Chapitre 2: théorèmes généraux
P. Chartier et E. Faou
29 septembre 2016
1 Préliminaires
1.1 Cadre général
Soit I ⊂ R un intervalle ouvert, d’intérieur non vide, et t0 ∈ I. Soit E un espace de
Banach, D un ouvert connexe de E. On considère une application
f :D×I →E
et un point y0 ∈ D.
Définition 1.1 On appelle problème de Cauchy la recherche d’un intervalle J tel que
t0 ∈ J ⊂ I et d’une application y : J → D telle que y soit dérivable et satisfait pour tout
t∈J
( 0
y (t) = f (t, y(t)),
(1)
y(t0 ) = y0 .
Remarque 1.2 La plus souvent, on considérera que E = Rd , d ∈ N. On supposera aussi
que f est au moins continue.
Une formulation équivalente de (1) est donnée par
Z t
∀ t ∈ J, y(t) = y0 + f (s, y(s))ds. (2)
t0
Définition 1.3 On donne maintenant quelques définitions :
1. Le couple (J, y) est appelé solution locale si t0 ∈ J ⊂ I, y ∈ C 1 (J), J est un
voisinage de t0 dans I, et (1) est satisfaite pour tout t ∈ J.
1
2. Soient (J1 , y1 ) et (J2 , y2 ) deux solutions locales. On dit que (J1 , y1 ) prolonge
(J2 , y2 ) si
J2 ⊂ J1 ,
y1 = y2 .
J2
3. Une solution locale (J, y) est appelée solution maximale si pour tout prolonge-
˜ ỹ) de (J, y), on a J˜ = J et ỹ = y.
ment (J,
4. Une solution locale (J, y) est appelée solution globale si J = I.
Remarque 1.4 On peut immédiatement faire les remarques suivantes :
— Toute solution globale est solution maximale.
— Soient ti , i = 1, . . . , 4 tels que t1 < t0 < t2 et t3 < t2 < t4 , et soient (J1 , y1 ) et
(J2 , y2 ) deux solutions locales telles que
( 0
y1 (t) = f (t, y1 (t)),
[t1 , t2 ] ⊂ J1 , et
y1 (t0 ) = y0 .
et
y20 (t) = f (t, y2 (t)),
(
[t3 , t4 ] ⊂ J2 , et
y2 (t2 ) = y1 (t2 ).
Alors le couple (J, y) défini par
y1 sur [t1 , t2 ],
(
J = [t1 , t4 ], et y=
y2 sur [t2 , t4 ],
est une solution locale, prolongement de ([t1 , t2 ], y1 ) (pas forcément de (J2 , y2 ) ! !).
Le résultat suivant est immédiat.
Lemme 1.5 Si f est de classe C k sur I × D, alors pour toute solution locale (J, y), y est
de classe C k+1 sur J.
1.2 Exemples
1. Le problème
ẏ = −2ty 2
y(0) = 1
I = R
2
1
admet une unique solution globale R, .
1 + t2
2. Le problème
ẏ = +2ty 2
y(0) = 1
I = R
1
admet une unique solution maximale ] − 1, +1[,
1 − t2
3. On considére le problème
ẏ = −y 2
(
y(0) = 1
1
Avec I = R+ le problème admet une solution globale y(t) = .
1+t
1
Avec I = R le problème admet une solution maximale ] − 1, +∞[, qui
1+t
est non globale.
4. Le problème
ẏ = y 2
y(0) = 1
I = R
1
admet une solution maximale ] − ∞, 1[,
1−t
5. Attention : le temps d’existence ne dépend pas de manière sympathique du second
membre : le problème
ẏ = y 2 − εy 3
(
y(0) = 1
admet une solution globale définie sur ] − Tε , +∞[ avec Tε < ∞ et même
Tε → ∞, ε → 0.
6. Attention si le second membre n’est pas “régulier”, on perd l’unicité : le problème
p
ẏ = 2 |y|(1 + y)
y(0) = 0
I = R+
3
admet (évidemment) (R+ , 0) pour solution globale, mais aussi toutes les solutions
maximales
ya = 0 t ∈ [0, a]
(
a ≥ 0,
ya = tan2 (t − a), t ∈ [a, a + π2 ].
(on peut montrer qu’il n’y a pas d’autre solution maximale).
1.3 Lemme de Gronwall
Lemme 1.6 Soit t0 ∈ I et u : I → R+ une fonction positive et continue, et deux fonctions
f, g ∈ C(I, R+ ) telles que
Z t
∀ t ∈ I, u(t) ≤ f (t) + u(s)g(s)ds .
t0
Alors Z t Z t
∀ t ∈ I, u(t) ≤ f (t) + f (s)g(s) exp g(σ)dσ ds .
t0 s
Preuve. On considère tout d’abord le cas t ≥ t0 .
On définit la fonction Z t
Y (t) = u(s)g(s)ds ≥ 0.
t0
On a Y (t0 ) = 0, et par hypothèse
Y 0 (t) = u(t)g(t) ≤ f (t)g(t) + g(t)Y (t).
On calcule alors
d − t g(s)ds
R − R t g(s)ds
Y (t)e t0 ≤ f (t)g(t) + g(t)Y (t) − Y (t)g(t) e t0
dt
Rt
− g(s)ds
= f (t)g(t)e t0
.
En intégrant entre t0 et t, on trouve
Rt Z t Rs
− g(s)ds − g(σ)dσ
Y (t)e t0
≤ f (s)g(s)e t0
ds
t0
d’où Z t Rt
g(σ)dσ
Y (t) ≤ f (s)g(s)e s ds.
t0
Mais par hypothèse, on a
u(t) ≤ f (t) + Y (t)
ce qui donne le résultat.
4
On considére maintenant le cas t ≤ t0 .
Dans cette situation, on a Y (t) ≤ 0, et
Y 0 (t) ≤ u(t)g(t) − g(t)Y (t).
En calculant comme précédemment, on trouve
d Rt
g(s)ds
Rt
g(s)ds
Y (t)e t0 ≤ f (t)g(t)e t0 .
dt
et en intégrant entre t et t0 ,
Rt Z t0 Rs
t0 g(s)ds g(σ)dσ
−Y (t)e ≤ f (s)g(s)e t0 ds
t
d’où Z t0 Rs
g(σ)dσ
−Y (t) ≤ f (s)g(s)e t ds
t
Z t Rt
≤ f (s)g(s)e| s g(σ)dσ|
ds
t0
et on conclut en remarquant que l’hypothèse s’écrit dans ce cas
u(t) ≤ f (t) − Y (t).
Corollaire 1.7 (f ≡ c1 ) Sous les hypothèses précédentes, si f est une fonction constante
égale à c1 ≥ 0, on a
Z t
∀ t ∈ I, u(t) ≤ c1 exp g(σ)dσ .
t0
Preuve. Le lemme précédent montre que
Z t Z t
u(t) ≤ c1 1 + g(s) exp g(σ)dσ ds .
t0 s
Supposons que t ≥ t0 , on a
Z t Z t
d
g(s) exp g(σ)dσ = − exp g(σ)dσ
s ds s
ce qui donne directement le résultat. Le résultat pour t ≤ t0 se montre de manière iden-
tique.
Remarque 1.8 Si f ≡ 0 dans le corollaire précédent, le résultat montre que u ≤ 0.
Corollaire 1.9 (f ≡ c1 , g ≡ c2 ) Sous les hypothèses précédentes, si f est une fonction
constante égale à c1 ≥ 0 et g une fonction constante égale à c2 ≥ 0 alors on a
∀ t ∈ I, u(t) ≤ c1 exp(c2 |t − t0 |).
5
2 Le cas Lipschitz
On se place toujours dans un espace de Banach E. Soit D un ouvert connexe de E, I
un intervalle de R d’intérieur non vide, et f : I × D → E.
Définition 2.1
1. On dit que f est (globalement) Lipschitzienne par rapport à x si il existe L ≥ 0
telle que
∀ x1 , x2 ∈ D, ∀ t ∈ I, kf (t, x1 ) − f (t, x2 )k E ≤ Lkx1 − x2 k E .
2. On dit que f est localement Lipschitzienne par rapport à x si pour tout (t0 , x0 ) ∈
I × D, il existe un voisinage V de (t0 , x0 ) et une constante L(t0 , x0 ) ≥ 0 tels que
∀ (t, x1 ) ∈ V, ∀ (t, x2 ) ∈ V, kf (t, x1 ) − f (t, x2 )k E ≤ L(t0 , y0 )kx1 − x2 k E .
On rappelle le
Théorème 2.2 (du point fixe) Soit X un fermé de E, et F : X → X contractante. Alors
F admet un unique point fixe y ∈ X tel que F (y) = y.
2.1 Le cas global
Théorème 2.3 (Existence et unicité globale) On suppose que D = E, et f ∈ C(I × D)
une fonction globalement lipschitzienne par rapport à x. Alors pour tout y0 ∈ D, il
existe une unique solution globale au problème de Cauchy (1). De plus toute solution
locale est une restriction de celle-ci.
Preuve. On suppose tout d’abord que l’intervalle I est fermé et borné.
On pose E = C(I, E) l’ensemble des fonctions continues de I dans E, muni de la norme
kyk E = max e−2L|t−t0 | ky(t)k E
t∈I
où L est la constante de Lipschitz de f . Il est clair que E est un espace vectoriel normé
complet (car I est compact).
On définit la transformation T : E → E par la formule
Z t
∀ t ∈ I, (T y)(t) = y0 + f (s, y(s)) ds.
t0
Il est clair que T envoie bien E dans lui-même.
6
Supposons que t ≥ t0 . On a
Z t
kT y1 (t) − T y2 (t)k E ≤ Lky1 (s) − y2 (s)k E ds
t
Z 0t
≤ Le2L|s−t0 | ky1 − y2 k E ds
t0
1 2L|t−t0 |
≤ 2
e ky1 − y2 k E
la même inégalité étant valable pour t ≤ t0 . On trouve donc que pour tout y1 et y2 dans
E, on a
1
kT y1 − T y2 k E ≤ ky1 − y2 k E .
2
L’application T est donc contractante de E dans E et le théorème du point fixe montre
l’existence d’une unique solution.
Si maintenant I n’est pas fermé et borné. Alors on peut toujours écrire
[
I= In , avec pour tout n, In ⊂ In+1 et In fermé et borné.
n∈N
Soit yn la soluton sur In . Par unicité, on a
yn+1 In
= yn .
On définit alors y par la formule y = yn sur In , ce qui donne l’existence et l’unicité de la
solution.
˜ I˜ ⊂ I, une autre solution. On décompose I˜ = S
Soit maintenant (ỹ, I), ˜
n∈N In avec
I˜n = I˜ ∩ In borné. Par unicité, on a ỹ ˜ = y ˜ , ce qui montre que ỹ = y ˜.
In In I
Proposition 2.4 Dans le cadre du théoréme précédent, soit y1 et y2 deux solutions. Alors
∀ t ∈ I, ky1 (t) − y2 (t)k E ≤ eL|t−t0 | ky1 (t0 ) − y2 (t0 )k E .
2.2 Existence locale
On considère toujours I un intervalle d’intérieur non vide de R, et D un ouvert
connexe d’un espace de Banach E. Pour y0 ∈ D et r > 0, on définit la boule
Br (y0 ) = {y ∈ E, | ky − y0 k E ≤ r}.
Théorème 2.5 (Existence locale) Soit f ∈ C(I×D, E). Soient η, r, M et L des constantes
telles que
[t0 − η, t0 + η] × Br (y0 ) ⊂ I × D
∀ (t, y) ∈ [t0 − η, t0 + η] × Br (y0 ), kf (t, y)k E ≤ M
∀ (t, y1 ), (t, y2 ) ∈ [t0 − η, t0 + η] × Br (y0 ), kf (t, y1 ) − f (t, y2 )k E ≤ Lky1 − y2 k E