l’Équation 2.25.
L’amélioration d’une politique implique la modification de la probabilité de choisir certaines
actions afin d’augmenter le retour amorti. Par exemple, si pour un état s ∈ 𝒮 il existe une
action a ∈ 𝒜 telle que Q𝜋 (s, a) > V𝜋 (s) alors une politique 𝜋 ′ qui accroit la probabilité de
choisir l’action a depuis l’état s est meilleure que 𝜋.

Q𝜋 (s, a) = Q𝜋 (s, 𝜋 ′ (s)) ≥ V𝜋 (s) ⇒ V𝜋 (s) ≥ V𝜋 (s) (2.31)

Dans l’Implication 2.31, 𝜋 ′ est supérieure à 𝜋 seulement si elle lui est identique excepté pour
l’état s. Si 𝜋 ′ (s) = arg max (𝑄𝜋 (s, a)), alors 𝜋 ′ (s) ≥ 𝜋(s) et 𝜋 ′ est dite gloutonne selon a
a
depuis l’état s. Dans le cas inverse, la politique est douce. En général, une politique est
gloutonne si elle choisit uniquement l’action qui maximise la fonction valeur depuis chaque
état.
L’Algorithme 2 montre l’étape d’amélioration d’une politique. La seule modification de la
politique 𝜋(𝑠) d’un état 𝑠 change la politique globale de l’agent. Ainsi, elle doit donc être
réévaluée pour connaître la valeur de chacun de ses états.

25
L’apprentissage par renforcement

Algorithme 2 Amélioration de la politique


Entrées : Politique 𝜋 devant être améliorée, 𝛾 ∈ [0, 1]
Initialisation :
Pour tout 𝑠 ∈ 𝒮 :
𝑎 ′
∑︀
𝜋(𝑠) ← arg max (𝑟(𝑠, 𝑎) + 𝛾 𝑠′ 𝑃𝑠𝑠′ V(𝑠 ))
𝑎
Sortie : 𝜋

Itération sur la politique


La succession d’évaluations et d’améliorations de politique est appelée itération sur la
politique (Elena et al., 1996). Lorsqu’une politique est évaluée, elle peut être améliorée puis
réévaluée jusqu’à convergence vers la politique optimale. L’Algorithme 3 calcule l’itération

Algorithme 3 Itération sur la politique


Entrées : 𝜃 ∈ R+ , 𝛾 ∈ [0, 1]
Initialisation : ∀𝑠 ∈ 𝒮 : 𝜋(𝑠) ∈ 𝒜(𝑠), V(𝑠) ∈ R choisis arbitrairement
Évaluation de la politique :
Δ←0
Répéter :
∀𝑠 ∈ 𝒮 :
𝑣 ← V(𝑠) [︁ ]︁
𝜋(𝑠)
V(𝑠) ← 𝑎 𝜋 (𝑎 | 𝑠) 𝑟(𝑠, 𝜋(𝑠)) + 𝛾 𝑠′ 𝑃𝑠𝑠′ V(𝑠′ )
∑︀ ∑︀

Δ ← max (Δ, |𝑣 − V(𝑠)|)


Jusqu’à Δ < 𝜃
Amélioration de la politique :
stable ← 1
∀𝑠 ∈ 𝒮 :
𝑎 ← 𝜋(𝑠) (︁ )︁
𝜋(𝑠)
𝑃𝑠𝑠′ V(𝑠′ )
∑︀
𝜋(𝑠) ← arg max 𝑟(𝑠, 𝜋(𝑠)) + 𝛾 𝑠′
𝑎
Si 𝑎 ̸= 𝜋(𝑠) Alors stable ← 0
Si stable = 0
Retourner à l’étape Évaluation de la politique
Sortie : V, 𝜋

sur la politique. Chaque itération induit une évaluation entière de la politique. Cela peut
demander beaucoup de ressources de calcul. Il est possible de tronquer l’évaluation de la
politique de plusieurs manières. La plus répandue est l’itération sur la valeur (Elena et al.,
1996).

Itération sur la valeur


L’itération sur la valeur consiste à arrêter l’évaluation de la politique après une seule itération
sur la politique. Ainsi les itérations d’évaluation et d’amélioration de la politique se font en
une seule étape. À chaque évaluation, le calcul de valeur d’un état ne dépend plus que de
l’action gloutonne. (︃ )︃
∑︁
𝜋 𝑎 𝜋 ′
V (s) ← max 𝑟(s, a) + 𝛾 𝑃𝑠𝑠′ V (s ) (2.32)
a
s′

La seule différence avec le calcul d’une valeur d’état pour l’évaluation de politique réside dans
la présence de l’opérateur max dans l’Affectation 2.32 qui permet d’améliorer la politique en
a
la rendant gloutonne et donc déterministe. L’Algorithme 4 représente l’itération sur la valeur.

26
Des processus de décision de Markov à l’apprentissage par renforcement

Algorithme 4 Itération sur la valeur


Entrées : 𝛾 ∈ [0, 1]
Initialisation : V0 = 0, ∀𝑠 ∈ 𝒮, Δ = 0
Répéter :
∀𝑠 ∈ 𝒮 :
𝑣 ← V(𝑠) (︁ )︁
𝜋(𝑠)
V(𝑠) ← max 𝑟(𝑠, 𝜋(𝑠)) + 𝛾 𝑠′ 𝑃𝑠𝑠′ V(𝑠′ )
∑︀
𝑎
Δ ← max (Δ, |𝑣 − V(𝑠)|)
Jusqu’à Δ < 𝜃
Sortie : V ≈ V*

Ainsi, il existe différentes manières de calculer une politique optimale en DP. Le problème
principal de ces méthodes réside dans le postulat que les probabilités de transition et le
système de récompense soient parfaitement connus.

2.1.4 Algorithmes usuels d’apprentissage par renforcement


Les algorithmes de RL peuvent s’appliquer sans modèle. Les probabilités de transition et les
récompenses s’infèrent itérativement à mesure des interactions entre agent et environnement.
Parmi les modèles les plus classiques, la méthode de Monte-Carlo et la méthode de la
différence temporelle (TD) seront présentées dans cette section.

Monte-Carlo
L’algorithme de Monte-Carlo (Sutton et al., 1995) simule un épisode entier avec une politique,
puis utilise la moyenne des retours amortis obtenus pour mettre à jour les valeurs d’état.
Comme dans la sous-section 2.1.3, l’algorithme évalue la politique et l’améliore. L’évaluation de
la politique consiste à générer des épisodes d’interactions avec une politique fixée, enregistrer
la valeur des retours amortis et calculer la valeur de chaque état grâce à la moyenne des
retours amortis observés.

Algorithme 5 Évaluation de la politique de Monte-Carlo


Entrées : Politique 𝜋 devant être évaluée, 𝛾 ∈ [0, 1]
Initialisation : ∀𝑠, 𝑎 ∈ 𝒮 × 𝒜 : 𝐺(𝑠, 𝑎) = 0, 𝑁 (𝑠, 𝑎) = 0
Répéter toujours :
Générer un épisode de 𝑡 = 0 à 𝑡 = 𝑇 en utilisant 𝜋
Pour chaque couple action-état (𝑠, 𝑎) apparaissant dans l’épisode généré,
𝑡 = 𝑇 − 1, 𝑇 − 2, ..., 0 :∑︀
𝑇
𝐺(𝑠, 𝑎) ← 𝐺(𝑠, 𝑎) + 𝑘=𝑡 𝛾 𝑘−𝑡 𝑅𝑘
𝑁 (𝑠, 𝑎) ← 𝑁 (𝑠, 𝑎) + 1
1
Q(𝑠, 𝑎) = 𝑁 (𝑠,𝑎) 𝐺(𝑠, 𝑎)
𝜋
Sortie : Q ≈ Q

L’Algorithme 5 montre la manière d’évaluer une politique avec la méthode de Monte-Carlo.


Un nombre suffisant de simulations permet d’obtenir une bonne approximation de V𝜋 sans
𝑎
connaître 𝑃𝑠𝑠 ′ ni 𝑟(𝑠, 𝑎). Cette méthode permet d’évaluer les valeurs d’état 𝑉 de la même

manière qu’il évalue 𝑄 dans l’Algorithme 5. En revanche, si la politique est gloutonne,


certains états ne seront jamais observés. Dans ce cas, la politique sera évaluée en considérant
uniquement les quelques états observés. Une solution consiste à améliorer la politique de
manière douce en retournant une probabilité non-nulle de sélectionner chaque action depuis
chaque état. La phase d’amélioration de politique est appelée contrôle en RL.

27
L’apprentissage par renforcement

Algorithme 6 Contrôle Monte-Carlo On-policy


Entrées : Politique 𝜋 arbitraire, 𝛾 ∈ [0, 1], 𝜀 ∈ [0, 1]
Initialisation : ∀𝑠, 𝑎 ∈ 𝒮 × 𝒜 : 𝐺(S𝑡 , A𝑡 ) = 0, 𝑁 (𝑠, 𝑎) = 0
Répéter toujours :
Générer un épisode de 𝑡 = 0 à 𝑡 = 𝑇 en utilisant 𝜋
Pour chaque tuple (S𝑡 , A𝑡 , R𝑡 ) apparaissant dans l’épisode généré, 𝑡 = 𝑇 −1, 𝑇 −2, ..., 0 :
∑︀𝑇
𝐺(S𝑡 , A𝑡 ) ← 𝐺(S𝑡 , A𝑡 ) + 𝑘=𝑡 𝛾 𝑘−𝑡 𝑅𝑘
𝑁 (S𝑡 , A𝑡 ) ← 𝑁 (S𝑡 , A𝑡 ) + 1
Q(S𝑡 , A𝑡 ) = 𝑁 (S1𝑡 ,A𝑡 ) 𝐺(S𝑡 , A𝑡 )
Changer la politique en utilisant l’opérateur arg max :
𝑎
𝜀
{︃
1 − 𝜀 + |𝒜(S𝑡 )| si 𝑎 = arg max (𝑄(S𝑡 , 𝑎))
𝜋(𝑎 | S𝑡 ) = 𝜀
𝑎
|𝒜(S𝑡 )| pour chacune des autres actions

Dans l’Algorithme 6, un réel 𝜀 est utilisé pour déterminer une probabilité non-nulle de choisir
chaque action. Si 𝜀 décroit au fur et à mesure des itérations, alors l’algorithme convergera
vers une politique gloutonne. Ce compromis entre l’emploi d’une politique douce pour ob-
server plus d’états ou de couples action-état et d’une politique gloutonne pour maximiser
les retours amortis est appelé compromis exploration/exploitation. L’exploration consiste
à prendre des décisions pour observer des états dans le but d’affiner l’évaluation. Tandis
que l’exploitation consiste à prendre des décisions qui maximisent les retours amortis pour
améliorer la politique. Avec l’Algorithme 6, la politique évaluée par l’agent est la politique
qu’il déploie lors de l’échantillonnage d’épisodes. C’est un algorithme On-policy. Ces termes
sont employés, car l’agent met à jour la politique à mesure qu’il l’utilise.

Algorithme 7 Contrôle Monte-Carlo Off-policy


Entrées : Politique 𝜋 gloutonne arbitraire, politique 𝑏 douce arbitraire, 𝛾 ∈ [0, 1]
Initialisation : ∀𝑠, 𝑎 ∈ 𝒮 × 𝒜 : 𝐶(𝑠, 𝑎) = 0, 𝑁 (𝑠, 𝑎) = 0
Répéter toujours :
Générer un épisode de 𝑡 = 0 à 𝑡 = 𝑇 en utilisant 𝑏
𝐺←0
𝑊 ←1
Répéter pour chaque couple action-état (S𝑡 , A𝑡 ) apparaissant dans l’épisode généré,
𝑡 = 𝑇 − 1, 𝑇 − 2, ..., 0 :
𝐺 ← 𝛾𝐺 + 𝑅𝑡+1
𝐶(S𝑡 , A𝑡 ) ← 𝐶(S𝑡 , A𝑡 ) + 𝑊
Q(S𝑡 , A𝑡 ) = 𝐶(S𝑊
𝑡 ,A𝑡 )
[𝐺 − 𝑄(S𝑡 , A𝑡 )]
Changer la politique en utilisant l’opérateur arg max (𝑄(S𝑡 ), 𝑎) :
𝑎
𝜋(S𝑡 ) ← arg max (𝑄(S𝑡 , a))
𝑎
Si A𝑡 ̸= 𝜋(S𝑡 ) :
Quitter la boucle de l’épisode généré
𝑊 ← 𝑊 𝑏(A𝑡1,S𝑡 )

Une autre méthode consiste à séparer la politique apprise 𝜋(s, a) de la politique déployée
𝑏(s, a) par l’agent lors de l’échantillonnage des épisodes. La politique utilisée pour échan-
tillonner un épisode est appelée politique comportementale. Un tel algorithme est Off-policy.
Un algorithme Off-policy peut apprendre une politique gloutonne tout en explorant pour
mettre à jour la valeur des états ou les Q-valeurs. La politique apprise n’est pas la politique

28
Des processus de décision de Markov à l’apprentissage par renforcement

déployée, car l’agent explore alors qu’il apprend une politique gloutonne. L’avantage d’une
telle méthode est la souplesse de l’exploration, l’agent ne tend pas forcément vers une politique
gloutonne dans son comportement et peut échantillonner des trajectoires variées.
L’Algorithme 7 est un exemple de Monte-Carlo utilisé en Off-policy pour une politique
comportementale quelconque. L’algorithme de Monte-Carlo a l’avantage d’être utilisable sans
modèle de l’environnement. C’est souhaitable pour la majorité des problèmes de contrôle,
car les modèles sont rarement explicites. En revanche, les calculs des valeurs d’états sont
indépendants. Pour que la méthode soit efficace, toutes les paires action-état doivent donc
être explorées.

Différence temporelle (TD)


En apprentissage par différence temporelle (TD-learning), la valeur des états ou les Q-valeurs
des états suivants sont calculées récursivement comme en DP, mais l’agent apprend sans
modèle de l’environnement. L’apprentissage est réalisé à partir de l’échantillonnage de ses
décisions comme la méthode de Monte-Carlo, mais il calcule la valeur de ses états et Q-
valeurs en fonction des Q-valeurs des couples action-état ou de la valeur des états suivants.
L’évaluation de la politique par TD ressemble à l’évaluation par Monte-Carlo à la différence
qu’elle inclut la Q-valeur des couples action-état suivants.
La manière d’explorer la plus classique consiste à choisir un taux d’exploration 𝜀 ∈ [0, 1].
L’action qui maximise le retour amorti est prise avec une probabilité 1 − 𝜀, sinon une action
aléatoire est choisie avec une probabilité 𝜀. Une telle politique est qualifiée de 𝜀-gloutonne.
Comme la méthode de Monte-Carlo, l’apprentissage TD peut s’effectuer en On-policy ou en
Off-policy. L’algorithme TD en On-policy est SARSA (Rummery, G.A et al., 1994) tandis
que l’algorithme en Off-policy est le Q-learning (Watkins, Christopher J. C. H. et al., 1992).
Dans les deux cas, la différence avec l’algorithme de Monte-Carlo est que les Q-valeurs sont
calculées à chaque interaction entre l’agent et l’environnement et non à la fin d’un épisode
d’interaction. L’algorithme SARSA met à jour 𝑄(S𝑡 , A𝑡 ) en fonction de 𝑄(S𝑡+1 , A𝑡+1 ) issue
de la politique comportementale à l’instant 𝑡 + 1.

Algorithme 8 SARSA, apprentissage TD en On-policy


Entrées : Politique 𝜋 gloutonne arbitraire, 𝜀 ∈ [0, 1], 𝛾 ∈ [0, 1], 𝛼 ∈ [0, 1]
Initialisation : ∀𝑠, 𝑎 ∈ 𝒮 × 𝒜 : Q(𝑠, 𝑎) arbitraire
Répéter pour chaque épisode :
Initialiser S0
Choisir A0 depuis S0 en utilisant une politique dérivée de 𝜋 (𝜀-gourmande par exemple)

Répéter pour chaque pas de l’épisode 𝑡 = 0, 1, ..., 𝑇 − 1 :


Observer R𝑡 , S𝑡+1
Choisir A𝑡+1 depuis S𝑡+1 en utilisant une politique dérivée de 𝜋 (𝜀-gourmande
par exemple)
Q(S𝑡 , A𝑡 ) ← Q(S𝑡 , A𝑡 ) + 𝛼 [R𝑡 + 𝛾Q(S𝑡+1 , A𝑡+1 ) − Q(S𝑡 , A𝑡 )]
S𝑡 ← S𝑡+1
A𝑡 ← A𝑡+1
Jusqu’à atteindre un état terminal

L’Algorithme 8 montre la manière dont SARSA met à jour itérativement les Q-valeurs en
fonction des Q-valeurs des couples action-état suivants.
Contrairement à SARSA, l’algorithme de Q-learning (Algorithme 9) met à jour les Q-valeurs
𝑄(S𝑡 , A𝑡 ) indépendamment de la politique utilisée à l’instant 𝑡 + 1, mais en fonction de la
Q-valeur de l’action maximisant le retour amorti depuis l’état 𝑆𝑡+1 .

29
L’apprentissage par renforcement

Algorithme 9 Q-learning, apprentissage TD en Off-policy


Entrées : Politique 𝜋 gloutonne arbitraire, 𝜀 ∈ [0, 1], 𝛾 ∈ [0, 1], 𝛼 ∈ [0, 1]
Initialisation : ∀𝑠, 𝑎 ∈ 𝒮 × 𝒜 : Q(𝑠, 𝑎) arbitraire
Répéter pour chaque épisode :
Initialiser S0
Répéter pour chaque pas 𝑡 de l’épisode 𝑡 = 0, 1, ..., 𝑇 − 1 :
Choisir A𝑡 depuis S𝑡 en utilisant une politique dérivée de 𝜋 (𝜀-gourmande
par exemple)
Observer R𝑡 , S𝑡+1 [︁ ]︁
Q(S𝑡 , A𝑡 ) ← Q(S𝑡 , A𝑡 ) + 𝛼 R𝑡 + 𝛾𝑚𝑎𝑥Q(S𝑡+1 , 𝑎) − Q(S𝑡 , A𝑡 )
𝑎
S𝑡 ← S𝑡+1
Jusqu’à atteindre un état terminal

La différence entre l’apprentissage TD et la méthode de Monte-Carlo est que l’apprentissage


TD se fait au sein d’un épisode, avec la relation de récurrence entre la valeur d’un état et de
l’état suivant. En revanche, les deux méthodes nécessitent d’explorer tous les états ou couples
action-état. Ces méthodes d’apprentissage par renforcement ne sont pas appropriées lorsque
les espaces sont trop grands. De plus, à de nombreux problèmes sont associés des espaces
d’état et d’action indénombrables. C’est le cas lorsque les valeurs d’état ou d’action sont prises
dans un espace de variables continues. Dans ce cas, il y a une infinité de valeurs à calculer
et aucun de ces algorithmes ne converge. La solution est l’apprentissage par renforcement
profond.

2.2 Apprentissage par renforcement profond


La méthode de Monte-Carlo et l’apprentissage TD fonctionnent pour des environnements aux
espaces d’état et d’action discrets. Les états ou les actions continus peuvent être discrétisés,
la précision du modèle de l’environnement diminuera en conséquence. Plus la discrétisation
est fine, plus le nombre d’états et d’actions nécessaires pour représenter l’environnement est
important. L’estimation empirique de chaque valeur prend plus de temps dans des espaces
larges. Avec l’apprentissage par renforcement profond, des réseaux de neurones sont utilisés
pour prédire les Q-valeurs (voir sous-section 2.2.1) ou pour mettre à jour directement la
politique d’un agent (voir sous-section 2.2.2).

2.2.1 Deep Q-learning


Le Deep Q-Learning (DQN) (Mnih et al., 2013) est une méthode fondée sur le Q-learning.
On parle d’apprentissage profond, car l’estimation des Q-valeurs de chaque action vient
d’un réseau de neurones. Ce réseau de neurones est appelé Q-réseau Q𝜃 (𝑠, 𝑎), avec 𝜃 son
paramétrage. Ainsi, les valeurs de chaque état sont les entrées du Q-réseau, les sorties sont
les Q-valeurs associées à chaque action. En conséquence, les actions sont en nombre fini.
Le calcul des Q-valeurs est le résultat d’une régression effectuée par le Q-réseau. Le DQN
est régi par la même équation que le Q-learning. On note Q𝜃 (S𝑡 , A𝑡 ) la valeur du couple
action-état (S𝑡 , A𝑡 ) calculée par le Q-réseau.
(︁ )︁
Q𝜃 (S𝑡 , A𝑡 ) ← Q𝜃 (S𝑡 , A𝑡 ) + 𝛼 R𝑡 + 𝛾max (Q𝜃 (S𝑡+1 , 𝑎)) − Q𝜃 (S𝑡 , A𝑡 ) (2.33)
𝑎

L’Assignation 2.33 est l’actualisation itérative des valeurs de Q𝜃 . Comme en Q-learning,


l’opérateur max est utilisé pour la prédiction de la Q-valeur de l’instant suivant. Le problème
𝑎
mis en évidence par l’Assignation 2.33 est la non-stationnarité de la cible de l’apprentissage.

30
Apprentissage par renforcement profond

Mémoire de
Environnement
relecture

Réseau de
Fonction de coût prédiction
Prédiction

Mise à jour

Réseau cible
Prédiction Réseau de prédiction

Échantillonnage d'interactions
Mise à jour des Q-réseaux Recopier les paramètres
chaque N itérations

Figure 2.3 – Représentation schématique de l’algorithme de DQN

Comme vu à la Section 2.1, la mise à jour se fait selon une cible dont la prédiction de la
Q-valeur doit se rapprocher. Ici, la cible dépend d’une prédiction faite par le Q-réseau avec
le paramètre 𝜃 mis à jour. La valeur de la cible évolue donc au cours de l’apprentissage, la
convergence n’est pas garantie. Une solution est de maintenir la valeur de 𝜃 pendant 𝑁𝑐𝑖𝑏𝑙𝑒
itérations. Il y a alors deux réseaux : un réseau de prédiction paramétré par 𝜃 est mis à
jour à chaque itération d’entraînement, tandis qu’un réseau cible paramétré par 𝜃− , utilisé
uniquement pour prédire la cible, est mis à jour toutes les 𝑁𝑐𝑖𝑏𝑙𝑒 itérations. L’Assignation
2.33 devient l’Assignation 2.34.
(︁ )︁
Q𝜃 (S𝑡 , A𝑡 ) ← Q𝜃 (S𝑡 , A𝑡 ) + 𝛼 R𝑡 + 𝛾max (Q𝜃− (S𝑡+1 , 𝑎)) − Q𝜃 (S𝑡 , A𝑡 ) (2.34)
𝑎

La Figure 2.3 représente schématiquement le fonctionnement du DQN. Elle met en évidence


l’utilisation de deux réseaux de neurones pour le calcul de la fonction coût 𝐿 du DQN. Ce
coût est l’écart quadratique entre la cible R𝑖 + 𝛾max (Q𝜃− (𝑆𝑖+1 , 𝑎)) et la prédiction du
𝑎
Q-réseau Q𝜃 (𝑆𝑖 , 𝐴𝑖 ) comme le montre l’Équation 2.35.
(︁ )︁2
𝐿 (𝜃) = R𝑖 + 𝛾max (Q𝜃− (𝑆𝑖+1 , 𝑎)) − Q𝜃 (𝑆𝑖 , 𝐴𝑖 ) (2.35)
𝑎

Le Q-réseau peut aussi être vu comme un classificateur, car l’action associée à la plus grande
Q-valeur prédite sera sélectionnée avec une probabilité plus grande dans le cas d’une politique
comportementale 𝜀-gloutonne. Sur la Figure 2.3, à droite, la manière d’échantillonner des
tuples est représentée. Le Q-réseau est utilisé pour calculer les Q-valeurs et l’action est
échantillonnée selon 𝜀. La mise à jour des Q-réseaux est représentée à gauche de la figure. Les
tuples échantillonnés sont stockés dans une mémoire de relecture, décrite dans le paragraphe
suivant. Cette mémoire permet de mettre à jour le Q-réseau paramétré par 𝜃 selon l’Équation
2.35. Un réseau de neurones supplémentaire est utilisé pour calculer la cible de cette équation.
C’est le Q-réseau mis à jour qui est utilisé pour échantillonner des interactions à droite de la
figure.
La Q-valeur calculée influence les actions de l’agent et donc les prochains états en entrée du
Q-réseau. Ces états consécutifs sont fortement corrélés, ce qui peut entraîner un apprentissage
inefficace ou instable. En conséquence, une mémoire de relecture, visible sur la Figure 2.3,
est utilisée. Cette mémoire stocke les tuples (S𝑡 , A𝑡 , R𝑡 , S𝑡+1 ) échantillonnés par l’interaction
de l’agent avec son environnement. Le Q-réseau peut prélever de manière aléatoire des tuples
déjà échantillonnés par l’agent en tant qu’entrées pour son apprentissage. Il évite ainsi de
se mettre à jour uniquement sur les choix et observations récents de l’agent. Ainsi, une
méthodologie similaire au Q-learning peut s’appliquer sur des environnements aux états
indénombrables grâce à l’utilisation d’un Q-réseau. En revanche, le DQN ne s’applique pas

31
L’apprentissage par renforcement

aux espaces d’action continus puisque chaque sortie du Q-réseau est une valeur associée à
chaque action. Le Deep Q-learning a évolué vers des algorithmes plus avancés comme le
Prioritized Experience Replay (Schaul et al., 2016), le Double DQN (van Hasselt et al., 2015),
ou le dueling Deep Q-learning (Z. Wang et al., 2015) qui sont des versions plus stables ou
efficaces (en fonctionnant avec moins d’échantillons d’observation).

2.2.2 Méthodes fondées sur le gradient de politique


Une autre approche d’apprentissage par renforcement profond consiste à utiliser un ou
plusieurs réseaux de neurones pour mettre à jour directement la politique d’un agent. Les
sorties d’un tel réseau de neurones seraient les probabilités de choix de chaque action ou une
distribution de probabilités si l’espace d’actions est continu. Soit 𝜏 ∼ 𝜋𝜃 (𝜏 = (S0 , A0 , ..., S𝑇 ))
une trajectoire échantillonnée suivant la politique 𝜋𝜃 issue d’un réseau de neurones paramétré
par 𝜃, la fonction objectif à maximiser en lien avec la fonction récompense peut alors s’écrire
selon l’Équation 2.36.

𝐽(𝜃) = E𝜏 ∼𝜋𝜃 [𝑅𝜏 ] (2.36)


∫︁
= P (𝜏 | 𝜋𝜃 ) 𝑅𝜏 𝑑𝜏 (2.37)
∫︁𝜏
= 𝜋𝜃 (𝜏 )𝑟(𝜏 )𝑑𝜏 (2.38)
𝜏

L’Équation 2.37 s’obtient en exprimant l’espérance sur la trajectoire 𝜏 . L’Équation 2.3


permet de parvenir à l’Équation 2.38. Cette dernière équation s’obtient en exprimant la
probabilité d’une trajectoire selon la politique 𝜋𝜃 par l’Équation 2.5. Comme dans les sections
précédentes, l’objectif reste de modifier la politique afin de trouver la trajectoire qui maximise
les récompenses. Les paramètres à modifier itérativement pour maximiser 𝐽 sont 𝜃. Comme
les espaces sont continus, la mise à jour de 𝜃 se fait selon l’Assignation 2.39.

𝜃 ← 𝜃 + 𝛼∇𝜃 𝐽(𝜃) (2.39)

L’estimation du gradient ∇𝜃 𝐽(𝜃), appelé gradient de politique, est nécessaire. D’après les
Équations 2.38 et 2.5 ce gradient s’écrit selon l’Équation 2.40.
∫︁
∇𝜃 𝐽(𝜃) = ∇𝜃 𝜋𝜃 (𝜏 )𝑟(𝜏 )𝑑𝜏 (2.40)
𝜏

𝜋𝜃 (𝜏 )∇𝜃 log 𝜋𝜃 (𝜏 ) = ∇𝜃 𝜋𝜃 (𝜏 ) (2.41)


Grâce à l’Équation 2.41 (Schulman, 2016), le gradient de politique s’exprime comme l’Équation
2.42.
∫︁
∇𝜃 𝐽(𝜃) = ∇𝜃 𝜋𝜃 (𝜏 )𝑟(𝜏 )𝑑𝜏 (2.40)
𝜏
∫︁
= 𝜋𝜃 (𝜏 )∇𝜃 log 𝜋𝜃 (𝜏 )𝑟(𝜏 )𝑑𝜏 (2.42)
𝜏
= E𝜏 ∼𝜋𝜃 [∇𝜃 log 𝜋𝜃 (𝜏 )𝑅𝜏 ] (2.43)

Puisque le gradient de politique s’exprime comme une espérance d’après l’Équation 2.43, il
est possible de l’estimer empiriquement. Le gradient de politique se calcule en utilisant des
données échantillonnées sur une trajectoire entière. Similairement à la méthode de Monte
Carlo, la mise à jour du réseau de neurones se fait donc une fois l’échantillonnage d’un
épisode terminé. Les récompenses échantillonnées 𝑅𝜏 ne dépendent pas directement de 𝜃 que
l’on cherche à mettre à jour, mais de la trajectoire 𝜏 générée selon 𝜋𝜃 . La différenciation

32
Apprentissage par renforcement profond

cherchée l’est selon 𝜃, on peut donc écrire l’équation 2.44.


[︃ 𝑇 ]︃
∑︁
∇𝜃 𝐽(𝜃) = E𝜏 ∼𝜋𝜃 ∇𝜃 log 𝜋𝜃 (S𝑡 , A𝑡 ) 𝑅𝜏 (2.44)
𝑡=1

Une forme plus adaptée au calcul itératif du gradient de politique pour la mise à jour de 𝜃
s’écrit selon l’Équation 2.45, avec 𝑁 le nombre de trajectoires générées.
𝜏𝑁
[︃ 𝑇 ]︃
1 ∑︁ ∑︁
∇𝜃 𝐽(𝜃) = ∇𝜃 𝑙𝑜𝑔𝜋𝜃 (S𝑡 , A𝑡 ) 𝑅𝜏 (2.45)
𝑁 𝜏 =𝜏 𝑡=1
1

Comme avec les méthodes de RL plus classiques, un facteur d’actualisation 𝛾 peut pondérer
l’influence des récompenses lointaines dans le calcul du gradient de politique. Le retour amorti
𝐺𝑡 peut donc être utilisé à la place de la somme des récompenses le long d’une trajectoire
𝑅𝜏 . C’est le cas dans l’algorithme REINFORCE (Sutton et al., 1999) (Algorithme 10). Il
est prouvé (Schulman, 2016) que pour toute fonction 𝑏 dépendant uniquement de l’état,
l’Équation 2.46 est vérifiée.

E𝜏 ∼𝜋𝜃 [∇𝜃 log(𝜋𝜃 (S𝑡 , A𝑡 ))𝑏(S𝑡 )] = 0 (2.46)

𝑏 est appelé base de référence. Puisque l’Équation 2.46 est valide pour n’importe quel 𝑏(S𝑡 ),
dépendant de l’état, il est possible de soustraire n’importe quelle base de référence à la
récompense perçue dans l’Équation 2.45. Cette opération est présentée dans l’Équation 2.47.
Cela permet de réduire la variance due à l’échantillonnage sans changer l’espérance utilisée
pour calculer le gradient de politique.
𝑁
[︃(︃ 𝑇 )︃ (︃ 𝑇 )︃]︃
1 ∑︁ ∑︁ ∑︁
∇𝜃 𝐽(𝜃) = ∇𝜃 log 𝜋𝜃 (S𝑡 , A𝑡 ) 𝑅(S𝑡 , A𝑡 ) − 𝑏(S𝑡 ) (2.47)
𝑁 1 𝑡=1 𝑡=1

Si le gradient de politique est écrit avec l’Équation 2.47, la force et la direction de la mise à
jour se déterminent selon l’écart entre la base de référence et les récompenses obtenues. Il est
prouvé que la base de référence peut aussi être la fonction d’estimation de Q-valeur 𝑄𝜋𝜃 bien
qu’elle dépende des actions.
Ainsi, plusieurs algorithmes d’apprentissage par renforcement profond fondés sur le gradient
de politique se différencient par la fonction qui leur sert de base de référence. Quelques
exemples de fonction 𝑏 avec le nom de l’algorithme associé sont montrés dans les Équations
(2.48, 2.49, 2.50) (Konda et al., 1999 ; Mnih et al., 2016 ; Sutton et al., 1999) :
[︃ 𝑇 𝑇
]︃
∑︁ ∑︁
∇𝜃 𝐽(𝜋𝜃 ) = E (∇𝜃 log 𝜋𝜃 (𝑎𝑡 |𝑠𝑡 )) 𝐺𝑡′ REINFORCE (2.48)
𝜏 ∼𝜋𝜃
𝑡=0 𝑡′ =𝑡
[︃ 𝑇
]︃
∑︁
𝑤
= E (∇𝜃 log 𝜋𝜃 (𝑎𝑡 |𝑠𝑡 )𝑄 (𝑠𝑡 , 𝑎𝑡 )) Q Acteur-Critique (2.49)
𝜏 ∼𝜋𝜃
𝑡=0
[︃ 𝑇
]︃
∑︁
𝑤
= E (∇𝜃 log 𝜋𝜃 (𝑎𝑡 |𝑠𝑡 )𝐴 (𝑠𝑡 , 𝑎𝑡 )) Avantage Acteur-Critique (2.50)
𝜏 ∼𝜋𝜃
𝑡=0

Avec 𝑤 les paramètres du réseau de neurones associé à l’estimation des Q-valeurs, et 𝐴 la


fonction avantage qui s’écrit selon l’Équation 2.51.

𝐴𝜋 (S𝑡 , A𝑡 ) = 𝑄𝜋 (S𝑡 , A𝑡 ) − 𝑉 𝜋 (S𝑡 ) (2.51)

33
L’apprentissage par renforcement

L’utilisation de cette fonction permet de diminuer la variance du produit qui apparaît


dans le gradient de politique (Équation 2.47) pour chaque choix d’action. Les algorithmes
dont les gradients de politique sont calculés selon les Équations (2.49 et 2.50) sont appelés
Acteur-Critiques, car deux réseaux de neurones sont utilisés.
— L’Acteur met à jour la politique 𝜋 dans la direction suggérée par le critique (par
l’intermédiaire du gradient de politique). Il s’agit du réseau de neurones paramétré par 𝜃.

— Le Critique estime la fonction valeur (Q, V, A, etc). Ce réseau de neurones est celui
paramétré par 𝑤.
L’acteur et le critique sont complémentaires : Le critique calcule des fonctions de valeur
(d’état, de couple action-état ou d’avantage) et l’acteur redéfinit une politique en fonction
du critique. 𝑄𝑤 n’est pas mis à jour selon argmax𝑄(S𝑡+1 , 𝑎) comme en Q-learning. Son
𝑎
fonctionnement ressemble davantage à SARSA, car il dépend de la politique utilisée pour
échantillonner les interactions agent-environnement. 𝑄𝑤 s’ajuste selon la politique choisie et
donc selon l’acteur. L’acteur et le critique sont interdépendants. L’espace des actions 𝒜 étant
continu, le Q-réseau critique prend en entrée un vecteur d’état et détermine une distribution
de valeurs (selon la base de référence choisie) associée à l’espace d’actions de l’environnement.
De nombreux algorithmes (DDPG Lillicrap et al., 2019, PPO Schulman et al., 2017b, TRPO
Schulman et al., 2017a, A3C Mnih et al., 2016, SAC Haarnoja et al., 2018, TD3 Fujimoto
et al., 2018) fondés sur le gradient de politique ont été construits pour répondre à des
problématiques propres aux premiers algorithmes développés. Les espaces d’état et d’action,
les systèmes de récompense des environnements, et la longueur des épisodes peuvent être
très différents. Ces spécificités peuvent susciter des problèmes dans la convergence d’un
entraînement. Les agents peuvent sous-explorer et apprendre des politiques de contrôles
sous-optimales, perdre les acquis d’un entraînement à cause de gradients de mise à jour trop
élevés. Les algorithmes présentés ont été développés pour répondre à ces problématiques
spécifiques.

Algorithme 10 REINFORCE
Entrées : 𝜃, paramètres d’une politique 𝜋𝜃 , 𝛼 ∈ [0, 1]
Initialisation : 𝜃 arbitraire
Générer un épisode S0 , A0 , R0 ..., R𝑇 en suivant la politique 𝜋𝜃 :
Répéter ∑︀pour chaque pas de l’épisode 𝑡 = 0, 1, ..., 𝑇 − 1 :
𝑇
𝐺 ← 𝑘=𝑡 𝛾 𝑘−1 R𝑘
𝜃 ← 𝜃 + 𝛼𝐺∇𝜃 log (𝜋𝜃 (S𝑡 , A𝑡 ))

2.3 Apprentissage par renforcement hors ligne


Les méthodes vues jusqu’ici font partie de l’apprentissage par renforcement en ligne :
l’agent interagit directement avec son environnement pour apprendre la politique de contrôle
optimale. Ce n’est pas toujours possible : soit une simulation de l’environnement n’est pas
toujours valide, soit l’utilisation d’un agent pendant son apprentissage sur un système réel
présente des risques pour le système. De plus, le système de récompense peut être difficile à
représenter y compris en simulation. Lorsque les objectifs d’un problème de contrôle sont
multiples et complexes, il est difficile de les exprimer explicitement. L’apprentissage par
renforcement hors ligne est une solution à ces problèmes puisque l’agent n’interagit pas
avec son environnement, mais apprend à partir des interactions passées. Un démonstrateur
ou expert interagit avec l’environnement, l’agent observe cette interaction et apprend. Ce
démonstrateur peut être un humain, un algorithme ou un automate par exemple. Dans
la sous-section 2.3.1, l’agent apprend une politique en n’observant que les actions et états

34
Apprentissage par renforcement hors ligne

échantillonnés par le démonstrateur. Dans la sous-section 2.3.2, l’agent observe également les
récompenses.

2.3.1 Apprentissage par imitation


Pour l’apprentissage de l’agent, il est parfois difficile de définir un système complexe de
récompense. Récompenser la conduite d’une voiture autonome, par exemple, s’avère difficile
compte tenu des nombreux objectifs (éviter les obstacles, respecter la signalisation, limiter
les émissions...). Un objectif ne prévaut pas forcément sur les autres en toute circonstance.
L’apprentissage par imitation utilise les interactions entre un démonstrateur et son envi-
ronnement pour qu’un agent puisse concevoir la politique la plus proche possible de celle
observée, sans utiliser de système de récompense explicite. Ces interactions observées sont
appelées démonstrations.

Clonage comportemental
La forme la plus simple de l’apprentissage par imitation est le clonage comportemental ou
behavioral cloning (BC) (Bratko et al., 1995). Pour l’agent, la politique 𝜋 * du démonstrateur
est considérée optimale. Les actions et états issus de la trajectoire 𝜏 * du démonstrateur sont
observés. Un modèle d’apprentissage supervisé (classification) est utilisé pour reproduire
𝜋 * à partir des trajectoires observées. La cible de l’apprentissage est l’action choisie par le
démonstrateur selon l’état. La fonction coût de cet apprentissage est l’écart entre l’action 𝑎*
prise par le démonstrateur et la politique 𝜋𝜃 (𝑠) de l’agent. Le clonage comportemental n’est
applicable qu’à des problèmes de complexité simple. En apprentissage supervisé, les données
(entrées et cible) doivent être distribuées aléatoirement. Le nombre de démonstrations étant
limité, de nombreux états ne sont jamais observés par l’agent. C’est le cas des états faisant
suite aux actions que le démonstrateur ne prend pas. Si l’agent doit prendre une décision dans
un état non observé, elle ne pourra pas correspondre à celle qu’aurait pris le démonstrateur.
Ainsi, une prise de décision de l’agent trop différente de celle du démonstrateur peut le mener
vers un sous-espace d’états non observés, ce qui peut s’avérer catastrophique.

Agrégation du jeu de données


L’agrégation du jeu de données ou Dataset aggregation (DAgger) (Ross et al., 2010)
permet de compenser les faiblesses de BC. Le principe reste celui de l’apprentissage supervisé
sur les données du démonstrateur. En revanche, avec DAgger l’agent échantillonne des
interactions selon sa politique puis le démonstrateur indique quelle action il aurait pris pour
chaque état observé sur la trajectoire 𝜏 de l’agent. L’agent compare sa politique avec les actions
prises par le démonstrateur comme avec la méthodologie BC. Ainsi, la probabilité d’observer
un sous-espace d’états inconnu est réduite pendant et après l’entraînement. En revanche, les
actions du démonstrateur sont considérées comme issues d’une politique optimale, ce qui
n’est pas systématiquement vrai.

Apprentissage par renforcement inverse


BC et DAgger ne fonctionnent pas dans les espaces d’état et d’action de dimensions impor-
tantes. Ils nécessitent un très grand nombre de démonstrations d’experts pour observer tous
les états. L’apprentissage par renforcement inverse ou Inverse RL (IRL) (Andrew Y. Ng et al.,
2000) est une classe d’algorithmes qui cherche à inférer un système de récompense pouvant
justifier les décisions du démonstrateur. Ainsi, lorsqu’un système de récompense peut décrire
le comportement de l’expert, l’agent peut se passer de démonstration et apprendre avec
ce système de récompense. La forme la plus simple d’IRL est l’inférence d’une récompense
linéaire selon un vecteur de combinaison des états, appelé vecteur des caractéristiques des
états. On suppose qu’il existe une fonction 𝑥 : 𝒮 → R𝑛 qui crée un vecteur des caractéristiques

35
L’apprentissage par renforcement

des états à partir des états de l’environnement. L’hypothèse d’une récompense linéaire selon
𝑥(𝑠) pour chaque état 𝑠 ∈ 𝒮 est faite. L’inférence du système de récompense se fait en
trouvant des coefficients de pondération pour chaque élément de ce vecteur.

𝑅(𝑠) = 𝑤𝑘 𝑥(𝑠) (𝑘 ∈ N) (2.52)

Dans l’Équation 2.52, 𝑤 ∈ R𝑛 est le vecteur de poids associé aux caractéristiques des états
pour un jeu de démonstrations donné. Le problème principal de ces méthodes est que plu-
sieurs politiques sont optimales selon le système de récompense inféré, car la trajectoire du
démonstrateur n’est pas prise en compte. Plus de détails sur l’IRL sont donnés dans l’Annexe
A.1.

2.3.2 Apprentissage par renforcement par batch


L’apprentissage par renforcement par batch (batch RL) combine des éléments d’apprentissage
par imitation et de RL classique. Le système de récompense est connu, mais l’agent apprend
uniquement en observant des démonstrations. Il est ainsi possible d’apprendre une politique
avec les avantages du RL, l’environnement peut avoir un comportement dynamique dépendant
d’actions de contrôle et dépendre de données aléatoires, sans interaction agent-environnement.
Dans cette sous-section deux types d’algorithmes de batch RL sont présentés. Les principes
régissant le fonctionnement de l’algorithme d’itération ajustée sur Q puis l’algorithme de
Q-learning contraint par batch sont expliqués.

Algorithme d’itération ajustée sur Q


Selon (Ernst et al., 2005), l’apprentissage en ligne, c’est-à-dire avec des interactions directes
entre l’agent et l’environnement, atteint ses limites sans réseau de neurones, si les espaces
représentant l’environnement sont très grands. C’est pourquoi l’algorithme d’itération ajus-
tée sur Q (Ernst et al., 2005) a été développé. L’idée est d’utiliser des interactions pour
échantillonner des tuples (St , At , Rt , St+1 ) en observant un démonstrateur. Une fois les tuples
reçus, les Q-valeurs sont approximées par régression. L’approximation se fait en plusieurs
étapes. Un premier algorithme de régression 𝑄0 prédit les récompenses Rt selon ses entrées
^ 𝑁 , 𝑁 ∈ R prédisent la Q-valeur d’un tuple à l’instant t en
(St , At ). Les régressions suivantes 𝑄
estimant les sorties de la régression précédente à l’instant 𝑡 + 1 et la récompense immédiate.
L’Équation 2.53 montre la prédiction réalisée pour un tuple (St , At ).
^ 𝑁 (St , At ) = 𝑅t + 𝛾max𝑄
𝑄 ^ 𝑁 −1 (St+1 , a) (2.53)
a

En itérant, l’influence de la Q-valeur des états suivants se propage dans l’estimation des
Q-valeurs.

Algorithme 11 Itération ajustée sur Q


Entrées : 𝛾 ∈ [0, 1], plusieurs échantillons de 4 tuples {(S𝑙 , A𝑙 , R𝑙 , S𝑙′ )} , 𝑙 ∈ [0, ..., | 𝐵 |],
𝐾 horizon d’optimisation
Initialisation : 𝑄 ^ 0 = 0 pour chaque paire action-état
Générer un épisode S0 , A0 , R0 ..., R𝑇 en suivant la politique 𝜋𝜃 :
Pour n=1,..., N faire :
Pour i = 1,..., l faire :
𝑄𝑛,𝑙 ← 𝑅𝑙 + 𝛾max𝑄 ^ 𝑛−1
𝑎
Entraîner l’algorithme de régression à estimer 𝑄 ^ 𝑛 à partir de
{((S𝑙 , A𝑙 ), 𝑄𝑘,𝑙 ), 𝑙 ∈ [0, ..., | 𝐵 |]}
Sortie : 𝑄^𝑁

36
Apprentissage par renforcement hors ligne

L’Algorithme 11 montre le fonctionnement de l’itération ajustée sur Q. Plus tard, l’algorithme


de l’itération ajustée sur Q par réseau de neurones (Riedmiller, 2005) a été développé. Les
réseaux de neurones sont utilisés pour prédire les Q-valeurs par apprentissage supervisé. Bien
que hors ligne, il est le précurseur du DQN puisque l’utilisation des échantillons collectés
antérieurement ressemble au principe de la mémoire de relecture.

Algorithme de Q-learning contraint par batch


La mémoire de relecture est aussi utilisée de manière hors ligne dans d’autres algorithmes.
En comparaison avec le DQN, il n’est pas nécessaire de mettre à jour le Q-réseau pendant
l’interaction agent-environnement. Au lieu de cela, un démonstrateur remplit la mémoire de
relecture de l’agent avec des tuples d’interaction et l’agent peut commencer l’apprentissage
avec une mémoire complète. Ces algorithmes utilisent de manière plus efficace les données
à disposition. En revanche, des défauts sont liés à l’apprentissage hors ligne. Le problème
principal est la surestimation des Q-valeurs des paires action-état qui n’ont pas été observées
dans les données à disposition. Les actions non-prises par le démonstrateur ont une plus grande
valeur que les autres. C’est l’opposé de l’IRL qui considère que les états les plus observés sont
optimaux. Cela est dû à une erreur d’extrapolation : les agents de RL hors ligne ne peuvent
pas explorer et certaines paires d’actions-état peuvent ne pas être observées. Par conséquent,
l’estimation des paires d’états et d’actions non contenues dans les données d’apprentissage
peut être biaisée. Dans le RL en ligne, l’agent peut interagir avec l’environnement et visiter
les états et les paires d’actions ayant des valeurs estimées élevées pour éventuellement les
réajuster. L’algorithme de Q-learning contraint par batch ou Batch Constrained Q-learning
(BCQ) (Fujimoto et al., 2019) est un algorithme conçu pour régler ce problème en utilisant des
principes de RL profond et d’apprentissage par imitation. La politique apprise est "contrainte"
d’éviter les actions qui ont peu de chances d’être prises par le démonstrateur. Une politique
doit induire la même fréquence de visite état-action que le batch qui a permis son apprentissage
tout en maximisant les récompenses. Les politiques apprises doivent sélectionner des actions
en fonction de 3 objectifs :
1 Minimiser la distance entre les actions choisies et celles choisies par le démonstrateur.
2 Mener à des états où des observations familières peuvent être faites.
3 Maximiser la fonction Q-valeur.
Pour que l’objectif [1] soit atteint, un modèle génératif 𝐺𝜔 (s) est utilisé. Ses sorties sont
des actions avec une forte probabilité d’être prises par le démonstrateur selon le jeu de
données. 𝐺𝜔 (s) est un algorithme d’apprentissage par imitation, plus précisément de BC.
BCQ fonctionne de deux manières différentes selon que l’espace d’actions est discret ou
continu. Puisque dans cette thèse, l’espace d’actions est discrétisé, seul l’utilisation de BCQ
sur un espace d’actions discontinu est introduit ici. Dans cette configuration, 𝐺𝜔 (s) prend un
état en entrée et fournit la probabilité de prendre chaque action. L’idée est d’éliminer le biais
de surestimation de la valeur Q pour les paires état-action les moins fréquemment observées.
Ensuite, un algorithme de double DQN (van Hasselt et al., 2015) est utilisé pour prédire la
paire d’états-actions ayant la valeur Q la plus élevée. En DQN, toutes les actions possibles
sont considérées comme des choix potentiels et parmi elles, l’action ayant la Q-valeur la plus
élevée est choisie. Avec BCQ le modèle génératif contraint le choix de l’action, des actions ne
sont pas susceptibles d’être choisies par l’agent malgré une potentielle Q-valeur élevée. Ainsi,
un seuil 𝜏𝐵𝐶𝑄 est utilisé pour éliminer les actions peu susceptibles d’être observées dans la
mémoire de relecture.
𝜋(s) = arg max 𝑄𝜃 (s, a) (2.54)
𝐺𝜔 (𝑎|𝑠)
𝑎| max a|s) >𝜏BCQ
𝐺𝜔 (^
𝑎
^

L’Équation 2.54 montre le choix de la politique de BCQ pour chaque état 𝑠. Le seuil de BCQ
est un compromis entre DQN et BC. S’il vaut 1, l’algorithme se comporte comme BC. S’il
vaut 0, c’est un algorithme de double DQN. Cet algorithme parvient à obtenir des scores plus

37
L’apprentissage par renforcement

élevés que les démonstrateurs qui ont généré sa mémoire de relecture sur des environnements
classiques (Fujimoto et al., 2019).

2.4 Conclusion
Tout comme la programmation dynamique, l’apprentissage par renforcement est un outil de
prises de décision séquentielles. Par rapport aux autres approches appliquées aux problèmes de
Markov (programmation dynamique, commande prédictive, optimisation), le RL se distingue
par plusieurs avantages. Contrairement à la programmation dynamique, cette méthodologie
est compatible avec un environnement stochastique, et ne requiert aucune connaissance sur
les probabilités de transition. Le RL s’applique au contrôle en temps réel sans nécessité de
disposer de modèles prédictifs des variables aléatoires, ce qui n’est pas le cas de la commande
prédictive. Enfin, les décisions sont prises en temps réel malgré les données aléatoires, une
réponse non-linéaire de l’environnement aux actions de l’agent et l’absence de prédiction.
Si le système de récompense d’un agent est difficile à expliciter, l’apprentissage par imitation
permet d’apprendre une politique de contrôle uniquement en observant des interactions avec
l’environnement. Cet apprentissage est effectué en inférant les objectifs d’un démonstrateur
uniquement en considérant sa politique optimale. Cette possibilité d’apprentissage hors
ligne de l’agent RL permet d’éviter des interactions potentiellement dangereuses entre
l’environnement et l’agent lors de son entraînement. En reprenant les principes du RL et
de l’apprentissage par imitation, le RL hors ligne permet d’apprendre en observant du
démonstrateur sans hypothèse d’optimalité sur les données observées. Ainsi, il est efficace
sur un jeu de données limité et non-optimal. Les micro-réseaux électriques constituent
un environnement liant à la fois modèles dynamiques représentables par des équations et
données aléatoires. Une politique de contrôle (prises de décisions séquentielles) dans un tel
environnement avec un horizon de temps fini peut s’établir avec un algorithme d’apprentissage
par renforcement. Le choix de l’algorithme utilisé se fait selon la taille de l’environnement
défini et selon le système de récompense de l’agent.

38
3
L’apprentissage par renforcement
appliqué au contrôle des
micro-réseaux

3.1 Formulation des différents problèmes de contrôle haut niveau . . . . . . . . . . 40


3.2 Planification des systèmes de stockage et engagement des unités . . . . . . . . 41
3.2.1 Engagement des unités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
3.2.2 Récompenses dans le contrôle des unités de production et de stockage 44
3.2.3 Problèmes de planification spécifique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
3.3 Gestion de la demande . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
3.3.1 Délestage de la charge . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
3.3.2 Déplacement de la charge . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
3.3.3 Signaux de prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
3.4 Échange d’énergie entre plusieurs micro-réseaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
3.4.1 Commerce d’énergie de pair à pair . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
3.4.2 Échanges d’énergie avec configuration hiérarchique . . . . . . . . . . . . . 53
3.5 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54

Les micro-réseaux permettent d’augmenter l’autoconsommation électrique des utilisateurs


en rapprochant les points de demande, la production et le stockage électrique. Le réseau
central de distribution est ainsi moins sollicité et les consommateurs gagnent en autonomie.
L’autonomie obtenue par l’intermédiaire des micro-réseaux offre plusieurs avantages clés.
Premièrement, elle confère une indépendance énergétique aux consommateurs, leur permettant
d’être moins dépendants des fluctuations des approvisionnements et des prix de l’énergie. De
plus, elle renforce la résilience en cas de panne du réseau central, assurant ainsi une continuité
de service essentielle. Enfin, l’autonomie favorise une meilleure gestion de l’énergie, adaptée
aux besoins spécifiques de l’utilisateur, tout en contribuant à la réduction des émissions de
gaz à effet de serre par l’intégration d’énergies renouvelables. En revanche, la demande et
la production renouvelables d’électricité sont des phénomènes stochastiques. La production
d’énergie renouvelable n’est pas toujours en phase avec la demande d’énergie. Par exemple,
la production d’énergie solaire est maximale pendant la journée, surtout en milieu de journée
lorsque le soleil est à son zénith, alors que la demande d’énergie atteint souvent son pic en
fin de journée et en soirée pour un profil de consommation de type résidentiel. Ce décalage
peut entraîner des problèmes d’équilibre entre l’offre et la demande sur le réseau, et nécessite
des solutions de stockage d’énergie efficaces et économiques pour stocker l’énergie produite
pendant les périodes de faible demande et la mettre à disposition pendant les périodes de forte

39
L’apprentissage par renforcement appliqué au contrôle des micro-réseaux

demande. Le micro-réseau doit être contrôlé en maîtrisant le comportement dynamique des


unités qui le composent et en anticipant ces phénomènes aléatoires. Le contrôle haut-niveau
en temps réel consiste à prendre des décisions pour chaque unité contrôlable du micro-réseau
avec un pas de temps relativement long (de plusieurs minutes à une heure).
Le RL est un outil efficace pour les problèmes de prises de décisions séquentielles avec
phénomènes stochastiques et déterministes. Ce chapitre met en évidence la contribution
de divers travaux appliquant des techniques d’apprentissage par renforcement au contrôle
haut-niveau de micro-réseaux. La section 3.1 présente les différents problèmes de contrôle
haut-niveau de micro-réseaux résolvables avec le RL. Les travaux montrant l’utilisation du
RL pour résoudre ces problèmes sont mis en lumière dans les sections suivantes. La section
3.2 traite du problème de planification des systèmes de stockage énergétique. La section 3.3
présente des résolutions de problèmes de gestion de la demande. Enfin la section 3.4 montre
l’application du RL pour l’administration du partage d’énergie entre plusieurs micro-réseaux.

3.1 Formulation des différents problèmes de


contrôle haut niveau
Comme présenté au chapitre 1, le contrôle des micro-réseaux peut être catégorisé en trois
niveaux selon la résolution temporelle des décisions de contrôle :

— Niveau primaire : Régulation réactive de la puissance entre différents onduleurs pour le


contrôle de la tension et de la fréquence à une échelle de temps inférieure à la seconde.
— Niveau secondaire : Contrôle en régime permanent pour corriger les écarts de tension
et de fréquence en programmant de manière optimale l’énergie dans la production et le
stockage.
— Niveau tertiaire : Planification à long terme et routine de réparation pour un fonction-
nement optimal du micro-réseau en terme de coûts.

Le type de contrôle étudié dans cette thèse est le contrôle haut-niveau (niveau tertiaire).
Il est défini ici comme la prise de décisions sur les flux d’énergie dans un micro-réseau
en fonctionnement normal, qu’il soit complètement isolé ou connecté au réseau central de
distribution, avec une résolution temporelle minimale de 15 minutes. Par conséquent, les
décisions qui doivent être prises à haute fréquence sont exclues. Le contrôle haut-niveau des
micro-réseaux peut être séparé en trois catégories :

— Planification des systèmes de stockage et engagement d’unités


— Gestion de la demande
— Partage d’énergie entre plusieurs micro-réseaux

Le contrôle haut niveau en temps réel de micro-réseaux peut être réalisé par un algorithme
fondé sur un système de règles, comme des méthodes déterministes ou de logique floue, sur
des méthodes d’optimisation ou sur des méthodes d’apprentissage automatique. Néanmoins,
la stochasticité de l’environnement rend difficile un contrôle optimal basé sur des règles de
priorité lorsque la production d’énergie est d’origine renouvelable. La demande, le prix et la
génération renouvelable du micro-réseau sont des phénomènes aléatoires auxquels le contrôle
doit s’adapter. L’approche fondée sur un modèle physique complet du micro-réseau n’est
donc pas adaptée aux incertitudes causées par ces phénomènes. Avec l’utilisation croissante
de capteurs, les modèles d’apprentissage automatique sont des outils adaptés au contrôle
de micro-réseaux. L’utilisation des données permet de construire des modèles permettant
d’anticiper l’évolution des variables aléatoires. Le RL est un outil approprié pour le contrôle de
haut niveau des micro-réseaux, car il permet de prendre des décisions de manière séquentielle
et adaptative.

40
Planification des systèmes de stockage et engagement des unités

3.2 Planification des systèmes de stockage et


engagement des unités
Une bonne utilisation de générateurs de secours et un stockage intelligent de l’énergie
octroient plus d’autonomie aux micro-réseaux. Ils permettent aussi d’accroître leur rentabilité
au regard des échanges avec le réseau extérieur. L’ajustement adéquat du contrôle de ces unités
peut contribuer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre associées à l’utilisation
d’unités de production énergétique contrôlables. Une politique de contrôle efficace optimise
ces objectifs, tels que l’autonomie, la rentabilité et la réduction des émissions, en considérant
à la fois les contraintes liées aux unités et les variables stochastiques du problème.
Cette section met en évidence que la planification des systèmes de stockage et l’engagement
des unités sont des thématiques de contrôle pour lesquelles le RL s’est avéré efficace dans de
nombreux travaux. Une large majorité des études sur le RL appliquée à ce type de contrôle
intègre une batterie électrochimique à l’architecture du micro-réseau. En revanche, les autres
technologies intégrées à la structure des micro-réseaux varient, puisque chaque micro-réseau
répond à une problématique unique s’inscrivant dans un marché ou une zone géographique
spécifiques (Giraldez Miner et al., 2018). Les productions scientifiques revues dans cette
section seront donc discriminées selon les technologies impliquées dans le micro-réseau étudié.
Les véhicules électriques, ou electric vehicles (EV), sont pris en compte dans certaines études,
et leur rôle au sein du micro-réseau, souvent décrit comme « stationnaire », varie selon les
hypothèses émises. Ceci contraste avec les véhicules électriques eux-mêmes, qui peuvent être
considérés comme des micro-réseaux mobiles, mais sont ici intégrés comme des unités au sein
du micro-réseau stationnaire. S’ils peuvent uniquement être chargés, ils sont associés à une
demande électrique. S’ils peuvent être chargés et déchargés, ils se comportent comme un
stockage électrique avec des contraintes spécifiques.
Les systèmes de récompenses utilisés lors de l’entraînement de l’agent de RL permettent
également de catégoriser les publications puisqu’ils traduisent de manière concise l’objectif
des auteurs en matière de contrôle. Les récompenses ont des valeurs négatives et sont donc des
pénalités. Le coût économique d’opération est l’objectif le plus fréquent. Il est associé à une
pénalité lorsque le micro-réseau achète de l’énergie à l’extérieur et prend des valeurs positives
lorsqu’il lui est possible de vendre de l’énergie. Lorsque le micro-réseau fonctionne en mode
îloté, une pénalité est perçue lorsque l’approvisionnement de la demande en énergie n’est
pas réalisé. Elle est similaire à la pénalité d’achat d’énergie à un réseau extérieur. D’autres
pénalités courantes sont liées à l’émission de gaz à effet de serre, à la perte d’énergie produite
et non-valorisée, et au non-respect de la contrainte de puissance au PCC (voir chapitre 1).
L’autonomie, dans le contexte d’un micro-réseau, se réfère à l’indépendance vis-à-vis du
réseau extérieur lorsqu’il fonctionne en mode connecté, et à la capacité du système à opérer
sans perte lorsqu’il est en mode îloté. Puisque la programmation des batterie se fait selon son
état de charge (SOC) pour State of charge, cette variable peut être associée à une pénalité de
mauvaise gestion de la batterie. Enfin, des agents sont pénalisés en fonction de la dégradation
des unités du micro-réseau.
Un autre critère permettant la catégorisation est la fonctionnalité du micro-réseau. Certains
micro-réseaux sont conçus pour contrôler des flux énergétiques de différentes natures, tels
que l’électricité, le gaz et la chaleur, un concept parfois appelé « planification énergétique
multi-vectorielle » dans la littérature anglophone (Onen et al., 2022). Certaines études se
distinguent par des caractéristiques spécifiques telles que l’exploitation du micro-réseau en
mode connecté ou îloté, la mise en place de systèmes de tarification de l’énergie au sein du
micro-réseau entre ses différentes unités, et l’utilisation simultanée de diverses technologies
de stockage électrique.
Puisque la planification des unités de stockage est une partie essentielle au contrôle de
micro-réseaux, elle est explorée dans la majorité des travaux sur lesquels cette section est

41
L’apprentissage par renforcement appliqué au contrôle des micro-réseaux

construite. Les différentes manières d’appréhender le contrôle des unités de stockage seront
donc présentées tout au long de cette section selon le contexte des problèmes de contrôle
exposés. Cette section s’articule en deux parties. L’engagement des unités pour le pilotage
d’un micro-réseau est traité dans un premier temps. Puis, des problématiques de contrôle
plus spécifiques sont examinées.

3.2.1 Engagement des unités


Le problème d’engagement des unités consiste à contrôler quand et à quelle puissance les unités
de génération distribuées et contrôlables doivent fonctionner. Elles sont souvent alimentées par
du fioul et ont donc un certain coût d’utilisation (économique et écologique), contrairement
aux unités de production électrique renouvelable. Ji et al., 2019, Shuai et al., 2021 et Yoldas
et al., 2020 contrôlent le point de fonctionnement à la fois des unités de génération et de
stockage. Les coûts économiques liés à l’utilisation des générateurs contrôlables et à l’échange
d’énergie avec le réseau central sont considérés dans les trois travaux. La pénalité reçue
par l’agent de Shuai et al., 2021 se distingue par l’intégration d’une composante liée à la
production d’énergie renouvelable non valorisée. Yoldas et al., 2020 pénalise les émissions
dues aux générateurs contrôlables.
L’ajout du contrôle d’unités en plus de la planification de la batterie augmente la taille de
l’espace d’actions d’un agent de RL. Avec un grand espace d’actions, les actions peuvent avoir
un impact très différent sur l’environnement, ce qui peut entraîner une variation brusque
des gradients lors de l’optimisation. Cette variation est due à la sensibilité de la fonction
de Q-valeur, où de petites variations dans les actions peuvent provoquer des changements
significatifs, rendant ainsi les gradients plus instables. Le risque d’instabilité de l’entraînement
augmente avec la taille des espaces d’état et d’action. Pour cette raison, Guo et al., 2022
utilise de l’algorithme PPO lors de l’apprentissage de la politique de contrôle d’une batterie
et d’une microturbine. Un mécanisme conservateur de mise à jour de politique est employé
par PPO pour limiter les changements apportés à une politique existante. En contraignant
les nouvelles politiques à rester proches des précédentes, ce mécanisme diminue le risque
d’instabilité de l’apprentissage. B. V. Mbuwir et al., 2020 résout ce problème en distribuant
les actions vers plusieurs agents, avec un agent par unité contrôlable. Les unités sont une
batterie électrochimique et une pompe à chaleur. Le choix de l’apprentissage par renforcement
hors ligne a été fait et il ne permet pas aux agents d’apprendre en considérant les actions de
chacun puisqu’ils n’interagissent pas avec leur environnement. Il s’agit d’une configuration
multi-agents non coordonnés. Afin de remédier à ce problème, l’optimisation du contrôle
s’effectue en deux étapes. L’agent pilotant la pompe à chaleur optimise d’abord sa politique
de contrôle et communique ses choix d’action à l’agent pilotant à la batterie. Ce dernier
ajoute la consommation de la pompe à chaleur à la consommation totale au sein de son
espace d’états.
Approche multi-agents. Une tendance croissante d’utilisation d’algorithmes de contrôle
multi-agents est observée. Contrairement aux systèmes distribués à contrôle centralisé, chaque
agent contrôle une unité en autonomie dans une approche multi-agents. La coopération n’est
pas dirigée, on parle de coordination. Les objectifs des agents peuvent être différents et ils
peuvent adopter des comportements coopératifs, compétitifs ou mixtes. Par exemple, dans
un système d’enchère d’énergie, les agents liés à des unités de production sont vendeurs,
ceux liés à des demandes sont acheteurs et les systèmes de stockage occupent les deux
fonctions (Foruzan et al., 2018). L’objectif de chaque agent est de maximiser son profit
tout en satisfaisant les besoins des consommateurs. Les récompenses liées au profit et à
la satisfaction de la contrainte d’approvisionnement des consommations en énergie sont
communes dans les travaux présentés par F.-D. Li et al., 2012, en plus d’une récompense
propre à chaque agent. Ces travaux sont fondés sur les recherches de Dimeas et al., 2010
qui mettent en place un système multi-agents afin d’engager les unités après un blackout
énergétique dans un micro-réseau en mode îloté. Le système de récompense défini prend

42
Planification des systèmes de stockage et engagement des unités

des valeurs négatives lorsque la dépendance au stockage virtuel (la puissance des unités de
génération contrôlable) augmente.
Conversion d’énergie. Les micro-réseaux multi-vectoriels (aussi appelés hubs énergétiques)
doivent assurer le contrôle de plusieurs flux tels que l’eau, le gaz, la chaleur et l’électricité.
Leur pilotage nécessite le contrôle d’unités de conversion d’énergie. Par exemple, Sun et al.,
2017 contrôle un hub énergétique transformant l’électricité, la chaleur urbaine et le gaz naturel
en une forme d’énergie désirée selon la consommation avec un algorithme de Q-learning. La
demande énergétique doit être approvisionnée sous la forme d’énergie appropriée, ce qui
nécessite une bonne gestion des flux énergétiques selon les unités de production, de conversion
et de stockage énergétiques disponibles sur le micro-réseau. Dreher et al., 2022 planifie la
puissance d’opération d’un électrolyseur pour approvisionner une turbine à gaz dans un
micro-réseau connecté à un réseau d’électricité et à un réseau de gaz naturel. L’algorithme
PPO est utilisé et ses performances sont comparées à un algorithme basé sur des règles et à
un algorithme de programmation dynamique.
Afin de contrôler l’état des systèmes de stockage électrique et thermique, et les flux d’énergie
entre les différentes unités de production, de stockage et de consommation, Y. Ye et al., 2020
se sert de deep RL. L’algorithme DDPG est utilisé afin de prendre de nombreuses décisions
à chaque pas de temps sans devoir discrétiser l’espace des actions. Cette planification est
effectuée dans le but de réduire les coûts d’achat d’électricité et de gaz à des réseaux centraux
et d’augmenter les revenus liés à la vente du surplus énergétique du micro-réseau. D. Qiu
et al., 2022 a développé un algorithme DDPG guidé par des prédictions d’un réseau de
neurones LTSM afin de contrôler des systèmes de stockage thermiques et électriques, d’un
chauffe-eau, d’une pompe à chaleur et d’une unité de production combinée de chaleur et
d’électricité fonctionnant au gaz naturel. Cet algorithme permet de réduire les violations
de contraintes par l’agent tout en s’adaptant aux multiples incertitudes de l’environnement.
L’utilisation de deep RL est devenue bien plus fréquente que celle des algorithmes de RL
classiques pour ce type de contrôle qui requiert un choix multiple d’actions à chaque instant
dans un environnement complexe.
Plus récemment, des techniques de contrôle multi-agents coordonnés sont développées dans
le but de résoudre ces problèmes. En particulier, l’entraînement centralisé avec exécution
décentralisée ou Centralised training with decentralised execution (CTDE) permet d’améliorer
l’entraînement sans partager d’information entre les agents. L’algorithme multi-agents DDPG
(MADDPG) est ainsi employé par G. Zhang et al., 2022 pour contrôler les flux d’électricité,
de gaz et d’eau dans un hub énergétique. L’algorithme SAC est utilisé par Zhu et al., 2022
pour obtenir une politique « douce » pour le contrôle en temps réel de flux de puissance
électrique, de gaz et de chaleur. Par rapport à l’algorithme classique, des modifications ont
été apportées. Celles-ci incluent l’ajout de multiplicateurs de Lagrange pour empêcher l’agent
de sortir des contraintes des systèmes de stockage. Un « mécanisme d’attention » a également
été introduit pour guider l’exploration en se concentrant sur les informations pertinentes.
Puisque plusieurs unités doivent être contrôlées simultanément, l’approche multi-agents est
courante dans une optique d’engagement des unités.
Micro-réseaux en mode îloté. La gestion des générateurs contrôlables peut s’avérer
cruciale pour la stabilité d’un micro-réseau en mode îloté. Un micro-réseau îloté est autonome
et ne peut pas échanger d’énergie avec l’extérieur. Ces générateurs servent d’unités de secours
lorsque les autres unités ne suffisent pas à fournir la demande énergétique. Les travaux de
Kozlov et al., 2020 mettent en lumière une comparaison de plusieurs algorithmes voués à
contrôler un système de stockage dans un micro-réseau comprenant des générateurs distribués.
La capacité d’approvisionnement de la demande compte tenu de la décision sur la charge
ou la décharge de la batterie est comblée par l’utilisation des générateurs de secours si elle
n’est pas suffisante. S. Zhang et al., 2021 compare aussi la performance d’algorithmes de
deep RL sur l’engagement des unités dans un micro-réseau en mode îloté comportant un
générateur distribué et des panneaux PV pour la production d’électricité. DQN et TD3
obtiennent les meilleurs résultats. Il est conclu qu’il est préférable de vider la batterie avant

43
L’apprentissage par renforcement appliqué au contrôle des micro-réseaux

les épisodes d’ensoleillement afin de valoriser au maximum la production d’électricité d’origine


photovoltaïque. Des coûts d’utilisation du générateur distribué sont ainsi évités.
L’autonomie d’un système îloté est primordiale. La planification de l’engagement des unités
est couramment organisée avec un horizon temporel plus court que pour les autres systèmes
afin de s’assurer que les contraintes d’équilibre soient atteintes à chaque instant. Deux
horizons temporels de planification sont considérés dans les travaux de Lei et al., 2021. Une
comparaison de l’incertitude sur l’utilisation d’un algorithme DDPG et DDPG récurrent
est effectuée sur un horizon temporel de planification de la puissance d’opération d’un
générateur diesel sur deux heures consécutives et deux jours consécutifs. Levent et al., 2021
traite le contrôle de générateurs distribués sous l’occurrence d’évènements rares dans les
observations de l’agent. La longueur définie d’un épisode est alors d’un jour. Le but est
de rendre la politique de contrôle applicable à un maximum de situations possibles. Un
algorithme de machine learning supervisé est entraîné avec la table générée par le Q-learning
afin d’utiliser les actions les plus susceptibles de mener à des récompenses plus élevées
lorsque des événements rares se produisent. Des évènements à long terme doivent aussi être
considérés. Totaro et al., 2021 tient compte des évènements tels que des changements dans la
consommation d’électricité, la dégradation des panneaux PV et de la batterie, ainsi que les
pannes de la batterie sur un pilotage en temps réel. L’algorithme utilisé est une nouvelle fois
PPO pour garantir une monotonie dans l’évolution de la politique de contrôle.
Enfin, les micro-réseaux fonctionnant en mode îlotés peuvent aussi être des hubs énergétiques.
Kofinas et al., 2018a met au point un algorithme multi-agents afin de contrôler l’opération
d’une batterie, d’une PAC, d’un électrolyseur, d’un générateur distribué et d’une unité de
désalinisation de l’eau.
La gestion des unités de production contrôlables s’avère cruciale lorsque le micro-réseau est
îloté ou sujet à des flux énergétiques de différentes natures. Un espace d’actions continu et plus
grand que pour la simple planification des systèmes de stockage est une difficulté inhérente
à l’engagement des unités. Lorsqu’un micro-réseau fonctionne en mode îloté, des solutions
de contrôle sont mises en œuvre pour maintenir son autonomie à court terme. Toutefois, la
nature changeante de l’environnement du micro-réseau au fil de sa durée de vie requiert une
attention particulière. Ainsi, un second niveau temporel de planification est de plus en plus
pris en compte. Cela permet d’éviter que le système ne s’appuie que sur un apprentissage
basé sur un environnement susceptible d’évoluer, ce qui pourrait compromettre l’efficacité
du contrôle à long terme. Ces problématiques peuvent se combiner selon la structure et les
objectifs associés au micro-réseau considéré.

3.2.2 Récompenses dans le contrôle des unités de


production et de stockage
L’ingénierie de la récompense (Dewey, 2014) est cruciale pour l’apprentissage de l’agent. Le
rôle de la récompense est d’influencer la politique de contrôle pour la mener vers un but
désiré. Plusieurs formulations de la récompense sont possibles pour un même objectif et
peuvent s’avérer plus ou moins efficaces en fonction de l’environnement (durée d’un épisode,
pas de temps entre chaque prise de décision, contraintes...) et des paramètres propres à
l’agent (facteur d’actualisation, taux d’apprentissage, mécanisme de mise à jour...). De plus,
les objectifs peuvent être de différentes natures. La manière d’intégrer plusieurs récompenses
de nature différente est un choix qui s’impose pour l’ingénierie de la récompense.
Coût économique d’opération. L’objectif le plus courant dans l’opération des systèmes
de stockage et l’engagement des unités est l’optimisation du coût économique d’opération.
Généralement, il inclut le coût de fonctionnement des unités contrôlables et les coûts et
revenus liés à l’échange avec le réseau central. Cependant, ce coût est propre à l’environnement
du micro-réseau et sa formulation dépend de sa constitution et de facteurs extérieurs. Par
exemple, Kolodziejczyk et al., 2021 alloue la somme des coûts économiques à la fin d’une

44
Planification des systèmes de stockage et engagement des unités

journée comme récompense, alors que l’agent perçoit déjà un à un ces coûts distribués
à chaque pas de temps. Les échanges avec un réseau extérieur peuvent être unilatéraux
(possibilité de soutirage) ou bi-latéraux (soutirage et injection). L’établissement d’un contexte
d’échange d’énergie diffère aussi selon les cas d’études. Ainsi, Cao et al., 2019 a pour objectif
de minimiser le coût de l’énergie soutirée et de maximiser les revenus engendrés par la vente
d’électricité à des EVs. L’évolution du prix de l’électricité est pris en compte dans les travaux
de Berlink et al., 2015. La récompense perçue à chaque instant par l’agent est la différence
entre les revenus d’injection d’électricité perçus par le micro-réseau avec le revenu qu’il aurait
perçu en injectant la même énergie à un prix moyen. Les micro-réseaux fonctionnant en
mode îloté ne peuvent pas percevoir de récompense liée aux échanges d’énergie (Levent et al.,
2021, Hasanvand et al., 2020, Domínguez-Barbero et al., 2020). En revanche, la pénalisation
du non-respect de la contrainte d’équilibre énergétique est similaire à celle du soutirage
d’énergie à la différence qu’il n’y a pas de prix associé à la situation où l’énergie produite est
insuffisante pour répondre à la demande.
Valorisation de la production locale d’électricité. Les micro-réseaux îlotés ne peuvent
pas non plus injecter l’électricité générée en excès. Cette énergie non-valorisée est perdue
lorsqu’elle n’est pas stockée ou directement consommée. La quantité d’énergie perdue est
appelée énergie excédentaire et peut intervenir dans le système de récompense d’un algorithme
de RL : Kozlov et al., 2020 contrôle une batterie électrochimique dans un micro-réseau en
mode îloté en pénalisant l’électricité produite non-valorisée. Cette pénalité est vue comme
un manque d’autonomie du micro-réseau qui ne valorise pas une partie de l’énergie produite
localement. En opérant en mode connecté, les micro-réseaux ne peuvent pas toujours vendre
d’électricité sans limites de puissance au réseau extérieur. Un seuil appelé puissance au point
de couplage commun (PCC) est la limite de puissance injectable. Ainsi, toute configuration
de micro-réseau est exposée à un excédent non-valorisé d’énergie. Shuai et al., 2021 pénalise
la différence entre la puissance électrique productible maximale à celle effectivement produite
par des générateurs éoliens et PV, la puissance d’injection à chaque pas de temps étant
contrainte par la puissance de PCC.
Dans les travaux de Y. Liu et al., 2020 une récompense positive est attribuée à la puissance
PV employée pour la charge de la batterie et une récompense négative à la puissance solaire
au réseau central. Cette pénalité est assimilable à un manque d’autonomie du micro-réseau
puisque cette énergie serait perdue sans l’injection au réseau central. Une récompense positive
similaire est perçue par l’agent dans la publication de Kuznetsova et al., 2013, qui dépend de
la proportion d’électricité d’origine éolienne dans la charge de la batterie. D’autres travaux
pénalisent l’énergie excédentaire alors que le micro-réseau a la possibilité d’injecter l’électricité
en surplus. X. Huang et al., 2021 et Leo et al., 2014 attribuent une pénalité au productible
PV que la batterie ne peut pas utiliser pour se charger.
Dégradation des unités Le coût économique d’opération est le système de récompense le
plus répandu en planification des batteries et engagement des unités. Puisque la batterie est
une unité nécessitant un fort coût d’investissement et que son vieillissement dépend de la
politique de contrôle, il est possible de prendre en compte sa dégradation dans le système de
récompense d’un agent de RL. L’agent est récompensé de manière séquentielle. Après ses
prises de décision, la récompense liée au vieillissement de la batterie doit donc être distribuée
à chaque instant. Plusieurs méthodes de modélisation séquentielle de la dégradation de
la batterie sont possibles. Chaque technologie de batterie électrochimique se dégrade de
manière différente et le diagnostic réel de l’état de santé d’une batterie ne peut s’établir sans
interrompre son opération au sein du micro-réseau. La récompense n’est qu’une prise en
compte de l’influence des actions de l’agent sur l’état de santé de la batterie. Elle peut être
plus ou moins réaliste dans la représentation de la dégradation de la batterie induite par les
actions de l’agent. Venayagamoorthy et al., 2016 et Y. Liu et al., 2020 fixent une pénalité en
fonction du nombre d’actions prises sur la charge ou la décharge de la batterie.
L’espérance de vie d’une batterie peut se modéliser selon le nombre de cycles d’utilisation (un
cycle étant une charge complète suivie d’une décharge complète ou l’inverse) et la profondeur

45
L’apprentissage par renforcement appliqué au contrôle des micro-réseaux

de décharge (ou Depth of discharge) (DoD). La température est aussi un paramètre jouant
sur le vieillissement d’une batterie. La majorité des modélisations de la dégradation d’une
batterie sont linéaires. Par exemple, Shuai et al., 2021, Fang et al., 2019, Levent et al., 2019
et Yu et al., 2020 attribuent une pénalité linéaire fonction de la puissance de charge et de
décharge de la batterie. Au contraire, W. Liu et al., 2017 se réfère à des paramètres de
dégradation établis empiriquement et pénalise la dégradation de manière non-linéaire selon
ces paramètres lorsque la batterie se décharge. La récompense liée au vieillissement de la
batterie est construite à partir du DoD dans les travaux de Yoldas et al., 2020 et de Chen
et al., 2018. Le vieillissement en fonction de DoD est exponentiel dans les travaux de Yoldas
et al., 2020 et linéaire dans les travaux de Chen et al., 2018. Shang et al., 2020 établit une
pénalité de vieillissement non-linéaire selon le nombre de cycles d’utilisation de la batterie et
du SOC instantané. Récemment, une modélisation thermo-électrique de la dégradation de la
batterie est employée dans le système de récompense de W. Lee et al., 2022. La composante
négative liée à la dégradation de la batterie dans la récompense perçue par l’agent est souvent
délibérément simpliste. Toutefois, cette simplicité est suffisante pour que la récompense guide
l’apprentissage de l’agent vers une politique dégradant plus faiblement la batterie.
Les contributions les plus récentes intègrent des modèles plus complexes et réalistes du
vieillissement de la batterie (Fallahifar et al., 2023, Seger et al., 2023). Cela pourrait être
attribué aux progrès récents sur les algorithmes de RL.
Récompense et contraintes. La singularité de chaque micro-réseau implique une grande
variété de systèmes de récompense. Parfois, des récompenses négatives sont attribuées lorsque
les contraintes du micro-réseau ne sont pas respectées plutôt que de restreindre les actions
de l’agent. Les contraintes dépendent des solutions technologies intégrées ou des préférences
d’utilisation. Une liste exhaustive de ces récompenses n’a pas d’intérêt. Les plus fréquentes
sont les pénalités liées au dépassement de certaines limites de SOC fixées selon les préférences
d’utilisation des batteries (Samadi et al., 2020, Fang et al., 2020, Bian et al., 2020, Kofinas
et al., 2018b et Venayagamoorthy et al., 2016). Une pénalité de violation de la contrainte de
puissance au PCC est couramment appliquée aux micro-réseaux connectés (Ji et al., 2021,
Q. Zhang et al., 2020b, Fang et al., 2019, B. V. Mbuwir et al., 2019 et Shang et al., 2020).

3.2.3 Problèmes de planification spécifique


Bien que de nombreuses études sont entreprises avec l’intention de développer des métho-
dologies généralisables, le pilotage d’un micro-réseau présente ses propres particularités. La
géolocalisation, les modèles de consommation, les contraintes ou les résultats espérés sont
des paramètres importants qui diffèrent d’une étude à l’autre. Cette sous-section met en
lumière les problèmes particuliers de planification des systèmes de stockage et d’engagement
des unités qui n’ont pas encore été traités. En particulier, la gestion de la charge d’EVs et la
planification d’un ensemble de systèmes de stockage comportant plusieurs technologies sont
examinées.
Gestion de la charge de véhicules électriques dans un micro-réseau stationnaire.
Une station de charge d’EVs est un composant dont le flux de puissance unidirectionnel ou
bidirectionnel peut être contrôlable. Elle peut être vue comme une unité de consommation avec
des incertitudes sur ses besoins énergétiques et leurs occurrences. C’est le cas dans les travaux
de Cao et al., 2019, dont le but est de contrôler un micro-réseau dans l’optique d’augmenter
les revenus liés à la vente d’électricité aux EVs. L’agent entraîné a besoin d’observer le prix
de l’électricité et la demande des utilisateurs d’EV pour ajuster la planification de la batterie.
Y. Liu et al., 2020 et Kim et al., 2016 considère également la charge des EVs comme une
demande incertaine dans l’organisation de charges et décharges des batteries (en plus du
contrôle de certaines autres demandes et de générateurs distribués). Le nombre d’arrivées
d’EVs à la station ainsi que la puissance requise pour leur charge sont considérées comme
des états observables par l’agent dans l’étude de Hussain et al., 2022. L’étude va jusqu’à
faire une distinction entre les véhicules privés et commerciaux, ainsi que selon les périodes,

46
Planification des systèmes de stockage et engagement des unités

qu’il s’agisse de périodes de vacances ou de jours de travail. Une étude comparative de


SAC et DDPG comme algorithme de contrôle conclut à une meilleure vitesse et stabilité
d’apprentissage de SAC pour ce problème.
Lorsque le flux d’énergie alloué aux EVs est bidirectionnel, la station de charge peut être
perçue comme un stockage électrique supplémentaire. Toutefois, une caractéristique distinctive
de cette approche est que le véhicule doit être chargé à un certain seuil avant un moment
précis, assurant ainsi qu’il est prêt pour une utilisation ultérieure ou pour répondre à d’autres
contraintes du système. Fang et al., 2019 établit un système multi-agents incluant un agent
responsable de la charge des EVs. Il veille à ce que les EVs quittent la station avec assez
d’électricité pour atteindre leur destination. La récompense négative attribuée à cet agent
inclut le coût d’opération, le coût de dégradation de la batterie stationnaire et l’anxiété
de l’utilisateur c’est-à-dire comme la crainte d’épuiser son énergie sur la route. L’anxiété
augmente lorsque le SOC de l’EV diminue.
Le RL multi-agent est également utilisé par Sheikhi et al., 2016. Le micro-réseau considéré
ne comporte pas d’unité de production ; la décharge des EVs et l’achat d’électricité au réseau
central sont les seules solutions pour alimenter les demandes. L’algorithme de contrôle doit
déterminer la puissance de charge et de décharge afin d’alimenter les demandes (incluant les
EVs) au prix le plus bas et en respectant les délais. Une méthodologie CTDE est employée
par Z. Ye et al., 2022. La décision sur la puissance de charge est prise de manière distribuée
entre les différents chargeurs. Chaque action est déterminée avec un Q-réseau entraîné sur
une mémoire de relecture partagée entre les agents.

Planification des batteries comportant plusieurs technologies. Dans le cadre de leur


planification, les systèmes de stockage sont souvent représentés par une capacité énergétique,
une plage de puissance et un rendement. Ces paramètres définissent les contraintes de
l’environnement ou des actions de l’agent en charge de leur opération. Lorsque plusieurs
unités de stockage de même technologie sont intégrées au micro-réseau, la capacité augmente
et leur opération est distribuée. En revanche, les unités sont soumises aux mêmes contraintes
imposées par la technologie. Si au contraire plusieurs types de stockage sont présents, le
pilotage pourrait gagner en flexibilité grâce à la variété des contraintes. Ainsi, l’efficacité
du contrôle du micro-réseau augmente selon les objectifs considérés si le contrôle des unités
est géré de manière coordonnée. Une combinaison commune est l’usage d’une batterie
électrochimique comme stockage court terme et d’un système de stockage d’hydrogène (avec
conversion énergétique par électrolyseur et PAC) comme stockage long terme. François-
Lavet et al., 2016 contrôle ainsi la planification d’un réservoir de dihydrogène en choisissant
l’utilisation d’une PAC ou d’un électrolyseur à chaque heure. Une batterie, des générateurs
distribués et un stockage hydrogène sont contrôlés en temps réel par un algorithme de deep
RL dans les travaux de Sidorov et al., 2020. Un système multi-agents est mis en œuvre afin
de distribuer les actions de contrôle au sein d’un environnement similaire dans la contribution
de Kofinas et al., 2018a. Les agents sont indépendants et apprennent avec un algorithme
de Q-learning. La responsabilité du pilotage d’une unité est assignée à chaque agent. Deux
agents sont nécessaires pour contrôler le stockage long terme puisqu’il est constitué par
deux unités. L’approche de Hasanvand et al., 2020 adopte une perspective orientée vers les
flux. L’agent pilote les flux énergétiques entre les stockages court terme et long terme, ainsi
qu’entre les unités de production. Deux batteries électrochimiques différentes sont pilotées
dans la contribution de X. Qiu et al., 2016. L’une est une batterie redox vanadium et l’autre
une batterie au plomb. L’apprentissage de l’agent se fait avec des pénalités liées à la perte
de charge des batteries utilisées, la pénalité est plus grande si une batterie non-disponible
est sollicitée. Tel qu’exposé à la sous-section 3.2.2, un système de stockage est modélisé
simplement dans le cadre de son contrôle séquentiel par RL. Cela peut rendre l’utilisation de
plusieurs technologies superflue. Des publications récentes utilisent des modèles dynamiques
précis des batteries pour leur contrôle par RL. Cela concerne Harrold et al., 2021 qui compare
la performance de plusieurs algorithmes de deep RL sur le contrôle d’une batterie dans une
simulation réaliste. Les puissances de charge et de décharge de la batterie sont déterminées

47
L’apprentissage par renforcement appliqué au contrôle des micro-réseaux

selon une fonction non-linéaire du SOC. L’algorithme DDPG développe une politique de
contrôle meilleure que celle issue d’un apprentissage avec le DQN. L’auteur a en revanche
développé un algorithme de DQN distributif qui surpasse les performances de DDPG dans
l’environnement réaliste. Plus la représentation du comportement dynamique des différentes
batteries sera précise, plus les différences entre les technologies seront prononcées, cela offrira
plus de possibilités pour répondre à des besoins spécifiques.

3.3 Gestion de la demande


La gestion de la demande consiste à incorporer des degrés de liberté supplémentaires dans
le contrôle en supervisant la demande énergétique. La consommation de certains appareils
peut être déplacée vers des périodes où le système a une capacité d’approvisionnement
plus importante. Les bâtiments sont équipés d’installations consommatrices d’électricité,
comme le chauffage, la ventilation ou la climatisation dont la puissance d’utilisation peut être
contrôlée en continu. Le développement des EVs et l’inclusion de bornes de charges dans les
micro-réseaux offrent de nouvelles opportunités en terme de gestion de l’énergie. Les objectifs
principaux de la gestion de micro-réseaux orientée sur la demande sont la réduction du coût
énergétique, le respect de l’équilibre et le confort de l’utilisateur. Pour y parvenir, plusieurs
modes d’actions sont possibles ; cette section s’articule autour des différentes pratiques de
pilotage de la demande.

3.3.1 Délestage de la charge


Le délestage est la réduction de la charge interrompant la consommation d’utilisateurs ou
d’appareils. C’est une mesure à adopter en cas d’urgence ou d’incapacité à rétablir l’équilibre
entre la production et la consommation électrique. C’est une mesure qui concerne plutôt les
micro-réseaux fonctionnant en mode îloté. Toutes les méthodologies de contrôle revues dans
cette sous-section sont conçues pour cette configuration. J. Yang et al., 2022 entraîne un
agent à délester des machines en cas de besoin sur une chaîne de production industrielle. La
production étant effectuée par batch, l’impact du délestage d’une machine peut s’étendre, car
les machines sont disposées en séquence. L’agent affine sa politique de délestage en recevant
une récompense pour chaque produit fini. C. Wang et al., 2020 a développée un agent de Q-
learning pour délester des consommations lorsqu’un micro-réseau a des difficultés d’équilibre.
L’agent choisit la consommation à délester parmi une liste. Les consommations sont classées
par ordre de priorité et la pénalité reçue par l’agent pour le délestage d’une consommation
est nivelée par un facteur de priorité. Cette pénalité est plus grande si l’équilibre n’est pas
rétabli en dépit de l’action de l’agent.
Nie et al., 2020 présente un système multi-agents contrôlant à la fois la génération et la
consommation d’électricité. Ainsi, des récompenses liées au coût économique d’opération et
des demandes non-approvisionnées sont attribuées aux agents de délestage. Les agents de
production doivent choisir le point de fonctionnement des générateurs électriques afin de
satisfaire les demandes avec le surplus de production le plus faible possible. Par conséquent,
la récompense des agents de production est la puissance de chaque générateur multipliée
par un facteur de résilience et une pénalité qui représente la violation de la contrainte. Le
délestage peut être effectué avec des méthodes similaires aux enchères dans de tels systèmes
multi-agents. Les agents sont associés à une unité et émettent une offre à chaque pas de
temps. Les agents rattachés aux unités de génération vendent l’électricité, les agents de
consommation l’achètent et les agents représentant les unités de stockage choisissent s’ils sont
vendeurs ou acheteurs à chaque pas de temps. Un système multi-agents d’un micro-réseau
constitué d’un centre hospitalier et de résidences est développé par Hu et al., 2020. Les
agents sont liés aux différents points de consommation. Chaque agent décide de la part de la
consommation totale d’électricité qui lui sera attribuée. La technique de résolution du jeu
instauré entre les agents est différente selon qu’un agent est lié à une demande indispensable

48
Gestion de la demande

(l’hôpital par exemple) ou non. Le délestage est une mesure très restrictive qui doit être
adoptée en cas de nécessité dans un micro-réseau isolé. Des stratégies moins restrictives pour
les utilisateurs peuvent être adoptées.

3.3.2 Déplacement de la charge


Déplacement de la puissance de charge. La possibilité de déplacer ou non la puissance
de charge dépend de la nature de la demande. La décision prise ajuste l’énergie allouée à
une demande sur un pas de temps ; l’appareil à l’origine de la demande doit donc être en
mesure de fonctionner à une plus faible puissance. Ainsi, lorsque l’équilibre énergétique d’un
micro-réseau est incertain ou si le prix de l’électricité est élevé, la puissance de consommation
des appareils concernés peut être baissée. Un agent de DDPG contrôle le système de chauffage,
ventilation et climatisation (CVC) d’une maison dans les travaux de Yu et al., 2020. Les
informations sur le prix de l’électricité, les températures intérieure et extérieure et l’instant
temporel sont présentes dans l’espace d’états de l’agent qui ajuste l’énergie allouée à la charge
de la batterie et au CVC. L’objectif de ce contrôle est la réduction des coûts économiques
tout en maintenant le confort des résidents. Un cas d’étude similaire est mené par Ji et al.,
2021. La réduction de puissance des appareils est pénalisée par une fonction quadratique
intégrant un coefficient qui reflète la sensibilité de l’utilisateur à la réduction de charge pour
chaque appareil.
La confidentialité des données est un frein dans le contrôle de la consommation des appareils.
Qin et al., 2021 traite ce problème dans une méthodologie de contrôle d’un générateur
distribué, d’un climatiseur et d’une borne de charge d’EVs. Certaines informations ne
sont intentionnellement pas observables par l’agent. Une méthode de décomposition de la
récompense par action est utilisée pour palier ce problème. L’auteur aborde le problème
en créant une récompense spécifique conçue pour refléter les conséquences individuelles de
ses composants sur la récompense globale. Par exemple, le coût d’opération du générateur
contrôlable est directement lié à ses consignes de fonctionnement, une composante de la
récompense perçue est liée à ce coût. La conclusion suggère l’utilisation de systèmes multi-
agents pour la résolution des problèmes de confidentialité. Une étude comparative de systèmes
multi-agents et mono-agent incluant le déplacement de la puissance de charge est réalisée
par Perera et al., 2021. La politique obtenue par le contrôle centralisé par un agent semble
meilleure que celle du système multi-agents pour un même nombre d’itérations d’entraînement.
Avec ce système multi-agents, chaque agent ajuste sa propre politique de contrôle au cours
de l’apprentissage, perçue par les autres comme une modification de l’environnement. Sans
mesures spécifiques, comme le partage d’informations ou la coordination assistée entre les
agents, cela peut engendrer de l’instabilité dans le processus d’entraînement. Hurtado et al.,
2018 propose une comparaison entre la performance d’un système multi-agents coopératif
décentralisé et celle des approches de contrôle centralisé pour le contrôle de la puissance
allouée à des bâtiments avec des demandes flexibles.
Déplacement temporel de charge. Le déplacement temporel d’une charge consiste à
reprogrammer la plage d’une consommation de durée fixe (machine à laver ou lave-vaisselle
par exemple). Cela apporte de la flexibilité au micro-réseau, mais peut nuire à la satisfaction
des utilisateurs. Des travaux de recherche définissent la flexibilité d’une demande comme une
fenêtre temporelle propre à chaque appareil durant laquelle la consommation doit être effectuée.
Les demandes sont dites flexibles quand elles permettent d’ajuster la consommation d’énergie,
facilitant ainsi sa gestion. À l’inverse, les demandes rigides requièrent une satisfaction
immédiate et sans compromis. Le Q-learning est utilisé dans les travaux de Cicirelli et al.,
2020 afin de contrôler les demandes flexibles. Chaque demande est caractérisée par une date
limite et un temps restant d’opération. L’agent choisit le moment de démarrage de l’opération
de chaque appareil. L’opération d’un appareil ne peut pas être arrêtée avant la fin de sa durée.
Sheikhi et al., 2016 implémente également le Q-learning pour décaler les consommations, en
plus de planifier la charge d’EVs.

49
L’apprentissage par renforcement appliqué au contrôle des micro-réseaux

Une méthodologie novatrice est établie par Mathew et al., 2020. Le contexte dans lequel
l’agent de DQN évolue est un jeu de Tétris. La largeur de la fenêtre de jeu est assimilée au
temps dans une journée et la hauteur à l’énergie consommée. L’agent peut donc déplacer
l’énergie allouée aux demandes à gauche (plus tôt) ou à droite (plus tard). On observe que
l’agent a tendance à créer des pics de consommation en heures creuses. L’auteur ajuste ce
comportement en ajoutant une récompense négative affectée aux pics de consommation.
Les consignes de contrôle peuvent simultanément inclure le déplacement de la charge en
terme de temps et de puissance. L’agent de Q-learning de X. Huang et al., 2021 contrôle
la génération, le stockage et la consommation électrique des appareils d’une maison dans
laquelle les utilisateurs spécifient le délai maximal acceptable pour chaque consommation
électrique. Y. Liu et al., 2020, S. Lee et al., 2019 et F.-D. Li et al., 2012 optimisent le coût
d’un micro-réseau en jouant sur les puissances et les temps de consommation. En plus de ces
actions, l’agent de C. Huang et al., 2022 planifie l’opération d’une batterie. Un mixte entre
DDPG et DQN a été développé dans cette étude, car l’espace d’actions prend des valeurs
continues (puissances) et discrètes (instants de démarrage de l’opération des appareils).
Ainsi, les progrès dans le domaine du deep RL ont permis l’utilisation d’un seul agent pour
gérer efficacement la demande, même lorsqu’elle implique de nombreuses variables de nature
différente.

3.3.3 Signaux de prix


La variation du prix de l’électricité a un impact sur l’opération des unités des micro-réseaux
(voir section 3.2). Elle influence aussi les demandes électriques flexibles. Afin de déplacer les
demandes, R. Lu et al., 2019 a construit et entraîné un réseau de neurones prédisant le prix
de l’électricité. C. Zhang et al., 2019 entraîne un réseau de neurones LSTM pour prédire le
prix de l’électricité et la puissance de production PV pour modifier les charges déplaçables
du micro-réseau. Dans de nombreux travaux, c’est l’agent de contrôle qui adapte le prix de
l’énergie pour que les demandes flexibles s’ajustent. Les travaux de Xu et al., 2020 portent
sur la réduction des pics de demande grâce à des signaux de prix choisis par un agent de
Q-learning. La méthodologie développée prédit la production PV à chaque pas de temps et
estime le comportement des consommateurs face au prix communiqué. Kim et al., 2016 a
construit un système multi-agents pour à la fois choisir les prix de l’électricité vus par le
micro-réseau et adapter les demandes flexibles en fonction. L’agent de Q-learning chargé
de la tarification considère la consommation totale à chaque décision. Cette consommation
totale se compose de la demande non-satisfaite au pas de temps précédent, de la demande à
satisfaire pour les appareils dont le fonctionnement a été activé et des nouvelles demandes.
Des signaux de prix peuvent également être transmis entre les différentes unités du micro-
réseau pour un système multi-agents. De cette manière, un marché électrique interne au
micro-réseau existe et permet d’atteindre différents objectifs. Les contributions Fang et al.,
2020 et Fang et al., 2019 développent ainsi un système multi-agents de Q-learning. À chaque
agent est associée une unité de consommation (incluant une borne de charge d’EVs) de
production ou de stockage électrique. Les producteurs d’énergie choisissent un prix et une
quantité d’électricité à disposition, les agents demandeurs ajustent leur demande (selon les
méthodes évoquées aux sous-sections précédentes) et un agent trouve un prix d’équilibre du
marché interne. Il calcule quelle quantité d’électricité chaque agent achète et vend et à quel
prix. À chaque instant l’électricité en surplus ou en déficit est vendue ou achetée au réseau
central à un prix défini par le problème. Le système de récompense des agents est axé sur les
coûts et revenus ainsi que sur la satisfaction des demandes. Shojaeighadikolaei et al., 2020 a
développé un système multi-agents basé sur le DQN pour parvenir à la réduction du coût
de l’électricité d’une manière analogue. Un agent émet un signal de prix selon la demande
prévue, la production et le prix de l’électricité. Les agents reçoivent le prix et contrôlent
en conséquence le système de stockage qui leur est associé. Les travaux de Nakabi et al.,
2021 font la distinction entre des demandes contrôlables et non contrôlables dans le système
de gestion de l’énergie. La consommation thermique du bâtiment est régulée par un agent,

50
Échange d’énergie entre plusieurs micro-réseaux

tandis que la demande électrique résidentielle est influencée par le prix généré. Les demandes
non contrôlables sont modélisées en tant que tendance, dont une partie est sensible aux
variations du prix de l’électricité. L’agent associé à l’EMS prend 4 décisions à chaque instant :
il contrôle les demandes thermiques, le prix de l’électricité virtuel au sein du micro-réseau,
et établit un ordre de priorité sur les unités à mettre en service en cas d’excès ou de déficit
énergétique.
La réactivité d’un micro-réseau face aux signaux de prix peut être finement orchestrée par la
planification stratégique de ses systèmes de stockage, générateurs et demandes ajustables.
Cependant, il est souvent plus courant d’opter pour influencer la demande en jouant sur
les signaux de prix plutôt que pour contrôler directement la consommation d’énergie. Cette
approche est en accord avec les préoccupations relatives à la confidentialité et à l’autonomie
des utilisateurs.

3.4 Échange d’énergie entre plusieurs


micro-réseaux
L’échange d’énergie entre plusieurs micro-réseaux permet de réduire leur dépendance au
réseau central de distribution. Si un micro-réseau est en situation de déficit énergétique, les
autres micro-réseaux servent de réserve. Si un micro-réseau est en surproduction énergétique,
il peut tirer profit de cette surproduction en fournissant l’énergie excédentaire à ses voisins.
Des méthodes algorithmiques comme le RL facilitent l’anticipation de la situation des autres
micro-réseaux pour allouer l’électricité en cas de besoin. La coordination du contrôle des
micro-réseaux est déterminante pour l’autonomie de l’ensemble.

3.4.1 Commerce d’énergie de pair à pair


Le commerce d’énergie de pair à pair (P2P) est un moyen de favoriser l’échange local entre
les différents acteurs. L’utilisation d’un seul agent de RL pour trouver des solutions aux pro-
blèmes d’équilibre agrégés ne peut pas être envisagée pour plusieurs raisons. La centralisation
de l’information n’est pas réaliste pour des raisons de confidentialité. De plus, la réalisation
de cette approche est entravée par la nécessité de prendre plusieurs décisions avec un espace
d’états vaste incluant les observations de chaque micro-réseau. Pour ces raisons, les échanges
P2P entre micro-réseaux avec l’utilisation du RL sont réalisés en systèmes multi-agents.

Apprenants indépendants. Les apprenants indépendants sont des agents de RL capables


d’apprendre sans coordination artificiellement imposée. Dans cette configuration, les agents
sont associés à un micro-réseau ou à un composant de micro-réseau et n’observent que leurs
propres actions et états. Les actions des autres agents sont perçues comme une réponse
dynamique de l’environnement. Chaque micro-réseau fait une offre d’échange à travers un
agent commercial qui cherche à maximiser une récompense individuelle et non centralisée.
Dans les travaux de Chen et al., 2019, Xiao et al., 2017, Bharadwaj et al., 2018 et X. Lu et al.,
2019, la quantité d’énergie échangée est une action individuelle de chaque micro-réseau. Les
agents formulent une demande ou une offre d’électricité. Lorsque les propositions concordent
(si un micro-réseau compte vendre de l’électricité et qu’un micro-réseau a l’intention d’en
acheter), la quantité d’énergie échangée est le minimum des deux propositions. Les déficits
et excès d’électricité restants sont comblés par le réseau central. Les systèmes d’échange
P2P peuvent avoir une architecture centralisée selon la typologie du regroupement de micro-
réseaux. Selon Zhou et al., 2019, une production PV d’électricité sert de réserve partagée
entre diverses maisons, avec ou sans stockage. Seules les maisons avec batteries utilisent un
EMS intelligent basé sur le RL pour ajuster la charge en fonction des prix du marché et du

51
L’apprentissage par renforcement appliqué au contrôle des micro-réseaux

réseau central. Les échanges énergétiques sont faits soit avec la réserve, soit avec le réseau
central. Des systèmes d’enchères sont également étudiés pour implémenter les interactions
de P2P. Les micro-réseaux peuvent être acheteurs ou vendeurs d’électricité et émettent des
offres de prix et quantités à chaque pas de temps. La manière de déterminer le prix d’échange
et la quantité d’électricité échangée entre les micro-réseaux est montrée sur la figure 3.1. La
quantité d’électricité échangée au sein du groupe de micro-réseaux correspond à la quantité
offerte et demandée à un prix inférieur au prix d’équilibre. Les excès et manques d’électricité
restants sont compensés par le réseau central de distribution. La contribution de N. Wang
et al., 2019 montre l’élaboration d’une architecture modifiée de l’algorithme de Q-learning
appelée Q-Cube pour trouver une politique d’enchères satisfaisante selon les objectifs.

Figure 3.1 – Système d’enchères internes avec N micro-réseaux vendeurs (en rouge)
et M acheteurs (en vert). Le prix et la quantité d’équilibre se lisent sur les axes à la
jonction entre les courbes.

Toutefois, les apprenants indépendants sont exposés à des problèmes de convergence. Ebell
et al., 2019 a comparé la dépendance au réseau central de deux micro-réseaux entre des
EMS ayant appris de manière indépendante et deux EMS qui partagent des informations.
L’apprentissage des EMS indépendants converge vers une politique menant à un score
comparable aux EMS partageant des informations au prix d’un temps d’entraînement cinq
fois supérieur. La confidentialité implique l’opacité des informations observables par les agents
ce qui peut conduire à un entraînement moins stable à mesure que la politique de contrôle
des autres apprenants évolue.
Systèmes multi-agents coopératifs Le partage d’information permet d’éviter des pro-
blèmes de stabilité et de convergence dans l’entraînement de plusieurs agents servant d’EMS
dans un système de partage d’énergie entre plusieurs micro-réseaux. Lorsque c’est possible,
l’intégration des états et actions des autres agents oriente l’apprentissage d’un agent. Y. Yang
et al., 2019 intègre une variable abstraite à l’espace d’états des agents. Elle offre une vue de
la dynamique des décisions collectives, et l’auteur a inclus un élément dans les récompenses
pour encourager la diversité des contributions et éviter des actions uniformes.
Un algorithme d’acteur-critique hors-ligne est développé par W. Liu et al., 2017 avec prise
en considération des états des agents voisins dans la mise à jour du critique. Toutes les
informations de transitions sont stockées après avoir été échantillonnées puis les poids des
réseaux de neurones sont ajustés de manière synchrone. La coordination des agents gagne de
l’intérêt dans le commerce local de l’énergie. CTDE est utilisé par Fang et al., 2020 pour
gérer un problème d’échange d’énergie dans lequel les micro-réseaux émettent des offres et

52
Échange d’énergie entre plusieurs micro-réseaux

demandes ciblées les uns envers les autres. L’algorithme de MADDPG est employé dans les
travaux de G. Gao et al., 2020 pour optimiser des échanges d’énergie régis par un système
d’enchères. Chen et al., 2022 construit un algorithme de MATD3 (proche de MADDPG
dans son fonctionnement) afin de superviser les flux électriques, thermiques et d’eau d’un
hub énergétique constitué de plusieurs micro-réseaux. Les échanges se font en P2P entre
des micro-réseaux identifiés comme commerciaux, industriels et résidentiels. T. Zhang et al.,
2022 se sert de MADDPG la planification des batteries, de certaines demandes et de l’énergie
échangée. Les buts de l’opération sont la minimisation des échanges avec le réseau central, de
la dégradation des batteries, de l’inconfort des utilisateurs et des coûts liés aux transactions
avec le marché local. Même si l’information n’est requise que pour l’entraînement (le critique
n’est pas utilisé en exécution), le partage d’informations est nécessaire et l’algorithme ne
permet donc pas une confidentialité totale entre utilisateurs.

3.4.2 Échanges d’énergie avec configuration hiérarchique


Les agents utilisés pour orchestrer l’échange d’énergie entre les micro-réseaux ne sont pas
toujours au même niveau. La participation d’acteurs comme le gestionnaire du réseau de
distribution (GRD) peut être envisagée dans le processus. Il peut exploiter des signaux de
prix de l’électricité pour influencer le comportement d’un micro-réseau afin de préserver sa
stabilité. La coopération entre les acteurs locaux du groupement de micro-réseaux peut aussi
être limitée ou inexistante.
Lorsque les groupements de micro-réseaux fonctionnent de manière hiérarchique, un acteur
central prend des décisions à un niveau plus haut que l’EMS de chaque micro-réseau. Ses
objectifs peuvent être différents de ceux des autres acteurs (agents associés aux unités ou aux
micro-réseaux). Dans l’étude menée par Qazi et al., 2020, les EMS de chaque micro-réseau
communiquent avec un agent central du groupement dans un ensemble de micro-réseaux
non-reliés au réseau central de distribution. Un agent de DQN coordonne la coopération
des micro-réseaux, planifiant générateurs, systèmes de stockage et échanges entre micro-
réseaux après avoir reçu leurs informations, visant à rendre le groupement autonome tout en
minimisant les coûts économiques. Le GRD peut être exposé à des problèmes de congestion si
la puissance injectée par les micro-réseaux est trop importante au PCC. B. V. Mbuwir et al.,
2019 s’intéresse à la résolution des problèmes de congestion en influençant le comportement
des micro-réseaux avec un système de prix. La décomposition duale (Boyd et al., 2008) est
utilisée pour distribuer le prix virtuel de l’énergie sans connaître la politique de contrôle des
EMS et évitant ainsi tout problème de confidentialité.
Une manière d’encourager la consommation locale d’électricité et ainsi d’éviter des pics de
demande pour le GRD est d’établir une interaction compétitive entre le GRD et le groupe de
micro-réseaux. Le GRD peut limiter les pics en émettant un prix local. Ce prix de l’électricité
sert de prix d’échange interne au groupe de micro-réseaux, et doit être plus intéressant que
le prix d’injection ou de soutirage proposé par le réseau central de distribution. Le GRD
peut apprendre à anticiper la réponse du groupe de micro-réseaux aux variations des signaux
de prix. Les objectifs du groupe de micro-réseaux et du GRD diffèrent, les interactions sont
dites compétitives. Q. Zhang et al., 2020a a développé un algorithme bi-niveaux avec lequel
le GRD apprend à fixer un prix de l’énergie sans recevoir d’informations supplémentaires des
micro-réseaux, à part la puissance au PCC. Un algorithme d’optimisation sous contrainte est
alors utilisé pour résoudre localement la gestion des flux énergétiques selon le prix fixé par
le GRD. La méthodologie développée par Du et al., 2020 permet au GRD d’apprendre la
réponse des micro-réseaux avec un algorithme RL de Monte Carlo et d’adapter le prix local
de l’électricité de manière à diminuer les pics. Cette diminution et le respect de la contrainte
de puissance au PCC sont garanties par un algorithme génétique. Il est développé pour fixer
les prix d’échange de l’électricité. Les EMS sont entraînés avec DDPG pour intégrer ce prix
dans leur politique de contrôle. La problématique de confidentialité a incité Xiong et al., 2022
à instaurer une couche supplémentaire entre le GRD et l’ensemble de micro-réseaux. Cette

53
L’apprentissage par renforcement appliqué au contrôle des micro-réseaux

couche prédit la puissance au PCC pour chaque micro-réseau dans un intervalle de prédiction
de la production et de demande ainsi que du prix au détail envoyé par le GRD. L’agent
du GRD est entraîné par RL avec l’algorithme de TRPO. L’objectif est la maximisation
des gains de vente d’électricité aux micro-réseaux et la récompense est calculée à partir des
puissances prédites aux PCCs.

3.5 Conclusion
Le RL évite le besoin de modèles prédictifs pour les données aléatoires et s’adapte à des
environnements plus complexes. Sur un micro-réseau isolé du réseau central, l’autonomie est
un enjeu majeur qui requiert une gestion attentive pour éviter les déséquilibres entre la de-
mande et la production. Le pilotage des systèmes de stockage et des générateurs contrôlables
est une stratégie clé pour maintenir l’équilibre et ainsi assurer l’autonomie du micro-réseau.
Les environnements de contrôle deviennent plus complexes, avec des espaces d’action et
d’état de plus grande dimension. L’évolution des algorithmes a conduit au développement de
systèmes coordonnés multi-agents, qui se sont révélés particulièrement efficaces. L’utilisation
d’algorithmes de RL profond et plus précisément d’algorithmes incorporant un gradient de
politique croit de manière significative. Les modèles du stockage électrique employés sont
également de plus en plus sophistiqués.
Dans l’objectif de compenser un déficit énergétique ou d’optimiser les coûts d’opération
d’un micro-réseau, la demande peut être contrôlée par l’EMS. Le RL permet d’adapter les
décisions de contrôle aux habitudes de consommation énergétique variables. La demande
peut être délestée ou déplacée, dans le temps ou en puissance. La gestion de la demande est
souvent couplée au contrôle des systèmes de stockage et de production. La coordination des
différentes unités est renforcée avec un système de tarification virtuelle créant un marché
énergétique local au sein du micro-réseau. Le compromis entre des objectifs antinomiques
tels que le confort des utilisateurs et les coûts du micro-réseau démocratisent l’utilisation
de systèmes multi-objectifs dans la gestion de la demande. L’élaboration de systèmes de
récompenses ingénieux ou la mise en œuvre de systèmes multi-agents permettent de contrôler
les demandes selon des objectifs contradictoires. Le contrôle centralisé reste une méthodologie
largement appliquée.
Les échanges d’électricité entre les micro-réseaux contribuent à réduire la dépendance des sys-
tèmes énergétiques décentralisés au réseau central et aux générateurs contrôlables. Le contrôle
de l’énergie entre plusieurs micro-réseaux peut être centralisé ou décentralisé. Chaque micro-
réseau doit parvenir à optimiser ses flux énergétiques internes, en prenant en considération
les actions des micro-réseaux voisins. Une stratégie bi-niveaux respecte la confidentialité des
utilisateurs et facilite la coordination entre les entités. De nombreux travaux se concentrent
sur la gestion ou la diminution de la complexité des espaces d’état et d’action. L’importance
du temps de calcul indique un intérêt croissant pour l’application en temps réel du RL dans
ce domaine.

54
Synthèse de la partie I

Le développement de micro-réseaux électriques vient en partie de la nécessité de décentraliser


la production d’énergies renouvelables, tout en assurant la stabilité des réseaux de distribution.
Les micro-réseaux doivent être autonomes car ils peuvent être amenés à fonctionner en
mode îloté. Leur dimensionnement optimal est nécessaire pour garantir leur autonomie
sans engendrer des coûts excessifs. À cause des fluctuations dans la production d’énergie
renouvelable et des incertitudes sur la demande électrique, la qualité du contrôle exercé par
un outil de gestion de l’énergie (EMS) est cruciale. Ce contrôle s’effectue avec un algorithme
basé sur des règles, de l’optimisation hors-ligne, de la commande prédictive ou avec une
approche basée sur un agent. L’apprentissage par renforcement est une méthode stochastique
adaptative, idéale pour gérer les fluctuations de la production d’énergie renouvelable et la
demande incertaine.
Un algorithme d’apprentissage par renforcement est basé sur un agent et est adapté aux prises
de décisions séquentielles. La politique développée est apprise par essais et erreurs grâce à des
systèmes de récompenses qui permettent d’associer des valeurs à des états et des prises de
décisions dans un environnement. Aucune connaissance préalable de probabilité de transition
d’un état à un autre n’est requise. Ceci fait de l’apprentissage par renforcement une classe
d’algorithmes particulièrement adaptée aux données aléatoires. L’intégration de réseaux de
neurones profonds aux algorithmes d’apprentissage par renforcement a rendu la prise de
multiples décisions possible dans des environnements complexes. Le fonctionnement d’un
micro-réseau combine modèles dynamiques des unités et éléments aléatoires. L’apprentissage
par renforcement est donc adapté à la résolution des problèmes de contrôle de ces systèmes.
L’application de l’apprentissage par renforcement au pilotage des micro-réseaux est récente et
pourtant très répandue. Le domaine du contrôle, qu’il s’agisse d’unités pilotables, de gestion
de la demande ou d’échanges entre micro-réseaux, dépend des possibilités offertes par la
typologie du micro-réseau. Les algorithmes permettent de déplacer la demande d’énergie en
fonction des habitudes de consommation et des coûts, tout en étant capable de coordonner
diverses unités au sein du micro-réseau et de planifier les échanges énergétiques entre plusieurs
micro-réseaux. Les consignes de fonctionnement sont centralisées ou distribuées avec un
système multi-agents selon la nature du problème à résoudre. Le but est de parvenir à
un équilibre énergétique, tout en prenant en compte des facteurs tels que le confort des
utilisateurs et la réduction des coûts économiques.
Après avoir examiné les catégories de contrôle, les objectifs de dimensionnement et exploré
les bases théoriques de l’apprentissage par renforcement, nous avons mené une analyse
de son application au contrôle des micro-réseaux. Dans le cadre de cette thèse, un outil
méthodologique a été développé pour dimensionner et piloter un micro-réseau. Comment
peut-on appliquer l’apprentissage par renforcement au pilotage du micro-réseau en vue de son
dimensionnement optimal ? Lors de la phase de dimensionnement, les préférences en temps
réel des utilisateurs pour la demande ne sont pas connues. Le dimensionnement et le contrôle

55
Synthèse de la partie I

ne portent que sur un unique micro-réseau sans prendre en considération la possibilité d’être
raccordé à d’autres systèmes autonomes. C’est pour cette raison que l’outil se concentre
principalement sur la planification du stockage d’énergie du micro-réseau. L’approche retenue
pour le contrôle est centralisée, car seule la gestion du stockage électrique est concernée par
les consignes de l’EMS. La formulation du problème de contrôle et de dimensionnement,
ainsi que les hypothèses et la modélisation adoptées pour le micro-réseau sont présentées au
Chapitre 4.

56
II
Contributions scientifiques

57
Méthodologie et modélisation
4
4.1 Modélisation du micro-réseau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
4.1.1 Organisation modulaire du problème . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
4.1.2 Fonctionnement du micro-réseau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
4.1.3 Modèle dynamique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
4.2 Méthodologie de contrôle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
4.2.1 Implémentation du problème de contrôle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
4.2.2 Espace d’états et espace d’actions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
4.2.3 Cadre des études sur le contrôle du micro-réseau . . . . . . . . . . . . . . . 71
4.3 Dimensionnement du micro-réseau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
4.3.1 CAPEX et OPEX . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
4.3.2 Méthodologie de dimensionnement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
4.4 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76

Un outil méthodologique dont le but est de dimensionner et contrôler un micro-réseau est


développé tout au long de ce travail de thèse. Dans ce contexte, le dimensionnement d’un
micro-réseau consiste à choisir les caractéristiques nominales des unités qui le composent
dans le but de minimiser les coûts sur toute sa durée de vie. La minimisation des coûts du
micro-réseau concerne à la fois l’optimisation des coûts d’investissements et d’opération. Les
coûts d’opération dépendent de la stratégie de contrôle en temps réel adoptée : une stratégie
efficace minimise l’utilisation de sources d’énergie coûteuses et optimise celle du stockage
pour équilibrer l’offre et la demande. Certaines contraintes d’opération du micro-réseau sont
déterminées par son dimensionnement. La phase de fonctionnement du micro-réseau est donc
à prendre en compte dans la phase de dimensionnement.
La simulation des opérations d’un micro-réseau permet de calculer son coût pour un dimen-
sionnement donné. La modélisation des unités doit être modulable dans cette simulation afin
que la méthodologie développée soit adaptable à diverses typologies de micro-réseaux. Le
dimensionnement revient à choisir la valeur des caractéristiques des modules qui constituent
le micro-réseau : les unités sont classées par fonction (production renouvelable, stockage court
terme ou long terme, consommation...) formant ainsi des modules. Leurs caractéristiques
sont en partie conditionnées par les décisions de dimensionnement et sont utilisées pour
fixer les contraintes au problème de contrôle. Les modules dépendent aussi de facteurs non-
dimensionnables tels que les données aléatoires et des contraintes techniques spécifiques au
contexte d’application. L’approche modulaire permet à un utilisateur d’intégrer les spécificités
de son installation.
Ce chapitre présente la méthodologie élaborée afin de coupler le contrôle (section 4.2) et
le dimensionnement (section 4.3) du micro-réseau, ainsi que la modélisation retenue pour
simuler le comportement dynamique du micro-réseau (section 4.1).

59
Méthodologie et modélisation

4.1 Modélisation du micro-réseau


La modélisation des unités dans les problèmes de contrôle et de dimensionnement du micro-
réseau est présentée à la sous-section 4.1.1. La sous-section 4.1.2 établi les contraintes
propres à chacune des unités. Enfin, la sous-section 4.1.3 présente les modèles des unités du
micro-réseau en phase d’opération.

4.1.1 Organisation modulaire du problème


L’outil méthodologique présenté à travers cette thèse est un outil de dimensionnement et
de contrôle de micro-réseaux dont la production d’électricité est d’origine renouvelable. Le
dimensionnement d’un micro-réseau et le choix de la stratégie de contrôle répondent à des
objectifs préalablement définis.
Le micro-réseau type étudié dans cette thèse se compose d’une unité de production solaire PV,
d’un électrolyseur haute pression, d’une PAC ainsi qu’un réservoir de dihydrogène (H2 ). Ces
unités sont présentées sur la Figure 4.1. Les modules paramétrables sont le stockage électrique
long terme, court terme et la production d’électricité renouvelable. L’EMS constitue aussi
un module puisque selon les critères de contrôles choisis, le micro-réseau ne sera pas piloté
de la même manière. La consommation est un module puisque les données dépendent de
l’utilisateur, en revanche, elle n’est pas paramétrable lors du dimensionnement.
Le stockage long terme se compose de deux modules, l’électrolyseur et la PAC dont les
puissances (respectivement 𝑃 elec PAC
max et 𝑃max ) peuvent-être choisies. L’électrolyseur utilisé est de
type à membrane échangeuse de proton (PEM). Un compresseur est nécessaire au stockage
à haute pression. Cela a pour effet l’augmentation de la densité énergétique du stockage.
Aucune caractéristique du compresseur n’est une variable de dimensionnement puisque ce
changement de pression est nécessaire au stockage stationnaire d’hydrogène quelle que soit
la puissance de l’électrolyseur. La PAC est équipée d’une technologie PEM. La taille du
réservoir H2 est fixe pour des raisons d’espace, il occupe un volume de 0,5 m3 . Son rendement
est pris en compte dans le rendement de l’électrolyseur. Pour une utilisation stationnaire, le
gaz est stocké à une pression de 200 bar (Hancke et al., 2022) à une température de 15 ∘C.
Le stockage électrique court terme est la batterie électrochimique dont la capacité peut
être choisie. La batterie est équipée d’une technologie lithium fer-phosphate (LiFePO4 ). Elle
fonctionne à 1𝐶 en puissance maximale, c’est-à-dire qu’elle peut se charger ou se décharger
entièrement en une heure.
Le module de génération d’électricité d’origine renouvelable correspond aux panneaux solaires
PV dont la puissance crête est une variable de dimensionnement. Les panneaux PV sont
installés à Albi (France) et génèrent de l’énergie en fonction de données de productible PV.
Les données de consommation, d’ensoleillement ou le volume du réservoir d’hydrogène sont
invariables dans le problème présenté. La consommation considérée est de type résidentielle.
Les caractéristiques invariables des modules constituent la base du problème et sont à fixer
avant la résolution par la méthodologie de dimensionnement proposée. Les modules ont donc
des caractéristiques variables et invariables qui déterminent les conditions de la simulation
de l’opération du micro-réseau. Les espaces des caractéristiques variables et invariables de
l’ensemble des modules dans un problème de dimensionnement sont respectivement notés 𝒟
et 𝒩 . Les caractéristiques variables et invariables des différents modules sont présentées sur
la Figure 4.1.
Les variables en rouge sur la Figure 4.1 sont celles qui seront systématiquement optimisées
lors du dimensionnement du micro-réseau. Certains modules comme la consommation des
utilisateurs et l’EMS n’ont aucune caractéristique ajustable en phase de dimensionnement.
La consommation des utilisateurs est fixe, car elle dépend d’un historique de données. L’EMS

60
Modélisation du micro-réseau

Figure 4.1 – Représentation de l’approche modulaire du dimensionnement d’un micro-


réseau, les variables de dimensionnement retenues pour l’étude sont en rouge

61
Méthodologie et modélisation

fixe les objectifs de contrôle du micro-réseau. Ils peuvent être envisagés de diverses manières.
Un micro-réseau peut répondre à des objectifs techniques (garantir l’approvisionnement
énergétique des utilisateurs, bien répartir l’énergie entre usagers), environnementaux (limiter
les émissions de gaz à effet de serre) et économiques (rentabiliser les échanges avec le
réseau principal). La définition de ces objectifs déterminera la politique de contrôle en
phase d’opération du micro-réseau. Les objectifs optimisés en phase de fonctionnement sont
indépendants des objectifs de dimensionnement. La stratégie de contrôle est optimisée en
simulation, avec un horizon temporel de l’ordre de l’année et un pas de temps d’une heure
entre chaque décision de contrôle.
La modélisation des unités dans la simulation de la phase d’opération du micro-réseau intègre
les contraintes de chaque module. La sous-section 4.1.2 définit les contraintes résultantes
pour le micro-réseau type étudié. La sous-section 4.1.3 présente le comportement dynamique
des composants du micro-réseau lors de la simulation.

4.1.2 Fonctionnement du micro-réseau


La dynamique de réponse du micro-réseau est soumise à des contraintes. Ces contraintes sont
propres à chaque unité et peuvent dépendre des variables de dimensionnement (ou autres)
d’une unité.

Contraintes sur les panneaux solaires PV


La puissance produite par les panneaux PV dépend de données météorologiques. Ces données
sont conditionnées par la localisation des panneaux, leur inclinaison et leur puissance nominale
choisie en phase de dimensionnement. En particulier, l’Équation 4.1 montre que la puissance
produite ne peut pas dépasser la puissance nominale.

∀t ∈ J0; TK, 0 ≤ PPV (t) ≤ PPV


nom (4.1)

avec PPV la puissance des panneaux PV et PPV


nom la puissance nominale des panneaux PV
(en W)

Contraintes sur la batterie


Les contraintes de la batterie portent principalement sur l’énergie stockée et la puissance à
laquelle elle se charge et décharge. L’Équation 4.2 montre que le SOC est compris entre des
valeurs maximales et minimales à chaque instant.

∀t ∈ J0; TK, SOCmin ≤ SOC(t) ≤ SOCmax (4.2)

avec SOCmin ≥ 0 et SOCmax ≤ 1. Il augmente lorsque la batterie se recharge et diminue si


elle se décharge. L’Équation 4.3 montre que la charge et la décharge de la batterie ne peuvent
pas s’effectuer en même temps :
batt batt
∀t ∈ J0; TK, 0 ≤ 𝛿charg (t) + 𝛿dech (t) ≤ 1 (4.3)
batt batt
avec 𝛿charg un booléen valant 1 si la batterie se charge et 0 sinon et 𝛿dech un booléen valant 1
si la batterie est en décharge et 0 sinon. Les puissances de charge et de décharge sont bornées
puisque la batterie se charge et décharge à 1C au maximum (voir sous-section 4.1.1). La
valeur de ces puissances se calcule selon l’Équation 4.4 :

(SOCmax − SOCmin ) Ebatt


Pbatt
max =
nom
(4.4)
Δt

62
Modélisation du micro-réseau

avec Pbatt
max la puissance maximale de charge ou de décharge selon le mode d’opération de la
batterie et Δt le pas de temps. Ainsi, la puissance de la batterie est contrainte à chaque
instant selon l’Équation 4.5 :

∀t ∈ J0; TK, 0 ≤ Pbatt


𝑗 (t) ≤ Pbatt
max 𝛿𝑗 (t) (4.5)

avec 𝑗 le mode de fonctionnement de la batterie (j= charg ou dech).

Contraintes sur le stockage d’hydrogène


Le volume du stockage hydrogène est fixé à 0,5 m3 . La pression de stockage est de 200 bar.
L’hypothèse d’une température de stockage de 15 ∘C est formulée. En utilisant la loi des
gaz parfaits, la masse d’hydrogène stockable vaut mH max = 8,42 kg. L’utilisation de la loi
2

des gaz parfaits est une approximation, elle n’est en pratique pas utilisable à 200 bars et la
compressibilité de 𝐻2 devrait être considérée. L’électrolyseur a un rendement de conversion
d’électricité en masse d’hydrogène de 𝜂 elec = 61,6 kWh/kgH2 (Hancke et al., 2022), soit
1030 kWh/m3H2 . La PAC a un rendement de conversion d’électricité en masse d’hydrogène
de 𝜂 PAC = 16,66 kWh/kgH2 (Dufo-López et al., 2007), soit 280 kWh/m3H2 . Le pourcentage
d’hydrogène stocké par rapport à la capacité de stockage est appelé niveau d’hydrogène ou
Level of Hydrogen (LOH). Des contraintes s’appliquent sur cette variable à chaque pas de
temps comme le montre l’Équation 4.6.

∀t ∈ J0; TK, 0 ≤ LOH(t) ≤ 1 (4.6)

La PAC et l’électrolyseur sont toujours utilisés à puissance nominale sauf si la quantité


d’énergie stockée ne le permet pas. Les contraintes liées à l’utilisation de l’électrolyseur sont
explicitées dans les Équations 4.7 et 4.8 :
(︃ (︀ H )︀ )︃
elec elec mmax
2
− mH2 (t) 𝜂 elec
∀t ∈ J0; TK, Pmax = min Pnom , (4.7)
Δt
{︁ }︁
∀t ∈ J0; TK, Pelec (t) = 0, Pelec
max (4.8)

avec mH2 (t) la masse d’hydrogène stockée à l’instant t. Si le réservoir d’hydrogène ne dispose
pas du volume libre nécessaire pour accumuler l’hydrogène formé par électrolyse, la puissance
d’électrolyse correspond à la puissance nécessaire pour le remplir totalement. De même, la
PAC ne peut pas être utilisée à puissance maximale si trop peu d’hydrogène est stocké. Les
Équations 4.9 et 4.10 montrent la contrainte encadrant la puissance de la PAC.
⎛ (︁ )︁ ⎞
mH2 (t) − mH 2
min 𝜂 PAC
∀t ∈ J0; TK, PPAC ⎝ PAC
max = min Pnom ,
⎠ (4.9)
Δt
{︁ }︁
∀t ∈ J0; TK, PPAC (t) = 0, PPAC
max (4.10)

L’électrolyseur et la PAC ne peuvent pas être utilisées en même temps comme le montre
l’Équation 4.11.
∀t ∈ J0; TK, 0 ≤ 𝛿elec (t) + 𝛿PAC (t) ≤ 1 (4.11)
avec 𝛿elec et 𝛿PAC des booléens associés respectivement à l’électrolyseur et à la PAC, dont la
valeur est de 1 si l’unité est en cours de fonctionnement et 0 sinon. La puissance sortant de
l’ensemble du stockage hydrogène PH2 s’écrit selon l’Équation 4.12.

PH2 (t) = PPAC (t)𝛿PAC (t) − Pelec (t)𝛿elec (t) (4.12)

63
Méthodologie et modélisation

Figure 4.2 – Schéma de principe des différentes puissances à déterminer à chaque


instant dans le micro-réseau considéré selon les unités.

4.1.3 Modèle dynamique


Dans le micro-réseau modélisé, l’EMS contrôle uniquement l’électrolyseur et la PAC. Il calcule
des signaux de commande de manière séquentielle qui prennent la forme d’interrupteurs
(on/off ). La simulation de l’environnement intègre ces commandes ainsi que les données
utilisées. Elle détermine les variables et permet d’observer divers indicateurs sur la situation
du micro-réseau à chaque pas de temps. Une représentation en schéma de principe des flux
de puissance en fonction des unités du micro-réseau considéré est présentée sur la Figure 4.2.
La puissance de fonctionnement de l’électrolyseur Pelec (t) et de la PAC PPAC (t) dépendent
directement de la consigne de l’EMS. Ce sont des flux contrôlés. Les puissances en sortie des
panneaux PV PPV (t) et les demandes D(t) sont issues des données historiques à disposition.
Enfin, les valeurs des puissances de charge ou de décharge de la batterie Pbatt (t) ainsi que
des puissances injectées ou soutirées du réseau central Pgrid (t) sont issues de calculs.
Selon les commandes choisies, un déséquilibre énergétique dans le micro-réseau doit être
comblé afin que la production et la demande soient égales. Pour cela, un ordre de priorité est
établi entre les unités pour compenser le déséquilibre. La puissance du stockage long terme
est calculée par l’EMS. La batterie est passive, elle n’est pas contrôlée par l’EMS et se charge
ou se décharge selon la nature du déséquilibre. La batterie stocke l’électricité restant en excès
ou fournit l’électricité manquante après la prise en compte de la charge ou de la décharge
du stockage hydrogène. Enfin, si la batterie ne peut pas assurer l’équilibre énergétique du
micro-réseau, l’électricité est injectée ou soutirée au réseau central de distribution. La quantité
d’énergie injectée ou soutirée se détermine grâce à l’Équation 4.13 :
⃒ ⃒
Egrid = ⃒D(t) − PH2 (t)Δt − PPV (t)Δt + Pbatt Δt − Pbatt
Δt (4.13)
⃒ ⃒
charg dech ⃒

avec Egrid l’énergie injectée ou soutirée au réseau central de distribution, D(t) la demande
à chaque instant, Pbatt batt
charg et Pdech les puissance de charge et de décharge de la batterie
grid
respectivement. Si E est positif, la demande électrique n’est pas totalement approvisionnée,

64
Modélisation du micro-réseau

l’énergie correspondante est soutirée du réseau central. Au contraire, si elle est négative,
l’électricité en surplus est injectée au réseau central.

Électrolyseur et PAC
Le signal envoyé par l’EMS indique la puissance de l’électrolyseur et de la pile à combustible
entre l’instant t et t+Δt. Il est reçu par l’environnement comme un signal d’interrupteur
indiquant l’utilisation ou non de l’électrolyseur ou de la PAC. Une seule des deux unités
peut être utilisée à chaque pas de temps, comme l’illustre l’Équation 4.11. La valeur de la
puissance d’opération de l’électrolyseur ou de la PAC est déterminée grâce aux Équations
4.7 à 4.10. Une fois ces puissances déterminées, le LOH est calculé pour l’instant t+Δt avec
l’Équation 4.14 :

ṁelec (t)Δt − ṁPAC (t)Δt


LOH (t + Δt) = LOH(t) + (4.14)
mH 2
max

avec ṁelec (t) et ṁPAC (t) respectivement le débit massique d’hydrogène entrant et sortant du
réservoir.

Demande nette et batterie


Le rôle du stockage long terme est déterminé à chaque instant par la commande de l’EMS. Si
elle consiste à utiliser la PAC, c’est une unité productrice d’électricité. Si l’électrolyseur est
utilisé, son rôle est celui d’un consommateur d’électricité. L’énergie fournie ou demandée par
le stockage long terme, les données de productible PV et la demande électrique permettent
de déterminer la demande nette Dnet à chaque instant selon l’Équation 4.15 :

Dnet (t) = D(t) − PH2 (t)Δt − PPV (t)Δt (4.15)

avec Δt le pas de temps considéré. Ici, il vaut 1 h. Le micro-réseau est en surproduction ou


surconsommation selon le signe de Dnet . Si Dnet > 0, alors la demande est plus importante
que la production et inversement si Dnet < 0. Pour plus de clarté dans les paragraphes
suivants, la notation de capacité instantanée Ebatt (t), capacité maximale Ebatt
max et capacité
minimale Ebatt
min de la batterie est adoptée. Ces valeurs s’expriment respectivement selon les
Équations 4.16, 4.17 et 4.18.

Ebatt (t) = SOC(t)Ebatt


nom (4.16)
Ebatt
max = SOCmax Ebatt
nom (4.17)
Ebatt
min = batt
SOCmin Enom (4.18)

Décharge de la batterie
Si l’énergie stockée dans la batterie électrochimique est suffisante, la batterie
peut délivrer l’énergie nécessaire pour l’équilibre du système. Cette condition se vérifie en
considérant le rendement de la batterie d’après l’Équation 4.19 :
(︁ )︁
Pbatt
dech (t)Δt = D
net
(t) si Dnet (t) ≤ Ebatt (t) − Ebatt
min 𝜇
𝑏𝑎𝑡𝑡
(4.19)

avec 𝜇batt le rendement de la batterie. Dans ce cas, le SOC est déterminé en considérant la
décharge effectuée et le rendement de la batterie selon l’Équation 4.20.
(︁ net
)︁
Ebatt (t) − D𝜇batt
(t)

SOC (t + Δt) = (4.20)


Ebatt
nom

65
Méthodologie et modélisation

L’énergie reçue par le micro-réseau est toujours inférieure à l’énergie déchargée. Si la demande
net
nette est compensée par la décharge, alors l’énergie perdue par la batterie est D𝜇batt (t)
.

Si l’énergie stockée dans la batterie n’est pas suffisante, la batterie se décharge à


puissance maximale pendant l’intervalle de temps et le manque d’électricité est soutiré au
réseau central. Dans ce cas, la décharge de la batterie est limitée par le SOC à l’instant t. La
valeur de l’énergie déchargée par la batterie s’exprime alors selon l’Équation 4.21 :
(︁ )︁ (︁ )︁
Pbatt
dech (t)Δt = E
batt
(t) − Ebatt
min 𝜇
batt
si Dnet (t) > Ebatt (t) − Ebatt
min 𝜇
𝑏𝑎𝑡𝑡
(4.21)

Puisque la batterie atteint sa valeur minimale d’énergie stockée, la détermination du SOC


après sa décharge est immédiate d’après l’Équation 4.22.

E𝑏𝑎𝑡𝑡 (t) − E𝑏𝑎𝑡𝑡


min
SOC (t + Δt) = SOC(t) − = SOCmin (4.22)
E𝑏𝑎𝑡𝑡
nom

L’électricité soutirée au réseau central de distribution est déterminée à l’aide de l’Équation


4.23 :
Egrid batt
sout (t) = Pdech (t)Δt − D
net
(t) (4.23)

En résumé, l’Équation 4.24 montre le fonctionnement de la batterie en décharge selon sa


capacité et la demande nette.
⎧ (︁ )︁
⎨ Dnet si D net
(t) ≤ Ebatt
(t) − Ebatt
min 𝜇𝑏𝑎𝑡𝑡
Pbatt
dech (t)Δt = (︁ )︁ (4.24)
⎩ Ebatt (t) − Ebatt
min 𝜇
batt
sinon

L’Équation 4.25 décrit le calcul du SOC à l’instant suivant la décharge selon les cas :
(︃ )︃
Ebatt (t) − Dnet (t)
SOC (t + Δt) = 𝑚𝑎𝑥 SOCmin , (4.25)
Ebatt
nom

Charge de la batterie
Si Dnet < 0, le surplus d’électricité doit être absorbé par la charge de la batterie. Puisque la
batterie est contrainte par un niveau de charge maximal, elle ne peut pas toujours absorber
ce surplus d’énergie. Dans ce cas, l’énergie restante est injectée au réseau central ou perdue.
Si la capacité libre de la batterie est suffisante pour absorber le surplus énergétique, la
demande nette est supérieure à l’écart entre l’énergie stockée et l’énergie maximale stockable
à l’instant t. L’énergie utilisée pour la charger s’exprime selon l’Équation 4.26 :
(︁ )︁
Ebatt (t) − Ebatt
max
Pbatt
charg (t)Δt = −D
net
(t) si Dnet (t) ≥ (4.26)
𝜇𝑏𝑎𝑡𝑡
La condition de capacité libre inclut le rendement, car il limite l’énergie effectivement stockée
par rapport à l’électricité absorbée. Conformément à l’Équation 4.27, le SOC se calcule de
manière linéaire en multipliant l’énergie chargée par l’efficacité 𝜇𝑏𝑎𝑡𝑡 .

Dnet (𝑡)𝜇batt
SOC (t + Δt) = SOC(t) − (4.27)
E𝑏𝑎𝑡𝑡
nom

Une partie de l’électricité absorbée est perdue puisque le rendement de charge est pris en
compte dans le calcul du SOC.

66
Méthodologie de contrôle

Si la capacité libre de la batterie est insuffisante, la batterie se recharge jusqu’à


atteindre sa valeur maximale d’énergie stockée. Les conditions de cette charge sont déterminées
à l’aide de l’Équation 4.28.
(︁ )︁
batt batt
batt
Emax − E batt
(t) E (t) − Emax
Pbatt
charg (t)Δt = si Dnet (t) < (4.28)
𝜇batt 𝜇𝑏𝑎𝑡𝑡
Le rendement est de nouveau situé au dénominateur de l’expression de manière à atteindre
une énergie stockée de Ebatt
max . Le SOC s’exprime donc selon l’Équation 4.29.
(︁ )︁
Ebatt
max − E
batt
(t)
SOC (t + Δt) = SOC(t) + = SOCmax (4.29)
Ebatt
nom

L’énergie injectée au réseau central de distribution peut être déterminée à l’aide de l’Équation
4.30.
Egrid batt
inje (t) = Pcharg (t)Δt + D
net
(t) (4.30)

L’Équation 4.31 synthétise la dynamique de charge de la batterie électrochimique selon les


conditions sur le stockage libre.

⎨ −Dnet (Ebatt (t)−Ebatt
max )
batt si Dnet (t) ≥ 𝜇𝑏𝑎𝑡𝑡
Pcharg (t)Δt = batt batt (4.31)
⎩ Emax −Ebatt
(t)
sinon
𝜇

Conformément à l’Équation 4.32, le SOC peut se calculer :

Dnet (𝑡)𝜇batt
(︂ )︂
SOC (t + Δt) = 𝑚𝑖𝑛 SOCmax , SOC(t) − (4.32)
E𝑏𝑎𝑡𝑡
nom

4.2 Méthodologie de contrôle


Le contrôle du micro-réseau consiste en l’élaboration d’une stratégie pour optimiser les
objectifs associés à l’EMS. Cette stratégie est développée à partir de simulations du micro-
réseau. Elle est ensuite testée sur une simulation à horizon temporel fixe et les coûts
d’opérations sont calculés. Les objectifs du contrôle et dépendent de chaque micro-réseau,
voire de chaque utilisateur. L’apprentissage par renforcement sera utilisé pour obtenir une
politique de contrôle adaptée aux variables aléatoires. L’application de l’apprentissage par
renforcement comme outil de résolution d’un problème séquentiel nécessite d’interagir avec un
environnement réel ou d’utiliser une simulation réaliste de cet environnement. La sous-section
4.2.1 détaille les moyens d’implémentation de la méthodologie utilisée pour cette interaction.
La manière d’appliquer le RL à cette problématique de contrôle de micro-réseau est présentée
dans la sous-section 4.2.2. Enfin, la sous-section 4.2.3 établit les objectifs mis en place et le
dimensionnement choisi.

4.2.1 Implémentation du problème de contrôle


Le développement de l’algorithme de contrôle ainsi que la simulation du micro-réseau sont
réalisés avec Python. La librairie utilisée pour construire la simulation de l’environnement est
gym (Brockman et al., 2016), développée par OpenAI. Gym permet de construire ou d’utili-
ser des environnements d’apprentissage par renforcement pour entraîner des agents. Leur
utilisation a l’avantage de servir de point de référence pour comparer différents algorithmes

67
Méthodologie et modélisation

de RL. Gym est utilisée dans le but de construire la simulation dynamique du micro-réseau
dans un formalisme propre à l’utilisation du RL. L’environnement gym est une classe qui
interagit avec un agent défini par l’utilisateur. La continuité et les dimensions des espaces
d’état et d’action sont définies lors de l’appel de la classe. Un environnement gym contient
plusieurs fonctions :

— reset permet de réinitialiser tous les états observables et non observables par l’agent.
Elle est appelée dans le but de commencer un nouvel épisode. Elle renvoie en sortie les
premiers états observables par l’agent pour chaque épisode.

— step reçoit en entrée les actions de l’agent à un pas de temps. Les changements de
l’environnement dus aux actions et aux autres facteurs (données de consommation, de
productible renouvelable) sont déterminés. Dans la fonction step, les caractéristiques des
unités, les données et les actions de l’agent sont intégrées dans le processus algorithmique.
Des nouveaux états et une récompense sont ainsi déterminés et transmis à l’agent.
De même l’information sur l’éventuelle fin de l’épisode est déterminée et transmise à
l’agent.

— render est une fonction destinée à l’utilisateur qui permet de visualiser différents
indicateurs de l’environnement pour suivre la simulation.

Deux objectifs peuvent être à l’origine des interactions entre l’agent et l’environnement.

— L’agent peut être en phase d’entraînement et doit apprendre des récompenses et états
pour adapter sa politique de contrôle dans un but de maximisation des récompenses.

— En phase de validation, l’interaction a lieu pour mesurer la qualité de la politique


apprise par l’agent selon les récompenses perçues.

Les deux phases s’enchaînent au cours de l’apprentissage de l’agent. Puisqu’il explore pendant
son entraînement, les indicateurs de l’environnement ne sont pas représentatifs de la politique
"réelle" de l’agent : certaines actions sont choisies aléatoirement. Au bout d’un certain nombre
𝑡eval d’itérations pendant lesquelles l’agent apprend, sa politique doit être évaluée. Les agents
ont été développés grâce à la librairie PyTorch. Une fois un épisode initialisé, l’agent envoie
une action à l’environnement, et reçoit un tuple composé des états de l’environnement
à l’instant suivant, d’un booléen indiquant si l’épisode est terminé ou en cours et de la
récompense. Avec ces informations, l’agent choisit l’action suivante selon sa politique de
contrôle. Cette politique est mise à jour au fur et à mesure des interactions si l’agent est en
phase d’entraînement (voir section 2.2). Si l’agent est en phase de validation, sa politique
apprise doit être testée. Il l’utilise donc sur un épisode entier sans explorer ni apprendre. Le
processus itératif de l’interaction entre l’agent et l’environnement est décrit sur la Figure
4.3. Cette représentation n’inclut que l’entraînement de l’agent pour des raisons de visibilité.
Le processus démarre à t = 0 (en haut à gauche). À chaque appel de reset, le numéro 𝑁 𝑒𝑝
de l’épisode généré augmente, le processus se termine lorsque le nombre maximal d’épisode
𝑒𝑝
𝑁max est atteint. À gauche de la figure, l’environnement est représenté dans l’encadré en
pointillé. Il est développé selon le formalisme gym. À droite de la figure se trouve le script de
l’agent. Son entraînement apparaît aussi encadré en pointillé et s’effectue avec une classe
utilisant la librairie PyTorch.

68
Méthodologie de contrôle

Figure 4.3 – Représentation de l’interaction entre agent et environnement.

Le score de validation d’un agent est la somme cumulée des récompenses obtenues lors
d’un épisode de validation. Lorsqu’un score de validation est meilleur que les précédents, la
politique qui a permis d’obtenir ce score est enregistrée dans un fichier. Seule la meilleure
politique obtenue est conservée. Le nombre d’épisodes maximum n’est pas la seule condition
d’arrêt des interactions. Lorsque l’agent est en phase d’entraînement, un critère d’arrêt utilisé
dépend de la patience 𝑁patience : l’entraînement s’arrête si la politique n’est pas améliorée
après 𝑁𝑝𝑎𝑡𝑖𝑒𝑛𝑐𝑒 épisodes consécutifs. L’Algorithme 12 montre la méthodologie adoptée pour
l’entraînement de l’agent.

69
Méthodologie et modélisation

Algorithme 12 Méthodologie d’entraînement et de validation


ep
Entrées : Agent (EMS), environnement (env), 𝑁max , 𝑁patience , teval
Initialisation : Espace d’états 𝒮, espace d’actions 𝒜, 𝑁 ep = 0, patience = 0, score =
−∞, t = 0
ep
Tant que 𝑁 ep < 𝑁max ET patience < 𝑁patience répéter :
𝑁 ep ← 𝑁 ep + 1
s ← [Link]
R←0
terminal ← Faux
Tant que terminal=Faux :
t←t+1
a ← EMS(s)
s, R, terminal ← [Link](a)
Si t/teval ∈ N :
score𝑁 ← 0
s ← [Link]
R←0
terminal ← Faux
Tant que terminal=Faux :
a ← EMS(𝑠)
s, R, terminal ← [Link](a)
score𝑁 ← score𝑁 + R
Si score𝑁 > score :
Enregistrer l’agent
𝑠𝑐𝑜𝑟𝑒 ← score𝑁
Sinon :
patience ← patience + 1

4.2.2 Espace d’états et espace d’actions


Espace d’états
L’espace d’états 𝒮 permet de générer un vecteur constitué de 4 éléments dans ce cas d’étude.
Ils sont observables par l’agent à chaque pas de temps. L’espace d’états est constitué du SOC,
de la consommation, de la production PV et de la distance au solstice d’été. Les données
de consommation ont été obtenues via AutoCalSol, outil développé par l’Institut National
de l’Énergie Solaire (INES). La somme annuelle des demandes équivaut à la consommation
électrique moyenne d’un Français en 2022 selon l’INSEE (2,21 MWh). Les données de la
production PV ont été récupérées sur la base de données SARAH-2 de PVGIS, mise à
disposition par la Commission européenne. Enfin, la distance au solstice d’été est le jour le
plus long de l’année dans l’hémisphère nord auquel appartient le lieu de l’étude (21 juin).
Cette varible a été utilisée comme état par François-Lavet et al., 2016 pour le contrôle d’un
micro-réseau. Elle s’exprime en jours et permet à l’agent de se situer dans l’année. Elle
est donc intégrée à l’espace d’états. L’Équation 4.33 montre les notations adoptées pour
l’ensemble des états :
{︁ }︁
∀S ∈ 𝒮, St = SOC(t), D(t), PPV (t), distsols (t) (4.33)

avec distsols (t) la distance temporelle au solstice d’été au temps t. Elle est intégrée à l’espace
d’état pour prendre en compte la variation annuelle de la production solaire PV. À l’exception
de la distance au solstice d’été, les valeurs attribuées des états se situent dans des espaces
continus. L’espace d’états est défini comme un espace continu. Toutes les valeurs sont

70
Méthodologie de contrôle

normées :
|𝒮|
∀S ∈ 𝒮, S ∈ [0, 1] (4.34)
L’adéquation de ces états avec le problème de contrôle a été vérifiée à travers différents
tests effectués avec l’apprentissage d’un agent de Q-learning. Dans les tests effectués, l’agent
apprend toujours mieux avec tous ces états que lorsque l’un d’entre eux n’est pas observable.
Ces états sont couramment utilisés dans des travaux portant sur le contrôle haut-niveau des
micro-réseaux (François-Lavet et al., 2016, Ali et al., 2021, B. Mbuwir et al., 2017).

Espace d’actions
Les décisions de contrôle de l’EMS concernent le stockage long terme. Consommer l’hydrogène
revient à utiliser la PAC, tandis que sa charge se fait par électrolyse de l’eau. Les actions
consistent donc à utiliser l’électrolyseur à puissance maximale, utiliser la PAC à puissance
maximale ou ne rien faire. L’espace d’actions se représente ainsi :
{︁ }︁
∀A ∈ 𝒜, At = PH2 (4.35)

L’espace d’actions est donc un espace d’une dimension comportant uniquement la puissance
issue du stockage hydrogène. Cette puissance peut donc prendre trois valeurs selon l’Équation
4.36 : {︁ }︁
PH2 = P𝑃 𝐴𝐶 elec
max , 0, −Pmax (4.36)

avec PH2 la puissance sortante du stockage hydrogène. Si cette puissance est positive, le
stockage hydrogène se décharge. Si elle est négative, il se recharge par électrolyse de l’eau et
cette consommation s’additionne aux demandes d’électricité du micro-réseau. Trois valeurs
d’action étant possibles, l’espace d’actions est donc discret.

Pas de temps et horizon de simulation


Les données de production PV et de demande d’électricité collectées sont organisées avec un
pas de temps horaire, ce qui signifie que chaque enregistrement de données est effectué à
intervalles réguliers d’une heure.
La base de données SARAH-2 a permis d’extraire 11 ans de données (du 1er janvier 2010 au
31 décembre 2020). L’horizon temporel du contrôle du micro-réseau peut donc aller jusqu’à 11
ans. L’horizon temporel de contrôle pour le calcul du coût d’opération du micro-réseau dans
une optique de dimensionnement optimal sera de 10 ans. Cependant, des horizons temporels
de 1 à 10 ans seront utilisés dans les chapitres 5 et 6.
L’horizon temporel permet d’établir la longueur d’un épisode. Au minimum, un épisode
représentera 1 an d’interactions entre l’agent et l’environnement avec un pas de temps horaire.
Dans la simulation du micro-réseau, cela représente 8760 calculs d’état du micro-réseau et
8759 consignes d’action communiquées par l’EMS.

4.2.3 Cadre des études sur le contrôle du micro-réseau


Le cadre de référence des chapitres portant sur le contrôle du micro-réseau est défini dans
cette sous-section. Des paramètres tels que la valeur des variables de dimensionnement et
l’objectif de contrôle de l’EMS sont établis.

Algorithme de référence
Afin de pouvoir comparer les politiques de contrôle des agents entraînés, un algorithme de
référence est introduit. Le fonctionnement de l’algorithme de référence ne varie pas selon

71
Méthodologie et modélisation

les cas d’études qui seront abordés. Cet algorithme est fondé sur un système de règles et
n’apprend pas. Les opérations de l’électrolyseur et de la PAC sont déterminées en fonction
de l’écart entre la demande et la production à chaque instant. Si D − PPV > 0 alors la PAC
est utilisée. Si D − PPV < 0 alors l’électrolyseur est utilisé. Leur puissance d’utilisation est la
puissance maximale, déterminée de la même manière qu’à la sous-section 4.1.2. L’éventuel
déséquilibre énergétique restant est comblé par la batterie si son état le permet. Le mode
opératoire de charge et décharge a été présenté à la sous-section 4.1.3.

Figure 4.4 – Description de l’algorithme de référence de contrôle

Une représentation schématique de l’algorithme décrit est visible sur la Figure 4.4.

Objectifs de contrôle

Les objectifs de contrôle sont déterminés pour orienter la politique de l’EMS. Ils sont calculés
de manière séquentielle afin de constituer le système de récompense de l’agent pendant son
apprentissage. Ils peuvent être économiques, environnementaux ou techniques. Puisque la
production locale d’électricité est photovoltaïque, la réduction des gaz à effet de serre n’est
pas envisagée comme objectif de contrôle du micro-réseau. La structure du micro-réseau ne
permet que d’optimiser des objectifs liés aux échanges d’électricité avec le réseau central de
distribution.

La minimisation des coûts économiques consiste à minimiser le coût de soutirage de l’électricité


et à maximiser les revenus liés à l’injection vers le réseau central. L’objectif d’autonomie
relative au réseau central revient à minimiser à la fois l’électricité soutirée et injectée
au réseau. Selon les horizons temporels de simulation considérés, la quantité d’électricité
injectée ou soutirée varie considérablement. Le taux d’autoconsommation 𝜏autocons et le taux

72
Méthodologie de contrôle

d’autoproduction 𝜏autoprod sont les indicateurs à maximiser par l’EMS. Ils sont définis par
les Équations 4.37 et 4.38.

T
∑︁ Einje (t)
𝜏autocons = 1 − (4.37)
t=0
PPV (t)
T
∑︁ Esout (t)
𝜏autoprod = 1 − (4.38)
t=0
D(t)

La majorité des études sur le contrôle ne minimisent que le coût de soutirage du réseau
central dans la littérature (voir section 3.2). Les études pour lesquelles le prix de l’électricité
est constant ne considèrent que le taux d’autoproduction comme objectif à minimiser par
l’EMS. Les autres choix d’objectif de l’EMS seront considérés pendant le dimensionnement
sous contrôle optimal afin de déterminer leur impact sur les objectifs économiques de
dimensionnement.

Dimensionnement retenu pour les études de contrôle

Il est nécessaire de définir un espace borné de l’espace vectoriel 𝒟 dans lequel les variables de
dimensionnement prendront leur valeur. Ainsi, l’optimisation ne s’effectue pas en cherchant
des valeurs dans un espace infini. Le dimensionnement du micro-réseau utilisé lors d’études
sur le contrôle, notamment au chapitre 5, sera choisi dans cet intervalle.

Une simulation sans stockage hydrogène a été effectuée avec différentes valeurs pour la
puissance des panneaux PV et la capacité de la batterie installées. La batterie opère en
production ou en consommation d’électricité en fonction du signe de la différence entre la
demande et la puissance du productible PV à chaque instant pour combler le déséquilibre du
micro-réseau. L’horizon temporel de cette simulation est d’un an. Le taux d’autoproduction a
été relevé pour chaque couple de variables afin de déterminer un intervalle de valeurs pertinent.
Les résultats de ces simulations sont montrés sur la Figure 4.5. Le taux d’autoproduction
est tracé en fonction du rapport de la puissance nominale [︁PV sur la capacité
]︁ nominale de
PV batt
la batterie. Afin de pouvoir identifier la valeur des couples Pnom , Enom , la puissance crête
des panneaux PV est représentée par un jeu de couleurs. Les valeurs de la puissance crête
des panneaux PV et de la capacité de la batterie ont respectivement été prises entières
dans les intervalles J1 kWc, 11 kWcK et J1 kWh, 11 kWhK. La zone dense dans la partie haute
de la figure montre qu’un taux d’autoproduction proche de 1 peut être approché sans
utilisation d’un stockage hydrogène. Inclure des valeurs plus élevées de chaque variable
de dimensionnement n’a donc pas de pertinence dans la recherche d’un dimensionnement
optimal avec stockage long terme inclus. D’après la Figure 4.5, les domaines de valeur des
variables de dimensionnement sont J3 kWc, 11 kWcK et J2 kWh, 11 kWhK.

Il a été choisi une installation PV de puissance nominale de 5 kWc et une capacité de batterie
nominale de 5 kWh. De cette manière, l’impact de l’incorporation d’un stockage hydrogène
contrôlable peut être évalué, car le taux d’autoproduction n’est pas proche de 1. De plus,
le rôle de la batterie est celui d’un stockage de puissance (en stockant l’électricité le jour
pour la nuit par exemple) tandis que le stockage hydrogène doit se comporter comme un
stockage à long terme en stockant l’électricité plusieurs mois. La puissance d’électrolyse et
d’opération de la PAC a été fixée à 1 kW. Ainsi, leurs puissances sont plus faibles que celle
de la batterie (si elle est suffisamment chargée). La capacité du stockage hydrogène reste
supérieure à celle de la batterie électrochimique.

73
Méthodologie et modélisation

Taux d'autoproduction en fonction du ratio de la puissance PV installée sur la capacité de la batterie

Puissance nominale de panneaux PV installée sur le micro-réseau (kWc)


1.0 11

10
0.9
9

8
0.8
Taux d'auto-production

0.7 6

0.6 4

3
0.5
2

1
10−1 100 101
Ratio de la puissance PV installée sur la capacité de la batterie

Figure 4.5 – Taux d’autoproduction obtenu par simulation de micro-réseau électrique


sans stockage long terme, en fonction de la puissance PV installée et du rapport entre
la puissance PV et la capacité de batterie installée

4.3 Dimensionnement du micro-réseau


Le dimensionnement du micro-réseau consiste à minimiser la totalité les coûts économiques
liés au micro-réseau en choisissant la valeur des variables de dimensionnement. L’approche
modulaire retenue permet d’itérer sur certaines variables liées aux composants du micro-réseau.
Étant donné que les coûts d’opération dépendent du contrôle, le coût d’un dimensionnement
est déterminé en fonction de la politique de contrôle adoptée pour ce dimensionnement. La
sous-section 4.3.1 présente les coûts à minimiser. Les variables de dimensionnement et la
méthodologie adoptée sont détaillées à la sous-section 4.3.2.

4.3.1 CAPEX et OPEX


Les objectifs de dimensionnement considérés sont principalement économiques. Ces coûts
économiques peuvent se décomposer en deux parties :

— Les dépenses d’exploitation (OPEX) sont les charges courantes : le budget alloué à la
maintenance Cmaint et les coûts et revenus liés aux objectifs d’opération Cope .
— Les dépenses de capital (CAPEX) sont les dépenses d’investissement Cinv et le coût
de remplacement des unités Cremp : ils sont considérés conjoitement en répartissant le
coût d’investissement de chaque unité sur sa durée de vie.

L’OPEX intègre seulement les coûts de maintenance Cmaint qui s’élèvent à 2 % du coût
d’investissement par an pour la plupart des unités (Diaf et al., 2008, Nagapurkar et al., 2019)
et le coût de remplacement des batteries Cbatt
rempl qui est le coût d’une batterie lissé sur le
nombre d’années nécessaire à une dégradation de 30 % de sa capacité.
Les coûts des différentes unités sont listés dans la Table 4.1. Le coût d’investissement lié aux
différentes unités est décomposé de la manière suivante :

— Les panneaux PV coûtent CPVinv = 1100 €/kWc à l’achat (Coûts et rentabilités du grand
photovoltaïque en métropole continentale 2019).

74
Dimensionnement du micro-réseau

Panneaux PV Batterie Électrolyseur PAC Réservoir H2 Compresseur


1100 €/kWc 151 €/kWh 1200 €/kW 4000 €/kW 50 €/50L à 200 bar 3800 €

Table 4.1 – Coût d’installation de différentes unités du micro-réseau

— Le coût d’investissement de la batterie électrochimique en fonction de sa capacité


nominale est de Cbatt
inv = 151 €/kWh pour une utilisation stationnaire.
— L’électrolyseur PEM coûte Celect
inv = 1200 €/kW (Salehmin et al., 2022). Le compresseur
coûte Ccomp
inv = 3800 € pour une compression de 15 bar à 200 bar (Hancke et al., 2022).
— Le prix d’achat de la PAC vaut CPAC
inv = 4000 €/kW (B. Li et al., 2017, Dufo-López
et al., 2007).
— Le réservoir H2 occupe un volume de 0,5 m3 et stocke l’hydrogène à une pression de
200 bar. À cette pression, un tel volume coûte Créservoir
inv = 500 €.

Le coût d’investissement global Cinv se décompose selon l’Équation 4.39 :

Cinv = Créservoir + Pelec elec


nom × Cnom + C
comp
+ PPAC PAC batt batt PV PV
nom × Cinv + Enom × Cinv + Pnom × Cinv (4.39)

avec Pelec PAC PV


nom , Pnom et Pnom les puissances nominales de l’électrolyseur, de la PAC et des
panneaux solaire PV respectivement. Ebatt
nom est la capacité nominale de la batterie.

Le coût d’opération Cope se détermine en fonction des coûts de l’énergie soutirée au réseau
central et aux revenus générés par l’injection d’électricité au réseau central. Il s’écrit selon
l’Équation 4.40.
T
∑︁
Cope = (Esout Csout (t) − Einje Cinje (t)) (4.40)
t=1

avec Esout et Einje respectivement l’énergie soutirée et injectée au réseau central de distribution
(en kWh), Csout et Cinje le revenu de soutirage et le coût d’injection (en €/kWh) et T est
l’horizon temporel. Le dimensionnent préalable de chaque module impose des contraintes
pour la simulation, plus de détails sur ces contraintes ont été donnés à la Section 4.2. Selon
les caractéristiques des modules choisis, le comportement dynamique des unités en phase
d’opération sera différent et la quantité d’électricité achetée ou vendue au réseau central
aussi. Le dimensionnement répond à un objectif d’optimisation en minimisant le CAPEX
selon l’Équation 4.41 :

min Cinv (𝑑, 𝑛) + Cope (𝑑, 𝑛) + Cmaint (𝑑, 𝑛) + Cremp (𝑑, 𝑛), 𝑛 ∈ 𝒩 (4.41)
𝑑∈𝒟

avec d et n des valeurs de variables dimensionnables et non-dimensionnables respectivement.

4.3.2 Méthodologie de dimensionnement


Le dimensionnement des modules consiste à déterminer des valeurs des variables de l’espace
𝒟 pour optimiser un critère économique. Les variables de dimensionnement sont entières.
Dans le Chapitre 5, seules PPV batt
nom et Enom sont considérées comme variables. Au Chapitre 6,
elec PAC
Pnom et Pnom sont ajoutées aux variables de dimensionnement.
La Figure 4.6 présente l’algorithme d’optimisation. À chaque itération, les variables de
dimensionnement sont choisies et le coût est calculé. Puisque le coût d’opération et de main-
tenance sont à déterminer, l’élaboration d’une politique de contrôle pour chaque itération
de dimensionnement est nécessaire : un agent est entraîné par apprentissage par renforce-
ment à chaque itération. Chaque agent est entraîné sur une simulation de l’environnement

75
Méthodologie et modélisation

dont le dimensionnement correspond aux valeurs des variables d’optimisation. Lorsqu’une


politique est apprise, elle est appliquée pour déterminer le coût d’opération du micro-réseau.
Cette application de la politique s’effectue dans une simulation du micro-réseau dont les
données aléatoires sont issues de jeux de données différents des données employées pour
l’apprentissage afin de ne pas biaiser les résultats. L’optimisation du dimensionnement est
qualifiée d’optimisation bi-niveaux puisqu’à chaque itération une politique de contrôle est
apprise par apprentissage par renforcement. Le niveau le plus haut est appelé la boucle
externe et le niveau le plus bas est la boucle interne. La boucle externe requiert des résultats
issus d’une optimisation complète de la boucle interne à chacune de ses itérations. Dans
cette configuration, la boucle externe est l’optimisation globale du dimensionnement et la
boucle interne le RL appliqué au contrôle du micro-réseau. Chaque niveau d’optimisation est
représenté par une couleur sur la Figure 4.6.

Figure 4.6 – Diagramme représentant la méthode de dimensionnement par optimisation


bi-niveaux

Ainsi, les coûts liés au contrôle du micro-réseau sont optimisés à chaque itération du dimen-
sionnement. L’optimisation du dimensionnement est non-linéaire en raison de l’intégration
du contrôle dans le calcul des coûts. L’algorithme d’optimisation choisi est le recuit simulé
(Kirkpatrick et al., 1983). Plus de détails sur l’algorithme d’optimisation et son choix seront
donnés au chapitre 6.

4.4 Conclusion
L’application du RL au problème de contrôle permet d’adapter les performances de fonction-
nement selon les dimensionnements du micro-réseau et sans modèle prédictif. Après avoir
examiné les bases théoriques du RL et son application dans le pilotage des micro-réseaux,
une méthodologie pour l’intégrer dans le processus de dimensionnement d’un micro-réseau
sous contrôle optimal a été développée.
Le pilotage et le dimensionnement sont abordés de manière conjointe à travers un algorithme
d’optimisation. Cet algorithme itère sur différents dimensionnements d’unités et calcule les
coûts sur un horizon de temps défini. Les coûts d’opération sont déterminés à partir d’une
phase de contrôle guidée par une politique apprise via un algorithme de RL.
Le dimensionnement du micro-réseau s’effectue avec un objectif de minimisation des coûts.
Le micro-réseau est modélisé de façon modulaire afin pouvoir appliquer la méthodologie
développée à d’autres architectures de micro-réseaux. Les modules sont caractérisés par des
variables, certaines ne sont pas itérables durant le processus de dimensionnement et d’autres
le sont. Ces modules permettent de fixer les contraintes de pilotage du micro-réseau et les

76
Conclusion

objectifs de l’EMS.
Un dimensionnement a été établi pour les études portant sur le contrôle d’un micro-réseau.
Ces études incluent l’apprentissage d’une politique de contrôle cohérente avec les objectifs
définis dans ce chapitre dans différents niveaux de complexité de simulation. Elles sont
présentées dans le Chapitre 5. La réduction du temps de calcul pour la phase de contrôle est
cruciale, étant donné son intégration dans un processus d’optimisation plus large. L’implé-
mentation de l’optimisation du dimensionnement avec une méthode pour réduire le temps
d’apprentissage ainsi que l’analyse des résultats sont détaillées dans le Chapitre 6.

77
5
Contrôle à long terme du système
de stockage d’un micro-réseau

5.1 Apprentissage d’une stratégie de contrôle du stockage hydrogène sur un horizon


d’un an . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
5.1.1 Implémentation de l’algorithme et choix des hyper-paramètres . . . . . 80
5.1.2 Analyse de la stratégie apprise par l’agent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
5.2 Contrôle à long terme avec dégradation de la batterie . . . . . . . . . . . . . . . 91
5.2.1 Modèles de dégradation de la batterie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
5.2.2 Influence du vieillissement de la batterie sur la politique apprise . . . . 94
5.2.3 Choix d’un horizon temporel d’apprentissage . . . . . . . . . . . . . . . . . 96
5.3 Analyse de la stratégie de contrôle et évaluations avec des indicateurs clés . 99
5.3.1 Étude des politiques de contrôle et analyse de leur performance . . . . 100
5.3.2 Indicateurs de la performance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106
5.3.3 Analyse de la performance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109
5.4 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 110

Le contrôle des unités de stockage d’un micro-réseau avec production électrique d’origine
renouvelable est essentiel pour maintenir son autonomie et augmenter sa rentabilité. L’appren-
tissage par renforcement (RL) (Chapitre 2) permet de développer une politique de contrôle
malgré les incertitudes liées aux phénomènes aléatoires et le comportement dynamique
complexe du système (Chapitre 3). La modélisation du micro-réseau et la méthodologie de
contrôle ont été présentées au Chapitre 4. Le développement d’une politique de contrôle est
l’aboutissement de l’entraînement d’un agent en interaction avec une simulation de l’envi-
ronnement. La stabilité de l’entraînement et la garantie de convergence vers une politique
efficace sont recherchées. Pour cela, le choix des paramètres d’apprentissage et l’analyse des
politiques de contrôle vont être réalisés sur une simulation simple et avec un horizon temporel
court. Ces démarches sont détaillées à la section 5.1. Une fois les paramètres d’apprentissage
établis, la modélisation du micro-réseau évolue progressivement pour devenir plus réaliste.
Les paramètres d’apprentissage sont réajustés en fonction des modifications apportées à
la simulation. En particulier, un modèle de vieillissement non-linéaire de la batterie est
incorporé à la simulation. Des modifications sont également effectuées pour que les agents
apprennent des politiques de contrôle qui demeurent efficaces pour des simulations avec un
horizon temporel plus long que lors de l’apprentissage. Cette étude est présentée à la section
5.2.
Enfin, les politiques développées sont analysées à travers diverses visualisations. Des indica-
teurs liés à différents objectifs d’opération permettent de conclure sur l’intérêt du stockage
hydrogène dans la configuration étudiée. Cette analyse est discutée dans la section 5.3.

79
Contrôle à long terme du système de stockage d’un micro-réseau

5.1 Apprentissage d’une stratégie de contrôle du


stockage hydrogène sur un horizon d’un an
La politique de contrôle du système de gestion de l’énergie (EMS) est obtenue à l’issue d’une
phase d’apprentissage d’un agent de RL. Un dimensionnement des unités du micro-réseau a
été établi au chapitre 4 pour l’élaboration de cette politique. Les valeurs de dimensionnement
des unités sont données sur la Table 5.1.

Paramètre PPV
nom (kWc) Ebatt
nom (kWh) Pelec
nom (kW) PPAC
nom (kW)
Valeur 5 5 1 1

Table 5.1 – Dimensionnement des unités du micro-réseau pour son contrôle sur un an.

Les panneaux PV sont la source de génération électrique locale du micro-réseau. La batterie


a un rôle de stockage à court terme tandis que le stockage hydrogène est envisagé comme
une solution de stockage à long terme. L’EMS contrôle le stockage hydrogène, en choisissant
le mode d’opération de l’électrolyseur et de la pile à combustible (PAC) à chaque instant.
Le comportement dynamique du micro-réseau est simulé sur un an avec des données de
productible PV et de demande électrique. L’influence des hyper-paramètres sur la qualité de
l’apprentissage est évaluée dans la sous-section 5.1.1. Le RL étant un algorithme d’appren-
tissage automatique, une étude de la politique apprise par un agent entraîné est nécessaire
afin d’assurer la qualité de la stratégie de contrôle développée. Cette étude est conduite à la
sous-section 5.1.2.

5.1.1 Implémentation de l’algorithme et choix des


hyper-paramètres
Les différentes classes algorithmiques du RL ont été présentées dans le chapitre 2. L’élec-
trolyseur et la PAC sont les unités pilotables et fonctionnent à puissance nominale lorsque
les contraintes le permettent. L’espace d’actions est donc discret : l’agent choisit le mode
d’opération de la PAC et de l’électrolyseur. L’espace d’états est constitué de quatre variables
continues : l’état de charge de la batterie (SOC), la demande, le productible PV et la distance
en jours au solstice d’été (voir section 4.2). L’algorithme retenu pour le contrôle de ces unités
est le DQN pour sa compatibilité avec l’environnement construit.

Bien que l’algorithme de DQN soit couramment employé, il existe différentes approches d’im-
plémentations qui lui sont associées. Certaines présentent des fonctionnalités supplémentaires,
comme le Prioritized Experience Replay (Schaul et al., 2016), le Double DQN (van Hasselt
et al., 2015), le dueling Deep Q-learning (Z. Wang et al., 2015). Chaque configuration du
DQN implémenté peut se distinguer par le nombre et la valeur de ses paramètres. Les
configurations varient car elles dépendent de l’environnement, des espaces d’état et d’action
associés et du système de récompense de l’agent. Les hyper-paramètres les plus répandus du
RL (𝛼, 𝜀, 𝛾) et un hyper-paramètre propre au DQN (𝑁cible ) ont été introduits au chapitre 2.
Les paramètres de l’algorithme de DQN employé et leur fonction sont présentés ici. Enfin,
une analyse de l’impact des différents paramètres est menée.

Implémentation du DQN
Le développement de la politique de contrôle d’un agent requiert trois modes d’interaction
avec son environnement : apprenttissage, validation et test.

80
Apprentissage d’une stratégie de contrôle du stockage hydrogène sur un horizon d’un an

1 - Apprentissage ou entraînement. Durant la phase d’apprentissage, l’agent interagit


avec son environnement selon une politique 𝜀-gourmande. Cela lui permet de prendre
des actions aléatoires avec une probabilité 𝜀 pour diversifier les observations faites de
l’environnement. Il met à jour sa politique de contrôle en associant des valeurs aux couples
état-actions observés.

Exploration. La probabilité de prendre des actions aléatoires est le taux d’exploration 𝜀.


Sa valeur diminue de manière linéaire pendant la phase d’apprentissage. Le nombre
d’itérations pendant lequel 𝜀 décroit se note 𝜀dec . La pente de décroissance 𝜏𝜀 du taux
d’exploration peut se déterminer grâce à l’Équation 5.1.
𝜀ini − 𝜀fin
𝜏𝜀 = (5.1)
𝜀dec
Les tuples d’état, d’action et de récompense observés par l’agent grâce à l’exploration
et à l’exploitation (utilisation de la politique développée par l’agent) sont appelés tuples
d’expérience {Si , Ai , Ri , Si+1 }. Ils sont stockés dans une mémoire de relecture. Cette
mémoire est indispensable dans la mise à jour la politique de l’agent.
Rappel : Si , Ai , Ri et Si+1 sont respectivement les état observés, l’action choisie, la
récompense reçue et les nouveaux états observés à l’instant i.
Mise à jour. L’algorithme de DQN fonctionne avec deux réseaux de neurones : un Q-réseau
principal Q𝜃 qui prend les décisions, et un Q-réseau cible Q𝜃− qui lui permet de stabili-
ser son apprentissage (voir section 2.2). Le réseau principal est mis à jour toutes les
ttrain interactions avec son environnement. La valeur la plus courante de ttrain est 1
pour qu’il soit mis à jour à chaque interaction. Sa mise à jour s’effectue en associant
des valeurs à des couples état-action selectionnés aléatoirement dans la mémoire de
relecture en fonction des récompenses reçues. La méthode du gradient s’applique sur
l’écart entre la prédiction du réseau principal et celle du réseau cible lors de cette mise
à jour. Le Q-réseau cible est mis à jour moins fréquemment. Il recopie les paramètres
du Q-réseau principal toutes les Ncible mises à jour du Q-réseau principal, soit toutes
les ttrain × Ncible itérations.

Mémoire de relecture. La mémoire de relecture est essentielle pour l’entraînement de


l’agent. La mise à jour du Q-réseau principal Q𝜃 s’effectue selon l’Équation 2.33. Un
Q-réseau est constitué d’une multitude de poids et biais (paramètres) interconnectés
utilisés pour estimer l’ensemble des Q-valeurs. Une mise à jour selon un seul tuple
d’observation suffit à changer toutes les Q-valeurs en sortie de Q𝜃 . Des lots ou batchs
de tuples sont utilisés. La taille nbatch de ces batchs est paramétrable et fera l’objet
d’une étude de sensibilité. Les tuples constituant les batchs doivent être selectionnés
de manière aléatoire pour éviter au Q-réseau d’apprendre sur des séquences de prises
de décisions consécutives. La capacité de la mémoire de relecture est paramétrable.
Lorsque le nombre d’observations échantillonnées dépasse cette capacité, chaque nouvelle
observation remplace la plus ancienne.

2 - Validation Des phases de validation ont lieu périodiquement pendant l’apprentissage. La


meilleure politique est identifiée grâce à une phase de validation. Il s’agit d’un épisode simulé
pendant lequel l’agent ne prend pas de décision aléatoire. Les récompenses cumulées obtenues
en validation sont sauvegardées pour visualiser l’évolution de l’apprentissage de l’agent.
L’agent ayant obtenu le meilleur score en validation est enregistré. Le nombre d’itérations
teval entre chaque validation est un paramètre réglable. La validation sert de critère d’arrêt
de l’entraînement : l’entraînement s’arrête lorsque le score en validation n’a pas augmenté
depuis un nombre de validations appelé patience. Un autre critère d’arrêt consiste à définir
un nombre d’épisodes d’entraînement maximal Nep max .

81
Contrôle à long terme du système de stockage d’un micro-réseau

3 - Test Une fois l’entraînement terminé, l’agent ayant obtenu le meilleur score de validation,
doit être testé. Ces tests sont réalisés avec des jeux de données différents de ceux de
l’entraînement et de la validation. Cela permet de vérifier que l’agent n’a pas été sujet
au sur-apprentissage et peut s’adapter à de nouvelles conditions de simulation. Les tests
permettent de comparer les scores de plusieurs agents indépendamment des données utilisées
lors de leur entraînement. C’est utile pour choisir un jeu de paramètres d’apprentissage sans
le biais du surapprentissage.

Le processus itératif de l’entraînement de l’agent est montré avec l’Algorithme 13. La phase de
test n’est pas représentée car elle intervient lorsque l’entraînement est terminé. Les paramètres
décrits balisent le fonctionnement de l’algorithme au cours de l’apprentissage. Leur impact
sur la politique apprise doit être maintenant explicité.

Algorithme 13 Apprentissage d’une politique de contrôle par un agent


Entrées : Agent (EMS), environnement (env), Nep max , Npatience , teval , ttrain , nbatch , Ncible ,
𝜀ini , 𝜀fin , 𝜀dec
Initialisation : terminal = Faux, Espace d’états 𝒮, espace d’actions 𝒜, Nep = 0,
patience = 0, score = −∞, t = 0
Tant que terminal=Faux :
Échantillonner aléatoirement a ∈ 𝒜
a ← EMS(s)
s’, R, terminal ← [Link](a)
Ajouter {s,a,R,s’} à la mémoire de relecture
s ← s’
Tant que Nep < Nep max ET patience < Npatience répéter :
Nep ← Nep + 1
s ← [Link]
R←0
terminal ← Faux
Tant que terminal=Faux :
t←t+1
Échantillonner 𝜖 ∈ [0, 1]
Si 𝜖 < 𝜀 :
Échantillonner aléatoirement a ∈ 𝒜
Sinon :
a ← EMS(s)
s’, R, terminal ← [Link](a)
Ajouter {s,a,R,s’} à la mémoire de relecture
s ← s’
Si t/ttrain ∈ N :
Ntrain ← Ntrain + 1
Échantillonner nbatch tuples dans la mémoire de relecture
Mettre à jour Q𝜃 selon 𝛼, 𝛾, et les tuples échantillonnés
𝜀 ← 𝜀 − 𝜀dec
Si Ntrain /Ncible ∈ N :
Q𝜃 − ← Q𝜃
Si t/teval ∈ N :
Valider la politique apprise par l’agent (voir Algorithme 12)
Enregistrer une politique dans le cas ou elle est meilleure que la politique
précédemment enregistrée et réinitialiser patience (voir Algorithme 12)
patience ← patience + 1

82
Apprentissage d’une stratégie de contrôle du stockage hydrogène sur un horizon d’un an

Influence et choix des différents hyper-paramètres


La valeur des hyper-paramètres influence l’apprentissage de différentes manières (Kiran et al.,
2022). Ils ont une influence sur la vitesse à laquelle une politique de contrôle satisfaisante est
trouvée, sur la qualité de la politique apprise selon les objectifs définis et sur la reproductibilité
des résultats obtenus (Eimer et al., 2023).
Méthodologies de l’étude paramétrique. Une valeur spécifique d’un hyper-paramètre
peut être optimale pour un ensemble particulier de valeurs des autres hyper-paramètres,
mais cela peut varier si la valeur des autres hyper-paramètres change. En conséquence,
ces hyper-paramètres ne peuvent pas être sélectionnés indépendamment les uns des
autres. De nombreuses méthodes pour choisir leurs valeurs existent. La recherche
manuelle (Hinton, 2012) est un ajustement de la valeur des hyper-paramètres par essais
et erreurs jusqu’à l’obtention d’un ensemble satisfaisant. Ce processus peut être chro-
nophage et entraîner des biais lorsque certains sous-ensembles de valeurs sont négligés.
La recherche par grille (Liashchynskyi et al., 2019) consiste à choisir un ensemble de
valeurs possibles par hyper-paramètre, puis d’évaluer le score en phase de test de la
politique apprise pour chaque combinaison de valeurs. La recherche aléatoire (Bergstra
et al., 2012) explore également des combinaisons de valeurs, mais sans recourir à des
ensembles prédéfinis. Cette approche s’avère utile et plus rapide que la recherche par
grille, notamment lorsque les hyper-paramètres sont nombreux et qu’ils prennent leurs
valeurs dans de vastes espaces.
Dans cette étude, le nombre d’hyper-paramètres est restreint mais le nombre de va-
leurs combinées est important. Les hyper-paramètres de l’algorithme de DQN ont été
déterminés à l’aide de la méthode de recherche par grille.

Jeux de données. Afin d’éviter le sur-apprentissage de l’agent sur les données d’entraîne-
ment, deux jeux de données ont été utilisés. Les données de productible PV proviennent
de la base de données SARAH-2 de PVGIS (Šúri et al., 2005). Les données de produc-
tible PV d’entraînement sont celles de la ville d’Albi en 2013 et les données de test
sont celles de la ville de Toulouse en 2018.

Paramètres immuables. Certains paramètres doivent être déterminés pour définir le cadre
de l’étude de sensibilité des autres paramètres. Les objectifs sont formulés de manière
à attribuer une récompense négative à l’agent lorsque de l’électricité est soutirée au
réseau central de distribution. La minimisation de cette pénalité revient à maximiser le
taux d’autoproduction 𝜏autoprod (voir Équation 4.38). Le système de récompense de
l’agent influence la politique apprise par l’agent. Les politiques développées par le biais
de systèmes de récompense différents feront l’objet d’une étude comparative dans cette
section.
L’agent est entraîné à chaque itération, c’est-à-dire à chaque fois qu’il interagit avec
l’environnement (ttrain = 1). La validation de la politique apprise par l’agent a lieu
toutes les 4 itérations (teval = 4). Le seuil de patience des agents validations vaut 1000.

Les effets de chaque hyper-paramètre seront analysés séparément. Chaque hyper-paramètre


sera évalué selon ses valeurs possibles dans le cadre de la recherche par grille. Il convient
de noter que pour chaque hyper-paramètre évalué, les valeurs utilisées pour les autres
hyper-paramètres sont celles finalement sélectionnées à l’issue de l’étude.

Mémoire de relecture et exploration


La taille de la mémoire de relecture a été choisie de manière empirique. Elle est suffisamment
grande pour permettre le stockage de chaque tuple observé jusqu’à la fin de l’entraînement.
Une grande mémoire de relecture réduit la corrélation entre les tuples échantillonnés, garan-
tissant une meilleure hétérogénéité des données d’apprentissage.

83
Contrôle à long terme du système de stockage d’un micro-réseau

Une stratégie de décroissance linéaire a été adoptée pour le taux d’exploration 𝜀, initié à une
valeur 𝜀ini = 1 et progressivement réduit pour atteindre une valeur minimale de 𝜀fin = 0.001.
La taille de la mémoire de relecture est d’un million de tuples. Le nombre d’itérations d’en-
traînement est donc 𝜀dec = 1 e6 puisque ttrain = 1. D’après l’Équation 5.1, 𝜏𝜀 vaut 0.99 e−6 .
Ainsi, l’exploration est maximale lorsque le nombre d’interactions échantillonnées dans la
mémoire est minimale. L’exploration diminue progressivement à mesure que la mémoire de
relecture se remplit. Ce mécanisme a permis d’atteindre un équilibre efficace entre exploration
et exploitation tout au long du processus d’apprentissage.

Taille de batch

La taille des batchs a été itérée sur les valeurs 32, 64, 128 et 256. La récompense cumulée
obtenue en test est similaire pour chaque taille de batch. En revanche, la Figure 5.1 montre
que l’amplitude des mises à jour du Q-réseaux Q𝜃 (aussi appelée fonction perte) est sujette à
des oscillations importantes pour des tailles de batchs plus faibles. Une taille de batch trop
petite peut entraîner des fluctuations perceptibles dans l’évolution de la fonction perte, créant
un certain niveau de bruit et d’oscillations durant l’entraînement (Smith et al., 2018). La
fonction perte est plus lisse quand la taille du batch augmente, ce qui stabilise l’apprentissage.
Des batchs plus grands ont été considérés mais les résultats de convergence et de politique
développée sont similaires au batch de taille 256 pour des besoins de mémoire et puissance
de calcul plus élevés. La courbe correspondant à une taille de batchs de 256 présente les plus
faibles oscillations et est retenue pour les étapes ultérieures de l’étude.
Fonction perte (lissée sur 10 itérations)

Taille de batch

Itérations d'entraînement

Figure 5.1 – Évolution de la fonction perte durant l’entraînement pour des tailles de
batchs différentes.

84
Apprentissage d’une stratégie de contrôle du stockage hydrogène sur un horizon d’un an

Taux d’apprentissage.

Taux d'apprentissage
Récompense cumulée reçue

Numéro de la validation

Figure 5.2 – Évolution des récompenses reçues au long des validations pour différents
taux d’apprentissage.

Facteur d'actualisation
Remplisage du réservoir d'hydrogène (%)

100

80

60

40

20

0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12
Mois de l'année

Figure 5.3 – LOH durant un an de test pour des agents entraînés avec des facteurs
d’actualisation différents.

La sélection du taux d’apprentissage 𝛼 est un compromis entre vitesse d’apprentissage et


stabilité du modèle (voir Assignation 2.33). La Figure 5.2 présente les courbes d’apprentissage
pour des taux d’apprentissage de 1 e−2 , 1 e−3 , 1 e−4 et 1 e−5 . Si 𝛼 est élevé, l’amplitude
des mises à jour est plus grande, l’agent apprend avec des gradients plus élevés à chaque
échantillon et l’apprentissage peut diverger. Dans le cadre du DQN, un taux d’apprentissage
insuffisant peut causer des problèmes de convergence. En effet, le Q-réseau cible stabilise
l’entraînement en permettant une convergence par palier du modèle (voir sous-section 2.2.1).
L’évolution trop lente du modèle par rapport à celle du Q-réseau cible limite cet effet et
nuit à la stabilité de l’apprentissage. Un taux d’apprentissage de 1 e−3 , bien que générant
des oscillations plus importantes que le taux de 1 e−4 , donne des performances globalement

85
Contrôle à long terme du système de stockage d’un micro-réseau

meilleures. 1 e−3 est un choix approprié qui équilibre vitesse d’apprentissage et stabilité de
convergence.

Facteur d’actualisation
Le facteur d’actualisation 𝛾 introduit au chapitre 2 permet de pondérer l’importance des
récompenses futures par rapport aux récompenses immédiates. Trois valeurs de 𝛾 ont été
testées : 0.99, 0.75 et 0.5. Les récompenses cumulées reçues au terme de l’entraînement sont
similaires dans les trois cas. Une visualisation du stockage hydrogène en fonction de 𝛾 est
représentée sur la Figure 5.3. Les couleurs de fond permettent de représenter les saisons : les
couleurs sont plus chaudes l’été et froides l’hiver. Chaque simulation commence en janvier,
période de l’année où le stockage d’énergie est limité en raison de conditions d’ensoleillement
défavorables et d’un niveau d’hydrogène initial à zéro. Il apparaît que la quantité d’hydrogène
stocké pour 𝛾 = 0.99 est supérieure. La quantité d’hydrogène présente dans le réservoir en
fin de simulation est plus importante. Le facteur d’actualisation 𝛾 = 0.99 est choisi.
Récompense cumulée reçue

Ncible

Numéro de la validation

Figure 5.4 – Évolution des récompenses cumulées au long des validations pour différents
intervalles de mise à jour du Q-réseau cible.

Nombre d’itérations avant la mise à jour du Q-réseau cible.


Le paramètre du nombre d’itérations Ncible avant la mise à jour du Q-réseau cible dans le
DQN joue un rôle important dans la stabilisation de l’apprentissage (voir section 2.2). La
valeur recherchée pour ce paramètre doit permettre au Q-réseau principal d’effectuer ses
prédictions avec une cible stable pendant un certain nombre d’itérations d’entraînement.
Dans le cadre de cette étude, il a été constaté que le choix d’un nombre d’itérations égal à 100
avant la mise à jour du réseau cible conduisait à des performances légèrement supérieures en
terme de récompense cumulée, comme le montre la Figure 5.4. Pour rappel, le seuil patience
étant égal à 1000, l’entraînement s’arrête 1000 itérations après l’atteinte du score maximal.
Les courbes sont lissées pour plus de visibilité et le maximum réel des récompenses reçues
n’apparaît donc pas sur les courbes.

5.1.2 Analyse de la stratégie apprise par l’agent


Les paramètres retenus sont listés sur la Table 5.2

86
Apprentissage d’une stratégie de contrôle du stockage hydrogène sur un horizon d’un an

Paramètre teval ttrain Npatience 𝜀ini 𝜀fin 𝜀dec nbatch Ncible 𝛼 𝛾


Valeur 4 1 1000 1 0.001 1e6 256 100 0.001 0.99

Table 5.2 – Valeur des paramètres du DQN retenus.

Une fois les paramètres d’apprentissage déterminés, l’analyse détaillée de la stratégie ou


politique apprise par les agents va être présentée dans cette section. L’évolution de la politique
apprise au fur et à mesure de l’apprentissage d’un agent sera considérée dans un premier
temps. Une comparaison de performances entre un agent de DQN et un algorithme basé sur
des règles présenté au chapitre 4 sera menée. Enfin, une étude de sensibilité de l’algorithme
sera conduite selon différentes conditions d’initialisation et horizons temporels.

Politiques développées au cours de l’apprentissage

Évolution de la stratégie de stockage au cours de l’apprentissage. L’étude de


l’évolution de la politique apprise par l’agent au cours de son entraînement permet de
comprendre la manière dont elle s’est développée. Les actions de l’agent portent sur la
gestion du stockage à long terme du micro-réseau en utilisant l’électrolyseur ou la PAC,
c’est pourquoi la visualisation choisie pour comprendre la politique porte sur le tracé de
l’équivalent énergétique de la quantité de H2 stocké au cours du temps (voir Figure 5.5).

La politique initiale de l’agent n’implique jamais l’usage de l’électrolyseur. À mesure de


l’entraînement (itération 44), sa fréquence d’utilisation augmente, son emploi est souvent
suivi par l’usage de la PAC, ce qui suggère une utilisation à court terme de ce stockage. Aux
itérations suivantes, la politique évolue progressivement en stockant une quantité significative
d’énergie au printemps, en été et en automne. La PAC est utilisée assez régulièrement, car la
courbe d’énergie stockée a fréquemment une pente décroissante. Elle est en revanche bien plus
mise à contribution en l’hiver. L’aire sous les courbes augmente avec le nombre d’itérations.
La forme des courbes est globalement conservée jusqu’à la fin du processus d’apprentissage.
Le stockage est accru au cours de l’apprentissage jusqu’à convergence vers la politique finale
(obtenue à l’itération 3616).

Numéro d'itération d'entraînement


Remplisage du réservoir d'hydrogène (%)

100

80

60

40

20

0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12

Mois de l'année

Figure 5.5 – LOH sur un an pour à différentes étapes de l’apprentissage de l’agent.

87
Contrôle à long terme du système de stockage d’un micro-réseau

Pénalité pour injection (Agent A)


Pénalité pour injection et soutirage (Agent B)
Remplisage du réservoir d'hydrogène (%)

100

80

60

40

20

0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12
Mois de l'année

Figure 5.6 – LOH sur un an selon le système de récompense défini lors de l’entraînement
de l’agent.

Effet des différentes récompense. Puisque les objectifs de l’EMS peuvent varier selon
les besoins de l’utilisateur, il est essentiel d’examiner leur influence sur la stratégie adoptée
par l’agent. L’apprentissage de différents agents a été mené en utilisant plusieurs systèmes de
récompense (Père et al., 2022). La stratégie développée par un agent formé pour maximiser
le taux d’auto-production 𝜏autoprod en pénalisant le soutirage au réseau central (agent A) est
comparée à celle élaborée par un autre agent qui, en plus de maximiser 𝜏autoprod , cherche
également à maximiser le taux d’autoconsommation 𝜏autocons (agent B). L’agent B est
pénalisé à la fois pour l’énergie soutirée et injectée au réseau central de distribution. Les taux
d’autoconsommation et d’autoproduction ont respectivement été définis par les Équations
4.37 et 4.38. La quantité de H2 stocké selon le système de récompense est présentée sur la
Figure 5.6. L’agent B a stocké le plus d’énergie, avec un maximum atteint en octobre. Ce
système de récompense incite explicitement à minimiser les échanges avec le réseau central.
Les excès d’énergie étant pénalisés autant que les déficits, l’énergie produite est stockée
lorsqu’elle dépasse la consommation. L’agent A a stocké une quantité d’hydrogène légèrement
inférieure. Il a moins stocké l’énergie en excès. Cela peut s’expliquer par le faible rendement
de ce type de stockage et par la contrainte qu’a l’agent à l’utiliser à puissance fixe.

Comportement de l’agent selon différentes configurations initiales


L’efficacité d’un algorithme de RL ne se limite pas seulement à sa capacité à apprendre et à
optimiser des politiques dans des environnements spécifiques. Une caractéristique tout aussi
importante est son adaptabilité à des conditions initiales variables. En effet, l’EMS peut être
amené à piloter le stockage H2 sans qu’il soit initialement vide, ou que sa mise en service
soit effectuée en début d’année.
Effet de la charge initiale du stockage hydrogène. Un agent a été soumis à un
entraînement avec un réservoir d’hydrogène initialement rempli à 66% de sa capacité. Sa
politique de contrôle du stockage hydrogène est comparée à celle de l’agent ayant appris
avec un réservoir vide en début de simulation. Pour réaliser cette comparaison, ces agents
sont testés sur les deux environnements : Les Figures 5.7 et 5.8 montrent respectivement
l’évolution de l’hydrogène stocké dans une simulation commençant avec un stockage à 66%
de sa capacité et un stockage vide pour les deux agents.

88
Apprentissage d’une stratégie de contrôle du stockage hydrogène sur un horizon d’un an

Conditions initiales d'entraînement

Agent entraîné avec stockage H2 initialement vide


Remplisage du réservoir d'hydrogène (%)

Agent entraîné avec stockage H2 initial à 66%


100 100%

80

66%
60

40

20

0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12
Mois de l'année

Figure 5.7 – LOH sur un an pour des agents ayant appris avec des initialisations
différentes pour le stockage d’énergie. Cas d’une simulation avec stockage initial à 66%
de sa capacité.

La politique résultante semble significativement différente pour les deux agents. Notamment,
l’agent entraîné avec un environnement initialisé avec un stockage vide atteint la capacité
maximale de stockage à plusieurs reprises sur l’environnement avec initialisation à 66%
(Figure 5.7).

Conditions initiales d'entraînement

Agent entraîné avec stockage H2 initialement vide


Remplisage du réservoir d'hydrogène (%)

Agent entraîné avec stockage H2 initial à 66%


100

80

60

40

20

0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12
Mois de l'année

Figure 5.8 – LOH sur un an pour des agents ayant appris avec des initialisations
différentes pour le stockage d’énergie. Cas d’une simulation avec stockage initial vide.

Les politiques apprises sont aussi différentes sur l’environnement pour lequel la réserve de
H2 initiale est vide (Figure 5.8) : la courbe rouge est toujours au dessus de la courbe bleue.
L’agent qui a appris à contrôler un stockage hydrogène initialement vide a tendance à stocker
plus d’énergie.

89
Contrôle à long terme du système de stockage d’un micro-réseau

Les différents taux d’autoproduction obtenus sur cet environnement par les agents entraînés
et par l’algorithme déterministe introduit au chapitre 4 sont comparés sur la Table 5.3.
Ils sont calculés uniquement sur cet environnement car la charge initiale du stockage long
terme biaise les résultats en augmentant le taux d’autoproduction sur l’autre environnement.
L’algorithme déterministe révèle un taux d’autoproduction inférieur par rapport aux deux

Algorithme 𝜏autoprod
Déterministe 0.78
DQN (LOH initial à 66 %) 0.94
DQN (LOH initial à 0 %) 0.97

Table 5.3 – Comparaison des taux d’autoproduction selon différents algorithmes et


conditions initiales d’entraînement sur l’environnement sans charge initiale du stockage
H2 .

agents de DQN. Il y a un écart de score de 3% entre les deux algorithmes de DQN. Il n’est
pas significatif malgré les différences observées dans l’évolution du stockage sur les deux
environnements.

Effet de la date initiale de simulation. Deux agents sont entraînés sur un environnement
dont les épisodes commencent à une date différente. Par défaut, la date initiale d’un épisode
est le 1er janvier. Le deuxième agent est entraîné sur des épisodes commençant au solstice
d’été, soit le 21 juin. L’énergie stockée sous forme de H2 pour les deux agents est présentée
sur la Figure 5.9 dans le cas d’une simulation commançant au solstice d’été.

Système de récompense utilisé


Remplisage du réservoir d'hydrogène (%)

100

80

60

40

20

0
6 7 8 9 10 11 12 1 2 3 4 5 6
Mois de l'année

Figure 5.9 – LOH sur un épisode de test d’un an simulé avec épisodes commençant le
21 juin. La stratégie de deux agents est comparée, l’un entraîné sur cet environnement,
l’autre non.

Les taux d’autoproduction obtenus par les deux agents sont très proches et sont respectivement
de 0.9651 et 0.9690. La stratégie développée semble s’adapter à la date initiale des épisodes.

90
Contrôle à long terme avec dégradation de la batterie

5.2 Contrôle à long terme avec dégradation de la


batterie
L’intérêt de l’utilisation du RL dans le contrôle de micro-réseaux électriques est sa capacité
à apprendre des stratégies dans des environnements non-linéaires et stochastiques. Des
hypothèses simplificatrices ou des modèles de prédiction ne sont pas nécessaires pour ces
algorithmes qui apprennent directement des interactions avec l’environnement. La politique
apprise n’est pas forcément optimale, mais elle est adaptative, capable de fonctionner avec
des données aléatoires et disparates.
Dans cette section, un niveau de complexité supplémentaire est introduit dans la simulation
dynamique des unités pour vérifier l’adaptabilité du RL à un environnement plus réaliste.
L’objectif de l’apprentissage de l’agent est ici la recherche d’un compromis entre la dégradation
des unités et le coût d’opération du micro-réseau. L’allongement de l’horizon temporel permet
d’évaluer plus précisément les coûts d’opération du système, au prix de temps d’apprentissage
globalement plus longs. Pour diminuer le temps d’apprentissage, des agents sont entraînés
en interaction sur des environnements avec des horizons temporels inférieurs ou égaux à
l’horizon temporel de test. Des agents entraînés dans de telles conditions sont capables de
s’adapter si leurs scores en phase de test sont aussi bons que ceux des agents entraînés avec
de plus longs horizons temporels. Dans ce cas, le temps d’apprentissage pourrait être réduit.
La sous-section 5.2.1 présente des modèles de vieillissement de la batterie électrochimique
pour les intégrer à la simulation dynamique du micro-réseau. Un modèle linéaire en fonction
du nombre de cycles d’utilisation de la batterie, et un autre non-linéaire et fonction de
la profondeur de décharge (DOD) sont envisagés. Une étude de l’influence du mode de
dégradation sur la politique apprise par l’agent est menée à la sous-section 5.2.2. Des
comparaisons entre les stratégies développées par les EMS sont effectuées pour déterminer si
la dégradation de la batterie les influence. Inversement, l’impact de la politique de contrôle de
l’EMS sur l’usure de la batterie est étudié. Enfin, bien que l’horizon temporel de simulation
soit allongé pour observer la dégradation progressive de la batterie, l’apprentissage est accéléré
en considérant des épisodes plus courts. La sous-section 5.2.3 présente le développement d’un
agent qui, bien qu’entraîné sur un horizon temporel réduit, parvient à maintenir un niveau
de performance comparable à celui des agents entraînés sur un horizon correspondant à la
phase de test.

5.2.1 Modèles de dégradation de la batterie


Plusieurs approches ont été envisagées pour modéliser la dégradation d’une batterie électro-
chimique avec plus ou moins de précisions : L’absence de dégradation, la dégradation linéaire
en fonction du nombre de cycles et la dégradation non-linéaire en lien avec la profondeur de
décharge.

Objectifs et hypothèses. Contrairement aux sections précédentes, où les contraintes sur


le SOC de la batterie sont appliquées explicitement pour la maintenir hors de situations de
charge et de décharge excessives, l’approche adoptée ici est différente. Le SOC n’est plus
contraint mais l’agent reçoit une pénalité supplémentaire pour l’usure de la batterie engendrée
par ses charges et décharges excessives. Cette pénalité dépend de la capacité dégradée et elle
est indexée sur le coût de remplacement de la batterie.
Les actions de l’agent n’influencent pas directement le SOC, mais la charge ou la décharge
du stockage hydrogène conditionnent le flux énergétique entrant ou sortant de la batterie
à chaque instant. En apprenant le lien entre ses actions et le SOC de la batterie, l’agent
pourrait minimiser les pénalités liées à la dégradation de la batterie. Ceci pourrait permettre
de tirer un meilleur parti de la flexibilité du stockage d’hydrogène, et de réduire l’impact
sur la dégradation de la batterie, tout en minimisant les coûts. Cette hypothèse sera étudiée

91
Contrôle à long terme du système de stockage d’un micro-réseau

dans cette section. L’impact de la température sur la dégradation de la batterie ainsi que sa
dégradation naturelle sont négligés.

Limites des modélisations existantes. De nombreux modèles de l’usure d’une batterie


lithium-ion sont utilisés dans la littérature. Fallahifar et al., 2023 calcule le SOC moyen d’une
batterie sur un intervalle de temps pour déterminer la dégradation associée. le calcul du
SOC moyen sur un intervalle de temps rend les décisions séquentielles de l’agent dépendantes
les unes des autres, ce qui n’est pas adapté avec l’approche par RL considérée. Maheshwari
et al., 2020 utilise la puissance de décharge de la batterie pour déterminer sa dégradation. La
dégradation en fonction de la puissance de décharge est propre à chaque batterie et ne peut
être connue qu’après des tests en laboratoire. Une batterie se décharge à 1 C si elle peut se
décharger complètement en une heure. Le terme ’C’ fait référence à la capacité nominale de la
batterie en Ah ou mAh, et indique que le courant de décharge est équivalent à cette capacité
par heure. Deux points de mesure étant disponibles (l’un pour une décharge à 1 C, l’autre à
2 C), la courbe de dégradation en fonction de la puissance de décharge est supposée linéaire
entre 0 C et 1 C et entre 1 C et 2 C. La puissance de charge et de décharge évolue selon la
capacité de la batterie, elle est donc spécifique au dimensionnement de la batterie utilisée
dans ces travaux. Pour cette raison, cette approche n’est pas utilisable pour le contrôle du
micro-réseau. La dégradation en fonction du DOD, mesurée en laboratoire pour des batteries
Lithium Nickel Manganèse Cobalt, est présentée par Maheshwari et al., 2018. Cette approche
donne une valeur de dégradation absolue (en mAh) pour le passage d’un SOC à un autre, ce
qui dépend encore de la capacité nominale de la batterie.
Les principales problématiques liées à la modélisation du vieillissement de la batterie sont
dues à la nature empirique des données. Les résultats présentés en terme de capacité dégradée
ne peuvent être généralisés qu’aux batteries spécifiquement testées en laboratoire. La valeur
de dégradation du modèle construit est en Ah et dépend de la capacité nominale de la
batterie. Un modèle généralisable doit exprimer la dégradation en pourcentage de la capacité
nominale de la batterie pour une technologie et une configuration donnée.

Approche considérée. La modélisation du micro-réseau va intégrer la dégradation de


la batterie à travers un modèle d’usure relatif à la capacité nominale Ebatt
nom de la batterie.
L’usure s’exprime alors en pourcentage et dépend de l’usage de la batterie. Les modèles de
dégradation utilisés permettent de calculer la capacité restante Ebatt
max de la batterie selon la
forme générale donnée par l’Équation 5.2.

Ebatt batt
max (𝑋) = Enom (1 − 𝛿(𝑋)) (5.2)

X est une variable propre à l’usage de la batterie. Elle peut être le nombre de cycles
d’utilisation, le SOC ou le DOD. Des fonctions de dégradation 𝛿(𝑋) seront employées pour
chaque modèle considéré.
Modèle de dégradation linéaire. Le modèle employé pour représenter la dégradation
linéaire de la batterie est basé sur le nombre de cycles (Le et al., 2023). Un cycle correspond
à une charge complète de la batterie suivie d’une décharge complète. La dégradation 𝛿 lin
peut s’écrire selon l’Équation 5.3.

𝛿lin ncycle = 𝐴deg cycle


(︀ )︀
lin × n (5.3)

Avec ncycle le nombre de cycles à un instant t et 𝐴deg 30%


lin = ncycle , ncycle
max étant le nombre de
max
cycles avant d’atteindre l’état de dégradation maximale de la batterie. L’état de dégradation
maximale d’une batterie lithium ion stationnaire est de 30% (voir Chapitre 4). Le taux de
dégradation par cycle employé dans cette étude est calculé à partir de l’étude de Johnen
et al., 2021, qui évalue une dégradation de 20% pour 3000 cycles. ncycle
max est donc pris égal à
4500. Puisque la relation est linéaire, la dégradation peut se déterminer pour toute portion

92
Contrôle à long terme avec dégradation de la batterie

de cycle. Par exemple, une charge de 20% de la capacité de la batterie suivie d’une décharge
de 20% correspond à 0.2 cycle. Une charge seule de 30% équivaut à effectuer 0.15 cycle. Les
dégradations associées se calculent avec l’Équation 5.3.
Modèle de dégradation non-linéaire. Le modèle de dégradation non-linéaire retenu
dépend du DOD. Les formes les plus couramment adoptées pour représenter la capacité
dégradée par rapport à la capacité nominale de la batterie sont exponentielle, polynomiale et
sigmoïdale (Johnen et al., 2021). Les coefficients des fonctions de dégradation relatives sont
déterminés par des tests en laboratoire. Comme des données adaptées sur ces coefficients
sont publiés par Fallahifar et al., 2023 pour la batterie LiFePO4 , ce modèle est choisi pour
cette étude. La fonction de dégradation de la batterie s’exprime en fonction du DOD selon
l’Équation 5.4. (︁ )︁
deg (DOD) = 𝐴deg 2 deg
nl DOD + 𝐵nl DOD Enom
batt
(5.4)

𝐴deg deg
nl et 𝐵nl valent respectivement 4.83 e
−4
et 2.38 e−5 (Fallahifar et al., 2023). La dégradation
de la batterie 𝛿nl se détermine en décharge, donc lorsque le DOD augmente avec le temps,
par l’Équation 5.5.
∫︁ DOD(t+1)
𝛿nl (DOD(t + 1)) = 𝛿nl (DOD(t)) + deg(𝑥)𝑑𝑥 (5.5)
DOD(t)

Comparaison des modèles de dégradation. La dégradation de la capacité de la batterie


est calculée selon les deux modèles grâce à une simulation du contrôle du micro-réseau.
L’EMS utilisé pour cette simulation provient de la section 5.1. La simulation se déroule sans
tenir compte de la dégradation de la batterie. Après simulation, les modèles calculent la
dégradation potentielle à chaque instant, en se basant sur le nombre de cycles et le DOD pour
les modèles linéaire et non-linéaire respectivement. Les capacités dégradées sont comparées.
298.5 cycles ont été observés avec la simulation. Le modèle de dégradation linéaire a conduit
à une dégradation finale, 𝛿lin , de 1.99%. Selon cette estimation, la batterie atteindrait une
dégradation de 30%, et serait ainsi remplacée, après une durée de 15 ans. Le modèle non-
linéaire a déterminé une dégradation significativement plus élevée, de 𝛿nl = 5% en un an,
suggérant un besoin de remplacement de la batterie après seulement 6 ans.

1600

1400
Nombre d'occurences

1200

1000

800

600

400

200

0
0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0

DOD

Figure 5.10 – Distribution des DOD calculés pendant la simulation sur un épisode
d’un an.

93
Contrôle à long terme du système de stockage d’un micro-réseau

Ajustement du coefficient de dégradation linéaire. Afin de comprendre la différence


entre les valeurs de dégradations calculées par les deux modèles, la distribution des valeurs
de DOD lors de la simulation est présentée sur la Figure 5.10. La distribution montre que la
batterie est régulièrement chargée ou déchargée au maximum. Lorsque ce n’est pas le cas, les
DOD sont souvent supérieurs à 0.6. Les phénomènes de charge et de décharge sont d’une
intensité significative, ce qui ne contribue pas à préserver la durabilité de la batterie selon le
modèle non-linéaire de dégradation.
Le coefficient linéaire 𝐴deglin du modèle de dégradation de la batterie semble sous-estimé.
Cette situation peut provenir de l’hypothèse selon laquelle le modèle linéaire a été estimé
en considérant que la batterie est utilisée de manière à préserver sa durée de vie. Afin
d’examiner cette hypothèse, un calcul de dégradation est effectué avec l’Équation 5.4 pour
une valeur faible de DOD (0.35). En utilisant ce résultat fixe, deg(0.35), dans l’Équation
5.5, la dégradation est linéaire selon le nombre de cycles. Une dégradation de la batterie
de 2.1% sur un an est obtenue. Ce résultat est proche de la dégradation déterminée par
le modèle linéaire sur la simulation. Par conséquent, le coefficient 𝐴deg lin est trop faible par
rapport à l’utilisation de la batterie sans contrainte de SOC. Ce coefficient a été réajusté
pour correspondre à l’utilisation moins préservante de la batterie par l’agent.
Le nouveau taux se rapproche de celui utilisé dans l’étude de Le et al., 2023, dont la batterie
se dégrade de 2.9% en 300 cycles. Un taux arrondi à 1% pour 100 cycles est finalement retenu,
soit ncycle
max = 3000.

5.2.2 Influence du vieillissement de la batterie sur la


politique apprise
L’effet de la modélisation de la dégradation de la batterie sur le comportement de l’agent
est étudié dans cette sous-section. Un horizon temporel de 10 ans est choisi pour simuler un
impact significatif de la dégradation de la batterie sur le comportement de l’agent. Un état
observable supplémentaire relatif à la dégradation de la batterie est introduit, ainsi qu’une
récompense négative additionnelle liée à cette dégradation. Ces éléments fournissent à l’agent
plus d’informations sur la batterie pour mieux adapter sa politique. L’espace d’états 𝒮 est
alors constitués de 5 éléments :
{︁ }︁
∀S ∈ 𝒮, St = SOC(t), D(t), PPV (t), distsols (t), 𝛿𝑠batt (t) (5.6)

Le terme 𝛿𝑠batt est l’état correspondant à la dégradation de la batterie. Il est calculé selon
l’Équation 5.7 à chaque pas de temps.

Ebatt batt
nom − Emax (t)
𝛿𝑠batt (t) = (5.7)
Ebatt
nom

La récompense négative 𝛿𝑟batt liée à la dégradation est déterminée selon l’Équation 5.8 à
chaque pas de temps.

Ebatt batt
max (t) − Emax (t-1)
𝛿𝑟batt (t) = = − 𝛿𝑠batt (t) − 𝛿𝑠batt (t-1)
(︀ )︀
batt
(5.8)
Enom (t)

Cadre de l’étude. Afin de garantir la décorrélation des données d’entraînement et de test,


la production PV de la région d’Albi entre 2010 et 2019 est utilisée pour l’entraînement, alors
que pour le test, la production PV de Toulouse entre 2005 et 2020 est utilisée. Les données
employées pour le test ne suivent pas une séquence chronologique continue. Elles incluent les
années 2005 à 2009 et l’année 2020, qui ne figurent pas dans l’entraînement.
Dans cette étude, des agents sont entraînés dans des environnements où la dégradation de la

94
Contrôle à long terme avec dégradation de la batterie

batterie est modélisée de manière linéaire (agent A) et non-linéaire (agent B). Les agents
sont ensuite testés dans les deux environnements. Cette approche permet de comparer la
politique apprise par les agents dans ces différents contextes afin de déterminer l’impact de
la dégradation de la batterie et de sa modélisation sur le comportement de l’agent.

Environnement avec Environnement avec


dégradations linéaires dégradations non-linéaires
Énergie cumulée soutirée (MWh)

(A)

(B)

Année de test

Figure 5.11 – Énergie soutirée au réseau central dans un environnement pour lequel la
batterie se dégrade de manière linéaire (à gauche) et non-linéaire (à droite) en fonction
de l’environnement d’entraînement des agents.
Puissance pour une journée (kW)

(a) (b)
60
5000
Remplissage du réservoir

5
Capacité maximale de
50
d'hydrogène (%)

la batterie (Wh)
4 4500
40

3
30 4000
2
20
3500
1
10

0
0 3000

(c) (d)
l'énergie stockée dans la batterie

1e6
0.0
Récompenses cumulées
Moyenne quotidienne de

4
lissée sur 1 mois (kWh)

-0.4
3

-0.8
2

1 -1.2

0
-1.6
2005 2006 2007 2008 2011 2020 2010 2009 2012 2016 2005 2006 2007 2008 2011 2020 2010 2009 2012 2016
Année

Figure 5.12 – Visualisation d’indicateurs pour le contrôle par un agent entraîné sur
10 ans. (a) Distribution quotidienne de l’origine de l’approvisionnement en réponse à
une demande nette négative. (b) Quantité d’hydrogène stocké et capacité maximale de
la batterie. (c) Indicateurs statistiques sur la moyenne quotidienne du SOC sur une
période plus longue. (d) Décomposition des pénalités reçues par l’agent.

95
Contrôle à long terme du système de stockage d’un micro-réseau

Énergie soutirée au réseau central. Les résultats sont illustrés à la Figure 5.11. Dans
l’environnement avec dégradation linéaire de la batterie (à gauche), l’agent A, entraîné dans
un environnement similaire, soutire moins d’énergie que l’agent B. La quantité d’électricité
soutirée est plus importante pour l’agent B à partir de la cinquième année. Cet écart se
creuse progressivement. Dans l’environnement incluant une modélisation non-linéaire de la
dégradation de la batterie (à droite), l’agent B soutire moins d’électricité que l’agent A dès
la troisième année. L’énergie soutirée est plus importante dans l’environnement avec une
dégradation non-linéaire de la batterie.
En se basant sur ces observations, il est possible de conclure que la manière dont la dé-
gradation de la batterie est modélisée a un impact sur le comportement appris par l’agent.
De plus, l’agent entraîné dans un environnement avec une modélisation de la dégradation
identique à celle de l’environnement de test obtient sytématiquement de meilleurs scores. La
politique apprise s’adapte au modèle de dégradation de la batterie. Pour la suite de l’étude,
la modélisation non-linéaire de la dégradation de la batterie est adoptée afin de vérifier la
capacité de l’algorithme à garantir une politique de contrôle correcte dans un environnement
plus complexe.

Analyse de la stratégie développée avec dégradation de la batterie. Pour com-


prendre la stratégie développée par l’agent et identifier les facteurs influents, une visualisation
de l’évolution de plusieurs indicateurs est montrée sur la Figure 5.12. Les résultats affichés
sont obtenus suite à une simulation sur 10 ans avec une dégradation non-linéaire de la
batterie en fonction du DOD. La visualisation (a) affiche la provenance des flux énergétiques
qui équilibrent la demande nette négative pour chaque jour de l’année. Elle montre que
la contribution de la batterie à l’approvisionnement de la demande nette diminue avec le
temps. Les pics observés montrent que sa contribution est plus forte pendant une période
de l’année, mais leur amplitude diminue au cours de la simulation. Cette diminution est
visiblement en partie comblée par le soutirage au réseau central, qui augmente avec le temps.
La visualisation (b) représente la quantité de H2 stocké et la capacité maximale de la batterie.
La quantité de H2 stocké diminue progressivement à mesure que la batterie se dégrade. Cette
tendance sera analysée à la section 5.3. La visualisation (c) montre les valeurs maximales,
minimales et moyennes de l’énergie quotidienne stockée dans la batterie lissée sur un mois.
La batterie est régulièrement vide et l’énergie stockée au maximum diminue progressivement.
Enfin, la visualisation (d) compare les deux composantes des récompenses reçues par l’agent.
La pénalité liée à la dégradation de la batterie devient plus importante que la pénalité de
soutirage d’électricité au réseau central de distribution dès la deuxième année de simulation.
L’EMS n’adopte pas la même stratégie de contrôle si la batterie se dégrade ou non. Malgré
l’ajustement du coefficient linéaire de dégradation de la batterie pour calibrer les résultats du
modèle linéaire avec ceux du modèle non-linéaire, une simulation longue montre que le choix
du modèle a un impact significatif sur la stratégie apprise. La quantité d’électricité soutirée
au réseau central augmente significativement après quelques années de simulation lorsque
le modèle de dégradation diffère de celui utilisé en entraînement comparé à la politique
développée avec ce même modèle.

5.2.3 Choix d’un horizon temporel d’apprentissage


L’influence de l’horizon temporel des épisodes d’entraînement sur la politique de l’agent est
ici étudiée. L’objectif principal est d’identifier si un horizon temporel d’entraînement plus
court pourrait être utilisé pour élaborer une politique de contrôle efficace sur une période de
10 ans, avec l’ambition de réduire les temps de calcul de l’apprentissage.
Méthodologie. Pour atteindre cet objectif, plusieurs agents seront entraînés dans des envi-
ronnements où la dégradation de la batterie est modélisée de manière non-linéaire. Chaque
agent sera entraîné avec un horizon temporel différent. Les politiques apprises seront ensuite
testées sur un environnement indépendant, dont l’horizon temporel s’étend sur 10 ans. Les

96
Contrôle à long terme avec dégradation de la batterie

données de productible PV sont les mêmes que pour les environnements de la sous-section
5.2.2. La performance des politiques sera évaluée en se basant sur la quantité d’énergie
soutirée du réseau central.

Premiers résultats. Les résultats observés selon l’horizon temporel d’entraînement sont
montrés dans la Table 5.4.
L’énergie soutirée au réseau central est nettement inférieure pour un agent entraîné sur un
horizon temporel de 10 ans. Dans cette configuration, il est préjudiciable de réduire l’horizon
temporel en phase d’apprentissage tout en conservant un taux d’autoproduction acceptable.

Horizon temporel d’entraînement (en années) 5 6 7 8 9 10


Énergie soutirée (MWh) 3 2.1 1.5 1.8 1.5 1.2

Table 5.4 – Énergie soutirée sur un épisode de test sur 10 ans selon l’horizon temporel
de l’entraînement des agents.
Puissance pour une journée (kW)

(a) (b)
Remplissage du réservoir

5000
5 26.4

Capacité maximale de
d'hydrogène (%)

la batterie (Wh)
4 4500
17.6
3
4000
2
8.8
1 3500

0
0

(c) (d)
l'énergie stockée dans la batterie

1e6
4 0.0
Récompenses cumulées
Moyenne quotidienne de

lissée sur 1 mois (kWh)

3 -0.5

2
-1.0

1
-1.5

0
2005 2006 2007 2008 2011 2020 2010 2009 2012 2016 2005 2006 2007 2008 2011 2020 2010 2009 2012 2016
Année

Figure 5.13 – Visualisation d’indicateurs pour le contrôle par un agent entraîné


sur 10 ans avec un espace d’états à 6 dimensions. (a) Distribution quotidienne de
l’origine de l’approvisionnement en réponse à une demande nette négative. (b) Quantité
d’hydrogène stocké et capacité maximale de la batterie. (c) Indicateurs statistiques sur
la moyenne quotidienne de l’énergie stockée dans la batterie sur une période plus longue.
(d) Décomposition des pénalités reçues par l’agent.

Ajout d’un état supplémentaire. Pour remédier à ce problème, l’état de charge du


réservoir d’hydrogène (H2 ), également appelé Level of Hydrogen (LOH), est intégré à l’espace
d’états de l’agent. L’hypothèse sous-jacente est que cela permettrait à l’agent de discerner des
motifs annuels directement liés à ses actions pour les reproduire sur les années additionnelles
de l’horizon temporel de test. L’introduction d’un nouvel état peut nuire à l’apprentissage
d’un agent. Pour s’assurer que la qualité de la politique apprise ne s’est pas dégradée, des
agents sont entraînés puis testés selon les mêmes configurations que précédemment. Leur
espace d’états est décrit par l’Équation 5.9.
{︁ }︁
∀S ∈ 𝒮, St = SOC(t), D(t), PPV (t), distsols (t), 𝛿𝑠batt (t) , LOH (t) (5.9)

97
Contrôle à long terme du système de stockage d’un micro-réseau

La Figure 5.13 présente les différentes visualisations d’indicateurs liés au contrôle du micro-
réseau par un agent entraîné et testé sur un horizon temporel de 10 ans. On observe des
différences avec la Figure 5.12 (agent avec 5 états observables). L’énergie soutirée au réseau
central de distribution augmente et la dégradation de la batterie est plus faible (Figure 5.13
(a) et (d)). La récompense négative reçue pour l’énergie soutirée devient plus importante
que celle liée à la dégradation de la batterie. Sur la Figure 5.13 (b), on observe que les
courbes de la quantité de H2 stocké sont moins lisses et les pics sont de plus faible amplitude.
La présence de bruit dans les actions de charge et de décharge empêche une accumulation
de l’énergie dans le réservoir. L’aspect bruité de l’énergie stockée résultant des actions de
l’agent suggère une convergence vers une politique qui semble différente des stratégies de
contrôle précédemment développées. L’ajout d’une dimension à l’espace d’états complexifie
l’entraînement. L’agent doit prendre en compte une information supplémentaire à chaque
itération. Les différences dans la forme du stockage H2 pourraient provenir d’un entraînement
instable.

Ajustement des paramètres d’apprentissage. Sous l’hypothèse que l’ajout d’un état
supplémentaire nuit à la convergence de l’apprentissage de l’agent avec les paramètres utilisés,
une nouvelle étude paramétrique a été menée. Les résultats en phase de validation sont
meilleurs pour une fréquence d’entraînement de ttrain = 4, un facteur d’actualisation de
𝛾 = 0.99, avec une taille de batch de 64. La Figure 5.14 montre les visualisations associées
au test de l’agent sur 10 ans après la modification des paramètres.
Les pénalités, énergie soutirée et dégradation de la batterie, sont inférieures (Figure 5.14 (d))
à celles de l’agent entraîné avec 5 états observables. La batterie est légèrement plus dégradée
qu’avant l’ajustement des paramètres d’apprentissage mais l’énergie soutirée au réseau central
est bien plus faible. La Figure 5.14 (a) montre que le réseau central n’approvisionne pas le
micro-réseau sur une année complète. Enfin, les actions de l’agent sur le stockage d’hydrogène
semblent plus lisses et la quantité d’hyrogène stocké est trois fois plus élevée (Figure 5.14
(b)). On remarque toutefois que l’amplitude des pics de stockage d’énergie l’été diminue avec
le temps de simulation.
Puissance pour une journée (kW)

(a) (b)
5000
Remplissage du réservoir

5
Capacité maximale de
100
d'hydrogène (%)

la batterie (Wh)
4 4500
80
3
60 4000

2
40
3500
1
20
3000
0
0

(c) (d)
l'énergie stockée dans la batterie

1e6
4 0.0
Récompenses cumulées
Moyenne quotidienne de

lissée sur 1 mois (kWh)

3
-0.5

2
-1.0

-1.5
0
2005 2006 2007 2008 2011 2020 2010 2009 2012 2016 2005 2006 2007 2008 2011 2020 2010 2009 2012 2016
Année

Figure 5.14 – Visualisation d’indicateurs pour le contrôle par un agent entraîné sur
10 ans avec un espace d’états à 6 dimensions après modification des paramètres. (a)
Distribution quotidienne de l’origine de l’approvisionnement en réponse à une demande
nette négative. (b) Quantité d’hydrogène stocké et capacité maximale de la batterie. (c)
Indicateurs statistiques sur la moyenne quotidienne du SOC sur une période plus longue.
(d) Décomposition des pénalités reçues par l’agent.

98
Analyse de la stratégie de contrôle et évaluations avec des indicateurs clés

Étude de l’effet de l’horizon temporel après ajustement des paramètres pour


6 états observables. Les agents ainsi paramétrés sont entraînés sur des environnements
avec divers horizons temporels de simulation. La dégradation des batteries et les quantités
d’énergie soutirée au réseau central de distribution obtenues en test sont affichées sur la
Figure 5.15. Les résultats pour le soutirage au réseau central s’avèrent similaires pour les
agents entraînés sur des horizons temporels de 6 ans et plus. L’agent entraîné avec un horizon
temporel de 3 ans présente des performances inférieures pour l’énergie soutirée au réseau
central (à gauche de la Figure 5.15). L’agent entraîné sur 5 ans produit des résultats qui
semblent similaires à ceux des agents formés sur 6 et 10 ans lors des premières années de
simulation. Ces résultats se dégradent en fin de la simulation.
À droite de la figure 5.15, on observe que l’état final de la batterie est plus dégradé pour les
agents entraînés sur 5 ans et 10 ans. Aucun lien clair entre l’horizon temporel de simulation
d’entraînement et la politique de préservation de la batterie n’a pu être établi.
Afin de réduire le temps de calcul, dans les sections suivantes les agents seront entraînés avec
un horizon temporel de simulation de 6 ans pour des tests sur 10 ans.

Figure 5.15 – Électricité soutirée au réseau central de distribution (à gauche) et


capacité de la batterie (à droite) selon l’horizon temporel d’entraînement des agents.

5.3 Analyse de la stratégie de contrôle et


évaluations avec des indicateurs clés
L’analyse de la politique de contrôle développée par l’agent et ses résultats sont étudiés
dans cette section. Les horizons temporels d’entraînement et de test sont toujours de 6 et 10
ans respectivement. La configuration du micro-réseau évolue selon les besoins des analyses
menées. L’étude de cas principale considérée est le contrôle d’un micro-réseau équipé de
5 kWc de panneaux PV et d’une batterie d’une capacité de 5 kWh se dégradant de manière
non-linéaire selon le DOD. Les données de demande sont celles d’un français ayant souscrit
à un abonnement d’une puissance inférieure à 6 kVA. La demande annuelle vaut 2220 kWh.
Les résultats d’opération sont analysés de manière à comprendre la stratégie développée
par l’agent sur la gestion du stockage long terme. Cette analyse qualitative s’appuie sur des
visualisations de variables lors des épisodes de tests de l’agent. Des analyses quantitatives
sont également effectuées grâce au suivi d’indicateurs pour évaluer la performance du contrôle
sur plusieurs axes.

99
Contrôle à long terme du système de stockage d’un micro-réseau

5.3.1 Étude des politiques de contrôle et analyse de leur


performance
Le déploiement de l’algorithme de DQN a permis de développer une stratégie de contrôle du
stockage hydrogène sur 10 ans de simulation. Puisqu’il s’agit d’un algorithme d’apprentissage
automatique, l’interprétation directe des paramètres appris est impossible. Des visualisations
générées à partir de simulations ont été construites pour faciliter l’analyse.
Ces représentations du comportement dynamique du micro-réseau permettent de formuler
des hypothèses sur la politique adoptée par l’agent.

Évolution de la stratégie au cours de la simulation


L’utilisation du stockage hydrogène comme stockage long terme par l’agent a été confirmée
à la sous-section 5.2.3. La quantité d’hydrogène stocké atteint des pics en se rechargeant
pendant l’été pour satisfaire les demandes hivernales. En revanche, l’amplitude de ces pics
diminue avec le temps. Deux hypothèses peuvent être formulées pour expliquer ce phénomène :
soit la fréquence d’utilisation de l’électrolyseur diminue, soit celle de la pile à combustible
augmente durant les périodes ensoleillées.
Fréquence d’utilisation de l’électrolyseur et de la PAC. Pour écarter ou confirmer
ces hypothèses, l’usage de l’électrolyseur et de la PAC est analysé en début et en fin de
simulation. La visualisation de leur nombre d’utilisations est présentée sur la Figure 5.16 pour
deux années distinctes de test. Les deux années choisies sont 2006 et 2016 et correspondent
respectivement à la seconde et dernière années de simulation. La première année, 2005, n’est
pas représentative car la simulation démarre avec un stockage H2 vide. La figure 5.16 montre
que l’électrolyseur est autant utilisé en début qu’en fin de simulation. La PAC semble plus
sollicitée en fin de simulation, y compris durant les journées ensoleillées.

25

20

15

10

0
2006-01 2006-03 2006-05 2006-07 2006-09 2006-11 2007-01

25
Électrolyseur
Nombre d'utilisation de l'unité

20 PAC

15

10

0
2016-01 2016-03 2016-05 2016-07 2016-09 2016-11 2017-01
Date

Figure 5.16 – Nombre d’utilisations quotidiennes de l’électrolyseur et de la PAC en


2006 (en haut) et en 2016 (en bas).

Analyse de l’usage du stockage H2 . Pour comprendre l’augmentation de l’utilisation de


la PAC en période estivale, les flux énergétiques dans le micro-réseau sont examinés.

100
Analyse de la stratégie de contrôle et évaluations avec des indicateurs clés

Description des figures. Les Figures 5.17 et 5.18 montrent la répartition des flux entrants
dans le micro-réseau sur une semaine d’été et d’hiver respectivement au début et en fin
de simulation. Ces semaines ont été choisies car la demande nette suit une évolution
comparable sur les deux années étudiées. La courbe de demande nette (rouge) corres-
pond à la soustraction de la production PV à la demande. L’influence de la production
PV est nettement observable puisque la demande nette est négative en journée. Les flux
négatifs indiquent que la puissance sort du micro-réseau, c’est le cas lorsque l’énergie
est injectée au réseau central ou lorsque les systèmes de stockage se chargent.
L’usage de l’électrolyseur et de la PAC sont respectivement représentés par des traits
verticaux vers le bas et vers le haut. La puissance demandée pour l’électrolyse est
supérieure à la puissance produite par l’utilisation de la PAC. En effet, le rendement
d’électrolyse influence la quantité d’énergie effectivement stockée mais pas le flux éner-
gétique sortant du micro-réseau. Inversement, le rendement de la PAC diminue le flux
énergétique reçu par le micro-réseau par rapport à la puissance sortante du stockage
H2 .
L’intensité de couleur de la courbe de puissance de la batterie est inversement propor-
tionnelle au SOC. Pour plus de visibilité, toutes les figures agrandies représentant ainsi
les flux énergétiques hebdomadaires sont à disposition en Annexe A.2.
Été. Sur la Figure 5.17, l’électrolyseur semble être utilisé exclusivement lorsque la demande
nette est négative et plus particulièrement lorsque la batterie est rechargée. Ce phéno-
mène s’observe sur la zone A de la Figure 5.17. L’électrolyseur est employé lorsque la
puissance d’utilisation de la batterie passe de valeurs négatives à zéro. Les conditions
d’utilisation de l’électrolyseur semblent moins restrictives en fin de simulation puisqu’il
est employé plusieurs fois alors que sa puissance dépasse la demande nette en valeur
absolue. Cela provoque des décharges de la batterie pour rétablir l’équilibre (zone B).
Le SOC se situe régulièrement à un niveau faible lorsque la demande nette est positive
en fin de simulation, ce qui provoque l’utilisation de la PAC (zone C) et fait diminuer la
quantité d’hydrogène stocké. L’affaiblissement du niveau du SOC en fin de simulation
plutôt qu’au début pourrait être lié à la forte dégradation du système de stockage.

A 1.00
0

-1

-2 0.75

-3

09/08/05 10/08/05 11/08/05 12/08/05 13/08/05 14/08/05 15/08/05


SOC

0.50

C
Flux de puissance (kW)

-1
B 0.25

-2

-3
0.00

09/08/16 10/08/16 11/08/16 12/08/16 13/08/16 14/08/16 15/08/16


Date

Figure 5.17 – Flux énergétiques du micro-réseau pour une semaine d’août en début
(2005) et en fin (2016) de simulation.

Hiver. Les différents flux énergétiques en périodes moins ensoleillées (octobre 2005 et 2016)
sont représentés sur la figure 5.18. La visualisation montre que la batterie atteint des
faibles SOC pour les deux années (zones A). La PAC est utilisée en soutien de la batterie
et intervient comme génération électrique supplémentaire lorsque le SOC de la batterie

101
Contrôle à long terme du système de stockage d’un micro-réseau

est trop faible (zones A). Le SOC est plus fréquemment faible en fin de simulation (2016).

1
A 1.00

-1

0.75
-2

-3

10/10/05 11/10/05 12/10/05 13/10/05

SOC
09/10/05 14/10/05 15/10/05
0.50

1
A B C
Flux de puissance (kW)

0.25
-1

-2

-3
0.00

09/10/16 10/10/16 11/10/16 12/10/16 13/10/16 14/10/16 15/10/16


Date

Figure 5.18 – Flux énergétiques du micro-réseau pour une semaine d’octobre en début
(2005) et en fin (2016) de simulation.

La zone B de la Figure 5.18 montre une puissance de PAC inhabituellement faible


le 13 octobre 2016. Cette situation ne se produit que lorsque le stockage hydrogène
atteint une réserve nulle d’après les contraintes de l’utilisation de la PAC définies par
les Équations 4.9 et 4.10. Puisque le stockage H2 est vide, la PAC n’est plus utilisée
jusqu’à l’électrolyse suivante (le 15 octobre 2016). C’est le réseau central de distribution
qui satisfait la majorité de la demande jusqu’à cette date (zone C).

En fin de simulation, la PAC est employée pour remplacer la batterie dégradée afin de
subvenir aux demandes à court terme. L’amplitude des pics d’énergie stockée est réduite à
cause de cet usage répété de la PAC pendant des périodes ensoleillées (Figure 5.17). De ce
fait, le stockage H2 se vide rapidement lors des périodes peu ensoleillées alors que la batterie
est dégradée. Les besoins de consommation sont donc en grande partie satisfaits par le réseau
central (5.18) à la fin de la simulation.
La dégradation trop importante de la batterie empêche le stockage hydrogène de se remplir
convenablement en été et intensifie sa fréquence de décharge en hiver. Cette hypothèse peut
se vérifier en confrontant la stratégie de l’EMS à celle apprise dans un environnement où la
batterie est remplacée lorsqu’elle est usée.

Influence du vieillissement de la batterie sur la stratégie de contrôle


Afin d’évaluer le rôle de la dégradation de la batterie sur la politique apprise par l’EMS, des
environnements intégrant différentes caractéristiques de la batterie ont été introduits.
Un apprentissage de l’EMS a été effectué dans un environnement où la batterie est remplacée
lorsque son usure dépasse 30%. La visualisation de différents suivis d’indicateurs suite à cet
entraînement est présentée sur la Figure 5.19. La politique de contrôle du stockage hydrogène
apprise est différente des autres vues précédemment, puisque le LOH n’est jamais nul d’après
la Figure 5.19 (b) au contraire de la Figure 5.14 (b). La Figure 5.19 (d) montre que la pénalité
reçue pour la dégradation de la batterie est bien plus importante que précédemment.
La batterie semble davantage sollicitée lorsque la simulation inclut son remplacement. Les
conséquences secondaires de la dégradation de la batterie sur les pénalités assignées à l’agent
sont atténuées car la quantité d’énergie soutirée a significativement diminué.

102
Analyse de la stratégie de contrôle et évaluations avec des indicateurs clés

Puissance pour une journée (kW)

Remplissage du réservoir

Capacité maximale de
5000
5
100

d'hydrogène (%)

la batterie (Wh)
4 4600
80

3
60
4200
2
40

1 3800
20

0
0
l'énergie stockée dans la batterie

1e6
4 0.0

Récompenses cumulées
Moyenne quotidienne de

lissée sur 1 mois (kWh)

3 -0.5

2 -1.0

1 -1.5

0 -2.0
2005 2006 2007 2008 2011 2020 2010 2009 2012 2016 2005 2006 2007 2008 2011 2020 2010 2009 2012 2016
Année

Figure 5.19 – Visualisation de la politique d’un agent entraîné dans un environnement


dans lequel la batterie est remplacée lorsque trop usée. (a) Distribution quotidienne de
l’origine de l’approvisionnement en réponse à une demande nette négative. (b) LOH et
capacité maximale de la batterie. (c) Indicateurs statistiques sur la moyenne quotidienne
de l’énergie stockée dans la batterie sur une période plus longue. (d) Décomposition des
pénalités reçues par l’agent.

1.00
0

-1

-2 0.75

-3

09/08/05 10/08/05 11/08/05 12/08/05 13/08/05 14/08/05 15/08/05


SOC

0.50
Flux de puissance (kW)

-1 0.25

-2

-3
0.00

09/08/16 10/08/16 11/08/16 12/08/16 13/08/16 14/08/16 15/08/16


Date

Figure 5.20 – Flux énergétiques du micro-réseau pour une semaine d’août en début
(2005) et en fin (2016) de simulation. L’environnement inclut un remplacement des
batteries usées.

Analyse des flux énergétiques avec remplacement de la batterie. Les flux énergé-
tiques en simulation pour l’agent ayant appris sur cet environnement sont présentés sur les
Figures 5.20 et 5.21. En période ensoleillée (août), la PAC est peu utilisée en début et en
fin de simulation (voir zones en pointillés sur la Figure 5.20). Ce comportement ressemble à

103
Contrôle à long terme du système de stockage d’un micro-réseau

la stratégie observée sur la Figure 5.17. La politique de stockage de l’hydrogène sur cette
semaine semble dépendre de la capacité de la batterie.
Un comportement nouveau est observé sur la Figure 5.21 : l’agent semble prioriser l’utilisation
de la batterie par rapport à celle de la PAC. Ce phénomène est particulièrement visible sur
les zones en pointillés de la Figure 5.21. Le SOC de la batterie diminue considérablement
lorsque la demande nette est positive, ce qui se traduit par des DOD élevés et donc une
usure plus importante de la batterie. Cette moindre utilisation de la PAC explique la raison
pour laquelle le LOH n’est presque jamais nul.

Contrainte de SOC. Pour observer la politique adoptée par l’agent sans usure drastique
de la batterie, un environnement dont le SOC de la batterie est contraint a été établi. Sur cet
environnement, le SOC est contraint entre 30% et 80%. Ainsi, la dégradation de la batterie est
limitée (voir section 5.2). L’EMS doit compter sur une capacité et une puissance plus faible
du stockage à court terme. Les résultats obtenus après l’apprentissage sont présentés sur la
Figure 5.22. La Figure 5.22 (a) montre que la part de la batterie est fréquemment plus faible
que celle du stockage hydrogène dans la satisfaction de la demande. L’électricité est toujours
soutirée du réseau central de distribution pour équilibrer la production et la demande. La
batterie semble sous-dimensionnée dans cette configuration du micro-réseau. La Figure 5.22
(b) illustre une utilisation à court terme du stockage hydrogène. Bien que la batterie soit
moins dégradée (Figure 5.22 (c,d)), la viabilité et l’autonomie du micro-réseau sont faibles
car une grande quantité de l’énergie consommée est importée. La capacité disponible de
la batterie influence la politique de contrôle apprise par un agent. L’intérêt du stockage
hydrogène comme stockage long terme semble amoindri à mesure que la puissance transmise
par la batterie diminue. L’hydrogène tend alors à se comporter comme un substitut de la
batterie et sert de stockage à court terme.

1
1.00

-1

0.75
-2

-3
SOC

09/10/05 10/10/05 11/10/05 12/10/05 13/10/05 14/10/05 15/10/05


0.50

1
Flux de puissance (W)

0.25
-1

-2

-3
0.00

09/10/16 10/10/16 11/10/16 12/10/16 13/10/16 14/10/16 15/10/16


Date

Figure 5.21 – Flux énergétiques du micro-réseau pour une semaine d’octobre en début
(2005) et en fin (2016) de simulation. L’environnement inclut un remplacement des
batteries usées.

104
Analyse de la stratégie de contrôle et évaluations avec des indicateurs clés

Puissance pour une journée (kW)


(a) (b)
5000

Remplissage du réservoir
5

Capacité maximale de
100

d'hydrogène (%)
4800

la batterie (Wh)
4
80
3 4600
60
2 4400
40

1
20 4200

0
0

(c) (d)
l'énergie stockée dans la batterie

1e6
0

Récompenses cumulées
Moyenne quotidienne de

lissée sur 1 mois (kWh)

3
-1

2.5
-2

2
-3

1.5
-4

2005 2006 2007 2008 2011 2020 2010 2009 2012 2016 2005 2006 2007 2008 2011 2020 2010 2009 2012 2016
Année

Figure 5.22 – Visualisation de la politique d’un agent entraîné dans un environnement


dans lequel le SOC est contraint. (a) Distribution quotidienne de l’origine de l’approvi-
sionnement en réponse à une demande nette négative. (b) LOH et capacité maximale de
la batterie. (c) Indicateurs statistiques sur la moyenne quotidienne de l’énergie stockée
dans la batterie sur une période plus longue. (d) Décomposition des pénalités reçues par
l’agent.

5000

Capacité maximale de la batterie (Wh)


Remplisage du réservoir d'hydrogène (%)

100

4500

80

4000

60

3500
40

3000
20

0
2005 2006 2007 2008 2011 2020 2010 2009 2012 2016

Figure 5.23 – LOH et capacité maximale de la batterie. La somme des données de


consommation électriques utilisées est supérieure aux simulations précédentes.

Influence de la demande
On étudie ici l’influence du niveau de demande électrique sur la politique apprise par l’agent
lors de son entraînement.
Un entraînement a été réalisé à partir de nouvelles données de consommation. Ces données,
fournies par Enedis, correspondent à la consommation moyenne d’un foyer français sur
un an, soit 4679 kWh/an. Cette demande est sensiblement supérieure aux consommations
utilisées jusqu’à présent (2220 kWh/an). La capacité nominale de la batterie et la puissance

105
Contrôle à long terme du système de stockage d’un micro-réseau

nominale des panneaux PV restent inchangées. Le SOC de la batterie n’est pas contraint, sa
valeur est comprise entre 0 et 1. La politique de contrôle apprise par l’agent est présentée
sur la Figure 5.23. On peut observer que les pics d’hydrogène stocké sont à nouveau de
faible amplitude, avec une valeur maximale de 58,9 kWh. Une diminution de la puissance PV
installée entraînerait un effet similaire dans la politique de contrôle. L’intérêt d’un stockage
long terme d’énergie dans un micro-réseau dépend ainsi fortement du niveau de demande
et/ou des capacités de production et de stockage. Une demande trop importante - ou des
productions ou capacités de batteries trop faibles - entraînent donc l’EMS à piloter le stockage
hydrogène à un usage court terme.

5.3.2 Indicateurs de la performance


La performance de la stratégie développée peut être évaluée dans plusieurs dimensions,
au travers de plusieurs indicateurs pertinents. Les indicateurs proposés ont été introduits
aux chapitres 1 et 4. Dans cette section, les résultats sont analysés selon des dimensions
économiques, écologiques et techniques.

Indicateurs économiques

0.22

0.20
Prix (€/kWh)

0.18

0.16

0.14
14

16

18

20

22

24
20

20

20

20

20

20

Année

Figure 5.24 – Évolution du prix de l’électricité en France (source des données : EDF).

Le coût nivelé de l’énergie (LCE), introduit avec l’Équation 1.1, permet de déterminer le
coût d’un kWh électrique en considérant à la fois le CAPEX et l’OPEX du micro-réseau.
Pour l’étude de la viabilité économique du micro-réseau (relié au réseau central), le LCE
doit être comparé à une valeur seuil comme par exemple le tarif d’électricité proposé par
un fournisseur. Ce tarif influence le coût d’opération du micro-réseau puisqu’il permet de
déterminer le coût de l’électricité achetée et vendue. Depuis août 2023, le tarif d’électricité
est de 0,2276 €/kWh en France (voir l’évolution de ce tarif ces dix dernières années sur la
Figure 5.24). Le tarif de revente d’électricité est de 0,1339 €/kWh pour un particulier en
autoconsommation avec une installation PV de puissance inférieure à 9 kWc (source : EDF
ENR). L’Équation 5.10 donne la formule de calcul du LCE. Seules la demande, l’injection
et le soutirage d’électricité sont fonction du temps et vont dépendre du fonctionnement du

106
Analyse de la stratégie de contrôle et évaluations avec des indicateurs clés

micro-réseau.
T
∑︁ Ccomp + Pelec elec PAC PAC PV PV batt batt
nom Cinv + Pnom Cinv + Pnom Cinv + Pnom Cinv + Esout (t)Csout − Einj (t)Cinj
LCE =
t=0
D(t)
(5.10)
T est l’horizon temporel d’opération du micro-réseau.

Résultats. Le LCE moyen obtenu sur un horizon de 10 ans, avec dégradation non-linéaire
de la batterie et sans remplacement est de 0,2758 €/kWh. Il est significativement meilleur
que le LCE obtenu avec un algorithme basé sur des règles, pour lequel il est de 0,4123 €/kWh.
Cependant, il reste supérieur au tarif du réseau centralisé. Le micro-réseau n’est donc pas
attractif de ce point de vue. La répartition des coûts dans le calcul du LCE est représentée
sur la Figure 5.25 pour les deux algorithmes.
On observe que la part de l’achat d’électricité au réseau central est très faible lorsque le DQN
est déployé. L’opération du micro-réseau génère davantage de revenus grâce à l’injection
d’électricité qu’elle n’engendre de coûts dus au soutirage. Lorsque le revenu d’injection et le
coût de soutirage sont négligés, le LCE calculé vaut 0,2833 €/kWh.

Coûts d'investissement du stockage H2

Coûts d'investissement des panneaux PV

Coûts d'investissement de la batterie

Coûts liés au soutirage

Figure 5.25 – Répartition des coûts dans le calcul du LCE.

Remplacement de la batterie. Dans le cas où la batterie est remplacée, la part de l’achat


d’électricité au réseau central diminue dans le calcul du LCE, mais l’investissement lié à la
batterie augmente. Le LCE moyen vaut 0,31780 €/kWh.
Accroissement de la capacité de la batterie. Lorsque la capacité de la batterie est plus
élevée, la part de l’électricité soutirée devient négligeable dans les coût totaux mais l’investis-
sement lié à l’achat de la batterie est plus conséquent. Le LCE moyen est de 0,2830 €/kWh.

Accroissement de la demande. Lorsque la consommation électrique augmente, le LCE


diminue mais la part de l’énergie soutirée au réseau central augmente. Le LCE vaut
0,2198 €/kWh en moyenne. En revanche, le stockage hydrogène ne sert que de substitut
à la batterie (voir sous-section 5.3.1). L’investissement majoritaire étant lié au stockage

107
Contrôle à long terme du système de stockage d’un micro-réseau

hydrogène, il pourrait être remplacé par une batterie de capacité plus haute, pour un coût
moindre.

Indicateurs écologiques et d’autonomie


Les taux d’autoproduction 𝜏autoprod et d’autoconsommation 𝜏autocons , dont les expressions
sont données aux Équations 4.38 et 4.37 respectivement, sont à maximiser par les agents grâce
aux systèmes de récompense. Ils sont représentés sur la Figure 5.26. Dans les périodes de fort
ensoleillement, le taux d’autoproduction augmente, tandis que le taux d’autoconsommation
tend à diminuer.
Taux d'autoproduction et taux d'autoconsommation

1.0

0.9

0.8

0.7

0.6

b.

b.
r
er

re
em
t
in
ie

ai
s

il

ût
e

em

em
i

ar

ob
vr
nv

Ju

ill
M
Av

Ao

pt
M

Ju

ov
ct

éc
Ja

Se

Figure 5.26 – Taux d’autoproduction et taux d’autoconsommation mensuels moyens


sur 10 ans.

En moyenne sur l’année, les taux d’autoproduction et d’autoconsommation sont respective-


ment de 0.9496 et 0.6808.
Effet de la récompense. Pour des entraînements où l’agent doit minimiser les flux
d’échange avec le réseau central, les taux varient peu (voir Table 5.5).
Accroissement de la demande. Avec une demande plus importante, le taux d’autocon-
sommation augmente ce qui est cohérent puisqu’il est en lien avec la proportion d’électricité
consommée qui est produite localement (voir Table 5.6). Le taux d’autoproduction diminue
puisqu’une part plus importante d’énergie est importée du réseau central.
Accroissement de la capacité de la batterie. Les taux d’autoproduction et d’auto-
consommation sont donnés dans la Table 5.6 pour une capacité nominale de la batterie
égale à 8 kWh, selon la nature de la récompense de l’agent. Ces évolutions sont cohérentes
avec un gain en autonomie du micro-réseau. La probabilité de perte de charge (LPSP),
introduite au chapitre 1, permet de visualiser le temps de coupure de l’approvisionnement
énergétique pour le micro-réseau. La Figure 5.27 présente les variations mensuelles du LPSP
pour l’entraînement effectué avec l’algorithme de DQN. Des pics apparaissent lors des mois
les moins ensoleillés. La présence de ces pics prononcés indique que la politique de contrôle
développée sur cet environnement ne permet pas d’assurer une très grande autonomie au
système. Le LPSP moyen est de 6,46 %. Ainsi, si le micro-réseau fonctionne en mode îloté, il

108
Analyse de la stratégie de contrôle et évaluations avec des indicateurs clés

a une probabilité moyenne de 6, 46% de ne pas pouvoir satisfaire les demandes à chaque pas
de temps, ce qui n’est pas suffisant pour assurer une bonne autonomie (H. Yang et al., 2008).

0.35

0.30

0.25

0.20

0.15

0.10

0.05

0.00
11

20

09

12

16
06

07

08

10
05

20

20

20

20

20
20

20

20

20
20

Figure 5.27 – Évolution du LPSP calculé mensuellement.

Enfin, le ratio d’excès d’énergie (REE) et la fraction d’énergie renouvelable (FER) (voir
Équations 1.2 et 1.3) valent respectivement 33.6% et 98.0%. Cette valeur de FER montre
que l’énergie consommée est en très grande majorité d’origine renouvelable. En revanche, le
REE est trop élevée : l’énergie injectée au réseau central représente un tiers de l’électricité
produite et importée. Les panneaux PV sont bien dimensionnés pour subvenir aux besoins
de consommation électrique des utilisateurs, mais une plus grande capacité de batterie
permettrait d’absorber l’énergie excédentaire pour minimiser le REE.

5.3.3 Analyse de la performance


L’algorithme de DQN permet à l’EMS de développer une stratégie de contrôle cohérente
adaptée aux paramètres et aux caractéristiques du micro-réseau. Les résultats obtenus sont
meilleurs que ceux d’un algorithme déterministe basé sur des règles pour tous les indicateurs
considérés.
La dégradation de la batterie a pour conséquence de contraindre l’EMS à recourir au stockage
hydrogène pour compenser les défaillances à court terme. Lorsque la batterie est usée, la
PAC est plus sollicitée dans des périodes où la production d’électricité d’origine PV est forte,
la quantité d’hydrogène stocké est donc limitée.
Des indicateurs ont été calculés sur des simulations de contrôle avec des données de test.
L’horizon temporel est de 10 ans alors que les agents ont été entraînés sur des épisodes de 6
ans. La demande est issue des profils de consommation Enedis pour un français ayant souscrit
à une puissance inférieure à 6 kVA. La Table 5.5 récapitule les différents indicateurs calculés.
Le remplacement de la batterie permet au système de gagner en autonomie en valorisant
plus l’énergie produite localement tout en diminuant sa dépendance au réseau central de
distribution. En revanche, son remplacement fait augmenter le coût du micro-réseau. Le
coût d’investissement lié au stockage hydrogène est très important et nuit à la viabilité
économique du micro-réseau. Il n’est pas viable en mode connecté puisque le LCE dépasse
le tarif du réseau central quelque soit l’algorithme de contrôle développé. Le système n’est
pas non-plus viable en mode îloté car la probabilité de panne (donnée par le LPSP) est

109
Contrôle à long terme du système de stockage d’un micro-réseau

importante.
(︁ Le )︁
contrôle du micro-réseau équipé d’une batterie ayant une capacité supérieure
Ebatt
nom = 8kWh montre de bons résultats pour l’autonomie du micro-réseau et pourrait être
déployé pour fonctionner en mode îloté. En revanche, le taux d’autoconsommation et le REE
suggèrent que le surplus d’électricité d’origine renouvelable produite pourrait être mieux
valorisé.

Algorithme LCE 𝜏autoprod 𝜏autocons LPSP REE FER


DQN 0.2450 0.9496 0.6908 0.0646 0.3361 0.9795
DQN (pénalité pour énergie
0.2524 0.9433 0.6965 0.0787 0.3171 0.9768
soutirée et injectée)
DQN (batterie remplacée) 0.2872 0.9747 0.6447 0.0521 0.3800 0.9895
DQN (batterie à 8kWh) 0.2164 0.9978 0.5869 0.002 0.4562 0.9991
Déterministe 0.3815 0.5018 0.6183 0.5006 0.3252 0.8281

Table 5.5 – Comparaison des indicateurs pour différents algorithmes et paramètres du


micro-réseau.

La demande nette a un impact fort sur le rôle du stockage hydrogène au sein du micro-réseau.
Plus la demande nette est élevée et plus le stockage hydrogène est utilisé comme substitut
de la batterie. Le stockage hydrogène se comporte comme un stockage à long terme si la
capacité de la batterie est augmentée avec la demande. La Table 5.6 résume les résultats
obtenus avec des simulations incluant des demandes électriques plus importantes.

Algorithme LCE 𝜏autoprod 𝜏autocons LPSP REE FER


DQN 0.2023 0.7614 0.7777 0.3251 0.2068 0.8404
DQN (pénalité pour énergie
0.2126 0.7418 0.8057 0.3480 0.1785 0.8305
soutirée et injectée)
DQN (batterie à 8kWh) 0.2031 0.8367 0.8064 0.2167 0.1852 0.8816
DQN (batterie à 8kWh,
pénalité pour énergie soutirée 0.2635 0.7937 0.8803 0.2704 0.1188 0.8573
et injectée)
Déterministe 0.2411 0.5230 0.6936 0.6529 0.2375 0.7358
Déterministe
0.2487 0.5518 0.7122 0.6136 0.2266 0.7481
(batterie à 8kWh)

Table 5.6 – Comparaison des indicateurs pour différents algorithmes et paramètres du


micro-réseau. La demande est celle d’un foyer résidentiel français.

Lorsque l’agent est entraîné à minimiser à la fois l’énergie injectée et soutirée au micro-réseau,
le taux d’autoconsommation augmente et le REE diminue. Les revenus de la vente d’électricité
au réseau central contribuent à la diminution du LCE. De plus, une dégradation des taux
d’autoproduction, FER et LPSP est constatée.
Les LPSP observés montrent qu’aucune de ces configurations ne pourrait subvenir convena-
blement aux demandes de consommation si le micro-réseau fonctionne en mode îloté.

5.4 Conclusion
Dans ce chapitre, l’application du RL au contrôle du stockage à long terme dans un micro-
réseau a été explorée. Initialement, l’analyse de l’apprentissage et de la politique adoptée
par l’agent a été réalisée sur un horizon temporel d’une année. Pour optimiser l’efficacité
de l’apprentissage, les hyper-paramètres de l’agent DQN ont été sélectionnés en utilisant

110
Conclusion

une méthode de recherche par grille. Il a été démontré que l’agent est capable d’apprendre
efficacement avec plusieurs systèmes de récompense s’ils octroient des récompenses similaires
en termes d’ordre de grandeur et de fréquence d’attribution. Une étude de sensibilité sur la
capacité à généraliser la politique apprise a montré une adaptabilité à la date initiale d’un
épisode, mais pas à la charge initiale de la réserve d’hydrogène H2 au début d’un épisode.
Plusieurs modèles de dégradation de la batterie ont été établis : un modèle linéaire basé sur
le nombre de cycles d’utilisation de la batterie et un modèle non linéaire dépendant du DOD
instantané. Ces modèles ont été intégrés dans le module de la batterie de l’environnement et
un horizon temporel de simulation étendu a été utilisé pour mesurer leur impact. Il a été
observé que le choix du modèle de dégradation a une influence sur la politique apprise par
l’agent. Cela souligne l’adaptabilité de la politique apprise en fonction des interactions de
l’agent avec l’environnement.
Enfin, l’analyse de la stratégie développée par l’EMS montre que le rôle du stockage hydrogène
varie selon les conditions de l’environnement. Bien qu’il soit autonome, le micro-réseau n’est
pas rentable pour une demande faible dans la configuration choisie. Il l’est pour une demande
plus conséquente mais en stockant une quantité très limitée d’énergie à long terme. Il n’est donc
pas résilient pour une forte demande et les configurations, notamment le dimensionnement
des unités, doivent être adaptées afin qu’il puisse fonctionner en mode îloté. L’étude du
dimensionnement sous contrôle optimal du micro-réseau est donc essentielle pour assurer un
système stable et rentable.

111
Dimensionnement sous contrôle
6
optimal

6.1 Transfert de politique de contrôle par apprentissage par renforcement hors ligne 113
6.1.1 Formulation du problème de transfert de politique par apprentissage par
renforcement hors ligne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 114
6.1.2 Application de l’apprentissage par renforcement hors ligne et choix des
paramètres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 116
6.1.3 Analyse et conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 120
6.2 Méthode d’optimisation globale par méta-heuristique pour le dimensionnement
bi-niveaux du micro-réseau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 120
6.2.1 Caractérisation du problème d’optimisation et choix d’un algorithme . 121
6.2.2 Recuit simulé pour le dimensionnement du micro-réseau . . . . . . . . . 125
6.3 Résultats de l’optimisation bi-niveaux du micro-réseau et analyse de la métho-
dologie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 128
6.3.1 Analyse des résultats d’optimisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 129
6.3.2 Évaluation de la convergence et du temps de calcul dans le processus
d’optimisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 136
6.4 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 139

6.1 Transfert de politique de contrôle par


apprentissage par renforcement hors ligne
La conception de l’EMS d’un micro-réseau basé sur un agent entraîné avec un algorithme de
DQN nécessite un temps de calcul conséquent. L’agent débute avec une politique de contrôle
aléatoire et interagit avec l’environnement pour collecter des observations et faire évoluer sa
politique de contrôle au cours de son entraînement. Or, le développement d’une politique
quasi-optimale dépend du dimensionnement du micro-réseau (voir section 4.3). Pour chaque
dimensionnement des équipements du micro-réseau, une stratégie de contrôle différente est
développée, ce qui engendre des temps de calcul conséquents.
La méthode proposée pour résoudre ce problème stipule qu’une politique apprise pour un
dimensionnement donné pourrait servir de base initiale pour entraîner un agent sur un
environnement de dimensionnement différent, plutôt que de commencer avec des actions
aléatoires. Un nouvel agent pourrait ainsi commencer son entraînement en apprenant d’in-
teractions provenant d’une stratégie construite pour optimiser les mêmes objectifs dans un
environnement relativement proche. La politique apprise serait transférée d’un environnement

113
Dimensionnement sous contrôle optimal

à un autre. Cette section décrit le développement d’une méthode de transfert de politique


afin d’écourter le temps nécessaire au développement d’une politique de contrôle satisfaisante
par l’EMS. La sous-section 6.1.1 présente la méthodologie du transfert de politique par
apprentissage par renforcement hors ligne. De nouveaux paramètres sont établis. La valeur de
ces nouveaux paramètres est exposée à la sous-section 6.1.2. Enfin, une analyse des résultats
d’optimisation et de la méthodologie, et une conclusion sont établies à la sous-section 6.1.3.

6.1.1 Formulation du problème de transfert de politique par


apprentissage par renforcement hors ligne

Le dimensionnement du micro-réseau s’effectue sur deux niveaux. À haut niveau (en boucle
principale ou externe), les caractéristiques des équipements du micro-réseau sont choisies
selon un coût global économique. Les variables de dimensionnement sont la puissance crête
des panneaux photovoltaïques (PV) PPV batt
nom et la capacité nominale de la batterie Enom dans
le travail présenté. Un algorithme d’optimisation est employé pour choisir les valeurs qui
minimisent le coût économique global. Ces coûts globaux dépendent notamment du contrôle
du micro-réseau, qui est effectué à plus bas niveau (en sous-boucle ou boucle interne) et des
coûts d’investissement et de maintenance. La politique de contrôle développée dépend du
dimensionnement du micro-réseau, et doit être apprise pour tout nouveau dimensionnement,
c’est-à-dire pour chaque itération de la boucle principale.
Ainsi dans le cadre d’une conception optimale du micro-réseau par une approche bi-niveaux,
il sera nécessaire qu’à chaque itération de l’optimiseur où de nouveaux dimensionnements
sont choisis, un nouvel agent soit entraîné pour générer une meilleure politique de contrôle de
l’EMS. Par conséquent, le dimensionnement bi-niveaux du micro-réseau implique la réalisation
d’une multitude d’entraînements. Cette section établit une méthodologie visant à réduire
le temps d’entraînement de l’agent. Contrairement à la section 5.1 du chapitre précédent,
les études vont être menées pour plusieurs dimensionnements afin de vérifier l’intérêt de la
méthodologie proposée. Comme dit précédemment, les variables de dimensionnement sont la
puissance nominale des panneaux PV installés PPV nom et la capacité nominale de la batterie
batt
électrochimique
[︁ E nom
]︁ . Un agent associé à l’EMS du micro-réseau dont le dimensionnement
PV,𝑗 batt,𝑗
est Pnom , Enom est appelé agent 𝑗.
La méthodologie développée consiste à utiliser la politique de contrôle de l’EMS pour alimenter
la mémoire de relecture d’un agent 𝑖 au début de son apprentissage. L’objectif attendu est une
réduction du temps d’entraînement sans dégrader la politique apprise. En effet, la suppression
de la phase d’exploration initiale doit permettre de réduire le nombre d’itérations nécessaires.
L’EMS dont la politique est réemployée pour accélérer l’entraînement d’un [︁ autre EMS]︁ est
appelé démonstrateur. Le démonstrateur interagit avec l’environnement PPV,𝑖 batt,𝑖
nom , Enom de
l’agent 𝑖. Ses actions sont donc choisies à partir d’une politique apprise sur un environnement
au dimensionnement différent.
Une fois la mémoire de relecture complétée par le démonstrateur, l’agent 𝑖 apprend de manière
hors ligne (sans interagir avec l’environnement). L’algorithme utilisé pour l’apprentissage
hors ligne est le BCQ (voir section 2.3).
Pendant le processus d’optimisation bi-niveaux, un EMS peut soit apprendre à partir de
sa propre interaction avec son environnement avec l’algorithme de DQN soit apprendre
de manière hors ligne en observant les interactions d’un autre EMS déjà entraîné grâce à
l’algorithme de BCQ. L’apprentissage par BCQ n’est possible que si d’autres agents ont déjà
été entraînés lors d’itérations antérieures dans le processus d’optimisation. Un schéma de
principe de l’utilisation de BCQ pour la méthodologie proposée d’optimisation bi-niveaux
est présenté sur la Figure 6.1.

114
Transfert de politique de contrôle par apprentissage par renforcement hors ligne

Figure 6.1 – Principe de l’entraînement de l’agent 𝑖. Une mémoire de relecture est


complétée par des interactions entre |𝑗| agents déjà entraînés sur d’autres environnements
et l’environnement 𝑖.

L’algorithme de BCQ a été présenté au chapitre 2, nous rappelons ici l’Équation 2.54 :

𝜋(s) = arg max 𝑄𝜃 (s, a) (2.54)


𝐺𝜔 (𝑎|𝑠)
𝑎| max a|s) >𝜏BCQ
𝐺𝜔 (^
𝑎
^

Cet algorithme entraîne un agent 𝑖 à choisir une action 𝑎 depuis un état 𝑠 selon sa proba-
bilité d’être prise par le démonstrateur et son potentiel dans l’environnement de l’agent 𝑖.
L’algorithme de BCQ nécessite qu’un démonstrateur existe et ne peut donc pas être utilisé
dès la première itération de dimensionnement du micro-réseau. Pour la mise en œuvre de
BCQ dans ce travail, deux hypothèses sont formulées :

1 La proximité entre la valeur des variables de dimensionnement d’un démonstrateur et


de l’agent 𝑖 a un impact sur la qualité de la politique apprise. Autrement dit, plus le
dimensionnement du micro-réseau du démonstrateur est distant de celui de l’environne-
ment de l’agent 𝑖, moins la politique apprise par l’agent 𝑖 sera performante.

2 L’utilisation d’un grand nombre de démonstrateurs pour remplir la mémoire de l’agent


𝑖 améliore l’apprentissage en mettant en jeu une plus grande variété de politiques.

Afin de vérifier ces hypothèses, des comparaisons entre l’apprentissage effectué selon la
méthodologie proposée et des méthodes plus classiques ont été effectuées. En particulier, les
temps d’entraînement et les taux d’autoproduction 𝜏autoprod sont systématiquement comparés
à ceux obtenus avec l’algorithme de DQN et un algorithme basé sur des règles. Dans cette
section, les performances de l’agent obtenu seront évaluées sur des données de productible
PV de 2018 alors que les entraînements sont menés sur des données de 2020.

115
Dimensionnement sous contrôle optimal

Différence de productible PV journalier répartie mensuellement (données 2020 - données 2018, PVgis SARAH2)
6000

4000
Différence journalière entre les données de l'année 2020 et 2018
de productible PV cumulée chaque jour pour 1kWc installé (Wh)

2000

−2000

−4000

−6000

−8000

Janvier Fevrier Mars Avril Mai Juin Juillet Août Septembre Octobre Novembre Decembre
Mois

Figure 6.2 – Diagramme en boîte de la différence par mois du productible PV journalier


entre le jeu d’entraînement et le jeu de test.

La Figure 6.2 montre les différences de productible PV journalier pour une installation de
1 kWc entre les données d’entraînement et les données de test. Le productible PV quotidien
moyen est de 3540 Wh pour l’ensemble des données. Les disparités entre les données d’entraî-
nement et de test sont significatives.

6.1.2 Application de l’apprentissage par renforcement hors


ligne et choix des paramètres
Nous allons étudier ici l’influence du nombre de démonstrateurs (cf. hypothèse [2]) et de la
proximité des variables de dimensionnement entre les environnements des démonstrateurs et
de l’environnement 𝑖 (cf. hypothèse [1]).
La vérification de l’hypothèse [1] nécessite de définir une distance pour évaluer la proximité
entre les variables de dimensionnement de l’agent à entrainer et celles d’un démonstrateur.
Cette distance est définie selon l’Équation 6.1 comme la distance euclidienne des valeurs des
variables de dimensionnement des micro-réseaux.
√︂(︁ )︁2 (︁ )︁2
dj = PPV,𝑖 PV,𝑗
nom − Pnom + Ebatt,𝑖 batt,𝑗
nom − Enom (6.1)

L’agent 𝑗 déjà entraîné dont le but est de fournir la mémoire de relecture de l’agent 𝑖 est
appelé voisin de l’agent 𝑖. Deux critères sont définis pour identifier quels sont les agents
voisins de l’agent 𝑖 :

— La distance maximale dmax entre les valeurs des variables de dimensionnement.

116
Transfert de politique de contrôle par apprentissage par renforcement hors ligne

— Le nombre minimum J de voisins nécessaires pour que l’agent 𝑖 soit entraîné avec
l’algorithme de BCQ plutôt qu’avec l’algorithme de DQN.

Hyper-paramètres Valeur
𝜏BCQ 0.3
Probabilité d’action aléatoire dans un épisode à bruit important 0.3
𝑝 0.9
𝜖 0.05

Table 6.1 – Hyper-paramètres utilisés pour l’algorithme de BCQ

Si les distances dj sont inférieures à dmax pour au moins J environnements, alors l’agent 𝑖 sera
entraîné de manière hors ligne avec un algorithme de BCQ. Si ce n’est pas le cas, l’agent 𝑖 sera
entraîné avec l’algorithme de DQN et interagira directement avec son environnement pendant
l’apprentissage. Afin de déterminer dmax et J, le taux d’autoproduction obtenu en phase de
test selon le nombre de voisins et leur distance à l’environnement 𝑖 est considéré. Pour éviter
la surreprésentation d’états similaires dans la mémoire de relecture pouvant compromettre la
capacité de généralisation d’un agent entraîné par BCQ, des décisions aléatoires sont prises
lors de chaque épisode avec une certaine probabilité :

— Chaque épisode échantillonné a une probabilité 𝑝 d’être un épisode « à bruit important ».


Dans ce cas, la probabilité de prendre des décisions aléatoires est plus élevée.

— Si un épisode échantillonné n’est pas « à bruit important », il y a une probabilité 𝜀


plus faible de choisir une action aléatoire à chaque instant.

Ces probabilités d’exploration sont des hyper-paramètres choisis par l’utilisateur. La version
discrète de BCQ utilisée admet également 𝜏BCQ comme hyper-paramètre supplémentaire
(voir section 2.3). La valeur des hyper-paramètres utilisés est précisée dans la Table 6.1.
L’échantillonnage et le stockage dans la mémoire de relecture pour entraîner un agent 𝑖 de
BCQ à partir des interactions avec un démonstrateur 𝑗 sont présentée sur la Figure 6.3.
Sur cette figure, un démonstrateur unique est considéré et les tuples des séquences échantillon-
nées en interaction avec l’environnement 𝑖 occupent la totalité de la mémoire de relecture.
Lorsque plusieurs démonstrateurs sont voisins avec l’agent 𝑖, chacun interagit avec l’envi-
ronnement 𝑖 de manière à générer une proportion égale d’échantillons dans la mémoire de
relecture. L’entraînement d’un agent via BCQ commence une fois sa mémoire de relecture
complète. Comme indiqué dans les travaux de Fujimoto et al., 2019, l’algorithme de BCQ
montre de bonnes performances pour une mémoire contenant au moins un million de tuples.
Un épisode se termine après une prise de décision à chaque heure pendant un an. 8759
tuples de type {s,a,R,s’} sont donc échantillonnés pendant un épisode. Un million de tuples
sont collectés par interaction avec l’environnement en 115 épisodes. Par conséquent, les
interactions entre les démonstrateurs et l’environnement génèrent 115 épisodes.

117
Dimensionnement sous contrôle optimal

Figure 6.3 – Échantillonnage et stockage de la mémoire de relecture pour entraîner un


agent 𝑖 via BCQ à partir d’un agent démonstrateur 𝑗.

Distance entre le dimensionnement de l'environnement


du démonstrateur et l'environnement courant.
1
10
2
3
4
Nombre d'occurrences

8 5

0
0.90 0.88 0.92 0.94 0.96 0.98 1.00
Taux d'autoproduction

Figure 6.4 – Histogramme des taux d’autoproduction obtenus en fin d’entraînement


de l’algorithme BCQ avec un unique démonstrateur. Les couleurs sont associées aux
distances entre les environnements du démonstrateur et de l’agent apprenant.

L’étude paramétrique pour déterminer dmax et J s’effectue avec les variables de dimension-
nement égales à [5 kWc, 5 kWh]. Dans un premier temps, l’agent de BCQ est entraîné avec

118
Transfert de politique de contrôle par apprentissage par renforcement hors ligne

un unique démonstrateur dans le but d’évaluer la distance minimale entre les variables de
dimensionnement des deux environnements. Les résultats obtenus sont représentés sous forme
d’histogramme sur la Figure 6.4.
L’histogramme présente la répartition des scores suite à l’entraînement d’agents avec un seul
voisin démonstrateur. Chaque couleur représente la distance d entre l’environnement et le
démonstrateur. Il est observé que les performances sont globalement supérieures avec d = 1.
Des écarts entre les différents taux d’autoproduction sont observés pour des agents entraînés
avec un voisin situé à une distance supérieure. La valeur associée à dmax est donc 1 pour
garantir une politique de contrôle performante selon le taux d’autoproduction. Ainsi, les
démonstrateurs sont tous les agents entraînés pour lesquels la distance euclidienne entre le
dimensionnement de leur environnement d’entraînement et de l’environnement 𝑖 vaut 1.
Une seconde expérience est mise en œuvre en variant le nombre de démonstrateurs pour
alimenter la mémoire de relecture de l’agent entraîné. Les résultats de l’expérience précédente
sont pris en considération pour relever le nombre de démonstrateurs voisins de l’agent 𝑖
parmi les démonstrateurs impliqués. Ceux-ci sont situés à une distance d = 2 au maximum.
Les histogrammes montrant le nombre d’occurrences de scores par tranche de taux d’au-
toproduction après entraînement sont montrés en fonction du nombre de voisins impliqués
dans la génération de la mémoire de relecture de l’agent entraîné sur la Figure 6.5. La figure
est scindée en deux graphiques, l’un exposant les résultats pour une mémoire générée par
deux démonstrateurs et l’autre pour une mémoire générée par trois démonstrateurs.
2 démonstrateurs 3 démonstrateurs
Nombre de voisins (d=1) Nombre de voisins (d=1)
2 3
14 1 14 2
0 1
0
12 12
Nombre d'occurrences

10 10

8 8

6 6

4 4

2 2

0 0
0.90 0.92 0.94 0.96 0.98 1.00 0.90 0.92 0.94 0.96 0.98 1.00
Taux d'autoproduction Taux d'autoproduction

Figure 6.5 – Histogrammes montrant les taux d’autoproduction obtenus en fin d’entraî-
nement de BCQ avec 2 démonstrateurs (à gauche) et avec 3 démonstrateurs (à droite)
en fonction du nombre de voisins parmi les démonstrateurs.

En l’absence de démonstrateur voisin de l’agent 𝑖 entraîné, les scores présentent une variation
plus élevée dans les deux cas. La qualité (mesurée par le taux d’autoproduction) de la
politique de contrôle de l’agent augmente globalement avec la proportion de voisins parmi
les démonstrateurs. Les scores obtenus sont considérés comme acceptables lorsque pour
n démonstrateurs, n-1 sont voisins de l’agent 𝑖. En revanche, puisque la proportion de
voisins dans le nombre de démonstrateurs influe sur la qualité de la politique apprise, les
démonstrateurs utilisés seront voisins de l’agent 𝑖 pour son entraînement. Le nombre minimal
de voisins requis pour entraîner un agent via la méthodologie de transfert de politique
développée est de J = 1. Si plusieurs autres agents déjà entraînés sont voisins de l’agent 𝑖 à

119
Dimensionnement sous contrôle optimal

entraîner, ils seront utilisés à proportion égale pour échantillonner des tuples d’expérience.
Une fois les valeurs des paramètres dmax et J déterminées, il convient maintenant de procéder
à l’évaluation de l’efficacité et de la performance du transfert de politique.

6.1.3 Analyse et conclusion


Une comparaison entre le temps de calcul et le score obtenu par la politique apprise par
la méthodologie de transfert hors ligne et les résultats de l’algorithme de DQN et d’un
algorithme déterministe basé sur des règles (détaillé à la section 4.2) doit être effectuée. Cette
étude est menée sur différents dimensionnements (PPV batt
nom et Enom ) de micro-réseaux. Rappelons
que l’objectif pour le fonctionnement du micro-réseau considéré est l’utilisation appropriée
du réservoir H2 comme dispositif de stockage à long terme. Les valeurs des variables de
dimensionnements admises ont été données à la section 4.2 du chapitre 4. Puisque l’algorithme
basé sur des règles n’est pas soumis à un apprentissage, son temps de calcul est négligé. Le
score employé pour cette comparaison est le taux d’autoproduction 𝜏autoprod obtenu sur un
épisode en phase de test.
Afin de prévenir tout biais dans l’analyse de leur performance, les algorithmes de DQN et
BCQ disposent des mêmes hyper-paramètres, lesquels ont été explicités à la section 5.1.
La condition d’arrêt de l’apprentissage est une patience correspondant à 1000 itérations
d’entraînement. Les paramètres propres à l’algorithme de BCQ sont présentés dans la Table
6.1. La valeur des paramètres associés au transfert de politique sont dmax = 1 et J = 1
conformément à la sous-section 6.1.2. Chaque algorithme de BCQ est entraîné avec des
échantillons d’expériences provenant d’un unique démonstrateur. Chaque démonstrateur
impliqué est entrainé avec l’algorithme de DQN. L’étude comparative est menée sur les
environnements correspondant aux valeurs suivantes des variables de dimensionnement :
— [8 kWc, 8 kWh] est un dimensionnement pour lequel la valeur 𝜏autoprod = 1 est facilement
obtenue.
— [8 kWc, 5 kWh], [5 kWc, 8 kWh] et [5 kWc, 5 kWh] sont des dimensionnements pour les-
quels la valeur 𝜏autoprod = 1 peut être atteinte.
— [3 kWc, 2 kWh] constitue un micro-réseau aux variables de dimensionnement minimales.

Les résultats sont présentés dans la Table 6.2.


L’agent entraîné par BCQ montre parfois de meilleurs résultats que l’agent entraîné avec
l’algorithme de DQN. En revanche, des disparités dans le score apparaissent selon l’environne-
ment sur lequel le démonstrateur a été entraîné. Le temps d’entraînement moyen d’un agent
avec l’algorithme de DQN est de 32 minutes. Il vaut 9 minutes pour un entraînement effectué
avec l’algorithme de BCQ. Les agents sont développés avec la librairie python PyTorch avec
trois réseaux de 256 neurones entièrement connectés. La machine utilisée est un PC avec
16 Gio de RAM, équipé de Intel i5 8th Generation. L’apprentissage d’un agent hors ligne
via BCQ est toujours plus rapide que l’apprentissage d’un agent de DQN dans le même
environnement. L’utilisation de l’algorithme de BCQ dans une démarche de transfert de
politique est donc un outil approprié pour le dimensionnement optimal d’un micro-réseau
sous contrôle quasi-optimal.

6.2 Méthode d’optimisation globale par


méta-heuristique pour le dimensionnement
bi-niveaux du micro-réseau
La contextualisation du dimensionnement du micro-réseau considéré a été présentée à la
section 4.3. La minimisation du coût économique global du micro-réseau est l’objectif principal

120
Méthode d’optimisation globale par méta-heuristique pour le dimensionnement bi-niveaux du micro-réseau

[︀ PV batt
]︀
Dimensionnement ( 𝑃nom ; 𝐸nom ) Algorithme Environnement du démonstrateur 𝜏autoprod Temps d’apprentissage
DQN - 1 36 min
Déterministe - 0.8775 -
[8; 8] [8; 9] 0.9999 8 min
[9; 8] 0.9775 8 min
BCQ
[7; 8] 1 14 min
[8; 7] 1 16 min
DQN - 0.9344 43 min
Déterministe - 0.8179 -
[5; 8] [5; 7] 1 17 min
[5; 9] 0.9539 10 min
BCQ
[4; 8] 1 10 min
[6; 8] 0.9355 12 min
DQN - 0.9501 26 min
Déterministe - 0.8437 -
[8; 5] [8; 6] 1 5 min
[8; 4] 1 8 min
BCQ
[9; 5] 0.9501 6 min
[7; 5] 1 6 min
DQN - 0.9691 31 min
Déterministe - 0.7766 -
[5; 5] [5; 4] 0.9999 8 min
[5; 6] 1 8 min
BCQ
[4; 5] 0.9711 10 min
[6; 5] 1 9 min
DQN - 0.7672 26 min
[3; 2] Déterministe - 0.5927 -
[4; 2] 0.7592 7 min
BCQ
[3; 3] 0.8025 6 min

Table 6.2 – Comparaison du taux d’autoproduction et du temps d’apprentissage obtenus avec des agents
de DQN et de BCQ selon plusieurs configurations de dimensionnement du micro-réseau simulé.

recherché. Il est explicité avec l’Équation 4.41 qui est rappelée ici :

min Cinv (𝑑, 𝑛) + Cope (𝑑, 𝑛) + Cmaint (𝑑, 𝑛) + Cremp (𝑑, 𝑛), 𝑛 ∈ 𝒩 (4.41)
𝑑∈𝒟

avec Cinv , Cope , Cmaint et Cremp respectivement les coûts d’investissement, d’opération,
de maintenance et de remplacement des unités. 𝒟 et 𝒩 sont respectivement les espaces
de valeur des variables dimensionnables et non-dimensionnables. Le choix de l’algorithme
d’optimisation est justifié à la sous-section 6.2.1. La configuration de l’algorithme pour le
mettre en adéquation avec le problème d’optimisation est décrite dans la sous-section 6.2.2.

6.2.1 Caractérisation du problème d’optimisation et choix


d’un algorithme
La résolution d’un problème d’optimisation consiste à trouver les valeurs d’un jeu de variables
qui minimisent ou maximisent une fonction objectif avec ou sans contrainte.
Comme défini dans la section 4.1, les variables de dimensionnement sont PPV batt
nom et Enom , respec-
tivement. Ce sont des variables entières dont le domaine de définition est {J3 kWc, 11 kWcK,
J2 kWh, 11 kWhK}. C’est un problème d’optimisation combinatoire comme les valeurs sont
dénombrables. La fonction objectif combine le CAPEX et l’OPEX. Le CAPEX dépend

121
Dimensionnement sous contrôle optimal

linéairement des deux variables de dimensionnement choisies. L’expression de l’OPEX n’est


pas linéaire selon ces variables. L’OPEX dépend de la politique de contrôle délivrée par
l’agent. La fonction objectif à minimiser est donc non-linéaire. Sa convexité n’est pas garantie.
Les algorithmes d’optimisation déterministes utilisent des méthodes analytiques. Leur dépen-
dance à la modélisation du problème, les incertitudes et la complexité de la modélisation les
rendent peu adaptés au dimensionnement du micro-réseau.
Les méthodes de résolution stochastiques ont été conçues pour gérer les problèmes exposés
à du bruit et des incertitudes sur les mesures (C. Li et al., 2021). Le données ne sont pas
considérées comme fixes et exactes et des modèles probabilistes sont utilisés pour la résolution
du problème. Parmi ces approches, les algorithmes heuristiques sont élaborés autour de règles
empiriques mais ne sont pas justifiées par une théorie mathématique. Ils sont le plus souvent
spécifiques au problème traité.

Méta-heuristiques
De nombreux critères de classification des algorithmes d’optimisation méta-heuristiques
existent (Stegherr et al., 2022). Ce algorithmes peuvent être inspirés de phénomènes naturels,
évolutifs ou non, fonctionner avec une population de candidats ou un seul point, garder en
mémoire la meilleure solution trouvée ou non, etc... La Figure 6.6 inspirée de Harifi et al.,
2021, classe les algorithmes méta-heuristiques selon la manière dont ils explorent l’espace des
solutions.

Algorithmes évolutionnistes. Les algorithmes évolutionnistes s’inspirent des principes


de l’évolution biologique. Ce sont des algorithmes à population, c’est-à-dire que plusieurs
candidats sont générés et la valeur de la fonction objectif associée à chacun est calculée à
chaque itération. Ces candidats sont appelés individus et sont générés par évolution des
individus de l’itération précédente. Les individus avec les meilleures valeurs de la fonction
objectif sont sélectionnés et peuvent se reproduire en croisant la valeur de leurs variables
pour l’exploitation. Ils peuvent aussi muter et modifier légèrement la valeur d’un de leur
composant pour l’exploration. Enfin, des individus disparaissent et sont remplacés par les
individus issus de croisements ou générés aléatoirement.

Algorithmes inspirés de la nature. Les algorithmes inspirés de la nature sont issus


d’observations de phénomènes naturels. Ils sont adaptés pour résoudre des problèmes d’opti-
misation. C’est généralement la communication entre les individus d’une population dans
la nature qui est reproduite par les algorithmes pour minimiser un ou plusieurs objectifs.
Ces algorithmes sont des algorithmes à population. Par exemple, les algorithmes par essaim
particulaire reproduisent le comportement des oiseaux en essaim ou des poissons en banc.
Chaque candidat, appelé particule dans ce contexte, se déplace dans l’espace de recherche
vers une direction donnée par sa meilleure solution individuelle et par la meilleure solution
du groupe.

Algorithmes basés sur une trajectoire. Les algorithmes basés sur une trajectoire ne
sont généralement pas à population. Un seul candidat explore l’espace de recherche. Les
algorithmes ont une manière différente de contrôler la trajectoire du candidat pour maximiser
l’exploration et l’exploitation afin de s’approcher rapidement d’une solution optimale globale.
La taille réduite de l’espace de recherche rend la recherche exhaustive envisageable. Cela
consiste à calculer une solution pour chaque candidat possible dans l’espace de recherche.
Le coût en calcul de l’entraînement d’un agent de RL pour le contrôle d’un micro-réseau sur
un horizon temporel long est important. De ce fait, une méta-heuristique est à privilégier
pour parcourir efficacement l’espace des solutions.
Les méthodes basées sur une population pourraient être "lourdes" pour un espace de recherche

122
Méthode d’optimisation globale par méta-heuristique pour le dimensionnement bi-niveaux du micro-réseau

de taille réduite. Pour cette raison, une méthode basée sur une trajectoire est privilégiée.
Les méta-heuristiques basées sur la trajectoire sont sensibles aux optima locaux puisqu’un
seul point est considéré dans l’espace des candidats. Lorsqu’une région semble intéressante,
l’exploitation suggère de choisir des candidats voisins au candidat actuel, pour les étapes
suivantes de la trajectoire. C’est une recherche d’optimum local. L’exploration consiste alors
à incorporer des mécanismes de déplacements aléatoires dans l’espace de recherche. Cela
permet de faire évoluer la région de recherche afin d’empêcher la convergence éventuelle vers
une solution sous-optimale.

Figure 6.6 – Exemple de classification d’algorithmes d’optimisation méta-heuristiques.


Inspiré de Harifi et al., 2021

Parmi les méta-heuristiques basées sur une trajectoire, quatres sont répandues et adaptables
à de nombreux problèmes. Elles sont caractérisées dans la Table 6.3.

Descriptions des principaux algorithmes basés sur une trajectoire


Recuit simulé. Le recuit simulé (Kirkpatrick et al., 1983) est inspiré de la recuisson des
métaux. L’objectif est de minimiser l’énergie libre des particules constituant un métal. Pour
cela, le recuit consiste d’abord à augmenter la température avant de refroidir lentement pour
atteindre un état plus stable. En optimisation, l’algorithme accepte des candidats dont la
solution est moins bonne que la solution actuelle avec une probabilité élevée. À mesure des
itérations, cette probabilité diminue et la trajectoire des candidats s’oriente vers les régions à
plus haut potentiel. La probabilité d’accepter de moins bons résultats assure l’exploration et
sa diminution participe à la capacité d’exploitation. Cette technique est simple à mettre en
place et s’applique aussi bien aux variables continues que discrètes.

Recherche taboue. La recherche taboue (Glover, 1986) parcourt l’espace des candidats
en gardant en mémoire les solutions déjà visitées dans une liste taboue. Ainsi, la trajectoire
de l’algorithme ne peut plus inclure les candidats déjà vus ce qui contribue à sa capacité
d’exploration. Une mémoire à long terme permet de conserver les meilleures solutions obte-
nues pour l’exploitation de l’algorithme. La recherche taboue fonctionne avec des variables

123
Dimensionnement sous contrôle optimal

discrètes mais peut être adaptée à des variables continues (Siarry et al., 1997).

Recherche à voisinage variable. La recherche à voisinage variable (Mladenović et al.,


1997) explore l’espace des solutions avec une définition variable de la notion de voisinage.
Les candidats sont choisis dans un ensemble défini de solutions proches, appelé "voisinage",
basé sur une certaine métrique ou règle de proximité. L’exploration consiste à varier la
définition de ce voisinage autour d’un candidat pour élargir l’espace des solutions possibles.
Si une meilleure solution est trouvée, l’algorithme se recentre sur sa région en ajustant cette
définition. L’algorithme s’applique aux variables discrètes comme aux variables continues.

Méthode Exploration Exploitation Types de va- Complexité


riables
Recuit Simulé Accepte des Probabilité Convient à Faible à modé-
solutions de choisir une des variables rée.
moins bonnes solution moins discrètes et
pour explorer. bonne dimi- continues.
nue avec les
itérations.
Recherche Liste taboue Favorise les Principalement Modérée.
Taboue empêche la meilleures pour des
redondance, solutions ré- variables
favorisant centes en discrètes,
l’exploration. utilisant des adaptable
mémoires à aux variables
court et long continues.
termes.
Recherche à Utilise diffé- Se concentre Convient à Modérée.
Voisinage rentes struc- sur des zones des variables
Variable tures de voisi- prometteuses discrètes et
nage pour une en changeant continues.
exploration de structure
variée. de voisinage.
GRASP Construction Améliore la Principalement Modérée à
aléatoire mais solution via pour des élevée.
gourmande une recherche variables
d’une solution. locale. discrètes,
adaptable
aux variables
continues.

Table 6.3 – Comparaison des méthodes basées sur une trajectoire.

GRASP. Enfin, le GRASP (pour Greedy Randomized Adaptive Search Procedure, Feo et
al., 1989) est un algorithme qui alterne deux étapes : une étape de construction et une
étape d’amélioration. Comme le nom de l’algorithme l’indique, l’étape de construction est
gourmande et aléatoire. Une liste restreinte de candidats est complétée de manière gourmande.
L’amélioration consiste à explorer localement la région du candidat sélectionné pour atteindre
une solution optimale. Généralement, ces étapes se succèdent et l’algorithme enregistre la
meilleure solution observée. L’étape de construction peut être guidée par une autre méthode
méta-heuristique : Une liste taboue permet par exemple d’éviter de considérer des candidats
déjà observés lors de l’initialisation de la construction (Casado et al., 2022). L’algorithme
est construit pour optimiser des variables discrètes mais peut s’appliquer à des variables

124
Méthode d’optimisation globale par méta-heuristique pour le dimensionnement bi-niveaux du micro-réseau

continues (M. J. Hirsch et al., 2007). La complexité de l’algorithme est modérée à élevée, en
fonction des heuristiques utilisées lors de la construction ou de la recherche locale.
Le recuit simulé sera l’algorithme employé pour l’optimisation du dimensionnement dans la
suite de ces travaux. Il requiert moins de puissance de calcul et est adaptable facilement à de
nombreux problèmes. L’adaptabilité de l’algorithme permet d’ajouter progressivement des
variables au problème d’optimisation en modifiant peu de paramètres. Ces paramètres sont
présentés à la sous-section 6.2.2.

6.2.2 Recuit simulé pour le dimensionnement du


micro-réseau
Principes du recuit simulé
L’algorithme de recuit simulé est initialisé avec un candidat choisi aléatoirement dans l’espace
de recherche. La valeur de la fonction objectif associée à une solution est appelée énergie,
elle est symbolisée par la lettre E. La probabilité P d’accepter un candidat est donnée par
l’Équation 6.2. {︃
1, si ΔE > 0
P (ΔE) = (−ΔE) (6.2)
𝑒 T , sinon
ΔE est l’écart entre l’énergie de l’itération en cours et l’itération précédente. Plus la tem-
pérature est haute et plus la probabilité de choisir un candidat plus mauvais est élevée.
La température peut diminuer de différentes manières. Les plus courantes sont des dimi-
nutions linéaires, géométriques, logarithmiques ou exponentielles. Les paramètres de ces
différentes fonctions appelés coefficients de refroidissement sont ajustables par l’utilisateur.
La température peut ne pas diminuer à chaque itération, on parle alors d’attente d’équilibre
thermodynamique. Le nombre d’itérations à température fixe avant équilibre thermodyna-
mique est également ajustable.
La manière de générer des nouveaux candidats est réglable. Classiquement, un pas maxi-
mal smax
i est défini à chaque itération pour chaque variable i et le candidat suivant sera
généré avec un écart Δsi , Δsi ∈ [−smax i , smax
i ]. En résumé, les paramètres ajustables du
recuit simulé sont la température initiale T0 , les coefficients de refroidissement, la manière
d’initialiser la trajectoire, le nombre d’itérations avant équilibre thermodynamique, le cri-
tère d’arrêt (la température finale T𝑓 ou un nombre d’itérations) et l’écart entre les candidats.

Figure 6.7 – Diagramme illustrant les principes itératifs du recuit simulé.

125
Dimensionnement sous contrôle optimal

La Figure 6.7 permet d’illustrer le fonctionnement itératif du recuit simulé. Une fois la
température T0 initialisée, les itérations commencent par le choix aléatoire d’un candidat
dans l’espace de recherche. Ce candidat sera le premier point de la trajectoire, qui servira
à générer d’autres candidats. La fonction objectif est utilisée pour évaluer le candidat. Un
autre candidat est ensuite généré en ajoutant le vecteur Δsi à chaque variable du premier
point. L’écart d’énergie entre les deux candidats permet de définir lequel servira de second
point sur la trajectoire.
Si ΔE > 0, alors le second candidat sera le second point et les prochains candidats seront
générés à partir de ses coordonnées dans l’espace des solutions. Dans le cas contraire, la
température T0 permet de calculer la probabilité d’utiliser le second candidat dans la
trajectoire avec l’Équation 6.2. Un nouveau candidat est généré et le processus est réitéré
jusqu’à atteindre l’équilibre thermodynamique. Une fois atteint, la température diminue
selon les règles de refroidissement et le processus recommence. Lorsqu’il y a un équilibre
thermodynamique (T= Tf ) ou lorsque le nombre d’itérations maximal est atteint, l’algorithme
s’arrête et la solution est le point correspondant à la plus faible énergie observée.

Application au dimensionnement du micro-réseau


Comme défini précédemment, on cherche donc à déterminer les variables de dimensionnement
de certaines unités. Les variables de dimensionnement fixées pour les autres unités, ainsi que
les profils de demandes et les conditions météorologiques établissent le cadre du problème
étudié. Les variables préfixées sont la capacité du stockage hydrogène, la somme des demandes
annuelles, l’origine des données, la puissance maximale de fonctionnement de la batterie (voir
section 4.1). L’objectif de l’apprentissage d’un agent de RL pour le contrôle du micro-réseau
est aussi prédéfini.

Figure 6.8 – Diagramme illustrant les principes de la méthodologie développée.

126
Méthode d’optimisation globale par méta-heuristique pour le dimensionnement bi-niveaux du micro-réseau

La Figure 6.8 illustre l’application du recuit simulé au dimensionnement sous contrôle optimal
du micro-réseau électrique.

Initialisation et premier candidat Le premier candidat est sélectionné aléatoirement par


l’algorithme de recuit simulé. L’algorithme de DQN permet d’apprendre une politique de
contrôle sur l’environnement généré par le premier candidat. Les phases d’entraînement
et de validation s’effectuent avec les mêmes données sur un horizon temporel de 6 ans.
Une fois établie, la politique de contrôle est testée avec des données différentes de celles
de l’entraînement et un horizon temporel de 10 ans. C’est lors de la phase de test que le
critère lié au contrôle pour le dimensionnement du micro-réseau est calculé. Ce critère
est l’OPEX puisque le coût global correspond à l’énergie à minimiser.
Le CAPEX est calculé directement à partir des coûts d’investissement et maintenance
présentés à la section 4.3.
Énergie des nouveaux candidats Un nouveau candidat est désigné de manière aléatoire
selon la longueur maximale de pas autorisé pour chaque variable depuis le point en
cours. Afin de calculer son énergie, un nouvel apprentissage d’un agent est effectué avec
le dimensionnement associé au candidat. Si la distance euclidienne entre le candidat et
au moins un des anciens candidats vaut 1, le candidat a au moins un voisin et BCQ
est employé pour l’apprentissage d’une politique de contrôle. Dans ce cas, les agents
entraînés sur d’autres environnements remplissent la mémoire de relecture de l’agent à
entraîner. Chaque démonstrateur créé une portion égale d’échantillons dans la mémoire
de relecture. S’il n’y a qu’un démonstrateur, il en génère la totalité. Les démonstrateurs
interagissent avec l’environnement défini par le candidat à évaluer.
Si le candidat n’a pas de voisin parmi les candidats précédents, DQN est employé.
Quelque soit l’algorithme d’apprentissage utilisé, l’énergie du candidat est calculée de
la même manière que le premier candidat.
Trajectoire Lorsque l’énergie d’un nouveau candidat a été évaluée, l’écart d’énergie entre
ce candidat et le point de la trajectoire de l’algorithme détermine si le candidat évalué
est le prochain point de la trajectoire. La méthodologie développée par le recuit simulé
permet d’accepter un candidat à énergie plus élevée que le point actuel. Un nouveau
candidat est systématiquement généré après le choix du point de la trajectoire et ces
étapes sont répétées jusqu’à l’arrêt de l’algorithme. À chaque génération de candidat,
un pas, représenté par un entier relatif, est choisi aléatoirement à partir de la solution
courante. Ce pas détermine la direction et l’amplitude du changement pour obtenir le
candidat suivant. Il est donc possible que l’algorithme sorte de l’espace de recherche
depuis un point proche des bornes. Certains algorithmes règlent ce problème en ajoutant
une pénalité à l’énergie de ces candidats mais ce n’est pas une solution envisageable
puisque le recuit simulé accepte avec une certaine probabilité des points sous-optimaux
dans sa trajectoire. Ces candidats sont donc ignorés par l’algorithme, qui génère un
nouveau candidat depuis le point courant.
Lorsqu’un candidat courant est identique à un candidat généré à une itération précé-
dente, son énergie est déjà connue, il n’est pas nécessaire de la recalculer.
Dans la méthodologie utilisée, la condition d’arrêt de l’algorithme est le nombre d’itéra-
tions. L’espace de recherche est petit donc la notion d’équilibre thermique est ignorée et
la température diminue à chaque itération pour trouver rapidement l’optimum global.

Choix des paramètres


Les paramètres du recuit simulé ont été choisis empiriquement. L’écart moyen entre deux
candidats successifs est d’environ 500 €. La différence d’énergie entre deux candidats, expri-
mée en euros (€), est calculée en multipliant par 0.1 leur écart de score. Cette normalisation
est opérée afin de réduire les ordres de grandeur entre les différentes quantités. Des instances
d’optimisation de 50 itérations sont effectuées.

127
Dimensionnement sous contrôle optimal

Température initiale. La température initiale dans l’algorithme de recuit simulé est para-
métrée de manière à attribuer une probabilité de 90% d’acceptation à un candidat dont
l’énergie est supérieure de 50 € à celle du candidat courant. Ce paramétrage permet
une exploration plus libre de l’espace des solutions dans les premières itérations de
l’algorithme, favorisant la découverte du minimum global.

Coefficient de refroidissement. Les coefficients de refroidissement ont été calculés pour


une diminution linéaire puis exponentielle de la température. Ils sont choisis en fonction
de la température initiale et de la température finale souhaitée.
La probabilité d’accepter une solution augmentant l’énergie de 50€ est de 0,1 % à la
dernière itération pour un refroidissement linéaire. Le coefficient linéaire de l’évolution
de la température 𝛽lin s’obtient en divisant l’écart entre la température initiale et la
température finale par le nombre d’itérations.
Pour le coefficient de refroidissement exponentiel 𝛽exp , la probabilité d’accepter un
écart positif de 50€ est de 0,1 % pour 10 itérations avant la fin de l’optimisation.
L’expression de la température à chaque itération d’optimisation en fonction de 𝛽lin et
𝛽exp est donnée par les Équations 6.3 et 6.4 respectivement.

T∘ (𝑖) = T∘0 + (𝛽lin × 𝑖) (6.3)

T∘ (𝑖) = T∘0 𝛽exp


𝑖
(6.4)
Avec 𝑖 le nombre d’itérations et T∘0la température initiale.
Les deux modes de refroidissement seront comparés dans la sous-section 6.3.1.
Taille maximale de pas. La taille de pas est la longueur de déplacement sur une variable
d’optimisation d’une itération à une autre. Puisque l’espace des variables est discret, la
taille d’un pas est toujours entière. Elle est choisie en utilisant un entier relatif aléatoire
dans un intervalle défini par la taille maximale de pas. Cette taille peut diminuer au
long des itérations pour converger plus précisément vers un optimum global. Ce choix
n’a pas été fait dans ce travail. Les variables sont discrètes et l’espace de recherche
est relativement restreint, les gains en précision seraient moindres par rapport à un
contexte où l’espace des solutions serait continu. La température étant basse dans
les dernières itérations, des pas plus petits conduisent à explorer des candidats déjà
évalués, réduisant ainsi l’efficacité de l’exploration.
Les valeurs numériques de ces paramètres sont données sur la Table 6.4.

Paramètre Valeur
Température initiale T∘0 (€) 474.5
Coefficient de refroidissement linéaire 𝛽lin (€) −9.5
Coefficient de refroidissement exponentiel 𝛽exp 0.89
Nombre d’itérations 50
Taille maximale de pas pour PPV nom (kWc) 3
Taille maximale de pas pour Ebatt
nom (kWh) 3

Table 6.4 – Valeurs des paramètres dans la méthode de recuit simulé appliqué au
dimensionnement optimal du micro-réseau.

6.3 Résultats de l’optimisation bi-niveaux du


micro-réseau et analyse de la méthodologie
Les critères de dimensionnement d’un micro-réseau varient selon sa configuration. Pour
l’usager, dans un micro-réseau connecté, la priorité est de maximiser la rentabilité plutôt que

128
Résultats de l’optimisation bi-niveaux du micro-réseau et analyse de la méthodologie

l’autonomie puisque le gestionnaire du réseau peut fournir l’électricité en cas de déséquilibre.


À l’inverse, l’autonomie est la préoccupation principale dans le cas d’un micro-réseau isolé
puisque la rentabilité n’a pas de sens dans cette situation. Il est envisageable de dimensionner
un micro-réseau isolé en fonction du coût de l’électricité si son autonomie est assurée, mais
comparer ce coût au tarif du réseau central n’est pas pertinent.
Bien que les coûts d’investissement et de remplacement des unités soient les mêmes pour
un micro-réseau connecté ou îloté, les coûts liés au contrôle diffèrent selon la configuration.
Deux critères sont donc employés pour définir des fonctions objectif différentes :

1 Critère économique avec échange bilatéral. La fonction objectif considère un


coût de soutirage et un revenu d’injection au réseau central dans le calcul de l’OPEX
du micro-réseau. Ce critère est adapté à un micro-réseau connecté pour maximiser la
rentabilité de l’installation.

2 Critère technico-économique de soutirage unilatéral. Ce critère est adapté à la


fois à un micro-réseau connecté pour lequel l’autonomie est recherchée ou à un micro-
réseau isolé. Pour un micro-réseau connecté, cela implique la considération des coûts
liés à l’achat d’électricité. Dans le cas d’un micro-réseau isolé, cela revient à maximiser
la capacité d’autoproduction. Dans les deux situations, le coût d’investissement est
également intégré. Ce critère est adapté pour un micro-réseau situé dans une zone avec
des infrastructures de réseau limité qui ne permettent pas au réseau central de garantir
l’approvisionnement électrique.

L’influence de ces deux fonctions récompenses pour entraîner des agents sera évaluée et leur
impact sur le score des candidats sera étudié.

La section 6.3.1 expose les dimensionnements retenus par l’algorithme d’optimisation globale
pour chaque configuration (micro-réseau connecté ou isolé). La performance et la fiabilité de
la méthodologie sont analysées dans la section 6.3.2 selon le temps de calcul et la capacité
d’exploration.

6.3.1 Analyse des résultats d’optimisation


Pour l’ensemble des résultats présentés par la suite, les coûts sont calculés sur 10 ans. Les
panneaux PV, la PAC et le compresseur du stockage hydrogène ont des durées de vie estimées
à 20 ans. Les coûts d’investissement sont intégrés à 50% dans le calcul du coût total.

Dimensionnement optimal d’un micro-réseau connecté au réseau central


de distribution
Deux critères économiques vont être considérés dans le dimensionnement optimal. Les coûts
et revenus pris en compte dans la phase d’opération considèrent :
— soit les échanges bilatéraux avec le réseau central, c’est-à-dire le coût de soutirage et le
revenu lié à l’injection respectivement de 0,2276 €/kWh et 0,1339 €/kWh,
— soit uniquement le soutirage et le coût associé (0,2276 €/kWh).
Pour chacun de ces deux problèmes d’optimisation, deux systèmes de récompense seront
utilisés pour l’entraînement des agents. Le premier pénalisera uniquement l’énergie soutirée
au réseau central (agent EMS A), alors que le second pénalisera à la fois l’énergie soutirée et
injectée (agent EMS B). Dans les deux cas, une composante supplémentaire pour minimiser
l’usure de la batterie est ajoutée au système de récompense. Par la suite, pour discriminer
les systèmes de récompense employés, des couleurs sont attribuées sur les figures. Le bleu
sera utilisé pour l’EMS A, et le rouge sera utilisé pour l’EMS B.

129
Dimensionnement sous contrôle optimal

Échanges bilatéraux avec le réseau central. Les figures 6.9 et 6.10 présentent les LCE
sur 10 ans respectivement pour les EMS A et EMS B. Sur chaque figure sont représentés les
différents candidats rencontrés lors du processus d’optimisation. La solution optimale est
indiquée en rouge.

EMS A (Figure 6.9) - Le dimensionnement optimal comprend une installation PV de 4 kWc


et une batterie de capacité 6 kWh. Le LCE est de 0,1787 €/kWh. L’augmentation de
la puissance PV installée augmente le coût global du système. Les coûts d’opération
ont un impact significatif sur le coût global. Le plus faible coût d’opération observé est
négatif et vaut −286 €. Il est associé au candidat de dimensionnement [4 kWc, 6 kWh].
Le candidat associé au dimensionnement [3 kWc, 2 kWh] a un coût d’opération de 907 €,
c’est le plus élevé parmi les candidats évalués. La différence entre les deux, 1193 €,
est significative par rapport aux coûts d’investissement variables (panneaux PV et
batterie).

Figure 6.9 – LCE des différents dimensionnements candidats dans le cas d’échanges
bilatéraux d’énergie. Le système de récompense pénalise l’énergie soutirée réseau central.

EMS B (Figure 6.10) - Le dimensionnement optimal obtenu correspond aux bornes mini-
males de l’espace des variables. La meilleure solution serait donc un micro-réseau avec
3 kWc de panneaux PV et 2 kWh de capacité nominale de batterie. Le LCE obtenu
vaut 0,1871 €/kWh. Les augmentations de la puissance crête PV installée et de la
capacité de la batterie ont tendance à augmenter le coût total du système. Comme
on a pu le voir précédemment, un tel EMS favorise le stockage sur le long terme au
détriment des revenus (voir section 5.1). En réduisant la capacité de la batterie, le coût
d’investissement diminue et l’agent stocke moins d’énergie (voir section 5.2), qui est
donc injectée au réseau central et engendre un revenu.
Le coût d’opération des micro-réseaux varie peu d’un dimensionnement à un autre en
comparaison avec le coût d’investissement : la différence entre le coût d’opération le
plus faible (822 € pour [4 kWc, 9 kWh]) et le plus élevé (1281 € pour [3 kWh, 2 kWh]) est
de 460 €. C’est pourquoi le dimensionnement avec les plus faibles coûts d’investissement
est le dimensionnement optimal dans cette configuration et avec cet EMS. Il est à noter
qu’une composante du système de récompense de l’EMS B (pénalisation de l’injection)
est en contradiction avec l’objectif d’optimisation des revenus. Ceci pourrait expliquer
la faible variation du coût d’opération d’un dimensionnement à un autre.

130
Résultats de l’optimisation bi-niveaux du micro-réseau et analyse de la méthodologie

Figure 6.10 – LCE des différents dimensionnements candidats dans le cas d’échanges
bilatéraux d’énergie. Le système de récompense pénalise tout échange avec le réseau
central.

Les LCE calculés pour les deux EMS des micro-réseaux sont très proches.
L’EMS A injecte suffisamment d’électricité pour que le coût d’opération soit négatif. Une
surface PV plus importante permet d’injecter une quantité plus élevée d’électricité. Avec une
plus grande capacité de la batterie, l’EMS valorise mieux le productible PV (voir section
5.2). Les coûts d’opération dépendent fortement de l’investissement initial pour ce premier
EMS. L’optimisation a convergé selon un compromis entre OPEX et CAPEX.
Avec l’EMS B, les coûts d’opération sont similaires d’un dimensionnement à un autre. L’opti-
misation du dimensionnement du micro-réseau a convergé en minimisant le CAPEX puisque
l’OPEX varie peu. L’EMS n’utilise que très peu l’électrolyseur et le stockage hydrogène ne
sert pas de stockage à long terme.
La similitude entre les deux LCE obtenus interroge sur l’intérêt d’utiliser un stockage hydro-
gène, qui est l’investissement le plus coûteux, dans cette configuration.

Soutirage unilatéral. Ici, seul le soutirage au réseau central est considéré dans le calcul
des coûts d’opération. L’énergie produite en excès et non-stockée est perdue.

EMS A (Figure 6.11) - Comme le système de récompense employé pour l’entraînement


de l’EMS A pénalise l’énergie soutirée au réseau central, et ainsi maximise le taux
d’autoproduction, il est adapté pour minimiser la fonction objectif. En effet, la seule
variable avec une influence sur le coût d’opération est l’électricité soutirée. Les résultats
des différentes itérations de l’algorithme d’optimisation sont montrés sur la Figure 6.11.
L’algorithme converge vers le dimensionnement [3 kWc, 10 kWh]. Le LCE correspondant
vaut 0,2171 €/kWh. La puissance PV installée a une influence significative sur le coût
global pour les valeurs explorées par l’algorithme. L’accroissement de la puissance
PV installée augmente systématiquement le coût du système. Sa valeur minimale
correspond à la solution optimale. Le lien entre la capacité nominale de la batterie et
le coût du micro-réseau n’est pas aussi évident. À puissance PV fixe, l’augmentation
de la capacité de la batterie semble diminuer le coût global du système jusqu’à un
certain seuil, malgré l’augmentation concomitante du coût d’investissement. Pour une
puissance PV de 3 kWc, ce seuil correspond à une capacité de 10 kWh.

131
Dimensionnement sous contrôle optimal

Figure 6.11 – LCE des différents dimensionnements candidats dans le cas de soutirage
d’électricité. Le système de récompense pénalise l’énergie soutirée au réseau central.

EMS B (Figure 6.12) - Le système de récompense de l’EMS B est employé pour maximiser
à la fois le taux d’autoproduction et d’autoconsommation (voir section 4.2). La Figure
6.12 présente les LCE obtenus par les candidats du processus d’optimisation dans la
configuration d’échange unilatéral avec le réseau central. Le dimensionnement optimal
obtenu est [3 kWc, 10 kWh]. Il est identique au dimensionnement optimal obtenu avec
l’EMS A. La valeur de LCE correspondante, 0,2224 €/kWh, est plus élevée que celle
obtenue par l’EMS A. Cela peut s’expliquer par le développement d’une stratégie
de contrôle plus cohérente avec la fonction objectif qu’avec l’EMS A. Les mêmes
observations sur l’influence du dimensionnement de la puissance PV et de la capacité
de la batterie peuvent être faites.

Figure 6.12 – LCE des différents dimensionnements candidats dans le cas de soutirage
d’électricité. Le système de récompense pénalise tous les échanges avec le réseau central.

132
Résultats de l’optimisation bi-niveaux du micro-réseau et analyse de la méthodologie

12000
Coûts du micro-réseau sur 10 ans (€)

10000

8000
EMS A
EMS B
6000 Investissement et maintenance
Contrôle
4000

2000

0
6 7 8 9 10 11
Capacité de la batterie (kWh)

Figure 6.13 – Coûts d’opération, d’investissement et maintenance des micro-réseaux


en fonction de la capacité de la batterie et de l’EMS pour une puissance crête PV de
3 kWc.

La Figure 6.13 montre les différents coûts obtenus avec une puissance PV installée fixée
à 3 kWc pour les deux instances d’optimisation. Les coûts d’opération diminuent quand la
capacité de la batterie augmente jusqu’à 10 kWh pour les deux EMS. Les coûts de l’EMS
A sur l’environnement avec 6 kWh se révèlent sensiblement supérieurs aux autres. C’est
également le seul cas où les coûts d’opération de l’EMS A sont supérieurs à ceux de l’EMS B
pour le même environnement. Cela suggère que l’entraînement de l’agent n’a pas été optimal
sur cet environnement. Sans considérer ce dimensionnement, les coûts totaux ne semblent pas
varier significativement en fonction de la capacité de la batterie. Les coûts d’investissement et
de maintenance liés à la batterie sont du même ordre de grandeur que le coût d’opération.

Conclusion

La Figure 6.14 expose les coûts des dimensionnements optimaux selon la nature de raccorde-
ment du micro-réseau au réseau central et la stratégie de l’EMS employée.

133
Dimensionnement sous contrôle optimal

Investissement et maintenance
10000 Opération
Total

8000

6000
Coût (€)

4000

2000

Bilatéral, EMS A Bilatéral, EMS B Unilatéral, EMS A Unilatéral, EMS B


Configurations des échanges avec le réseau central et de l'EMS

Figure 6.14 – Répartitions des coûts des dimensionnements optimaux pour chaque
configuration du micro-réseau.

Le coût du système est forcément plus faible si l’injection du surplus énergétique au réseau
central est valorisée financièrement. Le système de récompense le plus approprié pour ces
fonctions objectif économiques est la pénalisation de l’énergie soutirée au réseau central. Les
indicateurs économiques et techniques des dimensionnements retenus selon la liaison entre
les réseaux figurent dans la Table 6.5.

Configuration EMS Puissance PV (kWc) Capacité Batterie (kWh) LCE (€/kWh) 𝜏autoprod 𝜏autocons
bilatéral A 4 6 0.1787 0.71 0.62
bilatéral B 3 2 0.1871 0.64 0.70
unilatéral A 3 10 0.2171 0.88 0.87
unilatéral B 3 10 0.2224 0.85 0.91

Table 6.5 – LCE, taux d’autoproduction et taux d’autoconsommation sur 10 ans des
micro-réseaux dimensionnés selon chaque configuration.

La table montre que le contrôle des micro-réseaux dimensionnés pour le soutirage unilatéral
autorise des taux d’autoproduction et d’autoconsommation plus importants. Les systèmes de
stockage ont une plus grande capacité et la puissance crête des panneaux PV est minimale,
il y a alors moins d’excès d’énergie ce qui augmente le taux d’autoconsommation.
La minimisation de l’énergie injectée revient à maximiser le taux d’autoproduction (voir
Équation 4.38).

Dimensionnement optimal d’un micro-réseau isolé


Le micro-réseau isolé du réseau central de distribution est un système fermé. Pour son
dimensionnement, le calcul des coûts d’investissement et de maintenance est identique à
la sous-section précédente. En revanche, les coûts d’opération ne dépendent plus d’un tarif
extérieur. Le micro-réseau n’est pas dimensionné pour rentabiliser des revenus fonctions
d’échange d’électricité mais pour satisfaire les demandes. La contribution des coûts d’opération

134
Résultats de l’optimisation bi-niveaux du micro-réseau et analyse de la méthodologie

dans la fonction objectif correspond à des préférences ou des contraintes de l’utilisateur.


Le micro-réseau est dimensionné pour minimiser les demandes non-satisfaites et les coûts
d’investissement et de maintenance. En appelant Δdem cette demande non-satisfaite aussi
appelée déficit énergétique, l’Équation 6.5 montre la fonction objectif du dimensionnement
du micro-réseau isolé.

𝐹 (d, n) = KΔdem (d, n) + Cinv (d, n) + Cmaint (d, n) (6.5)

Avec d le couple de variable de dimensionnement d’un candidat, n les caractéristiques fixes


du micro-réseau, Cinv le coût d’investissement, Cmaint le coût de maintenance et K un facteur
pour pondérer la fiabilité par rapport au coût économique. K peut être considéré comme un
tarif fictif du déficit énergétique. Il s’exprime donc en €/kWh. Ainsi, on peut retrouver la
fonction objectif utilisée pour le dimensionnement avec injection unilatérale de la sous-section
précédente en remplaçant K par 0,2276 €/kWh. Différentes instances d’optimisation seront
initialisées avec des valeurs de K croissantes, les solutions optimales seront comparées pour
chaque valeur de K.
Dans cette étude, le système de récompense utilisé pour construire la politique de l’EMS
consiste en la minimisation du déficit énergétique.

Résulats. Selon les valeurs de K, l’algorithme d’optimisation converge vers des solutions
différentes présentées dans la table 6.6. Ces intervalles de tarifs sont larges et englobent des
tarifs significativement supérieurs à ceux auxquels serait confronté le micro-réseau si il était
connecté (plus de vingt fois supérieurs). Très peu de dimensionnements optimaux différents
ont été obtenus dans cet intervalle de paramètre K. Dans la plus large gamme de prix
raisonnables (inférieurs à 3€/kWh), le dimensionnement sélectionné serait [3 kWc, 11 kWh].

Analyse. Le choix du dimensionnement optimal varie peu par rapport au tarif associé
au déficit énergétique. Cela peut indiquer que les gains en autonomie réalisés par le choix
du dimensionnement sont relativement mineurs par rapport aux autres coûts. Une fois les
dimensionnements optimaux calculés, le choix doit porter sur d’autres indicateurs techniques
et environnementaux pertinents comme le LPSP, le REE et la FER. La table 6.6 montre
la valeur de ces indicateurs pour les dimensionnements obtenus. Le REE et la FER sont
calculés par les Équations 1.2 et 1.3 (section 1.3) avec l’énergie en déficit au dénominateur
(au lieu de l’énergie soutirée) puisque le micro-réseau n’est pas connecté. Plus le prix associé
au déficit énergétique est élevé, plus le LPSP est faible et la FER élevée. Les variations du
REE ne semblent pas directement liées à la fonction objectif.

K (€/kWh) Puissance PV (kWc) Capacité Batterie (kWh) LPSP REE FER


0.22-0.25 3 10 0.161 0.138 0.906
0.25-3 3 11 0.145 0.154 0.915
3 et plus 5 11 0.139 0.133 0.918

Table 6.6 – Dimensionnement optimaux, LPSP, REE et FER sur 10 ans pour différents
tarifs de déficit énergétique.

Conclusion. Les valeurs de LPSP obtenues demeurent significativement élevées pour un


micro-réseau isolé. Des valeurs de LPSP égales à 0,2 % avaient été obtenues avec une demande
énergétique moins élevée (Table 5.5 du chapitre 5) sans rechercher un dimensionnement
optimal. La borne supérieure de la capacité nominale de la batterie est atteinte pour des tarifs
de déficit supérieurs à 0,25 €/kWh. Cette contrainte aurait pu être allégée en augmentant la
valeur de cette borne supérieure.
La méthodologie permet de réduire le risque de pannes, mais le choix du tarif de l’énergie

135
Dimensionnement sous contrôle optimal

en déficit est trop arbitraire. Il serait pertinent dans les recherches futures de considérer
les indicateurs liés à l’autonomie de l’utilisateur. En effet, la valeur minimale du LPSP
obtenu est 0.139 alors qu’une valeur acceptable serait 0.02 (H. Yang et al., 2008). Une
technique d’optimisation multi-critère devrait être employée car la fonction objectif aurait
des composants liés à des coûts monetaires et à l’autonomie du système.

6.3.2 Évaluation de la convergence et du temps de calcul


dans le processus d’optimisation
Après avoir analysé les résultats de l’optimisation, la méthodologie elle-même est évaluée.
Le but est d’estimer l’efficacité de l’approche de dimensionnement par optimisation méta-
heuristique au regard de ses performances en termes de temps de calcul et de sa capacité à
explorer efficacement l’espace des solutions. Cette analyse est importante pour examiner la
capacité d’adaptation de la méthodologie proposée.
L’analyse de la convergence de la méta-heuristique puis les temps de calculs seront exposés.

Analyse de la convergence
Les paramètres du recuit-simulé ont été présentés à la sous-section 6.3.1. Deux méthodes de
refroidissement ont été envisagées : une décroissance de la température linéaire ou exponen-
tielle. Les résultats obtenus avec les deux méthodes sont ici comparés.

13000 Non retenu


Retenu
12500
Coût total (€)

12000

11500

11000

10500

0 5 10 15 20 25 30 35 40
Nombre d'itérations
Figure 6.15 – Représentation des candidats intégrés à la trajectoire durant l’optimisa-
tion du dimensionnement avec refroidissement linéaire de la température.

Refroidissement linéaire. L’exploration de l’espace des solutions avec refroidissement


linéaire du recuit simulé est visualisée sur la Figure 6.15. L’axe des abscisses représente
le nombre d’itérations pour lesquels le candidat proposé est compris dans le domaine
de recherche ℐ (voir section 6.2). L’axe des ordonnées est le score de chaque candidat
pour une fonction objectif économique avec une configuration unilatérale. La couleur
de chaque point diffère selon que le candidat représenté a été intégré à la trajectoire du
recuit simulé ou non. Le bleu est associé aux candidats retenus et le rouge aux candidats
non-retenus. La fréquence de candidats retenus ayant une énergie plus élevée que le

136
Résultats de l’optimisation bi-niveaux du micro-réseau et analyse de la méthodologie

point de la trajectoire est très élevée avant l’itération 29. Elle diminue significativement
après et les scores ne s’améliorent plus. Le coût le plus faible a été observé à l’itération
13 et correspond au dimensionnement [3 kWc, 8 kWh]. Il est de 10 339 €. En acceptant
un candidat avec une énergie bien plus élevée dans sa trajectoire lors de l’itération
suivante, l’algorithme quitte une région à haut potentiel (voir Figure 6.11). Il converge
vers une solution sous-optimale lorsque la température devient faible. La dernière
solution retenue est [3 kWc, 2 kWh] dont le coût est 11 281 €.

Non retenu
12500 Retenu

12000
Coût total (€)

11500

11000

10500

10000
0 10 20 30 40
Nombre d'itérations
Figure 6.16 – Représentation des candidats intégrés à la trajectoire durant l’optimisa-
tion du dimensionnement avec refroidissement exponentiel de la température.

Refroidissement exponentiel. La même visualisation est construite et analysée pour une


diminution exponentielle de la température en fonction des itérations sur la Figure
6.16. La fréquence de candidats acceptés alors que leur énergie est supérieure au
point de la trajectoire diminue vers la moitié de l’instance d’optimisation. Aucun
candidat avec une énergie supérieure n’est retenu au cours des 20 dernières itérations.
L’écart minimal des scores entre ces candidats et le dernier point de la trajectoire est
de l’ordre de 500€, ce qui justifie le taux d’acceptation nul à ce stade de l’instance
d’optimisation. L’optimisation a convergé vers le dimensionnement [3 kWc, 11 kWh],
dernier point de la trajectoire. Le score associé est 10 134 € à l’itération 26. Son coût
est plus élevé qu’à l’itération précédente, qui est le minima observé. L’optimum est
associé au dimensionnement [3 kWc, 10 kWh] dont le score est 10 128 €.
La convergence est plus rapide que pour le refroidissement linéaire. C’est pourquoi le
refroidissement exponentiel du recuit simulé a été choisi.

Temps de calcul et intérêt du transfert de politique

Cette sous-section présente le temps de calcul de l’algorithme d’optimisation et l’influence de


l’utilisation d’apprentissage par renforcement hors ligne.

137
Dimensionnement sous contrôle optimal

Temps de calcul d'entraînement par DQN - Histogramme et PDF Approximée


0.010
Données mesurées
Fonction de densité de probabilité
0.008

0.006

0.004

0.002

0.000
Temps de calcul d'entraînement par BCQ - Histogramme et PDF Approximée
0.06
Fonction densité de probabilité

Données mesurées
0.05 Fonction de densité de probabilité
0.04

0.03

0.02

0.01

0.00
0 200 400 600 800 1000
Temps d'entraînement (minutes)

Figure 6.17 – Histogramme des temps d’entraînement des agents de DQN (en haut)
et de BCQ (en bas) et approximation des fonctions densité de probabilité.

Temps de calcul et entraînement. La durée moyenne d’une instance d’optimisation avec


la méthodologie présentée est de 4 jours et 10 heures. C’est l’entraînement des agents
qui occupe l’essentiel du temps de calcul.
Lorsqu’un candidat est proposé par l’algorithme d’optimisation et qu’il a été préala-
blement déjà proposé, l’entraînement d’un agent n’est pas nécessaire et le score est
simplement ré-utilisé. En revanche, si un nouveau candidat est associé à un dimension-
nement inconnu de l’algorithme, le score lié au contrôle est évalué après l’entraînement
d’un agent sur un horizon temporel simulé de 10 ans. Si le candidat admet au moins
un voisin (voir section 6.1), l’entraînement est effectué avec un algorithme de BCQ.
Dans le cas contraire, DQN est employé pour son entraînement.
L’entraînement hors ligne d’un agent avec BCQ se déroule en deux étapes. La mémoire
de relecture de l’agent à entraîner est remplie par un ou des agents déjà entraînés
appelés démonstrateurs, qui interagissent avec son environnement selon leur politique
de contrôle. Un facteur aléatoire modifie les actions prises par les démonstrateurs pour
augmenter la diversité des séquences échantillonnées. De ce fait, plusieurs épisodes
d’interactions sont requis. Dans un second temps, l’agent à entraîner échantillonne
les séquences d’actions de sa mémoire de relecture pour mettre à jour sa stratégie de
contrôle sans interagir directement avec son environnement.
Puisque la mémoire de relecture d’un agent a une taille fixe, définie à la section 5.1,
son temps de remplissage est fixe et dure 30 minutes. La seconde étape a une durée
qui dépend de la condition d’arrêt de l’entraînement (la patience) et dure en moyenne
27 minutes. La durée moyenne de l’entraînement d’un agent par la méthodologie de
transfert de politique développée est donc de 57 minutes.
La durée de l’entraînement d’un agent par l’algorithme de DQN est très variable et
dépend du temps nécessaire pour atteindre le seuil de patience. En moyenne, le temps
d’entraînement d’un de ces agents est de 14 heures et 2 minutes.
L’approximation de fonctions densité de probabilité du temps d’entraînement des agents
selon l’algorithme est montrée sur la Figure 6.17.
La durée d’un entraînement par BCQ est en moyenne 14.75 fois plus courte que celle

138
Conclusion

d’un entraînement par DQN. Le gain de temps obtenu grâce à la méthodologie dépend
du nombre d’agents entraînés par BCQ.

12000
DQN
BCQ
11500 Observé précédemment
Non retenu
Coût total (€)

11000 Retenu

10500

10000

9500

0 10 20 30 40
Nombre d'itérations
Figure 6.18 – Représentation des candidats intégrés à la trajectoire durant l’optimisa-
tion du dimensionnement selon les algorithmes utilisés pour construire la politique de
contrôle de l’EMS.

Fréquence d’activation des algorithmes d’entraînement. La méthodologie dévelop-


pée réduit le temps des calculs sans besoin de les paralléliser. L’efficacité dépend de la
fréquence d’utilisation de l’algorithme de BCQ pendant l’optimisation bi-niveaux. La
Figure 6.18 montre la répartition des algorithmes utilisés pour entraîner les agents pen-
dant le processus d’optimisation. Lorsqu’un candidat est associé à un dimensionnement
qui a déjà été observé, aucun agent n’est entraîné, les scores sont réutilisés. Sur cette
instance, 14 agents ont étés entraînés par BCQ et 7 par DQN. En utilisant les moyennes
de temps de calcul déterminées auparavant, le temps de calcul avec la méthodologie
développée est 2.64 fois plus rapide que si les entraînements avaient uniquement été
effectués avec DQN.
On observe que la fréquence des entraînements effectués avec BCQ augmente au long
des itérations d’optimisation. Dans cette étude, l’espace de recherche est restreint, le
nombre d’itérations requis pour atteindre une solution est relativement bas. Cependant,
la méthodologie proposée permettrait des économies de temps bien plus significatives
si la fréquence des entraînements avec BCQ était accrue.
De nombreux dimensionnements déjà fournis par l’algorithme sont de nouveaux propo-
sés à plusieurs reprises. Ils peuvent permettre de sortir d’une région à faible potentiel
si ils sont intégrés à la trajectoire. En revanche, leur proposition est inadaptée pour
une recherche locale en fin d’optimisation. Une liste taboue pourrait alors éviter cette
situation afin de privilégier la découverte d’autres solutions locales.

6.4 Conclusion
L’utilisation combinée d’optimisation méta-heuristique et d’apprentissage par renforcement
permet de dimensionner le micro-réseau malgré de nombreux facteurs aléatoires. L’approche
d’optimisation bi-niveaux traite le contrôle comme un sous-problème d’optimisation. La

139
Dimensionnement sous contrôle optimal

fonction objectif globale dépend des résultats de ce sous-problème. Une méta-heuristique


est adaptée à la résolution du problème global en explorant l’espace de manière efficace
afin de ne pas converger dans une région sous-optimale. Parmi les méta-heuristiques, une
approche basée sur la trajectoire d’exploration de l’espace des solutions a été choisie. Le
recuit simulé est utilisé en raison de sa faible complexité de calcul. Ces paramètres ont
été sélectionnés empiriquement, en privilégiant un refroidissement exponentiel. Le besoin
d’une exploration efficace de l’espace des solutions est crucial car le calcul des coûts dans la
sous-boucle d’optimisation est long.
Le temps d’apprentissage étant conséquent, une méthode de transfert de politique a été
développée. L’utilisation de l’apprentissage par renforcement hors ligne a permis d’apprendre
des stratégies de contrôle des unités sans interaction aléatoire avec la simulation du micro-
réseau. L’apprentissage des stratégies s’effectue selon l’observation des décisions prises par
un modèle entraîné sur d’autres dimensionnements à des itérations antérieures. Avec cette
méthode, le temps d’entraînement a été divisé par 5 sur un horizon temporel de simulation de
1 an et par 14 sur un horizon d’entraînement de 6 ans par rapport à l’utilisation d’algorithme
d’apprentissage par renforcement classique. La qualité de la politique de contrôle apprise ne
s’en trouve pas pour autant dégradée.
En combinant le recuit simulé pour une exploration plus efficace de l’espace des solutions
et le transfert de politique entre les dimensionnements explorés, le gain en temps de calcul
est significatif. La fréquence d’apprentissage hors ligne augmente tout au long du processus
d’optimisation. La méthodologie est appliquée à un espace de recherche restreint et le
dimensionnement optimal aurait pu être trouvé par recherche exhaustive. Cependant, l’objectif
de cette recherche s’étend à la conception d’une méthodologie efficace et capable de s’adapter
à des problèmes aux dimensions supérieures.
L’optimisation ne converge pas vers les mêmes solutions selon la configuration de la fonction
objectif ou du système de récompense employé pour développer les politiques de contrôle.
Il a été observé que lorsque la fonction objectif et le système de récompense sont en partie
contradictoires, alors la solution trouvée consiste à minimiser la taille des unités pour réduire
les coûts d’investissement. L’augmentation de la capacité de la batterie est privilégiée par
rapport à celle de la surface des panneaux PV dans les autres configurations. La méthodologie
pourrait être testée dans une région ou l’ensoleillement est plus faible pour vérifier la
consistance de cette observation. Les bornes maximales de la capacité nominale de la batterie
pourraient être augmentées pour dimensionner un micro-réseau isolé du réseau central.
Les puissances d’opération de la PAC et de l’électrolyseur ont été considérées comme fixes
dans ce travail. Ce choix limite l’intérêt du stockage hydrogène, en particulier lorsque la
demande nette est forte ou que la capacité de la batterie est faible. Une piste de recherche
future pourrait consister à les intégrer dans les variables de dimensionnement et d’entraîner
les agents à choisir leur puissance d’opération. Des algorithmes compatibles avec un espace
d’actions continu pourraient être utilisés comme DDPG, SAC, TRPO et PPO. Puisque BCQ
fonctionne en espace d’actions continu, le transfert de politique pourrait être envisagé.

140
Conclusions générales et
perspectives

Conclusions générales
L’objectif de cette thèse est de développer un outil méthodologique qui aborde conjointement
le dimensionnement et le contrôle d’un micro-réseau électrique avec des sources d’énergie
renouvelable. Le micro-réseau étudié est composé de panneaux photovoltaïques, d’une batterie
lithium-ion, et d’un stockage hydrogène comprenant un électrolyseur et une pile à combustible.
Des données sont utilisées pour la modélisation de la production photovoltaïque et de la
demande énergétique, et des modèles de comportement dynamique sont employés pour la
modélisation des systèmes de stockage. L’apprentissage par renforcement est sélectionné pour
l’élaboration des stratégies de contrôle. Il est implémenté progressivement sur des simulations
de plus en plus complexes du micro-réseau avec un horizon temporel de simulation passant
de 1 à 10 ans. La mise en œuvre de cet algorithme a pour objectif de réduire le coût de
l’électricité en phase d’opération dans un environnement dans lequel les variables aléatoires
ne sont pas prédites et le comportement dynamique des unités n’est pas explicitement formulé.
L’efficacité de la politique de contrôle obtenue est évaluée selon le coût nivelé de l’énergie
avec des données différentes que lors de l’élaboration de la stratégie de contrôle. Une analyse
de la stratégie de contrôle est menée selon différents indicateurs économiques et techniques.
La stratégie de contrôle est ensuite implémentée dans un processus de dimensionnement
optimal du micro-réseau à deux niveaux. Un optimiseur de type méta-heuristique déter-
mine la valeur optimale des variables de dimensionnement du micro-réseau, à savoir la
puissance nominale des panneaux photovoltaïques et la capacité nominale de la batterie,
pour réduire les coûts du système. L’apprentissage par renforcement est employé à plus
bas niveau pour déterminer les coûts d’opération. Les temps de calcul sont conséquents
en raison de l’apprentissage des agents, diverses techniques sont employées pour le réduire.
Ainsi, afin de réduire significativement les temps de calcul, les agents sont entraînés sur un
horizon temporel plus court et une méthode de transfert de politique de contrôle entre les
différents agents est proposée. La méthodologie de dimensionnement bi-niveaux est évaluée
selon sa capacité à explorer l’espace des solutions et son temps de calcul. À l’issue de ces
travaux de recherche, nos principales conclusions sont proposées dans les paragraphes suivants.

141
Conclusions générales et perspectives

Analyse de l’impact de différents facteurs sur l’apprentissage d’une


politique de contrôle par DQN dans le cadre du contrôle séquentiel du
stockage hydrogène dans un micro-réseau avec génération d’énergie
renouvelable.
Les hyper-paramètres exercent une influence importante sur la garantie et la vitesse de
convergence, ainsi que sur la qualité de la politique développée. Bien que la problématique
du contrôle séquentiel du stockage hydrogène d’un micro-réseau à un pas horaire et sur un
horizon d’au moins un an ait été présentée dans de nombreux travaux, l’analyse de sensibilité
des hyper-paramètres n’a jamais été exposée.
Au cours de son entraînement, l’agent apprend à stocker de plus en plus d’hydrogène en été
pour l’hiver. Le taux de remplissage de la réserve d’hydrogène augmente progressivement au
cours des itérations d’entraînement jusqu’à un certain seuil. Ce seuil dépend du système de
récompense choisi pour l’agent. Si l’agent minimise l’énergie soutirée au réseau central, ce
seuil sera plus bas que si l’agent minimise tout échange. L’agent apprend à ne pas se servir
du stockage hydrogène lorsqu’il est entraîné pour maximiser les gains économiques liés à
l’achat et à la vente d’électricité au réseau central avec un tarif fixe, ce qui remet en question
l’intérêt d’un tel stockage dans ces conditions.
Pour une simulation d’un an, le taux de remplissage initial du stockage hydrogène influence
fortement la politique apprise. Un EMS favorisera une utilisation plus fréquente de l’électro-
lyseur si le taux de remplissage initial d’hydrogène est faible.
Si quatre états observables suffisent à garantir une politique de contrôle optimale sur un
environnement simple, ils ne sont plus suffisants pour assurer la convergence vers une poli-
tique optimale dans un environnement plus complexe. Le contrôle du stockage hydrogène,
dans un environnement dans lequel la dégradation de la batterie est modélisée et l’horizon
temporel est plus long, nécessite au moins deux états supplémentaires pour être performant :
le niveau de remplissage du stockage hydrogène et le niveau de dégradation de la batterie.
La dégradation de la batterie est un état observable important pour contrôler efficacement
le stockage hydrogène dans un environnement où la batterie vieillit selon son utilisation.
Le niveau de remplissage du réservoir d’hydrogène est instauré pour permettre à l’agent de
généraliser l’apprentissage d’une politique sur un environnement de simulation plus long.
L’augmentation du nombre de dimensions de l’espace d’état impose la réévaluation des
hyper-paramètres pour garantir une convergence stable de l’entraînement.
Dans le cas de simulations plus simples de l’environnement, certains paramètres tels que le
facteur d’actualisation, la fréquence de validation et la taille des batchs ne conditionnent pas
la convergence, mais influencent sa vitesse. En revanche, les valeurs de ces paramètres condi-
tionnent la convergence de l’entraînement dans les environnements de simulation complexifiés.

Influence de la dégradation de la batterie et de l’horizon temporel


d’entraînement d’un agent d’apprentissage par renforcement sur la
politique de contrôle développée.
Deux modèles de dégradation de la batterie sont développés avec des approches empiriques
issues de la littérature : un modèle de dégradation linéaire selon le nombre de cycles d’uti-
lisation et un modèle non-linéaire selon la profondeur de décharge. Le coefficient linéaire
de dégradation du premier modèle est ajusté pour suivre un comportement similaire au
second modèle pour une même utilisation de la batterie. Malgré cette correction, le mode de
dégradation de la batterie a une influence significative sur la politique apprise par l’agent. Un
agent entraîné sur un modèle de dégradation voit sa performance considérablement affectée
lorsqu’il est testé dans un environnement qui utilise un autre modèle de dégradation.
L’horizon temporel de simulation est aussi à considérer lorsqu’un agent est entraîné. Le
déploiement sur un système réel d’un EMS entraîné pour contrôler un micro-réseau sur une
courte période est à proscrire. En effet, la capacité d’un agent à généraliser sa politique de

142
Conclusions générales

contrôle sur un horizon temporel long est insuffisante si son espace d’état ne comprend pas
toute les variables utilisées. Malgré l’ajustement des états observables et des hyper-paramètres,
l’agent ne peut pas appliquer une stratégie de contrôle efficace sur 10 ans si son entraînement
se limite à une période inférieure à 6 ans. En revanche, les travaux menés ont permis de
développer un politique similaire pour des agents entraînés sur des horizons de 6 et 10 ans.
La stratégie optimale obtenue montre que le taux de remplissage maximal annuel de l’hydro-
gène diminue avec le temps. La dégradation de la batterie conduit l’agent à combler la capacité
dégradée de stockage à court terme par l’utilisation de la pile à combustible, même lorsque
la production photovoltaïque est forte. Ainsi, les pics d’hydrogène stocké l’été sont de plus
en plus faibles et le micro-réseau perd en autonomie lors des périodes de plus faible production.

Intérêt de l’apprentissage par renforcement hors ligne dans l’élaboration


d’une politique de contrôle pour l’optimisation bi-niveaux du
dimensionnement du micro-réseau.
Un entraînement est nécessaire pour chaque nouveau dimensionnement parcouru lors des
itérations de la boucle principale de l’optimisation bi-niveaux du dimensionnement du micro-
réseau. L’algorithme de DQN met en moyenne 14 heures de temps de calcul avant l’arrêt des
entraînements avec un horizon temporel de 6 ans.
Le temps de calcul nécessaire à l’apprentissage est réduit en utilisant l’apprentissage hors
ligne. Lorsque au moins un agent est entraîné sur un dimensionnement proche de celui
de l’itération actuelle, il interagit avec l’environnement de l’agent à entraîner afin de lui
fournir des séquences sur lesquelles apprendre. Cet agent, appelé démonstrateur, prend une
proportion définie d’actions aléatoires pendant ce processus. L’agent apprend sans interagir
avec l’environnement mais avec les échantillons fournis par les interactions du démonstrateur
grâce à l’algorithme de batch constrained Q-learning. Cet algorithme permet de favoriser
l’apprentissage d’une stratégie proche de celle du démonstrateur tout en privilégiant les
actions qui maximisent l’espérance des récompenses perçues à long terme.
Un apprentissage avec cette méthodologie a permis de diviser le temps de calcul par 14.75
par rapport à l’utilisation de l’algorithme de DQN. Le temps alloué aux interactions entre
le ou les démonstrateurs et l’environnement est fixe et le temps d’apprentissage dépend
d’un seuil de patience, comme pour le DQN. Les stratégies de contrôle développées par
les agents ainsi entraînés fournissent des résultats comparables aux résultats obtenus par DQN.

Évaluation de la méthodologie d’optimisation bi-niveaux pour le


dimensionnement des panneaux photovoltaïques et de la batterie d’un
micro-réseau.
L’intégration de l’apprentissage par renforcement dans le dimensionnement optimal du micro-
réseau permet de prendre en compte les erreurs liées à l’application d’une stratégie de contrôle
développée dans un environnement différent de l’environnement sur lequel elle est déployée.
En effet, le calcul des coûts d’opération s’effectue avec des données différentes des données
d’entraînement de l’agent. Les coûts d’opération calculés par cette méthode sont, de ce fait,
plus fiables que ceux obtenus grâce à des méthodes déterministes comme l’optimisation hors
ligne.
Un algorithme d’optimisation méta-heuristique est utilisé pour explorer efficacement l’espace
des solutions. Une optimisation basée sur une trajectoire est privilégiée afin d’explorer sé-
quentiellement les différents dimensionnements possibles, facilitant ainsi le déclenchement
d’un transfert de politique. En particulier, l’algorithme de recuit simulé est retenu pour sa
faible complexité comme l’espace des solutions est réduit.
Des optimisations sont effectuées avec la méthodologie proposée avec deux fonctions objectif

143
Conclusions générales et perspectives

différentes pour le calcul du coût d’opération du micro-réseau. Une fonction objectif considère
un revenu généré par l’injection d’électricité alors que l’autre non. Pour chaque cas, deux
systèmes de récompense sont définis pour l’élaboration des politiques de contrôle.
Lorsque l’électricité injectée génère un revenu, le dimensionnement optimal n’est pas le même
selon le système de récompense de l’agent. Une solution, avec des équipements dont les dimen-
sions sont minimales est trouvée lorsqu’une composante du système de récompense de l’agent
recherche la minimisation de l’injection d’électricité. Un dimensionnement intermédiaire de
4 kWc de panneaux photovoltaïques et d’une capacité de batterie de 6 kWh est retenu dans
le cas où l’EMS n’est pénalisé que pour l’énergie soutirée. Ce même dimensionnement des
équipements est optimal pour les deux systèmes de récompense lorsque le coût d’opération
ne dépend que de l’énergie soutirée. Ce dimensionnement est de 3 kWc pour les panneaux
photovoltaïques et 10 kWh pour la batterie. Les dimensionnements retenus offrent des coûts
nivelés de l’énergie compétitifs par rapport au tarif actuel de l’électricité (0,2276 €/kWh).
Le dimensionnement d’un micro-réseau non-connecté au réseau central de distribution est
réalisé en associant le coût de soutirage de l’électricité à un coût variable lié au déficit
énergétique. Pour une faible augmentation de ce coût, la capacité optimale de la batterie
augmente pour atteindre la borne maximale fixée (11 kWh). Le dimensionnement optimal
inclut 5 kWc de panneaux photovoltaïques pour des augmentations plus prononcées de ce
coût. L’autonomie augmente avec le prix associé au déficit énergétique mais reste globalement
trop faible pour un micro-réseau isolé (probabilité de panne de 14 % au minimum).
La méthodologie proposée converge rapidement vers les minima globaux. La probabilité pour
un agent d’être entraîné avec l’algorithme de BCQ augmente au long des itérations. Le temps
de calcul nécessaire à l’optimisation est divisé par 2.6. De nombreux dimensionnements déjà
observés le sont à nouveau au cours du processus d’optimisation, ce qui pourrait nuire à la
découverte de l’optimum global dans les dernières itérations.

Perspectives
La méthodologie bi-niveau proposée dans cette thèse offre une nouvelle approche pour le
dimensionnement et le contrôle de micro-réseaux électriques. Toutefois, des questions restent
en suspens pour son application et méritent une exploration plus approfondie.
Vers une modélisation plus complète du problème de contrôle. Le problème de
contrôle, bien que complexifié au cours de ces travaux de recherche, contient toujours des élé-
ments simplifiés. Les consignes calculées par l’EMS ne s’appliquent qu’au stockage hydrogène
alors que la batterie est pourtant une unité contrôlable. Le contrôle conjoint des deux unités
de stockage pourrait être une voie intéressante pour examiner la stratégie de préservation de
la batterie. L’espace d’action serait alors continu et en deux dimensions. L’algorithme de
DDPG est adapté et pourrait être envisagé. Des modèles de vieillissement de l’électrolyseur et
de la pile à combustible pourraient être intégrés à la simulation dynamique de l’environnement.

Enrichissement des critères et caractéristiques de l’optimisation du dimension-


nement. Le problème de dimensionnement ne comporte que deux variables dans la version
proposée. Avec des consignes continues, l’électrolyseur et la pile à combustible peuvent être
ajoutés aux variables de dimensionnement.
Les bornes des variables de notre problème d’optimisation, notamment en ce qui concerne la
capacité de la batterie, doivent être adaptées en fonction du profil de consommation. Cette
nécessité s’est avérée particulièrement évidente lors du dimensionnement d’un micro-réseau
isolé à forte consommation, où la borne supérieure de la capacité de la batterie est atteinte.
La probabilité de panne demeurait significative pour ce cas de figure. Des études approfon-
dies sur l’influence du profil de consommation et de la localisation du micro-réseau sur le
dimensionnement optimal mériteraient d’être conduites. De plus, une optimisation de type
multi-critères pourrait être menée pour le problème du dimensionnement d’un micro-réseau

144
Perspectives

isolé car les coûts d’investissement et le déficit énergétiques sont des objectifs dont la priorité
dépend des utilisateurs.

Développement d’une heuristique autour du transfert de politique. Bien que les


méthodes proposées pour accélérer le processus d’optimisation soient efficaces, le temps de
calcul reste conséquent. L’augmentation des dimensions de l’espace de solution pour accroître
le réalisme des systèmes modélisés posera un problème de temps de calcul. La parallélisation
des calculs, combinée à l’emploi d’une méta-heuristique évolutive, a été envisagée mais
demande plus de puissance de calcul et serait ralentie par la variance observée dans le
temps d’apprentissage des agents. Un axe de réflexion pourrait concerner le développement
d’une heuristique incluant des entraînements parallélisés en augmentant la fréquence de
l’entraînement hors ligne des agents. Cette heuristique pourrait consister à établir plusieurs
trajectoires d’optimisation en parallèle, en instaurant une liste d’attente entre les candidats
et les démonstrateurs.

145
A
Annexe

A.1 Apprentissage par renforcement inverse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 147


A.2 Schémas des flux de puissance hebdomadaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 149

A.1 Apprentissage par renforcement inverse


Dans l’Équation 2.52, 𝑤 ∈ R𝑛 est le vecteur de poids associé aux caractéristiques des états
pour un jeu de démonstrations donné. La fonction valeur d’état s’exprime alors avec les
Équations (A.1, A.2 et A.3). La comparaison des politiques se fait comme avec l’Équation
2.25. Puisque le jeu de données vient du démonstrateur, l’état initial 𝑆0 est le seul état
forcément commun à chaque trajectoire. Seule la valeur de cet état peut être un critère pour
comparer des politiques.
[︃ 𝑇 ]︃
∑︁
𝜋 𝑡
V (S0 ) = E𝜏 ∼𝜋 𝛾 𝑅(S𝑡 ) (A.1)
𝑡=0
[︃ 𝑇
]︃
∑︁
𝑘 𝑡
= E𝜏 ∼𝜋 𝑤 𝛾 𝑥(S𝑡 ) (A.2)
𝑡=0
= 𝑤𝑘 𝜇(𝜋) (A.3)

Avec 𝜇(𝜋) la fréquence pondérée amortie des caractéristiques des états sous la politique 𝜋.
Autrement dit, 𝜇 est une fonction qui décompte le nombre d’observations des caractéristiques
des états, amorti par le nombre de pas de temps avant de les observer. Puisqu’il n’y a pas de
système de récompense, c’est la fréquence d’observation d’états sous certaines politiques qui
dirige l’apprentissage de l’agent. Ainsi, en utilisant l’Équation 2.25 et en faisant l’hypothèse
que la politique montrée par le démonstrateur est optimale, il est possible pour l’agent
d’inférer un vecteur de poids optimal 𝑤*𝑘 (Abbeel et al., 2004) qui vérifie l’Équation A.4 :

𝑤*𝑘 𝜇(𝜋 * ) ≥ 𝑤*𝑘 𝜇(𝜋), ∀𝜋 ̸= 𝜋 * (A.4)

avec 𝜋 * la politique optimale selon le jeu de démonstrations. Il s’agit donc de trouver une
fonction récompense telle que la politique affichée par l’expert soit meilleure que n’importe
quelle autre politique. Les valeurs associées aux états selon la distribution d’états observés
sous la politique de l’expert doivent être supérieures aux valeurs de n’importe quelle autre
distribution d’états 𝜇(𝜋) avec le vecteur 𝑤* . Si ‖𝜇(𝜋) − 𝜇(𝜋 * )‖1 ≤ 𝜀, alors l’Équation A.5
est vérifiée.
∀𝑤, ‖𝑤‖∞ < 1, | 𝑤𝑘 𝜇(𝜋) − 𝑤𝑘 𝜇(𝜋 * ) |≤ 𝜀 (A.5)

147
Annexe

Si cette condition est vérifiée, alors la politique de l’expert peut être imitée par l’agent.
En revanche, le calcul de 𝜇(𝜋) requiert d’avoir accès à un modèle de transition et donc de
𝑎
connaître 𝑃𝑠𝑠 ′ pour chaque état. De plus, plusieurs politiques sont optimales selon le système

de récompense inféré, car il prend en compte le décompte des observations de caractéristiques


d’états et non les trajectoires. Plusieurs trajectoires peuvent mener au même décompte de
caractéristiques d’états. Des algorithmes développés plus tard comme GAIL (Ho et al., 2018)
ou l’IRL avec maximisation de l’entropie (Ziebart et al., 2008) permettent d’utiliser l’IRL
sans modèle. De plus, ils lèvent le problème des nombreuses potentielles politiques optimales.

148
Schémas des flux de puissance hebdomadaire

A.2 Schémas des flux de puissance hebdomadaire

SOC

0.50

0.25

0.00
0.75
1.00

15/08/05

15/08/16
14/08/05

14/08/16
C
13/08/05

13/08/16
Date
12/08/05

12/08/16
A

11/08/05

11/08/16
10/08/05

10/08/16
B
09/08/05

09/08/16
-1
-2

-3

0
-1
0

-2

-3

Flux de puissance (kW)

Figure A.1 – Flux de puissance du micro-réseau pour une semaine d’août en début
(2005) et en fin (2016) de simulation.

149
150
Annexe

1
A 1.00

-1

0.75
-2

-3

(2005) et en fin (2016) de simulation.


09/10/05 10/10/05 11/10/05 12/10/05 13/10/05 14/10/05 15/10/05
0.50
SOC

1
A B C
0

0.25
-1

-2

-3
0.00

Flux de puissance (kW)


09/10/16 10/10/16 11/10/16 12/10/16 13/10/16 14/10/16 15/10/16
Date

Figure A.2 – Flux de puissance du micro-réseau pour une semaine d’octobre en début
Schémas des flux de puissance hebdomadaire

SOC

0.50

0.25

0.00
0.75
1.00

15/08/16
15/08/05

14/08/16
14/08/05

13/08/16
13/08/05

Date
12/08/16
12/08/05

11/08/16
11/08/05

10/08/16
10/08/05

09/08/16
09/08/05

-2

-3
-1
-2

-3

0
-1
0

Flux de puissance (kW)

Figure A.3 – Flux de puissance du micro-réseau pour une semaine d’août en début
(2005) et en fin (2016) de simulation. L’environnement inclut un remplacement des
batteries usées.

151
Annexe

SOC

0.50

0.25

0.00
0.75
1.00

15/10/05

15/10/16
14/10/05

14/10/16
13/10/05

13/10/16
Date
12/10/05

12/10/16
11/10/05

11/10/16
10/10/05

10/10/16
09/10/05

09/10/16
-2

-3
-1
1
-2

-3
-1
1

Flux de puissance (W)

Figure A.4 – Flux de puissance du micro-réseau pour une semaine d’octobre en début
(2005) et en fin (2016) de simulation. L’environnement inclut un remplacement des
batteries usées.

152
Table des figures

1.1 Diagramme résumant les classifications des typologies de micro-réseaux pré-


sentées. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11

2.1 Interaction entre agent et environnement dans un processus de décision de


Markov . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
2.2 Représentation d’une décision dans le MDP sous forme d’arbre . . . . . . 21
2.3 Représentation schématique de l’algorithme de DQN . . . . . . . . . . . . 31

3.1 Système d’enchères internes avec N micro-réseaux vendeurs (en rouge) et M


acheteurs (en vert). Le prix et la quantité d’équilibre se lisent sur les axes à la
jonction entre les courbes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52

4.1 Représentation de l’approche modulaire du dimensionnement d’un micro-


réseau, les variables de dimensionnement retenues pour l’étude sont en rouge 61
4.2 Schéma de principe des différentes puissances à déterminer à chaque instant
dans le micro-réseau considéré selon les unités. . . . . . . . . . . . . . . . 64
4.3 Représentation de l’interaction entre agent et environnement. . . . . . . . 69
4.4 Description de l’algorithme de référence de contrôle . . . . . . . . . . . . . 72
4.5 short . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
4.6 short . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76

5.1 Évolution de la fonction perte durant l’entraînement pour des tailles de batchs
différentes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84
5.2 Évolution des récompenses reçues au long des validations pour différents taux
d’apprentissage. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
5.3 LOH durant un an de test pour des agents entraînés avec des facteurs d’ac-
tualisation différents. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
5.4 Évolution des récompenses cumulées au long des validations pour différents
intervalles de mise à jour du Q-réseau cible. . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
5.5 LOH sur un an pour à différentes étapes de l’apprentissage de l’agent. . . 87

153
Table des figures

5.6 LOH sur un an selon le système de récompense défini lors de l’entraînement


de l’agent. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
5.7 LOH sur un an pour des agents ayant appris avec des initialisations différentes
pour le stockage d’énergie. Cas d’une simulation avec stockage initial à 66%
de sa capacité. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
5.8 LOH sur un an pour des agents ayant appris avec des initialisations différentes
pour le stockage d’énergie. Cas d’une simulation avec stockage initial vide. 89
5.9 LOH sur un épisode de test d’un an simulé avec épisodes commençant le 21 juin.
La stratégie de deux agents est comparée, l’un entraîné sur cet environnement,
l’autre non. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 90
5.10 Distribution des DOD calculés pendant la simulation sur un épisode d’un an. 93
5.11 Énergie soutirée au réseau central dans un environnement pour lequel la
batterie se dégrade de manière linéaire (à gauche) et non-linéaire (à droite) en
fonction de l’environnement d’entraînement des agents. . . . . . . . . . . . 95
5.12 Visualisation d’indicateurs pour le contrôle par un agent entraîné sur 10 ans.
(a) Distribution quotidienne de l’origine de l’approvisionnement en réponse
à une demande nette négative. (b) Quantité d’hydrogène stocké et capacité
maximale de la batterie. (c) Indicateurs statistiques sur la moyenne quotidienne
du SOC sur une période plus longue. (d) Décomposition des pénalités reçues
par l’agent. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
5.13 Visualisation d’indicateurs pour le contrôle par un agent entraîné sur 10
ans avec un espace d’états à 6 dimensions. (a) Distribution quotidienne de
l’origine de l’approvisionnement en réponse à une demande nette négative.
(b) Quantité d’hydrogène stocké et capacité maximale de la batterie. (c)
Indicateurs statistiques sur la moyenne quotidienne de l’énergie stockée dans
la batterie sur une période plus longue. (d) Décomposition des pénalités reçues
par l’agent. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
5.14 Visualisation d’indicateurs pour le contrôle par un agent entraîné sur 10 ans
avec un espace d’états à 6 dimensions après modification des paramètres.
(a) Distribution quotidienne de l’origine de l’approvisionnement en réponse
à une demande nette négative. (b) Quantité d’hydrogène stocké et capacité
maximale de la batterie. (c) Indicateurs statistiques sur la moyenne quotidienne
du SOC sur une période plus longue. (d) Décomposition des pénalités reçues
par l’agent. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98
5.15 Électricité soutirée au réseau central de distribution (à gauche) et capacité de
la batterie (à droite) selon l’horizon temporel d’entraînement des agents. . 99
5.16 Nombre d’utilisations quotidiennes de l’électrolyseur et de la PAC en 2006 (en
haut) et en 2016 (en bas). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 100
5.17 Flux énergétiques du micro-réseau pour une semaine d’août en début (2005)
et en fin (2016) de simulation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 101
5.18 Flux énergétiques du micro-réseau pour une semaine d’octobre en début (2005)
et en fin (2016) de simulation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102
5.19 Visualisation de la politique d’un agent entraîné dans un environnement dans
lequel la batterie est remplacée lorsque trop usée. (a) Distribution quotidienne
de l’origine de l’approvisionnement en réponse à une demande nette négative.
(b) LOH et capacité maximale de la batterie. (c) Indicateurs statistiques sur
la moyenne quotidienne de l’énergie stockée dans la batterie sur une période
plus longue. (d) Décomposition des pénalités reçues par l’agent. . . . . . . 103

154
5.20 Flux énergétiques du micro-réseau pour une semaine d’août en début (2005)
et en fin (2016) de simulation. L’environnement inclut un remplacement des
batteries usées. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
5.21 Flux énergétiques du micro-réseau pour une semaine d’octobre en début (2005)
et en fin (2016) de simulation. L’environnement inclut un remplacement des
batteries usées. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 104
5.22 Visualisation de la politique d’un agent entraîné dans un environnement
dans lequel le SOC est contraint. (a) Distribution quotidienne de l’origine de
l’approvisionnement en réponse à une demande nette négative. (b) LOH et
capacité maximale de la batterie. (c) Indicateurs statistiques sur la moyenne
quotidienne de l’énergie stockée dans la batterie sur une période plus longue.
(d) Décomposition des pénalités reçues par l’agent. . . . . . . . . . . . . . 105
5.23 LOH et capacité maximale de la batterie. La somme des données de consom-
mation électriques utilisées est supérieure aux simulations précédentes. . . 105
5.24 Évolution du prix de l’électricité en France (source des données : EDF). . 106
5.25 Répartition des coûts dans le calcul du LCE. . . . . . . . . . . . . . . . . 107
5.26 Taux d’autoproduction et taux d’autoconsommation mensuels moyens sur 10
ans. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108
5.27 Évolution du LPSP calculé mensuellement. . . . . . . . . . . . . . . . . . 109

6.1 Principe de l’entraînement de l’agent 𝑖. Une mémoire de relecture est complétée


par des interactions entre |𝑗| agents déjà entraînés sur d’autres environnements
et l’environnement 𝑖. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 115
6.2 Diagramme en boîte de la différence par mois du productible PV journalier
entre le jeu d’entraînement et le jeu de test. . . . . . . . . . . . . . . . . . 116
6.3 Échantillonnage et stockage de la mémoire de relecture pour entraîner un
agent 𝑖 via BCQ à partir d’un agent démonstrateur 𝑗. . . . . . . . . . . . 118
6.4 Histogramme des taux d’autoproduction obtenus en fin d’entraînement de l’al-
gorithme BCQ avec un unique démonstrateur. Les couleurs sont associées aux
distances entre les environnements du démonstrateur et de l’agent apprenant. 118
6.5 Histogrammes montrant les taux d’autoproduction obtenus en fin d’entraîne-
ment de BCQ avec 2 démonstrateurs (à gauche) et avec 3 démonstrateurs (à
droite) en fonction du nombre de voisins parmi les démonstrateurs. . . . . 119
6.6 Exemple de classification d’algorithmes d’optimisation méta-heuristiques. Ins-
piré de Harifi et al., 2021 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 123
6.7 Diagramme illustrant les principes itératifs du recuit simulé. . . . . . . . . 125
6.8 Diagramme illustrant les principes de la méthodologie développée. . . . . 126
6.9 LCE des différents dimensionnements candidats dans le cas d’échanges bilaté-
raux d’énergie. Le système de récompense pénalise l’énergie soutirée réseau
central. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 130
6.10 LCE des différents dimensionnements candidats dans le cas d’échanges bilaté-
raux d’énergie. Le système de récompense pénalise tout échange avec le réseau
central. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 131
6.11 LCE des différents dimensionnements candidats dans le cas de soutirage
d’électricité. Le système de récompense pénalise l’énergie soutirée au réseau
central. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 132

155
Table des figures

6.12 LCE des différents dimensionnements candidats dans le cas de soutirage


d’électricité. Le système de récompense pénalise tous les échanges avec le
réseau central. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 132
6.13 Coûts d’opération, d’investissement et maintenance des micro-réseaux en
fonction de la capacité de la batterie et de l’EMS pour une puissance crête
PV de 3 kWc. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 133
6.14 Répartitions des coûts des dimensionnements optimaux pour chaque configu-
ration du micro-réseau. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 134
6.15 Représentation des candidats intégrés à la trajectoire durant l’optimisation
du dimensionnement avec refroidissement linéaire de la température. . . . 136
6.16 Représentation des candidats intégrés à la trajectoire durant l’optimisation
du dimensionnement avec refroidissement exponentiel de la température. . 137
6.17 Histogramme des temps d’entraînement des agents de DQN (en haut) et de
BCQ (en bas) et approximation des fonctions densité de probabilité. . . . 138
6.18 Représentation des candidats intégrés à la trajectoire durant l’optimisation
du dimensionnement selon les algorithmes utilisés pour construire la politique
de contrôle de l’EMS. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 139

A.1 Flux de puissance du micro-réseau pour une semaine d’août en début (2005)
et en fin (2016) de simulation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 149
A.2 Flux de puissance du micro-réseau pour une semaine d’octobre en début (2005)
et en fin (2016) de simulation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 150
A.3 Flux de puissance du micro-réseau pour une semaine d’août en début (2005)
et en fin (2016) de simulation. L’environnement inclut un remplacement des
batteries usées. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 151
A.4 Flux de puissance du micro-réseau pour une semaine d’octobre en début (2005)
et en fin (2016) de simulation. L’environnement inclut un remplacement des
batteries usées. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 152

156
Liste des tableaux

1.1 Comparaison des caractéristiques des technologies de stockage d’énergie selon


les valeurs relevées par diverses sources. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9

4.1 Coût d’installation de différentes unités du micro-réseau . . . . . . . . . . 75

5.1 Dimensionnement des unités du micro-réseau pour son contrôle sur un an. 80
5.2 Valeur des paramètres du DQN retenus. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
5.3 Comparaison des taux d’autoproduction selon différents algorithmes et condi-
tions initiales d’entraînement sur l’environnement sans charge initiale du
stockage H2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 90
5.4 Énergie soutirée sur un épisode de test sur 10 ans selon l’horizon temporel de
l’entraînement des agents. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
5.5 Comparaison des indicateurs pour différents algorithmes et paramètres du
micro-réseau. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 110
5.6 Comparaison des indicateurs pour différents algorithmes et paramètres du
micro-réseau. La demande est celle d’un foyer résidentiel français. . . . . . 110

6.1 Hyper-paramètres utilisés pour l’algorithme de BCQ . . . . . . . . . . . . 117


6.2 Comparaison du taux d’autoproduction et du temps d’apprentissage obte-
nus avec des agents de DQN et de BCQ selon plusieurs configurations de
dimensionnement du micro-réseau simulé. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 121
6.3 Comparaison des méthodes basées sur une trajectoire. . . . . . . . . . . . 124
6.4 Valeurs des paramètres dans la méthode de recuit simulé appliqué au dimen-
sionnement optimal du micro-réseau. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 128
6.5 LCE, taux d’autoproduction et taux d’autoconsommation sur 10 ans des
micro-réseaux dimensionnés selon chaque configuration. . . . . . . . . . . 134
6.6 Dimensionnement optimaux, LPSP, REE et FER sur 10 ans pour différents
tarifs de déficit énergétique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 135

157
Liste des symboles

Modélisation du micro-réseau
C € Coût . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
Cmaint € Coût de maintenance d’une unité du micro-réseau du micro-réseau
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .74
Cremp € Coût de remplacement associé aux unités du micro-réseau . . . . . . . . . 74
Cinv € Coût d’investissement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
Cope € Coût d’opération du micro-réseau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
Cinje €/kWh Revenus d’injection d’électricité au réseau central de distribution . . . . 75
Csout €/kWh Coûts de soutirage d’électricité au réseau central de distribution . . . . 75
E kW h Capacité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
Einje kWh Énergie injectée au réseau central de distribution . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
Esout kWh Énergie soutirée au réseau central de distribution. . . . . . . . . . . . . . . . . .75
𝒟 - Espace des variables dimensionnables des modules . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
𝒩 - Espace des variables non-dimensionnables des modules . . . . . . . . . . . . 60
𝜂 kWh/kg Rendement de conversion d’électricité en masse d’hydrogène pour un
électrolyseur et de masse d’hydrogène en électricité pour une pile à
combustible . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
m kg Masse. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .63
Dnet kWh Demande électrique nette . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
distsols jour Distance temporelle au soltice d’été . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
𝛿 kWh Capacité de la batterie dégradée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92
𝜇 - Rendement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
𝑃 W Puissance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60

Apprentissage par renforcement


𝜏autocons - Taux d’autoconsommation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
𝜏autoprod - Taux d’autoproduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
𝛼 - Taux d’apprentissage. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .22
𝜀 - Probabilité d’exploration . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
𝑁𝑐𝑖𝑏𝑙𝑒 - Nombre d’itérations avant mise-à-jour du Q-réseau cible . . . . . . . . . . . 30
𝛾 - Facteur d’actualisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
𝐽 - Espérance à maximiser en apprentissage par renforcement . . . . . . . . . 21
𝐿 - Valeur de la fonction coût d’un réseau de neurones lors de sa mise à
jour . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31

159
Liste des symboles

At - Action prise par l’agent à l’instant 𝑡 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19


St - État observables de l’environnement à l’instant 𝑡 . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
𝒮 - Espace d’état de l’environnement. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .20
𝒜 - Espace d’action de l’agent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
Rt - Récompense perçue par l’agent à l’instant 𝑡 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
𝑎
𝑃𝑠𝑠 ′ - Probabilité de transition d’un état 𝑠 à un état 𝑠′ suite à l’action 𝑎
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .20
𝜋 - Politique de l’agent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
V - Valeur d’un état . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
Q - Valeur d’un couple action-état . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
^
V - Estimation de la valeur d’un état. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .21
^
Q - Estimation de la valeur d’un couple action-état . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
𝐺𝑡 - Retour amorti à partir de l’instant 𝑡. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .23
𝜏 - Trajectoire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
𝜏𝐵𝐶𝑄 - Seuil de BCQ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
𝑁 𝑒𝑝 - Numéro de l’épisode en cours dans un processus d’entraînement . . . . 68
𝑒𝑝
𝑁max - Nombre maximal d’épisodes dans un processus d’entraînement . . . . 68
𝑡eval - Nombre d’itérations dans l’apprentissage avant évaluation de la politique
apprise par un agent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
𝑁patience - Nombre d’itérations de validation pour lesquelles les scores n’ont pas
dépassés le meilleur score obtenu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69
𝜀dec - Nombre d’itérations d’entraînement pendant lesquels le taux d’explora-
tion décroît . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81
𝜏𝜀 - Taux de décroissance de l’exploration sur les itérations d’entraînement
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .81

Exposants
batt
- Indice se référant à la batterie électrochimique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
PV
- Indice se référant à la génération photovoltaïque. . . . . . . . . . . . . . . . . . .62
elec
- Indice se référant à l’électrolyseur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
H2
kW Indice se référant au stockage hydrogène . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
PAC
- Indice se référant à la pile à combustible . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
𝜋
- Variable dépendant d’une politique 𝜋 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
comp
- Indice se référant au compresseur en sortie d’électrolyse de l’eau . . . . 75
grid
- Indice se référant au réseau central de distribution . . . . . . . . . . . . . . . . 64

Indices
𝜃 - Paramétrage du réseau de neurones associé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
max - Valeur maximale de la variable associée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
nom - Valeur nominale de la variable associée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
dech - Valeur liée à la décharge de l’unité associée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
charg - Valeur liée à la charge de l’unité associée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
lin - Caractère linéaire de la variable associée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92
nl - Caractère non-linéaire de la variable associée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93

160
Acronymes

AC Alternating current – Courant alternatif . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8


BCQ Batch constraint Q-learning . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
CAPEX Capital Expenditure – Dépenses de capital . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
CVC Système de chauffage, climatisation et ventilation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
DC Direct current – Courant continu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
DDPG Deep deterministic policy gradient . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
DoD Depth of discharge – Profondeur de décharge . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
DQN Deep Q-learning . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
ELF Equivalent loss factor – Facteur de perte équivalent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
EMS Energy management system – Système de gestion de l’énergie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
EV Electric Vehicle – Véhicules électriques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
FER Fraction d’énergie renouvelable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
GRD Gestionnaire de réseau de distribution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
IRL Inverse reinforcement learning – Apprentissage par renforcement inverse . . . . . . . . . . 35
LCE Levelized cost of energy – Coût nivelé de l’énergie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
LOH Level of hydrogen – Taux de remplissage du réservoir d’hydrogène. . . . . . . . . . . . . . . 63
LPSP Loss of load supply probability – Probabilité de perte de charge . . . . . . . . . . . . . . . . 16
LSTM Long short term memory . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
MADDPG Multi-agent deep deterministic policy gradient . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
MDP Markov decision process – Processus de décision de Markov . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
MPC Model predictive control – Commande prédictive . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
OPEX Operating Expenditure – Dépenses d’exploitation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
PAC Pile à combustible . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
PCC Point de couplage commun . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
PPO Proximal policy optimization . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
PV Photovoltaïque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
REE Ratio d’excès d’énergie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
RL Reinforcement learning – Apprentissage par renforcement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
SOC State of charge – État de charge de la batterie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
TRPO Trust region policy optimization . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34

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177
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Remerciements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . iii
Sommaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . v

Introduction générale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1

Partie I Contexte et cadre scientifique . . . . . . . . . . . . . . 5


1 Les micro-réseaux électriques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.1 Définition et intérêts des micro-réseaux électriques . . . . . . . . . . . . . . 8
1.1.1 Besoin émergeant de micro-réseaux électriques . . . . . . . . . . . . 8
1.1.2 Modes d’opération . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.1.3 Gestion et stockage de l’énergie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
1.2 Contrôle des micro-réseaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.2.1 Catégories de contrôle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.2.2 Méthodologies de contrôle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
1.3 Méthodes de dimensionnement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
1.3.1 Objectifs et indicateurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
1.3.2 Méthodologies de dimensionnement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
1.4 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
2 L’apprentissage par renforcement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
2.1 Des processus de décision de Markov à l’apprentissage par renforcement 19
2.1.1 Processus de décision de Markov . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
2.1.2 Principes de l’apprentissage par renforcement . . . . . . . . . . . . 22
2.1.3 Programmation dynamique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
2.1.4 Algorithmes usuels d’apprentissage par renforcement . . . . . . . . 27
2.2 Apprentissage par renforcement profond . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
2.2.1 Deep Q-learning . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
2.2.2 Méthodes fondées sur le gradient de politique . . . . . . . . . . . . 32
2.3 Apprentissage par renforcement hors ligne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
2.3.1 Apprentissage par imitation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
2.3.2 Apprentissage par renforcement par batch . . . . . . . . . . . . . . . 36
2.4 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
3 L’apprentissage par renforcement appliqué au contrôle des
micro-réseaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39

179
Table des matières

3.1 Formulation des différents problèmes de contrôle haut niveau . . . . . . 40


3.2 Planification des systèmes de stockage et engagement des unités . . . . 41
3.2.1 Engagement des unités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
3.2.2 Récompenses dans le contrôle des unités de production et de
stockage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
3.2.3 Problèmes de planification spécifique . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
3.3 Gestion de la demande . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
3.3.1 Délestage de la charge . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
3.3.2 Déplacement de la charge . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
3.3.3 Signaux de prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
3.4 Échange d’énergie entre plusieurs micro-réseaux . . . . . . . . . . . . . . . 51
3.4.1 Commerce d’énergie de pair à pair . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
3.4.2 Échanges d’énergie avec configuration hiérarchique . . . . . . . . . 53
3.5 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
Synthèse de la partie I . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55

Partie II Contributions scientifiques ................ 57


4 Méthodologie et modélisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
4.1 Modélisation du micro-réseau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
4.1.1 Organisation modulaire du problème . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
4.1.2 Fonctionnement du micro-réseau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
4.1.3 Modèle dynamique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
4.2 Méthodologie de contrôle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
4.2.1 Implémentation du problème de contrôle . . . . . . . . . . . . . . . . 67
4.2.2 Espace d’états et espace d’actions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
4.2.3 Cadre des études sur le contrôle du micro-réseau . . . . . . . . . . 71
4.3 Dimensionnement du micro-réseau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
4.3.1 CAPEX et OPEX . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
4.3.2 Méthodologie de dimensionnement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
4.4 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
5 Contrôle à long terme du système de stockage d’un micro-
réseau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
5.1 Apprentissage d’une stratégie de contrôle du stockage hydrogène sur un
horizon d’un an . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
5.1.1 Implémentation de l’algorithme et choix des hyper-paramètres . 80
5.1.2 Analyse de la stratégie apprise par l’agent . . . . . . . . . . . . . . . 86
5.2 Contrôle à long terme avec dégradation de la batterie . . . . . . . . . . . 91
5.2.1 Modèles de dégradation de la batterie . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
5.2.2 Influence du vieillissement de la batterie sur la politique apprise 94
5.2.3 Choix d’un horizon temporel d’apprentissage . . . . . . . . . . . . . 96
5.3 Analyse de la stratégie de contrôle et évaluations avec des indicateurs clés 99
5.3.1 Étude des politiques de contrôle et analyse de leur performance 100
5.3.2 Indicateurs de la performance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106
5.3.3 Analyse de la performance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109
5.4 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 110
6 Dimensionnement sous contrôle optimal . . . . . . . . . . . . . . . 113
6.1 Transfert de politique de contrôle par apprentissage par renforcement
hors ligne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113

180
6.1.1 Formulation du problème de transfert de politique par apprentis-
sage par renforcement hors ligne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 114
6.1.2 Application de l’apprentissage par renforcement hors ligne et choix
des paramètres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 116
6.1.3 Analyse et conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 120
6.2 Méthode d’optimisation globale par méta-heuristique pour le dimension-
nement bi-niveaux du micro-réseau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 120
6.2.1 Caractérisation du problème d’optimisation et choix d’un algo-
rithme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 121
6.2.2 Recuit simulé pour le dimensionnement du micro-réseau . . . . . 125
6.3 Résultats de l’optimisation bi-niveaux du micro-réseau et analyse de la
méthodologie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 128
6.3.1 Analyse des résultats d’optimisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 129
6.3.2 Évaluation de la convergence et du temps de calcul dans le processus
d’optimisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 136
6.4 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 139
Conclusions générales et perspectives . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 141
Conclusions générales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 141
Perspectives . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 144

A Annexe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 147
A.1 Apprentissage par renforcement inverse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 147
A.2 Schémas des flux de puissance hebdomadaire . . . . . . . . . . . . . . . . . 149

Table des figures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 153


Liste des tableaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 157
Liste des symboles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 159
Modélisation du micro-réseau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 159
Apprentissage par renforcement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 159
Exposants . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 160
Indices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 160
Acronymes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 161
Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 163
Table des matières . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 179
Abstract . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 182
Contributions to the control and sizing of microgrids by reinforcement learning:
application to systems with renewable generation and hybrid battery-hydrogen
storage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 182
Résumé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 183
Contributions au contrôle et au dimensionnement des micro-réseaux par ap-
prentissage par renforcement : application aux systèmes avec production re-
nouvelable et stockage hybride batterie-hydrogène . . . . . . . . . . . . . . . . . . 183

181
Abstract
Contributions to the control and sizing of microgrids by
reinforcement learning : application to systems with
renewable generation and hybrid battery-hydrogen storage
Combining photovoltaic panels with an electrochemical battery reduces the daily phase
difference between electricity production and demand in a microgrid. For long-term electricity
storage, the combined use of an electrolyzer, hydrogen storage and a fuel cell offers the
possibility of conserving electricity produced in summer to meet increased winter demand.
Optimal real-time control of microgrid storage units is hampered by random data and the
non-linear dynamic behavior of the units over long time horizons.
This work presents a methodology for sizing and controlling a microgrid comprising photovol-
taic electricity production, a lithium-ion battery and hydrogen storage, based on economic,
environmental and technical objectives. The sizing of the units in a microgrid establishes their
constraints of use, while the criteria to be optimized for its sizing (such as the cost of energy,
the rate of self-consumption, the probability of breakdowns) depend on the management of
these units. This interdependence justifies the development of a sizing methodology coupled
with long-term energy management algorithm.
The management of a microgrid is influenced by random variables such as demand and the
energy produced at any given time. Reinforcement learning is a sequential decision-making
methodology based on a dynamic model of the system that can adapt its strategy to random
data. As a first step, a reinforcement learning control methodology is adopted by integrating
non-linearities such as the aging of the storage system. Reinforcement learning enabled the
energy management system to maintain an effective unit control policy with respect to the
targeted criteria. This effectiveness is maintained despite different data and a longer time
horizon than those on which the model was built. The control strategies developed suggest
that the advantages of long-term electricity storage depend on the characteristics of the
microgrid, and in particular on the amplitude of demand and the capacity of the battery.
The study shows that a compromise must be found between the economic profitability of the
microgrid and the guarantee of its autonomy.
A bi-level optimization method is developed to achieve optimal unit sizing and energy mana-
gement. The control of the microgrid by reinforcement learning forms the inner loop, while
unit sizing is carried out using a simulated-annealing algorithm in the main loop. Particular
attention is paid to minimizing computing time, by developing a method for transferring
control policy from one iteration of the main loop to another. Offline reinforcement learning
has been used to learn unit control strategies without random interaction with the microgrid
simulation. The strategies are learned by observing the control decisions made by a model
trained on other sizing in previous iterations. The calculation time is reduces by over 50%
and the quality of the control policy learned is not affected. The results are analyzed in
regard to the objectives considered, the control strategy and the data incorporated into the
microgrid simulation.
Keywords : Design, Energy management, Microgrid, Optimization, Reinforcement Learning,
Renewable energy
Résumé
Contributions au contrôle et au dimensionnement des
micro-réseaux par apprentissage par renforcement :
application aux systèmes avec production renouvelable et
stockage hybride batterie-hydrogène
Le couplage de panneaux photovoltaïques avec une batterie électrochimique permet d’atténuer
le déphasage journalier entre production et demande d’électricité dans un micro-réseau. Pour
le stockage d’électricité à long-terme, l’utilisation conjointe d’un électrolyseur, d’un stockage
hydrogène et d’une pile à combustible offre en principe la possibilité de conserver l’électricité
produite en été pour les besoins accrus de l’hiver. Le contrôle optimal en temps réel des unités
de stockage des micro-réseaux est entravé par les données aléatoires et le comportement
dynamique non-linéaire des unités sur des horizons temporels longs.
Ce travail présente une méthodologie de dimensionnement et pilotage d’un micro-réseau
comprenant une production d’électricité photovoltaïque, une batterie lithium-ion et un
stockage hydrogène selon des objectifs économiques, environnementaux et techniques. Le
dimensionnement des unités d’un micro-réseau établit leurs contraintes d’utilisation, tandis
que les critères à optimiser pour son dimensionnement (comme le coût de l’énergie, le taux
d’autoconsommation, la probabilité de pannes) dépendent de la gestion de ces unités. Cette
interdépendance justifie le développement d’une méthodologie de dimensionnement couplée
au contrôle à long-terme du micro-réseau.
La gestion d’un micro-réseau est influencée par des grandeurs aléatoires telles que la demande
et l’énergie produite à chaque instant. L’apprentissage par renforcement est une méthodologie
de prise de décision séquentielle s’appuyant sur un modèle dynamique du système et pouvant
adapter sa stratégie à des données aléatoires. Dans un premier temps, une méthodologie de
contrôle par apprentissage par renforcement est adoptée en intégrant des non-linéarités telles
que le vieillissement du système de stockage. L’apprentissage par renforcement a permis de
maintenir une politique de contrôle des unités efficace au regard des critères ciblés. Cette
efficacité est maintenue malgré des données différentes et un horizon temporel plus long que
ceux sur lesquels le modèle a été construit. Les stratégies de contrôle développées suggèrent
que l’intérêt du stockage à long-terme de l’électricité dépend des caractéristiques du micro-
réseau et en particulier de l’amplitude de la demande et de la capacité de la batterie. L’étude
montre qu’un compromis doit être trouvé entre la rentabilité économique du micro-réseau et
la garantie de son autonomie.
Une méthode d’optimisation bi-niveaux est développée afin de parvenir à un dimensionnement
des équipements avec contrôle optimal. La gestion du micro-réseau par apprentissage par
renforcement en constitue la boucle interne, tandis que le dimensionnement des unités est
réalisé via un algorithme de recuit-simulé dans la boucle principale. Une attention parti-
culière est accordée à la minimisation du temps de calcul, grâce au développement d’une
méthode de transfert de politique de contrôle d’une itération de la boucle principale à une
autre. L’utilisation de l’apprentissage par renforcement hors ligne a permis d’apprendre des
stratégies de contrôle des unités sans interaction aléatoire avec la simulation du micro-réseau.
L’apprentissage des stratégies s’effectue selon l’observation des décisions de contrôle prises
par un modèle entraîné sur d’autres dimensionnements à des itérations antérieures. Le temps
de calcul est plus de deux fois plus court et la qualité de la politique de contrôle apprise n’est
pas affectée. Les résultats sont analysés au regard des objectifs considérés, de la stratégie de
contrôle et des données intégrées à la simulation du micro-réseau.
Mots-clés :Apprentissage par renforcement, Dimensionnement, Énergie renouvelable, Ges-
tion énergétique, Micro-réseau, Optimisation

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